Franz Ferdinand, Théa, Yīn Yīn , Emerge!, Hollie Cook, Dry Cleaning, Quoi de neuf ?, Julianna Barwick & Mary Lattimore, Melody’s Echo Chamber, Big Thief, Miguel, Coline Rio, Beautiful Swamp Blues festival, The Sophs, Pi Ja Ma, Roots & Roses
48 – Disques & livres
52 – Écrans
La Corde au cou, Caravane, L’Île de la Demoiselle, Sauvage, Rosso Sangue
58 – Expostion
Par-delà les Mille et une nuits. Histoires des orientalismes, Photo Sensible, Marie-Jo Lafontaine, The Antwerp Six, Renault 12, Cyril Albrecht, Enchanté, la fabrique des histoires, Agenda…
80 – Théâtre & danse
Guerrièr·es, Stéréo, La Guerre n’a pas un visage de femme, L’Écume des jours, Pistes…, Les Turbulentes, Agenda…
Ont collaboré à ce numéro : Selina Aït Karroum, Thibaut Allemand, Camille Lombardo, Grégory Marouzé, Pupa Neumann, Raphaël Nieuwjaer, Arnaud Stoerkler et plus si affinités.
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PLAYLIST LM
La bande son de la rédaction
LM magazine France & Belgique est édité par la Sarl L’astrolab* - info@lastrolab.com L’astrolab* Sarl au capital de 5 000 euros - RCS Lille 538 422 973 Dépôt légal à parution - ISSN : en cours
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LM magazine est imprimé sur du papier certifié PEFC. Cette certification assure la chaîne de traçabilité de l’origine du papier et garantit qu'il provient de forêts gérées durablement.
Ne pas jeter sur la voie publique.
Papier issu de forêts gérées durablement
Théâtre Royal des Galeries
Directeur : David Michels
Boris Vian
Avec Joseph Colonna, Laura Fautré, Tiphanie Lefrançois, Simon Lombard, Quentin Minon, Romina Palmeri, Zoé Pauwels, Rémy Thiebaut, Alexis Vandist
Mise en scène et adaptation : Daniela Bisconti
Scénographie : Léa Gardin
Vidéos : Allan Beurms
Costumes : Sophie Malacord
Lumières : Laurent Comiant
Coproducteur : Centre des Arts Scéniques
1 er au 26 avril 2026
LA LOUCHE D'OR
Chaque année, à Wazemmes, une bonne odeur de légumes mijotés annonce le retour de la Louche d’or, festival international de la soupe imaginé par l’association Attacafa avec les habitant·es du quartier. Bien plus qu’un concours culinaire, l’événement transforme les rues en cuisine à ciel ouvert, où casseroles, fanfares et spectacles se mêlent dans une joyeuse effervescence collective. Le principe est simple : des dizaines de cuisinier·es amateurs, petits et grands, défendent leur recette familiale ou totalement loufoque sous l’œil d’un jury aussi curieux qu’incorruptible. Autour des stands, des performances et ateliers prolongent la dégustation, tandis qu’une marmite géante bouillonne à partir d’invendus pour rappeler que la fête rime aussi avec solidarité et bon sens !
À Berck-sur-Mer, chaque printemps on lève les yeux au ciel. Cette 39e édition transforme une nouvelle fois la plage en scène géante où se croisent pilotes venus du monde entier, créations monumentales et ballets acrobatiques. Moment très attendu, la World Kite Cup où plusieurs nations s'affrontent dans une compétition spectaculaire. Entre tentatives de record, envolées XXL et animations pour tous, l’événement confirme son statut de grand rendez-vous populaire et poétique.
Avec Uber Life, Tassiana Aït-Tahar transforme ses années passées à livrer pour Uber Eats en un livre aussi nerveux que lucide. Entre journal de terrain, objet photographique et geste artistique, l’ouvrage raconte de l’intérieur un travail présenté comme libre mais vécu comme une mécanique d’usure — et révèle comment cette expérience est devenue le moteur d’une œuvre.
Avant d’entrer dans une école d’art, Tassiana Aït-Tahar a surtout connu les horaires décalés, les petits boulots et les fins de mois incertaines. Ménage, restauration, intérim, animation… et puis Uber Eats. Un choix d’abord pragmatique, presque banal, attiré par la promesse d’indépendance. « Avant d’être artiste, j’étais livreuse Uber Eats », écrit-elle simplement, comme pour rappeler que tout part de là. Avec Uber Life, cette expérience devient la matière d’un livre inclassable, à mi-chemin entre le carnet de bord, le témoignage social et le projet artistique. On y entre par fragments, par images, par anecdotes, mais avec une impression immédiate de réel, comme on arrive sur une zone de livraison. Parkings de fast-food, scooters alignés, téléphones branchés sur des batteries externes, discussions qui tournent en rond en attendant la prochaine course. Le quotidien d’un livreur s’y révèle dans ce qu’il a de plus répétitif et de plus addictif.
Cuisine et dépendance
« Tu dors, tu manges, tu bosses »
Car le piège, raconte Tassiana, tient justement dans cette illusion de liberté. On se connecte quand on veut, on travaille pour soi, on gère son temps… du moins en apparence. En pratique, tout dépend de l’algorithme, des bonus, des notations, des zones plus ou moins favorables.
« Tu dors, tu manges, tu bosses », résume-t-elle, décrivant ces journées qui s’étirent jusqu’à la nuit parce qu’on veut atteindre les 100 euros par jour, puis un peu plus, puis encore une course. Le livre montre avec une précision presque clinique comment ce système use les corps et les nerfs. Attente non payée, courses mal rémunérées, comptes bloqués sans explication, accidents à la charge du livreur, concurrence permanente. Le sociologue Fabien Lemozy parle d’un travail dominé par l’endurance, où l’on finit par se rendre « corvéable » pour une plateforme qui évalue en permanence les performances sans jamais se montrer.
Matière brute – La violence est diffuse, mais constante. Mépris de
certains clients, tensions avec les restaurateurs, contrôles de police, vols, agressions, harcèlement.
Pendant le Covid, les livreurs deviennent indispensables sans être protégés, visibles sans être reconnus. Tassiana raconte cette sensation d’être partout et nulle part à la fois, coincée dans une activité dont tout le monde profite mais
« On a seulement pitié de nous dans les films »
que personne ne regarde vraiment. « On a pitié de nous dans les films, mais dans la vraie vie, ce n’est pas pareil », note-t-elle. Ce qui frappe pourtant, dans Uber Life, ce n’est pas seulement la dureté du constat, mais la manière dont il se transforme en forme
artistique. Les photos sont prises sur le vif, au milieu des vélos, des trottoirs, des néons. Les cadrages changent sans cesse, comme si le livre refusait de se poser. On y trouve aussi des captures d’écran de l’application, des tickets de commande, des messages de clients, des restes de repas, des témoignages de livreurs. Tout ce qui se perd habituellement devient ici matière à récit.
À bonne école – Ce regard, Tassiana Aït-Tahar l’a affirmé en entrant à l’école Kourtrajmé, presque par effraction, en collant ses images sur les murs pour se faire remarquer. Le photographe JR se souvient d’une candidate sans parcours académique classique mais avec une énergie impossible à ignorer. Elle avait,
dit-il, accès à « un terrain auquel personne n’avait accès ». C’est sans doute ce qui donne à Uber Life sa force particulière. Le livre ne parle pas des livreurs, il parle depuis leur monde. Un monde fait d’attente, de fatigue, de débrouille, d’humour aussi, et d’une impression tenace d’être coincé dans une partie dont les règles changent sans prévenir. À l’heure où tout s’accélère, Tassiana impose un arrêt sur image sur un travail que l’on croise tous les jours sans vraiment le voir. Nicolas Pattou
À lire / Uber Life de Tassiana Aït-Tahar (Fisheye Editions) 160 p., 38,99€
Comment raconter l’Europe sans revenir sur son histoire coloniale ?
Avec Postcolonial ?, la Maison de l’histoire européenne interroge cet héritage à travers œuvres, archives et récits de vie. De la conquête impériale aux indépendances du xxe siècle, le parcours montre comment les rapports de domination continuent de marquer le présent. Une exposition conçue comme un espace de dialogue, souligne sa commissaire, Ayoko Mensah.
Comment cette exposition estelle née et en quoi consiste-t-elle ?
Nous abordions déjà la colonisation européenne, mais de façon très circonscrite. Avec le temps, cela nous a semblé insuffisant au regard du rôle majeur qu’elle a joué dans l’histoire de l’Europe et du monde. Nous avons donc choisi d’en faire le cœur d’un événement temporaire. Conçue de manière participative, l’exposition s’appuie sur le travail de chercheurs et de scientifiques, afin d’offrir un regard à la fois rigoureux et pluriel.
Quels sont les grands thèmes développés et comment le parcours est-il construit ?
La première partie rappelle les fondements structurels du colonialisme européen, depuis la traite
esclavagiste jusqu’à la fin de la Seconde Guerre mondiale. Une histoire violente, portée par des entreprises commerciales et des conquêtes visant à extraire les richesses des territoires au détriment de leurs populations. Le deuxième chapitre aborde la période de bascule : de nombreuses colonies européennes, déjà engagées dans des luttes d’indépendance, accèdent à la souveraineté tout en découvrant que l’Europe n’est pas la puissance humaniste et universelle qu’elle prétendait être. La troisième section donne la parole à celles et ceux qui ont vécu ces luttes, en Afrique comme en Asie. Elle montre comment les espoirs ont souvent été contrariés par les guerres et la persistance de structures colonialistes. Enfin, la dernière partie s’intéresse à la mémoire coloniale aujourd’hui. On mesure à quel point les inégalités et l’idéologie raciste perdurent. Elle met aussi en lumière les initiatives visant à reconnaître et réparer ces injustices.
Vous présentez 195 objets et documents historiques. Comment les avez-vous sélectionnés ?
Raconter l’oppression, montrer les résistances précoces des populations colonisées n’est pas simple.
Nous avons donc choisi des œuvres particulièrement évocatrices. Comme une peinture représentant Toussaint Louverture, leader de la révolution haïtienne, qui a vaincu les troupes napoléoniennes et créé la première nation noire indépendante.
« L’histoire coloniale reste méconnue et peu enseignée »
Nous exposons aussi un portrait de Lakshmibai, reine de Jhansi, à la tête de la rébellion contre les colons britanniques en Inde en 1857. Un document présente également l’acte de la conférence de Berlin de 1885, où les puissances impériales se sont partagé l’Afrique comme un gâteau. Ses conséquences, notamment en termes de frontières, demeurent délétères aujourd’hui.
Pourquoi avoir choisi d’intégrer des récits personnels tout au long de la visite ?
L’histoire coloniale européenne reste méconnue et peu enseignée sur notre continent. Pour qu’elle ne soit pas abstraite, nous avons souhaité l’incarner à travers des témoignages. Certains sont descendants de soldats enrôlés dans une armée coloniale, d’autres sont des artistes qui questionnent leurs origines avec des images d’archives. Qu’en est-il du colonialisme aujourd’hui ? Est-il encore à l’œuvre ? L’ordre économique mondial actuel s’inscrit dans la continuité
de l’ère coloniale. Malgré les indépendances, les anciens pays colonisateurs conservent parfois une influence sur certaines ressources ou sur les échanges internationaux. Le franc CFA, souvent qualifié de "dernière monnaie coloniale", est encore utilisé dans plusieurs pays africains. Certains d’entre eux ont récemment affirmé ne plus vouloir de présence militaire étrangère chez eux. L’histoire continue donc de s’écrire. Mais l’État du monde et l’actualité montrent à quel point ces logiques perdurent, et qu’elles ne sont pas l'apanage de l’Europe.
Comment mieux transmettre cette histoire, notamment aux jeunes générations ?
