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LM magazine 121 - France Belgique

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N°121 / SEPTEMBRE 2016 / GRATUIT

HAUTS-DE-FRANCE & BELGIQUE Cultures et tendances urbaines


sommaire magazine

NEWS –

LM magazine n°121 - Septembre 2016

08

SOCIÉTÉ – 12

Corporate Europe Observatory, Lobby boom

– 18

Simon Denny, L’art délicat de la sédition

PORTFOLIO – 22 Bára Prášilová, Drôle de dame

RENCONTRE – 30 J.-C. Casadesus, Alexandre Bloch, deux mains de maître

DÉCRYPTAGE – 68 Energy Flash, La science des raves

François Delarozière, Montres & Cie

ÉVÉNEMENT – 94 La Rose des vents fête ses 40 ans ; Interview de Wim Vandekeybus

Air Force, 2011 © Bára Prášilová

PORTRAIT – 80


sommaire sélection

LM magazine n°121 - Septembre 2016

MUSIQUE –

36

Lescop, Sam Beam & Jesca Hoop, Cool Ghouls, Deerhoof, Karl Blau, Chris Cohen, Bozar Electronic, Matias Aguayo, The Sugarhill Gang, Le Poulpaphone, William Sheller, Moderat, City Sonic, Cavern of Anti-Matter…

EXPOSITION –

74

Nés quelque part, Dubuffet, Jean Martin, Design September, Marcinelle - 1956, Des figurations...

Lescop © Antoine Carlier

THÉÂTRE & DANSE –

102

Pamina de Coulon, Regarde les lumières mon amour, Georges et moi, Guillermo Guiz, Americane Songues…

DISQUES –

56

Dinosaur Jr., La Femme, Facteurs Chevaux, Teenage Fanclub, El Perro Del Mar

LIVRES –

58

Craig Clevenger, Stanislas Petrosky, Leslie Jamison, Stewart O’Nan, Zerocalcare

ÉCRANS –

60

Divines, Juste la fin du monde, Jeunesse, The Get Down


LM magazine France & Belgique

28 rue François de Badts 59110 LA MADELEINE - F tél : +33 (0)3 62 64 80 09 - fax : +33 (0)3 62 64 80 07

www.lm-magazine.com

Direction de la publication / Rédaction en chef Nicolas Pattou nicolas.pattou@lastrolab.com

Direction artistique / Graphisme Cécile Fauré cecile.faure@lastrolab.com

Rédaction Julien Damien redaction@lm-magazine.com

Couverture Bára Prášilová Evolve, 2014 www.baraprasilova.com

Sonia Abassi info@lm-magazine.com Anne Demange communication@lastrolab.com

Publicité pub@lm-magazine.com

Administration Laurent Desplat laurent.desplat@lastrolab.com Réseaux sociaux Sophie Desplat Impression Imprimerie Ménard 31682 Labège Diffusion C*RED (France/Belgique) ; Zoom On Art (Bruxelles)

Ont collaboré à ce n° : Thibaut Allemand, Flora Beillouin, Rémi Boiteux, Madeleine Bourgois, Mélissa Chevreuil, Marine Durand, Thomas Lansoud-Soukate, Raphaël Nieuwjaer, Marie Pons, Bára Prášilová, Marie Tranchant et plus si affinités.

LM magazine France & Belgique est édité par la Sarl L'astrolab* - info@lastrolab.com L'astrolab* Sarl au capital de 5 000 euros - RCS Lille 538 422 973 Dépôt légal à parution - ISSN : en cours L’éditeur décline toute responsabilité quant aux visuels, photos, libellé des annonces, fournis par ses annonceurs, omissions ou erreurs figurant dans cette publication. Tous droits d’auteur réservés pour tous pays. Toute reproduction, même partielle, par quelque procédé que ce soit, ainsi que l’enregistrement d’informations par système de traitement de données à des fins professionnelles, sont interdites et donnent lieu à des sanctions pénales. LM / Let'smotiv est imprimé sur du papier certifié PEFC. Cette certification assure la chaîne de traçabilité de l’origine du papier et garantit qu'il provient de forêts gérées durablement. Ne pas jeter sur la voie publique.

PAPIER ISSU DE FORÊTS GÉRÉES DURABLEMENT


NEWS

Atomic : full of love, full of wonder, 2005 © Nike Savvas © DR

Réalité augmentée Abreuvé d’images digitales, le lecteur inattentif pourrait ne pas apprécier ce travail à sa juste valeur. Eh oui : point de tour de passe-passe numérique ici, il s’agit bel et bien d’une installation. L’Australienne Nike Savvas imite l’esthétique 3D en jouant avec les couleurs, la suspension d’objets et le tissage. En résulte un effet d’optique stupéfiant dans lequel le spectateur peut réellement s’immerger.

Stranger Pics La série phare de l’été (Stranger Things) n’a pas manqué d’inspirer les artistes de tout poil. Pour preuve ces fausses affiches visibles sur la page web de The Comeback Kid, restituant à merveille l’atmosphère eigthies de la création des frères Duffer. Dans le même genre, on trouve les inévitables détournements à la sauce Simpson et Tim Burton, ou façon manga, comics, etc. Cela donne envie de rembobiner, n’est-ce pas ? ve

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© Mike M ahle

levelfivelaserlotus.tumblr.com


© DR

48 h chrono C’est le plus stylé des rendez-vous lillois, mais pas forcément le plus guindé. Pour preuve cette désormais mythique course en talons aiguilles (aussi ouverte aux garçons)… Initié voilà huit ans par Maisons de Mode, incubateur nordiste de jeunes pousses, l’événement met à l’honneur des créateurs de toute la France. En sus des défilés, une braderie, des expos ou des ateliers chapeautés par des pros achèvent d’étancher notre soif de glam. 16 > 18.09, Lille, Gare Saint Sauveur, ven : 18 h 30, sam : 14 h, dim : 14 h, gratuit (sf défilé La Couturière : 5 € sur rés. et l’atelier DIY : 12 > 5 €), 48hmaisonsdemode.com

Attrape-moi si tu peux

© DR

Avis aux grands enfants : laissez tomber votre partie de Pokémon Go, les 3 et 4 septembre se tient la 7e édition du championnat du monde de cache-cache. Les hostilités ont lieu à Consonno… au beau milieu d’un décor apocalyptique. Élevée en 1968 par un homme d’affaires, cette ville promettait de devenir le « Las Vegas » italien avec ses palaces, boîtes de nuit, son zoo… avant d’être abandonnée huit ans plus tard suite à un glissement de terrain. Adieu le cash, mais bonjour les cachettes. nascondinoworldchampionship.com

Porté sur la bouteille Parce qu’on aime New Order, et boire un p’tit coup de temps à autre, on ne pouvait louper cette nouvelle de première importance : un an après l’excellent Music Complete (cf LM magazine 110), le groupe mancunien est de retour avec… sa marque de bière. À ranger dans le frigo à côté des canettes estampillées Iron Maiden, Kiss ou AC/DC.


© DR

The Emperor Has No Balls © collective Indecline

Alice au pays de Donald

Seattle © Altar

© Raubdruckerin

Pauvre Donald. À sa chute libre dans les sondages s’ajoute désormais cette peu flatteuse statue, censée le représenter nu. Dévoilée à New-York, elle est l’œuvre du collectif Indecline et affuble l’homme à la mèche peroxydée de varices, de cellulite et d’une grosse bedaine sous laquelle pend un micropénis. Pendant ce temps-là, Alice Cooper vient d’annoncer sa candidature à la Maison Blanche. Le glam-rocker a déjà son slogan : « Un homme perturbé pour une époque perturbée ». Pas mieux. www.votealicecooper.com ; thisisindecline.com

Bandes à part Cette nouvelle va raviver la flamme de quelques nostalgiques. Les designers d’Alter ont imaginé des tables basses en forme de cassette audio. Baptisées Great Tape Coffee Tables, elles vous proposent de poser vos pieds et couverts sur des « enregistrements » de Nirvana ou de Metallica ! Il va vous falloir un gros lecteur (tel celui de notre page 114) mais aussi un joli bas de laine : comptez 1 925 e pour cette babiole vintage. altars.co

L’égout et les couleurs Pas bête. Le collectif d’artistes berlinois Raubdruckerin réalise des imprimés avec des plaques d’égout. Sur des tee-shirts, des sacs en toile… tout ce que vous voulez, pourvu que cela soit en tissu. Un petit coup de rouleau de peinture et voilà le travail ! Original, et pas cher : comptez une quinzaine d’euros en moyenne. En même temps, maintenant que vous connaissez le principe… www.raubdruckerin.de


Société – Interview 12

Lora Verheecke, militante-chercheuse

CORPORATE EUROPE OBSERVATORY Lobby boom Fondée en 1992 par des journalistes d’investigation néerlandais, l’ONG Corporate Europe Observatory mène un travail de veille et d’alerte sur l’influence des lobbies au sein des institutions européennes. Lora Verheecke, « militante-chercheuse » de l’équipe bruxelloise, y suit par exemple depuis deux ans les obscures tractations qui entourent le projet d’accord commercial transatlantique, connu en France sous le nom de TAFTA. Elle nous livre quelques clefs de la bataille que le CEO conduit pour informer les citoyens européens. Texte Flora Beillouin Photo Lora Verheecke © Flora Beillouin / CEO


Action contre le glyphosate, 07.03.16 © CEO

« NOTRE BUT N’EST PAS D’ALIMENTER LES CRITIQUES NON CONSTRUCTIVES, MAIS DE REPOLITISER L’EUROPE »

Quel est votre rôle? Nous effectuons un travail de recherche sur l’influence des lobbies sur les secteurs du commerce, de la finance, de l’agriculture, du climat et de l’environnement, sur lesquels nous rédigeons des rapports diffusés auprès des médias et des réseaux sociaux. Ceci nous permet de dépasser la simple campagne d’information et d’anticiper les propositions à venir avant qu’elles ne soient rendues publiques. Pourquoi ? Lorsqu’on entend parler d’un projet, comme le TAFTA récemment, il faut savoir que les lobbies sont sur

le coup depuis longtemps. Ils ont agi et influé sur les propositions de lois émises par la Commission. Il est donc souvent trop tard, car la formulation même de la loi fixe le champ du débat. Par exemple, on ne se demande plus si oui ou non il faut extraire du gaz de schiste mais comment réduire les risques de l’extraction. Et le Parlement n’a plus d’autre marge de manœuvre que d’amender le texte… Comment les lobbies exercent-ils leur influence ? On croit toujours qu’un groupe comme Philip Morris sévira en ouvrant un bureau sur le rond-point Schuman

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Tendances – Société 54

Protestation contre le lobby agro-industriel et son influence dans les négociations sur le TAFTA, 19.12.2014 © CEO

« IL EST TEMPS QUE BRUXELLES SORTE DE SA BULLE »

près de la Commission. En réalité, la démarche est plus subtile. Les lobbyistes sont généralement jeunes, beaux, ont fait leurs classes au Collège de l’Europe et connaissent parfaitement le milieu bruxellois. Ils parlent plusieurs langues et le jeudi soir, ils boivent des coups place du Luxembourg où tout le monde sort. Ils agissent discrètement, ciblent les députés qui viennent d’être nommés ou sont en désaccord avec un projet, les abordent de manière informelle en tenant compte de leurs péchés mignons.

Mais encore ? Conscients que le lobbying direct ne suffit pas, ils multiplient les canaux où diffuser leur message pour le rendre crédible. En payant une étude scientifique, une agence de relations publiques pour concevoir des campagnes, des événements ou même créer de fausses ONG, présentées comme la voix des usagers alors qu’elles sont financées par les entreprises ! Comment menez-vous vos enquêtes dans cet univers réputé très secret ? Paradoxalement, beaucoup d’informations sont accessibles de manière légale car la société civile et les médias s’intéressent peu au sujet. Les cabinets d’avocats qui proposent leurs services de lobbyistes freelance


ont tendance à vanter leurs meilleurs succès sur leurs sites. Certains députés écœurés nous transfèrent aussi les sollicitations qu’ils reçoivent. Il nous arrive de nous inviter dans les réunions publiques qu’organisent ces cercles. Nous demandons aussi des documents officiels, qui ont l’obligation d’être livrés sous quinze jours dans le cadre d’une directive sur la transparence. Hélas, ceux-ci nous parviennent régulièrement noircis ou réduits à deux lignes, sans que nous puissions exercer aucun droit de recours… À l’inverse, nous devons sans cesse prouver tout ce que nous avançons, à tel point que nous faisons relire nos rapports par des avocats. Quel est votre objectif ? Nous militons pour plus de démocratie et de transparence, pour qu’il y ait des règles et la volonté politique de les faire appliquer. Même à Washington, le registre des conflits d’intérêts est obligatoire ! Pas en Europe.

DAVID CONTRE GOLIATH, EN QUELQUES CHIFFRES lobbyistes agissent au quotidien auprès des fonctionnaires européens 1. Parmi les groupes d’influence présents à Bruxelles, on compte d’entreprises contre seulement d’ONG, associations de consommateurs et syndicats 2. par an : budget alloué au lobbying par Exxon Mobile, Shell et la Deutsche Bank en 2014, à l’approche de la COP21 3. L’ONG Finance Watch dispose d’un budget de 5 millions tandis que celui du lobbying financier est de 4

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* Sources 1. The Guardian 2. Alter EU européenne

3. Transparency International EU 4. Corporate European Observatory

Ci-dessous : la liste des lobbies des entreprises auxquels la Direction Générale de la Concurrence a accordé le plus d’entretiens lors des prémices des négociations sur le TTIP (de janvier 2012 à février 2014). *Source : TTIP : Eldorado des lobbyistes, article du 14 juillet 2015, corporateeurope.org © CEO & Sum of Us

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Société – Interview 16

Bruxelles, le 18.10.2013

« NOUS MILITONS POUR PLUS DE DÉMOCRATIE ET DE TRANSPARENCE »

À visiter

corporateeurope.org

José Manuel Barroso ne devrait pas pouvoir travailler chez Goldman Sachs en quittant son poste de président de la Commission sans que personne ne s’offusque. Notre but est de créer un pont entre les décisions institutionnelles et leur application dans la vie des gens. Il est temps que Bruxelles sorte de sa bulle, car cet isolement et ce sentiment d’impunité engendrent parfois des choix néfastes.

