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LARSEN°66

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Le magazine de l’actualité musicale en Fédération Wallonie-Bruxelles nº66 janvier – février 2026

Moji x Sboy

Le rêve américain

© KELVIN KONA DU

Zonmai p.13 Saule p.16 bodies p.19 Echo Collective p.20 Les dessous de l’émergence p.24 Le monde de la nuit en sursis p.37


mars 2026

BXL

Et bien d’autres partenaires à découvrir sur notre site

JOURNÉES D’INFO, D’ÉCHANGE ET DE CONSEIL APPRÉHENDEZ CONCRÈTEMENT LES PROBLÉMATIQUES & THÉMATIQUES LIÉES À LA PRATIQUE DES MÉTIERS DE LA MUSIQUE ET À LEURS ENJEUX AVEC LES MEILLEUR·ES SPÉCIALISTES DANS LEURS DOMAINES RESPECTIFS. CONSEILS INDIVIDUELS DES QUESTIONS ADMINISTRATIVES, JURIDIQUES OU RELATIVES AUX POSSIBILITÉS DE SUBVENTIONS ? BESOIN D’UNE BIOGRAPHIE OU D’UN CONSEIL POUR ABORDER LES PROFESSIONNELS ETC. PRENEZ RENDEZ-VOUS ET VENEZ POSER VOS QUESTIONS À NOS CONSEILLERS. DISPOSITIF D’ACCOMPAGNEMENT SUR MESURE - 6X12 DURANT DOUZE MOIS, SIX MUSICIEN·NES OU GROUPES BÉNÉFICIERONT D’UN SUIVI PERSONNALISÉ. LES DEMANDES D’INSCRIPTION POUR 2026 SONT OUVERTES ! CONSULTEZ L’AGENDA 2025-26 ET LES NOUVELLES FORMATIONS !


P.14

Blu Samu : un premier album qui touche

P.16

Saule : un retour aux source ? Oui et non

P.20

Echo Collective dialogue avec Monet

Conseil de la Musique Rue Lebeau, 39 1000 Bruxelles conseildelamusique.be Contacter la rédaction larsen@conseildelamusique.be Directrice de la rédaction Claire Monville Comité de rédaction Nicolas Alsteen François-Xavier Descamps Juliette Depré Maïlis Elliker Christophe Hars Claire Monville Coordinateur de la rédaction François-Xavier Descamps Rédacteur François-Xavier Descamps Collaborateur·trices Nicolas Alsteen Julien Broquet Victoria De Schrijver Vanessa Fantinel Jean-Pierre Goffin Louise Hermant Chelsea Kinzunga Jean-Philippe Lejeune Luc Lorfèvre Philomène Raxhon Stéphane Renard Dominique Simonet Didier Stiers Diane Theunissen Bernard Vincken Relecteur·rice Maïlis Elliker Nicolas Lommers

Édito Décembre, c’est une parenthèse consacrée aux (trop) nombreux cadeaux et aux bilans en tout genre. C’est aussi le moment de souffler un peu, histoire de recharger les batteries avant d’attaquer une nouvelle année. Et des forces, il en faudra en 2026. Le secteur culturel – comme beaucoup d’autres – va devoir composer avec une série de nouveaux défis issus de prises de position politiques souvent difficiles à comprendre : décisions financières, cadres réglementaires et administratifs plus lourds, pressions sur l’emploi. Comme si les cinq années précédentes n’avaient pas déjà largement entamé les ressources, l’énergie et le moral de tout un chacun. La crise profonde que traverse actuellement le monde de la nuit en est un exemple parlant. Les fermetures de clubs et de bars emblématiques s’enchaînent à Bruxelles et en Wallonie, alors même que la scène électro n’a jamais été aussi foisonnante. Les causes sont multiples, mais une chose est claire : sans reconnaissance, sans cadre adapté et sans soutien politique et financier, c’est tout un pan de la création et de la vie culturelle qui se fragilise et qui risque de disparaître. Alors oui, on va quand même se souhaiter une belle année. Parce que malgré ce climat, il reste des scènes actives, des projets qui naissent et des professionnel·les qui ne baissent pas les bras. C’est peut-être ça, notre meilleure ressource pour 2026. Claire Monville

p.8

En Couverture ENTRETIEN

p.4 p.5 p.6

Ouverture ARRIÈRE-PLAN Greta Vecchio AFFAIRES À SUIVRE EN VRAC

p.12 p.13 p.14 p.15 p.16 p.18 p.19 p.20

# rencontres ONHA Zonmai Blu Samu Vilain Tigre Saule sura sol/Coraline Gaye bodies/OFiRA Echo Collective

Couverture Moji x Sboy ©Kelvin Konadu

P.24

Promotion & Diffusion François-Xavier Descamps

La création musicale à l’épreuve des choix politiques

Abonnement Vous pouvez vous abonner gratuitement à Larsen. larsen@conseildelamusique.be Tél. : 02 550 13 20 Conception graphique Mateo Broillet Jean-Marc Klinkert Seance.info Impression Snel Prochain numéro Mars 2026

P.34

P.37

Des Belges à la Nouvelle École

Articles Lio p.22 AVANT-PLAN p.24 360° Les dessous de l’émergence p.28 TENDANCE L’âge d’or des radios communautaires Le support physique p.30 BUSINESS toujours essentiel p.33 APERÇU Rapport Scivias p.34 180° Des Belges à la Nouvelle École IN SITU “Nightlife” en sursis p.37

Monde nuit : la nighlife sous pression

Crédits Bastienne Rondo Simon Vanrie Danny Willems Bernard Babette Julien Rensonnet

Larsen

Janvier, février 2026

Moji x Sboy

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p.40

Les sorties

p.43 p.44 p.46 p.46

Bonus ARRÊT IMAGE CULTE J’ADORE… L’ANECDOTE

Vincent Blairon Philippe Boesmans Bon Public JauneOrange

Sommaire


Arrière-plan

# nouvelle agence

# ciao ciao

©ALIX HAMMOND-MERCHANT

Greta Vecchio, en développement personnel

Greta Vecchio se dit convaincue du vrai besoin de l’accompagnement des jeunes artistes dans le milieu.

TEXTE : LOUISE HERMANT

C

omme on dit, quand une porte se ferme, une autre s’ouvre. Après plus d’une décennie passée chez Nada, où elle a jonglé entre management, booking et coordination de projets, Greta Vecchio lance désormais sa propre structure : ciao ciao. Une agence qu’elle souhaite basée sur l’entraide et la solidarité, avec un catalogue plutôt familial, qui dépasse le cadre du booking et du management. « Je veux aussi proposer des music services : coaching, accompagnement, consulting, curation… J’aime bien l’idée d’offrir des aides ponctuelles à des artistes indépendants qui ont besoin de soutien, d’expérience, de réseau. » Dans son parcours, Greta Vecchio a toujours dû se montrer multitâche et apprendre sur le tas. À 22 ans, fraîchement sortie de ses études, elle se retrouve engagée chez Nada, sans grande expérience de ce milieu plutôt “intimidant”, mais dont elle a toujours voulu connaître les coulisses. D’abord assistante de Pierre Van Braekel, le fondateur de l’agence disparu il y a trois ans, elle touche à tout : de la communication aux démarches administratives pour les demandes de subsides. Peu à peu, elle gagne en responsabilités et, en 2018, commence à défendre ses propres projets en booking. D’abord ceux de la scène locale émergente, puis rapidement, des artistes français.

Larsen

Janvier, février 2026

Toujours sur le terrain, elle arpente les “release parties”, guette les premières parties, se rend tôt aux festivals pour dénicher un prochain coup de coeur. C’est la partie du métier qu’elle préfère : découvrir un talent, l’accompagner dès le début, le voir évoluer, quitte à sortir de son champ d’action pour l’aider au mieux. « Je fonctionne énormément au feeling. La musique doit me toucher, et la personne aussi. Quand tu fais du développement, il faut une vraie source de motivation, parce que la motivation financière, elle, n’existe pas. Je sais que je pourrais choisir des projets “qui marchent”, mais si ça ne m’emballe pas, je sais que je me donnerai moins. » De nombreux artistes de l’écurie Nada l’ont suivie dans sa nouvelle aventure en solo, comme Lo Bailly, Mia Lena, Stace, Adam La Nuit, ONHA ou encore Marie-Flore et Laura Cahen. Un défi de taille, qu’elle embrasse pourtant avec enthousiasme, y voyant également une occasion d’élargir davantage ses compétences. « Je fais tout moi-même, le site web, la communication, les visuels, la gestion… Après 10 ans dans le métier, j’ai envie de montrer ce que je vaux toute seule. » Elle donne d’ores et déjà rendez-vous au Bar du Matin, à Bruxelles, le 30 janvier, pour célébrer comme il se doit le lancement de ciao ciao.

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Arrière-plan


# musique·de·chambre

Ensemble Satellite Génération Classique 2025 Avec à son actif des passages au Klarafestival, aux MidisMinimes ou à Ars Musica, l’Ensemble Satellite s’est présenté lors du concours Génération Classique (concours qui déniche les ensembles de musique de chambre, à suivre, issus de nos conservatoires). Le jury ayant été conquis par leur jeu expressif, leur unité de son et leur engagement, le trio est ainsi reparti auréolé du “grand” prix, avec à la clé une tournée de concerts en Belgique francophone et un accompagnement professionnel sur mesure !

©L ESL IE ARTAMONOW

Affaires à suivre

# trio·à·cordes

# twist·yéyé

# rock·garage

Coup Dur L’offensive yéyé

Pas toujours facile de poursuivre ses rêves dans l’industrie musicale. Bien placé pour en témoigner, le guitariste César Laloux collectionne de belles réussites et un paquet de déconvenues. Musicien chez BRNS ou Italian Boyfriend, maître à penser de projets comme Mortalcombat ou Ada Oda, le voilà désormais chez Coup Dur, un trio formé aux côtés d’Avril et Clémence, deux voix qui font rimer rock garage et yéyé. Fun, romantique et décalé. À l’instar d’une rencontre improbable entre Jacqueline Taïeb, les Allah-Las et France Gall. # clip

The Flynts Tea Party

# rocknroll

Biberonnés aux vinyles servis, en d’autres temps, par The Who, Led Zeppelin ou The Rolling Stones, les garçons de The Flynts assument pleinement l’héritage des géants de l’âge d’or du rock. Réalisé par Milan Vloeberghs, le clip de Tea Party témoigne parfaitement de ce parti pris vintage. À l’instar de Greta Van Fleet, le groupe wallon carbure à l’énergie débridée du psychédélisme 60’s. Mixé et masterisé aux côtés de Greg Gordon (Oasis, Slipknot Triggerfinger, Jet, Slayer), ce nouveau single marque le retour des guitares héroïques. # ep

# grunge·post·punk

Pretty Much Average Warm Ankle

Une sale journée au boulot peut-elle changer le cours de l’histoire ? Pour Eva, bassiste et chanteuse du groupe Pretty Much Average, la charge mentale a, en tout cas, débouché sur un cri de rage salutaire. Furie catapultée entre une batterie et deux guitares, sa voix ravive les souvenirs du grunge et des prémices du mouvement Riot Grrrl. Sur l’EP Warm Ankle, Pretty Much Average envoie le monde valser sur des sons inspirés par Au Pairs, L7, Bush Tetras, Bikini Kill ou Babes in Toyland. Idéal pour lancer le pogo. # new·band

# playright·100

NUPS3E Jeu d’équipe Groupe formé par les meilleurs espoirs du rap bruxellois, NUPS3E rassemble les visions décomplexées de CRC, Godson et Alphadidas. Uni sous l’égide du collectif Jeune & Ambitieux, le trio mobilise ses forces vives autour d’une collection de nouveaux morceaux : des bangers affûtés pour bousculer 2026. Entre romantisme urbain, mélancolie poétique et sens aiguisé de la punchline sans concession, NUPS3E annonce la couleur et affirme ses intentions.

Larsen

Janvier, février 2026

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Affaires à suivre


• VKRS 2025

©DR

En vrac…

Le palmarès de la dernière édition Le festival dédié au clip musical vivait en novembre sa dernière apparition. Une ultime occasion de prendre le pouls de ce qui se passe dans ce secteur bien vivant… qui perd ainsi un relais très précieux. Le jury était composé de : Maxime Pistorio (réalisateur), Nicolas Moins (co-directeur du festival ANIMA), Cécile Cournelle (réalisatrice) et Sacha Jourion (manager artistes pour le Label PIAS). Compétition Nationale : Prix du Jury 1 (offert par Sabam for Culture) : Right Angel de Right Angel par Jordan Le Galeze Prix du Jury 2 (offert par Conseil de la Musique) : 1. Haunted de Macgray par Aline Magrez 2. Tic Tac de Ascendant Vierge par David Perreard & Mathilde Fernandez Prix de la Musique (offert par Conseil de la Musique) : Picoti de Bilou par Bilou Dricot Prix de la Diffusion (offert par l’Agence Belge du Court Métrage) : Avant Demain de Turquoise par Paul Marique et Victor Rahman

• La Chapelle musicale Reine

• Les derniers jours

©L IGHTBOX REVEL ATION L IGHT

Élisabeth élargit son champ d’action L’institution s’étend au domaine d’Argenteuil

de La Muerte

Deux concerts avant fermeture définitive Toutes les bonnes choses ont une fin, même La Muerte. Groupe apparu aux débuts des années 1980 à la jonction du rock garage et du heavy metal (« loudest product made in Belgium since 1984 », rappelle régulièrement la formation), La Muerte a mis un terme à ses activités, à l’occasion de deux concerts programmés au Botanique : l’un, en forme de veillée funéraire, le mardi 9 décembre, l’autre en forme de cérémonie d’adieu, le samedi 13 décembre. Après Front 242 et Channel Zero, c’est une nouvelle institution du rock belge qui baisse pavillon. Entamée en 1984, enterrée (une première fois) en 1994, la carrière de La Muerte a connu une résurrection complètement inattendue en 2015, au lendemain d’une date de reformation “unique”. Dix ans après avoir repris le chemin de la scène et du studio, les forces vives de La Muerte terminent cette fois leur histoire en beauté avec deux concerts d’anthologie en guise d’épilogue. Au-delà des deux prestations, la semaine du Botanique a tourné à plein régime autour des souvenirs engrangés par La Muerte au cours des quatre dernières décennies. Les serres du Botanique ont accueilli en effet une galerie retraçant l’histoire du groupe à travers des posters, sérigraphies, peintures originales, créations et autres textiles.

Prix Speed-Clipping (offert par Playright) : Love Love Love de Gabrielle Verleyen par Céline Demaret, Salomé Degeer et Sarah Bauvir

La Chapelle Musicale Reine Élisabeth, institut d’excellence et pôle de formation à la pointe de la musique classique, vient d’annoncer l’extension de ses activités au domaine d’Argenteuil pour créer un campus au cœur de la musique, de la culture et de la nature. La famille Périer-D’Ieteren a conclu un accord avec les héritiers de Jean-Marie Delwart pour acquérir la SA domaine d’Argenteuil, en vue de mettre le domaine à la disposition de la Chapelle Musicale Reine Élisabeth, dont le site historique se trouve en connexion directe, sur le terrain voisin. Ancien domaine royal, le domaine d’Argenteuil est porteur d’un riche héritage patrimonial et naturel. Il avait été racheté à l’État belge par l’homme d’affaires Jean-Marie Delwart en 2004. Amoureux de culture et de nature, celui-ci s’était engagé pour sa préservation et son développement. Avant son décès au mois de mars dernier, Jean-Marie Delwart avait entamé les discussions sur l’avenir du domaine avec la Chapelle Musicale et avait exprimé le souhait de transmettre la propriété à un projet à l’intersection entre la musique et la nature, une volonté chère aussi à ses enfants. Pour la Chapelle Musicale Reine Élisabeth, ce projet constitue une étape déterminante dans le développement d’un campus musical international unique en Europe, qui confortera la place de l’institution dans le top mondial des centres musicaux d’excellence. Avec ses 136 hectares de nature, dont une grande partie classée Natura 2000, le domaine d’Argenteuil est un site naturel d’exception situé en lisière de la Forêt de Soignes. Il permettra à la Chapelle Musicale d’offrir à ses 70 artistes en résidence originaires du monde entier une concentration encore plus grande, loin du tumulte de la ville, selon la vision initiale de la Reine Élisabeth. Le domaine d’Argenteuil, constitué par Ferdinand de Meeûs entre 1833 et 1836, a été le lieu de résidence du roi Leopold III, dès 1961 et jusqu’au décès de la princesse Lilian en 2002.

Prix de la Musique Speed-Clipping (offert par Les Riches Claires) : Love Love Love de Gabrielle Verleyen Prix du Public : Sheep Party de Azmari par Adrien Piu & Jean Forest Compétition Internationale : Armas de Tangomotan par Tania Houlbert Merci au VKRS pour toutes ces belles éditions.

Larsen

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En vrac


• TikTok & viralité

La fin de la pub aux oeufs d’or?

Un récent article posté sur chartmetric.com (un site spécialisé dans l’analyse de données issues de différents services : streaming – Spotify, Apple Music… –, réseaux sociaux – TikTok, Instagram… –, radio, playlists, Shazam, etc.) fait état de l’influence de TikTok sur l’émergence des tendances musicales en 2025. « En 2020, il fallait en moyenne 340 jours pour qu’une chanson atteigne 100.000 publications sur TikTok. En 2025, ce chiffre est tombé à environ 50 jours. » Les données recueillies révèlent comment l’engagement sur TikTok se traduit en écoutes réelles et, surtout, comment cette relation a évolué parallèlement à la plateforme et à son public. Car avec le flux permanent de potentiels “tubes viraux” qui émergent sur TikTok chaque semaine, il est clairement aujourd’hui devenu difficile de sortir du lot. « Une viralité plus rapide ne signifie plus nécessairement un plus grand succès. La renommée sur TikTok est désormais plus intense mais plus éphémère, et moins de chansons virales se traduisent par des écoutes durables sur Spotify. » Ceci dit, la plateforme a encore de beaux jours devant elle. « Les résultats sont basés sur des moyennes qui lissent les différences individuelles et les exceptions. TikTok peut toujours générer un succès massif en matière de streaming, mais toutes les chansons n’en bénéficient pas de la même manière. Des facteurs tels que le genre, le stade de carrière de l’artiste, la stratégie marketing et le moment de la sortie jouent tous un rôle dans le succès d’une chanson. » L’analyse de chartmetric semble mettre en avant la “surexposition” comme étant la principale origine du recul de la conversion de ces tubes viraux en véritable écoute sur les plateformes. « Ce qui semblait autrefois être une découverte musicale spontanée et une tendance collective en ligne semble désormais familier et saturé. » Quel médium pour détrôner TikTok? L’avenir nous le dira… mais le RS semble toutefois bien là pour durer encore.

Larsen

• Génération

Classique 2025 Le palmarès du concours est connu

Pour sa cinquième édition, le concours Génération Classique a, une nouvelle fois, mis en avant l’énergie des jeunes ensembles issus des conservatoires francophones. Cinq formations étaient réunies le dimanche 7 décembre au Palais des Beaux-Arts de Charleroi pour une finale particulièrement inspirée, présentée par Brigitte Mahaux. Devant un public venu en nombre, les artistes ont défendu une proposition affirmée, entre relecture du patrimoine, exploration contemporaine et croisements inattendus. Le Premier Prix, offert par le Conseil de la Musique et PlayRight, revient cette année à l’Ensemble Satellite. Initié en 2021, ce projet a déjà eu les honneurs de plusieurs programmations belges et européennes (Klarafestival, Midis-Minimes, Ars Musica…). Cette victoire leur offre la perspective d’une tournée au sein des Festivals de Wallonie en 2026, ainsi qu’un accompagnement professionnel incluant, notamment, un coaching sur mesure. Le Prix Espoir, offert par la Loterie Nationale, est attribué au Duo Post Scriptum. Porté par un réel travail de recherche, ce projet met en lumière un pan méconnu du patrimoine belge. L’interprétation sensible et la solidité artistique du duo ont fait forte impression. Nouveauté de cette édition : l’ajout d’un volet consacré à la composition. Le jury spécialisé a retenu la proposition de Cédric Havard, qui se voit confier la création d’une œuvre pour l’ensemble lauréat. Celle-ci sera dévoilée lors des Festivals de Wallonie en 2026.

• OpenAI en infraction Une première victoire pour la protection de la création musicale ? La GEMA, société allemande de gestion des droits d’auteur pour la musique (l’équivalent de notre SABAM en Belgique) avait lancé une action judiciaire, qui a été jugée tout récemment par le tribunal de Munich. Le procès portait précisément sur neuf chansons allemandes très connues et leur utilisation dans les modèles linguistiques utilisés par OpenAI (comme ChatGPT). Le tribunal a estimé que la reproduction des textes de ces chansons dans certaines réponses du chatbot constituaient des “atteintes aux droits d’exploitation” car ces textes étaient protégés par le droit d’auteur. Très concrètement, le tribunal a estimé que même si OpenAI déclare qu’il ne “stocke” pas textuellement les paroles, le simple fait que le modèle “les ait apprises” peut constituer une violation. La responsabilité ne repose donc pas uniquement sur les utilisateurs qui demandent au chatbot de donner des paroles : OpenAI, en tant qu’opérateur du modèle, porte une responsabilité du fait que les réponses sont “largement influencées” par ses modèles linguistiques et l’apprentissage par ces modèles des datas issues, dans ce cas précis, des textes des chansons en litige. Le jugement ordonne

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ainsi à OpenAI de cesser d’utiliser ces textes, de verser des dommages et intérêts, et de fournir des informations sur l’utilisation des chansons (par exemple concernant les revenus potentiellement générés). OpenAI, en désaccord avec la décision, a indiqué que la société étudiait « les prochaines démarches possibles », il y aura donc probablement des appels en justice. Pour la GEMA, cette décision envoie un “message clair” à l’industrie technologique : les œuvres créatives humaines ne sont pas des ressources gratuites pour entraîner l’IA. Et cette décision pourrait ainsi apporter une piste de sécurité juridique aux créateurs, éditeurs musicaux et plateformes dans toute l’Europe, en servant de jurisprudence. Cette affaire entre bien évidemment dans un débat plus vaste sur la régulation de l’IA en Europe, notamment sur la façon dont les données utilisées pour entraîner les modèles doivent être gérées et compensées financièrement quand elles impliquent du contenu protégé.

