The Haunted Youth, Jasmine Not Jafar, Marie Flore, Olivia Dean, Deerhoof, Les Louanges, Yael Naïm, Angine de Poitrine, Ino Casablanca, Ben l’Oncle Soul, Antony Szmierek, Camille Yembe, Tricky, Geordie Greep, Luz Casal, Patrick Watson, Curtis Harding
50 – Disques & livres
54 – Écrans
Sorda, La Poupée, Sauvons les meubles, Les Goûteuses d’Hitler, Road Movie USA, Ken Loach, The Plague
60 – Expostion
Enchanté, la fabrique des histoires, Designing Childhood, De beaux assassinats, Slide/Show, Regards pluriels, Les Mondes invisibles - Augustin Lesage, Tête-à-tête, Souvenirs du futur, Gare Méditerranée, Agenda…
84 – Théâtre & danse
La Flûte enchantée, Kunstenfestivaldesarts, Les Petites filles modernes, Que d’espoir !, Deux mensonges et une vérité, Footballeur, Les Gaulois, KA-IN, Agenda…
98 – Le Mot de la fin
MAGAZINE
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Nicolas Pattou nicolas.pattou@lastrolab.com
Rédaction info@lm-magazine.com
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LM magazine – France & Belgique
28 rue François de Badts
59110 La Madeleine - Ftél : +33 (0)3 62 64 80 09
Direction artistique
Graphisme
Cécile Fauré cecile.faure@lastrolab.com
Couverture
Holy Moly, Love Is Love holymolyuk.co.uk c @holymolyuk
Ont collaboré à ce numéro : Selina Aït Karroum, Thibaut Allemand, Rémi Boiteux, Carl Cozier, Mathieu Dauchy, Camille Lombardo, Grégory Marouzé, Arnaud Stoerkler et plus si affinités.
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La bande son de la rédaction
LM magazine France & Belgique est édité par la Sarl L’astrolab* - info@lastrolab.com L’astrolab* Sarl au capital de 5 000 euros - RCS Lille 538 422 973 Dépôt légal à parution - ISSN : en cours
L’éditeur décline toute responsabilité quant aux visuels, photos, libellé des annonces, fournis par ses annonceurs, omissions ou erreurs figurant dans cette publication. Tous droits d’auteur réservés pour tous pays. Toute reproduction, même partielle, par quelque procédé que ce soit, ainsi que l’enregistrement d’informations par système de traitement de données à des fins professionnelles, sont interdites et donnent lieu à des sanctions pénales.
LM magazine est imprimé sur du papier certifié PEFC. Cette certification assure la chaîne de traçabilité de l’origine du papier et garantit qu'il provient de forêts gérées durablement.
Ne pas jeter sur la voie publique.
Papier issu de forêts gérées durablement
15 MAI → 27 SEPT. 2026
GARE MÉDI TERRA NÉE
EXPOSITION TRAVERSÉES /
CHAQUE WEEK-END : SPECTACLES, CONCERTS, DJ SET, FOOD...
GRAND OPENING : 28 → 31 MAI 2026
ENTRÉE LIBRE
Héla Ammar & Shourouk Rhaiem, Blinded by the Light, 2026
Photo
Hugo Bellenger
Kourtney Roy, Yellow Ferry, 2019, Série The Tourist
Courtesy Galerie Les filles du calvaire, Paris
Perruque blonde, maillot de bain fluo, décors saturés d'artifices : la photographe canadienne Kourtney Roy débarque à la Cité de l'Économie avec All Inclusive, une exposition aussi séduisante que corrosive. Trente photographies pour un voyage dont les coulisses économiques, sociales et environnementales donnent franchement à réfléchir avant de boucler les valises. Société
Sous le soleil de Cancún, une estivante idéale boude et bulle au bord de l'eau, cernée de bouées et de gigolos bodybuildés. C'est Kourtney Roy elle-même qui ne fait décidément pas dans la demi-mesure. Cette artiste a construit une œuvre à la fois drôle et dérangeante, nourrie d'autofiction et de mise en scène cinématographique.
« Le monde est un foutu mystère »
Ses images, aux couleurs qui claquent comme celles de Martin Parr, entretiennent le flou entre fantasme et réalité. Elle ausculte cette-fois la mondialisation sous toutes ses coutures par le prisme du tourisme. Premier secteur économique de la planète, près de
10 % du PIB mondial, un emploi sur dix. Depuis les années 1960, il s'est déployé comme une promesse universelle de bonheur. Mais Roy préfère regarder là où ça grince. « Le monde est un foutu mystère incompréhensible et obscur », lâche-t-elle. Le ton est posé. Colore le monde – Trois séries jalonnent le parcours. The Tourist, photographiée à Cancún et Miami, plante le décor avec une précision jubilatoire. La vacancière idéale que Roy incarne évolue dans un décor aux couleurs criardes, entre bar à cocktails et piscines translucides. Tout suinte l'artifice — et c'est exactement le propos. Car derrière ces images de carte postale que les réseaux sociaux amplifient à l'infini, le surtourisme transforme des destinations en
Kourtney Roy, Sorry, No Vacancy N°18, 2017, Courtesy Galerie Les filles du calvaire, Paris
parcs à thème, standardise les expériences et épuise les populations locales. Un touriste en hôtel de standing peut consommer jusqu'à quatre fois plus d'eau par jour qu'un habitant de la région.
La croisière déraille – Sorry, No Vacancy, réalisée au Texas, change radicalement d'atmosphère. Les routes désertes, les motels fermés et les paysages arides composent un western fantomatique où la belle erre en solitaire, héroïne d'un film sans spectateurs. Ces décors abandonnés évoquent la face cachée du tourisme saisonnier : des villes bondées l'été, fantômes le reste de l'année, dont les économies locales peinent à trouver un équilibre viable. Entre deux mondes,
clôt le voyage à bord d'un ferry. Dans ce huis clos flottant, croisiéristes et travailleurs se côtoient sans vraiment se voir. C'est précisément dans cet espace-là que surgissent les vraies questions comme l'empreinte carbone des croisières, la pression sur les récifs coralliens, l'exploitation de la faune sauvage réduite à une attraction, les inégalités d'accès au voyage. Sans jamais asséner, Roy instille le doute et démonte les mécanismes du marketing qui fabriquent nos désirs d'évasion. Bon voyage, donc — mais les yeux grands ouverts. Nicolas Pattou
Kourtney Roy – All inclusive Paris, jusqu'au 20.09, Cité de l’Économie mar > dim : 14h-18h • sam : 14h-19h
Gratuit sur présentation d'un billet d'accès à l'exposition permanente (12/6€), grat. (-6 ans) citeco.fr ; kourtneyroy.com
Kourtney Roy, Sorry, No Vacancy N°2, 2017, Courtesy Galerie Les filles du calvaire, Paris
Guillaume Blot
Salade de surimi, blanquette fumante, ballon de rouge et tutoiement obligatoire... Guillaume Blot a passé six ans à sillonner la France au volant de sa camionnette pour photographier les restos routiers, ces oasis de bitume où l'on mange bien et pas cher. Rencontre avec ces résistants du bord des routes. Société
RESTOS ROUTIERS
L'aire de vérité
Il range d'abord l'appareil photo dans son sac, commande un menu et écoute. C'est seulement une fois accepté par la communauté du comptoir que Guillaume Blot sort son boîtier. La démarche de ce photographe nantais de 36 ans, formé au CELSA puis aux Gobelins, est quasiment anthropologique. Après Buvettes et Rades (son tour de France des bistrots vendu à 17 000 exemplaires), il poursuit
« On s'y sent comme à la maison »
avec Restos routiers sa cartographie tendre de la France populaire, immortalisant 72 établissements
et leurs fidèles clients. Le resto routier, c'est d'abord une institution née dans les années 1930, reconnaissable à son macaron bleu et rouge. À son apogée dans les années 1970, on en comptait 4 500 le long des nationales. Il n'en reste aujourd'hui que 700. Le principe n'a guère varié : entrée, plat, fromage, dessert, quart de vin et café pour une quinzaine d'euros. Le tout servi sans chichis, dans une salle où le tutoiement est immédiat. Certaines adresses font toujours le plein. À La Table d'Othe, dans l'Aube, les habitués se réveillent tôt pour réserver la choucroute mensuelle mitonnée par Benjamin et sa mère Corinne.
Chez Mimi, dans le Lot-et-Garonne, la patronne élève et cuisine ses propres canards...
Fin de service – Ce que Blot photographie au flash « pour faire ressortir tout le peps et le piment de ces lieux », c'est aussi une humanité inattendue. « Il y a dans ces endroits un vrai mélange social, rare aujourd'hui. On s'y sent bien, un peu comme à la maison », confie le photographe.