Les musées ont un rôle essentiel pour donner à l'histoire coloniale la place qu’elle mérite. Le public doit connaître ce passé pour le comprendre, et la transmission est au cœur de nos missions. Des textes accessibles, des témoignages et des œuvres d’art peuvent, je l’espère, toucher les plus jeunes. Mais il ne s’agit pas seulement d’expliquer : il faut aussi ouvrir des perspectives, montrer comment dialoguer, agir et s’enrichir des cultures des autres. Comme le disait Martin Luther King, « nous devons apprendre à vivre ensemble comme des frères, sinon nous allons mourir tous ensemble comme des idiots ».
Bruxelles, 17.04.2026 > 14.03.2027
Maison de l’histoire européenne mar > ven : 9h-18h • sam & dim : 10h-18h lun : 13h-18, gratuit, historia.europa.eu
2024. EU, EP, House of European History
PUPA NEUMANN
Au-delà du réel
Tout commence par une fascination presque enfantine pour l’appareil photo. « Cet objet capable de créer un lien avec l’autre me paraissait magique », confie Pupa Neumann. Elle a treize ans lorsqu’elle reçoit son premier boîtier. Certains commencent la guitare, elle découvre l'image. Et très vite, elle devient une compagne de tous les jours, une manière d’être au monde. Au lycée, elle immortalise ses amis, fréquente le club photo, respire l’odeur des bains révélateurs. Pupa apprend sur le tas, dans la rue, en noir et blanc, l'œil collé au réel. À New York, aux côtés de Martine Barrat, elle sillonne Harlem et le Bronx pour photographier de jeunes boxeurs. De retour à Paris, elle enchaîne portraits et commandes pour la presse et le cinéma, avant de ressentir la nécessité de déplacer le curseur. « J’avais envie d’aller plus loin. La simple réalité ne me suffisait plus ». La mise en scène s’impose alors avec ses décalages visuels. Ses séries révèlent un univers étrange où l’image devient un espace mental plus qu’un document. Au cœur de ce travail, une constante : les femmes. L'artiste explore leurs contradictions, leurs libertés fragiles, leurs métamorphoses. Depuis quelques années, l’intelligence artificielle élargit encore son champ de création. « C’est un moyen prodigieux pour matérialiser ce que l’on porte en soi ». L’IA lui permet de traverser les époques, de retrouver les couleurs du Technicolor des années 1950, d’inventer des scènes chimériques sans quitter son atelier. Quel que soit l’outil, Pupa Neumann poursuit la même quête : fabriquer des oeuvres libres, instinctives, qui ressemblent moins au réel qu’à la manière dont on le rêve. Nicolas Pattou
À visiter / pupaneumann.com ; c @pupaneumann
À lire / L'interview de Pupa Neumann sur lm-magazine.com
Les Ravissants, de Pupa Neumann, 67 p., 16 €
La Madeleine de Gide, de Pupa Neumann, 64 p., 29 €
« La simple réalité ne me suffisait plus »
Aymeric Lompret
mer. 1er avril |
Le Colisée - Roubaix CPLT jeu. 2 avril | Le Colisée - Roubaix CPLT
Stony Stone
jeu. 2 avril | Flow - Lille
POP FACTORY #8
Anaïs MVA + Orlane
ven. 3 avril |
Le Grand Mix - Tourcoing
Vanessa Paradis
dim. 5 avril |
Zénith - Lille CPLT dim. 8 nov. |
Protoje
dim. 5 avril |
Sam Bettens
lun. 6 avril |
Zénith - Lille
Le Splendid - Lille
La Bulle Café - Lille
Alborosie & Shengen Clan
mer. 8 avril |
Le Splendid - Lille
Frizzy P & Mister Cole
mer. 8 avril |
Félix Radu
La Bulle - Lille
mer. 8 avril | Théâtre Sébastopol - Lille
Danyl
jeu. 9 avril |
La Mano 1.9
Le Splendid - Lille
jeu. 9 avril | La Condition Publique - Roubaix
Novelists + Tss + Via-
nova
jeu. 9 avril | The Black Lab - Wasquehal
Jeune Morty
jeu. 9 avril | Flow - Lille CPLT
Zoufris Maracas
ven. 10 avril | La Condition Publique - Roubaix
Julien Doré
ven. 10 avril | Zénith - Lille CPLT
KEROUÉ
sam. 11 avril | La Bulle Café - Lille Louis Cattelat
sam. 11 avril | Le Grand Palais - Lille
Chimène Badi
lun. 13 avril | Théâtre Sébastopol - Lille Chiloo
mer. 15 avril | La Bulle Café - Lille
Rori
jeu. 16 avril | La Bulle Café - Lille
Patrick Rondat
jeu. 16 avril | The Black Lab - Wasquehal
Arma Jackson
ven. 17 avril | Le Grand Mix - Tourcoing Trinix
sam. 18 avril | Le Splendid - Lille CPLT
Coline Rio
mer. 22 avril | Le Splendid - Lille
Gros Mo mer. 22 avril | La Bulle Café - Lille
Asgeir
jeu. 23 avril | Le Splendid - Lille
Arch Club
jeu. 23 avril | Garage - Lille
Morgan
ven. 24 avril | The Black Lab - Wasquehal
Verino
ven. 24 avril | Théâtre Sébastopol - Lille CPLT sam. 25 avril | Théâtre Sébastopol - Lille CPLT
TH
mer. 29 avril | Flow - Lille
agauchedelalune.tickandyou.com et dans les points de vente officiels habituels graphisme : hypothese-studio.com RÉSA:
Jaymee
jeu. 30 avril | Flow - Lille
FRANZ FERDINAND
Le dernier empereur
Jadis chantre d’un rock arty et apparu aux premières heures du xxie siècle, Franz Ferdinand est, quelques albums et changements de line-up plus tard, devenu une petite institution. Oui, ce groupe autrefois "alternatif" est aujourd'hui un grand nom du classic rock. Est-ce un mal ? Rien n’est moins sûr.
Lorsque des artistes traînent dans les parages depuis un bail, on aime bien les placer sur la timeline des Rolling Stones – un réflexe de vieux rockeurs, reconnaissons-le. Le premier LP de Franz Ferdinand datant de 2004, vérifions : 22 ans après leur essai inaugural (1964), les Stones sortaient Dirty Work (1986). Pas glorieux, c’est vrai. À leur décharge, c’était leur dix-huitième album, or Franz Ferdinand n’en est qu’à son… septième, le très réussi The Human Fear, sorti en 2025. Oublions donc les Stones et revenons aux premières heures de nos rockeurs écossais.
Leur ambition ? « Faire danser les filles ». Pas bête, et à rebours des poses machos. Loin d’être des perdreaux de l’année, ils affichaient la trentaine et un passé agité (The Karelia, The Amphetameanies…). Mais leurs chansons, elles, respiraient la jeunesse.
Bêtes de scène – La (seconde) jeunesse, en fait, d’une scène pop énergique (pensez Josef K ou Talking Heads) qui s’est peu à peu émancipée pour s’ouvrir à l’électronique – et, avouons-le, pas toujours pour le meilleur. Mais qu’importe : ce qui reste de ces empereurs, ce sont des tubes implacables (Darts Of Pleasure, Take Me Out, The Dark of the Matinée, Right Action), une collaboration historique avec Sparks, et surtout une manière d'investir la scène avec une classe forcément impériale. En cela, Franz Ferdinand fait partie, avec The Hives, des plus grands groupes de scène en activité. Et, disons-le, meilleurs que les Stones – pour toute réclamation, s’adresser au journal. Thibaut Allemand Bruxelles, 03.04, Forest National, 18h30, 58/38€, forest-national.be Lille, 06 & 07.04, L'Aéronef, 20h, complet ! + Rock Werchter, 03.07, rockwerchter.be
THÉA
« J'suis pas une fille, moi, j'suis une comète / De celles qui brillent le plus fort quand elles se crashent », lâche Théa, 24 ans, dans Fast Life . Décidément, l’hyperpop de 100 Gecs n’en finit pas d’essaimer. On en retrouvait déjà des spores chez Eloi ou Miki ; voici que débaroule Théa, toute en cavalcades techno, sons 8 bits, phrasé rappé-chanté et samples de SOPHIE, figure tutélaire de la galaxie PC Music. La Parisienne a le sens de la formule et du beat qui claque. Son premier LP ( Memento , 2023) paraît presque sage face à ses derniers singles et de l’EP Comète (2025). Une étoile filante à suivre de près. T.A Lille, 04.04, L'Aéronef, 20h, 29,90€ tumetonnesproductions.com
YĪN YĪN
Depuis quelques années, les Pays-Bas se sont mis à la grande sono mondiale. Tandis qu’Altin Gün ressuscite la pop anatolienne, YĪN YĪN pioche dans le disco psychédélique, l’italo-disco, le funk et pas mal de sons venus d'Asie. Au milieu des synthés vintage surgit même un guzheng, cithare traditionnelle chinoise. Le résultat, impeccable, rebat les cartes (géographiques) et oublie de remettre les pendules à l’heure. Idéal pour une musique hors du temps. T.A.
Tourcoing, 07.04, Le Grand Mix, 20h 19>11€, legrandmix.com
04 JULY
5
SONS
THE WARNING � RADIO FREE ALICE � SCENE QUEEN � KEO � CARDINALS � OVERPASS
GORILLAZ � TWENTY ONE PILOTS
HALSEY � RENEÉ RAPP � KNEECAP � PALAYE ROYALE � LANDMVRKS PIXIES � MATT BERNINGER � BEIRUT � THE HAUNTED YOUTH � DOGSTAR � HARRY MACK CMAT � KOKOROKO � DON WEST � ADRIAN QUESADA’S TRIO ASESINO � LINKA MOJA THE REYTONS � VOILÀ � ECCA VANDAL � FLORENCE ROAD � MAN/WOMAN/CHAINSAW � THE NEW EVES
05 JULY THE CURE � MOBY A PERFECT CIRCLE � RISE AGAINST � SONS � BAD NERVES � KAAT VAN STRALEN
PAUL KALKBRENNER � DAVID BYRNE � MOGWAI � CORY WONG � SIERRA FERRELL � DARREN KIELY
HAEVN � ETHEL CAIN � JOY CROOKES � JESSIE MURPH �
DRESSED LIKE BOYS � TSAR B
PSYCHONAUT � HOUSE OF PROTECTION � LAST TRAIN � NEWDAD � WESTSIDE COWBOY � CHEZILE
EMERGE! Dans la cour des grands
Le printemps est là, l’été approche et avec lui la saison des festivals. On s’en réjouit autant qu’on la redoute, avec ses files interminables, son bar imprenable et les concerts qu’on finit par rater. Avec EMERGE!, tout change. On se laisse emporter du début à la fin, avec des découvertes à gogo dans un lieu unique, sans aucun prétexte pour louper quoi que ce soit.
Quand on évoque les festivals défricheurs, dénicheurs, novateurs (rayez la mention inutile), on pense spontanément aux TransMusicales de Rennes, à l’Eurosonic de Groningen, au Great Escape de Brighton ou, un tantinet plus loin, au South By Southwest d’Austin. Or, depuis 2023, un petit nouveau s’est invité dans la conversation : EMERGE!, sis à Charleroi. Ici, pas de marathon sur trois ou quatre jours. Tout se joue en une seule soirée. Mais quelle soirée ! En quelques heures, ce sont pas moins de 18 musiciens et DJ qui se succèdent sur une scène unique, pour des sets d’une demi-heure environ. De quoi révéler tout leur potentiel scénique aux professionnels. Et pour le public lambda (vous et moi), l'occasion d'en prendre plein les oreilles sans risque de se lasser. La sélection est impeccable. On passe du rap de la bruxelloise cheapjewels aux textures electro de Calling Marian ou Bon Public, des vibrations dancehall et house de Bo Meng au post-punk de Pyo, sans oublier la soul habitée de Fred Gata. Autant de noms peut-être méconnus aujourd’hui, mais qui pourraient surgir demain en haut des affiches.