• La FEAS adopte sa

Charte de prévention et de gestion des VSSHD Un engagement collectif pour un secteur des arts de la scène plus sûr et plus inclusif

Réunie le 10 décembre dernier au Théâtre Royal du Parc, la Fédération des Employeur·euses des Arts de la Scène (FEAS) a franchi une étape importante en adoptant à l’unanimité une Charte consacrée à la prévention des violences sexistes et sexuelles, du harcèlement et des discriminations. Un texte qui formalise la volonté du secteur de renforcer les pratiques éthiques et de garantir des environnements de travail respectueux. Au cœur de cette Charte, la FEAS réaffirme des principes qui guident déjà son action : respect des personnes, inclusion, égalité et dignité. Elle entend installer une véritable culture de tolérance zéro face aux comportements violents, humiliants ou discriminatoires, et en faire une norme partagée par l’ensemble de ses membres. Les 67 structures affiliées s’engagent ainsi à traduire ces principes en actions concrètes : chaque membre devra élaborer un plan d’actions propre, à mettre en œuvre dans l’année suivant la signature. Pour soutenir cette démarche, la FEAS mettra à disposition une boîte à outils complète : ressources juridiques, modèles de procédures, clauses types, aides à la mise en conformité. Une rencontre annuelle permettra d’accompagner l’évolution des pratiques et de partager les expériences de terrain. Avec cette Charte, la FEAS affirme une ambition commune : faire des arts de la scène un secteur où la prévention, le respect et la sécurité constituent un cadre indissociable de la création artistique. Retrouvez la Charte ainsi que les informations complètes sur https://feas.be/nos-priorites/vsshd/

En vrac


©K ELVIN KONADU

L’entretien # album

# rap

Le rêve américain de

Moji x Sboy

ENTRETIEN : DIDIER STIERS

Après un peu plus de deux ans de silence discographique, le duo liégeois est revenu, en septembre dernier, avec Quitte ou double. Son premier album, en fait, fruit d’une évolution et d’une inspiration totalement assumée. Larsen

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L’entretien


usque-là, Keziah Bondo Tshiani, alias Moji, et Stephan Bulut, Vous vous surprenez souvent ? aka Sboy, les deux copains d’enfance (ils se sont rencontrés S. : Bien sûr ! L’album témoigne bien de ce que nous sommes deux à l’école maternelle), avaient pas mal assuré en live. En 2024, individualités dans ce duo. Et on se laisse vraiment la liberté de le second était par ailleurs sorti diplômé de la faculté des proposer, d’aller voir vers des horizons encore inexplorés. Qu’il sciences appliquées de l’Université de Liège, avec dans les mains s’agisse des idées venant à la base de Moji ou des miennes, ce un master en ingénieur civil en informatique. Jusque-là aussi, ils sont des propositions surprenantes. Et on pense que le public le avaient beaucoup causé de “love”, dans leurs morceaux. Surtout ressent comme ça aussi. les premiers, et à force, leur style a fini par être étiqueté “rap emo”. À l’époque, dans le magazine Vice, ils expliquaient : « Dans nos sons, Ascension on raconte un peu ce qu’on vit. C’est vraiment les récits de notre vie Quitte ou double arrive grosso modo six ans après vos débuts. Vous et de nos mésaventures. Mettre l’amour plus en avant qu’autre chose, avez le sentiment que tout est allé vite, pour vous ? c’est pas vraiment voulu, mais c’est surtout parce que c’est ce qu’il y a M. : Je ne dirais pas que ça a été vite, mais ça s’est fait crescendo. de plus intense. » Aujourd’hui, à 26 et 25 ans respectivement, les deux Et je pense que ce n’est pas plus mal pour nous. Ça nous a comparses se retrouvent assez loin de leurs premiers faits d’armes, vraiment permis de nous développer. De mieux savoir ce qu’on pardon, de plumes, que sont Temps d’aime (2021) et Automne (2023). voulait, et de continuer à explorer, de ne pas s’enfermer dans Si avec Quitte ou double, ils s’installent plus que jamais dans le rap des carrières où on recycle en permanence un même sujet ou game francophone, ils s’y emploient effectivement en s’emparant un même style. Là, on a vraiment évolué. Entre Temps d’aime de l’ADN américain pour nourrir leur projet. Tant dans le fond que (leur mixtape sortie en 2021, – ndlr) et aujourd’hui, on est vraidans la forme. Et même s’il convient de signaler au passage le trament différents musicalement. Humainement parlant, on est les mêmes personnes, mais on a d’autres influences. Et on ne se met vail réalisé du côté des prods, signées par le Suisse Sluzyyy (qui a vraiment pas de barrières pour tester. Au fond, ce n’est que de la notamment bossé avec les lascars de Migos) comme par le tandem musique. Finalement, je trouve que ça a été un bon chemin. Pas francophone Pandrezz & Epektase. trop rapide, permettant d’être bien identifiés au bon moment. Vous vous considérez comme un peu “atypiques”, a-t-on pu lire dans l’une ou l’autre interview donnée à l’occasion de la sortie de l’album. Est-ce sur le plan musical que les choses ont le plus changé pour vous ? Qu’entendez-vous par là, précisément ? Sboy : De notre point de vue, ce qu’on présente sort un peu du cadre. S. : C’est plutôt le rayonnement du groupe. Les images, la manière Il n’y a pas dix artistes comme nous qui font les choses de la dont les gens nous voient. Et dans ce sens-là, l’album est déjà même manière que nous, que ce soit sur le plan musical ou visuel. une réussite, même s’il est sorti en septembre. Mais justement, les Et c’est pour ça qu’on se trouve atypiques. Après, on n’est pas clips, et toute l’identité visuelle : c’est dans ce but précis qu’on l’a “de niche” non plus. On ne va pas jouer les artistes incompris de rebossé. Et là, on est très fiers du résultat. ouf, non. Mais atypiques, oui, en tout cas dans le paysage rap Vos motivations sont restées les mêmes ? francophone actuel. S. : C’est une bonne question… Je pense qu’on reste toujours motivés Si vous deviez présenter Quitte ou double à quelqu’un qui ne vous par les objectifs qu’on veut atteindre, on ne va pas se mentir. connaît pas ou pas encore, que diriez-vous ? Mais c’est vrai qu’une partie de la perception qu’on avait avant S. : Je dirais que c’est une nouvelle manière d’approcher la musique. s’est peut-être un peu transformée par rapport à la suite de la Plus fraîche, aux inspirations américaines, mais pas que. carrière. L’idée est de ne pas systématiquement vouloir brûler Très musical. Très luxueux aussi. Moji, si tu veux rajouter les étapes, mais de faire les choses crescendo. Parce qu’au final, quelque chose… on est encore jeunes, on a encore le temps. On ne se met donc Moji : Non, je n’ai rien à rajouter. Tu l’as bien décrit. pas trop la pression par rapport à ça. Et on a pris un peu de recul, alors qu’avant, on avait vraiment envie que les choses viennent S. : Merci ! à nous plus rapidement. Ce n’est pas plus mal. Cette inspiration américaine, on la retrouve aussi dans vos visuels, ou dans vos clips, comme celui de Nirvana. Qu’est-ce qui vous attire, C’est l’âge et la maturité qui font ça ? là-dedans ? S. : Oui, peut-être. Et le lien aussi avec les partenaires, le fait d’être M. : Sboy et moi, on est passionnés par tout ce qui “montre” les plus rassurés, de connaître un peu plus les gens avec qui on États-Unis : les séries, les films, les clips, … C’est une esthébosse. L’expérience aussi, dans un climat un peu différent. tique, mais ce sont aussi des gens qui sont à 100% dans “l’entertainment”. Et nous, ça nous nourrit vraiment. Ça nourrit notre Ce “climat” est aussi fait aujourd’hui de sorties incessantes, d’une réflexion et ça nous inspire. profusion d’artistes ou de “wannabe” artistes dans le genre. Bref, le S. : Prenons le cinéma… Si quelqu’un veut être acteur, il va se tourner, milieu est florissant. Vous vous l’expliquez comment ? peut-être même dès le départ, vers les États-Unis. Le cinéma M. : Je pense que les réseaux sociaux y sont pour beaucoup. TikTok, français est très, très cool, mais la plupart des gros blockbusters notamment. Ça permet vraiment à de nombreuses personnes qui sont américains. Et même, c’est avec des films américains le sont chez elles, dans leur ville, même pas des Parisiens ou des plus souvent qu’on découvre le cinéma. Pour nous, c’est pareil Bruxellois, juste des Français ou des Européens, de peut-être avec la musique. devenir virales sur un morceau ou sur un extrait d’un morceau, et de se créer de cette manière une mini fanbase qui va nourrir, Vous travaillez toujours ensemble ? alimenter avec elles ce réseau social-là et faire énormément de chiffres en peu de temps. C’est là que les labels et les maisons de M. : Ça dépend des moments. Pour construire cet album-ci, on s’est vraiment fait kiffer, avec Sboy. On a mis ça en avant de la création, disques viennent un petit peu grappiller ce qu’ils peuvent grapc’est-à-dire kiffer, et présenter au public les meilleures facettes piller. Et ça crée des carrières toutes les années. Il y en a qui de nous-mêmes. Ça nous arrive de bosser ensemble. Mais comme sortent la tête hors de l’eau, comme on a pu voir avec La Mano 1.9 on a tous les deux notre home studio, on est super libres au niveau (Ulrich Zie, parisien, tendance drill – ndlr) ou R2 (Rayane Kipre, créatif. Ça veut dire que lui, de son côté, peut bosser sur des de l’Essonne, qui a cartonné cet été avec Ruinar – ndlr). Plein choses, et moi aussi, de mon côté. C’est ce qui fait qu’on ne se d’artistes sont en place aujourd’hui grâce à ce “support”, mais met pas nécessairement de barrières, dans notre musique. Et ça d’autres galèrent un peu plus. C’est normal, il faut se prêter au nous permet de présenter des projets assez variés. jeu, aussi. Tout le monde ne peut pas sortir la tête hors de l’eau.

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L’entretien


« On a quand même toujours été assez perfectionnistes, même dans les débuts où ça trippait gratuitement. » Sboy

Pour moi, c’est une des raisons qui expliquent vraiment pourquoi aujourd’hui, il y a énormément d’artistes, mais il y a également l’accès au matériel. On peut enregistrer avec nos téléphones, avec des écouteurs. Et on a des qualités super similaires même à des studios, tout en restant toujours à la maison et sans dépenser forcément d’argent. Ça rend vraiment le truc encore plus authentique et plus accessible, à tous en tout cas. À tous et toutes, parce qu’il y a plus de filles aussi dans le game aujourd’hui.

Je pense que les Parisiens ont toujours ce truc de considérer la Belgique comme arrivant avec un vent légèrement plus frais que ce qui se fait en France. Même si on s’inspire et qu’on parle la même langue. Mais notre marché et nos codes ne sont pas du tout les mêmes. Je pense que c’est pour ça que la musique est un peu différente. On n’a pas baigné dans le même contexte, et on n’a pas l’impression d’aller dans la même direction. On est un peu plus américains.

On ne refuse pas une invitation chez Skyrock ! Liège dans la place Pour vous, ça commence à bien prendre en France également. Parce M. : C’est toujours beau d’aller là-bas. C’est super connu, super idenque c’est du “rap belge”, ou parce que c’est vous, tout simplement ? tifié. Ça fait aussi vivre le groupe et le projet. De temps en temps, Ou l’un et l’autre ? on s’y retrouve. Le précédent Skyrock qu’on a fait, c’était pour S. : Les gens ne savent pas forcément qu’on est belges. Ça ne fait R2, un artiste français qui commence à faire pas mal de bruit pas longtemps que ça commence à être mis en avant. Je ne pense sur la scène underground. Parfois, ce sont aussi des marques pas que l’argument “belge” joue un grand rôle dans notre popude vêtements qui nous invitent… Tout ça permet aussi de se renlarité là-bas. Pour moi, c’est juste la musique et ce qu’on propose. contrer, parce que d’habitude, ce qui se passe, c’est qu’on s’écrit Après, on n’a jamais renié notre identité. C’est juste qu’il y avait sur les réseaux. On envoie un message, et puis on se rencontre auparavant moins de prises de parole au cours desquelles on directement en studio, pour faire de la musique, ou peut-être pouvait vraiment l’affirmer. un son, une collaboration. Être invités, ça nous permet de nous M. : Au départ, on ne voulait pas nécessairement revendiquer le voir dans un autre contexte, plus détendu, moins en mode : ouais, OK, on doit faire du son, il faut que ça sorte ! Et comme ça, on quartier ou le code postal. On voulait parler d’autres choses. découvre aussi d’autres facettes de l’artiste avec qui on travaille. On ne le cachait pas, mais on ne le mettait pas en avant. Là, avec le temps, on a décidé de le mettre un peu plus en avant, tout simplement. À propos de code postal… Vous êtes tous les deux liégeois, et on sait qu’il y a un fort terreau rap dans la ville. En quoi compte-t-elle Il y a eu une période au cours de laquelle la France a été fort attirée dans votre évolution ? Dans ce que vous êtes devenus, dans ce que par ce qui venait d’ici. Côté rap, en tout cas. Vous ressentez encore vous faites ? M. : On est des purs produits de Liège. On a beaucoup traîné, on a ça aujourd’hui ? été dans les soirées, on a fait les open mics, on a rappé avec des M. : On le ressent encore. Quand on a été invités pour le Skyrock de Karmen (Mathieu Tortosa, rappeur de Grenoble, – ndlr), il y avait potos rappeurs de là-bas. Comment ça nous a influencés ? C’est là-bas aussi YG Pablo qui est bruxellois (Pablo Caprio, – ndlr). juste les personnes qu’on est devenues et les rappeurs qu’on Il y avait NUPS3E, un groupe bruxellois aussi, avec Godson, est devenus : des purs produits de ça. C’est-à-dire que Liège, CRC et Alpha. Je trouvais ça cool qu’il y ait beaucoup de Belges c’est très mélangé, qu’il s’agisse des nombreuses influences, alors que c’est un artiste français. En fait, ils nous écoutent. Que des nationalités… Comme un peu partout en Belgique, en tout ce soit NUPS3E, YG Pablo ou nous, ils nous écoutent beaucoup. cas à Bruxelles.

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L’entretien


©KELVIN KONADU

« Je pense que les Parisiens ont toujours ce truc de considérer la Belgique comme arrivant avec un vent légèrement plus frais que ce qui se fait en France ». Moji

C’est ce mélange qui vous a emmenés vers le rap ? M. : Tout jeunes, on écoutait déjà beaucoup de rap. De par l’environnement familial, les amis, les sorties, les rappeurs qui buzzaient à l’époque… Quand on se captait, Sboy et moi, on mettait souvent des instrus sur YouTube. Sans forcément écrire des textes, mais on rappait un petit peu à l’instinct. Et ça nous faisait kiffer, ça nous faisait rire. Ensuite, on a décidé d’écrire des textes. Et c’est vraiment en se mélangeant avec les artistes de la ville qu’on a capté qu’il y avait vraiment ce truc, cette dualité que les gens remarquaient. Dans les phases, dans la manière de rapper, de se backer, on se démarquait un petit peu. Sans prétention, bien sûr. De là, ça nous a poussés à continuer à écrire des textes, à sortir des sons. Sans prise de tête, c’était vraiment très créatif, dans la manière dont on abordait les choses. Et au final, voilà, on en est là. Mais tous ces trucs-là nous ont servi pour continuer, et conclure que quoi qu’on fasse, on va quand même le faire bien. S. : Et c’est ce qu’on fait depuis le début. Dans un sens, on prenait vraiment les choses à la légère, parce qu’on n’avait pas de pression. Évidemment, il n’y avait pas d’attentes, et on sortait de l’inconnu. On n’avait pas non plus peur du regard des gens. Je pense qu’aujourd’hui, c’est encore plus facile avec les réseaux, mais quand on revient dix ans en arrière, il y avait des gens qui faisaient des sons mais ne les sortaient pas, par peur du regard. Nous, comme on était deux, on s’en foutait un peu de ce que les autres pensaient.

visuellement, c’est beaucoup les États-Unis. Musicalement aussi, de ce qu’on écoutait. On aimait bien se faire remarquer quand un tel rappeur faisait un tel flow ou certaines phases et que ça nous faisait kiffer. On échangeait beaucoup par rapport à ça. Sinon, je pense même que ça vient de nos mifs. En vrai, on n’est pas des lazy boys ! M. : Exactement. C’est vrai qu’on a un peu baigné dans ce climat où il fallait quand même faire les choses bien. Quoi que tu fasses, que ce soit le sport ou n’importe quoi d’autre, il y avait toujours ce truc en mode “si tu veux le faire, fais-le, mais fais-le bien !” Le 4 février, vous serez à la Cigale, à Paris, et le 6, vous monterez sur la scène de la Madeleine à Bruxelles. D’autres concerts vont suivre un peu partout en France, en Suisse et au Canada… Qu’attendez-vous de cette tournée ? M. : Déjà, de voir un peu comment l’album a eu de l’écho dans le cœur des fans, des gens qui nous suivent, voir comment ils reçoivent la musique qu’on a pu créer depuis un petit temps. Et moi, je me réjouis de voir comment les gens vont chanter les morceaux, ce qu’on n’a pas encore pu voir avec ce nouvel album. Ça va être une belle occasion d’être super heureux ! Je pense qu’on va juste kiffer, comme on le fait d’habitude. On ne va pas trop se prendre la tête, à part pour les choses essentielles, bien entendu. Mais, en tout cas, en tirer du positif, c’est sûr. Enfin, c’est le plus important.

Cette envie de faire bien les choses, elle vous vient d’où ? S. : On a quand même toujours été assez perfectionnistes, même dans les débuts où ça trippait gratuitement. On a eu un sens du goût dès le départ, malgré le peu de moyens qu’on avait, et on ne l’a jamais laissé. À l’époque, on n’avait personne derrière nous, pas de manager ou quelqu’un pour nous pousser. C’était juste nous et notre passion, et du coup, ça n’a pas de sens de ne pas le faire à fond, tu vois ce que je veux dire ? Et donc, on ne se posait pas la question, on faisait. Je pense aussi que ça vient de plein de choses. Déjà de nos influences, comme on le disait :

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Moji x Sboy Quitte ou double Moon/W Lab/Wagram Music

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L’entretien


cence, dans une ville où la scène se construit à hauteur d’homme, entre open mics, freestyle et rencontres. ONHA observe, écoute, absorbe, Disiz, Kendrick Lamar, Snoop Dogg mais aussi l’énergie diffuse d’une génération liégeoise qui rappe parce qu’elle en a besoin, pas parce que c’est à la mode. Grandir en Outremeuse, dans un décor populaire, tout en fréquentant une école socialement à l’opposé, laisse des traces. « Très tôt, tu comprends que le monde est injuste », dit-il, presque en passant. Ses textes ne théorisent pas : ils racontent. Le sentiment de décalage, la fatigue sociale, la lucidité forcée. Avec une attention constante à ce qui se joue autour de lui. Chez ONHA, l’engagement est d’abord une question de regard. Avec Opale, son premier projet, le rappeur expérimente. Deux années de travail, de doutes, de versions multiples. Un disque-laboratoire, formateur, mais aussi révélateur d’un besoin essentiel : reprendre la main. Onhapaslamemevie Vol. 1 marque ce recentrage. Plus brut, plus direct, presque nerveux. Une énergie moins contrôlée, mais plus juste. « C’est moi quand je rappe sans filtre », résume-t-il.

OHNA

# ep

# rap

©ALEX DOSSOGNE STUDIO MIMESIS

ONHA,

l’art de rester indiscipliné TEXTE : CHELSEA KINZUNGA

Il y a chez ONHA quelque chose d’insaisissable. Une manière de glisser entre les genres, de contrer la ligne droite, de préférer les marges au centre. Rappeur né à Liège, aujourd’hui ancré à Bruxelles, l’artiste belgo-ivoirien avance sans programme figé, guidé par une seule boussole : ne pas se trahir.