« Il y a un vrai mélange social »
Son plus beau souvenir : Jacques, un ancien forestier de 92 ans, qui mangeait pour la première fois de sa vie un hamburger avec sa fille. Ce foyer de bord de route
est pourtant menacé. L'essor des autoroutes a d'abord dévié les camions des nationales dès les années 1970, puis de grands travaux ont achevé d'éloigner la clientèle. S'y ajoute une évolution des pratiques : les jeunes routiers économisent sur les repas et se font livrer en cabine, tandis que la reprise de ces établissements peu rentables ne tente plus grand monde. Face à cette extinction programmée, ce livre s'impose comme une archive vivante autant qu'un acte militant. Une invitation à s'arrêter dans ces espaces en voie de disparition plutôt que de filer vers une aire d'autoroute aseptisée. Nicolas Pattou
À lire / Restos Routiers, de Guillaume Blot (Gallimard-Hoëbeke), 184 p., 28 €
À visiter / guillaumeblot.com
HOLY MOLY
Toutes
couleurs dehors
À suivre / holymolyuk.co.uk ; c @holymolyuk
« J'essaie de mettre mon art au
service du bien »
Carl Cozier n'a pas choisi son nom d'artiste par hasard. Holy Moly est une exclamation britannique à mi-chemin entre l'étonnement et le juron poli. Elle colle parfaitement à cet illustrateur et designer résidant à Bristol, dont l'œuvre explose littéralement de couleurs et d'intentions. Originaire de l'Oxfordshire, il passe par une formation aux beaux-arts puis en communication graphique au Pays de Galles, avant de se frotter à la scène dance music — pochettes d'albums, visuels de soirées... De quoi faire ses premières armes dans l'effervescence des nuits britanniques. C'est le Boomtown Festival qui lui ouvre vraiment les portes, en lui confiant toute l'identité graphique. Un crochet fondateur dont il tire une conviction : « J'ai énormément appris en faisant quelques détours, et mon travail n'en est que plus riche et plus varié ». Bristol achève de façonner son regard. Ville d'activisme, de musique underground et d'art urbain effronté, elle irrigue chacune de ses compositions. DJ lui-même, Carl puise dans la culture rave une matière visuelle brute qu'il traduit en couleurs saturées, en typographies militantes, en mondes surréalistes où l'on se perd avec joie. Adobe, Red Bull, The Guardian : les commandes affluent, mais c'est dans l'engagement que son œuvre trouve sa profondeur. Fresques murales en hommage à l'hôpital public, affiches en soutien au mouvement Black Lives Matter, enchères caritatives... Il considère cela comme indissociable de sa pratique. « Créer peut parfois sembler égoïste, alors j'essaie de mettre mon art au service du bien autant que possible ». Une philosophie qui tient en une couleur : toutes à la fois. Et la certitude que la forme n’est jamais dissociée du fond. Camille Lombardo
À voir / Exposition digitale collective Make Earth Day Everyday, organisé par Le Good Society Mai 2026 aux Pays-Bas et à Times Square (New York, États-Unis)
MadeInParis
Clair Obscur : Expedition 33
Loa Mercur y
Zaoui + The Doug
Lorie + Bilal Hassani
Realo + Deelee's
The Abyssinians + Big Youth
Les Louanges
Panayotis Pascot
Amel Bent
sam. 23 mai | L e Z éni t h - L ille
David
jeu. 04 juin | T he Black L ab - Was queh al
Ky-Mani Marley
mar. 09 juin | L e Mé t aphone - Oig nie s
Paleface Swiss
mer. 10 juin | L e Mé t aphone - Oig nie s
The Gathering & Anneke Van Giersbergen
sam. 20 juin | L e Mé t aphone - Oig nie s
Catch Your Breath + Come As Romans
dim. 21 juin | L e Mé t aphone - Oig nie s
Nick y Doll
jeu. 25 juin | L’A ér one f - L ille
Josman + L a Mano 1.9
jeu. 09 jui. | Fest. de la Côte d’Opale - Boulogne-/s-Mer
Allegaeon + Gorod
mar. 15 sept. | T he Black L ab - Was queh al
Le Podkat z Tour
sam. 19 sept. | T hé â t r e S éb as t op ol - L ille
L alou
ven. 02 oct. | T hé â t r e S éb as t op ol - L ille
RÉSA:
agauchedelalune.tickandyou.com et dans les points de vente of ficiels habituels graphisme : hypothese-studio.com
THE HAUNTED YOUTH
Les rayons et les ombres
En 2023, à la faveur d’un premier album remarqué (Dawn of the Freak) et de concerts habités, The Haunted Youth s'est fait un nom dans la galaxie des groupes sensibles aux guitares ténébreuses des nineties. On songeait au postgrunge de DIIV et, plus encore, au shoegaze de My Bloody Valentine, qui marqua la dernière décennie du xxe siècle (Loveless, 1991) avant de disparaître – à jamais, pensait-on. Ironie du sort : nous sommes en 2026, et The Haunted Youth évolue désormais dans un paysage où My Bloody Valentine, reformé à la fin des années 2000 autour de Kevin Shields, continue d’exister, entre silences prolongés et apparitions scéniques. Les mauvaises langues se demanderont : à quoi bon écouter ces Belges, puisque leurs aînés donnent encore, parfois, des concerts ? La réponse tient sans doute à la fraîcheur de la jeunesse — et au talent certain de Joachim Liebens pour trousser des pop songs tourmentées qui restent en tête (citons Teen Rebel, inusable). Enfin, The Haunted Youth a brillamment franchi le cap du deuxième album, avec Boys Cry Too (évident clin d’œil au Boys Don’t Cry de The Cure), qui ne renie pas la noirceur du propos, mais rehausse le tout d’habiles touches de lumière. Thibaut Allemand Bruxelles, 01 & 03.05, Cirque Royal, complet ! Werchter, 04.07, Rock Werchter, 1 j. : complet ! • 4 j. : 315€ Bruges, 12.07, Cactus festival, 1 j. : 81€ • 3 j. : 177€, cactusfestival.be Olmen, 24.07, Rock Olmen, 1 j. : 49€ • 2 j. : 79€, rockolmen.be
JASMINE
NOT JAFAR
De ce « brat girl power », comme elles présentent leur musique, on laissera de côté le girl power — ce féminisme marchandisé depuis les Spice Girls — pour ne retenir que le brat, soit "sale gosse". Car oui, on perçoit un bouillonnement dans ces sons saturés, dans cette techno réalisée à l’aide de synthés modulaires aux mille contraintes, et dont les deux Tourangelles tirent habilement partie. Expertes ès-basses retorses et mélodies tourneboulantes, le tandem — dont le nom de scène est emprunté à Aladdin — privilégie le format single, mais maîtrise la scène avec ardeur et transforme chaque set en... rave bleue, évidemment. T.A Roubaix, 07.05, La Cave aux poètes, 20h, 20 > 8€, caveauxpoetes.com Amiens, 13.06, Minuit avant la nuit, Parc Saint-Pierre, 1 j. : 40/34€ • 2 j. : 66/55€
MARIE-FLORE
Quand on cherche, on trouve. Depuis ses débuts anglophones, Marie-Flore a tâtonné – on se souvient du chouette Je sais pas si ça va (2022), estampillé pop urbaine (allez savoir…). Aujourd’hui, elle a peut-être trouvé sa voie. Plus centrée (centriste ?), évoquant les malheurs de son petit cœur dans des pop songs plus classiques, douces mais piquantes. Sur scène, le carambolage entre anciens et nouveaux morceaux promet de jolis contrastes. Quand on cherche, on (se) trouve. T.A.
Oignies, 07.05, Le Métaphone, 20h, 20/17€, 9-9bis.com
Achile avec
OLIVIA DEAN
Le triomphe modeste
Ancienne choriste de Rudimental, Olivia Dean a fait du chemin. La voici aujourd’hui sur scène à l’heure de son deuxième album, le très réussi The Art of Loving, au titre inspiré d’Ovide. Soul, jazz, pop, la Londonienne fait feu de tout bois avec maestria, mais sans jamais forcer le trait. Humble, tout simplement.
Il y eut bien, en 2023, un album nommé Messy – sans lien avec Lola Young, même si toutes deux ont étudié à la fameuse BRIT School de Londres. Et une jolie reprise de The Harder They Come, la même année, sur la BO de la série This Town. Mais c’est avec The Art of Loving, paru à l’automne dernier, qu’Olivia Dean est entrée dans la cour des grandes. Vraiment ? Pas sûr qu’elle accepterait le terme. On s’explique : si la jeune Anglaise a grandi avec la boîte à outils soul classique – la Motown, Lauryn Hill, Amy Winehouse… elle ne s’inscrit dans aucun revival, et n’a pas le côté diva bigger than life de ses aînées. Non, il y a ici quelque chose de très artisanal, intimiste et mesuré. Certes, elle paie son tribut à Carole King et évoque, parfois, l’âge d’or de la soul, mais on est loin des (prestigieux) fac-similés de Daptone Records. De même, cette simplicité, cette soul jazz accessible la situe assez loin des vaisseaux conceptuels dirigés par Janelle Monáe ou, plus près de nous, Raye. Et c’est finalement cela qu’on aime chez Olivia Dean : ce côté girl next door dotée d’une voix en or qui ne s’en aperçoit pas encore. Thibaut Allemand Bruxelles, 08.05, Forest National, complet !, forest-national.be
04 JULY
THE WARNING � RADIO FREE ALICE � SCENE QUEEN � KEO � CARDINALS � OVERPASS
GORILLAZ � TWENTY ONE PILOTS
HALSEY � RENEÉ RAPP � KNEECAP � PALAYE ROYALE � LANDMVRKS PIXIES � MATT BERNINGER � BEIRUT � THE HAUNTED YOUTH � DOGSTAR � HARRY MACK CMAT � KOKOROKO � DON WEST � ADRIAN QUESADA’S TRIO ASESINO � LINKA MOJA THE REYTONS � VOILÀ � ECCA VANDAL � FLORENCE ROAD � MAN/WOMAN/CHAINSAW � THE NEW EVES
05 JULY THE CURE � MOBY A PERFECT CIRCLE � RISE AGAINST � SONS � BAD NERVES � KAAT VAN STRALEN
PAUL KALKBRENNER � DAVID BYRNE � MOGWAI � CORY WONG � SIERRA FERRELL � DARREN KIELY
HAEVN � ETHEL CAIN � JOY CROOKES � JESSIE MURPH �
DRESSED LIKE BOYS � TSAR B
PSYCHONAUT � HOUSE OF PROTECTION � LAST TRAIN � NEWDAD � WESTSIDE COWBOY � CHEZILE
DEERHOOF Esthétique du désordre
Quatuor californien inclassable, à moins d’abuser de termes comme avant-noise, rock oblique et autres épithètes évoquant la déconstruction des repères, Deerhoof incarne une certaine et joyeuse idée de la persévérance, doublée d'un refus de se reposer sur ses lauriers. À l’origine, en 1994, il s’agissait d’un projet solo bricolé – harmonica, basse et pédale delay – porté par Rob Fisk avant que Greg Saunier ne le rejoigne à la batterie. Au fil des changements de line-up (Chris Cohen y fit un tour), la formation s'est étoffée pour trouver une stabilité depuis une quinzaine d’années. Pour le reste, ses compositions foldingues, mêlant boucan infernal et mélodies atomiques, doivent beaucoup au timbre mutin et enfantin de la chanteuse Satomi Matsuzaki. Indépendant au sens premier du terme, le groupe refuse certaines règles – Spotify ne "possède" que deux de leurs 19 albums – et ne cesse de se réinventer, parfois au sein d’un même morceau, mariant free jazz et J-pop, punk rock et expérimental. Vous aimez Sonic Youth, mais pas le snobisme new-yorkais ? Deerhoof est fait pour vous. Thibaut Allemand Lille, 12.05, L'Aéronef, 20h, 8/5€, aeronef.fr Anvers, 13.05, Trix, 19h30, 24 > 20,50€, trixonline.be
NICK CAVE & THE BAD SEEDS
Lykke Li
Johnny Marr
Benjamin Clementine
Anna von Hausswolff
Das Pop
28 june 2026 middenvijver park, antwerp tickets & info: liveislive.be
YAEL NAÏM
LES LOUANGES
Hébergé par le précieux label montréalais Bonsound, et sous un alias qui fleure bon le rock chrétien, le trentenaire québécois arrange un singulier mariage entre funk, soul, pop et hip-hop, le tout rehaussé d’une voix androgyne et d’un accent local. Passé ce sentiment d’étrangeté diffuse, certains titres font mouche immédiatement (citons Ne me quitte pas des yeux, extrait d’Alouette!, son dernier essai en date). On y entend parfois un rejeton de Blood Orange, à la fois fin mélodiste, parolier touchant et se fichant complètement des frontières de genres. Non, Les Louanges n’ont pas volé ces éloges. T.A.
Lille, 19.05, La Bulle Café, 20h30, 13,80€ agauchedelalune.com
Bruxelles, 24.05, Le Botanique, 1 j. : 48€, lesnuits.be
Yael Naïm, c’est bien sûr l’inusable New Soul (2007). Mais la multi-instrumentiste polyglotte a depuis composé des dizaines de morceaux aussi beaux, en solo, avec Feist, David Sylvian ou Brad Mehldau. Avec son compagnon David Donatien, elle s’est lovée dans tous les styles (soul, folk, pop…), et a même réservé un album-hommage au vénéneux duo post-industriel Coil ! Une fois encore, au regard de son parcours et de son talent, on s’attend à être surpris. Pour le meilleur. T.A.
