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ACE, Lighting design 2055 Conception lumière, livre blanc, white paper

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CONCEPTION LUMIÈRE / LIGHTING DESIGN

CONCEPTION LUMIÈRE / LIGHTING DESIGN

PRÉAMBULE FOREWORD

1995.

Il y a 30 ans naissait non pas un métier, mais le regroupement de professionnels de la lumière artificielle, des femmes et des hommes issus de domaines aussi variés que le cinéma, l’architecture, les arts plastiques, la photographie ou le spectacle vivant… L’Association des concepteurs lumière et éclairagistes voyait le jour, créée sous l’impulsion de professionnels soucieux de faire exister le métier et de résoudre la délicate question de sa représentation, notamment face aux architectes et urbanistes.

À cette époque, aucune norme n’existait, les contraintes écologiques et environnementales n’étaient absolument pas une préoccupation, pas plus que les limites budgétaires. Dans ce contexte, la question de la requalification des espaces publics et de la capacité du matériau lumière à valoriser les villes et ses bâtiments à la nuit tombée, a émergé. Peut-être jusqu’à un certain trop-plein de lumière, d’édifices suréclairés…

Initialement centré sur la mise en valeur du patrimoine architectural, le métier de concepteur lumière, s’est progressivement étendu à la mise en lumière de l’espace public, notamment avec les premiers concours d’aménagement des centres-villes des capitales régionales, mais aussi parallèlement aux paysages nocturnes et aux éclairages architecturaux. Ce qui se nomme « l’urbanisme lumière », né vers la fin des années 1980, avec les premières études de Schémas directeurs d’aménagement lumière (SDAL), se développe alors d’abord dans les villes françaises, puis rapidement, dès 1992, à l’étranger.

Progressivement, de nouveaux domaines urbains et architecturaux font appel à des concepteurs lumière : établissements scolaires et universitaires, parcours nocturnes touristiques, établissements pénitentiaires, usines d’incinération des ordures ménagères, tours de bureaux, etc.

La profession de concepteur lumière trouve sa place et est ainsi intégrée naturellement dans des équipes pluridisciplinaires, dès le stade des concours, et ce le plus souvent à la demande des maîtres d’ouvrage qui souhaitaient avoir un spécialiste de l’éclairage comme interlocuteur. Le métier de concepteur lumière s’est aussi invité dans les créations et les rénovations de musées et de médiathèques, comme dans celles des centres commerciaux et des commerces de luxe.

1995.

Thirty years ago, it wasn’t a new profession that emerged, but rather a group of artificial lighting professionals—women and men from diverse fields such as cinema, architecture, the visual arts, photography and live performance. The Association of Lighting Designers and Lighting Engineers was formed by professionals eager to establish the profession and address the sensitive issue of its representation, particularly in relation to architects and urban planners.

At that time, there were no standards and ecological and environmental constraints, nor budgetary limitations, were a concern. Against this backdrop, the question of how to redevelop public spaces to make cities and their buildings more attractive after dark emerged. This sometimes resulted in an excess of light and over-illuminated buildings.

Initially focused on showcasing architectural heritage, the lighting design profession gradually expanded to include lighting for public spaces, particularly with the first competitions for the development of regional city centres, as well as night-time landscapes and architectural lighting. This approach, known as “light urbanism”, first emerged in the late 1980s with the initial lighting master plan studies. It was first developed in French cities and then quickly spread abroad as early as.

1992. Gradually, new urban and architectural projects began to commission lighting designers, including schools and universities, night-time tourist routes, prisons, waste incineration plants and office towers.

The role of lighting designer has become firmly established within multidisciplinary teams, often at the request of project owners who want a lighting specialist as their point of contact, and is now integrated into the design process from the competition stage. Lighting designers are also involved in the design and renovation of museums, public libraries, shopping malls and luxury stores.

In urban planning, urban dark infrastructure*, which appeared in 2011, were defined for the city of Rennes as part of its Lighting Master Plan (LMP). It has become a landmark and has paved the way for many others at regional, nature park and departmental levels. They were born out of a desire to preserve biodiversity and reduce light pollution, and meant to complement green and blue infrastructures.

* Trame noire

Cette planification, née à Rennes en 2011, permet une stratégie spatiale et temporelle de préservation de l’obscurité dans un territoire afin d’améliorer la qualité de la nuit dans les espaces naturels protégés et de préserver un équilibre entre biodiversité et activités humaines nocturnes.

Dark infrastructure

This plan, which originated in Rennes in 2011, involves a spatial and temporal strategy for preserving darkness in a given area. The aim is to improve the quality of night-time in protected natural spaces, while maintaining a balance between biodiversity and human activities at night.

En urbanisme, les trames noires* urbaines, nées de la volonté de préserver la biodiversité et de diminuer la pollution lumineuse – qui venaient compléter les trames vertes et bleues –, sont apparues en 2011. Celle définie pour la Ville de Rennes, dans le cadre de son SDAL fait date et ouvre la voie à bien d’autres, à l’échelle des métropoles régionales, des parcs naturels régionaux et plus récemment à celle des départements.

Aujourd’hui, même si certaines agences de conception lumière se sont spécialisées dans un ou plusieurs domaines, le concepteur lumière reste un généraliste capable de travailler sur tous les sujets, en groupe restreint ou au sein de larges équipes pluridisciplinaires. Compte tenu des évolutions technologiques continues, et des enjeux actuels, environnementaux, énergétiques, économiques, sociaux et sociétaux, le concepteur lumière est devenu un spécialiste reconnu, qui a un rôle essentiel à jouer dans les mutations urbaines et architecturales en cours, comme celles à venir dans le futur.

2025.

30 ans plus tard, le concepteur est encore plus qu’un technicien ou qu’un simple expert. Il imagine et réalise des projets d’éclairage intérieur et extérieur, exprime sa part artistique, répond à des problématiques spatiales, urbaines, culturelles, voire sociétales pour un résultat durable. La nuit comme temps de la régénération est prise en compte et les crises, qu’elles soient climatique, économique, sanitaire ou environnementale, ont fait évoluer le métier. La publication du Manifeste des conceptrices & concepteurs lumière pour des projets d’éclairage raisonnés et engagés, avec une première édition en 2016, suivie d’une deuxième publiée en 2023 recense les prises de position fortes de la profession. En 10 engagements, les concepteurs affirment leur lutte pour une certaine qualité de lumière autant que pour l’obscurité. En résumé, « ce manifeste est un hommage à la lumière, un hommage à l’obscurité, un hommage au soleil, un hommage à la nuit. La lumière est notre énergie vitale. La nuit est notre patrimoine commun. La lumière naturelle et l’obscurité naturelle s’harmonisent à l’intérieur de nos bâtiments, il est possible de les mettre en résonance et de tirer parti des rayonnements du soleil pour éclairer ».

De nouveaux défis sont apparus récemment dans les grandes villes, avec l’accroissement des activités nocturnes, avec le nécessaire

While some lighting design agencies specialise in one or more areas, lighting designers remain generalists, capable of working on all kinds of projects, either in small groups or as part of large, multidisciplinary teams. In light of ongoing technological developments and current environmental, energy, economic, social and societal challenges, lighting designers have become recognised specialists with an essential role to play in current and future urban and architectural changes.

2025.

Thirty years later, designers are still so much more than mere technicians or experts. They design interior and exterior lighting projects, express their artistic vision and address spatial, urban, cultural and societal issues to achieve sustainable results. The concept of night-time as a time for regeneration is explored, and crises, whether climatic, economic, health-related or environmental, have caused the profession to evolve. The Manifesto of Lighting Designers for Sensible and Committed Lighting Projects was first published in 2016, followed by a second edition in 2023. It sets out the profession’s key principles. In ten commitments, designers affirm their commitment to fighting for a certain quality of light, as well as for darkness. In summary, this manifesto is a tribute to light, darkness, the sun and the night. Light is our vital energy. Night is our common heritage. Natural light and natural darkness can be harmonised within our buildings, and we can take advantage of the sun’s rays for lighting. New challenges have recently emerged in large cities due to an increase in night-time activities and the need to rebalance lighting priorities. Above all, there is a growing need to reduce light pollution and preserve biodiversity in cities.

The original concept of urban lighting has thus gradually evolved into night-time urban planning that favours darker areas, with a general trend towards less lighting in cities rather than excessive illumination programmes.

Terms such as frugality, sobriety, inclusivity, gender equality, environmental preservation, the circular economy and reducing the carbon footprint are also increasingly being used to describe these new urban lighting policies and integrate them into current lighting strategies.

2055.

Anticipating the future of a profession is not like looking into a crystal ball; it is about laying the groundwork for a realistic yet ideal future. How

rééquilibrage des priorités d’éclairage et surtout avec le besoin croissant de réduire la pollution lumineuse et de préserver au maximum la biodiversité en ville.

L’urbanisme lumière originel s’est ainsi progressivement transformé en un urbanisme nocturne qui fait la part belle aux trames noires, à l’obscurité en ville et non plus aux plans lumière pléthoriques ou aux programmes d’illuminations.

Les termes de frugalité, de sobriété, d’inclusivité, de genre, de préservation de l’environnement, d’économie circulaire, de réduction du bilan carbone, sont aussi de plus en plus utilisés pour décrire ces nouvelles politiques d’éclairage urbain et pour les intégrer dans les stratégies d’éclairage en cours d’étude.

2055.

Imaginer, ou ne serait-ce qu’entrevoir l’avenir d’une profession, ce n’est pas regarder dans une boule de cristal, aussi radieuse soit-elle, mais c’est poser les jalons d’un avenir réaliste, aussi bien qu’idéal. Sur quel nouveau mode une agence de conception lumière va-t-elle travailler ? Vivra-t-elle une immersion dans des savoirs partagés ? Imaginons une agence qui n’est plus isolée comme elle est aujourd’hui, toute seule, qui fait partie d’un groupe, partage des locaux avec d’autres professionnels, des spécialistes de la biodiversité, des architectes, des paysagistes, avec lesquels il est possible d’échanger rapidement, de développer de nouveaux questionnements, de s’appuyer sur d’autres compétences. Une immersion dans une multitude de compétences dont l’objectif est d’arriver à mener une réflexion globale sur un projet, afin de concevoir de façon durable et juste.

Cette agence multifonction et multicompétente sera-t-elle aussi nomade ? Comment va-t-elle s’accommoder de la prédominance de l’intelligence artificielle ? Sera-t-elle sa principale alliée ou sa plus grande concurrente ?

Dans trente ans, quelles villes résilientes et quelles vies nocturnes les concepteurs lumière auront-ils imaginé aux côtés des sociologues, des écologues, des architectes, des paysagistes, des urbanistes, des géographes, des associations d’habitants et des neuroscientifiques ? À qui appartiendra la nuit ? Quelles lumières intérieures seront les plus propices à une meilleure santé ? Comment la lumière naturelle sera-t-elle maîtrisée, stockée et restituée ?

will lighting design agencies work in the future? Will it be immersed in shared knowledge? Imagine an agency that is part of a group, sharing premises with biodiversity specialists, architects, and landscape designers. This would enable quick idea-sharing, the development of new questions, and the drawing on of other skills. This immersion in a multitude of skills enables comprehensive reflection on a project, allowing for sustainable and fair design.

But will this multifunctional, multiskilled agency also be nomadic? How will it adapt to the increasing use of artificial intelligence? Will it be its main ally or its biggest competitor?

Thirty years from now, what resilient cities and night-time lifestyles will lighting designers have imagined alongside sociologists, ecologists, architects, landscape designers, urban planners, geographers, residents’ associations and neuroscientists? Who will own the night? Which interior lighting will promote better health? How will natural light be controlled, stored and restored? What low-carbon solutions will be implemented? What will rural nights look like? These are all exciting prospects for the profession.

From neighbourhood to city, city to region, region to country, country to continent and finally to our entire planet, lighting designers will have to address different concerns at each of these scales. Universal laws and regulations are essential if we are to ‘save’ our planet, and lighting will have to find its place in this system. While many desire to turn off the planet, each territory has its own culture, temporality and customs. As lighting designers, our role would be to work within the permeability of a global approach on a large scale, while paying close attention to detail on a small scale. This cross-disciplinary approach allows us to consider major issues while maintaining a sense of proximity.

Quelles solutions bas carbone seront mises en œuvre ? À quoi ressembleront les nuits rurales ? Soit autant de perspectives réjouissantes pour le métier.

Du quartier à la ville, de la ville à la région, de la région au pays, du pays au continent et du continent à notre planète, toutes ces échelles définissent des préoccupations différentes que le concepteur lumière devra interroger. Des lois ou réglementations universelles sont essentielles pour « sauver » notre planète, et la lumière devra trouver sa place dans ce système. Éteindre la planète est une projection qui est souhaitée par beaucoup, mais chaque territoire possède sa culture, sa temporalité, ses usages. La projection de notre rôle de concepteur lumière serait de travailler dans la perméabilité d’une approche globale à très grande échelle et d’un regard attentif à petite échelle. Un regard croisé permettant d’ouvrir nos réflexions à des problématiques majeures en conservant une échelle de proximité.

Dans une « ville intelligente » comme Londres, la détection des foules pourrait être assurée par la géolocalisation des smartphones. Associée aux progrès réalisés dans le domaine des algorithmes et des petits appareils aériens autonomes, cette technologie pourrait un jour remplacer l'éclairage public traditionnel. Des « essaims de lumière » mobiles éclaireront-ils des zones de façon spontanée et dynamique ? Des nuages de microbots « lumineux » pourraient fournir un éclairage temporaire lors de grands rassemblements, offrant ainsi une sécurité supplémentaire. De tels dispositifs pourraient-ils également être utilisés pour transmettre des informations ou indiquer des directions aux piétons ?

The movement of individual people has long been a trigger for the control and adjustment of lighting. “Smart cities” like London could employ crowd-sensing using the geolocation of smartphones. Coupling this with developments in algorithms and small autonomous aerial devices means that micro-robotic technology might one day replace traditional street lighting. Will we see mobile “swarms of light” addressing areas instantly and dynamically? Clouds of “light-giving” micro-bots providing temporary illumination for large gatherings could offer additional safety and security. Would such devices also be employed to convey information or indicate directions for pedestrians?

© Speirs Major Light Architecture

POURQUOI CE LIVRE BLANC ?

* Ce Think Tank ou Observatoire de la Prospective comprend : Lionel Bessières, Soizick Bihen, Sara Castagné, Caterina Cole, Rozenn Le Couillard, François Migeon, Roger Narboni, Vincent Thiesson et Timothé Toury. The Think Tank comprises: Lionel Bessières, Soizick Bihan, Sara Castagné, Caterina Colle, Rozenn Le Couillard, François Migeon, Roger Narboni, Vincent Thiesson and Timothée Toury.

Sous l’impulsion de Roger Narboni en avril 2024, avec le soutien de Vincent Thiesson, Président de l’Association des Concepteurs lumière et Éclairagistes, neuf concepteurs lumière, membres de l’ACE, ont décidé de se réunir régulièrement pour réfléchir au futur de leur métier, faire de la prospective en se projetant grâce à des scénarios futuristes sur 5,10, 20 et 30 ans*. Ce groupe de réflexion permet une veille conceptuelle et intellectuelle sur les mutations du métier, sur les éclairages urbains et intérieurs du futur, de jour comme de nuit, en relation avec les défis actuels et à venir, urbanistiques, énergétiques, environnementaux, sociétaux et sociaux. Son objectif est de regarder et d’étudier ce qui est en germe dans le présent en termes de politiques de mutation des villes et d’évolution des architectures, pour extrapoler les possibles devenirs des éclairages dans le futur et donc les racines de futurs nocturnes possibles, puis d’en tirer des enseignements sur l’évolution nécessaire et souhaitée du métier de concepteur lumière. Sept thèmes de réflexion ont été déterminés : l’intelligence artificielle, les mutations des villes et de l’architecture, l’obscurité en ville, la bio-conception lumière, la santé et le bien-être, les nouvelles mobilités nocturnes, l’éclairage intérieur et résidentiel.

WHY THIS WHITE PAPER?

In April 2024, under the impetus of Roger Narboni and with the support of Vincent Thiesson, President of the Association of French Lighting Designers, nine ACE members, who are lighting designers, decided to meet regularly to reflect on the future of their profession. They did this by projecting themselves into the future and creating scenarios for 5, 10, 20 and 30 years from now*. This think tank will provide conceptual and intellectual monitoring of future changes in the profession, as well as analysis of the evolution of urban and interior lighting, both day and night, in relation to current and future urban, energy, environmental, societal and social challenges. The group aims to observe and study current developments in urban transformation policies and architectural trends in order to extrapolate possible future lighting scenarios, and therefore the roots of possible nocturnal futures. It also aims to draw lessons on the necessary and desired evolution of the lighting design profession. Seven discussion topics were identified: artificial intelligence; changes in cities and architecture; darkness in cities; bio-lighting design; health and well-being; new forms of nighttime mobility; and interior and residential lighting.

** Les images signées Speirs Major Light Architecture sont issues de l’exposition en réalité virtuelle « Third Age of Light », portant sur le futur de l’éclairage public londonien, datée de 2020.

The images by Speirs Major Light Architecture were produced for the virtual reality exhibition “Third Age of Light”, which explores the future of London's public lighting (2020).

De ces échanges est née l’envie d’un livre blanc qui projette le lecteur en 2055, dans 30 ans, mais aussi 60 ans après la création de l’ACE. Composé à partir des textes produits par les membres et enrichis par des tables rondes ayant eu pour objet ces mêmes thèmes, les textes qui suivent partent pour la plupart d’un état des lieux et des évolutions en cours, pour se prolonger de façon plus ou moins fictionnelle dans les possibles de demain. Deux entretiens viennent enrichir ces propos. Le concepteur lumière britannique de renommée internationale Mark Major (Speirs Major Light Architecture) nous fait part de sa vision du futur du métier, avec une touche anglosaxonne. Christophe Martinsons, spécialiste des effets de la lumière sur la santé et le bien-être, nous éclaire sur la manière dont la lumière joue et jouera prochainement un rôle primordial dans notre quotidien. Les images** produites pour cet ouvrage nous propulsent dans l’imaginaire des concepteurs lumière. Loin de la morosité, l’éclairage de 2055 réserve bien des surprises.

These discussions led to the concept of a white paper that transports the reader to the year 2055—30 years from now and 60 years after the establishment of the ACE. Most of the following texts start with an overview of the current situation and ongoing developments before moving on to fictional scenarios for the future, and are composed of texts produced by members and enriched by round tables on the same themes. These comments are supplemented by two interviews. Mark Major, an internationally renowned British lighting designer from Speirs Major Light Architecture, shares his vision of the future of the profession with an Anglo-Saxon perspective. Dr Christophe Martinsons, a specialist in the effects of light on health and well-being, sheds light on the key role that light plays and will continue to play in our daily lives. The images* produced for this book transport us into the imaginations of lighting designers. Far from being gloomy, the lighting of 2055 holds many surprises.

SOMMAIRE

12

MARK MAJOR

Entretien / Interview

Un concepteur lumière visionnaire

Avisionarylightingdesigner

58 30 64

OBSCURITÉ / DARKNESS

Le concepteur nocturne

Thenight-timedesigner

42

MUTATIONS URBAINES ET MOBILITÉS NOCTURNES / URBAN CHANGE AND MOBILITY

Le concepteur lumière de la temporalité, designer de l’expérience en mouvement / Thelighting designeroftimeandlifeonthemove

52

RÉNOVATION, ÉCOCONCEPTION ET RURALITÉ / RENOVATION ECODESIGN AND RURAL LIFE

Le concepteur lumière de la revitalisation frugale

Thelightingdesignerohfrugalrevitalization

SANTÉ ET BIEN-ÊTRE / HEALTH ANDWELL-BEING

Le concepteur lumière du « care »

Thelightingdesignerof “ care ”

CHRISTOPHE MARTINSONS

Entretien / Interview

Un chercheur en lumière et santé

Researcherinlightandhealth

80

INTÉRIEURS ET RÉSIDENTIELS / INTERIOR AND RESIDENTIAL

Le concepteur lumière de l’adaptabilité

Thelightingdesignofadaptability

88

INTELLIGENCE ARTIFICIELLE / ARTIFICIAL INTELLIGENCE

Le nouvelle conceptrice lumière ?

Thenewlightingdesigner?

96

PRIX DE L’IMAGINAIRE DE L’ACE 2025 / ACEIMAGINATIONAWARD2025

Portfolio – Propositions / Submissions

Par / By Roger

and Vincent

MARK MAJOR

Mark Major est un visionnaire qui réfléchit constamment au devenir du métier de concepteur lumière, tout en réinterrogeant sa propre pratique, comme celle de son équipe. Le co-fondateur de l’agence de renommée internationale Speirs Major Light Architecture nous fait part dans cet entretien de sa conception de l’avenir de la profession.

MUTATIONS URBAINES ET ARCHITECTURALES

MARK MAJOR Lorsque je suis entré dans la profession, la séparation entre l’urbain et l’architectural n’existait pas dans le domaine de la conception lumière comme c’est le cas aujourd’hui. Pourtant, à l’avenir, le secteur de l’éclairage sera de plus en plus divisé en spécialisations, au-delà de l’urbain et au-delà de l’architectural. Avec le développement de la profession, certains vont travailler davantage sur des problématiques très spécifiques comme le bien-être. Bien sûr, il y aura des croisements, et des agences comme la nôtre continueront à travailler sur un large éventail de types de projets. Aujourd’hui, on attend de l’expertise, mais être un « expert en tout » s’avère inévitablement de plus en plus exigeant. Chez Speirs Major, nous avons toujours couvert de nombreux domaines. L’urbain, avec d’une part les schémas directeurs d’aménagement lumière, et, d’autre part, la mise en œuvre de projets d’espace public et d’espaces paysagers. Nous travaillons aussi beaucoup sur des commandes

concepteurs lumière / lighting designers

Dialogue avec / with Mark Major, LightingDesigner (Speirs Major Light Architecture)

Mark Major is a visionary who constantly reflects on the future of lighting design, while continually re-examining his own practice and that of his team. In this interview, the co-founder of the internationally renowned Speirs Major Light Architecture shares his vision for the future of the profession.

URBAN AND ARCHITECTURAL CHANGES

MARK MAJOR When I entered the profession, the separation between the urban and the architectural did not exist in the field of lighting design in the way it does today. Yet, in the future, the lighting business will be increasingly divided into specializations, beyond the urban and beyond the architectural. With the development of the profession, some will work more on very specific issues such as well-being. Of course, there will be crossovers, and agencies like ours will continue to work on a wide range of project types. Today, we expect expertise, but being an ‘expert at everything’ is inevitably proving more and more demanding. At Speirs Major, we have always covered many areas. The urban, with on the one hand the master plans for lighting development, and, on the other, the implementation of projects for public realm and landscaped spaces. We also work a lot on heritage commissions, cathedrals in particular. We know this area well, but we don’t want to do just that. That would drive me crazy! Airports have also become one of our specializations, as have bridges and mixed-use commercial spaces. On the other hand, we work

patrimoniales, des cathédrales en particulier. Nous connaissons bien ce domaine, mais nous ne voulons pas faire que cela. Ça me rendrait fou ! Les aéroports sont également devenus l’une de nos spécialisations, tout comme les ponts et les espaces commerciaux à usage mixte. En revanche, nous travaillons moins sur des projets résidentiels ou hôteliers. De nombreux concepteurs lumière que nous connaissons ne travaillent que sur ce type de projets. En conséquence, ils sont devenus des experts dans ces domaines et savent comment le faire très rapidement, très efficacement et de manière très rentable. C’est parce qu’ils ne partent pas de zéro, ne pensent pas aux fondamentaux à chaque fois ou, oserais-je dire, n’adoptent pas à chaque fois une nouvelle approche créative. Je ne les critique pas, je dis simplement qu’on voit comment ils réalisent ces projets d’une manière remarquablement économique. Et cela vient du fait qu’ils peuvent travailler rapidement parce qu’ils déploient souvent la même approche.

Dans votre studio, avez-vous un département pour chacune de ces spécialités ou alors tout le monde travaille sur tout ?

MARK MAJOR Nous préférons que tout le monde puisse travailler sur un large éventail de types de projets. Et si nous essayions de créer des départements différents, nous ferions face à une certaine résistance. De nombreux membres de notre équipe, en particulier les plus jeunes, souhaitent acquérir de l’expérience dans différents domaines. Parfois, il y a un designer qui préfère vraiment travailler sur des bâtiments historiques et qui nous demande de travailler sur ce genre de projet plutôt que sur d’autres. Ce qui est génial. Mais la plupart ne veulent pas rester coincés dans un seul domaine. Et c’est parce qu’ils ont appris que la chose la plus excitante à propos d’une agence qui fait une variété de projets est que ce que vous apprenez sur un type de bâtiment peut être appliqué à un autre.

Par exemple, notre tout premier travail sur un grand aéroport a été le terminal 5 d’Heathrow à la fin des années 1990, si grand qu’il est un aéroport à part entière. Et c’est intéressant de constater que lorsque nous avons demandé pourquoi nous avions gagné ce concours, on nous a répondu que c’était parce que nous avions déjà travaillé sur Bluewater, un grand projet de centre commercial. Et c’était logique, car une bonne connaissance du commerce de détail, surtout à cette époque au RoyaumeUni, était très importante pour le succès commercial de tout aéroport. Donc, ils n’avaient pas besoin de quelqu’un qui s’y connaissait en avions, ils avaient besoin de quelqu’un qui s’y connaissait en shopping ! Nous sommes venus avec nos connaissances spécialisées de la vente, puis nous avons appris l’éclairage d’aéroport. Nous adorons ces croisements. Lorsque nous travaillions sur la distillerie de whisky Macallan, ce magnifique bâtiment RSHP (Rogers Stirk Harbour + Partners), nous plaisantions parfois en disant que nous appliquions ce que nous apprenions dans les lieux de culte, car le whisky est comme une religion ! Nous avons dû créer une atmosphère très particulière à l’intérieur du bâtiment à différents moments pour différents événements. Je plaisante un peu bien sûr !

less on residential or hotel projects. Many lighting designers we know only work on these types of projects. As a result, they have become experts in designing these project types, and know how to do it very quickly, very efficiently and very cost-effectively. This is because they don’t start from scratch, don’t think about the fundamentals every time, or—dare I say—take a creative approach each time. I am not criticizing them, I am simply saying that we see how they carry out these projects in a remarkably economical way. And that comes from the fact that they can work quickly because they are often rolling out the same approach.

In your office, do you have a department for each of these specialties, or everyone works on everything?

MARK MAJOR We prefer that everyone can work on a wide range of project types. And if we tried to create different departments, we might face some resistance. Many members of our team, especially the younger ones, want to gain experience in different areas. Sometimes there is a designer who really prefers to work on historic buildings and asks us to work on this kind of project rather than others. Which is great. But most don’t want to get stuck in just one area. And this is because they have learned that the most exciting thing about an agency that does a variety of projects is that what you learn on one building type can be applied to another.

For example, our very first work on a major airport was Heathrow Terminal 5 in the late 1990’s, which is so large that it’s an airport in its own right. And it’s interesting that when we asked why we won this competition, we were told that it was because we had previously worked on Bluewater, a big shopping mall project. And it made sense because a good knowledge of retail, especially at that time in the UK, was very important to the commercial success of any airport. So, they didn’t need someone who knew about planes, they needed someone who knew about shopping! We came with our specialist knowledge of sales and then learned about airport lighting. We love these crossovers. When we were working on the Macallan Whisky Distillery, this beautiful RSHP (Rogers Stirk Harbour + Partners) building, we sometimes joked that we applied what we learned in places of worship, because whisky is like a religion! We had to create a very special atmosphere inside the building at different times for different events. I am slightly joking of course!

Do you think that lighting designers will have an impact on urban and architectural changes in the future or that our profession will depend more on the changes carried out by architects, urban planners or landscape architects? Or a bit of both?

MARK MAJOR A bit of both. A few designers who once worked for us are now specialists in urban lighting, but of a very particular type. For example, one is dedicated to night sky environments in national parks, whilst another works a lot on social housing, in the rather difficult areas of the city and has chosen to specialize in this field. They learned at lot through us but went on to become more expert in these areas. This can be very positive because focusing on a single area should improve the information gathered. This in turn helps the development of the profession by providing other designers with information on how to approach this type of

Pensez-vous que les concepteurs lumière auront un impact sur les mutations urbaines et architecturales à l’avenir ou que notre profession dépendra davantage des évolutions menées par les architectes, les urbanistes ou les architectes paysagistes ? Ou alors un peu des deux ?

MARK MAJOR Un peu des deux. Certains designers qui travaillaient autrefois pour nous sont aujourd’hui des spécialistes de l’éclairage urbain, mais d’un type très particulier. Par exemple, l’un se consacre aux environnements du ciel nocturne dans les parcs nationaux, tandis qu’un autre a choisi de se spécialiser dans le logement social, dans les quartiers assez difficiles de la ville. Ils ont beaucoup appris grâce à nous, mais sont devenus plus experts dans ces domaines. Cela peut être très positif car se concentrer sur un seul domaine devrait améliorer les informations recueillies. Cela contribue au développement de la profession en fournissant à d’autres designers des informations sur la façon d’aborder ce type de projet. À l’avenir, cela signifie que les designers seront soit très spécialisés dans l’éclairage extérieur, soit très spécialisés dans les intérieurs. Et il y aura des praticiens comme nous, qui profiteront du fait de pouvoir travailler sur un éventail plus large.

Mais cela va changer à mesure que les gens chercheront de nouveaux marchés. Et pensez-vous que cela aura également une influence sur les architectes ou l’équipe d’urbanisme ou même le maître d’ouvrage ou les autorités locales. Pensez-vous qu’à l’avenir, le concepteur lumière sera en mesure d’influencer vraiment le programme, le projet, l’ensemble du processus ?

MARK MAJOR En 2018, nous avons publié une stratégie d’éclairage complète pour le quartier connu sous le nom de « City of London ». Il s’agit d’un quartier historique particulier de Londres qui contient également le principal quartier financier. Cette publication a été suivie de la rédaction d’un document intitulé « Lighting Supplementary Planning Documentation », un guide de bonnes pratiques pour les nouvelles applications d’urbanisme dans la région. Il a été rédigé à la suite d’un processus de consultation avec des professionnels de l’éclairage, des ingénieurs, des urbanistes, la police de la ville de Londres, des personnes qui s’occupent de personnes handicapées, des écologistes et d’autres domaines pertinents. Mais notre client, la collectivité locale, a été très clair sur le fait que la mission nous a été confiée en tant que concepteurs lumière et non, comme cela aurait été le cas il y a 20 ans, à un urbaniste ou à un architecte. Je crois que cela fonctionnera de plus en plus comme ça.

Mais même si l’on pense qu’il a fallu des décennies pour mettre en place un métier de concepteur lumière, et jusqu’à présent, du moins en France, il y a très peu de personnes qui travaillent pour les villes ou dans les pouvoirs publics. Est-ce la même chose en Angleterre ?

MARK MAJOR Ici, les concepteurs lumière sont également principalement indépendants, mais en ce qui concerne le fonctionnement de Londres, la ville est divisée en quartiers, dont beaucoup ont fermé leurs services d’éclairage. Aujourd’hui, ils confient l’éclairage à des sous-traitants privés, souvent des ingénieurs-conseils. À

project. In the future, this means that designers will either be very specialized in outdoor lighting or very specialized in interiors. And there will be practitioners like us, who benefit from working on a wider range.

But that will change as people look for new markets. And do you think that this will also have an influence on the architects or the urban planning team or even the client or the local authorities. Do you think that in the future, the lighting designer will be able to really influence the program, the project, the whole process?

MARK MAJOR In 2018, we published a comprehensive lighting strategy for the district known as the ‘City of London’. This is a special historic area within London which also contains the main financial district. This publication was followed by the drafting of a document called “Lighting Supplementary Planning Documentation”, a guide to good practice for new planning applications in the area. It was drafted following a consultation process with lighting professionals, engineers, planners, the City of London police, people who care for people with disabilities, ecologists and other relevant fields. But our client, the local authority, was very clear on the fact that the mission was entrusted to us as lighting designers and not, as would have been the case 20 years ago, to an urban planner or an architect. I believe that will happen more and more like this.

But even if we think that it took decades to set up a profession of lighting designer, and so far, at least in France, there are very few people who work for cities or in public authorities. Is it the same in England?

MARK MAJOR Here, the lighting designers are also mainly independent, but in terms of how London works, the city is divided into boroughs, many of which have closed their lighting departments. Now, they entrust the lighting to private sub-contractors, often consulting engineers. In my opinion, it’s a backward step because the contracts are renewed every few years and with the departure of key designers knowledge is lost. When I first came to London over three decades ago, there used to be a key person who had worked in a borough for 20 years, and who knew the area very well. And even if their technical knowledge and their way of thinking was sometimes a little outdated, their knowledge of the community, of what worked and what didn’t was really important. Ideally, there would be a lighting specialist for each district, but we know the local authorities would tell us that they do not have enough money for this. As an example of where things can go wrong, one of the area of London asks for a high level of detail very early in the project, including calculations, specifications. As lighting designers, we wonder why they need so much information at concept stage. Then, there is often the problem that no one knows how to read or interpret such information?

NIGHTTIME MOBILITY

With global warming, people will wait until the night to carry out their activities, travel, work and even have fun. Again, this is an area in which very few lighting designers are involved. Until recently, it was almost unknown. What do you think of this field of new nocturnal mobility and how lighting design could develop there?

mon avis, c’est un pas en arrière car les contrats sont renouvelés toutes les quelques années et avec le départ des designers clés, les connaissances sont perdues. Lorsque je suis arrivé à Londres pour la première fois il y a plus de trois décennies, il y avait une personne-clé qui avait travaillé dans un arrondissement pendant 20 ans et qui connaissait très bien la région. Et même si leurs connaissances techniques et leur façon de penser étaient parfois un peu dépassées, leur connaissance de la communauté, de ce qui fonctionnait ou pas était vraiment importante. Idéalement, il y aurait un spécialiste de l’éclairage pour chaque quartier, mais nous savons que les autorités locales nous diraient qu’elles n’ont pas assez d’argent pour cela. À titre d’exemple de ce qui peut mal se passer, l’un des quartiers de Londres demande un haut niveau de détail très tôt dans le projet, y compris les calculs, les spécifications. En tant que concepteurs lumière, nous nous demandons pourquoi ils ont besoin de tant d’informations au stade de la conception, alors que souvent personne ne sait comment lire ou interpréter de telles informations ?

MOBILITÉ NOCTURNE

Avec le réchauffement climatique, les gens vont attendre la nuit pour réaliser leurs activités, voyager, travailler et même pour se divertir. Encore une fois, le domaine des mobilités nocturnes est un domaine dans lequel très peu de concepteurs lumière sont impliqués. Jusqu’à récemment, il était presque inconnu. Que pensez-vous de ce domaine des nouvelles mobilités nocturnes et comment la conception lumière pourrait-elle s’y développer ?

MARK MAJOR Comme pour la première question, il s’agit d’une extension de l’éclairage urbain, mais d’un autre domaine d’expertise. Cela dit, si l’on prend l’exemple de l’impact de la lumière sur les personnes âgées, on sait qu’à l’avenir ce sera un sujet important. Il est souvent abordé par le biais de ce que l’on appelle la « conception universelle », pour les personnes ayant des déficiences visuelles ou des besoins spéciaux. Mais souvent, il y a des conflits entre les différents acteurs : si vous parlez aux écologistes, ils veulent que ce soit plus sombre ; si vous parlez à des spécialistes de la conception universelle, ils veulent qu’il soit plus lumineux. Et le concepteur lumière est au milieu, et le chemin n’est pas toujours facile à parcourir. Avoir des spécialistes de la mobilité la nuit dans la ville pourrait aider à débloquer certaines de ces discussions. Ce n’est pas propre à l’éclairage. Cela peut également être observé dans l’architecture, l’ingénierie et l’aménagement paysager. Chacun de ces domaines nécessite davantage de recherches.

Prenons l’exemple de l’impact carbone. Qu’il s’agisse de carbone opérationnel ou incorporé, bien que nous en comprenions les principes, nous ne sommes pas des experts dans le calcul et la gestion de cette question tous les jours. En tant que designer créatif, je ne veux pas passer tout mon temps à me concentrer sur les calculs de carbone. En même temps, nous savons à quel point ils sont importants. Et en pratique, nous ne pouvons pas nous permettre d’avoir une personne, issue d’une formation scientifique, mathématique ou d’ingénierie spécifique, qui se consacre à plein temps à une telle activité. Le recours à des experts extérieurs est donc essentiel. À l’avenir, des entreprises

MARK MAJOR As with the first question, it is an extension of urban lighting, but another area of expertise. That said, if we take the example of the impact of light on older people, we know that this will be an important topic in the future. It is often addressed through what is called “universal design”, for people with visual impairments or special needs. But often, there is conflict between the different actors: if you talk to the ecologists, they want it to be darker; if you talk to universal design specialists, they want it to be brighter. And the lighting designer is in the middle, and the path is not always easy to navigate. Having mobility specialists at night in the city could help unblock some of these discussions. This is not unique to lighting. This can also be observed in architecture, engineering, and landscape design. Each of these areas requires more evidence and research.

