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Les apports moyens auxbarragesontchuté à des niveaux jamais observés depuis le début des mesures hydrologiques Sept années consécutives de sécheresse ont épuisé les marges d’ajustement Plus inquiétant encore, la volatilité extrême s’est installée : des déficits sévères suivis de surplus soudains, difficiles à stocker, impossibles à planifier. La “normale” hydrologiqueadisparu. L’eau n’est plus seulementrare,elleest imprévisible sont surveillés, la ain (catégorie BB), ont bénéficié de cet élan
AttijariwafaBankaainsi vu sa note relevée en octobre2025 Mêmeles fonds obligataires ont profité de ce regain de confiance, à l’image d’Upline Trésorerie Fund,dontlanotationa étéportéeàA-f
Cette réalité change tout Elle invalide les modèles agricoles héritésd’unclimatplus clément. Elle met à nu une dépendance massive : près de 75 % de l’eau mobilisée est consommée par l’agriculture irriguée. Chaque mètre cube devientunarbitrage.
Produire davantage ici, c’est renoncer ailleurs Maintenir certaines culturesintensives,c’estépuiserlesnappes Renonceràirriguer,c’est accepter des pertes économiques et sociales La souveraineté alimentaire cesse d’être un slogan consensuel pour devenir une équationphysique,brutale,parfoisinconfortable
Danscecontexte,M NizarBarakaproposeuneclarificationsalutaire entretroisnotionstropsouventconfondues Lasécuritéalimentaire répondàunequestionsocialeimmédiate:lapopulationmange-telle ? Elle s’accommode des importations tant qu’elles sont accessibles. La souveraineté alimentaire interroge le pouvoir de décision:quichoisitlemodèleagricoleetleniveaudedépendance acceptable ? La résilience alimentaire, enfin, pose la question du temps long : le système tient-il face aux chocs climatiques, géopolitiques, logistiques ? Le Maroc, souligne la présentation, ne peutsepermettrenil’autosuffisancetotale,hydriquementintenable, ni la dépendance passive aux marchés mondiaux. Il doit articuler cestroislogiquesdansunéquilibreexigeant.
C’estlàquel’eaus’imposecommel’inputstratégiquecentral.Sans eaumaîtrisée,pasdeproductionnationaledeblé,delégumineuses, nimêmedecertainesculturesd’exportation

La sécheresse a déjà amputé la souveraineté agricole : vergers arrachés, cheptel sous pression, nappes surexploitées à des niveaux alarmants.Continuercommeavantreviendrait àtransférerunedettehydriqueauxgénérations futures, au prix d’une illusion de souveraineté immédiate.
Face à ce mur, la réponse marocaine assume un changement de paradigme. Sous les orientationsdeSaMajestéleRoiMohammedVI, la politique de l’eau est explicitement mise au servicedelasouverainetéalimentaire Leretour à la planification de long terme, à l’horizon 2050, marque une rupture avec la gestion de crise permanente Les Plans Directeurs d’Aménagement Intégré des Ressources en Eau par bassin (PDAIRE) ne promettent plus l’abondance, mais la cohérence : couvrir l’eau potable à 100 %, sécuriser au moins 80 % des besoins d’irrigation, en intégrant les scénarios climatiqueslespluscontraignants
Lecœurdecettestratégietientenunmot:Mix
Hydrique Il ne s’agit plus seulement de mobiliser l’eau conventionnelle, mais de créer une ressource partiellement indépendante du climat Dessalement à grande échelle, transferts interbassins, réutilisation des eaux usées, recharge artificielle des nappes : l’État investit dans une nouvelle architecture hydrique.Ledessalement,longtempsmarginal, devient une ressource stratégique, capable de sécuriserlesgrandesmétropolescôtièresetde libérer l’eau des barrages pour l’agriculture intérieure. Les “autoroutes de l’eau” traduisent une solidarité territoriale assumée : les côtes dessalent,l’intérieurirrigue.
Ce choix est lourd, coûteux, et politiquement exigeant Mais l’alternative serait plus risquée encore Sans cette création de ressource, la contrainte hydrique finirait par dicter les choix agricoles de manière chaotique, au gré des sécheresses Le Mix Hydrique ne nie pas la rareté ; il cherche à la gouverner Il transforme l’eau en variable stratégique, au même titre quel’énergie
Justement, M Nizar Baraka insiste sur un autre basculement majeur : le Nexus Eau–Énergie–Sécurité alimentaire Dessaler et transférer de l’eau consomme énormément d’électricité Pour éviter de déplacer la dépendance hydriqueversunedépendanceénergétique, le Maroc adosse cette stratégie à ses capacités renouvelables Eau et énergie sont pensées ensemble,commeunsystèmeintégré
L’enjeu est double : maîtriser les coûts et renforcer la souveraineté globale.Uneeauproduiteàpartird’énergiesrenouvelablesestune eauplusstable,moinsexposéeauxchocsdesmarchésfossiles,plus compatibleavecuneagriculturerésiliente.
Cetteapprochesystémiqueimposeunerévisiondumodèleagricole. Lacontraintehydriquedevientuncritèredechoixdesfilières.Toutes les cultures ne peuvent plus être produites partout. L’irrigation de complément, le goutte-à-goutte, les variétés résistantes à la sécheresse, la réallocation des assolements par bassin deviennent des instruments centraux Mais la question sociale est incontournable : qui supporte le coût de cette transition ? Les grandes exploitations s’adapteront plus vite que les petites Sans politiques d’accompagnement, la souveraineté alimentaire risque desepayerparunefragilisationdumonderural
C’estpourquoilavisionproposéeparM NizarBarakavaau-delàde l’agriculture stricto sensu Elle introduit un modèle de souveraineté alimentaireflexible,fondésurunehiérarchisationclaire Produireen priorité les produits vitaux, notamment les céréales de base Assumer une production mixte pour les filières semi-stratégiques Accepter l’ouverture pour les produits non critiques, à condition de sécuriser les importations par la diversification des partenaires, le stockage stratégique et une logistique performante Importer n’est pasunéchec;subirl’importationl’est
Aufond,M NizarBarakamarqueunematuritéstratégiquerare Ilne promet ni miracles, ni autosuffisance totale Il pose une question simple et dérangeante : que voulons-nous sécuriser, et à quel prix hydrique ? La souveraineté alimentaire n’est plus mesurée en volumes produits, mais en capacité à décider, à anticiper, à encaisserleschocssansrupturesocialeniéconomique.
Reste l’épreuve la plus difficile : le temps long. Construire une souverainetéalimentairehydriquementréalisteexigeunecontinuité des choix, une pédagogie constante, une gouvernance rigoureuse. Les infrastructures ne suffisent pas. La souveraineté se joue aussi dansl’acceptationcollectivedelarareté,danslacapacitéàarbitrer sansdémagogie,àexpliquersanssimplifieràl’excès.
Lavéritéestlà,nue,presqueinconfortable:leMarocnechoisitpas sacontraintehydrique Ilchoisitseulementlamanièred’yrépondre Enplaçantl’eauaucœurdesastratégiealimentaire,leRoyaumefait leparidelaluciditéplutôtquedel’illusion Dansunmondeinstable, cetteluciditépourraitbiendevenirsaprincipaleforce

Pendant longtemps, la souveraineté alimentaire a été invoquée comme une évidence morale, parfois comme un slogan politique, souvent comme une ambition abstraite. Produire cequel’onmange,sécuriser l’approvisionnement, protégerlesconsommateurs contre les chocs extérieurs : l’idée est consensuelle, presque intuitive. Mais au Maroc, cette notion est aujourd’hui rattrapée par une réalité beaucoup plus brute, plus implacable : la contrainte hydrique. Et avec elle, une question dérangeante, mais incontournable : peut-on encore parler de souveraineté alimentaire dans un pays où l’eau devient rare, instable, imprévisible?
Ledébatn’estpasthéorique Il est déjà inscrit dans les chiffres, dans les barrages à moitié vides, dans les nappes surexploitées,danslesvergers arrachés, dans les tensions sur le cheptel et dans la facture alimentaire du pays Le Maroc n’est pas simplement confronté à une mauvaise séquence climatique Il est entré dans une nouvelle ère hydrologique,marquéeparla findesrepèreshistoriques Les cycles se sont rompus Les moyennes n’ont plus de sens La planification agricole, pensée pour un climat plus clément, se heurte désormais à une volatilité extrême : des années de sécheresse sévère suivies de surplus soudains, difficilesàcapteretàstocker.
Dans ce contexte, parler de souverainetéalimentairesans parler d’eau relève presque del’illusion Carl’eaun’estplus seulement une ressource naturelleàmobiliser;
elle est devenue un facteur de risque systémique. Elle conditionne la production agricole, maisaussilastabilitésociale,l’équilibredesterritoires,labalancecommercialeet,au-delà,la sécurité économique du pays. Lorsque 75 % de l’eau mobilisée est consommée par l’agriculture,chaquearbitragehydriquedevientunarbitragepolitique
La question alimentaire s’impose aujourd’hui au cœur des grandes recompositions mondiales La guerre en Ukraine, les tensions sur les marchés céréaliers, les restrictions à l’exportation décidées par certains pays producteurs ont rappelé une vérité simple : le marchémondialnourrit,maisilneprotègepas Enpériodedecrise,chacunpensed’abordà soi PourunpaysimportateurnetcommeleMaroc,cettedépendanceestunevulnérabilité stratégique Mais l’inverse est tout aussi vrai : vouloir tout produire localement, sans tenir compte des limites physiques, conduit à l’épuisement des ressources et à des coûts économiquesetsociauxinsoutenables
C’estlàqueledébatchangedenature Lasouverainetéalimentairen’estnil’autosuffisance totale, ni l’abandon aux marchés internationaux Elle devient un choix raisonné, une construction stratégique fondée sur des priorités claires Quels produits doivent impérativement être sécurisés par la production nationale ? Quels autres peuvent relever d’unéquilibreentreproductionlocaleetimportations?Etenfin,quelsproduitspeuventêtre assuméscommerelevantd’uneouverturemaîtrisée,àconditiondediversifierlespartenaires etdesécuriserlalogistique?
Au Maroc, cette réflexion ne peut plus être dissociée de la politique de l’eau. Pendant des décennies, l’effort a porté sur la mobilisation des ressources conventionnelles : barrages, nappessouterraines,grandspérimètresirrigués.

Ce modèle a permis d’accompagner le développement agricole et d’assurer une certaine stabilité Mais la sécheresseprolongéedecesdernièresannéesarévéléseslimites Lesbarrages,aussinombreuxsoient-ils,ne suffisentplus.Lesnappes,surexploitées,setransformentendettehydriquepourlesgénérationsfutures.
Face à cette impasse, l’État marocain a amorcé un basculement stratégique profond. Le débat sur la souveraineté alimentaire devient indissociable de celui sur le Mix Hydrique : dessalement, transferts interbassins,réutilisationdeseauxusées,économiedel’eau.Autrementdit,ilnes’agitplusseulementdegérer larareté,maisdecréeruneressourcehydriquemoinsdépendanteduclimat,toutenréorganisantlademande agricoleautourdecettenouvelleréalité.
Cettetransitionestloind’êtreneutre.Elleimpliquedesinvestissementslourds,deschoixparfoisimpopulaires, uneredistributiondesusagesetdesterritoires.Elleposeaussiunequestioncentrale:commentaccompagner socialement et économiquement les agriculteurs dans cette transformation ? Comment éviter que la souverainetéalimentaire,penséeauniveaumacro,nesetraduisepardesfragilitéslocales?
Ce numéro de l’Hebdo Éco avec un dossier spécial “Agriculture Maroc 2026” , réalisé conjointement avec plusieurs membres de l’alliance des économistes Istiqlaliens et la rédaction de L’ODJ Media propose de prendrecedébatàbras-le-corps,sanslanguedeboisnitechnocratieexcessive Comprendrelediagnostic hydrique,clarifierlesconceptsdesécurité,desouverainetéetderésiliencealimentaires,analyserlarefontedu modèleagricole,décrypterlaréponsedel’Étatetseschoixstratégiques,évaluerleparidudessalementetdu Nexuseau-énergie,enfininterrogerlanotiondesouverainetéalimentaire«flexible»
Caraufond,laquestionn’estplusdesavoirsileMarocveutêtresouverainsurleplanalimentaire La vraiequestionestdesavoirs’ilsauratenircecapdansladurée,dansunmondeplusinstable,avecune ressourceeneaudevenuelejugedepaixdetouteambitionagricoleetéconomique
Avertissement:Ceteffortintellectuellementjournalistiquen’estlapositionofficielleduPartidel’Istiqlalni celledel’alliancedeséconomistesIstiqlaliensmaisunesimplecompilationd’analysesdelarédaction de L’ODJ Média sous la supervision de Adnane Benchakroun suite à la conférence organisée par l’alliancedesingénieursIstiqlaliens(Casablancale2Mars2026)

LeMarocn’estplusfaceàunesimplecrisedel’eau.Il est confronté à une rupture historique. Pendant longtemps,lasécheressefaisaitpartiedupaysage: des cycles connus, des années difficiles suivies de reprises, une variabilité intégrée dans les modèles agricolesethydrauliques.Cetemps-làestrévolu.Les donnéesaccumuléescesdernièresannéesdessinent unbasculementbeaucoupplusprofond:lepaysest entré dans un régime de stress hydrique structurel, durableetinstable.
Leschiffressontsansappel.Surlapérioderécente,les apports moyens aux barrages ont chuté à des niveauxjamaisobservésdepuisledébutdesmesures hydrologiques. La moyenne annuelle, qui tournait historiquement autour de 10 milliards de mètres cubes, s’est effondrée à moins de 4 milliards sur la période 2018–2025 Sept années consécutives de déficit pluviométrique ont creusé une rupture statistique, mais surtout une rupture stratégique Ce n’est plus une anomalie climatique : c’est une nouvellenorme
Cette sécheresse prolongée a révélé un second phénomène, plus inquiétant encore : la volatilité extrême En l’espace de quelques années, le Maroc estpassédedéficitshydriquesdépassantparfois80 % à des épisodes de surplus soudains, difficiles à capter, à stocker et à valoriser Autrement dit, le problème n’est plus seulement le manque d’eau, mais son imprévisibilité Pour un pays agricole, cette instabilité complique tout : planifier les cultures, sécuriser les rendements, stabiliser les revenus des agriculteurs, garantir l’approvisionnement des marchés
Face à cette raréfaction des eaux de surface, la pression s’est mécaniquement déplacée vers les nappes souterraines. Là aussi, le constat est sévère. Les prélèvements dépassent largement le potentiel exploitable durable. Dans certaines régions, les niveauxpiézométriquesontchutédeplusieursmètres enunedécennie.Lephénomèneestsouventinvisible pour le grand public, mais ses conséquences sont lourdes : augmentation des coûts de pompage, salinisation des sols, épuisement progressif d’un capital hydrique constitué sur des siècles La surexploitation des nappes est une dette hydrique silencieuse,transféréeauxgénérationsfutures
Lesimpactsconcretssontdéjàvisibles.Desdizainesdemilliers d’hectares de vergers, notamment d’agrumes, ont été arrachésenquelquesannées.Lecheptelsubitdepleinfouetla flambée des coûts de l’alimentation animale. Les petits et moyens agriculteurs, moins armés pour absorber les chocs climatiques,voientleurvulnérabilités’accroître.Danscertaines zones, l’accès à l’eau devient un facteur de tension sociale, voiredeconflitd’usage
Ce diagnostic hydrique change radicalement la manière de poserlaquestionalimentaire Lorsque75%del’eaumobilisée au Maroc est absorbée par l’agriculture, chaque mètre cube devientunchoix Maintenircertainesculturesintensiveseneau n’est plus seulement un arbitrage économique ; c’est une décision politique À l’inverse, renoncer à irriguer certains périmètres, c’est accepter des pertes de production, des revenus en baisse, parfois des déplacements d’activité L’eau impose ses contraintes, et celles-ci redessinent la carte agricoledupays
Longtemps,laréponsemarocaineareposésurunelogiquede mobilisation maximale : construire des barrages, étendre les périmètres irrigués, puiser dans les nappes pour compenser les déficits de surface Cette stratégie a permis d’accompagner la croissance agricole et de sécuriser l’approvisionnementalimentairependantdesdécennies.Mais lasécheresseprolongéedecesdernièresannéesenarévélé les limites. Les barrages, aussi nombreux soient-ils, ne produisent pas d’eau par eux-mêmes. Les nappes, surexploitées,nesontpasinfinies.

