

![]()


wonderlandi
Lander Patrick
6 & 7 mars
danse • musique
ode
Catherine Gaudet
16 mars
danse ivanov
Jean-François Sivadier d’après Anton Tchekhov 25-27 mars
théâtre

crocodile Martin Harriague
en collaboration avec Emilie Leriche et l’ensemble 0
28 & 29 avril
danse • musique


Flops ?!
L’Art de se planter

Combattantes ! 90 militantes exceptionnelles

18 – Portfolio
Ulises Mendicutty
Mister Pink
26 – Musique
Morrissey, Les Enchanteurs, P. R2B, James Loup, Stereolab, Sébastien Tellier, Stephan Eicher, Wu-Tang Clan, Danny Brown, CMAT, The Divine Comedy, Suzanne Vega, Imany, Yoa, Unknown Mortal Orchestra, Thundercat

Événement : Series Mania
Orwell : 2 + 2 = 5, Calle Malaga, The Cruise, Alter Ego, Pillion, La Danse des renards, Little trouble girls, FIGRA

Événements : Lille Art Up ! Kandinsky face aux images La Redoute, un temps d’avance, Les Safra’Numériques, Gregory Crewdson, Les Corps élastiques, Agenda…

Le Grand Bain, La Beauté du geste, Les Nouvelles hallucinations, Secret.s, Les Enfants terribles, 100% Magie, Astéréotypie, The Award, Agenda…
46 – Chroniques disques & livres
98 – Le Mot de la fin
amiens.fr/lessafranumeriques #ccLeSafran #2026
3 rue Georges Guynemer
80080 Amiens

Festival d’arts numériques & nouvelles technologies
Direction de la publication
Rédaction en chef
Nicolas Pattou nicolas.pattou@lastrolab.com
Rédaction
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Publicité pub@lm-magazine.com
Administration
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LM magazine – France & Belgique
28 rue François de Badts
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Graphisme
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Couverture
Ulises Mendicutty
Série Synthesis mendicutty.com c @ulises.mendicutty
Réseaux sociaux
Cécile Fauré
Sophie Desplat
Impression
Tanghe Printing (Comines)
Diffusion
C*RED (France / Belgique) ; BHS.media (Bruxelles / Hainaut)
Ont collaboré à ce numéro : Selina Aït Karroum, Thibaut Allemand, Rémi Boiteux, Mathieu Dauchy, Camille Lombardo, Raphaël Nieuwjaer, Arnaud Stoerkler, Ulises Mendicutty et plus si affinités.
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PLAYLIST LM
La bande son de la rédaction




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Et si l’innovation avançait en multipliant les faux pas ? Avec Flops ?!, le Musée des Arts et Métiers ouvre ses réserves les moins glorieuses et transforme l’échec en terrain d’enquête jubilatoire. Une exposition qui dédramatise le raté, sans jamais le minimiser.
Dès les premières salles, le visiteur comprend qu’il ne s’agit pas d’un simple cabinet de curiosités. Ici, pas de célébration sarcastique du "ils se sont plantés", mais un récit construit, presque méthodique, de ce qui cloche quand une invention rencontre le réel. La scénographie évoque un entrepôt de prototypes abandonnés, un arrière-monde de l’innovation où l’histoire s’écrit moins en lignes droites qu’en zigzags. L’exposition commence par ce que tout le monde redoute : l’accident. Des objets pensés pour simplifier la vie, mais devenus dangereux, inutilisables ou franchement gênants. Une poupée qui mâche tout ce qui passe à sa portée (nos doigts en particulier), une crème cosmétique enrichie
au radium, ou encore un ketchup vert, identique au rouge côté goût, mais rejeté pour une simple question de couleur. Autant de bides qui rappellent que la technique ne suffit pas : l’usage, la perception et le contexte ont toujours le dernier mot.
À mesure que l’on avance, Flops ?! affine son propos. Le sourire s’estompe, l’analyse prend le relais. Prix mal ajusté, technologie avant-gardiste, ergonomie défaillante ou mauvaise communication, chaque échec est décortiqué comme un cas d’école. Le LaserDisc en est un parfait exemple : avec une qualité d'image et un son inégalés, mais incapable d’enregistrer, il laisse le champ libre au VHS de JVC. La supériorité technique ne garantit donc rien si l’objet ne s’inscrit pas dans les usages.
« Il faut savoir échouer pour avancer »

Une miniature de la voiture de « Retour vers le futur » : la Delorean au moteur peu permormant et aux finitions baclées







À l’inverse, certaines idées trop précoces attendront des décennies avant de devenir évidentes (visiophone, voiture électrique...).
Relève assurée
Cette lecture bienveillante de l’échec est au cœur du projet.
« L’essentiel c’est le feu créateur »
Bertrand Cousin, chef du département des expositions, le confirme : « Notre société valorise les réussites et dévalue l’échec, alors qu’il faut souvent savoir échouer pour avancer ». Il s'agit donc de rompre avec une vision trop lisse du pro-
grès. Certains loupés, en avance sur leur temps, sont les racines de futurs succès. Le message, porté par le parrain Philippe Starck, est aussi limpide : « L’essentiel n’est pas la réussite immédiate, mais le feu créateur ». En quittant Flops ?! , on ne regarde donc plus les ratés de la même façon. On les voit comme des brouillons nécessaires, parfois maladroits mais profondément humains. Nicolas Pattou

FLOPS ?!
Paris, Musée des Arts et Métiers (Le Cnam)
Jusqu'au 17.05, mar > dim : 10h-18h, ven : 10h-21h, 12/9 € (gratuit -18 ans) arts-et-metiers.net


Elles n'ont pas attendu qu'on leur fasse une place : elles l'ont prise. Dans Combattantes !, Marie Kirschen rassemble 90 trajectoires féminines qui ont bousculé l’ordre établi. Illustré par Anna Wanda Gogussey, ce livre-panthéon ravive une mémoire trop souvent confisquée et donne furieusement envie de continuer le combat.
Ouvrez un dictionnaire : "combattant", nom masculin. Le féminin apparaît à la marge. Pourtant, l'histoire ne manque pas de femmes qui ont lutté dans la rue, au tribunal, en prison ou sur scène sans toujours trouver leur place dans le récit officiel. Ce sont
« Cultiver les audaces de nos aînées »
ces engagements que le livre rassemble et met à l'honneur. On croise la rappeuse afghane Sonita Alizadeh, qui
dénonce les mariages forcés ; la résistante Lucie Aubrac, stratège face à la Gestapo ; la philosophe Angela Davis, devenue icône mondiale après son procès politique. Plus près de nous, l'écrivaine Virginie Despentes dynamite les normes avec King Kong Théorie, quand Beth Ditto érige son corps et sa voix en manifeste queer et anti-grossophobie.

Gisèle


Le principe est limpide : un portrait, une vie, un combat. Pas d'hagiographie, prévient l’autrice, mais « quatre-vingt-dix pièces à conviction » pour rappeler que des droits « arrachés de haute lutte » ne tombent jamais du ciel. L'angle est pédagogique sans être scolaire, incarné sans être idolâtre.
« Ne vous résignez jamais »
La partie graphique prolonge cette intention. Les illustrations d’Anna Wanda Gogussey dialoguent avec le texte, donnent des visages à ces noms parfois oubliés. Couleurs franches, lignes expressives : l’image ne décore pas, elle affirme. L'ouvrage s’ouvre sur une préface d’Anne-Cécile Mailfert, présidente de la Fondation des femmes, qui confie avoir retrouvé « souffle » à sa lecture. Elle y regrette une forme d'amnésie : « Nous oublions nos aînées. Nous leur reprochons leurs erreurs au
Irène Frachon, lanceuse d’alerte dans le scandale du Mediator

lieu de cultiver leurs audaces et de bâtir sur leurs épaules ».
Impossible d'ailleurs de ne pas s'arrêter sur Gisèle Halimi, qui transforma le procès de Bobigny en tribune pour le droit à l’avortement, répétant toute sa vie : « Ne vous résignez jamais ». Chez Marie Kirschen, ces mots résonnent comme un fil rouge. À l'heure des reculs réactionnaires et des mémoires morcelées, Combattantes ! agit comme un antidote au découragement. Il ne promet pas des lendemains qui chantent, mais rappelle une évidence : vivre, pour beaucoup de femmes, a toujours signifié lutter.
Texte : Nicolas Pattou Illustrations © Anna Wanda Gogusey À lire / Combattantes ! 90 militantes exceptionnelles, de Marie Kirschen et Anna Wanda Gogusey (Éd. de La Martinière) 192 p., 21,95 €













Mexicain installé à Barcelone, Ulises Mendicutty trace sa route à coups de portraits incandescents, de larmes surdimensionnées et de roses éclatants. Son univers visuel percutant s'impose sur les murs des grandes villes autant que dans les pages du Guardian. Son parcours n’a pourtant rien de linéaire. Après des études de communication et de philosophie menées sans réelle conviction, il se réoriente vers l’illustration, guidé davantage par la pratique que par l’académisme. Au cœur de cette évolution, une figure clé : son grandpère. « Écrire et illustrer un livre sur mon grand-père était le moteur dont j’avais besoin pour commencer à dessiner des personnages », confiet-il. De cette impulsion naissent des figures devenues emblématiques, notamment les séries Barrio Boys et Portraits , aujourd’hui souvent citées par ses clients. L’inspiration de Mendicutty se nourrit d’un double ancrage : la rue et les traditions. « Je m'associe aux gens ordinaires, leurs gestes, leur manière d’être », explique-t-il. Cette approche donne naissance à des visages expressifs, parfois déformés, traversés de larmes, de flammes ou de fleurs. Le rose, omniprésent, n’est jamais décoratif : « Mon travail est sombre ; le rose en atténue le drame et le rend plus accessible ». Se définissant volontiers comme un « mariachi gothique », mexicain « comme le maïs, le nopal et la tortilla », Ulises Mendicutty avance entre illustration, peinture et fresques murales avec une liberté revendiquée, animé par le désir constant de raconter des histoires qui lui ressemblent. Nicolas Pattou
À visiter / mendicutty.com ; c @ulises.mendicutty
« Je décrirais mon travail comme une fête rose clandestine où la musique cumbia est jouée à plein volume »

Série Random Drawings
Série Synthesis


Série Synthesis
Série Portrait 2021



mar. 3 mars |
Morrissey
mer. 4 mars |
Keroué
Le Splendid - Lille
Zénith - Lille DER. PLACES
ven. 6 mars | Flow - Lille
Pierpoljak
sam. 7 mars | The Black Lab - Wasquehal
Samantha Fish
lun. 9 mars |
Scarlxrd
mar. 10 mars |
Liv Del Estal
mer. 11 mars |
Lara Fabian
mer. 11 mars |
dim. 25 oct. |
Disiz
jeu. 12 mars |
mer. 09 déc. |
Le Splendid - Lille
Le Splendid - Lille
La Bulle Café - Lille
Le Zénith - Lille DER. PLACES
Le Zénith - Lille DER. PLACES
La Cond. Publique - Roubaix CPLT
Le Zenith - Lille
The Dead South
ven. 13 mars |
La Condition Publique - Roubaix
Barbara Pravi
sam. 14 mars | La Condition Publique - Roubaix
Pat’ Patrouille
dim. 15 mars | Le Zénith - Lille DER. PLACES
Julien Lieb
dim. 15 mars | Le Splendid - Lille DER. PLACES
Crystal Lake
+Miss May I
dim. 15 mars | The Black Lab - Wasquehal
Monkeys on Mars
Mars Red Sky + Monkey3 + Grandma’s Ashes
mar. 17 mars | The Black Lab - Wasquehal



jeu. 19 mars | Le Théâtre Sébastopol - Lille
High Parasite
+The Old Dead Tree
jeu. 19 mars | The Black Lab - Wasquehal Imany + LU
jeu. 19 mars | La Condition Publique - Roubaix Le Roi Soleil
> 19 au 22 mars 2026 | Le Zénith - Lille > 28 au 30 mai 2027 | Le Zénith - Lille
Yves Jamait
ven. 20 mars | Le Splendid - Lille sam. 21 mars | Théâtre Municipal - Denain Rumours of Fleetwood Mac
mar. 24 mars | Théâtre Sébastopol - Lille
Theodora
mar. 24 mars | Le Zénith - Lille COMPLET
The Divine Comedy mer. 25 mars | L’Aéronef - Lille DER. PLACES
Marlon Magnée
jeu. 26 mars | La Bulle Café - Lille
Folie’s
jeu. 26 mars | Le Splendid - Lille
Arøne
ven. 27 mars | Le Flow - Lille
Ultra Vomit
+Celkilt + Harold Barbé
ven. 27 mars | Le Zénith - Lille
Malted Milk
ven. 27 mars | The Black Lab - Wasquehal
Jeune Lion
ven. 27 mars | Le Grand Mix - Tourcoing
RÉSA:
agauchedelalune.tickandyou.com et dans les points de vente officiels habituels graphisme : hypothese-studio.com
Hollywood Porn Stars sam. 28 mars | The Black Lab - Wasquehal