« ONHA ONHAPASLA MEMEVIE Vol. 1 Ovision

Larsen

Je ne suis pas 50% Belge et 50% Ivoirien. Je suis 100% d’être de culture. » La formule claque, mais surtout elle résume une posture. Chez ONHA, l’identité n’est pas un argument marketing : c’est une matière vivante, mouvante, qui dirige la musique comme les silences. Son rap s’autorise la néo-soul, le broken beat, des textures électroniques parfois exagérées, souvent organiques. Une esthétique hybride, presque artisanale, à l’image d’un artiste qui préfère l’exploration à la performance. Avant les mots, il y a eu le rythme. Batterie, percussions, vibraphone, à l’Académie Grétry de Liège. Le corps avant la voix. Puis le rap s’impose, à l’adoles-

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« On n’a pas encore appris à mettre nos egos de côté et à se donner la force. »

Son passage dans Nouvelle École agit comme une parenthèse plus que comme un tournant. Exposition internationale, expérience déstabilisante, rythme imposé, élimination rapide. La télévision impressionne, perturbe, mais ne définit rien. « C’est comme tourner un clip avec 200 personnes autour de toi », confie-t-il. Le reste se joue ailleurs : un public qui s’élargit, des scènes qui grossissent, une confiance qui s’installe. Une reconnaissance qui prend aussi une forme plus institutionnelle. Ce 12 décembre, l’artiste a remporté le prix du Rookie de l’année aux Borders Music Awards 2025, une distinction qui vient saluer un parcours construit sans raccourci, loin des stratégies toutes faites. Un prix qui confirme une trajectoire : celle d’un artiste qui avance à son rythme, sans jamais tourner le dos à son indiscipline. ONHA regarde la scène belge avec une lucidité rare. Il sent une génération prête à éclore, mais encore fragmentée. Trop d’ego, pas assez de collectif. « On n’a pas encore appris à mettre nos egos de côté et à se donner la force », regrette-t-il. Lui rêve d’un hip-hop belge qui se construit de l’intérieur, sans attendre de validation extérieure. Un rap qui se suffit à lui-même. En février 2026, il montera sur la scène de l’AB Club. Un symbole fort, mais certainement pas une finalité. ONHA avance sans obsession du sommet, préférant la course de fond au sprint. Préférant une musique sans compromis, capable de rassembler sans lisser, de questionner sans alourdir. Et peut-être, en filigrane, cette idée simple : on n’a pas la même vie, certes, mais on peut partager la même vibration.

# rencontres


minimum esthétiques que tu peux plus ou moins suivre et dépasser, mais c’est quand même un peu plus grand que ce que tu es toi, et c’est pas plus mal de ne pas le maîtriser tout le temps. » Cela dit, le studio reste un lieu en demi-teinte pour l’artiste : « En arrivant en studio, j’avais souvent peur que ce soit nul. Même la chambre d’un gars avec un micro dedans, c’est impressionnant. Être derrière un micro et chanter, ce n’est pas non plus anodin, comme acte. » Adepte de l’autotune, elle en fait rapidement une force créatrice unique, et une armure imparable : « L’autotune, je l’ai utilisé pour me protéger, mais aussi parce que j’aime trop le rendu. Mais tu restes grave protégée par le truc, tu peux faire des erreurs (…) et tu peux expérimenter plein de choses, c’est comme une puissance supplémentaire. C’est comme tout : il faut le comprendre, c’est un truc que tu captes en l’utilisant, et en en abusant », explique-t-elle.

Zonmai

# ep

# rap·hyperpop

© PALOMA LOPEZ LECOUTOUR

« L’art est plus grand que toi, et c’est pas plus mal. »

Zonmai TEXTE : DIANE THEUNISSEN

Un an après l’excellent Birthday Saison, Zonmai remet le couvert avec une nouvelle galette cinq étoiles.

Cette tension traverse Make Up, patchwork hétéroclite et pourtant très digeste, vitrine de tout ce que epuis ses premiers pas sur SoundCloud, Zonmai Zonmai a dans les tripes (ou presque). Un concentré de nostalgie Y2K, compact et glitché, où se croisent n’a pas chômé : trois EP balancés coup ses influences les plus lointaines : entre la pop de Lady sur coup, une écriture en flux continu, et enfin Gaga, la French Touch de Daft Punk, la fougue de Make Up, nouveau projet tout juste sorti du four. « En Starmania ou encore la bande son du premier volet de vrai, j’écris vraiment tout le temps », confesse-t-elle en Fast and Furious, tout y passe. En résulte une collecfouillant son téléphone, avant de révéler fièrement qu’il contient « 2.550 notes », très exactement. En mémos tion terriblement honnête, guidée par la recherche de vocaux, le constat est le même : 250 ces six derniers sensations, l’instinct et le moment présent. « Trouver mois. Une création continue, parfois opaque, qui prend ta patte et ton identité propre dans la musique, ça met tout son sens une fois passée par la case studio. du temps. Parfois ça n’arrive jamais, ça ne fait qu’évoÀ ses débuts, la Bruxelloise d’adoption compose sur luer », explique-t-elle, consciente que l’hétérogénéité peut parfois désorienter. Le titre du projet fait écho des type-beats glanés sur YouTube. Puis viennent les à cette ambivalence : le maquillage comme masque, rencontres, les labels, et le travail en studio : bye-bye comme jeu, mais surtout comme signe d’émancipales prods génériques, elle découvre le plaisir de créer tion. « Moi, ça fait seulement un an ou deux que je me un morceau de A à Z, épaulée par des beatmakers et des musicien·nes de renom, dont son fidèle acolyte JCM. maquille et à la base, j’aimais pas de ouf. Ces derniers « Lui, je me suis dit direct qu’il était fort, » raconte-t-elle. temps, ça m’a plu. En fait, j’aime bien avoir le choix », Forte de plusieurs années de taf acharné, elle cale ajoute-t-elle. les fondations de Make Up lors de sa première résiDerrière les textures et les contrastes, Make Up dence de création : rythme effréné, nuits blanches, porte aussi une parole intime et politique. Des chansons deux morceaux par jour, et une overdose de violon douces-amères qui touchent en plein cœur et abordent dont elle se marre encore. « On en mettait partout, – frontalement et entre les lignes – la condition féminine : « Ce que je raconte dans mes textes, c’est aussi c’était indigeste, » se remémore-t-elle. Entourée d’une ma vie de meuf de 24 ans (…) Quand j’écris, je pense équipe solide, elle s’abandonne à l’énergie collective : beaucoup à mes copines ». You go, girl. « L’art, il est plus grand que toi (…) il y a des règles un

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Zonmai (EP) Make Up Bleu Music/rec.+ULTRA

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# rencontres


Depuis des années, le public vous identifie comme une personnalité de la scène bruxelloise. Paradoxalement, votre premier album n’a pas vu le jour dans la capitale. Pourquoi avoir quitté la ville ? J’avais besoin de faire un break. J’ai atterri dans un petit appartement anversois, loin du tumulte, des distractions, de l’effervescence artistique, de la stimulation permanente. Cette pause a été salutaire. J’ai entamé un voyage de réconciliation avec ma propre personne. Mon rapport aux émotions a changé. J’ai commencé à mettre le doigt sur ce qui ne tournait pas rond. Quel était le problème ? Pendant longtemps, j’ai cru être en mesure d’exfiltrer mes idées noires à grand renfort d’amour et de bienveillance. Je ne voulais, en aucun cas, donner une réalité à mes émotions négatives. Mais en fonctionnant de la sorte, j’ai fait pire que mieux. Lors d’une thérapie, j’ai compris qu’il était naturel d’extérioriser son spleen. C’est en lui donnant de la place qu’on parvient à l’identifier… et à lui accorder moins d’importance. C’est un processus d’acceptation. Votre mal-être était-il lié à Bruxelles ? Pas du tout. J’aime trop Bruxelles. Je viens d’y emménager. Je pense que la ville n’a jamais été un problème. Le souci était plutôt d’ordre personnel. J’étais dans une fuite permanente.

Blu Samu

« Quand on me demande de décrire ma musique, je n’ai jamais de réponse satisfaisante. Impossible de circonscrire mon univers. »

# album

# rnb·punk·rap·soul

Votre renouveau créatif passe aussi par le Portugal. Quelle est la place de ce pays dans la genèse de (K)NOT ? Chaque fois que je vais à Santa Maria de Lamas, une petite commune située à une trentaine de kilomètres de Porto, je me reconnecte à Salomé Dos Santos. J’ai grandi là-bas jusqu’à mes 6 ans. Ce lieu me ramène à l’enfance. À une période où j’étais préservée des problèmes, des épreuves, du monde adulte. Retourner au Portugal, c’est comme une reconnexion à mon passé, à la petite fille rêveuse, honnête et vulnérable. Celle qui s’exprime ouvertement, sans filet. En arrivant au Portugal, j’ai composé Yearning. Ce titre donne un cap à l’album. Sans le Portugal, ce disque aurait été incomplet.

©ELIOT LEBLANC HARTMANN

Blu Samu INTERVIEW : NICOLAS ALSTEEN

Comment ne pas péter un plomb dans L’album navigue entre RnB, punk, rap, soul ou drum and bass. Quelle est l’origine de cette esthétique en “flux dispersé” ? le monde moderne ? Comment endurer Quand on me demande de décrire ma musique, je n’ai jamais de la pression dans l’industrie musicale ? réponse satisfaisante. Impossible de circonscrire mon univers. Parce que je suis influencée par une multitude de choses. Là, par Après avoir percuté ces questions de exemple, j’ai reçu mon “Spotify Wrapped”, une fonctionnalité qui plein fouet, Blu Samu offre une réponse t’offre une rétrospective personnalisée de tes écoutes annuelles. La plateforme de streaming m’indique qu’en 2025, j’ai écouté 39 convaincante : (K)NOT, un premier styles musicaux différents. Ça part dans tous les sens. Ce n’est album percussif et percutant, infusé de pas forcé. Je fonctionne comme ça. Alors, forcément, quand on me demande ce que je fabrique, je n’ai pas envie de déballer 39 bonnes vibrations électroniques, de RnB, descriptions plausibles. Parce qu’en vrai, je n’ai aucune limite de rap tuga, de soul et d’une énergie J’ai conçu l’album de façon intuitive. Alors, effectivement, c’est punk-rock. Tout ça ? Et bien plus encore… très volatile. Mais ça me ressemble complètement. Larsen

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# rencontres


L’album bénéficie des services du producteur Sam Tiba (Zola, Georgio). Quel rôle a-t-il joué dans la mise en œuvre des nouveaux morceaux ? Dans le milieu de la musique, c’est l’une des seules personnes qui me comprend. Parce que, parfois, il m’arrive de débarquer dans un studio d’enregistrement et de dire : « Je veux faire une chanson qui évoque le fond des océans. Un lieu d’apparence calme, mais aussi extrêmement bruyant, à cause de la pression dans les fosses abyssales ! » Quand je sors ce genre de considération, tout le monde me prend pour une dingue. Mais pas Sam Tiba. Lui, il comprend direct ce que je veux.

Blu Samu

« J’ai mis le K entre parenthèses pour suggérer le côté ambivalent de la situation. Genre, “I’m OK, but I’m not”. »

Vilain Tigre

©MANON GARY

INTERVIEW : NICOLAS ALSTEEN

De Melon Galia à River Into Lake, Aurélie Muller a toujours prôné le jeu d’équipe. Musicienne polyvalente, choriste tout-terrain, l’artiste met son savoir-faire au bénéfice du bien commun. Aujourd’hui, elle se métamorphose en Vilain Tigre. Pas de quoi en faire un cinéma. Juste une musique de film pas comme les autres.

Vous dites que l’album est né dans la sérénité, après des années à chercher la sécurité. Il venait d’où le danger ? De moi. Mon système nerveux était en alerte rouge. Je m’interrogeais sur tout. Tout le temps. Comment les gens me perçoivent ? Est-ce qu’untel est sincère ? Que puis-je attendre de cette relation ? Vivre comme ça, dans une forme de projection permanente, c’est épuisant. À un moment, j’étais complètement déréglée. Un jour, j’étais boostée. Le lendemain, incapable de parler à qui que ce soit. Je restais au fond de mon lit, sans bouger, à ne rien faire. Là, j’ai capté qu’un truc était cassé.

Qu’est-ce qui vous amène à Vilain Tigre ? L’envie d’enregistrer la bandeson d’un film. À la base, je suis monteuse. J’ai notamment travaillé sur le film Rosetta des frères Dardenne. Mais assez vite, j’ai bifurqué vers la musique. Je rêvais de réunir ma formation et ma passion au cœur d’un projet. J’ai donc composé la B.O. de mon propre film : un long métrage imaginaire, inspiré par ma vie.

Peut-on parler de dépression ? Évidemment ! C’était les montagnes russes. J’enchaînais les hauts et les bas à une vitesse hallucinante. Aujourd’hui, je me sens très à l’aise avec ce sujet. C’est d’autant plus important d’en parler que certaines personnes s’obstinent à refouler. Ce qui les amène à éprouver la dépression au quotidien, pendant toute leur vie. Moi, je n’ai plus aucun tabou là-dessus. Les problèmes mentaux, allons-y, parlons-en ! Le titre de l’album, (K)NOT, suggère autant le lien que l’enlacement, la tension que la libération… C’est exactement ça. Ce sont des émotions inextricablement liées entre elles. J’ai mis le K entre parenthèses pour suggérer le côté ambivalent de la situation. Genre, “I’m OK, but I’m not”. Je pense que, d’une façon ou l’autre, tous les nœuds sont encore là, entortillés. Ces nœuds sont au cœur de ma personne. Ils font de moi une personne singulière. Mais cela implique de composer avec des hauts et des bas.

Pourquoi se réfugier sous la fourrure de Vilain Tigre ? À l’origine, Vilain Tigre est le titre du premier morceau enregistré par Blondy Brownie, le duo que je forme avec Catherine De Biasio. Désormais, il me sert de pseudo pour raconter l’histoire d’Aurélie Muller. C’est une façon de brouiller les pistes entre le vrai et le faux. À une époque où la réalité dépasse bien souvent la fiction, ça me semble pertinent de sortir ce projet. L’album est donc la “Bande originale du film imaginaire d’Aurélie Muller”.

Blu Samu (K)NOT Animal 63/Believe

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# rencontres

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Au dos de sa pochette, le disque renseigne les noms de Bruxelles, Paris, Omaha, Tokyo, Marseille, Eupen, Genève ou Le Tréport. Pourquoi mentionner ces villes ? Ce sont des étapes clés du récit. En les citant, je balise le scénario du film, tout en adressant un clin d’œil aux personnes avec lesquelles j’ai réellement passé du temps dans ces villes. À côté de cette cartographie, des liens relationnels se tissent en filigrane du disque. Il y a des batteries jouées par Boris Gronemberger ou du graphisme signé Ludovic Bouteligier. En tant que musicienne, j’ai vécu de grands moments avec eux. Que ce soit dans Raymondo, V.O. ou River Into Lake. Il y a aussi une petite apparition de Daniel Offermann (Girls In Hawaïï) – avec qui j’ai lancé le projet Tresor – et des cuivres joués par Jérôme Bensoussan, le saxophoniste de Melon Galia, mon tout premier groupe. Tous ces gens tiennent un rôle dans ma vie et apportent une plusvalue indéniable à ce projet solo.

Vilain Tigre Bande originale du film imaginaire d’Aurélie Muller Cleo Records

Espresso


©SIMON VANRIE

# album

# chanson

Saule INTERVIEW : PHILOMÈNE RAXHON

Vingt ans après la sortie de son premier album, Saule n’allait pas se contenter de sortir un best of et ciao bonsoir. L’artiste aux millions d’écoutes sacré par le titre Dusty Men revient aujourd’hui avec un nouvel album alliant textes francs et folk rock modernisé. Retour aux sources ? Oui et non. Larsen

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# rencontres


Comment vous sentez-vous à l’approche de la sortie de votre sixième album ? Plutôt bien. On a fêté les 20 ans de Saule l’année dernière et j’avais dit à mon label que la condition sine qua non pour que je sorte un “best of”, c’était d’annoncer un nouvel album. Sinon, je trouvais que ça faisait un peu rétrospective post-mortem. Je me suis beaucoup demandé « comment ça sonne du Saule en 2025 ? », parce que mon premier album a été fait avec des guitares acoustiques et des chœurs d’une autre époque. Les premiers retours m’ont fait beaucoup de bien. Et je suis assez serein parce que j’ai fait ce disque avec sincérité.

d’avoir pu aider à faire éclore quelque chose qui était déjà en elle. Christian Cantos aussi est une rencontre particulière. Au départ, j’ai été le voir en tant que peintre, j’avais envie de visiter son atelier. On a fini par faire de la musique ensemble à l’étage parce que le gars est aussi musicien. On est devenu potes et un jour il m’a envoyé cette chanson, On attendait, une chanson d’espoir. Je trouve qu’elle est fédératrice et on sent le printemps dans la musique. Christian est un vrai artiste, ça me fait plaisir de pouvoir lui mettre un coup de spot à travers ce disque. Enfin, la troisième collaboration, c’est Slow avec TEONA. J’ai été scotché par ses prestations sur The Voice France. Elle a une voix très rock, elle me fait penser un peu à la chanteuse de Shaka Ponk. Il n’y a pas de chanteurs connus sur cet album, l’idée était de proposer des “feats” qui permettent aux gens de découvrir des artistes.

Cet album ne ressemble pas à la musique que vous pouviez faire il y a 20 ans. Pourtant, son titre suggère un retour aux sources. L’album s’appelle La Source parce que quand on a commencé à travailler sur le disque, j’ai eu envie de confronter ces chansons à un public. Ça m’intéressait de connaître le point de vue des vrais fans de Saule. Avec mon guitariste, Jug, on est donc partis en espèce de mini-tournée acoustique pour aller jouer chez les gens. J’ai fait un concours en demandant pourquoi il faudrait Saule qu’on vienne jouer chez eux. On a eu un centre de revalidation qui a dit « on ne peut pas bouger, c’est toi qui dois venir à nous » ou encore des parents dont le fils s’appelle Saule parce qu’ils sont fans du projet. J’ai pu tourner mes chansons dans leur plus simple apparat, sans production, sans gros son derrière. La plupart des gens disaient qu’ils y voyaient un vrai retour aux sources au niveau du texte. Ce mot “source” revenait tout le temps. Il y a une filiation avec le premier album, quelque chose de très simple et touchant dans l’écriture. De disque en disque, ça reste l’empreinte de Saule. Par contre, au niveau musical, j’y ai mis des prods plus Sur des chansons comme Une demi-vie, vous abordez des expéactuelles. J’ai bossé avec Benoît Leclerc, qui amène cette touche riences plus personnelles. Vous aviez envie de vous livrer ? dans des titres comme Petite gueule ou Il suffit d’une chanson. Dans mon processus d’écriture, il y a certains matins où je me Mon fidèle acolyte Charlie Winston est aussi venu mettre sa patte lève et je me dis « tiens je ferais bien une chanson sur ça ». Je vais sur deux ou trois titres. L’idée était de trouver une manière de par exemple écrire Le blues de la nuit blanche pour parler de traduire avec un son actuel des chansons qui restent vraiment du l’insomnie de manière un peu décalée. Et puis, il y a des fois des Saule. Quand j’ai sorti Il suffit d’une chanson, j’ai vu les gens dire choses qui m’explosent à la tronche. Pour Une demi-vie, tout part « ça c’est du Saule pur jus ». Et si les vrais fans “hardcore” pensent de ce deuxième couplet où je dis « aujourd’hui sur le quai je vous ça, alors que j’y ai mis une touche électro, on a tout gagné. ai vu vous en aller. Vous regarder partir, je crois que c’est le pire ». Et je suis vraiment sur le quai d’une gare en train de déposer mes enfants – parce que je les ai une semaine sur deux – et dès que le train s’en va, je me mets à chialer. Je prends mon carnet et je me mets à écrire, écrire, écrire. Le pitch de base, c’est qu’on fait des enfants pour partager tous les moments d’une vie avant qu’ils Saule soient adultes et qu’ils s’en aillent. Et là, tout d’un coup, la vie nous impose cette figure de style qu’est une demi-vie. Ça me rend si triste que j’ai besoin d’évacuer, de conjurer le sort en en parlant.

« Il y a une filiation avec le premier album, quelque chose de très simple et touchant dans l’écriture. »

« Tout prend source en moi… mais plus une chanson est personnelle, plus elle touche à l’universel»

Vous voyez un fil rouge dans cet album ? Je pense que c’est la source. Une chanson s’appelle La Source, une autre À contre-courant. Et Petite gueule parle d’eau aussi. « Au milieu des poissons, des requins. » Ce vocabulaire aquatique revient très fort. Et puis, la source, c’est aussi la source des choses. Une chanson comme Il fallait que ça sorte prend source à l’intérieur de moi et a besoin de jaillir. Une demi-vie prend source dans ma vie personnelle. Donc oui, je pense que l’album porte vraiment bien son nom. Tout prend source en moi mais j’explique souvent dans mes ateliers d’écriture que plus une chanson est personnelle, plus elle touche à l’universel.

Il y a plusieurs collaborations sur ce nouvel album. Comment avezvous choisi les personnes qui allaient vous accompagner sur certains de ces titres ? Je m’étais promis de ne plus faire aucun duo – parce que j’en ai tellement fait – mais j’ai été rattrapé par ma nature. Je suis quelqu’un qui adore partager la musique. Je donne des ateliers d’écriture, et j’ai rencontré Lovelace parce qu’elle a participé à l’un d’eux. J’ai eu un coup de cœur pour sa voix et son univers musical, donc je lui ai proposé de travailler ensemble. Petite gueule est venue très vite. C’était une chanson que j’avais gardée dans un tiroir en me disant qu’un jour, il faudrait mettre une voix féminine dessus. Entretemps, le projet de Lovelace est sorti mais, au moment où je lui propose cette collaboration, ses chansons sont encore sur son ordi. Je pense que sans Petite gueule ou mon atelier d’écriture, elle aurait tout aussi bien réussi son parcours, mais je suis content

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Saule La Source Blue Milk Records

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# rencontres


# album

©MARIA LORENTE BECERRA

# folk

# album

sura sol

# chanson

©SIMON VANRIE

Coraline Gaye

TEXTE : PHILOMÈNE RAXHON

TEXTE : VANESSA FANTINEL

Issue du trio Las Lloronas, la Bruxelloise sura sol dévoile en ce mois de janvier un second album solo, i will be dead, ode à l’exploration, au ronronnement et à la vie.

Brèche de Roland devient qui elle a toujours été : Coraline Gaye. Animé par le rapport à l’autre, La couverture des choses paraît en février chez Humpty Dumpty Records.