Lechangementclimatiqueagiticicommeunaccélérateurbrutal.Lesscénariosàl’horizon2050convergent: la baisse des ressources hydriques est appelée à se poursuivre. Autrement dit, attendre un retour à la “normale” serait une erreur de diagnostic. La normale a changé. La contrainte hydrique n’est plus conjoncturelle,elleeststructurelleetirréversibleàl’échelledespolitiquespubliques.
Ceconstatimposeunerévisionprofondedespolitiquesagricolesethydrauliques.Ilnes’agitplusd’optimiser unsystèmeexistant,maisd’enrepenserlesfondations.Laplanificationparbassindevientcentrale.Leschoix deculturesdoiventintégrernonseulementleurrentabilitééconomique,maisaussileurcoûthydriqueréel La questionn’estplus:«peut-onproduire?»,mais«àquelprixhydrique,etpourquelbénéficestratégique?»
Cediagnostichydriqueestlepointdedépartdetoutleraisonnementsurlasouverainetéalimentaire Tantque l’eau était perçue comme une ressource mobilisable, la souveraineté pouvait rester un objectif abstrait Désormais, elle devient une équation physique Produire l’essentiel, sécuriser certaines filières, accepter une partdedépendancemaîtriséepourd’autres:toutcommenceparcetteréalitéincontournable LeMarocne choisitpaslacontraintehydrique Ildoitapprendreàcomposeravecelle,souspeinedevoirs’éroder,année aprèsannée,lesbasesmêmesdesasécuritéalimentaire

Le débat alimentaire est souvent parasité par une confusion des termes. Sécurité alimentaire, souveraineté alimentaire, résilience alimentaire : les trois expressions circulent abondamment dans les discours politiques, les rapportsinstitutionnelsetlesdébatspublics,parfoiscommedessynonymes,souventcommedesslogans.Pourtant, derrière ces mots se cachent des stratégies radicalement différentes, avec des implications économiques, budgétairesetgéopolitiquesmajeures.Dansuncontextedestresshydriquestructurel,cetteclarificationn’estplusun luxeintellectuel.Elledevientunenécessitéstratégique.
Lasécuritéalimentaireestlanotionlaplusancienneetlaplusconsensuelle Elle pose une question simple : la population mange-t-elle à sa faim, de manière régulière, saine et accessible ? Peu importe, dans cette logique, l’origine des produits Qu’ilssoientlocauxouimportés,l’essentielestqu’ilssoientdisponibleset financièrementaccessibles Pendantdesdécennies,cetteapprocheadominéles politiques alimentaires de nombreux pays importateurs, dont le Maroc Les marchésinternationaux,fluidesetrelativementstables,permettaientdecombler lesdéficitsdeproductionnationaleàuncoûtjugéacceptable
Mais cette sécurité alimentaire fondée sur l’importation massive a un revers : la dépendanceextérieure Tantquelecommercemondialfonctionnesansheurts,le système tient En période de crise, il se fragilise La guerre en Ukraine, les restrictionsàl’exportationdecertainspaysproducteurs,lavolatilitédesprixdes céréales ont brutalement rappelé que le marché mondial nourrit, mais ne protège pas. Pour un pays comme le Maroc, fortement dépendant des importationsdeblé,cettevulnérabilitén’estpasthéorique.Ellesetraduitparune expositiondirecteauxchocsdeprixetauxtensionsgéopolitiques.
C’estprécisémentlàqu’intervientlanotiondesouverainetéalimentaire.Ellenese limite pas à la question de l’accès à la nourriture, mais interroge le pouvoir de décision.Quichoisitlemodèleagricole?Quidécidedesfilièresprioritaires?Quel niveau de dépendance extérieure est jugé acceptable ? La souveraineté alimentaire suppose une capacité collective à orienter les choix productifs en fonctiond’intérêtsnationaux,etnonuniquementdessignauxdumarchémondial Maiscettesouveraineté,lorsqu’elleestmalcomprise,peutdériverversuneautre illusion:celledel’autosuffisancetotale

Produire tout, partout, à n’importe quel coût, devient alors un objectif politique plus qu’économique Dans un pays soumis à une contrainte hydrique sévère, cette approche est non seulement irréaliste, mais dangereuse Elle conduit à l’épuisement des ressources, à des subventions coûteuses et à une inefficacité globale du système agricole La souveraineté alimentaire nepeutdoncpasêtreunefermeture aveugle Elle doit être sélective et hiérarchisée.
C’estdanscetintersticeques’impose la troisième notion : la résilience alimentaire. La résilience ne cherche pas à éliminer les chocs, mais à y résister et à s’en relever rapidement. Un système alimentaire résilient est capable d’absorber une mauvaise campagneagricole,uneflambéedes prix internationaux ou une rupture logistique, sans basculer dans la pénurie ou l’instabilité sociale Il repose sur la diversification des sources d’approvisionnement, la constitutiondestocksstratégiques,la flexibilité logistique et la capacité d’adaptationdesfilières
La résilience introduit une dimension temporelle souvent absente des débats Il ne s’agit pas seulement de produire aujourd’hui, mais de tenir dans la durée, face à des crises de plusenplusfréquentesetimbriquées : climatiques, géopolitiques, énergétiques Danscetteperspective, l’importationn’estpasuntabou,mais elle doit être pensée, sécurisée, contractualisée,etnonsubie.
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Dans ce schéma, l’eau agit comme un révélateur brutal Elle oblige à hiérarchiser, à renoncer à certa illusions,àarbitrerentredesusagesconcurrents Lasouverainetéalimentairen’estplusunhorizonabstrai devientunexercicedeluciditécollective,oùchaquechoixauncoûthydrique,économiqueetpolitique

En définitive, la question n’est pas de savoir si le Maroc doit choisir entre sécurité, souveraineté ou résilience alimentaires. Il doit assumer les trois, mais pas de la même manièreniaveclesmêmesoutils.Dansunmondedeplusenplusinstable,lasouveraineté alimentairemarocaineneseconstruiranidansl’autarcie,nidansladépendanceaveugle, mais dans un équilibre exigeant entre production nationale ciblée, ouverture maîtrisée et capacité à encaisser les chocs. C’est ce réalisme stratégique, plus que les slogans, qui conditionneralacapacitédupaysànourrirdurablementsapopulation.

Pendant des décennies, l’agriculture marocaine a été pensée comme un pilier de souveraineté économique et sociale. Elle a structuré les territoires, absorbé une part importante de l’emploi rural et contribué à l’équilibredelabalancecommerciale.Maiscemodèle, bâtisurunemobilisationcroissantedel’eau,seheurte aujourd’hui à une limite physique incontournable. La contrainte hydrique n’est plus un paramètre parmi d’autres : elle est devenue le facteur déterminant qui redéfinitcequeleMarocpeutproduire,où,etàquelles conditions.
Le chiffre est désormais bien connu, mais ses implicationsrestentsouventsous-estimées:prèsde75% de l’eau mobilisée au Maroc est consommée par l’agriculture irriguée Autrement dit, toute réflexion sur l’eauestimmédiatementuneréflexionsurl’agriculture,et inversement Lorsquelaressourceseraréfie,cen’estpas seulement la production qui est affectée, mais l’ensemble de l’architecture économique et sociale des campagnes. La sécheresse prolongée a mis à nu cette dépendance structurelle et révélé la fragilité de certains choixproductifs.
Les impacts sont déjà visibles sur le terrain. Des milliers d’hectares de vergers, notamment d’agrumes, ont été arrachés ces dernières années faute d’eau suffisante. Dans les zones d’élevage, la flambée des prix des aliments pour bétail a fragilisé les exploitations les plus modestes Les nappes souterraines, longtemps utilisées comme variable d’ajustement, se sont abaissées à des niveaux critiques, rendant le pompage plus coûteux et parfois économiquement non viable L’agriculture marocaineentreainsidansunephaseoùl’accèsàl’eau devientunfacteurdesélection,séparantlesexploitations capables d’investir et de s’adapter de celles condamnéesàsereplierouàdisparaître
Cettesituationobligeàreposerunequestionlongtemps évitée : toutes les cultures ont-elles vocation à être produites partout ? La réponse, dictée par la réalité hydrique, est de plus en plus négative Le maintien de cultures fortement consommatrices d’eau dans des bassins structurellement déficitaires n’est plus soutenable Ce constat ne relève ni de l’idéologie ni du renoncement,maisd’unecontraintephysique Continuer dans cette voie reviendrait à épuiser la ressource sans garantir,àmoyenterme,lasécuritéalimentairedupays.
C’estpourquoilarefontedumodèleagricolenepeutêtre dissociée de politiques d’accompagnement solides. Formation,
Faceàcetteimpasse,uneréorientationprogressives’impose.Elle passe d’abord par une planification par bassin hydraulique, et nonplusparunelogiqueuniformeàl’échellenationale.Chaque bassindisposed’unpotentielhydriquespécifique,decontraintes propres et de priorités différentes. Adapter les assolements à cette réalité devient un impératif. Certaines régions devront se recentrersurdesculturesmoinsgourmandeseneau,d’autressur desproductionsàplusfortevaleurajoutéehydrique,c’est-à-dire générantplusderevenuparmètrecubeconsommé
L’innovation technique joue ici un rôle clé, mais elle ne constitue pasunesolutionmiracle Legoutte-à-goutte,largementdéployé ces dernières années, a permis des gains significatifs en efficience, mais il ne crée pas d’eau Dans un contexte de raréfaction structurelle, l’efficience ne suffit plus si les surfaces irriguées continuent de s’étendre ou si les cultures restent inadaptées L’exemple de l’irrigation de complément sur les céréales,testédanscertainspérimètres,montretoutefoisqu’une utilisationcibléeetmaîtriséedel’eaupeutgénérerdesgainsde productivité importants, tout en limitant la pression sur la ressource
accèsaufinancement,reconversionversdesculturesadaptées, soutienàladiversificationdesrevenusruraux:sanscesleviers,la transitionhydriquerisquedecreuserlesinégalitésterritoriales Or, une agriculture socialement fragilisée est incompatible avec touteambitiondesouverainetédurable.
Cebasculement,bienquedifficile,estdevenuinévitablefaceàla contrainte hydrique. Continuer à produire comme si l’eau était abondantefragiliseraitlasouverainetéalimentaire.Enl’intégrant commepointdedépart,leMarocpeutbâtiruneagricultureplus sobre,cibléeetrésiliente.




Face à la brutalité du diagnostic hydrique, une évidences’impose:lemarché,àluiseul,nepeutpas répondre à la contrainte de l’eau. Trop lente, trop fragmentée, trop guidée par des logiques de court terme, la régulation par les seuls prix atteint rapidement ses limites. Dans un pays soumis à un stresshydriquestructurel,l’eaucessed’êtreunsimple facteur de production pour devenir un enjeu de souveraineté, appelant une réponse étatique forte, cohérenteetdelongterme.C’estdanscecontexteque leMarocaprogressivementfaitévoluersapolitiquede l’eauversunrôleassuméd’Étatstratège.
Ce basculement ne s’est pas opéré en un jour Il est le fruit d’une accumulation de signaux d’alerte : sécheressesrépétées,tensionssurl’approvisionnement en eau potable, surexploitation des nappes, conflits d’usage de plus en plus visibles Mais ces dernières années ont marqué une accélération décisive Les orientationsimpulséesparSaMajestéleRoiontdonné à la politique de l’eau une dimension nouvelle, clairementarticuléeautourdetroispriorités:lasécurité hydrique des populations, la souveraineté alimentaire etlarésiliencefaceauxchocsclimatiques
L’un des premiers marqueurs de cette stratégie est le retourdelaplanificationàlongterme Làoùlagestion del’eauétaitsouventréactive,dictéeparl’urgencedes crises, elle s’inscrit désormais dans des cadres structurants à l’horizon 2050 Les Plans Directeurs d’Aménagement Intégré des Ressources en Eau (PDAIRE)couvrentl’ensembledesbassinshydrauliques du pays et définissent, pour chacun, un équilibre cible entreressourcesdisponibles,besoinseneaupotableet exigencesagricoles.Cetteplanificationn’estpasfigée: elleintègreexplicitementlesscénariosduchangement climatique, rompant avec l’illusion d’un retour à la normale.
Autre inflexion majeure : l’adoption du Nexus Eau–Énergie–Sécuritéalimentairecommeprincipedirecteur. Derrière ce concept se cache une idée simple mais structurante : les politiques publiques ne peuvent plus être pensées en silos Dessaler de l’eau sans sécuriser l’énergie nécessaire serait une impasse ; développer l’agriculturesansgarantirl’eauseraitunefuiteenavant Enliantcestroisdimensions,l’Étatmarocainchercheà construire des chaînes de valeur cohérentes, capables derésisterauxchocsexogènes,qu’ilssoientclimatiques ougéopolitiques
La politique des infrastructures illustre également ce rôle renforcé de l’État. Barrages, stations de dessalement, autoroutes de l’eau, interconnexions entre bassins : ces investissements lourds ne relèvent pas d’une logique de rentabilité immédiate. Ils s’inscrivent dans une vision de souveraineté, où la continuité de l’approvisionnement prime sur les calculs de court terme L’autoroute de l’eau reliant le SebouauBouregreg,puisàl’OumErRbia,enestuneillustration parlante : sécuriser l’axe Rabat–Casablanca n’est pas seulement un enjeu urbain, c’est un pilier de la stabilité économiquenationale
Cettemontéeenpuissancedel’Étatnesignifiepasunretourà une gestion centralisée rigide Au contraire, la gestion par bassin est réaffirmée comme principe fondamental Chaque bassin hydraulique est traité comme une unité stratégique, avec ses contraintes, ses priorités et ses arbitrages propres Cette approche territorialisée permet d’éviter les solutions uniformes, souvent inefficaces, et de mieux adapter les politiquesagricolesethydrauliquesauxréalitéslocales