EMERGE! affectionne ce moment fragile où les carrières commencent — et où tout devient possible. Thibaut Allemand
Eddy Smith & The 507 (uk) Big Dave and the Dutchmen (be)
HOLLIE COOK
En 2020, le réalisateur anglais Steve McQueen recréait, dans sa fabuleuse série Small Axe, l'ambiance d'une fête et ses préparatifs. L’épisode se nommait Lovers Rock, comme ce courant typiquement anglais du reggae, dérivé du rocksteady soulful. Née sous de chouettes auspices (son père est batteur des Sex Pistols, sa mère choriste de Culture Club), Hollie Cook perpétue cette tradition depuis 2011, entre titres originaux et jolies reprises des ShangriLas, par exemple. En cinq albums, souvent déclinés en versions dub, la Londonienne signe des chansons à la fois légères et chaloupées, chaleureuses et enjouées. Lovers Rock, quoi. T.A.
Lille, 11.04, L'Aéronef, 20h, 8/5€, aeronef.fr
DRY CLEANING
Pour ce quatuor londonien, créer le malaise est une seconde nature. Causons plumage et visuels : après le poil pubien collé sur un savon (Stumpwork, 2022), le troisième album torture un œil, façon Buñuel (Secret Love, 2026). Quant au ramage, le post-punk des débuts laisse place à une no-wave expérimentale portée par le spoken word glacial de Florence Shaw. Au menu : santé mentale, contrôle des âmes et des corps… Non, Dry Cleaning ne nous met pas à l’aise, mais ce n’est pas vraiment ce qu’on attend d’eux. T.A. Bruxelles, 13.04, Ancienne Belgique, 19h45 26/25€, abconcerts.be
Si vous pensez qu’un musicien a tout dit dans son premier album, passez votre chemin. Ici, on s’intéresse aux artisans qui, dix mille fois, remettent l’ouvrage sur le métier. Ces quatre noms font partie de notre décor – de celui de nos parents, parfois. À tel point qu’on n’y fait plus attention. C’est un tort. Thibaut Allemand
THE DAMNED
On l’oublie souvent, mais The Damned fut le premier groupe anglais à publier un album estampillé punk rock – avant les Sex Pistols ou The Clash, donc. Or, la bande de Captain Sensible (Capitaine Raisonnable, en VF) n’a jamais limité son horizon aux trois accords, puisant également dans la new wave, flirtant avec le rock gothique et restant d’indécrottables amateurs de pop. En témoigne un étonnant 13e album paru fin janvier, florilège de reprises des Kinks, de Lovin’ Spoonful, Animals, Yardbirds ou Pink Floyd. Étonnant, non ?
Louvain, 06.04, Het Depot, 20h, 41/37€, hetdepot.be
STEEL PULSE
On ne s’en souvient pas toujours, mais Steel Pulse est né à Birmingham, célèbre pour son industrie sidérurgique. Ce qui explique son nom – le pouvoir de l’acier, en VF. Depuis 1975, le groupe cultive un roots reggae intransigeant qui, s’il n’a rien inventé, fait preuve d’une foi indéniable. Du line-up originel, ne reste que le chanteur et fondateur Dave Hinds, qui maintient l’institution avec un mental… d’acier.
Anvers, 10.04, De Roma, 20h, 33/31€, deroma.be
KIM GORDON
On l’omet parfois, mais Kim Gordon fit partie de Sonic Youth ! On plaisante. Évidemment, trois décennies dans ce groupe-phare de l’underground new-yorkais, ça marque une carrière. Mais la bassiste et chanteuse ne s’y est jamais cantonnée. Elle a ainsi produit le premier LP de Hole, collaboré avec, en vrac, Glenn Branca, Lydia Lunch ou… Brigitte Fontaine. La septuagénaire touche-à-tout (musique, arts plastiques, mode, cinéma…) poursuit une carrière solo tout aussi défricheuse et bruitiste que dans ses jeunes années.
On le néglige constamment mais Tori Amos tint à 21 ans le premier rôle d’une publicité pour Kellogg’s. Tentant d'y voir un lien avec son tube Cornflake Girl, mais non. En revanche, la pianiste et chanteuse américaine, souvent comparée à Kate Bush (voix haut-perchée, inspirations littéraires, pop baroque), possède une discographie impressionnante, qui s’enrichira le 1er mai d’un 18e album. L’occasion d’en goûter la primeur sur scène, où le charisme d’Amos foudroie toujours.
Bruxelles, 27.04, Cirque Royal, complet !, cirque-royal-bruxelles.be
MELODY'S ECHO CHAMBER
JULIANNA BARWICK & MARY LATTIMORE
Les nappes ambient et les boucles vocales de Julianna Barwick esquissent une rencontre rêvée entre Le Mystère des Voix Bulgares, Philip Glass et le Brian Eno de Discreet Music (1975). De son côté, la harpiste Mary Lattimore a signé récemment le magistral Silver Ladders (2020), enregistré avec l’ex-Slowdive Neil Halstead, quelque part entre The Durutti Column et… Brian Eno, encore lui. L’alliance des deux Américaines coule donc de source. Harpes anciennes, synthés analogiques et voix séraphiques s’y mêlent dans des pièces d’une grâce suspendue. Une œuvre hors d’âge pour un concert hors du temps. T.A.
Bruxelles, 17.04, Botanique, 19h30, 32,50/29,50€
Oui, le premier LP de Melody’s Echo Chamber fut produit par Kevin Parker. Mais Tame Impala faisant ces jours-ci globalement n’importe quoi, il faut rendre justice à Melody Prochet, qui a signé depuis quatre albums hautement recommandables. Émancipée, la Française marche dans les pas de formations ayant rendu les années 1990 plus étranges, de Stereolab à Broadcast ou Pram… Un psychédélisme de poche, typiquement britannique, comme des rêveries tournées en Super-8. T.A.
Il y a dix ans, ces folkeux américains paraissaient fébriles. Ironiquement nommé Masterpiece , leur premier LP respirait la modestie. Aujourd'hui, l’ex-quatuor devenu trio défend un sixième album aux allures de chef-d’œuvre. Retour sur le parcours d’un groupe à part, dont les nouvelles chansons devraient trouver sur scène leur pleine mesure.
Big Thief, c’est toute une histoire américaine. Celle de sa fondatrice, Adrienne Lenker, ballottée enfant de secte religieuse en caravanes brinquebalantes... Avant ses huit ans, elle a déjà connu 14 domiciles –l’âge auquel elle écrit ses premières chansons. À 17 ans, elle rompt avec cette drôle de vie et s'inscrit au prestigieux Berklee College of Music de Boston. Elle y croise deux futurs complices : l’ingénieux guitariste Buck Meek et le batteur James Krivchenia, à la frappe aussi précise que sensible. Adrienne épousera Buck dont elle divorcera sans remettre le groupe en cause. Il faut dire qu'une étonnante alchimie subsiste entre ces trois-là, une sorte de communauté autarcique. Les albums de Big Thief ont souvent été enregistrés dans des cabanes au fond des bois, des entrepôts abandonnés. Sauf le dernier, l’excellent Double Infinity (2025), immortalisé au cœur de la Grosse Pomme. Un disque étrange et resserré qui contient l’essence de la formation. Soit la voix fragile de l’écorchée Lenker, quelque part entre Joni Mitchell et Stevie Nicks (Fleetwood Mac), la mélancolie insondable d'un Townes Van Zandt. Des morceaux qui oscillent sans cesse entre l’intimisme acoustique et les secousses électriques. Thibaut Allemand Lille, 19.04, L'Aéronef, 18h30, 32/25 €, aeronef.fr // Bruxelles, 02.06, Forest National, 18h30,
03/04 POP FACTORY : ORLANE + ANAÏS MVA + WOODY
04/04 LE GOÛTER CONCERT DE CAMP CLAUDE
04/04 CAMP CLAUDE + ARTHUR FU BANDINI
07/04 YĪN YĪN + PREMIÈRE PARTIE
09/04 SKINSHAPE + PEDRO MIZUTANI
10/04 LILLY WOOD AND THE PRICK + JUDY BLOOM 12/04 KNIVES + THE 113 15/04 MEMORIALS + BIBI CLUB 17/04 ARMA JACKSON 24/04 AFTERWORK LÉZARD 28/04 DOGGO
MIGUEL
Né à San Pedro en Californie, Miguel s’est imposé au début des années 2010 comme l’une des voix les plus singulières du R&B moderne. Révélé par All I Want Is You puis Kaleidoscope Dream, porté par le tube Adorn, récompensé aux Grammy Awards, il trace depuis un parcours à part, dans le sillage d’artistes comme D'Angelo ou Frank Ocean. Avec CAOS, son projet le plus personnel, l’Amé-
ricain confirme son goût pour les zones de friction et les émotions à vif. Une intensité qui trouve toute sa mesure sur scène, où sensualité R&B et tension rock soutiennent des performances habitées, annonçant une tournée aussi libre qu’incandescente. C.L.
Bruxelles, 19.04, La Madeleine, 20h, 48,60€, la-madeleine.be
COLINE RIO
Quelqu’un qui reprend Les Gens qui doutent d’Anne Sylvestre mérite toute notre attention. Intuition confirmée avec Coline Rio. Jadis repérée au sein du groupe electropop Inüit, la Nantaise a depuis signé deux albums recommandables. Ses chansons délicates, pas loin des rêveries intimistes de Pomme, lui ont valu le soutien d’Albin de la Simone, Clou ou Emily Loizeau, tous réunis sur l’EP Ce qui nous lie. Derrière cette délicatesse, sa présence sur scène est magnétique. T.A.
La Louvière, 21.04, Théâtre de La Louvière, 20h 22/15 €, central-lalouviere.be Lille, 22.04, Le Splendid, 20h, 26,80€ agauchedelalune
BEAUTIFUL SWAMP BLUES
Du bayou à la mer du Nord
Un swamp, en anglais, c’est un marais. Le swamp blues, lui, plonge ses racines dans le sud de la Louisiane, nourri de traditions cajun, zydeco ou acadiennes. Ceci posé, il faut se rendre à l’évidence : le nord de la France a peu à voir avec le bayou. Certes, mais cela n’empêche pas le festival, qui fête cette année sa 20e édition, de recréer à Calais les ambiances de la Nouvelle-Orléans. Petites tables, bougies, on se croirait dans un jukejoint. Alors, quoi, un Puy du Fou en douze mesures ? Certainement pas ! Refusant tout passéisme, on explore ici toutes les écoles et émanations du genre… On accueille quelques tornades de charisme, dont la mancunienne Dawn Tyler Watson en ouverture et l’irlandaise Kaz Hawkins, dont les hymnes soul, jazz ou gospel électrifiés renversent toutes les barrières. Surtout, outre ces trois soirs, le blues irrigue tout le mois d’avril dans divers lieux de la cité portuaire. De quoi batifoler dans un marécage blues ô combien vivant ! Thibaut Allemand Calais, 02 > 26.04, La Halle, 1 jour : 14€ • 3 jours : 33€, 02.04 : gratuit
Sélection : 02.04 : Dawn Tyler Watson And The Ben Racine Band + Skyler Saufley + Little Fat Daddy & The Wild Guys // 24.04 : Matthew Skoller & Chicago Wind Feat. Precious Taylor + Cecilya and the Candy Kings+ Little George Sueref // 25.04 : Kaz Hawkins Quintet + Nirek Mokar and The Boogie Messengers + H and the Backstage Band // 26.04 : Linda Lee Hopkins + Blues Eaters and The Hot Jivin'Horns...