Comment effectuer ce travail d’alerte sans alimenter les populismes ? Nous avons été les premiers à contrecarrer les arguments erronés de la campagne pour le Brexit. Ce vote n’est malheureusement que l’effet boomerang des décisions anti-démocratiques imposées par Bruxelles. Notre idée n’est pas d’alimenter les critiques non constructives, mais de repolitiser l’Europe en posant les jalons d’un véritable débat public et contradictoire. Ce qui implique un effort de traduction, de décryptage, de présence sur le terrain, pour informer le public de ces enjeux qui le concernent plus que jamais, puisque 40 à 50 % des lois nationales sont régies par l’UE.


Société – Portrait 18

SIMON DENNY L’art délicat de la sédition Texte Flora Beillouin Photo Simon Denny © Calla Henkel & Max Pitegoff

L’artiste Simon Denny questionne crûment l’impact des nouvelles technologies sur notre manière de communiquer, de travailler, de (nous) surveiller… Instillant un doute : mais pour qui roulent-elles vraiment ?


Secret Power, 2015, pavillon de la Nouvelle-Zélande à la 56e Biennale de Venise © Photo Jens Ziehe

À visiter

Modded Server-Rack Display with Former NSA Designer/Guardian, 2016 © Photo Nick Ash, Courtesy Galerie Buchholz, Berlin/Cologne

simondennysecretpower.com

L

es « enquêtes artistiques » de Simon Denny ont quelque chose de fascinant. Ce Néo-Zélandais défend une démarche hybride où la recherche plastique se mêle à la sociologie. Il nous invite à porter un regard neuf sur les technologies. Tous ces objets que nous utilisons au quotidien sans forcément chercher à comprendre la manière dont ils nous conditionnent. Logiciels, jeux, réseaux sociaux, design des espaces de travail… cet empêcheur de surfer en rond nourrit ses installations avec ces outils familiers et interroge leur idéologie sous-jacente… Pour donner corps à ses curieuses investigations, il réussit la prouesse de matérialiser l’immatériel. « Ce qui le distingue de la génération d’artistes post-Internet, c’est son sens hors du commun du sculptural », analyse Zoë Gray, commissaire d’exposition au Wiels de Bruxelles, qui a accueilli jusqu’à la fin de cet été son Business Insider.

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Holacracy, 2015, book The Ghost in the Machine, book Getting Things Done, book Holacracy © Photo Jens Ziehe Modded Server Rack Display : Hacking the Commons (Narrative by Matt Goerzen, suggested product title by Emily Segal), 2015 © Photo Nick Ash, private collection

CŒUR DE HACKER

Sa série Products for Organising prend ainsi l’apparence d’un Data Center où vrombissent des dizaines de vitrines semblables à des serveurs. À l’intérieur, des assemblages de schémas, de notices, d’emballages factices et d’objets symboliques (peluches mascottes des logiciels libres, bombe pouvant être déclenchée à distance sur un simple coup de fil) retracent l’histoire des hackers. Il y dissèque leurs convictions et leurs goûts issus de la contreculture, observant d’un regard critique le parcours de transfuges – jadis libertaires – qui vendent désormais leurs compétences et pratiques collaboratives à des gouvernements ou multinationales. Simon Denny met en scène ses propres recherches, partage ses découvertes en temps réel, proposant un parcours analogue à celui d’une navigation sur la toile. Dans Secret Power, il inspecte le graphisme régressif, qui confère une allure sympathique à la documentation interne et aux logiciels du terrible dispositif de surveillance de la NSA. Surtout, il dénonce la culture (et le culte) du secret, qui règne dans nombre d’entreprises privées et de structures publiques…


Portfolio – Portrait 22

Drôle de dame

Retrouvez l’interview de Bára Prášilová sur www.lm-magazine.com

À visiter www.baraprasilova.com

BÁRA PRÁŠILOVÁ

Texte Julien Damien

Enfant, Bára Prášilová s’était imaginée ballerine, puis mannequin. Sa (trop) grande taille et une faiblesse cardiaque auront raison de ses rêves. Elle s’est alors vengée de ces désillusions dictées par le corps en lui infligeant d’incroyables contorsions. Enfin, surtout à celui de ses modèles, affublées de jambes extensibles à l’infini, de chevelures folles ou, parfois, d’une tête posée sur des mains en guise de cou… Bien lui en a pris ! Son travail est régulièrement récompensé et plébiscité par de nombreux magazines ou grandes marques. Pour réaliser ces photographies qui mêlent réalité et fiction, codes de la mode et ceux de l’art, Bára possède une technique bien à elle. Elle s’emploie d’abord à dessiner ses idées, « afin de trouver la meilleure solution pour ne pas trop tricher avec Photoshop et pouvoir shooter ces mises en scène surréalistes dans la vraie vie. Pour le reste, j’utilise mes talents de psychopathe pour terroriser mon équipe sur le plateau et obtenir le meilleur résultat possible ! » Non, cette artiste installée à Prague ne manque pas d’humour. Noir, de préférence – « c’est en quelque sorte ma langue maternelle ». Paradoxalement, les couleurs de ses images sont très douces, dans des tons pastel. Se dégagent ainsi de son œuvre une indéniable poésie, une délicate étrangeté et un sens certain de l’absurde. D’où lui vient ce penchant ? « Lorsqu’enfant vous ouvrez le frigo pour y trouver un embryon humain dans un pot de Nutella, tout semble normal après ça ». On n’en saura pas plus… Mais en a-t-on vraiment envie ?


Miroko Maroko, 2015


Czech fashion project, callendar 2011


Sunskirt, 2008


Girl with sock, 2014


Evolve, 2014


Fashion editorial, Zen magazine


Musique – Rencontre 30


JEAN-CLAUDE CASADESUS L’homme-orchestre Propos recueillis par Julien Damien Photo Ugo Ponte / onl

Lorsque Jean-Claude Casadesus découvre Lille, au début des années 1970, il prend les rênes d’une maison en ruine. Mais qu’il compte bien rebâtir. Il a alors un exemple en tête : Cleveland, autre cité au lourd passé industriel mais qui rayonne dans le monde grâce à son orchestre. On connaît la suite. Aujourd’hui, peu d’oreilles ignorent l’Orchestre national de Lille. À 80 ans, celui qui se rêvait aussi grand reporter s’apprête à passer la baguette d’une institution qu’il a fondée et dirigée durant quatre décennies. Retour sur une histoire singulière.

Comment cette aventure a-t-elle commencé ? Je suis parti les pieds dans la glaise et la tête dans les étoiles confronté à un scepticisme quasi unanime, et c’est devenu une épopée. Quand je suis arrivé, il n’y avait pas de vie symphonique dans cette région. Le ministre de la Culture de l’époque, Michel Guy, m’avait dit : « accepteriez-vous de terminer le contrat d’un orchestre viré ? C’est sans doute un cadeau empoisonné ». Je ne vous

« PORTER LA MUSIQUE PARTOUT OÙ ELLE PEUT ÊTRE REÇUE » fais pas de dessin : des hommes désespérés, en colère… Lors de notre premier concert, le 16 avril 1975, il y avait 57 musiciens sur scène et 51 spectateurs dans la salle. Vous voyez le chemin parcouru…

☞


Musique – Rencontre 32

Justement, que représente l’onl aujourd’hui ? Nous avons atteint 200 000 auditeurs par saison. De même, nous avons visité 32 pays, 250 villes dans la région et recevons 15 000 enfants par an auxquels nous transmettons une passion. Nous disposons aussi d’une salle merveilleuse et un public reconnaissant, je crois, de cet hommage rendu à sa dignité. Car nous lui avons dit : « du plus favorisé au plus démuni, vous avez droit à cette émotion ».

Retrouvez l’intégralité de cette interview sur www.lm-magazine.com

Quel directeur musical pensez-vous avoir été ? J’ai appris en forgeant, car je suis arrivé sur une terre totalement vierge. Cela aurait pu être un tombeau, cela fut une chance. Pourquoi ? Parce que j’ai rencontré le soutien, petit à petit, de toutes les forces vives de la région. Il faut s’engager pour convaincre. Pierre Mauroy (ndlr : maire de Lille de 1973 à 2001) a très tôt compris le formidable enjeu que représentait la construction d’un orchestre. Il m’avait dit : « donne au Nord, il te le rendra ». J’ai alors donné tout ce que je pouvais à cette région, et elle m’a beaucoup rendu. Je suis un Russo-Catalan né à Montmartre et, à part mon service militaire en 1956,

je n’avais jamais mis les pieds ici. J’ai refusé des postes flatteurs pour faire pousser cet arbre. L’onl, c’est 85 % de ma vie, et on peut être fiers de cet orchestre et de son éthique : porter la musique partout où elle peut être reçue. Qu’allez-vous faire maintenant ? Je ne prends pas de retraite, vous pouvez bannir ce mot qui me donne des verrues ! Je continue à diriger dans le monde entier et je reviendrai à Lille. J’ai encore, jusqu’en 2018, un certain nombre de projets avec cette maison, je reste directeur du festival de piano et avec le titre sympathique de chef-fondateur de l’onl. Mais je ne serai en aucun cas une gêne (rires). Enfin, selon vous, à quoi sert la musique ? Le titre de mon premier livre, c’est : Le plus court chemin d’un cœur à un autre. Dans la musique, il n’y a pas la subversion des mots, seulement la sensibilité. Un lieu commun dit qu’elle adoucit les mœurs, or elle réduit les frontières, elle est universelle. Il ne s’agit pas d’être savant. Souvent quand on parle de la musique symphonique aux gens ils répondent : « je n’y connais rien ». Mais, pour faire l’amour, vous n’avez pas besoin d’étudier un manuel (rires) ! La musique est un acte d’amour, de sensation et de transmission. Je crois qu’elle rend meilleur.


Pas si classique

ALEXANDRE BLOCH

À 30 ans, Alexandre Bloch est le nouveau directeur musical de l’Orchestre national de Lille. Il succède à Jean-Claude Casadesus qui lui passera la baguette lors de deux concerts d’investiture. Rencontre avec celui qu’on annonce comme « l’un des représentants les plus brillants de la nouvelle génération de chefs d’orchestre ». Et un maestro très connecté.

U

n demi-siècle sépare Alexandre Bloch de JeanClaude Casadesus. « Il n’était pas né quand l’orchestre avait 10 ans », s’amuse ce dernier. Dire qu’un vent de fraîcheur souffle sur le Nouveau Siècle n’a donc rien d’usurpé. Pourtant, celui qui a appris le violoncelle et la direction à Tours a déjà conduit des formations internationales : le Philharmonique de Séoul, le Royal Concertgebouw d’Amsterdam… Le jeune maestro s’apprête ainsi à « entamer un nouveau chapitre de l’Orchestre national de Lille, tout en préservant ses valeurs ». Au premier rang desquelles : la démocratisation de la grande musique. Pour cela, ce passionné d’informatique imagine des formats à rebours des codes du milieu.

Alexandre Bloch © Ugo Ponte / onl

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Stravinsky Remix, L’Oiseau de feu © Ugo Ponte / onl

Citons l’ouverture des répétitions de l’onl (« afin qu’on entende vraiment comment les œuvres sont montées ») ou encore les soirées « amène ton portable » lors desquelles les spectateurs seront incités à… twitter ou prendre des selfies ! « Le public pourra réagir en direct avec son smartphone pour influencer le concert. Je souhaite lui donner un vrai rôle au sein du spectacle ».

« IL ME TIENT À CŒUR D’INVITER UN ARTISTE ISSU D’UNE AUTRE DISCIPLINE »

MÉLANGES

L’objectif est évidemment de renforcer « le dialogue » entre l’orchestre et le public. Ceux qui ont assisté au Grand Sud, en novembre, au Stravinsky remix qu’il a créé avec Farid Berki (soit L’Oiseau de feu à la sauce hip-hop !) le savent : Alexandre Bloch aime les mélanges. « Dans mon iPod on trouve beaucoup de symphonies, bien sûr, mais aussi de la samba, du Michael Jackson, etc. », confie-t-il. En cela, « il me tient à cœur d’inviter une star de la musique actuelle ou même un artiste issu d’une autre discipline, par exemple un humoriste comme Dany Boon, pour un spectacle-concert avec l’orchestre ! » Pas si classique, non. J.D.