Un autre aspect, moins visible mais tout aussi crucial, concerne la solidarité hydrique territoriale. Pendant longtemps, les villes côtières ont capté une part importante des ressources en eau conventionnelle issues de l’intérieurdupays,audétrimentdesusagesagricoles Lenouveauparadigmeinversecettelogique:lesgrandes métropoles côtières sont appelées à s’alimenter principalement par le dessalement, libérant ainsi l’eau des barragesetdesnappespourl’agricultureetleszonesintérieures Cettesolidaritéaval-amonttraduitunevision politiquedel’eaucommebiencommunnational,etnoncommeressourcelocaledisputée
Maiscettestratégiesoulèveaussidesinterrogationslégitimes Lecoûtfinancierdecesinfrastructuresestélevé Leur gouvernance, leur maintenance et leur intégration dans les politiques sectorielles nécessitent une coordinationsansfaille Surtout,lerôleaccrudel’Étatposelaquestiondel’équilibreentrerégulationetincitation Jusqu’oùencadrerlesusages?Commentéviterleseffetsperversd’unegestiontropadministrative,déconnectée desréalitésduterrain?
Cesquestionsn’invalidentpaslechoixstratégiqueopéré Ellesensoulignentplutôtl’exigence Fairedelapolitique del’eauunepolitiquedesouveraineté,c’estaccepteruneresponsabilitélourde:celled’arbitrerentredesusages concurrents,depenserau-delàdescyclesélectorauxetderendredescomptessurdeschoixquin’ontd’effets visiblesqu’àlongterme Dansuncontextedecontraintehydriquedurable,l’inactionseraitlechoixlepluscoûteux

Au fond, l’État stratège n’est pas celui qui prétend tout contrôler, mais celui qui fixe uncapclairetcréelesconditionspourque les acteurs économiques et sociaux puissent s’y inscrire. En faisant de l’eau un axe central de sa souveraineté, le Maroc assumeuneréalitésouventévitéeailleurs: sansvisionpubliqueforte,lararetédevient unfacteurdedésordre Avecunestratégie cohérente, elle peut devenir un levier de transformation
Longtemps,lapolitiquedel’eauauMarocareposésuruneéquationrelativementsimple:capterleseauxdesurface parlesbarrages,compléterparlesnappessouterraines,puisarbitrerenpériodedesécheresse.Cettelogique,efficace dansunclimatplusclément,atteintaujourd’huiseslimites.Faceàunebaissestructurelledesressourcesetàune volatilitéextrêmedesprécipitations,l’Étatmarocainafaitunchoixstratégiquemajeur:neplusseulementgérerla rareté,maiscréerunenouvelleoffred’eau.C’estlesensprofonddupariduMixHydrique.
Ledessalementdel’eaudemerenestlepilierleplusvisible Pendantlongtemps perçu comme une solution marginale, coûteuse et énergivore, il est devenu en quelquesannéesunélémentcentraldelasécuritéhydriquenationale LeMaroc ne parle plus de quelques stations pilotes, mais d’un programme industriel à grandeéchelle,capabledefourniràtermeunepartsignificativedel’eaupotable etdesoutenirl’irrigationdepérimètresagricolesciblés Cechangementd’échelle traduit une rupture conceptuelle : l’eau dessalée n’est plus une solution de secours,elledevientuneressourcestratégique
Ce basculement répond à une contrainte claire Les barrages dépendent de la pluie Lesnappesserechargentlentement,quandellesserechargentencore Le dessalement, lui, offre une ressource relativement indépendante du climat Pour un pays exposé aux aléas climatiques, cette indépendance a une valeur stratégique considérable. Elle permet de sécuriser l’approvisionnement des grandesmétropolescôtièreset,surtout,delibérerlesressourcesconventionnelles pourd’autresusages,notammentagricoles.
MaisleMixHydriqueneselimitepasaudessalement.Ilreposeégalementsurles transfertsinterbassins,parfoisqualifiésd’«autoroutesdel’eau».L’idéeestsimple dans son principe, mais complexe dans sa mise en œuvre : déplacer l’eau des bassins excédentaires vers les bassins déficitaires, en s’appuyant sur des infrastructures lourdes et une gouvernance fine. Le transfert Sebou–Bouregreg, puis vers l’Oum Er Rbia, illustre cette logique Il ne s’agit pas seulement de répondre à une urgence ponctuelle, mais de construire un réseau national de solidaritéhydrique,capabled’amortirleschocsrégionaux
LaréutilisationdeseauxuséestraitéesconstitueletroisièmepilierduMixHydrique, souventmoinsmédiatisémaistoutaussistratégique Dansuncontextedestress hydrique,chaquemètrecubecompte

Réutiliser l’eau pour l’arrosage des espaces verts, des voiries ou de certaines cultures permet de préserver les ressources conventionnelles pour les usages les plus sensibles Cette approche s’inscrit dans une logique d’économie circulaire de l’eau, encore balbutiante mais appelée à se développer fortement dans les années àvenir
Prisséparément,chacundecesleviers a ses limites Le dessalement est coûteux et énergivore. Les transferts interbassins soulèvent des enjeux environnementaux et territoriaux. La réutilisation des eaux usées nécessite des investissements lourds et une acceptabilitésociale.C’estprécisément pour cela que le Maroc a choisi une approche intégrée. Le Mix Hydrique n’est pas une addition de solutions, mais une combinaison stratégique, pensée pour équilibrer les forces et les faiblessesdechaqueoption
Sur le plan économique, ce choix est loin d’être neutre Les investissements requis sont massifs, avec des retours quinesemesurentpasuniquementen termes financiers Il s’agit d’investissements de souveraineté, dont la rentabilité se calcule aussi en stabilité sociale, en continuité de l’approvisionnement et en réduction desvulnérabilités Nepasinvestiraurait un coût invisible mais potentiellement bien plus élevé : pénuries, tensions sociales, dépendance accrue aux importationsalimentaires
Le Mix Hydrique pose néanmoins une question centrale : pour quels usages cette eau doit-elle être prioritairement mobilisée?
Toutel’eaudessaléeoutransféréenepeutpasservirindistinctementàtouslesusages.Dansuncontextede souverainetéalimentaire,l’enjeuestdeciblerlespérimètresagricolesstratégiques,ceuxdontlaproductionest jugéeessentiellepourlastabilitédupays.Autrementdit,leMixHydriquen’adesensques’ilestarticuléàune hiérarchisationclairedesbesoins.
Ilposeaussilaquestiondelagouvernance.Créerdenouvellesressourceseneaunesuffitpassileurusage n’estpasrigoureusementencadré.Sansrégulation,l’effetrebondestinévitable:plusd’eaudisponibleconduit àplusdeconsommation,annulantlesgainsattendus LaréussiteduMixHydriquedépenddoncautantdes infrastructuresquedesrèglesd’allocation,detarificationetdecontrôle
Endéfinitive,lepariduMixHydriquetraduituneformedeluciditéstratégique LeMarocaintégréuneréalité quebeaucoupdepaystardentencoreàaccepter:dansunmondemarquéparlechangementclimatique, l’eau devient un facteur de puissance et de vulnérabilité En choisissant de dessaler, de transférer et de réutiliser,lepaysneniepaslacontraintehydrique Ilchercheàladompter,sansl’abolir,enconstruisantune sécuritéhydriquecompatibleavecsesambitionsalimentairesetéconomiques Cepariestexigeant,coûteux, parfoiscontesté Maisfaceàl’alternativedel’inaction,ilapparaîtdeplusenpluscommeunpassageobligé

Le pari du Mix Hydrique aurait peu de sens sans une autre transformation, plus discrète mais tout aussi décisive : l’intégration de l’énergie au cœur de la politiquedel’eauet,parextension,delasouveraineté alimentaire. Car dessaler, transférer, stocker et pomper l’eau à grande échelle consomme énormément d’électricité. Dans un pays importateur d’énergiefossile,ignorercettedimensionreviendraità déplacer la dépendance hydrique vers une dépendance énergétique. C’est pour éviter ce piège que le Maroc a fait le choix d’un triangle stratégique eau–énergie–agriculture.
Le constat de départ est simple Le dessalement de l’eaudemer,pilierduMixHydrique,estunetechnologie mature mais énergivore Sans une source d’énergie abondante, stable et compétitive, son déploiement massif devient économiquement et stratégiquement fragile. Pendant longtemps, ce coût énergétique a constitué le principal frein au dessalement dans de nombreux pays. Le Maroc, lui, a choisi d’en faire un levier de transformation, en l’adossant à son autre chantierstratégique:lesénergiesrenouvelables.
Solaire, éolien, capacités de transport électrique à grande échelle : la montée en puissance du dessalement s’inscrit désormais dans une logique de production d’eau décarbonée, moins exposée aux fluctuations des marchés du gaz et du pétrole Ce couplage eau–énergie n’est pas un simple choix technique Il traduit une vision géoéconomique claire : sécuriser l’eau sans accroître la vulnérabilité énergétique, et renforcer la souveraineté alimentaire sansalourdirlafactureextérieure
La logique du Nexus se concrétise par de grands partenariats reliant dessalement, transferts hydrauliques et énergies renouvelables Ces projets forment des écosystèmes intégrés produisant eau et énergie pour l’agriculture, les villes et l’industrie L’eau devient ainsi un levier d’optimisation du système énergétiquenational
Pour l’agriculture, les implications sont majeures Une eau sécurisée et moins dépendante des aléas climatiques offre une visibilité nouvelle aux filières stratégiques
Elle permet de planifier les assolements, de stabiliser les rendementsetderéduirel’expositionauxchocsclimatiques.Mais cette eau a un coût. Et ce coût impose une utilisation plus rationnelle, plus ciblée. Le triangle eau–énergie–agriculture fonctionnecommeunsystèmedecontraintescroisées:l’énergie conditionne l’eau, l’eau conditionne l’agriculture, et l’agriculture doitjustifierl’usagedesdeux
L’eauagricolen’estplusperçuecommequasigratuite:chaque mètre cube dessalé ou transféré a un coût énergétique et financier réel Cela impose de choisir quelles productions méritent cette eau stratégique, selon des critères économiques, sociauxetterritoriaux
Le Nexus eau–énergie–agriculture introduit également une dimension de souveraineté technologique et industrielle Développer des capacités nationales dans le dessalement, la gestionintelligentedesréseaux,lestockageetladistributionde l’énergiedevientunenjeuàpartentière Àterme,cettemaîtrise technologique peut réduire les coûts, améliorer l’efficacité et créer des filières industrielles locales, génératrices d’emplois et devaleurajoutée
Le triangle eau–énergie–agriculture renforce la position stratégiqueduMaroc Sécurisersimultanémentl’eauetl’énergie réduitlavulnérabilitéauxchocsexternes.Lepayschercheainsià bâtir un modèle intégré adapté à ses contraintes. Mais la complexité et le coût de ces projets exigent une gouvernance solide et une coordination étroite. Ce Nexus redéfinit la souveraineté alimentaire autour d’un système cohérent et durable.
Cette approche marque une rupture avec les anciennes politiquessectorielles. Elle affirme que la souveraineté se construit à l’intersection des ressources,destechnologiesetdeschoixpolitiques

Reste une question centrale, qui dépasse les infrastructures et les stratégies : celle du temps long La souverainetéalimentaireneseconstruitnienunmandat,nienuneloidefinances,nimêmeenunedécennie Elle exige une continuité des politiques publiques, une stabilité des choix stratégiques et une pédagogie permanenteauprèsdescitoyens Ellesupposeaussiunecapacitéàcorrigerlestrajectoires,àapprendredes erreursetàajusterlesprioritéssanscéderàlatentationducourtterme
Au fond, le défi alimentaire du Maroc n’est pas seulement technique ou économique. Il est profondément politique,ausensnobleduterme:commentorganisercollectivementlarareté,commentarbitrerentredes besoinsconcurrents,commentprotégerl’essentielsansépuiserlefutur.Dansunmondeoùl’eaudevientun facteur de puissance et de vulnérabilité, la souveraineté alimentaire marocaine se jouera moins dans les déclarationsquedanslacohérenceentreleschoixhydriques,agricoles,énergétiquesetsociaux.
La souveraineté alimentaire n’est pas une promesse de confort. C’est un choix de responsabilité. Le Maroc sembleaujourd’huiavoirengagécechoix.Lavraieépreuveneserapasdel’annoncer,maisdeletenir,année aprèsannée,générationaprèsgénération,faceàuneréalitéhydriquequi,elle,netransigepas

Au terme, une évidence s’impose : la souveraineté alimentaire n’est plus un débat idéologique, ni un luxe réservé aux périodesdeprospérité.Elleestdevenue,pourleMaroc,unequestiondesurviestratégique,ausensleplusconcretduterme. Non pas parce que le pays manquerait immédiatement de nourriture, mais parce que les conditions physiques, climatiquesetgéopolitiquesquipermettaientjusque-làdesécuriserl’approvisionnementsontentraindesetransformer durablement.
La contrainte hydrique agit comme un révélateur brutal. Elle met fin à des ambiguïtés longtemps entretenues. Elle oblige à regarder la réalité en face : l’eau disponible diminue, sa variabilité augmente, et aucun volontarisme politique ne peut inverser cette tendance. À partir de là, toute stratégie alimentaire crédible doit commencer par cette donnée non négociable.Lasouverainetéalimentaire,sielleignorela réalitéhydrique,devientunslogancreux.Siellel’intègre pleinement, elle peut au contraire devenir un levier de transformation
Ce que montre l’approche marocaine, telle qu’elle se dessineaujourd’hui,c’estunrefusassumédesfausses alternatives Non, l’autosuffisance totale n’est ni possible ni souhaitable dans un pays soumis à un stress hydrique structurel Mais non plus, la dépendancepassiveauxmarchésinternationauxn’est plus tenable dans un monde fragmenté, instable, marqué par les crises géopolitiques et les chocs climatiques Entrecesdeuxextrêmes,leMaroctentede tracer une voie plus exigeante : celle d’une souverainetéalimentairesélective,flexibleetrésiliente
Cette voie repose sur plusieurs choix lourds, parfois coûteux,souventcomplexesàmettreenœuvre Investir massivement dans l’eau, à travers le dessalement, les transferts interbassins et la réutilisation, n’est pas un choix anodin Il engage des ressources financières considérablesetsupposeunegouvernancerigoureuse sur le long terme. Adosser cette politique à un Nexus eau–énergie ambitieux implique une coordination institutionnelle et technologique élevée. Réorienter le modèle agricole, hiérarchiser les filières, accepter de renoncer à certaines productions pose des questions sociales sensibles, notamment pour les petits agriculteursetlesterritoireslesplusfragiles.
Mais l’alternative est plus coûteuse encore Ne pas trancher, ne pas hiérarchiser, continuer à produire commesil’eauétaitabondantereviendraitàorganiser une érosion lente mais certaine des bases mêmes de lasécuritéalimentaire
Dans ce scénario, la souveraineté ne disparaîtrait pas brutalement ; elle s’éroderait progressivement, au fil des sécheresses, des déficits, des importations d’urgence et des tensionssociales.
La force de l’approche actuelle réside dans sa lucidité. Elle accepte les limites physiques du pays. Elle assume que la souveraineténesemesurepasàlaquantitéproduite,maisàla capacitéàdécider,àanticiperetàencaisserleschocs.Produire l’essentiel, sécuriser les filières vitales, importer le reste de manière organisée, diversifier les partenaires, investir dans le stockageetlalogistique:cettecombinaisonpeutsemblermoins spectaculairequ’undiscourssurl’autosuffisancetotale,maiselle estinfinimentplusrobuste
Resteunequestioncentrale,quidépasselesinfrastructuresetles stratégies:celledutempslong Lasouverainetéalimentairenese construitnienunmandat,nienuneloidefinances,nimêmeen une décennie Elle exige une continuité des politiques publiques, une stabilité des choix stratégiques et une pédagogie permanente auprès des citoyens Elle suppose aussi une capacitéàcorrigerlestrajectoires,àapprendredeserreursetà ajusterlesprioritéssanscéderàlatentationducourtterme