Béthune, 20.05, Théâtre municipal, 20h, 34/30€, theatre-bethune.fr // Tournai, 25.06, Maison de la Culture, 20h15, 40€, tournaijazz.be Tourcoing, 10.10, tourcoing-jazz-festival.com
Ils doivent bien se marrer ces Québécois, sous leurs masques en papier mâché, à voir le petit monde de la musique s'arracher les cheveux
autour du phénomène dont ils font l'objet depuis la publication d'une session live en février dernier… Une question, quasi-philosophique (et un peu snob), revient en boucle : « Quel en aurait été l'impact sans ces exubérants costumes ? ». Inconnu il y a encore quatre mois, le duo enchaîne désormais les concerts à guichets fermés, et ses disques se revendent à prix d'or… Et voilà que déboule le concept de musique microtonale, exécutée sur une folle guitare à double manche aux frettes multipliées. Microtoquoi ? Angine de Poitrine est sans doute le symptôme de quelque chose, mais c'est avant tout un excitant projet math rock, moins expérimental qu'on a pu le lire, un vertigineux exercice de style nourri de traditions orientales et relevé d'un groove évident. Si les deux albums flirtent parfois avec un jazz rock exigeant et qu'on peut oublier sans peine le récit cosmique (ces deux frères nommés KHN et Klek viendraient d'une autre planète), la vidéo à l'origine de l'emballement est avant tout une démonstration sidérante. Elle dévoile des morceaux fiévreux aux contours abrupts… Qu’ils rient, donc — et qu’on se rassure : aucun algorithme n’aurait pu prévoir un tel virus. Mathieu Dauchy Amiens, 20.05, La Lune des Pirates, complet ! // Charleroi, 21.05, le Vecteur, complet ! Bruxelles, 26.05, Magasin 4, complet ! // Bruxelles, 28.05, Botanique, complet ! Tourcoing, 29.05, Le Grand Mix, complet !
INO CASABLANCA
Ce Franco-Marocain né et ayant vécu en Espagne jusqu’à l'âge de douze ans mêle rap, sonorités arabo-andalouses et sud-américaines. Le flow légèrement autotuné (incontournable ces dernières années) n’empêche pas l’émotion, rappelant parfois le souffle de Mickey Rourke dans Rusty James (1983) de Coppola. Évidemment, ce carambolage d’influences appelle des comparaisons avec PNL, Post Malone ou Rosalía. On pense aussi à DJ Mehdi et au 113, premiers à avoir insufflé des musiques arabes dans le rap d’ici. Sur scène, entouré de sept musiciens (guitares, percussions, cuivres), le rappeur de bientôt 26 ans ne fait pas dans la demi-mesure. Vous voilà prévenus. T.A.
Bruxelles, 21.05, Botanique, complet ! Dour, 16.07, Dour festival, 1 j. :
BEN L'ONCLE SOUL
Quinze ans après Soulman et son triple disque de platine, le Tourangeau n'a rien perdu de son magnétisme. Sad Generation, paru en mars 2025 sur son propre label Enchanté, creuse davantage : blues, R&B et soul psychédélique. L'album reflète une mélancolie assez désarmante. Sur scène, le bonhomme affiche une force tranquille. Généreux, habité, il est capable de faire d'une salle entière une communauté pour quelques heures. Le genre de concert dont on ressort différent. C.L.
La Louvière, 22.05, Théâtre de la Louvière, 20h, 35 > 15€, central-lalouviere.be Bailleul, 27.06, En Nord Beat, 1 j. : 40,59€ • 2 j. : 65,84€ • 3 j. : 96,14€, ennordbeat.fr
Envoyer le hip-hop britannique sur le dancefloor mais ne pas décoller du bar, pour mieux observer la foule. Profondément anglais, Antony Szmierek demeure encore méconnu dans nos contrées. Peut-être parce qu’il est, justement, profondément anglais.
Il y a de la tradition chez ce trentenaire londonien. Nous évoquions, l’an passé, ce mélange de rap, de UK garage et de baggy sound, entre mille influences insulaires. On y voyait un cousinage certain avec Real Lies ou The Rhythm Method – sans savoir que les trois s’étaient plus ou moins embrouillés au sujet de la paternité d’un tel son. Du calme, messieurs… Vous êtes simplement les rejetons de la culture britannique, qui vous a façonnés et que vous continuez d'entretenir – un peu comme Lord Robert Crawley, et sa vaste demeure de Downton Abbey. On retrouve ainsi, chez ce romancier de l'instant qui préfère la formule qui claque aux longs paragraphes, des réflexions sur le temps qui passe, des saillies malignes sur la solitude urbaine… Des mots sous influence (Ray Davies, Jarvis Cocker…) portés par un flow posé, comme détaché des beats, qui eux, tabassent en tous sens. En cela, sa musique est absolument anglaise, mêlant un flegme proverbial aux sons house et breakbeat qui secouent les cités de l’île. Pas tout jeune, tombé dans le hip-hop sur le tard, Antony Szmierek pourrait aussi être vu comme un cousin des Sleaford Mods. Mais en moins énervé et, finalement, beaucoup plus passionnant. Thibaut Allemand
Née à Bruxelles d'une mère belge et d'un père congolais, Camille Yembe a longtemps œuvré dans l'ombre avant que la lumière ne se pose sur elle. Parolière pour Tiakola ou Stéfi Celma, elle a forgé sa plume au contact d'univers musicaux éloignés des siens, avant de franchir le pas en solo. Son premier EP, Plastique, paru en juin 2024 confirme ce qu'on pressentait : une voix rare, parlée autant que chantée, qui glisse de la ballade pop au rock électrique. Thom Yorke et Charles Aznavour dans le même souffle — l'équation tient. Sur scène, Camille ne fait pas que chanter : elle embarque, danse avec le public. Une présence palpable dès les premières mesures. C.L.
Bruxelles, 24.05, Botanique, 1 j. : 48€, botanique.be Liège, 05.07, Les Ardentes // Dour, 17.07, Dour festival Spa, 26.07, Les Francofolies de Spa
TRICKY
Bristol, mitan des années 1990 : après quelques bricolages au sein de Massive Attack, celui qu’on surnommait le Tricky Kid ("gamin à problèmes", en VF) s’émancipe et signe Maxinquaye (1995). Un album emblématique d’un trip-hop sale et revêche, passeport pour la gloire et chef-d’œuvre indépassable. Reste que, sur scène, le bientôt sexagénaire ne rechigne pas à pousser les basses. De quoi rappeler aux étourdis que ses disques post-Maxinquaye valent aussi le détour. T.A.
Bruxelles, 24.05, Ancienne Belgique, complet ! Anvers, 28.05, De Roma, 20h, 44/42€, deroma.be
AU PRINTEMPS
LES ARTS SONT DANS LA RUE !
GRATUIT
22 & 23 MAI
MAI & JUIN 2026
BASSIN MINIER DU PAS-DE-CALAIS
PREMIÈRES
EN FRICHE
CIE LUMIÈRE D’AOÛT / A. KOUTCHEVSKY
Théâtre paysage
Spectacle en déambulation
BASE 11/19 - LOOS-EN-GOHELLE
LES CONSTELLETTES
DU 9 AU 11 jUIN
· FRITERIE MON AMI·E
CIE BONJOUR DÉSORDRE
Théâtre, récits et rituel d’accueil
· QUINCAILLERIE - Ep. 1
MOBY DICK
CIE LA RUSTINE
Théâtre d’objets sur établi
· MACADAM CARAVAN
CRAC DE LOMME / CIE PRESQUE SIAMOISES
Impromptus de cirque
GUARBECQUE / RICHEBOURG / LABEUVRIÈRE
13 juin
JOURNÉE 11/19
BOLIDE
CIE LA PONCTUELLE / A. MAGNIER
Théâtre, comédie musicale
+ Surprises toute la journée de 11h à 19h !
BASE 11/19 - LOOS-EN-GOHELLE
GEORDIE GREEP
L'affranchi
Dans un entretien accordé à Magic en 2024, Geordie Greep défendait l'idée que la musique doit échapper à toute obligation. Il y affichait aussi son goût pour les sonorités latines. Une orientation pleinement assumée sur The New Sound, son premier album solo paru la même année. On y découvre notamment Holy Holy, sommet d’art rock habité, où Greep endosse des accents de crooner avant de glisser, presque imperceptiblement, vers une échappée latin jazz aussi ludique qu’inattendue. Un de ces tours de passe-passe dont l’ex-leader de black midi a le secret, lui qui n’a jamais fait grand cas des conventions du rock indé. « Puisque ça ne paie pas, autant s'amuser ! », lançait-il dans la même interview. Avec son groupe, le Britannique a fricoté avec le post-punk, la noise, le rock progressif ou encore le post-rock avant de désapprouver ces frontières. Désormais affranchi du collectif comme des étiquettes, Geordie Greep semble avoir trouvé l'harmonie, quelque part entre São Paulo et Londres, à mi-chemin entre la pop et le jazz. Il s'y amuse comme un fou et comme chacun sait, le bonheur est contagieux. Mathieu Dauchy
Tourcoing, 26.05, Le Grand Mix, 20h, 19 > 11€, legrandmix.com
LUZ CASAL
Si la chanson espagnole s’est récemment trouvée une ambassadrice interstellaire en la personne de Rosalía, il ne faudrait pas oublier une autre grande voix de la péninsule ibérique : Luz Casal. Installée à Madrid depuis 1977, la native de Boimorto (Galice) porte une certaine idée du flamenco, de la pop hispanique et du jazz. Luz Casal peut se targuer de tubes insensés (No me importa nada, le boléro Piensa en mí) et d’un parcours où se croisent Pedro Almodóvar (deux titres sur la BO de Talons aiguilles) et Étienne Daho (Un nuevo día brillará, chouette reprise de Duel au soleil). ¡Bravo!, son dernier essai en date, devrait donner, sur scène, quelques instants suspendus. T.A.
Roubaix, 28.05, Le Colisée, 20h, 46 > 33€, coliseeroubaix.com // Tournai, 26.06, Maison de la Culture, 20h15, 45€, tournaijazz.be // Anvers, 27.06, De Roma, 20h, 53/51€, deroma.be
PATRICK WATSON
En 2023, Patrick Watson perdait la voix. Mais pas l’inspiration. Réduit au silence, le Montréalais s’entourait alors d’une myriade de chanteuses — November Ultra, Martha Wainwright, Klô Pelgag… Folk en apesanteur, habillage électronique et silences ô combien parlants, Uh Oh (2025) nous laissa… sans voix aussi. Son timbre revenu, soutenu par un groupe solide, il peut réinvestir ses chansons et leur ouvrir d’autres voies. T.A.
Lille, 04.06, L'Aéronef, 20h, 34/27€, aeronef.fr Bruxelles, 09.06, Cirque Royal, complet ! Anvers, 12.06, De Roma, 20h, 45/43€, deroma.be
L’ex-jeune prodige de la soul est désormais quadragénaire. À l’heure d’un quatrième album aussi, voire plus réussi que le précédent, voici l’occasion de rappeler que, si on ne l’a pas toujours défendu, Curtis Harding s’impose désormais comme l’un des piliers de la soul contemporaine.