Un charisme indéniable, le sens de la formule, des tubes formant la bande originale de nos vies. Pour tout cela, on a un peu, beaucoup passionnément, aimé Morrissey. Et puis, ce ne fut plus pareil. Imaginons un peu ce qui aurait pu être…
Voici quelques semaines, Morrissey publiait Notre-Dame , single totalement complotiste – l’incendie de 2018 serait un acte terroriste. Or, avant de devenir un vieux tonton raciste, Morrissey fut un géant. Ambigu, certes. Mais ça faisait son charme. Pour le sauver, il ne faudrait pas grand-chose : reconnaître que la plume s’est émoussée. S’entourer de compositeurs à la hauteur d’un Johnny Marr ; une collaboration avec Richard Hawley peut-être, la paire partageant quelques fixettes musicales. Ou, plus simplement, se contenter de sa plus grande réussite depuis longtemps : des reprises. California Son (2019), album de relectures de Joni Mitchell, Bob Dylan, Phil Ochs, Roy Orbison, Tim Hardin ou Burt Bacharach demeure son meilleur long format depuis vingt ans.
Communion – Mais ce soir, le temps d’un concert, beaucoup lui sera pardonné. Pour services rendus. Et quels services ! Pour The Smiths et une bonne partie de son œuvre solo, ou comment sublimer le mal de vivre en quelques arpèges et des mélodies angéliques. Pour ces portes ouvertes vers des disques, des livres, des films cités dans une chanson ou un entretien. Pour ces concerts, aussi, aux allures de grandes messes païennes face à une icône, qui porta longtemps l’étendard de l’indie pop et d’une certaine vision du monde, profondément individualiste. On pardonne, mais on n’oublie pas : un autre Morrissey était possible.
04.03, Lille, Zénith, 20h, 65,30€, zenithdelille.com ; agauchedelalune.com

Pour sa 27e édition, ce festival cultive sa singularité. Depuis 2001, Les Enchanteurs tracent leur route loin des salles balisées, en installant de remarquables concerts là où on ne les attend pas : petites villes, lieux intimistes, écrins pour public à l'esprit ouvert.
Il y a un quart de siècle quelques élus de villes peu fortunées du bassin minier décidèrent d’unir leurs forces pour composer une affiche digne de grands festivals. Mais pas question de concentrer l’événement sur un week-end ou un site unique. Nomade par essence, il touche aujourd'hui 29 communes, s’étire sur près de deux mois et reste accessible, à prix modique. La formule est fédératrice. En témoignent la fidélité de certains artistes (Sanseverino, notamment) et le retour de figures majeures des scènes alternatives françaises, de Chanson Plus Bifluorée à Lofofora, en passant par Sergent Garcia. Évidemment, on n’est pas obligé de tout adorer (les inoffensifs Trois Cafés Gourmands, les mutations de Ben L’Oncle Soul…). Mais l’essentiel est ailleurs : dans la découverte. Plutôt qu'un plateau sponsorisé et deux-trois noms bankables, Les Enchanteurs défrichent et alignent les pépites ! Ils soutiennent des filles sans filtre (Vaginites, Pussy Miel, Pythies), des marxistes aussi énervés que jubilatoires (de Bagdad Rodeo aux vétérans Soviet Suprem). De notre côté, on mise sur un Belge chantant en anglais : Sam Bettens. Le leader de K’s Choice a signé un album de country réjouissant. Enchanteur, quoi. T.A. Hauts-de-France, jusqu'au 16.04, divers lieux dans le bassin minier du Pas-de-Calais 1 concert : 25 > 7€ (PLDG : gratuit) • pass 21 concerts : 80€, festival-lesenchanteurs.com Sélection / 06.03 : Lofofora + Burning Heads // 07.03 : Jef Kino // 10.03 : PDLG // 12.03 : Felix Radu 13.03 : Soviet Suprem // 20.03 : Vaginites // 21.03 : Au P'tit Bonheur,Yves Jamait // 27.03 : Sam Sauvage// 01.04 : Les Coquettes //04.04 : Sam Bettens // 10.04 : Sanseverino // 11.04 : Sergent Garcia...












En 2021, les Rayons Gamma de Pauline Rambeau de Baralon, alias P.R2B, eurent une certaine influence – et pas seulement sur le comportement des marguerites. Une chanson française singulière, lyrique, quelque part entre Brigitte Fontaine et Barbara, qui imposait sa loi. Cinq ans plus tard, la voici Presque Punk. Presque ? Totalement, en fait. Pas de guitares saturées, certes, mais une manière de n’en faire qu’à sa tête. Tour à tour fougueuse ou légère, grave ou fantaisiste, P.R2B emprunte des voies de traverse. Et sa voix, surtout, indocile et habitée, marque durablement les esprits. T.A.
Amiens, 06.03, la Lune des Pirates, 20h30, 16 / 11€ lalune.net // Bruxelles, 27.03, Botanique, 19h30, 25,50 / 22,50€, botanique.be

Qui ne connaît pas James Loup doit débuter par 3 Défauts. Le Lyonnais annonçait la couleur : 25 ans, en galère, à la recherche de petits boulots parce qu’il faut bien vivre. Une mise en scène de l’envers du décor pour l’une des révélations de Nouvelle École. Sa force ? Outre un flow faussement nonchalant, ses prods inclassables furètent du côté de la house et de l’électronique. Elles confèrent une vraie profondeur à des morceaux mêlant autodérision sincère et franchise abrupte. T.A.
Tourcoing, 12.03, Grand Mix, 20h, 14 > 6€ legrandmix.com // Botanique, 13.03, Bruxelles 19h30, 22,50 / 19,50€, botanique.be







Jadis fer de lance de la maison Too Pure (Pram, Laika, Seefeel, Electrelane…), Stereolab n’a jamais vendu des cargaisons d’albums, mais fait, depuis ses débuts, l’objet d’un culte fervent – et mérité. Ces vétérans de la cause rétrofuturiste, un temps évaporés, s’offrent un futur conditionnel devenu plus-que-parfait.
Durant les années 1990, la bande menée par Tim Gane et Lætita Sadier était presque un mot de passe glissé de bouches connaisseuses en oreilles averties. En 1992, deux ans avant l’ouverture du tunnel sous la Manche, l’Hexagone et la Perfide Albion s’unissaient à travers le premier LP de Stereolab, fruit de la rencontre entre un Anglais marxiste (Tim Gane, ex-McCarty) et une Française au timbre hiératique, faussement maladroit (Lætitia Sadier). Stereolab, ou le sésame ouvrant la porte vers des plaisirs à contretemps : krautrock, électronique analogique, esprit yéyé, disco oblique, post-punk acidulé, bossa nova électrifiée et réminiscences d'enfance. On ne parlait pas encore d’hauntology, mais le groupe en posa les fondations, au même titre que Broadcast. Séparé en 2009, reformé dix ans plus tard, Stereolab réjouit tout le monde, les anciens comme la Gen Z. Ces dernières années, le duo fut samplé par Madlib ou Busta Rhymes. Lætitia Sadier fut aperçue dans la galaxie Aquaserge et chez Tyler, The Creator ou Deerhoof. Instant Holograms on Metal Film, dernier album en date, tient la dragée haute à leurs classiques et complète une discographie aussi prolixe que singulière. Thibaut Allemand Bruxelles, 05.03, Botanique, 19h30, 36/33€, botanique.be // Bruges, 06.03, Cactus, 19h30, 34/31€, cactusmusic.be // Lille, 09.03, L'Aéronef, 20h, 27/20€, aeronef.fr
12/03 COPYCAT + sopycal
25/03 JOGA + TIJO
27/03 JEANNETO + MADDY STREET 07/04 MÉLISSA
04/03 EBONY + PREMIÈRE PARTIE
05/03 AUSTRA + ELSAS
06/03 SORRY + PREMIÈRE PARTIE
10/03 SPRINTS + MARATHON
12/03 JAMES LOUP + CHEEKS
13/03 ASFAR SHAMSI + TIJO
18/03 CINÉ-CONCERT « TRAFIC » PAR TEMPS CALME AU FRESNOY
18/03 AND ALSO THE TREES + CATHERINE GRAINDORGE
19/03 MILES KANE + ISIDORE




20/03 ELIE ZOÉ + THE BIG IDEA
25/03 LA YEGROS + LA CUMBIA DEL INFINITO 26/03 PEET + ZACCARI 27/03 JEUNE

De retour avec une collection pop et baroque où l’extase et l’intime jouent au chat et à la souris – voire au Mouton et au Loup –, l’esthète branque semble décidé à reconquérir tous les cœurs. À vérifier sur scène pour une tournée qui promet déjà monts et merveilles, un quart de siècle après des débuts surréalistes.
Il y a vingt-cinq ans, on découvrait Sébastien Tellier sur scène, attirés par un premier album atypique (L’Incroyable vérité et ses instrumentaux hantés) – et aussi grâce à Air dont il assurait la première partie. C’était la tournée 10 000 Hz Legend (2001), et le duo versaillais venait de signer ce dandy hirsute et psychédélique sur son label Record Makers. Face à un public qu'il craignait autant qu'il désirait, il promenait une silhouette titubante, envisageant ses morceaux comme des vêtements trop grands.
Le personnage n’aura cessé, depuis, d’interroger sa garde-robe rêvée : d’abord pour le meilleur — le faux manifeste Politics, incluant l’immense La Ritournelle, puis la synth-pop licencieuse du fabuleux Sexuality —, ensuite avec moins de superbe, malgré quelques éclats persistants.
Couronnement – Devenu, peut-être malgré lui, plus amuseur que maestro, rangé des voitures dans le privé, Tellier semble aujourd’hui décidé à renouer avec le fil de ses trois premiers exploits, comme au lendemain de Sexuality. Paru fin janvier sur un nouveau label, Kiss The Beast célèbre la fragilité (Mouton, Naïf de cœur) et les bonheurs simples (Un dimanche en famille), tout en promettant un show à la hauteur de son extravagance. Capable de passer de la bluette Parfum diamant aux néons disco de Thrill of the Night sans se départir de sa christophienne élégance, "Don Sébastien" semble déterminé à récupérer sa scintillante couronne. Rémi Boiteux
Lille, 06.03, L’Aéronef, complet !, aéronef.fr Bruxelles, 10.03, Cirque Royal, 20h, 36€, cirque-royal-bruxelles.be