Après plus d’un demi-siècle d’existence, le Code des investissements agricoles s’apprête à entrer dans une zone de turbulences.Leministèredel’Agriculturealancéuneétudederefonte,pouruncoûtde5,64millionsdedirhams,avec l’ambitionaffichéedetransformercevieuxcorpusjuridiqueenunevéritablechartedudéveloppementagricoleadaptée auMarocde2030.Surlepapier,l’intentionestlouable.Surleterrain,laquestiondemeureentière:réformestructurante ousimpletoilettagejuridiquefaceàuneagriculturesouspressionclimatique,socialeetéconomique?
UnCodenéen1969,encoredebout…maisàboutdesouffle
LeCodedesinvestissementsagricolesn’estpasuntexteparmid’autres Adoptéen 1969,publiéauBulletinofficielle25juilletdelamêmeannée,ilrassemble49textes–dahirs, décrets, arrêtés – qui ont longtemps structuré l’intervention de l’État dans l’agriculture Irrigation,foncier,investissements,relationsadministration-agriculteurs :toutoupresquepassaitparlui
Pendant des décennies, le CIA a servi de boussole à une agriculture pensée de manière centralisée, volontariste, parfois autoritaire L’État décidait, aménageait, fixaitlesrèglesdujeu Lespérimètresirriguésétaientdélimitésd’enhaut,l’eautarifée administrativement, les assolements encadrés par voie réglementaire Cette logiqueaproduitdesrésultats,indéniablement Elleaaussigénérédesrigiditésque letempsarenduesvisibles.
Aujourd’hui,lecontexten’aplusrienàvoir.LeMarocagricolede2026n’estpluscelui de la fin des années 1960. Climat instable, stress hydrique chronique, ouverture commerciale,pressiondémographique,aspirationsnouvellesdesjeunesruraux:le CIA, dans sa version actuelle, donne parfois l’impression d’un costume trop étroit, uséauxcoudes.
Del’autosuffisanceàlasécuritéalimentaire:unchangementdelogiciel
Le ministère de l’Agriculture le reconnaît sans détour dans les objectifs de l’étude Les objectifs ont changé On ne parle plus seulement d’autosuffisance, mais de sécuritéalimentaire,notionpluslarge,pluscomplexe,plusexposéeaussiauxchocs extérieurs Accordsdelibre-échangeaveclesÉtats-Unisetl’Unioneuropéenne,fin progressivedesmonopolesd’Étatsurlecommerceagricole,alignementsurlaloide laconcurrence:lemarchéaprisuneplacecentrale

Dans le même mouvement, l’approche top-down de l’aménagement hydroagricole cède du terrain
Partenariats public-privé, contractualisation, participation accrue des acteurs locaux : le vocabulaire a changé, les pratiques tentent de suivre
L’Étatn’estplusleseulmaîtred’œuvre;il devient facilitateur, régulateur, parfois arbitre
Sur le principe, peu contestent cette évolution Mais sur le terrain, les agriculteurs, notamment les petits et moyens exploitants, s’interrogent. La libéralisation protège-t-elle vraiment face à la concurrence des produits importés ? La contractualisation ne risque-t-elle pas de renforcer les asymétries de pouvoir entre grands investisseurs et exploitations familiales ?
La réforme du CIA devra répondre à ces inquiétudes, sans les balayer d’un revers technocratique
Foncier,eau,jeunesruraux:lesnœuds dursdelaréforme
Le texte initial du ministère pointe un angle mort devenu central : le foncier
L’application des règles relatives à la propriété agricole est de plus en plus complexe Morcellement, statuts multiples, héritages bloqués, terres collectives : le CIA n’a jamais vraiment réglé ces questions Or, sans accès clair au foncier, parler d’investissement agricolerelèveparfoisdel’incantation
Autre sujet brûlant : l’eau Le régime juridique de l’irrigation, pensé à une époque d’abondance relative, peine à intégrer la rareté structurelle actuelle.
Tarification, partage de la ressource, responsabilitéenvironnementale:
pp p p recherchedeconsensusetd’appropriationcollective Surlepapier,toutyest
Resteunequestiondefond:quefera-t-onréellementdesconclusions?LeMarocn’enestpasàsaprem réforme bien documentée Le risque n’est pas l’absence d’analyse, mais la dilution politique des arbitra RéformerleCIA,c’esttoucheràdesintérêtsétablis,àdeséquilibresrégionaux,àdeschoixbudgétaireslo Celasupposeducourage,delacohérence,etunevisionalignéeavecleNouveaumodèlededéveloppeme

Comme le rappelait récemment un expert agricole lors d’un débat à Rabat : « Une loi agricole n’est jamais neutre Elle dit toujours qui on protège, qui on encourage, et qui on laissedecôté »Lafuturechartedudéveloppementagricoledevraassumerceschoix,sans faux-semblants
LefuturCodedesinvestissementsagricolesestàlacroiséedeschemins.
Ilpeutdeveniruntextefondateur,capabled’accompagneruneagriculturemarocaineplus résiliente, plus inclusive, plus durable. Il peut aussi rester un compromis tiède, ajusté à la marge,incapablederépondreauxurgencesclimatiquesetsociales.Laréformeestlancée. Ledébat,lui,nefaitquecommencer.
Au Maroc, elle se heurte à une réalité plus rugueuse : la filière céréalière, pilier historique de la sécurité alimentaire, repose sur un modèle économiquement déséquilibré, techniquement sous-exploité et financièrement mal architecturé. Derrière les aléas climatiques, souvent invoqués comme explication ultime, se cache un problème plus profond : un système public qui protège le consommateur à court terme mais fragilise structurellementleproducteurlocal.
Lepremierverrouestbudgétaire Entre88et90% de l’effort public est orienté vers l’aval : subventionsàl’importation,compensationdela farine, soutien au stockage des opérateurs À l’inverse, l’amont productif l’agriculteur, ses semences, sa fertilisation, son accompagnement technique ne capte que 7 à 12 % des soutiens La loi de la compensation cristallise ce paradoxe : le blé tendre est administré à 270 dirhams le quintal, avec une primeautomatiqueauximportateursdèsquece seuil est dépassé, tandis que de nombreux producteurs locaux vendent en dessous de ce prix, sans mécanisme de protection équivalent Ce modèle stabilise les prix à court terme, mais alimenteannéeaprèsannéeladépendanceaux marchésinternationaux
Contrairement à une idée largement répandue, le déficit de production n’est pas une fatalité climatique. L’efficacité technique moyenne des exploitationscéréalièresmarocainesestestimée entre35et50%.Autrementdit,jusqu’à65%du potentiel agronomique reste inexploité Des variétésdéveloppéesparlarecherche,capables d’atteindre quatre tonnes par hectare avec seulement200millimètresdepluie,existentdéjà Le problème n’est donc pas l’absence de solutions,maisleurfaiblediffusionsurleterrain
Les semences certifiées, qui permettent à elles seulesdesgainsderendementde15à30%,ne couvrent encore que 30 % des superficies L’objectif minimal devrait être de 50 %, en s’appuyant sur des mécanismes d’agrégation capablesd’enfaireunstandard Àcelas’ajoute un maillon souvent négligé : le stockage Les capacités modernes sont concentrées autour desportsetdesunitésindustrielles,
laissant les bassins de production sous-équipés. Résultat : les agriculteurs vendent à la récolte, au moment où les prix sont les plus bas, avec des pertes post-récolte pouvant atteindre 10 % dans certaines zones. Le développementd’infrastructuresintermédiairespermettraitnonseulement de lisser les prix, mais aussi de constituer un stock stratégique national couvrantplusieursmoisdeconsommation
Le financement agricole, souvent présenté comme insuffisant, pose en réalité un problème d’architecture plus que de volume Les ressources existent:leCréditAgricoleduMaroc,leFondsdeDéveloppementAgricole (FDA), les bailleurs internationaux Mais leur déploiement est inadapté aux contraintes réelles des petits exploitants Le FDA repose sur un principe de remboursementaposteriori:l’agriculteurinvestit,puisattendentre12et30 mois pour être subventionné Pour un exploitant sans trésorerie, cette mécaniqueesttoutsimplementimpraticable Elleaméliorelarentabilitéex post, mais n’apporte aucune solution au moment clé des semis et de la fertilisation,làoùsejouel’essentieldurendement
S’y ajoute un biais structurel du système bancaire : seuls 20 % des agriculteurs sont considérés comme bancables, principalement ceux disposantdetitresfonciersréguliers Les80%restantssontexclus,nonpar manque de potentiel productif, mais par absence de garanties formelles Repenser cette architecture suppose une approche systémique : préfinancer les subventions FDA via des mécanismes bancaires automatisés, conditionner les crédits à un accompagnement technique certifié, substituer la garantie collective de la filière à la garantie foncière individuelle,etgénéraliserdeskitsdecampagneintégrésassociantintrants, assuranceetitinérairestechniquesderéférence.Ils’agitmoinsd’injecterde nouveauxfondsquederéorganiserl’accèsàceuxquiexistentdéjà.
L’agrégation peut devenir la clé du système agricole si elle dépasse la simple logique administrative. Elle doit intégrer simultanément les flux physiques, financiers, informationnels et technologiques pour être réellement efficace. La territorialisation est essentielle : les itinéraires techniques doivent être adaptés à chaque bassin agricole. Des programmestechniquesetprojetspilotesontdéjàdémontrélaviabilitédu modèle Le rôle de l’État serait alors de labelliser des agrégateurs solides reliantagriculteurs,banquesetpolitiquespubliques










Il arrive des moments où un secteur cesse d’être un simple pilier économique pour devenir un test national. L’agriculture marocaine est entrée dans cette zone de vérité. Non pas parce qu’elle s’effondre. Mais parce qu’elle révèle,avecunenettetépresquebrutale,lestensionsprofondesdenotremodèlededéveloppement.
Depuis deux décennies, le Maroc a modernisé son agriculture à marche forcée. Les performances à l’export se sont consolidées, certaines filières ont gagné en compétitivité, l’investissement privé s’est structuré. Le Plan Maroc Vert, puis Génération Green, ontdonnéuneimpulsionclaire:produireplus,mieux, etconquérirdesmarchés Surleplanproductif,lepari n’apasétéperdu
Maisproduireplusnesignifiepasêtreplussolide
Laréalitéhydriquedupayss’estdurcie Lestresssurla ressource en eau n’est plus un épisode conjoncturel, c’est une donnée structurelle Les sécheresses répétées ne sont plus des accidents, elles sont devenuesdesscénariosprobables Oruneagriculture conçue pour croître en volume dans un environnement hydrique incertain devient mécaniquementvulnérable
Parallèlement, la dépendance aux importations céréalièresexposelepaysàdeschocsgéopolitiques quepersonnenemaîtrise Lesmarchésinternationaux ne sont pas des abstractions neutres ; ils sont traversés par des conflits, des restrictions, des spéculations Importer peut être rationnel économiquement. Mais importer sa stabilité alimentaireestunchoixstratégiquequimérited’être interrogé.
À cela s’ajoute une fracture structurelle trop souvent reléguée au second plan : près de 80 % des exploitations agricoles font moins de cinq hectares. Cette réalité n’est ni une faiblesse en soi ni une fatalité. Elle devient problématique lorsque ces exploitations restent insuffisamment organisées, faiblement bancarisées, exposées aux aléas climatiques sans filet de sécurité robuste Une agricultureproductivemaissocialementfragileestun équilibreinstable
Ledébatn’estdoncplustechnique Ilestpolitiqueau sensnobleduterme Quelleagriculturevoulons-nous pour2030?
ne agriculture performante dans les années favorables et vulnérabledanslesannéesdifficiles?Ouunécosystèmecapable d’absorberleschocsclimatiques,financiersetgéopolitiques?
Lenouveaucontratagricolenational,aujourd’huidiscuté,repose sur une idée simple mais exigeante : produire moins de vulnérabilité plutôt que seulement plus de valeur ajoutée Cela suppose de replacer la souveraineté alimentaire au cœur des arbitrages,derepenserl’agricultureirriguéeàl’aunedelavaleur crééeparmètrecubed’eau,detransformerl’assuranceagricole enoutilstructurantetnonensimplemécanismed’indemnisation
Cela implique aussi une révolution plus silencieuse : celle de la gouvernance et du capital humain Le conseil agricole de proximité, la formation continue, l’intégration de la recherche et de la digitalisation ne sont pas des compléments décoratifs Ils sont les conditions de la bancabilité, de la prévisibilité des revenus et de l’émergence d’une véritable classe moyenne agricole

La question est désormais claire : avons-nous le courage d’un rééquilibrage stratégique ? Car réorienter signifie arbitrer. Arbitrer entre cultures, entre usages de l’eau, entre subventions, entre intérêts établis. Aucun contratagricolenepeutréussirsansluciditésurcestensions.
L’agriculturemarocainen’estpasencriseausensspectaculaireduterme.Elleestàunpointd’inflexion.C’est plussubtil,maisplusdécisif.Leschoixdesprochainesannéesdéterminerontsilesecteurresteunmoteurde stabilitéous’ildevientunfacteurd’expositionaccrueauxchocsexternes Cedossierspécialneprétendpastrancheràlaplacedesdécideurs Ilentendposerlesbonnesquestions Car, au fond, l’agriculture n’est jamais seulement une affaire de champs et de récoltes Elle est un miroir de la manièredontunenationorganisesarésilience
Dans un contexte de changement climatique et de pression croissante sur les ressources hydriques, les décisions agricoles deviennent aussi des décisions stratégiques pour l’avenir du pays Repenser les priorités productives,valoriserchaquemètrecubed’eauetrenforcerlarésiliencedesterritoiresrurauxsontdésormais desimpératifs Cettetransitionexigeradelacohérencedanslespolitiquespubliquesetdelaconstancedans leur mise en œuvre Elle demandera également l’implication des agriculteurs, des institutions et des acteurs économiques Car c’est de cette convergence que dépendra la capacité du modèle agricole marocain à s’adapterdurablementauxdéfisdusiècle

Pendantprèsdequinzeans,lePlanMarocVertaétéprésentécommelagranderéussiteagricoleduRoyaume.Età bien des égards, il l’a été. Les chiffres parlent : hausse des exportations agroalimentaires, montée en gamme de certaines filières, modernisation des exploitations, développement de l’agro-industrie. L’agriculture marocaine est sortied’unelogiquedesubsistancepourentrerdansunedynamiquedecompétitivité.
Maistouteréussiteporteenellesesanglesmorts.
Le Plan Maroc Vert, lancé en 2008, reposait sur une architecture claire : un pilier intensif,orientéverslesfilièresàfortevaleurajoutéeetl’investissementprivé,etun pilier solidaire destiné à accompagner les petites exploitations L’ambition était double:créerdelarichesseetréduirelapauvretérurale Surlepremierobjectif, les résultats ont été tangibles Les filières fruits et légumes, arboriculture, oléiculture, produits de terroir ont connu une montée en puissance L’investissement, notamment dans l’irrigation localisée, a transformé le paysage agricole
LeMarocasuattirerdescapitaux,structurerdeschaînesd’export,moderniserses outils de production L’agriculture est devenue un moteur d’exportations et un secteurstratégiquepourl’équilibremacroéconomique
Maislamodernisationn’apasétéhomogène.
Lalogiqueproductivisteafavoriséleszonesirriguéesetlesexploitationscapables d’investir Les territoires pluviaux, plus vulnérables aux aléas climatiques, ont progressé plus lentement. La dépendance structurelle aux précipitations est restée forte pour une large partie du pays. Or les cycles de sécheresse se sont intensifiés,révélantlafragilitéd’unmodèleencorelargementtributaireduclimat.
Ledeuxièmeanglemortconcernelasouverainetéalimentaire.LePlanMarocVert n’avait pas pour objectif principal l’autosuffisance céréalière. Il assumait une approchefondéesurlacompétitivitéetl’intégrationauxmarchésinternationaux. Importer des céréales lorsque les prix mondiaux sont favorables peut être rationnel. Mais cette rationalité économique devient fragile lorsque les marchés setendent,quelesconflitsperturbentleschaînesd’approvisionnementouquela volatilitédesprixs’installe