Let’s take the example of carbon impact. Whether it is operational or embodied carbon, whilst we understand the principles, we are not experts in calculating and dealing with this issue every day. As a creative designer, I don’t want to spend all my time focused on carbon calculations. At the same time, we know how important they are. And in practice, we can’t afford to have a person, from a scientific, maths, or specific engineering background who is dedicated to such activity full-time. The use of external experts is therefore essential. In the future, consulting firms will be created to support agencies like ours specializing in the field of lighting. Today, the profession of lighting technician is at the service of architecture, landscaping, engineering, i.e. larger and better-established professions, dating back to the nineteenth century. I think that as lighting design develops and becomes more professional, we will call on new specialists, as we already do for visualizations or certain types of 3-D modeling. It is an opportunity for young people to find their place. There will be new openings.

I was also thinking about public transport that goes deeper into the underground. We are facing this in Paris with the new metro lines. So maybe the lighting design could also be more involved in this kind of thinking from the beginning, because unfortunately, very often we are only consulted at the end, when everything has been designed. The station, the metro. So maybe in the future, there could also be a new approach and new research on lighting design for these places.

MARK MAJOR Recently in London, a new part of London Underground, like the RER, called the Elizabeth Line, was inaugurated. It goes as far west as Heathrow Airport and continues beyond to Windsor and Maidenhead. It also goes quite far north-east, as far as Romford, and into outlying areas such as Shenfield. It serves many of the main stations in central London. So you can now get to Heathrow very quickly from central London or Canary Wharf. I found it very interesting that the project won the Stirling Prize, the highest honour in architecture in the UK, and that the participation of the lighting designer was highlighted as part of this. For once, our profession was named and congratulated. The lighting designers were seen as being an integral part of the team. In the same way as the civil engineer and the structural engineer, the way-finding designer and the lighting designer were both mentioned. This shows how important they were for the project.

At the time of Lux Futurum, the international competition for the future of lighting, a Chinese lighting designer was

Nous exprimons notre identité à travers nos vêtements, nos bijoux, nos cosmétiques, notre art corporel, la chirurgie esthétique et les prothèses. À mesure que la technologie évolue, nous pourrons modeler notre apparence différemment le jour et la nuit. Les tissus lumineux, le maquillage et les technologies intégrées offriront une multitude de nouvelles possibilités d'expression personnelle et de visibilité.

We express our identity through clothing, jewelry and cosmetics, body art, cosmetic surgery and prosthetics. As technology develops, we will be able to shape the way we look after dark distinct from the day. Luminous fabrics, makeup and integrated source technologies will provide a host of new opportunities for self-expression and visibility.

de conseil verront le jour pour soutenir des organismes comme le nôtre, spécialisés dans le domaine de l’éclairage. Aujourd’hui, le métier d’éclairagiste est au service de l’architecture, du paysage, de l’ingénierie, c’est-à-dire des métiers plus vastes et mieux établis, datant du xixe siècle. Je pense qu’au fur et à mesure que la conception lumière se développe et se professionnalise, nous ferons appel à de nouveaux spécialistes, comme nous le faisons déjà pour les visualisations ou certains types de modélisation 3D. C’est l’occasion pour les jeunes de trouver leur place. Il y aura de nouvelles ouvertures.

Je pensais aussi aux transports en commun qui s’enfoncent plus profondément dans le sous-sol. Nous y sommes confrontés à Paris avec les nouvelles lignes de métro. Alors peut-être que la conception lumière pourrait aussi être plus impliquée dans ce genre de réflexion dès le début, car malheureusement, très souvent, nous ne sommes consultés qu’à la fin, lorsque tout a été conçu. La gare, le métro. Alors peut-être qu’à l’avenir, il pourrait aussi y avoir une nouvelle approche et de nouvelles recherches sur la conception de l’éclairage pour ces lieux.

MARK MAJOR Récemment, à Londres, une nouvelle partie du métro, l’équivalent du RER à Paris, appelée Elizabeth Line, a été inaugurée. Elle va loin à l’ouest vers l’aéroport d’Heathrow et continue au-delà jusqu’à Windsor et Maidenhead. Elle va également assez loin vers le nordest, jusqu’à Romford, et dans les zones périphériques telles que Shenfield. Elle dessert les principales gares du centre de Londres. Vous pouvez donc désormais vous rendre très rapidement à Heathrow depuis le centre de Londres ou Canary Wharf. J’ai trouvé très intéressant que le projet ait remporté le prix Stirling, la plus haute distinction en architecture au Royaume-Uni, et que la participation du concepteur lumière ait été soulignée dans ce cadre. Pour une fois, notre profession a été nommée et félicitée. Les éclairagistes étaient considérés comme faisant partie intégrante de l’équipe. De la même manière que l’ingénieur civil et l’ingénieur en structure, le concepteur de la signalétique et le concepteur lumière ont tous les deux été mentionnés. Cela montre à quel point ils étaient importants pour le projet.

À l’époque de Lux Futurum, le concours international pour l’avenir de l’éclairage, un concepteur lumière chinois cherchait comment créer une nouvelle atmosphère lumineuse à l’intérieur des voitures de train et à l’intérieur du métro. Il a pensé que nous pourrions peut-être développer une nouvelle interaction entre le cerveau et les personnes avec de la lumière colorée. En tant que concepteur lumière, nous sommes très timides dans ces domaines. Nous déléguons très souvent cela à d’autres ingénieurs, y compris pour les avions, par exemple, ou les trains. On ne nous demande jamais de concevoir l’éclairage d’une nouvelle voiture. Alors peut-être que cela pourrait aussi être un domaine très intéressant à l’avenir.

MARK MAJOR Cela va dans les deux sens : nous avons essayé de travailler dans ces domaines, mais elles sont aussi très protégées, notamment par le fournisseur d’équipements d’éclairage. Par exemple, nous avons réalisé un projet il y a longtemps pour une grande compagnie aérienne. Nous

researching how to create a new lighting atmosphere inside the carriages and inside the metro. He thought that perhaps we could develop a new interaction between the brain and people with colored light. As a lighting designer, we are very shy with these areas. We very often delegate this to other engineers, including for planes, for example, or trains. We are never asked to design the lighting for a new car. So maybe this could also be a very interesting area in the future.

MARK MAJOR It goes both ways: we have tried to work in these areas, but they are also very protected, particularly by the supplier of lighting equipment. For example, we completed a project a long time ago for a major airline. We had to look at their entire fleet. And the problem was that the aircraft interior lighting suppliers simply didn’t want to play the game. And when we looked at the cost of the equipment, we found that the prices were crazy. What cost 50 euros was sold for 500 euros in the aviation industry.

I had the same experience with prison lighting. I entered a competition, and it was the exact same process. Specialized manufacturers sold their luminaires at huge prices because they were vandal-proof or protected prisoners. But in the end, it was just a commodity. I believe that in the future we could develop knowledge on how lighting can interact with people, with the brain, with the atmosphere, and try to be more involved or more integrated in these areas.

BIOLIGHTING

How can we consider all living beings, not only human beings, but also of course animals and even plants? What is your opinion on the evolution of the profession according to this necessity? Do you think that in the future, a lighting designer will also have to be a biologist?

MARK MAJOR For an outdoor lighting project, the ideal team would integrate an ecologist or biologist, who already works within your company. This is because this is an increasingly essential area, which requires a great deal of expertise because local authorities, particularly planners, ask for a lot of information. We are already working with many ecologists on projects. We learn a lot from them, and they learn a lot from us in return. But you have to be careful to communicate clearly, because very often, very scientific people quickly become very detailed. As designers, we know that we have to balance many lighting needs with biological and ecological requirements. It gets complicated if the scientific details obscure the process too soon. There is a trade-off to be made because if we wanted to be truly respectful to the creatures we share the Earth with, maybe we wouldn’t need artificial lighting. But of course, today’s society needs artificial lighting.

When it comes to biology, we understand human biology and its relationship to light much better than we did 20 years ago. I am currently reading a very interesting book on sleep by Professor Russell Foster, a British expert in sleep science, based at the University of Oxford. Everyone should read this book, because it’s about how to protect their health. Sometimes it’s like reading about smoking. What happens if you don’t get enough sleep? It’s related to everything: from pregnancy to depression to cancer.

avons dû examiner l’ensemble de leur flotte. Et le problème, c’est que les fournisseurs d’éclairage intérieur des avions ne voulaient tout simplement pas jouer le jeu. Et quand nous avons regardé le coût de l’équipement, nous avons constaté que les prix étaient fous. Ce qui coûtait 50 euros a été vendu pour 500 euros dans l’industrie aéronautique.

J’ai eu la même expérience avec l’éclairage des prisons. J’ai participé à un concours, et c’était exactement le même processus. Les fabricants spécialisés vendaient leurs luminaires à des prix exorbitants parce qu’ils étaient à l’épreuve du vandalisme ou pour protéger les prisonniers. Mais en fin de compte, ce n’était qu’un produit de base. Je crois qu’à l’avenir, nous pourrions développer des connaissances sur la façon dont l’éclairage peut interagir avec les gens, avec le cerveau, avec l’ambiance, et essayer d’être plus impliqués ou plus intégrés dans ces domaines.

BIOÉCLAIRAGE

Comment peut-on considérer tous les êtres vivants, pas seulement les êtres humains, mais aussi bien sûr les animaux et même les plantes ? Quel est votre avis sur l’évolution de la profession en fonction de cette nécessité ? Pensez-vous qu’à l’avenir, un concepteur lumière devra également être biologiste ?

MARK MAJOR Pour un projet d’éclairage extérieur, l’équipe idéale intégrerait un écologiste ou un biologiste, qui travaille déjà au sein de votre entreprise. En effet, il s’agit d’un domaine de plus en plus essentiel, qui nécessite beaucoup d’expertise car les autorités locales, notamment les urbanistes, demandent beaucoup d’informations. Nous travaillons déjà avec de nombreux écologistes sur des projets. Nous apprenons beaucoup d’eux, et ils apprennent beaucoup de nous en retour. Mais il faut faire attention à communiquer clairement, car très souvent, les personnes très scientifiques deviennent vite très pointues. En tant que designers, nous savons que nous devons trouver un équilibre entre de nombreux besoins d’éclairage et des exigences biologiques et écologiques. Cela se complique si les détails scientifiques obscurcissent le processus trop tôt. Il y a un compromis à faire, car si nous voulions être vraiment respectueux des créatures avec lesquelles nous partageons la Terre, nous n’aurions peut-être pas besoin d’éclairage artificiel. Mais bien sûr, la société d’aujourd’hui a besoin d’un éclairage artificiel.

En matière de biologie, nous comprenons la biologie humaine et sa relation avec la lumière beaucoup mieux qu’il y a 20 ans. Je lis actuellement un livre très intéressant sur le sommeil du professeur Russell Foster, un expert britannique en science du sommeil, basé à l’Université d’Oxford. Tout le monde devrait lire ce livre, car il s’agit de savoir comment protéger sa santé. Parfois, c’est comme lire sur le tabagisme. Que se passe-t-il si vous ne dormez pas suffisamment ? C’est lié à tout : de la grossesse à la dépression en passant par le cancer.

Nous devons également considérer l’être humain comme faisant partie de l’écologie. Je trouve très difficile de faire la distinction entre l’homme et la nature. Les gens font partie du monde naturel. Certes, nous avons évolué

We must also consider human beings as part of ecology. I find it very difficult to make a distinction between humans and nature. People are part of the natural world. Certainly, we have evolved in a particular direction, unfortunately to the point where we are now capable of destroying the planet. But I still think it’s better to try to treat things in a harmonious way, rather than dividing it into what humans need and what animals need.

And do you think that biology should be integrated into lighting design agencies or should partnerships be formed?

MARK MAJOR Ideally, yes of course. I know a particularly brilliant ecologist that I would always recommend working with. But I don’t think we currently have the financial means, as a lighting design agency, to employ our own biologists or ecologists full time. It would be great if we could. The question arises as to whether they would find enough work to ensure their subsistence. But in a way, the world is moving towards a model where collaborations and associations work better anyway. It is more important that we live in a very flexible environment where people work in many multidisciplinary teams. In the future, it will be just as important to have someone who takes care of ecology or biology, as it is someone who takes care of the cost of a project. We must therefore start to take these experts into account in the equation and not only consider them as ‘nice to have,’ but integrate them more. We must be prepared to require clients to change their thinking. I think what is difficult is when, and this has rarely happened to us, you come across a team that already has an ecologist, but whose lighting knowledge may not be as good as others that you know. The client will not hire two ecologists, any more than it would hire two lighting designers.

But there are also ecologists in France who think they are lighting designers and try to explain to us how to do lighting design. Sometimes it’s also very annoying because they don’t know anything about it but still give prescriptions on how to protect biodiversity. So we need more education, and many people think that lighting design is very easy to do and they don’t need us. So it’s a two-way street, we also need to educate them. And AI finally convinces people that they can do it on their own without the expertise of the lighting designer. You have an AI employee in your office, right?

ARTIFICIAL INTELLIGENCE

MARK MAJOR He is one of our lighting designers. He’s someone who sees things creatively, and is interested in different applications of AI, like many people in our agency. We have a messaging channel dedicated to this subject where we are constantly exchanging information. This is another theme of exploring available and ever-changing technologies, and their influence on us. We all use AI to varying degrees, and as we get to know it, we discover its strengths, weaknesses, how it can help us, and how it can get in the way. We have been talking about this for a long time. It’s as if politicians are the last to realize the potential of AI.

Do you think it’s useful for finding references or, on the contrary, do you fear that it will replace your creativity and inventiveness?

MARK MAJOR At the very beginning when ChatGPT became available, I remember that one of our team, carried

dans une direction particulière, malheureusement au point où nous sommes maintenant capables de détruire la planète. Mais je pense toujours qu’il est préférable d’essayer de traiter les choses de manière harmonieuse, plutôt que de les diviser entre ce dont les humains ont besoin et ce dont les animaux ont besoin.

Et pensez-vous que la biologie devrait être intégrée dans les agences de conception lumière ou que des partenariats devraient être noués ?

MARK MAJOR Idéalement, oui bien sûr. Je connais un écologiste particulièrement brillant avec qui je recommanderais toujours de travailler. Mais je ne pense pas que nous ayons actuellement les moyens financiers, en tant qu’agence de conception lumière, d’employer nos propres biologistes ou écologues à plein temps. Ce serait formidable si nous le pouvions. La question se pose de savoir s’ils trouveront suffisamment de travail pour assurer leur subsistance. Mais d’une certaine manière, le monde évolue vers un modèle où les collaborations et les associations fonctionnent mieux de toute façon. Il est plus important que nous vivions dans un environnement très flexible où les gens travaillent dans de nombreuses équipes multidisciplinaires. À l’avenir, il sera tout aussi important d’avoir quelqu’un qui s’occupe de l’écologie ou de la biologie, que quelqu’un qui s’occupe du coût d’un projet. Il faut donc commencer à prendre en compte ces experts dans l’équation et ne pas se contenter de les considérer comme « compléments agréables à avoir », mais les intégrer davantage. Nous devons être prêts à exiger des clients qu’ils changent leur façon de penser. Je pense que ce qui est difficile, c’est quand, et cela nous est rarement arrivé, vous tombez sur une équipe qui a déjà un écologue, mais dont les connaissances en éclairage ne sont peut-être pas aussi bonnes que celles d’autres que vous connaissez. Le client n’engagera pas deux écologues, pas plus qu’il n’embaucherait deux concepteurs lumière.

Mais il y a aussi des écologues en France qui se prennent pour des concepteurs lumière et essaient de nous expliquer comment faire de la conception lumière. Parfois, c’est aussi très ennuyeux parce qu’ils n’y connaissent rien mais donnent quand même des prescriptions d’éclairage sur la façon de protéger la biodiversité. Nous avons donc besoin de plus d’éducation, et beaucoup de gens pensent que la conception lumière est très facile à faire et ils n’ont pas besoin de nous. C’est donc une voie à double sens, nous devons aussi les éduquer. Et l’intelligence artificielle finit par convaincre les gens qu’ils peuvent le faire eux-mêmes sans l’expertise du concepteur lumière. Vous avez un collaborateur spécialisé en IA dans votre agence, n’est-ce pas ?

INTELLIGENCE ARTIFICIELLE

MARK MAJOR C’est l’un de nos concepteurs lumière. C’est quelqu’un qui voit les choses de manière créative et qui s’intéresse aux différentes applications de l’IA, comme beaucoup de personnes dans notre agence. Nous disposons d’un canal de messagerie dédié à ce sujet où nous échangeons constamment des informations. Il s’agit d’un autre thème de l’exploration des technologies

out an experiment. She asked ChatGPT to develop a lighting concept for an urban park. A nocturnal park. And the concept it wrote in 500 words was surprisingly good. Then we realized that the AI had probably realized all these concepts from lighting designers like us that it had access to online. But, if I had been a client and read that, I might have been pretty convinced. So we thought, ‘Wow, this is a bit dangerous.’ It could encourage intellectual laziness, but despite this, we have been impressed by what it can produce and how quickly. And to tell the truth, sometimes I think it’s pretty helpful. It’s like having a little assistant to whom you can say, “I’m working on this problem, what should I be thinking about?” And maybe out of the 10 things it tells you, you’ve already thought of 9 of them. And the tenth, you already know it, but it reminds you. It’s not that different from reading books or articles. It’s just faster. If you have a new topic, or a topic that you need to refresh your knowledge on, you pick up a book, you read it, you find references, you find things you already know and new things. You take those things and you develop them. AI is just a different way of approaching things. But I think in terms of image creation, it’s very interesting. We see the results in the studio. We know that many architects say they use AI a lot in the development of their buildings, but for us, it’s still a tool. I don’t think a business customer would seriously consider replacing their design team with AI right now. And I’m not sure they will do it anytime soon.

I think it will take a long, long time, but I could be wrong. Because the main question is that of feasibility. AI can produce fantastic images or texts, but how do you make them happen next? There’s also this big question of copying the style of a studio, like Studio Ghibli, which was the subject of a huge debate because AI was producing drawings in the Ghibli way. So they could also steal a lot of the style of a lighting design agency. Your drawings are very well known, for example. Maybe one day you will see an agency take over Speirs Major’s drawings. Does that scare you?

MARK MAJOR I am sure that it is possible, because we have tested this ourselves. We have tried to use AI to copy ourselves, and the result weren’t that bad! But of course, our IP is protected! We asked ourselves the same question: Is it possible? And of course it is possible. But this obsession with technology can distract us from the important things if we’re not careful. What’s interesting, and this is a rather optimistic principle, is that it maybe, only maybe, improve the quality of lighting design for projects that don’t employ lighting designers. I remember a conversation with a very large lighting manufacturer some time ago. The argument was that if ideally every building in the world, no matter how big or small, whether it’s a local café or a huge international airport, had a lighting designer, there wouldn’t be enough lighting designers in the world to provide all that expertise. Of course that is true. So, in a way, if AI can fill that gap and improve the quality of lighting for smaller or more intermediate projects, maybe that’s a good thing.

Because until now, only those who sell to the people who carry out the project are concerned. When there is a project without lighting designers, the salesperson just presents the characteristics of the products, and that’s about it.

MARK MAJOR Is AI smarter than the average salesperson? I would never say that!

disponibles et en constante évolution, et de leur influence sur nous. Nous utilisons tous l’IA à des degrés divers, et au fur et à mesure que nous apprenons à la connaître, nous découvrons ses forces et ses faiblesses, comment elle peut nous aider et comment elle peut nous gêner. Cela fait longtemps que nous en parlons. C’est comme si les politiques étaient les derniers à réaliser le potentiel de l’IA.

Pensez-vous que c’est utile pour trouver des références ou, au contraire, craignez-vous que l’IA remplace votre créativité et votre inventivité ?

MARK MAJOR Au tout début, lorsque ChatGPT est devenu disponible, je me souviens qu’un membre de notre équipe a réalisé une expérience. Elle lui a demandé de développer un concept d’éclairage pour un parc urbain. Un parc nocturne. Et le concept que l’IA a décrit en 500 mots était étonnamment bon. Puis nous nous sommes rendu compte qu’elle avait probablement réalisé ce concept à partir de ceux de concepteurs lumière comme nous auxquels elle avait accès en ligne. Mais, si j’avais été un client et que j’avais lu cela, j’aurais peut-être été assez convaincu. Alors on s’est dit : « Wow, c’est un peu dangereux. » Cela pourrait encourager la paresse intellectuelle, mais malgré cela, nous avons été impressionnés par ce qu’elle peut produire et à quelle vitesse. Et pour dire la vérité, parfois je pense que c’est assez utile. C’est comme avoir un petit assistant à qui vous pouvez dire : « Je travaille sur ce problème, à quoi devrais-je penser ? » Et peut-être que sur les 10 choses qu’il vous dit, vous avez déjà pensé à neuf d’entre elles. Et la dixième, vous la connaissez déjà, mais il vous le rappelle. Ce n’est pas si différent de la lecture de livres ou d’articles. C’est juste plus rapide. Si vous avez un nouveau sujet, ou un sujet sur lequel vous avez besoin de rafraîchir vos connaissances, vous prenez un livre, vous le lisez, vous trouvez des références, vous trouvez des choses que vous savez déjà et de nouvelles choses. Vous prenez ces choses et vous les développez. L’IA est juste une façon différente d’aborder les choses. Mais je pense qu’en termes de création d’images, c’est très intéressant. Nous voyons les résultats en agence. Nous savons que de nombreux architectes disent qu’ils utilisent beaucoup l’IA dans le développement de leurs bâtiments, mais pour nous, cela reste un outil. Je ne pense pas qu’un client professionnel envisagerait sérieusement de remplacer son équipe de conception par l’IA à l’heure actuelle. Et je ne suis pas sûr qu’ils le fasse de sitôt.

Je pense que cela prendra beaucoup, beaucoup de temps, mais je peux me tromper. Parce que la question principale dans notre métier est celle de la faisabilité. L’IA peut produire des images ou des textes fantastiques, mais comment les réaliser ensuite ? Il y a aussi cette grande question de copier le style d’un studio, comme le Studio Ghibli, qui a fait l’objet d’un énorme débat parce que l’IA produisait des dessins à la manière de Ghibli. Ils pourraient donc aussi voler une grande partie du style d’une agence de conception lumière. Vos dessins sont très connus, par exemple. Peut-être qu’un jour vous verrez une agence reprendre les dessins de Speirs Major. Cela vous fait-il peur ?

MARK MAJOR Je suis sûr que c’est possible, car nous l’avons testé nous-mêmes. Nous avons essayé d’utiliser l’IA pour nous copier, et le résultat n’a pas été si mauvais !

Yes, that would be another debate!

HEALTH AND WELL-BEING

Let’s move on to health and wellness, because this is also a very innovative field that we are all starting to get involved in, both in indoor and outdoor lighting. What do you think about the development of health and well-being considerations in public spaces or interior design, and how should lighting designers improve their knowledge and design in this area?

MARK MAJOR It’s been an evolving field for a number of years now, and I think we’re all becoming more expert in it. I remember many years ago attending lectures by people like George Brainard and others, who were beginning to talk about the subject. And, as a result, our knowledge has improved. I think that what matters is the way in which we deal with these subjects. Knowledge is also developing in the fields of sociology, psychology, ecology, etc. I think the interesting question for the next 5 to 10 years is how to translate this information into our actions. What is relevant, what is not, what really changes a project, what does not change it? Take for example the “Well Building Standard” which proposes a framework for assessing and improving well-being in the workplace. It has many advantages, but it is sometimes far too detailed and completely misses the point in other areas. This generates conflicts. Today, many commercial buildings describe themselves as highly sustainable, low-energy, highly responsible, materials-oriented, recycling, circularity, everything you would expect, including a low operational and embodied carbon footprint. And then, of course, comes biophilia. The idea is to put hundreds of plants inside the building and then keep them alive. But you know that the only way to do that is have lots and lots of artificial light!

And that’s the opposite of what we’re trying to do. We are desperately trying to reduce the electrical energy consumption for lighting, and the interior landscape team tell me that they need 5,000 lux all the time to promote biophilia. Aside from the energy use it also makes the human environment appalling. It may be good for plants, but not for people. But then they tell us that if we leave the lights on in the middle of the night this can do the job! What does this mean? For me, there are these types of conflicts. We have recently had this kind of discussion with clients and architects, on several projects. We were even seen as hostile to some proposals, saying, “Okay, we understand biophilia. This is very important. But there is creating a problem.” As responsible designers, we don’t want to spend all that energy to keep plants alive just because they would have a positive effect on the well-being of human beings – not if it impacts the planet. But light also has an impact on people. Not only on the planet, but also on people. And in reality, we can’t solve this problem. We can’t do that. And that’s then seen as ‘negative’ or ‘uncooperative or collaborative,’ when we provide the best advice, saying, basically, that no one thought about it until the lighting designer joined the project.

So that brings us back to my original point, which is that there is a lot of knowledge, but we need to use it properly. I think that’s what’s so exciting and interesting for the next generation of lighting designers. I hope they don’t just become little experts in everything, but that they know enough to ask the right questions. Have the right knowledge and provide

Mais bien sûr, notre propriété intellectuelle est protégée ! Nous nous sommes posé la même question : est-ce possible ? Et bien sûr, c’est possible. Mais cette obsession de la technologie peut nous distraire des choses importantes si nous ne faisons pas attention. Ce qui est intéressant, et c’est un principe plutôt optimiste, c’est que cela permettra peut-être, seulement peut-être, d’améliorer la qualité de la conception lumière pour les projets qui n’emploient pas de concepteurs lumière. Je me souviens d’une conversation avec un très grand fabricant de luminaires il y a quelque temps. L’argument était que si, idéalement, chaque bâtiment du monde, quelle que soit sa taille, qu’il s’agisse d’un café local ou d’un immense aéroport international, disposait d’un concepteur lumière, il n’y aurait pas assez de concepteurs lumière dans le monde pour fournir toute cette expertise. Bien sûr, c’est vrai. Donc, d’une certaine manière, si l’IA peut combler cette lacune et améliorer la qualité de l’éclairage pour des projets plus petits ou plus intermédiaires, c’est peut-être une bonne chose.

Car jusqu’à présent, seuls ceux qui vendent aux personnes qui portent le projet sont concernés. Lorsqu’il y a un projet sans éclairagiste, le vendeur se contente de présenter les caractéristiques des produits, et c’est à peu près tout.

MARK MAJOR L’IA est-elle plus intelligente que le vendeur moyen ? Je ne dirais jamais ça !

Oui, ce serait un autre débat !

SANTÉ ET BIEN-ÊTRE

Passons à la santé et au bien-être, car c’est aussi un domaine très innovant dans lequel nous commençons tous à nous impliquer, tant dans l’éclairage intérieur qu’extérieur. Que pensez-vous du développement de leur prise en compte dans les espaces publics ou la décoration intérieure, et comment les concepteurs lumière devraient-ils améliorer leurs connaissances et leur façon de concevoir dans ce domaine ?

MARK MAJOR C’est un domaine en évolution depuis un certain nombre d’années maintenant, et je pense que nous devenons tous plus experts dans ce domaine. Je me souviens, il y a de nombreuses années, d’avoir assisté à des conférences données par des gens comme George Brainard et d’autres, qui commençaient à parler du sujet. Et, par conséquent, nos connaissances se sont améliorées. Je pense que ce qui compte, c’est la manière dont nous traitons ces sujets. Les connaissances se développent également dans les domaines de la sociologie, de la psychologie, de l’écologie, etc. Je pense que la question intéressante pour les 5 à 10 prochaines années est de savoir comment traduire cette information dans nos actions. Qu’est-ce qui est pertinent, qu’est-ce qui ne l’est pas, qu’est-ce qui change vraiment un projet, qu’est-ce qui ne le change pas ? Prenons l’exemple du « Well Building Standard » qui propose un cadre d’évaluation et d’amélioration du bien-être au travail. Il présente de nombreux avantages, mais il est parfois beaucoup trop détaillé et passe complètement à côté de l’essentiel dans d’autres domaines. Cela génère des conflits. Aujourd’hui, de nombreux bâtiments commerciaux se décrivent comme hautement durables, à faible consommation d’énergie, hautement

the right solutions. In the same way that an architect must creatively assemble not only the walls, roof and structure, but also the plumbing and air conditioning. The architect doesn’t directly design the air conditioning, or the escalators, or the elevators, but has the overall responsibility of bringing all these elements together to create a visually successful whole. I consider the role of the lighting designer to be very similar in that we are the gatekeepers of all these various light-related issues, some of which are contradictory, and part of our job is to resolve these issues, and at the same time create a pleasing aesthetic. And I really insist on this point because for me, the aesthetic argument is often left aside. We are encouraged to provide scientific, technical or other evidence of a successful solution, but not always proof that the result will be aesthetically pleasing, pleasing or emotionally satisfying. So I sincerely hope that the future will hold more exploration for us, not only in the scientific fields, but also in the emotional fields, so that the client doesn’t look at us thinking ‘Come on, you’re exaggerating, you’re overdoing it’ when we talk about emotions. Because I remember that when I started in the lighting design business, a lot of my inspiration, and I’m sure it was also the case for you, Roger, came from the world of theatre.

And the narration, the storytelling, is also a very important part of our work. And I feel like it’s getting a little bit lost in all the noise around technology, scientific principles, right? You know, all of these things are important as well. Of course, they are very important, but we have to be very careful not to end up with buildings that are super energy efficient, that tick all the boxes of all these different criteria but look dismal and desperate and are terrible places to be after dark.

But the problem also lies in the fact that as lighting designers, we don’t really have a dialogue with scientists and researchers. We are often aware of this, and it’s a shame, because it leads to examples of anthropocentric lighting that I find quite delusional. This is typical of our market: it knows how to take advantage of certain scientific research and advances to make a big deal out of it. But there is no lighting design behind all this. So I think that as lighting designers, with all these new areas, new topics and new research, we should be more involved. There are too few of us to do that. But I agree with you, maybe for the next generation, it should be a real challenge to take advantage of that research and try to translate it, as you said, into lighting design, because there’s a lot of brain research out there right now, but we have no idea how light design and artificial lighting could interact with the brain. So maybe in the future, this will also become very important. Hopefully.

MARK MAJOR There’s a very interesting trend that we’re noticing, especially among large, multidisciplinary engineering firms, which is that they have a growing advantage. Because they are very large, with 2,000, 3,000, 4,000 or even more employees, and already have in-house experts that the lighting engineering teams can call upon. Which is a good thing for them. When I came into this field, it was the aesthetics, emotion and sensitivity to architecture that attracted a certain type of client, but only a certain type of client. Today, in many cases, and we use this expression in our studio, the client can be satisfied with something that is “good enough”, but not the best.

responsables, orientés vers les matériaux, le recyclage, la circularité, tout ce que l’on peut attendre, y compris une faible empreinte carbone opérationnelle et intrinsèque. Et puis, bien sûr, vient la biophilie. L’idée est de mettre des centaines de plantes à l’intérieur du bâtiment et de les garder en vie. Mais vous savez que la seule façon d’y parvenir est d’avoir beaucoup, beaucoup de lumière artificielle !

Et c’est le contraire de ce que nous essayons de faire. Nous essayons désespérément de réduire la consommation d’énergie électrique pour l’éclairage, et l’équipe du paysage intérieur me dit qu’ils ont besoin de 5 000 lux tout le temps pour promouvoir la biophilie. Outre la consommation d’énergie, l’environnement humain est également épouvantable. C’est peut-être bon pour les plantes, mais pas pour les gens. Mais ensuite, ils nous disent que si nous laissons les lumières allumées au milieu de la nuit, cela peut faire l’affaire ! Qu’est-ce que cela signifie ? Pour moi, il y a ce genre de conflits. Nous avons récemment eu ce genre de discussions avec des clients et des architectes, sur plusieurs projets. Nous avons même été perçus comme hostiles à certaines propositions, en disant : « D’accord, nous comprenons la biophilie. C’est très important. Mais il y a un problème. En tant que designers responsables, nous ne voulons pas dépenser toute cette énergie pour maintenir les plantes en vie simplement parce qu’elles auraient un effet positif sur le bien-être des êtres humains – et non si cela a un impact sur la planète. » Mais la lumière a aussi un impact sur les gens. Non seulement sur la planète, mais aussi sur les gens. Et en réalité, nous ne pouvons pas résoudre ce problème. Nous ne pouvons pas faire ça. Et c’est alors considéré comme « négatif » ou « non coopératif ou collaboratif », quand nous donnons les meilleurs conseils, en disant, en gros, que personne n’y avait pensé jusqu’à ce que le concepteur lumière rejoigne le projet.

Cela nous ramène donc à mon point de départ, c’est-à-dire qu’il y a beaucoup de connaissances, mais que nous devons les utiliser correctement. Je pense que c’est ce qui est si excitant et intéressant pour la prochaine génération de concepteurs lumière. J’espère qu’ils ne deviendront pas de petits experts en tout, mais qu’ils en sauront assez pour poser les bonnes questions. Avoir les bonnes connaissances et fournir les bonnes solutions. De la même manière qu’un architecte doit assembler de manière créative non seulement les murs, le toit et la structure, mais aussi la plomberie et la climatisation. L’architecte ne conçoit pas directement la climatisation, ni les escaliers mécaniques, ni les ascenseurs, mais il a la responsabilité globale de rassembler tous ces éléments pour créer un ensemble visuellement réussi. Je considère que le rôle du concepteur lumière est très similaire dans la mesure où nous sommes les gardiens de tous ces problèmes liés à la lumière, dont certains sont contradictoires, et qu’une partie de notre travail consiste à résoudre ces problèmes, et en même temps à créer une esthétique agréable. Et j’insiste beaucoup sur ce point car pour moi, l’argument esthétique est souvent laissé de côté. Nous sommes encouragés à fournir des preuves scientifiques, techniques ou autres d’une solution réussie, mais pas toujours la preuve que le résultat sera esthétique, agréable ou émotionnellement satisfaisant. J’espère donc sincèrement que l’avenir nous réservera plus d’exploration, non seulement dans les domaines scientifiques, mais aussi dans les domaines émotionnels, afin que le client

And what worries me a little bit about the future of the lighting profession is that everyone is starting to check boxes for many things that may be “evidence-based,” but when it comes to subjective questions, some clients just say “that’s good enough” and “we don’t need it to be better.” And this is a worrying trend. I think lighting designers who have a creative instinct, a background in the visual arts and work more like artists, have to fight a little bit harder to make their voices heard to make sure that we don’t fall into this checkbox mentality, because at that point, AI will be able to do it for us.

We must therefore give great importance to aesthetics, emotions and the senses, because this may be the solution to get out of this situation.

INTERIOR LIGHTING

Finally, the last topic concerns the evolution of interior design and interior lighting. Do you think that this area is undergoing changes as significant as others, such as landscaping, landscape and architecture, or do you think it is an area that we should pay more attention to?

MARK MAJOR In the UK, when we work on certain types of interiors, especially in hospitality or residential projects, some interior designers insist on being the lighting designer. For aesthetic reasons, they want to choose the luminaires and sometimes even design them. And it’s not something they are willing to give up. I think the situation is becoming tricky because with energy standards becoming more and more stringent, it is very difficult to meet these standards while meeting the aspirations of interior designers. Maybe that’s why we spend less time in this area than in others, because it’s becoming less and less attractive to a designer, who finds themselves caught between the aspirations of the interior designer and the energy standards imposed by the engineer. As a lighting designer, you then have a problem that you then can’t resolve. These projects are then of very little interest, because we end up asking ourselves about who we are, what we do. Are we simply “specifiers”? A foil who is content to make everything work? There are no creative bonuses. But don’t get me wrong, sometimes when you’re working with certain architects or interior designers, there’s a close collaboration, like with architects, and it works really well. But in my experience, I would say it’s more difficult than working with architects.

Yes, this is an exception. So this also means that AI could replace lighting designers for this type of project, because if it’s so easy to get the average energy cost and wattage, maybe AI could provide an optimal solution without any design, without any aesthetics, without any emotion.

MARK MAJOR Maybe, but again, as I said before, as the profession of lighting designer grows, it attracts more and more people. Think about how many people called themselves lighting designers when you started in the business, compared to today. If we take only the United Kingdom and France, these two countries, there are thousands of people who call themselves lighting designers. And, you know, they don’t all do the same type of work.