À la manière de ces sapeurs, qui se faufilent vers les lignes ennemies pour briser fondations et murailles ni vus ni connus, Stephan Eicher demeure, depuis près d’un demi-siècle, un infatigable franc-tireur. Irréductible à tout classement ou à la moindre lignée, il se joue des étiquettes. Des débuts dans l’expérimentation électronique (son premier album, Spielt Noise Boys , 1980) aux coups de main donnés au groupe de son frère, Grauzone, il aurait pu rester cantonné au rang de héros obscur et culte. Mais quelques tubes plus loin (Oui, Pas d’ami comme toi, évidemment, Déjeuner en paix ), le voici héraut d’une chanson française moderne et nomade. Un statut aussitôt fui pour se réinventer ailleurs, toujours accompagné de son parolier, un certain Philippe Djian. On citera aussi Miossec ou Martin Suter parmi les plumes de l’Helvète underground. Paru sans tambour ni trompette, mais avec des arrangements d’une finesse insensée, Poussière d'or (2025) s’impose comme l’un des plus beaux albums d’un auteur définitivement inclassable, joyeux torpilleur de certitudes. Thibaut Allemand Roubaix, 05.03, Le Colisée, 20h, 46 > 33€, coliseeroubaix.com


Annonçons d’emblée la couleur : aucun album du Wu-Tang Clan n’a jamais surpassé Enter the Wu-Tang (36 Chambers) sorti en 1993. Pur produit de son époque, il défie pourtant le temps. Ces brûlots résonneront forcément dans ce qui s’annonce comme la tournée d’adieu d’un collectif qui injecta du Shaolin dans ses rimes.
Pierre angulaire du rap new-yorkais, ce disque paru dans les frimas de novembre 1993 devint le pendant et le rival du gangsta-rap west coast, plus funky, alors porté par Dre, Tupac ou Snoop Doggy Dogg. Plus âpre, le son élaboré par RZA, architecte en chef du gang, marie la férocité de beats lourds à la finesse de samples soul (Otis Redding, Wilson Pickett…), le tout traversé d'extraits de films de kung-fu. Method Man, Ghostface Killah et Raekwon y imposent des flows féroces tandis que le débit erratique du regretté Ol’Dirty Bastard, jamais dans le temps, toujours dans le ton, confère à ce premier essai une personnalité unique. À l’époque, d’autres auraient pu remporter la timbale : Mobb Deep, Gang Starr ou Naughty By Nature obtinrent le respect. Mais c’est le Wu qui marqua les esprits : un logo qui claque, un collectif soudé et une symbiose avec l’époque... Public Enemy essoufflé, NY se cherchait de nouveaux héros et ce son dur et soyeux est arrivé à point nommé. Désormais "installés", les survivants du Dojo vivent sur leur légende, entre documentaire et biopic. Espérons que ce relatif embourgeoisement ne se voit pas trop sur scène. Car, il faut bien l’admettre, le Wu fut souvent plus redoutable en studio que sur le tatami. Thibaut Allemand 15.03, Bruxelles, ING Arena, 20h, 90 > 70€, ing.arena.brussels


Pas le plus cité des rappeurs US, non, mais sans doute l’un des plus passionnants, aux côtés de JPEGMafia ou Run The Jewels, entre autres. Se fichant du succès planétaire, le laborantin souterrain s’entoure de pointures alternatives (citons Frost Children, Jane Remover, Underscores, Quadeca…) et développe un rap libre et furieux, mariant exigence et délivrance. Si son flow nasillard rappelle souvent son concitoyen Eminem, (jadis) peroxydé, Danny Brown s’avère bien plus aventureux, musicalement parlant. Carburant à la glitch, lorgnant vers la noise et trafiquant l’hyperpop, son hip-hop mutant recèle encore bien des surprises. T.A 13.03, Bruxelles, Botanique, 19h30, 38/35€, botanique.be
On a peu de chances de voir un jour Dolly Parton, reine de la country, fouler les scènes de nos contrées. Heureusement, CMAT est là ! Une pâle copie ? Que nenni ! La Dublinoise se révèle aussi exubérante que douée, digne héritière sans jamais verser dans l’imitation. Mieux : Ciara MaryAlice Thompson insuffle à son euro-country une touche pop, à faire pâlir Lola Young. Son timbre joliment voilé conte peines et colères avec maestria et une pointe de bonne humeur contagieuse. T.A. Bruxelles, 16.03, AB, complet! Anvers, 01.04, De Roma, 20h, 35/33€


« La vie est un songe », écrivait Calderón. « Nous sommes tous dans le caniveau, mais certains d'entre nous regardent les étoiles », disait Oscar Wilde. Son compatriote Neil Hannon pourrait reprendre ces deux assertions à son compte. Comment expliquer autrement l’œuvre de ce farfadet qui, depuis près de quatre décennies, se rêve démiurge en son royaume ? Passé une première expérience en groupe, à l’orée des années 1990, Neil Hannon vire tout le monde mais conserve le nom, un brin mégalo, chipé à Dante. Mégalo, il l’était sans doute ; il le fallait pour écrire de telles pop songs, façon Scott Walker première période, en pleine déferlante grunge. Avec les années, le natif de Londonderry a gagné en humilité. Mais prend toujours ses chansons au sérieux. La preuve avec le récent Rainy Sunday Afternoon (2025), douzième album qui prouve que ce songwriter inspiré rivalise tranquillement avec Jacques Brel, Burt Bacharach, Phil Spector ou Jack Nitzsche. De grands rêves, réalisés avec une certaine modestie. Thibaut Allemand Bruxelles, 17.03, Cirque Royal, 20h, 43,60 / 35,97€, cirque-royal-bruxelles.be Lille, 25.03, L'Aéronef, 20h, 33€, aeronef.fr ; agauchedelalune.com

À la manière d’autres conteurs avant elle, tels Leonard Cohen ou Ray Davies, Suzanne Vega peut dépeindre une vie, parfois tout un monde, en quelques notes et un timbre joliment voilé. Loin de la folk pop sage dans laquelle les béotiens l’ont cantonnée, elle a travaillé avec l’avant-garde de la Grosse Pomme – citons Lee Ranaldo (Sonic Youth) ou John Cale. Celle qui n’a jamais caché son admiration pour Carson McCullers ou Lucinda Williams, par exemple, signait récemment Flying With Angels (2025) – un condensé de folk, rock, soul, blues. Un album de luttes aussi. Ce qui, au vu de l’actualité américaine, voire mondiale, semble bien à propos. T.A
Béthune, 13.03, Théâtre municipal, 20h, 34 / 30€, theatre-bethune.fr
Roubaix, 17.03, Le Colisée, 20h, 46 > 33€, coliseeroubaix.com

Un jour, Imany fut mannequin à New York. C’était une autre vie. Remarquée par le producteur d’Ayo, elle signe alors de beaux albums soul-folk. Une parenthèse de reprises au violoncelle plus tard (l’excellent Voodoo Cello , 2021), la native de Martigues change son fusil d’épaule. Chargé, le fusil : féministe et peu portée sur la courbette, la chanteuse harmonise sa colère – et celle des autres – avec une douceur aussi paradoxale que libératrice ! T.A.
Roubaix, 19.03, Condition publique, 20h, 37 € laconditionpublique.com ; agauchedelalune.com

De single en single et de guichets fermés en récompenses, la voix pourtant aérienne de Yoa a pris de l'épaisseur. Présentée avec ses pairs Miki, Solann et Iliona comme l'un des nouveaux visages d'une pop "engagée", la Franco-Suisse n'élude pas les questions de société. Elle raconte la vulnérabilité et la reconstruction, la santé mentale et les violences sexuelles avec une franchise désarmante. Sur des productions léchées, parfois contaminées par la k-pop ou plus conformes à une variété ancestrale (Mylène Farmer), Yoa chante les mots crus piochés sans filtre dans son journal intime. Si l'on cherchait des filiations dans l'histoire de la pop française, on pointerait Françoise Hardy et cette façon boudeuse d'évoquer ses déconvenues sentimentales… Mais quand la yéyé exprimait l'impuissance amoureuse, la relève affiche son mépris pour les injonctions. L'une était une muse, l'autre se joue du male gaze. La Princesse Chaos de 2026 se présente sur scène dans une chorégraphie faussement candide entourée de deux copines. Sous l'apparence inoffensive du spectacle, on sent poindre une détermination, une colère même. Que la pop d'aujourd'hui soit engagée, c'est finalement évident. Qu'elle le soit en donnant envie d'y croire et de danser est un vrai tour de force. Mathieu Dauchy Bruxelles, 20.03, La Madeleine, 20h, 30€, la-madeleine.be Lille, 21.03, L'Aéronef, 20h, 27/20€, aeronef.fr

Après quinze ans d’activité, cinq albums et une palanquée d’EP au compteur, le Mortal Orchestra du Néo-Zélandais Ruban Nielson est-il encore Unknown ? On en doute. Imprévisible, en revanche ? C’est certain ! Après des débuts psych-rock, comme pas mal de groupes des Antipodes, UMO s’est réinventé au gré de ses marottes, tour à tour funk, lo-fi, R&B, soul… Sa force ? Bien plus qu’un couteau suisse, le multiinstrumentiste déploie une palette foisonnante tout en conservant sa propre patte. Preuve supplémentaire avec l’EP Curse (2025) qui lorgne du côté de Black Sabbath… Oui, vous avez bien lu. On n’est pas au bout de nos surprises. T.A
Anvers, 23.03, De Roma, 20h, 29/27€, deroma.be

Aussi sophistiqué que siphonné, Thundercat se place dans la tradition de Bootsy Collins ou George Clinton. La grande force de ce musicien (très) courtisé réside dans son toucher de basse six-cordes : le virtuose ne cède jamais à l’ostentation et privilégie le groove. Le 3 avril prochain paraîtra Distracted , sixième album conviant, entre autres, Flying Lotus ou notre chouchou Channel Tres… Un concert aux allures de hors-d’œuvre – gargantuesque, forcément. T.A.
23.03, Bruxelles, Ancienne Belgique, 19h, 37/36€, abconcerts.be


La Patience n’existe pas (Believe / PIAS)
« Elle se dit qu’il n’est pas encore trop tard », tels sont les premiers mots du deuxième album de Natacha Tertone. En effet, le disque arrive comme un miracle, un quart de siècle après le fulgurant Grand Déballage. Il n’y a pas que le monde autour qui a changé. Loin du minimalisme sec qui la rapprochait de Dominique A des débuts, la Nordiste offre à ses nouvelles compositions un écrin qui ne refuse pas la grande variété. Ainsi du single 123 Soleil, qui partage avec Barbagallo ce goût décomplexé des inflexions disco. Mais en dix chansons et trois instrumentaux, c’est un portrait composite qui se dessine sous les atours tantôt radieux (Le Sel de la Vie), tantôt exténués (Là). La patience n’existe pas, mais on a bien fait d’attendre. Sortie 13.03. Rémi Boiteux

Dark Star (Disque Pointu)
Quinze ans durant, La Femme fut le véhicule des obsessions musicales du posé Sacha Got et de l’exubérant Marlon Magnée : cold wave, surf, yéyé, punk-rock étaient réinventés avec une violente fraîcheur. Le tout planqué derrière des chanteuses qui entonnaient leurs textes pleins de charmantes maladresses. Aujourd’hui, La Femme dort. Magnée revient, seul. Au programme ? Pop 60’s gainsbourienne (La Fureur d’Annie), rock strié d’éclairs synthétiques (Viens en moi), new wave entonnée en anglais avec un accent à couper au couteau (People are Afraid). Verdict ? L’impression d’entendre un hypothétique septième LP de La Femme, les chanteuses en moins. Une petite réussite, malgré tout. Sortie 06.03. T.A.