La question n’est pas de rejeter le commerce international Elle est de savoir si la dépendance sur des produits de base essentiels est compatibleavecunevisiondestabilité àlongterme
Troisièmelimite:lastructurefoncièreet sociale Près de 80 % des exploitations agricoles marocaines font moins de cinq hectares Cette fragmentation n’a pas disparu avec la modernisation Certes,desprojetsd’agrégationontété mis en place pour intégrer les petits producteurs dans des chaînes de valeur organisées Mais dans les faits, l’agrégationestsouventrestéeformelle L’accès au financement demeure difficile pour de nombreuses exploitations, faute de garanties, de traçabilité des revenus ou de gestion structuréedurisque.
Autrementdit,l’agriculturemarocainea gagné en performance, mais pas suffisammentensolidité.
C’est ici qu’intervient Génération Green 2020-2030. Cette nouvelle stratégie marqueuninfléchissementnotable Elle placedavantagel’accentsurl’élément humain,laclassemoyenneagricole,la sécurité alimentaire et la gestion de l’eau Lediscoursévolue:ilnes’agitplus seulement de produire et d’exporter, maisderenforcerlarésilience
La transition est significative Elle reconnaîtimplicitementquelaréussite quantitative ne suffit pas Une agriculture qui contribue à la croissance mais reste vulnérable aux chocs hydriques, climatiques et géopolitiques expose l’ensemble de l’économie
Laressourceeneauconstituedésormaislecœurdudébat.LeMarocvitunstresshydriquestructurel.L’irrigation, quiaétéunleviermajeurdemodernisation,devientaussiunsujetd’arbitrage.Touteslesculturesnepeuventplus êtretraitéesdemanièreéquivalente Laquestiondelavaleurcrééeparmètrecubed’eaumobilisés’impose Elle obligeàrepensercertainesorientations,parfoissensibles
Faut-ilprivilégierlesculturesd’exportàfortevaleurajoutéeourenforcerlesproductionsstratégiquesdestinéesau marché intérieur ? Comment répartir l’eau entre agriculture, industrie et usage domestique ? Ces arbitrages dépassentlecadreagricole Ilstouchentàlacohésionsocialeetàlastabilitémacroéconomique
Autre enjeu : la gestion du risque Les mécanismes d’assurance agricole existent, mais ils ne sont pas encore pleinementintégrésdansunelogiquesystémique Orsansassuranceefficaceetmutualisée,lesrevenusagricoles restentimprévisibles Etsansprévisibilité,labancabilitédemeurelimitée Lamodernisationtechniquenepeutse consolidersansunearchitecturefinancièreadaptée
IlseraitinjustederéduirelePlanMarocVertàsesinsuffisances Ilaprofondémenttransformélesecteur Maisle contextede2026n’estplusceluide2008 Lechangementclimatiques’estaccéléré Lestensionsgéopolitiquesse sontmultipliées Lesmarchésinternationauxsontdevenusplusvolatils Lesattentessocialesenmilieururalsesont accrues
L’enjeu n’est donc pas de renier la trajectoire engagée Il est de la compléter D’opérer un rééquilibrage stratégique Passer d’un modèle centré sur la croissance productive à un modèle intégrant pleinement la résiliencehydrique,alimentaireetsociale.
Laquestionquiseposeaujourd’huin’estpasdesavoirsileMarocaréussisamodernisationagricole.Ill’afait,en partie.Lavraiequestionestplusexigeante:cettemodernisationest-ellesuffisantepouraffronterladécennieà venir?

C’estàcetteinterrogationquelenouveau contrat agricole national devra répondre. Non dans l’abstraction des discours, mais dans la précision des arbitrages et la capacité d’exécution Car, au fond, une politique agricole ne se juge pas seulement à ses performances en année favorable Elle se mesure à sa capacité à tenir lorsque les conditions deviennent défavorables
Et c’est précisément là que commence le vraitest
Il existe des chiffres qui rassurent et d’autres qui interrogent. Les exportations agricoles marocaines progressent. Les filières fruits et légumes gagnent despartsdemarché.L’agro-industriesestructure.Et pourtant, au cœur de ce paysage modernisé, la questioncéréalièredemeureunefaillestratégique.
Le Maroc reste structurellement dépendant des importationspourcouvrirunepartimportantedeses besoins en blé tendre Certaines années, lorsque la pluviométrie est favorable, la production nationale progresseetletauxdecouvertures’améliore Maisles cycles de sécheresse répétés rappellent une réalité brutale : la production céréalière reste extrêmement vulnérableauxaléasclimatiques.
La dépendance en soi n’est pas un scandale économique Denombreuxpaysimportentunepartie de leur consommation alimentaire. Le commerce international permet d’optimiser les coûts, d’arbitrer selonlesavantagescomparatifs,destabiliserlesprix. Maiscettelogiquefonctionnedansunenvironnement mondialfluideetprévisible.
Orlemonden’estplusfluide.
Les tensions géopolitiques, les conflits affectant de grandes régions exportatrices, les restrictions ponctuelles à l’export, la volatilité des prix sur les marchés mondiaux ont transformé la question céréalière en enjeu stratégique Le blé n’est plus seulement une matière première Il devient un indicateurdestabilitésociale
L’histoire économique montre que les crises alimentaires déclenchent rarement des débats techniques Elles produisent des tensions sociales immédiates Dansunpaysoùlepainresteunproduit central du panier de consommation, la volatilité céréalière a un impact direct sur l’équilibre économiqueetsocial
Faut-ilpourautantviserl’autosuffisancetotale?
La réponse mérite nuance L’autosuffisance absolue dans un contexte de stress hydrique chronique peut se révéler économiquement coûteuse et écologiquement discutable. Produire à tout prix, indépendamment de la disponibilité en eau et des coûts marginaux, peut aggraver d’autres vulnérabilités.
La question n’est donc pas binaire. Elle porte sur le niveau acceptable de dépendance et sur la capacité du pays à amortirleschocs.
Aujourd’hui,lafilièrecéréalièremarocainesouffredeplusieurs fragilités structurelles. D’abord, une forte dépendance aux précipitationsdansleszonesbour Ensuite,unefragmentation foncière importante Enfin, une chaîne de valeur insuffisamment intégrée, où la création de valeur en amont restelimitée
Les subventions jouent un rôle central dans cet équilibre Le système de soutien à la farine nationale et aux importations vise à stabiliser les prix pour le consommateur Mais il peut aussi créer des distorsions Lorsque l’importation subventionnée devient plus attractive que la production nationale, le signal économique envoyé aux producteurs est ambigu
Réformercesystèmesansprovoquerdechocsocialconstitue un exercice d’équilibriste D’un côté, maintenir des prix accessibles reste une priorité sociale De l’autre, soutenir durablement la production nationale exige des incitations cohérentesetunestructurationdel’amont
C’esticiqu’intervientlanotiond’agrégationexécutée.Intégrer les producteurs dans des écosystèmes organisés incluant semences certifiées, mécanisation adaptée, assurance climatique et accès au stockage permettrait de réduire la volatilité des rendements et d’améliorer la productivité moyenne.

j p p d’export?Faut-ilprivilégierlavaleuréconomiqueoulavaleurstratégique?
Ces arbitrages ne peuvent être tranchés uniquement par le marché Ils relèvent d’une vision nationale souverainetéalimentaireraisonnéen’impliquepasl’isolement,maisunecapacitéaccrueàabsorberlesch
Ladécennieàvenirseramarquéeparuneincertitudeclimatiqueetgéopolitiquecroissante Danscecon la filière céréalière ne peut plus être traitée comme une variable d’ajustement dépendante des c internationauxetdesaléaspluviométriques
Elle doit être intégrée dans une stratégie globale combinant amélioration de la productivité, optimis hydrique,gestiondurisqueetréformegraduelledesmécanismesdesoutien.
Ledébatneconsistepasàopposerouvertureetprotection.Ils’agitdedéterminerleniveauderésilienceq payssouhaiteatteindre.

Accepterunedépendanceélevéepeutsemblerrationnelenpériodestable.Maislorsqueles chocssemultiplient,cettedépendancedevientunesourced’expositionaccrue.
Levéritableenjeuestdoncstratégique:leMarocpeut-ilsepermettred’importersastabilité alimentaire?Oudoit-ilinvestirdavantagedansunefilièrecéréalièremodernisée,structurée etsécurisée,mêmesicelaimpliquedeschoixbudgétairesetdesarbitragesdifficiles?
C’est à cette question que le nouveau contrat agricole devra répondre. Car, au-delà des volumesetdesrendements,c’estlacapacitédupaysàmaîtrisersesvulnérabilitésquiesten jeu
Ilyauneillusiontenacedansledébatagricolemarocain:croirequelaquestioncentraleestcelledeshectarescultivés oudestonnagesproduits.En2026,cen’estpluslabonnemétrique.Lavariabledécisives’appellel’eau.Etelleestrare.
Le Maroc est entré dans un cycle de stress hydrique structurel. Les précipitations sont plus irrégulières, les nappes phréatiques sous pression, les barrages à des niveaux parfois critiques. Cette réalité n’est pas conjoncturelle. Elle redéfinit les bases mêmes du modèleagricole.
Or, historiquement, l’agriculture a été le premier consommateur d’eau du pays. L’irrigation a permis la modernisation, la sécurisation des rendements et l’essor des filières à forte valeur ajoutée Elle a transformé des territoires Elle a attiré l’investissement Ellearenforcélesexportations
Maislecontextechange.
Laquestionn’estplussimplementd’étendrel’irrigation oud’améliorerlesrendements Elleestdemaximiserla valeur créée par mètre cube d’eau mobilisé Cette approchemodifieprofondémentlesarbitrages
Produire une tonne de blé ou un kilogramme de fruits rougesn’impliquepaslamêmeconsommationd’eau, ni la même valeur économique générée Les cultures d’export à haute valeur ajoutée créent davantage de revenus par unité d’eau utilisée D’un point de vue strictementéconomique,lechoixpeutsemblerévident
Maisl’économiepurenesuffitpas.
L’eaun’estpasqu’unfacteurdeproduction.Elleestun bienstratégique,partagéentreagriculture,industrieet usage domestique. L’arbitrage hydrique devient un arbitrage politique. Faut-il privilégier les cultures stratégiques destinées au marché intérieur, même si leurrentabilitéhydriqueestinférieure?Ourenforcerles culturesexportatricesgénératricesdedevises?
La réponse ne peut être uniforme. Elle dépend des bassinshydrauliques,desinfrastructuresexistantes,de la pression démographique locale Une gouvernance hydriquecentraliséeetuniformenepeutplusrépondre àlacomplexitéterritoriale
Lenouveauparadigmeimposetroisruptures.
Lapremièreesttechnologique L’irrigationlocaliséeadéjàpermis des gains significatifs Mais l’optimisation fine capteurs d’humidité,modélisationclimatique,donnéessatellitaires reste sous-exploitée La digitalisation peut réduire les pertes et améliorer la planification Chaque mètre cube économisé devientungainstratégique
La deuxième rupture est économique L’allocation de l’eau doit intégrer la notion de valeur créée Cela suppose des outils d’évaluation précis et transparents Cela implique aussi d’accepterquecertainescultures,danscertaineszones,nesoient plussoutenablesàlongterme
Latroisièmeruptureestinstitutionnelle.Lagouvernancedel’eau nepeutêtredissociéedelagouvernanceagricole.Lespolitiques d’irrigation,desubventionetdeplanificationdesculturesdoivent être cohérentes. Produire davantage dans une zone déjà surexploitée hydriquement revient à déplacer le problème dans letemps.
Le défi est d’autant plus complexe que l’agriculture n’est pas seule à dépendre de l’eau. L’urbanisation, l’industrie, le tourisme exercent également une pression croissante L’eau devient un arbitrageintersectoriel
La comparaison internationale offre des enseignements Des paysconfrontésàdescontrainteshydriquessévèresontmisésur l’innovation technologique, le recyclage des eaux usées, le dessalement et la recherche agronomique avancée Mais ces solutions nécessitent des investissements lourds et une gouvernancerigoureuse

Le Maroc a engagé des programmes de dessalement et d’interconnexion hydraulique. Ces infrastructures peuventsoulagercertainesrégions.Maisellesneconstituentpasunesolutionmiracle.Ledessalementauncoût énergétiqueetfinancierimportant Ildoitêtreintégrédansunestratégieglobale
Il serait erroné de présenter la transition hydrique comme une simple contrainte Elle peut devenir un levier de transformation Repenser les assolements, encourager les cultures moins consommatrices d’eau, valoriser les productions adaptées au climat local, renforcer la recherche variétale : autant de pistes qui peuvent réduire la vulnérabilité
Mais ces choix impliquent des arbitrages sensibles Certains investissements passés peuvent perdre en pertinence Certainsterritoiresdevrontadapterleurmodèle Latransitionhydriquen’estpasneutresocialement
Le véritable enjeu est d’éviter une adaptation tardive et subie Plus la pression hydrique s’intensifie, plus les ajustementsdeviennentbrutaux Uneplanificationanticipéepermetderépartirl’effortdansletemps
Produire par mètre cube n’est pas un slogan technique C’est une nouvelle boussole Elle oblige à sortir d’une logiqued’expansionquantitativepourentrerdansunelogiqued’optimisationstratégique
L’agriculturemarocainenepeutplusêtrepenséeindépendammentdelacontraintehydrique Lenouveaucontrat agricole devra intégrer cette réalité au cœur de ses décisions : choix des cultures, orientation des subventions, structurationdesfilières