You know, I’m very surprised to see on LinkedIn how many people are lighting designers, when I’d never heard of it. It’s

ne nous regarde pas en se disant « Allez, vous exagérez, vous en faites trop » lorsque nous parlons d’émotions. Parce que je me souviens que lorsque j’ai commencé dans le domaine de la conception lumière, une grande partie de mon inspiration, et je suis sûr que c’était aussi le cas pour vous, Roger, venait du monde du théâtre.

Et la narration, le « storytelling », est aussi une partie très importante de notre travail. Et j’ai l’impression qu’on se perd un peu dans tout le bruit autour de la technologie, des principes scientifiques, n’est-ce pas ? Vous savez, toutes ces choses sont importantes aussi. Bien sûr, elles sont très importantes, mais nous devons faire très attention à ne pas nous retrouver avec des bâtiments qui sont super économes en énergie, qui cochent toutes les cases de tous ces différents critères, mais qui ont l’air lugubres et désespérés et qui sont des endroits terribles où se trouver une fois la nuit tombée.

Mais le problème réside aussi dans le fait qu’en tant que concepteurs lumière, nous n’avons pas vraiment de dialogue avec les scientifiques et les chercheurs. Nous en sommes souvent conscients, et c’est dommage, car cela donne des exemples d’éclairages anthropocentriques que je trouve assez délirants. C’est typique de notre marché : il sait tirer parti de certaines recherches et avancées scientifiques pour en tirer toute une histoire. Mais il n’y a pas de conception lumière derrière tout cela. Je pense donc qu’en tant que concepteurs lumière, avec tous ces nouveaux domaines, ces nouveaux sujets et ces nouvelles recherches, nous devrions être plus impliqués. Nous sommes trop peu nombreux pour faire cela. Mais je suis d’accord avec vous, peut-être que pour la prochaine génération, ce devrait être un véritable défi de tirer parti de ces recherches et d’essayer de les traduire, comme vous l’avez dit, en conception lumière, parce qu’il y a beaucoup de recherches sur le cerveau en ce moment, mais nous n’avons aucune idée de comment la conception lumière et l’éclairage artificiel pourraient interagir avec le cerveau. Alors peut-être qu’à l’avenir, cela deviendra également très important. Espéront-le.

MARK MAJOR Il y a une tendance très intéressante que nous remarquons, surtout parmi les grands cabinets d’ingénierie multidisciplinaires, c’est qu’ils ont un avantage croissant. Parce qu’ils sont très grands, avec 2 000, 3 000, 4 000 employés ou même plus, et qu’ils ont déjà des experts internes auxquels les équipes d’ingénieurs de l’éclairage peuvent faire appel. Ce qui est une bonne chose pour eux. Quand je suis arrivé dans ce domaine, c’est l’esthétique, l’émotion et la sensibilité à l’architecture qui ont attiré un certain type de client, mais seulement un certain type de client. Aujourd’hui, dans de nombreux cas, et nous utilisons cette expression dans notre studio, le client peut être satisfait de quelque chose qui est « assez bon », mais pas le meilleur.

Et ce qui m’inquiète un peu pour l’avenir de la profession de l’éclairage, c’est que tout le monde commence à cocher des cases pour beaucoup de choses qui peuvent être « fondées sur des preuves », mais quand il s’agit de questions subjectives, certains clients disent simplement « c’est assez bien » et « nous n’avons pas besoin que ce soit mieux ». Et c’est une tendance inquiétante. Je pense que les concepteurs lumière qui ont un instinct créatif, une formation

unbelievable. And in some countries where you think there are no lighting designers, you suddenly find hundreds of them in remote countries that you would never have thought of. So, yes, I totally agree with you.

MARK MAJOR Of course, there is this question of the “profession of lighting designer”. We have been discussing ad nauseam for 20 or 30 years what this means. And I think that, to be honest, in the 21st century, if you think about the established professions, which have their laws, their licensing and training systems, their codes of conduct and everything that goes with being a lawyer, architect, doctor or any other “established profession”, I am not sure you can turn the clock around and go back to the nineteenth century for lighting design. So I think we need to take inspiration from how other new areas of design have established their credibility. We are not the only ones suffering from this problem. Many new types of designers do. At the end of the day, I think it all comes down to reputation. The service you offer, you provide, and the way you behave. I’m not saying that it’s impossible to regulate or license lighting designers, but I think it’s going to be very difficult for any one country alone to really kick off this process adequately. Even if it exists in France in the engineering professions, and in the United Kingdom with organizations like the ILP (Institution of Lighting professionals), I am not sure that these bodies can be at the origin of our profession given the way it is practiced. In a way, I think this can be seen as an opportunity for lighting designers to start defining how we should behave. Perhaps our attitudes could be the subject of voluntary codes of conduct that we could adhere to, simply a means of establishing some kind of baseline. I also think that this issue is reflected in our training system, because despite everything, and of course, there are more lighting design courses in Europe today than there were 20 or 30 years ago, but surprisingly, there are still not as many of them as they should be to support the profession. I often have students ask me where they can go to study lighting, and it’s always hard to say. And I think that’s a sign, the fact that professions still exist in parallel with education systems.

In some countries, there is no way to learn the craft of lighting design. This is the case in France, but also in Morocco and many other countries. There is therefore no Master’s degree in lighting design in Africa. This is certainly one of the challenges we face. But we know that this challenge has existed for several decades. I’m not sure that will change quickly.

MARK MAJOR Did we first create the legal profession, or did we first set up the education system to train lawyers? In fact, these two elements developed at about the same time, and the relationship between the legal profession and the education of legal professionals evolved at about the same pace. This is therefore a question that the lighting design profession must ask itself.

You work all over the world. Do you think we have a real European lighting design?

MARK MAJOR No, I don’t think there is a one-sizefits-all European approach. I think what matters is who you learn from. British lighting designers have learned a lot from the United States, France, and Germany, but Germans have also learned a lot from the United States, France, and the

en arts visuels et qui travaillent plus comme des artistes, doivent se battre un peu plus fort pour faire entendre leur voix afin de s’assurer que nous ne tombons pas dans cette mentalité de case à cocher, car à ce moment-là, l’IA sera capable de le faire pour nous.

Il faut donc accorder une grande importance à l’esthétique, aux émotions et aux sens, car c’est peut-être la solution pour sortir de cette situation.

ÉCLAIRAGE INTÉRIEUR

Enfin, le dernier sujet concerne l’évolution de la décoration intérieure et de l’éclairage intérieur. Pensez-vous que ce domaine subit des changements aussi importants que d’autres, tels que l’aménagement extérieur, le paysage et l’architecture, ou pensez-vous que c’est un domaine auquel nous devrions accorder plus d’attention ?

MARK MAJOR Au Royaume-Uni, lorsque nous travaillons sur certains types d’intérieurs, en particulier dans des projets hôteliers ou résidentiels, certains designers d’intérieur insistent pour assurer la conception lumière. Pour des raisons esthétiques, ils veulent choisir les luminaires et parfois même les concevoir. Et ce n’est pas quelque chose qu’ils sont prêts à abandonner. Je pense que la situation devient délicate car avec des normes énergétiques de plus en plus strictes, il est très difficile de répondre à ces normes tout en répondant aux aspirations des designers d’intérieur. C’est peut-être pour cela que nous passons moins de temps dans ce domaine que dans d’autres, parce qu’il devient de moins en moins attrayant pour un designer, qui se retrouve coincé entre les aspirations de l’architecte d’intérieur et les normes énergétiques imposées par l’ingénieur. En tant que concepteur lumière, vous avez alors un problème que vous ne pouvez pas résoudre. Ces projets n’ont alors que très peu d’intérêt, car on finit par se poser la question de qui on est, de ce que l’on fait. Sommes-nous simplement des « prescripteurs » ?

Un faire-valoir qui se contente de tout faire fonctionner ? Il n’y a pas de bonus créatifs. Mais ne vous méprenez pas, parfois, quand vous travaillez avec certains architectes d’intérieur, il y a une collaboration étroite, comme avec des architectes, et ça marche vraiment bien. Mais d’après mon expérience, je dirais que c’est plus difficile que de travailler avec des architectes.

Oui, il s’agit d’une exception. Cela signifie donc aussi que l’IA pourrait remplacer les concepteurs lumière pour ce type de projet, car s’il est si facile d’obtenir le coût énergétique et la puissance en watts, peut-être que l’IA pourrait fournir une solution optimale sans aucun design, sans aucune esthétique, sans aucune émotion.

MARK MAJOR Peut-être, mais encore une fois, comme je l’ai déjà dit, à mesure que le métier de concepteur lumière se développe, il attire de plus en plus de monde. Pensez au nombre de personnes qui se disaient concepteurs lumière lorsque vous avez commencé dans le métier, par rapport à aujourd’hui. Si l’on ne prend que le Royaume-Uni et la France, ces deux pays, il y a des milliers de personnes qui se disent éclairagistes. Et, vous savez, ils ne font pas tous le même type de travail.

United Kingdom. So I don’t think that a single country can claim to be the cradle of our profession. I think that in the past the United States thought that maybe it was them, but I’m not 100% convinced of that!

Again, it depends on the field. Maybe the U.S. was ahead of the curve when it came to indoor lighting. In Europe, we are one step ahead of the United States when it comes to outdoor lighting.

MARK MAJOR This is absolutely true. In a world where globalization is being actively challenged, lighting design fits into this global picture. No doubt. And it has evolved in the context of globalization.

Because the products are the same all over the world?

MARK MAJOR Yes, all over the world. And unfortunately, the standards have also been the same all over the world. In Europe, I think it will be interesting to see how things will evolve in one way in the UK, another way in France, another way in Germany and another way in Italy. We need to start a conversation between the different members of the profession in these different countries to determine which are the universal principles, which ones can be applied everywhere, because they relate to the human condition, and which ones are very different. But it is more complex globally. For example, if you live in Ecuador, your cultural references and behavior towards light are different from those of someone living in Scandinavia. I think it’s a very rich subject, which allows us to learn from each other what is particular to a country or a region, or what is more international or more specific. And I think that could change the face of manufacturing. Manufacturers may find that a luminaire for Scandinavia needs to be designed differently than a luminaire for Africa. The requirements are very different. But this also applies to computers, cars, everything. It is a difficult debate between the global economy and the local economy.

Yes, and I think LEDs didn’t help, because before there was a lot of variety of sources and maybe differences, but now with LEDs you find the same thing everywhere and it’s really very difficult.

Vous savez, je suis très surpris de voir sur LinkedIn combien de personnes sont éclairagistes, alors que je n’en avais jamais entendu parler. C’est incroyable. Et dans certains pays où l’on pense qu’il n’y a pas d’éclairagistes, on en trouve soudainement des centaines dans des pays reculés auxquels on n’aurait jamais pensé. Donc, oui, je suis tout à fait d’accord avec vous.

MARK MAJOR Bien sûr, il y a cette question du « métier de concepteur lumière ». Cela fait 20 ou 30 ans que nous discutons ad nauseam de ce que cela signifie. Et je pense que, pour être honnête, au xxie siècle, si vous pensez aux professions établies, qui ont leurs lois, leurs systèmes de licence et de formation, leurs codes de conduite et tout ce qui va avec le fait d’être avocat, architecte, médecin ou toute autre « profession établie », je ne suis pas sûr que vous puissiez revenir en arrière et revenir au xixe siècle pour la conception lumière. Je pense donc que nous devons nous inspirer de la façon dont d’autres nouveaux domaines du design ont établi leur crédibilité. Nous ne sommes pas les seuls à souffrir de ce problème. C’est le cas aussi pour de nombreux nouveaux types de designers. En fin de compte, je pense que tout se résume à la réputation. Le service que vous offrez, vous fournissez et la façon dont vous vous comportez. Je ne dis pas qu’il est impossible de réglementer ou d’accorder des licences aux concepteurs lumière, mais je pense qu’il sera très difficile pour un seul pays de vraiment lancer ce processus de manière adéquate. Même si cela existe en France dans les métiers de l’ingénierie, et au Royaume-Uni avec des organisations comme l’ILP (Institution of Lighting professionals), je ne suis pas sûr que ces organismes puissent être à l’origine de notre métier vu la manière dont il est exercé. D’une certaine manière, je pense que cela peut être considéré comme une opportunité pour les concepteurs lumière de commencer à définir comment nous devrions nous comporter. Peut-être que nos attitudes pourraient faire l’objet de codes de conduite volontaires auxquels nous pourrions adhérer, simplement un moyen d’établir une sorte de base de référence. Je pense aussi que cela se reflète dans notre système de formation, car malgré tout, et bien sûr, il y a plus de formations en conception lumière en Europe aujourd’hui qu’il y en avait il y a 20 ou 30 ans, mais étonnamment, il n’y en a toujours pas autant qu’elles devraient l’être pour soutenir la profession. J’ai souvent des étudiants qui me demandent où ils peuvent aller pour étudier l’éclairage, et c’est toujours difficile à dire. Et je pense que c’est un signe, le fait que des professions existent encore en parallèle avec les systèmes éducatifs.

Dans certains pays, il n’y a aucun moyen d’apprendre le métier de la conception lumière. C’est le cas en France, mais aussi au Maroc et dans bien d’autres pays. Il n’existe pas de Master en conception lumière en Afrique. C’est certainement l’un des défis auxquels nous sommes confrontés. Mais nous savons que ce défi existe depuis plusieurs décennies. Je ne suis pas sûr que cela changera rapidement.

MARK MAJOR Avons-nous d’abord créé la profession d’avocats, ou avons-nous d’abord mis en place le système d’éducation pour former les avocats ? En fait, ces deux éléments se sont développés à peu près en même temps, et la relation entre la profession d’avocat et la formation

Trained as an architect, which he initially practiced, Mark Major then focused on what he saw as the unique relationship between light and architecture and became a lighting designer. After starting out at the Lighting Design Partnership agency in Edinburgh, in 1993 he teamed up with lighting designer Jonathan Speirs to create the studio Speirs and Major Associates.

Mark is a legend in the lighting industry and one of the pioneers in the highly specialized field of lighting design. He has studied and created lighting designs all over the world with his agency. To name just a few in London: the Millennium Dome in Greenwich in 1999, the interior of St. Paul’s Cathedral in 2006, Heathrow Terminal 5 in 2008, Queen Elizabeth Olympic Park in 2018, and Beijing International Airport in 2008. One of the pioneers of urban lighting and lighting planning with the lighting plan for Edinburgh’s historic center in 1989, he produced the lighting strategy for the London Olympic and Paralympic Games in 2012, followed by that for the city of London in 2018.

He was honored as a Royal Designer for Industry in 2012 for his innovative use of light to create public spaces and has received an impressive number of international awards and honors.

He maintains an active interest in teaching architecture and lighting and lectures around the world. He received the Outstanding Lifetime Contribution to Design award at the FX Awards in 2015.

The London-based lighting design agency he now runs with Keith Bradshaw is recognized as one of the world’s leading firms, using light and darkness to enhance the visual environment experience.

des professionnels du droit a évolué à peu près au même rythme. C’est donc une question que le métier de concepteur lumière doit se poser.

Vous travaillez dans le monde entier. Pensez-vous que nous avons une véritable conception lumière européenne ?

MARK MAJOR Non, je ne pense pas qu’il y ait une approche européenne unique. Je pense que ce qui compte, c’est de qui vous apprenez. Les concepteurs lumière britanniques ont beaucoup appris des États-Unis, de la France et de l’Allemagne, mais les Allemands ont également beaucoup appris des États-Unis, de la France et du RoyaumeUni. Je ne pense donc pas qu’un seul pays puisse se targuer d’être le berceau de notre métier. Je pense que dans le passé, les États-Unis pensaient que c’était peut-être eux, mais je n’en suis pas convaincu à 100 % !

Encore une fois, cela dépend du domaine. Peut-être que les États-Unis avaient une longueur d’avance en matière d’éclairage intérieur. En Europe, nous avons une longueur d’avance sur les États-Unis en matière d’éclairage extérieur.

MARK MAJOR C’est tout à fait vrai. Dans un monde où la mondialisation est activement remise en question, la conception lumière s’inscrit dans ce tableau mondial. Sans doute. Et elle a évolué dans le contexte de la mondialisation.

Parce que les produits sont les mêmes partout dans le monde ?

MARK MAJOR Oui, partout dans le monde. Et malheureusement, les normes ont également été les mêmes dans le monde entier. En Europe, je pense qu’il sera intéressant de voir comment les choses vont évoluer d’une certaine manière au Royaume-Uni, d’une autre manière en France ou en Allemagne et encore d’une autre manière en Italie. Nous devons engager une conversation entre les différents membres de la profession dans ces différents pays pour déterminer quels sont les principes universels, lesquels peuvent être appliqués partout, parce qu’ils se rapportent à la condition humaine, et lesquels sont très différents. Mais c’est beaucoup plus complexe à l’échelle mondiale. Par exemple, si vous vivez en Équateur, vos références culturelles et votre comportement envers la lumière sont différents de ceux d’une personne vivant en Scandinavie. Je pense que c’est un sujet très riche, qui nous permet d’apprendre les uns des autres ce qu’il y a de particulier à un pays ou à une région, ou ce qu’il y a de plus international ou de plus spécifique. Et je pense que cela pourrait changer le visage de l’industrie manufacturière. Les fabricants d’appareils d’éclairage peuvent constater qu’un luminaire pour la Scandinavie doit être conçu différemment d’un luminaire pour l’Afrique. Les exigences sont très différentes. Mais cela s’applique aussi aux ordinateurs, aux voitures, à tout. C’est un débat difficile entre l’économie mondiale et l’économie locale.

Oui, et je pense que les LED n’ont pas aidé, parce qu’avant il y avait beaucoup de variété de sources et peut-être des différences, mais maintenant avec les LED, vous trouvez la même chose partout et c’est vraiment très difficile.

Formé au métier d’architecte qu’il exerce dans un premier temps, Mark Major se concentre ensuite sur la relation unique qui existe, pour lui, entre la lumière et l’architecture et devient concepteur lumière. Après avoir débuté dans l’agence Lighting Design Partnership à Édimbourg, il crée en 1993, en association avec le concepteur lumière Jonathan Speirs, le studio appelé Speirs and Major Associates

Mark, est une légende de l’industrie de l’éclairage et l’un des pionniers de ce domaine si particulier de la conception lumière. Il a étudié et réalisé avec son agence des mises en lumière dans le monde entier. Pour n’en citer que quelques-unes à Londres : le Dôme du Millennium de Greenwich en 1999, l’intérieur de la cathédrale SaintPaul en 2006, le Terminal 5 d’Heathrow en 2008, le Queen Elizabeth Olympic Park, en 2018, et à Pékin, l’aéroport international en 2008. Comptant parmi les pionniers de l’urbanisme lumière et de la planification de l’éclairage avec le plan lumière du centre historique d’Édimbourg en 1989, il a produit la stratégie d’éclairage des Jeux olympiques et paralympiques de Londres en 2012, puis celle de la ville de Londres, en 2018.

Il a été honoré en tant que « Royal Designer for Industry » en 2012 pour son «  utilisation innovante de la lumière pour créer un espace public » et a par ailleurs reçu un nombre très impressionnant de prix et de récompenses internationales.

Il maintient un intérêt actif pour l’enseignement de l’architecture et de l’éclairage et donne des conférences dans le monde entier. Il a notamment reçu la distinction « Outstanding Lifetime Contribution to Design » aux FX Awards en 2015.

L’agence londonienne de conception lumière qu’il dirige aujourd’hui avec Keith Bradshaw, est reconnue comme l’une des principales au monde, utilisant la lumière et l’obscurité pour améliorer l’expérience de l’environnement visuel.

La lumière artificielle peut avoir des effets néfastes sur notre bien-être. La pollution lumineuse, les débordements lumineux et la surillumination qui nous empêchent d'observer les étoiles peuvent également perturber nos habitudes de sommeil. À l'avenir, des villes comme Londres pourraient ainsi inclure des « sanctuaires de l'obscurité ». Ces zones protégées seraient soumises à des contrôles stricts concernant l'utilisation de la lumière à l'intérieur et autour d'elles.

Artificial light can have a detrimental effect on our well-being. The light pollution, light spill and over-illumination that prevent us from viewing the stars can also disrupt our sleep patterns. In the future, cities like London could include designated ‘sanctuaries of darkness’. Such protected areas would have strict controls on the use of light both within and around them. © Speirs Major Light Architecture

OBSCURITÉ

Le concepteur nocturne / Thenight-timedesigner

* SDAL ou Schéma directeur d’aménagement lumière

C’est une étude stratégique, mise au point en 1988, qui permet une planification urbaine de l’éclairage public et des mises en lumière du patrimoine naturel et bâti, à l’échelle d’un territoire, d’une agglomération, d’une ville, d’un quartier ou d’un site.

Lighting Master Plans This strategic study, developed in 1988, enables the urban planning of public lighting and the illumination of natural and built heritage at territorial, conurbational, city, neighbourhood or site level.

QU’AVONS-NOUS FAIT DE L’OBSCURITÉ?

L’humanité s’est construite en se dotant de moyens techniques pour pouvoir vivre au-delà des limites que la nature imposait en termes de lumière disponible, à savoir celle émanant du soleil et de nuit, celle de la lune. Condition sine qua non de l’existence de lumière artificielle, l’obscurité a été profondément mise à mal ces derniers siècles et plus particulièrement ces dernières décennies. Les vues satellitaires nocturnes de la Terre l’attestent, la nuit nous appartient mais à quel prix pour le vivant, animal comme végétal ? Considérer la nuit et la vie nocturne est une des nouvelles donnes pour les concepteurs lumière et c’est bien là toute la complexité du métier en 2025, et encore plus en 2055.

Aujourd’hui, la réflexion sur l’obscurité et le rôle qu’elle peut et doit jouer dans la ville prend de plus en plus d’importance. Les trames noires se développent et lors des études des SDAL* (Schémas directeurs d’aménagement lumière), sa prise en compte est devenue systématique. Des concepteurs lumière et des artistes se définissent comme des adeptes et des metteurs en scène de l’obscurité, le sujet alimentant un grand nombre de livres et d’articles sur ce thème.

Le métier de concepteur lumière n’évolue-t-il alors pas vers celui de « concepteur d’obscurité », de « concepteur nocturne », un spécialiste des rapports et des équilibres à établir de nuit en ville entre lumière et obscurité ? Car l’obscurité procure du bien-être, aide à déstresser les personnes soumises à trop de lumières artificielles. Cette capacité à interagir psychologiquement et physiologiquement avec les humains est peu étudiée, alors que la luminothérapie a fait l’objet d’un nombre important de recherches. Être plongé dans une profonde obscurité, dans des conditions optimales de confort et de sécurité, notamment après avoir baigné longuement dans un éclairage artificiel intense, permet de se recentrer, de mieux se focaliser sur ses sensations et de vivre une expérience sensorielle réparatrice. Et un espace obscur, né de l’absence de lumière artificielle, n’est pas forcément noir. Il peut accueillir des objets, des décors ou des fresques phosphorescentes colorées, visibles seulement dans l’obscurité, qui restituent la lumière reçue. En ville, il n’existe quasiment pas d’espaces publics dédiés à l’obscurothérapie, alors qu’ils pourraient participer, et de manière disruptive, à réenchanter la nuit.

WHAT HAVE WE DONE WITH DARKNESS?

Humanity has developed the technical means to live beyond the limits imposed by nature in terms of available light. This includes the light provided by the sun during the day and the moon at night. However, as a prerequisite for artificial light, darkness has been profoundly undermined in recent centuries, especially in recent decades. Satellite images of the Earth at night bear witness to this: we own the night, but at what cost to living creatures, both animals and plants? The night and night-time life are new challenges for lighting designers, and this will become increasingly complicated for the profession in 2025 and even more so in 2055.

Reflection on darkness and its role in the city is becoming increasingly important today. In France, dark infrastructure are becoming more widespread and are now systematically considered in lighting master plan studies*. Lighting designers and artists are defining themselves as adepts and stage of darkness, and this subject has inspired many books and articles.

Is the role of lighting designer evolving into that of “darkness designer” or “night designer”, i.e. a specialist in achieving the right balance between light and darkness in cities at night? Darkness promotes well-being and helps people who are exposed to too much artificial light to relax. The ability to interact with humans, both psychologically and physiologically, has received little research attention, whereas light therapy has been the subject of significant research. Being immersed in deep darkness in optimal conditions of comfort and safety, especially after prolonged exposure to intense artificial lighting, helps you to refocus and concentrate better on your sensations. It is a restorative sensory experience. A dark space created by the absence of artificial light is not necessarily black. It can contain objects, decorations, or colourful phosphorescent frescoes that are only visible in the dark. Even though they could play a disruptive role in re-enchanting the night, no public spaces in cities are dedicated to dark therapy.

Will night-time become a refuge for humans in need of visual rest in 2055? Imagine city places of refuge: dark pockets that could be reached using a portable light. This urban environment would be far from the concept of a smart city. It would be more organic, in tune with the seasons and adapted to shorter night-time hours. It would be connected with the times of day and night throughout the year.

** L’Arrêté du 27 décembre 2018 relatif à la prévention, à la réduction et à la limitation des nuisances lumineuses.

L’article III précise que « les émissions de lumière artificielle des installations d’éclairage extérieur et des éclairages intérieurs émis vers l’extérieur sont conçues de manière à prévenir, limiter et réduire les nuisances lumineuses, notamment les troubles excessifs aux personnes, à la faune, à la flore ou aux écosystèmes, entraînant un gaspillage énergétique ou empêchant l’observation du ciel nocturne ».

The Ordinance of 27 December 2018 on the prevention, reduction and limitation of light pollution. Article III specifies that ‘artificial light emissions from outdoor lighting installations and indoor lighting emitted outdoors shall be designed in such a way as to prevent, limit and reduce light pollution, in particular excessive disturbance to people, fauna, flora or ecosystems, leading to energy waste or preventing observation of the night sky’.

En 2055, la nuit deviendra-t-elle un refuge pour humains en mal de repos visuel ? Imaginons des lieux de refuge dans la ville, des poches noires où aller si besoin, que l’on rejoindrait à l’aide d’un système de lumière portatif. Bien loin de la smart city, cet environnement urbain serait beaucoup plus organique, en lien avec les saisons, adapté au recul des heures de nuit, connecté avec les temps de jour et les temps de nuit dans l’année.

REPENSER LA NUIT POUR TOUTES ET TOUS

La reconnaissance de la ville sombre, de la ville apaisée et éteinte partiellement ou totalement, doit trouver sa place dans notre conscience collective. Ne pas abandonner la nuit permet de repenser la ville sur 24 heures, en intégrant toutes les vies qui occupent cet espace. En France, les transports en commun s’arrêtent vers 1 heure du matin, alors que la plupart des pays d’Europe ont des transports 24 heures sur 24.

Dans 30 ans, l’évolution des horaires s’orientera vers des transports en commun actifs toute la nuit. Cela va certes à contresens de l’extinction souhaitée, mais répond à un vrai besoin de créer du lien social nocturne, en donnant l’occasion de pouvoir se rassembler en certains lieux, à l’aide de mises en lumière ponctuelles, agréables et accueillantes dédiées aux piétons en cœur de village, notamment en milieu rural. Ces îlots de lumière viendront contrebalancer les extinctions de l’éclairage public qui se multiplient dans un nombre croissant de villages et de petites villes en France (y compris pour certaines toutes les nuits, du 15 mai au 15 octobre, selon les arguments légitimes de la préservation de l’environnement, comme de la transition écologique, deux leviers puissants pour convaincre de donner tout son rôle à l’obscurité en ville.

En 2055, en fonction des études de trames noires et des zonings qu’elles instituent sur des territoires pour diminuer la pollution lumineuse et préserver la biodiversité tout en respectant les usages et les activités humaines nocturnes, les normes d’éclairement européennes vont devoir évoluer pour mieux prendre en compte ces impératifs. Même si les réglementations ont beaucoup évolué en France depuis l’arrêté du 28 décembre 2018** (relatif à la prévention, à la réduction et à la limitation des nuisances lumineuses, révisé en janvier 2020), il reste encore beaucoup à faire pour intégrer systématiquement la protection du vivant dans les différents domaines de l’éclairage.

RETHINKING THE NIGHT FOR ALL

The sight of the city in partial or total darkness must become ingrained in our collective consciousness. Not abandoning the night enables us to reconsider the city as a 24-hour space, embracing all the different ways in which it is used. While most European countries have 24-hour public transport, in France it stops around 1 a.m.

Within 30 years, public transport will run all night. While this goes against the desire to turn off lights, it responds to the need to create social bonds at night by providing opportunities to gather in certain places with pleasant, welcoming lighting dedicated to pedestrians in city centres—particularly in rural areas. These islands of light will counterbalance the increasing number of French villages and small towns that switch off their street lighting (some do so every night from 15 May to 15 October), based on legitimate arguments for environmental preservation and ecological transition—two powerful motivators for convincing people to embrace darkness.

By 2055, European lighting standards will need to evolve to take into account the requirements based on dark sky studies and the zoning they establish in certain areas to reduce light pollution and preserve biodiversity while respecting human night-time activities. Although French regulations have evolved considerably since the 28 December 2018 decree** (relating to the prevention, reduction and limitation of light pollution, revised in January 2020), much remains to be done to systematically integrate the protection of living organisms into lighting applications.

This requirement must be fully integrated into development programmes. The usefulness of this approach and how it will adapt to lighting needs must be explained. Consequently, the decades-old habit of project owners of systematically lighting public spaces must be radically transformed. This must firstly involve questioning the widespread uniform lighting that is believed to serve a security purpose.

However, this confuses “security” with “feeling of security”. Social conflicts cannot be resolved by light; murderers and assailants do not commit crimes in the dark. This type of public lighting, which is designed to improve safety, is not based on reality, but on fallacious criteria set by manufacturers and politicians that underestimate our night-time visual acuity***.

The “feeling of security” matters for women, who should not be deterred from enjoying

*** Il existe trois types de vision. La vision photopique ou diurne traduit la sensibilité rétinienne à une lumière vive où l’acuité est à son maximum ; la vision mésopique, ou nocturne correspond à la vision crépusculaire c’est-à-dire quand la rétine est faiblement éclairée. La vision scotopique, ou vision nocturne, correspond à la vision dans l’obscurité lorsque les couleurs ne peuvent pas être perçues : elle correspond à la mise en activité des bâtonnets qui sont répartis en périphérie de la rétine et manquent dans la région maculaire. (Source : www.academie-medecine.fr)

There are three types of vision. Photopic vision, or daytime vision, reflects the retina’s sensitivity to bright light and is when visual acuity is at its highest. Mesopic vision, or night vision, corresponds to twilight vision and occurs when the retina is dimly lit. Scotopic vision, also known as night vision, is used in complete darkness and does not allow colours to be perceived. It is associated with the activation of rods, which are distributed around the periphery of the retina and absent from the macular region. (Source: www.academie-medecine.fr)

Cet impératif devra être totalement intégré dans les programmes d’aménagement en expliquant son utilité et les équilibres qui seront dorénavant créés en écho aux besoins en éclairage. Aussi, ce sont tous les réflexes et les habitudes acquis pendant des décennies par les maîtrises d’ouvrage, sur les besoins et les nécessités d’éclairer systématiquement l’espace public qu’il faut transformer en profondeur, avec notamment la remise en cause de l’uniformité de l’éclairage qui s’est généralisée suivant l’argument et la croyance que l’éclairage a une vocation sécuritaire.

Mais c’est confondre « sécurité » et « sentiment de sécurité ». Les conflits de société ne sont pas solubles dans la lumière, pas plus que les meurtriers ou les agresseurs ne commettent leurs exactions dans le noir. Cet éclairage public à vocation sécuritaire n’est pas réalisé selon la réalité de vie, ni de l’existence, mais par les industriels et les politiques sur des critères totalement fallacieux, en sous-estimant notre acuité visuelle nocturne***.

Cette question du sentiment de sécurité importe pour que les femmes ne soient pas tenues éloignées de la vie nocturne publique. Elles sont fortement impactées par cette évolution possible de la nuit dans nos villes. Si aujourd’hui nous constatons que les inégalités de genre se sont amplifiées, des débats prennent toutefois place, par le biais notamment d’associations, le plus souvent féministes. De façon générale, le sujet de la lumière liée au genre reste peu ou pas abordé, notamment par les élus pourtant responsables de l’aménagement d’un territoire inclusif, et il représente donc un champ d’exploration dont les concepteurs lumière doivent s’emparer, au même titre que les urbanistes, les paysagistes, les sociologues, les géographes, souvent les premiers sollicités pour résoudre la question de l’égalité homme/ femme dans l’espace public.

On peut imaginer un corpus de solutions vertueuses qui seraient systématiquement mises en œuvre. Dans tous les cas, et dans un futur proche, la prise en compte du vivant, de tous les vivants, devra se faire en amont de tout projet d’éclairage. 2055, les trames noires seront définitivement intégrées dans les réglementations d’urbanisme.

APPRENDRE À APPRÉCIER LA NUIT

Les peurs, souvent irrationnelles, du grand public et des enfants liées à l’obscurité

public nightlife. They are heavily impacted by this possible change to our cities at night. While gender inequalities are widening, this issue is being debated, particularly through associations, most often feminist ones. Overall, gender-related lighting is rarely addressed, particularly by elected representatives responsible for inclusive urban planning. This is an area yet to be explored that lighting designers must embrace alongside urban planners, landscape architects, sociologists, and geographers— often the first to be called upon to address gender equality in public spaces.

LOVE THY NIGHT

The irrational fear of darkness held by people in general, and children in particular, is a challenge for lighting designers. Systematic lighting, or even over-lighting, is all too often and incorrectly associated with the supposed need to make public spaces safer, thereby making darkness in cities a place of danger. To deconstruct this overly systematic link between night-time, darkness and danger, an educational programme promoting an appreciation of night-time should be developed to raise awareness among residents and encourage them to enjoy twilight and walking in the moonlight. A new, comprehensive education programme needs to be developed and implemented that targets children and adults, as well as the people who design and build today's cities: elected officials, urban planners and architects. Many people only consider the city during its 'opening hours' (i.e. when shops are open) and neglect the night-time image for which they are nevertheless responsible. Meanwhile, society is evolving and a new generation that is more “frugal”, or at least invested in environmental causes, is emerging.

By 2055, intelligent management systems and AI will provide lighting solutions that combine respect for the night with user comfort. However, this cannot replace the need for darkness education as part of a broader effort to address environmental issues in society at large.

Nowadays, architects and landscape designers work with children from an early age to help them understand how cities are built. There are even daytime tours of the local area for children in their final year of nursery school. Lighting designers could explore the approach of focusing on the same purpose of helping children grasp these complex notions of space through the prism of city light. In the years to come, educating the entire high school population on the ecological future of our planet will be essential. This will include the 'nocturnal' dimension.

© Speirs Major Light Architecture

sont un défi pour les concepteurs lumière. L’éclairage systématique, voire le suréclairement, a trop souvent et à tort été associé à une supposée sécurisation de l’espace public, rendant l’obscurité en ville par contraste le lieu de tous les dangers. Pour déconstruire ce lien trop systématique entre nuit, obscurité et dangers, favoriser une pédagogie de la nuit permettrait de sensibiliser les habitants à l’obscurité, au plaisir de la pénombre, à la marche au clair de lune. C’est une éducation nouvelle et entière qu’il faut entreprendre et mettre en œuvre, auprès des enfants comme des adultes, mais aussi des partenaires qui construisent et pensent la ville aujourd’hui, les élus, les urbanistes, les architectes… Beaucoup ne s’intéressent à la ville qu’à ses heures « ouvertes » (les commerces) et délaissent l’image nocturne dont ils sont néanmoins responsables, alors que par ailleurs, la société évolue et une nouvelle génération plus « frugale », ou a minima « investie » dans la cause environnementale, émerge. D’ici 2055, l’intelligence des systèmes de gestion, et de l’IA, apportera des réponses pour composer des mises en lumière alliant le respect de la nuit avec le confort de l’usager. Mais elle ne dispense pas d’une éducation à l’obscurité, dans le cadre d’un travail de fond sur le sujet environnemental à aborder dans la société au sens large.

Aujourd’hui, des architectes et des paysagistes, interviennent dès les plus petites classes, pour faire comprendre comment construire la ville. Il existe même en dernière année de maternelle des parcours diurnes de compréhension du quartier de l’école. Dans le même souci de donner à saisir ces notions d’espace complexes, le faire par le prisme de la lumière citadine serait un axe pouvant être porté par des concepteurs lumière. Dans les années à venir, une prise de conscience forte et nécessaire pour le devenir écologique de notre planète implique une éducation de l’ensemble de la population lycéenne. Dimension « nocturne » comprise.