THE SOPHS
Signés chez Rough Trade sur la foi d’une démo, puis propulsés héritiers des Strokes avec un single que les New-Yorkais n’auraient pas renié en 2001, The Sophs ont depuis livré un premier album qui ouvre de belles perspectives. Le sextet de Los Angeles ne se limite pas à l’axe Velvet / Television des jeunes années de Julian Casablancas. Certains titres sonnent encore trop radio-friendly à l’américaine. Mais le groupe (se) cherche et déniche parfois de véritables pépites, nimbées d’influences hispaniques ou d’une guimbarde folle. Futurs grands ou one-hit wonders ? L’avenir le dira. En attendant, jugeons sur pièce, donc sur scène, ces jolies promesses. T.A.
Remarquée en 2019 avec un premier album anglophone séduisant mais un chouïa générique, l’Avignonnaise élargissait déjà la palette sur le suivant, où s’invitaient quelques titres en français. Le troisième et dernier en date, Magnetofille, confirme tous les espoirs placés en cette chanteuse, également autrice et illustratrice : mélodies amples, voix affranchie (L’Annonce), confidences à l’oreille. Une pop libre, inclassable et d’autant plus classe. T.A.
Dunkerque, 22.04, Les 4 Écluses, 20h, 15/10€
Roubaix, 23.04, La Cave aux poètes, 20h, 15 > 8€ caveauxpoetes.com
ROOTS & ROSES
Sélection / Luther Dickinson & JD Simo / Robert Finley / The Buttshakers / Thomas Frank Hopper / Eddy Smith & the 507 / Jessie Lee & the Alchemists / Sergi Estella One Man Band / Big Dave & the Dutchmen / The Animeros / Cabana Belgicana / Connolly Hayes / Jovin Webb
Retour aux sources
À l’heure où les "racines" sont invoquées à tour de bras et de façon bas du front (national), il est bon de reprendre à son compte cette notion aussi floue que passionnante. Racines de qui ? De quoi ? Jusqu’où remonter ? Et surtout pour aller où ? Questions joliment résolues par le Roots & Roses Festival.
Ici, les roots renvoient aux musiques fondatrices – blues, folk, country, soul… Tandis que les roses symbolisent les formes actuelles, celles qui poussent sur ces héritages sans jamais les renier. "Vieilles branches" et "jeunes pousses" se retrouvent ainsi au cœur de la cité de Magritte, dans un cadre verdoyant devenu l’une des signatures du festival. Ici, la convivialité fait partie du programme : bières locales et cuisine maison composent un décor où l’on vient autant pour écouter que pour partager. Mais revenons à l’essentiel : la musique. Et, de ce côté-là, les promesses sont toujours tenues. On retrouve notamment l’immarcescible Robert Finley, bluesman américain qui publia son premier album à 62 ans, après des décennies de carrière discrète. Autre nom de poids : Luther Dickinson, ancien collaborateur des Black Crowes et cofondateur des North Mississippi Allstars, groupe plusieurs fois nommé aux Grammy Awards. La Belgique est aussi à l’honneur. Outre Cabana Belgicana, où se croisent guitares, mandolines, banjo et pedal steel, on attend le chanteur et harmoniciste Big Dave Reniers, figure du blues du Plat Pays. Enfin, côté soul, The Buttshakers ravivent l’âge d’or du son Stax, preuve que certaines racines sont toujours prêtes à refleurir. Thibaut Allemand
FORUM • Climat vs lutte des classes : à l’assaut de l’écologie bourgeoise Féris Barkat & Monique Pinçon-Charlot
FCUKERS
(Ninja Tune)
Les anciens se souviennent de ce début de siècle : les tours jumelles à peine effondrées, surgissait sous Ground Zero un underground insoupçonné, animé notamment par James Murphy et son label, DFA records. En Europe, Miss Kittin & The Hacker rejouaient le duo masculin-féminin des années 80. De ce vivier, ne reste plus grand-monde. Mais les disques ont traversé les années. Difficile de ne pas entendre leur écho chez Fcukers : même glamour désinvolte, même nonchalance savamment dosée et, surtout, même science du morceau taillé pour le dancefloor aux contours pop – ou l’inverse. Shanny Wise (chant) et Jackson Walker Lewis (basse, claviers, production) ont longtemps traîné leurs guêtres dans des groupes sans lendemain avant de toucher juste avec ce tandem monté sans trop y croire. Se croisent ici du breakbeat mélodique (Getaway), un earworm infernal (If You Want to Party…), des gimmicks malins (le hook de Beatback), une pop house rehaussée du parler-chanté mutin de Shanny, et même un dub enfumé (TTYGF) que n’aurait pas renié Adrian Sherwood. L’histoire bégaie, c’est vrai. Mais tant qu’elle aura d’aussi bons disques à offrir, qu’elle se répète, nous l’écouterons. Thibaut Allemand
YAYA BEY
Fidelity (Drink sum wtr)
Quelques mois après un Do it Afraid (2025), traversé par le deuil, Yaya Bey signe, avec Fidelity, un retour en meilleure forme. Elle y tresse à nouveau l’intime et le politique, chronique son expérience de femme noire dans une Amérique assez invivable et montre sa capacité à se relever. Bref, des mantras qui pourraient sentir le développement personnel si la musique ne suivait pas. Or, de ce côté, la New-Yorkaise ne s’en sort pas mal : sa soul feutrée, à la limite du sirupeux parfois, s’enrichit de beats rappelant Nicolette (The Towns), furète du côté du jazz (The Great Migration, Slot Machines), comme de la soul (Higher) ou du hip-hop (Freeze Flight Fawn). Le sommet de ce disque est atteint avec Simp Daddy The Line Dance, qui réussit le grand écart entre des aspirations soul et une production aventureuse.
17.04. Thibaut Allemand
TURZI GAGE – Drop
(Record Makers)
Entre le Versaillais Romain Turzi et l’Anglais relocalisé à Paris Oliver Gage, c’est une amitié de près d’un quart de siècle. Le premier a signé plusieurs albums (on retient les excellents A, 2007 et B, 2009) et, surtout, cofondé le label Pan European Recordings, qui a hébergé deux formations de Gage (Kill For Total Peace et One Switch To Collision). La paire avait déjà œuvré ensemble (notamment sur un remix du ProtoVision de Kavinsky, en 2015), puis, plus rien. Ce premier LP réalisé à quatre mains revisite leurs obsessions : krautrock discipliné, baggy sound drogué, space rock à la Hawkwind, syncrétisme façon Primal Scream… Rien de neuf, mais une alchimie qui fait mouche, et la joie de voir Turzi revenir aux affaires. Sortie 03.04. T.A.
MAXWELL FARRINGTON & LE SUPERHOMARD – Window Tax (Talitres)
Christophe Vaillant, alias Le SuperHomard, a sorti il y a plus de dix ans un premier album (Maple Key) qui malgré – ou à cause de – sa belle sophistication est resté cantonné à une niche d’esthètes. C’est en collaborant avec le crooner australien Maxwell Farrington que l’Avignonnais a touché un plus large public. Après les très beaux Once et Please Wait, ce troisième essai pourrait être le plus décisif. On le souhaite, car Window Tax est un sans-faute, une perle rare, une merveille de bout en bout. S’il évoque autant Divine Comedy que Tindersticks, le timbre de Farrington révèle une vraie singularité, magnifiée par les arrangements panoramiques de Lorene, de Rats and Dolphins ou du génialissime morceau-titre. Bisque de l’année ? Sortie 24.04. Rémi Boiteux
MEMORIALS
Tourcoing, 15.04, Le Grand Mix
All Clouds Bring Not Rain (Fire Records) Depuis la défection d’Electrelane (1998–2007), la place est vide. Ces quatre filles furent peut-être le dernier grand groupe à guitares. L’âme de la bande, la multi-instrumentiste Verity Susman fait heureusement encore parler d’elle. Associée au guitariste Matthew Simms (membre des légendaires Wire), elle poursuit ses recherches sonores, à la fois sophistiquées ET accessibles. Pour cela, le tandem dresse un pont entre l’Allemagne (pas mal de rythmes motorik), les USA (via un spiritual jazz volontiers noisy), passant bien sûr par l’Angleterre éternelle (folk pastoral, déflagrations façon Electrelane…). Un disque qui aurait pu paraître chez les doux excentriques de Ghost Box Records. C’est dire la qualité de l’ensemble. Thibaut Allemand
PHILIPPE BROSSAT
Streets of Manchester. L’Histoire des musiques au cœur de Madchester (Le Mot et le reste)
« Seules les pensées que l’on a en marchant valent quelque chose », disait Nietzsche, qui n’a jamais connu les joies du permis B. Le philosophe ajoutait que « sans musique, la vie est une erreur ». Deux aphorismes que Philippe Brossat, mélomane globe-trotter, pourrait reprendre à son compte. Après des guides consacrés à Chicago, New York ou Los Angeles (entre autres), voici Manchester. L’intérêt de cet ouvrage ? C’est un anti-Guide du Routard : on ne vous dit pas où dormir ni boire un coup (pour ça, débrouillez-vous). En revanche, on y trouve toutes les adresses cultes (l’Apollo, le Wigan Casino, l’Haçienda), légendaires (les maisons de John Mayall ou Ian Curtis), lieux immortalisés (le salon de la pochette du premier LP d’Oasis) ou méconnus (le disquaire où travailla un certain Morrissey). De vieilles histoires radotées par un boomer ? Même pas ! Richement documenté et illustré, ce récit encyclopédique est parsemé d’anecdotes rares. Il dresse en creux un portrait complet de la cité, des balbutiements du rock au hip-hop et à l’électro actuels. Bref, un livre indispensable lors de votre prochaine virée mancunienne. 232 p., 22 €. Thibaut Allemand
OLIVIER ESTEVES ET LINN WASHINGTON
Laisser brûler le feu. Philadelphie, 1985 (Seuil) Le 13 mai 1985, après des heures d'assaut, la police de Philadelphie largue une bombe sur une maison. À l'intérieur, des hommes, des femmes et des enfants que les tirs nourris empêchent de sortir. Bilan : 11 morts, 2 survivants, un quartier ravagé par les flammes. Cette histoire saisissante est le point de départ d'une passionnante enquête sur le racisme systémique aux États-Unis, ainsi que sur un groupuscule largement oublié, MOVE. Ce sont certains de ses membres qui étaient en effet visés par ce déchaînement de violence. Mené par John Africa, MOVE prônait notamment une forme d'autonomie radicale pour les Afro-Américains. Outre la reconstitution des faits et du contexte, l'approche mémorielle s'avère elle aussi éclairante. 248 p., 20 €. Raphaël Nieuwjaer
ANTHONY HOROWITZ
M Comme Meurtre (Sonatine) Écrivain jeunesse à succès (la série Alex Rider), scénariste prolixe ( Hercule Poirot, Inspecteur Barnaby ), Anthony Horowitz annonçait, en 2014, travailler sur le prochain Tintin de Spielberg. De ce fait bien réel, il tire son dernier roman – une fiction, donc. Où Horowitz voit débarquer dans sa vie un certain Daniel Hawthorne, ex-flic brillant mais peu amène, qui lui propose de devenir le narrateur de son enquête sur la mort très étrange d’une femme. Résultat : un page-turner jubilatoire, fidèle aux codes du polar (tandem à la Sherlock-Watson, secrets familiaux, fausses pistes…) mais dont la mise en abyme brouille sans cesse, et avec humour, les frontières entre fiction et réalité. Une réussite totale ! 352 p., 23 €. Thibaut Allemand
Q. MÉVEL, S. ONANA, L. AUBRY
La Rom-com à tout prix (Playlist Society) Éditée par Playlist Society, la collection s’est déjà frottée au cinéma de genre (Un Genre à soi, 2025) comme à la comédie française (Des Gens drôles, 2024). Ici, les trois auteurs auscultent une école typiquement américaine, la comédie romantique, à travers des entretiens avec six réalisateurs, parmi lesquels Mourad Winter ( L’amour c’est surcoté ), Amélie Bonnin ( Partir un jour ), Martin Jauvat (Baise-en-ville) ou Alice Vial (L’Âme idéale). Cette jeune génération évoque son rapport à la rom-com et à ses aînés et, surtout, la façon dont elle s’est emparée du genre pour mieux le détourner. De quoi (re)voir certaines de leurs œuvres, sans oublier les classiques – à commencer par Mary à tout prix. 128 p., 12 €. Thibaut Allemand
MARIANNE GARNIER-SURLES
La plus belle personne (6 Pieds sous terre) Tout commence à l'orée d’un bois. Lia et Eva s’apprêtent à rentrer au lycée, dans quelques semaines, mais Lia ira seule... Car après cette escapade boisée, où l’on devine un amour entre les deux adolescentes, Eva a disparu. Alors Lia, ado mal dans sa peau (pléonasme ?), entame sa rentrée, rencontre Ingrid, s’intègre peu à peu… mais l'absence d’Eva la hante. D’autant qu’au bahut, les rumeurs vont bon train. Dans ce récit intimiste ancré en milieu rural, Marianne Garnier-Surles mêle teen drama et body horror pour dresser un joli portrait de groupe. Si le mystère n’est pas totalement résolu, le plaisir de lecture est là, rappelant, dans le fond comme dans la forme, l’étrangeté de Charles Burns. 240 p., 28 €. Thibaut Allemand
Rosini
LA CORDE AU COU
Tour pendable
Le 8 février 1977, Tony Kiritsis pousse la porte d’une société de prêts avec un simple carton sous le bras. Il en ressort avec le fils du patron et cadre de l'entreprise. Autour du cou de celui-ci : un câble relié au mécanisme d’un fusil à pompe scié. Le dispositif garantit que le moindre faux mouvement pourrait être fatal. De cette histoire vraie, Gus Van Sant tire un film vif et grinçant sur la violence des rapports de classe.