➤ CONCERT D’OUVERTURE : Berlioz, Benvenuto Cellini, ouverture Jean-Claude Casadesus (direction) // Hector Parra, InFALL / Khatchaturian, Concerto pour violon / Stravinsky, L’Oiseau de feu, Alexandre Bloch (direction), Nemanja Radulovic (violon) LILLE – 29 & 30.09, Nouveau Siècle, 20 h, 50 > 5 €, www.onlille.com DOUCHY-LES-MINES – 01.10, L’Imaginaire, 20h, douchy-les-mines.com ➤ RENCONTRE AVEC ALEXANDRE BLOCH : LILLE – 15.09, Nouveau Siècle, 19 h, gratuit


Sélection – Musique 36


Spleen et idéal

Texte Thibaut Allemand Photo Clip Dérangé © Antoine Carlier / Walter Films

Quatre ans après un premier essai quasi-parfait, l’auteur de La Forêt sort du bois et signe un deuxième album (proverbialement difficile). Entre-temps, Lescop n’a pas chômé. Il s’est même illustré dans de sales besognes. Mais à en juger par ses nouvelles chansons, il n’a rien changé de ses aspirations en clair-obscur. Entre élégance élancée et finesse féline, Lescop fut avant tout un visage – sombre, déterminé – du renouveau de la musique française. Un condensé parfait de pop noire mais lumineuse, de sons synthétiques éventrés de guitares, le tout porté par des références cinéphiles et littéraires. Paru en 2011, son premier LP dévoilait Mathieu Peudupin (pour l’état-civil) en songwriter très, très doué. Si la gestuelle volontiers épileptique de cette ceinture noire de karaté lui valut des comparaisons faciles avec Ian Curtis, les totems du Français se trouvaient du côté de l’Hexagone : Taxi Girl, Étienne Daho, voire Christophe parfois. Il y eut le tube La Forêt bien sûr. Mais aussi et surtout Los Angeles qui évoquait Gamine aux plus anciens. L’échec commercial relatif de cet album aurait pu occire la volonté de la formation. Lescop s’en est remis, mais a dû sacrifier quelque peu sa posture d’écorché vif pour aller pointer au bureau… Réalisme Pointer au bureau ? Ou presque : trimer sur La Vague (2015) d’Izia. Eh oui ! Notre Janis Joplin sans gluten se piquait très opportunément de chansons en français et de sons synthétiques. De quoi assurer quelques subsides à Lescop et ses musiciens. Qui n’en oublièrent pas de signer un deuxième LP à la hauteur du précédent : citons l’émouvante Quelqu’un à AMIENS – 28.09, La Lune des Pirates, qui penser, Écho (qui envoie Daho chez Neu!) 20 h 30, 14 / 9 €, www.lalune.net et Dérangé (confrontant œillades asiatiques et Les inRocKs Festival : LESCOP + HER + PARADIS : TOURCOING – 17.11, solo final très Television). Le Grand Mix, 20 h, 19 > 5 €, www.legrandmix.com


© Josh Wool

Sélection – Musique 38

Sam Beam & Jesca Hoop Après Nancy et Lee, Johnny et June, Mark et Isobel, voici Sam et Jesca. Échappé d’Iron & Wine, Sam Beam collabore avec la passionnante Jesca Hoop, peu célébrée de ce côté de l’océan. Entouré, entre autres, du batteur Glenn Kotche (Wilco) et du violoniste Eyvind Kang (Secret Chiefs 3), le tandem entonne des folk songs écrites à quatre mains, où les pleins et déliés vocaux de l’une répondent à la douceur fragile de l’autre. Si l’album n’a pas tenu toutes ses promesses (les compositions aventurières de Hoop faisant de l’ombre à celles, parfois trop prudentes, de son complice) on se prépare cependant à un concert intimiste et en suspension… T.A. BRUXELLES – 09.09, Botanique, 20 h, 26 > 20 €, www.botanique.be

LILLE – 08.09, Le Biplan, 20 h 30, 8 / 6 €, lebiplan.org BRUXELLES – 13.09, Pin Pon // GAND – 06.09, Café Video

© Jaclyn Snook

Cool Ghouls Ces goules à la coule ont… goulûment dégusté et se sont repus de quarante ans de garage rock west coast avant d’en recracher la formule – éternelle, forcément. Avec trois albums en poche, le quatuor reste dans l’ombre mais pourrait bientôt bénéficier du même éclat légendaire que Black Lips ou Ty Segall. Paradoxe : nos gusses n’inventent rien, peuvent lasser à la longue et pourtant, ils sont parfois le meilleur groupe du monde – le temps d’un concert. T.A.


© Kate Dollenmayer

© Joe Singh

Deerhoof

Chris Cohen

Inclassable et brindezingue, la pop de Deerhoof trace un sillon sinueux depuis 23 ans. Issu du terreau expérimental, le quatuor de San Francisco, qui compta un temps un certain Chris Cohen dans ses rangs (voir ci-contre), ne s’est jamais assagi. Sur des structures étranges, tout en constructions baroques, ces morceaux ne se départissent jamais du charme espiègle de la chanteuse nippone Satomi Matsuzaki.

Encore un brun ténébreux qui séduit les copines avec sa guitare… Oui, sauf que lui joue aussi de la basse, du synthé, du piano, chante et compose des merveilles de ballades pop psyché et bardées de spleen. Éminent membre de Deerhoof jusqu’en 2006, taquinant les cordes à l’occasion pour la fine fleur californienne (Ariel Pink, Cass McCombs), notre homme est aussi discret qu’inventif quand il s’agit de conter les affres de l’amour de sa voix chaude. Agaçant, non ? J.D.

T.A.

LEFFINGE – 17.09, De Zwerver, 20 h, 15 > 10 €, www.leffingeleuren.be LILLE – 19.09, L’Aéronef, 20 h, 18 > 5€, www.aeronef.fr

TOURCOING – 20.09, Le Grand Mix, 19 h, 12 / 5 € (-18 ans) / gratuit abonnés, www.legrandmix.com

La parution récente d’Introducing Karl Blau nous fit découvrir cet Américain, auteur d’une myriade d’albums sur des labels obscurs ces vingt dernières années. Ici, il revisite avec élégance et éloquence quelques standards country (That’s How I Got To Memphis), étirant sur près de dix minutes le fameux Fallin’ Rain de Link Wray (sans que l’ennui ne pointe) ou s’appropriant To Love Somebody des Bee Gees. On ne l’a jamais vu sur les planches mais avec un timbre aussi chaleureux, nul doute qu’on devrait être conquis. T.A. ANVERS – 20.09, De Roma, 20 h 30, 28 > 24 €, www.deroma.be

© Jason Quigley

Karl Blau


Bozar Night © DR

Sélection – Musique 42

Bozar Electronic Arts Festival Que regroupe le vocable “culture numérique” ? Est-il encore pertinent, à l’heure où tout ou presque est connecté ? C’est en se posant cette vaste question que l’on se rendra à Bozar Electronic, cette grand-messe des amateurs d’arts digitaux. Musiques électroniques, installations, performances, projections, conférences… On a hâte de découvrir White Circle, un espace circulaire et sonore conçu par la crème du label Raster-Noton. On ne manquera pas non plus les apparitions de Gold Panda, Tim Hecker ou James Holden, sans oublier le come-back de Plaid et l’inénarrable Ron Morelli, boss revêche de la maison L.I.E.S. T.A. BRUXELLES – 22 > 24.09, Bozar, 20 h (jeu : 19 h), 22 € (jeu : 15 €), Pass 2 j. (ven & sam) : 35 €, pass 3 j. : 45 €, www.bozar.be Prog musique : Anthony Child (aka Surgeon)… (22.09) // Gold Panda... (23.09) // James Holden, Plaid & The Bee, Tim Hecker, Ron Morelli... (24.09)

Les sets du patron du label Cómeme sont réputés pour être nerveux et détendus. Nerveux, car le beat ne nous lâche jamais. Détendu, car émanent de ces performances une bonne humeur et une jovialité toute caliente. Le quadragénaire, natif de Santiago du Chili mais résidant à Cologne, pimente sa techno de tambours traditionnels et de pointes d’acid, de chœurs spanglish samplés avant de prendre lui-même le micro, haranguant des foules qui le lui rendent bien. T.A. COURTRAI – 23.09, De Kreun, 20 h, 15 > 9 €, www.dekreun.be

© Katharina Poblotzki

Matias Aguayo


Sample et funky À l’instar d’Afrika Bambaataa ou Grandmaster Flash, ces trois Américains sont considérés comme les pionniers du hip-hop. Si le début de leur histoire ne fait pas vraiment rêver, ils ont mené, durant une vingtaine d’années, une carrière jalonnée de pépites mais trop souvent réduite à un seul tube – et quel tube… Si l’on vous dit Sugarhill Gang, vous songez d’emblée au légendaire Rapper’s Delight : “I said a hip hop / The hippie, the hippie / To the hip, hip hop, and you don’t stop, a rock it…”, reposant sur un sample de Good Times de Chic. Bref, ce groupe restera à jamais associé aux débuts du rap. Or, cette histoire est également celle d’un beau malentendu. On imagine ses membres originaires d’Harlem, ils débarquent du New Jersey. Certains s’attendent à des types qui en ont bavé, ils furent recrutés par Sylvia Robinson, patronne du label Sugar Hill Records, qui souhaitait surfer sur un mouvement émergent. N’empêche, ils demeurent les signataires de morceaux devenus les maîtres-étalons du genre. Ce concert est l’occasion de se replonger dans une période où le hip-hop avait peu à voir avec son image actuelle. Amateurs de rap conscient (quel ennui !) ou de gangsta rap (soupir…), passez votre chemin. The Sugarhill Gang, c’est de l’hédonisme en barre, pas totalement défait du disco (On The Money), ni d’une soul languide (Here I Am, Bad News) et encore moins de son synonyme d’alors, l’electrofunk (Be A Winner). En 2016, ne restent du trio originel que Master Gee et Wonder Mike (Big Bank Hank nous a quittés en 2014). Pas une raison pour bouder son plaisir. Thibaut Allemand CHARLEROI – 02.09, Rockerill, 20 h, 15 €, www.rockerill.com

The Essentials: The Sugarhill Gang, 2002 © Rhino Entertainment Company

THE SUGARHILL GANG


L’appel du large Au départ, un nom en forme de blague. 12 éditions plus tard, un festival incontournable dans les Hauts-de-France. Voici résumée l’histoire du Poulpaphone, sympathique céphalopode qui enserre de ses tentacules des artistes pas au creux de la vague. Dans un paysage gâté par la nature (oui, c’est très joli la Côte d’Opale) mais un peu moins par les musiques actuelles (Boulogne n’a toujours pas de vraie salle de concerts, même si un projet est en cours) ce festival fait figure de bouffée d’air frais. Sur deux scènes se succèdent ainsi tous les styles. Lisa Torres, la programmatrice, revendique « une affiche éclectique et propice à la découverte ». Pas de la petite bière non plus. Pour preuve la venue de JoeyStarr au sein du projet CARRIBEAN DANDEE. Beau clin d’œil : les BIRDY NAM NAM, parmi les premiers invités du Poulpaphone, n’ont pas oublié où se situait le site industriel de Garromanche. On attend évidemment du combo electro des titres de son nouvel album, Dance or Die, après cinq ans de silence. Autres Frenchies parmi les plus passionnants du moment : BREAKBOT et ses sets funk et disco ou CAMP CLAUDE et sa pop éthérée. Côté découverte, Lisa Torres nous conseille de jeter une oreille aux BOULOGNE-SUR-MER – 30.09 > 01.10, site Garromanche, Portugais de PAUS, « un groupe de math-rock 20 h 30, 15 / 14 €, pass 2 j. : 22 € en prévente, poulpaphone.com avec deux batteurs, mais bizarrement très danProg : Team Wild, Camp Claude, sant ». Le Poulpaphone se rappelle aussi qu’on Paus, Last Train, Biga Ranx, Carribean Dandee, Breakbot aime « pogoter » sur le littoral. En cela le rap rigolo (30.09) // Cheeko et Blanka, de CHEEKO ET BLANKA ou le rock-zouk (oui oui) 3SomeSisters, Francky Goes to Pointe-à-Pitre, Klone, de FRANCKY GOES TO POINTE-À-PITRE assurent le Sage, General Elektriks, Birdy Nam Nam (01.10) service. Relax. Julien Damien

Breakbot © Ludovic Zuili

LE POULPAPHONE


© Yann Orhan

Sélection – Musique 48

LOUVAIN-LA-NEUVE – 30.09, Aula Magna, 20 $, 40 / 35 €, aulamagna.be

BÉTHUNE – 29.09, Théâtre municipal, 20 h 30, 44 / 40 €, www.theatre-bethune.fr

William Sheller Michel Drucker dirait que c’est « un grand monsieur de la chanson française ». Quitte à se fâcher avec l’homme au canapé rouge, ce n’est pas tout à fait exact. Car William Sheller est avant tout un passeur. Dressant des ponts avec la pop britannique, la musique symphonique ou le rock, l’exigence du beau texte chevillé au corps… Une discographie s’étalant sur quatre décennies et dans laquelle les époques se croisent, comme dans son 12e album, le bien nommé Stylus. Ici, il invite les Beatles et Stravinsky à la même table, en relevant le menu d’une touche de jazz. Sur scène, ce dandy un poil misanthrope renoue avec une formule intimiste : piano et quatuor à cordes. La meilleure configuration, sans doute, pour atteindre son monde baroque et mélancolique. J.D.


© Flavien Prioreau

Sélection – Musique 50

BRUXELLES – 30.09, Forest National, 20 h, 35 €, www.forest-national.be

Moderat Pas les plus originaux pour dénicher des titres (leurs trois albums se nomment I, II et III… ça doit être ça le minimalisme allemand), ces Berlinois nous rappellent surtout que la musique est affaire d’équilibre. Celui trouvé entre les rythmes nerveux du duo Modeselektor et les sets ambient mis sur orbite par la voix cristalline de Sascha Ring – a.k.a Apparat. Ce mariage de la carpe et du lapin (des pionniers de la scène allemande depuis la chute du mur, quand même) fonctionne assez bien, tel que cristallisé dans des morceaux comme Rusty Nails ou Bad Kingdom. Sur scène, le trio peut compter sur les effets visuels du collectif Pfadfinderei – 3D à gogo, esthétique comics – pour donner des allures de grand-messe électronique à ces noces barbares. J.D.


