Le magazine de l’actualité musicale en Fédération Wallonie-Bruxelles nº69 septembre – octobre 2026
Krisy
La convergence des voix
© ADÈ LE BOTER F
Zonmai p.11 Swing p.12 Girls in Hawaii p.16 Jean-Philippe Poncin & le Wolf p.21 Nathalie Loriers p.22 Où sont les fans ? p.24 Qui pour parler des émergents et indés ? p.28 Scénographier la musique p.36
P.12
Swing, rafraîchissement total
P.16
La ruée vers les Girls in Hawaii
P.24
C’est comment être fan en 2026 ?
Édito Jam, radio de la RTBF consacrée à l’émergence, vient de quitter la DAB+. Spotify et les autres plateformes de streaming règnent sur nos écoutes. Les espaces consacrés à la culture se réduisent dans les médias et les algorithmes nous recommandent toujours plus volontiers ce qui fonctionne déjà. Pendant ce temps, les artistes n’ont sans doute jamais été aussi nombreux à produire, enregistrer et à tenter de faire entendre leur musique. Au milieu de cette profusion, une question toute simple : aujourd’hui, qui les fait connaître ? Combien sont-ils encore à prendre le risque de passer un morceau inconnu, à consacrer une page à un projet émergent, à défendre un artiste avant qu’il ait accumulé les streams ou obtenu le précieux tampon de validation venu d’ailleurs ? La campagne + DE PLACE, lancée par la FACIR, pose la question de la visibilité des artistes de la FWB. Et elle mérite d’être posée largement. Aux médias, bien sûr. Au service public également. Mais aussi aux plateformes, aux programmateur·rices, aux professionnel·les du secteur… et peut-être à nous, auditeur·rices. Car découvrir demande un peu de curiosité, de transmission et de hasard. Trois choses que les algorithmes ne savent décidément pas très bien programmer. Claire Monville
Conseil de la Musique Rue Lebeau, 39 1000 Bruxelles conseildelamusique.be Contacter la rédaction larsen@conseildelamusique.be Directrice de la rédaction Claire Monville Comité de rédaction Nicolas Alsteen François-Xavier Descamps Juliette Depré Maïlis Elliker Christophe Hars Claire Monville Coordinateur de la rédaction François-Xavier Descamps Rédacteur François-Xavier Descamps Collaborateur·trices Nicolas Alsteen Julien Broquet Souria Cheurfi Victoria De Schrijver Vanessa Fantinel Chelsea Kinzunga Jacques Prouvost Philomène Raxhon Stéphane Renard Dominique Simonet Didier Stiers Diane Theunissen Julien Winkel Relectrice Maïlis Elliker Couverture Krisy ©Adèle Boterf Promotion & Diffusion François-Xavier Descamps Abonnement Vous pouvez vous abonner gratuitement à Larsen. larsen@conseildelamusique.be Tél. : 02 550 13 20
P.28
Jam n’est plus… qui pour relayer les artistes FWB ?
Conception graphique Mateo Broillet Jean-Marc Klinkert Seance.info Impression Snel Prochain numéro Novembre 2026
P.36
P.44
La scéno : toujours plus beau, toujours plus fort ?
Le choix des Bernadette Maries
Septembre, octobre 2026
En Couverture ENTRETIEN
p.4 p.5 p.6
Ouverture ARRIÈRE-PLAN Les Lundis d’Hortense AFFAIRES À SUIVRE EN VRAC
p.11 p.12 p.13 p.14 p.15 p.16 p.18 p.19 p.20 p.21
# rencontres Zonmai Swing Yasmine In.Out.Sider Festival/Xaxalxe Idyl/Doowy Girls in Hawaii Fervents Maxime Denuc Tristan Driessens Jean-Philippe Poncin & le Wolf
Krisy
Articles Nathalie Loriers p.22 AVANT-PLAN p.24 360° Où sont les fans ? p.28 MÉDIA Tout petits sur la planète médiatique ? p.31 DÉCRYPTAGE La fin de la gratuité dans les académies p.32 TENDANCE Boire et manger en 33 tours p.34 DIGITAL Spotify, corsaire des streams ? p.36 180° Scénographier la musique
Crédits Julien Vermeiren Simon Vanrie Bernard Babette Tone Verwijvel
Larsen
p.8
3
p.39
Les sorties
p.42 p.44 p.45 p.46 p.46
Bonus CULTE 4×4 ARRÊT IMAGE J’ADORE… ESPRESSO
La scène alternative 80–90 The Bernadette Maries Noah Dechamps Pierre Vaiana Les Muffatti
Sommaire
Arrière-plan
# jazz
# anniversaire
Les Lundis d’Hortense, « une sorte de microcosme idéal » ©DR
Ce n’est peut-être pas “une maison bleue accrochée à la colline”, comme celle de San Francisco chantée par Maxime Le Forestier, mais l’esprit communautaire postwoodstockien régnait à la villa Hortense dans les années 70.
L
TEXTE : DOMINIQUE SIMONET
es musicien·nes de tous bords se croisaient à la villa Hortense, à Hoeilaart, dans la verte banlieue bruxelloise. Des artistes qui s’y retrouvaient régulièrement le lundi et, lorsqu’ils décidèrent de fonder une association, ils l’appelèrent tout naturellement Les Lundis d’Hortense. C’était en 1976, il y a cinquante ans, anniversaire qui vaut bien le festival ambitieux qui se tient à Bruxelles, du 30 septembre au 4 octobre prochain. Il y a cinquante balais, le batteur, pardon, le contrebassiste Jean-Louis Rassinfosse était déjà de la partie : « Nous formions un collectif de musiciens officiant dans ce qu’on appelait “les troisièmes musiques”, celles qui n’étaient ni classiques, ni commerciales comme les variétés », explique-t-il. Tout de suite, l’association a été active dans la diffusion et la promotion du jazz en Belgique. Cinquante ans plus tard, Les Lundis d’Hortense organisent toujours de nombreux concerts partoutà Bruxelles et en Wallonie. Milieu des années 70, il n’y avait pas d’enseignement du jazz comme cela se faisait aux USA : dès lors, les membres des Lundis se sont attachés à donner des cours. Dès 1985, ils créèrent les stages Jazz au Vert qui, quarante ans plus tard, rassemblent toujours 140 élèves et une vingtaine de professeur·es.
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Septembre, octobre 2026
À part quelques exceptions qui eurent une carrière internationale comme Toots Thielemans ou Bobby Jaspar, la génération précédente de jazzmen et women belges n’a que très peu enregistré. Cela décida nos musiciens de jazz des Lundis à fonder une étiquette acronyme, les disques LDH : « Avant ça, personne ne s’intéressait à la musique des jeunes, s’exclame JL Rassinfosse, et nous, tout à coup, nous allions faire de la musique non commerciale ! ». Cela n’empêcha pas LDH Records de rencontrer de jolis succès, comme l’album réunissant Chet Baker, Philip Catherine et… JL Rassinfosse. LDH répond toujours présent, au travers de la fusion avec la firme Igloo. De nos jours, comme il y a cinquante ans, le Conseil d’administration des Lundis d’Hortense est composé essentiellement de musicien·nes. Présent il y a cinquante ans, JL Rassinfosse y est toujours très actif : « Nous sommes une sorte de microcosme idéal où chacun a voix au chapitre », dit-il. Subsidiés par la Fédération Wallonie-Bruxelles, dont les budgets rétrécissent à vue d’œil, les Lundis doivent renouveler leur contrat-programme en 2027 : « Nous sommes des acteurs du jazz reconnus pour notre action positive », relève-t-il, confiant. « Depuis toutes ces années, nous avons une certaine légitimité et des résultats probants. » www.leslundisdhortense.be/50-ans
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Arrière-plan
Affaires à suivre
# contemporain
# cycliste
Noé Gillerot Compositeur sportif
À 25 ans, Noé Gillerot s’affirme comme l’un des jeunes visages à suivre de la création musicale belge. Compositeur et chef d’orchestre, il a cet été conjugué l’écriture (et le geste) en imaginant un projet tant musical que sportif : rejoindre à vélo la ville de Grafenegg, en Autriche, pour y diriger sa propre composition avec le Tonkünstler-Orchester (Panta Rhei, écrite pour ce concours). Et ce, avant de rejoindre Tournai pour ses Rencontres Inattendues. Un fameux périple. # EP
# rap
Elea Top départ
Originaire de Binche, Elea est une jeune autrice-compositriceinterprète belge qui s’est récemment tournée vers le rap. Formée dès l’enfance au piano, à la guitare et au solfège, elle construit un univers où les mots, très réalistes, occupent une place centrale. Elea a été révélée au grand public par l’émission Playground de la RTBF, dont elle fut finaliste. Elle dévoile en 2026 son premier EP, Nouveau Départ, défendu sur de nombreuses scènes de la Fédération Wallonie-Bruxelles tout au long de cet été. # rap
# spanish
Nena Planeta Ibero flow
Apparu à Bruxelles, le flow ibérique de Nena Planeta s’est distingué en finale de plusieurs concours musicaux, que ce soit en Belgique ou en Espagne. Influencé par les avancées de Hiatus Kaiyote, Kali Uchis, Doechii ou Rosalía, le rap de Nena Planeta met le groove au cœur d’une formule musicale qui convie le jazz, le chiptune, le dembow, sans oublier les pontes de la culture boom bap. Un véritable phénomène. # électro
# belgo-palestinien
NŪN Where’s the revolution ?
Érigé en réaction au chaos international et en soutien à la population civile de la bande de Gaza, NŪN est un cri de résistance entonné par le rappeur palestinien Nader Mansour et le producteur belge Nicolas Grombeer. Depuis Liège, le duo s’insurge contre l’injustice, les dérives autoritaires et le délabrement démocratique. Porté par des beats puissants, des samples nerveux et une poésie rageuse, NŪN enclenche sa révolution en français ou en arabe. Qu’importe la langue utilisée, pourvu que la musique soit (re)belle. # clip
# électro
AZIZAM “Tropical” mood ©LAURE AURIZZ I
Azizam (Music) est un duo musical basé à Bruxelles qui mélange musiques électroniques, influences orientales et pop-rock. Avec des chants en farsi et en anglais. Leur nom signifie “mon cher/ma chérie” ou “mon amour” en persan. Leur nouveau single clippé, Tropical, fait suite à un EP remarqué paru en 2025 intitulé KOO·KOO. Un univers dansant, dark, presque mystique. Et pour les découvrir, leur prochain concert sera à la Maison de la Création (Bruxelles) ce 13 septembre.
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Affaires à suivre
En vrac…
• Un hommage
à Philippe Boesmans Un livre de Camille De Rijck
©DR
stationnement des festivaliers le long de la N90, tandis que l’équipe du festival dénonce une succession de décisions de dernière minute et une « forme de sabotage ». Déjà palpables durant l’événement, organisé du 31 juillet au 2 août à Floreffe, les tensions se sont amplifiées, poussant les organisateurs à chercher officiellement un nouvel endroit pour y implanter la prochaine édition du festival. Si le divorce entre les deux parties venait à se confirmer, ce serait la fin d’une idylle entamée en 2002 dans les décors féériques de l’Abbaye de Floreffe.
• Premier Labo des Francos Nsangu, prix du jury Le Franc’Off, le tremplin en marge des Francofolies de Spa, a (bien) vécu et a été remplacé lors de cette édition par une nouveauté, le Labo des Francos. Celui-ci repense complètement le rôle stratégique du dispositif, qui se présente aujourd’hui plus comme un accompagnement qu’un concours “classique”. Il est emmené par une nouvelle tête, Pierre Dumoulin (e.a. du groupe Roscoe et qui encadre notamment des ateliers d’écriture de chansons pour la Sabam). Et c’est l’artiste pop-soul francophone Nsangu qui a remporté le premier prix du jury de ce nouveau Labo, lui permettant ainsi de décrocher une place à l’affiche officielle de l’édition 2027 du festival. Elle remporte également un accompagnement sur mesure de la Sabam (prod, compo, résidences…) et une bourse de 500 euros de PlayRight “en soutien de son parcours d’interprète”. Le deuxième prix est revenu à l’artiste pop Pepe. Rendez-vous aux Francos en 2027 ! Scrutez l’ouverture de inscriptions au prochain Labo sur court-circuit.band.
• Esperanzah! se cherche un nouveau lieu Appel aux bonnes idées Visiblement, le torchon brûle entre la commune de Floreffe et le festival Esperanzah! Au lendemain d’une 24e édition entièrement remodelée, marquée par une saine décroissance et un retour à l’équilibre financier, le rendez-vous musical se met en quête d’un nouveau site pour sa prochaine édition. Le conflit entre la commune namuroise et l’équipe à la barre d’Esperanzah! ne porte ni sur l’existence du festival ni sur son contenu, mais sur les conditions de son organisation. Le bourgmestre Philippe Vautard (Les Engagés) pointe en effet des soucis liés à la sécurité des accès et au
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• Histoire de cues Plongée critique dans les pratiques du Djing Avec l’essai Histoires de cues*, Erica Lippert propose une lecture critique du DJing à la croisée de la sociologie, de la philosophie et de l’expérience de terrain. Ce livre explore la figure des DJ, leurs enjeux, leur univers et leurs défis à l’aune de l’économie de l’attention et des problématiques de visibilité. DJ depuis plus de 20 ans et docteure en sociolinguistique affiliée à l’Université Libre de Bruxelles, Erica Lippert interroge la figure du DJ comme symptôme d’une époque marquée par la performance, l’image et l’économie de l’attention. Erica Lippert, Histoires de cues – plongée critique dans les pratiques du Djing, Ed. La Muette, 20€ – en librairie en ce mois de septembre 2026. *Les “cues” (ou “cue points”) sont les points de repère placés dans un morceau pour lancer un mix ou retrouver rapidement un passage.
• Lotto Music Support 2026
ECHT! lauréat de cette seconde édition Le groupe bruxellois ECHT! est le lauréat du Lotto Music Support 2026, un programme porté par Lotto et Belgium Booms visant à accompagner le développement international d’artistes belges à fort potentiel. Sélectionné à l’unanimité par un jury indépendant parmi plus de 60 candidatures issues de Wallonie et de Bruxelles, ECHT! bénéficiera grâce à Lotto d’un montant de 15.000 euros pour renforcer sa stratégie internationale et accompagner les prochaines étapes de sa carrière. Le Lotto Music Support récompense chaque année un projet musical belge ayant démontré sa capacité à rayonner au-delà des frontières nationales et présentant une vision claire de son développement futur. Après Charlotte Adigery et Bolis Pupul en 2025, c’est donc ECHT! qui rejoint le palmarès du dispositif pour sa deuxième édition.
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Dans les brisures du temps, les émotions s’affolent est un hommage à Philippe Boesmans, compositeur belge de musique contemporaine, décédé en avril 2022. À l’occasion du 90e anniversaire de sa naissance, Camille de Rijck (journaliste musical et pédagogue) revient sur la vie du compositeur à travers un ensemble de textes, d’entretiens et de réflexions recueillis durant les dernières années de sa vie. Il ne s’agit pas d’une biographie classique, mais d’une mosaïque de souvenirs réalisée par un proche confident du compositeur qui en dresse un portrait intime et documenté. Camille De Rijck, Dans les brisures du temps, les émotions s’affolent. Hommage à Philippe Boesmans, Académie royale de Belgique, coll. L’Académie en poche, 158 p., 9 €. Disponible en librairie et sur le site de l’Académie royale de Belgique.
• Prix Audace II
Le prix littéraire et musical des détenus de la FWB
La CAAP Culture est une asbl qui lutte pour que la culture soit présente dans les prisons francophones belges. Elle organise notamment la Fête de la Musique dans certains centres de détention du territoire. Elle lance en ce moment la deuxième édition de son Prix Audace, un prix littéraire et médiatique décerné par le public détenu en Fédération Wallonie-Bruxelles. “Ce projet permet à la fois de mettre en avant les artistes et la culture francophone dans des lieux difficiles d’accès et de donner accès à de la culture récente au public détenu, maintenant ainsi un lien ténu mais précieux avec l’extérieur.” La première édition s’était faite sous le thème “Contre-courants” et pour cette deuxième mouture, le thème en est “Porte-voix”. Trois catégories seront évaluées par des jurys de 6 à 12 détenus dans minimum 6 prisons : en littérature sont admissibles les romans francophones contemporains et récits biographiques de moins de 3 ans ; pour le cinéma : les courts-métrages francophones de moins de 3 ans ; les chansons francophones de moins de 3 ans. Pour y participer, consultez le règlement du concours sur leur site internet. Les candidatures sont ouvertes jusqu’au 4 septembre 2026 pour la catégorie littérature et jusqu’au 27 septembre pour les catégories cinéma et musique. Les auteurs lauréats seront récompensés par une diffusion dans les bibliothèques carcérales des prisons belges, un soutien promotionnel, ainsi qu’une récompense financière de 250 euros minimum.
En vrac
• JAM RTBF
• Tremplins & concours
summer 2026 Les grands gagnant·es
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Une onde disparaît
©DR
Comme chaque été, les tremplins et autres concours donnant accès aux scènes de festivals (et offrant aussi d’autres prix) ont récompensé les valeurs montantes de la nouvelle scène en Fédération WallonieBruxelles. Petit tout d’horizon des groupes et talents qu’il faudra suivre dès la rentrée. À Dour, et son Tremplin Tipik, iels étaient 3 finalistes, Ucci Why, The Haze et Alster, à se départager la chance de fouler la scène de la Petite Maison dans la Prairie, le 16 juillet. Et c’est finalement le combo soul-pop Alster, déjà repéré en 2025 lors du concours Du F. dans le texte, qui a remporté la mise. Les Ardentes proposaient cette année encore leur tremplin LA DRAFT et plusieurs personnalités y ont émergé: Lesley & Oster, Jade & Naïa et Myk. Objectif réussi pour ces jeunes artistes hip-hop & more. Les Francofolies de Spa et leur nouveau dispositif Labo des Francos ont remis leur Grand prix du jury à la pop-soul de Nsangu. Elle y a décroché une programmation aux Francos 2027 et un accompagnement proposé par la Sabam autour de l’écriture/composition/ production et encore également une bourse PlayRight de 500 euros. Pepe arrive deuxième et reçoit également 500 euros de PlayRight. LaSemo – Graines de Scène a quant à lui mis en avant Pepe, assurément une voix de la chanson à suivre (repérée dans The Voice). Elle décroche le Prix LaSemo et le Prix Sabam. À Ronquières, c’est le trio liégeois pop-rock ShiroKuro qui a remporté la finale au Rockerill et ainsi obtenu sa place sur la scène du festival. Le même groupe a aussi terminé premier au tremplin du Baudet’stival 2026, avec une ouverture de la Mainstage à la clé. La suite? Il faudra suivre les finalistes du Concours Circuit (sélection live le 12 septembre) et puis aussi le retour du concours de la nouvelle scène francophone, Du F. dans le texte, qui ouvre ses inscriptions en ce début septembre.
• 99% Une compile 100% en soutien au peuple palestinien
99% est une compilation digitale qui réunit 16 artistes, principalement issu·es de la scène bruxelloise, à travers 14 morceaux inédits ou spécialement rassemblés pour ce projet coordonné par le collectif g2n (lui-même lié “historiquement” au collectif bruxellois Jeunes & Ambitieux·ses). Disponible en streaming et en téléchargement à prix libre sur Bandcamp, cette compilation est une initiative de soutien au peuple palestinien. L’intégralité des revenus sera reversée à deux associations engagées sur le terrain : Brussels for Palestine et Medical Aid for Palestinians. À travers leurs univers singuliers, les artistes réuni·es sur 99% affirment qu’au-delà de la musique, la création peut aussi devenir un geste de mobilisation et de solidarité. Vous y retrouverez : benedict scotvile, le talu, egutchi, Bilou & Daniel Bleikolm, Zedie, Zonmai & Big Balth, Linton, Maïa Blondeau, ANJEES G.G, cheapjewels, Carlsberg Slim et err walou.
• Brussels Jazz Vanguard And the winners are… Le Brussels Jazz Vanguard est un projet et concours musical lancé dans le cadre du Lotto Brussels Jazz Weekend (qui s’est déroulé cette année encore au mois de mai) pour soutenir la nouvelle génération de musicien·nes de jazz belges. Son objectif est de découvrir de jeunes talents, leur offrir de la visibilité et les aider à développer leur carrière, en leur offrant de nombreux prix de soutien et/ou de coaching et en les mettant à l’honneur sur une compilation, un album vinyle collectif intitulé Brussels Jazz Vanguard (vol. TWO). Pour la deuxième année consécutive, le Brussels Jazz Vanguard a ainsi mis en lumière les artistes qui font évoluer le jazz « in their own unique way ». Les organisateurs de préciser sur leurs RS : « Les lauréat·es de cette année nous ont émus, surpris et rappelé pourquoi nous faisons tout cela ». Quant au palmarès : Brussels Jazz Vanguard Winner/GLOMERIS Audience Award Winner/Bruusk
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Clap de fin pour JAM. La radio de la RTBF a cessé d’émettre en DAB+ le lundi 6 juillet, mettant un terme à six années de diffusion consacrées aux musiques alternatives et aux artistes émergents de la Fédération WallonieBruxelles. Lancée en 2019, la marque JAM s’était donné pour mission de faire découvrir le meilleur des musiques alternatives, avec une attention particulière portée aux talents locaux. Au fil des années, la station s’est imposée comme un espace de découverte privilégié, offrant une visibilité précieuse à de nombreux projets de la scène musicale belge francophone. Présent en DAB+, sur le web et les réseaux sociaux, le média s’était forgé une solide réputation auprès des mélomanes, des artistes et des chevilles ouvrières du secteur musical. Cette fin de diffusion en DAB+ s’inscrit dans le cadre du plan d’économies conclu entre la RTBF et la Fédération Wallonie-Bruxelles. Pour autant, la marque ne disparaît pas… complètement. Son flux musical reste accessible en streaming sur Auvio, tandis que son expertise éditoriale sera progressivement intégrée aux autres antennes du groupe. Reste donc une question en suspens : la place accordée ces six dernières années aux artistes émergent·es de la Fédération Wallonie-Bruxelles pourra-t-elle réellement être préservée sans une antenne qui leur est entièrement dédiée ? Tentative de réponse dans ce même magazine en page 28.
• Prix Joséphine Camille Yembe en lice Alternative aux Victoires de la musique, le Prix Joséphine – un hommage jumelé à la voix de Joséphine Baker et au refrain du Osez Joséphine d’Alain Bashung – récompense chaque année un album atypique, reconnu pour sa qualité, son audace artistique, sans considération de genre musical ni de notoriété. Inauguré en 2022, le Prix Joséphine est déjà venu consacrer des albums signés Oklou, November Ultra, Tuerie ou Bonnie Banane. Le jury de l’édition 2026, présidé par la chanteuse Pomme, a retenu l’album de la Bruxelloise Camille Yembe au sein de la liste des dix enregistrements en lice pour remporter le précieux trophée. Déjà récompensée du prestigieux Music Moves Europe Awards en janvier, la Belge fait figure de favorite à l’approche du sprint final, prévu le 30 septembre sur la scène de L’Olympia. Son album Jeune & Laide est en effet dans les petits papiers du jury, aux côtés de disques enregistrés par Chassol (Funny How?), Jowee Omicil (sMiLes), Lynn (La vie me va si bien) ou Sarāb (Mīt warde). Camille Yembe peut-elle s’imposer à Paris ? Tous les rêves sont permis…
En vrac
©ADÈLE BOTERF
L’entretien # album
# rap
Krisy La convergence des voix INTERVIEW : CHELSEA KINZUNGA
« Je continuerai à nourrir mon enfant intérieur », promet Krisy. Depuis plus de quinze ans, le Bruxellois bascule entre le micro et les coulisses, sous son nom ou celui de De La Fuentes. Avec Edward Risky, album intime, façonné entièrement en Belgique, il relie enfin toutes ses vies : l’artiste, le producteur et le passeur. Larsen
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L’entretien
Quand on vous demande de vous présenter, quel Krisy prend la parole ? euphoria serait le disque le plus personnel et Edward Risky le plus Me présenter ? Waouh ! Krisy, artiste bruxellois… enfin, débrouil- intime. Quelle différence ? lard bruxellois. Ça a toujours été difficile de me définir. Le mot qui euphoria reste le plus personnel, parce qu’il y a carrément ma me définit le mieux reste “Bruxellois”. Bruxelles, c’est la diversimère dedans. Edward Risky est peut-être le plus intime en tant qu’homme. Il m’a fait réaliser l’importance du temps dans les té, les cultures, la débrouille, le “bruxelloisisme”. Pendant longtemps, je pensais construire plusieurs carrières : artiste, producrelations. Pas seulement amoureuses mais toutes les formes de teur, réalisateur, entrepreneur… Mais elles se rejoignent toutes. relations, y compris celles avec ce que l’on aime. Pour moi, c’est Si je suis honnête, c’est une seule carrière. J’ai fait tellement de la musique, pour quelqu’un d’autre, le journalisme. Il y a le temps choses que j’ai parfois du mal à présenter tout ce que je sais faire. que tu y consacres et ce que tu attends en retour. Je parle aussi Et du jour au lendemain, je peux encore commencer autre chose. de l’Afrique et de la politique. Ce n’est parfois qu’une phrase mais elle résume ce que je pense. Pourquoi avoir créé les personnages Krisy et De La Fuentes ? Au départ, je me suis demandé s’il était possible de faire réussir une personne avec deux entités. J’ai vu que oui mais qu’il fallait faire attention à la manière de communiquer comme Krisy ou De La Fuentes. Pendant des années, j’ai surtout cherché comment présenter tout ce que je faisais. Beaucoup se limitent à une activité par peur de rater des opportunités en se diversifiant. Moi, je n’ai jamais eu cette peur, ni l’impression de me perdre. L’envie de créer des personnages vient de mon enfant intérieur. Krisy Quand on est enfant, on aime interpréter des rôles. Il y a une chose que je continuerai à faire jusqu’à la fin : le nourrir.