Dans un pays semi-aride, l’eau n’est pas un simple intrant Elle est la condition même de la stabilité Et la manière dont elle est utilisée en agriculture déterminera une part essentielle de la résilience économiquedesprochainesdécennies
La révolution hydrique ne sera ni spectaculaire ni immédiate Elle sera progressive, technique, parfois invisible Maiselleseradécisive
On parle souvent d’exportations, de rendements, d’irrigation, de devises. On parle moins de la réalité silencieuse du paysageagricolemarocain:prèsde80%desexploitationsfontmoinsdecinqhectares.Cechiffren’estpasanecdotique. Ilstructuretoutlemodèle.
La fragmentation foncière est souvent présentée comme un handicap Petites surfaces, faibles économies d’échelle, mécanisation limitée, accès difficile au crédit Lesexploitationsdepetitetaillesontplusexposéesauxaléasclimatiqueset auxchocsdeprix Leurcapacitéd’investissementrestecontrainte
Maiscettelecture,sielleestpartiellementvraie,estincomplète
Dans de nombreux pays, l’agriculture familiale constitue l’ossature de la productionalimentaireetunfacteurdecohésionterritoriale Lapetitetaillen’est pasensoiundéfaut Elledevientproblématiquelorsquelesproducteursrestent isolés,insuffisammentorganisésetfaiblementintégrésauxchaînesdevaleur
Le véritable enjeu n’est donc pas la taille moyenne des exploitations Il est la capacitédusystèmeàtransformercettemosaïqueenécosystèmestructuré
Aujourd’hui, la bancabilité des petites exploitations demeure limitée. Les institutions financières font face à une incertitude élevée : revenus irréguliers, dépendance climatique, absence de garanties formelles, traçabilité insuffisante. Lecréditexiste,maisl’accèsrestesélectif.
Cette situation crée un cercle contraignant. Sans financement, l’investissement dans les semences performantes, la mécanisation ou les technologies d’économie d’eau est restreint. Sans amélioration de la productivité, les revenus stagnent.Etsansrevenusprévisibles,labancabilitérestefragile.
Le nouveau contrat agricole introduit une notion centrale : passer d’une agrégationformelleàuneagrégationexécutée
L’agrégation formelle consiste à regrouper administrativement des producteurs autour d’un acteur structurant Mais sans intégration réelle de la logistique, de l’assurance, du conseil technique et du stockage, cette agrégation reste superficielle

L’agrégation exécutée, elle, suppose une intégration économique complète Elle implique que l’agrégateur joue un rôle actif : fourniture d’intrants de qualité, accompagnement technique, mutualisation des risques, accès organisé au marché Elle transforme un ensembled’exploitationsfragmentéesen chaînecohérente
Dans cette logique, la petite taille cesse d’êtreunhandicapisolé Elledevientune composanted’unsystèmecoordonné
Un autre levier réside dans le conseil agricole de proximité. La modernisation technique ne peut reposer uniquement sur des incitations financières. Elle nécessiteunaccompagnementcontinu: adaptation des pratiques culturales, optimisation de l’irrigation, gestion des sols,planificationdesrotations.Lecapital humaindevientdéterminant.
La formation continue des agriculteurs est un enjeu stratégique L’émergence d’une classe moyenne agricole ne dépendpasseulementdessubventions, mais de la capacité à améliorer durablement la productivité et la résilience
Il faut également considérer la dimension sociale et territoriale Les petites exploitations maintiennent l’activité économique dans des zones rurales où peu d’alternatives existent Elles freinent l’exode massif vers les centres urbains Elles participent à la stabilitésociale
Cependant, maintenir ce tissu sans transformation reviendrait à entretenir une fragilité permanente Le défi est de consolider ces exploitations sans les marginaliser.
structurefragmentée
L’agriculturemarocainenepourraêtrerésilientesiunelargemajoritédesesproducteursdemeurevulnér
La stabilité macroéconomique repose aussi sur la stabilité des revenus ruraux Une sécheresse sévèr
fragilise pas seulement les exploitations individuelles Elle affecte la demande intérieure, l’emploi et l’équ social
Transformerlapetiteagricultureenlevierstratégiquesupposeunecohérenced’ensemble:assuranceagr efficace,accèsstructuréaucrédit,conseiltechniquerenforcé,organisationcollectiveopérationnelle

Laquestionn’estdoncpasdesavoirsilafragmentationestunefaiblesse Ellel’estlorsqu’elle isole.Elledevientunpotentiellorsqu’elles’inscritdansunsystèmeintégré.
Le nouveau contrat agricole devra trancher implicitement cette interrogation : veut-on moderniserencontournantlapetiteagriculture,oumoderniserenlastructurant?
Lechoixdétermineralatrajectoireruraledupayspourlaprochainedécennie.Carderrière leshectaresetlesrendements,ilyauneréalitéplusprofonde:celledeséquilibressociauxet territoriaux.
Etuneagriculturedurablenepeutignorersabasemajoritaire
On parle volontiers de semences améliorées, d’irrigation goutte-à-goutte, de digitalisation des parcelles. On parle moins d’un levier pourtant central : l’assurance agricole. Elle paraît technique, presque administrative. Elle est en réalitéstratégique.
L’agriculturemarocainevitsousunedoubleincertitude : climatique et économique Sécheresse, gel, grêle, volatilité des prix. Chaque campagne comporte un risque élevé. Or une activité structurellement risquée devientdifficileàfinancer.C’esticiquelecerclevicieux s’installe.
Sans assurance robuste, les revenus agricoles sont imprévisibles. Sans prévisibilité, les banques hésitent. Sans crédit accessible, l’investissement ralentit. Sans investissement, la productivité progresse peu. Et la vulnérabilitépersiste
L’assurance ne doit donc plus être perçue comme un simple mécanisme d’indemnisation après sinistre Elle doitdeveniruninstrumentdestabilisationsystémique
Aujourd’hui, les dispositifs assurantiels existent Mais leurcouverturerestepartielleetparfoisinsuffisamment adaptée à la diversité des risques Les sécheresses répétées ont mis en lumière les limites d’un système conçu pour des aléas ponctuels, non pour une variabilitéclimatiquestructurelle
La réforme envisagée dans le cadre du nouveau contrat agricole repose sur une logique différente : mutualiser les risques à l’échelle nationale, intégrer l’assurance comme prérequis de bancabilité et l’articuleravecl’innovationagronomique
Mutualiser signifie dépasser la fragmentation des dispositifs. Regrouper les risques liés aux céréales, à l’arboriculture, à l’élevage dans une architecture cohérente permettrait de stabiliser les mécanismes financiers. Certains pays ont développé des modèles performants combinant assurance publique, réassurance privée et mécanismes paramétriques fondéssurdesindicesclimatiques.
Le recours à des assurances paramétriques déclenchées automatiquement selon des seuils de pluviométrie ou de température réduit les délais d’indemnisation et limite les litiges Cela renforce la confianceetaméliorelatransparence
Mais l’assurance ne peut fonctionner isolément Elle doit être intégrée à un ensemble cohérent : bonnes pratiques agricoles, semences certifiées, systèmes d’irrigation optimisés. L’idée est simple:réduirelerisqueenamontetcouvrirlerisquerésiduel.
Un agriculteur qui adopte des pratiques améliorant la résilience desesculturespourraitbénéficierdeconditionsd’assuranceplus favorables. Cette articulation crée une incitation positive : produiremieuxpourpayermoinschersonrisque.
La dimension financière est centrale. Une agriculture assurée devientpluslisiblepourlesbanques Laprévisibilitédesrevenus améliore la capacité d’endettement raisonnable L’assurance agitalorscommeunpontentrelemondeagricoleetlesystème financier
Dans un contexte de stress hydrique et de volatilité croissante, l’assuranceconstitueunoutildestabilisationmacroéconomique Une mauvaise campagne agricole n’affecte pas seulement les exploitations Elle pèse sur la croissance nationale, la demande intérieureetlesfinancespubliques
En structurant mieux la gestion du risque, l’État peut réduire la nécessitéd’interventionsd’urgencecoûteusesetimprévisibles

Cependant,l’élargissementdelacouvertureassurantielleposedesdéfisbudgétaires.Lesoutienpublicauxprimes doit être calibré avec rigueur. Une subvention mal conçue peut créer des effets d’aubaine ou encourager des comportementspeuprudents
Le véritable équilibre consiste à partager le risque entre agriculteurs, assureurs et État Trop de soutien public désinciteàlaprévention Troppeuexposelesexploitationslesplusfragiles
Unautreenjeuconcernel’inclusion Lespetitesexploitationsrestentparfoisenmargedesdispositifsassurantiels, fauted’informationoudeformalisationsuffisante L’agrégationexécutéepeutjouerunrôlecléenfacilitantl’accès collectifàl’assurance
Au-delà des mécanismes techniques, la question est philosophique : accepterons-nous que l’agriculture demeure une activité structurellement exposée sans filet robuste ? Ou choisirons-nous d’en faire un secteur stabilisé,capabled’attirerl’investissementetderassurerlesacteursfinanciers?
Dansunenvironnementclimatiqueincertain,nepasassurerrevientàpariersurlaclémencedessaisons Cepari devientdeplusenplusrisqué

Le nouveau contrat agricole ne pourra réussir sans cette transformation silencieuse L’assurance n’est pas spectaculaire Elle ne produit pas de récoltesvisibles Maisellecréelacondition invisibledelastabilité
Produire plus ne suffit plus Il faut produire ensécurisant
Car au fond, l’agriculture moderne n’est passeulementuneaffairederendements. C’est une affaire de gestion du risque. Et c’est précisément là que se joue la transitionversunmodèledurable.
Il existe un tabou discret dans le débat agricole : celui des subventions. On parle volontiers d’investissement, de modernisation,desouverainetéalimentaire.Onévoqueplusrarementlaquestioncentralequiconditionnetoutlereste: oùval’argentpublic,etavecquelseffetsréels?
Lemodèleagricolemarocainreposesurunsoutienpublicconséquent,directou indirect Aides à l’investissement, subventions aux intrants, soutien à certaines filières, compensation sur les produits de base Ce soutien a accompagné la modernisationetlimitéleschocssociaux Ilaaussicontribuéàcréerdeséquilibres fragiles
Toute politique de subvention est un signal économique Elle oriente les choix de production,influencel’allocationdesressourcesetfaçonnelastructuredesfilières Subventionneruneculture,c’estimplicitementenencouragerl’expansion Soutenir l’importation d’un produit, c’est influencer la compétitivité de la production nationale
Danslecasdescéréales,parexemple,lacompensationvisantàstabiliserlesprix pourleconsommateuraunedimensionsocialeindiscutable.Maisellepeutaussi créer un arbitrage délicat : lorsque l’importation est soutenue et la production localeexposéeauxaléasclimatiques,lesignalenvoyéauproducteurpeutdevenir ambigu.
Le nouveau contrat agricole impose une clarification. L’argent public doit-il prioritairement soutenir la compétitivité à l’export ? La stabilité alimentaire ? La résiliencehydrique?Lacohésionsocialerurale?
Ces objectifs ne sont pas incompatibles, mais ils ne convergent pas automatiquement
Prenons l’exemple de l’eau Subventionner l’irrigation sans intégrer la contrainte hydrique peut encourager des cultures intensives dans des zones déjà sous pression À court terme, la production augmente À long terme, la ressource s’épuise Lecoûtréelsedéplacedansletemps

De même, subventionner massivement l’investissement dans certaines filières à forte valeur ajoutée peut renforcer la croissance des exportations Mais si ces filières mobilisent une part importante des ressources hydriques ou bénéficient principalement à des exploitations déjà structurées, la question de l’équité territorialesepose
Laréformedessubventionsn’estjamais neutre. Elle touche des intérêts établis, des équilibres économiques, parfois des habitudes consolidées depuis des années. Mais l’absence de réforme a égalementuncoût.
Un autre enjeu majeur concerne le financement agricole. Les ressources financières existent. Les banques disposent de liquidités Les dispositifs de soutien public sont en place Pourtant, l’accès au crédit demeure inégal Le problème n’est pas uniquement quantitatif Ileststructurel
Les exploitations peu organisées, insuffisamment assurées, aux revenus irréguliers présentent un profil de risque élevé Les établissements financiers appliquentdoncunesélectionprudente Cette prudence est rationnelle Mais elle limite l’investissement là où il serait nécessaire
Réorienterlefinancementsupposed’agir sur la structure même du risque Assurance renforcée, agrégation exécutée, traçabilité des revenus, digitalisation des données agricoles : autant d’éléments qui améliorent la lisibilitépourlesystèmefinancier.
Subventionner l’investissement sans sécuriserlerisquerevientàconstruiresur unsolinstable.









structurel Lasoutenabilitébudgétairedevientelleaussiunenjeuagricole
Lenouveaucontratagricoledevraassumercesarbitrages Subventionnerquoi?Produirequoi?Financer Cestroisquestionsnesontpastechniques Ellessontpolitiques
L’agriculturemarocaineentredansunephaseoùlarareté del’eau,desressourcesbudgétaires,delasta climatique imposeuneallocationplusfine Leschoixfaitsaujourd’huifaçonnerontlepaysageproduc 2035

Il ne s’agit pas d’opposer compétitivité et souveraineté, export et marché intérieur, grande exploitation et petite agriculture. Il s’agit d’orchestrer un équilibre dynamique, capable d’absorberleschocssanscompromettrelacroissance.
Levraidéfidunouveaucontratn’estpasd’augmenterlesbudgets.Ilestdelesalignersur unevisioncohérente.Dansunenvironnementincertain,chaquedirhaminvestidoitréduire unevulnérabilitéstructurelle.
C’est peut-être là le test le plus exigeant : transformer la dépense publique en levier stratégiqueplutôtqu’enamortisseurponctuel.



Onpeutmoderniserdesinfrastructures,subventionner des intrants, réformer des mécanismes financiers.
Mais sans capital humain solide et sans innovation continue,latransformationagricolerestesuperficielle. La prochaine étape du modèle marocain ne sera ni uniquement hydrique ni budgétaire. Elle sera cognitive.
L’agriculture moderne est devenue une activité de gestionfine:gestiondel’eau,dessols,desrisques,des marchés Elle repose sur la donnée, la prévision et la capacité d’adaptation rapide Dans un environnement climatique instable, produire au hasard n’est plus possible
Lepremierlevierestlarechercheetdéveloppement Le Marocdisposed’institutsderechercheagronomique,de compétences scientifiques et d’expériences réussies Mais la diffusion de l’innovation reste inégale. Entre le laboratoire et la parcelle, l’écart demeure parfois important.
La recherche variétale adaptée au climat semi-aride, l’améliorationdessemencesrésistantesàlasécheresse, l’optimisation des rotations culturales ou la gestion des solsnesontpasdessujetssecondaires.Ilsdéterminent laproductivitémoyenneetlastabilitédesrendements.
Pourtant, l’innovation ne produit d’effet que si elle est adoptée C’est ici que le conseil agricole de proximité devient stratégique Former, accompagner, expliquer, démontrer Lamodernisationnepeutêtredécrétéepar circulaire
Le deuxième levier est la digitalisation Données météorologiquesentempsréel,cartographiesatellitaire, outils de suivi des rendements, plateformes de commercialisation : les technologies existent Leur intégrationrestepartielle
La donnée agricole peut réduire l’incertitude Une meilleureanticipationdesépisodesclimatiquespermet d’ajuster les semis, d’optimiser l’irrigation, de limiter les pertes Une traçabilité renforcée améliore l’accès au financement Un agriculteur capable de présenter des historiques fiables de production et de revenus devient pluscrédiblepourunétablissementbancaire
Maisladigitalisationposeundéfid’inclusion.Toutesles exploitations ne disposent pas des mêmes capacités d’accèsoudemaîtrisetechnologique.
Le risque serait de créer une fracture numérique agricole, accentuantlesécartsexistants.
C’est pourquoi la formation continue devient centrale. L’agriculture ne peut plus être pensée comme un savoir transmis une fois pour toutes. Elle exige une mise à jour permanente des compétences Les jeunes ruraux formés aux outils numériques peuvent jouer un rôle clé dans cette transition
Lecapitalhumainagricoleneselimitepasauxproducteurs Il inclutlesconseillers,lestechniciens,lesingénieurs,lesacteurs financiersspécialisés Unechaînedevaleurmoderniséeexige descompétencesàchaquemaillon
Un autre enjeu stratégique concerne l’attractivité du secteur
L’exode rural n’est pas seulement une conséquence économique Ilestaussiliéàl’imagedel’agriculture Sicelle-ci reste perçue comme une activité précaire et incertaine, elle peineraàattirerlestalents
Valoriser l’innovation, renforcer la professionnalisation, créer des perspectives de carrière dans l’agri-tech et les services agricolespeutinversercetteperception
La comparaison internationale est instructive. Les pays ayant réussi leur transition agricole ont investi massivement dans l’écosystème de connaissance : universités connectées au terrain, partenariats public-privé, réseaux coopératifs performants.