Audioportrait © Cécile Damien / La chambre rouge © Julien Grosjean

Sélection – Musique 52

JEU 01.09 KEVIN MORBY Liège, Reflektor, 19h30, 15e

VEN 02.09 THE SUGARHILL GANG Charleroi, Rockerill, 20h, 15e ELLIOTT MURPHY Verviers, Spirit Of 66, 20h30, 20e

JEU 08.09 COOL GHOULS Lille, Le Biplan, 20h30, 8/6e

VEN 09.09 SAM BEAM & JESCA HOOP Bruxelles, Botanique, 19h30, 26/23/20e INTERGALACTIC LOVERS + TRIXIE WHITLEY Dixmude, 4AD, 20h, 25/20e

SAM 10.09 VALD + SALUT C’EST COOL + LEN FAKI + MAGDA Charleroi, Rockerill, 18h30, 25e

City Sonic 14 Depuis 2003, ce festival défricheur propose de parcourir Mons par le biais du son. À travers des concerts bien-sûr (citons Ditterich von EulerDonnersperg, figure de la musique industrielle), mais aussi des ateliers, des installations de jeunes artistes ou performances décoiffantes. En cela, les habitués du Passage du Centre seront surpris par l’incursion dans leur déambulation de la poésie d’Eric Therer, magnifiée par les sets electro de Paradise Now, ou les mix de musique classique et contemporaine de DJ Chosta. J.D. MONS – 14 > 30.09, site des Anciens Abattoirs, Maison du Design, Carré des Arts, Galerie commerciale du Centre + BRUXELLES – 30.09, La Raffinerie, 12 h > 18 h (fermé le lundi), parcours gratuit, citysonic.be

JEU 15.09 THEE OH SEES + MAGNETIX Lille, L’Aéronef, 20h, 22>10e

VEN 16.09 HOLY TWO + POSTAAL + AZUR Roubaix, La Cave aux Poètes, 19h, 8/6e/Gratuit abonnés SUPERPOZE (DJ SET) Liège, Reflektor, 22h, 12e

SAM 17.09 YVES JAMAIT + RIVELAINE Oignies, Le Métaphone, 20h30, 17>11e (Gratuit abonnés) DEERHOOF Leffinge, De Zwerver, 21h, 15>10e MARTHA HIGH Beauvais, L’Ouvre-Boîte, 21h, Gratuit LAURENT GARNIER Charleroi, Rockerill, 22h, 18e

DIM 18.09 ARSÈNE LUPUNK TRIO

Villeneuve d’Ascq, La Ferme d’en Haut, 17h30, gratuit

LUN 19.09 NITE JEWEL Anvers, Trix, 19h30, 15/13,50e DEERHOOF + USÉ Lille, L’Aéronef, 20h, 18>5e

MAR 20.09 CHRIS COHEN + MOCHE Tourcoing, Le Grand Mix, 19h, 12/5e THE JAYHAWKS + KARL BLAU Anvers, De Roma, 20h30, 28>24e

JEU 22.09 24 HOUR PARTY PEOPLE : DAVID SHAW (DJ SET) + CONFÉRENCE SUR MANCHESTER PAR R. BELLIA Lille, L’Aeronef, 19h, Gratuit GOÛTE LE SON : GRAND PARC Roubaix, La Cave aux Poètes, 20h, 35e COMING SOON + THE SLOW SHOW Amiens, La Lune des Pirates, 20h30, 10e


ARNAUD REBOTINI Charleroi, Rockerill, 21h, Gratuit

YOUNGBLOOD BRASS BAND… Dunkerque, Les 4 Ecluses, 18h, 12/9e

VEN 23.09 AMERICANE SONGUES Dunkerque, Le Bateau-Feu, 20h, Gratuit BIRDY + LAWRENCE TAYLOR Bruxelles, Cirque Royal, 20h, 35e BOZAR ELECTRONIC ARTS FESTIVAL : GOLD PANDA + VESSELS + JLIN + RAIME… Bruxelles, Bozar, 19h30, 22e MATIAS AGUAYO Courtrai, De Kreun, 20h, 15>9e LA DAME BLANCHE Villeneuve d’Ascq, La Ferme d’en Haut, 21h, 7/4e

MER 28.09 LESCOP + JO WEDIN & JEAN FELZINE Amiens, La Lune des Pirates, 20h30, 14/9e

JEU 29.09

SAM 01.10

YAK Bruxelles, Botanique, 19h30, 14/11/8e

L’OPÉRA DE QUAT’SOUS : KURT WEILL / BERTOLT BRECHT (+ 02.10.2016) Calais, Le Channel, 19h30, 7e

WILLIAM SHELLER Béthune, Théâtre, 20h30, 44/40e

VEN 30.09 CONCERT D’OUVERTURE DE L’ONL Lille, Nouveau Siècle, 20h, 50>5e

WOODIE SMALLS Lille, Le Flow, 20h, 14>10e

MODERAT Bruxelles, Forest National, 20h, 35e

SHEETAH ET LES WEISSMULLER Lille, Le Biplan, 20h30, 5e

TALISCO Lille, L’Aéronef, 20h, 22>10e

TERRY RILEY Lille, Auditorium du Conservatoire, 18h, 22>11e

VAUDOU GAME... Tourcoing, Le Grand Mix, 20h, 5e JEANNE ADDED + YSÉ SAUVAGE Oignies, Métaphone, 20h30, 19/16/13e

MICKEY3D Lille, Th. Sebastopol, 20h, 32e LUCKY PETERSON Marcq-en-Barœul, Théâtre Charcot, 20h30, 20/16e WE WILL FOLK YOU 6 : I AM STRAMGRAM + DAN SAN + HERE’S TO THE LION Dunkerque, Les 4 écluses, 20h30, 9/6€, pass : 12/8€ POULPAPHONE 2016 : 3SOMESISTERS + SAGE + GENERAL ELEKTRIKS + FRANKY GOES TO POINTE À PITRE + BIRDY NAM NAM + KLONE… Boulogne sur Mer, Garromanche, 20h30, Pass : 22e // Soirée : 15/14e

Cavern of Anti-Matter Ex-leader des gauchistes pop de McCarthy et, surtout, cofondateur d’un pilier du rétrofuturisme sans œillères (Stereolab), le Britannique Tim Gane, désormais installé à Berlin, rend un bel hommage au rock continental. Certes, l’album de Cavern of Anti-Matter s’encombre d’invités inutiles (Bradford Cox de Deerhunter, au hasard), mais sur scène, le trio, composé de Gane, du batteur Joe Dilworth et du claviériste Holger Zapf, vise l’essentiel : de longues plages krautrock hypnotiques et motorik. T.A. © DR

DIM 25.09

POULPAPHONE 2016 : TEAM WILD + BIGA RANX + CAMP CLAUDE + CARIBBEAN DANDEE FEAT JOEYSTARR & NATHY + BREAKBOT + LAST TRAIN + PAUS Boulogne sur Mer, Garromanche, 20h30, Pass : 22e // Soirée : 15/14e

SAMBA DE LA MUERTE Tourcoing, Le Grand Mix, 18h, Gratuit

SAM 24.09 BOZAR ELECTRONIC ARTS FEST. : JAMES HOLDEN + PLAID + TIM HECKER + RON MORELLI Bruxelles, Bozar, 20h, 22e

WE WILL FOLK YOU 6 : MATT ELLIOTT + XYLAROO Dunkerque, Les 4 Ecluses, 20h30, 9/6€, pass : 12/8€

BRUXELLES – 29.09, Ancienne Belgique, 20 h, 15 €, www.abconcerts.be


Sélection – Disques 56

DINOSAUR JR.

Give a Glimpse of What Yer Not

(Jagjaguwar / Pias)

À ceux qui, légitimement, se demandent si le son de Dinosaur Jr. reste pertinent en 2016, Give a Glimpse of What Yer Not répond d’entrée de jeu, et en deux riffs : sûrement pas et on s’en fout. Car la meilleure chose à faire devant ce nouvel album du trio du Massachusetts, c’est de pousser le volume. Le bonheur de retrouver ce groupe culte est intact. Dans sa formation originelle, il porte haut et fort une musique qui tonne comme l’alpha et l’oméga du rock des années 1990. Si on les a connus plus bruyants, ce disque est peut-être la meilleure collection de morceaux signés par les dinos. C’est simple : tout y est parfait, et l'on pourrait piocher presque au hasard les signes de la très haute tenue de l’ensemble. L’apparition de la voix de Lou Barlow sur Love Is…, bon comme un R.E.M. vintage. Ou la puissance toute nirvanesque d’I Walk for Miles. Il y a du stoner, du psychédélisme, du punk-rock et cette touche irrationnellement émouvante qui fait tout leur sel. Histoire de combler les fans, on ajoutera simplement que Give a Glimpse of What Yer Not contient quelquesuns des plus beaux solos jamais enregistrés par J Mascis. Rémi Boiteux

TEENAGE FANCLUB Here

(Pema Records / Boogie Drugstore)

Teenage Fanclub fête ses 27 ans cette année. Un “vieux” groupe qui n'aura jamais eu la gloire méritée. Reste un bataillon de fans fidèles et dévoués, parmi lesquels un certain Kurt Cobain, qui embarqua les Fannies en tournée. Disparu en 1994, l'Américain n'aura jamais assisté à la transformation de ses protégés à partir de Songs From Northern Britain (1997). Délaissant la noisy pop, le quatuor se mutait en une redoutable machine à pop songs solaires. Ce onzième LP ne change rien à la règle, et comblera les fans des Byrds, de Big Star ou des Thrills – mésestimés aussi, ces derniers. Y aurait-il une malédiction à composer des chansons remplies d'arpèges et d'harmonies vocales ? Qu'importe : ces 12 morceaux sont une bonne définition de la grâce. Thibaut Allemand


LA FEMME

FACTEURS CHEVAUX

Mystère

La Maison sous les eaux (La Grange

(Barclay / Universal)

Derrière cette pochette signée Liberatore (auteur du fameux RanXerox), on trouve une palanquée de réussites : de la ritournelle Où va le monde au synth punk de Tatiana en passant par les pérégrinations nocturnes de SSD (pour Strasbourg-Saint-Denis). Textes simple(t)s sublimés par l'interprétation, rythmique basique et richesse des arrangements (synth wave novö yéyé, pop acoustique, disco ou encore rap), telle est la formule magique des six Français. Ce nouveau cabaret de curiosités n'a aucun équivalent dans le paysage pop hexagonal actuel. Cependant, on pense souvent à la Belgique, des légendaires Tueurs de la lune de miel aux trop méconnues Brochettes. Ce deuxième LP en forme de confirmation laisse espérer de très, très beaux lendemains pour La Femme, capable de tout.Thibaut Allemand

Aux Belles / Modulor)

Pour arriver jusqu’à cette Maison, il faut de bonnes chaussures, et traverser des paysages obscurs. Nous connaissons pourtant les deux hommes : le Nordiste Sammy Decoster a bien promené sa guitare dans nos contrées et Fabien Guidollet est une moitié de Verone. Leur beau projet Facteurs Chevaux, avec ses chansons folk gothiques, qu'on n'imaginait pas dans la langue et le paysage français, joue (et très bien) la carte de l’étrangeté. Si les harmonies vocales se réclament des Everly Brothers, l’atmosphère renvoie plutôt au Leonard Cohen le plus crépusculaire. Des touches d’un humour tordu comme des branches d’arbres morts laissent passer une lumière flamboyante audessus de cet album, aussi déroutant qu’indispensable. Rémi Boiteux

EL PERRO DEL MAR Kokoro

(Ging Ging Records / La Baleine)

Sarah Assbring ne surpassera sans doute jamais son premier LP paru voici dix ans – le sobrement intitulé El Perro Del Mar (2006). Ce qui n'empêche pas la Suédoise de mener une carrière très honorable ponctuée d'albums rares mais toujours réussis, où sa voix trempée de larmes navigue entre electropop et dub. Pour ce cinquième essai, la songwriter discrète marche sur les traces de sa compatriote Taken By Trees en parsemant ses pop songs d'instruments asiatiques, de cordes berbères, de rythmes éthiopiens… Si place est laissée au rythme et à la danse (Breadandbutter), la mélancolie se glisse par les interstices, tel Nougat Mind. Oui, les intitulés sont souvent culinaires – le tube se nomme Kouign-Amman, et s'avère parfaitement digeste. Thibaut Allemand


Sélection – Livres 58

CRAIG CLEVENGER

Le Contorsionniste (Le Nouvel Attila) Œuvre culte aux USA, le premier roman du Texan Craig Clevenger aura mis 15 ans à traverser l’Atlantique. La faute à son éditeur, envolé avec la caisse, puis à des producteurs qui ont bloqué les droits du livre sans jamais l’adapter. Soit. Loué par Irvine Welsh ou Chuck Palahniuk, Le Contorsionniste nous conte l’histoire de John Dolan Vincent, un escroc affublé de 11 doigts et d’un talent peu commun pour la contrefaçon – ordonnances, actes de naissance, cartes de sécu… Mais ce faussaire de génie souffre aussi de dantesques migraines qu’il soigne en s’auto-médicamentant… jusqu’à l’overdose. Le voici donc à l’hôpital, dans un nouveau jeu de poker menteur face à un psy qui doit évaluer s’il a tenté de se suicider. Pour échapper à l’autorité sanitaire, qui pourrait l’enfermer, mais aussi à la police ou à la mafia à qui il vend ses dons, John cumule les identités, se fabriquant sans cesse une nouvelle vie. Au risque de se perdre ? Si on regrette un récit parfois confus (logique, vu le bazar qui règne dans ce cerveau torturé) on salue un joli tour de passe-passe narratif, jonglant avec les flashbacks, le suspense et une plume qui n’est pas sans rappeler Fight Club – cette ironie, cette façon d’interpeller le lecteur… La sensibilité en plus. 320 p., 20 €. Julien Damien

STEWART O’NAN

Derniers feux sur Sunset

(L’Olivier)

En 1937, le Fitzgerald de Gatsby le Magnifique appartient au passé. Douze ans après la parution de son célèbre livre, l’écrivain rejoint Hollywood où il enchaîne les contrats comme scénariste, afin de subvenir aux besoins de sa fille et de son grand amour, Zelda, internée en hôpital psychiatrique. À travers lui, Stewart O’Nan peint une facette méconnue de la machine hollywoodienne, qui a déjà tout d’une industrie, avec ses productions souvent médiocres, son rythme trépidant et ses travailleurs de l’ombre. Derniers feux sur Sunset est aussi le portrait tout en finesse d’un homme à bout de souffle, envahi par la nostalgie. Le roman échappe au désespoir grâce à l’élégance du personnage, au regard détaché qu’il porte sur son entourage et sur lui-même. 396 p., 23 €. Madeleine Bourgois


STANISLAS PETROSKY

LESLIE JAMISON

Je m’appelle Requiem et je t’…

Examens d’empathie

(Lajouanie)

Estéban Lehydeux est un curé aux mœurs peu orthodoxes. Au vin de messe il préfère le whisky, au corps du Christ celui de la gent féminine. Et lorsqu’il traque le démon sur la toile, c’est logiquement sur les adeptes de snuff movie que s’abat son courroux. Je m’appelle requiem et je t’… s’essaie à la réincarnation de San Antonio. L’auteur surprend par sa gouaille et sa désinvolture. Il rivalise de calembours et de contrepèteries, se fait le chantre de l’argot. Il pousse la similitude avec Frédéric Dard en interpellant régulièrement le lecteur et renvoyant l’intrigue au second plan. Hélas cet hommage finit par lasser en usant trop de poncifs du genre. Petrosky devrait songer à brûler ses idoles. 192 p., 18 €. Thomas Lansoud-Soukate

(Pauvert)

Drôle d’entreprise que celle de l’Américaine Leslie Jamison. À partir de son expérience de «patiente actrice», chargée d’évaluer l’empathie d’étudiants en médecine, cette doctorante à Yale s’intéresse à notre façon de ressentir la douleur d’autrui, physique et psychique, fantasmée ou réelle. En découle ce recueil d’essais immersifs dans lequel on la suit à un rassemblement de malades des Morgellons, une pathologie non reconnue par le corps médical. On rallie aussi un « circuit touristique » sur les gangs de Los Angeles ou l’ultramarathon de Barkley. Le genre, inédit, oscille entre le reportage et le journal intime tandis que la plume, brillante sans être pompeuse, se place au service de textes très personnels, interrogeant les notions d’humanité et de vulnérabilité. 336 p., 22 €. Marine Durand

ZEROCALCARE Kobane Calling

(Cambourakis)

Zerocalcare, de son vrai nom Michele Reich, s’apprête à quitter son Italie natale pour la ville syrienne de Kobané. Ce qui l’effraie le plus avant d’y rejoindre une délégation humanitaire n’est pas la crainte d’y frôler Daech. Plutôt d’annoncer son départ à sa « môman » sans qu’elle lui passe un méchant savon. De son trait large et cartoonesque, en noir et blanc, Zerocalcare pousse le reportage de guerre dans une autre dimension : celle de l’humour. Le ton est souvent enfantin, toujours tendre et décalé, mais l’auteur n’élude pas les moments de tristesse ou de confusion sur le terrain. Comme il l’explique : « j’ai tenu à réaliser un vrai reportage, raconter ce que je voyais ou entendais et à le rapporter de la manière la plus honnête possible ». Pari gagné. 288 p., 24 €. Sonia Abassi


Sélection – Écrans 60

Divines Girl power Texte Marine Durand Photo Easy Tiger

Entre les paillettes et les polémiques, chaque festival de Cannes offre son lot de révélations. De l’édition 2016, on retiendra Divines, son casting d’inconnues enthousiasmant, son regard neuf sur la banlieue et le discours féministe de sa réalisatrice, Houda Benyamina, au moment de recevoir la Caméra d’or du palmarès.