«

D

Au trône le plus élevé du monde, nous ne sommes jamais assis que sur notre cul », énonce sura sol, citant Montaigne en conclusion de son dernier single, dance&giggle. L’artiste condense ainsi ce qui anime son second album sorti en ce mois de janvier, i will be dead : le vivant, dans tout ce qu’il a de solennel et léger, sombre et lumineux. « Le vivant a tout. Il a du noir, du drôle, de la danse, de la guerre, de la joie, développe l’ancienne étudiante en sociologie sur une reprise de Caetano Veloso en fond sonore, je veux pouvoir en célébrer toutes les textures ». Issue du trio Las Lloronas, sura sol fait ses premiers pas en solo avec l’opus Roar en 2023, tout en se concentrant encore à l’époque sur le projet du groupe. « Pour ce nouvel album, la démarche est totalement différente, observe-t-elle aujourd’hui, beaucoup moins dans l’urgence. Au départ, il devait s’appeler Purr, qui veut dire ronronner, un peu comme une réponse au rugir de Roar. En chemin, il a changé de nom, mais cette idée m’a quand même guidée dans le travail. J’observais comme le fait de stresser et d’être pressé est normalisé. Mais ce n’est pas de là qu’on peut créer du fertile. Les plantes prennent du temps à pousser, ce n’est pas en tirant dessus qu’elles poussent plus vite ».

Larsen

Dans i will be dead, la musicienne fait donc taire “ses juges intérieurs” pour embrasser une radicale authenticité, la création comme un jeu d’enfant et des sonorités choisies « à l’oreille et à la sensation ». Inspirée par le jazz de Billie Holiday et Charlie Parker, le folk psychédélique de Devendra Banhart ou la liberté de la chanteuse Camille, sura sol explore et bâtit sa patte musicale à l’instinct. « Je n’ai pas l’impression d’écrire mes chansons, mais qu’elles apparaissent. Souvent, au moment même, je ne comprends pas trop ce qu’elles veulent dire, racontet-elle, c’est plus tard qu’elles me font sens ». De passage au Botanique le 28 janvier prochain pour la sortie analogue de cet opus, l’artiste compte s’éclater avec le public et toujours avec la même spontanéité. Au gré de ce que le vivant lui réservera ce soir-là.

e la chanson française à texte assumée comme telle, voilà qui pique la curiosité, jusqu’à l’envie de soulever cette couverture et, petit à petit, de s’y emmitoufler. Onze titres, à commencer par Les mots. En suggérant un espace de discussion possible, le texte percute : « Je ne t’aime pas beaucoup. C’est peutêtre pire. Que de ne pas aimer du tout ». Des mots durs, qui filent doux pourtant, entre la voix calme, le piano et le mix vaporeux signé Mike Lindsay (Anna B Savage, Laura Cahen, Young Knives…). « Formuler les choses, c’est central dans ma vie. Peut-être que c’est une erreur (rires), que parfois il vaut mieux agir. Les chansons permettent d’aller plus loin que la sincérité. D’aller vers une forme de ressenti, avec moins d’intellect. » Pour autant, les textes ont une place importante. Cueillent l’attention par bribes, loin des “punchlines” qui hérissent le paysage musical actuel à l’horizon duquel délicatesse, poésie et intimité semblent révolutionnaires. « Je fais ce qui me semble juste. J’ai envie que les gens soient touchés, que quelque chose parle d’eux, comme j’ai pu le ressentir, ado, avec certaines chansons. La musique pour moi n’est pas du tout un divertissement, elle n’est pas séparée de la vie, au contraire, c’est quelque

sura sol i will be dead Autoproduction

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chose qui a du sens et qui aide à vivre. » Le changement de nom se justifie aussi par un changement d’équipe et de méthode de travail. Coraline a tout écrit et composé au piano avant d’impliquer les musicien·nes complices. Sur ce disque ils s’appellent Thomas Van Cottom (aka cabane), Claire Vailler, Sacha Toorop et Nicolas Arnould. « C’est la première fois que je travaillais de cette manière, séparément avec chacun, et souvent à distance. Je les ai contactés individuellement, en commençant par Claire. Je voulais que les chœurs soient un élément central du disque, pas de simples ornements. » Ce procédé a aussi permis le temps de la réflexion et la précision. « C’était important pour moi de travailler avec des gens qui ne me connaissaient pas. Qui me renverraient à moimême et à ce que je voulais. De m’approprier les choses, de prendre ma place. Ce disque raconte ça aussi. »

Coraline Gaye La couverture des choses Humpty Dumpty Records

# rencontres


bodies

OFiRA

©NINE LOUVEL

TEXTE : VICTORIA DE SCHRIJVER

INTERVIEW : JULIEN BROQUET

Iel est né·e à Louvain, a vécu en Wallonie et grandi en Espagne avant de revenir au pays pour étudier au Conservatoire de Bruxelles. Le 23 janvier, la saxophoniste Alejandra Borzyk sortira avec quiero amor, l’aventureux premier album de bodies. Quelle est l’histoire de ce projet ? bodies est né fin 2021 du besoin d’écrire ma musique. De jouer mes compositions. D’explorer le son. À l’époque, j’étais encore au conservatoire et je cherchais à sortir du cadre. J’étais très influencé·e par la scène techno groove électronique bruxelloise (Echt!, KAU) mais aussi par Nubya Garcia et Kokoroko. Comme j’ai grandi en Espagne avec du reggaeton partout, j’ai essayé de l’intégrer à mon éducation jazz. Puis, je me suis de plus en plus infiltré·e dans l’improvisation libre et je suis rentré·e via l’électronique dans une démarche plus expérimentale. Je me suis beaucoup intéressé·e ces derniers temps à Otis Sandsjö (Y Otis), à SML qui vient de Los Angeles ou encore à Bendik Giske qui fait des trucs très minimalistes. Votre single Un Violador En Tu Camino est sorti à une date tout sauf anodine… Le 25 novembre, c’est la journée internationale pour l’élimination de la violence à l’égard des femmes et le titre du morceau est celui d’un chant féministe lancé

Larsen

©CAMILLE CHAMPIGNY

Projet porté par deux musiciens accomplis, Brieuc Angenot et Eugénie Defraigne, OFiRA est un duo où violoncelle, voix et électronique se mêlent pour convoquer le sacré et l’électronique. OFiRA est un duo bruxellois à la lisière du néoclassique, aux teintes expérimentales : un violoncelle, une voix de contre-ténor qui nous évoque certaines grandes voix du répertoire baroque, des claviers et des nappes électroniques qui font dialoguer textures L’album parle d’autres choses… modernes et échos sacrés. À l’origine, deux parcours qui L’idée, c’est de montrer la se complètent. Brieuc Angenot vulnérabilité, la communauté, la tendresse comme des forces, vient des écoles bruxelloises et du conservatoire (basse des atouts et des formes de résistance. Je ne sais pas si je suis jazz, claviers, composition). Longtemps musicien “au très optimiste. Je suis surtout service” d’autres projets très critique. Je vois souvent comme ceux d’Angèle ou Glass les choses de manière assez sombre. La rage est clairement Museum – basse et claviers sur scène, tournées, producun de mes moteurs créatifs. tions – il compose aussi pour Je joue mieux quand je suis d’autres formats (créations, fâché·e. Mais si tout le monde accepte que ce qu’on veut, c’est projections, festivals), et OFiRA marque un pas décisif : signer être aimé·e, vu·e et reconnu·e, un univers en duo. on peut créer un monde avec En face, Eugénie moins de frontières, davantage Defraigne, violoncelliste d’ouverture et d’empathie. Des formée à Liège (master et politiques plus inclusives que pédagogie), a grandi dans le protectionnistes. classique contemporain et la collaboration avec les compositeurs. Ce qu’elle aime dans bodies la musique, c’est le partage, quiero amor la création à plusieurs. Ainsi, Igloo Records elle a navigué entre duo, trio par le collectif chilien Lastesis devenu un hymne mondial contre les violences sexuelles et de genre. Je vois ça comme un exercice de mémoire historique et d’hommage. Les questions de genre et la violence sexuelle ont beaucoup marqué ma trajectoire. Je trouvais juste et cohérent de continuer à défendre ces idées. J’essaie de les aborder de la façon la plus inclusive possible. Pour inviter à la réflexion plutôt que d’encore générer de la polarisation.

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(comme le Trio O3, qui a remporté le concours Supernova en 2018), les ensembles contemporains comme Musiques Nouvelles ou Fractales, mais aussi la pop. Leur rencontre se fait via ELEFAN, projet musical de Brieuc. Plus tard arrive l’évidence : créer ensemble. Le déclic vient après des tournées où Brieuc ressent le besoin de “revenir à l’essentiel” : questionner des shows “trop carrés” et chercher une forme plus épurée. OFiRA se construit alors autour d’un sentiment commun pour les musiques anciennes, baroques et sacrées, sans rigidité stylistique, avec le latin comme langage-prétexte à ne pas s’attarder sur le texte, mais sur les sons et les sensations, comme un message universel de liberté, qui se révèle pas à pas en concert. L’ensemble crée une musique où tout trouve sa place : cette voix si particulière fait écho au sacré en se mariant avec les lignes plus graves du violoncelle, sans faire de l’ombre au travail du son et des instruments. Tout s’équilibre pour créer un ensemble méditatif et cohérent. Le duo compose avec passion et une finalité claire en tête : le live et ces lieux qui démultiplient l’écoute, entre salles de concerts, églises et autres lieux atypiques.

Espresso


©DAN NY WILLEMS

# album

# post-classique

Echo Collective INTERVIEW : VICTORIA DE SCHRIJVER

L’ensemble Echo Collective sort son album En voyage with Claude Monet chez Naïve en ce début d’année 2026. Fruit d’un projet protéiforme, le disque reprend la musique composée pour une exposition. Mais Echo Collective, c’est aussi de nombreux autres projets qui allient musique classique et découverte de nouveaux horizons. Larsen

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# rencontres


C

En Voyage with Claude Monet, on s’est réparti le travail. C’était un échange, du ping-pong.

ela fait maintenant dix ans qu’Echo Collective mène sa barque. Fondé par Neil Leiter (altiste et compositeur) et Margaret Hermant (violoniste, harpiste et compositrice), le groupe, d’un courant qu’on pourrait qualifier de néoclassique, s’impose comme un ensemble de référence tant en Belgique que sur la scène internationale. En ce début d’année, ils peuvent être entendus dans différents projets : à Hasselt au CCHA pour de la danse avec Last and First Men, à Bozar dans la Salle Henry Le Bœuf dans le cadre d’Europalia pour le début d’un projet avec le compositeur Suso Sáiz. Ils se tourneront ensuite vers le disque, dès le début du mois de février, avec En voyage with Claude Monet. Rencontre avec les deux fondateurs de l’ensemble pour discuter projets, avenir et impressionnisme.

Vos projets touchent à tout, danse, cinéma, exposition. On pourrait imaginer le théâtre, le jeu vidéo aussi. Votre musique semble très “cinématographique”. Revendiquez-vous une attache particulière à l’image ? N.L. : On est très ouverts à des projets collaboratifs, qui pourraient s’apparenter à de l’art total. On a beaucoup collaboré avec des personnes qui travaillent dans l’industrie de la musique pour l’image. Ce sont des milieux qui s’entrelacent. Mais quand on compose pour nous, on utilise parfois une image ou une sensation mais on part toujours de la musique.

Cela fait une dizaine d’années qu’Echo Collective existe. Comment vous définiriez-vous aujourd’hui dans votre parcours ? Où en êtesvous, tous les deux, et avec l’ensemble ? Neil Leiter : C’est une très bonne question. Je dirais qu’on va vraiment Echo Collective bien, l’ensemble également. On a un joli mix de projets pour lesquels on est vraiment créatifs, ce qui était un but pour nous depuis quelques années. On a donc des projets en cours et pas mal de collaborations en perspective, dont tout prochainement celle avec Europalia et Suso Sáiz, compositeur espagnol. Récemment, on a aussi créé les Echo Sessions. Chaque mois, on propose trois sessions de trois heures, pendant lesquelles on enregistre avec des nouveaux et anciens collaborateurs. On a envie de dire aux gens qu’on est là pour collaborer avec eux, c’est l’essence de notre projet ! Honnêtement, je trouve qu’on est dans un endroit privilégié. On se sent vraiment heureux d’avoir la possibilité de Vous venez du classique. Vous avez la sensation d’en être partis ? réaliser tout ça. Est-ce que vous avez la tentation avec Echo Collective de retourner Votre nouvel album En Voyage with Monet sort début février chez peut-être vers l’interprétation, voire des fois la réécriture ou la recomNaïve. C’est une musique que vous avez composée pour une ex- position de classiques ? Ou est-ce que c’est peut-être se positionner position. Quelle est la genèse de ce projet et comment êtes-vous en-dehors d’un classique qui peut parfois être rigide ? M.H. : Je continue à jouer dans un trio. Je ne vais pas quitter la finalement entrés dans l’univers du peintre ? musique classique, elle me nourrit et me remplit de joie. J’aime la Margaret Hermant : En voyage with Claude Monet, c’est un projet travailler, pour ce qu’elle inspire. Explorer d’autres compositeurs, qui est parti de Dirty Monitor. Ils sont basés à Charleroi et ils ça pousse évidemment à ajouter des gestes musicaux à sa propre travaillent dans la modélisation 3D, le mapping vidéo, la scébibliothèque et à explorer d’autres choses moins intuitives. C’est nographie pour faire des expositions immersives. J’avais déjà essentiel de rester en connexion avec la musique actuelle et celle travaillé avec eux pour un événement et ils voulaient une musique du passé, pour garder un maximum d’ouverture et de techniques à originale pour ce projet d’exposition. C’est donc une commande explorer. Et puis quelle joie de jouer un Beethoven ou un Schubert, et une collaboration très chouette. Évidemment, on a retravaillé ou de pratiquer à nouveau du Bach, même seule à la maison. Ce et affiné pour créer l’album. sont des œuvres grandioses d’une richesse inépuisable. N.L. : C’était plein de premières fois pour nous. Première fois qu’on a écrit pour orchestre. On a travaillé avec l’East Connection N.L. : On reste des musiciens classiques. On est créatifs, mais on n’a pas vraiment quitté le monde classique. Orchestra basé à Budapest. Première commande du genre et on a découvert qu’on apprécie cette façon d’écrire collectivement. L’année 2026 démarre. Qu’est-ce qu’on peut vous souhaiter pour C’était une belle opportunité qu’on aimerait réitérer. cette année à venir ? On entend des sonorités différentes dans votre album, comme celle de M.H. et N.L. : De la paix, c’est tout ce à quoi on aspire. Cela dit, c’est l’accordéon dans L’Atelier de Nadar, peut-être pour coller à l’univers vraiment quelque chose qui nous comble de pouvoir continuer à parisien. Mais on retrouve également vos sonorités très éthérées, jouer, de pouvoir rester dans cette balance harmonieuse, entre méditatives, avec ces instruments acoustiques. Comment définifaire des concerts et créer les choses. Comme quoi, c’est parfois riez-vous votre musique cette fois-ci ? Pourrait-on aller jusqu’à dire “highlight” la vie d’artiste… qu’elle est impressionniste ? M.H. : C’est toujours différent de composer pour son groupe que de composer pour un support visuel avec une commande précise d’autres artistes. La musique, c’est comme un kaléidoscope. Ça s’ouvre parce qu’on a des demandes précises. On n’aurait pas forcément utilisé les mêmes instrumentations si on avait fait un album de musique sans visuel. C’est un challenge intéressant qui nous ouvre à autre chose. Donc, que ce soit impressionniste dans certaines couleurs, c’est voulu parce que c’est le propos avec Monet, ce qui ne nous a pas empêché de vraiment garder notre style. Naïve N.L. : C’est à la fois très stimulant de composer pour un tel projet parce qu’on a un point de départ, une idée très claire, et en même temps, il y a les contraintes qui nous cadrent. Pour l’album

« C’est essentiel de rester en connexion avec la musique actuelle et celle du passé, pour garder un maximum d’ouverture et de techniques à explorer. »

Echo Collective En voyage with Claude Monet

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# rencontres


Pop Model

©PLAY TWO

Avant-plan

Lio TEXTE : LUC LORFÈVRE

À 63 ans, la chanteuse de Fallait pas commencer boucle la boucle avec Geoid Party In The Sky, douzième et ultime album exclusivement écrit par des jeunes autrices. Sa manière à elle de refermer sa discographie, de célébrer la vie et d’affirmer ses valeurs. Portrait d’une icône qui a su rester libre. Larsen

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Avant-plan


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Ce n’est pas un album de deuil. C’est la vie à l’état pur. Je voulais boucler la boucle : offrir un dernier disque qui soit le miroir du tout premier que j’ai sorti en 1980 ». À 63 ans, Lio revient avec une actualité musicale qu’elle annonce comme l’ultime de sa carrière : Geoid Party In The Sky, douzième album et premier enregistrement studio depuis Lio canta Caymmi en 2018. “Geoid” est l’anagramme de “Diego”, le prénom de son fils cadet disparu brutalement en mars 2025 à l’âge de 21 ans. Sur la pochette dessinée par Esmeralda – deuxième des quatre filles de Lio, maman de six enfants –, Diego apparaît assis sur la Terre avec un papillon volant au-dessus de l’épaule. Tout un symbole…

Féminité et sororité L’amour de ma vie, la chanson d’ouverture, est dédiée à Diego. « Je travaillais sur ce projet bien avant sa disparition, confiait la chanteuse sur France Inter. Mais voilà, la mort s’est invitée sur le disque et il faut savoir l’accueillir ». À celles et ceux qui la connaissent mal, Lio est une battante. Malgré les épreuves, Geoid Party In The Sky n’a rien de sombre. Au contraire. Sur des sonorités électro-pop qui peuvent rappeler, çà et là, ses débuts, Lio chante ses valeurs féministes, la réappropriation de son corps, la résilience et les vertus du moment présent, notamment sur J’existe. « Le fait de vivre est une force, donc vieillir est une chance », affirme celle qui a choisi aujourd’hui l’abstinence sexuelle, s’affiche avec ses rides et élève en élégance le gris/blanc naturel de ses cheveux. La grande idée de ce projet financé par une campagne de financement participatif ? Lio s’est entourée d’une nouvelle génération d’autrices qui lui ont taillé des textes sur mesure. Avec Amoureux solo, clin d’œil au tube eighties Amoureux solitaires composé par Jacno, Louane signe le sommet de l’album. On retrouve aussi Hoshi derrière l’énergique Basta, Sophie-Ellis Bextor pour Sens interdit, Jennifer Ayache de Superbus sur le synth-pop Lorena ou encore Izïa Higelin sur l’introspectif De fille en aiguille. Lio met aussi en garde contre les prédateurs masculins dans Fille à mère. Abusée à l’âge de 10 ans par un ami de ses parents, convoitée de manière salace par Gainsbourg qui voulait l’embarquer “dans un plan à trois” dans les années 80, victime de violences sexuelles par son ex-compagnon alors qu’elle était enceinte de jumelles, elle sait de quoi elle parle. Un album en forme de manifeste ? Non, mais un disque cash, à son image. « Je déteste être dominée », rappelle-t-elle dans les colonnes du magazine Elle. « J’ai décidé depuis longtemps d’ignorer tout ce que la société décidait pour moi. En tant que femme, j’avais du mal à mes débuts à sortir des injonctions. Pour ce dernier album, je me suis posé la question : quelle est ma pensée ? Et je l’ai exprimée sans filtre. » Quarante-six ans après Banana Split, cette ultime salve mélodique fait du bien parce qu’elle revient à l’essentiel : la musique. Si Lio n’a jamais complètement disparu des radars, ses combats féministes et sociétaux légitimes qu’elle défend avec force dans les médias ne doivent pas faire oublier la force de ses interprétations, sa culture musicale sans œillères et l’impact qu’elle conserve toujours sur la culture pop. Succès d’audience en octobre sur France 2, le documentaire Lio dressait un portait touchant de cette artiste qui a débarqué dans le show-business à une époque où les femmes – et encore plus les jeunes femmes – étaient considérées comme des objets par une industrie musicale contrôlée exclusivement par des hommes. Malgré la richesse des témoignages, exclusivement féminins, il n’y avait toutefois rien de nouveau. Lio avait déjà tout annoncé dans ses chansons, et détaillé dans Pop Model, son autobiographie coécrite en 1984 avec son ami de toujours Gilles Verlant. Fallait pas commencer Lio ne se trompe pas en disant boucler la boucle avec Geoid Party In The Sky. On y retrouve plusieurs thématiques déjà abordées dans son premier album Lio paru en 1980. Elle n’a que 17 ans à sa sortie. Née à Mangualde, au Portugal, Vanda Maria Ribeiro Furtado Tavares de Vasconcelos baigne déjà à fond dans la musique. Bowie, Iggy, Gainsbourg, la scène punk et new wave bruxelloise : elle absorbe toutes les influences. Alors qu’elle est encore sur les

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bancs de l’Athénée Royal Gatti De Gamond, à Bruxelles, l’adolescente rencontre Jacques Duvall qui va devenir son pygmalion. Le pseudo Lio ? Elle l’emprunte à la bande-dessinée Barbarella de Jean-Claude Forest. Puisé dans Les Colères du mange-minutes, son personnage fait référence à une petite fille brune qui ne compte pas pour des prunes et emporte les images nécessaires à sa survie. Inspiré par Les Sucettes que Gainsbourg a fait chanter à France Gall, Duvall lui écrit Banana Split, ode pop à double lecture. 1979, c’est l’heure de la nouvelle musique et des rythmes automatiques. Réalisé par Dan Lacksman et Marc Moulin de Telex, le 45 tours s’écoule à deux millions d’exemplaires. Personne n’a rien vu venir. « J’étais jeune, naïve, je faisais ce qu’on me disait de faire. Les fringues, les poses, les shootings osés. Tout, en fait », déclare-t-elle aujourd’hui. Lio