Le Maroc dispose d’atouts : proximité des marchés européens, expérience dans certaines filières, capacité d’investissement public Mais la montée en gamme nécessite un saut qualitatif dans l’intégration de la rechercheetdelatechnologie
Ilseraiterronédecroirequel’innovationestunluxeréservéauxgrandesexploitations Lespetitesstructures, intégréesdansdessystèmescollectifsefficaces,peuventbénéficierd’outilsmutualisés.L’agrégationexécutée peutservirdevecteurdediffusiontechnologique.
Le nouveau contrat agricole devra faire un choix clair : considérer l’innovation comme un complément, ou commeunpilier.Dansunmondemarquéparl’incertitudeclimatique,laconnaissancedevientunfacteurde productionaussistratégiquequel’eau.
Produireplusdevaleuravecmoinsderessourcessupposeuneprécisionaccrue.Cetteprécisionreposesurla donnée,laformationetlarecherche.
La transformation agricole ne sera pas uniquement visible dans les paysages Elle sera inscrite dans les compétences Un agriculteur formé, connecté et assuré n’est plus simplement un producteur Il devient un acteuréconomiqueintégré
L’enjeudépasselatechnique Ils’agitdecréerunécosystèmeoùlaconnaissancecircule,oùl’innovationest adoptée,oùlagestiondurisqueestmaîtrisée
LeMarocagricolepeutchangerd’échelle Maiscechangementneviendrapasuniquementdesbarragesou dessubventions Ilviendradelacapacitéàtransformerl’intelligencecollectiveenlevierstratégique
Etdansunenvironnementincertain,cetteintelligencedevientlaressourcelaplusprécieuse

Onpeutparlerd’eau,desubventions,d’assuranceetdedigitalisation.Maisderrièrecesvariablestechniquessecache unequestionplusprofonde:quiferal’agriculturemarocainedemain?
Lemonderuralchange L’exodeverslesvillessepoursuit, porté par la recherche d’emplois plus stables, de servicespublicsaccessiblesetdeperspectivessociales élargies.Dansdenombreusesrégions,lajeunesserurale nevoitplusl’agriculturecommeunetrajectoired’avenir, maiscommeuneactivitépardéfaut.
Cette perception n’est pas irrationnelle. L’agriculture reste exposée aux aléas climatiques, aux fluctuations des prix, à l’incertitude des revenus. Une mauvaise campagne peut effacer plusieurs années d’efforts. La précaritéperçuealimentelamigration.
Orlastabilitéterritorialedépendengrandepartiedela vitalité rurale Lorsque l’activité agricole décline sans alternative structurée, les déséquilibres s’accentuent : pression urbaine, informalité, chômage, tensions sociales
Le nouveau contrat agricole ne peut ignorer cette dimension humaine Il ne s’agit pas seulement d’augmenter la productivité Il s’agit de redonner de la visibilitéàunetrajectoireprofessionnelle
L’émergence d’une classe moyenne agricole constitue un objectif stratégique Mais cette notion ne se décrète pas Elle repose sur trois piliers : revenus relativement stables, accès aux services financiers et sociaux, et perspectivesd’évolution
La stabilisation des revenus passe par la gestion du risque assurance, diversification, organisation collective. L’accès au financement permet l’investissement et la modernisation. La formation continueouvrelavoieàlamontéeencompétence.
Lajeunesseruralereprésenteunpotentielconsidérable. Plusfamiliariséeaveclesoutilsnumériques,plusouverte à l’innovation, elle peut devenir un vecteur de transformation. Mais encore faut-il que le secteur offre desopportunitéscrédibles.
Ledéveloppementdel’agri-tech,desservicesagricoles, de la transformation locale peut créer des emplois audelàdelaproductionprimaire
L’agriculture moderne ne se limite plus au champ Elle inclut la logistique,latransformation,lacommercialisation,lagestiondes données
Un autre levier réside dans l’infrastructure territoriale. Routes rurales, connectivité numérique, accès à l’eau potable, services desantéetd’éducationinfluencentdirectementl’attractivité.Une politiqueagricoleisoléenesuffitpas.Elledoits’inscriredansune stratégied’aménagementcohérente.
La question foncière touche également la jeunesse. L’accès à la terre reste complexe pour les nouveaux entrants. Faciliter les mécanismesdelocationsécurisée,encouragerlescoopératives, soutenirlesprojetscollectifspeuventouvrirdesperspectives
Il serait naïf de penser que tous les jeunes ruraux choisiront l’agriculture Mais l’objectif n’est pas l’universalité Il est d’éviter quelesecteurnesoitperçucommeuneimpasse
La cohésion territoriale dépend de l’équilibre entre villes et campagnes Une agriculture fragilisée entraîne une ruralité fragilisée Et une ruralité fragilisée pèse sur l’ensemble de l’économie

Le nouveau contrat agricole devra intégrer cette dimension sociale de manière explicite Les arbitrages budgétairesnesontpasseulementéconomiques Ilsontdesconséquenceshumaines
Investirdanslastructurationdesfilières,danslaformationetdanslasécurisationdesrevenusrevientàinvestir danslastabilitéterritoriale
Ladécennieàvenirseramarquéepardespressionsclimatiquesaccruesetdestransformationséconomiques rapides.Danscecontexte,larésilienceagricoledevientaussiunerésiliencesociale.
L’agriculturepeutredevenirattractivesiellecessed’êtresynonymed’incertitudepermanente.Sielleoffreune trajectoire lisible, appuyée par des mécanismes financiers robustes et une reconnaissance professionnelle renforcée.
Ledéfin’estpasseulementproductif.Ilestgénérationnel.
LeMarocagricolede2035dépendradeschoixfaitsaujourd’hui Silatransitionversunmodèleplusstructuréet plus sécurisé réussit, le monde rural peut devenir un espace d’innovation et d’équilibre Si elle échoue, la fractureterritorialerisquedes’élargir
Aufond,l’agriculturen’estpasqu’unsecteuréconomique Elleestunancrageterritorial Etsacapacitéàretenir, formeretvalorisersajeunessedétermineraunepartessentielledelastabiliténationale
C’estpeut-êtrelàl’enjeuleplussilencieux etleplusdécisif dunouveaucontratagricole

Comparern’estjamaiscopier.Maisrefuserdecomparer,c’ests’interdired’apprendre.Ledébatsurlenouveaucontrat agricolemarocaingagneàs’éclairerd’expériencesétrangères.Nonpourimporterdesmodèlesclésenmain,mais pouridentifierdeslogiquesstructurantes.
Prenons d’abord l’Espagne Pays méditerranéen confronté, comme le Maroc, à une pression hydrique croissante, elle a construit une agriculture fortement compétitive à l’export. Son atout majeur ne réside pas uniquement dans la technologie, mais dans la structuration collective. Les coopératives agricoles espagnoles jouent un rôle déterminant : mutualisation desintrants,logistiqueintégrée,capacitédenégociation faceauxgrandeschaînesdedistributioneuropéennes.
La leçon espagnole est claire : la taille individuelle des exploitations importe moins que la capacité à s’organisercollectivement Unepetiteparcelleisoléeest vulnérable Une petite parcelle intégrée dans une coopérative performante devient un maillon d’un systèmepuissant
Israël offre un autre enseignement, plus technologique
Confronté à une rareté hydrique extrême, le pays a transformé la contrainte en moteur d’innovation Irrigation de précision, recyclage des eaux usées, recherche agronomique avancée, variétés adaptées aux climats arides : l’eau y est gérée comme un actif stratégique
La leçon israélienne ne réside pas uniquement dans la technologie, mais dans la cohérence Politique de l’eau, politique agricole et politique de recherche sont alignées L’investissement dans la R&D n’est pas marginal, il est central Dans un contexte semi-aride, cetteintégrationconstitueunrepèrepourleMaroc
L’Inde propose une perspective différente. Avec une population massive et une structure agricole très fragmentée, elle a dû concilier sécurité alimentaire et inclusionsociale.Lesréformesontparfoisétécontestées, mais l’accent mis sur la productivité céréalière, la mécanisation progressive et l’accès au crédit rural a permis d’augmenter significativement la production nationale.
La leçon indienne souligne l’importance de l’inclusion Unestratégieagricolequinégligelespetitsproducteurs peutgénérerdestensionssocialesmajeures Moderniser sansexclureresteundéfipermanent
LaGrèce,enfin,illustreunetransitionqualitative Confrontéeàdes criseséconomiquessévères,ellearéorientécertainesfilièresvers desproduitsàplusfortevaleurajoutéeetrenforcélatraçabilité etlaqualité.L’accentmissurl’identitédesproduitsetlamontée engammeapermisdeconsoliderdesnichesexportatrices.
La leçon grecque rappelle qu’une agriculture ne se définit pas seulementparsesvolumes,maisparsacapacitéàcapterdela valeur.
Ces quatre expériences montrent un point commun : la performance agricole moderne repose sur un écosystème intégré Gouvernancedel’eau,organisationcollective,innovation, gestion du risque, captation de valeur en aval Aucun pays ne s’est contenté d’augmenter les surfaces ou de subventionner massivementlaproductionsansstructuration
Le Maroc dispose déjà de certains éléments : infrastructures d’irrigation, ouverture commerciale, institutions de recherche, dispositifs de soutien public Le défi consiste à aligner ces élémentsdansunelogiquecohérente
L’exemple espagnol interroge la structuration coopérative L’exemple israélien questionne l’investissement dans la R&D hydrique L’exemple indien rappelle la nécessité d’inclusion sociale L’exemple grec met en avant la stratégie de valeur ajoutée

Il serait simpliste de transposer ces modèles. Les contextes politiques, démographiques et historiques diffèrent. Maisl’observationcomparativepermetdeclarifierleschoix
Le Maroc peut-il continuer à moderniser principalement par l’investissement matériel, ou doit-il renforcer davantage l’organisation collective et la recherche ? Peut-il viser une compétitivité accrue sans intégrer pleinementlacontraintehydrique?Peut-ilconsolidersastabilitésocialesansstructurerlapetiteagriculture?
Le benchmarking international n’est pas un exercice académique Il sert à tester la cohérence des orientations nationales
Unconstats’impose:lespaysquiréussissentleurtransitionagricolen’opposentpassouverainetéetouverture Ils combinentintégrationauxmarchésetsécurisationinterne Ilsinvestissentdanslaconnaissanceautantquedans lesinfrastructures

Le nouveau contrat agricole marocain se situe précisément à cette croisée des chemins. S’inspirer sans imiter, adapter sans reproduire. Construire un modèle propre,maiséclairé.
Car dans un environnement global instable, l’agriculture n’est plus seulement un secteur économique. Elle devient un indicateurdematuritéstratégique Etc’est souvent en regardant ailleurs que l’on affinesespropreschoix
Ilesttentantdepenserl’agricultureentermesdecampagnesannuelles,depluviométriesaisonnière,derendements immédiats. Pourtant, le nouveau contrat agricole impose un regard plus long. À quoi pourrait ressembler le Maroc agricole en 2035 ? Trois trajectoires se dessinent, chacune porteuse d’implications économiques, sociales et géopolitiques.
1.Lescénarioinertiel:modernisationpartielle,vulnérabilitépersistante
Dans ce premier scénario, les ajustements restent graduels Les politiques existantes sont prolongées avec quelques améliorations techniques L’irrigation continue de progresser, les exportations se consolident, la digitalisation avance maisdemanièreinégale
Lafilièrecéréalièredemeuredépendantedesprécipitationsetdesimportations Lesmécanismesd’assurances’améliorentsansdevenirpleinementstructurants Lespetitesexploitationsrestentfragmentées,mêmesicertainess’intègrentdans descircuitsorganisés
Ce scénario n’est pas catastrophique Il permet de maintenir une croissance agricole modérée et d’éviter les ruptures brutales Mais il laisse subsister des vulnérabilités structurelles : exposition aux chocs climatiques, pression hydrique accrue,dépendancealimentairesignificative.
En2035,lesecteurresteraitperformantdanslesbonnesannéesetfragiledansles mauvaises.L’économienationalecontinueraitàabsorberdeschocspériodiques liésauxsécheresses.Larésilienceprogresserait,maissansbasculedécisive.
2.Lescénarioderéformeciblée:résilienceprogressive
Danscesecondscénario,lesarbitragesdeviennentplusassumés Lagestionde l’eau est intégrée au cœur des décisions agricoles Les cultures sont progressivementréorientéesversunemeilleurevalorisationparmètrecube Les dispositifsd’assurancesontélargisetarticulésaufinancement
L’agrégationexécutéedevientunlevierréeldestructuration Lescoopérativeset les acteurs privés jouent un rôle accru dans la mutualisation des services La digitalisationsegénéralise,améliorantlatraçabilitéetlabancabilité

Lasouverainetéalimentaireestrenforcée de manière pragmatique, sans viser l’autosuffisancetotale,maisenréduisant la dépendance critique Les subventions sont progressivement redéployées vers lagestiondurisqueetl’innovation
En 2035, ce modèle offrirait une agriculture plus stable, mieux intégrée financièrementetplusattractivepourles jeunes générations Les chocs climatiquescontinueraientd’exister,mais leur impact serait amorti Le secteur deviendrait un facteur de stabilité plutôt qu’unamplificateurdevolatilité.
3.Lescénarioderefondationstratégique :écosystèmeintégré
Le troisième scénario est le plus ambitieux. Il suppose une refonte cohérente et assumée. L’eau devient la variable centrale de planification. Les arbitragessontclairsetterritorialisés Les cultures sont alignées sur une stratégie hydriquenationale
L’assurance agricole devient quasi universelle, adossée à des mécanismes de réassurance sophistiqués Le financement rural s’appuie sur des données fiables et une organisation collective robuste Les petites exploitations sont pleinement intégrées dans des écosystèmes productifs performants
La recherche agronomique et la digitalisation sont massivement renforcées Le Maroc développe une expertiseagri-techadaptéeàsonclimat, exportable vers d’autres pays semiarides L’agriculture devient un laboratoired’innovation.
L’agriculturemarocainen’estpascondamnéeàlavulnérabilité Elledisposed’atoutsconsidérables:expéri institutionnelle, proximité des marchés, capacité d’investissement public, savoir-faire accumulé Mai contraintesclimatiquesetgéopolitiquesimposentuneadaptationplusrapideetpluscohérente
En 2035, le Maroc agricole sera le reflet des choix effectués aujourd’hui Maintenir le cap actuel avec ajustementsprogressifs,ouengagerunetransformationplusstructurée
Aufond,laquestionn’estpasseulementagricole Elleconcernelamanièredontunenationanticipeleris L’eau,laterre,laconnaissanceetlefinancementdoiventêtrepenséscommeunsystème