« Un lieu avec un abonnement et un studio, où on peut rencontrer des gens, ça aiderait les jeunes artistes. »
Il était comment, cet enfant intérieur ? Super agité ! Très, très agité. Heureusement, j’ai eu le sport, ça m’a beaucoup canalisé. J’ai joué au basket pendant quatorze ans. Ça m’a appris énormément de choses, comme la discipline, l’organisation et l’honneur.
Ces pratiques nourrissent-elles Krisy ou finissent-elles par l’écraser ? Elles le nourrissent. L’une va avec l’autre. Quand je produis pour un artiste, je peux lui proposer des idées. S’il ne les accepte pas, je peux les garder pour moi comme interprète ou les donner à quelqu’un d’autre. C’est pareil lorsque je réalise. Tout se nourrit. Dans Les mots d’Edward Risky, vous enchaînez les interrogations sur Krisy a besoin de la photo et de la vidéo. Une image peut m’ins- votre avenir, l’amour, les enfants ou encore la famille, comme dans un long monologue intérieur à 4h du matin. D’où est né ce morceau ? pirer un son ou une mélodie. D’une discussion avec ma grand-mère. Nous vivons dans le Comment restez-vous à votre place quand vous travaillez pour même bâtiment et son rêve, c’est que je lui présente quelqu’un. les autres ? Elle m’interroge régulièrement sur l’amour, les enfants, la famille… Et ce soir-là, elle m’avait particulièrement bombardé de Je n’ai pas de mal à rester à ma place. Je n’essaie pas de prendre le lead sur un projet qui n’est pas le mien. Je demande quel rôle questions. En rentrant chez moi, j’avais une mélodie qui tournait on veut que je prenne, je le prends, puis je me calme. Certains en boucle. Je me suis alors dit : “Pas de refrain, écris simplement cherchent un directeur artistique, d’autres un producteur ou un tout ce qui te passe par la tête, sans concession”. Le morceau ingénieur du son. Mon travail consiste à servir leur projet, pas est devenu une photographie de mes réflexions à cet instant à le confisquer. précis. Je suis très proche de ma grand-mère : je veille sur elle et, en retour, elle m’apprend énormément de choses, notamment Parmi toutes ces collaborations, laquelle a le plus déplacé votre sur ma culture. trajectoire ? Franchement, ma meilleure collaboration, c’est avec COLORS. Vous rêvez moins de chiffres que de collaborations avec des artistes Tout est parti de ma session de 2017 sur Julio & Sa Gogo Danseuse. qui placent la musique au centre. L’ambition a-t-elle changé ? L’équipe est à Berlin et elle ne savait même pas ce que je faisais Je crois que ça a toujours été l’un de mes rêves. Mais j’ai compris sous le nom de De La Fuentes pour des artistes francophones. qu’il fallait emprunter une route qui me permette d’être vu et enElle est tombée sur mes morceaux sur SoundCloud, où je postais tendu, avant de rediriger les gens vers ce que je voulais faire à sans trop réfléchir. À partir de là, tout est parti et nous avons la base. Tu peux avoir une très belle vision, tant que tu n’as pas gardé une très bonne relation. J’ai pu faire une deuxième sesfait tes preuves, on ne va pas forcément te prendre au sérieux, sion, ce qui n’est pas courant pour un rappeur francophone. ni même t’écouter. Ils m’ont aussi remercié d’avoir contribué à ouvrir ce marché aux francophones. Ce n’est pas une collaboration avec une personne Vous ne vous destiniez pourtant pas au devant de la scène… mais avec tout un groupe. Pas du tout. J’aimais être derrière, travailler pour des artistes et voir leurs projets prendre de l’ampleur. Je voulais être ingénieur L’album Edward Risky a été façonné entièrement en Belgique. Qu’estdu son, tranquillement. Mais lorsque tu as une vision, tu dois parce que ce cadre a rendu possible ? fois l’incarner pour pouvoir vraiment l’exploiter. C’est facile de Tous les producteurs viennent de ma structure, de mon équipe. dire aux autres ce qu’ils devraient faire si tu ne fais pas la moitié Ça m’a donné une liberté de fou. Sur euphoria, j’avais un concept de ce que tu recommandes. Je me suis dit : “Incarne ta vision mais auquel je voulais absolument me tenir, avec les émotions et les n’oublie pas ton but de départ”. Celui-ci reste de faire découvrir sentiments de chaque morceau. Avec Edward Risky, j’ai pu faire des artistes qui en veulent. Certains pourraient mourir pour être ce que je voulais, tout en racontant une histoire plus courte. à ma place, ils méritent qu’on crée une structure qui les aide à Et montrer qu’un projet pouvait être pensé, produit et développé ici. être vus et entendus.
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L’entretien
©ADÈLE BOTERF
Krisy : « On croit qu’avec un statut ou des abonnés, remplir l’AB est facile. Je te promets que non. »
La jeune scène belge vous considère-t-elle désormais comme un “grand” ? Je ne le vis pas comme ça. Bruxelles ne me renvoie pas cette image. C’est plutôt à Paris ou en tournée, à Toulouse ou Montpellier, que je vois concrètement l’amour que l’on me donne. Parfois, c’est même trop. Ici, on peut surtout me croiser en train de marcher. Quand on me demande : “Krisy, qu’est-ce que tu fais là ?”, ça me choque. J’habite ici, je suis chez moi. Je reste conscient de ce que je peux représenter mais c’est surtout mon âge qui me rappelle que je suis plus âgé qu’eux. Quand je vois de jeunes artistes faire de belles choses, je les regarde avec admiration. Pas comme un ancien qui dirait “je suis passé par là, vous allez voir comme ce sera compliqué”. Je ne veux pas adopter la posture de l’ancien qui donne des conseils. J’ai un “background” et de l’expérience ; je les partage, ensuite ils en font ce qu’ils veulent. Je préfère donner un avis. Un conseil peut être mal pris et relève parfois des goûts. En revanche, il existe des avis techniques à donner sur un mix. Je discute avec les jeunes, je leur donne des clés ou des contacts. Mais il manque encore un lieu où se réunir.
ce qu’elle représente et pour Jacques Brel qui y a donné une date mythique. Il est Schaerbeekois, moi aussi. J’aime les histoires et je voulais en raconter une à transmettre à ma famille, à mes enfants. La trajectoire d’une personne peut changer toute une famille. Remplir cette salle en venant d’où je viens et en faisant la musique que je fais, c’est quelque chose. Nous avions mis gratuitement un bus à disposition entre Bruxelles et Paris pour les personnes qui avaient leur billet. Ça me tenait à cœur. Aujourd’hui encore, je ne réalise pas. Le lendemain, je suis rentré et la vie a repris. J’ai besoin de ne pas trop m’arrêter sur les grands moments. Ma mère, mon frère et mes proches étaient là. Après l’Olympia, quel serait le prochain cap : le Zénith de Paris, Forest National ? En Belgique, Forest National ou l’ING Arena seraient difficiles à remplir. Je n’ai même pas de projet prévu ici. La demande est plus forte à l’étranger, surtout en France. Ce pourrait être un nouvel Olympia ou un Zénith de Paris, avec un vlog : « De Schaerbeek au Zénith ». Ce sera toujours de Schaerbeek à quelque part. En Belgique, l’Ancienne Belgique c’est déjà énorme. Pour un artiste belge francophone, c’est un vrai défi. Notre public n’a commencé que récemment à aller voir ses rappeurs en concert, alors qu’en Flandre il consomme depuis longtemps ce qui se fait chez lui. Les réseaux ont banalisé les chiffres, on croit qu’avec un statut ou des abonnés, remplir l’AB est facile. Je te promets que non. Mon entourage dit que je me sous-estime mais je préfère me voir plus bas que trop haut et être agréablement surpris.
LeJeune Club doit-il devenir ce lieu ? Je l’ai créé pour un groupe restreint car je ne peux pas accueillir autant de personnes que je le voudrais. Le but est d’avoir un lieu à Bruxelles – et pour la Wallonie – où des gens qui se ressemblent se réunissent. Beaucoup d’institutions sont gérées par des personnes qui ne ressemblent pas aux jeunes que nous voulons toucher. Il est difficile d’y entrer sans personne à qui s’identifier. L’enjeu va plus loin que le partage d’artistes en story. Un partage gonfle l’ego mais il n’y a parfois rien derrière. Tu ne crées pas une “fanbase” parce que je t’ai partagé. En revanche, un lieu avec un abonnement, un peu comme chez Basic-Fit, et un studio où rencontrer des gens, ça peut aider beaucoup plus.
Krisy Edward Risky LeJeune Club
L’Olympia représentait-il l’aboutissement de cette trajectoire ? L’Olympia, c’était mon objectif. Même pas un rêve : mon goal. Depuis tout petit, je me disais que c’était la scène à faire, pour
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L’entretien
Ses influences allant du rap français à la variété en passant par l’indie, Zonmai a toujours été difficile à catégoriser – mais à quoi bon ? Ceci dit, avec GRANITAS, elle prend un tournant un peu différent. « J’ai écouté plus de variété dernièrement, du coup il y a des éléments beaucoup plus organiques, alors qu’avant c’était plus électronique, explique Zonmai. Ma musique va vers un mélange de genres mais dans une direction plus concrète, beaucoup plus inspirée de chanson française… que j’aime beaucoup en vrai. Déjà il y a de la guitare et ma manière d’écrire change aussi. À la fois je réfléchis beaucoup plus à comment j’écris, et à la fois c’est plus automatique. J’aime bien que ça se fasse de manière fluide. » En plus de changer naturellement de style, Zonmai évolue aussi dans la production musicale : « J’arrive beaucoup plus à toucher à l’ordinateur et à la guitare, donc j’ai l’impression que j’arrive plus à toucher à la matière de la musique, là où avant j’avais juste des indications. » Autre différence notoire : Zonmai se produit maintenant avec deux musiciens sur scène et plus uniquement une DJ. « Il y a Bart au synthé et au piano, et Victor qui fait de la drum. Et c’est trop bien, dit-elle avec enthousiasme. Je ne me vois plus faire des concerts autrement ou alors, avec encore plus de gens sur scène. Comme vous créez vos trucs en live, le partage n’est pas du tout le même ; t’as vraiment l’impression de partager la musique avec ces personnes. Même quand il y a des problèmes techniques, on est ensemble ! »
# EP
# indie·pop
©RASTAGRAPHE
Zonmai
Zonmai
TEXTE : SOURIA CHEURFI
« J’ai rêvé de notre interview cette nuit et j’arrêtais pas de me contredire dans mes réponses ! » À l’occasion de la sortie de son EP GRANITAS sorti en juin dernier, on s’est posé avec Zonmai pour parler de variété française, des réalités de l’industrie musicale et de boissons sucrées.
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Zonmai GRANITAS Bleu Music/Cool Kiss
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ranitas, granitas, granitas, granitas… Plus vous répétez ce mot à voix haute, plus sa sonorité devient étrange. « Je sais pas, c’est trop marrant comme mot, ça sonne bien, explique Zonmai. Puis j’aime bien le fait que ce soit une boisson méga sucrée et écœurante. En fait, il n’y a pas d’autre explication que sa sonorité géniale et le fait qu’on ne le dit jamais. » Voilà, en gros, pourquoi l’artiste a décidé d’appeler son nouvel EP, GRANITAS. Après Make Up en 2025 et Birthday Saison en 2024, ce dernier EP vient compléter l’évolution d’une artiste qui s’ancre de plus en plus dans son style. Un EP par an, c’est un bon rythme de croisière ! « Je ne sais pas pourquoi ça se passe comme ça mais c’est rassurant, dit Zonmai. Ça enlève le vertige bizarre que tu peux ressentir après avoir sorti un projet. En fait, c’est bizarre de parler de GRANITAS maintenant car mon prochain projet est pratiquement terminé. »
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« Mon prochain projet est pratiquement terminé. »
Mais les limites économiques de la scène musicale sont réelles ; se produire en band présente d’autres enjeux de production et de finance. « Ça resserre un peu les concerts qu’on peut faire parce qu’on est dans un budget serré pour tout le monde. Je suis un peu triste de faire un peu moins de concerts mais c’est comme ça ! », regrette-t-elle. De plus, Zonmai vient de rompre avec son label et son management, ce qui présente d’autres enjeux pour la suite. Difficile de naviguer dans cette industrie. « Au début, quand tu as besoin de faire des concerts, tu acceptes tout, dit-elle. Mais en vrai, ce n’est pas du tout viable sur le long terme. Tout le monde s’arnaque un peu. » C’est donc un nouveau tournant pour Zonmai, à tous les niveaux. Une semaine avant notre interview, elle quittait Bruxelles après y avoir vécu six ans pour emménager à Paris et donner un coup de boost à sa carrière. « J’étais hyper triste de partir, conclut-elle. Mais je vais me confronter un peu aux gens de Paris qui sont toujours en train de faire plein de trucs ! »
# rencontres
T
rois ans après l’album Au Revoir Siméon, Swing appuie sur la touche F5. Histoire de rafraîchir son univers à la lumière d’un disque exemplaire. Mis en sons aux côtés du producteur Armand Tournier (Camille Yembe, Lujipeka, Oxmo Puccino), ce nouvel essai est une déclaration d’amour à la musique, aux instruments, à la toute-puissance du collectif. Ce sentiment, suggéré par une pochette foisonnante, se précise dans un enchaînement de couplets “afrodescendants”. Épaulé par CRC, Lafleyne, Mandy ou Aupinard, l’artiste bruxellois se réinvente à la faveur de mélodies langoureuses. Le virage est tel qu’il serait tentant de parler de transfiguration. Quand on lui demande à quoi tient cette métamorphose, Swing se veut d’abord hésitant, avant de répondre franchement : « Je suis retombé amoureux. » C’est donc la première chose qui vous vient à l’esprit quand vous repensez aux trois années écoulées ? Oui. On pourrait croire que je vais parler de musique, de la tournée ou de l’album précédent. Mais non. La première chose à laquelle je pense, c’est ça. Au revoir Siméon, c’était la fin de ma première histoire d’amour. Elle a duré sept ans et demi. Quand une relation comme celle-là s’arrête, tu te demandes forcément ce qui disparaît avec elle. Je ne craignais pas la solitude. En revanche, j’avais peur de perdre une certaine idée de l’amour, la sincérité des sentiments, tout ça. Finalement, je suis retombé amoureux. Je crois que tout est parti de là.
# album
# rap·soul
F5 est beaucoup plus intime que vos précédents projets. Vous semblez moins vous cacher derrière les mots. C’est aussi votre impression ? J’ai écrit l’album précédent au lendemain d’une rupture. On fantasme beaucoup sur cette idée que la souffrance fait naître les meilleures chansons. D’abord, je n’en suis pas certain. Ensuite, il faut être capable d’assumer et de vivre avec des morceaux qui, sur le fond, te ramènent sans cesse à un moment où tu n’étais pas bien. Être artiste, c’est étrange : tu chantes publiquement ta version de l’histoire, mais la personne en face n’a pas le même espace d’expression pour te répondre. Avec le recul, je crois que ça m’a rendu plus prudent. Désormais, je me sens libéré.
©JULIEN VERMEIREN
En 2024, vous fermiez une fenêtre avec un EP intitulé ALT F4. Aujourd’hui, vous la rafraîchissez avec F5. Quel lien faites-vous entre ces deux projets ? À l’époque de ALT F4, je m’étais déjà dit que j’utiliserais peutêtre “F5” un jour. Mais seulement si ça correspondait à ce que je vivais. Quand je suis retombé amoureux, le moment m’a semblé opportun. J’avais réellement l’impression d’actualiser quelque chose. Même musicalement.
Swing INTERVIEW : NICOLAS ALSTEEN
Faut-il souffrir pour s’épanouir ? Peut-on réellement atteindre la plénitude ? Toutes ces questions – et bien d’autres encore – s’invitent en filigrane de F5. Le nouvel album de Swing se détache du rap pour invoquer les esprits de la soul et du gospel. Des chœurs, de l’amour et un lien renouvelé à la spiritualité guident l’artiste vers des sommets insoupçonnés.
Sur F5, le rap est en retrait. Les instruments prennent davantage de place. Les sons évoluent vers des ambiances soul-jazz, gospel ou RnB. Pourquoi ce virage ? Ce qui est génial avec le rap, c’est que tu peux t’y mettre sans connaître le solfège ni jouer d’un instrument. Mais, au bout d’un temps, le risque de tourner en rond existe. Travailler dans un studio aussi prestigieux que l’ICP avec un guitariste, un bassiste et un batteur, c’est un aboutissement. Depuis le début de ma carrière solo, mes références musicales me poussent dans cette direction. D’Angelo, Anderson .Paak, Isaiah Rashad ou Childish Gambino sont des artistes qui m’inspirent. Ils ont cette faculté à mélanger les styles, de façon ultra organique. J’avais envie d’une musique où les instruments racontent autant que les paroles. Avant d’entamer votre carrière, vous avez terminé un bachelier en sciences médicales. Vous avez déjà envisagé la possibilité de revenir à ce métier ? Jamais. J’ai terminé mes études il y a dix ans, donc revenir dans le médical n’aurait plus vraiment de sens. Je ne peux pas débarquer dans un hôpital en soutenant que je sais vaguement comment soigner les gens. Ce serait de la folie. On verra où la musique me
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# rencontres
mène. Ce n’est pas moi qui décide. Ce serait prétentieux d’avoir des certitudes sur ma longévité dans ce milieu. Si un jour ça ne fonctionne plus, j’aurai une autre vie. Mais ce ne sera pas un échec. Parce que je suis conscient de ma chance, du chemin parcouru en studio et sur scène.
© CHA RLOTTE STEPPÉ
Swing
« Je suis retombé amoureux. Je crois que tout est parti de là. »
Sur le nouvel album, un morceau comme Dis-moi évoque de façon assez frontale la disparition de votre grand-mère. C’était important d’en parler ? Oui. Parce que son décès a changé quelque chose en moi. Déjà, ce n’était pas une mort comme les autres. Ma grand-mère a choisi de partir. Elle nous avait toujours dit que le jour où elle ne pourrait plus vivre comme elle l’entendait, elle ne voudrait pas continuer. Et puis un jour… Cette phrase est devenue concrète. D’un coup, il y avait une date dans l’agenda. On connaissait le jour de sa mort. C’est étrange, parce que tu commences déjà ton deuil alors que la personne est encore là. Avant qu’elle parte, nous avons eu le temps de parler, de rire, d’être ensemble. Nous avons presque INTERVIEW : CHELSEA KINZUNGA célébré son départ avec elle. Formée au piano et au solfège à Anderlecht, Yasmine écrit ses Cet épisode a-t-il changé votre rapport à la mort ? premières chansons à 17 ans. Je revois encore son départ. Les médecins l’endorment. Ensuite, Après s’être lancé le défi de sortir ils injectent les produits. Tu peux littéralement entendre la der- un morceau par mois en 2025, la nière respiration… Moi, je n’ai jamais eu peur de la mort. Ce qui Bruxelloise a changé de dimension m’angoisse, c’est la maladie, la souffrance, les hôpitaux. Mais avec Ma mère c’est mon père. pas la peur de partir. Ce qui me touche, c’est l’idée des gens qui Présenté le 26 juin, Le single restent. Ma grand-mère était la dernière personne de la famille 7 rend hommage à sa famille qui vivait vraiment sa foi. Elle priait tous les jours. Quand elle est choisie. Avant FrancoFaune en partie, je me suis surpris à me poser une question toute simple. octobre et un EP en fin d’année, Qui priera pour moi, maintenant ? trois questions rapides…
Yasmine
Sortir un morceau par mois en 2025, c’était une manière d’arrêter de trop réfléchir ? Complètement. J’étais dans la “surréflexion”, je faisais plein de chansons, puis je me disais qu’elles n’étaient pas parfaites et je ne sortais rien. Ce défi m’a forcée à dépasser mes attentes de perfection et à suivre le ressenti du moment. Ça m’a libérée, permis d’explorer de nouveaux styles et, surtout, de commencer à construire un public. Sans sortir de musique, on ne peut ni toucher les gens ni raconter notre histoire.
Vous êtes croyant ? Je ne sais pas. C’est compliqué. J’ai longtemps rejeté l’institution. Parce qu’elle me ramène à la colonisation, à la manière dont la religion a été imposée dans certaines parties du monde. Quand tu as des origines rwandaises, tu te demandes forcément à quoi croyait ta famille avant, ce qui a disparu. Et en même temps, certaines idées du catholicisme me touchent profondément. Le pardon, par exemple. Je ne sais pas dans quel monde on vivrait sans ça. Donc oui, je m’interroge. Je ne sais toujours pas très bien où je me situe par rapport à la religion. Mais il y a, dans cette tradition, des choses auxquelles je reste attaché.
Swing F5
À qui s’adresse le morceau 7 ? À mes amis. Je n’ai ni frère ni sœur, alors ma famille, ce sont eux. Ils sont là depuis le début, au premier rang
Labrique/Demain [PIAS]
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de mes concerts, à chanter mes chansons. J’avais besoin d’écrire un hymne pour leur rendre hommage. Le chiffre 7 est d’abord venu parce qu’il rentrait bien dans la chanson, puis c’est devenu une blague dans notre groupe : “On est six, il en manque un ; on est huit, il y en a un de trop !”. Je pourrais difficilement avoir plus de sept amis auxquels donner tout mon amour. Une amitié se nourrit et j’ai besoin d’y être à 100%. FrancoFaune représente-t-il un nouveau cap pour vous et votre carrière? C’est l’un de ces petits signaux qui me montrent que le chemin avance. J’y ai découvert, il y a quelques années, des artistes sur lesquels j’avais un crush musical et qui jouent aujourd’hui sur de grandes scènes. Je vois FrancoFaune comme un très bon détecteur de talents. Être invitée me prouve que mon équipe et moi ne sommes pas les seules à croire en mon art. C’est extrêmement gratifiant. Et puis je me suis découvert cette année un amour inconditionnel pour la scène : j’ai hâte de jouer et d’aller voir les copains.
# rencontres
© DR
# electro
Caroline Reinault
Xaxalxe
In.Out.Sider Festival
TEXTE : SOURIA CHEURFI
TEXTE : PHILOMÈNE RAXHON
Les 8, 9 et 10 octobre prochains, à LaVallée, le festival In.Out. Sider revient pour sa cinquième édition. Caroline Reinault, project manager, dresse le portrait de cet événement pas comme les autres. In.Out.Sider, c’est quoi ? C’est un festival né du désir de mettre en avant des artistes trop peu représentés sur la scène musicale actuelle. Il y a un foisonnement de projets portés par des personnes en situation de handicap mais trop peu d’espaces qui leur permettent de se produire sur scène. Notre volonté est d’offrir un lieu de représentation à ces artistes en marge. De base, le festival était axé sur la musique, mais il est depuis devenu pluridisciplinaire. Cette année pour l’ouverture, on propose une projection au cinéma Aventure, avec une discussion autour de la représentation de la psychiatrie à l’écran. On a aussi des performances, du cirque, des expositions d’art plastique. Plusieurs disciplines se croisent, avec un focus sur les personnes “en marge” dans le sens large du terme. Quels ont été les retours sur les éditions précédentes ? La première année, on avait un public très sensibilisé au handicap, ce dont on a voulu se défaire au fur et à mesure des éditions. Le festival a lieu
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à LaVallée, un espace culturel qui permet d’attirer un public curieux des expérimentations musicales en général. On mixe dans notre programmation des têtes d’affiche qui font venir du monde avec des artistes beaucoup moins connus dont c’est parfois la première scène. On aime que le public vienne pour écouter un gros nom mais découvre aussi des artistes avec des handicaps parfois assez lourds. Les gens sont très souvent étonnés mais ravis. On pense que c’est comme ça qu’on peut faire évoluer les mentalités.
Minimalisme, Game Boy et chants médiévaux : c’est tout l’univers de Lucia ! On retrouvera par ailleurs Xaxalxe à l’affiche du In.Out.Sider Festival.