« La mort s’est invitée sur le disque et il faut savoir l’accueillir.» Dans la foulée de cet hymne à la banane, elle enchaîne les tubes, les albums et les collaborations. Lio devient la reine de la french pop. Les Sparks internationalisent ses textes sur Suite Sixteen (1982), Alain Chamfort produit le sous-estimé Amour Toujours en 1983, et Étienne Daho l’invite sur les “backing vocals” de Weekend à Rome avant de réaliser son sixième LP Des fleurs pour un caméléon (1991). Lio est aussi la Cendrillon du clip de Téléphone, tandis qu’Hugo Pratt (Cancan en 1988) et Guy Peellaert (Wandetta en 1996) illustrent ses pochettes de disques. Pour la plupart écrits par Jacques Duvall, ses plus grands succès sont loin d’être des vignettes acidulées vides de sens. J’obtiens tout ce que je veux, Amoureux Solitaires, Si Belle et inutile ou encore Sage comme une image évoquent la quête de soi, la solitude, les doutes et la mélancolie. Autant de thèmes qui, d’Iliona à RORI, résonnent plus que jamais sur la nouvelle scène pop francophone. Considéré comme son album référence, Pop Model, coréalisé par Dan Lacksman, John Cale et Chamfort, accouche en 1986 de l’impitoyable Fallait pas commencer, hymne #MeToo avant l’heure. « Tu regrettes tes écarts, mais maintenant c’est trop tard. Mon vieux t’es un connard, avec un grand C. » Oui, c’était trente-trois ans avant Balance ton quoi… Les années 2000 seront plus compliquées, tant sur un plan privé qu’artistique. Entre tournées collectives “Années 80” à la limite du ringard et émissions télé « pour remplir le frigo », c’est au cinéma qu’elle rebondit, le plus souvent sous la caméra de femmes réalisatrices. Chantal Akerman, Catherine Breillat, Diane Kurys, Valérie Guignabodet dans l’inoubliable Mariages (2004), Yolande Moreau ou encore Nadine Trintignant lui donnent des rôles pertinents, révélant sa force et sa fragilité. Touche-à-tout imprévisible, Lio fait l’unanimité avec Je suis comme ça (2000), album d’adaptations chantées de poèmes de Jacques Prévert et puis spectacle qui attire plus de 200.000 spectateurs. Lio renoue aussi avec ses racines rock sur l’excellent Phantom feat. Lio, disque garage qui l’emmène en tournée des clubs en 2009 avec son pote Duvall et l’hypercréatif Benjamin Schoos. Autre pépite à redécouvrir : l’ensoleillé Lio chante Caymmi, premier disque enregistré dans sa langue natale en 2018 centrée autour de l’œuvre du compositeur brésilien Dorival Caymmi, père de la bossa-nova. Ecore une manière de boucler la boucle… Avant le générique de fin du documentaire de France 2, Lio a fait ajouter cette citation de Louis Aragon qui vaut toutes les conclusions. « N’ayant plus sur la lèvre un seul mot que merci. Je dirai malgré tout que cette vie fut belle. » Juste et beau.

Lio Geoid Party In The Sky Wanda en Fourrure

Avant-plan


©CHEAPJEWELS/BERNARD BABETTE

360� L’austérité menace-t-elle la scène émergente ?

Les dessous de l’émergence

DOSSIER : JULIEN BROQUET

Quelles conséquences vont exercer les dernières coupes budgétaires et décisions politiques sur la création musicale et l’émergence dans une industrie qui a déjà les poches trouées et la tête à l’envers ? Les différents acteurs du secteur s’inquiètent…

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ntre la hausse de la TVA de 6 à 12% pour les tickets de concerts et de festivals et la suppression des frais forfaitaires sur les droits d’auteur annoncées par le Fédéral, la non-indexation des subventions en 2026 et un moratoire des nouveaux agréments et nouvelles reconnaissances jusqu’en 2028 décidées par la Fédération Wallonie-Bruxelles, le secteur de la musique avait de quoi s’inquiéter à l’aube de la nouvelle année. « Les données budgétaires de la Fédération étant ce qu’elles sont, il y avait un effort à faire dans l’ensemble de ses compétences. La volonté qui a été la nôtre, c’était que chacun puisse accomplir sa part du travail. La culture aussi, explique Nico Patelli, attaché de presse au cabinet de la Ministre présidente Élisabeth Degryse notamment en charge de la culture. On aurait pu dire : on retire davantage aux uns pour donner à d’autres. Mais il y avait vraiment une volonté que ce soit la même chose pour tous les secteurs. De ne pas déshabiller Paul pour rhabiller Jacques. On entend bien que ça fera du mal. Qu’il y aura des difficultés. Mais pour nous, c’est une mesure non discriminante. Je n’ai pas de chiffres particuliers sur la musique. Mais au total, dans le cadre de la non-indexation des subventions, on est à trois millions d’économies en 2026. »

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360�


« Ces décisions vont impacter les centres culturels ainsi que toutes les salles et organisateurs de concerts qui reçoivent des subventions, remarque Fabian Hidalgo coordinateur de FACIR, la Fédération des artistes de la musique en FWB. Elles vont toucher des grosses institutions comme l’Orchestre Philharmonique de Liège ou l’Opéra Royal de Wallonie mais aussi des structures d’accompagnement et de soutien. Labels, bookers, managers… » La création et l’émergence risquent d’en être les premières victimes. « Il est important de s’arrêter sur certains mots quand on parle avec des centres culturels et des salles de concerts. Comme cette notion de risque… Les organisateurs disent souvent programmer des artistes qui vont remplir leurs salles pour pouvoir ensuite prendre des risques sur des artistes émergents. Pourquoi ? Parce que tu es pratiquement sûr avec de nouvelles têtes de ne pas t’y retrouver financièrement. Tu es quasiment certain d’être en déficit même si tu remplis la moitié de ta jauge. On est sur des lieux avec des flux tellement tendus qu’il leur faut 80%, 90% de taux de remplissage pour pouvoir s’y retrouver. On risque dès lors de ne plus voir dans ces centres culturels et ces salles un peu fragiles que des artistes “bankable” qui vont remplir ou presque. Et ça, forcément, c’est pas de l’émergence. Or, on sait bien dans les musiques actuelles que ces scènes sont importantes pour faire ses armes et se montrer. » Fred Maréchal – Botanique

« Les conséquences sont globales mais touchent sans doute encore davantage l’émergence pour la simple et bonne raison que les marges y sont plus faibles. » « Les conséquences sont globales mais touchent sans doute encore davantage l’émergence pour la simple et bonne raison que les marges y sont plus faibles, analyse le directeur général et artistique du Botanique Fred Maréchal. La dotation du Bota n’a pas été indexée entre 2014 et 2024. Cette subvention qui était coquette est devenue de plus en plus étroite au fil du temps. D’autant que les frais ont comme pour tout le monde augmenté dans des proportions parfois astronomiques. On a un paquebot à gérer. L’eau, le chauffage, l’électricité, le gardiennage qui constitue une part énorme de notre budget (il est assuré 7j sur 7, 24h sur 24). Les frais structurels (personnel, assurance…) ont grimpé de 1.400.000 euros entre 2019 et 2023. Les budgets deviennent trop courts. On transfère ces augmentations dans les prix des tickets mais il est impossible de tout amortir. Parce qu’on sait bien que le public ne pourra pas suivre. » Le Bota va comme tout le monde s’adapter. « Les concerts au Witloof Bar à prix plancher, on va en faire un peu moins dorénavant. Parce que ces concerts sont de facto en déficit. Même en étant complets, on ne sait pas avec des tickets à 8,50 euros ou 10 euros hors taxes équilibrer un budget avec des techniciens, des stewards et de la sécu… » Et moins de concerts signifie forcément moins de premières parties à assurer pour les artistes locaux. « Avec la hausse de la TVA sur les tickets, soit le groupe va devoir faire un effort sur son cachet, soit l’organisateur va la répercuter, explique Yannick Grégoire de JauneOrange. J’ai l’impression que pour l’instant personne ne s’y retrouve avec les concerts. Dans ce que nous on propose en organisation et en booking, des groupes à leurs débuts, le public paye trop cher. Les salles perdent de l’argent et les artistes aussi. À un moment donné, c’est que l’équation n’est pas bonne. Et avec des subventions en moins, ça ne va pas aider. »

Live en crise JauneOrange qui reçoit 85.000 euros par an de la FWB ne sera a priori pas trop impacté. « Avec le label, on peut continuer à prendre

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des risques. On réalise toujours une espèce de mix qui nous amène plus ou moins à l’équilibre. Mais ce sont principalement les groupes qui vendent les disques en merchandising. Et sur le live, pour l’instant, c’est complètement bouché. Les dates ne fonctionnent pas très bien. Avant à Liège, on avait cent personnes en semaine. Maintenant si on en a quarante, on est contents. Les groupes décrochent moins de concerts qu’avant et il y a moins de gens. On part du coup sur des pressages de plus en plus petits parce que sinon, ils nous restent sur les bras. De plus en plus de dates d’ailleurs sont annulées. Et j’entends que c’est parce que ça ne vend pas assez de tickets… Ce n’est pas spécialement lié aux mesures pour l’instant mais elles ne vont pas aider. » Le live est d’après lui en crise depuis un bout de temps. « Après le Covid, tu as eu un boom. Tout le monde était content de revenir aux concerts. C’était la fête. Mais après, tout le monde est rentré chez lui. On pratique des tarifs ultra démocratiques mais même comme ça les gens te font remarquer que c’est cher. Quand tu n’as plus beaucoup de thunes, tu ne mets pas 15 ou 20 balles dans un concert sans compter les bières… Du coup, les gens vont se concentrer sur ce qu’ils connaissent. Ils ne vont en faire qu’un, mettre le prix, et aller voir l’artiste qu’ils adorent. Ils ne vont pas se rendre à la Zone ou au KulturA. pour un truc qu’ils ne connaissent pas. Ils font le choix de la sécurité. » « De manière générale, les gens ne baignent pas dans un esprit très découverte pour le moment, reconnaît Maxime Lhussier de l’agence d’artistes Odessa. Ils ne bronchent pas quand il s’agit de lâcher 100 balles sur le truc un peu fat qu’ils ont envie de voir. Mais sur l’émergence, ils se montrent plus frileux. C’est dû à un peu tout. Les gens sont plus regardants sur leurs dépenses. Ils sont prêts à claquer davantage quand ils sont sûrs de leur coup. Mais le côté inconnu qui va avec la découverte les sort de leur zone de confort. » « Tu peux augmenter les prix sur le connu, sur le mainstream, mais sur l’émergence, c’est compliqué, confirme Fabrice Lamproye (Uhoda Jazz, Reflektor, OM, Ronquières). On a déjà du mal pour le moment. Or c’est le rôle des pouvoirs publics que d’aider ces segments. » JauneOrange a depuis quelques années modifié sa façon de programmer. « On ne fait quasiment plus de concerts que le weekend, reprend Yannick Grégoire. Et on essaie d’avoir entre guillemets une tête d’affiche. Un truc que les gens connaissent à Liège. On a arrêté d’organiser des concerts vraiment découvertes de groupes américains ou anglais un lundi soir. Parce que les gens ne sont plus là. Comme on ne fait plus ces groupes, on ne fait plus non plus ceux de première partie. » En 2025, le Botanique a vendu plus de tickets qu’en 2024 et a réalisé davantage de recettes de billetterie. « On a revu complètement notre manière de communiquer. Mais on s’adresse à une clientèle fort jeune, reprend Fred Maréchal. À chaque fois qu’on essaie d’augmenter un peu les prix, ça se traduit par une diminution de la fréquentation. L’exclusion du chômage n’exerce pas ses effets que sur les chômeurs. Il va aussi jouer sur le salaire moyen des gens… Quand les allocations sociales diminuent, ça diminue aussi le montant pour lequel les gens acceptent d’aller travailler. La diminution du pouvoir d’achat va se traduire par des diminutions de fréquentation. »

Dégâts collatéraux « Je voudrais revenir en arrière sur les premières annonces du gouvernement Arizona. Et plus précisément sur la limitation des allocations de chômage, analyse Fabian Hidalgo de FACIR. Ça peut paraître anecdotique mais ça ne l’est pas du tout. Des musiciens et musiciennes programmé·es dans des lieux qui dépendaient des communes, typiquement des bibliothèques ou des centres culturels en partie financés par des budgets communaux, ont récemment vu certains de leurs concerts annulés. Pourquoi ? Parce que des communes, de peur de ne pas avoir les épaules assez larges pour accueillir les exclus du chômage, ont décidé de réattribuer des budgets culturels aux CPAS. On ne se rend pas compte des impacts indirects parfois aux deuxième et troisième degrés de certaines mesures. » Fabian pense notamment à la hausse des frais d’inscription dans le supérieur… « Qui va aux concerts ? Ce sont souvent des jeunes qui sont

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« Quand tu n’as plus beaucoup de thunes, tu ne mets pas 15 ou 20 balles dans un concert sans compter les bières… Du coup, les gens vont se concentrer sur ce qu’ils connaissent. Ils ne vont en faire qu’un, mettre le prix, et aller voir l’artiste qu’ils adorent. » Yannick Grégoire – JauneOrange encore aux études ou en sortent à peine. Le prix du minerval à l’université et en haute école a augmenté… Ça fait une nouvelle fois moins d’argent à dépenser pour la culture. Si je dézoome, toutes les mesures d’austérité annoncées vont exercer un impact sur les ventes de billets. Et ce avant même qu’on parle de l’augmentation de la TVA. Le pouvoir d’achat va diminuer pour tout le monde et le budget culturel de chacun va diminuer en conséquence. Il y aura moins d’argent dans le portefeuille consacré aux concerts, au théâtre, au cinéma, à la musique… » La Fédération Wallonie-Bruxelles a par ailleurs annoncé la fin de la gratuité dans les académies pour les enfants de moins de 12 ans. « Il risque aussi d’y avoir une impossibilité pour certains professeurs de pouvoir combiner avec des allocations de chômage ou de travailleurs des arts. Des cours risquent de ne plus être donnés. Surtout pour des instruments plus rares. Et on va se retrouver avec des profs professionnels. Des musiciens qui ne sont pas actifs sur scène. Alors qu’il est important d’avoir ses deux jambes pour être un bon enseignant. »

« Dans le schéma qui nous est offert, la variable d’ajustement, ça reste toujours le cachet artistique, déplore Fabian Hidalgo. Dans un centre culturel, tu ne peux pas moins payer le personnel parce que tu as accueilli deux résidences d’artistes émergents et fait trois concerts qui n’étaient pas sold out… » Les décisions politiques d’apparence bien intentionnées sont parfois contre-productives. « Le contrat programme qu’on a signé avec la ministre précédente nous impose un cachet minimum pour les premières parties, précise Fred Maréchal. C’est 350 euros pour le premier artiste et 50 euros supplémentaires par musicien sur scène et pour un technicien. Alors qu’on paye les supports étrangers 150 euros. Une première partie, c’est un investissement. C’est une possibilité de progresser, de se faire voir. De vendre du merchandising. On avait une politique de 300 euros pour les artistes de la FWB et on en programmait 300 sur une saison. Aux nouveaux tarifs, on ne pourra plus en faire autant. On a un budget. On doit le tenir. S’il faut payer plus, on en fera moins. À partir du moment où tu n’augmentes pas la subvention, où tu la diminues même de facto par l’absence Mesures contreproductives d’indexation, ça devient compliqué… » Que va-t-il advenir des aides à la création et des résidences dans Cette mesure est d’après lui plus préjudiciable à la scène émercette volonté politique de réduire les subsides ? « Tous les centres gente que les augmentations de TVA. « On ne peut pas aligner la culturels et toutes les salles vont être confrontées à des choix bud- musique sur les autres arts de la scène. Je peux comprendre pour gétaires et se demander où elles coupent. Et on sait bien que ce qui le premier prix de conservatoire dont c’est le métier certifié par va tomber en premier lieu, c’est ce qui n’est pas rentable. Ce qui ne un diplôme qui est engagé sur la base d’un CV et d’une renommée. ramène pas d’argent, pointe Fabian Hidalgo. Les résidences, c’est Il est logique qu’il soit payé à la journée à un certain tarif. Mais un payer des gens à la technique, à l’accueil et des frais de chauffage groupe de jeunes qui débute, ce n’est pas lui rendre un service que sans retour financier direct sur le travail effectué. » « Certains ont de le payer professionnellement dès qu’il met un pied sur un podium. des contrats programmes et sont obligés d’en assurer de par leurs L’émergence ne se fait pas comme ça. » « On ne peut pas payer 600 conventions, précise Yannick Grégoire. Mais quand ton budget se euros pour une première partie alors qu’on est quarante dans la salle », resserre, tu privilégies des choses qui vont faire rentrer du pognon acquiesce-t-on du côté de JauneOrange. à un moment donné. En tout cas qui ne vont pas t’en faire perdre. » « Au Bota, on ne va pas en faire moins. Elles sont davantage liées Adaptation, débrouille et pragmatisme aux disponibilités des salles qu’au budget. Les résidences ne sont Assaillis de toutes parts, les artistes souvent habitués de la débrouille pas rentables mais elles ne coûtent pas la même chose partout. Cha- et des bouts de ficelle vont résister. Se démerder pour continuer à cun a sa politique en la matière. Souvent, elles consistent seulement exercer, à créer, à diffuser. « Mais on risque de se retrouver avec en une mise à disposition de locaux. Ce qui ne coûte pas grand-chose. un petit artisanat musical, regrette Fabian Hidalgo. Des gens qui Non, au niveau de l’émergence, ce qui va poser problème c’est le coût continuent parce qu’ils ont envie de pratiquer et/ou en ont besoin. trop élevé des concerts. » Même sans espoir d’en tirer un quelconque revenu. »

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Les structures qui les encadrent vont devoir s’adapter. « La non-indexation, on la prend directement dans les dents. On va devoir faire attention à tout. Et il y a des choix qui devront être opérés à certains moments sur des artistes qu’on accompagne, éclaire Maxime Lhussier. La première étape, c’est de réfléchir à ceux qui sont les moins rentables du catalogue. À un moment, on doit concentrer nos efforts sur ceux qui mobilisent le public. Mais dans l’émergence, ce public, il faut le développer et ça prend du temps. On pourra moins aider les artistes qui sont au début de leur carrière. TUKAN a vendu 1.300 tickets à l’AB mais il nous a fallu quatre ans et demi pour y arriver. J’ai du mal à entendre que ce qui n’attire pas de public n’a pas d’intérêt… C’est faux. Le public, il faut aller le chercher et les aides sont essentielles pour y arriver. Elles nous donnent de l’air. Nous permettent de consacrer du temps à des projets. D’accompagner les musiciens dans leur proposition artistique à des stades où ils ne sont pas encore rentables. » Qu’est-ce qui dès lors va changer ? « La raison économique intervient déjà dans la façon de monter des projets, commente Yannick Grégoire. J’ai par exemple l’impression qu’il y a de moins en moins de groupes de quatre ou cinq personnes. Les gens montent des projets à deux. C’est plus facile à mettre sur scène et ça nécessite moins de frais pour les organisateurs. Plein de choses un peu insidieuses entrent en ligne de compte. Peut-être que nous devrons, en tant que label, revoir notre façon de fonctionner. Bosser moins de projets mais davantage investir. Pour l’instant, on ne produit pas. On fait de la licence. Le groupe qui peut avoir des subventions pour l’enregistrement, pour la promo, pour la tournée, arrive avec un produit fini. Mais si ces aides diminuent, on devra peut-être avancer de l’argent pour produire des disques. Ce qui réduirait forcément notre offre. » Chez JauneOrange comme au Bota, on déplore le nombre de points de chute pour les musiques actuelles en Wallonie et à Bruxelles. Et ce n’est pas en coupant dans les aides à la culture que ça va s’améliorer. « Il y avait davantage d’endroits où se produire avant. Tous les bleds avaient leur festival et il y avait davantage de salles qui prenaient des risques. Il y avait également davantage de collectifs. Eux aussi commencent à avoir peur. Le KulturA. devient de plus en plus un club. Te casser la gueule quand tu dois payer trois groupes, c’est pas la même chose que quand tu fais jouer deux DJs du coin… » Les dégâts seront de toute façon difficiles à évaluer. « On est dans un secteur assez invisible. Ce n’est pas de l’emploi qu’on peut mesurer facilement, rebondit Fabian Hidalgo. Ce sont souvent juste des contrats qui ne vont pas se faire. Du boulot qui ne va pas être créé. Ça va être compliqué de mesurer l’impact et de dire : on a perdu l’équivalent d’autant d’équivalents temps plein. Ça va passer sous les radars. Comme il n’y aura pas de concerts, il n’y aura pas de trace qu’il n’y a pas eu de concerts. »

Régulations nécessaires Secrétaire générale de la Fédération des Employeur·euses des Arts de la Scène (FEAS) et présidente de la Chambre de concertation des musiques mise en place par la FWB pour associer les professionnel·les aux décisions de politique culturelle, Françoise Havelange s’inquiète pour ses membres. « Un tas sont assujettis à la TVA pour la billetterie. Le passage de 6 à 12%, s’il se confirme, va les impacter. Le fait de fragiliser les budgets des institutions a des effets. Parce que ce sont ces institutions qui vont programmer de l’émergence et lui venir en soutien. Ces décisions qui ne concernent pas directement les artistes débutants vont exercer un impact en termes de possibilités de financement et de soutien. Les lieux ne font pas n’importe quoi. Ils reçoivent des subventions en fonction de leurs engagements. Des engagements clairs pour certains en termes d’accueil, de production et de promotion d’émergence. Au niveau de la FWB, c’est la non-indexation qui va faire mal. L’année prochaine forcément. Mais aussi dans celles qui vont suivre. Parce que même si les subventions sont indexées dans un an, elles le seront sur des montants moindres. » Tous les niveaux de pouvoir serrent la vis. « À cause du plan Oxygène, des villes comme Liège, Charleroi et Mons ont été mises sous pression et ont diminué certaines aides à des opérateurs