Ses deux premiers albums n’étaient pas des plus convaincants. Trop proprets, trop polis, trop déférents à l’égard de ses références. Et puis, un beau jour de 2021, celui qui passa sa jeunesse dans des chorales gospel au fin fond du Michigan, vit la lumière – et nous avec : If Words Were Flowers ne relevait plus de l’hommage, mais de l’acte de bravoure, de la profession de foi, du statement, comme on dit outre-Atlantique. Harding s’était trouvé, pas si loin de Curtis Mayfield et Marvin Gaye, mais possédait enfin sa propre patte. Plus dure serait la chute ? Même pas ! Departures & Arrivals: Adventures of Captain Curt, paru en septembre dernier, confirme la nouvelle stature de l’Américain. Pour l’avoir applaudi une paire de fois, on l’affirme : ce quatrième album va, comme ses aînés, prendre toute sa mesure sur les planches, où les influences soul et gospel, portées par des chœurs féminins, des cuivres étincelants et des cordes démesurées, devraient donner pas mal d’ampleur à ses mélodies finement ouvragées. L’ex-choriste de CeeLo Green a définitivement quitté l’ombre et se révèle en show-man étonnant, charismatique, à la fois hâbleur et habité. Thibaut Allemand Liège, 09.06, Reflektor, 20h, 27,50€, reflektor.be Lille, 11.06, L'Aéronef, 20h, 27/20€, aeronef.fr
CHASSOL
Funny How (Ludi Magister / Creature)
De disque en disque depuis Indiamore en 2013, Chassol construit une œuvre singulière fondée sur le principe de l’harmonisation. Qu'il s’agisse d’un retour aux sources en Martinique (Big Sun, 2015) ou d’une exploration de l’univers du jeu (Ludi, 2020), le claviériste et arrangeur sublime sa matière première en la transformant en mélodies. Avec Funny How, il sonde le monde du stand-up de New York, Los Angeles et Chicago. Il en tire un véritable opéra où se mêlent jazz, soul et hip-hop autour d’une réflexion sur l’art de faire rire. On se projette volontiers dans cette scène où le contenu bavard se mue en musique pure. Un grand moment de music-hall ! Sortie 22.05. Rémi Boiteux
KNEECAP
(Heavenly / PIAS)
Invité à Rock en Seine l'an passé, Kneecap a valu au festival parisien la suppression de ses subventions en 2026. Pourquoi ? Car ce trio nord-irlandais ne se contente pas d’être l'un des groupes rap les plus stimulants du moment. Il utilise sa notoriété pour défendre l’indépendance (totale) de l’Irlande ou dénoncer le génocide en Palestine. Entonné en gaélique et en anglais, ce troisième LP confirme une énergie brute mais jamais dénuée de groove. Soutenant des flows variés, précis et puissants, on entend l’écho de Stereo MC's, du dubstep façon Hyperdub, mais aussi de la jungle, de l’acid-house… Et un paradoxe : voici un grand disque irlandais qui sonne sacrément… anglais. Thibaut Allemand
BLEACHERS
Everyone For Ten Minutes (Dirty Hit)
Il y a chez Jack Antonoff quelque chose d’éminemment sympathique : cette façon d’œuvrer sur le toit du monde tout en donnant l’impression de pouvoir partager une IPA tiède au rade d’en bas. En marge de ses collaborations avec Lana Del Rey ou Taylor Swift, il poursuit avec Bleachers une trajectoire rock très New Jersey. Longtemps restée à la lisière de l’excellence pop, le récent single The Van change la donne. Il faut croire que le caractère plus personnel et expansif du précédent album a libéré sa vista. Everyone For Ten Minutes déploie un éventail de styles, de l’indie à la country, du punk au yacht rock. Une sorte de The National version feel-good et un miracle en son genre. Rémi Boiteux
Fenian
ELSA COLOMBANI
Tim Burton ou le Prométhée Gothique (Playlist Society)
Au sujet de Tim Burton, il est souvent d’usage de séparer le bon grain (le début de carrière) de l’ivraie (la suite) – chacun situera la bascule selon sa clémence. L’universitaire Elsa Colombani, dans son essai Tim Burton ou le Prométhée Gothique, choisit au contraire de considérer l’ensemble du corpus comme un tout cohérent, sans hiérarchisation de valeur. Elle lui applique une grille de lecture féconde, essentiellement placée sous l’égide du monstre de Frankenstein – d’où le "Prométhée" du titre. Son écriture précise, nourrie d’études sur le roman gothique, éclaire une filmographie faite de coutures paradoxales entre tendances punk et aspirations grand public, où foisonnent (et fusionnent) les créatures hybrides. Ainsi, même le remake de La Planète des Singes s’avère thématiquement aussi riche que des "classiques" comme Edward aux Mains d'Argent ou Batman : Le Défi. Colombani analyse notamment la composition de l’espace chez Burton et le rapport de ses personnages au temps, révélant progressivement la mélancolie qui infuse un imaginaire étonnamment nuancé. Une lecture stimulante… en attendant un hypothétique Beetlejuice Beetlejuice Beetlejuice ? 192 p., 17 €. Rémi Boiteux
JEAN-YVES LE NAOUR & EMILIO VAN DER ZUIDEN
La Sorcière qui a changé le monde (Bamboo)
Tout privatiser, ignorer les syndicats, étrangler les plus pauvres… C’était tout ça, Thatcher. Et pire encore. Cette biographie revient sur le parcours de la fille d’épiciers, de son intronisation surprise (pour moderniser le Parti conservateur) à son exercice du pouvoir. Loin d’être une intellectuelle, la Dame de fer raisonnait avec le "bon sens" d’une boutiquière. Oscillant entre critique acide et gags légers, voire burlesques, cette BD peine hélas à convaincre : rien sur ses années étudiantes, en butte à la gauche comme au mépris de l’aristocratie, ni sur ses successeurs (le falot John Major, le carnassier Tony Blair) qui poursuivirent la sale besogne. Cette réserve posée, cette plongée dans les années 1980 fait drôlement écho à notre présent. 72 p., 16,90 €. Thibaut Allemand
ALEX JORDANOV & KÉ CLERO
Radio Club (Glénat)
Quand la réalité dépasse la fiction, glissez des photos dans votre BD ! En 1982, le Français Alex Jordanov, 23 ans, s’installe à Los Angeles. Happé par le hip-hop, il y rencontre Ice-T, ex-GI et petit délinquant. Ensemble, avec un certain K.K. Barrett, ils transforment un vieux théâtre en club, The Radio, qui deviendra l’épicentre du phénomène. On y croise un aréopage de stars installées (Michael Jackson y recrute les danseurs de son clip Thriller) ou en devenir – les Red Hot Chili Peppers jouent les videurs, Madonna débute… Une brève période de passions, d’excès, d’ennuis judiciaires et, déjà, ce schisme entre côtes Ouest et Est. Servie par le trait nerveux de Ké Clero, une chouette tranche de vie de Jordanov, devenu depuis le journaliste que l’on sait. 144 p., 25 €. Thibaut Allemand
DENIS SAINT-AMAND
(Rue de l’Echiquier)
Contrer le rire fasciste, Trolling et résistance
Plus qu’un humour, le rire fasciste est une méthode. Imparable, puisque « c’est pour rire ». Un stratagème manié par ceux qui clament H24 et sur tous les plateaux, radios et journaux, qu'« on ne peut plus rien dire » : la galaxie MAGA aux USA, l’empire Bolloré en France… Richement illustré, ce court ouvrage recense des centaines de déclarations, tweets et mèmes humoristiques de l’internationale ultra-réactionnaire. Puis l’auteur, expert ès-satire (citons Le Style potache, 2019), relate les initiatives des opposants : manifestations, late shows américains, South Park, coups d’éclat individuels en Russie… Édifiant, certes, mais ce catalogue manque de pensée critique. Pour cela, on en reviendra à T’es sérieuse ? de Laélia Véron. 96 p., 14 € . Thibaut Allemand
SERGE HONOREZ
Marvin Gaye chez les Belges (La Sirène) 1981 : alcoolique, toxicomane, divorcé, fâché avec Motown et ruiné, Marvin Gaye est le prince déchu de la soul. À Londres, il rencontre un patron de boîte de nuit belge, Freddy Cousaert, qui lui propose de venir à Ostende, histoire de se reposer quelques semaines – il y restera un an et demi. L’Américain ne renonce pas à tous ses démons mais retrouve un peu d’inspiration grâce à l’air marin et à Freddy, qui devient son factotum, manager, producteur, confident… De cet épisode jailliront un album, Midnight Love (1982) et un standard, Sexual Healing. Hélas, Gaye s’en retournera à Los Angeles, quittant Cousaert sur une dispute, et connaîtra la fin tragique que l’on sait, en 1984. Voici le récit d’une amitié, d’une renaissance artistique puis d’une trahison. 304 p., 19 €. Thibaut Allemand
SORDA
Le monde du silence
Angela et Hector forment un couple épanoui. Elle est sourde, lui entendant. La naissance de leur premier enfant soulève pourtant de nombreuses interrogations. Sera-t-il/elle sourde ? Et comment apprendre à devenir mère dans un monde qui oublie si souvent d’inclure ceux qui n’entendent pas ? Eva Libertad prolonge ici son court-métrage (également intitulé Sorda, sorti en 2021) en un long-métrage d'une grande justesse.
La comédienne Miriam Garlo a confié ses craintes de future mère à sa sœur, la réalisatrice, qui s’attache ici à rendre visible une expérience encore peu documentée. Si la maternité est déjà une épreuve en soi, qu’en est-il des femmes non-entendantes ? « Pour elles, les oreilles sont les yeux. Elles captent les informations essentielles par le regard », précise Eva Libertad. Le film explore alors, très concrètement, la gestion du quotidien : au travail, dans l’espace public, jusque dans l’intimité de la salle d’accouchement, où le moindre malentendu peut surgir.
Exploration sensorielle
Ici, l’on vit au plus près le sentiment d’isolement vécu par Angela. Un travail subtil sur le son et les fréquences tente de restituer son rapport au monde. « Personne ne sait comment une personne sourde entend et nous avons dû construire cette sensation », souligne la réalisatrice. L’audiodescription, qui s’immisce subrepticement en ouverture du film appuie cette démarche. Malgré une mise en scène parfois proche du documentaire, des motifs plus oniriques affleurent, notamment à travers la présence récurrente de l’eau. Au-delà du handicap, Sorda raconte surtout une histoire de couple, de la fusion des débuts à l’épreuve du réel après la naissance. Une histoire de handicap, d'inclusion et de parentalité en somme. Selina Aït Karroum
D’Eva Libertad, avec Miriam Garlo, Álvaro Cervantes, Elena Irureta... En salle
LA POUPÉE
Déraison et sentiments
La Poupée, portée par une distribution impeccable, marque le passage au long métrage de Sophie Beaulieu. Inspirée du phénomène des love dolls au Japon, la réalisatrice tente une comédie décalée et corrosive, à la croisée des genres. L’essai est-il transformé ?