Nothing’s About to Happen to Me (Dead Oceans)
Depuis 2012 Mitski dessine un joli parcours, dans une indifférence publique étonnante. Sa grosse poignée d’albums fut acclamée, mais la nippo-américaine ne possède pas encore l’aura de Big Thief ou, mieux, de Lana Del Rey, avec laquelle elle partage cette propension aux mélodies cinématographiques, cette pop orchestrale aux accents nostalgiques et tragiques. Mais Mitski touche un peu à tout, et passe d’une chanson country anémique façon Cowboy Junkies (autre influence manifeste) à un indie-rock bruyant mais brillant de mille et une couleurs. Oui, la palette est riche et, un jour peut-être, Mitski décrochera la timbale. En attendant, cette (relative) discrétion lui sied parfaitement. Thibaut Allemand

Bourgeois Gaze
(Les Liens qui Libèrent)
Co-rédacteur en chef de l’excellente revue Frustration, Rob Grams signe un livre qui dessile notre regard sur le cinéma occidental contemporain. Oh, nous avions déjà des intuitions face à l’écran : est-il si normal que ce serveur et sa compagne graphiste vivent dans un loft en plein XIe arrondissement ? Que les ouvriers soient invariablement portés sur la bouteille et s’envoient des baffes dès potron-minet ? À travers un riche corpus – près de 140 films cités, et de nombreux ouvrages théoriques – l’auteur se penche sur cette vision bourgeoise (d’après le regard masculin, ou male gaze, concept forgé par la critique Laura Mulvey en 1975). On retrouve ce biais dans l'étiquetage des oeuvres, il est question de "cinéma social" et son sous-genre, le "film de banlieue", la comédie populaire… Cette anomalie concerne aussi la récurrence de certains lieux (Paris), des métiers (architecte, écrivain…) et des absences (où est la province ? où sont les employés, les ouvriers ?). Marxiste revendiqué, Grams se penche également sur les moyens de production du cinéma. Il livre un travail de sociologue, sans omettre d’ouvrir quelques pistes pour un autre cinéma. Un essai salutaire.
184 p., 15 €. Thibaut Allemand

T’es sérieuse ? Problèmes politiques de l’ironie (La Découverte)
Comme un écho au Rire, de Laure Flandrin (La Découverte, 2021), Laélia Véron, linguiste, et Guillaume Fondu, philosophe, sondent les ressorts politiques de l'ironie. Comment agit-elle ? Dans quels cadres ? Rassemble-t-elle ou exclut-elle ? (Spoiler : les deux). Le ton pédagogique, universitaire, n’empêche jamais le sourire. De Platon à Flaubert, des ondes de Radio Nova aux scènes de Blanche Gardin ou Gaspard Proust, jusqu’aux saillies d’Alain Finkielkraut, l’essai multiplie les cas concrets. Le tandem dissèque cette "ambiguïté du discours", avec malice et précision, tout en sous-entendus et non-dits. Stimulant !
268 p., 21 €. Thibaut Allemand

(Playlist Society)
Les Simpson ou le paradoxe du donut intemporel Depuis 1989, The Simpsons croquent la société américaine — et, par ricochet, la nôtre — avec un humour à la fois tendre et féroce. L'ensemble a d’ailleurs mieux résisté au temps que son cousin dégénéré, South Park, dont la satire, plus brutale et arrimée à l’actualité immédiate, accuse parfois le coup. Certes, le ton enthousiaste de Romain Nigita peut se révéler par moments un peu touffu. Mais rien qui entame réellement le plaisir de lecture, tant les informations qu’il rassemble se montrent éclairantes. De l’histoire de Matt Groening aux thèmes abordés (famille dysfonctionnelle, religion, capitalisme…), de la naissance de la série à son impact sur notre monde, ce livre prend des allures d’indispensable guide de visionnage. 176 p., 17 €. Thibaut Allemand

Contre les figures d'autorité (Rue de l'échiquier)
L'autorité dont il est question dans cet essai stimulant est avant tout artistique et culturelle. Samah Karaki interroge en effet la figure de l'auteur telle qu'elle existe depuis la modernité et surtout le romantisme – un génie solitaire et tourmenté, généralement un homme blanc. Signe que la réflexion porte ses fruits, le lecteur est tenté de passer au crible de ses analyses le livre lui-même. Ne faudrait-il pas y voir un petit effet d’autorité quand la chercheuse parsème ici sa réflexion de références aux neurosciences ? Toujours est-il que ce petit ouvrage pousse à questionner le crédit et l’attention que l’on accorde spontanément à tel auteur plutôt qu’à tel autre. Et cette invitation au décentrement est précieuse. 120 p., 14 €. Raphaël Nieuwjaer

1966, année mirifique (Gallimard)
Des briquets jetables, des porte-clés et de la querelle entre Antoine et Johnny Hallyday, il est bien question dans l'essai d'Antoine Compagnon. Mais il ne faudrait pas croire que l'académicien abandonne son terrain d'enquête habituel. Pour l'essentiel, 1966 s'attache aux grands débats intellectuels de ce moment particulièrement fécond, qui voit s'affronter Sartre et Foucault, Sollers et Robbe-Grillet, mais aussi se rapprocher Lacan et Althusser. Tant de noms illustres pourraient intimider, si Compagnon n'avait l'art de rendre limpides des questions complexes. Ce faisant, ce sont aussi les rouages matériels et sociologiques de la pensée qui, à travers la vie des revues ou les conflits de générations se font jour. Autant dire que c'est palpitant ! 532 p., 26,50 €. R. N.




À Lille, Séries Mania revient avec une édition qui transforme les secousses du monde en énergie créative. Moins de productions, peut-être, mais plus de regards singuliers venus d'Europe, d'Asie ou d'Amérique latine. Quand la fiction se resserre, elle gagne en précision et en intensité.





Il y a des années d'abondance et d'autres de recentrage. L'édition 2026 de Séries Mania appartient à cette seconde catégorie, et c'est précisément ce qui la rend passionnante. La baisse mondiale de la production agit ici comme un révélateur. Moins de projets standardisés, davantage de voix affirmées, portées notamment par le Royaume-Uni, la Belgique, les pays nordiques ou l'Europe centrale. Le ralentissement américain laisse donc émerger d'autres points de vue, d'autres manières de raconter le réel.
La sélection 2026 agit comme un baromètre. Autoritarismes rampants, mémoires empêchées, violences systémiques : de nombreuses œuvres scrutent les zones
de friction de nos sociétés. L'ouverture avec The Testaments, suite de La Servante écarlate, s'impose comme un signal fort.
« Face aux dérives autoritaires, les séries entrent en résistance »
Ce qui relevait hier de la dystopie résonne aujourd'hui comme une mise en garde directe. La compétition internationale prolonge cette tension. Anatom í a de un instante dissèque les mécanismes d'un coup d'État avorté de 1981 en Espagne. Dear Killer Nannies observe une position plus intime mais aussi dérangeante, en racontant l'enfance du fils de Pablo Escobar, prisonnier d'une

violence politique et criminelle qui le dépasse. À l'autre bout du spectre, la série flamande The Best Immigrant met en scène un jeu télévisé d'une froideur redoutable, où l'intégration devient un spectacle cynique et déshumanisé. « Face aux dérives autoritaires, les séries entrent en résistance », confirme Frédéric Lavigne, directeur artistique, qui revendique une sélection lucide mais jamais plombante.
Mémoire collective
La gravité n'exclut ni le plaisir ni le partage. Le programme ménage ainsi une place aux grands retours, à la comédie et à la science-fiction. La projection unique en France de Peaky Blinders : The Immortal Man transforme la fin de la saga en célébration collective, tandis que Lucky Luke revisite le mythe de la bande
dessinée avec un sens assumé du spectacle populaire. Au Village du festival, l'exposition Même pas peur explore notre fascination pour les figures maléfiques, entre analyse pop et goût du frisson. Enfin, la version restaurée de Pause Café rappelle combien les séries d'hier continuent d'éclairer les débats d'aujourd'hui, des inquiétudes liées à la jeunesse aux fractures sociales. À l'heure où les récits dominants se referment sur eux-mêmes, Séries Mania choisit l'ouverture. Pas pour offrir des réponses toutes faites, mais pour s'assurer que les bonnes questions circulent encore. N. Pattou
Lille & Hauts-deFrance, 20 > 27.03
Le Nouveau siècle, UGC Ciné Cité Lille, Théâtre du Nord & divers lieux gratuit pass : 30 / 20€ (complet !) seriesmania.com

Devenu la coqueluche des éditorialistes de gauche comme de droite, George Orwell est partout. Mais qu'en est-il de son œuvre, au-delà de la sempiternelle référence à 1984 ? C'est le pari – à demi-réussi – de Raoul Peck que de revenir, avec Orwell : 2+2 = 5, à la source pour tenter d'éclairer notre présent.
Comme avec I Am Not Your Negro (2016), qui s'attachait à la figure de James Baldwin, Raoul Peck trouve en Orwell un interlocuteur et un guide. Ambitieux projet, qui entrecroise la biographie de l'auteur, une présentation de son œuvre et une description critique du présent. Né Eric Blair, Orwell aura été un des grands témoins de la première moitié du xxe siècle.
S'engageant comme policier dans la Birmanie colonisée, il sera profondément révolté par la violence de l'impérialisme britannique. Combattant durant la guerre d'Espagne, il constate la trahison des staliniens. Ses fictions les plus célèbres pourfendront dès lors les totalitarismes naissants. Cet itinéraire éloquent, et admirable, offre à Orwell : 2+2 = 5 ses meilleurs moments. Les archives photographiques ou les extraits de films (notamment de la magnifique trilogie autobiographique de Bill Douglas) accompagnent les mots de l'écrivain avec une grande fluidité. Le but est toutefois de nous alerter sur la situation contemporaine. Et c'est là que ça coince. Peck mélange les lieux et les époques. Sans contexte, les événements apparaissent comme les flambées d'une cruauté généralisée. Aux attaques bien réelles contre la démocratie, il n'a finalement à opposer qu'une foi en l'homme ordinaire, « common people » existant hors de toute institution, association, et dont les portraits défilent comme dans une pub Benetton. C'est un peu court. Raphaël Nieuwjaer

Espagnole solaire et coquette de 79 ans, Maria Angeles vit seule à Tanger, où elle savoure les plaisirs du quotidien. Sa vie bascule lorsque sa fille Clara arrive de Madrid, décidée à vendre l'appartement familial… Déjà fragile, la relation mère-fille s'en trouve encore assombrie. Déclaration d'amour à Tanger et à sa diaspora espagnole, Rue Malaga est aussi une ode à l'âge mûr. Le film questionne le sort des aînés, notre matérialisme et l'identité d'un lieu. Carmen Maura y brille en septuagénaire rebelle, contrainte de squatter son propre logement tout en renouant avec l'amour et le plaisir charnel. Selina
Aït Karroum
De Maryam Touzani, avec Carmen Maura, Marta Etura, Ahmed Boulane… En salle.

Avant Capote (2005) ou Foxcatcher (2014), il y a donc eu The Cruise. Inédit en France, ce documentaire tourné par Bennett Miller à la fin du précédent millénaire suit Timothy "Speed" Levitch dans ses pérégrinations new-yorkaises. Celui-ci travaille comme guide, sillonnant la ville dans un autobus à impériale. Avec sa voix aigrelette, son halo de cheveux bouclés et ses fulgurances poétiques, il rappelle le jeune Bob Dylan. Sa parole transforme New York en un dédale érotique et violent, dans lequel il s'agit de trouver la voie de sa liberté. Raphaël Nieuwjaer
De Bennett Miller. Sortie le 04.03.

