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« CâĂ©tait assez remarquable de dĂ©couvrir un monde sans patriarcat » Entretien de Carol Newhouse et Car men Winant par Rebecca Amsellem (pour me suivre sur Instagram câest ici et sur Linkedin câest lĂ ). https://lesglorieuses fr/carol-newhouse-car men-winant/ « Est-il possible de tout laisser derriĂšre soi ? De recommencer Ă zĂ©ro, en dehors âet au-delĂ â de tout systĂšme de vie que lâon ait jamais connu, en rĂ©inventant ce que cela signifie dâexister, en tant que corps et Ăąme, sur cette terre ? »
Cette question a donnĂ© for me Ă lâexploration de la rĂ©invention radicale menĂ©e par Car men W inant, artiste et Ă©crivaine amĂ©ricaine dont le travail interroge les reprĂ©sentations du corps fĂ©minin, de la solidaritĂ© et des pratiques de soin Ă travers la photographie, le collage et les archives fĂ©ministes
Câest dans ce cadre qu âelle a rencontrĂ© Carol Newhouse, photographe et activiste, cofondatrice de WomanShare, une communautĂ© fĂ©ministe lesbienne nĂ©e sur la cĂŽte ouest des Ătats-Unis dans les annĂ©es 1970 Cette communautĂ© a cherchĂ© Ă inventer un nouveau langage et de nouvelles for mes de vie, allant jusquâĂ renommer les « sĂ©minaires » en « ovinaires » afin dâĂ©liminer toute trace masculine des existences de ses membres
Cette conversation fait partie dâun partenariat Ă©ditorial avec les Rencontres dâArles â les deux artistes y ont exposĂ© lors de lâĂ©dition 2025, dans une exposition conçue par Nina Strand Vous pouvez en savoir davantage ici : rencontres-arles com
Les Glorieuses Carol Newhouse Autoportrait rĂ©alisĂ© lors dâun workshop Art et photographie, WomanShare, Ă©tĂ© 1975 Avec lâaimable autorisation de Carol Newhouse
Rebecca Amsellem Il faut un immense courage pour imaginer dâautres maniĂšres de vivre Selon vous, quelles conditions ont rendu possible cette imagination radicale dans les annĂ©es 1970, et y avons-nous encore accĂšs aujourdâhui ?
Carol Newhouse Je suis un peu surprise de vous voir dire quâil faut beaucoup de courage pour imaginer une autre façon de vivre, et peut-ĂȘtre aussi une autre façon dâaimer ?
La vision de Womanshare est nĂ©e de notre expĂ©rience de la deuxiĂšme vague du mouvement fĂ©ministe Pour beaucoup dâentre nous, ce fut un Ă©veil joyeux, et le rĂ©sultat quelque peu naturel de notre participation Ă des groupes de sensibilisation fĂ©ministe. Cette introspection et cette remise en question de la rĂ©alitĂ© de notre oppression nous ont amenĂ©es Ă la conclusion claire et logique que nous devions trouver des moyens de nous sĂ©parer du patriarcat et commencer ensemble Ă construire une vie plus heureuse, plus sĂ»re et plus libre. Au dĂ©but, beaucoup dâentre nous nâimaginaient pas cela concrĂštement, mais nous savions que ce serait un lieu de guĂ©rison Un lieu rempli de joie et de sororitĂ© Nous savions que nous le mĂ©ritions et pensions que câĂ©tait possible Certaines pensaient mĂȘme quâil Ă©tait de notre responsabilitĂ© de prendre soin de nousmĂȘmes, de la terre et des autres femmes de cette maniĂšre
Certaines dâentre nous ont commencĂ© Ă crĂ©er des librairies, des restaurants et des cliniques de santĂ© pour femmes. TrĂšs vite, toutes sortes dâinitiatives fĂ©ministes ont vu le jour Les arts, la musique, le théùtre se sont mis au diapason de cette vision fĂ©ministe radicale
Il est important de se rappeler que, dans la plupart des cas, il ne s âagissait pas dâune prise de conscience ou dâun Ă©vĂ©nement isolĂ©. Le dĂ©sir dâavoir nos propres espaces, contrĂŽlĂ©s par des femmes pour des femmes, nâĂ©tait pas un souhait, une aspiration ou une prise de conscience individuelle Ă chaque Ă©tape, nous avons