En 2055, le concepteur lumière aura un rôle prépondérant dans le fait d’éduquer l’usager. Quelle lumière pourra-t-il utiliser dans l’espace public pour pas polluer un environnement par ailleurs travaillé pour être accueillant par le recours à différentes intensités, couleurs et teintes lumineuses. D’un autre côté, l’être humain devra aussi accepter de ne plus fréquenter certains espaces la nuit pour que la biodiversité reprenne ses droits, à un moment où les conflits entre espèces seront certainement encore plus forts qu’aujourd’hui.

By 2055, lighting designers will play a pivotal role in educating users to ensure that the welcoming environments they have created using different light intensities, colours and shades are not polluted by personal devices. At the same time, people will have to accept that they can no longer visit certain places at night in order to allow biodiversity to flourish, particularly given that conflicts between species will certainly be even more intense than they are today.

2055: BIO-LIGHTING DESIGNERS?

Could this be the emergence of a new profession: the bio-lighting designer? These specialists would be responsible for creating urban night-time landscapes that respect flora and fauna. They would have a thorough understanding of the impact of artificial light on living organisms and the challenges this poses.

Preserving biodiversity is a major national and global issue given ongoing climate change and the collapse of many animal species. Light pollution unfortunately plays a significant role in this decline, as many species are nocturnal and their destruction also impacts diurnal animals.

Thanks to a better understanding of the impact of artificial light on fauna and flora, lighting designers can now suggest lighting schemes that consider the balance between light and darkness in all projects. In order to make the right choices, they must either receive training or consult specialists such as ecologists and astronomers.

The profession must evolve to avoid appearing to unfairly defend light and its use in public spaces and architecture. Lighting must be part of the urban project from the outset to develop solutions that anchor the project in an environmentally friendly way. Without this collaboration throughout the entire study process, the lighting project will fail to provide satisfactory solutions.

Extending “traditional” lighting design to include wildlife preservation and light pollution control will ultimately lead to strategic developments and new study requests from lighting design agencies. Currently, engineering and environmental consulting firms, public institutions (such as the French Office of Biodiversity and the National Centre for Scientific Research) and departmental energy authorities are depriving them of dark infrastructure studies, which are systematically pre-empting lighting master plans for rural local councils. In the future, the term “lighting designer” may need to change to better reflect the duality

2055 : DES BIO-CONCEPTEURS LUMIÈRE ?

Serait-ce alors la naissance d’un nouveau métier, la « bio-conception lumière », celui d’un spécialiste des paysages urbains nocturnes respectueux de la faune et de la flore, qui maîtrise complètement les impacts de la lumière artificielle sur le vivant comme la compréhension des défis qu’ils posent ?

La préservation de la biodiversité est devenue un enjeu, national et mondial, majeur compte tenu du changement climatique en cours, et de l’effondrement croissant d’un grand nombre d’espèces animales. La pollution lumineuse joue hélas un rôle très important dans ce déclin car la très grande majorité des espèces animales sont nocturnes et leur destruction impacte également les espèces animales diurnes.

Par sa connaissance de l’impact de la lumière artificielle sur le vivant, alimentée par les écologues et scientifiques, de l’impact de ses prescriptions sur le monde animal et végétal, le concepteur lumière propose des études de SDAL prenant systématiquement en compte les équilibres et les rapports à instituer entre lumière et obscurité dans tous les projets d’éclairage. Pour faire des choix au plus juste, il doit être formé pour cela, ou s’allier les connaissances de spécialistes comme des écologues, des astronomes…

Le métier devra évoluer pour ne pas sembler défendre seul et de manière inéquitable la lumière et sa mise en œuvre dans l’espace public comme dans l’architecture. La lumière doit accompagner le projet urbain dès son origine afin de déployer des réponses adaptées qui permettront d’ancrer le projet lumière dans sa dimension respectueuse de l’environnement. Sans cet accompagnement tout au long de l’étude global, le projet lumière ne pourra pas apporter de réponses satisfaisantes.

Étendre la conception lumière « classique » à la préservation du vivant, couplée à la maîtrise de la pollution lumineuse, permettra à terme des développements stratégiques et des nouvelles demandes d’études aux agences de conception lumière. En effet, celles-ci se voient aujourd’hui dépossédées des études de trames noires, par des bureaux d’études d’ingénierie et environnementaux, comme par des institutions publiques (OFB, CEREMA, CNRS), mais aussi par les territoires d’énergie départementaux qui préemptent systématiquement les études

of light and darkness. “Night-time designer”? In order to establish this expertise, teaching about light and lighting is necessary. However, this is virtually non-existent in France and underdeveloped in many European countries, despite the fact that many of them offer master's degrees in lighting design. This current gap is being filled, and we can therefore imagine that it ultimately offers a unique opportunity to combine teaching about darkness and night-time with the already planned teaching about urban and architectural light, and the role that both must play in cities from now on.

Lighting designers will undoubtedly need training in biology and ecology to incorporate these challenges into their work. One way to achieve this would be to include biologists and/or ecologists within lighting design agencies. These specialists would be responsible for analysing and cataloguing the impact of lighting projects on animal and plant species. This would enable these issues to be anticipated and integrated into the design process from the outset. However, despite their good intentions, biologists and ecologists should not be given control over lighting solutions they do not understand.

NOT AS FUTURISTIC AS IT SEEMS

Are there any virtuous, futuristic technical solutions? If we consider a lighting system designed solely for human use, we could envisage a light source with a spectrum and wavelength frequency that is completely imperceptible except to the human eye. Even if this light’s colour rendering index is not optimal, it would provide sufficient illumination for movement while drastically reducing its impact on living organisms. The use of coloured lights varies according to animal species. For example, red has no impact on some bats, blue is sufficient for fish, and green is suitable for amphibians. Public lighting could adapt its colour to the species present in the area it covers. During the city’s activity periods, the colours would change.

As we combine the concepts of bio-design and human beings, why not call upon senses other than sight? In a nocturnal context, hearing is more acute. The question is how to design spaces that enable us to live together, move around and see each other to the extent that certain sound frequencies allow. The facilities would produce a hyper-inventive, directional soundscape that requires only minimal lighting to provide reassurance. What if medicine evolved to the point where it could modify the human eye so that everyone

de SDAL pour des communes rurales. Le terme même de concepteur lumière sera peut-être appelé à changer pour mieux refléter la dualité lumière/obscurité, devenue essentielle dans le futur. « Concepteur nocturne » ?

Pour asseoir cette expertise, un enseignement à la lumière et à l’éclairage est nécessaire. Pourtant il est encore quasi inexistant en France et peu développé dans les pays européens, même si nombre d’entre eux ont la chance de posséder et de proposer un Mastère en conception lumière. On peut donc imaginer que ce manque actuel (en cours de construction) offre finalement une chance unique de coupler dès maintenant l’enseignement de l’obscurité, de la nuit et du rôle qu’ils doivent tous deux jouer dorénavant en ville, à celui déjà envisagé de la lumière urbaine et architecturale. Cela permettrait aux universités françaises de se différencier radicalement de leurs homologues étrangères et d’offrir des cursus d’avenir, en innovant et en anticipant sur les mutations en cours en ville.

Les concepteurs lumière devront indéniablement être formés à la biologie et à l’écologie pour que, dans leur pratique au quotidien, ils intègrent ces défis. Autre moyen de rendre les agences multidisciplinaires, serait d’intégrer au sein des agences de conception lumière un biologiste et/ou un écologue chargé d’analyser et d’inventorier l’impact d’un projet d’éclairage sur les espèces animales et végétales, de manière à anticiper et à intégrer ces enjeux dès le début des études. Malgré les bonnes volontés, il ne faut pas laisser aux biologistes et aux écologues une mainmise sur des solutions d’éclairage qu’ils méconnaissent et ne maîtrisent pas.

DES SOLUTIONS PAS SI FUTURISTES

Des solutions techniques futuristes vertueuses sont-elles possibles ? Dans l’idée de n’offrir un éclairage réellement et uniquement dédié aux usages des humains, imaginons le développement d’une lumière dont le spectre et la fréquence des longueurs d’onde sont totalement imperceptibles, sauf pour l’œil humain. Même si l’indice de rendu de couleur produit par cette lumière n’est pas optimale, elle permettrait d’apporter un confort de déplacement suffisant en réduisant drastiquement son impact sur le vivant. L’utilisation des lumières colorées dépend de chaque groupe d’espèce animale. Pour certaines chauve-souris, le rouge sera non impactantes, pour les poissons, ce sera le bleu, le vert pour les batraciens. Ainsi,

could see in the dark? Could technology provide us with augmented contact lenses that enable us to see in the dark?

The natural environment could produce its own light. Following the commercial failure of bioluminescence in the early 2020’s, will technological advances be based on biomimicry?

En 2055, il n'y a plus d'éclairage permanent dans les espaces collectifs privés. Les espaces extérieurs (balcons, terrasses) sont équipés d'un éclairage intégré à l'architecture. Alimentés par des batteries, ils appartiennent à chaque logement, tout comme une porte ou un lavabo. Quant aux espaces collectifs en cœur d’îlot, ils n’ont plus aucun éclairage permanent et alimenté. Le paysage et l’ambiance nocturne dépendent désormais uniquement des usagers et de leurs activités, seuls ou à plusieurs, dans le cœur d’îlot. Chacun apporte son éclairage d’appartement portatif, conçu en collaboration avec le concepteur lumière et l’architecte. Ensemble, ils dessinent des supports de lanternes qui animent le jardin.

By 2055, there will be no permanent lighting in communal areas of private residences. Outdoor spaces, such as balconies and terraces, are equipped with integrated architectural lighting. Powered by batteries, these lights belong to each dwelling, just like a door or a sink. As for the communal areas in the centre of the block, they no longer have any permanent, powered lighting. The landscape and night-time atmosphere now depend solely on the activities of users, whether alone or in groups, in the centre of the block. Everyone brings their own portable lighting for their apartment, which has been designed in collaboration with a lighting designer and architect. Together, they design lantern holders that bring the garden to life.

© Agence ON

2055. Le réchauffement climatique provoque, au pire l’extinction de certaines espèces, au mieux leur migration vers des territoires plus au nord. Un arrêté oblige les territoires publics, comme les territoires privés, à faire évoluer les éclairages extérieurs en fonction des activités des espaces en présence localement. Basé sur les Atlas de la Biodiversité publiés rendus obligatoires et mis à jour tous les 5 ans, l’éclairage activé seulement en cas de présence humaine, varie en intensité et en tonalités de lumière en fonction des espèces et de leurs activités : hivernation, migration, nidification, reproduction ou même de leur caractère nocif pour l’homme.

2055. At worst, global warming is causing the extinction of certain species, and at best, it is causing them to migrate to more northerly territories. A decree requires both public and private spaces to adapt their outdoor lighting to suit local activities. Based on mandatory Biodiversity Atlas, published and updated every five years, lighting is activated only when humans are present. Its intensity and tone vary depending on the species and their activities, such as hibernation, migration, nesting, reproduction and or if they may be harmful for humans.

© Agence ON

l’éclairage public fonctionnel pourrait adapter sa couleur aux espèces présentes dans le périmètre qu’il couvre. Et le reste des temps, dans les temporalités d’activité de la ville, les couleurs changeraient.

Lorsque l’on fait cohabiter la notion de bio-conception et être humain, ne pourrait-on pas convoquer d’autres sens que la vue ? Dans un contexte nocturne, l’ouïe est plus développée. La question sera peut-être alors de traiter les aménagements et de voir dans quelle mesure certaines fréquences sonores pourraient nous permettre de vivre ensemble, de nous véhiculer, de nous apercevoir. Les aménagements

permettraient de composer un paysage sonore, directionnel, hyper inventif et avec seulement un minimum d’éclairage, suffisant pour être rassurant. Et si la médecine évoluait au point de pouvoir modifier l’œil humain afin de rendre tout un chacun nyctalope ? La technologie nous offrira-t-elle une lentille de contact augmentée nous permettant de voir en pleine nuit ?

Et en allant plus loin, le milieu naturel produit lui-même sa propre lumière. Après les échecs commerciaux de la bioluminescence dans les années 2020, peut-on espérer des avancées technologiques se basant sur le biomimétisme ?

La trame noire à vivre : des ambiances pour les parcs afin d’enchanter les nuits caniculaires. Ou comment revoir les pratiques physiques et sportives de nuit. Comment rouvrir les parcs urbains la nuit et créer des ambiances adaptées à la protection de la biodiversité d’une part et aux usages d’autre part.

Experience the dark infrastructure: creating enchanting atmospheres in parks on hot summer nights. Or how to rethink physical and sporting activities at night. A solution to extending urban parks opening hours to nighttime and create environments that protect biodiversity and encourage various activities.

© Concepto / Tamara Redjem

MUTATIONS URBAINES ET MOBILITÉS NOCTURNES

Le concepteur lumière de la temporalité, designer de l’expérience en mouvement / Thelightingdesigneroftimeandlifeonthemove

URBAN CHANGE AND MOBILITY

* Les Maires de la Nuit sont des représentants nommés ou élus d’une catégorie professionnelle du monde de la nuit et sont reconnus dans leurs liens à la puissance publique. (Source : www.vienocturne.org)

The ‘Mayors of the Night’ are appointed or elected representatives of a professional category in the nightlife sector and are recognised in their links with public authorities. (Source: www.vienocturne.org)

30 ANS D’ÉVOLUTION

La ville a cette capacité à se réinventer, peut faire preuve d’une certaine élasticité face aux enjeux environnementaux et technologiques, aux innovations sociales. L’éclairage urbain a toujours été intimement lié à la forme urbaine, comme au dessin des rues et des places. Il a accompagné les changements sociétaux mais pendant des décennies il était surtout fonctionnel, consacré principalement à la sécurité des déplacements, en lien avec l’accroissement constant des flux de véhicules automobiles qui continuent de prédominer la prise de décision en matière d’éclairage.

En témoignent les normes européennes d’éclairement, publiées pour la première fois en 2005, qui n’ont pratiquement pas évolué. Elles ignorent les mutations urbaines et l’inversion en cours des priorités de flux, qui tend à redonner aux piétons et aux modes doux une importance grandissante. Sans parler de la prise en compte dans ces normes des trames noires, devenues pour certaines fondatrices de nouvelles stratégies de rénovation de l’éclairage public. Les niveaux d’éclairement des voies destinées aux véhicules restent toujours les plus élevés, quels que soient leur fréquentation et leur rôle dans la ville. Le Code de voirie routière ne tient pas compte non plus de la nuit et de son impact sur la vie urbaine. Il est à réviser.

Pourtant, la morphologie des villes évolue, de nouvelles politiques urbaines plus volontaristes se mettent en place pour redonner toute leur importance aux piétons et aux modes doux dans les centres-villes. Les voitures n’y sont plus les bienvenues et leur vitesse est de plus en plus limitée. Demain, les véhicules électriques intelligents n’auront plus besoin d’éclairage nocturne pour les guider. Or l’on constate que l’éclairage public, majoritairement composé de candélabres de voirie fonctionnels – cependant devenu un marqueur urbain, voire un marqueur patrimonial et iconique –, alignés régulièrement en bord de chaussée, n’a quasiment pas changé et qu’il n’anticipe pratiquement pas cette mutation majeure des espaces publics du futur.

Dans un même état de fixité, on constate que les citadins sont peu interrogés sur les mutations à venir des villes et de l’architecture, alors qu’en tant qu’usagers de l’espace public et des bâtiments, ils auraient certainement de nombreuses propositions à faire. Cela dit, des expérimentations de « Maires de la Nuit »* ont eu lieu pour appréhender le

A 30 YEAR EVOLUTION

Cities can reinvent themselves, demonstrating resilience in the face of environmental, technological and social challenges. Urban lighting has always been closely linked to urban design, such as the layout of streets and public squares. While it has evolved alongside societal changes, it has remained primarily functional and devoted mainly to traffic safety for decades, in line with the constant increase in motor vehicles, which still dominate decision-making in terms of lighting.

The European lighting standards, first published in 2005, have remained virtually unchanged until now. None of the urban changes or the ongoing reversal of traffic priorities, which give increasing importance to pedestrians and soft mobility, have been considered. Furthermore, these standards ignore dark infrastructures, some of which have become the basis for new public lighting renovation strategies. Lighting levels for car lanes remain the highest, regardless of traffic volume or their role in the city. The legislation on public roads also fails to consider night-time and its impact on urban life. It needs revising.

However, cities are changing shape. New, proactive urban policies are being introduced to restore the importance of pedestrians and non-motorised transport in city centres. Cars are no longer welcome there and their speed is increasingly being restricted. In the future, smart electric vehicles will no longer require night-time lighting to find their way. Yet public lighting—the functional street lamps that have become urban landmarks and icons— has remained virtually unchanged and does not anticipate the major changes to public spaces that are coming.

City dwellers are rarely consulted about forthcoming changes to urban design and architecture, even though, as users of public spaces and buildings, they would certainly have many suggestions to offer. The initiative led by “Mayors of the Night”* is an exception, as they carry out experiments to understand the night-time phenomenon and its impact on the daily lives of city dwellers. Traces of people’s desires can sometimes be seen on the ground, such as the “lines of desire”** that highlight the mismatch between urban planning and actual usage. Practices and expectations evolve more quickly than political vision.

THE CITY OF THE FUTURE

What will urban life look like in 2055? With

** Une ligne de désir, appelée aussi chemin de désir par les géographes, urbanistes et architectes, est un sentier tracé graduellement par érosion à la suite du passage répété de piétons, cyclistes ou animaux. La présence de lignes de désir (à travers les parcs ou terrains vagues) signale un aménagement urbain inapproprié des passages existants. Le sentier créé représente souvent le cheminement le plus court ou le plus commode entre deux points. La largeur et l’ampleur de l’érosion sont des indicateurs de la nature du trafic que le sentier reçoit. Les lignes de désir sont des raccourcis là où les chemins officiels prennent un tracé indirect, sont discontinus ou inexistants. (Source : Wikipédia)

“Desire lines”, also known as the ‘path of least resistance’ by geographers, urban planners and architects, are unofficial shortcuts that are gradually formed through erosion caused by repeated use by pedestrians, cyclists or animals. The presence of desire lines through parks or vacant lots indicates that the existing passageways have been planned inappropriately. These paths often represent a more convenient route between two points, providing an alternative to indirect, discontinuous or non-existent routes. The width and extent of the erosion indicate the nature of the traffic.

*** Sur la question des besoins en éclairage en intérieur, voir entretien avec Christophe Martinsons p. 64.

On the issue of indoor lighting requirements, see interview with Christophe Martinsons p. 64.

phénomène nocturne et son impact sur le quotidien des citadins. Les traces des volontés se lisent parfois dans le sol, à l’image « lignes de désir** » qui marquent l’inadéquation de l’aménagement urbain avec les usages. Les pratiques et les attentes ont tendance à évoluer plus rapidement que la vision politique.

LA VILLE DU FUTUR

En 2055, quels seront les nouveaux usages urbains ? Avec le réchauffement climatique en cours, la nuit et sa relative fraîcheur vont prendre progressivement une importance croissante en ville, car elles vont permettre le développement et la diversification des activités nocturnes humaines, tout comme leur extension dans le temps. Et c’est déjà le cas dans un grand nombre de mégalopoles dans le monde. En effet, la quantité et la densité de citadins souhaitant s’approprier l’espace nocturne va croître de manière très importante et les besoins en éclairage public seront donc à la fois très variés et très conséquents.

Les fortes chaleurs diurnes réduisent les possibilités de travail en extérieur et la productivité comme l’économie s’en ressentent. Les transports de surface deviennent vite insupportables sous un soleil ardent. Il est donc tout à fait imaginable qu’en 2055, la ville nocturne se substitue à terme à la ville diurne, pour une très grande majorité d’usages. Ce qui implique une mutation profonde et radicale des éclairages extérieurs et intérieurs, pour prendre en compte cette nouvelle donne***.

Mais les éclairages des villes ont été conçus pour étendre temporairement la sécurité des déplacements des différents usagers, une fois la nuit tombée et non pas pour permettre une très grande diversité d’activités ou de loisirs nocturnes. De même en intérieur, les éclairages, qu’ils soient domestiques ou commerciaux, ont été pensés pour des usages accessoires ou provisoires, en prolongement de la lumière solaire. C’est donc une toute nouvelle manière de concevoir les différents éclairages nocturnes qu’il faut envisager en prenant pour base la nuit et sa particularité, mais aussi en tenant compte de la spécificité de notre système de vision nocturne, en termes de perception des intensités lumineuses, des contrastes, des couleurs et de l’espace.

De surcroît, pour le concepteur lumière de 2055, l’éclairage des chaussées ne doit donc plus être prioritaire. Au lieu de cela,

global warming underway, the night and its relative coolness will gradually become more important in cities. This will make various human night-time activities possible and extend the time they can be carried out. This is already evident in many megacities around the world. The number of city dwellers wishing to make use of night-time spaces will grow significantly, as will the variety and quantity of public lighting required.

High daytime temperatures make outdoor working more difficult, affecting productivity and, more broadly, the economy. Ground transportation quickly becomes unbearable under the scorching sun. By 2055, night-time life will most likely have replaced daytime life. This will require a deep and radical change in outdoor and indoor lighting to respond to this new situation***.

However, city lighting was designed to temporarily improve safety for various users after dark, rather than enabling a wide range of nighttime activities or leisure pursuits. Similarly, indoor lighting, whether domestic or commercial, was designed for incidental or temporary use as an extension of sunlight. This implies a completely new approach to lighting design, based not only on the characteristics of the night-time environment, but also on the specific nature of our night-time vision system in terms of how we perceive light intensity, contrast, colours and space.

Furthermore, road lighting should no longer be a priority for the lighting designer of 2055. Instead, spaces defined by atmospheric lighting and dedicated to pedestrians will be designed to enable city dwellers to enjoy the outdoors later into the night. These spaces will be designed around user movement and will not be fixed to a single use; they will be reversible, transforming according to the seasons, time of day, needs or audience. These night-time atmospheres should also make passers-by want to relax and unwind, using coloured lights and light sequences that evoke positive emotions.

AGGREGATING ALL DATA

In this new approach to urban planning, will lighting designers continue to work on fixed locations, or will they prioritise routes, flows and trajectories? Will the profession evolve from spatial design to experience and movement design? What role will light signage and lighting atmospheres and sequences play in helping people to navigate public spaces? Will light signage alone be sufficient to meet the needs of a hyperconnected urban population?

des ambiances lumineuses dédiées aux piétons seront imaginées et mises en œuvre pour permettre aux citadins de rester dehors plus tardivement et de s’y installer. Imaginer ces espaces à partir du mouvement des usagers et d’espaces qui ne sont plus figés dans un usage unique : ils deviennent réversibles, capables de se transformer selon les saisons, les horaires, les besoins ou les publics. Ces ambiances nocturnes doivent aussi permettre de ressourcer les passants, de les aider à se déstresser, à l’aide de lumières colorées et de séquences lumineuses qui résonnent avec leurs émotions.

AGRÉGER TOUTES LES DONNÉES

Dans cet urbanisme transitoire, le concepteur lumière interviendra-t-il encore sur des lieux fixes ou devra-t-il penser en priorité des parcours, des flux, des trajectoires ? Aussi, le métier va-t-il évoluer du design d’espace vers le design de l’expérience, du mouvement ? Quelle sera la place de la signalétique lumineuse, des ambiances et des séquences lumineuses au service de la compréhension de l’espace public ? Ce travail sur la signalétique lumineuse suffira-t-il à répondre aux besoins d’une population urbaine hyperconnectée ?

La solution ne réside-t-elle pas dans l’agrégation de toutes les données stockées dans les appareils connectés des usagers de la ville, dans un serveur dédié à la gestion de l’éclairage ? Depuis ce serveur serait indiqué, par exemple, l’arrivée de l’usager vers un abribus et l’allumage d’un élément lumineux le signalant serait lancé. Sans même le demander, par pur calcul d’un algorithme super puissant. L’outil personnel, le téléphone ou autre, sera connecté à un outil commun, l’élément signalétique, pour un usage particulier. Serait-ce la forme de ce design de l’expérience en mouvement ? Une narration du mouvement urbain ?

La lumière devient une matière vivante, à l’image des villes. Elle ne délimite plus simplement des fonctions, mais révèle des opportunités, des rythmes, des micro-événements. La conception lumière s’oriente alors vers un art de la transition, capable de composer avec l’incertain, l’éphémère et le mouvant.

LES NOUVEAUX RYTHMES DE LA VILLE

Au-delà des contingences climatiques, entre désir de vie à la campagne et nécessité professionnelle, dans 30 ans, 66 % de l’humanité vivront, selon l’ONU, en zone urbaine. D’ici là,

Could the answer lie in aggregating all the data stored in city users’ connected devices on a server dedicated to lighting management? This would mean that, for example, when a user reaches a bus shelter, information would be transmitted from the server to switch on a light to signal their arrival, purely through the calculation of a super-powerful algorithm, without any input required from the user. Personal devices, such as phones, would connect to a shared signalling device for a specific purpose. Could this be the design of an experience in motion? A narrative of urban movement?

Light becomes a living material that reveals opportunities, rhythms and micro-events, just like cities. Lighting design is thus moving towards the art of transition, dealing with the uncertain, ephemeral and mutable.

CITIES’ NEW RHYTHMS

According to the UN, beyond climatic contingencies and caught between the desire to live in the countryside and professional necessity, 66% of humanity will live in urban areas in 30 years’ time. By then, heat waves will be more common in our latitudes and make cities uninhabitable, primarily due to the built environment. Unless mediumsized towns become more attractive places to live, people will still be drawn to city centres.

Could making the most of existing spaces be a solution to prevent urban sprawl? Will cities become more flexible, with buildings that serve different purposes throughout the day and night? Will schools operate in three shifts, serving as activity rooms for children during the day, sports venues for enthusiasts in the evening, and nightclubs for partygoers at night? In the near future, will the design of new neighbourhoods primarily consider night-time conditions and only secondarily consider daytime conditions?

2055 marks the advent of temporality. Drawing on technology, lighting designers are now responsible for night-time urban planning, adapting atmospheres to different uses and redesigning the landscape. Lighting is now designed to adapt from morning to evening thanks to technical solutions developed in collaboration with manufacturers.

By 2055, discussions about using light for security purposes had ceased; lighting designers now had greater freedom to develop frugal lighting solutions. Everyone can carry their own torch, which generates light thanks to energy-saving

sous nos latitudes, les épisodes caniculaires se seront multipliés et la chaleur aura rendu la ville invivable au regard du cadre bâti dans lequel nous évoluons. Mais à moins d’un développement des villes moyennes, les centres-villes des métropoles garderont leur attractivité.

Rentabiliser les espaces déjà aménagés sera-t-il une solution pour éviter l’étalement urbain ? Les villes deviendront-elles mutables, avec des bâtiments mutualisés dont les usages varient au cours de la journée et de la nuit ? Les écoles fonctionneront-elles en trois-huit, avec une salle d’activités qui accueille des enfants en journée, des sportifs en soirée et des adeptes de la fête la nuit ? Dans un futur relativement proche, la conception des nouveaux quartiers se fera-t-elle prioritairement en fonction des conditions nocturnes et seulement accessoirement en réponse à la période diurne ?

2055 marque l’avènement de la temporalité. En s’appuyant sur la technologie, le concepteur lumière, dorénavant chargé de l’urbanisme nocturne, assure l’adaptation des ambiances aux usages, redessine le paysage. Les éclairages qui aujourd’hui ne sont pas conçus pour changer d’usage du matin au soir, le deviennent, grâce à des moyens techniques développés en collaboration avec les fabricants.

En 2055, les discours sur la lumière comme outil de sécurisation ont enfin été éliminés ; le concepteur lumière a maintenant une plus grande liberté pour développer un éclairage qui accepte une frugalité nécessaire. Chaque individu pourrait utiliser sa propre lampe torche avec laquelle il se déplace grâce à des technologies qui économisent l’électricité (puisque l’énergie s’est raréfiée), qui ont la capacité de générer un flux. Au lieu d’un éclairage public semblable à celui que nous avons connu jusque-là, la lumière devient personnalisée, bio, fonctionnant avec une pile inusable, qui se recharge à l’infini. Cette lumière portée comme un soleil dans la poche dessine des ronds autour de nous, se connecte à une personne que l’on a reconnue.

Ces nouveaux dispositifs sonnent-ils le glas de l’éclairage public assuré par les collectivités, pour laisser la place à des lumières individuelles appartenant au domaine privé ? Ou ces lumières portatives n’appartiennent-elles pas au contraire au domaine public, gratuites et gérées par les collectivités, préservant ainsi l’équité dans les déplacements nocturnes.

technologies (as energy has become scarce). Rather than public lighting as we have known it until now, light becomes personalised and organic, powered by an indestructible battery that can be recharged indefinitely. This light, carried like a pocket sun, can be used to draw circles and connect with people around us.

Do these new devices spell the end of public lighting provided by local authorities, to be replaced by individual lights belonging to the private sector? Or do these portable lights belong to the public domain, free of charge and managed by local authorities, thus ensuring fairness for all at night?

NEW FORMS OF NIGHT-TIME MOBILITY

In a study entitled “How do French people want and imagine their mobility in the future?”, La Fabrique de la Cité, in partnership with L’Observatoire Société et Consommation, presents three scenarios to respondents and projects us into 2050. “Mutualisation”, favoured by 50% of respondents, involves “implementing solutions to promote and reinvent shared modes of transport, where use takes precedence over ownership”; “Sobriety”, favoured by 38% of respondents, involves “encouraging soft mobility and proximity; people travel less and less quickly, closer to home”; and “Techno”, favoured by 12% of respondents, reflects 'a strong belief in innovation and technological progress to develop faster, more efficient and cleaner forms of mobility’.

Soft, carbon-free mobility takes over in urban areas in terms of both individual transport (bicycles, scooters and single-person electric vehicles) and sustainable public transport (smart electric vehicles and trams). This opens up a whole new field of investigation into how to illuminate these modes of transportation at night, providing an excellent opportunity to develop the lighting design profession further, beyond lighting spaces dedicated to pedestrians, which prioritises leaving the road in darkness.

TORCHES AND DRONES: A FEW POSSIBLE LIGHTING SCENARIOS...

2055. This personal lighting device creates an aura of light around its user and can connect to other devices, and used in spaces designed as agoras, encouraging encounters and exchanges. An integrated algorithm will automatically adjust the light’s intensity and range according to the area. The lighting can be expanded to envelop a group or narrowed to create more

Les véhicules autonomes équipés d’une intelligence artificielle peuvent être mis en réseau afin de suivre leur position, ainsi que celle des cyclistes et des piétons. Leurs surfaces extérieures vont de plus en plus transmettre des informations pour signaler les changements de direction. Les véhicules deviendront-ils des objets lumineux ? L’utilisation croissante de sources de lumière personnelles, telles que les casques, les vêtements, les torches et les signaux, va-t-elle l’un éclairage public énergivore caduque ? L’éclairage public pourrait-il être partiellement ou entièrement remplacé par un « éclairage personnel » ?

Self-driving vehicles equipped with artificial intelligence can be networked to monitor the exact location of each other, cyclists and pedestrians. Their outer surfaces will increasingly need to convey information to signal intent. Will vehicles become illuminated objects? Given increased use of personal sources of light such as helmets, clothing, torches and signals, will we still need energy intensive street lighting? Could the municipal light be either partially or entirely replaced by “personal light”?

(haut/up)

Par un jeu d’inversion, cette installation interroge les liens entre espace et usage. L’extérieur se transforme en un espace iconographique où la maison traditionnelle devient un objet de consommation. Un mobilier filaire en néon construit le langage de l’architecture d’intérieur qui va uniformiser et banaliser celui-ci. La maison protège un arbre lumineux, symbole du jardin que chacun doit préserver, dont l’ombre accompagne le spectateur du matin au soir dans une ambiance familière mais détournée.

Through a play on inversion, this installation questions the relationship between space and its intended use. The exterior is transformed into an iconographic space, in which the traditional house is reduced to the status of a consumer object. Neon wire furniture constructs the language of interior design, which will standardise and trivialise it. Inside, the house shelters a luminous tree, a symbol of the garden that everyone must preserve. Its shadow accompanies the viewer from morning to night, creating a familiar yet distorted atmosphere.

© Catherine da Silva (scénographie lumière) et Guillaume Richard (Datoo architecture)

Les trois vies d’un gymnase Été 2055. 52°C extérieur. 28°C intérieur. Le changement climatique modifie les usages quotidiens durant la période estivale pour une population dont les logements sont mal isolés, sous toiture ou en exposition plein sud sans protection. De nouveaux lieux d’accueil sont proposés. Une agence de conception lumière, associée à une agence d’architecture, a étudié ces nouveaux usages et propose une modularité de la lumière afin de rendre accueillant ce vaste volume adossé à une serre qui apporte fraîcheur et plaisir visuel. Une vie partagée qui redonne le goût de la sociabilité, où l'on peut pratiquer du sport, déjeuner, dîner, jouer aux cartes et dormir. Un nouveau mode de vie ponctuel, où son voisin n’est plus un inconnu.

The Three Lives of a Gym Summer 2055. Outdoor temperature: 52°C. 28°C indoors. Climate change is altering daily habits during the summer months for a population whose homes are poorly insulated, under roofs, or exposed to the south without protection. New refuge areas are being proposed. A lighting design agency, in partnership with an architecture firm, imagined a modular lighting system to make this vast space, which is attached to a greenhouse that provides coolness and visual pleasure, more welcoming. A collective lifestyle that restores the taste for sociability, where people can play sports, have lunch, dinner, play cards, and sleep. A lifestyle based on a new time organization, where your neighbor is no longer a stranger.

Gymnase à midi / Gym at noon

1. jeux de ballon – gymnase / ball games – gym

2. panneaux solaires transparents – stockage énergie / transparent solar panels – energy storage

3. lumière naturelle filtrée 70 % / 70% filtered natural light

4. serre autosuffisante – apport de fraîcheur / self-sufficient greenhouse –freshness input

5. stockage lits – désinfection UV / bed storage – UV disinfection

Jour / Daytime

1. photosynthèse / photosynthesis

2. lumière naturelle filtrée à 70 % / 70% filtered natural light

3. stockage lits / beds storage

4. accueil restauration / restaurant reception

5. production nourriture / food production

Nuit / Nighttime

1. énergie – panneaux solaires / energy –solar panels

2. nuages d’anneaux lumineux / clouds of luminous rings

3. serre autosuffisante – apport de fraîcheur / self-sufficient greenhouse –freshness input

4. literie d’accueil nocturne / overnight bedding

5. énergie provenant de la photosynthèse / energy from photosynthesis

© Océane Villard / Agence 8’18”

LES NOUVELLES MOBILITÉS NOCTURNES

Dans une étude intitulée « Comment les Français souhaitent-ils et imaginent-ils leur(s) mobilité(s) dans le futur ? », La Fabrique de la cité, en partenariat avec L’Observatoire Société et Consommation, nous projette en 2050, autour de trois scénarios soumis aux interrogés : celui de la Mutualisation plébiscité à 50 %, avec « une mobilité qui met en place des solutions pour favoriser et réinventer les modes de transports partagés, où l’usage prend le pas sur la possession » ; celui de la Sobriété à 38 %, suivant lequel « mobilité douce et proximité sont encouragées ; on se déplace moins et moins vite, plus proche de chez soi » ; et enfin celui de la Techno à 12 %, qui reflète « une croyance forte en l’innovation et le progrès technologique pour développer des mobilités plus rapides, efficaces et propres ».

C’est donc l’avènement des mobilités douces et décarbonées en milieu urbain qui s’annonce, aussi bien en termes de transport individuel (vélo, trottinette, véhicule électrique unipersonnel, etc.), que de transports collectifs vertueux (véhicules électriques intelligents, tramways, etc.). C’est tout un nouveau champ d’investigation à explorer pour inventer d’autres manières d’éclairer ces mobilités douces, une fois la nuit tombée, et une excellente opportunité pour développer différemment le métier de concepteur lumière, pour aller encore plus loin qu’un éclairage des espaces dédiés aux piétons, privilégié et étudié de façon à volontairement laisser la chaussée dans la pénombre.

TORCHES ET DRONES : QUELQUES SCÉNARIOS LUMINEUX POSSIBLES…

2055. Nous disposerons d’un dispositif lumineux capable de créer une aura de lumière autour de chaque utilisateur, avec la possibilité de se connecter les uns aux autres. L’usage de ce dispositif s’inscrira dans des espaces conçus comme des agoras, favorisant la rencontre et les échanges. L’algorithme intégré à chaque module lumineux personnel ajustera automatiquement l’intensité et l’étendue de la lumière selon la zone : l’éclairage pourra s’élargir pour envelopper un groupe ou, au contraire, se resserrer afin de créer des espaces plus intimes. Ainsi, chacun pourra influer sur la balise lumineuse qui l’entoure.