Alter Ego est hilarant de bout en bout. Mais pourquoi ? Parce qu'on y découvre un Laurent Laffite chauve ? Parce que l'acteur donne la réplique à son sosie parfait, mais chevelu, venu habiter la maison d'à côté ? Ou parce que tous deux pointent à la COGIP ? Cette entreprise fictive devenue le fil rouge des créations humoristiques des réalisateurs, Nicolas (Charlet) et Bruno (Lavaine). Qu'importe. Le tandem, auteur de séries sur Canal+ (Message à caractère informatif) fait encore mouche. Derrière l'efficacité comique affleure une satire plus sombre, celle d'une humanité envieuse et assez médiocre. Arnaud Stoerkler
De Nicolas Charlet et Bruno Lavaine, avec Laurent Lafitte, Blanche Gardin... Sortie le 04.03.

En mettant en scène l'étrange relation amoureuse entre un motard über-viril et un fils-à-maman à la trentaine tristounette, Harry Lighton perturbe la comédie romantique. Un film déchaîné – ou presque.
Le falot et le salaud. C'est ainsi que s'avance Pillion (le siège arrière d'une moto) durant ses vingt premières minutes. Colin, employé effacé au physique pas facile (Harry Melling, alias Dudley dans Harry Potter) tombe sous le charme de Ray (Alexander Skarsgård), motard et mâle alpha, hyperboréen et hyper beau, aussi. Évidemment, ça se complique. Macho, ce Ray ? Certainement. Sadique ? Sans doute. En tout cas, il impose à Colin une relation SM où les rôles sont clairement définis. Or, Colin va peu à peu s'épanouir dans ce drôle de jeu. La réussite de ce film tient, entre autres, au point de vue (faussement) neutre du réalisateur. Ray est avare de mots – une quinzaine de répliques, et encore – et Colin, très introverti. Les questions du spectateur sont prises en charge par la mère de Colin, lors d'un repas… tendu. Avec son humour à froid et des moments de gêne savamment élaborés, Pillion relève de la comédie grinçante, qui ne prend jamais le parti de l'un ou l'autre des personnages. Quant à la moto… Nos anges sauvages roulent en japonaise et, hormis quelques virées champêtres aussi alcoolisées que sexualisées, le chrome rutilant est évacué. Cependant, un tropisme du genre demeure : le motard et sa bande comme éléments perturbateurs d'un lieu, avant de s'enfuir, laissant ceux qui vivent là transformés à jamais. Thibaut Allemand
De Harry Lighton, avec Harry Melling, Alexander Skarsgård, Douglas Hodge… Sortie 04.03.
The Smashing Machine (2025) de Benny Safdie explorait l'aspect libérateur de la défaite pour un champion de MMA. Ici, c'est la peur que le Belge Valéry Carnoy met en lumière. Jeune espoir de la boxe, Camille se blesse (bêtement) au bras. Bénin sur le plan physique, l'impact n'en est pas moins réel sur le plan psychologique. Jadis meneur de sa bande, voilà notre héros apeuré peu à peu rejeté. C'est qu'on n'avoue pas ses faiblesses, dans ce boys' club… Ce premier long-métrage charrie son lot de bonnes idées : la construction de la virilité, les effets de groupe, la loyauté entre amis… Hélas, l'ensemble devient cahier des charges. Des charges qui écrasent un personnage féminin pourtant attachant, tandis que les individualités de chacun méritaient d'être creusées. Pas un faux-pas, mais une fausse patte : un film un peu gauche, en somme. Thibaut Allemand
De Valéry Carnoy, avec Samuel Kircher, Faycal Anaflous, Jef Cuppens. Sortie 18.03.

Slovénie. Au sein d'une chorale scolaire, une nouvelle recrue, la timide et rêveuse Lucia, se lie d'amitié avec l'intrépide Ana-Maria. Un stage d'été à la frontière italienne agit comme un révélateur : les corps s'éveillent, les certitudes vacillent et la nature de leur relation se transforme. Dès l'ouverture, Little Trouble Girls frappe par une image troublante où féminité et religion se superposent — les plaies du Christ y évoquent, sans détour, une vulve. Urška Djukić livre ici une œuvre électrisante où le chant et l'éveil des sens avancent à l'unisson. La réalisatrice revendique un discours clair sur la sexualité, qu'elle considère comme un rempart contre les abus. Entre foi et inhibition, le film pose une question brûlante : et si l'énergie (sexuelle) de la voix se libérait enfin ? Selina Aït Karroum

D'Urška Djukić, avec Jara Sofija Ostan, Mina Švajger, Saša Tabaković… Sortie 11.03.


De Vincent Bolloré à l'intelligence artificielle, les assauts menés contre les faits et le journalisme sont innombrables. Heureusement, il y a le Figra. Un festival qui rassemble près de 70 grands reportages en prise avec le réel, offrant autant de regards sur le monde tel qu'il est.
« Les pouvoirs de tous ordres ont toujours cherché à museler la presse libre pour dissimuler ce qui se passe. Jusqu'aux États-Unis aujourd'hui », observe Georges Marque-Bouaret, fondateur et délégué général du Figra. Hélas pour eux, « tout finit toujours par se savoir ». Notamment grâce au travail des journalistes et documentaristes, honoré chaque année par ce festival international du grand reportage d'actualité et du documentaire de société. Les œuvres soigneusement sélectionnées ici permettent au public de découvrir « les visages du monde », que leurs auteurs ont saisi « au bout d'un chemin dangereux » pour documenter le réel. À Gaza ( Inside Gaza ), en Ukraine ( Wargame ) ou au Libéria (Un prophète).
Regards fiables – À l'heure où l'IA, les infox et le journalisme d'opinion tordent les faits, le Figra s'impose comme un carrefour de points de vue fiables. On y croise une femme rêvant de chanter en Iran, des témoins de la révolution tunisienne confisquée, Julian Assange ou les disparus d'Ukraine. Des avant-premières lèvent aussi le voile sur les métis d'Indochine ( Poussière d'empire ), les exactions en Libye ( Mon père et Khadafi ). Pour partager ces expériences, on peut prendre part à des rencontres avec les auteurs des films, une conversation avec le président du prix Albert Londres (C'est quoi l'info ?) ou à un salon littéraire avec la librairie Sensations. De quoi « ne pas baisser les bras », ni la garde. Arnaud Stoerkler
Festival International du Grand Reportage d'Actualité Douai, 30.03 > 04.04, Cinéma Majestic & divers lieux 1 séance : 6 / 5€ • pass semaine : 65 > 50€ (15€ étudiants), figra.fr












































Dimanche 1er mars à 16h
Théâtre
THÉÂTRE ON DEMAND
(T.O.D) – ADOLESCENCE
Pavillon de verre

Samedi 28 mars à 18h
Danse-Cirque-Musique DERVICHE
Scène

Samedi 28 et dimanche 29 mars
WELL – Week-end
Étudiants Louvre-Lens
Musée
Dimanche 12 avril JOURNÉE FAMILLE
HISTOIRES D’ORIENT
À 15h
Contes - Musique
CONTES D’ORIENT
Pavillon de verre
À 18h
Ciné-concert
LES AVENTURES
DU PRINCE AHMED
Scène

Samedi 6 mai à 18h
Musiques traditionnelles
NOMADES
Scène
Vendredi 26 mai à 20h
Concert debout ALTIN GÜN
Scène
La programmation complète d’activités, spectacles, conférences et grands rendez-vous est à retrouver sur louvrelens.fr

À contre-courant des foires formatées, Lille Art Up! défend depuis dix-huit ans un art en mouvement, ouvert et accessible. En mars 2026, celle-ci retrouve Lille Grand Palais avec Horizons nouveaux, une édition placée sous le signe de l’émergence et des écritures en devenir.
Première foire d’art contemporain hors de Paris, Lille Art Up! s’est construite sur une idée simple : privilégier l'art qui invente à celui qui est déjà consacré. Cette année encore, la promesse tient. En quatre jours, 90 galeries et plus de 400 artistes composent un paysage dense mais lisible, où l’on
90 GALERIES
400 ARTISTES
4 TENDANCES
circule sans parcours imposé, guidé par les œuvres plus que par les signatures et les étiquettes. Mais ces chiffres ne font qu'effleurer le programme. Avec un tiers de
nouvelles galeries, une présence internationale renforcée et une attention portée à la jeune création, l'événement est pleinement en phase avec son époque.
Cette édition distingue quatre grandes tendances pour lire le présent. Le parcours affiche d’abord, un intérêt marqué pour la nature.


Nombre d’artistes interrogent en effet l’impact écologique de leur pratique. Matériaux recyclés, biomatériaux ou objets détournés nourrissent des œuvres sensibles, à l’image des recherches de Joëlle Jakubiak où le déchet devient ressource et le geste, manifeste. Ensuite, on note le retour du corps et du visage, très présent dans la peinture actuelle. Portraits, figures fragmentées ou scènes introspectives questionnent la construction de soi, notamment chez Chloé Kelly Miller ou Michael Fanta.
Au-delà du réel
L’imaginaire occupe aussi une place importante, avec des œuvres qui s’éloignent du réel pour inventer des mondes étranges, parfois teintés de science-fiction, de Diane Segard à Enki Bilal. Enfin,
le textile et la céramique signent un retour remarqué du geste et du fait main, à la croisée de l’art et des savoir-faire. Temps fort de cette édition, l’exposition Thema est consacrée à Isabelle Wenzel. Depuis vingt ans, l’artiste allemande utilise son propre corps comme matière première, entre photographie et performance : suspendu ou à la limite de la chute, sans trucage ni retouche, avec pour seul outil un retardateur. Une œuvre libre, parfois burlesque, mais engagée physiquement, qui résume à elle seule l’esprit de Lille Art Up! : un art qui se vit autant qu’il se regarde. Camille Lombardo
Lille, 12 > 15.03
Lille Grand Palais
jeu : 12h-23h
ven : 12h-20h
sam : 10h-20h
dim : 10h-18h
15 / 10€ (grat. -16 ans) pass 4 jours : 30€ lilleartup.com

La lumière circule à nouveau dans les allées du LaM en l'honneur d'un événement très attendu. Pour célébrer sa réouverture, le musée déploie une exposition ambitieuse, co-organisée avec le Centre Pompidou, consacrée à Kandinsky, l’un des artistes majeurs du xxe siècle (1866-1944). Autour de ses peintures, un ensemble rare d’archives, de reproductions et d’images collectées révèle comment l’abstraction s’est construite, patiemment, au contact du visible.