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our beaucoup, le premier objet de rencontre avec la musique était un CD, une cassette, un clip sur MTV ou MCM, un poste radio dans une voiture, un lecteur MP3, un lien YouTube, ou plus tard, un lien d’écoute sur une plateforme de streaming. Une certaine nostalgie entoure les premiers morceaux que l’on a écoutés de notre propre gré ; qui ne sortaient pas de l’armoire de nos parents. Pour Lucia, ce premier contact s’est fait avec une console. « Quand j’étais enfant, les jeux vidéo étaient une forme d’échappatoire, dit-elle. Mais il y avait aussi une composante musicale : avant d’avoir des CD dans ma chambre, j’avais la musique de mes jeux. Parfois, je lançais un jeu juste pour l’écouter. » Adolescente, avec ses ami·es, elle gère une page Facebook de partage de musique puis lance une émission radio et des événements. À force d’être entourée de musicien·nes, elle finit par mettre la main aux câbles. « J’étais curieuse de savoir comment tout fonctionnait. C’est comme ça que j’ai appris à mixer et composer au début. »
Qu’est-ce qu’il ne faudra pas rater lors de cette édition ? Il y a le groupe de post-punk The Psychotic Monks, qui a travaillé sur un projet avec trois personnes en situation de handicap lors du festival Futur Composé (qui collabore avec des personnes sur le spectre autistique, – ndlr) à Paris il y a deux ans. Ils vont venir rejouer leur projet sur la scène de In.Out.Sider. On a aussi un duo émergent, Wodiwo, qui mélange du chant tribal et de l’électro, et le duo Splitter Flatter, à la performance vraiment difficile à décrire. C’est un peu ça notre programmation : des groupes, des DJs, des artistes qui ne rentrent pas dans les cases mais qui produisent quelque chose d’étonnant.
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Espresso
©RTBF IXPÉ
# 8·bits
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En parallèle, sa fascination pour la musique de jeux vidéo persiste et elle décide de « tout mettre ensemble » avec son projet Xaxalxe. Son set-up est minimaliste : une mixette, des effets et deux Game Boy Color avec le jeu Little Sound DJ. Le jeu permet de composer des notes et de changer leurs tonalités dans les limites de ce que peut faire la console. « Tous les sons sont générés en live par les consoles quand je fais des concerts », explique Xaxalxe. Cette contrainte est un choix conscient, « ça m’oblige à plus explorer les mélodies, les répétitions, et d’autres aspects sur lesquels je peux jouer ». Elle ajoute à ses compositions de la voix et du texte, né de notes rédigées sur son téléphone quand elle « déborde d’émotions ». Toujours dans une approche minimaliste, elle s’inspire, entre autres, de chants traditionnels et médiévaux. « Pas mal de ces musiques n’ont qu’un seul accord et une voix dessus. Je trouve ça très fort, conclut Lucia. Et il n’y a pas besoin de plus ! »
# rencontres
# EP
©MAYLI STERKENDRIES
# pop
# album
Idyl
©CHARLOTTE WILLEMS
# rock
Doowy
TEXTE : PHILOMÈNE RAXHON
TEXTE : PHILOMÈNE RAXHON
Représentante d’une chanson française nouvelle génération, Idyl dévoile son premier EP, Naïve, aux arrangements délicats et à l’imaginaire foisonnant.
Le premier album de Doowy débarque à la rentrée et renoue avec le premier amour du producteur de Lost Frequencies et Mustii : le rock.
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J’espère juste qu’on va le trouver sincère », annonce avec pudeur Idyl au sujet de son premier EP, Naïve. Et comment en serait-il autrement ? Tout au long des cinq morceaux qui composent ce disque, l’artiste bruxelloise livre son regard sur l’expérience à la fois singulière et universelle qu’est le passage de l’enfance à l’âge adulte. « Ce monde qu’on découvre en grandissant et qui n’a pas de manuel d’explication », illustre-t-elle. Idyl raconte ce chemin sur une pop douce et texturée, relevée d’un synthé à la Vendredi sur Mer, d’une basse éclatante ou encore d’une guitare acoustique. Elle cultive une chanson française inspirée par des artistes anglophones comme Sade, Phil Collins ou Bryan Adams : « des voix touchantes où l’émotion est très présente », résume la chanteuse. Des paroles à la production signée Simon Le Saint (Stromae, Aya Nakamura), « rien n’a été forcé, assure-t-elle, je chante sur ce qu’il y a autour de moi et sur ce que les gens disent, aussi ». Dans ses chansons, Idyl parle d’éco-anxiété, du paysage économique et social
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auquel est confrontée une génération marquée par des crises successives. « En tant que jeune génération, c’est compliqué de trouver sa place et de se construire un avenir dans ce climat », poursuit-elle. Les paroles de l’artiste prennent pourtant le contre pied de ces préoccupations terre à terre. Sous la plume d’Idyl, le manque de repères devient « le film passe et je n’ai pas de rôle » sur le titre L’ennui. La musicienne chante Méduse, les roses rouges, les sortilèges ou la lune, adopte les codes des œuvres de fantasy et contes qu’elle aime depuis toujours. « Je m’inspire beaucoup de ces films des années 2000 qui n’ont pas vraiment d’époque et où les personnages vivent une quête interminable, explique-t-elle, je pense au Seigneur des Anneaux, à Narnia, ou aux contes de Marlène Jobert, qui m’ont beaucoup marquée ». Pour affronter ce monde épineux, mieux vaut enfiler son armure.
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n l’a connu chantant les Soirées Tropicales en look pastel, boule disco sous le bras. À l’aube de la sortie de son premier album pourtant, Doowy opère un retour à ses racines rock adolescentes, mêlant son parcours de musicien et producteur pop-électro à une énergie rock assumée. « Sans pour autant nier ce que j’ai fait avant, précise l’artiste, car me présenter avec une mèche rose, je considérais déjà ça rock’n’roll ». Le single Jouer seul reflète cette nouvelle ère, qui voit aussi Doowy explorer des paroles plus dépouillées à la façon des artistes qui l’inspirent, comme Orelsan, Ben Mazué ou Kemmler. « J’ai toujours beaucoup aimé la métaphore mais c’est une sorte de couverture, admet-il, alors que les textes plus directs sont tout autant touchants ». Dans ces paroles sans artifice, l’artiste parle de rupture, de découverte intérieure, d’amour propre. « J’avais envie de revenir à quelque chose de très authentique et brut, poursuit-il, je suis excité mais aussi effrayé parce que c’est la première fois que je suis si vulnérable et totalement transparent. »
Idyl Naïve (EP) Vérité/Modulor
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Dans ce nouveau projet, le musicien ne se contente pas de se montrer vulnérable. Il invite son public à faire de même. « Cet album est une façon de dire aux gens “venez, pleurons ensemble, guérissons ensemble, faisons-nous du bien ensemble et comprenons-nous” », lancet-il. En échange, Doowy ne demande à son public qu’une petite chose : retourner l’invitation. En juin dernier, il réalisait le premier Doowy chez moi, une série de concerts privés chez qui en ferait la demande. Face à la pression qui pèse sur les artistes d’exister sur les réseaux sociaux, le producteur a choisi de miser sur « le porte-à-porte, la connexion directe » pour toucher son public et l’embarquer dans son (nouvel) univers. Après avoir rempli la Rotonde puis l’Orangerie du Botanique, Doowy franchira une nouvelle étape le 29 septembre prochain, date de son premier concert à l’Ancienne Belgique. Doowy Brut Pastel Sunset Records
# rencontres
©SIMON VANRIE
#rencotnres # album
# pop-rock
Girls in Hawaii INTERVIEW : DIDIER STIERS
Vingt-cinq ans de parcours au compteur et les revoilà avec Eldorado, un cinquième album qui sort ce 25 septembre. Les peut-être « derniers des Mohicans », dixit Antoine Wielemans, ont la nostalgie joyeuse, et renoué avec un certain artisanat… Larsen
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# rencontres
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ldorado, Everest, Plan your escape… Il y a souvent comme 50 fois un morceau sur deux ans, ça nous manquait. On s’est fait une idée de lieu, de géographie, de déplacement dans le des sessions de ping-pong créatif : je lui envoyais un titre, il chantitre des albums des “Girls”. Coïncidence, ou jeu de piste ? geait le tempo, tripatouillait tout, et me le renvoyait. La tournée « C’est plutôt une coïncidence », nous assure Antoine des 20 ans (en 2023, quatre AB complètes, – ndlr) a aussi été un Wielemans. C’est qu’au sein du groupe, on aime ces mots un peu vrai game changer. On jouait sans la pression d’une sortie d’almystérieux, dans lesquels on peut mettre pas mal de choses pas trop bum, d’une promo ou de clips à tourner. On a juste pris le temps évidentes… « Ou qui pour nous renferment des secrets… “Eldorado”, de savourer et ça nous a redonné une envie folle de composer. c’est mystérieux et en même temps contemporain. Ça résonne avec la folie du monde actuel : la ruée vers l’or, les pionniers, les crises Comment s’explique votre longévité dans le milieu ? migratoires… et cette idée un peu stupide d’amasser des richesses Je pense que c’est parce qu’on a été lents et plutôt rares. On met qui creuse les inégalités. Mais pour nous, le vrai sens, c’est la quête. à chaque fois entre cinq et neuf ans pour sortir un disque ! Après chaque cycle, on prend un an ou deux pour respirer et attendre que C’est l’histoire de la pépite qu’on cherche encore après 25 ans. » l’envie de retravailler ensemble revienne naturellement. Ça permet d’aplanir les tensions, les guerres d’egos… Depuis le décès de Après tout ce temps, le plaisir de la chercher est toujours intact ? Pierre (Pierre Van Braekel, en juillet 2022, – ndlr), notre manager Antoine Wielemans : Trouver une mélodie ou une idée qui nous fait kiffer à fond a encore le pouvoir de nous rendre intensément heuqui gérait l’humain comme un grand frère, on est aussi attentifs reux pour un moment. Ce serait prétentieux de dire qu’on arrive à aux énergies et aux besoins de chacun. On se parle beaucoup. trouver la pépite mais, chez nous, c’est un but de recherche et un plaisir dans la vie. C’est un peu comme ça qu’on sélectionne nos idées : on peut en avoir 20, 30, 40 pour un disque et ce qui reste finalement, ce sont les 10 qui nous ont le plus percutés et dont on a vraiment été les premiers fans. J’écris des morceaux, Lio (Lionel Vancauwenberghe, deuxième tête pensante du groupe, – ndlr) écrit des morceaux, après on les travaille à deux, mais c’est d’autant plus facile pour moi que j’ai une faculté à pouvoir tomber Antoine Wielemans amoureux des siens. En tout bien tout honneur (rires).
« Il ne reste plus beaucoup de groupes comme nous en Belgique. »
Antoine Wielemans
« Il faut d’abord que ça sonne, on verra bien après ce que ça raconte ! »
Plutôt que le thème, c’est la mélodie, trouver une mélodie qui prime ? Pour Everest et Nocturne, on cherchait des textes profonds, narratifs, sociétaux… C’était une étape importante, mais c’est souvent devenu invasif au détriment de la mélodie et du côté pop. Pour Eldorado, on a fait le choix très conscient de revenir à l’esprit du premier album. On écrit sur un coin de table ce qui nous passe par la tête, “en mode Beatles” : il faut d’abord que ça sonne, on verra bien après ce que ça raconte !
Vingt ans plus tard… vous ne seriez pas les “parrains” de la scène alternative actuelle en Belgique ? Les parrains, je ne sais pas, mais on a clairement l’impression d’être les derniers des Mohicans ! (rires) À part Ghinzu qui sort aussi un disque ou Balthazar en Flandre, il ne reste plus beaucoup de groupes comme nous en Belgique. Aujourd’hui, avec les difficultés économiques du secteur, monter un projet à cinq ou six musiciens, avec de gros arrangements, très “musique jouée”, c’est devenu financièrement impossible. Si on devait lancer l’histoire de Girls In Hawaii aujourd’hui, ce serait infaisable. Les projets actuels se sont ultra-simplifiés sur scène : un, deux, ou trois musiciens maximum. Alors, quand les gens viennent nous voir, ils assistent à quelque chose qui se fait de plus en plus rare parmi les groupes belges…
Et le public répond présent : votre première date à l’AB est déjà complète, la deuxième, quasi… Eldorado sort chez les Bruxellois de Capitane Records où l’on a une C’est une surprise totale et un soulagement de dingue ! Après vraie philosophie de la communauté. Ça vous parle ? neuf ans sans album original depuis Nocturne, tu te demandes Énormément. Aujourd’hui, je pense qu’il n’y a plus cinquante faforcément si les programmateurs vont suivre et si ta musique inçons de gérer un label indépendant et de faire vivre la musique. téresse toujours les gens. On est super agréablement surpris par Le concept de Capitane, qui intègre directement les fans et les le remplissage des salles. On s’apprête à faire une quarantaine passionnés de musique en les responsabilisant, c’est l’avenir. de dates, beaucoup en France, et on mesure notre chance ! C’est une approche humaine et collaborative qui colle parfaitement à notre vision actuelle.
Les “parrains” Vous avez fêté les 20 ans de From here to there : vous y replonger a influencé votre travail sur Eldorado ? Avec un peu de nostalgie ? Oui… Se rendre compte que ce disque réunit encore des gens 20 ans après, c’est le plus beau cadeau pour un musicien. Ça nous a donné envie de refaire un album “bricolé” à la maison, Lio et moi. Les deux précédents avaient été faits en studio avec un producteur externe. Ici, le fait de chipoter chez soi, de rouvrir
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Girls in Hawaii Eldorado Capitane Records/Goldo/Girls in Hawaii/Modulor
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# rencontres
Ce voyage donne l’occasion au trio liégeois de sceller des trajectoires croisées. Si Sébastien Beaumont dicte le tempo, Ben Baillieux-Beynon et Nicolas Berwart se connaissent pour avoir partagé l’aventure indie rock de Paon. Quant au bagage de Ben, il est solide : il a mené un projet solo, Ébbène, mais a surtout été le leader des Tellers, voilà une vingtaine d’années. Avec Fervents, les garçons opèrent un retour radical à l’électricité. À Oakland, pas d’écrans. Tout est capté en direct sur bande magnétique. Trois musiciens dans une pièce, les amplis à fond, et une règle d’or : « You gotta learn to love it », dixit Shirley ! « On a dû travailler comme si on partait en tournée. Cela t’oblige à penser le morceau comme un tout », explique Nicolas.
Fervents
« Nos morceaux parlent d’aliénation, de la pression moderne. Un sujet universel qui touche tout le monde. »
# album
© DR
# rock·garage
Fervents TEXTE : DIDIERS STIERS
Le trio punk-rock-garage liégeois, dans lequel, c’est notable, chacun donne de la voix, nous revient avec un premier album enregistré du côté… d’Oakland ! L’art du lâcher prise.
P Fervents Service For The Sick
our accoucher de leur premier LP, intitulé Service For The Sick et attendu pour ce 9 octobre chez Capitane Records, les trois de Fervents ont traversé l’Atlantique et sont allés s’enfermer dix jours en Californie. Tout commence par un coup de cœur. En écoutant un disque de Gouge Away, groupe hardcore de Floride qui « sonnait méga bien » (sic), Sébastien Beaumont (batterie/chant), Nicolas Berwart (basse/ chant) et Ben Baillieux-Beynon (guitare/chant) flashent sur la production organique de Jack Shirley (Deafheaven, Oathbreaker…). « On lui a envoyé un mail… ». Le producteur leur répond rapidement et les invite dans son sanctuaire analogique : The Atomic Garden, près d’Oakland.
Capitane Records
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Mais l’aventure dépasse le studio. En débarquant fin 2025 à East Oakland, le groupe se prend une claque. « Le jour avant notre arrivée, une fusillade avait eu lieu devant le studio. Jack nous a interdit de sortir seuls la nuit », raconte Ben. Le contraste est violent entre les villas cossues et, trois blocs plus loin, des rues peuplées de zombies chargés au Fentanyl. Cette misère résonne puissamment avec leurs textes. « Nos morceaux parlent d’aliénation, de la pression moderne. Un sujet universel qui touche tout le monde et traverse l’album. Là-bas, on a vu ce que ça donnait poussé à l’extrême. » On comprend mieux le titre de l’album. Comme l’écho d’une société malade… Ben Baillieux-Beynon s’active surtout la nuit, pour exorciser ces/ses démons : son moment de prédilection, pendant lequel le travail d’écriture se fait purement viscéral. Pas de recette magique, car tout part d’une phrase lue ou entendue… L’artiste traque les mots, histoire de trouver ceux qui résonnent. Chaque syllabe doit chanter, vibrer, posséder sa propre mélodie afin de coller au rock rugueux de Fervents. Sur scène comme en studio, ce cri est porté collectivement par une hydre à trois têtes qui hurlent à l’unisson. L’une des caractéristiques du groupe reste en effet l’usage des trois voix, qui surprend et marque immédiatement l’auditeur. Pas de chichis ni de calculs savants : c’est l’héritage punk en action ! Inspirés par les Clash, Ben, Sébastien et Nicolas scandent les refrains tous ensemble pour un effet uppercut garanti. Si le premier mène souvent le bal, le second prend le lead sur le refrain de Broken home. Une polyphonie sauvage, ultra-efficace et parfaitement instinctive, née dès leurs débuts en 2021. Les Liégeois n’ont certes pas inventé la poudre mais ils savent fort bien comment jouer avec les allumettes !
# rencontres
dance music acoustique dont l’orgue serait le seul acteur. Tout son travail est aujourd’hui basé sur le contrôle MIDI. « La musique que tu peux entendre sur ces disques n’est jamais traitée. C’est exactement ce que tu entends dans l’église. » Maxime Denuc vient de la techno expérimentale mais a toujours aimé la trance. « La trance épique méditerranéenne d’Ibiza mais aussi potentiellement les synthés euphoriques hollandais. Une critique de Nachthorn par le disquaire mancunien Boomkat faisait référence à Kali Malone et à Enya mais aussi à Lorenzo Senni et Paul van Dyk. Alors je me suis dit : essayons de faire quelque chose qui s’inspire de la trance. J’aime faire de la musique d’after. C’est mon moment préféré. Celui aussi où je préfère jouer. »
Maxime Denuc
« C’est un disque chaud. Un disque d’été. »
# album
# électrorgue
© GRIET BEELPREZ
Maxime Denuc TEXTE : JULIEN BROQUET
Toulousain de Bruxelles qui fait de l’électro à l’orgue d’église, Maxime Denuc signe avec Club Imperiale une after de mariage sous le soleil des Baléares.
« Maxime Denuc Club Imperiale light-years
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Il y avait encore un tas de choses à faire. Plein de nouvelles pistes à explorer. » Aventurier de l’électronique et chercheur en lieux de culte, Maxime Denuc est parti fabriquer son nouvel album, Club Imperiale, là où il avait bossé le précédent, Nachthorn. Soit à l’église Saint-Antoine de Düsseldorf et sur son même grand orgue. « Certaines églises me demandaient 500 euros par jour pour y travailler. À Düsseldorf, ils ne font pas ça pour l’argent mais parce qu’ils ont envie que la musique d’orgue avance. » Co-fondateur de Plapla Pinky, un duo célébré pour son approche atypique de la musique de club, quelque part entre la rave, le baroque et la musique contemporaine, Maxime Denuc est un grand bâtisseur. Il construit des ponts entre la maison du seigneur et la musique produite par ordinateur. Imaginez une
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Et donc, Denuc a beaucoup écouté de trance méditerranéenne des années 90. Federico Franchi, Vana Imago mais aussi des vieilles compiles du Café del Mar à Ibiza. « Ça m’a pas mal inspiré pour la composition. J’ai repris des gimmicks que j’ai modifiés et que j’ai joués à l’orgue. » Club Imperiale a aussi été marqué par le mail d’un Belge qui avait entendu un de ses morceaux (Infinite End) joué à l’orgue au mariage de son fils à Minorque et qui voulait la partition pour la reproduire chez lui. « J’ai reçu une vidéo et j’ai commencé à me demander ce qui s’était passé après. À imaginer une déambulation à Ibiza avec des garrigues, des falaises, de l’eau, des églises et des villages tous blancs, mais aussi les basses d’un club au loin. J’ai un peu trippé. C’était en même temps une vision totalement imaginaire parce que je n’y suis jamais allé, moi, à Ibiza. » Le titre de l’album fait référence à une boite de nuit transalpine. « C’est un disque chaud. Un disque d’été. En continuant à chercher, j’ai trouvé des archives sur un club de la côte toscane, pas loin de Pise. Le Club Imperiale est un endroit un peu mythique des années 90 avec vue sur mer. Il a été l’un des premiers en Italie à proposer de l’after mais c’est aujourd’hui un bâtiment à moitié abandonné. » Maxime Denuc a sur le tard étudié la musicologie à la Sorbonne et y a découvert 1.000 ans de musique. « Ça me fait rire quand les gens me disent qu’ils n’aiment pas la musique classique. Ça regroupe tellement de choses. » Il a également suivi un master en sociologie de la musique. Taraudé qu’il était par la question des publics, des dispositifs d’écoute et des codes musico-sociaux. C’est avec Raphaël Hénard et Plapla Pinky qu’il a commencé à se passionner pour l’orgue et à travailler sur l’idée de l’after. « Quand on rentrait de sortie, on n’écoutait pas de la techno. On écoutait Bach, ses chorals et la puissance de l’orgue. Chez Bach, tu as des choses virtuoses mais aussi des pièces très très simples pour l’église. Moi, j’appelle ça la pop des 17e et 18e siècles. Je vois quand même une similarité et des liens étroits avec l’électronique. À l’époque où les orgues sont nés, c’était la seule chose, à part peut-être le tonnerre, qui pouvait produire des sub-basses pareilles. »
# rencontres
Kudsi Ergüner et Gurdjieff Son nouveau disque, consacré à la musique et à la philosophie de Gurdjieff, partagé avec le flûtiste turc Kudsi Ergüner et le pianiste grec Yiorgos Bereris, s’inscrit dans cette lignée. « L’idée vient d’Erguner, figure majeure de la musique turque et du ney, dont le lien avec Gurdjieff remonte loin. » Le projet s’appuie sur les transcriptions pianistiques réalisées par Thomas de Hartmann. « Le propos de ce disque, c’est d’éclairer les origines purement orientales des mélodies de Gurdjieff, explique Driessens. Il ne s’agit donc pas de rejouer un répertoire figé mais de le ramener vers la ligne mélodique, les modes, les micro-intervalles et une respiration plus orientale. »
# album
© DR
# Gurdjieff
Tristan Diessens
« On ne va jamais essayer de reproduire deux fois la même improvisation. Ce n’est pas le but. »
Tristan Driessens TEXTE : JACQUES PROUVOST
De retour de trois jours de résidence, ou plutôt de retraite, seul avec lui-même et son oud, Tristan Driessens évoque le parcours qui l’a mené à collaborer avec Kudsi Ergüner sur Gurdjieff – Remembrance of a Forgotten Path.
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George Ivanovitch Gurdjieff Remembrance of a Forgotten Path Kudsi Ergüner/ Tristan Driessens/ Yiorgos Bereris Seyir Muzik
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hez Tristan Driessens, le oud est bien plus qu’un instrument, c’est un compagnon de route, une manière d’habiter le monde. Rien, pourtant, ne destinait le musicien belge à faire de ce luth oriental le centre de sa vie. « Je suis vraiment un vrai Belge qui s’est intéressé de très près à une musique qui ne faisait pas partie de mes origines », confie-t-il. Son parcours prend racine à 13 ans, sur les routes d’Europe, aux côtés de sa mère et de ses sœurs, dans une roulotte tirée par des chevaux. Pendant sept ans, il voyage, découvre d’autres paysages, d’autres sonorités. En Espagne, vers 18 ans, il entend des musiciens jouer de la musique séfarade. « Je faisais déjà un peu de guitare mais quand j’ai découvert le oud, ça a été un coup de tonnerre. Je savais que cet instrument allait prendre une place centrale dans ma vie ». Il se plonge alors dans l’étude du oud et des traditions qui l’ont porté. Maroc, Irak, Égypte, Turquie, Iran : son chemin se construit au fil des rencontres, des maîtres et des répertoires. « Je n’ai pas voulu aborder cet instrument comme quelque chose d’exotique, avec une belle sonorité, mais vraiment creuser profondément dans la culture d’où il vient. » De là naît un style singulier, entre fidélité à la tradition et goût de la traversée, rigueur et liberté.
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Faire cohabiter les quarts de ton du oud et du ney avec le piano n’est pas simple. C’est là que l’arrangement devient art de l’équilibre. « Kudsi a réussi à garder une musique à quart de ton, à micro-degrés, tout en y intégrant le piano sans que ça fasse un clash. » Les improvisations, ou “taqsims”, relient les thèmes entre eux et changent d’une interprétation à l’autre. « On ne va jamais essayer de reproduire deux fois la même improvisation. Ce n’est pas le but. » Driessens insiste sur la liberté offerte par Erguner dont il admire la clarté de vision : « Une architecture précise mais assez ouverte pour que chaque musicien puisse être lui-même ». Enregistré en trois jours après plusieurs séances de travail, l’album tient à la fois du rituel, de la conversation et de l’exploration intérieure. Comme l’aime à le rappeler le oudiste belge, la musique n’est pas seulement affaire de style. Elle touche à une recherche plus intime, nourrie par le soufisme, les traditions d’Istanbul et par un rapport presque spirituel à l’instrument. Sans se revendiquer adepte de Gurdjieff, il reconnaît l’écho de ces philosophies dans son propre parcours. « La musique pour moi, c’est aussi un mode de vie, quelque chose qui reflète vraiment une recherche intérieure. » Cette quête se prolonge lorsqu’il s’accorde quelques jours de retraite pour renouer avec le oud. « S’aligner avec son instrument, c’est ce qui reste la chose la plus primordiale. »
# rencontres
Wolf, de Wolfgang à la meute En 2012, Jean-Philippe Poncin fonde Wolf en réunissant deux générations de musiciens, épaulé notamment par Guy Van Waas, issu de la première génération des pionniers des instruments historiques. Le nom évoque à la fois Wolfgang Amadeus Mozart, le loup et la meute. La formation répond d’abord au désir de ses membres de choisir eux-mêmes leurs programmes. « Comme musiciens freelance, nous sommes heureux de participer à toutes sortes de projets mais nous ne pouvons pas toujours choisir le répertoire que nous jouons. » Wolf demeure longtemps une activité parallèle, développée au gré des envies et des disponibilités de chacun. « C’était un peu un hobby. On était contents de nous retrouver, de préparer des programmes, de les proposer et d’aller les jouer. » Ce n’est qu’après presque une décennie d’existence que la formation réalise son premier enregistrement, né de son travail avec le claviériste Anthony Romaniuk.