Les Glorieuses rĂ©alisĂ© que de nombreuses femmes souhaitaient nous aider et participer Ă ce projet, afin de le construire ensemble et de vivre librement en s âexprimant pleinement. Nous nous sommes tellement inspirĂ©es les unes les autres. Dans le cadre du mouvement Womenâs Land, nous avons créé notre foyer et notre vie au fur et Ă mesure Nous Ă©tions motivĂ©es par le dĂ©sir de nous dĂ©couvrir nousmĂȘmes et par le souhait dâaccĂ©der Ă cette libertĂ© pour toutes Il est difficile de penser que nous n â avons plus accĂšs Ă ce type dâimaginaire radical aujourdâhui. La diffĂ©rence rĂ©side peut-ĂȘtre dans le fait qu âaujourdâhui, nous faisons moins confiance aux « projets collectifs » Les femmes avec lesquelles je discute aujourdâhui et qui envisagent de sâinstaller Ă la campagne, par exemple, ne sont souvent pas disposĂ©es Ă adopter ce qu âelles considĂšrent comme un mode de vie moins confortable Pour nous, câĂ©tait une joie et un soulagement De plus, beaucoup semblent se concentrer sur leurs rĂ©alisations individuelles Et aujourdâhui, les pressions Ă©conomiques sont plus fortes quâil y a 40 ou 50 ans. Il existe de nombreuses façons dâanalyser cela
Rebecca Amsellem Dans le livre qui accompagne lâexposition, on peut lire une citation de vous, tirĂ©e dâune confĂ©rence Ă lâuniversitĂ© de lâOregon. Vous dites que ces photos vous ont aidĂ©e Ă exprimer « le dĂ©sir de trouver un monde extĂ©rieur et au-delà » Pourriez-vous dĂ©velopper un peu cette idĂ©e ?
Car men Winant Oui, câĂ©tait assez remarquable de dĂ©couvrir un monde sans patriarcat ; cela semble tellement Ă©vident, mais je n âavais jamais vu cela auparavant MĂȘme en photo, mĂȘme il y a 50 ans Je pense que nous ne rĂ©alisons pas Ă quel point le fait de vivre dans un patriarcat, et dâailleurs dans le capitalisme, nous nuit au quotidien Au niveau cellulaire Câest lâeau empoisonnĂ©e dans laquelle nous nageons, vous voyez ? Parfois, il faut voir une alter native radicalement diffĂ©rente pour nous rĂ©veiller et nous faire comprendre qu â un autre monde est possible
Les Glorieuses Carol Newhouse et Car men W inant. 2024. Avec lâaimable autorisation des artistes
Rebecca Amsellem Il y a une certaine humilitĂ© dans lâaffir mation « nous ne sommes que des ĂȘtres humains ; c âest la nature qui dĂ©cide ». Comment cette prise de conscience a-t-elle influencĂ© votre pratique artistique ou votre rapport Ă la communautĂ© et Ă la crĂ©ation ? ConsidĂ©rez-vous cette prise de conscience comme quelque chose qui peut ĂȘtre partagĂ© ou transmis Ă travers la photographie ? Ou est-ce quelque chose qui doit ĂȘtre vĂ©cu pour ĂȘtre compris ?
Les Glorieuses Carol Newhouse Ces cinq premiĂšres annĂ©es passĂ©es Ă crĂ©er un espace pour les femmes, Ă prendre soin de la terre, Ă faire de lâart et Ă Ă©crire Ă ce sujet nous ont aidĂ©es Ă dĂ©velopper lâhumilitĂ© nĂ©cessaire face aux dons de la nature et Ă ses limites. On ressentait une certaine vulnĂ©rabilitĂ©. Jâai ressenti une humilitĂ© et une acceptation croissantes de ma propre humanitĂ©, et une relation plus Ă©troite avec elle Je me sentais plus proche de cela lorsque je vivais Ă la campagne Le changement des saisons exigeait des changements dans nos pratiques quotidiennes Les routes pouvaient ĂȘtre emportĂ©es par les eaux Les jardins pouvaient ĂȘtre dĂ©truits
Jâai regardĂ© autour de moi et jâai commencĂ© Ă prendre des photos de ce qui m âattirait Ce que je voyais et ressentais, la beautĂ© de la terre et la beautĂ© des femmes dans ce cadre naturel Les bĂątiments, la beautĂ© des femmes et leurs relations Tout cela me semblait si important, si beau Vivre en Ă©troite relation avec la nature et les femmes collectivement a changĂ© ce que je photographiais et ma maniĂšre de le faire Nous nous photographions souvent les unes les autres Collectivement et individuellement Nous tendions nos appareils photo Ă dâautres femmes en leur demandant de nous photographier. Seules, en groupe, avec nos amantes, dans la nature
Jâai commencĂ© Ă rĂ©aliser lâimportance des images que je crĂ©ais Je voulais que les femmes se voient elles-mĂȘmes et se voient les unes les autres. Je voulais qu âelles prennent du recul et prennent conscience de leur beautĂ© et de la beautĂ© de notre crĂ©ation Et trĂšs vite, jâai compris lâimportance de partager mes images avec le monde entier Ă travers des flyers, puis des livres, des jour naux et des ateliers Je les ai vues s âenvoler vers le monde fĂ©ministe en pleine expansion, et au-delĂ .