Après cinq courts-métrages remarqués, Sophie Beaulieu s’attaque au format long avec des influences américaines assumées, de Blake Edwards aux frères Farrelly. Rémi (Vincent Macaigne), incapable de se remettre d’une rupture, partage désormais son quotidien avec Audrey (Zoé Marchal), une poupée d’un réalisme stupéfiant. Plus de disputes ni de concessions, il croit avoir trouvé une forme d'équilibre. Il vit enfin une relation sereine avec cette imitation totalement soumise. Jusqu’à l’arrivée de Patricia (Cécile de France) dans son entreprise... L’objet s’anime, et le vernis se fissure. Sur le papier, l’idée intrigue. À l’écran, le film peine à trouver sa ligne. Entre comédie romantique, satire sociale et anticipation, l’ensemble se disperse et ne tient pas la distance, malgré un format resserré de 1 h 20. Trop sage pour mordre, trop appliquée pour surprendre, la mise en scène demeure souvent à la surface. Reste le plaisir de voir ses interprètes s’emparer de ce matériau instable. De quoi ne pas jeter La Poupée avec l’eau du bain. Grégory Marouzé
De Sophie Beaulieu, avec Vincent Macaigne, Cécile de France, Zoé Marchal... En salle
Renaud
LES GOÛTEUSES
D’HITLER
Le titre original – Le Assaggiatrici, soit Les Goûteuses – avait le mérite de la sobriété. Car Hitler est absent mais son ombre, partout. Fin 1943, Prusse-Orientale : Rosa est réquisitionnée pour devenir, avec une poignée d’autres femmes, goûteuse des plats destinés au tyran. Cette adaptation de l’histoire (vraie) de Margot Wölk n’évite pas certains écueils romancés, telle une liaison avec un officier SS, évidemment esthète et tour à tour sensible et monstrueux. Mais cette œuvre, qui joue sur le sentiment d’enfermement, souvent à huis clos, évoque moins le nazisme que l’assignation des femmes dans un conflit. Dès lors, viols, avortement interdit et menace d'empoisonnement rythment leur quotidien. Le sujet est fort, mais ce film un peu fade laisse sur sa faim. Thibaut Allemand
De Silvio Soldini, avec Elisa Schlott, Max Riemelt, Alma Hasun… Sortie 20.05
SAUVONS
LES MEUBLES
Lucile est une photographe reconnue. Lorsque sa mère tombe malade, elle revient dans la maison familiale, et découvre qu'elle leur cache des choses… L’intime, le juridique et le politique traversent ce film à charge contre la spirale des crédits à la consommation. Quelles solutions pour éviter cette précarité programmée ? Et comment supporter les actes répréhensibles commis par des proches… ? La cinéaste belge Catherine Cosme restitue avec finesse cette expérience épineuse (sa mère, surendettée, en était arrivée à usurper son identité…). La talentueuse comédienne et circassienne Vimala Pons s'empare de ce fardeau la tête haute, entre un frère hésitant et un père réfugié dans le déni. Filmer pour dénoncer, certes, mais aussi dire ce qu’on n’a pas su (ou pu) formuler à temps. Un premier long métrage qui, assurément, a valeur de réparation. Selina Aït Karroum
Sortie 06.05
De Catherine Cosme, avec Vimala Pons, Yoann Zimmer, Guilaine Londez…
Voici un ouvrage qui fit date lors de sa première parution, en 2011. Et dont la réédition augmentée est tout sauf anecdotique. Les deux anciennes plumes des Cahiers du cinéma dressent un panorama exhaustif d’un genre que l’on pensait connaître, le road movie, et dont on redécouvre les motifs à chaque page.
Si l'on vous dit road movie, vous songez à Easy Rider. Évidemment. Or, ce livre balaie ce cliché et prend son départ au Magicien d’Oz, qui porte en lui deux dynamiques essentielles : la ligne droite (l’envie de partir), et la boucle (le retour au point de départ). Envisageant le genre comme une odyssée mentale, Thoret et Benoliel auscultent bien sûr des classiques (Bonnie and Clyde, Vanishing Point, Macadam à deux voies ou… Bip-Bip et le Coyote) mais décollent aussi du bitume pour faire des détours via 2001 : l'Odyssée de l'espace, Apocalypse Now ou Matrix. Ce voyage en cinéma est ponctué de pauses sur des œuvres précises (citons Un Monde parfait de Clint Eastwood), et nous mène à la rencontre de quelques figures du style (Dennis Hopper, Richard C. Sarafian…). Surtout, les auteurs sortent de la salle obscure, pour se nourrir d’autres disciplines (littérature, philosophie…) et réécrire, à travers la vitre, une autre histoire des États-Unis. Ayons enfin un mot sur l’objet : magnifique, de la typographie aux illustrations, en passant par les cartes des USA situées en annexe. Bref, une somme aux multiples facettes, que l’on peut lire d’une traite – le style alerte s’y prête – ou butiner au gré des entrées et des ponts dressés entre les œuvres et les époques. Indispensable. Thibaut Allemand
KEN LOACH
Pour ses détracteurs, Ken Loach tient moins du cinéaste que du filmeur de tracts. C’est injuste : l’auteur de Land and Freedom a également signé des comédies (Looking for Eric, La Part des anges…) sans rien perdre de sa fibre sociale. Dans ce bref ouvrage, le désormais retraité présente sa conception du cinéma et sa fabrication – casting, réalisation, montage, bande sonore… De quoi éclairer son œuvre et ouvrir le débat. Dans une seconde partie passionnante, le réalisateur idéaliste évoque les canaux de distribution ou la réception, pas toujours facile, de ses œuvres – censure de Sweet Sixteen ou de documentaires sur les grèves, accusations d’être pro-IRA… Le cinéma est un sport de combat, et Ken Loach, pas le moins valeureux des… cinéastes. Thibaut Allemand
Défier le récit des puissants
(Rue de l’échiquier) 64 p., 8,90 €
THE PLAGUE
Vous lirez ici et là que ce film est « une claque ». C'est un peu court. Nous voici plutôt plongés dans un malaise sourd et diffus durant une heure et demie. Un centre aquatique où s’entraînent, le temps d'un été, de jeunes joueurs de water-polo. Nouvellement arrivé, Ben découvre ses camarades, ainsi qu’Eli, leur souffre-douleur. En surpoids, pas à l’aise, Eli a développé un eczéma que ses condisciples appellent « la peste » (the plague, en VO). Pour s’intégrer, Ben, lui aussi, harcèle Eli. Et comme chacun sait, le harceleur peut finir harcelé… Servi par des acteurs excellents — mention à Kayo Martin, formidable en petit meneur pervers, ce film joue avec les sens, les sons et quelques codes du body horror. Lent et suffocant, The Plague dépeint, tout simplement, les affres de l’adolescence. Thibaut Allemand
De Charlie Polinger, avec Joel Edgerton, Everett Blunck, Kayo Martin… Sortie 03.06
Dans le bocage avesnois, le MusVerre souffle ses dix bougies en grand. Pour cet anniversaire, sa directrice Laetitia Messager et Laura Bouvard, responsable des collections, ont choisi de célébrer ce qui fait l'âme du lieu : le pouvoir d'émerveillement du verre. Enchanté, la fabrique des histoires convoque contes, mythes et légendes pour nous faire passer de l'autre côté du miroir. Une vingtaine d'œuvres, une scénographie pensée comme un voyage et non comme une simple visite.
On entre dans la pénombre. Le plafond s'ouvre sur un ciel étoilé, les murs tombent. Le parcours ne propose pas de regarder des objets, mais de traverser des mondes, des paysages imaginaires qu'on habite, de salle en salle, comme un rêve. C'est d'une œuvre des collections que tout est parti : Alice in Wonderland de la Tchèque Dana Zámečníková. Sur des plaques de verre peintes, un poisson fend une silhouette féminine, séparant l'enfance de l'âge adulte d'un simple trait de
lumière... Le premier chapitre s'ouvre sur la Carapace céleste d'Anaïs Pégourié, tortue cosmique en verre thermoformé portant le monde sur son dos, tel un Atlas revisité. Tout près, Antoine Brodin suspend ses oreillers de verre inspirés des Notes de chevet de Sei Shōnagon, la poésie du sommeil figée dans la matière la plus fragile qui soit. Le verre ici ne décore pas, il raconte, et cette promesse tient jusqu'au bout. La deuxième partie gravite autour de Lewis Carroll,
et elle est sacrément peuplée. Le Lapin au pays des merveilles de Rebecca Stevenson côtoie la Montre molle de Dalí — clin d'œil à celle du lapin blanc autant qu'à la plasticité du verre. Derya Geylani y ajoute une théière et une tasse en porcelaine et verre étiré à la flamme, si légères qu'elles semblent encore en mouvement.
Le goûter du chapelier fou n'a jamais eu meilleur décor.
Attention fragile ! – La séquence intitulée L'inquiétante étrangeté convoque Freud et ses troublantes familiarités. Réminiscence d'Aurélie Adam fait surgir un carrousel d'enfance sous forme de zootrope animé en lumière stroboscopique, tandis que le miroir Ghost d'Olivier
Sidet reflète notre environnement mais jamais nous-même — puissant, inquiétant juste ce qu'il faut.
Le parcours s'achève dans une forêt imaginaire où Julie Legrand a déposé son Nid de licornes, cocon hérissé d'épines tout en spirales, à la fois refuge et menace. Autour, des animaux fantastiques habitent cet ultime espace que Simone Fezer et Anaïs Pégourié regardent avec un œil plus sombre, celui de la fragilité du vivant. On repart avec l'idée qu'il est urgent de protéger ce qui nous entoure. « Ce ne sont pas les merveilles qui manquent à notre monde, mais notre regard qui manque au merveilleux ». La phrase d'Édouard Cortès, reprise par les commissaires en exergue, dit exactement ce que fait cette exposition. Elle ne crée pas l'émerveillement, elle le retrouve. C. Lombardo
Enchanté, la fabrique des histoires
Sars-Poteries, jusqu'au 03.01.2027, MusVerre mar > ven : 10h-12h & 13h30-18h • sam & dim : 10h-18h , 8/6€ (gratuit -18 ans), musverre.fr
Et si le design s’apprenait d’abord en jouant ? Avec cette exposition, un siècle de création se raconte à hauteur d’enfant, des premières chambres modernistes aux matières recyclées d'aujourd'hui. Imaginée avec le Centre Pompidou et enrichie des collections belges, Designing Childhood montre comment le mobilier accompagne l’évolution du statut des plus jeunes et, à travers lui, les transformations sociales.
Changer de point de vue suffit parfois à réécrire l’histoire.
Le Design Museum
Brussels choisit celui de l’enfance avec des objets qui révèlent les mutations du xxe siècle. Au cœur du récit, une bascule discrète mais décisive. Portés par les idées de Maria Montessori et Ovide Decroly, pédagogues et designers repensent ensemble les usages du quotidien. L'enfant cesse d'être un "petit adulte" à équiper en miniature et conquiert un espace pensé pour lui, où manipuler et apprendre ne font plus qu'un. Certaines créations traduisent à elles seules cette évolution.
En 1952, Charles et Ray Eames imaginent House of Cards, un jeu de construction composé de cartes illustrées. En les emboîtant, on forme des maquettes – et l'on joue à l'architecte sans le savoir.
Enjeu collectif
L’après-guerre impose d’autres urgences. Il faut reconstruire vite et loger le plus grand nombre. La production se rationalise, les lignes se simplifient, les matériaux s’industrialisent. Les propositions de Jean Prouvé ou Arne Jacobsen pour les écoles incarnent cette exigence. Le design se met au service d'une
société attentive à l'ergonomie, à l'hygiène et à l'accessibilité. Puis, dans les années 1960, le ton change. Les formes s’assouplissent, les couleurs éclatent, le plastique envahit tout. Le mobilier devient modulable, parfois même franchement ludique. L’enfant n’est plus un usager à adapter, il devient un acteur à part entière de son environnement.
Cercle vertueux
Cette dynamique se prolonge aujourd’hui avec une attention accrue aux enjeux contemporains. La scène belge, largement mise en avant, en offre une illustration
concrète. Le studio ecoBirdy développe par exemple la chaise Charlie à partir de jouets en plastique recyclé, dans une logique à la fois durable et fonctionnelle. Au fil du parcours, une évidence s’impose. Concevoir pour l’enfance n’a rien d’anecdotique. Ces objets souvent discrets portent une histoire bien plus vaste, celle d’une société qui, en regardant sa jeunesse, esquisse une vision du monde à venir. Nicolas Pattou
Designing Childhood.