Jean-Philippe Poncin # disque
# classique romantique
© JOHAN JACOBS
Jean-Philippe Poncin & le Wolf TEXTE : VICTORIA DE SCHRIJVER
En 2012, le clarinettiste Jean-Philippe Poncin fonde Wolf, un ensemble pensé comme une meute autour des instruments historiques. Cette année, la formation consacre un disque à Der Freischütz de Carl Maria von Weber, à l’occasion du bicentenaire de sa mort. Rencontre avec le fondateur de Wolf.
L Carl Maria von Weber Der Freischütz Wolf – Jean-Philippe Poncin Outhere/Ricercar
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a première rencontre de Jean-Philippe Poncin avec la musique se fait par un violon qu’il entend et le convainc. Faute de cours accessibles à proximité, il rejoint l’harmonie de son village, où il est assigné à la clarinette. Si l’instrument s’impose, JP Poncin réalise : « Si c’est parfois par hasard que l’on commence avec un instrument, ce n’est jamais par hasard que l’on continue à le pratiquer et qu’il devient notre instrument principal. C’est à travers la clarinette que j’ai trouvé mon langage instrumental ». Après l’harmonie et l’académie, il poursuit sa formation au conservatoire. La révélation des instruments historiques survient à la fin des années 90, lors d’un concert où il entend pour la première fois une clarinette ancienne, instrument dont la sonorité, l’expressivité et les couleurs lui parlent tout de suite.
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« Carl Maria von Weber a vraiment ouvert la voie de l’opéra romantique allemand. » Carl Maria von Weber, aux origines de l’opéra romantique allemand Le nouveau disque consacré à Weber trouve son origine dans une proposition de Jérôme Lejeune, directeur artistique du label Ricercar. Il invite Wolf à enregistrer l’arrangement de l’opéra Der Freischütz réalisé par son contemporain Karl Flachs, jamais encore enregistré dans son intégralité ni sur instruments historiques. Mais la partition n’existe que sous la forme de parties instrumentales séparées, sans conducteur général, avec son lot d’imprécisions, d’erreurs et même de mélodies manquantes dans certaines parties. L’ensemble doit donc réviser l’arrangement en retournant à la partition originale de Weber tout en tenant compte des possibilités de leurs instruments, témoins d’une époque. « Ce n’est pas uniquement une collaboration entre musiciens : c’est une collaboration entre les musiciens et leurs instruments. » L’arrangement demande d’ailleurs beaucoup aux interprètes : près de cinquante minutes de musique, des traits virtuoses et des textures riches pour chaque instrument. Mais le résultat, enregistré par l’oreille attentive d’Emmanuel Moinet, est un disque puissant et très lyrique. Quant à Weber et cet opéra, Poncin précise : « Il a vraiment ouvert la voie de l’opéra romantique allemand. Ça a été une œuvre très importante, qui aura eu des retombées, des conséquences et de l’influence sur les grands opéras wagnériens. » Beethoven pour le futur L’aventure se prolongera avec un nouvel enregistrement pour Ricercar : un arrangement du Septuor (opus 20) de Beethoven – dont ce sera le bicentenaire de la mort en 2027 – réalisé par Bernhard Crusell pour onze musiciens, dans un effectif singulier. Une nouvelle partition qu’il faudra, elle aussi, examiner, comprendre et ramener à la vie.
# rencontres
©CHRISTIAN DEBLANC
Avant-plan
C’est la fête à Nathalie Loriers ! TEXTE : DOMINIQUE SIMONET – AU GAUME JAZZ FESTIVAL
Cela fait désormais vingt-quatre ans que l’Andennaise est titulaire du piano au sein du Brussels Jazz Orchestra. Une place fondamentale mais assez discrète au sein d’une telle formation. Et à l’occasion de ses 60 ans, Nathalie Loriers passe à l’avant-scène, disposant de tout le big band pour son projet Envols. Attachez vos ceintures. Larsen
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ianiste et compositrice émérite, l’Andennaise Nathalie Loriers est à la fête ces jours-ci : à l’aube de son soixantième anniversaire – le 27 octobre prochain –, elle est au centre du projet Envols, dont le pluriel ouvre maintes perspectives, mené avec tout un big band de jazz, le Brussels Jazz Orchestra ou BJO. Le BJO, c’est toute une histoire, qui débute en 1993, année de sa création par Frank Vaganée, saxophone, Serge Plume, trompette, et Marc Godfroid, trombone, soit une section cuivres à part entière ! Dirigée par Frank Vaganée depuis trente-trois ans – il va bientôt passer la baguette –, cette grande formation, très professionnelle, peut se targuer d’avoir collectionné les invités prestigieux, tels Lee Konitz, Joe Lovano, Tom Harrell, Ambroze Akinmusire, Richard Galliano ou encore Wynton Marsalis. Et maintenant, alors que, dans un tel ensemble très cuivré, le piano tient un rôle relativement discret, la vedette, c’est Nathalie Loriers ! Tout l’orchestre est au service de ses compositions, arrangées par elle, qui, sur scène, a tout le temps de s’exprimer et, disons, d’assouplir un peu la rigueur du Brussels Jazz Orchestra.
Un projet à elle « L’initiative vient de moi, et moi uniquement », lance la musicienne, à quelques heures du grand concert qu’elle va donner, avec le BJO, au Gaume Jazz Festival. « C’est la vingt-quatrième année que je suis dans l’orchestre, et ça cogite depuis trois ans. Je commençais à avoir des idées musicales, des compositions qui pouvaient être orchestrées de cette manière. » Dans ce métier spécifique d’orchestration, Nathalie se définit comme « autodidacte ». Elle a le plus souvent fait ce travail pour ses petites formations, à quelques exceptions près : lors du projet Jacques Brel avec le BJO, le chanteur David Linx lui a confié l’arrangement de Ne me quitte pas et elle a aussi fait celui de The Man I Love pour le centenaire de Toots Thielemans. « Je n’avais que cette base-là. Comme j’écris à la main, le plus ennuyeux est de mettre tout ça sur ordinateur, mais avec l’avantage que l’on entend ce qu’on écrit ! »
Horloge flamande À part quelques apparitions francophones derrière les pupitres, le Brussels Jazz Orchestra est, dès l’origine, une formation essentiellement flamande. « Entre nous, on saute d’une langue à l’autre », raconte la pianiste vivant à Coutisse, petit village au cœur de la Wallonie, rattaché à la commune d’Andenne. « Avec les Flamands, on sait à quoi s’attendre : pour la répétition, si on dit 10h, ça commence à 10h et pas 11 comme avec les Wallons. Mais la qualité peut être un défaut car c’est un peu stressant, et venir à Bruxelles est une punition. » Sur la petite vingtaine de musiciens que compte le big band, Nathalie Loriers est la seule représentante de la gent féminine. « C’est bien, sourit-elle, en Belgique, entre musiciens, il y a une forme de convivialité et de bonne franquette. On est à peu près tous de la même génération, donc on est des copains, et j’y ai des amis. » Le Brussels Jazz Orchestra est un ensemble subventionné par le gouvernement flamand. Lors de l’établissement d’un contratprogramme, « il y eut bien un point négatif sur le fait qu’il n’y avait pas assez de femmes, se souvient la musicienne, mais change-t-on une équipe qui gagne ? »
Nathalie Loriers
« Quand j’écris, cela doit me faire du bien d’abord. »
Pas touche ! Le milieu des jazzmen étant ce qu’il est, elle dit « ne pas avoir trop souffert du machisme ». Au fil du temps, elle a quand même dû mettre “des filtres” : « Je ne suis pas du genre à traîner jusqu’à 4h du matin ». Et puis, pendant une quinzaine d’années, Nathalie À la Keith Jarrett Loriers a été en couple avec Diederik Wissels, pianiste de jazz Envols, composition qui donne son nom au projet anniversaire, se d’origine néerlandaise, « un musicien, alors il y avait une forme de réfère à l’expérience de méditation par le son que vit Nathalie respect, pas touche ! ». Loriers : « Au piano, je peux entrer dans un état de conscience modifiée « La discrimination, c’est plus par rapport à l’âge, j’ai déjà eu en jouant », comme Keith Jarrett estimant que « la musique le traverse » quelques réflexions, et je ne pense pas que cela ne concerne que les et que ses doigts « lui échappent ». « Ce morceau, Envols, est né de cet femmes », relève-t-elle aujourd’hui, avant d’énoncer : « les jeunes état, comme une progression harmonique donnant l’impression que femmes sont plus enclines à dénoncer les choses qui n’ont pas lieu l’on s’envole », décrit la musicienne. d’être, et c’est très bien. Alors qu’on vit dans une société beaucoup « Avec l’âge, je me dis que l’essentiel est de trouver une forme d’en- plus sexualisée, c’est interpellant ». vol spirituel, dit-elle encore, c’est ce qu’on cherche depuis toujours et Estimant avoir « des opinions de plus en plus affirmées » – « ce cela devient jouissif. Durant une improvisation pure, on peut atteindre qui se passe sur cette planète, ce n’est pas possible ! –, elle juge que ce genre d’état et c’est assez surprenant. » « le monde de la culture et de l’enseignement est toujours celui qui La première prestation de Nathalie Loriers au sein du Brussels trinque ». La musique étant « le reflet de la société, le jazz actuel est Jazz Orchestra date du 2 février 2002, le symbolique 02/02/2002, parfois sombre, voire révolté ». dans un projet autour de la musique du trompettiste Bert Joris, au Concertgebouw à Bruges : « Ça sentait encore le plâtre et la peinture, Accord avec soi-même les travaux », se souvient-elle. De même, quelque temps plus tard, elle Elle, ce n’est pas trop son genre, car « les gens en ont marre et ont enet le BJO ont essuyé les plâtres de Flagey, fraîchement restauré. vie de rêver un peu : quand j’écris, cela doit me faire du bien d’abord. Ensuite, ça pourra faire du bien aux gens. Tout le monde doit être Une Andennaise à Bruxelles honnête par rapport à ce qu’il produit, il faut d’abord être en accord À cette époque, elle dirigeait son Trio + Extensions, un sextette moi- avec soi-même ». tié flamand, moitié francophone, publié par les disques W.E.R.F. à Ce disant, Nathalie Loriers fait sienne la phrase « I like that little Bruges. Frank Vaganée en était le saxophoniste, alors qu’il dirigeait le place between the smile and the tear. That’s me », par laquelle Brussels Jazz Orchestra depuis une dizaine d’années. Quand le poste Jean-Baptiste “Toots” Thielemans, se définissait à la fin de sa vie. de pianiste au sein du big band s’est libéré, le trompettiste Laurent La pianiste a eu la chance d’accompagner cet homme, référence Blondiau a suggéré à Nathalie d’en parler à Frank. C’est ainsi que mondiale, à la sensibilité à fleur de peau, disparu il y a dix ans, le son aventure BJO a commencé. 22 août 2016. Cela fait maintenant vingt-quatre ans que Nathalie Loriers est pia« Mais si j’étais jeune aujourd’hui, je ne sais pas si je ferais du jazz, niste attitrée de l’orchestre, quasi sans discontinuité, « à l’exception avoue-t-elle. Si j’étais boulangère, on me connaîtrait certainement de quelques projets que j’ai dit ne pas pouvoir faire, comme le tango, mieux dans mon village que pianiste de jazz ». Bon, ce n’est pas “le où tout était écrit pour de grandes mains ». « Je ne me considère pas tout de ça” mais le temps en pays gaumais passe vite. « Et, avec comme une pianiste de big band, car je ne peux pas tout faire ; mais, un big band, il est important de savoir qu’il faut être à l’heure pour à la longue, cela donne une expérience et une flexibilité musicales. » manger, sinon, il n’y a plus rien ! »
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Où sont les fans ? Parmi les boys bands les plus adulés, BTS est probablement le plus suivi de la K-pop.
TEXTE : JULIEN BROQUET
Les modes de consommation de la musique ont changé. Mais qu’en est-il des fans ? Ont-ils eux aussi évolué? Sont-ils plus ou moins âgés, passionnés, friqués, allumés qu’au siècle dernier ?
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Fan. Admirateur enthousiaste, passionné de quelqu’un, de quelque chose. S’emploie surtout à propos de la chanson, de la musique populaire et de ses vedettes. » C’est le Larousse en ligne qui le dit. L’amour fervent et enflammé des admirateur·rices est plus souvent qu’à son tour lié à la musique. Mais qu’est-il advenu des fans alors que les nouvelles technologies, internet et les plateformes de streaming ont bousculé les habitudes de consommation ? Que la majeure partie des disques de ce monde est désormais à portée de clic et de smartphone pour pas un rond. Que la musique est partout, tout le temps, qu’on le veuille ou non. Que le live est devenu le business model de l’industrie. Et que les festivals, devenus gigantesques, se transforment en parc d’attraction. Comment ont-ils évolué ? Aiment-ils autant, plus, ou moins qu’avant ? Qui idolâtrent-ils maintenant ? Leur consacrent-ils davantage d’argent ? Pour aborder le phénomène, il s’agit d’abord déjà d’en cerner les contours. « Il y a les fans de musique. Les fans de styles de musique. Puis aussi, à côté, les fans d’artistes peut-être plus monomaniaques. Des catégories qui se chevauchent, explique Jean-Yves Reumont, programmateur des Ardentes. Moi-même, je suis un grand fan de The Cure. Et c’est le fait d’être fan de The Cure qui m’a fait devenir un fan de musique. Qui m’a amené à écouter la musique différemment. » Le vinyle, le double vinyle rouge. Celui avec la pochette qui apparait en thermoréaction, la cassette, le CD… Jean-Yves a acheté le dernier album de la bande à Robert Smith pas moins de sept fois. « Quand on parle de fan et de quelqu’un comme Mylène Farmer, on sort du cadre musical. Au-delà de la musique, c’est de la personnalité, de l’imaginaire. Ce sont souvent des artistes qui ont un univers global. Comme on peut le dire de The Cure d’ailleurs. » « Les fans d’aujourd’hui, je les attache à la nouvelle génération de la pop, commente Massimo Urbinati, vendeur au magasin bruxellois Caroline Music. Lana Del Rey et Taylor Swift ont été le point de départ de cette adoration. Elles ont ouvert une brèche pour les Ariana Grande, les Charli XCX, les Billie Eilish et autre Sabrina Carpenter… Je ressens un peu l’effet sur le public que pouvaient autrefois provoquer une Madonna et un Michael Jackson. Une espèce d’adoration un peu mystique. Leurs concerts sont blindés. Les places se vendent très vite. Leur succès semble sans limites. J’ai l’impression parfois qu’ils pourraient remplir cinq Forest National, ING Arena ou Sportpaleis de suite. » Et ce, même à des tarifs prohibitifs. « C’est le retour des idoles quelque part. Je veux tout ce qu’il ou elle a fait à n’importe quel prix. L’industrie l’a bien compris d’ailleurs. Leurs disques ne sont pas les moins chers. Pas les plus chers non plus mais quand même. 50% du Record Store Day (événement organisé par les disquaires indépendants pour inciter le public à se rendre dans leurs boutiques, – ndlr) de nos jours sont accaparées par les pop stars. Elles ont bien flairé le truc. Taylor Swift a sorti un 45 tours par exemple pour l’occasion. Sur nos 150 premiers clients, il y avait 75 gamines et gamins qui le cherchaient. »
ville qui n’étaient là que pour ça. Il y avait des pop-up stores et les clients qui entraient chez nous avaient pour la plupart des sacs BTS à la main. Je pense qu’on est alors davantage dans le registre de ce que représentaient les boys-bands au siècle dernier. » Aux Ardentes, Jean-Yves Reumont est bien placé pour observer les habitudes de la jeunesse. « Je vois et je constate que la musique reste un producteur important de fans. Certains artistes continuent de charrier des gens investis dans leur musique de manière particulièrement intense. Il suffit de regarder, même en festival, les spectateurs qui veulent être tout devant. Quand ce n’est pas accrochés à la barrière. C’est la même chose dans la nouvelle vague pop avec les Swifties (les fans de Taylor Swift, – ndlr) et compagnie… Si je parle de K-pop et de la nouvelle génération, c’est même assez dingue d’ailleurs. Les concerts, le merchandising, les objets de collection. Il y a vraiment énormément. »
Jean-Yves Reumont – Les Ardentes
« Je pense qu’on aime aussi fort qu’avant mais je pense aussi que le support physique est important pour ancrer dans le temps. »
Choix forts ou téléguidés ? Si l’accès à la musique est devenu quasiment illimité, les auditeur·rices sont-ils pour autant maîtres de leurs choix ? Décident-ils de ce qu’ils écoutent et de ce dont ils sont fans ? « J’ai l’impression que les algorithmes orientent beaucoup de choses, répond Massimo Urbinati. Ces jeunes ont tous des comptes Spotify et je n’ai pas souvent le sentiment d’être confronté à des choix forts. Plutôt à ceux quelque part qu’on leur impose. Ils semblent tous écouter la même chose. Je me suis déjà dit que si j’avais une boutique avec 100 disques bien choisis, je pourrais en vivre. Je ne parle pas de 100 artistes, juste de 100 albums. On vend davantage le In Rainbows de Radiohead par exemple que tout le reste de sa discographie. D’ailleurs, quelqu’un m’a un jour demandé si j’avais d’autres disques de In Rainbows… » Ce n’est en fin de compte pas bien différent, de ce qu’on a vécu dans les années 90. Quand on était téléguidés par la radio, la presse et la télévision. Les bras invisibles du marché… « Nous, c’était MTV et Nirvana, sourit Jean-Yves Reumont. J’habitais Hannut. J’ai allumé la télé et j’ai vu un mec avec des longs cheveux qui s’énervait. Qui gueulait mais c’était pas désagréable à l’oreille (rires). Aujourd’hui, K-pop, BTS et Swifties… on est dans l’algorithme et il est compliqué d’en sortir. Je crains qu’on Quel âge ont les fans ? Le restent-ils en grandissant ? Sont-ils plus s’oriente encore davantage sur des bulles musicales complètement jeunes ou plus vieux qu’avant ? Il y a clairement une question d’âge hermétiques les unes aux autres. Tout le monde a accès à tout et la dans ce que la passion de la musique et des artistes représente pour nouveauté est plus diluée dans le passé qu’avant. Mais la génération Z, ceux qui les écoutent. Que ce soit lié à la construction de soi ou au celle des Ardentes, est encore assez compartimentée. Je vois souvent des vieux aux concerts de rock et des jeunes aux concerts de rap. » temps disponible pour la vivre. « Le plus intense rapport entre le fan et l’artiste s’inscrit, je pense, Les frontières entre les âges finiront peut-être par s’estomper à l’adolescence, note Jean-Yves Reumont. En vieillissant, on est, je mais guidés par les algorithmes des plateformes de streaming, les crois, toujours plus réservé dans notre fanatisme. » Deviendrait-on auditeur·rices risquent de se laisser enfermer dans leurs propres plus raisonnable avec l’âge ? « Lana Del Rey est un peu l’exception goûts. « Est-ce que la quantité dévalorise ? Il faudra voir sur la duqui confirme la règle, reprend Massimo Urbinati. Elle traverse les rée. On peut parler de l’espérance de vie de plus en plus courte des générations. Touche les ados de 15 ans comme leurs mamans. Mais têtes d’affiche. Il y a un truc lié à la dématérialisation. Au fait que les il y a clairement des pop stars que je ne vois pas séduire un public gens n’ont plus les disques chez eux… Je pense qu’on aime aussi fort adulte. Et je ne parle pas de la K-pop. Nous, on n’est quasiment ja- qu’avant mais je pense aussi que le support physique est important mais rentrés dans ce circuit. C’est souvent de l’import, des formats pour ancrer dans le temps. D’ailleurs, si à notre époque les festivals spéciaux, des prix horribles. Les BTS ont été distribués par Universal. et les concerts étaient relativement un truc de niche, ils le sont moins On en a vendu une quarantaine. Mais au moment de leurs concerts à maintenant. Ils permettent d’exprimer son amour par-delà le virtuel. Bruxelles, pendant deux jours, on a vu des milliers de personnes en Par-delà l’écoute à la maison. »
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Les “vrai·es” fans se pressent toujours au premier rang !
Culture du single, photomaton et identification De son observatoire, derrière le comptoir de son magasin Caroline, Massimo Urbinati constate un tas de choses et se pose pas mal de questions. « Je pense qu’on est parfois plus dans l’amour de l’artiste et de l’événement que dans l’amour de la musique. Souvent, des jeunes viennent se prendre en photo avec des disques sans les acheter. En plus, ils les rangent au mauvais endroit quand ils n’abîment pas les coins de la pochette. Il faut parfois leur rappeler qu’ils ne sont pas dans un photomaton. » Est-ce que ça veut dire pour autant qu’ils ne connaissent pas leurs disques ? La consommation de musique a fortement évolué ces vingt dernières années. Le format de l’album a été méchamment bousculé par la culture du single. « On a même l’impression parfois maintenant que ce sont des morceaux de chansons qui intéressent les gens. Ils postent des extraits de quinze secondes… Est-ce que ça dit quelque chose de la valeur qu’ils accordent à la musique ? Signifie qu’elle a moins d’importance ? Je ne sais pas. Parfois le fait de posséder semble plus important que celui d’écouter. » Mais avant internet et les plateformes, il fallait acheter pour connaître et écouter. Alors qu’aujourd’hui, on connaît et écoute avant d’acheter. Parfois même sans acheter. « Certains collectionnent comme dans le temps. Avec une volonté de tout avoir sur tous les supports. Je ne conçois pas d’autre explication, à part la spéculation, au fait de voir le pressage orange d’un disque qui vient de sortir en vente à 4.000 dollars sur Discogs. » Ces derniers temps, il vend énormément de vinyles chez les jeunes. Avec un petit revirement vers le CD depuis quelques mois. « Ces fans me semblent plus jeunes qu’avant. Ils ont parfois 13 ou 14 ans. Parce que très vite, ils se retrouvent avec un téléphone dans les mains. Leurs parents qui ont une grosse trentaine d’années ont eux-mêmes grandi avec les nouvelles technologies et consommé différemment. D’où vient dès lors cet amour pour le support physique ? Est-ce pour pouvoir dire “moi je l’ai”? Je vendais davantage de disques à des adultes et jeunes adultes il y a vingt ans. J’y vois une question de budget, d’accessibilité sans doute et le marché s’est peutêtre davantage tourné vers la jeunesse. Souvent, je dis que l’avantage dans tout ça, c’est qu’ils peuvent sortir à la fois avec un Mitski et un Radiohead, un Lana Del Rey et un Lou Reed, un Billie Eilish et un Velvet Underground. »
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Certains achètent des vinyles sans forcément avoir de platine. « Un jour, un “ket” m’a ramené un disque en me disant : “monsieur, monsieur, il y a un problème. Je n’ ai pas tous les morceaux”. “Ben, il faut changer de face”. Un autre m’a demandé comment il devait faire parce qu’il n’aimait plus les chansons et voulait en glisser d’autres à la place. Après, la chanson peut sembler moins importante qu’avant, quand ils sont 1.000 devant l’Ancienne Belgique à 11h et chantent toutes les paroles par cœur, tu as bien compris qu’ils savaient ce qu’ils allaient voir. » L’engouement est palpable. Visible. « Il y a un truc de communauté. D’identification. On se retrouve autour d’un artiste. Même si c’est parfois juste pour s’identifier aux gens qui l’aiment. »
Guerre des fans et besoins pressants Ce qui est assez amusant aussi, c’est de se dire que des auditeur·rices sont fans d’artistes n’appartenant pas du tout à leur époque. « Certains vieux groupes sont devenus hype grâce aux réseaux et aux algorithmes. On ressent clairement parfois en magasin quand des disques ont été exposés par les réseaux et les plateformes. Tu vends un album tous les six mois et puis tout à coup, tu en écoules 20 par semaine. » System of A Down, Linkin Park, Arctic Monkeys, Pearl Jam… « On vend trois fois plus de Deftones que de Nirvana. Il est marrant de se dire que le retour en grâce du physique est orienté et boosté par la dématérialisation. » Les fans écoutent de la musique plus longtemps et plus souvent chaque jour. Mais le public ne dépend plus uniquement de la presse, des magasins de disques et de la radio. Les courriers et les fan clubs ont fait place aux réseaux sociaux. Les musiciens communiquent parfois eux-mêmes directement avec leur communauté. Et les fans participent davantage qu’avant au succès. Ils se font ambassadeurs en partageant du contenu et en déclarant leur flamme quand ils ne s’étripent pas sur le web pour leurs idoles. La rivalité entre communautés de fans de Billie Eilish, Beyoncé et Taylor Swift a fait rage en ligne après les Grammy Awards. Les commentaires haineux et désobligeants pullulent. Les fandoms se font de plus en plus agressifs. Leurs armes de prédilection ? Le “review bombing” (phénomène assimilable à une campagne de dénigrement), le signalement massif pour faire disparaître des contenus ou encore le “doxxing”, soit le fait de divulguer des informations privées à des fins malveillantes. En février 2024, les fans de Cardi B auraient été jusqu’à révéler l’emplacement de la tombe du père de Nicki Minaj. Internet est tout sauf le monde des Bisounours.