L’idée d’un parc de drone se positionnant comme un luminaire public permettrait de libérer l’espace au sol, tout en offrant une

intimate spaces. This means that everyone will be able to influence the light around them.

The concept of a drone park serving as public lighting would free up floor space while offering almost infinite modularity. One day, it could illuminate one street; the next, another, with variations in colour or intensity as required. This would ensure that all spaces benefit from lighting without favouring certain areas simply because they are more frequently visited. There would be no need for fixed networks or oversized installations for occasional use. For example, rather than installing expensive permanent lampposts, a fleet of drones could be deployed to light a football match held every two months.

It is also possible that future single-person, self-driving transportation systems, whether flying or rolling, could be equipped with programmable lighting to provide users with specific lighting atmospheres when the vehicles are stationary or parked in unlit areas. This would reduce the need for permanent, fixed lighting installations.

This raises the question of financing: how will local authorities implement these systems? How can lighting designers create a mobile lighting plan using drones? How can they be controlled, adapted, and integrated into coherent scenography? How will these drones and flying vehicles be powered? What kind of batteries will they use? Hopefully, sustainable and effective solutions will have been found to meet these technological challenges by 2055.

modularité presque infinie : un jour, il pourrait éclairer une rue, le lendemain une autre, avec des variations de couleur ou d’intensité selon les besoins. Ainsi, tous les espaces bénéficieraient d’un traitement lumineux, sans privilégier certaines zones au détriment d’autres, simplement parce qu’elles sont plus fréquentées. Plus besoin de réseaux fixes et d’installations surdimensionnées pour des usages ponctuels. Par exemple, pour l’éclairage d’un match de football organisé tous les deux mois, il serait possible de déployer un parc de drones plutôt que d’installer d’onéreux candélabres permanents.

On pourrait également imaginer que les futurs systèmes de transport unipersonnels et autonomes, volants ou roulants, puissent être dotés d’éclairages programmables, capables

d’offrir des ambiances lumineuses ponctuelles aux usagers, lorsque les engins seront à l’arrêt ou parqués dans des lieux non éclairés, réduisant ainsi les besoins en installations lumineuses, pérennes et fixes.

Se pose en filigrane la question du financement : Comment les collectivités mettentelles en place ces dispositifs ? Comment le concepteur lumière pourra-t-il définir un plan lumière mobile reposant sur l’utilisation de drones ? Comment les piloter, les adapter, les intégrer dans une scénographie cohérente ? Comment alimenter ces drones, ces véhicules volants ? Avec quelles batteries ? Espérons qu’à l’horizon 2055, des solutions durables et performantes auront été trouvées pour répondre à ces enjeux technologiques.

Quand la lumière devient interactive, ludique et accompagne la mobilité des passants. Une marche ou une danse devant les lumières de la ville leur permet de découvrir une composition graphique projetée en live sur les espaces environnants.

When light becomes interactive and playful, accompanying the movement of passers-by. Walking or dancing in front of the city lights reveals a live graphic composition projected onto the surrounding spaces.

© Quartiers Lumières

RÉNOVATION, ÉCOCONCEPTION ET RURALITÉ

Le concepteur lumière de la revitalisation frugale / Thelighting designeroffrugalrevitalization

RENOVATION, ECODESIGN AND RURAL LIFE

* « “Penser réversible”, c’est anticiper l’évolution d’un édifice avant même sa construction, pour alléger au maximum les adaptations et leur coût, lors de sa transformation. » (Source : Construire réversible, manifeste édité par Canal Architecture, 2017)

“‘Reversible thinking’ means anticipating the evolution of a building even before its construction, to minimize adaptations and the cost of its transformation.” (Source: Reversible Construction, manifesto published by Canal Architecture, 2017)

RÉPARER, ANTICIPER

En 2055, la crise des matériaux et des terres rares oblige plus que jamais à recycler, réemployer, à rénover. La valorisation des ressources auparavant systématiquement jetées (mâts inutiles, luminaires vétustes, sources obsolètes, etc.) lors des projets de rénovation des éclairages se développe, soutenue par une filière de réemploi structurée. Des cellules de retraitement des luminaires voient le jour dans toutes les régions. Les villes se séparent d’un nombre incalculable de luminaires qui constituent un précieux gisement. Le retraitement des sources et les terres rares qu’elles contiennent est arrivé à maturité. Plus rien ne se perd, tout se transforme.

Cet élan fait du concepteur lumière un des acteurs de la rénovation et de l’écoconception, qui va puiser dans le gisement incroyable de matériaux disponibles et saura prescrire des mises en lumière à l’impact écologique minimal. Il s’adapte et met en œuvre cette frugalité. Au même titre que la réversibilité en architecture, théorisée par Patrick Rubin de Canal Architecture*, les mutations des usages urbains et ruraux sont anticipées, sans par définition les connaître, pour faciliter les futurs changements d’utilisations. Mieux encore, compte tenu de l’évolution du profil des rues, de la végétalisation nécessaire et donc des nouveaux besoins à venir en éclairage, on se passe d’installer systématiquement des réseaux électriques enterrés très coûteux, parfois réalisés juste « au cas où ». En 2055, le concepteur lumière fera d’abord avec le « déjà là », posant le diagnostic préalable des équipements existants. Il identifie les éléments réutilisables, réemployables ou « détournables » vers d’autres fonctionnalités. Il est un acteur et un moteur indispensable dans la chaîne du recyclage sur le territoire national et européen.

ÉNERGIE, SOURCES ET NOUVELLES MATÉRIALITÉS

En 2055, l’objet luminaire continue cependant de constituer un élément central de la conception lumière et se pose la question de son alimentation et des sources utilisées. Un réseau de géothermie lumière dans lequel chaque candélabre irait puiser ? Des batteries surpuissantes alimentées par des panneaux solaires ? Même si la technologie n’est pas de son ressort, le concepteur lumière sera-t-il sollicité pour imaginer la fabrication de sources lumineuses sans les terres rares normalement nécessaires ? Deviendra-t-il producteur de ses propres sources ? Sera-t-il parvenu, aux côtés

REPAIR, ANTICIPATE

By 2055, the materials and rare earth element crisis makes recycling, reuse, and renovation more crucial than ever. The recovery of resources previously systematically discarded during lighting renovation projects (unnecessary poles, outdated light fixtures, obsolete light sources, etc.) is expanding, supported by a structured reuse sector. Light fixture recycling facilities are emerging in every region. Cities are disposing of countless light fixtures, representing a valuable resource. The reprocessing of light sources and the rare earth element they contain has reached maturity. Nothing is lost; everything is transformed.

This impetus makes the lighting designers play a key part in renovation and eco-design. They draw on incredible recycled or upcycled resources and specify low environmental impact lighting solutions. They adapt and implement this frugality. Just as reversibility in architecture, theorized by Patrick Rubin of Canal Architecture*, changes in urban and rural uses are anticipated to facilitate future shifts in use. Even better, given the evolving street profile, the necessary greening that leads to new lighting needs, installing very expensive underground electrical networks systematically is now avoided. Often these heavy infrastructure works are done simply ‘just in case.’ In 2055, the lighting designer will start his projects by assessing what is ‘already there,’ the existing equipments. They will identify reusable, repurposeable, or ‘repurposed’ elements for other functions. They are an essential player and driving force in the recycling chain at the national and European levels.

ENERGY, SOURCES, AND NEW MATERIALS

In 2055, lighting fixtures will remain a central element of lighting design, yet raising questions about their power supply and the sources used. Could this be a geothermal lighting network from which each lamppost draws energy? Highpowered batteries fueled by solar panels? Although technology isn’t their primary focus, lighting designers will contribute, alongside manufacturers, to the creation of light sources running without the rare earth element normally required? Will they produce their own light sources? Will they have managed, alongside researchers, to store solar energy, to develop a natural plant-based alternative to LEDs?

Other technological revolutions, still unforeseen today, will certainly occur. Artificial intelligence will still be taking giant steps.

Actuellement, la production d’énergie cinétique, solaire et végétale ne permet de fournir que de faibles quantités d’électricité. Si nous acceptions de réduire notre consommation d’éclairage, les améliorations apportées à l’efficacité des LED et des batteries rendraient le recours à des sources d’énergie renouvelables pour compléter l’éclairage public au niveau local plus viable. L’éclairage bioluminescent à faible rendement et les sources d’énergie biologiques commencent à trouver des applications pratiques. Des arbres équipés d’une technologie de pile à combustible végétale-microbienne pourraient-ils alimenter l’éclairage public ?

Today, kinetic, solar and plant-based energy production can provide only small amounts of power. If we could accept the need for less light, improvements in LED and battery efficiencies would make it more viable to supplement public lighting locally through renewable sources. Low-output bioluminescent lighting and biological power sources are beginning to find practical applications. Could trees equipped with plant-microbial fuel cell technology power amenity lighting?

© Speirs Major Light Architecture

Dans ce futur imaginaire, la lumière urbaine s’estompe. Les contours de la ville s’assombrissent, permettant à la nature de respirer à nouveau. Un spécialiste examine un arbre à la faible lueur d’outils mobiles et de drones silencieux – la lumière comme outil de recherche, et non comme intrusion. Telle est notre vision d’un monde qui apprend à prospérer avec moins de lumière.

In this imagined future, urban light recedes. The city’s edges darken, allowing nature to breathe again. A specialist examines a tree by the faint glow of mobile tools and silent drones—light as research, not intrusion. This is our vision of a world learning to thrive with less light.

© Speirs Major Light Architecture / Benz Roos

** Réalités multiformes et hétérogènes selon leur géographie et leur histoire, les espaces ruraux se définissent d’abord par leur faible densité de population. Depuis 2020, la notion de « territoires ruraux » fait l’objet d’une nouvelle définition et désignent désormais l’ensemble des communes peu denses ou très peu denses d’après la grille communale de densité. Cette nouvelle vision rompt avec l’approche auparavant centrée sur les villes. En 2017, 30 775 communes françaises sont rurales. Elles représentent 88 % des communes et 32,8 % de la population française. (Source : INSEE)

Multifaceted and heterogeneous realities depending on their geography and history, rural areas are primarily defined by their low population density. Since 2020, the concept of “rural territories” has been redefined and now refers to all sparsely, or very sparsely, populated municipalities according to the municipal density grid. This new vision breaks with the previous approach centered on cities. In 2017, 30,775 French municipalities were rural. They represent 88% of municipalities and 32.8% of the French population. (Source: French National Institute of Statistics and Economical Studies)

de chercheurs, à stocker l’éclairage solaire, à développer une alternative naturelle à la source LED, de l’ordre du végétal ?

D’autres révolutions technologiques, aujourd’hui encore insoupçonnées, auront certainement lieu. Outre les avancées incommensurables pour l’heure de l’intelligence artificielle, la découverte future en optoélectronique et en bionique des BioLED, nouvelles sources encore plus performantes nées d’une hybridation de la technologie LED avec des bactéries bioluminescentes génétiquement modifiées, et dont les performances énergétiques pourraient atteindre 400 lm/W, laissera augurer un nouveau bouleversement des nuits urbaines, avec des éclairages qui ne consomme pas d’énergie.

En 2055, le concepteur lumière parviendra-t-il avant tout à restituer une lumière emmagasinée le jour, non pas à travers l’ajout d’une source d’éclairage ou de façon systématique, à travers des matériaux ? Le travail d’éducation des architectes, des urbanistes et des politiques à la lumière aura-t-il porté ses fruits et les surfaces des sols et des bâtiments serontelles de bons facteurs de réflexion ? Autant d’occasions de repenser et revitaliser les espaces urbains dans une approche globale et inclusive.

LA NUIT RURALE, NOUVEL ESPACE DE VIE ?

Aujourd’hui, la prise en compte de la ruralité est en train de se développer**, accompagnée par des mouvements visant à soutenir et revendiquer des modes de vie spécifiques, notamment en se détachant du regard de la ville et de ses usages. Avec l’essor du télétravail, l’amélioration des mobilités (TGV, RER métropolitain, Grand Paris et les réseaux locaux tels que les TER) et une quête croissante de qualité de vie, les campagnes attirent de nouveaux habitants. Ces néo-ruraux, porteurs de modes de vie urbains, amènent avec eux des attentes nouvelles, notamment une présence nocturne accrue dans l’espace public. Mais faut-il pour autant éclairer des espaces publics peu fréquentés le soir, où les usages sont principalement motorisés et les enjeux de sécurité limités ? Pour des raisons tant économiques qu’environnementales ou patrimoniales, de nombreuses communes rurales remettent en question l’éclairage public et privilégient le maintien de l’obscurité : préserver l’ambiance nocturne naturelle, éviter les aménagements standardisés peu adaptés, maintenir les monuments dans l’ombre lorsqu’ils ne sont pas accessibles.

Optoelectronics and bionics will discover BioLEDs, that is, some new and even more efficient light sources created by combining LED technology with genetically modified bioluminescent bacteria, whose energy output could reach 400 lm/W. A revolution in energy-efficient urban lighting.

By 2055, will lighting designers reinvest the natural light stored during the day, without adding a light source or systematically using materials? Will the efforts to educate architects, urban planners, and policymakers about light have borne fruit, and will the choices of floors and buildings materials reflect this? These are all opportunities to rethink and revitalize urban spaces with a comprehensive and inclusive approach.

RURAL NIGHTLIFE: A NEW LIVING SPACE?

Today, rural life is back on the forefront of trends**, accompanied by movements supporting and advocating for specific lifestyles, particularly by distancing themselves from the urban perspective and its practices. The rise of remote work, improved mobility (high-speed rail, regional express rail, the Grand Paris Express, and local networks such as regional express trains), along with a growing quest for quality of life, attract new residents in rural areas. These new rural dwellers, bring with them urban lifestyles, new expectations, such as being outdoor in public spaces longer at night.

Is illuminating public spaces that are sparsely frequented in the evening, where activities are primarily motorized and security concerns are limited, relevant? For economic, environmental, and heritage reasons, many rural communities are questioning public lighting and setting the preservation of darkness as a priority: protecting the natural nighttime atmosphere, avoiding standardized and unsuitable lighting solutions, and keeping monuments in shadow when they are not open to the public.

By 2055, this vision is challenged by climate change, which is giving rise to new nighttime uses: rural nights, like urban nights, could become a prime time to reclaim public spaces, seeking coolness and conviviality – as is already the case in Southern Europe. Village squares, riverbanks, and footpaths could become the stages for a new kind of nightlife, encouraging us to think of lighting not just for its safety function, but as a means of promoting new habits and attractiveness.

Let’s imagine other ways of experiencing the night in these small rural communities, without

En 2055, cette vision est remise en cause par le réchauffement climatique qui fait émerger de nouveaux usages nocturnes : la nuit rurale, au même titre que la nuit urbaine deviendrait un temps privilégié pour investir les espaces publics, à la recherche de fraîcheur et de convivialité – comme c’est déjà le cas dans certains pays du sud de l’Europe. Les places de village, les bords de rivière, les sentiers pourraient devenir les scènes d’une vie nocturne inédite, incitant à repenser l’éclairage non plus pour sa fonction sécuritaire, mais comme vecteur d’usage et d’attractivité.

Alors pourquoi ne pas imaginer d’autres manières de vivre la nuit dans ces petites communes rurales, sans conserver ou perpétuer un éclairage public, régulier, uniforme et monotone. Pourquoi ne pas co-concevoir avec les habitants d’autres ambiances lumineuses, ponctuelles, temporaires, interactives, festives ou colorées, que l’on pourrait activer à la demande pour créer du lien social, des salons nocturnes qui permettent pendant quelques heures une vie nocturne agréable, bienfaitrice et conviviale ? Pourquoi ne pas mettre à disposition des ruraux des lampes portatives autonomes et des veilleuses facilement accessibles, surtout en zone de trame noire, pour encourager les rencontres et les échanges tout en préservant au maximum la biodiversité et en luttant contre la pollution lumineuse et les lumières publiques ou privées intrusives ?

En accompagnant dès en amont des projets les élus, le concepteur revitalise les territoires, notamment ruraux, les centres des villes moyennes qui ont le plus lourdement subi la désertification et des communes hors attraction des villes. Les moyens restent limités, mais il est possible d’agir progressivement pour préparer cette transition rurale que l’on imagine déjà bien amorcée en 2055. Partant d’une page blanche, le concepteur lumière pourra mettre en place, comme dans les zones urbaines, des systèmes d’éclairage qui intègrent le caractère mutable d’un lieu, d’un bâtiment, utiliser des technologies alternatives sobres et résilientes comme la lumière solaire, les dispositifs portatifs, la photoluminescence ou encore la bioluminescence… Toujours dans le respect du vivant.

Frugalité et sobriété ne rimant pas avec austérité, pour mettre en valeur son patrimoine, plutôt qu’une mise en lumière pérenne, le concepteur lumière pourra proposer d’intégrer l’éclairage à des événements ponctuels, des soirées, des festivals ou des visites nocturnes.

maintaining or perpetuating the regular, uniform, and monotonous public lighting?

Country-dwellers could be asked to co-design temporary, interactive, festive, colourful lighting atmospheres that could be activated on demand? Why not create nighttime socializing nighttime lounges? Why not provide them with easily accessible, portable, self-contained lamps, especially in dark infrastructures areas, to encourage encounters and mixing while preserving biodiversity and fighting any light pollution from intrusive public or private lighting?

By working with local elected officials from the outset of projects, the designer revitalizes territories, particularly rural areas, the centers of medium-sized towns that have suffered the most from depopulation. Resources will remain limited, hence acting gradually to prepare for this transition helps getting towards 2055. Starting from scratch, the lighting designer can implement, as in urban areas, lighting systems that incorporate the changing nature of a place or building, using lowmaintenance and resilient nature-related alternative technologies such as solar light, portable devices, photoluminescence, or bioluminescence.

Frugality and restraint do not equate to austerity. To highlight heritage, rather than permanent lighting, the lighting designer can propose integrating lighting into specific events, evenings, festivals, or nighttime tours.

SANTÉ ET BIEN-ÊTRE

Le concepteur lumière du « care » / Thelightingdesignerof‘care’

HEALTH AND WELL-BEING

* L’obscurothérapie, c'est la capacité à utiliser l'obscurité et la pénombre en extérieur, dans les espaces publics, comme dans les espaces intérieurs, pour déstresser les usagers, les régénérer face à la pollution lumineuse et leur permettre ainsi de réenchanter leur perception des nuits des villes. Obscurotherapy is the practice of using dim lighting and darkness outdoors and in public spaces to help users relax and recover from light pollution. It allows them to experience city nights in a new and enchanting way.

UNE PRISE EN COMPTE

SYSTÉMATIQUE

Au même titre que la profession a intégré dans son approche des projets urbains la question de la préservation de la biodiversité et du vivant, en 2055, elle ne peut pas faire l’économie de se pencher très sérieusement sur le sujet de l’impact de la lumière sur la santé et le bien-être. Traité souvent de façon intuitive et artistique, ce paramètre demande au concepteur d’explorer de nouveaux champs de connaissances, envisager la lumière sous un angle thérapeutique : luminothérapie, chromothérapie, mais aussi obscurothérapie*. Pour cela, il convient d’aborder la question de manière holistique, y compris ergonomique, culturelle, esthétique, physiologique, biologique, afin d’envisager l’éclairage d’un point de vue thérapeutique. Ces nouveaux champs d’exploration qui pourront bénéficier des compétences techniques des concepteurs. Mais pas uniquement !

La seule notion de Human Centric Lighting (HCL), l’éclairage centré sur l’humain, ne suffit pas pour aborder la question de l’influence de l’éclairage sur la santé humaine. Limité à la régulation de l'intensité et de la température de couleurs, sa temporalité n’est pas assez précise et l’éclairage pourrait être personnalisable, plus lié à l'émotion et adapté à l’obscurité. Et si le nouveau HCL c’était de déterminer l’état de vision d’une personne, des données chiffrées à partir desquelles, à l’image d’une prescription médicale, le concepteur lumière définirait une mise en lumière adaptée à sa vision ?

APPRENDRE DES NEUROSCIENCES

Pour cela, il est nécessaire de croiser les savoirs de la conception lumière avec ceux des neurosciences pour mieux comprendre comment réagissent et interagissent le cerveau, l’œil et le corps humain à des sollicitations visuelles, aux lumières saturées de couleurs et à des séquences lumineuses blanches ou colorées, que ce soit en extérieur ou en intérieur. Une personne de 75 ans et une petite fille de 10 ans, ne voient pas de la même manière, n’ont pas les mêmes besoins. D’un point de vue technique, dans cette fabrication d’une lumière conforme au besoin de l’humain, la question de la couleur, du spectre lumineux, de la source lumineuse et de ses performances sera-t-elle réglée en 2055 ? La puce LED unique capable de produire toutes les couleurs aura-telle inondé le marché ?

SYSTEMATIC CONSIDERATION

Just as the profession has incorporated the preservation of biodiversity and living organisms into its approach to urban projects, the impact of light on health and well-being, in 2055, can’t be ignored. This parameter is often treated in an intuitive and artistic manner, but designers must now explore new fields of knowledge and consider light from a therapeutic perspective, including light therapy, chromotherapy and obscurotherapy*. To achieve this, a holistic approach is required that considers lighting from ergonomic, cultural, aesthetic, physiological and biological points of view. Light therapy, colour therapy and even darkness therapy will become new areas of exploration from which designers’ technical skills can benefit. But that’s not all!

The concept of human-centric lighting alone is insufficient to address the influence of lighting on human health. As it is limited to regulating intensity and colour temperature, it is not precise enough. Lighting could be custom made and more emotionally connected, as well as adapted to darkness. What if the new Human Centric Lighting could determine a person’s vision status using numerical data? Like a medical prescription, this data could be used by lighting designers to create lighting adapted to a person’s vision.

LEARNING FROM NEUROSCIENCE

To achieve this, it is necessary to combine lighting design knowledge with neuroscience expertise in order to better understand how the brain, eyes and human body react to and interact with visual stimuli, colour-saturated lights and white or coloured light sequences**, whether outdoors or indoors. The vision of a 75-year-old person and that of a 10-year-old girl is different, and so are their needs. From a technical point of view, will the issues of colour, light spectrum, light source and performance be resolved by 2055? Will light meet human needs? Will the market be flooded with single LED chips capable of producing all colours?

With global warming underway, the night and its coolness will be highly sought-after in 2055. As mentioned in previous chapters, particularly the one on urban change, public spaces at night will become increasingly important in providing city dwellers (mainly pedestrians) with leisure, break, meeting and exchange spaces. Consequently, lighting environments must evolve to offer new approaches that consider the need for rest, rejuvenation and stress relief, as well as sporting activities after dark.

« Change ta couleur » est un dispositif d’éclairage public qui permet de composer sa lumière pour créer son ambiance. Il s’agit d’une forme d’extimité, c’est-à-dire le désir de rendre visibles certains aspects de soi jusque-là considérés comme relevant de l’intimité, tel que défini par le psychiatre Serge Tisseron.

“Change Your Colour” is a public lighting system that allows users to customise the lighting to create their own ambience. According to the definition of psychiatrist Serge Tisseron, it is a form of extimacy, or the desire to make certain previously private aspects of oneself visible.

© Concepto / Juliette Maricourt

Car avec le réchauffement climatique en cours, en 2055, la nuit et sa fraîcheur seront des territoires recherchés à explorer. L’espace public nocturne prendra, comme nous l’avons vu dans d’autres chapitres, notamment celui concernant les mutations urbaines, une importance grandissante pour offrir aux citadins (et principalement aux piétons) des lieux de loisirs, de pauses, de rencontres et d’échanges. En conséquence, les ambiances lumineuses offertes doivent évoluer et proposer de nouvelles approches qui prennent en compte les besoins de repos, de ressourcement, de lutte contre le stress mais aussi d’activités sportives une fois la nuit tombée.

MAÎTRISER LA LUMIÈRE NATURELLE

En 2055, le métier de concepteur lumière ne se limite pas à la répartition d’un matériel d’éclairage dans un espace et dans l’idée d’élargir le spectre de ses compétences et d’intervenir dès en amont de la conception de projets, architecturaux notamment, une fine connaissance de la lumière naturelle fait évoluer sa pratique et intégrer systématiquement ce paramètre à ces études d’éclairement. Par ailleurs, dans 30 ans, l'architecture sera déjà opacifiée pour lutter contre les apports caloriques du soleil, souhaitables en hiver mais pouvant s’avérer littéralement mortels en été, sous les toits, dans des bâtiments mal isolés. Protégés de la lumière directe, ces intérieurs devront toutefois être éclairés pour éviter de trop perturber le rythme circadien. Lumière et obscurité sont tour à tour primordiales pour se reconstruire psychologiquement.

Et si les chaleurs insupportables obligent à construire en sous-sol, une lumière naturelle généreuse pourra être diffusée dans ces lieux de vie grâce à la technique de conduction, par fibre optique. Des solutions encore inconnues à ce jour enrichiront les possibilités : capteurs solaires, prismes ou lentilles pour concentrer et redistribuer la lumière naturelle, systèmes de miroirs... Travailler sur les ouvertures, sur des filtres, sur la réflectance de cet apport gratuit, sur son stockage et plus généralement dans un contexte urbain, sur la manière dont la lumière va se refléter sur la façade d’un bâtiment et éclairer l’intérieur d’un autre, ou encore, tirer parti de la lumière du Nord. Autant de dispositifs qui s’inscrivent dans une démarche durable, bas carbone, qui demandent que l’architecte de son côté soit formé à la lumière, ses qualités, son comportement, son influence sur les matières et inversement.

MASTERING NATURAL LIGHT

By 2055, the role of the lighting designer will extend beyond simply distributing lighting equipment throughout a space. To broaden their skill set and become involved in the design process from the outset, particularly for architectural projects, lighting designers will incorporate a detailed understanding of natural light into their lighting studies. Furthermore, in 30 years’ time, architecture will be designed to be opaquer, so as to prevent heat gain from the sun, which is desirable in winter but can literally be deadly in summer in poorly insulated buildings. Although protected from direct light, these interiors will still need lighting to avoid too much disruption to the circadian rhythm. Light and darkness are both essential for psychological recovery.

If unbearable heat forces us to build underground, generous natural light can be diffused into these living spaces using fibre-optic conduction technology. Solutions that are still unknown today will enrich the possibilities, such as solar collectors, prisms or lenses to concentrate and redistribute natural light, and mirror systems. Work will focus on openings, filters and the reflectance of this free resource, as well as its storage. In an urban context, focus will be placed on how light will reflect off the façade of one building to illuminate the interior of another, or how to take advantage of North light. These devices partake in a sustainable, low-carbon approach and require architects to be trained in the qualities, performance and influence of light on materials, and vice versa.

Notre vue n’a pas évolué pour s’adapter pleinement à la nuit. Pour prolonger nos journées, nous inondons notre environnement bâti de lumière artificielle, ce qui a souvent des conséquences néfastes sur l’environnement. Mais que se passerait-il si nous pouvions voir dans l’obscurité ? Les progrès récents dans le domaine des implants, des lentilles et des yeux bioniques laissent entrevoir des améliorations, voire des remplacements de nos yeux à l’avenir. Et si les avancées technologiques ou le génie génétique nous dotaient d’une « vision nocturne » améliorée qui enrichirait notre expérience ?

Our eyesight has not evolved to be fully adapted to the night. To extend our day, we fill our built environment with artificial light – often with adverse environmental consequences. But what if we were able to see after dark ? Recent developments in implants, lenses and bionic eyes suggest improvements or even replacements for our eyes in the future. What if advances in technology or genetic engineering could equip us with enhanced ‘night-vision’ that augments our experience ?

© Speirs Major Light Architecture

Par / By François Migeon et Roger Narboni, concepteurs lumière / lighting designers

CHRISTOPHE MARTINSONS

Dialogue avec / with

Christophe Martinsons, chercheur, docteur en Physique et Énergie / researcher,doctorinPhysicsandEnergy

Christophe Martinsons, docteur en Physique et Énergie de l’Université de Reims-Champagne Ardenne, est un expert reconnu qui joue un rôle clé dans l’innovation et la recherche en éclairage, photométrie et optique. Interrogé à propos des études qu’il mène sur les impacts de la lumière sur la santé et le bien-être, il nous aide à mieux comprendre les relations complexes entre la lumière, la santé humaine et l'environnement. Son engagement pour la transition écologique et son expertise en éclairage à la direction opérationnelle « SantéConfort » du CSTB (Centre scientifique et technique du bâtiment) font de lui un acteur essentiel dans le développement de solutions durables, notamment pour le secteur du bâtiment.

Vous vous intéressez à la Qualité des espaces intérieurs (QEI), par le prisme de la chronobiologie et de son influence sur nos rythmes biologiques qui renvoie au rythme circadien. Comment voyez-vous l’évolution de ces rythmes si l’on se projette en 2055 ? Comment les éclairages intérieurs vont évoluer, notamment avec le réchauffement climatique en cours ?

CHRISTOPHE MARTINSONS Paradoxalement, même si les journées tendent à devenir plus lumineuses, avec plus d’apports solaires, nous allons vivre dans des environnements plus sombres. Nous n’aurons pas le choix car les vagues de chaleur récurrentes dureront plus longtemps. Elles démarreront plus tôt pour se terminer plus tard. Ce qui oblige à rechercher l’ombre et l’obscurité. Et l’obscurité

Christophe Martinsons, who holds a PhD in Physics and Energy from the University of Reims-Champagne-Ardenne, is a renowned expert in lighting, photometry, and optics, playing a key role in innovation and research. His studies on the effects of light on health and well-being help us to better understand the complex relationships between light, human health, and the environment. His dedication to ecological transition, coupled with his lighting expertise within the ‘Health and Comfort’ operational department at the CSTB (Scientific and Technical Centre for Building), establishes him as a pivotal figure in developing sustainable solutions, particularly within the construction industry.

You work on Indoor Environmental Quality (IEQ) through the lens of chronobiology and its influence on our biological rhythms, which relate to the circadian rhythm. How do you see these rhythms evolving if we look ahead to 2055? How will indoor lighting evolve, particularly with global warming underway?

CHRISTOPHE MARTINSONS Paradoxically, despite the days becoming brighter with more sunlight, we will be living in darker environments, as recurring heatwaves will last longer. They will start earlier and end later. This will force us to seek shade and darkness. Darkness is bearable for a few hours, but not in the long term. We will realise that our buildings and cities are unprepared, and we will have to shift our working hours by one or more hours to the morning, as construction workers

est supportable pendant quelques heures, mais pas sur le long terme. En étant confrontés à des canicules récurrentes, nous allons découvrir que nos bâtiments et nos villes ne sont pas prêts et devoir décaler vers le matin nos horaires de travail, d’une ou de plusieurs heures, comme le font déjà en période de canicule les ouvriers sur les chantiers ou les agriculteurs qui travaillent souvent de nuit pendant ces périodes.

Le simple fait de travailler de nuit et de décaler ses horaires de travail pose un problème pour les rythmes circadiens, indépendamment de ce qu’on peut recevoir comme lumière durant la journée, parce qu’on est actif la nuit. Ce grand déséquilibre d’exposition lumineuse génère un défaut d’entraînement du rythme circadien. Ce sont des faits très connus. Cela arrive à toutes les personnes qui travaillent régulièrement de nuit, en trois-huit ou en travail posté.

Et les problèmes ne sont pas tout à fait les mêmes selon que ce soit occasionnel ou permanent. Quelqu’un qui travaille de nuit tout le temps peut être totalement décalé mais s’est habitué. Il bénéficie de lumière sur son lieu de travail et l’après-midi, une fois chez lui, il arrive à dormir. Mais pour les personnes pour qui c’est occasionnel, en période de vague de chaleur, c’est un problème parce qu’elles n’ont pas le temps de s’habituer. Et si on les stimule trop au niveau de l’éclairage pendant qu’elles sont au travail, le matin par exemple, il leur sera impossible de dormir en rentrant au domicile.

Mais cette première stratégie d’adaptation qui consiste à dire que puisque ça ne va pas dans nos bâtiments, on les déserte la journée et on va faire travailler les gens de nuit, est problématique. Ça peut paraître surprenant, mais c’est une réelle tendance en cours et ça ne peut qu’augmenter. Et à l’horizon 2055, si l’été dure 4 mois et que ce sont 4 mois de canicule, nous serons tous soumis à ces phénomènes. Cela veut dire qu’il y aura des adaptations à imaginer pour ne pas vivre constamment dans l’obscurité, des adaptations nécessaires au niveau de l’éclairage naturel et de l’éclairage artificiel. Actuellement, en cas de vague de chaleur, on met des protections solaires, sinon c’est insupportable, alors que nous avons mis nos fenêtres au Sud pour profiter au maximum de l’ensoleillement…

Ce scénario reste encore assez positif alors qu’on estime que, même en période de nuit, il ne fera pas assez frais pour pouvoir travailler. Nous avons vu lors des dernières canicules qu’en période de nuit il y avait des températures de 40 degrés qui avaient été relevées.

CHRISTOPHE MARTINSONS Avec le phénomène d’îlots de chaleur urbains, nous avons chaud dans les villes même la nuit. Même s’il fait toujours un peu moins chaud que dans la journée parce qu’il n’y a plus le soleil, l’inertie thermique des bâtiments, des constructions et tous les sols artificialisés, les revêtements, les chaussées, sont des radiateurs qui rayonnent la nuit.

Alors, que faire ? Doit-on mettre la climatisation en œuvre ou pas ? Je pense qu’a priori ce n’est pas la solution, parce qu’elle fait surconsommer de l’énergie. Mais à

and farmers already do during heatwaves. Often, these workers have to shift their schedules to night-time during these periods.

Working at night and shifting work schedules disrupts circadian rhythms, regardless of how much light we receive during the day, because we are active at night. This significant imbalance in light exposure causes disruption to the circadian rhythm. These are well-known facts. This happens to everyone who works regularly at night, whether in three shifts or shift work.

But the problems are not quite the same, depending on whether the shift work is occasional or permanent. Someone who works nights all the time may be completely out of sync, but they have got used to it. They benefit from light at work and, once they get home in the afternoon, they manage to sleep. However, for people who occasionally work nights, it is problematic because they don’t have time to adapt. If they are overstimulated by lighting at work, for example in the morning, it will be impossible for them to sleep when they get home.

However, the initial adaptation strategy of deserting our buildings during the day and having people work at night is problematic. It may seem surprising, but this trend is currently underway and will only increase. By 2055, if summers last four months and those four months of heatwaves, we will all be subject to these phenomena. We will need to find ways to adapt so we don’t have to live in constant darkness, in terms of both natural and artificial lighting w. In case of a heatwave, we put up sunshades; or else, it is unbearable. This goes against the logic of south-facing windows to make the most of the sunshine…

This scenario is still fairly positive, given that it is estimated that nights won’t be cool enough to work. During recent heatwaves, nighttime temperatures of 40°C have been recorded.

CHRISTOPHE MARTINSONS Due to the urban heat island effect, cities feel hot even at night. Although it is usually cooler than during the day, as the sun is no longer shining, the inertia of buildings, structures and artificial surfaces acts as a radiator, giving off heat at night.

So, what can we do? Should we use air conditioning? I don’t think so, because it consumes too much energy. However, by 2055, it could become a matter of life and death for people living on the top floors without air conditioning. What choice will they have? They will have to use it, and it will remain a necessity.

In terms of building lighting, we can try to filter out as much of the sun’s heat as possible while still letting in light or visible radiation. However, this is always difficult because the more solar radiation we filter out, the more light we filter out too. Separating the heat, which is mainly in the infrared spectrum, from the visible spectrum is difficult. Glazing and windows are improving. New thin coatings and triple-glazed windows are highly insulating in terms of heat conduction, resulting in less heat loss in winter. However, they still allow too much solar gain in summer and greatly reduce light. Windows and solar protection systems need to be designed to offer the

l’horizon 2055, cela va devenir une question de vie ou de mort pour ceux qui habitent aux derniers étages, sans climatisation. Quel choix auront-ils ? Ce sera obligatoire pour eux de l’utiliser et cela restera un droit.