Difficile en effet de passer à côté de son « t’as du clito », adressé au directeur de la Quinzaine des réalisateurs et repris par tous les sites d’infos. Tirée du film, la réplique est prononcée par Rebecca, régnant sur le deal de drogues dans une cité, à l’intention de Dounia, qui réclame sa place dans le circuit. Comme Bande de filles, sensation cannoise d’il y a deux ans, Divines se joue dans l’environnement supposément masculin de la banlieue mais place le curseur sur le quotidien et les aspirations, actuelles et naïves – « money, money, money ! » – de ses habitantes.


Mais la comparaison avec le longmétrage de Céline Sciamma s’arrête là. Point de dialogues lourdauds ici, ni de scènes préfabriquées. Du rire au drame Porté par les performances de ses actrices, toutes professionnelles, et par la relation unissant la charismatique Dounia (Oulaya Amamra) à sa meilleure amie, la douce Maimouna (Deborah Lukumuena), Divines s’apprécie comme un conte moderne loin du « docu-fiction » sur les quartiers. En l’occurrence, dans ce climat de violence latente, ce sont les femmes

qui tiennent le premier rôle. Houda Benyamina jongle entre les scènes d’action et la romance naissante entre Dounia et Djigui, un danseur contemporain troublant de sensualité dont elle espionne les répétitions. Les punchlines hilarantes laissent place à plus de noirceur tandis que le film glisse doucement vers le drame. Du cinéma à l’état pur.

De Houda Benyamina, avec Oulaya Amamra, Deborah Lukumuena, Jisca Kalvanda... Sortie le 31.08


L’enfer, c’est les autres Deux ans après avoir bouleversé la croisette avec Mommy, Xavier Dolan continue d’explorer les liens familiaux avec Juste la fin du monde, adapté de la pièce de feu Jean-Luc Lagarce. Un huis-clos où sentimentalisme et retour au bercail ne font pas bon ménage. Louis, dramaturge renommé, débarque dans sa province natale pour annoncer à ses proches que ses jours sont comptés. Problème, entre lui et l’exubérante tribu, cela n’a jamais été le grand amour. Propulsé homme de la maison à la mort de son père, il avait délibérément tourné le dos à sa famille en privilégiant sa carrière. Ces retrouvailles dans cette maison de campagne renferment donc leur lot de ressentiments et de non-dits. À coups de plans serrés, le réalisateur québécois attire toute l’attention du spectateur sur les visages crispés plutôt que les dialogues. La tension est palpable, les regards fuyants étouffent les blagues potaches… Louis, campé par un Gaspard Ulliel tout en réserve, va mourir et il le sait. Annoncer sa (nouvelle) disparition, lui qui n’a jamais été là pour les siens, le tue métaphoriquement. Le casting cinq étoiles offre une belle exposition à ce drame qui se joue à portes fermées. Mention spéciale à Nathalie Baye et Marion Cotillard, criantes de justesse. L’une, mère-poule et moulin à paroles croulant sous le maquillage, l’autre, belle-sœur soumise et dévouée incapable d’aligner deux phrases sans s’excuser. Des personnages touchants qui vous rappelleront – juste – vos plus houleux repas de famille. Mélissa Chevreuil De Xavier Dolan, avec Gaspard Ulliel, Vincent Cassel, Nathalie Baye, Marion Cotillard… Sortie le 21.09

© Shayne Laverdière - Sons of Manual

JUSTE LA FIN DU MONDE


Le Bateau ivre Un cargo vétuste, des marins étranges. Au milieu, Zico, fraîchement embarqué et plein d’illusions. Pour son premier long-métrage de fiction, Julien Samani se place sous la tutelle de Joseph Conrad. En adaptant Jeunesse, il explore une veine rare dans le cinéma français : l’aventure métaphysique. Empilés, les containers dessinent un labyrinthe bigarré d’où émergent Zico et son ami Yoyo. Le port du Havre en sera réduit à cette abstraction. D’emblée, ou presque, Julien Samani fait de l’aventure une expérience intérieure. Sans doute le jeune héros éprouve-t-il le désir de fuir une vie banale. Mais il y a assurément plus que cet opportunisme. On ne s’embarque par sur un cargo aussi défraîchi pour faire fortune… Au milieu des loups de mer incarnés par JeanFrançois Stévenin et Samir Guesmi, tous deux aussi comiques qu’inquiétants, il se confrontera à ses désirs et angoisses. Produit avec de modestes moyens par le mythique Paulo Branco, Jeunesse étonne – et séduit – d’abord par la manière dont il dépasse sa pauvreté en rivalisant d’invention. Notamment lors de la séquence de tempête où tout craque, vibre et tangue. Grâce à un jeu de lumières ingénieux, le cinéaste offre une matérialité singulière au navire battu par des flots maintenus hors-champ. Intestins gluants aussi bien que prison, le rafiot est un monstre. C’est ce que Samani filme le mieux. Si les personnages manquent parfois de profondeur, le récit finit par toucher. Car la jeunesse qui s’y découvre est de celles déjà perdues. Un souvenir, un rêve. Une dérive. Raphaël Nieuwjaer De Julien Samani, avec Kévin Azaïs, Samir Guesmi, Jean-François Stévenin… Sortie le 07.09

© Alfama Films & Leopardo Filmes 2016

JEUNESSE


Il était une fois le hip-hop Le Get Down désigne la manière dont Grandmaster Flash saisissait l’extrait d’une chanson pour le passer en boucle sur une platine. C’est aussi le nom de la dernière série de Netflix, qui narre l’émergence du hip-hop dans le South Bronx. Eté 1977. New-York fond sous une chaleur étouffante, Star Wars débarque dans les salles et le disco règne sur les ondes. Dans le Bronx, le jeune Ezekiel jongle entre ses amis, les peines de cœur et la poésie tandis que sa dulcinée se rêve en nouvelle Donna Summer. Plume prodige, il attire l’attention de Shaolin Fantastic, apprenti DJ qui se déplace au milieu des décombres comme un chat. Dans l’ombre de Grandmaster Flash, Afrika Bambaataa et Kool Herc, ils participeront à la création du hip-hop. Oscillant entre drame et comédie musicale façon West Side Story (version black et latino), fiction et images d’archive, la série la plus coûteuse de l’histoire de Netflix nous plonge dans le New-York délabré des seventies, mythique mais largement romancé. Redoutée, l’outrance visuelle et scénique de Baz Luhrmann (Moulin Rouge, Gatsby le magnifique) restitue finalement bien l’intensité de l’époque, tel un mix explosif de couleurs et de sons. La présence de Nas et de Grandmaster Flash himself au générique offre encore plus de crédibilité au projet. En sus des classiques disco signés Earth, Wind & Fire, entre autres, la BO tient ses promesses, enrichie d’inédits de Kamasi Washington, Nile Rodgers ou Michael Kiwanuka. Rien que ça. Pour les connaisseurs comme les néophytes, voilà une belle remise à flow. Sonia Abassi De Baz Luhrmann, avec Justice Smith, Shameik Moore, Herizen F. Guardiola… disponible sur Netflix

© David Lee / Netflix 2016

THE GET DOWN


Exposition – Décryptage 68

y g r e En La science des raves Propos recueillis par Julien Damien et Nicolas Pattou Photo Cory Arcangel, The AUDMCRS Underground Dance Music, 2011-2012, Courtesy Galerie Thaddaeus Ropac, Paris-Salzburg, Photo Philippe Servent


Interview Nav Haq, commissaire d’exposition

Une rave au musée ? Et pourquoi pas. Bien plus qu’une sousculture, ce mouvement reste le dernier grand courant à avoir traversé l’Europe, à la fin du siècle dernier. Il secoua d’abord l’Angleterre, puis la Belgique, l’Allemagne, avant de gagner le reste du continent. Le MuHKA d’Anvers accueille la première grande exposition consacrée au sujet. Son curateur, l’Anglais Nav Haq, retrace à travers Energy Flash une histoire singulière où il est question de musiques électroniques, bien sûr, mais aussi de liberté et de créativité. Quelle est l’histoire de ce mouvement ? Il est né au milieu des années 1980 dans l’Europe de l’Ouest, à une époque de désillusion sociale, économique et politique, surtout pour les jeunes confrontés à la récession et à la naissance du néo-libéralisme. Ce fut également une période de progrès technologique qui a démocratisé la conception de la musique. Tout cela favorisa la naissance des raves. En quoi était-ce inédit ? C’était un mouvement spontané et autonome, indépendant de l’État et des forces du marché. Il était donc considéré comme une menace. C’était un phénomène plus vaste et ouvert que le punk. Sur le plan artistique, cette vague de musique électronique rompant avec les codes du passé entraîna de grandes innovations. Il s’agit sans doute de la période la plus riche de l’histoire en terme de diversification musicale. Et du dernier grand mouvement « jeune ».

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Jef Cornelis, De Kleuren van de Geest, 1997, Courtesy of Argos, Copyright VRT

Ce courant reflète-t-il son époque, sur le plan culturel ou politique ? Oui. Il répond en quelque sorte au contexte socio-économique et politique de son temps. Ainsi, il a largement contribué à lutter contre les problèmes de ségrégation raciale et de lutte des classes en Angleterre. Les raves furent aussi importantes dans des endroits comme Berlin Est et l’Union Soviétique. Après les événements de 1989, elles jouèrent un rôle conséquent pour la jeunesse, entretenant l’espoir d’une nouvelle ère. Est-il légitime d’associer cette culture à la drogue ? Oui, les drogues et en particulier l’ecstasy, ont joué un grand rôle. Elles ont d’ailleurs suscité une certaine panique. La plupart des pilules européennes venaient du Limbourg en Belgique. La musique électronique et l’ecstasy forment un mélange extrêmement puissant, favorisant le « réarrangement des sens » – l’ouïe et la vue – et provoquent une envie de s’abandonner, « IL S’AGIT DU de perdre le contrôle…

DERNIER GRAND MOUVEMENT «JEUNE» »

Le mouvement est-il mort ? Quel est son héritage? Autonomes à l’origine, les raves sont progressivement devenues des entreprises sous licence ou des festivals. Finalement, ce mouvement est mort. Nous verrons bien quel sera le prochain. En attendant, la musique électronique reste une grande source d’innovation. Ce courant a offert une belle alternative à l’offensive néolibérale, ce dont nous avons cruellement besoin à l’heure actuelle…


Pourquoi monter une exposition sur ce sujet ? Parce que l’histoire n’a pas été assez bien racontée, et que toute une génération d’artistes est née de cette scène. Quels thèmes privilégiez-vous ? Les libertés civiles, le contrôle, le désir et la jeunesse. Cette exposition s’appréhende comme une expérience car il n’y en a jamais eu de semblable. Elle ne ressemble à rien de ce que vous avez l’habitude de voir dans un musée, elle cherche à capturer l’énergie des raves.

« CETTE EXPOSITION CHERCHE À CAPTURER L’ÉNERGIE DES RAVES »

Quels types d’œuvres y voit-on ? Nous avons rassemblé les pièces de 20 créateurs contemporains comme Mark Leckey, Jeremy Deller, Rineke Dijkstra et Daniel Pflumm. Il y a des vidéos, des photographies, des installations, et aussi des documentaires télé, des expériences vidéo musicales, des flyers et de nombreux objets historiques issus d’endroits où d’importantes raves ont eu lieu.