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La communication directe des artistes avec leurs fans, leur omniprésence sur les réseaux sociaux, leur manière d’occuper l’espace, de dévoiler une partie de leur intimité (ce qu’ils faisaient avant exceptionnellement dans des revues spécialisées ou une émission de télé) auraient dû, auraient pu, nuire à leur désidérabilité. « Je pense que le fantasme existe toujours mais qu’il est différent, analyse Jean-Yves Reumont. On voit bien l’attrait pour la personnalité des artistes. Les volontés de “meet and greet”… Même si une partie du mystère a disparu, l’attractivité qu’exercent les gens connus reste belle et bien réelle. Je pense à Travis Scott ou à Damso qui reste encore sobre sur sa com. Il n’y a pas du tout de désintérêt pour les personnalités parce qu’elles s’affichent beaucoup. Les gens continuent de vouloir les voir en vrai. » Le mystère d’ailleurs fait-il encore vendre ? « Ça dépend des genres, rétorque Massimo Urbinati. Dans le metal, dès que quelqu’un met un masque, ça fait fantasmer. Mais ce n’est pas le cas dans la pop. Il y a moins de mystère et de fantasme mais il y a une illusion d’intimité. » Une intimité qui mène parfois à d’effrayantes dérives. Dans la culture du premier rang à tout prix, un drôle de phénomène a vu le jour ces derniers mois. Celui des couches-culottes. En juin dernier, Olivia Rodrigo déclarait avoir été incommodée par des odeurs désagréables en provenance de son public. Certains spectateurs portaient des couches pour ne pas perdre leur place en allant aux toilettes. Si certains se moquent avec beaucoup d’humour en y voyant l’effondrement de nos sociétés, d’autres justifient la pratique par une compétition féroce pour témoigner de sa dévotion et le besoin… pressant d’un sentiment de proximité avec les artistes.
Comme une drogue ? Nicolas, qui va voir des concerts depuis qu’il est gamin, approche de la cinquantaine et revient du festival de metal Alcatraz à Courtrai. « Je me retrouve assez bien dans les jeunes de maintenant. Même les fans de Taylor Swift. Quand j’aime bien un truc, il me faut tout. Même l’album dégueulasse de la discographie. J’ai le sentiment d’aimer autrement qu’avant. Mais je suis depuis quatre ou cinq ans redevenu fan comme j’ai pu l’être il y a longtemps. » Nicolas s’est tardivement découvert une passion pour Kiss. « Quand tu es fan, c’est généralement démesuré. Mais a fortiori quand t’es gamin et donc avec relativement peu de moyens. Quand j’étais gosse, il me fallait tout ce que les Red Hot sortaient. Je voulais le moindre morceau que je n’avais pas. Mais ici, avec Kiss, je deviens fan de l’objet. Je peux avoir cinq fois le même album. Un picture disc, un “couleur”, un pressage japonais… Je suis toujours très attaché à la musique. Mais pour d’autres, c’est des posters, des figurines… Avec Kiss, il y a des bouquins, des BD, des photos, une esthétique. Je pense que si j’avais été ado dans les années 70, j’aurais un flipper à leur effigie. Je suis vraiment tombé dedans. Comme une drogue ? Je ne sais pas. Mais en tout cas, ça me met du baume au coeur. » Lily a 18 ans. Écoute beaucoup de musique. Du rap essentiellement. Mais n’achète pas de disques. Elle dispose de l’abonnement Spotify familial et dépense l’argent qu’elle consacre à la musique aux concerts et aux festivals. « Je sais bien que c’est pas super pour faire vivre la musique et les artistes mais vu le prix que coûtent les disques, je préfère m’abstenir et dépenser mon argent à d’autres choses. Des vêtements notamment. D’autant qu’avec Spotify, j’écoute où je veux quand je veux. Je ne vais pas monter dans le train ou passer sous la douche avec ma platine et mes enceintes. Même si mon père m’en offrait une, je n’achèterais pas de vinyle. Ma consommation va au-delà des quatre murs de ma chambre. Et ça ne m’intéresse pas de payer une blinde pour quelque chose que je ne vais que rarement utiliser. » Lily découvre la musique qu’elle écoute dans des films et des séries (Glee a notamment participé à son érudition). Mais aussi grâce à TikTok et surtout à Spotify. « Je lance un morceau. Je laisse la plateforme faire et je trie dans ce qu’elle me propose. Ça me permet de découvrir des choses assez sympas. Je regarde des vidéos de live aussi parfois. Et des clips comme le permet désormais Spotify. Je ne suis pas vraiment d’artistes sur les réseaux sociaux. Ça ne
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m’intéresse pas tant que ça de savoir qui ils sont. Le seul auquel je suis abonnée, c’est Nick Cave. Mais il ne publie pas des trends ou des photos de lui au restaurant. » Lily se considère comme une fan de personne. « Pour moi, les fans, ce sont des gens qui au-delà de la musique admirent ceux qu’ils écoutent. Voire veulent leur ressembler. Moi, j’apprécie la musique d’un tas d’artistes mais je ne cherche pas du tout à en imiter l’attitude ou le style vestimentaire. Disons que je suis fan de musique mais que je n’ai pas d’idole. J’aime par exemple beaucoup ce que fait Kanye West mais le mec est bipolaire… » Lily ne connaît pas vraiment de gens dans son cercle d’amis qui achètent des disques. « Du moins de ce que j’en sais. Mais ils écoutent surtout du rap, plutôt français qu’américain et ils vont beaucoup en festival. Que ce soit aux Ardentes ou à Dour. » Elle se dit fan de pop et de rap américain mais a un faible pour Nick Cave, les Smiths et Radiohead. « Ce que la musique représente pour moi ? Elle fait passer des messages, pas que textuellement d’ailleurs, ressentir des émotions. Un monde sans musique serait bien fade. Elle est partout dans la société et elle ajoute de la couleur à la vie.» Massimo Urbaniti – Caroline Music
« Je pense qu’on est parfois plus dans l’amour de l’artiste et de l’événement que dans l’amour de la musique. » Atypisme et démesure Heïdi a pour sa part un profil un peu atypique. Elle est née en 1976 et est fan des BTS, un boys band sud coréen originaire de Séoul. « J’ai toujours été fascinée par la culture japonaise et asiatique. Je suivais l’actualité de loin. Mais avec internet, les algorithmes, tu tombes de plus en plus sur ce qui t’intéresse. J’ai découvert les BTS lors de leur passage dans l’émission d’Ellen DeGeneres. Ça a vraiment été un coup de cœur musical. J’ai commencé à écouter leurs albums. À vouloir traduire leurs chansons. J’aime bien aller au fond des choses. Alors, tu regardes des clips, qui sont très différents de ce qu’on connaît ici. Tu découvres des gens qui t’expliquent sur YouTube ce qu’ils racontent. J’ai à la fois été interpellée par la musique, les textes et la culture. J’apprécie tout particulièrement le fait qu’ils ont refusé de chanter en anglais et ont voulu rester fidèles à leur langue maternelle. Ils ont quelque part résisté aux diktats du monde et du business. » Ado, Heïdi était fan de Guns N’ Roses et de Michael Jackson. Elle achetait leurs albums et des t-shirts. A même couru jusque Cologne pour voir “Bambi” en concert. Avec BTS, Heïdi n’a jamais accroché au niveau du merchandising. « Il y a une question d’âge déjà. Les fans sont pour la plupart des ados. Puis, les prix sont prohibitifs. 50 euros pour un portefeuille, 80 balles pour un pull… » Elle n’a pas non plus acheté leurs disques. « À l’époque, tu ne les trouvais pas ici. J’ai cherché sur des sites coréens. Mais c’était environ 100 euros l’album sans compter les frais de port. » Elle n’a pas non plus été les voir en concert les 1er et 2 juillet derniers au stade Roi Baudouin. « Je n’ai pas réussi à avoir de place. Je les ai ratés et ce n’est pas grave. De un, je me demande un peu ce que j’aurais fait là, même si j’aime beaucoup, au milieu de toutes les adolescentes venues parce qu’ils sont jolis. Et de deux, je peux toujours regarder des vidéos sur internet. » Heïdi aime bien quelques autres groupes de K-pop masculins. Mais elle déteste les féminins. Notamment à cause de l’image qu’ils donnent des femmes coréennes. « Ils sont vraiment taillés pour plaire à la gent masculine. » Elle reconnaît que l’engouement qui entoure BTS maintenant est démesuré. Mais quand on aime, on aime. Quelles qu’en soient les raisons. Elle observe avec curiosité les nouvelles modes. « Comme celle de se filmer avec sa pancarte ou celle d’échanger des bracelets d’amitié, des autocollants ou que sais-je encore lors des concerts…. » Les fans ont leurs codes qui vont et viennent avec le temps.
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Tout petits sur la planète médiatique ?
TEXTE : JULIEN WINKEL
La disparition de Jam du DAB+ a provoqué un électrochoc dans le secteur musical belge francophone. Derrière la fin de cette radio de la RTBF consacrée à l’émergence se pose une question plus large : quelle place reste-t-il aux artistes de la Fédération Wallonie-Bruxelles dans les radios, la presse et sur les plateformes ? Entre quotas de diffusion jugés trop faibles, réduction des espaces culturels et concentration des médias, les artistes réclament davantage de visibilité. À juste titre ?
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a fin de l’histoire s’est déroulée un lundi d’été, presque en catimini. Alors que de nombreux Belges prenaient la route des vacances en ce 6 juillet 2026, de la musique parfois plein l’habitacle de leur voiture, Jam, la radio alternative de la RTBF, a disparu du DAB+ après six ans d’existence. Née en 2019 d’une promesse, celle de mettre en avant la musique émergente et les artistes de la Fédération Wallonie-Bruxelles (FWB), Jam avait vite attiré la sympathie des amateurs de musique et des professionnels du secteur musical. Un peu moins celle de la RTBF. Soumise à un plan d’économies par le gouvernement de la Fédération Wallonie-Bruxelles, la chaîne de service public a fini par décider de supprimer la radio. À l’heure d’écrire ces lignes, quelques pistes pour prolonger “l’esprit Jam” sont sur la table : organiser une émission hebdomadaire sur Tipik, des séquences sur Classic 21, voire La Première. Sur le web, « notre flux musical restera actif et sera alimenté par toutes les nouveautés et les découvertes qui font notre playlist », écrivait aussi Laurent Finet, responsable de Jam, dans un article publié sur le site de la RTBF le 3 juillet 2026. Mais dans les faits, le constat est sans appel : Jam et ses près de vingt travailleurs et travailleuses freelance sont donc poussés vers la sortie. Et avec eux, les émissions et la programmation de la radio, centrée sur l’émergence, l’alternatif et les artistes issu·es de la Fédération Wallonie-Bruxelles.
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Dans le secteur musical, on fait la grimace. « On a besoin d’un média qui soit le reflet de ce qui passe dans les salles de concerts », commente David Dehard, directeur de Court-Circuit, la “Fédération de lieux de musiques actuelles, d’organisation de concerts et de festivals soutenant l’émergence artistique en Wallonie et à Bruxelles”. « Et cette vitrine de l’actualité spontanée où tous les genres se mélangeaient, c’était Jam. » Du côté de la Facir, la “Fédération des artistes de la musique en Fédération Wallonie-Bruxelles”, c’est aussi la consternation, quoique teintée d’un petit bémol. « C’est une catastrophe. Nous avions énormément de respect pour eux, ils mettaient en avant l’émergence, les artistes locaux. Mais malgré cela, Jam ne diffusait jamais que 20,63% d’œuvres musicales émanant d’artistes de la FWB », constate Fabian Hidalgo, coordinateur de la Facir. Voilà des années que celle-ci se bat en effet pour une meilleure représentation des artistes de la FWB dans les médias, et singulièrement les radios de la RTBF… En Fédération Wallonie-Bruxelles, chaque émetteur est en effet tenu de respecter un quota de diffusion d’œuvres issues de la FWB. La plupart des radios respectent voire dépassent parfois ces quotas. Mais la Facir plaide depuis longtemps pour une hausse de ceux-ci. « Nous partons d’un constat, celui de la sous-représentation des artistes belges et estampillés FWB dans les médias et au sein de l’audience. Les Belges connaissent assez peu leurs artistes », souligne Fabian Hidalgo. Une situation au sein de laquelle la disparition de Jam serait pour lui « symptomatique » du peu de moyens alloués à la mise en avant de l’émergence et des artistes locaux en Belgique francophone et qui pose une question lancinante : ces artistes disposent-ils encore de suffisamment de relais médiatiques pour se faire connaître chez eux ?
dire « qu’un créneau DAB+ est disponible pour la RTBF », qui cherche visiblement à le remplir. Bernard Dobbeleer saute sur l’occasion. Son projet ? Créer une radio à la ligne éditoriale “hardcore” par rapport à la culture interne de la RTBF, à l’image de ce que fait Fip Radio en France. « Il n’a jamais été question de prendre position par rapport au marché, il y a Tipik pour cela, explique Bernard Dobbeleer. La raison d’être de Jam était de faire découvrir les artistes alternatifs de chez nous et de dire que c’était le rôle du service public. » Si le projet est accepté, Bernard Dobbeleer insiste : Jam n’a jamais été, « mais alors pas du tout, du tout, du tout » un projet d’entreprise de la RTBF. Au contraire, l’homme fait le récit d’une « radio pirate » au sein de l’immense paquebot de service public, « pas budgetée » au début, qui doit se battre pour être reprise sur Auvio « parce qu’elle n’est pas considérée comme un média premium » ou pour avoir un réseau social. « On m’a suivi mais on m’a dit “Débrouille-toi”, renchérit-il. On n’avait pas de studio, on enregistrait dans un petit bureau sur un rodecaster. Tout était fait avec des bouts de ficelles. On a ensuite eu quelques coups d’accélérateurs, du soutien, notamment de Jean-Paul Philippot (l’administrateur général de la RTBF, – ndlr), mais c’est resté du bricolage jusqu’au bout. » En 2024, Bernard Dobbeleer cède sa place à Laurent Finet à la tête de la radio. À son arrivée, le nouveau patron obtient l’usage de quelques studios, la radio avance. Mais l’investissement de la part de certains départements de la RTBF reste minimal. « J’ai pleuré pour avoir des campagnes de promotion. Il n’y en a pas eu, pour des raisons que je ne commenterai pas », explique-t-il. Bernard Dobbeleer, lui, est plus clair. « Le marketing n’a jamais pigé ce que nous faisions et n’y a jamais cru », regrette-t-il. Résultat, pour la période de janvier à avril 2026, Jam cumulait 4.280 auditeurs par jour selon les chiffres du CIM. Difficile d’écouter une radio si on ne sait pas qu’elle existe… Pourtant, le public est là, selon Bernard Dobbeleer.
Jam, session terminée Quelques mois avant la disparition de Jam, la Facir a lancé une campagne intitulée “+ de place”. Son objectif est clair : faire en sorte que les artistes belges, singulièrement de la FWB, disposent de plus de place. Et cela va jusqu’aux plateformes de streaming. Dans un communiqué de presse daté du 28 janvier 2025, PlayRight, la société collectant, gérant et répartissant les droits voisins des artistes-interprètes en Belgique, appelait en effet les plateformes de streaming à mettre les artistes belges en évidence. « Les algorithmes favorisent la visibilité des grands hits internationaux décuplant leurs nombres d’écoutes et marginalisant davantage la musique belge », écrivait PlayRight. « Il faut faire en sorte que tout le monde arrête de se regarder en chien de faïence, explique Fabian Hidalgo. Tous les maillons de la chaîne de l’industrie musicale doivent prendre conscience du phénomène. Il y a un matériau qui est là et qui mérite d’être mis en avant. » Pour autant, chassez le naturel, il revient au galop. Afin « d’amorcer la pompe » et de voir s’enclencher un cercle vertueux qui mènerait à une plus grande visibilité des artistes du terroir, la Facir insiste encore et toujours sur les quotas de diffusion sur les radios de la RTBF, qu’elle voudrait voir monter à 25% sur toutes les chaînes. À l’heure actuelle, d’après les chiffres du Conseil supérieur de l’audiovisuel (CSA), Jam et Tipik sont censées atteindre 20%. Vivacité doit diffuser 17%, alors que Classic 21 est limitée à 8%. En termes d’impact possible, on peut difficilement donner tort à la Facir. D’après une étude menée en 2025 auprès de 4.274 individus âgés de 12 à 74 ans par le Centre d’Information sur les Médias (le CIM), une asbl dont les membres sont issus des médias et de leurs régies, des agences médias et des annonceurs, les Belges écoutent encore 2 heures et 50 minutes de radio “live” par jour… « On sait que c’est de l’écoute passive mais c’est énorme, continue Fabian Hidalgo. C’est une vitrine monstrueuse pour les artistes belges. » Dans ce contexte, le but de la Facir est clair : permettre au secteur de se compter pour arriver en position de force lors de la négociation du futur contrat de gestion de la RTBF qui prendra effet en 2027. Reste à savoir si la RTBF est le bon objectif. Parce qu’à écouter le récit de la vie et de la mort de Jam, il y a de quoi se poser des questions. Bernard Dobbeleer est celui par qui tout est arrivé. En 2019, celui qui est alors chargé de projet sur les contenus musicaux à la RTBF entend
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Caroline Bertolini – La Vague Parallèle
« Les artistes ont de moins en moins de visibilité et ils bombardent les derniers médias qui restent. » « Prenez les 200.000 personnes qui vont à Dour, les milliers qui vont au Botanique. Vous avez environ 300.000 personnes susceptibles d’adhérer au projet. » Si à l’heure du bilan, Bernard Dobbeleer déclare « être heureux d’avoir pu le faire et ne pas avoir d’amertume », si Laurent Finet affirme « comprendre la décision (de supprimer Jam du DAB+, – ndlr) en période de vaches maigres, même s’il la regrette ». Jam, c’est donc fini…
Trop d’artistes ? Mettre en avant l’émergence en Fédération Wallonie-Bruxelles estil donc presque “culturellement” impossible ? Pour Laurent Finet, c’est clair : « En général, les radios sont frileuses et ne prennent donc pas de risque. Elles vont souvent passer du mainstream, ce que je regrette. » Des exceptions existent cependant. À Bruxelles, BX1 s’est engagée à passer 100% d’artistes issus de la FWB. « Il y a tellement d’artistes en FWB et en Belgique c’est fou. Et la qualité est là », commente à ce propos Laurent Finet. Reste que la situation décrite au sein de BX1 semble rarissime. À titre de comparaison, les chiffres du CSA indiquent qu’en 2024 Radio Contact se devait de monter à 8%, de même que Bel RTL. Fun Radio visait quant à elle 6,5%, LN Radio 11%… Pourquoi tant de frilosité ? Quand on évoque ce sujet avec bon nombre d’intervenants dans le secteur musical, ce sont les mêmes sujets qui reviennent sur la table : manque de curiosité musicale du côté des médias et du public francophone pour l’émergence et les talents locaux, notamment par rapport à la Flandre, besoin pour un artiste de la FWB d’être d’abord
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La Facir a lancé une grande campagne de communication intitulée “+ DE PLACE” (pour les artistes de la FWB) lors du premier semestre 2026.
“validé” par la France avant d’avoir la chance de percer chez lui. Et puis il y a aussi cette disparition progressive de la fameuse “classe moyenne” de la musique, de tous ces lieux de concerts de petite et moyenne importance permettant de découvrir des artistes “indés” en développement. Comme une sorte de symptôme d’une hypertrophie de la musique qui voudrait que les gens ne s’intéressent plus qu’aux stars instagrammables jouant au stade Roi Baudouin. « Dans ce contexte, Jam était un peu dans le même bateau que le Micro Festival ou le Bucolique », contextualise Laurent Finet. Ce ressenti est-il aussi présent en presse écrite ? En Belgique, le symbole le plus récent de cette situation concerne le Focus Vif. Depuis janvier 2025, le magazine de 68 pages vendu en compagnie du Vif l’Express est désormais intégré au sein de celui-ci sous un format de 40 pages, tout en gardant un site internet indépendant. Érosion du lectorat, hausse des coûts du papier, difficulté à attirer les annonceurs… L’ensemble de ces causes a fini par avoir raison, sous son format en “stand alone” « d’un magazine défendant une vision audacieuse de la culture, qui propose des artistes émergents pas validés par les algorithmes », expliquait son rédacteur en chef, Laurent Raphaël, à Larsen en mars 2025. Une disparition qui a été ressentie dans le secteur musical de la même façon que celle de Jam : comme un séisme. « On constate une réduction de l’espace dédié à la culture dans les journaux, explique aujourd’hui Laurent Raphaël. Il n’y a presque plus de place pour la marge, on ne peut plus se passer des grosses cylindrées. » En cause : la crise du secteur de la presse, dont la fragilité du modèle économique pousse les éditeurs à privilégier ce qui vend ou va faire du clic. Parce que sur le “net”, ce ne serait pas mieux, d’après Laurent Raphaël. « Le clic potentiel pour un artiste inconnu passe sous le radar de Google… Or aujourd’hui tout est monitoré et ce n’est bien sûr pas dans la stratégie des groupes de presse de miser sur des artistes à bas clic. » Un phénomène qui, pour Fabian Hidalgo, pourrait se voir encore renforcé par la fusion à venir entre IPM et Rossel, les deux grands groupes de presse en Belgique francophone. Bientôt, des titres comme Le Soir, La Libre, La DH, Moustique ou encore ceux de Sudinfo seront regroupés sous la même bannière. « Le risque, c’est de voir peu de journalistes s’occuper de plusieurs médias. Et pour que ce soit diffusé sur toutes les plateformes du même groupe, bien sûr qu’ils vont écrire sur un artiste mainstream plutôt que sur un groupe émergent », analyse-t-il. Se dirige-t-on donc vers une uniformisation des contenus qui se ferait au détriment de la mise en avant de l’émergence et des artistes de la FWB ? Du côté d’IPM, on n’est pas d’accord. Pour Luc Lorfèvre, responsable du pôle musique au sein du groupe, « les médias en Fédération Wallonie-Bruxelles n’ont jamais autant parlé des artistes de chez nous ». Quant au « rapprochement » entre IPM et Rossel, il aura selon lui l’effet opposé à celui décrit par Fabian Hidalgo.
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« Au lieu de dix journalistes qui vont faire l’interview de TeddyBear, tu en auras un et les neuf autres pourront s’occuper du reste. » Mais comment alors expliquer le ressenti de tous ces artistes de la FWB qui ne se sentent pas, ou peu représentés ? À l’unisson, Luc Lorfèvre et David Dehard pointent la même explication : la hausse du nombre d’artistes en FWB ces dernières années. « Il n’y a jamais eu autant d’artistes belges sur le marché ou dans les médias, explique David Dehard. Les moyens de production et de diffusion se sont démocratisés et il y a presque trop de musique face à un public qui est de plus en plus divisé. Le véritable enjeu aujourd’hui est de savoir comment absorber toute cette production… Le réseau est saturé. » Et qui dit réseau saturé, dit donc artistes mis de côté. « Il y a un tri qui s’effectue, d’autant plus qu’il est vrai que tous les médias s’intéressent souvent au même artiste au même moment et que la place de la culture se réduit », souligne Luc Lorfèvre. Reste que du côté de la presse “indé”, le ressenti est différent. Caroline Bertolini est rédactrice en cheffe du pure player musical belgo-français La Vague Parallèle, créé en 2015. Composé de rédacteurs et de rédactrices bénévoles, la Vague Parallèle s’est donné pour mission de « faire de l’émergence. Je me vois mal dire “les Belges, on s’en fout”. D’autant plus que, comme les artistes en FWB, on a aussi commencé “petit”, on avait du mal à se faire accréditer dans les festivals », explique-t-elle. Si elle constate elle aussi un afflux d’artistes FWB dans les demandes de couverture médiatique auprès du magazine, pour Caroline Bertolini, c’est en partie dû au manque de couverture par les “grands médias”. « Les artistes ont de moins en moins de visibilité et ils bombardent les derniers médias qui restent. La demande chez nous est grandissante. »
La RTBF en ligne de mire Et le politique dans tout cela ? Si les médias privés sont libres de faire ce qu’ils veulent et échappent donc à toute possibilité d’intervention, la RTBF semble être la cible de toutes les attentions futures. Au cabinet d’Élisabeth Degryse (Les Engagés), ministre de la Culture en FWB, on affirme vouloir « saisir pleinement l’opportunité du futur contrat de gestion de la RTBF afin d’examiner les moyens d’aboutir à un engagement renforcé en faveur de la visibilité de la création artistique belge francophone. Il s’agira notamment d’explorer les manières de mieux refléter la diversité des styles, des disciplines, des formats et des publics et de renforcer la présence des contenus au sein du grand public, y compris lors de moments d’exposition plus visibles ». Quant au cabinet de Jacqueline Galant (MR), la ministre des Médias en FWB, il note qu’il s’agira, dans ce cadre « de mener une réflexion sur la nécessité pour la RTBF de disposer d’autant de chaînes de radio et de trois chaînes de TV »… Donner plus de place aux artistes tout en se demandant s’il ne faudrait pas réduire le nombre de radios : en Fédération Wallonie-Bruxelles, l’équation promet d’être serrée…
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Académies : la fin de la gratuité pour les moins de 12 ans fragilise-t-elle l’accès aux arts ? TEXTE : VICTORIA DE SCHRIJVER
Depuis cette rentrée 2026-2027, les moins de 12 ans ne bénéficient plus automatiquement de la gratuité dans les académies. Une mesure qui interroge l’accessibilité des arts et fragilise certains établissements.