Du point de vue de l’éclairage des bâtiments, nous pouvons bien sûr essayer de filtrer au maximum la chaleur du soleil, tout en laissant entrer de la lumière, du rayonnement visible. Mais c’est toujours très difficile à faire parce que plus on filtre le rayonnement solaire, plus on filtre la lumière. On peine à séparer la partie chaleur, qui est plutôt dans l’infrarouge, de la partie visible. Les vitrages et les fenêtres progressent. Il existe de nouvelles couches minces et des fenêtres à triples vitrages, très isolantes au niveau de la conduction thermique avec moins de déperdition en hiver, mais avec toujours trop d’apports solaires en été et une lumière très atténuée. Il faut concevoir des fenêtres et des protections solaires qui soient le meilleur compromis pour les bâtiments existants. Nous n’avons pas le choix ! Et en période de canicule, le volet complètement occultant reste parfois la seule solution. Mais nous n’avons plus de lumière naturelle, nous ne voyons plus l’extérieur, nous sommes coupés du monde. C’est un vrai confinement, avec des conséquences psychologiques et physiologiques très dommageables, car nous ne sommes plus exposés à la quantité de lumière suffisante pour notre rythme circadien. Donc en période de chaleur, nous occultons le soleil, nous allumons l’éclairage artificiel et comme il y a quand même un peu d’énergie (Watt) dans l’éclairage artificiel, nous créons en plus de la chaleur qu’il va falloir évacuer. Tout ça sans être sûrs que la qualité de la lumière et que les niveaux d’éclairage artificiel dans les bâtiments soient suffisants.

L’autre problème, c’est que sans lumière du jour dans un environnement intérieur, nous devenons très sensibles à l’éblouissement et à la modulation temporelle. Le papillotement et la modulation temporelle sont liés à des contrastes temporels qui sont normalement noyés dans la lumière du jour. Tous les éclairages n’en produisent pas, mais cela arrive encore beaucoup. Il y a beaucoup de luminaires de luminance assez élevée, avec une non-uniformité dans la luminance et ces contrastes sont exacerbés par l’absence de lumière du jour. Car la lumière du jour apporte tellement d’éclairement et de luminance qu’elle a tendance à atténuer l’éblouissement dû à l’éclairage artificiel.

Tout cela ne va pas dans le bon sens. Dans l’avenir, l’éclairage artificiel dans les bâtiments devrait être plus puissant pour stimuler l’horloge biologique quand nous ne pouvons plus sortir parce qu’il fait trop chaud à l’extérieur. Mais ces éclairages devraient être aussi plus doux, c’est-à-dire à la fois plus puissant et plus diffus et de meilleure qualité. Il faudrait donc interdire les éclairages qui présentent de la modulation temporelle, et les gradateurs qui font clignoter la lumière à bas niveau, les spots directifs directement dans les yeux, tous ces éclairages que nous trouvons dans les magasins, dans les bureaux, qui ne sont pas forcément gênants aujourd’hui lorsque nous avons de la lumière du jour. Mais ils seront insupportables si nous sommes plongés dans une ambiance soit totalement nocturne, soit avec les volets fermés. Donc, il y a vraiment un travail à mener.

best possible compromise in existing buildings. We have no choice! During heat waves, blackout blinds are sometimes the only solution. However, this means that no natural light comes in, and we cannot see outside and are cut off from the world. This has very harmful psychological and physiological consequences because we are no longer exposed to enough light to keep our circadian rhythm. So, during hot weather, we block out the sun and turn on artificial lighting. Since artificial lighting still emits some energy, we create additional heat that we will have to get rid of. There is no guarantee that the quality of light and levels of artificial lighting in buildings are sufficient.

Another problem is that, deprivation of daylight makes us more sensitive to glare and temporal modulation. Flicker and temporal modulation are linked to temporal contrasts that are usually obscured by daylight. Not all lighting causes this, but it still happens frequently. Many luminaires have a fairly high and non-uniform luminance, and these contrasts are exacerbated by the absence of daylight. Daylight provides such high levels of illumination and luminance that it reduces the glare caused by artificial lighting.

This is not getting us in the right direction. In the future, artificial lighting in buildings will need to be more powerful in order to stimulate the biological clock when the heat makes staying outdoors impossible. However, this lighting will also need to be softer, i.e. more powerful yet more diffuse and better quality. Lighting that changes over time, dimmers that cause flickering at low levels, spotlights that shine directly into the eyes and all lighting found in stores and offices, which is not necessarily bothersome in the daylight, all should be banned. They will be unbearable in the nighttime and in a dark indoors environment. A lot of work needs to be done.

Indeed, with diffused light – as in museums – no one notices when we move from a room with natural light to one with none at all. We are very good at simulating natural light. However, the issue is that we are not using 3–5 watts per square metre, as recommended by professional organisations aiming to reduce energy consumption. In fact, we are at 25 or 30 watts per square metre with LED sources. Therefore, we encounter a problem with the energy consumption required to simulate natural light, despite having mastered this technique.

CHRISTOPHE MARTINSONS I don’t think all the necessary studies have been carried out yet. Depending on the design of the building, the climate, and its orientation, as soon as the sunlight comes in, that means more energy that air conditioning compensates. In any case, we are certain that, with the current lighting standards for indoor workplaces, we will not be able to meet our physiological needs if we rely solely on artificial lighting. This would require us to seek natural light from outside or a way to bring it in.

The standard requires 500 lux at work surface level in an office, which corresponds to approximately 150 lux at eye level in a bright environment, and we are far from this level. Given what we currently know about the need for melanopic light* to regulate the circadian rhythm, we would require 250 lux. This would mean offices would need to be overlit to 750 lux at work surface level to provide enough light at eye level and properly regulate our biological clocks. However,

* C’est la composante de la lumière qui contribue à entraîner l’horloge biologique. On s’appelle mélanopique car elle est détectée par les cellules ganglionnaires à mélanopsine de la rétine. Ces cellules agissent sur la sécrétion de mélatonine, une hormone dont la production par la glande pinéale est nécessaire pour l’endormissement.

This component of light helps regulate the body’s internal clock. It is called ‘melanopic’ because it is detected by melanopsin ganglion cells in the retina. These cells influence the secretion of melatonin, a hormone produced by the pineal gland that is necessary for falling asleep.

C’est vrai qu’avec de la lumière diffusée, et là je pense au musée, lorsque nous passons d’une salle en lumière naturelle à une salle où il n’y a pas du tout de lumière naturelle, personne ne s’en rend compte. Nous arrivons très bien à simuler la lumière naturelle. Mais ce qui pose question, c’est que nous ne sommes pas à 3 watts ou 5 watts du mètre carré, tel qu’il est recommandé par les organismes professionnels visant à réduire la consommation énergétique. Nous sommes en fait à 25 ou 30 watts par mètre carré avec des sources LED,. Nous rencontrons donc une difficulté de consommation énergétique mise en œuvre pour simuler la lumière naturelle, simulation que nous maîtrisons très bien aujourd’hui.

CHRISTOPHE MARTINSONS Je pense que toutes les études nécessaires n’ont pas encore été menées. Dès qu’il y a des apports solaires, nous avons une telle quantité d’énergie, que c’est la climatisation qui va prendre le relais, selon la manière dont est conçu le bâtiment, le climat, l’orientation. Nous sommes en tout cas certains que si nous sommes uniquement en éclairage artificiel, avec les normes d’éclairage des lieux de travail intérieur que nous avons actuellement, nous n’arriverons pas à remplir les besoins physiologiques que nous avons sans aller chercher à l’extérieur la lumière naturelle ou en la faisant rentrer.

Nous sommes loin des 500 lux que demande la norme dans un bureau au niveau du plan de travail, qui correspondent à environ 150 lux dans le plan de l’œil, si l’environnement est clair. Et avec ce que l’on sait actuellement sur les besoins de lumière mélanopique* pour entraîner le rythme circadien, il en faudrait 250. C’est-à-dire qu’il faudrait suréclairer les bureaux, peut-être à 750 lux sur le plan de travail, pour que nous ayons suffisamment de lumière dans le plan de l’œil et que notre horloge biologique soit correctement entraînée. Mais avec les luminaires actuels, nous allons surconsommer et nous ne rentrerons pas dans les normes et les réglementations. Et ce n’est pas dit que l’on n’éblouisse pas les gens, parce que les luminaires ne seront pas forcément conçus pour éclairer à des niveaux élevés.

Si nous devons éclairer plus parce que nous devons fréquemment nous affranchir de la lumière naturelle, il faudra travailler sur le design des luminaires, réduire encore leur consommation, et améliorer leur contrôle. Le premier contrôle tout simple à mettre en œuvre, est celui lié à l’absence ou à la présence, en évitant d’éclairer quand il n’y a personne. Le curseur va devoir se déplacer vers un contrôle plus fin. Car forcément, si nous devons avoir plus de lumière, il va falloir compenser. On peut le faire techniquement, mais il y a encore

with current lighting fixtures, we would consume too much energy and fail to comply with standards and regulations. There is also no guarantee that people won’t be dazzled because the lighting fixtures will not necessarily be designed to provide high levels of illumination.

If we need to provide more lighting due to frequent compensation for a lack of natural light, we will need to improve the design of the light fixtures, reduce their energy consumption further, and enhance their control. The first control, which is very simple to implement, relates to presence or absence, i.e. avoiding lighting when no one is there. The slider will need to be adjusted for more precise control. This is because, inevitably, if we need more light, we will have to compensate for this. This can be achieved technically, but there are still many issues. Occupancy detection in buildings works 95% of the time using infrared, but we know that when it is hot, thermal contrast decreases and infrared detection becomes unreliable.

As we don’t work non-stop, there will be many periods dedicated to other activities. For example, at home or in our leisure time. If we are exposed to a lot of artificial lighting during the day as we protect ourselves from heatwaves and sunlight, we might develop an appetite for darkness in the outdoor night-time environment. Having reset our biological clocks through exposure to intense artificial lighting, we might, instead of craving outdoor lighting as soon as night falls, have a phenomenal appetite for darkness and dim light, in order to counterbalances the artificial light we are exposed to during the day. Are these scenarios imaginable and being studied today?

CHRISTOPHE MARTINSONS Yes. People may get tired of artificial light. The problem is that if it’s hot and our working hours have changed, people will want lighting for social activities too, but not of the same types. They’ll want to go out to cafés, meet up with friends, play sports and go running. If darkness prevails, I doubt that the desire for darkness will outweigh the social need for light outside, especially in cities.

Unless we define zoning, i.e. we preserve places for socializing with pleasant, soft lighting, and, on the other hand, we keep areas of darkness for those who want to walk, stroll, or stargaze. I think all of this should be studied. Unfortunately, there are not many urban planners working on nighttime issues, which is a major shortcoming in our profession. But perhaps this approach to daytime solar or artificial light will completely change the way we look at the city?

CHRISTOPHE MARTINSONS It’s an interesting question because, if we follow my reasoning and think, ‘It’s hot, we shelter from the sun. Then

Cette installation urbaine, sorte d’espace sensoriel, offre aux petits et aux grands un espace de jeux et de fraîcheur durant les périodes de canicule.

This urban installation, a kind of sensory space, offers children and adults alike a place to play and cool off during heat waves.

© Concepto / Noémie Riou

beaucoup de problèmes. La détection d’occupation dans les bâtiments fonctionne à 95 % avec de la détection infrarouge et nous savons que quand il fait chaud, le contraste thermique diminue et la détection infrarouge devient peu fiable.

Tout le monde ne passe pas sa vie à travailler, donc il y a quand même beaucoup de périodes où nous aurons sûrement besoin d’autre chose. Chez soi ou pour les loisirs par exemple. Si nous sommes beaucoup plongés dans des éclairages artificiels pendant la journée, pour se protéger de ces canicules et de ces apports solaires, est-ce que ça pourrait vouloir dire que nous aurions une appétence pour l’obscurité dans l’espace extérieur nocturne ?

Puisque nous aurions recalé notre horloge biologique, en étant soumis à des éclairages artificiels intenses, au lieu de désirer de l’éclairage dehors dès que la nuit tombe, nous aurions peut-être au contraire une appétence phénoménale pour l’obscurité, pour la pénombre, pour quelque chose qui nous repose et qui contrebalance ces apports lumineux artificiels de la journée ? Est-ce que ce sont des scénarios que nous pouvons imaginer et qui sont étudiés aujourd’hui ?

CHRISTOPHE MARTINSONS Oui. Nous pouvons imaginer que les gens en aient marre de la lumière artificielle. Le problème, c’est que s’il fait chaud et qu’on a décalé ses horaires de travail, les gens vont aussi demander de l’éclairage pour les activités sociales, mais peut-être pas les mêmes types d’éclairage. Ils voudront aller en terrasse, se rencontrer, pratiquer du sport, courir. Et s’il fait noir partout, j’ai du mal à m’imaginer que le désir d’obscurité prenne le pas sur le besoin social de lumière à l’extérieur, surtout dans les villes.

Sauf, si on définit des zonings, c’est-à-dire qu’on préserve effectivement des lieux de sociabilité avec des éclairages agréables et doux et qu’en revanche, pour ceux qui ont envie de marcher, de se promener, de regarder le ciel, nous ayons au contraire du non-éclairage ou de l’obscurité désirée. Je pense que tout ça devrait être étudié. Malheureusement, il n’y a pas beaucoup d’urbanistes qui travaillent sur les questions de la nuit, ce qui est un grand déficit dans nos métiers. Mais peut-être que cette approche de l’apport solaire diurne ou de l’apport artificiel diurne va modifier complètement la manière de regarder la ville ?

CHRISTOPHE MARTINSONS C’est une question intéressante parce que si l’on suit mon raisonnement en se disant « il fait chaud, on s’abrite du soleil, puis on va plutôt travailler la nuit pour être tranquille et ne pas mourir de chaud dans sa voiture et dans les transports », si l’on ne fait pas attention, on va s’éclairer tout le temps ! On va se dire, « je travaille à 4 heures du matin, je veux de la lumière, je veux de l’éclairage public ». Et cela ne sera plus possible. C’est une dérive qu’il va falloir contrebalancer.

Et les gens vont demander des zones d’ombre. Dans certaines réglementations, on avait le droit à la lumière. En Angleterre par exemple, dans les bâtiments, il y a le droit à la lumière naturelle. Le droit à l’obscurité pourra alors prendre vraiment de la valeur et il faudra s’en soucier. Pas

we’ll work at night so we can be comfortable and not bake in our cars or on public transport,’ we’ll end up leaving the lights on all the time! We’ll say, ‘I work at 4 a.m. I want light; I want street lighting.’ But that won’t be possible anymore. This trend will have to be counterbalanced.

People will ask for shaded areas. Some regulations already recognise the right to light. In England, for example, people have a right to natural light in buildings. They can’t be deprived of it. The right to darkness could then become really valuable, and be taken into account. This is important for us, and for nature and our ecosystems.

For example, could we imagine that, by 2055, each city would have an annual lumen allowance (a unit of measurement used to quantify the amount of visible light emitted by a light source) to be distributed according to its needs for interior public buildings, roads, public spaces and architectural enhancements? The same could be true in industrial environments, which often generate high levels of light pollution.

CHRISTOPHE MARTINSONS This reminds me of the regulations in the United States, voluntary measures known as ‘model light ordinances’, to combat light pollution and nuisance. These were based on the concept of an authorised light dose for a lighting project, expressed in megalumen-hours installed. Every day, the lumen were counted, after which a commitment was made to comply with the total lighting dose. This was similar to kilowatt-hours per year, except in this case it was megalumen-hours per year. I think we could take the same approach with large installations because we have precise details of what is being installed and how often it is used. So why not do the same for public lighting? It would be a ‘megalumen-hour allocation’.

In a recent article, you discussed user comfort in interior lighting in terms of the m-EDI formula, setting it at 250 lx. Could you please explain this formula?

CHRISTOPHE MARTINSONS M-EDI ( Melanopic Equivalent Daylight Illuminance) is measured in lux and quantifies the proportion of light that contributes to regulating the biological clock. However, natural light is not measured in the same way as standard illuminance because it passes through the eyes. It is a measure of vertical illumination at the observer’s location. To measure the m-EDI on my desk, for example, I position my lux meter at eye level and take the measurement. Therefore, it is exposure data that depends on the individual, what they are doing and their posture. If the person is lying down, the m-EDI must be measured at eye level in a horizontal position. However, it’s different in the city. As with megalumen hours for lighting, these are global light emission data, not exposure data.

However, outdoor spaces are very different from indoor spaces. Indoors, the interesting thing about your approach is that we talk about light volume. We consider not only the floor, but also issues such as glare and contrasts generated in the space. Outdoors, however, it’s quite different. Even though we need perspective to understand the space we’re moving in, we still mainly think in terms of surfaces. Can this formula for interior lighting also be applied to outdoor spaces?

simplement pour nous, mais aussi pour la nature et nos écosystèmes.

Est-ce que dans une projection à 2055, nous pourrions imaginer, par exemple, que chaque ville aurait une quantité de lumen annuelle (unité de mesure permettant de quantifier la quantité de lumière visible émise par une source lumineuse) à sa disposition, à répartir selon ses besoins, aussi bien pour ses espaces intérieurs de bâtiment publics que pour sa voirie, ses espaces publics et ses mises en valeur architecturales ? Il pourrait en être de même dans les milieux industriels, souvent générateurs de fortes pollutions lumineuses.

CHRISTOPHE MARTINSONS C’est justement l’esprit des premières réglementations aux États-Unis, avec les ordonnances, qui s’appelaient les «  model light ordinance », des démarches volontaires pour lutter contre les nuisances et la pollution lumineuses. Cela reposait sur le concept de dose de lumière autorisée pour un projet d’éclairage exprimée en mégalumen.heure installés. Chaque jour, les lumen étaient comptabilisés et puis on s’engageait à respecter une dose totale d’éclairage. Comme avec les kilowatt.heure par an, mais il s’agissait de mégalumen.heure par an. Je pense qu’on pourrait raisonner comme cela sur les grandes installations, parce qu’on a les identités précises de ce qu’on installe et des rythmes d’utilisation. Donc pour l’éclairage public, pourquoi pas. Ce serait une « dotation en mégalumen.heure ».

Dans un article paru dernièrement vous abordez, par la formule un m-EDI de 250 lx, le confort des usagers pour des éclairages intérieurs. Pouvez-vous nous expliquer cette formule ?

CHRISTOPHE MARTINSONS Ce que nous appelons le m-EDI, c’est le « Melanopic Equivalent Daylight Illuminance » qui se mesure en lux et quantifie la proportion de lumière qui contribue à entraîner l’horloge biologique. Mais pour la lumière naturelle on ne le mesure pas de la même manière qu’un éclairement standard, parce qu’il passe par les yeux. C’est un éclairement vertical, là où se situe l’observateur. Si je veux mesurer le m-EDI sur mon bureau, je mets mon luxmètre dans le plan de mon œil et je mesure. C’est donc vraiment une donnée d’exposition qui dépend de l’individu, de ce qu’il fait, de sa posture. Si la personne est allongée, il faut mesurer le m-EDI au niveau de l’œil, en position horizontale cette fois. En revanche, dans la ville c’est différent. Comme on l’évoquait avec les mégalumen.heure des éclairages, ce sont des données d’émission globale de lumière et non pas des données d’exposition.

Mais l’espace extérieur est très différent de l’espace intérieur. En intérieur, ce qui est intéressant dans votre approche, c’est que l’on parle de volume de lumière. On ne se contente plus de considérer le sol, mais on prend également en compte les problèmes d’éblouissement et de contrastes générés dans l’espace. En extérieur, c’est assez différent : même si l’on a besoin de perspectives pour comprendre l’espace dans lequel on se déplace, on raisonne encore majoritairement en termes de surfaces. Cette formule pour l’éclairage intérieur peut-elle aussi être appliquée aux espaces extérieurs ?

CHRISTOPHE MARTINSONS I’m not sure if there is an analogy. However, many chronobiologists and lighting professionals are currently collaborating to measure people’s exposure to indoor and outdoor light. Small sensors can be placed on glasses, for example, to allow us to obtain a perspective based on posture, activity, work or leisure. The idea is to record profiles and compile statistics. It’s not just a matter of measuring an average value, as this doesn’t tell us much, but rather of identifying trends: how many hours did this person spend in more than 1,000 lux during the day and in less than 50 lux in the evening?

This is a very individual-centred approach, known as ‘human-centric’, even though this is an overused commercial expression. Such approaches are not applicable on a city scale because averages or measurements would have to be taken everywhere users are present. Simulations could be carried out, but we prefer to talk about light emissions for cities, because we know where the sources are and can measure them. This makes evaluation much easier.

Lighting designers are increasingly organising night-time walks for citizens as part of their approach to urban spaces. The findings, particularly those related to gender, speak for themselves: we are not equal at night. We know that people who choose a better-lit road, a less-lit path or an unlit path are different. It would be interesting to measure the point at which we stop using a path and the minimum level of lighting required to maintain accessibility for all users, regardless of their age or gender.

CHRISTOPHE MARTINSONS These would be very interesting studies because modern sensors are reliable and can measure the spectral range. Rather than carrying a lux meter, you could carry a spectroradiometer, which is much more accurate and non-invasive. But we’re not quite there yet! For now, this ‘human-centric’ approach is only used in small-scale research involving a maximum of 50 people. In lighting research, a study of 50 people is huge! As scientists, we never have the funding to study cohorts of 1,000 or 2,000 people or to conduct research on the same scale as that for drugs.

As we approach the maximum level of artificial light that can be used outdoors, are people already considering introducing legislation? We have seen at the European level that, with carbon quotas, manufacturers and factories were able to buy these quotas in order to pollute more. Many sold their quotas to make money and use them as a bargaining chip. If we introduce maximum lighting levels, we must avoid creating a parallel or black market where people can use more lighting simply because they can afford to pay for it. The poorest populations would once again find themselves in the dark, but this time it would be a darkness they are forced to endure rather than one they can enjoy. Are researchers considering these legal aspects?

CHRISTOPHE MARTINSONS As far as I know, it is not a priority for states to legislate on the amount of light emitted. We are far from having a lighting market or a market for lighting permits. However, in France, the 27 December 2018 decree already specifies the maximum number of lumens that can be installed per square metre of illuminated surface area.

CHRISTOPHE MARTINSONS Je ne sais pas s'il existe une analogie. En revanche, de nombreux chronobiologistes et professionnels de l’éclairage collaborent actuellement pour mesurer l’exposition à la lumière intérieure et extérieure des individus. On place de petits capteurs sur les lunettes, par exemple, ce qui permet d'obtenir le point de vue d’un individu en fonction de ses postures, de son activité, de son travail ou de ses loisirs. L’idée est d’enregistrer un profil et d’établir des statistiques. Il ne s’agit pas simplement de mesurer une valeur moyenne, car cela ne veut pas dire grand-chose, mais de définir une tendance : combien d'heures cette personne a-t-elle passées à plus de 1 000 lux pendant la journée, et à moins de 50 lux en soirée ?

C’est une approche très centrée sur l'individu, qu'on appelle en anglais « Human Centric », même si c'est une expression commerciale galvaudée. Ce sont des démarches liées à l’humain, à l’individu, qui ne sont pas applicables à l’échelle d’une ville, car il faudrait faire des moyennes ou des mesures partout où il y a des usagers. On pourrait faire des simulations, mais pour les villes, on préfère parler d’émissions de lumière, car on sait où se trouvent les sources et on peut les mesurer. C'est beaucoup plus simple à évaluer.

Les concepteurs lumière, dans leurs approches de l’espace urbain, organisent de plus en plus des promenades citoyennes nocturnes. Les constats, notamment dus au genre, sont éloquents : nous ne sommes pas égaux la nuit, et nous savons que les personnes qui vont prendre une route plus éclairée, un chemin moins éclairé, un chemin non éclairé ne sont pas les mêmes. Il me semble qu’il serait intéressant de mesurer à quel moment nous n’empruntons plus un chemin, à quel niveau d’éclairement minimum nous maintenons une accessibilité pour toutes et tous, quels que soient l’âge et le genre des usagers.

CHRISTOPHE MARTINSONS Ce seraient des études très intéressantes car aujourd’hui les capteurs sont fiables et mesurent aussi dans le spectral. Au lieu de simplement porter un luxmètre, on peut aussi porter un spectroradiomètre, qui est beaucoup plus précis, et non invasif. Mais nous n’y sommes pas encore ! Pour l’instant, cette approche «  Human centric » est utilisée dans des petites recherches, avec 50 personnes grand maximum. Et en éclairage, une étude sur 50 personnes, c’est énorme ! Nous n’avons jamais les financements en tant que scientifiques pour étudier des cohortes de 1 000 ou de 2 000 personnes, ou à la même échelle que pour les médicaments.

Si nous nous approchons de ces quantités maximales de lumière artificielle utilisables en extérieur, y a-t-il déjà des gens qui se posent la question de légiférer ? Nous avons en effet pu constater avec les quotas carbone au niveau européen que des industriels ou des usines étaient capables d’acheter ces quotas pour polluer davantage. Et beaucoup de personnes étaient capables de vendre leurs quotas carbone pour gagner de l’argent et en faire une monnaie d’échange. Si nous instaurons des quantités maximales d’éclairage, il ne faudrait pas encourager la création d’un marché parallèle, voire d’un marché noir, où l’on aurait le droit d’éclairer davantage parce que l’on a les moyens de payer plus cher. Et les populations les plus

Everyone thought that these were lumens per square metre, i.e. lux. However, lux is the amount of exposure or reception. Here, however, we are talking about emission: the lumens emitted per square metre of illuminated surface area. This is very different because it cannot be measured, only calculated. For now, this regulation only allows for a binary answer: ‘yes’or ‘no’. If you’re not meeting the requirements, you can’t compensate by dimming a neighbouring lighting installation.

Is there a ‘light police’ today to check?

CHRISTOPHE MARTINSONS Yes, the environmental police, operated by the French Office for Biodiversity, enforces the environmental code.

With regard to indoor environmental quality, or QEI as you often refer to it in your work, is any research being conducted on the interaction between coloured light and the brain? Did you ask yourself this type of question during your studies on indoor environmental quality? When it comes to circadian rhythms, the focus is often on white light and its colour rendering index and light levels. But what about coloured lights, which are now very easily accessible? How can we better understand how the brain reacts, resonates or is impacted by blue, green or purple light in indoor environments, whether residential, office or work, if no one is studying it? Did you collaborate with neuroscientists on these issues?

CHRISTOPHE MARTINSONS There is very little research in this area because lighting is highly standardised and we generally refer to white light. European lighting regulations specify a chromaticity coordinate range (x and y). If the lighting falls outside this range of white, warm or cool light and leans too heavily towards colours, it is no longer considered lighting, but decoration. These solutions are not widely studied in interior lighting. Coloured lights are widely used for embellishment and to create ambience, but they are not subject to the standardisation and regulations that apply to general lighting. The choice of coloured projectors, such as RGB (red, green, blue) projectors, is left to the discretion of the designer or user.

However, coloured lights are becoming increasingly popular as it is now very easy to produce colour using LEDs. This trend is growing in the hotel and restaurant industries, as well as in apartment buildings. So why is research not keeping pace?

CHRISTOPHE MARTINSONS It is, but not with the same concerns. The effect of colour has been studied, particularly in the context of natural lighting and coloured glass. Correlations have been found between perceived thermal comfort and the colour of light. These studies are the only ones to establish a link between colour and well-being in relation to thermal temperature. However, we encounter staffing issues when conducting these studies and have difficulty extrapolating due to a lack of personnel. Colleagues at the Swiss Federal Institute of Technology in Lausanne have worked on natural lighting filtered through blue, yellow or green as these colours are commonly used in architecture and have a significant impact on psychological perception.

Cette image explore la manière dont l’IA pourrait influencer la conception de la lumière, en passant par les interfaces connectées (réalité mixte, BCI – interface cerveau-ordinateur), les appareils et capteurs intelligents, ainsi que les outils de conception générative. Elle présente des scénarios personnalisés, une optimisation énergétique, une maintenance prédictive et une simulation créative, tout en soulignant les défis éthiques et la nécessité de maîtriser la consommation énergétique d’ici 2050.

This image illustrates how artificial intelligence (AI) could influence lighting design through connected interfaces, such as mixed reality and brain-computer interfaces (BCIs), as well as smart devices, sensors and generative design tools. It illustrates personalised scenarios, energy optimisation, predictive maintenance and creative simulation, while also drawing attention to the ethical challenges involved and the urgent need to control energy consumption by 2050.

© Caterina Colle – Clairdelune

démunies se retrouveraient à nouveau dans le noir, mais cette fois-ci, ce serait une obscurité subie plutôt qu'appréciée. Des chercheurs réfléchissent-ils à ces aspects juridiques ?

** Voir p. 32. / See p.32.

*** QEI : La qualité des environnements intérieurs, est un concept qui vise à évaluer et améliorer la qualité des espaces intérieurs, notamment dans les bâtiments résidentiels, commerciaux et publics. Ce concept englobe plusieurs critères, notamment celui de l’éclairage. La qualité et la quantité de lumière naturelle et artificielle, ainsi que son impact sur le bien-être des occupants, sont pris en compte dans ce référentiel.

QEI: Quality of Indoor Environments (QEI) is a concept that aims to assess and improve the quality of indoor spaces, particularly in residential, commercial and public buildings. This concept encompasses several criteria, including lighting. This standard takes into account the quality and quantity of natural and artificial light, as well as its impact on the well-being of occupants.

CHRISTOPHE MARTINSONS À ma connaissance, ce n’est pas du tout une priorité des États de légiférer sur la quantité de lumière émise. Nous sommes loin d’un marché de la lumière, ou d’un marché d’autorisation d’éclairer. Mais nous avons en France l’arrêté du 27 décembre 2018** qui donne déjà un nombre maximal de lumen installés par mètre carré de surface éclairée.

Tout le monde pensait que c’étaient des lumen par mètre carré, donc des lux. Mais, le lux, c’est la quantité d’exposition, de réception. Tandis que là il s’agit de l’émission, des lumen émis rapportés au mètre carré de surface éclairée. Ce qui est très différent, car ça ne se mesure pas, mais ça se calcule. Et pour l’instant, cette réglementation dit « oui, nous y sommes », ou « non, nous n’y sommes pas ». Si vous n’y êtes pas, on ne peut pas compenser en baissant une installation d’éclairage voisine.

Est-ce qu’il y a une police de la lumière aujourd’hui, pour vérifier ?

CHRISTOPHE MARTINSONS Oui, la police de l’environnement, exercée par l’Office français de la biodiversité, fait appliquer le code de l’environnement.

À propos de la qualité de l’environnement intérieur, sur ce fameux QEI*** dont vous parlez souvent dans vos travaux, des recherches sont-elles menées sur les interactions entre la lumière colorée et le cerveau ? Lors de vos études sur la qualité de l’environnement intérieur, vous êtes-vous posé ce type de question ? On parle souvent, en ce qui concerne les rythmes circadiens, de la lumière blanche, avec son indice de rendu des couleurs et ses niveaux lumineux. Qu’en est-il des lumières colorées, qui sont aujourd’hui très facilement accessibles ? Comment mieux comprendre, dans les environnements intérieurs qu'ils soient résidentiels, de bureau ou de travail, comment le cerveau réagit, résonne ou est impacté par une lumière bleue, verte ou mauve, si personne ne l'étudie ? Travailliez-vous sur ces questions avec des neuroscientifiques ?

CHRISTOPHE MARTINSONS Il y a très peu de travaux dans ce domaine parce qu’une lumière d’éclairage es très normalisé et on parle en général de lumière blanche. La réglementation européenne des luminaires indique un domaine de coordonnées de chromaticité (x et y). Si on n’est pas dans ce domaine de la lumière blanche, chaude ou froide, mais qu’on tire trop vers les couleurs, ce n’est plus considéré comme

But what about temperature?

CHRISTOPHE MARTINSONS The way we perceive temperature will not solve the problem or stop us from installing air conditioning. I might prefer a slightly higher temperature if I have slightly cooler lighting, but thermal discomfort is a physiological sensation. Above 30°C or 33°C (depending on the humidity), you can use all the lighting you want, but it will still exceed human tolerance thresholds. However, it is interesting to work with coloured light. Having worked extensively on standards and regulations, I can say with confidence that this topic is never addressed in commercial building standards or even in new housing regulations. White LEDs are often at the heart of standards and regulations. However, we have some leeway when it comes to balancing general and accent lighting. Conversely, there is currently no research funding available to study the effects of coloured light, which is not considered a source of lighting in the standards. Research is being conducted in other areas, such as the influence of colours on circadian rhythms, general health and sensitive populations, such as people with autism or depression. However, this research is most often conducted in clinics or laboratories, and it should be extended to everyday environments.

It’s also for people with Alzheimer’s disease.

CHRISTOPHE MARTINSONS Yes, that too. Therapeutic interventions using light, such as light therapy, have a lot of potential. Twenty years ago, when it first appeared, white light was used, with the eyes being exposed to an intensity of between 2,000 and 10,000 lux for around twenty minutes in the morning — a time at which the effect of resetting the biological clock is very powerful.

Finally, we know very little about the impact of coloured light on our brains.

CHRISTOPHE MARTINSONS Studies on clinical cases are not necessarily widely known in the lighting industry. Today, there is a lot of talk about photobiomodulation. This term is somewhat misleading as it refers to the use of optical radiation to modulate biological functions for therapeutic purposes in hospitals, for example. The Gustave Roussy Institute, a cancer treatment specialist, successfully uses photobiomodulation to relieve symptoms caused by radiotherapy and chemotherapy, which damage healthy tissue in sensitive areas such as the mucous membranes of the mouth or cancers in the neck. Following a protocol, intense red or near-infrared light is applied between sessions, sometimes using low-power laser diodes, but most often LEDs. This improves healing and helps patients to recover more quickly from the effects of treatment. However, contrary to what is sometimes claimed, it does not cure cancer.

de l’éclairage, mais comme de la décoration. Nous étudions peu ces solutions en éclairage intérieur. Les lumières colorées sont beaucoup utilisées pour l’embellissement, pour créer des ambiances, mais elles échappent à la normalisation et à la réglementation de l’éclairage général. Ce n’est jamais la priorité et il est laissé à l’appréciation d’un concepteur ou d’un utilisateur de choisir des projecteurs colorés, RVB (rouge, vert, bleu) par exemple.

Pourtant, les lumières colorées se développent énormément, car il est aujourd'hui très facile de produire de la couleur avec des LED. Cette tendance se développe dans l’hôtellerie, la restauration, mais aussi dans les appartements. Pourquoi la recherche ne suit-elle pas ?

CHRISTOPHE MARTINSONS La recherche suit, mais pas avec les mêmes préoccupations. L’effet de la couleur a notamment été étudié dans le cadre de l’éclairage naturel, avec des vitrages colorés. On a trouvé des corrélations entre le confort thermique ressenti et la couleur de la lumière. Ces études sont les seules à établir un lien entre couleur et bien-être, en corrélation avec la température thermique. Mais à chaque fois, nous nous heurtons à des problèmes d'effectifs pour mener ces études, et nous avons du mal à extrapoler par manque de personnel. Des collègues de l’École polytechnique fédérale de Lausanne ont travaillé sur l’éclairage naturel filtré de couleur bleue, jaune ou verte, car ces couleurs sont utilisées en architecture et ont un impact très fort sur le ressenti psychologique.

Et qu’en est-il de la température ?

CHRISTOPHE MARTINSONS Le ressenti de la température ne résoudra pas le problème et ne nous empêchera pas de mettre une climatisation. Si j’ai une lumière un peu plus froide, j’aurais peut-être une préférence pour une température un peu plus élevée, mais l’inconfort thermique est une sensation physiologique. Au-delà de 30 °C ou 33 °C (selon le taux d'humidité), vous pouvez mettre toute la lumière que vous voulez, cela dépasse quand même les seuils de tolérance humaine. Mais il est intéressant de travailler sur la lumière colorée. Pour moi, qui travaille beaucoup sur les normes et les réglementations, ce sujet n'est jamais abordé dans les standards du bâtiment tertiaire ou même dans les logements neufs. La LED blanche est souvent au cœur des normes et des réglementations. Cependant, nous avons une certaine marge de manœuvre en dosant entre l’éclairage général et l’éclairage d’appoint. En revanche, pour étudier les effets d’un apport en lumière colorée, qui n’est pas considéré comme une source d’éclairage dans les normes, nous n’avons actuellement pas de financement de recherche. La recherche est menée dans d’autres domaines, comme l’influence des couleurs sur le rythme circadien, la santé en général ou les populations sensibles, comme les personnes autistes ou dépressives. Mais ces recherches sont le plus souvent menées en clinique ou en laboratoire et devraient être étendues aux environnements du quotidien.

Et pour les personnes atteintes de la maladie d'Alzheimer aussi.

CHRISTOPHE MARTINSONS Oui, aussi. Il y a beaucoup de potentiel dans les interventions thérapeutiques utilisant

The field of photobiomodulation has also been exploited by pseudoscientists and charlatans. However, well-established results have been obtained for both the eye and the skin. These treatments greatly help patients to recover from wounds. These treatments must, however, be performed in a hospital. Photobiomodulation lamps intended for use at home or in beauty salons, which are equipped with red lamps to which a small amount of blue light is added to relieve back pain, stiff necks or eczema, are not based on serious research. This approach is often non-scientific, even pseudoscientific.