Une Histoire du Design pour enfant Bruxelles, jusqu'au 20.09, Design Museum Brussels, lun > dim : 11h-19h, 8,50 > 2€ (gratuit -12 ans), designmuseum.brussels
Une soirée diapo, ça vous dit ? L’expo Slide/Show en projette des milliers pour raconter une histoire peu banale, présentée hors de Chine pour la première fois. Ce petit rectangle de plastique translucide aurait joué un rôle décisif dans l’essor de l’art chinois moderne. Extinction des lumières.
L’Institut pour la photographie (Lille) et l’UCCA ont vu les choses en grand. Slide/Show , exposée à Pékin en 2023, retrace au Frac de Dunkerque le rôle clé des images projetées dans l’éveil artistique du pays. Le parcours remonte jusqu’à la lanterne magique, ancêtre du carrousel de diapositives : « Dans les années 1950, les diaporamas (ou slideshows, ndlr) fleurissent dans la Chine rurale pour diffuser les programmes culturels ou sanitaires du parti », rembobine la commissaire Holly Roussell. Dès l’entrée, le visiteur est plongé dans l’ambiance de ces projections collectives.
Documenter l’art étranger – Plus loin, 1 400 reproductions de diapositives transforment un mur en vaste roman-photo. Réalisées à travers le monde par Zheng Shengtian, elles participent, dans les années 1980, à l’éclosion d’une scène artistique avide de références nouvelles. Les artistes chinois s’emparent à leur tour de ce médium pour diffuser leurs œuvres. Aujourd’hui encore, ces rectangles lumineux inspirent la création contemporaine. Liang Juhui érige ainsi une tour de Babel jusqu’au plafond du Frac, dont les fenêtres s’illuminent de 1 332 scènes urbaines. Wang Wei imagine, lui, un tunnel où le visiteur marche littéralement sur des visages projetés sous ses pas. Ici, la diapositive ne se contente plus de montrer, elle modifie les regards et propulse toute une scène dans la modernité. Arnaud Stoerkler
Slide/Show, projections et art contemporain en Chine Dunkerque, jusqu’au 30.08, Frac Grand Large – Hauts-de-France, mer > dim : 14h-18h 8/4€ (gratuit -18 ans), fracgrandlarge-hdf.fr
TÊTE-À-TÊTE
Voici une exposition qui porte bien son nom. Ici, chaque œuvre semble vous regarder. Dans la galerie, Rembrandt croise Jean-Baptiste-Camille Corot, tandis que les noirs profonds de Pierre Soulages résonnent avec les strates d'Eugène Leroy. À l'étage, le dessin mural de Sol LeWitt structure l’espace. D’un siècle à l’autre, peintures, estampes et sculptures dialoguent ainsi librement. On déambule sans mode d’emploi, happé par cette collection née vers 1860, foisonnante et vivante, qui préfère la conversation aux certitudes. C.L.
Tourcoing, jusqu'en 2028, MUba tous les jours (sauf mardi) : 13h-18h, 6/4€ (gratuit -18 ans), muba-tourcoing.fr
MEMO. SOUVENIRS DU FUTUR
Dans la pénombre, les récits affleurent comme des souvenirs à venir. Ici, le design alerte et témoigne. La performance de Roberta Di Cosmo ranime les gestes liés aux oliviers disparus, tandis qu'Alexis Foiny redonne corps à une fleur éteinte, recréée en volume et en parfum. Partout, des fragments de mondes fragilisés surgissent, entre archives et fictions. On circule lentement, saisi par ces œuvres qui ne documentent pas seulement la perte, mais invitent à réparer. C.L.. Hornu, jusqu'au 30.08, CID, mar > dim : 10h-18h 10 > 2€ (gratuit -6 ans), cid-grand-hornu.be
Au Musée de la Photographie de Charleroi, cette exposition trouble les évidences. Entre archives judiciaires et étranges mises en scène, ces images rejouent le crime sans jamais le montrer, laissant au regard le soin de recomposer l’histoire.
On entre presque à pas feutrés. Sur les murs, aucune image ensanglantée mais une tension palpable, figée en noir et blanc. Les clichés, issus des archives de la police judiciaire de Liège (1923-1960), ont ceci de singulier : ils ne montrent pas le crime, ils le rejouent. Un homme, manteau sombre, brandit un pied à coulisse au-dessus d’une femme assise. Le geste, figé, paraît presque maladroit. Ailleurs, une jeune mère serre une poupée : reconstitution glaçante d’un infanticide. Chaque document oscille ainsi entre absurde et tragique. Comme le souligne Xavier Canonne, co-commissaire, « il y a, dans ces photographies, une forme de théâtralité ». Ici, la justice fabrique des images pour comprendre. Ces scènes, rejouées en présence de suspects, témoins et enquêteurs, servent à confronter les récits, combler les zones d’ombre. La force de l’exposition tient dans ce décalage.
La
banalité du mal
La scénographie prolonge l’immersion : au centre, un bureau d’enquêteur reconstitué donne accès à dossiers et fac-similés. Au fil du parcours, une lecture sociale affleure. Intérieurs modestes, rues anonymes, objets du quotidien… Autant de fragments d’une Belgique d’hier, saisie dans ses décors ordinaires soudain traversés par l’irréparable. Ni voyeuriste ni spectaculaire, l'exposition préfère l’étrangeté au choc frontal. Une plongée où le réel se rejoue comme une fiction et où l’image, loin de résoudre, continue de poser des questions. Nicolas Pattou
Archives de la Police Judiciaire. De beaux assassinats Charleroi, jusqu’au 17.05, Musée de la Photographie, mar > ven : 9h-17h • sam & dim : 10h-18h 8/4€ (gratuit -12 ans), museephoto.be
Explorer l’invisible sans quitter le territoire. La Biennale de BéthuneBruay déploie un parcours en quatre volets consacré à Augustin Lesage, figure majeure de l’art brut.
Né en 1876 dans une famille de mineurs du Pas-de-Calais, rien ne destinait Lesage à la peinture. En 1911, au fond de la mine, une voix lui annonce : « Un jour, tu seras peintre ». L’expérience agit comme un déclencheur. Initié au spiritisme, il se met à peindre sous « guidance », élaborant des toiles monumentales, rigoureusement symétriques, où architectures imaginaires, motifs géométriques et figures miniatures composent de vertigineux systèmes visuels. Ce geste singulier irrigue l’ensemble de la biennale. À la Cité des Électriciens, ses œuvres dialoguent avec celles d’autres créateurs issus du monde ouvrier, rappelant combien ces imaginaires naissent au cœur du quotidien. Un itinéraire à ciel ouvert entre Auchel, Burbure et Ferfay retrace, lui, les grandes étapes de sa vie. Point d’orgue du dispositif, Labanque propose une lecture élargie de cet héritage. Sous le commissariat de Valentine Umansky et Tadeo Kohan l’exposition met en regard Lesage et des artistes contemporains pour explorer mondes souterrains, réalités parallèles et formes invisibles. « Nous avons déplié ses œuvres comme une feuille pour en révéler les faces cachées », explique Valentine Umansky. Entre art et expérience sensorielle, ce parcours éclaire une œuvre où, selon Lesage : « Tout vibre autour de moi ». Une invitation à regarder autrement, au-delà du visible. C.L. Agglo Béthune-Bruay, 23.05 > 15.11, Labanque (Béthune), Cité des électriciens (Bruay-La-Buissière), Chapelle Saint Pry (Béthune), Auchel, Burbure et Ferfay..., bethunebruay.fr
Au CAP de Mons, cette exposition pionnière en Belgique interroge les liens entre création artistique et engagement politique, de la Révolution russe à la chute du Mur de Berlin. Un siècle de tensions, de rêves et de contradictions.
Placée sous le commissariat de Paul Aron (directeur de recherches au FNRS) avec le concours des archives communistes de Belgique, Regards pluriels réunit une soixantaine d'artistes belges ayant croisé, de près ou de loin, le mouvement communiste entre les années 1920 et 1989. Le parcours, chronologique et thématique, mêle peintures, gravures, sculptures, affiches et œuvre monumentales. Il s'ouvre sur les grandes figures révolutionnaires et la symbolique du rouge, couleur des luttes sociales héritée du xixe siècle, avant de consacrer une section à Frans Masereel, dont les images incisives irriguent la presse progressiste de l’entre-deux-guerres.
Cinquante nuances de communisme
Plus loin, les non-figuratifs Marthe Velle ou Jo Dustin rappellent que l'abstraction fut aussi un terrain de bataille idéologique, prise entre réalisme socialiste soviétique et art libre made in USA. Le groupe MAKA, formé à Mons en 1971, ravive la mémoire d'un expressionnisme coupde-poing, couleurs franches et touche tourmentée, qui entendait mettre la violence de la peinture au service de la révolte sociale. L'exposition démontre avec élégance qu'il n'existe pas un art communiste uniforme, mais une constellation de positionnements — engagement direct, proximité intellectuelle, distance critique. Pour Xavier Roland, directeur du CAP, certaines œuvres placées dans l'espace public aujourd'hui produiraient un effet immédiat tant elles restent actuelles. C'est peut-être cela, la vraie mission du musée : neutraliser la radicalité pour ouvrir un espace de dialogue. Camille Lombardo
Regards pluriels. L’art belge et l’utopie communiste au xxe siècle Mons, jusqu'au 16.08, CAP, mar > dim : 10h-18h, 17 > 3€ (gratuit -3 ans), cap.mons.be
GARE MÉDITERRANÉE
Vue sur mer
Lille3000 rebaptise la Gare Saint Sauveur en Gare Méditerranée et en fait le port d'attache d'une programmation pluridisciplinaire qui embrasse les cultures du Maghreb et du bassin méditerranéen dans toute leur vitalité. Le cœur de cette saison bat dans la Halle B, où l'exposition Traversées s'installe jusqu'au 27 septembre. Placée sous le commissariat d'Olfa Feki, elle regroupe dix-huit artistes marocains, tunisiens, algériens et français issus des diasporas, réunis en binômes de part et d'autre de la Méditerranée : d'un côté un artiste ancré dans son pays natal, de l'autre un créateur établi en France. À quatre mains, ils font surgir œuvres monumentales et installations immersives qui sondent les mémoires, territoires et identités en mouvement — comme le font Bruno Boudjelal et Lola Khalfa, dont le travail photographique ausculte les traces et les silences de l'exil. Car c'est bien l'exil que Traversées interroge, dans une acception bien plus large que le seul déplacement géographique. « L'exil n'est pas forcément un départ, mais une recherche nécessaire de soi », formule Olfa Feki. Une « transhumance poétique » qui fait de l'entre-deux non un vide, mais un territoire fertile où de nouvelles formes culturelles peuvent naître. Camille Lombardo Lille, 15.05 > 27.09, Gare Saint Sauveur, exposition Traversées • week-ends : spectacles, concerts, dj set, food • grand opening : 28 > 31.05, gratuit
Au-delà de toutes les mers
La Condition Publique & Le Cube - independent art room, Rabat
La Condition Publique
14, place Faidherbe Roubaix
30.0501.11.2026
mer + sam 14:00 - 19:00 + 1er dim du mois 12:00 - 19:00
Katrin Ströbel & Mohammed Laouli, Frontières fluides (Marseille) 2013 - 2025
KS
ML, adagp, Paris, 2026
MARIE-JO LAFONTAINE
Elle a marqué la Documenta de Kassel, séduit le Guggenheim, bousculé la Tate. Depuis cinquante ans, Marie-Jo Lafontaine scrute le corps (ses désirs, ses failles, ses élans) et tient à rendre visibles les forces invisibles qui le traversent. Des nageuses en apnée de Dark Pool jusqu’aux danses fiévreuses de Dance the World, son œuvre déploie une troublante intensité. Le Musée départemental de Flandre lui consacre une monographie immersive Cassel, jusqu'au 27.09, Musée départemental de Flandre, mar > ven : 10h-12h30 & 14h-18h sam & dim : 10h-18h, 8/6€ (gratuit -18 ans), museedeflandre.fr
GREGORY CREWDSON
Trois séries majeures réunies dans une exposition à la fois intime et politique. Depuis plus de trente ans, Gregory Crewdson observe l’Amérique ordinaire, ses pavillons et ses vies discrètes. Il projette une vision inspirée par le cinéma, mais immortalisée par la photographie. Ses images ressemblent à des films dont il ne resterait qu’un plan, mystérieux et définitif. Le visiteur mesure ainsi le temps qui passe : il faut revenir, contempler, accepter de ne pas tout comprendre.