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Deux réseaux, deux difficultés Sur les 95 euros acquittés pour l’inscription d’un enfant de moins de 12 ans, 19 euros sont rétrocédés au pouvoir organisateur. Les académies officielles subventionnées dépendent généralement d’une commune, qui participe à leur fonctionnement. Les académies libres subventionnées ont quant à elles un pouvoir organisateur privé, souvent constitué en asbl, et elles ne disposent pas du même appui communal. Une autre mesure interdit aujourd’hui d’imposer un droit d’inscription complémentaire. Cette contribution aidait notamment ces académies libres à financer matériel, partitions, décors ou costumes. Des établissements liégeois ont d’ailleurs introduit un recours devant le Conseil d’État. Une baisse des inscriptions réduirait les périodes de cours. Déjà nombreux à travailler dans plusieurs académies, des professeurs pourraient perdre des heures et voir leur charge se morceler davantage. Sous 350 inscriptions durant deux années, une académie peut être fermée ou fusionnée.
la rentrée 2026-2027, l’inscription dans les académies de la Fédération Wallonie-Bruxelles coûte désormais 95 euros pour les moins de 12 ans, pour qui l’inscription était jusque-là gratuite. Les exemptions sociales sont maintenues mais le prix peut freiner certaines familles, surtout lorsque plusieurs enfants sont inscrits, et constituer un obstacle pour les foyers qui souhaiteraient les initier aux arts. Début juin dans L’Écho, un directeur d’académie défendait anonymement la mesure. Elle permettrait de « revaloriser » le métier et « d’écrémer légèrement les élèves touristes ». « Les jeunes qui veulent vraiment faire de la musique en feront toujours ! », concluait-il. Mais faut-il déjà être certain de sa vocation pour découvrir un art ? L’académie offre précisément cet éveil aux enfants éloignés des milieux artistiques.
Une porte d’entrée déterminante Le parcours du pianiste Valère Burnon, troisième prix du Concours Reine Élisabeth 2025, en fournit un exemple. Issu d’une famille sans musicien, il est inscrit très jeune au “présolfège”, puis commence le violon et le piano. « C’est véritablement grâce à l’académie que tout a pris forme », raconte-t-il. L’académie constitue ainsi le premier maillon d’une formation qui se poursuivra ensuite entre cours privés, conservatoires et institutions supérieures. L’académie ne forme pas que des professionnels. L’apprentissage d’un instrument peut s’y étendre sur dix ans et créer une relation privilégiée avec le professeur et les autres élèves. En réunissant générations et milieux autour de plusieurs disciplines, son rôle est artistique autant que social. Pour Valère Burnon, la fin de la gratuité est « un désastre » susceptible de creuser les inégalités sociales mais aussi d’appauvrir le vivier musical belge. Le nombre de candidats belges au Concours Reine Élisabeth reste un sujet récurrent dans le milieu classique. Or, pour en voir davantage, estime-t-il, « c’est au niveau des académies que ça commence ». Larsen
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Une accessibilité à géométrie variable À Beloeil où l’académie compte environ 370 élèves, quelques dizaines de non-réinscriptions pourraient fragiliser son avenir. La commune a décidé de prendre en charge 47 euros par enfant, tandis que Fleurus accordera une prime de 25 euros par enfant de moins de 12 ans inscrit. Face à la réforme, le collectif Be Free Be Academy diffuse des témoignages d’élèves, de professeurs, d’artistes et de membres du personnel afin de rappeler le rôle social et culturel des académies. Les inscriptions de cette rentrée fourniront de premiers indices. Mais les effets sur les établissements, la diversité des publics, la naissance des vocations et le vivier artistique ne pourront se mesurer que dans plusieurs années. Pour Valère Burnon, la musique est un langage universel : « Je pense qu’il est important que tout le monde y ait accès ».
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Boire et manger en 33 tours
TEXTE : NICOLAS ALSTEEN
Entre l’entrée et le dessert, autour d’un verre de vin ou à l’heure du café, les établissements audiophiles donnent un autre goût aux vinyles. Apparues à Tokyo, remarquées à Londres, ces enseignes se propagent désormais de Liège à Bruxelles. Bien que savoureux, le concept soulève quelques points d’interrogation. Les bars et bistrots audiophiles sont-ils les nouveaux temples de la hype ? Un plan marketing ? Des lieux de découvertes musicales ? Ou, qui sait, l’avenir de l’écoute collective ?
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Du Japon à la Belgique Ni l’apparition de la cassette audio ni la naissance du CD ou l’avènement du streaming ne sont venus à bout des “ongaku kissa”. Par miracle, habitude ou nostalgie, le modèle japonais a surmonté les transformations de l’industrie musicale. Une étrangeté absolue dans un monde où il n’est plus nécessaire de sortir de chez soi pour accéder à la musique… Le bar audiophile a donc survécu dans son pays d’origine, avant de ressurgir, sensiblement métamorphosé, dans les métropoles occidentales. À Londres, des adresses de renom comme Brilliant Corners ou Spiritland ont contribué à populariser une version moins rigoureuse de l’esquisse originale. Chez les Anglais, la clientèle peut consommer une bière IPA, manger un fish and chips revisité ou papoter. Qu’importe ! Le système sonore et la programmation musicale restent au cœur du projet. Depuis, des villes comme New York, Paris, Berlin ou Amsterdam ont suivi le mouvement. La Fédération Wallonie-Bruxelles n’échappe pas au phénomène. La capitale, par exemple, concentre plusieurs déclinaisons du modèle. L’Altitude associe cuisine saisonnière et système hi-fi haut de gamme. Dans le centre-ville, MOK Studio propose de déguster le meilleur des cafés en sirotant des sons raffinés. À Uccle, le café Boaboa Records organise régulièrement des soirées d’écoute d’albums, tandis que du côté de Saint-Gilles, Archive Music associe caféine et sons de qualité. À Liège, le Blaes assure le service dans une ambiance tamisée, avec une sélection de bières, de vinyles et de vins audacieux. À l’heure où presque toute la musique du monde tient dans une poche, certains plébiscitent ainsi des bars qui choisissent des disques pour eux. « En tant que collectionneur, je passe mon temps à arpenter les brocantes ou à fouiller dans des bacs, raconte Timothée Gouteux. Je cherche des perles rares, des trésors oubliés, sans
Bruxelles, sur les hauteurs relatives de Forest, un bistrot baptisé L’Altitude vit son heure de pointe. Des clients trinquent autour d’un vin naturel, d’autres s’émerveillent devant un maquereau à la plancha serti de câpres et de grenailles sautées à l’ail. Tandis que les cuistots s’agitent en cuisine, Timothée Gouteux s’affaire derrière les platines sous le nom de Bagnole. Un vinyle de jazz brésilien est au menu. Soudain, un homme délaisse ses couverts, abandonne sa table, et se rapproche du DJ. Pas pour lui demander de baisser le son ou de changer de disque. Juste pour prendre une photo de la pochette du microsillon : un enregistrement du compositeur Eumir Deodato. « Quand tu mixes dans un club, le but est de faire bouger les gens, précise DJ Bagnole. Ici, je peux me permettre d’emmener le public en voyage. » Tout le principe d’une enseigne audiophile tient à ce glissement de paradigme. Entre assiettes, apéro et coups de fourchette, la musique revêt une autre dimension, chargée de senteurs, de piquant et, pour sûr, d’un certain dépaysement. L’idée, pourtant, n’est pas neuve. Bien avant que le concept ne colonise les magazines de mode et les pages Insta d’influenceurs soucieux de leurs audiences, le Japon avait inventé le café d’écoute. Les “ongaku kissa” voient le jour au milieu des années 1920 autour de la musique classique. Dans l’après-guerre, le jazz prend le relais. À l’époque, un appareil hi-fi coûte une fortune et la plupart des disques disponibles sur le marché sont importés. Dès lors, ces petits cafés permettent, à moindres frais, l’écoute collective sur du matériel de qualité. On vient dans un “ongaku kissa” pour boire un verre ou un café, toujours en petit comité, face à des enceintes soigneusement disposées. Dans certains établissements, la conversation est réduite à son strict minimum. Aujourd’hui encore, la tradition perdure. Certains lieux interdisent même l’usage des téléphones portables…
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Le MOK Studio, dans le bâtiment qui accueillait autrefois le journal Le Peuple, à Bruxelles.
Le prix du (bon) goût De la boisson au système d’amplification, cet art savamment orchestré du produit choisi frise la caricature. À tel point que la démarche peut ressembler à un slogan commercial. « Le bar audiophile n’est pas un lieu où l’on consomme du rouge en cubi, modère Bagnole. Ces endroits privilégient les vins naturels ou millésimés. La sélection des vinyles relève de cette logique d’exception. Dans un restaurant, c’est pareil : le menu doit être alléchant. La musique, c’est la cerise sur le gâteau. » Pour le DJ, la thèse de « l’audiophilie comme argument marketing » ne tient pas la route. « Parce que quelque chose se joue réellement derrière les platines, dit-il. Si l’établissement fait appel à mes services, c’est qu’il ne veut pas d’une playlist Spotify. » L’air de rien, cette remarque met en lumière le principal atout des enseignes audiophiles. Ici, ce qui compte, c’est l’interaction humaine. « C’est toujours la passion qui parle. Mes sélections sont assez imprévisibles. Ce sont des intuitions ou des impulsions. Aucun algorithme n’agit de cette façon. » Le contexte redéfinit également le rôle du DJ. Dans un club ou un festival, son efficacité se mesure, dans l’instant, au nombre de corps qui s’agitent sur le “dancefloor”. Mais dans un restaurant ou un bar audiophile, pas question de faire monter l’ambiance ou de gonfler les BPM pour galvaniser les foules. « Le but, c’est de créer un cadre musical agréable et surprenant, résume Timothée Gouteux. Avant, j’avais peur de déranger les gens. Maintenant, je fais comme chez moi. Quand je passe des vinyles dans un lieu audiophile, j’y mets du cœur et de la personnalité. C’est tout l’intérêt de la chose. »
m’arrêter à une musique ou à un genre particulier. C’est tout l’intérêt de passer des vinyles dans un restaurant audiophile. Parce que la clientèle est là en connaissance de cause. Les gens s’attendent à être surpris par la proposition culinaire mais aussi par la sélection musicale. Sur la platine comme dans l’assiette, il y a le plaisir de partager. De faire découvrir et d’associer des saveurs, tantôt locales, tantôt exotiques. »
Le son et la forme Mais poser une platine sur le rebord d’un comptoir ne suffit pas pour s’ériger en bar audiophile. Jens Crabbé, le fondateur de MOK Studio, est catégorique sur ce point. « La plupart des bars et restos n’accordent aucun soin à l’acoustique et à la musique, juge-t-il. Chez nous, l’installation sonore est faite sur mesure : elle est immersive, ultra qualitative. » Vinyles de jazz, perles soul, hip-hop et autres mélodies sophistiquées gravitent sur le tourne-disque de l’établissement. Au MOK Studio, la tasse de café est le fruit de minutieuses manipulations. Les baristas règlent les machines à la main. Ce travail manuel est également à l’œuvre derrière les platines, où chaque microsillon est consciencieusement posé. « Celles et ceux qui consomment un café chez nous sont des esthètes, assure le propriétaire des lieux. Notre clientèle aime les mets raffinés, le bon vin, les chefs-d’œuvre artistiques. Le choix de la musique procède de ce raisonnement, tout comme l’adresse de notre établissement… Nous sommes installés dans le bâtiment qui abritait autrefois la rédaction du journal Le Peuple. » L’endroit se situe à deux pas de la rue Neuve. « Il s’agit pourtant d’un des cinq quartiers les moins visités de Bruxelles, révèle le patron. Cela signifie qu’il y a peu de passage. Mon but, c’est que les gens soient motivés à l’idée de venir. S’ils nous trouvent, c’est qu’ils sont en quête d’une expérience auditive et gustative. »
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Spotify, TEXTE : PHILOMÈNE RAXHON
Spotify est la plateforme de streaming qui comptabilise le plus d’abonné·es au monde. Elle est aussi celle qui rémunère le moins bien les artistes qui lui confient leur musique.
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lateforme de streaming la plus populaire au monde (elle représente plus de 32% du marché), Spotify joue un rôle majeur dans la vie des acteur·ices du secteur musical. L’entreprise est régulièrement pointée du doigt pour ses incartades éthiques, notamment les investissements de son directeur général dans une société d’armement autonome guidé par IA ou encore le don de 150.000 dollars du géant du streaming pour la cérémonie d’investiture de Donald Trump. Elle l’est aussi pour sa maigre rémunération des artistes qui peuplent son catalogue, au point que la journaliste et critique musicale américaine Liz Pelly déclarait en juin dernier à Mediapart : « Écouter des artistes indépendants sur Spotify revient à pirater leur musique tellement ils sont peu rémunérés ».
Musique à petits prix Si piratage il y a, il est plus nébuleux qu’une simple rétribution trop faible par une entreprise cupide. Sur Spotify, la valeur d’un stream tourne autour de 0,003 euros par écoute, un montant recalculé par la plateforme tous les mois. « Le streaming est essentiel, c’est presque l’unique mode de consommation des enregistrements », explique Christian Martin, président de PlayRight, société de gestion collective qui administre les droits voisins des artistes-interprètes en Belgique. Spotify recense « combien de streams ont été générés sur la période sur un territoire donné, garde 30% et partage les 70% qui restent de manière égale par stream généré » aux titulaires de ces royalties, développe-t-il. Le portefeuille de revenus de la plateforme est composé des gains liés aux abonnements mais aussi des bénéfices générés par la publicité sur le “freemium”, les abonnements gratuits. Or « un titre streamé en freemium génère sept fois moins de revenus que s’il est streamé par un abonnement premium », ajoute Christian Martin. Pour ces raisons, et bien que Spotify ait récemment passé la barre des 300 millions d’abonnements payants, les fonds de l’entreprise ne sont pas exponentiels, selon Alex Germys, DJ et producteur. « L’année dernière, l’un de mes titres est devenu disque d’or en Belgique, illustre l’artiste, il a cumulé cinq millions de streams. On est quatre personnes créditées sur le morceau, donc il a peut-être rapporté 700 ou 800 euros par personne ». Le prix d’une écoute sur Spotify est bas mais pas bien plus que chez les autres géants du streaming. « Sur la question de la rémunération, aucun des acteurs dominants – que ce soit Apple Music, Amazon Music, Tidal, Deezer – ne brille par son initiative », observe François Custers, moitié du duo de darkpop électro Guilt. Pour rendre le modèle du streaming suffisamment profitable aux auteur·ices, il faudrait multiplier par 5 ou 6 le prix de l’abonnement selon Steven Desloovere, responsable musique du comité de management de la Sabam, qui valorise les droits des auteur·ices-compositeur·ices en Belgique. « Mais je pense que la majorité des Belges ne va pas payer 60 euros par mois pour Spotify », ajoute-t-il. Le prix de l’abonnement envoie cependant le mauvais message, poursuit Christian Martin : « Pouvoir écouter un nombre illimité de titres pour une dizaine d’euros, ça donne aussi aux gens l’impression que la musique est gratuite ou qu’elle ne vaut pas grand-chose ». Le mythe de la découverte organique En Belgique, la précarisation du streaming tient aussi à la disparition, depuis 2024, de la playlist éditoriale composée uniquement de productions belges et mise en avant sur la page d’accueil de Spotify. Une catastrophe pour la visibilité des artistes, qui participe à ce que seuls 6% de la musique consommée sur notre territoire soit belge contre, en guise de comparaison, 82% de musique locale consommée en Italie. C’est que les playlists représentent « 80% des streams générés sur Spotify », développe Christian Martin. Quand un titre figure dans une playlist populaire, l’algorithme du géant suédois le remarque et place ce titre dans d’autres playlists et contenus recommandés. « Plus on fait de streams, plus on en fait, moins on fait de streams, moins on en fait », résume le président de PlayRight. Ces prescripteurs de contenu participent à donner l’illusion d’une découverte musicale organique, tout comme d’autres fonctionna-
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lités plus insidieuses de Spotify. « Il existe des preuves que quand on commence à écouter quelques chansons puis que la plateforme se met à nous en recommander, ce sont des titres sélectionnés pour une raison, explique Steven Desloovere, c’est probablement aussi le piratage auquel Liz Pelly fait référence ». Ce à quoi fait allusion le responsable musique de la Sabam, c’est le “Discovery Mode” de Spotify, qui propose aux personnes qui publient des morceaux sur la plateforme de renoncer à une partie de leurs royalties en échange de quoi le titre sera davantage mis en avant. « C’est payer pour être écouté », lance Christian Martin. Ce dernier souligne le manque de transparence de l’entreprise qui « ne veut jamais être tenue responsable des écoutes, dictées selon elle uniquement par les utilisateurs ». Le producteur Alex Germys, lui, parle de « fermes de smartphones en Hollande où [tu] peux payer pour générer des streams » pour faire croire à tort à l’algorithme qu’un morceau est populaire.
Quitter le navire Parler d’argent, de streams et de Spotify avec des acteur·ices du secteur, c’est ouvrir la boîte de Pandore de l’ingérence musicale, comme le décrit le livre-enquête de 2025 de Liz Pelly, La machine Spotify : La marchandisation de la musique à l’ère du streaming. François Custers pointe également du doigt les majors de l’industrie, à savoir Universal, Sony et Warner. De nombreux médias spécialisés affirment que ces majors font pression sur la plateforme pour maintenir son modèle de rémunération actuel, où les revenus des streams sont rassemblés et repartagés. Selon François Custers, c’est pour cette raison qu’un modèle “user-centric”, où l’abonnement de chacun·e serait distribué aux artistes qu’il ou elle écoute effectivement, resterait hors d’atteinte. « Les études à ce sujet montrent que ça diminuerait sans doute les revenus des 10% d’artistes qui font 90% des streams », affirme Christian Martin, à savoir ceux et celles représenté·es par ces majors. Le président de PlayRight ajoute cependant que, si cette solution favoriserait aussi un peu les artistes « connus mais qui ne sont pas des superstars », elle ne changerait pas grand-chose aux revenus des musicien·nes émergent·es. Il n’empêche, les initiatives pour répondre à ces rémunérations minuscules ne manquent pas. Il y a les entreprises alternatives comme Bandcamp, Soundcloud ou encore Subvert, « où on est sur des principes de rémunération complètement différents, explique François Custers, avec des plateformes qui prennent peu de pourcentage sur les ventes, que ce soit en streaming ou sur les achats digitaux ». De son côté, PlayRight mise sur une directive européenne qui lui permettrait de « négocier avec toutes les plateformes de streaming actives en Belgique » et assurerait que les artistes soient rémunéré·es correctement pour la diffusion en ligne de leur musique. La directive a été adoptée par la loi belge en 2022, mais se heurte depuis à un recours renvoyé à la Cour européenne de justice. Christian Martin espère une issue favorable d’ici l’année prochaine. En septembre 2025, le groupe de François Custers, Guilt, annonçait sa décision de quitter Spotify. « Pour des raisons éthiques, sans surprise », indique-t-il. En tant qu’artistes indépendants, lui et son acolyte, Pierre Van Vlaenderen, ne sont pas tenus par un contrat avec un label qui les empêcherait de renoncer au géant du streaming. « Spotify étant la plateforme monopolistique, tu sais que tu vas te couper de probablement 80% de tes écoutes, poursuit-il, mais l’aspect financier n’est pas ce qui nous retenait, tant ce qu’on gagnait sur Spotify était pitoyable ». Le groupe cherche aujourd’hui à valoriser cette décision auprès de son public, et à ne pas la subir. Pour la sortie de son nouveau single, Guilt a mis en place un site reprenant les raisons de son départ de Spotify et permettant aux auditeur·ices de télécharger le morceau gratuitement ou de faire un don. « On s’est demandé combien de temps ça prendrait pour égaler notre meilleure recette de streaming sur un single, affirme l’artiste, en un mois et une trentaine de donations, on a dépassé ce chiffre ». François Custers assure que leur démarche cherche avant tout à sensibiliser le public et à permettre au groupe de se sentir aligné à ses valeurs. « Pour que le modèle du streaming change vraiment, je ne crois pas aux solutions individuelles », précise-t-il.
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Scénographier la musique TUKAN et son dispositif scénique tout-terrain
En mettre plein la vue ou donner à voir autrement ? TEXTE : DIANE THEUNISSEN
Dans l’industrie musicale, la scénographie est bien plus qu’un décor posé derrière les artistes. Vidéos, mapping, timecode, jeux de lumière, installations immersives ou constructions artisanales : les outils se multiplient, tandis que les artistes et leurs équipes doivent composer avec des budgets serrés, des salles aux contraintes variables et un public habitué à être constamment sollicité par des images toujours plus impressionnantes. Que dit cette évolution de notre manière d’écouter et de regarder la musique ? À quoi sert une scénographie : renforcer l’identité d’un projet, raconter une histoire parallèle, transformer l’expérience du public ? Et jusqu’où faut-il aller pour rester pertinent, sans tomber dans l’overdose et la surenchère ? Entre nouvelles technologies, débrouille, impératifs économiques et préoccupations écologiques, une autre question se dessine : dans un spectacle où tout peut être programmé au millimètre, quelle place laisse-t-on à l’erreur, au vide et à la surprise ? Larsen
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ans quelques semaines sortira Eldorado, le nouvel album de Girls in Hawaii. Le groupe le défendra cet automne lors d’une tournée européenne, avec une scénographie toute neuve : des centaines d’images projetées, mêlant archives rescapées de vieux disques durs et créations flambant neuves. « On voulait un truc assez simple, assez sobre, qui puisse quand même permettre aux gens de se perdre dans notre musique », explique Antoine Wielemans, cofondateur du groupe. « L’idée, c’est vraiment d’utiliser des images vidéo comme des sources de lumière. Parfois avec un peu de mapping, parfois en les utilisant comme fonds lumineux. » Chez Girls in Hawaii, la scénographie n’est pas une réflexion ajoutée après coup. Antoine et Lionel, l’autre cofondateur, mettent les mains à la pâte depuis toujours. « Moi, je suis graphiste à la base et Lio est photographe de formation. Dès le début du groupe, ça a été quelque chose qui nous excitait beaucoup et dans lequel on prenait énormément de plaisir. » Cette implication se retrouve chez TUKAN où Nathan Van Brande, bassiste, participe étroitement à la construction de l’identité visuelle du projet. Pour le deuxième album, Human Drift, le groupe a imaginé avec son éclairagiste Lénaïc Pujol une scénographie entièrement automatisée : « On a d’abord composé toute la musique du live. On a fait une setlist, on a figé la musique, puis on a réfléchi à un dispositif adapté. » Le résultat tient presque du jeu de construction : des plaques d’aluminium d’un centimètre d’épaisseur, légères et facilement démontables, qui se transforment en volumes grâce à des câbles en acier et se fixent sur des pieds de micros. Au centre, quatre barres LED autonomes permettent de faire varier la longueur de l’installation selon les lieux. « C’est vraiment du sur-mesure », résume Nathan. Cela dit, le sur-mesure n’est pas synonyme de démesure. Pour TUKAN, il fallait surtout concevoir un dispositif capable de fonctionner partout. « On est à un stade de développement où on joue dans des lieux hyper variés. Si c’est une bonne opportunité, on y va et on s’adapte. Il fallait quelque chose qui puisse fonctionner à l’AB mais aussi dans un bar. Il fallait que ce soit hyper adaptable, léger, que ça ne prenne pas de volume, qu’on puisse l’installer nous-mêmes. Et que ça ait le rendu le plus “waw” possible, » confesse-t-il, le regard rieur.