Dans les années 1990 et surtout les années 2000, Gus Van Sant s'impose comme l'un des cinéastes américains les plus novateurs. Capable d'alterner films grands publics (À la rencontre de Forrester, 2000) et œuvres expérimentales (Gerry, 2002), voire de faire les deux en même temps (Psycho, 1998), il est alors l'auteur par excellence. Mais voilà dix ans qu'il a pratiquement disparu, ne réalisant qu'une poignée de films mineurs, voire embarrassants. Grâce au scénario d'Austin Kolodney, il renoue avec le meilleur de sa veine politique : Tony Kiritsis (Bill Skarsgård), c'est David contre Goliath au pays des prêts hypothécaires. Ce qui rend toutefois le fait divers mémorable est qu'il a été suivi quasiment en direct par les télés locales.
Course à l'audience
La Corde au cou se déploie donc sur deux scènes : l'une intime, l'autre publique. La relation entre Tony et son otage Richard Hall (Dacre Montgomery) fait l'objet d'une description nuancée, la colère de l'un se comprend autant que l'angoisse de l'autre. Et, dans la rue, c'est tout un cirque policier et médiatique qui se met en place, auquel Tony répond avec autant de verve que de maladresse. En mêlant archives et reconstitutions, Van Sant interroge surtout la fabrique du spectacle télévisé. Le meilleur coup de Tony n’est peut-être pas la prise d’otage… mais la prise d’antenne. Raphaël Nieuwjaer
De Gus Van Sant, avec Bill Skarsgård, Dacre Montgomery, Colman Domingo. Sortie 15.04.
CARAVANE
Very Good Trip
Ester élève seule son fils, David, déficient intellectuel. Invités à passer l’été chez des amis en Italie, l’insouciance des vacances tourne court. Devenus indésirables, ils prennent la fuite à bord du mobil-home de leurs hôtes, direction la Calabre. Sur la route, le tandem rencontre Zuza, dont David s’amourache aussitôt. Un premier long-métrage hypnotique et hautement sensoriel.
Fuir, donc. Quitter un décor faussement bohème, désespérément bourgeois, et surtout le jugement lapidaire de soi-disant amis. Malgré ses jeux d’ombres et de reflets, ses teintes pastel ou ses mises au point incessantes (coucou Terrence Malick), ce road trip n'a rien d'évanescent. Sa dimension tactile est omniprésente, parfois dans toute sa crudité. Appréhender le monde autrement : en frôlant les peaux, en tendant l’oreille, en se laissant éblouir, envahir, et distraire aussi, pour désirer à nouveau peut-être… Mère d’un enfant handicapé, la réalisatrice tchèque Zuzana Kirchnerová privilégie son expérience personnelle pour filmer la différence au quotidien. Sa caméra capte les joies minuscules et les revers d’un lien fusionnel. Entre amour indéfectible et épuisement, Aňa Geislerová bouleverse en mère dévouée qui rêve (et souffre) de renouer avec sa propre sensualité. L’arrivée de Zuza, punk dans l’âme, ouvre enfin une brèche. Elle inspire quelques instants de liberté, fragiles, arrachés au réel. Entre réajustements permanents, caresses furtives et vertiges passagers, Ester s’autorise enfin à desserrer l’étreinte, le temps d’un été, le temps d’une route. Selina Aït Karroum
De Zuzana Kirchnerová-Spidlova, avec Aňa Geislerová, David Vostrčil, Juliána Olhová… Sortie 22.04.
L’ÎLE DE LA DEMOISELLE
Comment aborder au cinéma des thèmes aussi lourds que le patriarcat, les agressions sexuelles, les grossesses non désirées, sans tomber dans le piège du film à thèse ? Le pari est relevé par Micha Wald, qui signe ici un récit d'époque âpre et dépouillé. L' Î le de la Demoiselle retrace librement le destin, en 1542, de la trop oubliée Marguerite de la Rocque. Lorsque sa grossesse, conséquence d'un viol, est découverte, la jeune noble est abandonnée sur une île déserte avec sa servante et Thomas, son agresseur. Livrée aux éléments comme à la violence masculine, elle doit peu à peu apprendre à tenir, à se relever. L'œuvre peut parfois
évoquer La Leçon de piano de Jane Campion, mais Wald s’en distingue par une approche plus rugueuse, portée par la présence magnétique de Salomé Dewaels. Grégory Marouzé
De Micha Wald, avec Salomé Dewaels, Louis Peres, Candice Bouchet, Alexandra Lamy. En salle.
SAUVAGE
Au cœur des Cévennes, Anja choisit de vivre à l'écart, réfugiée dans les bois. Insaisissable, elle dérègle l’équilibre de la vallée et d'une petite communauté néo-rurale. Sa mère demeure alors son dernier lien avec le monde. Avec une certaine âpreté, le réalisateur Camille Ponsin explore cette relation mère-fille, loin des explications psychologiques et des discours idéologiques. Filmée au plus près, Céline Sallette incarne cette mère-louve tandis que Lou Lampros impressionne en Dame Blanche... Originaire de la région, le documentariste a vécu de près cette histoire. Mais la fiction lui permet de trouver la bonne distance. On retrouve ici Bertrand Belin en père libertaire, acteur mais aussi musicien dans le versant diégétique du film. En guise de discret totem, une chouette blanche semble veiller sur cette fable où vacillent les utopies communautaires.
De Camille Ponsin, avec Céline Sallette, Lou Lampros, Bertrand Belin… Sortie 08.04.
ROSSO SANGUE
Le cinéma italien des années de plomb
Le cinéma italien ne se limite pas au néo-réalisme ou aux western spaghettis. Les années 1970 ont galvanisé le Septième art de l'autre côté des Alpes, donnant naissance à un cinéma politique (et populaire). Dans son ouvrage richement documenté, Jean-François Rauger dresse un panorama passionnant d'une Italie déchirée.
Les années de plomb commencent en 1969 avec l'attentat de la Piazza Fontana, à Milan, et s’achèvent, selon les historiens, en 1978 avec l'exécution d’Aldo Moro, ou en 1980 avec l'attentat de la gare de Bologne. Occupations d’usines, grèves, affrontements entre extrême-gauche et néo-fascistes… Cette guerre civile de basse intensité imprégna profondément le cinéma transalpin. À côté de chefs-d’œuvre auscultant le passé signés Fellini (Roma, 1972) ou Bertolucci – Le Conformiste (1970) ou 1900 (1976) – le cinéma populaire hérite du néo-réalisme d’aprèsguerre tout en absorbant la tension (élevée) de la société contemporaine. La comédie se fait plus désabusée (Rapt à l’italienne, 1973 de Dino Risi), tandis que le poliziottesco, cousin fauché et ultra-violent de Dirty Harry, explore les bas-fonds des grandes villes (Roma violenta, 1975 ou Napoli violenta, 1976). Le giallo, à l’esthétique plus léchée, mêle horreur et érotisme pour disséquer les mœurs et les mutations sociales (Torso, 1973, précurseur du slasher). Avec ce livre, gorgé de magnifiques illustrations, Jean-François Rauger pose un regard à la fois cinéphile, politique, historique sur ce cinéma italien qui connut, dans les années de plomb, son dernier âge d’or.
Thibaut Allemand
À Lire / Rosso Sangue – Le cinéma italien des années de plomb de Jean-François Rauger, (Façonnage), 290 p., 24 €
Comment raconter la fascination des Européens pour l’Orient, du Moyen Âge à nos jours ? En convoquant l’imaginaire des Mille et une nuits, bien sûr. Avec près de 300 œuvres, la nouvelle exposition du Louvre-Lens explore ces rêves d’ailleurs, entre trésors anciens et regards contemporains.
Une plongée érudite qui démonte les clichés sans jamais éteindre la puissance du mythe.
Qui se souvient qu'Antoine Galland était picard ? Peu de monde. Pourtant, c'est lui qui a offert ses lettres de noblesse à l’orientalisme en traduisant, au xviiie siècle, un ensemble de contes de traditions indiennes et persanes dans un recueil qu’il nommera Les Mille et une nuits. Schéhérazade, Aladin ou Sindbad deviennent alors des figures familières, nourrissant durablement l’imaginaire occidental. Mais c’est justement pour dépasser cette fascination, souvent emplie de fantasmes, que le
Louvre-Lens s’empare du sujet. Parce qu’il n’y a pas un orientalisme, mais plusieurs, façonnés au fil des siècles par les regards européens. Parmi les œuvres ex-
« Quand l'histoire se transmet, elle se transforme »
posées, certaines émerveillent par leur raffinement, comme le Lion de Monzón en bronze, conservé au Louvre, d’autres surprennent par leur extravagance, tel ce harnais de cheval recueilli sur le champ de bataille des Pyramides. Beaucoup d'objets ont longtemps été « mal compris », voire réinventés. Comme le rappelle Annabelle Ténèze, directrice du musée, « quand l'histoire se transmet, elle se transforme ».
Toute une histoire - L’exposition s’amuse à gratter le vernis des légendes. Un exemple ? Le célèbre baptistère de Saint Louis, une
merveille d’art islamique médiéval, n’a vraisemblablement jamais servi au baptême du roi de France. Arrivé en Europe dans des circonstances obscures, il fut pourtant associé à la monarchie, au point d’être utilisé plus tard pour le baptême de Louis XIII. Preuve que les objets voyagent autant que les histoires qu’on raconte à leur sujet.