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culturels. Des aides directes, financières mais aussi en infrastructure et en personnel. » « Supprimer l’abattement fiscal des frais forfaitaires sur les droits d’auteur va également frapper les artistes et les créateurs, remarque Maxime Lhussier. Tout ça précarise encore plus un milieu déjà précarisé. Le statut d’artiste est une chance inouïe. La base pour pouvoir exercer ce métier. Mais on parle de 1.600 balles par mois. Faut avoir un rythme de vie assez sobre pour vivre avec 1.600 euros. Et une fois que tu as des contrats, ça fait vase communiquant. » « Les artistes qui vivent de la musique, déjà peu nombreux, ont l’impression que l’étau se resserre sur ces statuts et se sentent de plus en plus menacés, poursuit Fabrice Lamproye. Ce que je déplore surtout de manière générale, c’est l’absence de consultation du milieu. Avant on te demandait ton avis même si c’était pour ne pas l’écouter. Au moins, l’information était prise. »

Maxime Lhussier – Odessa

« J’ai du mal à entendre que ce qui n’attire pas de public n’a pas d’intérêt… C’est faux. Le public, il faut aller le chercher et les aides sont essentielles pour y arriver. »

Les (non) décisions politiques s’inscrivent dans un contexte particulier et incertain. « Les labels sont déjà soumis à une pression monstrueuse par les plateformes de streaming, la dérégulation totale des rémunérations. C’est un énième coup qui leur est porté. Et si on reste focalisé sur l’émergence, les petites structures sont déjà tenues par des passionnés qui n’ont pas spécialement espoir d’en tirer un quelconque profit. L’IA est par ailleurs en train de nous lacérer dans tous les sens. Que ce soit au niveau de la visibilité, de la création. Elle bouscule totalement le business model de l’industrie musicale qui n’était déjà pas glorieux pour les artistes émergents. Ils ne nourrissent que peu d’espoir de gagner de l’argent au niveau mondial. » « Davantage de morceaux sortent dorénavant chaque jour que sur toute l’année 1989 réunie. Comment voulez-vous que les gens arrivent à suivre et que les groupes parviennent à sortir du lot ? », questionne Yannick Grégoire. Avec la FLIF, la Fédération des Labels Indépendants Francophones, Fabian Hidalgo appelle à la régulation des plateformes de streaming pour la découvrabilité. « On aimerait que des mécanismes soient mis en place pour changer les recommandations algorithmiques. Elles proposent du contenu calqué sur des préférences d’écoute de profils similaires au tien. On aimerait qu’il y ait une régulation. Une obligation de soutenir la découvrabilité des artistes locaux. Un peu dans l’idée des quotas en radio, même si le parallèle est compliqué. À partir du moment où tu es dans une diffusion linéaire d’un côté et de l’autre dans un média un peu à la demande, en tout cas sur papier, ça reste un levier important pour les programmations de concerts. Quand tu veux vendre un projet musical, les programmateurs vont quand même regarder ton nombre d’écoutes et d’auditeurs. » La FLIF prône aussi une obligation d’investissement direct. « Comme ce qui existe avec Netflix qui a pour obligation à la hauteur d’un certain pourcentage de son bénéfice de participer à la production locale. Il faut que les plateformes de streaming contribuent et réinvestissent. Mais c’est plus facile à dire qu’à imposer. C’est au niveau européen que ça doit se décider. »

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©KIOSK RA DIO

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L’âge d’or des radios communautaires

Kiosk Radio, une autre façon de promouvoir la scène musicale.

TEXTE : NICOLAS ALSTEEN

Implantées au cœur de la jungle urbaine, les radios communautaires offrent une vitrine créative à des milliers de producteurs, DJs, musiciens ou simples mélomanes. À Bruxelles, des marques comme Kiosk, Gimic ou What is Hip ?! sont autant des médias que des lieux ouverts sur l’espace public. Leur mission ? Diffuser des bons sons pour mieux rassembler les gens. Larsen

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n marge de la bande FM, à l’écart des institutions traditionnellement diffusées en DAB+, des stations de radios en ligne émettent, en toute indépendance, depuis l’espace public bruxellois. À l’orée du Parc Royal, dans les Marolles ou une rue tranquille de Forest, ces enseignes misent sur l’esprit de communauté pour repenser l’usage du média. Elles s’appellent Kiosk Radio, Gimic Radio ou What is Hip Radio ?! et ont, pour point commun, de replacer la musique au centre du village – ou plutôt du quartier. Ici, pas de playlists formatées ni de tunnels publicitaires : la radio (re)devient un espace de rencontres, de transmission et de liberté. La première caractéristique de ces projets, c’est leur rapport immédiat au public. Contrairement aux webradios désincarnées, les médias communautaires ont pignon sur rue. « C’est une façon d’exprimer un lieu où les gens se retrouvent autour de la cause musicale », résume Mickaël Bursztejn, alias DJ Mickey, cofondateur de Kiosk Radio, installée depuis novembre 2017 dans un ancien kiosque du Parc de Bruxelles. Plantée sous les arbres, à deux pas du Palais Royal, cette radio se vit autant qu’elle s’écoute. On s’assied sur une bûche, on boit une bière, on tombe par hasard sur un set techno, jazz ou ambient diffusé en direct. Même logique chez Gimic Radio, nichée dans les Marolles. Pour Robin Féron (DJ KŌMA) et son pote Arthur Van Craen (DJ VCR), les deux cofondateurs du média, « il était essentiel de créer un espace d’expression associé à la musique électronique, pensé par et pour la nouvelle génération. » Ici, comme chez Kiosk, la radio est indissociable d’un bar, d’un lieu de vie ouvert une bonne partie de la semaine, de l’après-midi jusqu’à minuit. À Forest, What is Hip Radio ?! pousse encore plus loin l’ancrage local. Installée au rez-de-chaussée d’un immeuble d’habitation de la rue des Alliés, la station ressemble à un petit café de quartier, traversé par des câbles, quelques platines et des centaines de vinyles. « Le but, c’est de faire en sorte que tout le monde se sente libre d’entrer », insiste François Legrain, trompettiste et fondateur du projet.

les pics d’audience générés par les prestations de Modeselektor, Ben UFO, Ivan Smagghe ou Four Tet. What is Hip Radio ?!, de son côté, refuse cette logique de tête d’affiche. « Contrairement à de nombreuses radios communautaires, l’idée n’est pas de promouvoir notre média par le prisme d’artistes reconnus », explique François Legrain. Ici, la programmation – d’obédience jazz, groove, soul, hip-hop ou électro – s’affirme à la faveur de sélections opérées par une trentaine de passionnés.

Boire pour (sur)vivre Derrière l’utopie sonore, la réalité économique est précaire. Ces radios indépendantes s’appuient le plus souvent sur un modèle hybride, où le bar finance la musique. « Près de 90% de nos activités sont financées par la vente des boissons », reconnaît Mickaël Bursztejn. « Par jour de pluie, les gens n’ont pas forcément envie d’aller dans un parc pour écouter de la musique et boire un verre… » Avec une dépendance directe à la météo, Kiosk Radio joue son équilibre « à la jonction de l’hiver et de l’été. » Un subside annuel de la Ville de Bruxelles couvre toutefois la location du kiosque. Même formule – ou presque – chez Gimic Radio : « Les ventes du bar assurent le financement de la radio », explique Robin Féron. À cela s’ajoutent du merchandising et la création récente d’un label, Gimic Records. « Nous cherchons à diversifier les apports de capitaux, mais aussi à obtenir des subsides de fonctionnement. Mais dans le contexte actuel, c’est extrêmement compliqué. D’autant que les autorités ne comprennent pas toujours les tenants et aboutissants d’un projet comme celui-ci… Pourtant, à partir du moment où nous sommes écoutés à Paris, Amsterdam, Anvers, Prague, Berlin, Medellín, Barcelone ou Melbourne, notre ambition est évidente : mettre davantage Bruxelles sur la carte, tout en développant le projet et nos réseaux. » À Forest, What is Hip Radio ?! repose sur un pari personnel. François Legrain a acheté le lieu sur fonds propres. « J’ai misé beaucoup d’argent sur ce projet », confie-t-il. « Le café n’est pas une fin en soi, mais un levier de convivialité. Ce serait plus facile et rentable d’organiser les activités de la radio autour du bar, mais ce n’est pas le but… »

300 artistes par mois Toutes ces radios se construisent en creux des médias traditionnels. François Legrain raconte une défiance de longue date à l’égard des stations commerciales : « Déjà, il y a trop de publicités. Ensuite, la musique servie comme de la soupe, ce n’était pas mon truc. J’ai toujours pensé que la radio était là pour nous faire découvrir de nouvelles musiques. » Même son de cloche chez Mickaël Bursztejn, qui revendique une radio « sans compromis, dédouanée des marques. » Inspiré par le modèle initié par The Lot Radio à New York, Kiosk a fait le choix de la carte blanche artistique. « Notre plateforme permet de promouvoir autrement le travail des artistes indépendants. Notre credo, c’est de ne jamais demander à la personne qui passe des disques de s’adapter à un contexte », explique-t-il. Ici, la règle s’applique, du mardi au dimanche, de midi à 22h, à raison de 300 artistes par mois. Gimic Radio s’inscrit dans cette même volonté de liberté, tout en revendiquant une attention particulière à la parité et aux enjeux générationnels. « Le développement des radios communautaires tient, pour beaucoup, à la démocratisation du DJing et aux évolutions des technologies », observe Robin Féron.

Humains après tout Au-delà de la musique, ces radios créent des espaces où les publics se croisent, discutent, apprennent. « Toutes les personnes qui commandent un café, une bière ou un soft chez What is Hip Radio ?! sont potentiellement des DJs… », sourit François Legrain. À Kiosk, la radio devient un point de friction politique, confronté aux tensions autour de l’usage de l’espace public. « Être dans ce parc, c’est un combat de tous les jours », regrette Mickaël Bursztejn. Mais partout, le même mot revient : accueil. « Gimic doit être un endroit pour tout le monde », insiste Robin Féron. « Nous voulons rassembler les gens, casser les divisions qui gangrènent la société. » L’initiative forestoise va dans le même sens. « Notre présence crée une curiosité naturelle dans le voisinage. Même les ouvriers communaux passent chez nous pour prendre un petit café », raconte François Legrain. « Certaines personnes poussent la porte de la radio sans savoir ce qu’il s’y passe. C’est un lieu ouvert. En ce sens, il s’agit assurément d’une radio communautaire. Parce qu’elle crée des liens sociaux. » À l’heure où l’algorithme dicte allégrement nos écoutes, les radios communautaires bruxelloises viennent rappeler une évidence : la musique est d’abord une affaire de passions, de partages, d’échanges. Elle répond au besoin d’être ensemble. Entre humains, tout simplement.

Scène locale et stars internationales La fonction première de ces radios indépendantes est claire : soutenir les artistes, en particulier locaux et émergents. « Le but de Gimic, c’est de donner une visibilité à la scène locale. Cette radio est une vitrine créative », affirme-t-on dans les Marolles. Avec 120 résidents réguliers et des liens étroits avec les clubs bruxellois, Gimic accueille aussi des artistes internationaux de passage, de Fred Again.. à Myd. Chez Kiosk Radio, la communauté se compose « des artistes, de leurs proches, des mélomanes, mais aussi des gens qui passent par hasard dans le parc. » Cette porosité entre initiés et promeneurs fait partie de l’ADN du lieu. « Les premiers communicants de notre média sont les artistes qui s’y produisent », note Mickaël Bursztejn, citant

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Infos et liens utiles • What is Hip Radio ?! https://www.wihradio.be

• Kiosk Radio https://kioskradio.com

• Gimic Radio https://gimicradio.com

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Business

Le support physique

TEXTE : LUC LORFÈVRE

Objets désormais incontournables des stands de merchandising, le CD et le vinyle restent des alliés précieux pour les artistes. Malgré la dominance du streaming et les marges bénéficiaires confidentielles qu’ils engendrent, ces supports matériels nourrissent la dynamique d’un projet pensé sur le long terme et donnent encore une raison d’être aux labels indépendants.

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amedi 29 novembre 22h15, le Salon, Silly. Pale Grey salue le public après une prestation flamboyante. Moins de cinq minutes plus tard, Maxime Lhussier, guitariste de la formation liégeoise, a déjà rejoint le stand merchandising. Sueur au front, sourire aux lèvres, bière locale à la main. Sur une table en bois : des maillots de foot estampillés Pale Grey, t-shirts, exemplaires CD de Waves (2017) et vinyles d’It Feels Like I Always Knew You, leur dernier album. Prix de vente du LP ? Vingt-cinq euros avec la promesse d’une dédicace, d’un échange informel, voire d’un selfie. Las ! Pourtant accueillante, la salle est clairsemée ce soir. Et les ventes sont minimes. Mais ça n’entame pas le moral des troupes. Pale Grey en a vu d’autres. Six jours plus tard, changement de décor. Le groupe donne son dernier concert de l’année à la Rockhal d’Esch-sur-Alzette, au Grand-Duché de Luxembourg. Royel Otis, le groupe australien dans le vent, a invité personnellement nos compatriotes à assurer sa première partie. Show à guichets fermés : 1.200 personnes. « Une opportunité “last minute” incroyable pour toucher un nouveau public et élargir notre communauté », se réjouit Max. Pale Grey reçoit un accueil dithyrambique. À leur échelle, celle d’une formation indie pop loin des codes du mainstream, les retombées sont énormes. « On a eu plein de retours positifs sur nos réseaux sociaux, une montée de streams sur les plateformes et nous avons vendu quarante vinyles d’It Feels Like I Always Knew You au merchandising. C’est top ! »

de quelques centaines d’exemplaires –, je me vois mal poursuivre les activités de mon label sans sortir des albums physiques. Major ou label de niche, l’approche est la même. Tout est lié : une release marquante permet d’obtenir des dates en live. Et le live permet de vendre des références matérielles : disques, textiles, gourdes,… »

12% de ventes physiques Entre les 100.000 ventes physiques d’Hélé, premier album d’Helena, et la vingtaine d’exemplaires écoulés à la Rockhal par Pale Grey, les retombées sont bien sûr différentes. Donné régulièrement pour mort, le format physique, pris dans sa globalité, continue pourtant de générer des rentrées financières non négligeables. Pour la Belgique, les derniers chiffres disponibles portent sur l’année 2024, en attendant le bilan 2025 que la Belgian Recorded Music Association (BRMA) publiera d’ici quelques semaines. Entre janvier et décembre 2024, l’industrie musicale en Belgique a réalisé un chiffre d’affaires total de 116 millions d’euros, soit une croissance exceptionnelle de 10,52% par rapport à l’exercice 2023. Le marché numérique (streams et téléchargements) domine avec pas moins de 88% des ventes, soit un chiffre d’affaires évalué à 102,21 millions d’euros, en hausse de 14,55%. Le marché physique (CD et vinyle) en recul de 8% sur la même période, représente encore 12% du total, soit 13,83 millions d’euros : 9,25 millions d’euros pour le vinyle et 3,98 millions d’euros pour le CD. Comme pour la crise de la presse écrite, personne n’a intérêt à débrancher la prise même si les jours du format physique sont comptés.

Un extra qui fait du bien Quarante vinyles, ça fait donc 1.000 euros bruts. « De ce montant, il faut déduire la TVA, la Sabam, les droits mécaniques, les coûts de fabrication, tempère Maxime Lhussier. On ne gagne pas d’argent sur les ventes physiques, mais on réinvestit le solde dans le groupe. Pour payer l’essence, acheter du matériel, louer des heures d’enregistrement en studio, prendre une attachée de presse indépendante. Comme pour les articles textiles qu’on vend, les marges sont minimes. Mais cumulées sur une tournée, ces petites sommes atteignent quelques milliers d’euros qui alimentent le projet. Nos albums sont disponibles en CD et vinyle chez les disquaires et sur Bandcamp. On peut aussi les commander via nos réseaux sociaux et sur certains sites de ventes en ligne. Mais c’est devenu crucial d’en proposer au merchandising dès la fin du set. Le groupe doit être présent. Si tu mets un pote ou un bénévole derrière la table, ce n’est pas la même chose. Le “merch”, c’est plus qu’un lieu de vente. Le vinyle, c’est plus qu’un produit. Les spectateurs ont envie de partager quelques minutes avec les musiciens qu’ils viennent de voir. Pour nous, c’est précieux. On discute sans filtre avec des gens qui s’intéressent à notre musique. Même sans achat, on repart gagnant. Ce moment entretient le lien et nous permet d’avoir un feedback. C’est toujours bienveillant et constructif. »

D’autres canaux de diffusion Il n’existe pas de données quantitatives sur les ventes spécifiques d’artistes belges. On constate toutefois que les plus gros vendeurs belges de CD/vinyle – Helena, Damso, Stromae – sont tous signés sur des majors françaises. Les craintes liées au streaming valent aussi pour le physique. Le danger d’un marché uniformisé et uniquement rentable pour les poids lourds est bien réel. Un exemple ? Face à une major qui commande des millions de vinyles de Taylor Swift dans une usine de pressage, le “petit” artiste souhaitant 200 exemplaires pour sa “release party”, n’a aucune priorité ni tarif préférentiel. Pour des quantités inférieures à un millier d’exemplaires, les délais de fabrication et de livraison dépassent les trois mois. Autant s’y prendre à l’avance. Malgré tout, pour les projets émergents de niche peu rentables en streaming et pour les labels indépendants misant encore sur le format album, l’objet reste essentiel. Avec l’érosion des points de vente traditionnels, il est devenu toutefois primordial d’exploiter d’autres canaux de distribution. « En cinq ans d’existence, Flak a sorti dix références, poursuit Fabrice Lamproye. Toutes en format physique, souvent en CD et en vinyle. Nos albums sont disponibles sur le site web de Flak, sur le Bandcamp des artistes, dans certains magasins physiques et au merchandising. Les derniers disquaires indépendants nous sont d’une aide précieuse. Pour les grandes surfaces, de type Fnac ou MediaMarkt, c’est l’effet boule de neige. Moins de ventes, moins d’espace, moins de visibilité, moins de demande. Le merchandising, par contre, prend de plus en plus d’importance. Chaque sortie est discutée avec l’artiste. Pour les quantités, nous sommes dans une fourchette de 500 à 1.000 unités. Il vaut mieux taper plus bas, quitte à represser des exemplaires, que se retrouver avec des stocks d’invendus. Pour Memento de Kowari et Lylia du Johan Dupont Trio, nous en sommes au troisième pressage. Le style musical détermine aussi le format. Pour une référence “piano classique” comme Hymne à la tristesse de Jean-Christophe Renault et un projet jazz comme le récent Zabonprés Sessions du Wajdi Riahi Trio, le CD est privilégié car il répond le mieux aux attentes de confort acoustique. Pour l’électro ou la pop, le vinyle se vend mieux. »

Une situation paradoxale Les enjeux sont connus. Le live reste le segment le plus rentable pour les artistes. Avant l’ère du streaming, les concerts servaient à vendre des disques. En 2025, c’est l’album qui “vend” les concerts. « Une situation paradoxale », analyse Fabrice Lamproye, organisateur/ programmateur (Uhoda Jazz, Reflektor, OM, Ronquières) et patron du label Flak Records qui fête ses cinq ans. « On sait que le format physique se vend moins, que plus personne n’achète un album en téléchargement. L’heure est aux playlists et aux écoutes “track by track” où l’on zappe après quelques secondes. Mais pourtant, en amont du live, ça reste primordial d’enregistrer un EP ou un album, de communiquer à sa sortie et d’organiser un concert release où on invite des professionnels. Si un artiste ne fait que disséminer ses titres sur les plateformes de streaming, c’est compliqué pour un programmateur de savoir quand le faire venir dans sa salle ou dans son festival. Quand une agence de booking me propose un artiste pour Uhoda Jazz ou les Ardentes, ma première question est : Quelle est son actualité ? Si on me répond Un nouvel album qui arrive, je suis forcément plus attentif. Cette étape, synonyme d’aboutissement d’un projet et de nouveau répertoire, aura un impact sur le public. Lorsque j’assure la promotion des artistes signés sur mon label Flak, c’est un argument clé. Même si les ventes de disques sont confidentielles – on parle ici

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« Une partie de moi » Didier Laloy, lui, a tranché depuis longtemps. L’accordéoniste diaphonique, qui célèbre ses trente ans de carrière ce 8 février, au Cirque Royal, avec un concert en mode Symphonic & Guests, ne propose que du CD, format préféré de son public. « J’ai l’impression de vivre dans un village gaulois mais j’y suis heureux », confie l’inventif

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« Il faut penser à l’objet CD ou vinyle dans un contexte artistique plus qu’économique. »

musicien, dont le nom figure sur plus d’une centaine de références physiques. Didier Laloy donne quelque 150 concerts par an et privilégie toujours une démarche de proximité. « Je ne suis pas dans le star system. Pour mes différents projets solo, je me produis dans des salles de capacité moyenne, comme des centres culturels, avec une jauge de 200 à 500 personnes. Et ça me plaît. À l’heure des algorithmes, des clics sur Spotify et de l’intelligence artificielle, ça me rassure de voir des “vrais” humains. Pour moi, un concert, c’est dire : vous avez eu la gentillesse de sortir de chez vous ce soir, faisons comme si je vous invitais dans mon salon. Mes disques se vendent principalement aux concerts. Je suis très peu présent dans les magasins. Mais le ratio est incroyable. J’en suis à 20% de la salle. Si je joue devant 100 personnes, je vends 20 CD. Quand je monte jusqu’à 1.000 spectateurs, j’en vends 200. L’image peut paraître cliché, mais j’ai le sentiment que beaucoup de gens repartent “avec une petite partie de moi”. Ce plaisir-là, tu ne peux pas le télécharger. Il faut une trace matérielle. Il y a bien sûr un “bonus” financier à la clé, mais ce moment d’échange donne surtout du sens à ce que je fais.»