Plus concrètement ? Certains des objets exposés sont très rares, telles des pièces de The KLF ou un bout de dancefloor de l’Haçienda, club mythique de Manchester. Nous présentons aussi un film 8 mm de Wolfgang Flür, membre de Kraftwerk période classique, qu’il a réalisé lors de leur première tournée américaine. Il n’a jamais été rendu public, c’est un vrai morceau d’histoire. Tout comme la documentation sur la première rave organisée à Moscou, en 1991– la Gagarin Party. Henrik Plenge Jakobsen, Everything is Wrong, 1996, Installation view Manifesta 1, Witte de With, Rotterdam

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Matt Stokes, MASS, exhibition view, De Hallen, Haarlem, 2011 © Photo Gert van Rooij

Quels sont les écueils à éviter quand on monte ce genre d’exposition ? Il faut dépasser le seul courant musical en envisageant sa dimension socioculturelle. D’ailleurs, les salles des musées jouissent généralement d’une piètre acoustique. Mais heureusement, je ne souhaitais pas simuler une rave ici ! Nous avons toutefois dû nous attaquer à la sono en consultant un ingénieur du son. Pourquoi avoir choisi le morceau de Joey Beltram pour titrer cette expo ? D’abord parce qu’il fut publié par le label R&S Records à Gand, on le considère comme un disque belge bien que Beltram soit américain. Ensuite, il s’agit du morceau qui a eu le plus d’influence dans l’histoire de la musique électronique. Et surtout, il résume parfaitement le phénomène rave. Quels sont vos artistes ou titres favoris de cette période ? Il y en a tellement ! J’adore Beltram et le son New Beat. J’ai aussi beaucoup écouté de musique hardcore et de techno anglaise. Sans oublier les productions de Cologne ou de Berlin… A Guy Called ANVERS – Jusqu’au 25.09, Gerald est une légende tout comme LFO. Bref, MuHKA, mar, mer, ven & dim : 11 h > 18 h, jeu : 11 h >  21 h, je pourrais vous faire une playlist qui prendrait 10 / 5 / 3 / 1€ / gratuit (-13 ans), des semaines ! www.muhka.be


Acte de renaissance « Etre né quelque part, pour celui qui est né, c’est toujours un hasard », dit la chanson. Mais c’est aussi une lutte, lorsqu’on est confronté à la montée des eaux ou la déforestation, comme nous le montre l’exposition-spectacle Nés quelque part, à la Condition Publique. Ce n’est ni une exposition… ni tout à fait un spectacle. « On tâtonne dans la terminologie », reconnaît Cécile Delalande, directrice artistique de Nés quelque part, cet objet culturel hybride. Des comédiens, des histoires, un décor, comme au théâtre et un parcours thématique, comme au musée. Nés quelque part découle de la collaboration entre l’Agence française de développement et Ars Anima, association experte de ce type de projets immersifs. Ici le spectateur est plongé dans le quotidien d’un habitant du Cambodge, de Colombie… Qu’entendon par développement ? Quels sont les besoins vitaux pour lesquels tant d’êtres humains sur la planète se battent ? À partir de ces questions, on accompagne ainsi Bililikiss, jeune Nigériane qui, après des études aux États-Unis, revient dans son pays créer une entreprise de recyclage. Ou bien Méhiata, éleveuse de tortues confrontée à la montée des eaux en Polynésie française… À chaque personnage son combat, son monde dans lequel on est projetés. Avec un objectif : nous sensibiliser à ces défis tout en mettant en valeur les initiatives positives. Le public est d’autant plus impliqué. Preuve en est : à Lyon d’où elle revient, l’expérience a été prolongée de deux semaines. Madeleine Bourgois ROUBAIX – 16.09 > 30.10, La Condition Publique, mer > dim : 13 h 40, 15 h 20 et 17 h, 20 / 6 €, réservation obligatoire (ne convient pas aux enfants de moins de 10 ans), www.laconditionpublique.com

© Kéa Nop pour l’Agence française de développement

Sélection – Exposition 74

NÉS QUELQUE PART


Sélection – Exposition 76

VILLENEUVE D’ASCQ – Jusqu’au 08.01.2017, LaM, mar > dim : 10 h > 18 h, 10 / 7 €, gratuit (-12 ans), www.musee-lam.fr

Jean-Dubuffet, Le-Petit-Jardinier, 1955 (# 1961) © Fondation Dubuffet, Adagp, Paris 2016

Dubuffet

Jean des villes, Jean des champs Treize peintures et sculptures (réalisées entre 1919 et 1982) dévoilent ici le rapport de Dubuffet à la cité et à la campagne. Un lien évidemment fort, puisque l’artiste fut aussi marchand de vin – vendant le fruit de la terre à ces messieurs de la ville… Cependant, on ne trouve guère de critique frontale du monde urbain ou de la modernité (chose fréquente durant l’entre-deux-guerres, par exemple). Au contraire, au sortir de la Seconde Guerre mondiale, le dépositaire du terme « art brut » dépeint ses personnages avec une tendresse amusée – il faut les voir, ahuris, enfantins, comme étrangers au monde qui les entoure. Revigorant ! T.A.


Sélection – Exposition 78

Jean Martin

de l’atelier à la scène Centré sur une période courte mais riche – de 1933, date de sa première exposition, à l’après-guerre – ce parcours en sept sections permet de (re)découvrir Jean Martin (1911-1996), peintre lyonnais autodidacte et idéaliste. Issu de la classe ouvrière, Martin s’essaie, dans le sillage du Front Populaire, à l’art social et rejoint le groupe Forces Nouvelles. Marqué par l’expressionnisme septentrional, ses œuvres figurent des anonymes dégingandés aux couleurs vives et chaudes. Après la guerre et un détour par l’édition, on le retrouve dans les coulisses du théâtre, confectionnant des décors pour Louis Jouvet (entre autres) et se penchant sur la tradition picturale médiévale. T.A.

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1. Jean Martin, La Blessure au côté, 1940, Huile sur toile, 92 x 73cm © Collection particulière, Photographie : Photo-France / Patrick Chevrolat 2. Jean Martin, Maquette de costume pour le Héraut de Bretagne dans La Longue chasse du Roi Louis, 1970, Gouache et encre sur papier, 31,7 x 23,8 cm © Don de Janine Martin, fille de l’artiste en 2013, Photographie : Alain Leprince

ROUBAIX – Jusqu’au 09.10, musée La Piscine, mar > jeu : 11 h > 18 h, ven : 11 h > 20 h, we : 13 h > 18 h, 9 / 6 €,www.roubaix-lapiscine.com

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Exposition – Portrait 80

FRANÇOIS DELAROZIÈRE Au cœur de la machine Texte Julien Damien Photo Emmanuel Bourgeau / Stephan Muntaner

François Delarozière, ou une autre idée du théâtre de rue. Monumentale, l’idée. Le fondateur de la compagnie La Machine insuffle de la vie à des monstres d’acier et de bois hauts comme des immeubles. Manipulés telles des marionnettes, ils transforment nos villes en décors de contes fantastiques. Les Calaisiens garderont ainsi longtemps en mémoire les joutes de Long-Ma et Kumo. L’exposition Extraordinaires machines prolonge la magie en nous immergeant dans cet imaginaire peuplé de géniaux automates et de grosses bestioles. Portrait d’un homme qui rêve en (très) grand.

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ne paire de ciseaux branchée sur une batterie fait résonner un lancinant cliquetis, tandis qu’une roue de guitares joue une étrange mélodie en tournant toute seule… Voilà la drôle de « symphonie mécanique » qui saisit d’emblée le visiteur. Dans la salle voisine, une immense serre volante laisse présager de féériques « expéditions végétales » – dans le pur style de Miyazaki. Plus loin, les desserts servis par des lustres automatiques augurent un « dîner des petites mécaniques » assez déjanté… Que ce soit dans leur ingéniosité, leur poésie ou les aventures qu’ils supposent, il y a quelque-chose de Jules Verne ou de Léonard de Vinci qui transpire de ces objets. Exposés au musée des BeauxArts de Calais, ceux-ci sont l’œuvre de la compagnie La Machine, fondée en 1999 par François Delarozière. Connu à travers le monde pour ses spectacles mettant en scène un dantesque bestiaire, l’homme est un peu comme chez lui dans la cité de la dentelle. C’est en effet ici, en 1994, lors de l’inauguration du tunnel sous la Manche, qu’on a pu le découvrir aux commandes du « Géant tombé du ciel », sa première œuvre démesurée, à l’époque où il officiait pour la compagnie Royal de Luxe.

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Miroko Maroko, 2015


L’atelier


L’esprit du cheval dragon


« Ça a été le déclic, dit-il. C’est à ce moment-là que j’ai inventé mon langage ». Celui-ci s’articule essentiellement autour du mouvement. « Il est l’expression de la vie, c’est un moyen de fabriquer de l’émotion ». Dès lors, il n’a cessé de se jouer des échelles et de se lancer des défis. Un éléphant de 50 tonnes, un Carrousel des mondes marins de 22 mètres de diamètre (à Nantes)… De fait, c’est au cœur de la ville, « le plus grand théâtre du monde », que toutes ses créatures se sentent le plus à l’aise. Ceux qui ont assisté en juin au combat de titans opposant Long Ma, le cheval dragon de 12 mètres, à Kumo, l’araignée de 38 tonnes, savent de quoi on parle…

À visiter www.lamachine.fr

Retrouvez l’interview de François Delarozière sur www.lm-magazine.com

TRAVAIL COLLECTIF

Fils d’une musicienne et d’un bricoleur de génie, ce minot des quartiers Nord de Marseille a d’abord suivi des études agricoles avant de se former aux beaux-arts de la cité phocéenne. Celui qui imagine ses projets lors de « rêves éveillés » revendique avant tout une démarche collective. Dans son atelier basé à Nantes où travaillent sculpteurs, électriciens, peintres…, il fonctionne comme un chef d’orchestre. « Je commence par gribouiller des petits croquis, me documente beaucoup et utilise toutes ces données pour réaliser un premier dessin. Ensuite, l’équipe s’en saisit pour le transcender » insiste ce Géo Trouvetou qui, à bien y regarder, lorgne aussi du côté du Dr Frankenstein. « Ma plus grande influence reste la nature, animale ou végétale, les paysages, confiet-il. D’ailleurs, nous considérons nos machines comme des architectures vivantes. Elles sont une sorte de nouvel ordre biologique. Le châssis est un squelette auquel on va ajouter toute une tuyauterie, qui sont les veines transportant l’air, l’électricité et l’eau. Le moteur devient le cœur et le bois, la peau… ». La compagnie planche désormais sur la construction, à Nantes, de « l’Arbre aux hérons », soit une cité mécanique dans le EXTRAORDINAIRES MACHINES CALAIS – Jusqu’au 27.11, ciel située… à 35 mètres au-dessus du sol. Musée des Beaux-Arts, Perché, on vous dit ! mar > dim : 13 h > 18 h, 4 / 3 €, Le Dîner des petites mécaniques, Set de table, 2010, conception A. Jeanjean d’après un dessin de F. Delarozière © Fred Collier / Ville de Calais

gratuit (-5 ans), www.calais.fr


Sélection – Exposition 86

Design September La formule est bien connue : durant un mois, Bruxelles donne à voir le design sous toutes ses formes. Une série d’expositions, de conférences, des visites d’ateliers d’artistes révèlent les dernières tendances de cette discipline visant l’harmonie entre le beau et l’utile. Cette édition met à l’honneur les courants tchèques, slovaques et polonais tout en gardant un œil sur les créateurs les plus prometteurs. Parmi la centaine d’événements programmés, Belgium is Design réunit ainsi six jeunes pousses (déjà surnommées les « New Belgians ») dessinant en creux un portrait du nouveau design made in plat pays. Leur approche est à la fois drôle et poétique, à l’image des petites céramiques ou porcelaines de Frédérique Ficheroulle. Pierre-Emmanuel Vandeputte bouleverse quant à lui nos habitudes en imaginant des objets aux fonctionnalités nouvelles : une alcôve pour se cacher du regard des autres, une horloge qui voit plus loin en comptant les jours et les mois. Oui, la relève est assurée. J.D.

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1. Nascondino, P.-E. Vandeputte © Miko/Miko Studio 2. Lili, Frédérique Ficheroulle © B. Vanden Eynde 3. Design @ Galleries : Fetiches © Bovy Bemberg / HD Donders Gallery

BRUXELLES – 08 > 30.09, divers lieux, programme complet : designseptember.be

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Antoine Rulmont, Bois du Cazier, Marcinelle 1956 © DR

Sélection – Exposition 88

Bois du Cazier. Marcinelle, 1956 C’était en 1956. Autant dire hier. 262 mineurs perdaient la vie dans l’incendie du Bois du Cazier. La catastrophe alerte l’opinion sur les conditions de vie des ouvriers. Cet accrochage nous replonge dans la tragédie à travers les clichés de huit photojournalistes. On ressent l’émoi des familles, la douleur de l’attente, la foule – proches, sauveteurs, notables – sans jamais sombrer dans le pathos ou l’indécence. Triste anniversaire oblige, ces images relèvent du devoir du mémoire. Mais aussi de la leçon de journalisme, à l’heure où certains médias (même Le Monde…) n’hésitent plus à afficher des cadavres en Une. T.A.