Dialogue contemporain
Né au Moyen Âge dans les trésors d’église, l’orientalisme est devenu ensuite un mouvement artistique majeur. Le parcours du Louvre-Lens en offre une exploration chronologique et plurielle, du mystérieux verre soufflé de
Charlemagne jusqu’au costume bouffant de Mamamouchi imaginé pour Le Bourgeois gentilhomme de Molière. Il reconstitue aussi l’intérieur égyptien d’un grand collectionneur parisien du xix e siècle, Alphonse Delort de Gléon. Un dialogue passionnant s'instaure enfin entre des œuvres anciennes et celles d'une quinzaine d'artistes contemporains (Katia Kameli, Nicene Kossentini, Nil Yalter, Kader Attia...). De quoi « désorienter » l’orientalisme avec humour, distance critique et une touche féministe. Arnaud Stoerkler
Par-delà les Mille et une nuits. Histoires des orientalismes Lens, jusqu'au 20.07, Louvre-Lens, mer > lun : 10h-18h, 12/6€ (gratuit -18 ans), louvrelens.fr
Au musée Henri Matisse, l’exposition PhotoSensible révèle un trésor longtemps resté dans l’ombre : près de 250 tirages, dont la plupart n’avaient jamais été montrés. Entre portraits d’artistes, expérimentations modernes et photojournalisme naissant, le parcours raconte comment la photographie s’est imposée comme un art à part entière, au cœur des avant-gardes du xxe siècle.
On entre dans l’exposition comme on ouvre une boîte d’archives longtemps restée fermée. Sur les murs du musée Henri Matisse, les tirages argentiques déroulent une histoire parallèle à celle de la peinture : celle d’un médium qui, de simple document, devient langage artistique. L'accrochage s’appuie sur le fonds photographique conservé au musée,
Friedrich Wilhelm Murnau (1888-1931) Matisse à Tahiti, 1930 Donation Henri Matisse, 1952
« Dans les réserves depuis plus de 20 ans »
constitué depuis la donation d’Henri Matisse en 1952 et enrichi surtout par l’apport décisif d’Alice Tériade en 2000. À elle seule, la collection liée à l’éditeur représente l’essentiel de l’ensemble. « Notre fonds comporte environ 800 photographies, dont près de 700 viennent de Tériade. Cette donation sommeillait dans les réserves depuis plus de 20 ans », rappelle la directrice Sophie Le Flamanc.
En toute amitié - L’exposition s’ouvre avec la vingtaine de clichés choisis par Matisse pour accompagner sa donation. Photos de famille, vues d’atelier, souvenirs de voyages... Des images modestes
Hélène Adant (dite), Elena Mossolova (1903-1985) La Comédie du modèle, Vence, 1946
mais précieuses, parfois signées de photographes inattendus comme Friedrich Wilhelm Murnau ou Dmitri Kessel. « On peut vraiment les associer au récit qu’il fait de sa vie et de son travail », souligne le commissaire Éric Langer. Très vite, le parcours bascule dans l’univers de Tériade. Critique, éditeur, passeur d’art, il réunit autour de lui les plus grands noms du xxe siècle et offre à la photographie une place inédite, notamment dans la revue Verve. Les salles consacrées à la vie d’artiste donnent à voir ce cercle d’amitiés : Matisse dans son atelier, Giacometti rue Hippolyte-Maindron, Chagall ou Laurens saisis par Cartier-Bresson ou Brassaï À la villa Natacha, à Saint-Jean-Cap-Ferrat, les images captent l’effervescence d’un lieu où se croisent peintres, écrivains et photographes.
Les temps modernes – La section suivante montre comment, dans l’entre-deux-guerres, la photographie s’émancipe. Portrait, nu, nature morte, paysage, les genres hérités de la peinture deviennent terrain d’expérimentation. Les tirages de Brassaï, Lotar ou Herbert List affirment une écriture visuelle autonome, souvent liée au livre ou à la revue. Ici, la photographie ne sert plus seulement à reproduire, elle invente sa propre forme. La dernière salle témoigne du photojournalisme naissant.
Appareils plus légers, magazines illustrés, les années 1930 imposent une nouvelle manière de raconter le monde. Au fil du temps, PhotoSensible révèle surtout le rôle discret mais décisif d’un éditeur qui a su faire dialoguer artistes et photographes. Et rappelle qu’au musée Matisse, derrière les chefs-d’œuvre attendus, se cache aussi une mémoire visuelle d’une richesse insoupçonnée. Nicolas Pattou
Le Cateau-Cambrésis, jusqu'au 14.06
Musée départemental Henri Matisse lun, mer > ven : 10h-12h30 & 14-18h sam & dim : 10h-18h 8/6€ (gratuit -18 ans), museematisse.fr
Elisabeth Makovska, Paysan endormi, Archives Tériade, musée départemental Henri Matisse, DR
MARIE-JO LAFONTAINE Les Corps intranquilles
Elle a marqué la Documenta de Kassel, séduit le Guggenheim, bousculé la Tate. Depuis plus de cinquante ans, la Belge Marie-Jo Lafontaine explore le corps humain, ses désirs, ses violences, ses résistances. Le musée départemental de Flandre lui consacre une monographie puissante et immersive.
Née à Anvers en 1950, Marie-Jo Lafontaine construit depuis les années 1970 une œuvre où photographie, vidéo et installation dialoguent pour interroger la société et la condition humaine. Elle tient à rendre visible les forces invisibles qui traversent les corps. Au Musée de Flandre, le parcours s’ouvre avec Dark Pool. Dans une eau sombre, des nageuses évoluent au ralenti, yeux ouverts, souffle visible. La grâce y côtoie l’inquiétude, comme si la beauté pouvait manquer d’air. Vient ensuite une série récente, mêlant photographies et monochromes éclatants. Visages féminins, fleurs recomposées et aplats de couleur composent des images pensées comme une halte face au fracas de l'époque. Plus loin, Babylon Babies aligne des bustes d'adolescents venus des quatre coins du globe. Leurs regards frontaux fixent le visiteur et confèrent à ces portraits une intensité troublante. Puis arrive Dance the World, où cinq femmes enchaînent quatre danses (tango, flamenco, danse derviche et orientale) du noir et blanc à la couleur, dans un mouvement continu, tel un hymne au corps libéré. On quitte l’exposition avec cette impression persistante : chez Marie-Jo Lafontaine, la beauté n’apaise jamais tout à fait. Elle oblige à regarder plus loin. Camille Lombardo
Marie-Jo Lafontaine - Tout ange est terrible Cassel, jusqu'au 27.09, Musée départemental de Flandre, mar > ven : 10h-12h30 & 14h-18h sam & dim : 10h-18h, 8/6€ (gratuit -18 ans), museedeflandre.fr
Marie-Jo Lafontaine, L’Art lave notre âme de la poussière du quotidien, 2023, Coll.particulière
En 1986, ils débarquent à Londres dans une camionnette chargée de leurs échantillons. Quarante ans plus tard, les Six d’Anvers entrent au musée. Le MoMu – Fashion Museum Antwerp célèbre l’anniversaire de cette percée historique avec une exposition officielle qui revient sur l’aventure collective et les trajectoires singulières de six stylistes devenus incontournables : Ann Demeulemeester, Dries Van Noten, Walter Van Beirendonck, Dirk Bikkembergs, Dirk Van Saene et Marina Yee.
Tout commence à l’Académie royale des beaux-arts d’Anvers, à la fin des années 1970. Dans une Europe encore dominée par la haute couture parisienne, ces étudiants regardent ailleurs : Londres, le punk, la new wave, l’Italie qui réinvente le vestiaire masculin, le Japon qui déconstruit les silhouettes. La mode change, la société aussi, et Anvers devient un laboratoire atypique. Les six amis travaillent ensemble, sortent ensemble, voyagent ensemble. Sans manifeste commun, une énergie circule. Le moment fondateur arrive en 1986, au British Designer Show. Faute de
« Les Six ont profondément façonné l’histoire récente de la mode »
moyens, ils louent un van, transportent eux-mêmes leurs pièces et les présentent en marge du circuit officiel. La presse remarque immédiatement ces silhouettes radicales, souvent androgynes, sombres ou expérimentales, loin du glamour dominant. En quelques saisons, Anvers s'impose comme l'un des nouveaux foyers de création en Europe.
Modèles hybrides - L’exposition du MoMu ne cherche pas à mythifier le groupe mais à en montrer la complexité. Les débuts à l’Académie, le contexte économique difficile des années 1980, le rôle du plan textile belge, puis la reconnaissance internationale : chaque étape rappelle que cette réussite tient autant à l’amitié qu’à une détermination hors norme. Comme le souligne la directrice du musée, Kaat Debo : « Les Six ont profondément façonné l’histoire récente de la mode, tout en refusant de devenir une école ou un style unique ». Car ils n’ont jamais formé un collectif au sens strict. Chacun a développé un style personnel : la poésie sombre et romantique d’Ann Demeulemeester, les harmonies de matières et de motifs de Dries Van Noten, l’énergie graphique et colorée de Walter Van Beirendonck, la rigueur sportive de Dirk Bikkembergs, les recherches artisanales de Dirk Van Saene ou encore l’approche introspective de Marina Yee. Autant de directions différentes, guidées par une même liberté. Quarante ans après leur virée londonienne, leur influence reste intacte. L’exposition le rappelle avec justesse. Plus qu’un groupe, les Six d’Anvers ont incarné un moment de bascule, celui où la Belgique a cessé d’imiter pour commencer à inventer. Anvers n'a depuis plus jamais quitté la carte mondiale de la mode. Nicolas Pattou Anvers, jusqu'au 17.01.2027, MoMu, mar > dim : 10h-18h, 8/5€, momu.be
Chaque été, entre les années 1970 et 1990, des milliers de familles maghrébines prenaient la route. Coffres pleins, enfants à l’arrière, direction le sud puis le ferry, puis le pays. Avec Renault 12, Mohamed El Khatib transforme cette mémoire collective en une installation aussi populaire que bouleversante. Dans l’espace d’exposition, plusieurs véhicules apparaissent entiers, démontés ou réduits à des pièces mécaniques. Autour, on trouve des cartes d’époque, des cassettes audio, des photos vernaculaires, des objets entassés comme pour un départ en vacances. On circule parmi ces fragments comme dans un garage devenu musée intime. La voiture n’est plus seulement une machine, c’est une maison roulante, un symbole de liberté. Certaines oeuvres frappent par leur force : une R12 accidentée dressée comme une stèle ou une voiture transformée en autel... Le projet est né d’un voyage personnel, un road-trip entre la France et Tanger, qui a conduit l’artiste à explorer ces transhumances estivales devenues légendaires. Camille Lombardo Roubaix, 09.04 > 11.07, La Condition publique, lun > ven : 10h-19h • sam : 14h-19h • 1er dim du mois : 11h-19h, tarif libre, laconditionpublique.com
Yohanne
CYRIL ALBRECHT
Depuis 2019, ce photographe belge sillonne l'Ouest américain pour documenter l'infrastructure colossale du contrôle de l'eau, financée par le gouvernement fédéral (depuis 1902). Avec Hydraulic Empire, il ausculte l'histoire et les fragilités d'un projet de civilisation dans un milieu semi-désertique, composé de 12 000 barrages, de canaux franchissant des montagnes et de fleuves artificiellement inversés. Ses tirages grand format flirtent avec l'abstraction. Albrecht ne cherche pourtant pas le beau. Il enquête, il révèle. Et c'est autrement plus dérangeant. C.L.
Charleroi, jusqu'au 17.05, Musée de la photographie, mar > ven : 9h-17h • sam & dim : 10h-18h, 8 > 4 €, museephoto.be
ENCHANTÉ, LA FABRIQUE DES HISTOIRES
Pour ses dix ans, le MusVerre a vu les choses en grand. Cette exposition s'offre comme une odyssée poétique traversant contes et légendes fantastiques en quatre chapitres — du pays des merveilles à une nature chimérique et engagée. Une vingtaine d'artistes nationaux et internationaux, parmi lesquels Salvador Dalí, Rebecca Stevenson ou Mathilde Caylou, peuplent des salles conçues comme un dédale de rêve éveillé, où sculptures de verre et jeux d'échelle brouillent délicieusement la frontière entre le familier et l'étrange. C.L.