Conversely, red light and near-infrared light have a powerful healing effect. When LEDs arrived on the lighting scene and replaced incandescent bulbs, the focus was on blue radiation. I worked for ten years on the risks posed to the retina by overly intense blue light from LEDs. We then realised that the problem might be due to insufficient red light. The LED spectrum contained very little red, which caused a problem with colour rendering. Red is important! In terms of health, it affects the skin. This year, lighting researchers in Canada and the United States published an excellent study on red light, bringing together lighting designers, biologists and psychologists. People respond better to light when there is a little red and some infrared. Paradoxically, near-infrared is not visible to the naked eye, but it still has an effect when it reaches the eye, despite not contributing to vision at all.

In your latest article in LUX magazine, published in September 2025, you state that prolonged exposure to very cool white light negatively impacts circadian rhythms. Does this call Kruithof’s curve into question, which is still considered the be-all and end-all by all lighting engineers? Kruithof argued that ‘a low and high colour temperature should correspond to a low and high level of illuminance, respectively, for lighting to be considered pleasant’. This rule is still widely taught to explain that, with a low level of illuminance, warm light should be chosen and, with a high level of illuminance, cold or even very cold light should be used.

CHRISTOPHE MARTINSONS Yes. In 2009, Françoise Viénot, who worked at the Paris National Museum of Natural History, published an article demonstrating that this curve was invalid for LEDs.

So, can we imagine that, by 2055, we will have access to medical data when designing lighting for interior spaces, allowing us to modulate, programme or reflect light differently to suit various uses? Taking the circadian cycle into account would impact the lighting concept for a home in northern France, where natural light is less abundant than in a home in southern France.

CHRISTOPHE MARTINSONS That would be ideal. In about 30 years, we should have a more detailed understanding of our lighting needs based on factors such as our activities, metabolism and age. However, this also means that research needs to be accelerated, as the current results from chronobiologists on circadian rhythm training only concern healthy office workers.

We also know that there are ‘perverse’ effects in the use of circadian cycle data, particularly in the workplace. Offices and factories began bombarding their employees with light at 2 p.m., because they understood that circadian rhythms were

la lumière, comme la luminothérapie. Il y a une vingtaine d’années, quand elle est apparue, on utilisait de la lumière blanche et on exposait les yeux à une intensité comprise entre 2 000 et 10 000 lux pendant une vingtaine de minutes le matin, un moment où l’effet est très puissant pour recaler l’horloge biologique.

Finalement, nous ne savons presque rien de l’impact de la lumière colorée sur notre cerveau.

CHRISTOPHE MARTINSONS Il existe des études sur des cas cliniques qui ne sont pas forcément diffusées dans le milieu de l’éclairage. Aujourd'hui, on parle beaucoup de photobiomodulation. Ce terme est un peu trompeur, car il s’agit d'utiliser le rayonnement optique pour moduler des fonctions biologiques à des fins thérapeutiques, c'est-àdire à l'hôpital. L’Institut Gustave Roussy, spécialisé dans le traitement du cancer, utilise la photobiomodulation avec succès pour soulager les symptômes provoqués par les traitements par radiothérapie et chimiothérapie, qui endommagent également les tissus sains, sur des zones très sensibles de la peau, comme les muqueuses de la bouche, ou pour les cancers au niveau du cou. Entre les séances, suivant un protocole, on applique de la lumière rouge ou proche infrarouge intense, parfois avec des diodes laser de faible puissance, le plus souvent avec des LED. Cela améliore vraiment la cicatrisation et aide à récupérer plus rapidement des effets des traitements. Mais cela ne soigne pas le cancer, contrairement à ce qu’on entend parfois.

Ce domaine de la photobiomodulation a également été investi par des pseudo-scientifiques et des vendeurs d'illusions. Toutefois, des résultats bien établis ont été obtenus tant pour l’œil que pour la peau. Elle aide beaucoup les patients à récupérer après des plaies ou des traitements. Mais ces traitements doivent être pratiqués à l’hôpital. Les lampes de photobiomodulation que l’on peut utiliser chez soi ou dans un institut de beauté, équipé de lampes rouges auxquelles on ajoute un peu de lumière bleue pour soulager un mal de dos, un torticolis ou un eczéma, n’ont pas de dosage fondé sur des recherches sérieuses. Il s'agit souvent d'une approche non scientifique, voire pseudo-scientifique.

En revanche, la lumière rouge ou le proche infrarouge ont un effet très puissant sur la cicatrisation. Lorsque la LED est arrivée dans le monde de l’éclairage et a remplacé l’incandescence, tout le monde se concentrait sur le rayonnement bleu. Moi le premier, j’ai travaillé pendant dix ans sur les risques pour la rétine engendrés par une lumière bleue trop intense des LED. Nous nous sommes ensuite rendu compte que le problème venait peut-être du fait qu’il n’y avait plus assez de rouge. Le spectre des LED était très appauvri en rouge, ce qui posait un problème de rendu des couleurs. Le rouge, c’est important ! Sur le plan de la santé, il a une action sur la peau. Des chercheurs en éclairage du Canada et des États-Unis ont justement publié cette année une excellente étude sur la lumière rouge, associant des éclairagistes, des biologistes et des psychologues. Les gens réagissent mieux à la lumière lorsqu'il y a un peu de rouge et une dose d'infrarouge, alors que paradoxalement, le proche infrarouge n'est pas visible à l’œil nu, mais lorsqu'il atteint l'œil, il a une action, et même s'il ne contribue pas du tout à la vision, il a des effets bénéfiques.

one thing, but work rhythms were much more important. So they used light to stimulate employees and prevent them from dozing off after lunch. And that’s not about user comfort, but about optimizing work.

CHRISTOPHE MARTINSONS Ideally, if you want people to work, you shouldn’t stimulate them with light. Because when they get home, they have trouble sleeping, they shift their sleep patterns and therefore suffer from sleep deprivation. Being exposed to too much light at the wrong time means exposing yourself to sleep problems at home. Employers think it’s not their problem if you don’t sleep. In my opinion, it is.

Connected devices that we wear, such as smartphones, watches, bracelets and rings, provide access to numerous sensors that allow us to track the number of steps we take and collect data on our heart rate. Many gadgets allow us to obtain physiological data about our health. Ideally, we should have devices that tell us how much light we are exposed to and how much we need.

One possible scenario could be as follows: I look at my phone and see that it is 3:24 p.m. and that I have received 25,000 lux-hours of melanopic light, but that I need more. So I’m going to go outside to get some more. Conversely, at 6 p.m., I see that I’m exceeding the recommended dose, so I dim the lights in my home. Then there’s the light from screens to consider. Checking your smartphone to view your exposure data also exposes you, and this should be taken into account. It’s not insignificant. If we have sensors in our glasses in the future, for example, we will also have to take this into account. It is not insignificant. If we have sensors built into our glasses or a small piece of jewellery close to our eyes in the future, it will work very well.

Has there been a change in tolerance to light levels in both directions, i.e. less and more? Can we assume that this tolerance will change and be adjusted? In relation to all the issues we have discussed concerning slightly less light, could we accept that physiologically we could carry out the same activities with 15% or 20% less light? Is this conceivable over short periods of time? Not over ten centuries, because there would certainly be no problem, but over 20 years?

CHRISTOPHE MARTINSONS Unfortunately, over the next 20 years, what will happen , and has already started, is that there will be even more cases of severe myopia. This trend started in Asia more than 20 years ago, when a real epidemic emerged due to a lack of exposure to natural light. Children who spend time on screens are not playing outside. Trends also show that myopia is increasing here, too. In 20 years, we will certainly have a generation whose visual needs will be different to those of today. With myopia, the eye becomes more elongated. Instead of being spherical, it is egg-shaped. This means that we may need more light to regulate our circadian rhythm, but at the same time, we will be highly sensitive to contrast and glare.

People will be more sensitive and lighting that we didn’t pay much attention to before, such as a spotlight at a building entrance that turns on when we arrive and which we only spend two seconds in, will become unbearable for someone

**** La courbe de Kruithof a été développée par le chercheur néerlandais Adriaan Kruithof, employé par Philips, dans les années 1940. Elle porte sur l’impact de l’éclairement et de la température de couleur sur le confort visuel dans les espaces intérieurs. La courbe a été créée pour illustrer comment la température de couleur de l’éclairage influence la perception de confort en fonction de l’éclairement.

The Kruithof curve was developed by Adriaan Kruithof, a Dutch researcher employed by Philips, in the 1940s. It focuses on the impact of illuminance and colour temperature on visual comfort in interior spaces. The curve illustrates how the colour temperature of lighting influences the perception of comfort depending on illuminance.

Dans votre dernier article de la revue LUX (septembre 2025), vous affirmez que l'exposition prolongée aux lampes de couleur blanche très froide a un impact négatif sur les rythmes circadiens. Est-ce que cela remet en cause la courbe de Kruithof****, qui est encore l’alpha et l’oméga de tous les ingénieurs éclairagistes ? Il avait soutenu que « une basse et une haute température de couleur devaient correspondre respectivement à un faible et à un haut niveau d’éclairement pour que l’éclairage soit jugé plaisant ». Beaucoup continuent d’enseigner cette règle pour expliquer qu'avec un faible niveau d'éclairement, il faut choisir une lumière chaude, et qu'avec un haut niveau d'éclairement, il faut passer à une lumière froide, voire très froide.

CHRISTOPHE MARTINSONS Oui. Et en 2009, Françoise Viénot, qui travaillait au Muséum national d’histoire naturelle (MNHN), avait publié un article où elle démontrait qu’avec les LED, cette courbe n’était plus du tout valable.

Alors, peut-on imaginer qu’en 2055, quand nous ferons nos projets lumière sur un espace intérieur, nous aurons un accès à certaines données médicales pour pouvoir soit moduler la lumière, soit la programmer, soit la réfléchir autrement pour qu’elle soit adaptée à des usages ? Si nous prenons l’exemple d’une habitation du nord de la France où la lumière naturelle est moins abondante qu’un habitat situé dans le sud de la France, la prise en compte du cycle circadien impactera donc le concept lumière ?

CHRISTOPHE MARTINSONS Ce serait l’idéal. Dans une trentaine d’années, on devrait connaître plus finement les besoins de lumière en fonction de nos activités, de notre métabolisme, de notre âge, de nos activités. Cela veut dire aussi qu’il faut accélérer la recherche parce qu’actuellement, les résultats dont on dispose avec les chronobiologistes, sur l’entraînement du rythme circadien, concernent uniquement l’adulte en bonne santé qui travaille au bureau entre 9 heures et 17 heures.

Nous savons également qu’il existe des effets « pervers » dans l’utilisation des données du cycle circadien, notamment sur les lieux de travail. Des bureaux et des usines ont commencé à bombarder leurs employés de lumière à 14 heures, car ils avaient bien compris que le rythme circadien était une chose, mais que le rythme de travail était bien plus intéressant. Ils utilisaient donc la lumière pour stimuler les employés et éviter qu'ils ne s'assoupissent après le repas. Et cela, ce n'est pas du confort de l'usager, mais de l'optimisation du travail.

CHRISTOPHE MARTINSONS Idéalement, si vous voulez que les gens travaillent, vous ne

who is short-sighted and highly sensitive to light. They will stop in their tracks and be unable to enter the building. Undoubtedly, there are other developments of this type that we have not yet considered. The increase in myopia will cause health problems for Generation Z when they reach 40.

High myopia increases the risk of other problems because the retina is under a lot of strain when the eye is very nearsighted. This makes the retina fragile and more prone to age-related macular degeneration (AMD) and detachment. As with amplified sound and the hearing problems it causes, our habits and lifestyles are to blame, not genetic evolution. It is cultural selection, not natural selection, that influences our physiology here. This is likely to have major repercussions for lighting. We should be more demanding on this issue.

Will we need more lighting designers in the future?

CHRISTOPHE MARTINSONS What I would like to see is lighting is not left to electricians alone.

We also note that there are not enough lighting designers in the world. Compared to architects or even landscape designers, there are very few of us. In some countries, we don’t even make up 1%, let alone 5%. Some countries, such as those in Africa, have virtually no lighting designers. If the need for artificial lighting increases, we will need to train large numbers of lighting designers in the future, which is a major problem.

CHRISTOPHE MARTINSONS This issue also comes up in lighting research. Many people are thinking about how to improve lighting education, for example by setting up training programmes and improving existing ones to create qualifications. This is starting to happen, but we are very behind.

In conclusion?

CHRISTOPHE MARTINSONS I think the main challenge for 2055 is to adapt existing buildings in our cities and neighbourhoods. After all, most of the buildings and streets of 2055 already exist. Today, all my colleagues at the CSTB (Scientific and Technical Centre for Building) are committed to adapting to climate change.

devriez pas les stimuler par la lumière. Parce que quand ils rentrent chez eux, ils ont du mal à dormir, ils se décalent et ont donc un manque de sommeil. Être trop éclairé au mauvais moment, c’est donc s’exposer à des problèmes de sommeil à la maison. L’employeur pense que ce n’est pas son problème si vous ne dormez pas. Selon moi, si.

Avec les objets connectés que l’on porte, comme les smartphones, les montres, les bracelets ou les bagues, on dispose de nombreux capteurs qui permettent de connaître le nombre de pas parcourus et de recueillir des données sur notre battement de cœur. De nombreux gadgets permettent d'obtenir des données physiologiques sur notre santé. Idéalement, on devrait donc avoir des objets qui nous indiquent le niveau d'exposition à la lumière auquel nous sommes soumis et le niveau d'exposition dont nous avons besoin.

Le scénario pourrait être le suivant : je regarde mon téléphone, il est 15 h 24. J’ai reçu 25 000 lux.heure de lumière mélanopique, mais j’en ai besoin de plus. Je vais donc sortir pour en recevoir davantage. Ou, à l'inverse, à partir de 18 heures, je vois que je commence à dépasser la dose, alors je baisse les lumières chez moi et je fais attention. Il y a aussi la lumière des écrans. Le fait de consulter son smartphone pour vérifier ses données d’exposition nous expose également, et il faudrait en tenir compte. Ce n’est pas négligeable. Si nous avons, dans le futur, des capteurs dans nos lunettes, par exemple, il faudra aussi en tenir compte. Ce n’est pas négligeable. Si nous disposons dans le futur de capteurs intégrés à nos lunettes, à un petit bijou ou à une boucle d’oreille, près de nos yeux, cela fonctionnera très bien.

Est-ce qu’il y a eu une évolution de la tolérance à la quantité de lumière dans les deux sens, le moins et le plus ? Peut-on, en projection, se dire que cette tolérance bouge, qu’elle va se moduler ? Est-ce que par rapport à toutes les problématiques d’un peu moins de lumière dont nous avons parlé, on pourrait accepter que physiologiquement on puisse avoir les mêmes activités avec 15 % ou 20 % de lumière en moins ? Est-ce envisageable sur des temps courts ? Non pas sur dix siècles, parce qu’il n’y aurait sûrement pas de souci, mais là, sur 20 ans ?

CHRISTOPHE MARTINSONS Malheureusement sur 20 ans, ce qui va se passer, et on le constate déjà chez les jeunes, c’est qu’il y aura de plus en plus de myopies, de fortes myopies. Cela a commencé il y a plus de 20 ans en Asie où il y a eu vraiment une épidémie où ils se sont rendu compte que c’était dû au déficit d’exposition à la lumière naturelle. Quand les enfants sont sur les écrans, ils ne sont pas dehors en train de jouer. Et les tendances montrent que la myopie augmente ici aussi. Dans 20 ans, nous aurons sûrement une génération qui ne sera pas forcément déficients visuels, mais dont les besoins visuels ne seront pas les mêmes qu’aujourd’hui. Avec la myopie, l’œil est plus allongé. Au lieu d’être en forme de sphère, il est en forme d’œuf. Nous aurons donc peut-être besoin de plus de lumière pour entraîner le rythme circadien, mais en même temps, nous serons très sensibles au contraste et à l’éblouissement.

Les gens seront plus sensibles et on peut imaginer que les éclairages auxquels on ne faisait pas tellement

attention, comme celui par exemple d’une entrée de bâtiment avec un projecteur qui se déclenche à notre arrivée et où on ne passe que 2 secondes, deviendra insupportable pour quelqu’un qui est myope et qui a une forte sensibilité à la lumière. Il s’arrêtera net et ne pourra pas accéder au bâtiment. Et il y a sans doute des évolutions de ce type que nous n’envisageons pas encore. La montée de la myopie engendrera des problèmes sanitaires qui vont arriver quand la génération Z aura au-dessus de 40 ans.

Les fortes myopies sont des facteurs de risque pour d’autres problèmes parce que la rétine est très contrainte quand l’œil est très myope et donc ce sont des rétines fragiles avec plus de risques de DMLA (dégénérescence maculaire liée à l’âge), et de décollement. Comme avec le son amplifié et les problèmes auditifs qu’il entraîne, ce sont nos usages, nos modes de vie, qui sont en cause et non pas une évolution génétique. Ce n’est pas la sélection naturelle qui se joue ici, mais une sélection culturelle qui influent sur notre physiologie. Et cela risque d’entraîner des répercussions majeures en éclairage. Nous serons, ou nous devrons, peut-être être plus exigeants sur cette question.

Nous aurons donc besoin de plus de concepteurs lumière dans le futur ?

CHRISTOPHE MARTINSONS Ce que j’aimerais c’est que l’éclairage ne soit plus du seul ressort des électriciens.

Nous constatons aussi qu’il n’y a pas assez de concepteurs lumière dans le monde. Nous sommes très peu quand on compare aux architectes ou même aux paysagistes. Nous ne sommes même pas 5 %, voire 1 % dans certains pays. Et il y a des pays ou des continents comme l’Afrique où il n’y a quasiment pas de concepteur lumière. Nous avons un problème majeur, c’est que si les besoins en lumière artificielle augmentent, il faudrait former des bataillons de concepteurs et de conceptrices lumière pour le futur.

CHRISTOPHE MARTINSONS C’est un sujet qui ressort aussi dans le domaine de la recherche en éclairage. Beaucoup réfléchissent sur comment améliorer l’éducation en éclairage en montant des formations et en améliorant les formations existantes, pour créer des diplômes. Cela commence à se mettre en place, mais nous sommes très en retard.

Et pour conclure ?

CHRISTOPHE MARTINSONS Je pense que les défis pour 2055 sont avant tout d’adapter le bâti existant dans nos villes et dans nos quartiers. Car, en fait, la plupart des bâtiments et des rues de 2055 sont déjà là. Et aujourd’hui au CSTB (Centre scientifique et technique du bâtiment), tous mes collègues sont engagés sur l’adaptation au changement climatique.

Dans une forêt brumeuse, une personne fixe l’horizon ; un rayon lumineux jaillit de ses yeux, façonné par une « étoile guide algorithmique », prothèse cognitive qui sculpte une lumière personnalisée. Le faisceau révèle l’arbre désiré, métaphore d’un éclairage sur mesure éclairant ce que nous choisissons de voir et de ressentir.

In a misty forest, a person looks into the horizon. A beam of light shoots from their eyes, shaped by an ‘algorithmic guide star’, a cognitive prosthesis that sculpts personalised light. This reveals the desired tree, representing tailor-made lighting that illuminates what we choose to see and feel.

© Caterina Colle – Clairdelune

INTÉRIEURS ET RÉSIDENTIELS

Le concepteur lumière de l’adaptabilité / Thelightingdesignofadaptability

INTERIOR AND

* En termes simples, les caustiques sont les motifs lumineux créés lorsque les rayons lumineux sont focalisés par réflexion ou réfraction sur une surface courbe. Les taches lumineuses brillantes visibles sur le sol lorsque la lumière du soleil traverse un verre d'eau illustrent ce qu’est l’effet caustique.

Put in simple words, caustics are light patterns created when light rays are focused by reflection or refraction on a curved surface. The bright spots of light visible on the floor when sunlight passes through a glass of water illustrate the caustic effect.

DES UNIVERS DOMESTIQUES DE LUMIÈRES COLORÉES

Avec l’apparition de la lumière « électrique », les ambiances lumineuses des espaces intérieurs sont devenues un enjeu majeur, porteuses d’émotion, mais aussi génératrices d’une nouvelle économie commerciale et d’un mode de vie ouvert sur la nuit. La lumière s’est adaptée aux usages en développant des concepts autour de thématiques et de moyens qui n’ont cessé d’évoluer. Ces moyens sont liés, d’une part, à la technique, c'est-à-dire à la source émettrice de lumière, à ses optiques, à ses accessoires et à sa programmation (partie électronique), et, d’autre part, à la dimension « conception lumière », qui correspond à la répartition spatiale de cette technologie, associée ou non à un design.

Les lumières blanches domestiques étaient initialement liées aux types de sources disponibles (lampe à incandescence, lampe halogène ou tube fluorescent), mais aussi à l'impossibilité de produire de la lumière colorée fiable et reproductible. Avec l’avènement de la technologie LED et sa démocratisation mondiale, un univers de lumières colorées s’offre aujourd’hui aux concepteurs comme aux usagers. Ils peuvent les démultiplier, les maîtriser, les programmer et donc les reproduire à volonté, y compris en termes d’intensité, de niveau lumineux et de précision des couleurs recherchées.

Elles investiront plus largement les intérieurs domestiques pour transformer l’espace quotidien à la tombée de la nuit, mais aussi pour créer des univers porteurs de sens, de symbolisme et de poésie. Elles devront quoi qu’il en soit s’inspirer des traditions et des cultures locales, tenir compte de la personnalité des utilisateurs, des pièces concernées (salon, salle à manger, cuisine, chambre, salle de bains, bureau, balcon ou jardin), mais aussi des événements saisonniers ou festifs qui ponctuent l’année (Nouvel An, anniversaires, rites religieux ou culturels). Elles pourront également s’inspirer de la nature.

La possibilité actuelle de projeter des images ou des textures sur le décor environnant, en convoquant des symboles naturels (effets caustiques*, de canopée, de nuages, de coucher de soleil, d'aurores boréales), doit être utilisée et intégrée à la conception de luminaires innovants. Les effets lumineux doivent également pouvoir évoquer des ambiances colorées naturelles (cieux crépusculaires, eaux tropicales, sous-bois, etc.).

THE WORLD OF DOMESTIC COLOURED LIGHTS

The advent of ‘electric’ light meant that the lighting atmosphere of interior spaces became a major issue, conveying emotion and generating a new commercial economy and a lifestyle that embraced the night. Lighting has evolved alongside its applications, developing concepts and methods that keep developing. These methods are linked, on the one hand, to technology—i.e. the light source, its optics, accessories and electronics—and, on the other hand, to ‘lighting design’, which refers to the spatial distribution of this technology, whether it is associated with a design or not.

Initially, white domestic lighting was linked to the available light sources (incandescent lamps, halogen lamps or fluorescent tubes), as well as to the inability to produce reliable and reproducible coloured light. However, with the advent of LED technology and its global democratisation, a world of coloured lights is now available to designers and users alike. They can multiply, control and programme them as they wish, including in terms of intensity, light level and colour accuracy.

They will increasingly find their way into domestic interiors, transforming everyday spaces at nightfall and creating meaningful, symbolic and poetic worlds. They will need to draw inspiration from local traditions and cultures, taking into account the users’ personalities, the rooms in question (e.g. living room, dining room, kitchen, bedroom, bathroom, office, balcony or garden) and seasonal or festive events throughout the year (e.g. New Year, birthdays, religious or cultural rites). They may also draw inspiration from nature.

The current ability to project images or textures onto the surrounding décor using natural symbols, such as caustic effects*, canopies, clouds, sunsets and northern lights, must be utilised and integrated into the design of innovative lighting fixtures. Lighting effects should also be able to recreate natural, colourful atmospheres (such as twilight skies, tropical waters and undergrowth).

HEALTHY, PLEASANT AND BENEFICIAL LIGHTING

More than any other type of lighting, domestic lighting is used frequently and for long periods of time, so it must take into account the health and well-being of those who use it on a daily basis. It is essential that LED sources limit blue light radiation, as this is harmful to the human eye, particularly that of young children. Infrared and ultraviolet radiation must be prohibited. Dimming systems should be offered as standard so that users can

DES LUMIÈRES SAINES, AGRÉABLES ET BÉNÉFIQUES

Les éclairages domestiques, par leur permanence et leur fréquence d’utilisation, doivent, et peut-être encore plus que pour tout autre éclairage, se préoccuper de santé et de bien-être pour des utilisateurs qui les emploient au quotidien. Les sources LED utilisées doivent être impérativement choisies en limitant le rayonnement bleu qui est dommageable pour l’œil humain mais aussi et surtout pour les enfants en bas âge. Les rayonnements en infrarouge comme en ultraviolet doivent être systématiquement proscrits. Des systèmes de gradation devraient être systématiquement proposés aux usagers de manière à leur permettre de maîtriser leur environnement lumineux et leurs ambiances, en fonction des besoins et des tâches à effectuer. Des bascules de modules LED pourraient être utilisées automatiquement à cet effet, à l’aide d’horloge par exemple.

LA MOBILITÉ DES ÉCLAIRAGES RÉSIDENTIELS

Compte tenu des types de sources combustibles anciennement utilisés (étoupe, mèche, suif, huile, pétrole), il était possible voir nécessaire de déplacer les luminaires (chandelle, flambeau, esconce, lumignon, lanterne, falot) dans un intérieur domestique. L’arrivée de nouvelles sources (au gaz puis électriques), liées à un réseau de distribution, a progressivement condamné ces possibles mobilités pour rendre les lampes fixes et immobiles. L’avènement des technologies LED, avec leur très faible consommation électrique et leurs petites dimensions, leur absence de chaleur émise, mais aussi avec l’évolution des performances des batteries comme de leur mode de charge (induction ou prise USB-C), permettent aujourd’hui de redécouvrir et d’encourager de nouvelles mobilités pour les appareils d’éclairage intérieur, même si celles-ci sont pour le moment principalement cantonnées aux petites lampes de table, surtout appréciées pour leur autonomie électrique.

On peut donc dorénavant imaginer des appareils d’éclairage mobiles et autonomes, de différentes tailles et y compris pour certains relativement conséquentes, capables de créer des effets lumineux importants programmables, que l’on peut déplacer à loisir dans les différentes pièces d’un appartement ou d’une maison, en fonction des besoins et des usages. Ces appareils vont permettre de projeter un décor lumineux, de colorer un espace, de souligner des détails ou des objets, et de générer à

control their lighting environment according to their needs and the tasks to be performed. For this purpose, LED module switches could be used automatically, for example with the aid of a timer.

RESIDENTIAL LIGHTING MOBILITY

Given the types of fuel sources used in the past (tallow, wick, oil and petroleum), it was possible and even necessary to move light fixtures (such as candles, torches, sconces, oil lamps and lanterns) around the home. However, the arrival of new sources of light, such as gas and electricity, which are linked to a distribution network, gradually made these fixtures immobile. However, the advent of LED technologies with their low power consumption, small size and lack of heat emission, as well as the evolution of battery performance and charging methods (e.g. induction or USB-C), now makes it possible to rediscover and encourage new mobility for indoor lighting fixtures. Currently, this is mainly limited to small table lamps, which are particularly valued for their electrical autonomy.

It is now possible to envisage mobile, autonomous lighting fixtures of various sizes, including relatively large ones, which can create significant, programmable lighting effects and be moved around at will in different rooms of an apartment or house depending on needs and uses.

These mobile devices will enable light displays to be projected, spaces to be coloured, details or objects to be highlighted, and a personalised atmosphere to be generated on demand. When placed on a fixed base for recharging, they will indicate their charge status and produce a standby light to help locate them in the dark. In order to facilitate and encourage mobility, they must also be able to be suspended or temporarily positioned and attached (by clip or magnet) to a wall mount or stand.

SMART CONTROL

Since the earliest days of domestic lighting, it has been switched on and controlled manually by users. Today, however, information technology and smart control systems are evolving rapidly. They offer users control over their lighting and the ability to create their desired lighting atmospheres. They also provide multiple remote management options via smartphone or tablet apps, voice controllers and artificial intelligence servers. These systems provide a wide range of lighting options, enabling users to create and orchestrate lighting scenes and spaces using multiple synchronised lighting fixtures.

la demande une ambiance personnalisée. Posés sur une base fixe qui permet de les réalimenter, ils pourront signaler leur état de charge et ils produiront une lumière de veille pour aider à les repérer dans la pénombre. Ils doivent aussi pouvoir être suspendus, ou positionnés et fixés temporairement (par clip ou par aimant) à un support mural, ou à un pied, de manière à faciliter et à encourager la mobilité.

LE CONTRÔLE INTELLIGENT

Depuis leurs toutes premières utilisations, les éclairages domestiques étaient allumés et contrôlés manuellement par les usagers. Aujourd’hui, les technologies de l’information et les systèmes de contrôle intelligents évoluent très rapidement et offrent aux usagers une maîtrise de leurs éclairages et des ambiances lumineuses qu’ils souhaitent créer, ainsi que des possibilités multiples de gestion déportée, grâce aux applications sur smartphone ou tablettes, aux contrôleurs vocaux ou aux serveurs d’intelligence artificielle. Toute une panoplie d’ambiances pour qu’ils composent et orchestrent des décors et des espaces lumineux à l’aide de plusieurs appareils d’éclairage synchronisés.

Les gestuelles de commande des appareils d’éclairage (allumage et extinction, gradation, changement de tonalité de lumière) se sont aussi démultipliées : de manière tactile ou à distance en touchant un interrupteur, en approchant son doigt, en bougeant sa main devant un détecteur, en remuant ou en pivotant l’appareil, en appuyant plus ou moins longuement ou fortement sur un capteur. L’étape suivante est donc certainement la possibilité pour des serveurs intelligents et des intelligences artificielles d’analyser en temps réel leur environnement lumineux (extérieur et intérieur) pour offrir aux habitants et selon leurs désirs des ambiances lumineuses déjà utilisées ou innovantes, lesquelles, une fois évaluées par les usagers, pourront être programmées, conservées, améliorées ou supprimées.

Et dans un futur proche, on pourra aussi reconnaître les habitants, anticiper leur position et leurs déplacements dans le logement, pour leur proposer des éclairages appropriés et personnalisés, sans qu’ils aient besoin de les mettre en service ou de les éteindre après leur départ.

L’un des enjeux pour le futur de la profession de concepteur lumière est aussi certainement de s’emparer de ces besoins d’interactions

The ways in which lighting devices can be controlled have also multiplied, including switching on and off, dimming and changing the light tone, by touch or remotely, by touching a switch, moving a finger or hand in front of a sensor, shaking or pivoting the device, or pressing a sensor for a longer or shorter time or with more or less force. The next step will certainly be smart servers and artificial intelligence analysing the lighting environment (both exterior and interior) in real time to offer residents familiar or innovative lighting atmospheres depending on their preferences. Once evaluated by users, these atmospheres can be programmed, saved, improved or deleted.

In the near future, it will also be possible to recognise residents, anticipate their position and movements within their home and offer them appropriate, personalised lighting without them having to switch it on or off when they leave.

One of the challenges for the future of the lighting design profession is undoubtedly to embrace these needs for interaction and interfaces with artificial intelligence in order to train it and propose original, high-quality lighting environments that will then be generated by algorithms, based on keywords and prompts, instead of delegating this work to computer engineers and artificial intelligence specialists.

A HOLISTIC APPROACH

Lighting design for buildings can generate significant financial returns due to the budgets it attracts, which could offset the reduction in funds allocated to outdoor spaces. Although design offices have been seen as competitors in recent years and AI may call into question the future of the profession, it should be noted that design offices cannot generate a project based on a concept involving a combination of artistic and technical thinking that is shared with architects.

Lighting designers will need to know how to make smart savings; in other words, they will have to think a project as a whole and allocate financial resources to create an aesthetic that enhances the project’s identity. Those dealing with interior spaces will need to know how to expand into growth markets, such as the Arab world, by adapting their operations to new demands. Currently, Anglo-Saxons and Hispanics dominate these markets: the former due to the size of their agencies, enabling them to take on largescale projects; and the latter due to their historical proximity.

Cette étude sur l’environnement lumineux intérieur d’un futur véhicule autonome vise à imaginer des scénarios adaptés aux nouveaux usages. Libéré de la tâche de conduite, le passager peut utiliser le temps de transport pour se relaxer, travailler, discuter… L’éclairage devient alors un élément clé. Fonctionnel, il assure la sécurité avec des alertes lumineuses vers l’extérieur pendant la conduite ou intérieures en cas de danger. Ou bien d’ambiance, avec de nombreux scénarios imaginés pour s’adapter aux usages. Ici en mode « Entertainment ».

This study for the interior lighting environment of future autonomous vehicles aims to create scenarios that cater for new uses. With the driver s attention no longer required for driving, passengers can use their travel time to relax, work or chat. Lighting then becomes a key element. Functional lighting ensures safety by providing light alerts outside while driving or inside in case of danger. It can also be used to create ambience, with numerous scenarios designed to adapt to different activities. Here is the ‘Entertainment’ mode.

et d’interfaces avec les intelligences artificielles pour les entrainer et proposer des ambiances lumineuses originales et de qualité qui seront ensuite générées par les algorithmes, à partir de mots clés et de prompts, au lieu de déléguer ce travail aux ingénieurs informaticiens et aux spécialistes de l’intelligence artificielle.

PENSER DANS LA GLOBALITÉ

La conception lumière pour le bâti est une réelle manne financière par les budgets qu’elle génère et pourrait compenser la diminution des sommes allouées aux espaces extérieurs. Si les bureaux d’étude ont été, durant les années passées, des concurrents « inquiétants », et si l’IA peut remettre en question l’avenir de la profession, force est de constater que les bureaux d’études ne savent pas générer un projet sur la base d’un concept, d’une réflexion alliant artistique et technique, partagée avec les architectes.

Les concepteurs lumière devront savoir générer l’économie intelligente, c'est-à-dire réfléchir un projet dans sa globalité et répartir les masses financières pour produire une esthétique valorisante et identitaire d’un projet. Celles traitant des espaces intérieurs devront savoir s’exporter sur les marchés porteurs — aujourd’hui le monde arabe — en adaptant leur fonctionnement à des demandes parfois nouvelles. Les Anglo-saxons et Hispaniques sont actuellement prépondérant sur ces marchés, les premiers par la taille de leurs agences qui permettent de conquérir des projets de grande échelle, les seconds par une proximité plus historique.

Résultats de recherches menées par des étudiants en 2e année de l’École Camondo Paris, 2024-2025, ces images sont une vision de l’avenir de l’éclairage dans les espaces et appliqué œuvres d’art, en 2055. Ils ont imaginé des murs bio-numériques réagissant aux émotions des occupants, une installation lumineuse évolutive pour créer des ambiances adaptées aux émotions. Cette fusion de l’art, de la technologie et de la biologie propose une expérience immersive.

These images are the results of research conducted by second-year students at the École Camondo Paris for the 2024–25 academic year. They offer a vision of lighting and works of art in spaces in 2055. The students imagined bio-digital walls that react to occupants’ emotions and an evolving light installation that creates tailored atmospheres. This fusion of art, technology, and biology offers an immersive experience.

© Lola Alvarez, Lucie Lombardo, Lilou Quintyn, Ambre Pecoud, Loïs Sevo, Violette Tran

Les étudiants ont exploré différentes ambiances lumineuses adaptées aux espaces de vie et aux activités culinaires. En 2050, l’éclairage, adaptatif et intelligent, est intégré dans les murs et les meubles. Il est modulable selon les humeurs et l’heure de la journée. Les concepts innovants incluent des murs et des plafonds émissifs qui adaptent la lumière selon l’ambiance souhaitée. Des fenêtres intelligentes diffusent de la lumière en fonction de l’heure et de la météo.

The students explored different lighting atmospheres suited to living spaces and culinary activities. By 2050, intelligent, adaptive lighting will be integrated into walls and furniture. These can be adjusted according to mood and time of day. Innovative concepts include emissive walls and ceilings that adapt the light to create the desired atmosphere. Smart windows diffuse light according to the time of day and weather conditions.

© Rémi Charmasson, Amélie-Rose Colin, César Duprey, Inès Khati, Joseph Dion, Lika Korskunkaya, Violette Grindel, Jeff Cabon

INTELLIGENCE ARTIFICIELLE

La nouvelle conceptrice lumière ? / Thenewlightingdesigner?

ARTIFICIAL INTELLIGENCE

* Future of Jobs. Rapport du Forum économique mondial, janvier 2025.

Future of Jobs. Report by the World Economic Forum, January 2025.