Le nouveau contrat agricole ouvre une opportunité rare : transformer une contrainte le stresshydrique,lavolatilitéclimatique enmoteurdecohérencestratégique
Ladécennieàvenirseradécisive Nonparcequ’elledétermineralaquantitéproduite,mais parcequ’ellefixeraleniveauderésiliencecollective
Etdansunmondeincertain,larésiliencevautsouventplusquelacroissancebrute.
UNNOUVEAUCONTRATAGRICOLEEST-ILPOLITIQUEMENT POSSIBLE?
Lesdiagnosticssontdésormaisconnus.Lesvulnérabilitéssontidentifiées.Lespistesderéformesontdocumentées.Mais une question demeure, plus exigeante que toutes les autres : le nouveau contrat agricole est-il politiquement et institutionnellementexécutable?
Réformer l’agriculture n’est jamais un exercice technique.C’estunexerciced’équilibre.
Chaque arbitrage touche des intérêts établis : filières organisées, importateurs, opérateurs logistiques, agrégateurs, distributeurs, institutions financières, collectivités territoriales. Modifier la répartition des subventions ou réorienter certaines cultures revient à redistribuerdesavantagesacquis.
La première difficulté tient au temps politique. Les bénéfices d’une réforme structurelle sont souvent différés Les coûts, eux, sont immédiats Réformer la gestion de l’eau, revoir les mécanismes de soutien, renforcerl’assuranceagricoleouconditionnercertaines aides à des critères de performance hydrique peuvent susciterdesrésistancesàcourtterme
Orlatentation,danstoutsystème,estdeprivilégierla stabilitéimmédiate.
La deuxième difficulté concerne la coordination institutionnelle Le nouveau contrat agricole ne relève pas uniquement du ministère en charge du secteur Il impliquelesfinancespubliques,lapolitiquedel’eau,les régions, les institutions financières, les assurances, la recherche,l’aménagementduterritoire
Sans coordination horizontale forte, la réforme risque desefragmenter.
L’expérience internationale montre que les transitions agricoles réussies reposent sur une gouvernance claire etstable.Lesstratégiesdoiventsurvivreauxalternances politiquesetauxcyclesélectoraux.L’agricultureexigede lacontinuité.
Troisième enjeu : l’acceptabilité sociale. La réforme des subventions ou la réorientation de certaines cultures peuvent être perçues comme des menaces par des acteursfragiles Unecommunicationmalmaîtriséepeut transformer un ajustement technique en tension politique
C’est ici que la pédagogie devient stratégique Expliquer que l’objectif n’est pas de réduire le soutien, mais de le rendre plus cohérentetplusrésilient,estessentiel.
Quatrième dimension : la contrainte budgétaire. Le contexte macroéconomiqueimposeunediscipline.Lesfinancespubliques ne peuvent absorber indéfiniment des chocs climatiques successifs sans réforme structurelle. Mais toute restructuration impliquedescoûtsdetransition.
Ilfaudrainvestirdavantagedansl’assurance,ladigitalisation,la recherche et la formation La question n’est pas seulement combiendépenser,maiscommentréallouer
Cinquième enjeu : la capacité d’exécution locale Les politiques agricoles se déploient dans les territoires Si les services déconcentrés,lescoopératives,lesinstitutionsrégionalesnesont passuffisammentpréparés,laréformeresterathéorique
La réussite dépendra autant de la qualité de la mise en œuvre quedelaqualitédelaconception
Malgrécesobstacles,unefenêtred’opportunitéexiste
Car l’agriculture, plus que tout autre secteur, révèle la maturité d’unmodèlededéveloppement Etc’estprécisémentcetestque leMarocs’apprêteàpasser

Le stress hydrique rend l’inaction plus coûteuse que la réforme Les sécheresses répétées ont sensibilisé l’opinion et les décideurs à la vulnérabilité structurelle La notion de souveraineté alimentaire a gagné en légitimitédansuncontextegéopolitiqueinstable
Autrementdit,lesconditionspolitiquesd’undébatmaturesontréunies
Lenouveaucontratagricoleneréussirapasparl’accumulationdemesurestechniques.Ilréussiras’ildevient unprojetnationalpartagé,alignantcroissance,résilienceetcohésionterritoriale.
Laquestionn’estpasdesavoirsilaréformeseraparfaite.Elleneleserapas.Laquestionestdesavoirsielle seracohérenteetprogressive.
En 2035, personne ne jugera l’agriculture marocaine sur la base d’une seule campagne exceptionnelle. Elle serajugéesursacapacitéàabsorberleschocs,àprotégersesproducteurs,àstabilisersesprixetàpréserver saressourcehydrique
Levéritableenjeudunouveaucontratestdoncpolitiqueausensnoble:choisirentrel’ajustementpermanent etlastructurationstratégique
Les diagnostics sont sur la table Les comparaisons internationales éclairent les choix Les contraintes climatiquesimposentuncalendrier
Resteunevariabledécisive:lavolontécollectived’alignerlesdécisionssurunevisiondelongterme

Le Plan Maroc Vert, auquel a succédé Generation Green, se fonde sur le principe d’une agriculture pour tous, sans exclusive, adaptée à chaque type de territoires et à chaque type d’agriculteurs. L’agriculture y est donc considérée commeuneagricultureplurielledanslaquelletouslesterritoiresettouslesagriculteursauronttrouvéuneplacedansun ensemblenationalvalorisantaumieuxlesopportunitésetleurpotentialitérespective.Ceprincipeaconduitàporterune grandeattentionàl’agriculturefamiliale.
Le Plan Maroc Vert (PMV) a donc constitué un tournant stratégique pour l’agriculture marocaine qui, par ailleurs, n’a pas été un épisode de sécheresse prolongée Lavoiretlapenserautrementestlepremierpasàfairepourdéfendre etpromouvoircesecteurvital Comprendresesforces,sesfaiblesses,sespoints de dépendance, c’est aussi reconnaître la fragilité de ce qu’elle apporte : la souverainetéalimentaire Danscetteéquationcomplexe,l’agriculture,enproieà d’importantsdéfis,nedoitpasêtrel’inconnue;elledoitêtrelavariablestratégique denotresouveraineté
De lourds enjeux pour l’agriculture marocaine de demain : l’enlisement ou l’émergencevéritable
Bien qu’ayant fait l’objet de riches diagnostics, le monde agricole va devoir s’adapteràdenouvellesréalités.Celles-cis’affichentcommeunpointdebascule incontournable de l’agriculture marocaine et les omettre serait une erreur stratégiquedansl’analyse.
C’estainsiquepourdonneruncapclairaumondeagricoleetsurmonterlesdéfis attenants,lesstratégiesagricolesdoivents’inscriredansletempslongetdansla réalité de ce qu’est l’agriculture. Trois conditions préalables doivent alors être prisesencompteavec,nel’oublionspas,l’impératifdeconsidérerlesspécificités sociétalesetterritorialesdel’agriculturemarocaine.
La première a trait à la nécessité de faire preuve de résilience face au changementclimatique.
Lesecteuragricole,premierusagerdesressourceseneaupuisqu’ilenconsomme 85%, doit donc augmenter radicalement l’efficacité de son utilisation, même si d’importantsinvestissementsontétéeffectuéspourcouvrirlesbesoinsagricoles eneau,maisaussilademandedelapopulationetcelledesautressecteurs,elles aussitrèspressante

Dans ces conditions, la transition vers une agriculture durable et responsable ne relève plus du choix, et fait de la recherche agronomique une priorité incontournable, notamment en matière de sélection variétale dans les cultures, d’amélioration génétique dans les productionsanimalesoudesauvegarde delasantédessols
L’ampleur des efforts à réaliser pour s’engager dans des systèmes de production résilients et adapter l’agriculturemarocainevanécessiterune plusgrandemobilisationdesacteursde la recherche et de l’innovation. Notre souveraineté alimentaire en dépend, maisaussinotrecompétitivitéagricole.
Une approche intégrée et collaborative de la recherche est donc attendue : la synergie entre les universités, les entreprises, les instituts de recherche et les collectivités territoriales a en effet toute sa place pour développer de nouvelles technologies et méthodes de culture plus efficaces et durables L’expérience des Pays-Bas peut être très inspirante à cet égard : les centres d'innovation et les clusters rassemblent des entreprises, des chercheurs et des entrepreneurs pour collaborer et assurer un transfert efficace des solutions vers lesagriculteurs
Le Maroc dispose aussi de solutions innovantes issues de ses territoires Ces derniers sont des laboratoires vivants d’expérimentations sociales, agricoles et technologiques Aussi, l’innovation rurale est une réponse concrète au Maroc à deuxvitesses Lesexemplesfoisonnent
On peut citer celui des coopératives féminines de transformation agroalimentaire qui permettent de générer des opportunités économiques et sociales pour les populations ruralesdanschacunedesrégionsdupays.
Ces exemples montre qu’une agriculture durableetinclusiveestpossible.Encorefaut-illa soutenir par des politiques publiques ambitieuses consistant à valoriser les savoirs locaux,àmobiliserdesfinancementsadaptés,à renforcer les infrastructures rurales et à promouvoirlaformationetlerenforcementdes capacités
Cette transition vers une agriculture durable s’insèreaussidansuneéquationcomplexe,liée à un contexte international qui se géopolitise franchement Decefait,laquestionénergétique est appelée à croître en importance dans la gestiondessystèmesagricoles L'énergiefossile est omniprésente dans l’agriculture et les variations de son prix sont de nature à déstabiliser les chaînes de valeur agricoles et agroalimentaires
Dans ce contexte, pour éviter de transférer la dépendance, le Maroc a intérêt à adosser sa stratégie agricole à ses capacités en énergies renouvelables. Il s’agit d’un basculement majeur, où l’eau et l’énergie constituent ensemble un système intégré. L’agriculture marocaineenseraplusrésiliente.
La biométhanisation offre aussi un moyen efficacederéduireladépendanceauxénergies fossilesdansl'agriculture,toutenaméliorantles revenus des producteurs. Une feuille de route ambitieuse a été mise en place pour développer ce procédé à l’horizon 2030 Une telle approche permet de conjuguer productivité,durabilitéetinclusionsociale
Enfin, la troisième condition préalable a trait à l’indispensable implication des nouvelles générationsdanslamutationdel’agriculture. DestravauxrécentsdelaCOMADERsurl’emploi agricole ont mis en relief la pénurie structurelle de la main-d’œuvre agricole au Maroc, au risque de limiter la capacité de l’agriculture marocainederemplirsesfonctionsdesécurité alimentaire, de stabilité sociale et d’équilibre territorial En effet, en l’absence de visibilité hydrique, l’investissement productif agricole reculeetl’emploidevientfragile
La notion d’une main-d’œuvre rurale abondante et peu exigeante est désormais caduque.
Aussi, la fragilisation de l’emploi agricole constitue désormais un enjeumacro-économiqueetterritorialmajeur,aumêmetitrequela sécurisation hydrique ou financière : elle menace la compétitivité desfilières,lastabilitésocialedesterritoiresrurauxetlacapacitédu secteuragricoleàjouersond’amortisseuréconomique.
Lerenouvellementgénérationneldesagriculteursesteneffetundéfi de taille pour ce secteur. Les agriculteurs marocains prennent de l’âgeetleursenfantssontdeplusenplusnombreuxàêtreattiréspar d’autresorientationsprofessionnelles.Cephénomènequis’accentue menace la viabilité de milliers d’exploitations familiales qui seront alors sans relève L’urbanisation rapide de notre pays et l’élévation duniveaud’instructiondansleszonesruralesmodifielesaspirations des jeunes générations, désormais moins enclines à perpétuer une activité jugée incertaine et mal maîtrisée Cette désaffection accentue le morcellement des terres, réduisant encore plus leur rentabilité
Ce contexte fragile ne signifiera pas pour autant la fin de l’agriculture, mais celle d’une forme d’agriculture, ce qui appelle à une réorganisation en profondeur des structures d’exploitations et des modes d’exercice du métier d’agriculteur Les travaux de la COMADER sur l’emploi agricole ont révélé que si le modèle traditionnel de l’exploitation familiale tend à s’estomper, même s’il reste prépondérant, le salariat s’est beaucoup développé en parallèle, en hausse de quasiment 700% entre 2004 et 2024 Il a concernésurtoutlesfilièresàfortevaleurajoutée
Mais il ne s’agit nullement de laisser l’initiative seulement à des investisseurs privés, légitimement mus par des logiques et rationalités seulement économiques et financières. Ce dénaturementdel’agriculturemarocainenepeutconduirequ’àune évanescencedenotresouverainetéalimentaire.
Ilfautdoncbiensegarderd’uneérosiondutissuagricoletraditionnel qui, s’il parvient à attirer les jeunes, peut représenter une composante essentielle de la résilience alimentaire du pays. Le Maroc doit pouvoir compter sur le renouvellement des générations pouraccélérerlatransformationdusecteuretfavoriserdesformes d’innovation plus radicale D’ailleurs, c’est pleinement conscient de cette évolution que l’Etat a inscrit dans sa stratégie agricole décennale Green Génération, une série de mesures destinées à attirerdenouveauxacteursdanslesecteur

Parmi elles, l’incitation à la transmission des exploitations à des entrepreneurs agricoles, la consolidation du foncierpourlimiterl’émiettementdesparcelles,l’élargissementdelacouverturesocialeà400000famillesrurales De même, un programme de formation prévoit l’accompagnement de 350 000 jeunes agriculteurs et investisseursafindefavoriserl’émergenced’unmodèleplusrésilientetproductif
Green generation a ainsi pour ambition de faire émerger une nouvelle génération d’entrepreneurs ruraux, non forcément issus du milieu agricole, mieux formés, peut-être plus féminisés, davantage ouverts aux nouvelles pratiquesagricolesetcommerciales.Descoopérativesetgroupementsagricolesproductifscoexisterontdeleur côtéavecd’unepart,desentreprisesagricolesquiviseàrépondreàunedemandemondiale,etd’autrepart,une forme inédite de micro-exploitations empruntant les codes de la startup. Cette situation va constituer une véritable révolution culturelle positive dans le monde rural marocain, en donnant naissance à une classe moyenneagricolevéritablemententrepreneuriale.
Il s’agit possiblement d’une tendance de fond à consolider pour qu’à terme, le secteur agricole puisse concurrencer les opportunités offertes par l’économie urbaine Le département de l’Agriculture devra, à l’avenir, être très attentif à ce renouvellement escompté des générations d’agriculteurs pour qu’il soit l’occasion d’une accélérationindispensableversl’agriculturedurable
Le système agricole marocain se trouve à la croisée des chemins, face à son destin Tant en raison de sa vulnérabilitéquepoursonrôlestratégiquedanslarésilienceglobale,lesecteurdel’agriculturefigureenpremière ligne pour affronter des défis de taille : changement climatique, crise énergétique, préservation des ressources, renouvellement générationnel, santé des individus, préservation des sols et de la biodiversité et aussi outil politiqueetdiplomatiqueauserviced’unecoopérationSud-Sudéquilibrée

Celaimposeànotrepaysdedéfinirunestratégieclaire,réaliste,quis’inscritdansunevision delongterme,quiintègrelesquestionsdeladurabilitéagricoleetquiprendenchargeles spécificités sociétales de notre agriculture Dans ce contexte, l’inclusion des petits producteurs et le renforcement de leur réactivité face à l’évolution des chaines de valeurs alimentairessontessentiellespourgarantiruneagriculturerésilienteetdurable L’innovation sera sans doute l’outil indispensable pour accompagner l’adaptation de nos différents systèmesagricoles
IkbalSayah,
Expert en développement humain et en évaluation des politiques publiques, il dirige depuis2007lepôledesétudesgénéralesdel’ONDH.