Vassily Kandinsky, Mit dem schwarzen Bogen [Avec l’arc noir], 1912. Domaine public.
Crédit photo : © Centre Pompidou, MNAM-CCI/ Hélène Mauri/ Dist. GrandPalaisRmn

Ici, pas de parcours figé ni de célébration solennelle. L’exposition propose une immersion dans le travail quotidien d’un artiste qui n’a cessé de collectionner, découper, comparer des images pour penser sa peinture. Elle s’appuie sur un ensemble d’archives exceptionnel, issu notamment du legs de Nina Kandinsky. Photographies, illustrations imprimées ou documents scientifiques accompagnent les œuvres et révèlent un aspect longtemps relégué au second plan. Chez Kandinsky, les images ne sont ni accessoires ni décoratives. Elles alimentent des hypothèses formelles, parfois même une méthode. Le circuit s’ouvre sur les années de formation et de voyages, particulièrement en Allemagne. Dans les premières salles, consacrées aux souvenirs et aux réminiscences, Improvisation 3 laisse encore affleurer un monde sensible, traversé de paysages et de résonances intérieures. Peu à peu, la figuration se délite. Devant Avec l’arc noir, la peinture se libère du motif reconnaissable. La ligne devient énergie, la couleur vibration en dialogue avec les images spirituelles et expérimentales du début du siècle.
Le maître des formes
Plus loin, la période du Bauhaus marque un moment de structuration. Kandinsky enseigne, observe, classe. Jaune-rouge-bleu condense cette recherche d’équilibre, avec une composition presque architecturée,

où formes et couleurs s’organisent selon des principes que l’artiste souhaite universels. La dernière partie, dédiée aux années parisiennes, révèle un vocabulaire plus organique. Ainsi, Bleu de ciel, peint en 1940, semble flotter hors de toute pesanteur. Les formes biomorphiques y témoignent d’un regard attentif aux images scientifiques et biologiques, sans jamais renoncer à l’abstraction. Sans emphase, le parcours propose ainsi une lecture renouvelée d’un artiste que l’on croyait connaître. En donnant toute leur place aux images qui ont nourri sa réflexion, l’exposition éclaire la cohérence d’une œuvre en perpétuelle recherche. Kandinsky apparaît alors non comme un créateur isolé, mais comme un observateur attentif de son temps, transformant le visible en langage intérieur. Nicolas Pattou Villeneuve d'Ascq, jusqu’au 14.06, LaM mar > dim : 11h-19h, 11 / 9€ (gratuit -26 ans) musee-lam.fr



























Comment des agriculteurs de Roubaix ont-ils conçu l’une des plus impressionnantes machines de mode du siècle dernier ? C’est ce que raconte la nouvelle exposition de La Piscine en explorant le fameux catalogue de La Redoute, sur près de 190 ans d’histoire. On vous la dévoile... avec un temps d’avance.
Des produits mis en situation, bien avant l’arrivée d’Ikea en France. Un catalogue de vente à distance qui a précédé la fluidité d’Internet. Des créateurs et des célébrités qui dessinent, photographient ou portent les collections maison, d’Yves Saint Laurent à l’actrice Barbara Probst sur le tapis rouge du festival de Cannes. L’entreprise
La Redoute, c’est tout cela. Et comme elle est née à Roubaix, il était logique que La Piscine consacre une exposition à cette aventure, « indissociable du patrimoine d’art et d’industrie du musée », souligne Karine Lacquemant, co-commissaire.
La révolution à domicile – Issue du monde agricole, la famille Pollet fonde à Roubaix une filature de laine peignée en 1837, dont la qualité est rapidement reconnue. En 1925 paraît Pénélope, prélude au catalogue de vente par correspondance qui marque un tournant : la mode et l’art ménager entrent dans les foyers. De chaque côté de la revue, « on trouve des femmes », ouvrières ou acheteuses, rappelle l’autre commissaire de l’exposition, Sandrine Tinturier. Suivront des innovations structurantes – service Minitel, livraisons accélérées – qui redessinent les usages... Plus de 300 pièces (vêtements, mobilier, archives) jalonnent un parcours chronologique ponctué de digressions thématiques : "s’habiller comme maman", podium yéyé... Au fil des salles, une évidence s'impose. En faisant de l'image un outil au service du désir, La Redoute a inventé, bien avant l'heure, les codes du commerce moderne. Arnaud Stoerkler
LA REDOUTE, UN TEMPS D’AVANCE, MODE, DESIGN, PUBLICITÉ Roubaix, du 07.03 au 05.07, La Piscine, mar > jeu : 11h-18h • ven : 11h-20h • sam & dim : 13h-18h 11 / 9€, roubaix-lapiscine.com

À Amiens, le numérique ne se contente pas d’illuminer des écrans, il investit la rue, le corps et l’imaginaire collectif. Depuis 2016, les
Safra’Numériques, imaginés par Le Safran, ont fait du quartier nord un terrain de jeu et de réflexion à ciel ouvert. Dix ans plus tard, le festival s’est hissé parmi les rendez-vous majeurs de l’art numérique en France, sans jamais céder à l’esbroufe technophile.
Chaque printemps, pendant cinq jours, installations, spectacles et expériences immersives dessinent une cartographie sensible des usages artistiques du numérique. Ici, la technologie n’écrase pas le propos, elle le rend tangible, souvent ludique, parfois troublant. Le public utilise son corps comme une interface - avec Le Pong, jeu circulaire où l’on devient raquette vivante - ou compose une fresque collective en temps réel avec Let’s Draw, projetant sur la façade du Safran une somme d’imaginaires partagés. L’édition 2026, anniversaire oblige, adopte le virage du lowtech et de la durabilité. À rebours du tout-IA et du toujours-plus, les Safra’Numériques interrogent nos manières de produire et de consommer. In a City of Flowers propose ainsi une rencontre bouleversante avec des papillons holographiques, rappelant la précarité du vivant face au dérèglement climatique. Autre singularité du festival : une médiation omniprésente. Plus de 70 intervenants guident scolaires et habitants, novices comme curieux avertis. Une manière d’affirmer que l’art numérique n’est pas réservé à quelques initiés, mais bien un langage commun, à décrypter ensemble. Camille Lombardo
Amiens, 24 > 28.03, Le Safran & divers lieux, tarifs et infos : amiens.fr




Au Musée de la Photographie de Charleroi, Eveningside réunit trois séries majeures de Gregory Crewdson. Un parcours à la fois intime et politique, qui oblige à ralentir et à observer autrement l’Amérique.
Avant même d'évoquer l’exposition, il est question d'un regard. Celui que Crewdson pose depuis plus de trente ans sur l’Amérique ordinaire, ses maisons modestes, ses vies à bas bruit. Une vision façonnée par le cinéma, mais arrêtée net par la photographie. Ses images ressemblent
« On a toujours le sentiment qu’il y a un avant ou un après
»
à des films dont il ne resterait qu’un plan, mystérieux et définitif. À Charleroi, Eveningside rassemble trois séries réalisées entre 2012 et 2022, pensées comme une trilogie. Une décennie de création, mais aussi de vie, où se lit une évolution sensible du travail de l’artiste. Crewdson est absent — en tournage, dit-on. L’expression n’est pas anodine. Chaque image mobilise des équipes dignes d’un plateau de cinéma : décors métamorphosés, castings, accessoires minutieusement choisis, lumières réglées à l’extrême. Pourtant, rien ne bouge. Tout est figé, comme retenu par un souffle invisible.
En totale immersion – La visite débute avec la série Cathedral of the Pines. Des images en couleur, baignées d’une lumière douce. Parmi elles, The Disturbance, montre une femme dans une maison en bois, trois individus à la lisière d’une forêt, la neige qui absorbe les sons. Réalisé dans le Massachusetts, cet ensemble marque un retour à la création après une période de silence. On y sent l’idée de refuge, de

réconciliation avec un lieu, avec soi-même. Puis le décor se fissure. Avec An Eclipse of Moths, les formats s’élargissent, les rues se vident, la lumière devient plus crue. Une femme arrêtée à un feu rouge sous la pluie, un homme qui la fixe depuis sa maison... « On a toujours le sentiment qu’il y a un avant ou un après », explique Jean-Charles Vergne, commissaire de l'exposition. « Mais la photographie ne livre jamais la clé ». Ces images évoquent l’effondrement d’une ville industrielle et, plus largement, celui d’un rêve américain à bout de souffle. Enfin, Eveningside. Le noir et blanc s’impose. Une ville fictive, recomposée à partir de bourgades bien réelles. Garages, bureaux, vitrines : les personnages sont souvent au travail, comme réduits à leur fonction sociale. L’atmosphère est crépusculaire, proche du film noir. Les références à Fritz Lang ou à Antonioni affleurent sans enfermer les images dans la citation. Ce qui relie ces trois ensembles, c’est la tension entre immobilité et durée. Les mêmes visages réapparaissent, vieillissent. Le visiteur aussi mesure le temps qui passe : il faut revenir, contempler, accepter de ne pas tout comprendre. Crewdson ne raconte pas l’Amérique ; il suspend l'intant et invite à ralentir. Nicolas Pattou
Charleroi, jusqu’au 17.05, Musée de la photographie, mar > ven : 9h-17h • sam & dim : 10h-18h 8 / 4€ (gratuit -12 ans), museephoto.be
2021-2022



Comment habiter un corps qui change, déborde, résiste aux étiquettes ? À Lille, au Théâtre du Nord, l’Institut pour la photographie présente Les Corps élastiques de Lucie Pastureau, une traversée sensible des métamorphoses intimes et des normes qui les contraignent. Une paire de chevilles ancrées au sol, la lumière qui accroche une peau laiteuse, un regard qui tient tête à l’objectif. Lucie Pastureau photographie des corps à un moment de bascule. Rien de spectaculaire, tout est affaire de micro-déplacements. Depuis Luminescences, réalisée à Lille et primée en 2018, l'artiste explore les zones de vulnérabilité et de passage. Les Corps élastiques prolonge cette recherche. Partant de sa propre grossesse, elle a accompagné d’autres trajectoires : corps en transition ou en voie de réappropriation. Ici, une silhouette semble prête à quitter sa propre enveloppe. Là, un torse se cambre, vulnérable et déterminé. Plus loin, un ventre arrondi capte la clarté comme un astre intime. Elle ne documente pas, elle rencontre.
Espace de liberté – Chaque portrait repose sur un pacte de confiance, perceptible dans la retenue des gestes. « Le corps, comme la photographie, est l’image que nous offrons au monde », écrit-elle. Mais sous l’épiderme, ça travaille. L’accrochage lui-même épouse cette logique. Pensé comme une partition, il alterne formats et respirations tandis qu'une création sonore transforme le parcours en expérience sensible. Lucie parle d'« élasticité », celle des chairs, mais aussi des images, capables de contenir plusieurs récits à la fois. À la sortie, rien n’est résolu – et c’est tant mieux. L’exposition ouvre un espace où les identités se relâchent, se réinventent, où l’image cesse d’assigner pour devenir un terrain d’émancipation. Nicolas Pattou
Lille, jusqu'au 04.07, Théâtre du Nord, mar > ven : 12h30-19h • sam : 14h-19h gratuit, institut-photo.com

Tailleur de pierre devenu sculpteur avant d’enseigner à l’École supérieure d’Art et de Design d'Angers, Étienne
Poulle a gardé de ses débuts le goût des matériaux francs, des gestes précis et des histoires taillées dans la durée. À
Béthune, il transforme Labanque en terrain de fouilles futuristes. Il érige tentes, Lego ou parpaings en vestiges d’un monde encore vivant. Entre sculpture et architecture, l'artiste angevin révèle comment nos objets ordinaires deviennent les mythes silencieux de demain.
Béthune, jusqu'au 05.04, Labanque, mer > dim : 14h-18h30, 6/3€ (grat. -18 ans), bethunebruay.fr
On croit connaître le principe de l'album de famille. On a tort. Au Hangar, sept photographes contemporains s'emparent de leurs proches non pour les immortaliser, mais pour fouiller ce que la mémoire dissimule, réinvente ou efface. Deuil, maternité, migration, réconciliation : chaque série, souvent mise en scène, transforme l'intime en quelque chose d'étrangement universel. La photo y devient outil thérapeutique, acte de réparation ou rituel d'adieu.
Bruxelles, jusqu'au 17.05, Hangar, mer > dim : 12h-18h, 12 > 5€ (gratuit -12 ans), hangar.art
À Dunkerque, les œuvres circulent, les idées voyagent et les musées se répondent. Musées Hors Frontières approfondit le dialogue engagé de longue date entre le Frac Grand Large et les Kunstmuseen Krefeld, deux collections publiques nourries par des histoires industrielles fortes. Sans récit chronologique, le parcours thématique ausculte plus d'un siècle de création : des origines de la publicité aux expérimentations du Bauhaus, des avant-gardes des années 60 aux commandes récentes.
Dunkerque, jusqu'au 30.08, Frac Grand Large, mer > dim : 14h-18h, 8/4€ (grat. -18 ans)
Espagnole de naissance, milanaise d'adoption, Patricia Urquiola n'a jamais dessiné un objet sans lui insuffler quelque chose du vivant. Au Grand-Hornu, Meta-Morphosa en fait la démonstration éclatante : cinq ans de recherches récentes formant non pas une rétrospective, mais un laboratoire en pleine ébullition. Canapés-paysages, tapis peuplés de créatures hybrides, matières issues du recyclage qui semblent respirer sous la lumière. Une exposition poétique et résolument de son temps.
Hornu, jusqu'au 26.04, CID, mar > dim : 10h-18h, 10/6 € (gratuit -6 ans), cid-grand-hornu.be