Une extension de la musique La numérisation a considérablement élargi le champ des possibles. « Ce qui a beaucoup changé en scénographie, c’est le fait que tout un show puisse être enregistré et préparé sur un logiciel, en amont d’une tournée, observe Antoine. Du coup, les possibilités sont infinies. » Mais cette liberté nouvelle porte aussi son propre piège : celui de pouvoir tout faire. « Je pense que ce côté “no limit” peut créer une saturation. » Pour lui, la technologie n’a de sens que si elle reste au service d’un propos. « Le mapping, le VJing, ce ne sont que des techniques. Ce qui est intéressant, c’est ce que tu racontes », ajoute-t-il. Pendant notre conversation, Antoine cite notamment la dernière tournée de Soulwax, dont la scénographie lui a particulièrement plu. Elle avait beau être coûteuse et parfaitement maîtrisée, elle donnait à voir des échafaudages, des éléments de chantier, des structures presque rudimentaires. « Ça sentait le DIY à plein nez, alors qu’ils ont tout à fait les moyens de le faire. Bien sûr que tout est programmé mais ce que tu vois, c’est du concret, c’est de la construction. C’est très à contre-courant de ce qu’on voit actuellement. » Chez TUKAN, la technologie sert au contraire à pousser plus loin le dialogue entre musique et lumière. Le groupe a travaillé avec Lénaïc sur le show avant même de le jouer, pour que chaque choix visuel corresponde à l’intention musicale. « Le but, c’est que ce soit comme une synesthésie : si tu ouvres les yeux, tu devrais pouvoir entendre notre musique, et si tu l’écoutes en fermant les yeux, tu devrais pouvoir voir les lumières. » Le procédé a même influencé la composition : le choix du clic et du “timecode” a ouvert la porte aux machines et aux séquences électroniques. « Maintenant, on a des morceaux où des synthés jouent tout seuls, avec un vocabulaire de musique électronique qui n’est pas jouable par des humains. » La relation est donc réciproque : « La scénographie a influencé la musique et la musique a influencé la scénographie. »
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Pour qui scénographie-t-on ? La scénographie peut toutefois poursuivre un autre objectif : transformer l’espace et l’expérience du public. Coline Cornélis, artiste visuelle et sonore, ne pense d’ailleurs pas nécessairement aux artistes lorsqu’elle travaille sur une scénographie – notamment pour le collectif Magma, avec lequel elle a l’habitude de collaborer. « Pour l’esthétique, il y a déjà suffisamment de paramètres avec l’identité de Magma, les contraintes imposées par le lieu et les opportunités que je trouve en récup’. Faire du cas par cas en me demandant si ça va convenir à tel ou tel artiste, ça n’entre pas dans ma réflexion. » Parfois, les contraintes aident même à la création. Pour une soirée Magma aux Halles de Schaerbeek, il fallait compartimenter une immense salle afin de créer un espace où manger et se reposer. De grandes languettes en plastique récupérées « via via » ont permis de séparer les espaces. « C’était à la fois joli, pratique, et ça structurait le lieu et l’expérience. » La scénographie devient alors une forme d’architecture temporaire : elle organise les déplacements, les regards, mais aussi les moments de repos. Cette dernière fonction a de plus en plus d’importance aux yeux de Coline. « En tant que public, et en tant que femme qui a de plus en plus de mal à sortir dans des environnements parfois agressifs, je trouve que c’est une excellente chose que cette vision de la fête ait été remise en question. » Elle pense notamment aux espaces de respiration développés dans certains lieux et festivals. « L’idée d’utiliser des lumières moins agressives, aussi. Selon moi, cet aspect du “repos” est important à intégrer dans une scénographie. » Chez Sabine Theunissen, scénographe, cette attention au public se traduit autrement : par la volonté de ne pas lui imposer une lecture unique. « Je crois qu’il faut laisser une part de liberté et d’interprétation au public, » affirme-t-elle. Pour Sabine, la scénographie n’est d’ailleurs pas tant ce que l’on montre mais plutôt ce qui permet à une œuvre de rencontrer celui ou celle qui la regarde. « On est dans le comment, on n’est pas dans le quoi. » Elle poursuit : « Ce lien, quelque part, il est réussi quand il ne se voit pas, quand il fait que tu as un contact intime, direct et dans l’émotion avec ce que tu montres. » Il ne s’agit donc ni de saturer l’espace, ni de disparaître complètement. « Si tu ne mets rien, il n’y a pas de passage non plus ! Ça ne veut pas dire qu’il ne faut rien. La scénographie, c’est comment passer du réfléchi au ressenti. » De son côté, Nathan revendique pleinement l’immersion. « Moi, je vois plutôt ça comme une opportunité d’être créatif. De surprendre, de créer des narrations parallèles, au même titre que les “artworks” d’album : ils orientent ton écoute et la scénographie, c’est la même chose. Je vois vraiment ça comme un dialogue et une extension du propos. » L’effet “waw” Cette recherche d’immersion s’inscrit cependant dans un contexte où les spectacles sont soumis à une pression croissante : celle de devoir impressionner. Nous vivons entouré·es d’images et les concerts n’échappent pas à la course à l’attention. Plus les billets sont chers, plus le public peut être tenté d’exiger une expérience exceptionnelle. Antoine observe cette évolution avec méfiance. « Les moyens technologiques auxquels on a accès nous permettent de faire des trucs de plus en plus dingues. Mais j’ai parfois l’impression qu’il faut justifier le prix exorbitant des places par un espèce de show où tout doit être incroyable », nous confie-t-il. Derrière cette surenchère se cache aussi une transformation économique. Les revenus issus de la musique enregistrée sont devenus insuffisants pour beaucoup d’artistes, faisant du live une source essentielle de revenus. Mais produire un spectacle coûte lui aussi de l’argent. « Comme tous les groupes, on est dans un gros souci de rationalisation permanent. On ne peut plus vraiment se permettre de claquer des sous : on rentabilise l’album qu’on a créé grâce à la tournée. » La scénographie est pourtant devenue une étape vers la professionnalisation. Pour TUKAN, le deuxième album constituait un moment charnière. « Au début, tu dois être capable de jouer partout, tu fais avec les moyens du bord. Nous, au moment du deuxième album, on devait être capables d’assurer des “headlines shows” et que ce
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« Le mapping, le VJing, ce ne sont que des techniques. Ce qui est intéressant, c’est ce que tu racontes. » Antoine Wielemans – Girls in Hawaii soit au même niveau qu’un groupe du milieu anglo-saxon qui arrive à Dour, par exemple », explique Nathan, avant d’ajouter : « Je pense que chaque niveau de développement a ses exigences et la scénographie en est une. » La scénographie devient donc une manière de se positionner dans une scène musicale, d’affirmer une identité et de répondre à certaines attentes du public. Chez Girls in Hawaii, cette exigence crée une situation plus ambivalente. « On a toujours été le cul entre deux chaises : on n’est pas assez gros pour structurer une équipe et, en même temps, on se retrouve souvent sur des dates importantes, en tête d’affiche, qui nous obligent à proposer une scénographie adaptée. »
Le coût du spectacle Cela dit, le prix d’une scénographie ne se limite pas à son budget de fabrication. Elle doit entrer dans une salle, être montée, démontée, transportée, puis remontée ailleurs. Une largeur de porte, un ascenseur, un poids ou une hauteur sous plafond peuvent suffire à remettre en question un dispositif. Dans l’opéra, où les productions sont fréquemment coproduites entre plusieurs maisons, cette question est particulièrement complexe. « Un décor est donc conçu pour plusieurs maisons d’opéra. Ça veut dire qu’il faut non seulement tenir compte des contraintes de l’opéra dans lequel le projet va être créé mais aussi des contraintes des autres opéras qui coproduisent », explique Sabine. « Le poids des éléments, les règles de sécurité, ça peut même être la largeur de la porte de l’ascenseur. » Dans les musiques actuelles, les contraintes sont moins visibles mais tout aussi concrètes. Girls in Hawaii tourne désormais en tour bus notamment parce que la scénographie impose d’arriver suffisamment tôt pour pouvoir être montée. Il faut donc rouler de nuit. Le coût du spectacle se mesure aussi en heures de travail, en kilomètres, en locations de transports et en énergie. Cette rationalisation permanente ramène forcément à une question : comment faire bien avec peu ?
musicien·nes, un ingénieur du son, tout le matériel, des écrans, un éclairagiste et un projectionniste. « C’était la débrouille totale, on se payait que dalle, mais on était jeunes, on s’en foutait. La musique nous permettait de faire beaucoup de choses, avec des moyens relativement ambitieux. C’était assez excitant, créativement parlant. » Aujourd’hui, les plateformes ont notamment contribué à disperser les publics, ce qui rend plus difficile la création de scènes locales et l’organisation de tournées rentables. « Puis, il y a moins de subsides, moins de moyens, et comme les groupes ne gagnent de l’argent que dans le live, il n’y a plus beaucoup d’autres sources de revenus. » Dans ce contexte, ajouter une scénographie, un·e éclairagiste ou simplement une personne de plus sur la route représente vite un coût important.
Peut-on encore surprendre ? Il y a un paradoxe dans la scénographie contemporaine. La technologie permet de contrôler chaque détail, de synchroniser parfaitement le son et l’image, de reproduire chaque soir le même effet au même instant. Mais cette perfection peut aussi rendre le spectacle un peu trop prévisible. À force de vivre dans un flux continu d’images et de stimulations, on a peut-être aussi besoin de choses plus simples, qui ne cherchent pas immédiatement à nous impressionner : un espace vide, une lumière douce, une matière imparfaite, un accident. Pour Coline, cette recherche d’une expérience « plus douce et plus multiple » est aussi une question écologique. « La surenchère est forcément un peu évitée dans les cercles dans lesquels je travaille puisque le budget est par essence très bas. Mais même si je pouvais faire une scénographie de Tomorrowland, je ne le ferais pas, pour des raisons écologiques. » Sabine propose une autre manière de penser cette question : celle de l’ouverture. Pour elle, une scénographie n’est pas une succession d’effets mais une narration. « Il y a un début, un milieu, des pauses, un climax, un moment d’émotion, un moment de réflexion, un moment de repos, un moment d’éblouissement. Tout ça demande Faire avec les moyens du bord d’être construit. » Dans sa pratique, la maquette occupe une place Pour Coline, la réponse passe par la récupération. « Ce qui guide importante précisément parce qu’elle n’est jamais totalement décomplètement ce que je fais, c’est la récupération de matériaux. Pour finitive. « À chaque fois qu’on passe d’un stade à un autre, il y a ce bien faire, je n’achète rien de neuf. Du coup, ça dépend aussi de ce moment où ça tremble et c’est là que tu peux introduire de nouvelles que je trouve en récup’, » explique-t-elle. choses. Et puis quand tu montes, il y a encore des nouvelles choses ! À Bruxelles, elle s’appuie sur des lieux de mutualisation comme Tout peut encore changer. » Elle est formelle : ce sont ces accidents, Souplothèque, Gilbard ou R-Use. « J’utilise beaucoup de tissus car ces erreurs et ces imprévus qui permettent parfois de trouver les c’est facile d’être circulaire avec du tissu. Tu peux le nouer plutôt que solutions les plus sensibles et les plus surprenantes. le coller ou le coudre et ça a vite un gros impact en étant assez léger. La scénographie serait-elle alors moins l’art de tout maîtriser Et le monde ne manque pas de tissus ! » Cette logique est à la fois que celui de laisser une place à ce qui échappe au contrôle ? Dans économique, écologique et créative. Dans la même veine, Antoine un univers culturel saturé d’images, le véritable luxe pourrait ne plus évoque la scénographie d’Angine de Poitrine : « Trois draps de lit, être l’effet spectaculaire mais la possibilité d’être encore surpris. de la peinture noire, de la peinture blanche. Il y a moyen de faire des « Quand tu travailles avec des gens qui te donnent la confiance, ils te laissent une ouverture et une liberté. Si tu arrives à profiter choses incroyables avec très peu de budget. » Cela dit, le DIY demande du temps. Chercher, récupérer, transfor- de cette liberté, à prendre du plaisir et à rebondir sur les imprévus, mer, bricoler : ce qu’on économise en argent, on le dépense souvent je suis certaine que le public sera libre, lui aussi, dans son interen temps et en énergie. Mais heureusement, cette contrainte peut prétation », poursuit Sabine. Puis elle résume, en quelques mots, également devenir une sublime force créative. C’est d’autant plus vrai ce qui pourrait être la meilleure définition de la scénographie : que l’économie du secteur a beaucoup changé. Antoine se souvient « Il faut introduire la vie, il faut introduire le vivant. Si tout est imprimé d’une époque où Girls in Hawaii pouvait partir en tournée avec six en 3D, c’est mort. Et donc c’est ennuyeux. »
Larsen
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Les sorties
Mozart/Haydn/Fiorini Missa brevis
Etesiane Orchestra, Gabriel Hollander Cypres
Réunir dans un même enregistrement la Missa brevis en ré mineur de Mozart et l’Orgelmesse de Haydn est légitime au vu de la proximité des deux compositeurs. Mais y associer la Missa brevis de Fabian Fiorini, commandée pour ce projet, était une gageure. « Nous voulions sortir des sentiers battus et faire entendre un répertoire profondément vivant, insiste Patrick Valls, directeur de cet enregistrement réalisé par l’Ensemble Etesiane Orchestra.Cet album est le fruit d’un travail collectif et d’une aventure humaine et artistique. » Le pari est d’autant plus réussi que Fiorini ne s’égare pas dans une modernité de circonstance, mais respecte l’esprit de la messe brève, même si, bien sûr, ses sonorités sont celles d’aujourd’hui. Comme le rappelle Gabriel Hollander, directeur artistique, « au-delà de sa dimension religieuse ou mystique, la messe brève est avant tout une forme musicale d’une grande richesse dramaturgique. En quinze à vingt minutes, elle tisse un lien étroit entre la voix, le texte et l’ensemble instrumental dans un équilibre exigeant.» Équilibre remarquable de surcroît ici dans l’acoustique parfaite du Concert Hall de Namur. La richesse de l’orchestration, sa dynamique et ses rythmes ainsi que le soin apporté à la dimension vocale s’imposent avec une belle évidence. Pour Hollander, « loin d’une relecture patrimoniale figée ou d’un cadre exclusivement liturgique, l’ensemble Etesiane fait ainsi de chaque œuvre une rencontre entre héritage et invention. » Constat que l’on partage, en attendant déjà les deux autres messes brèves commandées aux compositeurs Adrien Tsilogiannis et Patrick Valls. – SR
Larsen
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Carla Biber I Might be the Problem (EP)
Louise Barreau Apocalypse (EP)
Whodunit
Blue Milk Records
Après avoir prêté ses baguettes à de nombreux groupes bruxellois, la batteuse Carla Biber se lance en solo avec un EP, I Might be the Problem, à paraître à l’automne. Cinq morceaux y balisent les influences de l’artiste. Les sonorités de Bada-Boom évoquent ses études en batterie jazz, desquelles elle est la première femme de l’histoire des conservatoires de Maastricht et Bruxelles à sortir diplômée – un fun fact aussi remarquable que consternant. Le single est tapissé du saxophone intense de Shoko Igarashi, artiste japonaise basée à Bruxelles. Shy, lui, est une ode glam pop 80s, dotée d’un bridge langoureux et parcourue d’un synthé sur fond duquel on imagine des enfants s’éloigner à vélo dans le soleil couchant. Il y a aussi le titre queer et “feel good” – termes encore trop peu associés – Danish girl ou encore le plus électro Make it Sweet, dont l’autotune maîtrisé rappelle l’ambiance d’un club des années 2000. L’EP se conclut sur Ferris Wheel, titre sensible, comme une respiration profonde après un long moment sur la piste. Le projet sera présenté lors d’une release party le 10 octobre à l’Atelier 210. – PR
Joie ! D’enfin découvrir le premier EP de Louise Barreau. Apocalypse est un petit écrin de six titres qui fusionnent, allègrement et sans complexes, la jouissance rageuse du “dancefloor” et les doutes dispersés d’une humanité déboussolée. Une délicatesse imagée nous promène d’une chasse aux garçons aux ciels lointains qui brûlent ; des amitiés choisies à la plus secrète intimité des femmes. Ces six chansons parviennent à discourir de légèreté et de gravité avec la même exigence. La posture est solide, les textes ronds et fluides suivent le projet de la musique, résolument modernes. Le projet de Louise Barreau tient ses promesses et défige autant les membres que les mentalités. Un épanouissement artistique bien parti pour d’autres belles floraisons. – VF
Empty Head Freak Show Autoproduction
Pas si vides que ça les têtes de ce combo liégeois soutenu par Luik Music. Car c’est, certes, du rock pur jus, tendu et tranchant, aux riffs souvent agressifs (le nerveux Down the Rabbit Hole), parfois glam (l’efficace Don’t wanna), limite stoner parfois (Misery Hounds) ou post-grunge 90’s (Waiting for Love), parsemé de gimmicks à la guitare très “earworm” (le single Vincent), mais les mélodies sont bel et bien là ! Ça chante bien et même très bien (le stoner grunge Everywhere I Go), de façon très catchy. Freak Show, ce sont dix titres tels la « bande-son d’un monde qui part en vrille », qui portent un regard sur notre monde/société excessive et “lessivante”, le tout co-produit et mixé par Damien Vanderhasselt (Millionaire, SONS…). Amateur de rock, attarde-toi et Obey the rules (y entend-on)… naaaan ! – FXD
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Les sorties
Aurel
Tant qu’on aura pied Vérité/Modulor
Marc-Antoine Charpentier Actéon Scherzi Musicali – Nicolas Achten
Quelques notes de piano en ouverture et nous voilà embarqué·es. Le son suggère l’intimité et la sécurité d’une cabane en bois au fond du jardin. Et c’est exactement depuis ce refuge qu’Aurel nous invite sur ce premier disque, voix chaude et basse, chantée susurrée au bord du micro. Tant qu’on aura pied se présente « pas comme un retrait du monde mais comme une halte habitée » et c’est tellement juste. Son inspiration première ? « Ce sont mes enfants, mes filles m’inspirent énormément. Mais c’est d’abord pour moi que j’écris. Chaque chanson ou presque est une réponse à une difficulté à traverser. » Onze titres de la plume d’Aurel, sous laquelle le grincement de vivre prend des formes oniriques et douces. Il s’imagine homme-yéti dans Almasty, converse avec un héron, admire les failles d’une carapace, tout ce qui laisse passer la lumière. Et quand un Nuage noir se pointe, on s’en occupe sans violence : « ce n’est que de la vapeur, souffle pour voir ? ». C’est cette trace de nostalgie teintée d’espoir, ce tutoiement chaleureux et empathique, qui a séduit Nicolas Michaux, à la production et au mixage du disque. « On se côtoie souvent en concert et j’ai toujours adoré sa musique, sa personnalité artistique. La démarche du label m’intéressait aussi beaucoup. » Capitane Records : un modèle de circuit court et autogéré par les artistes. Un label comme une cabane en bois ou un étang où l’on a pied, et qui permet ici l’éclosion d’une belle personnalité artistique. – VF
Outhere/Ricercar
Dans le foisonnement de la musique française du Grand Siècle dominé par Lully, une petite pastorale en musique ne cesse de fasciner les mélomanes. Actéon, créée par Marc-Antoine Charpentier en 1684, est en effet une courte tragédie lyrique d’une rare intensité dramatique. L’histoire s’inspire d’un épisode des Métamorphoses d’Ovide où le jeune chasseur Actéon surprend par mégarde Diane se baignant nue. Laquelle se venge en le transformant en biche, livrée à ses chiens… Expert incontesté en musique ancienne, le chef Nicolas Achten réunit sous la bannière de son ensemble Scherzi Musicali l’effectif qui lui est cher – quelques chanteurs, deux violons, deux flûtes et une basse continue. Fait unique, il confronte ici les deux versions de ce drame léguées par Charpentier. Les nuances, notamment vocales, n’échapperont pas aux oreilles mélomanes, mais c’est l’ensemble qui s’impose, tant Achten et sa troupe excellent dans ce répertoire aux harmonies audacieuses et à l’expressivité d’une grande finesse. On est sous le charme aussi de la déclamation façon 17e de cette miniature ciselée par des artisans du baroque et à laquelle on ne peut que succomber. – SR
Coline Cornélis reeds / dielman / beets (EP) Laura Lies In
En ces temps où la musique se fait de plus en plus envahissante, où la parole est partout et tout le temps, où les mémos vocaux ont remplacé les textos, où les navetteurs parlent au téléphone sur haut-parleur, il est devenu précieux et régénérant d’écouter le “silence”, les frémissements de la nature, le bruissement des éléments. Artiste pluridisciplinaire qui a fait du DIY et de la récupération de matériaux le cœur de son processus de création et d’expérimentation, Coline Cornélis trouve tout beau et parfaitement imparfait dans le vivant. Amoureuse de l’environnement et de ses éléments presque invisibles, Coline a besoin de calme, de connexion avec ce qui l’entoure à commencer par les forêts. Adepte du “field recording” et de l’artisanat, elle enregistre la pluie, le vent, l’orage, fabrique des instruments de fortune avec des cailloux, des branches, des fruits et s’en sert pour créer des paysages sonores méditatifs. Ses sujets de prédilection sont l’interconnexion entre les êtres vivants, l’harmonie spontanée de la vie et les sentiments. « Ces choses puissantes mais intangibles qui nous meuvent pour le meilleur et pour le pire. » reeds/dielman /beets réunit trois pièces sonores nées de ces moments d’apaisement durant lesquels la perception glisse pour nous ouvrir les yeux et les oreilles. Rendre le monde plus clair, net et poreux. Ces trois morceaux accompagnés de vidéos et de sous-titres qui les contextualisent dépassent allègrement les dix minutes et cherchent à recréer cette même sensation. Un appel à la déambulation, la respiration, la réflexion et l’évasion. – JB
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du côté punk de la force, l’animal déplace les frustrations d’une génération dans des chansons sous tension. Épaulé par un groupe et une panoplie de vrais instruments, 39bermuda voit sa formule abrasive évoluer à la lisière d’un rock libertaire et d’influences piochées à l’orée des années 1990. Drum and bass, jungle et autres éléments empruntés à la culture rave dévalent dans les coulisses de ce disque hip-hop, un peu oi! et franchement rebelle. Un Chien indomptable. – NA
MAGUIE C’est nous les autres (EP) UpSide NXT/Modulor
Après la sortie, l’année dernière, de son premier excellent single, FACILE, la chanteuse bruxelloise MAGUIE s’apprête à dévoiler son premier EP à l’automne. Sur C’est nous les autres, productions fines et dépouillées laissent briller les paroles à la franchise désarmante de l’artiste. « J’ai encore planté tous mes amis pour te voir », chante Maguie sur Dans les joues, aveu d’un travers universel comme la jeune bruxelloise aime les collectionner sur C’est nous les autres. Combative sur le morceau Solace, emprunt d’un optimisme nuageux façon Stromae, MAGUIE se fait revancharde avec À la casse, titre aux percussions électro entêtantes. Elle explore le jeune amour, celui qui ne dure pas forcément, celui qu’on voit dans les films de “coming of age”, et dont Le Sourire, morceau de clôture de l’EP, ferait une bande-son très adéquate. Avec ces six titres, l’artiste livre un premier opus à l’identité tangible, au visage doux et percutant à la fois. C’est nous les autres sortira le 9 octobre prochain. – PR
39bermuda Chien NRV Productions
Apparu en 2022 dans la lignée de projets comme Le 77 ou Caballero & JeanJass, le duo 39bermuda semblait profilé pour jouer un rôle de troublefête dans les contre-allées du rap alternatif. C’est, en tout cas, ce que laissaient penser leurs premières productions. Sauf que le groupe n’est pas forcément celui qu’on croit. Bien nerveux, gentiment farouches, et vraiment ailleurs, Julien Scutnaire et son complice Felix De Wolf prennent un malin plaisir à déjouer les attentes sur Chien, un premier album déroutant. Disque à ranger
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Les sorties
Pierre Vaiana/ Mathieu Robert/ Fabian Fiorini Daedalos Igloo
Clara Lévy et Stéphane Clor L’Oriole
Déjà un saxophone soprano, ce n’est pas facile à faire bien sonner, alors deux, pensez ! Pour Pierre Vaiana, c’était une raison majeure de se lancer dans ce défi, avec son jeune complice, ami, frère, Mathieu Robert. D’autant que, l’un et l’autre, ils jouent du même instrument, un Rampone e Cazzani, en bronze, du nord de l’Italie… Cette musique, préparée par les deux souffleurs, a été ensuite enregistrée en studio avec le pianiste Fabian Fiorini jouant à chaud, dans l’instant. Le résultat est tout bonnement fascinant. Infiniment proches tout en cultivant de minuscules différences, les deux sopranos s’inventent des sons, des vibrations avec lesquelles l’auditeur entre en phase. Dédié à Steve Lacy, l’un des libérateurs du Straight Horn à l’instar de John Coltrane, Blues for Steve donne le ton. À la marge du jazz et de la musique contemporaine, avec de légers accents asiatiques, Daedalos est une invitation au voyage sensoriel. Comme le dédale du graveur Roger Dewint sur la pochette, en lévitation, contre toute attente. – DSi
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Le disque L’Oriole réunit Clara Lévy, violoniste et compositrice, et Stéphane Clor, improvisateur et artiste sonore, autour d’un violoncelle piccolo sur mesure et de résonateurs et transducteurs. Le son des cordes est modifié en étant envoyé dans des cymbales, des peaux tendues, un tom basse ou des canettes en aluminium. Les six pièces portent chacune le nom scientifique d’un oiseau, de l’océanite tempête au loriot d’Europe. Hommage aux oiseaux d’Olivier Messiaen, leurs chants apparaissent dans le jeu des instrumentistes avant de se fondre dans les vibrations des objets. Se dessinent alors des paysages sonores tantôt denses, tantôt épurés, aux couleurs et textures riches. Le résultat est une expérience exigeante, qui prend son temps, entre notes tenues, frottements et matière brute. Au cœur de ces longues plages surgissent des pépites musicales. On imagine volontiers L’Oriole en concert, écouté d’une traite, dans ce qu’il a de méditatif. – VDS
Under The Reefs Orchestra Williwaw
Capitane Records/Modulor
L’une des bourrasques les plus violentes du monde débarque en Belgique. Williwaw souffle sur la pochette du troisième album d’Under The Reefs Orchestra. Ce titre, emprunté au vocable amérindien, désigne une rafale brutale et imprévisible, capable de déraciner des arbres ou de terrasser des navires en pleine mer. Venu d’Alaska et de Sibérie, ce fulgurant blizzard bouscule à présent les habitudes du trio bruxellois. « Avant, notre groupe était surtout un orchestre imaginaire. Là, ça devient réel », résume Clément Nourry, cheville ouvrière du projet. Autour de sa guitare, du saxophone de Marti Mélia et des percussions de Jakob Warmenbol, d’autres silhouettes se profilent à l’horizon. La violoniste Catherine Graindorge se hisse sur les hauteurs du morceau Banquise, le sax d’Alejandra Borzyk (Bodies) élargit le champ des possibles sur Mushrooms, tandis qu’An Pierlé intervient dans les ultimes instants de ce grand trip instrumental. Produit par Pieterjan Coopejans (Sylvie Kreusch, MDC III, Jawhar), ce nouveau Williwaw étire les formes, laisse respirer ses improvisations et disperse du groove à tous les étages. Omniprésent, le jazz y fusionne avec des inspirations cinématographiques, du post-rock, et un penchant évident pour les boucles hypnotiques. Influencé par les mystères de Moondog ou la fougue initiale d’une formation comme Sons of Kemet, le groupe belge élargit son plan d’action. « Nous jouons à trois mais il serait possible d’ouvrir l’orchestre à plein d’autres gens, affirme Clément Nourry. À terme, nous avons d’ailleurs l’intention de faire voyager cette musique au sein de la communauté artistique. » Cette ouverture d’esprit traverse le disque de bout en bout. Déroutant, Williwaw fait honneur à ses origines météorologiques : il évolue par rafales électrifiées, accalmies amplifiées et tourbillons de cuivres tempétueux. Vraiment ébouriffant. – NA
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Minuscule Musique Feelings of Hope Mostly Interrupted/ Wild Goose Chase Records
Dans un monde qui va toujours plus vite, les Bruxellois de Minuscule Musique nous offrent une bulle de répit avec Feelings of Hope. Un premier album qui prend son temps et qui nous invite à en faire autant. Enregistré entre potes, du Low Man’s Land Studio au shop 72 Records, en passant par la chambre du copain Anatole Damien, l’album cultive une musique douce et feutrée, en parfaite adéquation avec l’essence du duo formé par Romain Rouserez et Maxime Rutsaert. Mais si le projet naît à deux, il se construit à plusieurs : voix, guitare, xylophone, piano, synthés ou encore saxophone se ré-
pondent au fil des chansons, dans un joyeux ballet de musicien·nes ami·es. Au cœur du projet ? L’authenticité. Pas de fioritures ni d’over-stimulation : ici, les morceaux vont droit au but et ce n’est pas pour nous déplaire. Une approche horizontale et généreuse où chacun·e trouve naturellement sa place. Les harmonies vocales, auxquelles participe notamment Garance Giang Vo, alias Garance Midi, en sont peut-être la plus belle illustration. Avec Feelings of Hope, Minuscule Musique revient à l’essentiel : des voix, des instruments et l’envie de faire du bien. Une musique comme une fenêtre entrouverte dans une journée trop pleine, qui nous permet de rêvasser et de respirer un peu. – DT
Emptiness Nowhere Speaks Season of Mist
Les Bruxellois détestent le confort. Avec Nowhere Speaks, ils referment une boucle temporelle en raccordant leurs riffs à l’album Nothing but the Whole (2014). Si le concept est brillant, l’écoute, elle, s’avère hautement éprouvante. Le groupe, fondé en 1998 autour de Jérémie Bézier et Olivier Lomer-Wilbers (tous deux ex-Enthroned), navigue au carrefour du black/death, de l’expé et du minimalisme. Il abandonne ici l’épure pour renouer avec le plomb. Enregistré en live et fruit de quatre ans de boulot, ce disque est un piège pour qui l’écoute avec attention. Dès l’ouverture, avec Nothing but the Whole (Part 2), on plonge dans un post-punk spectral et poisseux. Dans la foulée, The Threat enfonce le clou : rythmiques indus concassées, guitares menaçantes et chant d’outretombe. L’atmosphère est totale. Les textes dépeignent un monde mort où le vide prend une forme physique et sonore. Mais cette opacité permanente peut finir par peser. Sur des morceaux longs comme Words to Wind, la formation refuse toute structure narrative – elle explique rester « indifférente à la présence de l’auditeur, peu soucieuse de lui offrir une porte d’entrée » – et maintient une tension tellement linéaire qu’on frôle la léthargie. Une expérience immersive fascinante mais exigeante, au risque de l’asphyxie. – DS
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Les sorties
Culte
Patapunk, cold wave et DIY : TEXTE : DIDIER STIERS
Alors que la France des années 80 vibrait au son du rock alternatif des comptoirs et des fanfares punk, la Belgique francophone dessinait une trajectoire radicalement différente. Entre cold wave sépulcrale, anarchopunk rural, presse DIY et assauts hardcore connectés sur l’Europe du Nord, retour sur une scène dont les échos font vibrer la nouvelle génération…
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Bastions Si une partie de la FWB va préférer l’obscurité des synthétiseurs, adoptant majoritairement l’anglais pour s’exporter, devenant ainsi la terre d’asile (et de création) d’une musique industrielle, électronique, sombre (l’EBM de Front 242), et d’un post-punk spectral qui lorgne davantage vers Manchester que vers Paris, des bastions rock vont naître ici et là. Tous forgés dans l’éthique Do It Yourself. À Liège, le déclin industriel engendre une scène cold wave et punk hardcore ultra-radicale, autour du club La Chapelle et du projet Noise Gate. On l’a déjà évoqué : le Pays Noir et Namur résonnent, eux, d’un punk-rock social et corrosif porté par Les Slugs, tandis que l’axe Bruxelles-Namur sert de laboratoire anarcho-punk sous l’impulsion de René Binamé. Il y a Tournai, aussi… Entre les murs d’un lieu comme la maison de jeunes Masure 14, se développe un autre laboratoire de la contre-culture. Et la Wallonie picarde de connaître elle aussi une effervescence rock dans les années 80-90, la pop-rock mélancolique et fiévreuse de Little Egypt (signé sur le mythique label parisien New Rose), le rock électrique aux frontières de la new wave de Rank Z’Heroes et le punk rock brut de European Food, habitué des clubs frontaliers. Entre parenthèses, l’importance de cette pépinière-là va aussi s’avérer structurelle… « J’ai vécu ça de l’intérieur avec mon petit orchestre », nous raconte Philippe Decoster, à propos de Little Egypt, dans lequel officiait aussi le regretté Pierre Van Braekel. « Tout en étant étudiant, chômeur, travailleur “9 to 5” alimentaire… Suite au split, on a préservé ce qu’on avait construit pour notre groupe et on en a fait profiter d’autres via Nada… » Nada l’agence, mais aussi 62TV Records, qui propulseront notamment Girls In Hawaii.