Benjamin Schoos – Freaksville Records

Hausse des coûts de production Fondateur du label Freaksville et artiste lui-même, le dandy Benjamin Schoos est un passionné de nouvelles technologies. IA, datas, algorithmes… Il maîtrise cette nouvelle grammaire tout en restant fidèle au physique. « Freaksville est un label avec des ramifications internationales. Il est connu pour l’exigence de son répertoire et la qualité de ses pressages. Je continue à envoyer tous les jours des disques par la poste dans différents pays. Comme acheteur, je suis client de Discogs et parfois d’Amazon. Comme vendeur, c’est moins intéressant car ils prennent une grosse commission. Je reste plus que jamais fidèle aux disquaires indépendants. Mais pour eux, c’est dur. Durant le Covid, les coûts de fabrication d’un vinyle ont explosé. Ils ne sont jamais redescendus. Un disquaire doit vendre un LP 40-45 euros pour espérer un bénéfice. Tout ça devient impayable pour le mélomane. C’est une chaîne économique qui est de moins en moins viable sur un plan économique. Beaucoup de travail pour tout le monde et souvent pour pas grand-chose. Faire du chiffre d’affaires ne signifie pas générer des marges. » En solo ou avec son groupe The Loved Drones – dont le dernier album Fooled Again ne bénéficie pas encore d’un format physique –, Benjamin Schoos ne néglige jamais le stand merchandising. « C’est une étape incontournable. C’est là que tu fais un peu de chiffre. Le format physique est devenu une rencontre physique. J’ai retenu une leçon que m’a donnée un programmateur italien. Après mon concert, j’étais épuisé et j’avais traîné dans la loge. Quand je me suis enfin décidé à retourner dans le foyer de la salle, il était vide. Il m’a dit : Benjamin, tu viens de passer à côté de la vente d’au moins vingt vinyles. Je conseille à tous les artistes avec qui je travaille d’avoir cette discipline. Et quitte à casser sa tirelire pour presser des vinyles, autant faire de beaux disques. Il faut “penser” à l’objet dans un contexte artistique plus qu’économique. Un vinyle est appelé à durer. Chez Freaskville, on a des références sorties à nos débuts, voici vingt ans, qui continuent à se vendre ou se revendre sur les sites de collectionneurs. » Une histoire à raconter Disparition des lecteurs CD de l’habitacle de la voiture, délais d’attente pour le pressage, coûts de production élevés pour le vinyle, marge trop faible pour les artistes et les disquaires… Le support vinyle est-il une cause perdue ? « Je n’ose pas l’envisager, conclut Fabrice Lamproye. Économiquement, c’est très compliqué. Par rapport à la création du label Flak voici cinq ans et aujourd’hui, je ne vois pas d’évolution positive ou négative. Tout ce que je sais, c’est que j’ai semé des petites graines. Et je suis très fier de ça. C’est très cool aujourd’hui pour des artistes de proposer en streaming de la musique quand ils veulent et avec des petits moyens. L’essence du label Flak est de prendre le contre-pied des sorties digitales actuelles. On signe des artistes qui veulent raconter une histoire complète. Pour eux, pour un certain public et pour moi, cette histoire ne peut se raconter que sous la forme d’un vinyle ou d’un CD. C’est comme ton auteur préféré. Quand il a écrit son livre, tu as envie de le tenir en mains et tourner les pages. »

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Le 4 rapport Scivias e

Les personnes FINTA sont déjà là, elles ne demandent qu’à être vues

TEXTE : PHILOMÈNE RAXHON

©TREMA

Dans son nouveau rapport annuel, Scivias dresse le portrait de scènes et coulisses des festivals belges où les femmes, les personnes nonbinaires et transgenres sont encore trop peu représentées.

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aru le 4 décembre dernier, le dernier rapport de Scivias analyse les inégalités de genre dans la programmation de 42 festivals en Fédération Wallonie-Bruxelles. Il révèle ainsi qu’en 2025, les personnes FINTA (Femmes – Intersexes – Non-binaires – Trans – Agenres) représentaient 35,3% des artistes programmé·es, soit 0,3% de moins que l’année précédente. Si les festivals de musique actuels gagnent 0,7% de personnes FINTA dans leur line-up en 2025, les festivals de musiques classiques et contemporaines, eux, chutent de 46% à 42,4%. En parallèle, les équipes de programmation de ces derniers comptaient cette année 19% de programmatrices en moins par rapport à 2024. Or, « des équipes de programmation diversifiées proposent généralement des programmations plus diversifiées », rappelle Sarah Bouhatous, coordinatrice de la plateforme. La représentation à tous les échelons compte, donc, tout comme les horaires auxquels sont programmés les artistes en festival. « On remarque que les personnes FINTA sont souvent programmées en tout début ou en toute fin de festival, des horaires qui offrent moins de visibilité aux artistes », développe la coordinatrice de Scivias.

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La fabrique des inégalités dans le secteur musical continue à être alimentée par de nombreux facteurs plus ou moins insidieux. « Qu’il y a peu de personnes FINTA présentes sur les scènes parce qu’il y en a juste peu qui font de la musique, c’est un argument qu’on entend souvent et qui revient à totalement inverser les causes et les conséquences, insiste notamment Sarah Bouhatous. Les personnes FINTA sont très nombreuses dans les formations mais, par la suite, elles se professionnalisent peu. Il y a des conditions de travail, des réseaux excluants, de la violence symbolique ou encore des VSS qui les empêchent de se professionnaliser et d’évoluer dans le secteur. Ce n’est pas une question de talent mais de survivabilité dans un milieu musical encore massivement pensé, structuré et contrôlé par et pour les hommes cis. » Ce quatrième rapport consécutif invite ainsi à nouveau les organisations à rejoindre Scivias, à se fixer des objectifs de parité ou encore à diversifier leurs équipes. Autant de démarches qui permettent a minima de prendre conscience des ressorts sexistes et oppressifs qui privent encore le public belge de l’expérience singulière et du talent des artistes FINTA.

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©ROCCO MANTA

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Des Belges

Clip drôle et bouleversant d’ONHA suite à son élimination. Tout l’art de rebondir au lendemain d’une défaite.

à La Nouvelle École DOSSIER : DIDIER STIERS

Déclinaison en France de l’émission américaine Rhythm + Flow, La Nouvelle École, ou « The Voice dans le rap » pour d’aucuns, a déjà vu briller des candidats d’ici. La saison 4, qui s’est achevée en novembre sur Netflix, leur a par contre été nettement moins favorable : Golgoth et ONHA ont quitté « l’aventure » précocement. Ce qui ne les empêche pas de continuer à travailler. Larsen

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ainqueur de la première édition du télécrochet, le Liégeois Fresh La Peufra avait été plébiscité pendant l’été 2022 avec Chop, par un jury alors composé de cadors, soit les Français Niska et SCH ainsi que la Belge Shay. Ce single a cartonné sur les plateformes (44 millions de vues sur YouTube, à ce jour), mais depuis lors ? Le rappeur inspiré par 50 Cent, qui n’était déjà plus un novice à l’époque (initiation à la musique à 12 ans, remporte le concours NRJ Talent en 2018, une poignée de singles, etc.), a été programmé aux Ardentes l’année de sa victoire, au cours de laquelle il a aussi sorti un album, À l’abri. En juin de cette année, on le retrouvait avec un autre EP, On verra demain, et un single dans le genre trap, clippé pour l’occasion (Money = Problème) : 450.000 vues sur YouTube cinq mois après sa sortie… « La formation accélérée de La Nouvelle École m’a permis de mûrir et a fait de moi un artiste complet prêt à devenir une superstar », confiait-il sur BFMTV. On n’y est peut-être pas encore… En 2024, la 3e saison de l’émission est raflée par le Tournaisien Youssef « Swatt’s » Reziki. Lui aussi avait déjà tout un bagage sur la scène rap. Sa trajectoire et son exposition médiatique auront cependant été bien différentes. S’il a collaboré avec Clara Luciani pour le bien de la bande originale de La Haine (l’adaptation en comédie musicale du film de Mathieu Kassovitz), enchaîné les festivals en Belgique et en France, sorti un album et un EP remarqués, c’est son engagement qui a fait “la une”. On a, entre autres, pu l’entendre critiquer le désormais ex-Ministre de l’Intérieur Bruno Retailleau pour sa politique envers les sans-papiers lors de la Fête de la Musique en France (au point d’énerver l’extrême-droite), ou le voir rejoindre la flottille pour Gaza. Conscient des enjeux comme de sa notoriété, il confie à Solidaire, le journal du PTB : « Là, je suis dans un parfait juste milieu, entre la reconnaissance professionnelle et la préservation d’une vie normale. J’évite les trucs un peu dégueulasses que les gens prennent quand ils sont trop connus ou qu’ils ont trop de pression, trop de travail. Je suis dans une sorte de classe moyenne de la célébrité, où je peux marcher dans la rue tranquillement. »

portunité. Je ne vais pas mentir : sur le moment, je l’ai un peu mal vécu, surtout que ma prestation était bien, que le public était avec moi… » Pour autant, ONHA y a montré ce qu’il sait faire. Et adressé à Netflix un petit pied-de-nez, sous la forme d’un morceau clippé comme il se doit : Qu’est-ce qui n’a pas marché ? Aujourd’hui, il analyse : « Je ne suis pas considéré comme un artiste de La Nouvelle École. Parce qu’il y a aussi le revers de la médaille. Il y a une perception, qui veut qu’on te prenne, pas moins au sérieux, mais avec moins de moyens parce que Netflix et La Nouvelle École, c’est devenu hyper mainstream. Ça offre une exposition directe, alors qu’en face, il y a des artistes qui se construisent pas à pas, dans la débrouille. Bien sûr, je ne suis pas d’accord avec cette perception : télécrochet ou non, si tu es bon, tu es bon ! Mais quand on parle par exemple de Jyeuhair (le 3e de la saison 3, – ndlr), c’est “Jyeuhair de La Nouvelle École”. J’ai remarqué que ça pouvait aussi à certains moments desservir un peu. » Pour se faire une notoriété, mieux vaut-il une bonne première partie plutôt qu’un tour de piste dans ce genre d’émission ? ONHA répond par l’affirmative : « J’en ai fait quand même pas mal et honnêtement avec de très bons artistes que j’admire (Yame, Youssef Swatt’s, Colt, – ndlr). Si tu es un artiste de scène, les premières parties sont bien plus concluantes. J’ai fait par exemple Jyeuhair au Musée du Botanique : ça m’a valu 150 abonnés de plus sur Instagram, on m’a acheté une cinquantaine de CD… Proportionnellement, le taux d’engagement est bien plus élevé. Les premières parties m’ont rapporté plus que mon passage de 15 secondes à La Nouvelle École ! »

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« Les premières parties m’ont rapporté plus que mon passage de 15 secondes à La Nouvelle École ! »

« Mieux vaut une bonne première partie » ONHA n’est plus vraiment un nouveau venu dans le secteur. Aramahnon Clément pour l’état civil, 26 ans, attirait déjà l’attention à ses débuts, voilà cinq ans, avec un single comme Toujours. Depuis, le Liégeois, qui n’est pas « 50% de Côte d’Ivoire et 50% Belge mais 100% des deux cultures », a eu le temps de passer par les cases Ardentes, Ancienne Belgique, Solidarités et Botanique, développant son univers teinté d’humour, où le rap est métissé (d’électro, de soul, de funk et même de reggae), et le visuel, fruit de sa collaboration avec Rocco Manta, joyeusement décalé. Après un EP en mars (Opale), en voici un autre, Onhapaslamemevie vol.1, à découvrir en live le 6 février sur la scène de l’AB Club. La Nouvelle École ? Il a failli en être, pour cette 4e saison ! À l’époque où il prépare un master en publicité et communication commerciale, il est contacté, via Instagram notamment, par les casteurs de Netflix. « Il a fallu que je refasse du sport pour être “good looking”, nous raconte-t-il. Que je réécrive, aussi, parce qu’en tant qu’artiste en développement et même émergent, donc indépendant, ça faisait des semaines que je m’occupais de l’administratif mais plus de musique à proprement parler. Je devais aussi me réapproprier mes mots… » Sauf que dans un premier temps, il ne voulait pas y aller, à La Nouvelle École ! « Il y avait un peu cette image… Et puis, avant que la saison 3 ne sorte, je me souvenais d’un profil comme celui de Jyeuhair, similaire au mien. J’avais peur d’être cantonné. L’émission de téléréalité, également, avec ce que ça implique. Et puis, je me suis dit que j’allais la faire, que je n’avais rien à perdre. La visibilité, c’est quand même important, et puis j’aime bien tout ce qui est jeu ! » La suite, « en passage éclair », comme il dit en riant, va pourtant s’avérer moins ludique. « SDM (Leonard Manzambi, un des poids lourds du rap hexagonal, – ndlr) ne m’a pas choisi. J’ai compris qu’il était ensuite revenu sur sa décision, qu’il voulait me reprendre, mais la prod’ s’y opposait. Bon, ça fait partie du jeu. J’aurais voulu jouer plus longtemps. Même pour représenter la Belgique, c’était une bonne op-

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« Ils font dire n’importe quoi aux images » Gauthier Linotte aka Golgoth, Liégeois et 26 ans également, aura lui aussi fait un passage éclair par La Nouvelle École. Arrivé au hip-hop par le break (issu de la pépinière qu’est l’asbl Liège City Breakers), il signe un premier EP en 2021 (Golgoth est mort) et aligne quelques belles collaborations, de Peet à Isha, excusez du peu. « Pour moi, tout s’est très vite professionnalisé, détaille-t-il. Après deux singles en mode débrouille, j’ai pu signer avec un producteur, trouver une bonne distribution (Pias à Paris, – ndlr), et un booker en Belgique (Skinfama, – ndlr). Aujourd’hui, je continue avec la même distrib’, et j’ai repris tout le reste en indépendant, mais avec l’expérience professionnelle en plus. » Son projet, pour l’heure ? Un single par mois ! « Ça nous permet d’avoir de l’actu et de nous concentrer sur un même morceau pendant ce laps de temps, et puis d’enchaîner, pour être présent partout toute l’année, sur les réseaux, dans les médias,… » Produire, oui, mais pas à tout prix et au détriment de la qualité, insiste celui qui aime aller puiser du son dans les chemins de traverse, genre la musique de jeux vidéo des années 2000. « Quand on fait des TikTok et du contenu, l’idée est de donner envie de quitter l’application pour aller sur une plateforme, Spotify, YouTube ou autre, être écouté, et convaincre de nouveaux fans. Pour mes visuels, je travaille avec Shurry, une réalisatrice qui a le sens de l’esthétique et qui produit des vidéos bien écrites et léchées. » À voir et écouter pour l’heure : Menteuse, une histoire d’amour façon Bonnie & Clyde.

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ONHA ©ALEX DOSSOGNE STU DIO MIMESIS

GOLGOTH © LOU ISE DE MAET

En amont de la 4e saison de cette Nouvelle École, c’était la troisième fois qu’on lui proposait d’y prendre part. Et Golgoth a fini par accepter : « Je voyais qu’il y avait tellement d’engouement autour des artistes qui sortaient de l’émission… Je me suis finalement dit que ça pouvait être une belle porte d’entrée. » Suivent alors une série de tests et d’interviews : « On nous pose des questions, pour savoir si on est le profil idéal. On passe devant une psychologue qui juge si on est apte mentalement à supporter l’exposition médiatique. Un “préparateur” vient nous expliquer comment le public va réagir. Que des gens vont kiffer de ouf, mais que des candidats vont aussi recevoir beaucoup de haine… » C’est ce que beaucoup reprochent à Netflix, résume Gauthier : « Sur les réseaux, je lis que ce serait la pire saison, parce que tout le monde commence à se rendre compte qu’en vrai, ils ne font pas vraiment ça pour t’amuser. On est dans la téléréalité, ils ne mettent pas en avant les artistes, je peux l’affirmer. Ils font dire n’importe quoi aux images. » Même s’il n’est apparu que 15 secondes dans l’émission (sic), pour deux ou trois jours de tournage, il en retire aussi du positif : « J’ai mieux compris l’industrie, l’importance de l’image et de la communication. Beaucoup de belles amitiés, aussi. Et l’air de rien, ça m’a ouvert de nouvelles portes : une master class chez Spotify France, des contacts dans les médias, des sessions gratuites dans certains studios… Ce n’est pas ça qui va me rendre célèbre ou riche, mais les nouvelles portes, c’est chouette ! »

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La RTBF entre dans le game Du côté de Reyers aussi, on s’est mis à l’heure de la rentrée des classes. L’émission, ou la compétition, ici au programme de Tarmac, s’intitule Playground, s’articule sur un principe similaire et on y poursuit grosso modo le même objectif de valorisation. En clair : « Dévoiler la richesse et la diversité du rap belge, donner de la lumière à celles et ceux qui bossent dans l’ombre, et surtout, offrir au ou à la gagnante une vraie porte d’entrée dans l’industrie avec, à la clé, une tournée des festivals, un accompagnement professionnel et la réalisation d’un projet. » Une première phase d’entretiens a permis, mi-novembre, de sélectionner neuf candidats (parmi les quinze plébiscités lors d’un casting live et donc avec l’intervention du public). Ces candidats ont ensuite été répartis dans trois équipes, chacune dirigée par

un coach issu du sérail Tarmac. C’est en novembre toujours que les épreuves ont ensuite débuté, histoire de départager ces artistes émergents sur des critères tels que la qualité musicale, la créativité et le flow. Trois d’entre eux ont été éliminés lors d’une première épreuve (“Démo”), trois autres sont passés à la trappe lors de la suivante (“Promo”, parce que « le talent ne suffit pas, la réalité de l’industrie musicale fait aussi qu’il faut savoir se vendre »), et enfin les trois “survivants” se sont affrontés lors d’une finale organisée début décembre à la Ferme du Biéreau, à Louvain-la-Neuve. Chacun a alors dû présenter un morceau, « fruit de son évolution tout au long du concours », traduisant « son univers, son originalité et sa capacité à s’imposer dans le paysage du rap belge. » La suite ? En janvier sur Tipik, Auvio et YouTube, en quatre épisodes de 26 minutes.

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© L ACABANNEBRUSSEL S

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Le monde de la nuit en sursis TEXTE : LOUISE HERMANT

Les fermetures de clubs et de bars emblématiques s’enchaînent à Bruxelles. Le milieu festif tire la sonnette d’alarme : sans soutien politique, c’est une part importante de notre culture qui menace de s’éteindre. En Wallonie, le constat n’est guère plus réjouissant : les lieux de fête se raréfient, freinés par le manque d’initiatives et de moyens. Et pourtant, la scène électronique n’a jamais autant vibré.