Schéhérazade comme fil rouge, et près de 300 œuvres pour déployer le récit. Cette exposition ambitieuse remonte aux sources des orientalismes — au pluriel, nuance capitale — pour en dénouer les fantasmes, les fascinations et les malentendus. Du Moyen Âge aux artistes contemporains, le parcours chronologique révèle comment objets, motifs et imaginaires ont voyagé, été réinterprétés, parfois dévoyés. Un prêt exceptionnel du département des Arts de l'Islam du Louvre enrichit l'ensemble.
Lens, 25.03 > 20.07, Louvre-Lens, mer > lun : 10h-18h, 12 / 6€ (gratuit -18 ans), louvrelens.fr
Longtemps éclipsée par son frère
Charles Quint, Marie de Hongrie méritait mieux qu'une note de bas de page. À Mariemont, domaine qu'elle fit aménager en 1546 et auquel elle donna son nom, une exposition ambitieuse lui rend enfin justice. Tableaux de Titien, tapisseries, manuscrits et gravures issus de quarante institutions européennes révèlent une stratège hors pair : régente des Pays-Bas pendant 24 ans, elle fit de l'art et du faste des outils politiques à part entière.
Morlanwelz, jusqu'au 10.05, Musée royal de Mariemont, mar > dim : 10h-17h (>18h à partir d'avril), 9/4€ (grat. -18 ans), musee-mariemont.be
C'est l'homme qui a inscrit Tourcoing sur la carte mondiale de la peinture. Comme tous les trois ans, le MUba consacre à Eugène Leroy une grande exposition. Après avoir exploré son héritage et ses liens dans le paysage artistique du xx e siècle, ce nouveau parcours focalise sur les toiles et dessins qu'il a produits entre 1980 et 2000. Une période témoignant d’un épanouissement technique et théorique incontestable.
Tourcoing, jusqu'au 05.04, MUba Eugène Leroy, tous les jours sauf mar : 13h-18h 6/4€ (gratuit -18 ans & Tourquennois) muba-tourcoing.fr
Et si la planète la plus mystérieuse de l’univers était la nôtre ? Pour en juger, le Forum des sciences invite à observer la Terre en prenant de la hauteur. Conçue par la Cité de l’espace de Toulouse, le parcours mêle images scientifiques, dispositifs interactifs et récits accessibles à tous. De la beauté fragile de la planète bleue aux traces laissées par l’humain, jusqu’aux scénarios pour demain, quatre parcours immersifs transforment chaque visiteur un explorateur éclairé. Villeneuve d'Ascq, jusqu'au 30.08, Forum des sciences, mer & we : 14h-18h • vacances : mar > dim : 14h-18h, 8 > 4€ (grat. -12 ans), forumdepartementaldessciences.fr


Artistes venus du monde entier, spectacles disséminés dans toute la région, tarifs accessibles… On saute à pieds joints dans Le Grand Bain. Pour sa 13e édition, le festival international de danse orchestré par Le Gymnase invite à partager 24 expériences chorégraphiques.
La ligne est claire : ouvrir le champ, multiplier les formes, brouiller les frontières. Ainsi d’une compagnie portugaise qui réinterprète la tradition du fado à coups de claquettes et de musique live (Bate Fado). Ou du solo incandescent de Louise Lecavalier, 67 ans, figure majeure ayant dansé pour David Bowie, qui revient à l’essence du mouvement. Plus loin, les électro-beats bondissants de Shiraz, création du chorégraphe iranien Armin Hokmi, emportent les corps dans une pulsation collective. Inutile de détailler toute l'affiche. Comme chaque année, Le Grand Bain dresse un panorama international de la danse actuelle, mêlant artistes reconnus et premières créations, signatures affirmées et gestes en devenir. Une promesse tenue aussi dans le rapport au public.
Danse sifflée – Vous n'êtes pas féru de danse ? Tant mieux. « Le programme est volontairement très ouvert », souligne son directeur Laurent Meheust. « Le but, c’est de vivre une expérience, qu’on apprécie ou non le spectacle. Il faut simplement lâcher prise ». Face à Boris Charmatz, par exemple, qui délaisse les grands plateaux pour l’intimité d’une danse sifflée. Ou aux côtés de Julie Botet, dont le solo autofictionnel, présenté dans une faculté de médecine, bouscule les cadres autant que les regards. Au fond, c’est peut-être là que Le Grand Bain fait la différence : moins un festival à consommer qu’une dynamique à épouser, où la danse se vit avant de se comprendre. Arnaud Stoerkler Hauts-de-France, 16.03 > 05.04, Le Gymnase de Roubaix & divers lieux 26€ > gratuit, 10 places : 60€, gymnase-cdcn.com
Sélection / 17 & 26.03 : Louise Lecavalier - Danses vagabondes // 19.03 : Boris CharmatzSomnole // 20, 21 & 24.03 : Jonas&Lander - Bate fado // 21.03 : Jan Martens - Sweat Baby Sweat 24.03 : Ikue Nakagawa - Kuroko // 28.03 : Aina Alegre - Fugaces // 30.03 & 02.04 : Julie BotetLymph blood story 9424 // 31.03 : Christian Ubl, Gilles Clément - Vagabondages & Conversations 04.04 : Armin Hokmi - Shiraz // 05.04 : Soirée de clôture par Alban Richard - Exalte


Chaque printemps, La Beauté du geste remet la danse en mouvement dans le Bassin minier du Pas-de-Calais. Festival itinérant par nature, il s’est imposé au fil des éditions comme un rendez-vous attentif aux nouvelles écritures autant qu’aux lieux d'accueil. En investissant théâtres et espaces culturels du territoire, l’événement défend une vision décloisonnée de la danse, pensée pour être partagée et vécue au plus près des publics. En 2026, cette ligne artistique se prolonge à travers un itinéraire cohérent reliant Oignies, Lens, Loos-en-Gohelle ou Sallaumines. La programmation alterne formes collectives, solos et projets participatifs, dessinant un paysage contrasté de la création chorégraphique contemporaine. Au Colisée de Lens, Feu de Fouad Boussouf déploie une énergie rituelle portée par neuf danseuses, entre hip-hop et figures actuelles. À Culture Commune, Lymph Blood Story 9424 de Yonsk emprunte un chemin plus intime, croisant danse, théâtre et photographie dans un solo autobiographique d’une grande précision. Le festival investit aussi le Louvre-Lens avec Derviche, création hypnotique de Bab Assalam mêlant musique live, cirque et transe soufie. Plus participatif, Madisoning, porté par la Cie de l’Oiseau-Mouche, transforme une danse populaire en expérience collective et inclusive. Ainsi envisagée comme un parcours plutôt qu’une vitrine, cette édition confirme que la danse trouve toute sa force lorsqu’elle circule, se frotte aux territoires et crée du commun. Camille Lombardo Lens, Loos-en-Gohelle, Oignies & Sallaumines, 20 > 29.03, La Scène Louvre-Lens, Théâtre Le Colisée, Culture Commune, Le 9-9bis…, 1 spectacle : 5€, culturecommune.fr Sélection / 21.03 : Cie de l'Oiseau-Mouche & Amélie Poirier - Madisoning // 24.03 : Fouad
Boussouf – Feu // 26.03 : YonsK - Lymph Blood Story 9424 // 27.03 : Carole Bordes - Giants
28.03 : Bob Assalam - Derviche // 29.03 : Cie La Ponctuelle - BBF Bal Folk Forever…


Créé en 1990 par la compagnie Mossoux-Bonté, ce spectacle emblématique renaît aujourd’hui dans une recréation intégrale. Inspiré par l’univers troublant du peintre de la Renaissance, il présente une galerie de figures ambiguës surgissant derrière un mur en trompe-l’œil percé de fenêtres, comme autant de tableaux vivants. Entre humour acéré, sensualité diffuse et mystère métaphysique, les corps semblent hantés par une mémoire ancestrale. Même trame, nouvelle distribution, partition revisitée : la pièce conserve son dispositif d’origine tout en l’ouvrant à d’autres vibrations. C.L.
La Louvière, 06.03, Théâtre de La Louvière, 20h, 35 > 10€, central-lalouviere.be
Un après-midi de finale à RolandGarros, une porte qui s’ouvre et tout déraille. Fabien accueille comme chaque année ses amis jumeaux, Éric et Jérôme. Un rituel rassurant, jusqu’à l’irruption des non-dits. Portée par une écriture élégante, la pièce dissèque ces secrets qu’on brûle d’avouer. Pierre Pigeolet interprète ces frères opposés, déclenchant un réjouissant chaos. Face à lui, Denis Carpentier incarne avec finesse la victime consentante de cette tempête intime. C.L.
Bruxelles, jusqu'au 15.03, Théâtre royal des galeries, 20h15 sauf dim : 15h • 05.03 : 19h, 30 > 12€, trg.be

Directeur : David Michels


Avec Joseph Colonna, Laura Fautré, Tiphanie Lefrançois, Simon Lombard, Quentin Minon, Romina Palmeri, Zoé Pauwels, Rémy Thiebaut, Alexis Vandist
Mise en scène et adaptation : Daniela Bisconti
Scénographie : Léa Gardin
Vidéos : Allan Beurms
Costumes : Sophie Malacord
Lumières : Laurent Comiant
Coproducteur : Centre des Arts Scéniques
Du 1 er au 26 avril 2026


Ils arrêtent l’école, s’inventent leurs règles et refusent d’entrer dans le rang. Paul et Élisabeth, frère et sœur imaginés par Jean Cocteau, font de leur chambre un monde autosuffisant, un refuge où l’amour fusionnel frôle l’autodestruction. Publié en 1929, Les Enfants terribles dissèque l’adolescence comme un âge fragile, celui où l'on rêve de suspendre le temps, tout en refusant l’entrée dans l’âge adulte. Cette matière brûlante, Philip Glass s’en empare dans un opéra à l’écriture minimaliste implacable. Ses boucles, pulsations régulières, motifs qui se répètent traduisent l’enfermement psychologique des personnages autant que l’inéluctabilité du drame. C’est précisément ce mouvement que le jeune metteur en scène Matthias Piro choisit d’explorer. Proche de l'âge des protagonistes, il comprend la tentation contemporaine de « créer son propre univers » pour échapper à une réalité anxiogène. Sur scène, la chambre devient un espace mouvant, une sorte de labyrinthe où les repères se dissolvent. Vidéo, images en direct et plateau en rotation plongent le spectateur dans un cosmos mental où réel et imaginaire se confondent. Piro ne juge pas ses personnages : « Ils créent un monde agréable pour eux », souligne-t-il, avant d’en montrer les dérives. Car à force de refuser la séparation et la perte, Paul et Élisabeth se condamnent eux-mêmes. Un spectacle hypnotique, où la beauté formelle révèle la violence d’un désir impossible : rester enfant, pour toujours. Camille Lombardo Lille, 20 > 26.03, Opéra de Lille, 20h sauf dim : 16h, 39 > 5€, opera-lille.fr
13 MARS AIME SIMONE + 1ÈRE PARTIE
Gérard-Philipe - 20h30 - POST-POP
24 MARS MON JOUR DE CHANCE
Grand Théâtre - 20h30 - THÉÂTRE
4 AVRIL CONFIDENCES D’UN ILLUSIONNISTE
Grand Théâtre - 20h30 - MENTALISME
DU 2 AU 26 AVRIL BEAUTIFUL SWAMP BLUES FESTIVAL #20
ANNIVERSAIRE #20
9 AVRIL ÉLIE SEMOUN
Grand Théâtre - 20h30 - HUMOUR
Retrouvez le programme ici