Des figurations. Acte 1 La peinture figurative, ou l’art de peindre en s’appuyant sur les objets (et les figures) du réel. Prenons par exemple les personnages tragicomiques de Goran Djurovic, qui parlent à des écrans vides ou s’isolent au milieu d’une foule, évoquant la difficulté de vivre ensemble. Ou encore les masques caricaturaux mais terriblement expressifs de François Jacob, les êtres effacés de Julien Spianti… Un troublant reflet de notre époque à découvrir lors de trois expos, jusqu’en janvier. J.D. LA LOUVIÈRE – 17.09  >  06.11, Musée Ianchelevici, mar  >  ven : 11 h > 17 h, sam & dim : 14 h > 18 h, 3 > 1,25 € / gratuit (-12 ans), www.ianchelevici.be

Julien Spianti, Restless, 2014, huile sur toile, 146 x 97 cm

CHARLEROI – Jusqu’au 04.12, Musée de la Photographie, mar > dim : 10 h > 18 h, 7 > 4 €, grat. (-12 ans), museephoto.be


Sélection – Exposition 90

ÉTIENNE DAVODEAU CHRONIQUES DE LA VRAIE VIE Le style d’Étienne Davodeau est marqué par cette quête du « vrai ». Qu’ils se présentent sous forme de reportages, documentaires ou fictions, ses récits s’ancrent toujours dans la réalité. Ses personnages sont des gens « ordinaires », en prise directe avec notre société, le monde du travail… Ils racontent notre époque, sous le prisme de l’humanisme, comme en témoignent ces planches issues de la trentaine d’albums qu’il a signée. BRUXELLES – jusqu’au 27.11, CBBD, tlj : 10 h > 18 h, 10 > 3,50 €, www.cbbd.be

Immigrants © Etienne Davodeau, 2010

ANNE VALÉRIE HASH – DÉCRAYONNER Labellisés « Haute couture », les vêtements d’Anne Valérie Hash passent pour la première fois des podiums au musée. Loin d’être un simple retour sur 13 ans de carrière, ce parcours dévoile un processus de création unique, au plus près de la matière. Virtuoses et mystérieuses, 88 pièces, mélange de jersey de soie et de laine sèche, de dentelle et de coton, s’égrènent au fil de 13 « boîtes » thématiques, sans vitres pour rapprocher le public des étoffes. CALAIS – jusqu’au 13.11, Cité de la dentelle et de la mode, tlj sf mar : 10 h > 18 h, 7>3 € / gratuit (-5 ans), www.cite-dentelle.fr

WEEGEE BY WEEGEE Figure légendaire du photojournalisme, Usher Fellig (1899-1968), alias « Weegee », a passé une partie de sa vie à sillonner la nuit new-yorkaise, la radio de sa Chevrolet branchée sur les fréquences de la police, immortalisant les crimes, faits divers, bars ou boîtes de strip-tease… Drôles ou choquantes, ces images en noir et blanc révèlent l’envers du « rêve américain ». Elles dressent un portrait universel de la métropole moderne. CHARLEROI – jusqu’au 04.12, Musée de la Photographie, mar > dim : 10 h > 18 h, 7>  4 €, gratuit (-12 ans), www.museephoto.be

MY BODY IS A CAGE Le corps humain ? Un thème qui préoccupe les artistes depuis la nuit des temps. Un sujet éculé ? Pas tant que ça… Empruntant son titre à un morceau d’Arcade Fire, et des peintures, sculptures ou photos au [mac] de Marseille, cet accrochage démontre que notre enveloppe charnelle nous protège comme elle nous emprisonne. À l’image du visage, cachant ou trahissant nos sentiments, tel que nous le montrent les masques de Dieter Appelt et d’Arnulf Rainer. GRAND-HORNU – jusqu’au 25.09, MAC’s, mar > dim : 10 h > 18 h, 8 > 1,25 € / gratuit (-6 ans), www.mac-s.be


Sélection – Exposition 92

Elsa D. et son coffret de Unes du journal L’Équipe © Musée du Louvre-Lens, DR

RC LOUVRE. MÉMOIRES SANG & OR Lens, son musée, ses terrils… et son club de foot, pardi ! Quand deux grandes institutions locales se rencontrent cela donne… le RC Louvre. Dans la continuité de l’Euro 2016, le Louvre-Lens propose un éclairage inédit sur les « Sang et Or ». Un patrimoine revisité à travers des objets rares (tel le classeur d’entraînement de Daniel Leclercq !) et des témoignages de ses supporters ou d’anciennes gloires (Tony Vairelles ou les frères Lech). LENS – Jusqu’au 07.11, Louvre, tlj sf mar : 10 h > 18 h, gratuit, www.louvrelens.fr

OPEN MUSEUM # 3 : ZEP

FOOT FORAINE

Initié en 2014, l’Open Museum renouvelle la visite muséale en proposant à des artistes de s’emparer des œuvres du Palais des beaux-arts de Lille. Après Air et Donald (Duck, pas l’autre), c’est le bédéaste suisse Zep qui se prête à l’exercice. À travers une série de dessins inédits, accrochés sur les murs ou projetés sur les toiles ou sculptures, le papa de Titeuf offre une lecture drôle, impertinente et instructive de l’histoire de l’art. Pô pour les pôv’ naz !

La Gare Saint Sauveur décale notre regard sur le ballon rond. Dans une scénographie restituant l’ambiance d’une fête foraine vintage se côtoient les œuvres d’artistes contemporains, mais aussi des jeux, des tournois fantaisistes, des projections… On peut ainsi mouiller le maillot sur un terrain « triolectique », en forme d’hexagone où s’affrontent trois équipes ! Ou grimper sur des manèges de collection datant de plus d’un siècle.

LILLE – jusqu’au 31.10, Palais des beaux-arts, lun : 14 h > 18 h, mer > dim : 10 h > 18 h, 7 / 4 € (dès 16 h 30 en semaine) / gratuit (-18 ans), pba-lille.fr

LILLE – jusqu’au 06.11, Gare Saint Sauveur, mer > dim : 12 h > 19 h, gratuit (manèges : 2 €), www.lille3000.eu

DE STARGATE AUX COMICS LES DIEUX ÉGYPTIENS DANS LA CULTURE GEEK (1975-2015) L’influence de l’Égypte antique et de ses dieux sur la culture populaire ne se dément pas, du cinéma (Stargate, Le Retour de la momie) aux comics (Thor, Batman). En partie financée grâce à une campagne de crowdfunding, cette exposition confronte aux mythes ancestraux des planches de BD, des costumes ou objets issus de célèbres films et provenant de collections privées de fans (tel ce casque de Jaffa !). MORLANWELZ – jusqu’au 20.11, Musée royal de Mariemont, tlj sauf lun : 10 h > 18 h, 5 > 1,25 € / gratuit (-12 ans), www.musee-mariemont.be


Théâtre & danse – Événement 94

La Rose des Vents, 1976 © Archives Municipales de Villeneuve d’Ascq, Fonds EPALE, 1974, Paul Walet

La Rose des Vents, 2016 © S. Hubin VDN

LA ROSE DES VENTS Belle épine Texte Julien Damien

La Rose des Vents célèbre ses 40 ans. En 1 450 spectacles, à raison de 130 représentations par an, cette Scène nationale s’est imposée comme un fer de lance en terme de création, en danse ou en théâtre. Tout ne fut pas si facile. Il lui a fallu résister, se réinventer... pour finalement trouver son identité, qu’elle doit beaucoup aux Belges.


Preparatio Mortis, création de Jan Fabre, festival NEXT (2010), © Pascal Gély

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et intrigant cube de béton fut l’un des premiers bâtiments à pousser dans ce qu’on appelait « la ville nouvelle », à l’époque au milieu d’un champ de spectacles joués en 40 ans betteraves – aux quatre vents, donc. Villeneuve d’Ascq est effectivement née de la fusion de trois villages : Ascq, Annapes et Flers. « Les élus voulaient un lieu d’animation, explique Didier Thibaut, directeur depuis 1988. Parallèlement, le centre dramatique de TourLa Rose des vents coing cherchait une salle de répétition. La Rose s’est devient Scène nationale construite autour de cette double idée… ». Les débuts furent toutefois laborieux. Malgré ceux qui s’offusquent de faire du théâtre à côté des vaches, le lieu est inauguré en octobre 1976. Le premier spectacle ? La Double inconstance, de Marivaux. Et d’inconstance, il sera beaucoup question… « L’État était hésitant, la région dans l’attentisme, c’étaient les débuts de l’aventure culturelle régionale. Il a fallu se battre jusqu’en 1982 ». À ce moment-là, la Rose devient centre d’action culturelle (avant de devenir Scène nationale en 1991) et ses ressources se stabilisent. Reste l’essentiel : lui trouver une identité artistique. Ça, ce sera l’affaire de Didier Thibaut. ☞

1450 1991


Nicht Schlafen d’Alain Platel, création 2016 © Chris Van der Burght

ENTRONS DANS LA DANSE

Nous sommes au mitan des années 1990. Notre homme commence à s’ennuyer devant le théâtre contemporain français, qu’il juge trop « académique ». Il souhaite redonner « corps, au sens littéral du terme, à ce que l’on présente sur le plateau ». Il y injecte de la danse. Cette « bouffée d’air », il la trouve de l’autre côté de la frontière, auprès des Flamands et leur jeu « extrêmement engagé, physique ». La Rose a cette particularité d’être plus proche de Bruxelles que de Paris – « on est à côté de ce que j’appelle le triangle d’or de la création européenne ». Voilà comment surgissent Alain Platel, Wim Vandekeybus, Jan Fabre… « Cette explosion artistique extraordinaire en Flandres fut une chance pour cette maison, et explique ce qu’elle est devenue. Ces créateurs hors-norme nous ont ouvert au reste du monde ». Une « recherche de formes nouvelles, mêlant les disciplines », dont le festival Next demeure un étendard. Le cap ? « Montrer des spectacles improbables à un public tout aussi improbable ». Voilà qui ne manque pas de piquant.

À visiter

Le blog des 40 ans : 40ans.larose.fr Retrouvez l’interview de Didier Thibaut sur www.lm-magazine.com

➤ LA ROSE DES VENTS Bd Van Gogh, Villeneuve d’Ascq, mar > ven : 13 h > 18 h 30, un spectacle : 21 > 5 € (scolaires : 4 €), pass : 140 € (20 spectacles) > 36 € (3 spectacles, 30 € pour -30 ans), +33 (0)3 20 61 96 96, www.larose.fr ➤ SÉLECTION In Spite of Wishing and Wanting, Wim Vandekeybus (29 & 30.09) // Iphigénie en Tauride, JeanPierre Vincent (05 > 09.10) // Réparer les vivants, Emmanuel Noblet (11 > 21.10) // Boussole, Emmanuel Noblet (16.10) // Nicht Schlafen / Projet Mahler, Alain Platel, Les Ballets C de la B (17 > 19.11) // Vive l’armée !, Superamas (18 & 19.11) // Alors que j’attendais, Mohammad Al Attar, Omar Abusaada (24 > 26.11) // NO51 My Wife got Angry and Deleted…, Teater NO99 (28 & 29.11)…


Interview

WIM VANDEKEYBUS chorégraphe & metteur en scène

Les ailes du désir Propos recueillis par Julien Damien & Sonia Abassi Photo Danny Willems

Avec la création d’In Spite of Wishing and Wanting (littéralement : « malgré le désir et la volonté »), Wim Vandekeybus a renversé la table en 1999. En s’appuyant sur un nouveau langage scénique, mêlant théâtre, danse et vidéo, cette œuvre a bouleversé les spectateurs. Elle se penche sur le désir qui ronge un monde peuplé d’hommes. Sur scène, les comédiens galopent tels des animaux sauvages accompagnés par une musique signée David Byrne (Talking Heads). La pièce est aussi soutenue par un film, The Last Words, inspiré de nouvelles de Julio Cortázar. Celui-ci raconte les étranges magouilles d’un vendeur de mots et d’un tyran. Wim Vandekeybus ressuscite aujourd’hui son spectacle culte. Entretien avec un chorégraphe passionnant, éminent représentant de cette « vague flamande » née dans les années 1990.


Quelle fut votre jeunesse ? Je suis né dans une famille de six enfants, mon père était vétérinaire et ma mère femme au foyer. Nous tenions une ferme où vivaient toutes sortes d’animaux. J’ai vécu une enfance pleine d’aventure où je suivais mon père dans son travail. J’en ai vu des vertes et des pas mûres. C’est-à-dire ? Mon père m’emmenait par exemple en pleine nuit avec lui pour aider la truie à mettre bas ses porcelets, ce que j’exécutais facilement vu que j’avais de plus petites mains. Comment êtes-vous devenu artiste ? J’ai étudié la photographie et la psychologie. J’ai aussi fait du théâtre

puis auditionné pour Jan Fabre qui m’a donné le rôle du roi nu dans The Power of Theatrical Madness. J’ai ensuite monté ma propre compagnie, Ultima Vez, pour créer What The Body Does Not Remember. Je n’ai jamais suivi de cours de théâtre ni de danse… Mais c’est peut-être grâce à cela que nous avons bousculé cette discipline et surpris le public avec un format novateur, en tout cas à l’époque. Comment décririez-vous In Spite of Wishing and Wanting ? Quel est son sujet ? Le désir. Humain, masculin. Pas nécessairement pour la gent féminine mais en général, cette volonté de tout posséder. Le désir est fugace, mais nous en jouons en nous volant


« JE N’AI JAMAIS SUIVI DE COURS DE THÉÂTRE NI DE DANSE »

les uns les autres. La question est de savoir comment transposer cela sur scène ou dans un film. Celui qui accompagne le spectacle montre un vendeur de mots, il monnaye un bien commun, immatériel. Justement, à quoi ressemble ce film que vous avez aussi réalisé ? Il est très surréaliste, comme chez Fellini où onirisme et réalité se confondent. Il est comme un rêve que partageraient les 11 comédiens sur scène. Leurs plus profondes

envies se manifestent durant leur sommeil. Ils dansent endormis, ainsi leurs corps expriment leurs désirs intérieurs. Que voit-on sur scène ? Une abondance d’énergie et de fantaisie au sein d’un groupe de performers masculins qui sont tour à tour des chevaux, des dormeurs, des parleurs sans mots, des amis, des combattants, des rêveurs. Pourquoi n’y a-t-il que des hommes dans ce spectacle ? Je ne voulais pas que le désir se limite à celui des hommes vis-à-vis des femmes, je souhaitais plutôt un groupe homogène au sein duquel nous pourrions évoquer un monde secret, intérieur, que nous partageons.


Quelle est la place de cette pièce dans votre parcours ? Elle est centrale parce qu’un film a été réalisé et utilisé intégralement pour l’occasion, parce que David Byrne a composé la musique. C’est aussi devenu une pièce de référence dans la recherche sur le mouvement. Pourquoi revisiter ce spectacle créé en 1999 ? Quelles modifications lui apportez-vous ? Après What The Body Does Not Remember nous voulions réaliser une autre reprise et notre choix s’est porté sur cette œuvre. Je voulais la rafraîchir mais nous l’avons quasiment gardée en l’état ! Il faut dire qu’elle avait été jouée 121 fois dans sa première version, et qu’elle était bien construite. Nous sommes heureux de voir qu’elle n’a pas pris une ride. Plus généralement, comment décririez-vous votre travail ? Je dirais qu’il s’agit d’un travail poétique, teinté de surréalisme, d’extravagance et d’une fantaisie propre à l’enfance.

Que représente La Rose des Vents pour vous ? C’est un endroit magnifique où on me soutient depuis le début. J’aime toujours autant m’y produire. C’est une salle vivante avec de vraies personnalités, pas une simple institution. Quels sont vos projets ? Une nouvelle pièce qui sera prête en avril 2017 et dont le titre est Mockumentary of a Contemporary Saviour en coproduction avec l’IRCAM*, donc attendez-vous à beaucoup de musique ! Je travaille aussi sur un livre de photographies qui sortira en octobre et regroupera les phases clés de mon parcours. *L ’Institut de recherche et coordination acoustique / musique.