Sars-Poteries, jusqu'au 03.01.2027 MusVerre, mar > ven : 10h-12h & 13h30-18h we : 10h-18h, 8/6€ (grat. -18 ans), musverre.fr
Trois séries majeures réunies dans une exposition à la fois intime et politique. Depuis plus de trente ans, Gregory Crewdson observe l’Amérique ordinaire, ses pavillons et ses vies discrètes. Il projette une vision inspirée par le cinéma, mais immortalisée par la photographie. Ses images ressemblent à des films dont il ne resterait qu’un plan, mystérieux et définitif. Le visiteur mesure ainsi le temps qui passe : il faut revenir, contempler, accepter de ne pas tout comprendre.
Charleroi, jusqu’au 17.05, Musée de la photographie, mar > ven : 9h-17h • sam & dim : 10h-18h 8 > 4€ (gratuit -12 ans), museephoto.be
MUSÉE HORS FRONTIÈRES
À Dunkerque, les œuvres circulent, les idées voyagent et les musées se répondent. Musées Hors Frontières approfondit le dialogue engagé de longue date entre le Frac Grand Large et les Kunstmuseen Krefeld, deux collections publiques nourries par des histoires industrielles fortes. Sans récit chronologique, le parcours thématique ausculte plus d'un siècle de création : des origines de la publicité aux expérimentations du Bauhaus, des avant-gardes des années 60 aux commandes récentes.
Dunkerque, jusqu'au 30.08, Frac Grand Large, mer > dim : 14h-18h, 8/4€ (grat. -18 ans)
LUCIE PASTUREAU
PATRICIA URQUIOLA
Espagnole de naissance, milanaise d'adoption, Patricia Urquiola n'a jamais dessiné un objet sans lui insuffler quelque chose du vivant. Au Grand-Hornu, Meta-Morphosa en fait la démonstration éclatante : cinq ans de recherches récentes formant non pas une rétrospective, mais un laboratoire en pleine ébullition. Canapés-paysages, tapis peuplés de créatures hybrides, matières issues du recyclage qui semblent respirer sous la lumière. Une exposition poétique et résolument de son temps.
Hornu, jusqu'au 26.04, CID, mar > dim : 10h-18h, 10/6€ (grat. -6 ans)
Cette artiste lilloise photographie des corps à un moment de bascule. Ici, une silhouette semble prête à quitter son enveloppe. Plus loin, un ventre arrondi capte la clarté comme un astre intime. Pensé comme une partition, l'accrochage alterne formats et respirations tandis qu'une création sonore transforme le parcours en expérience sensible. On découvre un espace où les identités se réinventent, où l’image cesse d’assigner pour devenir un terrain d’émancipation. Lille, jusqu'au 14.07, Théâtre du Nord, mar > ven : 12h30-19h • sam : 14h-19h, gratuit institut-photo.com
Longtemps éclipsée par son frère Charles Quint, Marie de Hongrie méritait mieux qu'une note de bas de page. À Mariemont, domaine qu'elle fit aménager en 1546 et auquel elle donna son nom, une exposition ambitieuse lui rend enfin justice. Tableaux de Titien, tapisseries, manuscrits et gravures issus de quarante institutions européennes révèlent une stratège hors pair : régente des Pays-Bas pendant 24 ans, elle fit de l'art et du faste des outils politiques à part entière.
Morlanwelz, jusqu'au 10.05, Musée royal de Mariemont, mar > dim : 10h-18h, 9/4€ (grat. -18 ans)
REMONTER AU JOUR
Faire dialoguer l’art contemporain avec un ancien vestiaire de mineurs : le pari semblait risqué, il s’impose pourtant avec évidence au 9-9bis. Dans la salle des douches du site minier, l’exposition explore la notion de risque, indissociable du travail souterrain, entre accidents redoutés et vigilance quotidienne. Œuvres et archives se répondent avec pudeur pour évoquer le courage, la fatigue, mais aussi les traces laissées dans les vies et les familles.
Oignies, 04.04 > 06.12, 9-9 Bis mar > dim : 14h-18h, gratuit, 9-9bis.com
LA REDOUTE
Comment des agriculteurs de Roubaix ont-ils conçu l’une des plus impressionnantes machines de mode du siècle dernier ? C’est ce que raconte cette exposition en déroulant le catalogue de La Redoute, sur près de 190 ans d’histoire. Le parcours réunit plus de 300 pièces (vêtements, mobilier, archives) dans une traversée chronologique ponctuée de thèmes malicieux ("s’habiller comme maman", "podium yéyé"...). En faisant de l'image un moteur du désir, cette enseigne a inventé les codes du commerce moderne.
Roubaix, jusqu'au 05.07, La Piscine, mar > jeu : 11h-18h, ven : 11h-20h, sam & dim : 13h-18h, 11/9€ (grat. -18 ans), roubaix-lapiscine.com
KANDINSKY FACE AUX IMAGES
Cet événement s’attache au geste quotidien plutôt qu’au mythe. Autour des peintures, documents et images d’atelier montrent comment l’abstraction s’est construite pas à pas, au contact du visible. On suit, presque au jour le jour, la manière dont Kandinsky observe, découpe et conserve des images pour nourrir sa peinture. Sans emphase, le parcours renouvelle notre regard et souligne la cohérence d’une œuvre en perpétuel mouvement.
Villeneuve d'Ascq, jusqu’au 14.06, LaM, mar > dim : 11h-19h, 11/9€ (gratuit -26 ans), musee-lam.fr
Marre de voir l’humanité s’engluer dans ses erreurs ? Coupez la télé et courez à Mons pour le festival Guerrièr·es. Théâtre, danse, musique, cinéma, ateliers... Pendant une dizaine de jours, ce laboratoire artistique brosse les contours d’un autre monde, résolument féministe et inspirant.
S’il est un lieu où la guerre peut être salutaire, c’est bien sur scène. Avec un tel nom, Guerrièr·es annonce la couleur : ici, on lutte — mais « avec de la joie et de l’émotion », précise la programmatrice Bérengère Deroux. Comme le monde a furieusement tendance à rester le même, il faut parfois lui botter les fesses pour qu’il avance. Ce festival est né en 2021 pour « offrir un espace aux femmes dont les projets n’étaient pas choisis par le milieu artistique, très masculin ». Certes les établissements culturels encouragent désormais la mixité « mais certains sujets restent tabous ». Alors autant les affronter sans détour.
Des femmes puissantes - Cette édition s’ouvre avec La nuit se lève, un spectacle consacré à l’inceste, traité avec sensibilité dans une forme lumineuse et collective, accessible dès 16 ans. Plus loin, l’actrice Adèle Haenel et la musicienne Caro Geryl convoquent la pensée de Monique Wittig dans Voir clair avec Monique Wittig, une performance autour du
feu qui interroge la binarité et l’héritage patriarcal. Féministe, antiraciste mais jamais dogmatique, le festival revendique une résistance fédératrice. Il donne à voir « des artistes aux univers puissants, joyeux et brillants » à un public qui n’a pas peur d’être « bousculé », insiste Bérengère Deroux. Ainsi, la performeuse algérienne Habibitch mêle danse, stand-up et manifeste politique, tandis que la chanteuse engagée Mathilde (passée de The Voice à la fête de l’Huma) assume un engagement frontal sans renoncer à une audience populaire.
Expérience partagée - Le vécu des interprètes irrigue aussi la programmation. Nadia Ghadanfar pointe la domination masculine dans Laissez-moi danser, tandis qu'Héloïse Ravet évoque la toxicomanie de sa sœur avec Épuiser les soleils. Et ce n'est pas tout. Avant et après chaque spectacle, des ateliers prolongent le mouvement (broderie de slogans féministes, création d’un fanzine, analyse de l'effacement des femmes de l'histoire des sciences). Si on y ajoute Les guerrièr·es de demain, une grande parade conçue avec la population pour déconstruire les clichés du folklore, jamais combat n’a été aussi chaleureux.
Conçu durant le confinement et créé en juin 2022 au Festival Montpellier Danse, Stéréo décloisonne les genres et ouvre grand la cage aux oiseaux de nuit. Avec ce spectacle hybride, Philippe Decouflé renoue avec ses premières amours : le rock, la danse nerveuse et l’énergie brute qui traversent son travail depuis les années 1980.
Chez Decouflé, les frontières n’ont jamais tenu longtemps. Depuis ses débuts, il mêle danse, cirque, musique et arts visuels avec une fantaisie très graphique, nourrie de BD, de cinéma et de culture pop. Cette touche cartoonesque, héritée autant de Tex Avery que de la scène contemporaine, flirte volontiers avec la rupture. Passé maître dans les grands événements (des J.O. d’Albertville au bicentenaire de la Révolution française), le chorégraphe préfère la poésie et le décalage à la narration linéaire, cultivant le pas de côté avec une constance joyeuse.
High Energy
Dans Stéréo, la vitalité prime et les tableaux s’enchaînent à un rythme endiablé – avec un désopilant Monsieur Loyal… Decouflé revendique un show « généreux, joyeux et puissant », où chaque interprète peut devenir tour à tour une rock star, dans un jeu assumé avec les clichés du genre. Parmi les musiciens, Arthur Larregle/Satàn et Romain Boutin (du groupe JC Satàn), ainsi que Louise Decouflé à la basse électrisent la scène. Aux compositions originales s'ajoutent des classiques de T-Rex, Roxy Music, The Beatles, Devo ou Queens of the Stone Age. Soit un savant cocktail pop, punk et glam rock, où paillettes et chaussures à plateforme sont de mise. Entre cabaret et comédie musicale, Stéréo oscille entre saturation et épure, sans jamais se prendre trop au sérieux. Chez Decouflé, le spectacle n’est qu’affaire de vibrations et les corps se chargent de propager les (bonnes) ondes. Selina Aït Karroum
La Louvière, 10 & 11.04, Théâtre de La Louvière, 20h, 35 > 15€, central-lalouviere.be
LA GUERRE N'A PAS UN VISAGE DE FEMME
À voix haute
Elles avaient quinze ans, parfois à peine. Brancardières, tireuses d'élite, pilotes, médecins, elles étaient entre 800 000 et un million à s'engager dans l'Armée rouge dès 1941. Pourtant, l'Histoire officielle les a effacées pendant quatre décennies. C'est ce mutisme que la journaliste biélorusse Svetlana Alexievitch, prix Nobel de littérature 2015, a mis sept ans à briser en recueillant leurs témoignages, un geste fondateur dont Julie Deliquet s'empare aujourd'hui avec une force rare. La directrice du Théâtre Gérard Philipe (Saint-Denis) réunit dix comédiennes, de 30 à 70 ans, dans un appartement communautaire soviétique des années 1970. Au milieu du linge qui sèche, les mots longtemps retenus, finissent par se libérer. Une jeune journaliste, double théâtral d'Alexievitch, ouvre la discussion. Valentina, Olga, Antonina et leurs camarades se révèlent par éclats, tissant un chœur d'une richesse vertigineuse. Le coup de génie de l'adaptation est là : faire de ces monologues solitaires une écriture chorale qui donne l'impression troublante que tout se joue en direct. On y entend la faim, la peur, les uniformes trop grands, mais aussi les rires et cette puissante envie de vivre qui surplombe l'horreur. Les actrices sont bouleversantes. Le public en ressort sonné, mais grandi. Camille Lombardo Villeneuve d'Ascq, 28 & 29.04, La Rose des vents, 20h, 22 > 6€, larose.fr
Marlene Monteiro Freitas/ Ballet de l’Opéra de Lyon danse
11 et 12 juin
Archets et banderilles
Haydn, Turina, Beethoven concert 17 mai
Open Week
21 → 25 avril
Concerts Sieste de 13 h à 13 h 45
5 mai et 16 juin
Concerts Heure bleue de 18 h à 19 h
28 mai et 4 juin
Concert Insomniaque de 21 h à 1 h 30 6 juin
Finoreille
La voix au chapitre 20 et 21 juin
Visites
Histoire d’hier et d’aujourd’hui 23 mai, 27 juin
saison
L'ÉCUME DES JOURS
Second souffle
Il y a des romans qu'on croit connaître et qui, posés sur un plateau, révèlent soudain une profondeur insoupçonnée. L'Écume des jours de Boris Vian est de ceux-là. Portée par une troupe de jeunes comédiens, l'adaptation prend vie au Théâtre Royal des Galeries, sous la direction de Daniela Bisconti, comédienne, metteuse en scène et professeure au Conservatoire Royal de Bruxelles, dont le parcours impressionnant garantit une lecture à la fois sensible et rigoureuse. Colin, jeune Parisien insouciant, tombe éperdument amoureux de la lumineuse Chloé. Bonheur fulgurant, mariage, puis un nénuphar pousse silencieusement dans le poumon de la jeune femme. Le monde qui débordait de jazz et de fantaisie se met à pâlir. Vian résumait lui-même son roman en une phrase sèche et bouleversante : « Un homme aime une femme, elle tombe malade, elle meurt ». Derrière cette simplicité désarmante se cache une œuvre d'une richesse poétique rare. Bisconti ne cherche pas à édulcorer. Elle suit le glissement progressif d'un univers lumineux vers un monde oppressant, sans jamais perdre ce que le texte a d'onirique. Sur scène, l'espace se contracte et épouse la douleur des protagonistes. Trois histoires d'amour s'y croisent et s'y fracassent. Un choc émotionnel qui résonne, aujourd'hui encore, avec une acuité troublante. Camille Lombardo Bruxelles, 01 > 26.04, Théâtre royal des galeries, divers horaires, 30 > 12 €, trg.be
Théâtre
SAISON 2025-2026
Gérard-Philipe & Grand Théâtre
DU 2 AU 26 AVRIL - BEAUTIFUL SWAMP BLUES FESTIVAL #20
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Gérard-philipe - ccgp grand théatre de calais - officiel
infos billetterie : www.billetterie.calais.fr
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PISTES
Enjeux de mémoire
Sur scène, une piste d’athlétisme traverse le plateau et file vers le lointain. Le décor est simple, presque nu, mais tout est là : le mouvement, la trajectoire, la recherche d’un point d’arrivée. Avec Pistes, Penda Diouf signe un seule-en-scène qui avance comme une course de fond, entre récit autobiographique et retour sur une page méconnue de l’histoire coloniale.