Lorsque nous nous sommes vues, tout ce que nous pouvions faire, le monde que nous étions en train de créer, nous avons commencé à prendre conscience de ce dont nous étions capables lorsque nous étions seules et en sécurité pour créer.
Nous nous inspirions tellement les unes les autres
Ă lâĂ©poque, nous ne parlions pas du regard fĂ©minin ou queer Mais câĂ©tait notre regard, et il Ă©tait rĂ©ciproque Je me voyais souvent dans le miroir de lâappareil photo dâune autre femme, et certainement pas dans les yeux des hommes !
Les femmes ont intuitivement rĂ©sonnĂ© avec les images, les ont apprĂ©ciĂ©es Mais pour intĂ©rioriser pleinement lâexpĂ©rience de la libertĂ© crĂ©ative que nous vivions, il me semble quâil fallait la vivre. Et beaucoup sont venues pour en faire lâexpĂ©rience complĂšte
Rebecca Amsellem Vous travaillez Ă©galement avec dâautres mĂ©diums : le collage, lâinstallation. Est-ce parce que vous trouvez des limites dans la rĂ©alitĂ©, intrinsĂšquement liĂ©es Ă la prise de photo ?
Car men Winant Câest une question dĂ©licate, ou du moins qui mĂ©rite une rĂ©ponse dĂ©licate. Jâaime tous les types de photographie. Jâai suivi une for mation dans ce domaine et jâenseigne dĂ©sor mais cette discipline Ă des Ă©tudiant e s dans le cadre de mon travail Je ne trouve pas que la photographie soit intrinsĂšquement limitative. Cependant, dans ma vie personnelle et professionnelle, je ne me suis tout simplement pas orientĂ©e vers la crĂ©ation de mes propres images Je lâai fait pendant des annĂ©es quand jâĂ©tais jeune, mais cela m â a toujours laissĂ© un sentiment dâinsatisfaction que je ne pouvais pas nommer. Aujourdâhui, je fais principalement des recherches dans des archives ou jâutilise des photographies trouvĂ©es comme une sorte de juste milieu : cela me per met de continuer Ă puiser
Les Glorieuses dans le monde des images, tout en leur donnant un sens en tant qu âobjets matĂ©riels qui circulent dans le monde et qui ont une base et une empreinte historiques.
Rebecca Amsellem Vous avez publiĂ© en 2019 un livre intitulĂ© Notes on Fundamental Joy (Notes sur la joie fondamentale), qui vise Ă Ă©liminer lâoppression par la transfor mation sociale et politique du patriarcat qui, sans cela, menace de nous ensevelir Je sais que vous nâĂȘtes peut-ĂȘtre pas historienne de lâart, mais il semble Ă©vident que vous essayez de construire des segments de lâHistoire qui manquent dans celle qui nous est enseignĂ©e Ă ce propos, vous avez dit que « les images ont Ă©tĂ© rĂ©alisĂ©es, de maniĂšre dĂ©cisive et dĂ©libĂ©rĂ©e, pour en apporter la preuve » Quel type de rĂ©imagination visiez-vous ? Essayez-vous de recadrer lâhistoire, la reprĂ©sentation ou peut-ĂȘtre la relation du spectateur ou de la spectatrice Ă lâimage elle-mĂȘme ?