Charleroi, jusqu’au 17.05
Musée de la Photographie, mar > ven : 9h-17h sam & dim : 10h-18h, 8 > 4€ (gratuit -12 ans) museephoto.be
PHOTOSENSIBLE
Voici un trésor longtemps resté dans l’ombre : près de 250 tirages, dont la plupart n’avaient jamais été montrés. Issue notamment des donations d'Henri Matisse et d’Alice Tériade, la collection mêle portraits, expérimentations et premiers élans du photojournalisme. Elle montre comment, au cœur des avant-gardes du xxe siècle, la photographie s'affirme peu à peu comme un art à part entière. On y entre comme dans une boîte d’archives enfin ouverte.
Le Cateau-Cambrésis, jusqu'au 14.06
Musée dép. Henri Matisse, lun, mer > ven : 10h-12h30 & 14-18h • sam & dim : 10h-18h, 8/6€ (grat. -18 ans), museematisse.fr
PAR-DELÀ LES MILLE ET UNE NUITS
Comment raconter la fascination des Européens pour l’Orient, du Moyen Âge à nos jours ? En convoquant l’imaginaire des Mille et Une Nuits, bien sûr, et quelques figures familières comme Schéhérazade, Aladin ou Sindbad. Avec près de 300 œuvres, la nouvelle exposition du Louvre-Lens explore ces rêves d’ailleurs, entre trésors anciens et regards contemporains. Une plongée érudite qui démonte les clichés sans jamais éteindre la puissance du mythe.
Cette artiste lilloise photographie des corps à un moment de bascule. Ici, une silhouette semble prête à quitter son enveloppe. Plus loin, un ventre arrondi capte la clarté comme un astre intime. Pensé comme une partition, l'accrochage alterne formats et respirations tandis qu'une création sonore transforme le parcours en expérience sensible. On découvre un espace où les identités se réinventent, où l’image cesse d’assigner pour devenir un terrain d’émancipation. Lille, jusqu'au 04.07, Théâtre du Nord, mar > ven : 12h30-19h • sam : 14h-19h, gratuit institut-photo.com
RENAULT 12
Chaque été, entre les années 1970 et 1990, des milliers de familles maghrébines prenaient la route. Coffres pleins, enfants à l’arrière, direction le sud puis le ferry, puis le pays. Avec Renault 12, Mohamed El Khatib transforme cette mémoire collective en une installation bouleversante. Dans l’espace d’exposition, plusieurs véhicules apparaissent entiers ou démontés. Autour, on trouve des cartes d’époque, des cassettes audio, des photos, des objets entassés comme pour un départ en vacances.
Roubaix, jusqu'au 11.07
La Condition publique, mer & sam : 14h-19h 1er dim du mois : 12h-19h, tarif libre laconditionpublique.com
LA REDOUTE
Comment des agriculteurs de Roubaix ont-ils conçu l’une des plus impressionnantes machines de mode du siècle dernier ? C’est ce que raconte cette exposition en déroulant le catalogue de La Redoute, sur près de 190 ans d’histoire. Le parcours réunit plus de 300 pièces (vêtements, mobilier, archives) dans une traversée chronologique ponctuée de thèmes malicieux ("s’habiller comme maman", "podium yéyé"...). En faisant de l'image un moteur du désir, cette enseigne a inventé les codes du commerce moderne.
Roubaix, jusqu'au 05.07, La Piscine
mar > jeu : 11h-18h, ven : 11h-20h
sam & dim : 13h-18h, 11/9€ (grat. -18 ans) roubaix-lapiscine.com
KANDINSKY FACE AUX IMAGES
Cet événement s’attache au geste quotidien plutôt qu’au mythe. Autour des peintures, documents et images d’atelier montrent comment l’abstraction s’est construite pas à pas, au contact du visible. On suit, presque au jour le jour, la manière dont Kandinsky observe, découpe et conserve des images pour nourrir sa peinture. Sans emphase, le parcours renouvelle notre regard et souligne la cohérence d’une œuvre en perpétuel mouvement.
Villeneuve d'Ascq, jusqu’au 14.06, LaM, mar > dim : 11h-19h, 11/9€ (gratuit -26 ans), musee-lam.fr
28 avril - 30 août 2026
LA FLÛTE ENCHANTÉE
L'opéra augmenté
Conte initiatique et fête des sens, La Flûte enchantée s’invite à l’Opéra de Lille dans une version devenue culte. Entre cinéma muet et opéra, Barrie Kosky et la compagnie 1927 signent une traversée visuelle et musicale où la magie de Mozart se réinvente sous nos yeux. Créée en 1791, La Flûte enchantée reste une porte d'entrée idéale vers l’opéra. Derrière son apparence de conte féerique, l’ultime ouvrage du compositeur raconte une quête de vérité. Tamino part délivrer Pamina à la demande de la Reine de la Nuit, avant de découvrir qu’elle l’a manipulé. Guidé par la flûte magique, il affronte ses doutes jusqu'à se transformer, aux côtés de Pamina, en homme accompli. À cette fable universelle, mêlant idéaux des Lumières et théâtre populaire, répond une partition d’une richesse inépuisable. Mozart y fait coexister des mondes opposés (clair et obscur, comique et métaphysique) sans jamais rompre l’élan dramatique.
Modèle hybride
La mise en scène de Barrie Kosky, conçue avec Suzanne Andrade et la compagnie 1927, en révèle toute la liberté. « Il faut célébrer les contradictions de l’œuvre », souligne Kosky, refusant toute lecture univoque. Sur scène, les chanteurs évoluent dans un flux d’images animées inspirées du cinéma muet des années 1920, de l’expressionnisme et du music-hall. Suzanne Andrade insiste sur cette hybridation : « Nous ne faisons ni du théâtre avec du film, ni un film avec des acteurs ». L'histoire se construit avec les intertitres, les gestes et les images. Kosky parle même d'un « film muet de Mozart ». À la direction musicale, Riccardo Bisatti souligne la cohérence de cette œuvre multiple. Entre clarté lumineuse et tensions dramatiques, il accompagne ce spectacle total où musique et image respirent ensemble. Nicolas Pattou
Lille, 09 > 26.05, Opéra de Lille, lun > jeu : 20h • sam : 18h • dim : 16h, 75 > 5 €, opera-lille.fr
LES PETITES FILLES MODERNES
(TITRE PROVISOIRE)
Indestructible amitié
Il suffit d'une amitié pour faire trembler le monde des adultes. Avec cette nouvelle création, Joël Pommerat signe un conte fantastique habité, où deux adolescentes affrontent ensemble l'incompréhensible. Elles opposent à l'ordre établi et à l'autorité des adultes la magie, la transgression et une solidarité qui dépasse les lois du réel.
Jade et Marjorie auraient pu se détester pour de bon. L'une harcèle l'autre au collège. Puis quelque chose bascule. Un secret partagé la nuit, à l'insu des parents. Un pacte scellé en silence. Et voilà deux filles que tout séparait soudées par une amitié si intense qu'elle finit par défier les règles ordinaires de l'existence. Avec Les Petites filles modernes, Joël Pommerat prend le contre-pied assumé de Cendrillon (2011), où il démontait le merveilleux pièce par pièce. Cette fois, il l'embrasse sans réserve. « Dans Cendrillon, je déconstruisais franchement les notions de merveilleux, de magique et de surnaturel. Ici, je les prends au sérieux et au premier degré », confie-t-il. Le fantastique devient ainsi la seule réponse viable à un réel trop lourd à porter. Ce « théâtre roman » mêle deux fils narratifs qui finissent par se rejoindre, dans un espace scénique quasi vide traversé de lumières laser et de vidéos hypnotiques. Sur scène, trois interprètes glissent entre rêve, cauchemar et quotidien avec une précision envoûtante. On ressort de ce conte comme d'un songe dont on ne voudrait pas se réveiller, traversé par la peur, la colère et quelque chose qui ressemble furieusement à de l'amour. Camille Lombardo Dunkerque, 20 > 22.05, Le Bateau Feu, 19h sauf ven : 20h, 10€, lebateaufeu.com
Théâtre
L es Futu rs
Une journée stimulante pour penser, questionner, réinventer le monde de demain.
16h30 à 18h 20 2 6 M A I 30
14 h à 16 h
dès 14h
ATELIER THÉÂTRE DÉMOCRATIQUE
par Lisa Guez
14 h à 16 h
ATELIER
DESIGN FICTION par Lena Paugam
CONFÉRENCE VIVANTE
DE LA PERFORMANCE À LA ROBUSTESSE avec Bastien Jakobiak
MARATHON DE LECTURE
Et aussi : espaces ressources et associatifs, ateliers, karaoké et autres activités futuristes et joyeuses
GRATUIT !
Ouvert à toutes et tous
Bar et petite restauration sur place à partir de 18h30
par Cédric Gourmelon, Lisa Guez, Lena Paugam et Arnaud Vrech et toutes les personnes souhaitant lire un texte de leur choix sur le thème de la journée
Programmation détaillée sur comediedebethune.org
03 21 63 29 19
138, rue du 11 novembre 62400 Béthune
QUE D'ESPOIR !
Valérie Lesort s'empare des cabarets d'Hanokh Levin (1943 - 1999), maître de la satire grinçante et de la tendresse désabusée. Elle en tire un spectacle franchement burlesque. Quatre comédiens s'y métamorphosent à vue, échangeant prothèses et perruques rigidifiées dans l'esprit du jeu Monsieur Patate. Ces Playmobils existentiels exhibent nos petitesses avec une irrévérence jubilatoire. Hugo Bardin (Paloma de Drag Race France) et Charly Voodoo, créature du Cabaret Madame Arthur qui signe aussi les musiques, complètent une distribution taillée pour la farce et la chanson. C.L.