Tout part d’un voyage. À vingt ans, l’autrice décide de partir seule en Namibie, sur les traces de son héros d’adolescence, le sprinteur Frankie Fredericks. Ce périple se transforme progressivement en une enquête.
Sous la beauté des paysages du désert affleure une mémoire plus sombre, celle du génocide des peuples herero et nama, perpétré par l’armée allemande au début du xxe siècle, longtemps ignoré en Europe. Le spectacle tisse alors plusieurs fils, de l’enfance en France, marquée par le racisme ordinaire, la fascination pour la course, et la découverte d’une histoire enfouie. L’intime rejoint le politique, sans démonstration appuyée. L’écriture procède par touches successives, comme autant de pistes à suivre. Seule en scène, Nan Yadji Ka-Gara porte ce récit, entre adresse directe et mouvements quasi chorégraphiques. La couleur ocre du plateau, quelques images projetées et des silhouettes fugitives suffisent à faire surgir le désert autant qu’un paysage intérieur. Avec Pistes, Penda Diouf compose une forme épurée, où la quête personnelle amène à regarder l’histoire autrement. Cette traversée sensible rappelle que certains voyages ne servent pas à fuir, mais à comprendre d’où l’on vient. Nicolas Pattou
Dunkerque, 28.04, Le Bateau Feu, 20h, 10€, lebateaufeu.com
À Vieux-Condé, le premier week-end de mai ne ressemble à aucun autre. Pendant trois jours, la petite commune du Valenciennois déborde de cirque, de théâtre en plein air et d’acrobaties déjantées. Depuis la fin des années 1990, Les Turbulentes transforment la ville en terrain de jeu pour les arts de la rue, l’un des rendez-vous majeurs du genre en France.
Non, il ne suffit pas de traverser la rue pour trouver un travail. En revanche, il est très facile d'y voir des spectacles à chaque coin de trottoir. Trente-six compagnies y déploient leurs théâtres de poche du vendredi au dimanche. Elles arrosent le centre-ville d’une pluie de propositions poétiques, impertinentes ou spectaculaires. Gratuit et à ciel ouvert, le festival s'adresse au plus grand nombre (dès 3 ans pour certaines créations). On y croise du skate mâtiné de danse bretonne (Da Gouskate), une fausse visite d’un terril bien réel (Soulever des montagnes) ou un road-trip funèbre, aussi drôle que mélancolique (Goodbye Georges). Aux Turbulentes, l’absurde n’est jamais gratuit : il sert à regarder le monde de biais, à faire rire autant qu’à bousculer.
Shakespeare démembré – Derrière l’énergie festive, l'événement garde une ligne engagée. Si certains artistes cultivent les sensations fortes (Gagarine is not dead, avec d’apprentis spationautes perchés à plusieurs mètres du sol), l’objectif reste de chahuter le public, jusqu'aux tripes. D’où un Shakespeare démembré par les coupes budgétaires (Sauver Richard), une déambulation dansée évoquant l’inceste (Tant qu’on se taira, dès 10 ans) ou une immersion dans la peau d’un néo-nazi identitaire (Naz 2.0, seule création en salle). Près de 35 000 personnes sont attendues, alors mieux vaut arriver tôt. Se cultiver, c’est du travail !
Sélection / 01.05 : Fractal Arsenal – Naz 2.0 // 01 > 03.05 : Les Sanglés & En Corps en l'air –Gagarine is not Dead, Muchmuche Company - Amours // 02 & 03.05 : La Cahute – Soulever des montagnes, L'Engrenage - Goodbye Georges, Mashup Production - Sauver Richard, Les Fugaces –Tant qu'on se taira, C'hoari – Da Gouskate //03.05 : La Métalu A Chahuter - Ce qui nous tient…
100% MAGIE
Pour La Rose des vents, la magie n’est pas un divertissement à part. Elle est un art du regard, capable de dialoguer avec la musique, le cirque, les arts plastiques ou les sciences cognitives. Imaginé en étroite complicité avec Thierry Collet, artiste associé du lieu, le festival est construit comme un temps fort où l’émerveillement n’exclut jamais la pensée. Il ne promet pas l'illusion parfaite, mais une expérience collective du jeu et du doute. Une magie pleinement ancrée dans son temps. Villeneuve d'Ascq, jusqu'au 09.04, La Rose des vents & divers lieux 1 spectacle : 22 > 18€ (-12 ans : 6 €), larose.fr
CRIME ET CHÂTIMENT
(Cie Karyatides) La Compagnie
Karyatides s’empare du classique de Fiodor Dostoïevski pour en livrer une version en théâtre d’objet. Raskolnikov, étudiant révolté par la misère, commet l’irréparable au nom d’une liberté fantasmée. Sur scène, figurines et comédien·nes dissèquent ce vertige moral comme une enquête, entre humour, chants et tribunal intérieur. Fidèle à l’esprit du roman, l’adaptation explore culpabilité, justice et responsabilité avec une fantaisie sombre et incisive.
Bruxelles, 04 > 11.04, Les Tanneurs, sam & mer : 19h15 • dim : 15h • mar & ven : 20h30 07 et 09.04 : complet !, 20/10€, lestanneurs.be
FAIRE LE BEAU
JUSTICES
(Clément Papachristou) Clément
Papachristou poursuit un travail exigeant sur l’inclusion, en plaçant cette fois la question de la justice au centre du plateau. Librement inspiré de La Divine Comédie, le spectacle suit Vincent, artiste porteur du syndrome de Down, accusé d’un crime et déterminé à être jugé comme n’importe quel citoyen. Refusant l’étiquette d’irresponsabilité pénale, il affronte les figures de l'oppression. Théâtre, chanson et chorégraphie soutiennent une écriture ouverte, mêlant humour et gravité.
Bruxelles, 07 > 11.04, Théâtre National mar : complet ! • mer : 19h • jeu & ven : 20h sam : 18h, 24 > 10€, theatrenational.be
(Bérangère Vantusso) Cette récente création transforme le vestiaire en terrain de jeu théâtral. Porté par la Jeune Troupe du Théâtre Olympia (Tours), le spectacle enchaîne métamorphoses et défilés pour sonder ce que nos vêtements disent de nous. Uniformes, costumes, habits du quotidien : chaque tenue devient signe social, masque ou affirmation intime. Entre humour, musique live et fantaisie visuelle, cette parade philosophique questionne l’identité et la liberté d’être soi, au-delà des apparences. Béthune, 08 > 10.04, Comédie de Béthune, mer & ven : 20h • jeu : complet !, 10/6€ comediedebethune.org
SHAHADA,
IL Y A TOUJOURS UN AILLEURS POSSIBLE
(F. Mohissen / F. Cervantes) Le metteur en scène syrien Fida Mohissen remonte le fil de sa propre histoire. Sur scène, l’homme qu’il est devenu dialogue avec le jeune croyant qu’il fut, partagé entre ferveur religieuse, tentation de la radicalité et désir d’émancipation. Mis en scène par François Cervantes, ce face-à-face dépouillé explore le sens du mot shahada — foi, martyre, témoignage — pour mieux interroger le choix de vivre, d’aimer et de rester ouvert au monde. Un récit profondément humaniste.
Armentières, 09.04, Le Vivat, 20h, 21 > 12€, levivat.net
CROCODILE
(Martin Harriague) Face au chaos du monde, Martin Harriague a choisi l'amour et la forme la plus dépouillée qui soit : le duo. Avec la danseuse Émilie Leriche, il signe une chorégraphie à fleur de peau sur l'attraction amoureuse. Deux corps s'approchent, s'esquivent, se répondent en écho, portés par le Canto Ostinato de Simeon ten Holt, partition hypnotique jouée en direct sur marimbas. Ni effusion ni démonstration, juste la naissance d'un lien saisi dans ce qu'il a de plus fragile et de plus vrai.
Douai, 28 & 29.04, Hippodrome, mar : 19h30 mer : 20h30, 25/14€, tandem-arrasdouai.eu
TENDRE
(Le Jardin des Délices) Des bâtons blancs, du charbon, quatre corps en jeu. Avec Tendre, la compagnie Le Jardin des Délices signe une pièce de cirque contemporain aussi épurée que vertigineuse. Nathan Israël et Luna Rousseau font de l'équilibre une philosophie : chaque geste en appelle un autre, chaque construction fragile questionne notre façon d'habiter le monde. Portée par trois acrobates et une musicienne live, la pièce oscille entre tension et relâchement. Un poème physique, rare et nécessaire.
Lille, 30.04, Le Prato, 20h, 15/10€, leprato.fr
LES PETITES FILLES MODERNES
(Joël Pommerat) Deux collégiennes, un serment d'amitié absolu, et des adultes qui voudraient tout défaire. Dans sa nouvelle création, Joël Pommerat plonge sans filet dans le fantastique. Porté par trois interprètes dans des espaces noirs traversés de vidéos hypnotiques, le spectacle invente une forme hybride — le "théâtre roman" — où l'histoire se raconte et se vit en même temps. Ni leçon de morale, ni condescendance, le metteur en scène laisse les enfances résister, à leur façon, à l'autorité du monde réel. Charleroi, 23 & 24.04, PBA, jeu : complet ! • ven : 20h, 22/8€ (-26 ans), pba.be Dunkerque, 20 > 22.05, Le Bateau Feu, mer & jeu : 19h • ven : 20h, 10€, lebateaufeu.com