Car men Winant Bonne question Grande question Mon frĂšre est historien du travail du XXe siĂšcle ; ce genre de questions nous est souvent posĂ©, ou du moins notre travail se recoupe sur ce point. Je ne suis toutefois absolument pas historienne de lâart ni historienne Je n âai pas vraiment de bonnes pratiques Ă ce sujet Et heureusement, car cela me per met dâexpĂ©rimenter comme je le souhaite ! Comme vous le soulignez, je mâintĂ©resse beaucoup Ă la rĂ©interprĂ©tation de lâhistoire, ce qui signifie non seulement la revisiter sous un angle idĂ©ologique diffĂ©rent, mais aussi souvent dans un ordre diffĂ©rent Je peux raconter lâhistoire dans le dĂ©sordre, vous voyez ? Je peux prendre des libertĂ©s, faire des suppositions, projeter mes idĂ©es. Elle devient Ă la fois historique et trĂšs personnelle, comme un miroir et un portail Câest cette qualitĂ© qui diffĂ©rencie vraiment mon travail de celui des universitaires Câest le projet auquel vous faites rĂ©fĂ©rence, Notes on fundamental joy, qui m â a vraiment aidĂ©e Ă clarifier cette façon de travailler
Rebecca Amsellem Certaines images ont-elles résisté à leur inclusion dans ce récit, et si oui, comment avez-vous géré cette tension ?
Car men Winant Sur notes sur la joie fondamentale en particulier ? Si c âest le cas, je dirais que jây pense moins en ter mes dâimages, en rĂ©sistant Ă lâinclusion ou Ă lâexclusion, et davantage en ter mes de dialogue avec les archives au fur et Ă mesure que jâavance Je ne me lance jamais dans un projet avec une idĂ©e complĂštement for mĂ©e et figĂ©e de ce que je veux quâil soit Jâessaie de me laisser guider. Dans ce cas prĂ©cis, je mâintĂ©ressais Ă lâhistoire des terres de ces femmes et jâĂ©tais curieuse de savoir ce que les photographies allaient rĂ©vĂ©ler Jâai trouvĂ© de nombreuses photos de femmes en train de prendre des photos et de s âenseigner mutuellement lâutilisation dâun appareil photo. Jâai donc suivi cette piste. Jâessaie de prĂȘter attention Ă ce qui me semble le plus curieux au fur et Ă mesure, et je fais confiance Ă mon instinct Parfois, cela mĂšne Ă des impasses, parfois Ă des explosions Il s âagit donc moins de savoir ce qui correspond ou non Ă ce cadre que de suivre les fils qui existent dĂ©jĂ .
Rebecca Amsellem Dans le livre/lâexposition, vous dĂ©crivez les photographies comme « un rĂ©cit du potentiel et de la rĂ©imagination ». Comment avez-vous
Les Glorieuses abordĂ© lâidĂ©e de potentiel ? Ătait-ce une approche politique, Ă©motionnelle ou artistique ?
Car men Winant Oh, jây pense beaucoup. Ă la relation entre le potentiel, lâimagination et lâoptimisme En tant qu âartistes et activistes, nous avons vraiment besoin de ces qualitĂ©s Nos pratiques les exigent Je dis souvent Ă mes Ă©tudiant e s en art que lâimagination est la qualitĂ© que nous partageons avec le monde, les bĂątisseurs et les visionnaires : c âest la capacitĂ© dâimaginer ce qui n âexiste pas encore Sans cette capacitĂ©, nous n â avons rien
Rebecca Amsellem Vous utilisez les mots « optimisme radical » lorsque vous parlez de ces archives Pourriez-vous nous en dire plus à ce sujet ?