ans le grand livre du rock alternatif francophone, les pages consacrées aux années 80 et 90 sont souvent squattées par l’épopée française : le label Boucherie Productions, les hymnes de Parabellum, les provocations théâtrales de Gogol Premier, l’antifascisme des Bérurier Noir, le genre Ramones à la française des Sheriff et le métissage de la Mano Negra. En Fédération Wallonie-Bruxelles, l’écosystème musical est tout aussi bouillonnant mais doté d’une identité singulière. Plus sombre, plus brute, parfois plus absurde, la scène belge d’alors ne cherche pas à copier son voisin d’outre-Quiévrain. Elle s’invente un autre chemin. Quand en France, l’alternatif se fait gouailleur, la Belgique du Sud embrasse une esthétique mêlant cold wave, post-punk, EBM et “patapunk”. Là où les groupes de l’Hexagone évoluent principalement au sein de circuits nationaux, les artistes de chez nous utilisent massivement l’anglais (ou le wallon, côté Slugs) pour s’ouvrir vers l’extérieur, aux influences anglo-saxonnes, allemandes et néerlandaises. Pour une frange d’entre eux, le ton est à l’anarcho-punk et une dérision typiquement belge. C’est l’ère de René Binamé et de sa poésie libertaire sans concessions, parfaite pour démystifier le rock’n’roll, de PPz30 et de son énergie abrasive ou encore, donc, des Slugs. Ces derniers, pionniers du “punk agricole”, ou plus précisément du “punk agrico-destroy”, chantent le nucléaire, la malbouffe et l’absurdité du monde. Leur tube s’intitule Cou’d’pougn et est inspiré par une sombre histoire de vol de casquette (sic). Né du côté de Fleurus en 77, et puis moyennant une dissolution (dans l’alcool) avant une résurrection et un changement de line up, le groupe finit même par faire la première partie des Berus au Plan K !
Larsen
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l’autre scène alternative des années 80-90
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Culte
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Une scène toujours active aujourd’hui !
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Sortie en janvier 1993, la compilation Réunion de la Famille est le manifeste sonore de la scène punk, noise et alternative de la Fédération WallonieBruxelles à l’époque. Un document essentiel ! Loin des circuits commerciaux, ce disque de 23 titres matérialise “La Famille”, un collectif informel d’artistes unis par l’autoproduction et l’éthique DIY. Dans un paysage musical alors dominé par l’essor de la new beat, de la techno et du rock alternatif hexagonal, des figures de proue comme René Binamé et les Roues de Secours y insufflent leur anarcho-punk poétique (A4 Borinage, A3 Wallonie), tandis que Les Slugs (La java des pigmées) ou Les Brochettes (Triste histoire) y déploient une énergie abrasive teintée d’un humour corrosif.
L’âge d'or des fanzines, avec Rock This Town et En attendant
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Avec : Les Brochettes, Vlot Voor Uit, Coton Tige, Les Jeunes, Noise Gate, Kill The Thrill, E! Truncheon, Les Slugs, Ivanovitch D.L.O, René Binamé et les Roues de Secours, Das Gift, The EP’s, Hems.
Et puis, il y a l’axe hardcore… Qui lui non plus ne passe pas par Paris ! Pendant que le rock alternatif français s’essouffle doucement au début des années 90, chez nous, des groupes comme Deviate imposent un hardcore métallique, puissant. Pour tourner et exister, cette scène s’est connectée de manière organique avec la Flandre (le fameux circuit courtraisien H8000 et son “edge metal” militant), mais aussi avec les Pays-Bas et l’Allemagne, où les structures, les squats autogérés et les labels sont taillés pour le genre. Cette position de carrefour européen permet en même temps à la Belgique de devenir une place forte des musiques extrêmes, bien plus poreuse aux influences anglo-saxonnes et germaniques que le marché français, souvent plus replié sur lui-même.
Des labels éclosent, à l’image d’Aredje qui naît dès le tournant des années 90 sous forme de fanzine et de réseau de distribution DIY, gravitant autour du groupe René Binamé. Et le papier, là-dedans ? Lui aussi va contribuer à la propagation de cette contreculture. Par le fanzinat, surtout, qui vit alors son âge d’or, et des publications comme En Attendant, accueillant des signatures telles que celles de Piero Kenroll et Gilles Verlant, ou Rock This Town, documentant aussi bien le post-punk que l’anarcho-rock des Slugs, la new beat et le hardcore.
Descendance La scène de la fin des années 80 début 90 a été le creuset d’une Belgique rock fièrement bâtarde, sombre, bruyante et résolument européenne. Trente ans plus tard, l’ADN de cette époque charnière n’a pas disparu ; il a muté, dans l’ébullition rock et post-punk actuelle, qui nous vaut des groupes comme Fervents, Druugg ou Stonks. « Je ne connais pas assez bien cette scène pour pouvoir dire qu’on en est les descendants, nous dit Nicolas Berwart, le bassiste de Fervents. Mais je pense que le premier concert que j’ai vu de ma vie sans mes parents, c’était René Binamé à la Zone. Je devais avoir 14 ans… L’air de rien, c’est quand même ces groupes que j’ai vus quand j’étais hyper jeune et qui m’ont donné envie d’une manière ou d’une autre de faire de la musique. On a vu qu’il y avait des gens qui faisaient “ça” chez nous et on a eu envie de le faire aussi. Rien que pour ça, c’est quand même important. »
Infrastructures Cette effervescence n’aurait jamais perduré s’il n’y avait eu les… réseaux, plus ou moins souterrains. Impossible d’évoquer cette époque sans citer le mythique Plan K à Bruxelles, l’ancienne raffinerie convertie en centre culturel d’avant-garde où défileront Joy Division, Cabaret Voltaire et même William Burroughs. Le Plan K a posé les bases d’une culture industrielle et post-punk unique. Lorsque les lieux de ce genre ont mis la clé sous le paillasson, une dynamique associative et militante a pris le relais, portée notamment par le réseau des maisons de jeunes. Lequel offre aux groupes locaux des salles de répétition et des scènes, créant ainsi un maillage territorial indispensable. C’est précisément cette culture du lieu autogéré, du concert à prix libre et de l’indépendance radicale qui finira par donner naissance, en 1994, au “temple” des musiques alternatives dans la capitale : le Magasin 4.
Larsen
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Culte
©AL EXANDRE DE BU EGER
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The Bernadette Maries TEXTE : NICOLAS ALSTEEN
Trio formé à la faveur d’un romantisme shoegaze et d’une passion infinie pour le rock indépendant, The Bernadette Maries scelle les destins de Guy, Daria et Romain autour d’un disque souverain. Chargé d’amour et de mélancolie, Soft raconte nos vies détraquées dans une époque sous tension. L’album évoque Fontaines D.C., les Smashing Pumpkins ou My Bloody Valentine. Pourtant, ses secrets de fabrication sont ailleurs…
Deftones White Pony (2000)
Cocteau Twins Heaven Or Las Vegas (1990)
Larsen
Guy Tournay : Là où j’ai grandi, entre Namur et Charleroi, j’étais fort isolé de la culture. En 2000, ma famille a acheté un ordinateur. Nous étions enfin équipés d’une connexion à Internet. À partir de là, je me suis mis à chercher des extraits de concerts et des vidéos de tous les groupes qui me faisaient rêver. C’est ainsi, via les clips de Change et Digital Bath, que j’ai découvert l’album White Pony de Deftones. À l’époque, je n’avais pas de mot pour exprimer ce que je ressentais à l’écoute de cette musique. Mais, dans les faits, cela m’a appris à vivre avec une forme de spleen qui ne m’a plus jamais quitté. J’ai évidemment acheté cet album et après des années d’écoute, j’ai réalisé que c’était un peu leur Dark Side of the Moon. La production est incroyableDIIV ment sophistiquée. En juillet 2022, j’étais à Frog in Boiling Water Madrid pour assister au Mad Cool Festival. (2024) J’étais assis en train de regarder un concert de La Femme et un gars est venu se poser à côté de moi. C’était Chino Moreno, le chanteur de Deftones. J’ai eu envie de lui parler, de lui dire que sa musique avait changé ma vie. Heureusement, je me suis abstenu… C’est grâce à Deftones que j’ai découvert Cocteau Twins. Sur la compilation B-Sides & Rarities, publiée en 2005, Chino Moreno chantait une reprise du morceau Wax And Wane. À l’époque, je n’avais pas trop percuté. Puis, une dizaine d’années plus tard, j’ai redécouvert les Cocteau Twins, un peu par hasard, via l’album Treasure. J’ai développé une addiction à la chanson Pandora. Je l’ai probablement écoutée un million de fois. J’en ai profité pour me pencher, un peu plus sérieusement, sur la discographie du groupe. On y trouve notamment ce Heaven Or Las Vegas sorti en 1990. Du début à la fin, cet album est un chef-d’œuvre. Il s’agit, en quelque sorte, de la matrice de toutes les musiques que nous sortons aujourd’hui avec The Bernadette Maries. C’est évident sur des titres comme Silk ou Soft et, de manière générale, sur toutes les parties
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They Are Gutting a Body of Water LOTTO (2025)
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chantées par Daria. Il y a quelques années, en Bretagne, j’ai croisé le guitariste du groupe, Robin Guthrie, lors d’un concert de Françoiz Breut. Je me suis permis de lui dire à quel point j’admirais les Cocteau Twins. Il semblait gêné. Il m’a simplement répondu qu’il était fort jeune quand le groupe existait. J’aurais peut-être dû m’abstenir. J’étais un fan absolu des deux premiers albums de ce groupe new-yorkais. Je les passais en boucle dans le bar dans lequel je bossais en 2017. DIIV mêle la profondeur du shoegaze à l’énergie du grunge. Bizarrement, j’ai un peu laissé tomber l’affaire. Je n’ai même pas écouté le disque sorti en 2019… Puis, cinq ans plus tard, j’ai entendu le premier single de l’album Frog in Boiling Water. Je suis tombé de ma chaise. C’était une réinvention complète, une maîtrise totale. Cet album est traversé d’une trame douce-amère qui tient tous les morceaux ensemble. La production est parfaite. Les paroles des chansons évoluent aux confins de l’introspection et d’un véritable engagement politique. Récemment, avec Daria et Romain, nous avons regardé sur un écran géant le film en lien avec la dernière tournée de DIIV. On adorerait tourner avec eux ! Nous avons découvert ce groupe de Philadelphie lors d’une date programmée au Witloof Bar, dans les caves du Botanique, à Bruxelles. C’était juste avant le début de nos premières sessions d’enregistrement. Romain était complètement obsédé par leur son. La production de LOTTO nous a vraiment stimulés. Nous n’avons pas forcément une approche du shoegaze aussi âpre et brute que la leur, mais leur disque nous a mis sur la voie. Il nous a permis de comprendre un truc essentiel : en tant qu’artistes, nous pouvons (quasiment) tout nous permettre. Pour autant que le plaisir soit au rendez-vous !
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©NOAH DECHAMPS
©DR
Arrêt sur image
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Noah Dechamps
©DR
Image extraite du clip de Zedie, La maison brûle
TEXTE : DIANE THEUNISSEN
Ces dernières années, Noah Dechamps s’est frayé une jolie place au sein de la scène musicale belge : entre clips, photo et direction artistique, ce véritable touche-à-tout cultive une approche sensible, artisanale et profondément humaine. Larsen
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Je me suis formé sur le terrain », affirme Noah le regard franc. Originaire de Charleroi où il a grandi entre hip-hop et basket de haut niveau, il découvre la photographie pendant le covid, avant de faire ses premiers clips. À Bruxelles, il se rapproche de la scène queer : « Je me suis senti trop bien. J’ai senti que je pouvais être moi ». En 2023, il intègre une agence de casting pour y faire de la figuration. « Je leur ai dit directement : moi je veux faire de la réalisation et j’ai envie de me former parce que j’ai pas fait d’études. Il y a un monde où vous avez un job à me proposer ? ». Bingo : il décroche le job et travaille sur plusieurs films. Depuis, les collaborations se multiplient, jusqu’à la création de “quasi garçon” avec ses amis Taunz et Zedie. Un label pensé comme un espace de création collectif, où les compétences de chacun se mettent au service d’un même univers. Car c’est peut-être là que Noah s’épanouit le plus : dans la construction d’univers. Avec une prédilection pour le 16mm. « Ce qui me plaît, c’est le fait d’être un artisan de mon métier », me confie-t-il. Et derrière l’image, une volonté : donner du sens à chaque projet, jusque dans les personnes avec qui il choisit de travailler. « C’est aussi ma façon de militer : il y a le fond, et la forme ». Dans ses projets, Noah veille ainsi à engager des collaborateur·ices queer, FINTA et racisé·es. Une chose est sûre, ce gars-là a la niaque. Une soif de création, une envie de faire et de faire encore, qui donnent surtout envie de voir ce qu’il nous réserve pour la suite.
Arrêt sur image
Espresso
J’adore ce que vous faites
Les Muffatti
©F. CRESENS
INTERVIEW : STÉPHANE RENARD
©ARNAUD GHYS
Pierre Vaiana
« Pour tout jeune musicien, étudier Charlie Parker et John Coltrane est un passage obligé » : quand il s’agit de “Trane”, dont on commémore le centenaire cette année, Pierre Vaiana n’y va pas par quatre chemins. Lui-même, au Séminaire de jazz à Liège, a étudié le saxophone soprano avec Steve Lacy. TEXTE : DOMINIQUE SIMONET
D’une certaine manière, cela crée un lien direct entre John Coltrane et Pierre Vaiana, saxophoniste liégeois d’origine sicilienne. En effet, c’est en entendant Lacy jouer du soprano avec le groupe de Jimmy Giuffre au Five Spot, à New York, à la fin 1958, que le géant du ténor s’est décidé à passer au soprano ! Lacy-Coltrane-Vaiana, la filière du saxo droit ! Cette passion pour le sax soprano est venue très tôt à Pierre Vaiana, alors qu’il écoutait et enregistrait sur bandes magnétiques l’émission Cap de Nuit, de Marc Moulin, sur la RTB : dont le générique est joué par le saxophoniste américain Steve Marcus. « Coltrane, quand tu l’entends ado, c’est pour toute ta vie », observe-t-il, avant d’ajouter : « Deux musiciens me bouleversent : Sidney Bechet et John Coltrane, la rutilance du premier, le côté hypnotique de l’autre jouant My Favourite Things ». Un titre, un album devenu un classique, enregistré par Trane en octobre 1960, à peine deux ans après qu’il se soit mis au soprano. En poussant les choses un peu plus loin, tant Lacy que Coltrane et Vaiana partagent une même admiration pour Sidney Bechet, le Néo-Orléanais adopté par la France, clarinettiste considéré comme le pionnier du saxophone soprano en jazz. Pierre Vaiana ne tarit pas d’éloges à propos de son mentor, qu’il qualifie d’« incandescent, mystique, généreux », et dont « la recherche d’absolu vient d’une personnalité immense ». En pratique, cela donne : « Via son système harmonique, il m’a beaucoup nourri dans l’écriture. Coltrane a voulu briser les barrières rythmiques, de tonalité, etc. Il a inventé des espaces modaux, de longues plages sur un seul mode. Il a ouvert tant de choses que l’on n’a pas fini d’explorer… ». Résultat : « Giant Steps, tous les musiciens de jazz et des musiques apparentées, ça les nourrit ». Pierre Vaiana observe qu’à ses 20 ans, « tous les saxophonistes étaient inspirés par le Trane des débuts, pas le plus mystique à la fin de sa vie ».
Larsen
Septembre, octobre 2026
J’adore…
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L’ensemble de musique ancienne Les Muffatti est né il y a 30 ans à Bruxelles. La recette pour durer aussi longtemps ? Wendy Ruymen (altiste) : Beaucoup d’engagement ! Les membres de l’ensemble se connaissent pour partie depuis leur enfance ou leur adolescence. Des amis de longue date qui, plutôt que de faire des barbecues, se sont réunis autour d’un projet musical. Catherine Meeùs (coordinatrice musicale) : Les Muffatti se sont toujours nourris de cette amitié, qui est dans l’ADN de l’ensemble. Né en marge de l’Orchestre des Jeunes de Bruxelles, celui-ci n’est pas une entreprise. C’est un projet commun qui tient la distance aussi parce que chaque instrumentiste a par ailleurs sa propre carrière. De plus, nous faisons les choses sans vouloir aller plus vite que la chanson. Cela explique en partie notre longévité. WR : J’y ajouterai notre gestion collective. Nous n’avons jamais voulu avoir une figure qui nous représente, une tête d’affiche. Nous sommes chacun propriétaire d’un petit bout des Muffatti ! Nous espérons ainsi que l’orchestre survivra longtemps à ses membres fondateurs. Quelques moments forts dans cette longue aventure ? WR : La fête pour nos cinq ans, avec un concert aux Riches-Claires. Je l’ai vécu comme un mariage. Cinq ans, cela nous paraissait déjà une éternité ! CM : En 2003, alors que l’orchestre connaissait un creux, nous avons demandé au flûtiste Peter Van Heyghen de prendre la direction en tant que chef. Il a mis la barre très haut et nous sommes devenus professionnels. On peut parler d’un grand tournant, d’autant que nous sommes passés à ce moment-là sur instruments anciens. Quelle actualité pour célébrer cet anniversaire ? CM : Deux concerts festifs à Bruxelles le 20 septembre et un album qui sortira en octobre chez Ramée. Il est un peu à notre image, très européen, avec notamment du Haendel, du Lully, du Steffani, mais aussi deux pièces de Jean Sigismund Cousser, musicien grand voyageur de la fin du 17e siècle et du début du 18e. WR : Nous avons puisé ces œuvres dans son carnet de voyage, riche d’informations en tout genre. Une mine d’or ! CM : Il est vrai que depuis le début des Muffatti – dont le nom vient du compositeur Georg Muffat –, nous aimons beaucoup les compositeurs qui font la synthèse des styles européens !
Espresso
Créez, pour le reste on gère.
éè. Vous les auteur·e·s et nous la Sabam, on est tellement complémentaires. Pour vous faire exister sur la scène musicale, nous gérons vos droits avec soin, soutenons vos projets grâce à des bourses et récompensons votre créativité avec des prix. Ensemble, nous créons une synergie unique pour imaginer, innover et diffuser la culture. Ensemble, continuons à faire vivre la musique.
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E. N È C S R SU I O S T N A S D S. U E S O N IS L U O C S LE Performing for creative people
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