Dunkerque, 05 & 06.05, Le Bateau Feu mar : 20h • mer : 19h, 10€ lebateaufeu.com
DEUX MENSONGES ET UNE VÉRITÉ
Philippe vient de commettre l'erreur fatale : dire à sa femme, au soir de leurs vingt-sept ans de mariage, qu'il n'a plus rien à apprendre d'elle. Pour lui prouver le contraire, Catherine renverse le jeu avec une maestria dévastatrice. Les auteurs Sébastien Blanc et Nicolas Poiret ont construit une mécanique de quiproquos en cascade, servie ici par une distribution impeccable. Sandra Raco signe une mise en scène vive, où le rire et l'inconfort font bon ménage. C.L.
Bruxelles, 06 > 31.05, Théâtre Royal des Galeries, divers horaires, 30 > 12€, trg.be
Fabrice
Robin
Charles Doré
KUNSTEN FESTIVALDESARTS
Convergence des luttes
Depuis 1994, le Kunstenfestivaldesarts fait de Bruxelles, chaque mois de mai, un laboratoire des arts vivants. Pour sa 31e édition, il emprunte à Sartre une image saisissante : dans La Nausée, le protagoniste voit bancs et jardins se dissoudre en une matière insaisissable. En 2026, la métaphore n'a plus rien d'abstrait. Face à un réel qui se dérobe, le festival oppose la malléabilité, non pour fuir, mais pour remodeler le monde.
La manifestation investit cette année 24 lieux, des grandes scènes habituelles jusqu'aux espaces les plus insolites : une piscine Art déco au cœur des Marolles, un parking au toit conique, une usine désaffectée à Molenbeek. Théâtre, danse, performance, cinéma et arts visuels s'y croisent librement, portés par des artistes issus de 23 pays et en onze langues. Parmi les temps forts, A Flower of Forgetfulness du cinéaste thaïlandais Apichatpong Weerasethakul, compose à la Chapelle des Brigittines une méditation sur la mémoire et l'oubli, projetant des images de journaux intimes sur un grand voile blanc flottant dans l'air. Aux Halles de Schaerbeek, la Brésilienne Janaina Leite s'empare de Georges Bataille pour História do Olho, une fable réunissant douze interprètes – dont des travailleurs du sexe – qui mêle références pornographiques et théâtre, glissant du vulgaire au sublime. Au Parking Panorama, Scott Gibbons et Romeo Castellucci guident une procession, quelque part entre prière ancestrale et signal d'alarme. Partout, la dimension politique affleure sans fracas. Un acteur iranien incarcéré brillant par sa seule absence, des chants de prisonniers palestiniens, le récit d'une femme nicaraguayenne empêchée de franchir une frontière. Le festival écoute ce qui palpite là où les mots officiels ne passent plus. Camille Lombardo
Bruxelles, 08 > 30.05, Divers lieux, horaires et tarifs, kfda.be
Sélection / 08 > 11.05 : Apichatpong Weerasethakul – A flower of forgetfulness • Bouchra Ouizguen – Este Mundo // 08 > 15.05 : Alice Diop – Le Voyage de la Vénus Noire 09 > 11.05 : Germaine Kruip – A Possibility // 09 > 15.05 : Lagartijas Tiradas al Sol - Centroamérica 14 > 17.05 : Marlene Monteiro Freitas – NÔT // 21 > 24.05 : Romeo Castellucci & Scott Gibbons – To Carthage then I Came • Janaina Leite – História do Olho // 21 > 28.05 : Boris Charmatz– Muette...
FOOTBALLEUR
Trouble jeu
Pas de tribune en délire ni de geste héroïque au ralenti. Footballeur prend le sport à revers pour raconter une bascule intime. Avec cette création du Collectif Aubervilliers, Arnaud Vrech et Simon Diard partent d’une histoire vraie — celle du frère du metteur en scène, espoir passé par les Chamois niortais — brutalement stoppée par une rétinite pigmentaire, maladie génétique dégénérative qui réduit peu à peu le champ de vision. La pièce s’ouvre dans un vestiaire en sous-sol, à la veille d’un match. Deux frères s’y retrouvent enfin, après des années de silence. Entre souvenirs et projections, ils affrontent l’annonce de la fin de carrière. Le choc atteint le corps du sportif, fait voler en éclats l’avenir et bouscule son identité même. Autour d’eux, une gardienne et une fanfare décalée déplacent le réel, introduisant une étrangeté presque onirique. Le décor, réduit à quelques bancs, des caisses, des ventilateurs et un haut-parleur place l'action sur un terrain concret, tout en ouvrant un espace intérieur bien plus vaste. L’écriture de Diard explore ce passage de la vue à la vision, jusqu’à son extinction. À la croisée du documentaire et de la fiction, Footballeur interroge la fragilité des corps, l’expérience de l’exclusion et notre dépendance au visible. Une forme parfois âpre, mais profondément habitée, qui préfère l’instabilité féconde à la démonstration. Nicolas Pattou Béthune, 27 > 29.05, Comédie de Béthune, mer & ven : 20h • jeu : 18h30, 10/6€, comediedebethune.org
Dans une Gaule rêvée où affleurent nos obsessions contemporaines, deux figures – tantôt hommes, tantôt sangliers – bricolent un récit aux allures de mythe détraqué. Avec Les Gaulois, Thomas Blanchard et Olivier Martin-Salvan s’emparent de l’écriture incisive de Marion Aubert pour une traversée burlesque et inquiète de nos origines. Entre pop culture et mémoire archaïque, le spectacle enchaîne les métamorphoses, mêle rire et trouble, dans un théâtre physique et visuel qui éveille notre imaginaire – et gratte là où ça remue encore. C.L.. Arras, 11 & 12.05, Théâtre, complet ! tandem-arrasdouai.eu
Raphaëlle Boitel orchestre pour le Groupe Acrobatique de Tanger un ballet d’une intensité rare. Entre hip-hop et figures traditionnelles, treize corps en alerte déploient un langage physique incandescent, traversé d’élans collectifs et d’échappées solitaires. Dans ce clair-obscur que fend le bleu de Chaouen, se dessinent une jeunesse en quête d’ailleurs, une fraternité fragile, et l’irrépressible désir d’aller voir « de l’autre côté ». C.L.
Turnhout, 06.05, De Warande, 20h15, 31/12€, warande.be // Brugges, 13.05, Théâtre, 20h 32 > 13€, ccbrugge.be // Mons, 19.05, Théâtre Le Manège, complet !, surmars.be Namur, 21 > 23.05, Théâtre, complet !
(Mylène Benoit) Comment partager une danse avec ceux qui ne la voient pas ? Un chant avec ceux qui ne l'entendent pas ?
Mylène Benoit pose ces questions et en fait une œuvre. On dirait que le soleil est une création chorégraphique, vocale et musicale pour trois interprètes, parmi lesquels le danseur non-voyant Odil Gerfaut, dont la présence redistribue toutes les cartes. Lumière traduite en braille, chant-signe, vibration, font de chaque sens une porte d'entrée. Une expérience synesthésique totale. Villeneuve d'Ascq, 04 > 06.05, La Rose des vents, 20h sauf lun : 19h, 18/16€ (-12 ans : 6 €), larose.fr Valenciennes, 12 & 13.05, Le Phénix, mar : 20h • mer : 19h, 26 > 6€, lephenix.fr
POCKEMON CREW
Né sur le parvis de l'Opéra de Lyon en 1999, le Pockemon Crew est aujourd'hui la compagnie de breaking la plus titrée au monde. Avec De la rue aux Jeux, mis en scène par Riyad Fghani, la troupe retrace sa propre épopée en trois tableaux : les premières battles dans la rue, l'entrée dans les théâtres, puis la solitude du danseur au sommet. Le tout avec la générosité et la précision technique qu'on lui connaît et en toile de fond, la consécration ultime : Paris 2024, où le breaking a fait son entrée aux J.O.
Feu de camp, guimauves, amis insouciants et soudain, l'innommable. Avec Marshmallow BBQ, Storms et Leirens signent un pastiche jouissif des films d'horreur de série B, où tous les clichés du genre sont assumés et poussés jusqu'à l'absurde. Leur cinquième collaboration réunit cinq performeurs pour un drame grotesque et hallucinatoire, suscitant tantôt le rire nerveux ou la vraie frayeur. Le duo l'annonce sans ciller : « rien n'est plus horrible que les vingt dernières minutes d'un Marshmallow BBQ ».
Valenciennes, 19 & 20.05, Le Phénix, 20h, 26 > 6€
SIAN, DÉCHARGER LA MARMITE QUI CRAME AU FEU
DEPUIS TOUJOURS
(Tatiana Gueria Nade) Sian signifie cicatrice en wobé (langue de Côte d'Ivoire). Et c'est exactement ce que Tatiana Gueria Nade expose sur scène : les siennes, intimes et collectives, héritées d'un monde qui asservit les femmes. Formée à l'École de Danse d'Irène Tassembédo à Ouagadougou, la chorégraphe signe avec ce premier solo une œuvre à l'énergie dévastatrice. Face à un micro qu'elle ne prend jamais, son corps dit ce que les mots ne peuvent contenir, porté aussi par la voix de Delphine Seyrig enregistrée en 1972.
Armentières, 05.05, Le Vivat, 20h, 21 > 12€ (-13 ans : 10€), levivat.net
DANS LA SOLITUDE DES CHAMPS DE COTON
(Koltès / Van den Eeyden) La nuit, un terrain vague mal éclairé, deux hommes qui ne se connaissent pas. Avec Dans la solitude des champs de coton, Bernard-Marie Koltès entraîne un Dealer et un Client dans un duel de mots où la transaction n'est que prétexte. C'est le désir, la peur et l'incommunicabilité qui s'affrontent vraiment ici. Jean-Michel Van den Eeyden signe une mise en scène sobre et tendue, qui laisse toute la place à la langue dense de Koltès, portée par Marc Zinga et Fabrice Adde. On en sort ébranlé.
Mons, 13.05, Théâtre Le Manège, complet !, surmars.be
PREMIÈRE LIGNE
(L. Guez / A. Tran) Ils sont trois, ils ont 25 ans, et ils débutent là où la société craque : l'hôpital public, un collège en zone prioritaire, un commissariat de banlieue. À partir de témoignages documentaires, Lisa Guez et Alexandre Tran tissent avec Première ligne un théâtre vif et sans filet, où le micro rencontre le macro, où les corps parlent autant que les mots. Entre lucidité impitoyable et éclairs d'humanité, on sort avec une question qui ne lâche pas : comment tient-on encore debout ?
Vous ne savez plus où mettre vos emballages ? Olivier Martin-Salvan et Pierre Guillois en ont fait la matière première d'un spectacle détonnant. Sur scène, tout ou presque est en carton : costumes, décors et accessoires (trois coups de marqueur et voici une guitare ou un biniou). Nos deux compères – le petit rond endimanché et le grand maigre à moitié nu – déplient leur attirail pour conter un road-movie de l'Islande à l'Espagne dans un anglais incompréhensible. Et ça cartonne !
Dunkerque, 28 & 29.05, Le Bateau Feu complet !, lebateaufeu.com
(X.-L. Petit, C. Verlaguet, O. Letellier, V. Nagata Ramos) Akil a huit ans et un cœur qui flanche. Sa mère n'a pas l'argent pour l'opération mais elle a deux jambes, et la nouvelle qu'un marathon peut rapporter une fortune change tout. La voilà dossard 953, prête à courir 42 kilomètres pour que ce petit cœur imbécile continue de battre. Adapté du roman de XavierLaurent Petit, ce spectacle immersif fait dialoguer la parole et la danse hip-hop dans une course haletante où le public, placé au cœur du plateau, retient son souffle jusqu'au bout.