Car men Winant Oui, jâai beaucoup rĂ©flĂ©chi Ă lâoptimisme lorsque jâai rĂ©alisĂ© ce projet Ă ce que lâon ressentait dans le monde entre le milieu et la fin du XXe siĂšcle aux Ătats-Unis, oĂč je vis Il y avait tellement de mouvements en cours Ils Ă©taient tellement dĂ©ter minĂ©s Ă changer les conditions de leur monde : le mouvement Ă©tudiant, le mouvement anti-guerre, la contre-culture, le fĂ©minisme, la gay pride, la libĂ©ration des Noirs Je ne veux pas ĂȘtre trop pessimiste, mais ce n âest plus le monde dans lequel nous vivons aujourdâhui Tant de possibilitĂ©s ont Ă©tĂ© perdues une ou deux gĂ©nĂ©rations plus tard. Ce n âest pas seulement que les conditions de notre monde sont plus difficiles aujourdâhui, c âest aussi, je pense, quâil y a peu dâoptimisme quant Ă notre capacitĂ© Ă le changer Ce projet Ă©tait donc pour moi un moyen de prendre conscience de ce changement, de rebondir en avant et en arriĂšre dans le temps pour trouver des indices sur notre prĂ©sent
Rebecca Amsellem Carol parle dâune connexion « instantanĂ©e » entre lâaudience, vous et elle-mĂȘme. Comment comprenez-vous ce regard partagĂ© ? Pouvez-vous dĂ©velopper lâidĂ©e du « regard fĂ©ministe » ? En quoi se distingue-t-il des autres façons de voir, et comment avez-vous essayĂ© de le matĂ©rialiser dans ce projet ?
Car men Winant Jâai rencontrĂ© Carol trĂšs tĂŽt, alors que je prenais des notes sur la joie fondamentale Nous nous sommes immĂ©diatement comprises et sommes restĂ©es proches depuis lors. Lâune des choses dont nous avons beaucoup parlĂ© lors de ces premiĂšres rencontres, et depuis lors, est la question que vous soulevez Existe-t-il un regard fĂ©ministe ? Quâest-ce que le regard fĂ©ministe ? Quel est le potentiel de la photographie fĂ©ministe ? Je ne parle pas seulement de prendre des photos de communautĂ©s lesbiennes ou de sujets fĂ©minins, ou quoi que ce soit dâautre Mais en fait, quelque chose de plus profond, de plus ontologique La photographe JEB a par exemple expliquĂ© qu âelle incluait souvent plusieurs sujets dans ses photos, afin dâĂ©viter la figure du « hĂ©ros » ou de l' »hĂ©roĂŻne ». En parcourant les archives de Lesbian Land, jâai Ă©galement dĂ©couvert de nombreux modes et mĂ©thodes crĂ©atifs diffĂ©rents faire des doubles expositions, par exemple, sur la mĂȘme pellicule, se passer lâappareil photo pendant un combat, ĂȘtre aussi nue que son sujet lorsquâon le photographie, etc Ces femmes ont fait preuve dâune grande ingĂ©niositĂ© en imaginant ces stratĂ©gies, qui ont toutes remises en question les systĂšmes patriarcaux au sein de la photographie. Des façons de voir qui sont tellement ancrĂ©es que nous ne les voyons plus.
Les Glorieuses Rebecca Amsellem Imaginez que vous vous rĂ©veillez un jour dans un monde oĂč un petit dĂ©tail dans votre façon de crĂ©er, de ressentir ou dâagir vous fait rĂ©aliser que vous vivez dans une sociĂ©tĂ© utopique. Quel serait ce dĂ©tail pour vous ?
Carol Newhouse Je ne vois pas de dĂ©tail particulier qui m âait fait rĂ©aliser que jâavais contribuĂ© Ă crĂ©er un lieu sĂ»r, libre et ouvert (Jâai remarquĂ© des changements dans ma façon de photographier, comme je lâai mentionnĂ© plus haut ) Mais ce nâĂ©tait pas un petit changement Je me sentais diffĂ©rente, plus ouverte et plus respectueuse envers moi-mĂȘme, mes amis et mon environnement naturel Je me sentais en sĂ©curitĂ© et intĂ©grĂ©e Ă un mouvement plus large et Ă ma famille choisie de femmes/lesbiennes. Je me sentais joyeuse et libre. ⊠Libre de montrer mon corps De porter ce que je voulais, de manger ce que je voulais, dâaimer comme je voulais -Le fait de partager le pouvoir avec les autres de maniĂšre Ă©gale m â a donnĂ© les bases nĂ©cessaires pour exister dans un esprit de propriĂ©tĂ© partagĂ©e et dâĂ©galitĂ© avec les autres Ce nâĂ©tait pas un dĂ©tail mineur, car pour Womanshare, câĂ©tait un principe fondateur Je ne pense pas que nous aurions rĂ©ussi de la mĂȘme maniĂšre sans cela.
Car men Winant Lâabsence de violence sexuelle
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