IN SPITE OF WISHING AND WANTING VILLENEUVE D’ASCQ – 29 & 30.09, La Rose des Vents, jeu : 19 h, ven : 21 h, 21 > 6 €, www.larose.fr COURTRAI – 23.09, Schouwburg, 20 h 15, 28 > 15 €, schouwburgkortrijk.be // AMIENS – 13.12, Maison de la Culture, 20 h 30, 29 > 13 €, www.maisondelaculture-amiens.com


Tout l’univers Cette artiste suisse établie à Bruxelles manie l’art de la parole à toute berzingue. Seule en scène, elle se pose mille questions en suivant le flot fourmillant de sa pensée, imagine des voyages dans le temps ou ce qui se cache au fond des océans. Accrochez-vous ! Lorsque Pamina ouvre la bouche, on l’écoute. « Je parle vite et de beaucoup de choses », assure celle qui embrasse avec verve (et clarté) de vastes sujets. Son champ d’investigation cosmique est traversé d’éclairs comiques. Ses spectacles se déploient tels des feux d’artifice oratoires et jubilatoires. L’artiste flirte avec le stand-up dans la forme et l’essai parlé sur le fond. Elle disserte de tout – de Lampedusa à Titanic – nous balade d’hypothèses en digressions pour livrer ses réflexions consistantes sur notre condition humaine. C’est à la Haute école d’art et de design de Genève, cursus « Art Action », qu’elle a pris goût à la performance. Aussitôt diplômée, elle monte la pièce Si j’apprends à pêcher, je mangerai toute ma vie, soliloque existentiel sur un bout de banquise où elle passe du coq à l’âne, de la vie des saumons à celle de Sarah Palin, s’interrogeant au passage sur la différence fondamentale entre l’Europe et les USA. Depuis 2014, Pamina s’attelle au projet titanesque Fire of Emotions, composé pour l’instant de deux volets. Le premier, Genesis, explore le thème du voyage dans le temps. Le second, The Abyss, sonde les profondeurs des océans, nos peurs, et le délicat thème de la migration. Tout FIRE OF EMOTIONS / GENESIS : BRUXELLES – 29.09 > 08.10, un programme ! Marie Pons Atelier 210, 20 h 30, 16 > 8 €, www.atelier210.be

© Flavie Leleu

Sélection – Théâtre & danse 102

PAMINA DE COULON


La vie, la vraie Tenanciers d’un « théâtre nomade de proximité », Les fous à réAction adaptent Regarde les lumières mon amour, d’Annie Ernaux. Soit le récit de ses escapades dans un hypermarché, ce « grand rendez-vous humain » contemporain. Déjà un spectacle en soi. Durant un an, Annie Ernaux a tenu un curieux journal. Celui de ses visites à l’hypermarché Auchan de Cergy (Val d’Oise). L’écrivain note à quel point on se dévoile en déballant ses achats sur un tapis roulant. Elle observe comment on alimente le désir dans les rayons, s’insurge contre la dictature des automates… Cette approche documentaire, enrichie de son expérience « sensible » de cliente servira un texte : Regarde les lumières mon amour (2014). Ce portrait atypique de notre société ne pouvait que séduire Les fous à réAction [associés]. La compagnie armentiéroise née dans les années 1980 place en effet « la proximité » au cœur de ses projets. Tant sur le plan des sujets que de la mise en scène. Elle convie ainsi régulièrement les spectateurs à participer à ses créations, jusqu’à s’inviter chez eux ! En cela, ce roman en prise directe avec le réel était idéal. Sur le plateau, une comédienne seule restitue les mots de l’auteur dans un décor épuré « qui suggère plus qu’il montre », selon Vincent Dhelin et Olivier Menu, les responsables artistiques. Surtout, des témoignages vidéo de ARMENTIÈRES – 30.09 > 01.10, quidams livrant leurs anecdotes de grandes Le Vivat, ven : 20 h, sam : 18 h, surfaces sont intégrés au spectacle. « Ils seront 14 / 7 €, www.levivat.net recueillis auprès des habitants de chaque ville LES BELLES SORTIES – 08.10, Englos // 22.10, Marquette-lez-Lille // où nous jouerons ». Après cela, vous ne ferez 05.11, Gruson // 03.12, Lys-lez-Lannoy // 09.12, Péronne-en-Mélantois… plus vos courses comme avant. Julien Damien

© Jeanne Roualet

REGARDE LES LUMIÈRES MON AMOUR


Auprès de Brassens Alexis HK rend un hommage drôle et vivant à Georges Brassens, qui lui a donné le goût de la chanson, à travers un spectacle où se mêlent musique et stand-up. Il établit une conversation imaginaire avec un vieil oncle moustachu et libertaire… Gare au poète ! Ne pas croire qu’Alexis HK veut faire des reprises sa spécialité. Son spectacle Georges et moi est avant tout une rencontre avec un artiste souvent revendiqué, mais rarement mis en lumière de cette façon. À travers cette « sorte de dialogue fantasmé », le chanteur d’aujourd’hui explique à celui d’avant-hier comment le monde a changé, sans nostalgie, mais avec humour. Il lui parle des femmes, des cons… « La différence profonde, c’est que les chansons de Brassens se passent dans un village, alors qu’aujourd’hui les artistes s’inscrivent dans un univers mondialisé, estime Alexis HK. Et puis il y a la question de la liberté de parole. Désormais, tout le monde peut s’exprimer ». Pour le meilleur et le pire… Dans Georges et moi, il reprend avec deux musiciens des titres de Brassens « choisis pour leur irrévérence ». Pour dialoguer avec l’impertinent, des séquences parlées rythment le spectacle. Alexis HK a suivi les conseils de François Morel pour cette performance hybride qui, à Lille, est jouée dans un théâtre plutôt que dans une salle de concert. Au Théâtre du Nord, on s’en réjouit : « on souhaite s’ouvrir à d’autres formes d’art et à d’autres publics ». Un public qu’Alexis HK imagine d’ailleurs compoLILLE – 23.09, Théâtre du Nord, 20 h, 20  > 10 €, theatredunord.fr sé de « gens épris d’humanisme et de liberté, DUNKERQUE – 18.10, Le Bateau Feu, sur fond de sourire en coin ». Ça va de soi ! 20 h, 12 € // HAZEBROUCK – 17.11, Marie Tranchant

Centre André Malraux, 20 h, 20 > 14 €

© Marc Philippe

GEORGES ET MOI


Américane Songues, carnet de voyage vocal des célèbres Soœurs Vandekaestecker © Vincent Vanhecke

Sélection – Théâtre & danse 108

Américane Songues Les sœurs Vandekaestecker délaissent les standards « ch’tis » pour mettre leur bel organe au service du patrimoine musical des « staiiiitsses ». Et ce n’est pas triste. De l’hymne américain aux déhanchements du King, du gospel à la country en passant par Rihanna, nos deux « Vandesisters » revisitent à la sauce franglaise – et avec une louche de dérision – tous les tubes qui ont fait (ou font) se trémousser l’Oncle Sam. J.D. DUNKERQUE – 23.09, le Bateau Feu, 20 h, dès 7 ans, gratuit, www.lebateaufeu.com CALAIS – 08.10, Le Channel // CORBEHEM – 04.12, Salle des fêtes

Guillermo Guiz, de son vrai blase Guy Verstraeten, porte un prénom qu’il n’aime pas – « Guy, ça pue le sexe entre vieux » – une petite moustache à la Dartagnan et mesure 1,88 m. Il écrit aussi les pages télé du magazine culturel belge Focus et aime conduire ivre – « j’ai une grande confiance en mon destin ». Comme tous les humoristes qui font marrer avec des horreurs, on le compare à Desproges… De source sûre, il est originaire du quartier d’Anderlecht – « où s’est installé le siège social de Confessions intimes » – et a derrière lui une carrière de footballeur avortée à cause d’une blessure. Mais un bon fond, comme l’annonce son premier spectacle ? À vous de juger ! J.D. CHARLEROI – 23.09, Eden, 20 h, 14 / 9 €, www.eden-charleroi.be

© DR

Guillermo Guiz


Sélection – Théâtre & danse 110

Le Sorelle Macaluso © Carmine Maringola

LE SORELLE MACALUSO Emma Dante

Elles sont sept sur scène. Les sœurs Macaluso, vieilles filles réunies à l’occasion d’un enterrement, vont sonder ensemble leur mémoire, rire, pleurer, se chamailler. Un souvenir douloureux va refaire surface : la noyade de la plus jeune, lors d’une sortie familiale à la mer… Sur un plateau dépouillé, Emma Dante orchestre une valse des vivants et des morts qui navigue du grotesque au tragique. NAMUR – 13 > 15.09, Théâtre royal, 20 h 30, 24,50 > 10,50 €, www.theatredenamur.be

MACBETH

UN DÎNER D’ADIEU

Giuseppe Verdi / Paolo Carignani / Olivier Fredj

A. de la Patellière & M. Delaporte / M. Willequet

Voilà un beau défi pour Olivier Fredj. Mettre en scène cette tragédie de Shakespeare, qui poussa Verdi dans ses retranchements, n’a rien d’aisé. Il imagine le calvaire du général poussé au régicide puis dévoré par la folie, tel un long cauchemar. Tandis que l’orchestre dirigé par l’Italien Paolo Carignani magnifie le drame de Macbeth, en arrière-plan, le collage digital de Jean Lecointre achève de nous plonger aux confins de la noirceur humaine.

On connaissait le dîner de cons, voici celui d’adieu. Le principe ? Pierre et Clothilde font le tri parmi leurs vieux amis. Pour cela, ils organisent des « dîners d’adieu » afin de se débarrasser de leurs relations usées. Mais leur première victime, Antoine Royer, va leur donner du fil à retordre… Auteurs du Prénom, Matthieu Delaporte et Alexandre de la Patellière nous emmènent sur un terrain aussi drôle que cruel. Et n’ont rien à envier à Francis Veber.

BRUXELLES – 13 > 29.09, La Monnaie, 19 h 30 (sf le 18.09 : 15 h), 129 > 10 €, www.lamonnaie.be

BRUXELLES – 14.09 > 09.10, Théâtre royal des Galeries, 20 h 15 (+ matinées : 18, 24 & 25.09 + 02 &  09.10 : 15 h), 25 > 10 €, www.trg.be

COLD BLOOD Michèle Anne De Mey / Jaco Van Dormael / Thomas Gunzig

Après Kiss and Cry, voici le second spectacle d’un collectif formé par le réalisateur Jaco Van Dormael, la chorégraphe Michèle Anne De Mey et l’auteur Thomas Gunzig. Le trio a donné vie à une nouvelle façon de raconter des histoires. Un nano-monde narré du bout des doigts – en live – mêlant cinéma, musique, danse, théâtre et bricolage génial. À ce jeu de mains pas vilain s’ajoutent cette fois les pieds, les genoux, l’épaule… et toujours autant de poésie. BRUXELLES – 16 > 24.09 (+ 08 > 17.03.2017), KVS, 20 h (15 h le sam, 18 h le dim), 30 > 15 € (-26 ans) // CHARLEROI – 08 > 12.10, PBA, 20 h (sf dim : 18 h), 25 > 20 €, www.charleroi-danses.be


LA GRENOUILLE AVAIT RAISON James Thierrée / Cie du Hanneton

© Hugues Anhes

Un frère et une sœur sont retenus prisonniers par une créature mi-homme mi-grenouille dans une étrange grotte. Sur scène, au milieu d’un décor peuplé de machines et évoquant l’esthétique de Tim Burton, ils s’amusent, se chamaillent dans des contorsions, danses ou acrobaties qui les rassemblent ou les éloignent. Sur une bande son qui court de Mozart à Otis Redding, le petit-fils de Charlie Chaplin forme un monde onirique, et nous rappelle aux bons souvenirs de notre enfance. NAMUR – 21.09 > 02.10, Théâtre royal, 20 h 30 (sf 02.10 : 16 h), 33,50 > 9,50 €, theatredenamur.be

REQUIEM DES INNOCENTS

SILLONS

Louis Calaferte / Virginie Despentes / Groupe Zëro

Brahim Bouchelaghem / Cie Zahrbat

Après avoir été, elle-même, lue puis jouée (King Kong Théorie), Virginie Despentes va dire les mots d’un autre. Accompagnée du groupe post-rock Zëro, elle transpose sur scène son livre de chevet : Requiem des innocents de Louis Calaferte. L’écrivaine déclame au micro ce texte de révolte sorti en 1952, véritable radiographie de « la zone ». Un cri contre la misère et l’injustice de la société moderne, et un concentré de poésie désenchantée, triste et beau à la fois.

Brahim Bouchelaghem a souvent révolutionné la danse contemporaine. Dans cette création, « tournée vers le micromouvement et la pause, la vitesse et la vélocité, mais aussi l’apesanteur », les six danseurs allient l’énergie du hip-hop à la précision de la chorégraphie. En solo, duo ou ensemble, ils sillonnent le plateau avec ardeur, le piétinent jusqu’à en extraire le sens.

BÉTHUNE – 24.09, La Comédie, 20 h, 20 > 6 €, www.comediedebethune.org

ROUBAIX – 30.09, le Colisée, 20 h 30, 25 > 10 €, www.coliseeroubaix.com

IL N’EST PAS ENCORE MINUIT... Cie XY

La Compagnie XY confirme ce qu’elle avait montré avec Le Grand C : elle transforme l’acrobatie en art chorégraphié. Cette œuvre virevoltante rassemble 22 interprètes qui multiplient les doubles saltos du haut de pyramides humaines. Ils se catapultent dans les airs à l’aide de planches sauteuses et dansent le Lindy Hop – dérivé du Charleston – avec une virtuosité époustouflante. VALENCIENNES – 01.10, Le Phénix (Place d’Armes), 18 h, gratuit, www.lephenix.fr


Le mot de la fin 114

Seco Sánchez - En voilà un gros ghetto blaster ! Plus surprenant encore,

il s’agit d’une peinture, assez réaliste pour le coup. Exécutée par l’artiste Seco Sánchez sur un mur de la région de La Calera, au centre de son Chili natal, l’œuvre rend un bel hommage à la culture hip-hop. www.instagram.com/seco_sanchez


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