AU-DELÀ DES IMAGES SPECTACULAIRES

Selon le Forum économique mondial qui s’est tenu en janvier 2025, d’ici 2030, près de 92 millions de postes pourraient être supprimés en raison de l’automatisation et de l’adoption massive de l’intelligence artificielle dans divers secteurs. Autre face de cette mutation, elle pourrait générer 170 millions de nouveaux emplois notamment dans des domaines du numérique.* Incontournable en 2025, l’IA le sera d’autant plus en 2055, au point qu’elle ne sera plus un sujet de controverses ou interrogations, au même titre que l’internet aujourd’hui, dont personne ne viendrait à douter de la légitimité.

Les agences de conception lumière ont toujours utilisé des moyens graphiques de représentation qui ont suivi et épousé les époques, les outils comme les tendances : dessin, pastel, aquarelle, photomontage, palette graphique, logiciel d’infographie, modélisation 3D intégrant des effets lumineux. Il est donc normal qu’à terme, l’IA générative prenne toute sa place dans une agence de conception lumière, à la fois comme aide à la conception et comme recherche de références. Il lui incombera alors de protéger activement ses données sensibles, de construire son propre serveur capable de générer du contenu.

Si le risque est grand d’être confronté ou dépassé par des agences spécialisées dans la production d’images et de vidéos d’ambiances et de décors lumineux, grâce aux IA génératives, le concepteur lumière restera quant à lui toujours le garant de la faisabilité technique ultérieure des effets lumineux présentés. Aussi, il devra veiller à ce que, pour un maître d’ouvrage, un projet d’éclairage ne se réduise pas à des images car cela pourrait les encourager, à terme, à les produire directement ou via des sous-traitants, sans se préoccuper de la faisabilité et de l’évolution du projet d’éclairage.

En 2055, le concepteur lumière maîtrise pleinement le nouvel outil IA (dans sa production ou dans son aide à la conception) qu’il complète par son IH, son Intelligence Humaine. Données culturelles, sensibilités, créativité, réactivité ne peuvent être issues d’une base de données, et restent entre les mains du concepteur lumière dans ses relations aux donneurs d’ordre.

QUE DIT L’IA SUR L’IA ?

La tentation de demander à l’intelligence artificielle ce qu’elle apportera à la

BEYOND SPECTACULAR IMAGES

According to the World Economic Forum held in January 2025, by 2030, nearly 92 million jobs could be lost due to automation and the widespread adoption of artificial intelligence across various sectors. On the other side of this transformation, it could also generate 170 million new jobs, particularly in digital fields.* Already indispensable in 2025, AI will be even more so by 2055, to the point where it will no longer be a subject of controversy or questioning—much like the internet today, whose legitimacy no one would think to doubt.

Lighting design agencies have always used graphic representation methods that keep pace with the times, tools, and trends, such as drawing, pastels, watercolours, photomontage, graphic palettes, and computer graphics software incorporating 3D modelling and lighting effects. Therefore, it is only natural that generative AI will eventually become a fixture in lighting design agencies, serving as both a design aid and a source of inspiration. It will then be up to them to actively protect their sensitive data and build their own servers capable of generating content.

While there is a significant risk of being challenged or overtaken by agencies specialising in the production of ambient and lighting decor images and videos using generative AI, the lighting designer will always remain the guarantor of the technical feasibility of the lighting effects presented. Furthermore, they must ensure that, for a project owner, a lighting project does not become reduced to mere images, as this could ultimately encourage them to produce such visuals directly or through subcontractors, without considering the feasibility or future development of the lighting project.

By 2055, lighting designers will have complete control over the new AI tool, which they will use to complement their HI (Human Intelligence). Cultural data, sensibilities, creativity and responsiveness cannot be derived from a database, so these skills will remain in the hands of lighting designers when dealing with clients.

WHAT DOES AI SAY ABOUT AI?

It is tempting to ask artificial intelligence what it will bring to lighting design in 2055, even though what it tells us today, on a day in October 2025, may not be expressed in the same terms just a few days later. The possibilities offered by AI are evolving rapidly, which some find frightening and

Dans l’esprit des battles de rap dans le monde musical, ce dispositif créatif permet d’organiser des battles de lumière en créant des graffitis lumineux.

This creative device allows you to organize light battles, like in rap music, by creating luminous graffiti.

© Concepto / Gaia Lemmens

** Impactsdel’intelligence artificielle :risqueset opportunitéspour l’environnement. Avis du Conseil économique, social et environnemental sur proposition de la commission Environnement, septembre 2024.

Impactsofartificialintelligence: risksandopportunitiesfor the environment. Opinion of the Economic, Social and Environmental Council on a proposal from the Environment Committee, September 2024.

conception lumière en 2055 est grande même si ce qu’elle nous annonce aujourd’hui, un jour d’octobre 2025, ne sera déjà plus formulé dans les mêmes termes, ne serait-ce que quelques jours plus tard. L’évolution des possibilités offertes par l’IA est galopante, pour certains effrayante, pour d’autres réjouissantes. Comment l’IA se projette-t-elle sur elle-même à l’horizon 2055 ? Voici la réponse à la question posée à ChatGPT :

« En 2055, avec environ 30 ans de progrès supplémentaires, on peut imaginer que l’IA en lighting design sera capable de réaliser des fonctions beaucoup plus sophistiquées. Voici quelques scénarios probables :

Création / conception esthétique

• Génération créative autonome : l’IA pourra proposer des concepts d’éclairage entièrement nouveaux (formes, compositions, effets visuels) en fonction d’un brief artistique, d’un espace, d’un style, ou même du profil psychologique des occupants.

• Fusion entre lumière, architecture, art, et médias : les surfaces elles-mêmes pourront être interactives, changer de texture / motif / couleur / intensité en temps réel selon l’environnement ou la narration.

• Esthétique adaptative : l’éclairage ne sera pas statique ou préréglé, mais capable de changer subtilement même au long d’une journée, d’une semaine ou selon les conditions psychophysiologiques des personnes dans l’espace.

Technologie & infrastructure

• Matériaux d’éclairage avancés : LED très hautes performances, OLED flexibles, microLEDs, surfaces électroluminescentes, luminophores intelligents.

• Réseaux massifs de capteurs intégrés (température, qualité de l’air, mouvements, humeur, rythme circadien, biofeedback) connectés à des IA locales / distribuées.

* Intelligence distribuée : IA embarquée dans les luminaires eux-mêmes, dans l’architecture, pas seulement des contrôleurs centraux.

• Systèmes d’énergie renouvelable / stockage très efficaces pour alimenter ces installations, avec gestion optimisée de la puissance / consommation.

Réactivité / interaction

• Efficacité énergétique maximale : optimisation continue pour minimiser consommation tout en garantissant confort, esthétique.

others find exciting. How does AI envisage its own future in 2055? Here is ChatGPT’s answer to that question:

‘In 2055, with around 30 years of additional progress, we can imagine that AI in lighting design will be capable of performing much more sophisticated functions. Here are some likely scenarios:

Aesthetic creation/design

• Autonomous creative generation: AI will be able to propose entirely new lighting concepts (shapes, compositions, and visual effects) based on an artistic brief, a space, a style or even the psychological profile of the occupants.

• Fusion of light, architecture, art and media: Surfaces will be interactive, changing their texture, pattern, colour and intensity in real time depending on the environment or narrative.

• Adaptive aesthetics: Lighting will not be static or preset, but offer subtle changes throughout the day, week or according to the psychophysiological conditions of the people in the space.

Technology and infrastructure:

Advanced lighting materials:

• Very high-performance LEDs

• Flexible OLEDs

• Micro-LEDs

• Electroluminescent surfaces

• Smart phosphors

• Massive networks of integrated sensors (temperature, air quality, movement, mood, circadian rhythm and biofeedback) are connected to local/ distributed AI.

Distributed intelligence

• AI embedded in luminaires and architecture, not just central controllers.

• Highly efficient renewable energy and storage systems to power these installations with optimised power consumption management.

Responsiveness/interaction

• Maximum energy efficiency: continuous optimisation to minimise consumption while ensuring comfort and aesthetics.

Optimisation and efficiency

• Predictive maintenance: AI will detect when a light fixture is losing intensity or when a part needs cleaning or replacement.

Optimisation & efficacité

• Maintenance prédictive : l’IA détectera quand un luminaire perd de son intensité, quand une pièce nécessite nettoyage ou remplacement, etc.

• Adaptation climatique : ajustement selon climat, climat urbain, pollution lumineuse, dans un souci de durabilité, de santé, etc.

• Régulation / normes : l’IA pourrait aider à faire respecter automatiquement les normes de confort visuel, d’éblouissement, de pollution lumineuse, etc.

Éthique, social, urbain

• Prise en compte du bien-être humain : éclairage conçu non seulement pour voir, mais pour la santé mentale, le rythme circadien, le stress, la productivité, le sommeil.

• Inclusion : rendre l’éclairage accessible aux personnes sensibles, malvoyantes, etc., avec adaptation automatique.

• Esthétique collective : dans les espaces publics, l’éclairage pourra évoluer selon les usages, les événements, la culture locale – mais cela posera aussi des questions de contrôle, de propriété des données, etc.

• Régulation de la privacy : capteurs intelligents = données sensibles (comportement, biométrie) > réglementation stricte pour éviter surveillance injustifiée. »

CRÉATION EN JEU ?

Où placer la frontière entre IA outil, IA assistants et IA artiste ? Le métier de concepteur lumière sera toujours plus que celui d’artiste. Il sait être flexible, jouer entre la technique, un concept, la réalité d’un projet ou d’une maîtrise d’œuvre, etc.

Mais son savoir accumulé et son expérience lui donnent-ils, par exemple, le moyen d’exploiter toutes les possibilités de la LED ? En ce sens, l’IA donne un plus grand accès aux données techniques dont les rapides évolutions peuvent parfois dépasser le concepteur.

S’il est difficile d’envisager totalement les nouvelles fenêtres qu’ouvre l’IA sur les usages à l’horizon 2055, il est pour l’heure déjà possible d’en anticiper certains, notamment dans le secteur de l’éclairage résidentiel. Un système de contrôle piloté par une intelligence artificielle, couplée à un contrôle vocal (en langage chinois pour le moment), a vu le jour en Chine, à l’été 2025. Ce système intelligent

• Climate adaptation: Adjustments according to climate and urban climate, as well as light pollution, with a view to sustainability and health.

• Regulation/standards: AI could automatically enforce standards for visual comfort, glare and light pollution.

• Ethical, social and urban considerations.

• Consideration of human well-being: Lighting is designed not only for seeing, but also to support mental health, circadian rhythms, stress levels, productivity and sleep.

• Inclusion: making lighting accessible to sensitive individuals and the visually impaired with automatic adaptation.

Collective aesthetics

• In public spaces, lighting will evolve according to usage, events and local culture, but this will raise questions of control and data ownership.

• Privacy regulation: smart sensors = sensitive data (behaviour, biometrics) > strict regulations to prevent unjustified surveillance.

IS CREATION AT STAKE?

Where should we draw the line between AI tools and assistants, and artists? The role of a lighting designer will always encompass more than that of an artist. Lighting designers must be flexible, juggling technical aspects, concepts, the practicalities of the project and project management.

But does their accumulated knowledge and experience enable them to exploit all the possibilities of LED technology? In this sense, AI provides greater access to technical data, the rapid evolution of which can be overwhelming for designers.

While it is difficult to figure out all the new uses that AI will make possible by 2055, some are already foreseeable, particularly in residential lighting. In summer 2025, China launched an AI-driven control system with voice control (currently only available in Chinese). This intelligent system generates colourful, immersive lighting atmospheres for domestic spaces on demand, drawing inspiration from nature and evoking emotion. Residents can discover the surprising, relaxing, or unusual coloured lighting environments it creates by using spoken prompts and keywords.

While the AI provides a quick solution, the issue of selecting specific colour ranges remains upstream. These ranges are inspired by local traditions and cultures to inform the algorithms used

génère à la demande, pour des espaces domestiques, des ambiances lumineuses colorées enveloppantes, inspirées de la nature et connectées à des émotions. À partir de mots-clés, de prompts, proposés verbalement et directement à l’IA, les habitants peuvent ainsi découvrir, les environnements lumineux colorés surprenants, déstressants ou insolites qu’elle crée.

L’IA joue ici son rôle d’apporteur de solutions rapide, mais ne résout cependant pas la question de la sélection en amont des gammes de lumières colorées spécifiques, qui se référent et s’inspirent des traditions et des cultures locales pour nourrir les algorithmes utilisés et entraîner ainsi l’IA. Ce travail passionnant de définition des lumières colorées spécifiques qui doivent être étudiées, élaborées et proposées aux clients, y compris en termes de choix techniques et d’intégration spatiale, ne doit pas être délégué à des ingénieurs informaticiens ou à des spécialistes de l’intelligence artificielle mais à des concepteurs et des conceptrices lumière qui en maîtrisent parfaitement le sens et la composition.

Et dans la vie réelle, le concepteur lumière travaille avec sa perception de l’environnement, suivant ses déplacements dans l’espace, en se mettant en présence des hauteurs, des longueurs et des largeurs et des couleurs. Cette dimension tend à disparaître avec l’avènement du tout numérique, le travail sur écran dès l’étude du projet. La valeur ajoutée du concepteur lumière sera toujours d’exercer à partir de son corps, à partir de sa vision réelle. Du point de vue de la pure création, en 2055, les donneurs d’ordre chercheront toujours pour leurs bâtiments ou paysage ce petit quelque chose en plus pour rendre attractif leurs biens. Les concepteurs lumière devront savoir inventer, via l’IA, des réponses uniques et surprenantes. La création sera peut-être un des rares domaines où, malgré ce que certains craignent, il y aura des issues pour la pensée créatrice et inventive humaine...

to train the AI. The exciting task of defining specific coloured lights to be studied, developed and proposed to clients, including technical choices and spatial integration, should be entrusted to lighting designers, who have a profound understanding of their meaning and composition.

In practice, lighting designers perceive the environment around them as they move through it, taking into account factors such as height, length, width and colour. However, this dimension is disappearing with the advent of digital technology, as work is now done on screen from the project design stage onwards. Nevertheless, the added value that lighting designers bring will always lie in their ability to work with physical space and real vision. From a creative perspective, clients will still be looking for ways to make their buildings or landscapes attractive in 2055. Lighting designers will need to understand how to use AI to generate unique and surprising solutions. Contrary to some fears, creative and inventive thinking may be one of the few areas where there will still be opportunities for humans...

Les progrès réalisés dans le domaine de l’intelligence artificielle et de la robotique auront un impact sur des milliers de personnes qui pourraient perdre leur emploi. À l’inverse, l’automatisation pourrait générer de nouvelles opportunités économiques. À mesure que les modes de travail évoluent, les bâtiments deviendrontils plus sombres ? Les chantiers de demain seront-ils principalement sombres, avec pour seuls indicateurs mobiles les lumières des robots, des drones et des lasers guidant les imprimantes 3D ?

Developments in AI and robotics will impact thousands of people who could be made redundant. Conversely, automation will potentially generate new employment opportunities and prosperity. As work patterns change will buildings become darker ? Will the construction sites of tomorrow be mostly dark, with the only moving indicators the lights of robots, drones and lasers directing 3D printers?

© Speirs Major Light Architecture

PRIX DE L’IMAGINAIRE DE L’ACE 2025

Par le biais d’une manifestation annuelle de remise des prix, L’ACE (Association des concepteurs lumière et éclairagistes) a souhaité se faire mieux connaître, valoriser le travail des concepteurs et conceptrices lumière et favoriser des partenariats auprès des autres professionnels et des médias spécialisés. C’est pourquoi, et pour la 14e édition, l’ACE propose un prix nommé « Prix de l’ACEtylène » sur une thématique prédéterminée, mais qui sera laissée libre cette année.

À l’occasion des 30 ans de l’association, une catégorie supplémentaire et spécifique intitulée « Prix de l’imaginaire » a été proposée. Les concepteurs et conceptrices lumière devaient proposer un projet de mise en lumière dont le champ d’application était totalement libre : intérieur, extérieur, architectural, terrien, lunaire, martien… Ces projets, que l’on pourrait imaginer réalisés en 2055 pour les 60 ans de l’ACE, devaient permettre de valoriser les idées lumière futuristes les plus folles, les plus ambitieuses, mais aussi les plus drôles.

Analyser les évolutions passées et récentes de la ville actuelle, dans les différents continents, permet d’expliciter leurs possibles impacts sur l’éclairage public de demain et d’après-demain et d’anticiper les mutations potentielles pour imaginer différents futurs possibles de la ville nocturne et de l’architecture. En effet, la capacité à se projeter dans le futur, à proposer de nouveaux concepts et de nouveaux produits d’éclairage, peut entrer en résonance avec une attente non exprimée des acteurs de la ville comme des citadins et servir ainsi de manière inattendue de déclencheur à des appropriations et à des pratiques de l’espace nocturne que nul n’aurait préalablement imaginé.

Rappelons que de la même manière que l’étude, la mesure et l’observation d’une expérience en physique quantique (dont les lois rappelons-le ne cadrent pas avec celles de la physique générale) en modifie le contenu et le résultat, nous pensons que la formalisation intellectuelle puis technique d’un possible futur pourrait ainsi, et paradoxalement, l’engendrer. C’est pourquoi nous vous invitons à explorer ensemble les 17 propositions reçues, des hypothèses personnelles, subjectives et non exhaustives, crédibles ou probables. Il convient donc de les examiner attentivement pour concevoir de possibles réponses à apporter demain en termes d’éclairage public et d’ambiances lumineuses.

The ACE (Association of Lighting Designers and Lighting Engineers) aims to raise its profile, promote the work of lighting designers, and encourage partnerships with other professionals and specialist media through an annual awards ceremony. For the 14th edition, the ACE has launched the ‘ACEtylène Award’ based on a specific theme, which will be open to interpretation this year.

To celebrate the association’s 30th anniversary, a new category has been introduced: the ‘Imagination Award’. Lighting designers were asked to imagine a lighting project with a completely open scope, whether interior, exterior, architectural, terrestrial, lunar or Martian. Intended to showcase the most daring, ambitious and amusing futuristic lighting ideas, these projects could be imagined as being realised in 2055, the year of the ACE’s 60th anniversary.

Analysing past and recent developments in cities across different continents enables us to understand their potential impact on public lighting in the near and distant future, and anticipate changes to inform different possible futures for cities at night and architecture. The ability to project oneself into the future and propose new lighting concepts and products can resonate with the unspoken expectations of city stakeholders and residents alike, triggering unexpected appropriations and practices in night-time spaces that could not have been previously imagined.

In the same way as study, measurement and observation of an experiment in quantum physics alters its content and result—whose laws, it should be noted, do not fit with those of general physics—we believe that the intellectual and technical formalisation of a possible future could, paradoxically, bring it about. This is why we invite you to explore the 17 proposals received with us. These are personal, subjective and nonexhaustive hypotheses that may be credible or probable. These proposals should therefore be carefully examined in order to devise possible responses in terms of public lighting and lighting environments for tomorrow.

Les membres du jury des Prix 2025 étaient : Agathe Argod, conceptrice lumière, Isabelle Corten, conceptrice lumière, Frédérique de Gravelaine, journaliste, Charlie Moine, de Comité des Fêtes mobiles, Roger Narboni, concepteur lumière et Filipe Vilas Boas, artiste.

The members of the jury for the 2025 Awards were: Agathe Argod, lighting designer; Isabelle Corten, lighting designer; Frédérique de Gravelaine, journalist; Charlie Moine, from Comité des Fêtes mobiles; Roger Narboni, lighting designer; and Filipe Vilas Boas, artist.

(gauche/left)

Bulle de silence

Cette installation artistique est une sphère lumineuse, sans énergie, respectueuse de l’écosystème urbain, invitant à la contemplation et au lien social. Translucide et irisée, elle joue avec la lumière pour créer reflets et projections. Elle réhumanise l’espace public, transforme les lieux de passage en espaces sensibles et apporte émotion et contraste pour les habitants de la Lune.

Bubble of Silence

This energy-free art installation is a luminous sphere that invites contemplation and social connection while being respectful of the urban ecosystem. Its translucent and iridescent nature allows it to play with light, creating reflections and projections. It humanises public spaces, transforming places of passage into sensitive spaces and bringing emotion and contrast to the inhabitants of the Moon.

© Projet et image : Catherine da Silva

En 2055, le monde extérieur est devenu instable et la vie s’est réfugiée à l’intérieur, l’extérieur étant hostile et privé d’éclairage public. La lumière, rare et précieuse, se concentre dans Hestia, pièce centrale aux facettes réfléchissantes qui pivotent lentement grâce à un mécanisme rudimentaire, qui captent le soleil le jour et le restituent la nuit. Ouverte sur le ciel étoilé, elle devient lieu de rencontre, symbole du foyer et dernier bastion lumineux face à l’obscurité.

Hestia

By 2055, the outside world has become unstable, making life indoors the only option, as the outside is hostile and devoid of public lighting. Light is rare and precious, and is concentrated in Hestia: a central room with reflective facets that slowly pivot thanks to a rudimentary mechanism. During the day, Hestia captures the sun, and at night it reflects it. Open to the starry sky, Hestia becomes a meeting place and a symbol of home, standing as the last bastion of light against the darkness.

© Projet et image : Lola Jouault & Floriana Imperiale, Agence ON

Hestia

LightPowder

Depuis 2048, la lumière peut être solidifiée en matière via la fusion quantique. En 2055, les systèmes d’éclairage LightCubes dominent, mais leur qualité varie, les meilleurs étant installés dans les quartiers riches, et ceux de moindre qualité dans les quartiers pauvres, accentuant les inégalités et causant des risques écologiques. Pour y remédier, des concepteurs lumière créent LightPowder, une poudre lumineuse biodégradable, douce et économique, à diffuser sur divers supports, offrant une alternative durable et inclusive.

LightPowder

Since 2048, light can be solidified into matter via quantum fusion. In 2055, LightCubes lighting systems dominate, but their quality varies, with the best ones installed in wealthy neighborhoods and those of lesser quality in poor neighborhoods, accentuating inequalities and causing ecological risks. To remedy this, lighting designers have created LightPowder, a biodegradable, gentle, and economical luminous powder that can be spread on various surfaces, offering a sustainable and inclusive alternative.

© Projet et image : Nox Populi - Raphaël Girouard

(droite/right) PowerCore

En 2055, 96 % des énergies fossiles sont épuisées. PowerCore, mégalopole unique, impose la marche pour produire l’électricité via des panneaux au sol : 3 W par pas. Obligatoire 4 heures par jour, rémunérée au-delà. Les marcheurs, surnommés « pingouins », sillonnent les « chemins de lumière ». Mais deux dissidences émergent : les « sans-jambes », refusant de bouger et qui manifestent régulièrement, en s’asseyant dans l’espace public autour d’une bougie ou d’un feu ; et les « chauves-souris », qui circulent par câbles pour éviter la production.

PowerCore

By 2055, 96% of the world's fossil fuel reserves will have been depleted. PowerCore, a unique megalopolis, requires its inhabitants to walk in order to generate electricity via ground panels: 3 W per step. This is mandatory for four hours per day, with additional hours paid for. Those who walk, nicknamed 'penguins', crisscross the 'paths of light'. However, two dissident groups have emerged: the 'legless', who refuse to walk and regularly protest by sitting in public spaces around candles or fires, and the 'bats', who travel by cable to avoid contributing to production.

© Projet et image : Nox Populi - Raphaël Girouard

Soleil de minuit

Après des crises écologiques, l’humanité choisit l’équilibre : fin de la surconsommation, technologies au service du vivant. L’éclairage public disparaît, le ciel est purifié. Des réflecteurs orbitaux redirigent la lumière solaire seulement vers les zones où c’est utile, préservant la nature. Les concepteurs lumière deviennent des « Gardiens de la Nuit » qui veillent à maintenir l’obscurité et la biodiversité.

The Midnight Sun

Following ecological crises, humanity opts for balance: an end to overconsumption and technologies that serve life. Public lighting disappears and the sky is purified. Orbital reflectors redirect sunlight only to areas where it is useful, helping to preserve nature. Lighting designers become 'Guardians of the Night', ensuring darkness and biodiversity are preserved.

© Projet : Myriam Laval et Clara Liberati / Image : Agence ON

I-Light Réfléchie

Ce matériau photoluminescent et micro-réfléchissant, est un revêtement lumineux intelligent qui capte la lumière solaire le jour et la restitue la nuit, tout en réfléchissant la clarté lunaire. Durable et autonome, il s’adapte à son environnement, modulant son intensité pour réduire la pollution lumineuse et préserver la nuit. Sa présence varie selon le contexte : abondante en ville, discrète en périphérie et subtile dans les paysages naturels.

I-Light Reflective

This smart luminous coating is made of photoluminescent and micro-reflective materials. It captures sunlight during the day and releases it at night, while also reflecting moonlight. It is durable and self-sufficient, adapting to its environment by modulating its intensity to reduce light pollution and preserve the night sky. Its visibility varies depending on the context: it is most visible in cities, less visible in suburbs, and barely visible in natural landscapes.

© Projet : Javier Gonzalez Socorro, Alice Manzagol, Léon Curtil, Lisa Ho / Image : Léon Curtil

Résonances

En 2050, l’humanité découvre son « résonateur intérieur », capable d’éveiller la lumière par la conscience. La nuit devient vivante, respirant au rythme des foules. Puis les émotions se révèlent en auras colorées : joie dorée, tristesse bleue, colère rouge, paix verte. Les masques tombent, les villes se transforment en symphonies lumineuses, et la lumière devient extension de la conscience.

Resonances

Equalizer Urbain

Cette installation modulable trouve sa place sur les rocades et les entrées de métropoles, la première image que le voyageur perçoit d’une métropole. Conçue avec des matériaux recyclés, des structures d’échafaudages et des toiles, elle récupère l’énergie cinétique des flux pour créer une scénographie lumineuse nocturne. Elle vise à requalifier les paysages périphériques en œuvre contemporaine, affirmant lumière et pixel comme matériaux urbains.

Urban Equalizer

This modular installation is designed for ring roads and city entrances—the first thing travellers see when arriving in a metropolis. Made from recycled materials, scaffolding structures and canvas, it harnesses kinetic energy from traffic to create a luminous night-time display. The installation aims to redefine suburban landscapes as contemporary works of art, affirming light and pixels as urban materials.

© Projet et image : Architecture Composite –Jean de Giacinto

In the year 2050, humanity discovers its 'inner resonator', which is capable of awakening light through consciousness. The night comes alive, breathing to the rhythm of the crowds. Emotions then reveal themselves in colourful auras: golden joy, blue sadness, red anger and green peace. Masks fall away, cities transform into luminous symphonies and light becomes an extension of consciousness.

© Projet : Myriam Laval et Emma Ferreira / Image : Emma Ferreira

Vespérance

Dans un monde ravagé par le réchauffement et privé d’électricité, l’humanité se réfugie dans la nuit. Vespérance – ce sentiment d’espoir apporté par la fin du jour – imagine un futur où la lumière ne se crée plus : elle se récolte, se partage. Astres, plantes, minéraux deviennent sources de clarté. Entre science et poésie, ce projet explore une vie réinventée, guidée par l’espoir et la magie des commencements.

In a world ravaged by global warming and deprived of electricity, humanity takes refuge in the night. Vespérance that feeling of hope brought by the end of the day imagines a future where light is no longer created: it is harvested and shared. Stars, plants and minerals become sources of light. Between science and poetry, this project explores a reinvented life, guided by hope and the magic of new beginnings.

© Projet et image : Lumière Électrique –Audrey Lambiel, Cecile Klaus et Wendy Tokuoka

(gauche haut/left up)

PhytoGlow

Des arbres bioluminescents éclairent la ville. La sous-face des feuilles modifiées s’illumine au passage des piétons et des véhicules, guidés par des racines intelligentes détectant mouvements et vibrations. La lumière douce, autonome et écologique, réduit la pollution lumineuse et recrée un lien poétique entre humains et nature. La ville s’affranchit des lampadaires énergivores. Le concepteur lumière devient chorégraphe du vivant.

Bioluminescent trees illuminate the city. The underside of modified leaves lights up as pedestrians and vehicles pass by, guided by intelligent roots that detect movement and vibrations. Soft, autonomous, and ecofriendly lighting reduces light pollution and recreates a poetic link between humans and nature. The city frees itself from energyintensive streetlights. The lighting designer becomes a choreographer of life.

© Projet et image : Carla Morganti et Abderrahmane Issad

(gauche bas/left down)

Paradis Océanien

Après la Grande Vague, les nations du Pacifique créent des villages flottants pour survivre. Une algue bioluminescente, Te Lapa, engendrée par cette catastrophe climatique, envahit l’océan et devient source de lumière. Des orbes de différentes tailles, dans lesquelles l’eau de mer bioluminescente peut être enfermée, éclairent passerelles et maisons ; la nacre des coquillages amplifie l’éclat. La conception lumière évolue : préserver l’obscurité et la biodiversité devient essentiel.

Oceanian Paradise

Following the Great Wave, the nations of the Pacific created floating villages to survive.

Te Lapa, a bioluminescent algae spawned by this climate catastrophe, invaded the ocean and became a source of light. Orbs of different sizes, containing bioluminescent seawater, light up walkways and houses, and the mother-of-pearl shells amplify the glow.

Lighting design evolves, with preserving darkness and biodiversity becoming essential.

© Projet : Alix Abanda, Jeremiah Rogo et Jennifer Dubowitz / Image : Alix Abanda et Jeremiah Rogo

Tabanan

Offerte à chaque naissance par la Sécurité sociale, Tabanan est une lampe portative, mains libres. Portée comme un sac banane, elle s’illumine grâce à l’énergie corporelle, sans batterie ni câble. Elle est conçue en économie circulaire : réflecteur en coquilles d’huîtres recyclées, enveloppe en textiles issus de la fast fashion. Symbole d’avenir responsable, elle éclaire et protège toute une vie.

YourFannyPack

This portable, hands-free lamp is provided by Social Security at every birth. Worn like a bum bag, it lights up using body energy, so there's no need for batteries or cables. It is designed with circular economy principles in mind, with a reflector made from recycled oyster shells and a cover made from fast fashion textiles. A symbol of a responsible future, it provides light and protection for a lifetime.

© Projet : Lisa Ho, Myriam Laval et Floriana Imperiale / Image : Agence ON

GlowBusters

En 2055, GlowBusters imagine des villes extraterrestres éclairées par des lucioles capturées sur Terre par des soucoupes volantes silencieuses. Cette lumière vivante, rare et précieuse, dont chaque étincelle illumine les places, les avenues et les ponts suspendus, devient symbole d’équilibre entre technologie et nature. Le projet invite à repenser nos villes comme des poèmes lumineux, où biodiversité et innovation se conjuguent pour un futur durable et émerveillé.

GlowBusters

In 2055, GlowBusters imagines extraterrestrial cities illuminated by fireflies that have been captured on Earth by silent flying saucers. This rare and precious living light, whose every sparkle illuminates squares, avenues and suspension bridges, becomes a symbol of the balance between technology and nature. The project invites us to rethink our cities as luminous poems where biodiversity and innovation come together to create a sustainable, wondrous future.

© Projet et image : Radiance 35 – Pierre, Laura, Samuel et Camille

La Quête de Lumière

Ce conte relate la quête de Lumière qui voyage à travers trois royaumes – les campagnes préservant la nuit, la mégalopole saturée de lueurs et la ville réversible en perpétuel mouvement – pour savoir comment tisser des liens, inspirer, protéger et parfois disparaître pour laisser place à l’ombre. Elle apprend à être souple, éphémère, mobile, parfois absente, pour tisser des liens entre humains, nature et ombre. En 2055, éclairer n’est plus un devoir mais un art.

Light and her Quest

This tale recounts the journey of Light through three realms—the countryside, which preserves the night; the megalopolis, which is saturated with light; and the reversible city, which is ever-changing— to learn how to forge bonds, inspire, protect and sometimes disappear to make way for the shade. Light learns to be flexible, ephemeral and mobile, in order to forge bonds between humans, nature and shadow. By 2055, lighting has become an art form.

© Projet et image : Clairdelune – Caterina Colle

Blob lumineux

En 2055, l’électricité est rare et la lumière n’est plus fixée au sol. Le Blob lumineux, robot-luminaire autonome, éclaire les zones utiles grâce à l’énergie solaire. Sphère métallique gonflable et mobile, de nuit il se disperse dans la ville et diffuse une lumière douce, projette des infos et s’adapte à l’ambiance. De jour, il retourne dans sa boîte de recharge par induction. Doté d’IA, il suit les usagers, fusionne avec ses pairs, offrant un éclairage urbain écologique et intelligent.

The Luminous Blob

In 2055, electricity is scarce and light is no longer fixed to the ground. The Luminous Blob is an autonomous lighting robot that uses solar energy to illuminate useful areas. This inflatable, mobile metal sphere disperses throughout the city at night, diffusing a soft light and projecting information while adapting to the atmosphere. During the day, it returns to its induction charging box. Equipped with AI, the Luminous Blob follows users, merges with its peers and provides smart, ecofriendly urban lighting.

© Projet et image : Les Éclairagistes Associés –Christelle Sfeir et Aurélien Bourg

Pink Frame

Dans un futur marqué par des crises climatiques et des dérives politiques, la « trame rose » émerge pour réenchanter la nuit et recréer du lien social. Artistes, chercheurs et citoyens imaginent des lumières festives, des transports sensoriels et des jeux énergétiques, mêlant technologie, écologie et convivialité pour repenser l’usage de la lumière et revitaliser les écosystèmes.

Pink Frame

In a world characterised by climate crises and political unrest, the 'pink frame' emerges to re-enchant the night and rebuild social connections. Artists, researchers and citizens are imagining festive lights, sensory experiences and energetic games that combine technology, ecology and conviviality in order to rethink the use of light and revitalise ecosystems.

© Projet et image : LOEVI – Loeïza Cabaret et Vincent Devillard

Noctivue

Un collyre high-tech à base de nanoparticules offre à l’humain une vision nocturne proche des félins, pendant 6 heures. Il exploite la lumière résiduelle, supprimant l’éclairage artificiel, réduisant la pollution lumineuse et valorisant la sobriété. En questionnant la nécessité même d’éclairer la nuit, ce collyre esquisse un futur où la technologie ne génère pas plus de lumière, mais au contraire nous rapproche de l’obscurité et de sa beauté préservée.

Noctisight

These high-tech eye drops, based on nanoparticles, give humans night vision similar to that of cats, for up to six hours. They harness residual light, eliminating the need for artificial lighting and reducing light pollution. By calling into question the need for night-time lighting, these drops offer a vision of the future where technology does not generate more light but instead reconnects us with the unspoilt beauty of darkness.

© Projet et image : Carla Morganti & Abderrahmane Issad

Livre blanc édité par / White paper published by Association des concepteurs lumière et éclairagistes 17, rue de l'Amiral Hamelin 75116 Paris ace-fr.org francebylight.com

Administratrice ACE / Administrator

Vinca Guezennec info@ace-fr.org

Textes / Authors

Lionel Bessières, Soizick Bihen, Sara Castagné, Lucie Cluzan, Caterina Cole, Rozenn Le Couillard, François Migeon, Roger Narboni, Vincent Thiesson et Timothé Toury

Coordination éditoriale / Editing

Lucie Cluzan

Conception graphique / Graphic design

MD – Studio / création

Mathilde Dubois mathildedubois.com

Impression / Printed by Imprimerie Solidaire ZA, 1 rue Belatrix 53470 Martigné-sur-Mayenne

© 2025 / ACE

Remerciements / Acknowledgements À tous les participants aux tables rondes autour des thèmes présentés dans ce livre blanc, qui se sont tenues à Paris le 10 juillet 2025, lors du Café des Allumés :

We would like to thank all the participants in the roundtable discussions on the topics presented in this white paper. These discussions were held in Paris on 10 July 2025 during the Café des Allumés:

Georges Berne

Lionel Bessières

Soizick Bihen

Maxime Brunois

Richard Caratti

Lucie Cluzan

Florian Colin Caterina Colle

Caroline Crespin

Jacques Darmon

Catherine da Silva

Olivier Duiquet

Jean-Jacques Ezrati

Laurent Fachard

Simon Florin

Gérard Foucault

Akari-Lisa Ishii

Vincent Laganier

Rozenn Lecouillard

Sophie Loizeau

François Migeon

Philippe Mombellet

Roger Narboni

Virginie Nicolas

Olivier Perrony

Solveig Pezin

Héloïse Pouy

Aubin Ribeyron

Maëlle Tertrais

Vincent Thiesson

Timothé Toury

Charles Vicarini

Victor Vieillard

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