Retrouvez-nous sur les réseaux sociaux de la ville. Gérard-philipe - ccgp grand théatre de calais - officiel
infos billetterie : www.billetterie.calais.fr

www.spectacle-gtgp.calais.fr

Pour La Rose des vents la magie n’est pas un divertissement à part. Elle est un art du regard, capable de dialoguer avec la musique, le cirque, les arts plastiques ou les sciences cognitives. Imaginé en étroite complicité avec le magicien Thierry Collet, artiste associé du lieu, le festival s’est construit comme un temps fort où l’émerveillement n’exclut jamais la pensée. De retour dans un théâtre entièrement rénové, 100% Magie investit l’ensemble des espaces et élargit son terrain de jeu, en tissant des liens avec Lille et Tournai. Le principe reste le même : confronter la magie à d’autres écritures scéniques et inviter les spectateurs à expérimenter plutôt qu’à "consommer" l’illusion. La programmation 2026 en offre de beaux exemples. Avec Tropisme poétique, Blizzard Concept déplace notre manière d’observer le vivant grâce à des plantes subtilement animées. Puis dans Sorcellerie pour deux pianos, le Duo Jatekok emmène le récital classique vers un territoire trouble : des œuvres de Debussy ou Rachmaninov deviennent le support de métamorphoses et de sortilèges visuels. Quant à FauxFaire FauxVoir, Thierry Collet y poursuit son exploration des mécanismes de la croyance, en impliquant directement le public dans un dispositif qui démonte, pas à pas, la fabrication du faux. À mi-chemin entre enchantement et lucidité, le festival ne promet pas l'illusion parfaite, mais une expérience collective du jeu et du doute. Un art pleinement ancré dans son temps. Camille Lombardo Villeneuve d'Ascq (La Rose des vents), Lille (Le Prato), Tournai (Maison de la culture) 26.03 > 09.04, 1 spectacle : 22/18€ (-12 ans : 6€), larose.fr
Sélection : 26.03 > 09.04 : Blizzard Concept – Tropisme poétique, des plantes qui dansent 26 & 27.03 : Duo Jatekok… – Sorcellerie pour deux pianos // 03 & 04.04 : Cie 14:20 – Soirée magique // 07.04 : Felix Didou – Pauvres diables // 08 & 09.04 : Thierry Collet – FauxFaire FauxVoir
levivat.net
03 20 77 18 77
Place Saint Vaast
Armentières

mar. 24 mars 20H
© J.-D.
Avec Le Gymnase, CDCN Roubaix
Hauts-de-France dans le cadre du festival Le Grand Bain
Tarif 2 > 21 € On fera mieux
Tarif 2 > 21 €
sam. 28 mars 20H

LA VASTE ENTREPRISE I LA BULLE BLEUE

Uppercut sonore et ovni poétique, Astéréotypie bouscule la scène rock depuis plus d'une décennie. Né en 2010 au sein d'un institut médico-éducatif de Bourg-laReine, le collectif réunit Claire Ottaway, Stanislas Carmont, Yohann Goetzmann, Aurélien Lobjoit et Félix Giubergia, auteurs-interprètes neuroatypiques aux textes fulgurants. Sur des guitares nerveuses, épaulés par des musiciens liés à Moriarty, les mots claquent, drôles, tendres ou acides. Avec leur quatrième album, Patami, l'aventure continue sur scène dans un registre post-punk, noise et électro, avec une liberté de ton totale. C.L.
La Louvière, 26.03, Théâtre de La Louvière, 20h, 22 > 10€, central-lalouviere.be

Tapis rouge déroulé, sourires éclatants et discours bien huilés, la cérémonie dérape avec élégance grâce à Back Pocket. On participe à un gala faussement prestigieux où neuf acrobates virtuoses dynamitent les codes du succès. Sous le vernis glamour affleurent des rivalités, portées par une écriture circassienne d’une précision redoutable. Entre prouesse technique et satire mordante, la performance ausculte la fabrique des idoles et la mécanique du spectacle. C.L.
Bruxelles, 21 & 22.03, Wolubilis sam : 19h • dim : 15h, 36/26€, wolubilis.be Roubaix, 27.03, Le Colisée, 20h, 39 > 28€ coliseeroubaix.com
La Louvière, 29.03, Théâtre de La Louvière 16h, 22 > 10€, central-lalouviere.be


(S. de Baecque) Comment peut-on vouloir devenir Miss Poitou-Charentes à l'heure de #MeToo ? Pour le comprendre, Suzanne de Baecque s'est elle-même portée candidate. Avec sa complice Raphaëlle Rousseau, elle rejoue les parcours de Kiara, Lauraline ou Océane. Entre burlesque et gravité, théâtre et documentaire, le spectacle considère ces jeunes femmes avec tendresse et respect, sans jamais les prendre de haut. Un drôle d'objet, joyeux et traversé d'une profonde humanité.
Dunkerque, 10 > 12.03, Bateau Feu, mar : 20h • mer & jeu : 19h, 10€, lebateaufeu.com
(Les Arts oseurs) En août 2015, l'anthropologue Nastassja Martin croise un ours dans les montagnes du Kamtchatka... De cette rencontre sidérante, elle tire un récit publié chez Gallimard, que Les Arts Oseurs ont eu l'audace de porter en forêt, la nuit, à la lueur des photophores. Une comédienne se faufile parmi les branchages, un piano résonne en plein bois et le public chemine de station en station. Le Boulon accueille cette déambulation nocturne hors du commun. Prévoir de bonnes chaussures et l'envie de se laisser surprendre.
Vieux-Condé, 06 & 07.03, Parking de la forêt (Péruwelz), 20h, 10/6€, leboulon.fr
(Cie Anoraks) Quand le ciel belge se lâche, que faire sinon jongler avec ? C'est le pari poétique et jubilatoire de la Compagnie Anoraks, qui transforme la fameuse pluie du 21 juillet en métaphore universelle. Sur scène, Gaëlle, Tom et Denis s'équipent de leurs K-ways pour affronter LA vraie question : comment garder le moral quand tout fout le camp ? Mêlant cirque, clown, jonglerie et danse, le trio bâtit un spectacle généreux ancré dans le quotidien. En célébrant les ratés et les petites victoires comme des triomphes.
Lille, 12.03, Le Prato, 14h30 & 20h, 15/10€ leprato.fr
(O. Saccomano & N. Garraud) Imaginez une Alice égarée non pas au pays des merveilles, mais dans un open space du xxie siècle. C'est le point de départ de Monde nouveau, la dernière création du duo Nathalie Garraud et Olivier Saccomano. Sur le plateau, sept interprètes, sortes de Sims non encore programmés, se fondent dans un monde régi par l'algorithme, la performance, l'obsolescence programmée de soi. Entre Kafka et Chaplin, la pièce dissèque avec humour noir et acuité la mécanique néolibérale, jusqu'au vertige. Béthune, 17 > 19.03, Comédie de Béthune, mar & mer : 20h • jeu : 18h30, 10/6€ comediedebethune.org



Urban Posting, Display Racks, Visitor Information, Cultural Spots, Hotels, Bars and Restaurants, Universities, Libraries, Bicycle parkings, Bus Stops, Indoor Posting (bars & restaurants), Banners on Street Lamps, Amusement Parks, ...

(Les Chiens de Navarre) La bande de Jean-Christophe Meurisse n'a pas fini de mordre. Avec I Will Survive, les Chiens de Navarre investissent le prétoire pour y instruire deux affaires brûlantes : une femme jugée pour avoir tué son mari violent, un humoriste en délicatesse avec la justice après une blague déplacée sur les violences faites aux femmes. Deux procès fictifs, mais terriblement réels dans leurs résonances. Sur le plateau-tribunal, magistrats, avocats et témoins s'agitent dans une comédie grinçante et jubilatoire.
Charleroi, 13.03, 20h & 14.03, 18h, PBA, 22/8€ // Mons, 18 & 19.03, Th. Le Manège, 20h, 18 > 15€
(P. Guillois & O. Martin-Salvan)
Vous ne savez plus où mettre vos emballages ? Olivier Martin-Salvan et Pierre Guillois en ont fait la matière première d'un spectacle détonnant. Sur scène, tout ou presque est en carton : costumes, décors et accessoires (trois coups de marqueur et voici une guitare, quelques traits de plus et voilà un biniou). Nos deux compères — le petit rond endimanché et le grand maigre à moitié nu — déplient leur attirail pour conter un road-movie de l'Islande à l'Espagne dans un anglais incompréhensible. Et ça cartonne !
Béthune, 18.03, Théâtre de Béthune, 20h, 39/29€, tumetonnesproductions.com
(Tchekhov / J-F Sivadier) Dans ce classique du répertoire, Tchekhov brosse le portrait d'un homme qui, sans raison apparente, a cessé de ressentir quoi que ce soit — précurseur saisissant de ce que nous appellerions aujourd'hui la dépression. Jean-François Sivadier s'en empare avec sa virtuosité coutumière, mêlant ruptures de ton, ironie tendre et satire d'une petite bourgeoisie russe étouffée d'ennui. Autour de Nicolas Bouchaud, sobre et habité, toute une troupe fait étinceler cette œuvre majeure.
Douai, 25 > 27.03, Hippodrome mer & ven : 19h30 • jeu : 20h30, 25/14€ tandem-arrasdouai.eu
(N. Heredia & La Bulle bleue) Et si l'on demandait à des comédiens de jouer des stars… qui ne jouent pas ? C'est le pari espiègle de Nicolas Heredia, qui retrouve avec bonheur la troupe de La Bulle Bleue — des artistes professionnels en situation de handicap — pour un objet scénique inclassable. Sur le plateau façon studio radio, cinq interprètes incarnent des icônes du cinéma français lors d'anciennes interviews : leurs aveux, leurs doutes, leurs ratés. Derrière les mots de ces "monstres sacrés", c'est leur propre humanité qui affleure.
Armentières, 28.03, Le Vivat, 20h, 21 > 12€, levivat.net







Il fallait oser convoquer une samouraï et un dragon sur un mur du Nord. À Calais, Flow relève le défi avec panache. En près de soixante heures, lors du 5e festival local, l'artiste basque a dompté la façade pour y faire surgir un visage d'un hyperréalisme saisissant. À ses côtés, le dragon ondule, puissant sans être menaçant, en écho à la créature emblématique de la ville. Sacrée plus belle fresque de France 2025 par le Golden Street Art, organisé par Trompe-l-oeil.info, l'œuvre a séduit le public avant de convaincre un jury de photographes. Résultat : un mur qui casse des briques – et quelques idées reçues. C.L.
À visiter / À l’angle de la rue de Valenciennes et de la rue Leblond à Calais ; c @flowgraffitiart