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’est la fin d’un chapitre. Après six ans de découvertes, de programmation pointue, de performances, de rencontres et de ferveur collective, La Cabane annonce la fermeture de ses portes. Le réputé club situé dans la commune de Watermael-Boitsfort à Bruxelles continuait pourtant de rameuter tous les week-ends plus de 300 amateurs de musique électronique. « La réalité est que le modèle classique du club tel que nous l’avons connu n’est plus durable, du moins pas sans compromettre l’identité et l’intégrité qui ont façonné La Cabane depuis le premier jour », écrivent les responsables sur leur page Instagram. Ceux-ci pointent notamment du doigt des réglementations de plus en plus strictes et exigeantes, une politique dépassée au niveau des nuisances sonores et la hausse des coûts dans tous les domaines. Le lieu et le nom restent, pour évoluer en espace polyvalent capable d’accueillir des événements privés, des concerts, des expositions… Le 13 décembre, le club a, bien entendu, souhaité marquer le coup avec une dernière soirée. Pendant douze heures, les habitués du lieu se sont relayés, de Zouzibabe à Exon en passant par Lefto, DC Salas, Max Telaer et Melissa Juice. Bon Public, aussi, était de la partie. Pour le DJ, la disparition de La Cabane est une immense perte pour la scène bruxelloise. « La Cabane a été l’un des premiers clubs à nous permettre d’organiser des soirées avec Magma. On y jouait plusieurs fois par an. C’est assez fou de se dire que ce lieu ne fera plus partie de l’écosystème bruxellois, partage le cofondateur du collectif, label et agence de management Magma. C’était un tout petit club, mais capable d’accueillir de très grandes figures de la musique électronique. C’est extrêmement rare. Les conditions étaient tellement bonnes que les DJs se passaient le mot et acceptaient de jouer pour moins cher, parce que ça en valait la peine et que le son était incroyable. »

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In Situ


« La réalité est que le modèle classique du club tel que nous l’avons connu n’est plus durable, du moins pas sans compromettre l’identité et l’intégrité qui ont façonné La Cabane depuis le premier jour. » La Cabane Une série noire La Cabane n’est pas le seul endroit de la capitale à avoir mis la clé sous la porte. Le Reset, niché dans une ancienne banque du centre de la ville, a lui aussi baissé le rideau en novembre dernier. Cette fermeture fait suite à la décision de la Ville de Bruxelles de suspendre plus de 80% des subventions allouées à ce projet d’occupation temporaire, compromettant ainsi sa viabilité financière et sa capacité d’accueillir les fêtards dans de bonnes conditions. Dès avril 2026, le Spirito tel qu’on l’a connu pendant 16 ans cessera d’exister. Fini l’étonnante boîte de nuit installée dans une église désacralisée. Le lieu se lave de ses péchés en se transformant en restaurant ou salle d’événements. Pour les dirigeants, le secteur de la nuit est trop compliqué à Bruxelles, malgré une bonne fréquentation. Dans cette série de mauvaises nouvelles, on continue avec la fin d’activité du Bonnefooi, bar bien connu des noctambules, où de nombreux DJs prenaient possession des platines jusqu’au petit matin. Après six ans de bons et loyaux services, les loyers jugés trop élevés, la hausse générale des coûts et la diminution de fréquentation ont eu raison du lieu. « C’était l’un des seuls endroits où tu pouvais écouter de l’électro sans payer d’entrée. C’est très regrettable. Les temps sont durs », se désole Bon Public, de son vrai nom Sébastien Deprez. Et malheureusement, la situation ne risque pas de s’arranger. En effet, d’autres endroits sont menacés : le bar Madame Moustache dans le centre-ville, le Mirano, qui a traversé les générations et surmonté de nombreux obstacles depuis les années 80, et le Fuse, le club le plus mythique de la capitale. Une simple coïncidence, ces fermetures successives ? Après tout, tout établissement ne finit-il pas par disparaître pour laisser place à d’autres ? On peut tout de suite écarter cette hypothèse, indique Nathan Pujadas, le coordinateur de la fédération Brussels By Night, qui représente de nombreux acteurs du monde de la nuit dans la capitale. « On voit ici se répéter un schéma qui est multifactoriel. Quel que soit le type de lieu, le problème reste le même : rien n’est fait pour maintenir la base de cet écosystème. Ces lieux sont pourtant essentiels. Entre l’absence de vision politique, la pression économique générale et le fait que les habitudes de sortie évoluent, rien n’est mis en place pour rééquilibrer tout cela. »

Les responsables ont déjà fait appel à de nombreux ingénieurs du son pour trouver des solutions au niveau acoustique. Leur conseil : fermer pendant plus d’un an et presque tout reconstruire, car la structure est trop ancienne et complexe. « Le coût serait de plusieurs millions d’euros, sans aucune garantie de résultats. Nous n’avons pas ces moyens, surtout avec la hausse générale des coûts ces dernières années », se désole Steven Van Belle, le directeur artistique. Il y a deux ans, les discussions avec le gouvernement bruxellois avaient bien commencé, notamment avec la création de la loi “Agent of Change”. Cette loi vise à mieux protéger les clubs en imposant que les coûts d’isolation soient pris en charge par le propriétaire lorsqu’un nouveau bâtiment est construit à proximité d’un club, ou lorsqu’un club ouvre près d’une zone résidentielle. Si tout se passe comme prévu, elle devrait être votée au parlement au début de cette année. Mais cette loi n’est pas rétroactive et ne peut sauver le Fuse. « Cela envoie malgré tout un signal positif et crée une dynamique favorable, reconnaît Steven Van Belle. Avant les élections, on sentait que les politiques prenaient la “nightlife” au sérieux, reconnaissant son impact économique, sa création d’emplois et son attrait pour la jeunesse et le tourisme. » Aujourd’hui, tout est bloqué, puisqu’au moment d’écrire ces lignes, la capitale reste sans gouvernement depuis plus d’un an et demi. « Si rien ne change, le Fuse de la rue Blaes sera contraint de fermer », alerte le club, qui assure vouloir se battre le plus longtemps possible pour conserver sa localisation actuelle, la même depuis plus de 30 ans. Mais s’il le faut, il se dit prêt à déménager. Mais où ? « Dans le centreville, tous les bâtiments sont très coûteux et les voisins omniprésents. Et nous ne pouvons pas ouvrir de clubs dans les zones industrielles : c’est interdit. Il n’y a aucune vision claire de la part du gouvernement sur l’emplacement des clubs, aucune option de relogement viable », soutient le directeur artistique. Il insiste également sur l’importance de maintenir les clubs en ville : ils participent à la vie locale, évitent aux habitants de sortir en périphérie pour faire la fête et limitent ainsi des problèmes de sécurité et de mobilité. De nouvelles mesures décidées au niveau fédéral compliquent encore le maintien des clubs. L’interdiction des fumoirs, qui entrera en vigueur en janvier 2027, implique non seulement de réaliser de nouveaux travaux pour réaménager les espaces existants, mais aussi de trouver un moyen de caser tous les fumeurs. Les mettre sur le trottoir ? Cela risque d’augmenter les nuisances sonores et de faire davantage peser sur les clubs la responsabilité de la sécurité aux abords. Leur interdire toute cigarette ? Les clubs restent avant tout des lieux de festivité, et ce type de restrictions brutales bouleverse leur fonctionnement. Et voilà qu’une petite augmentation de TVA vient aussi s’inviter à la fête, passant ainsi de 6 à 12% sur le ticketing. « Cela menace directement les marges des clubs », s’inquiète Steven Van Belle du Fuse.

La guerre au bruit Le plus grand ennemi de plusieurs clubs bruxellois : les législations liées aux nuisances sonores. La Cabane en a fait les frais, embourbée dans un conflit interminable avec une seule voisine. Le Fuse, aussi, se retrouve aujourd’hui sans issue pour parvenir à un compromis avec le nouveau propriétaire du bâtiment d’à côté qui s’étonne qu’une boîte de nuit fasse du bruit. Le club des Marolles se montre pourtant conciliant.

Larsen

Janvier, février 2026

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© MARTIN DRIGU EZ-AGENCE VU

Avec la fermeture de Reset en novembre dernier, Bruxelles perd un lieu alternatif qui a accueilli de nombreux artistes internationaux et locaux.

Et la “nightlife” wallonne alors ? Le constat est-il plus réjouissant en terres wallonnes ? À Liège, les boîtes de nuit “classiques” se font de plus en plus rares. Pour sortir, il vaut mieux miser encore et toujours sur le Carré, avec sa flopée de bars dansants. Pour les amateurs de musique électronique plus pointue, direction les salles de concerts comme le Reflektor ou le KulturA. qui accueillent aussi des soirées club. La DJ liégeoise Laura Di Sciascio, alias Laura Violi, organise plusieurs fois par an les événements électro “Who’s That Girl”, qui mettent à l’honneur les artistes femmes et queer, au KulturA. Un lieu qui correspond à ses valeurs et à sa sensibilité artistique. Mais c’est aussi l’un des rares espaces qui existent dans la ville. « Ici, la “nightlife” n’est pas super vivante, parce qu’on manque de lieux. Elle ne l’est pas assez. Parce qu’on sent que derrière, il y a plein de motivation, d’envies, d’idées, notamment dans la nouvelle génération. Mais on est face à un manque d’endroits et de moyens. On ne sait pas comment mettre des choses en place », déplore Laura Violi. Les collectifs organisent donc souvent leurs soirées dans les mêmes endroits. « On fait avec ce qu’on a, en gros. » À Charleroi, la situation s’avère similaire, les quelques clubs ont déserté, la vie nocturne s’est calmée. Le Rockerill fait office de dernier bastion de la musique électronique. Depuis quinze ans, la salle organise des soirées une fois par mois, avec des artistes internationaux à chaque édition. Les événements suivent le rythme des clubs : ouverture à 22h et fermeture à 6h du matin. Les concerts, eux, terminent plutôt vers 2h. « Au début, à Charleroi, il n’y avait quasiment pas de scène électronique. Il n’était pas facile de ramener du public, mais nous avons réussi à nous développer progressivement. Aujourd’hui, ça fonctionne plutôt bien. 2025 s’annonce comme l’une de nos meilleures années et nous restons positifs pour l’an prochain », se réjouit Jean-Christophe Gobbe, cofondateur du Rockerill et programmateur de ces soirées. Contrairement à de nombreux clubs, le Rockerill est un centre culturel, il est donc subsidié par la Fédération WallonieBruxelles. « Nous disposons de notre propre salle et de notre propre matériel, ce qui nous met dans un certain confort lorsqu’il s’agit de payer les cachets artistiques. Pour nous, c’est l’un des plus gros obstacles que rencontrent les clubs à finalité économique : eux doivent gérer beaucoup plus de frais et ne peuvent pas se permettre de ne pas remplir une soirée. »

« Nous sommes heureux qu’il y ait de la “nightlife” dans ces lieux-là. Ils ont les moyens de le faire bien et reconnaissent la valeur culturelle de cette scène. Il faut cependant préserver un équilibre », souligne Nathan Pujadas de Brussels By Night. Il suggère la mise en place d’une grille de lecture objective permettant la création d’un fonds dédié à la “nightlife”, qui aiderait les clubs classiques à faire face. Si ces salles multiplient les événements autour de la musique électronique, c’est bien qu’il existe une demande. « Les gens continuent de sortir. Ces institutions s’adaptent aux envies du public, sinon elles continueraient à se concentrer uniquement sur les concerts. » C’est tout le paradoxe. Les clubs vont mal, pile au moment où la scène électronique ne s’est jamais aussi bien portée. Les DJs se retrouvent désormais en tête d’affiche des festivals en Belgique et ailleurs. Les festivals 100% électro comme Horst ou Paradise City cartonnent. L’offre se diversifie davantage : entre open airs, occupations temporaires, raves rebelles, événements ponctuels avec un gros line-up, listening bars, restos qui se muent en dancefloor passé une certaine heure. Sans oublier les collectifs et les radios comme Gimic ou Kiosk qui contribuent à la vitalité du milieu. Néanmoins, les clubs se montrent essentiels dans cet écosystème. « On ne mesure pas assez l’interdépendance entre les clubs et le reste du secteur, note Nathan Pujadas. Les jeunes artistes ne peuvent pas commencer directement dans les grands festivals. » C’est dans les boîtes de nuit que les artistes émergents locaux font souvent leurs premiers pas. « La fermeture de lieux, c’est moins de possibilités pour mes artistes et moi. Cela veut dire plus de concurrence. Le C12, par exemple, devra choisir entre les collectifs. Et ce sont les artistes locaux qui vont payer le prix en premier : ce ne sont pas eux qui vendent les tickets », témoigne Sébastien Deprez du collectif Magma. Les attentes du public ont aussi évolué : une partie des jeunes boit moins, privilégie des horaires plus tôt et sélectionne davantage ses sorties, qui coûtent de plus en plus cher. Beaucoup préfèrent réserver un budget à quelques rendez-vous plutôt que de multiplier les nuits en club. Le secteur doit s’adapter, à condition qu’on lui en donne les moyens. La culture du clubbing bruxellois a été reconnue patrimoine immatériel de l’Unesco en 2023, mais faut-il encore parvenir à sauver cet héritage culturel. « La baisse de fréquentation existe, mais elle reste modérée. Elle devient problématique lorsqu’un club doit jouer moins fort à cause des nuisances sonores, lorsqu’il ne peut pas booker les mêmes artistes qu’un lieu subsidié faute de moyens, ou lorsqu’il n’a pas assez de sécurité ou de dispositifs de réduction des risques parce que cela coûte trop cher, avertit Brussels By Night. Sans soutien politique et financier pour permettre aux clubs et aux bars de nuit de répondre à ces nouvelles attentes, cela devient ingérable pour des entreprises déjà écrasées par leurs coûts. Et c’est ce que l’on observe aujourd’hui : elles ferment. »

Une scène électronique plus vivante que jamais À Bruxelles aussi, de plus en plus de lieux subsidiés, comme le Botanique, l’Ancienne Belgique, les Halles de Schaerbeek ou Bozar se sont mis à programmer des DJs et à miser sur des soirées club. Une nouvelle concurrence pour les discothèques déjà fragilisées ?

Larsen

Janvier, février 2026

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Les sorties

Bon Public Magma Records

Après plus de dix ans à jouer les musiques des autres, il était enfin temps pour Seb Deprez, alias Bon Public, de présenter les siennes. Avec Fermented Beats, le DJ bruxellois quitte sa zone de confort pour révéler cette nouvelle facette de producteur, tout en nous ramenant chez lui, au cœur des clubs. Quatre titres qui nous propulsent d’emblée sur le dancefloor, entre états de transe, fulgurances psychédéliques et moments plus contemplatifs. « L’EP est pensé comme de la musique de club. Mais il y a quand même une construction et une musicalité dans les morceaux qui font qu’ils sont écoutables chez soi. Ce n’est pas juste une boucle et un drop. » Seb Deprez a appris à produire avec son complice Julien Gathy, avec qui il a fondé Magma, collectif, agence et label, qui signe d’ailleurs cette sortie. Le DJ s’est ensuite entouré de Jean Vanesse (Spirit Catcher), qui l’a accompagné dans le mixage et la finalisation des morceaux. « J’ai appris sur mon temps libre, je me suis vite pris au jeu. C’est un tout autre métier. » Sa longue expérience derrière les platines lui a cependant offert une écoute affinée et un large bagage d’influences. « Je sais ce que j’attends des morceaux, je comprends pourquoi un titre me touche. Ça m’a permis de me dire : si je devais faire quelque chose aujourd’hui, je ferai ça. » Pour autant, assumer pleinement ce nouveau rôle de producteur n’a rien d’évident. « C’est un travail personnel compliqué. Ce n’est pas simple non plus de se présenter uniquement comme DJ dans l’histoire que tu racontes. Tu peux apporter bien plus quand tu arrives avec ta propre musique. » – LH

Janvier, février 2026

Amaury Faye Nola Quartet RUST

Sub Rosa

On connaît bien Amaury Faye chez nous depuis ses albums en duo avec “notre” Igor Gehenot : maîtrise de la tradition, assortie d’envolées plus contemporaines et richesse des compositions, tels étaient les mots qui venaient à l’esprit à l’écoute de leurs collaborations. Avec ce nouvel album en quartet, le pianiste français nous revient avec un opus qui fera date. Par son line-up superlatif tout d’abord : bassiste partenaire de Dee Dee Bridgewater et David Murray, Amina Scott est une des étoiles montantes du jazz US, Julian Lee résonne au sax ténor dans des big bands comme Mingus Dinasty ou avec Wynton Marsalis, Herlin Riley, lui, a longtemps frappé les peaux pour Ahmad Jamal ! Et la sauce prend au quart de tour sur ce parcours néo-orléanais superbement mis au goût du jour : sur les ponts rouillés du Sud profond, le long du fleuve, à bord de vieux wagons, on vit au cœur d’un vibrant hommage où blues et straight jazz vibrent par leur authenticité. Un voyage quasi cinématographique de haut vol. – JPG

En verve, le 11 décembre 1964 à New York, Che Guevara, révolutionnaire marxiste-léniniste, s’en prend avec virulence, notamment, à l’impérialisme américain, à la passivité de l’ONU face au colonialisme (Patrice Lumumba est assassiné trois ans plus tôt) et appelle à la libération des peuples. Ce sont des extraits de ce texte que reprend le compositeur américain postminimaliste David Toub, dits par le pianiste belge Stephane Ginsburgh – rompu, en expert de Frederic Rzewski, à ajouter sa voix au piano. En deux œuvres de trente minutes, Toub, à la triple formation (originale) musique, systèmes d’information et gynécologie, déploie son propre discours, contrit, répétitif jusqu’à l’obsession, mâtiné de l’empreinte de La Monte Young, autant que marqué par une volonté de moduler la perception du temps qui évoque Morton Feldman – d’avantageuses références. « Patria o muerte ! », conclut le Che. – BV

Fermented Beats (EP)

Larsen

David Toub Gendarme de la Libertad Stephane Ginsburgh

Clearway Prod/Hypnote Records

KŌMA TRYNA (EP) Off Corner Records

DJ et producteur bruxellois, cofondateur du média communautaire GIMIC Radio, et désormais compositeur, KŌMA rapproche la Belgique de l’Angleterre via quelques sons débusqués outre-Manche. Après avoir partagé la scène avec Fred Again.., KŌMA se distingue cette fois en studio, à la barre de TRYNA, un EP imaginé à la charnière de l’IDM, du breakbeat, de la bass music et du dubstep, sans oublier d’intégrer des éléments propres à la drum and bass ou à l’electronica. À l’aise avec ses sources d’inspiration, KŌMA balise le tracé d’une nuit de rave. Entre Elvar, petite mise en jambe introspective et percussive à ranger du côté de Bonobo ou Romare, et Axira, une énorme montée fantasmée à Madchester, sous la boule à facettes de l’Haçienda, le producteur bruxellois étale, avec élégance, sa science du beat. Métronomique. – NA

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Les sorties


Laurence Mekhitarian

Sentiers de traverse Kurtág – Schuman – Janáček Cypres

Avec Temps d’Arménie, sorti chez Cypres en 2023, la pianiste belge Laurence Mekhitarian grattait la part arménienne de ses racines (elle en a aussi en Suisse). Sentiers de traverse, qui paraît aujourd’hui, naît de son « élan vers la musique contemporaine et la démarche de György Kurtág dans les années 1970, qui nous a marqué en tant qu’enseignants » : rebuté par la rigidité des méthodes traditionnelles, le compositeur hongrois, au travers d’une collection de miniatures aussi pédagogiques qu’artistiques, retrouve l’esprit enfantin du jeu (Játékok) et de l’exploration libre. Spontanéité et curiosité, modernité (dissonances, clusters…), notation graphique ou ouverte, attention portée à la couleur sonore et aux silences, sont les axes de développement d’une écoute créative plutôt que d’un simple savoir-faire technique. En tant que professeure de musique, « ça m’a réconcilié avec moi-même ». C’est le compositeur français Gérard Grisey « qui m’a mise sur la voie des Játékok ; j’ai acheté les partitions et suivi la master class de Kurtág à Berne, où j’ai fait sa connaissance. » Alors que le programme se précise (des pièces courtes, d’une ou deux pages), qu’elle imagine partagé avec Robert Schumann (« je fréquente les Scènes de la forêt depuis mon jeune âge ») et Leoš Janáček (trois extraits du cycle Sur un sentier recouvert) – « un cheminement, un écho de sens quant aux titres, mais aussi d’atmosphères et de correspondances sonores » –, Laurence Mekhitarian séjourne à Budapest une semaine en août 2024, où « je travaille mon programme avec György Kurtág : il m’écoute, je suis comme une petite élève… ». – BV

Sonico Rovira 100

The WRS Zenith Drift (EP)

El Antitango Records

Rockerill Records/

Qui dit “tango” pense Astor Piazzola, qui dit “Sonico” pense Eduardo Rovira, bandonéoniste contemporain du plus célèbre des musiciens argentins. Le groupe éponyme à formation variable, créé à Bruxelles il y a dix ans, nous fait redécouvrir ce maître oublié. Sonico n’en est pas à sa première revisite de l’œuvre de Rovira : après les deux volumes The Edge of Tango, Inedito et La Otra Vanguardia, voici “Sonico plays Rovira 100” pour le centième anniversaire de la naissance du compositeur. Quinze pièces – treize de Rovira et deux des pianistes-compositeurs Horacio Salgan et Osvaldo Berlinghieri – illuminent ce très bel album qui donne une autre vision de la musique argentine souvent assimilée exclusivement au tango. C’est surtout sur des thèmes comme Azul y Yo ou Opus 16 que ressort l’âme de la musique de Rovira où fluidité, douceur et romantisme transparaissent. Un disque qui rend à merveille l’âme d’un des musiciens argentins délaissé mais que Sonico fait revivre avec authenticité et un intense bonheur. – JPG

Time Room Records/MOSTÄ

Formé en 2018, The WRS, power trio garage/psyché carolo bourré de talent et d’énergie brute, est de retour ! Forts d’un premier LP live en 2020 et d’un second album en 2022 (Capicúa), ils reviennent avec un troisième album plus cosmique. Un disque placé sous le signe de l’exploration sonore, entre guitares fuzzy et influences krautrock, on s’y promène, captivés par des rythmiques lancinantes et des synthés hypnotiques. Sans oublier le côté progressif qui s’installe dès le morceau d’ouverture de cet EP 5 titres. En effet Dimelo oscille entre rock garage 60’s et psychédélisme pendant plus de 12 minutes. Ensuite deux hymnes punk garage tranchants Never stop et Watcha (Don’t believe the hype) : les univers de John Spencer et de l’Experimental Tropic Blues Band ne sont pas loin… Puis rebelotte, on repart en territoire psyché avec deux longues plages hypnotiques et soutenues When I close my eyes I see your mind et Neu motorik. Une seule question à se poser : êtes-vous prêts pour le voyage ? – JPL

Sylvia Huang, Boris Kusnezow Ode to Mother Nature Outhere/Fuga Libera

Pour Sylvia Huang, finaliste du Reine Élisabeth 2019, la nature a toujours été une fidèle source d’inspiration. « Petite, avoue-t-elle, j’aimais photographier de près la rosée du matin ou la grâce d’un insecte posé sur une feuille. » Une passion que la jeune violoniste grave aujourd’hui dans cette Ode to Mother Nature, voyage haut en couleurs où l’accompagne l’excellent pianiste Boris Kusnezow. Si elle a eu l’envie de concevoir ce récital qui rend hommage à la vie sauvage, c’est, revendique-t-elle, « par besoin de répondre à l’éco-anxiété que provoque la crise climatique actuelle et l’inaction face à l’effondrement alarmant de la biodiversité. » Voilà donc un album pour nous reconnecter au vivant, avec un programme original, qui mêle œuvres phares et vraies raretés. Il s’ouvre sur l’émouvant Chant d’hiver op. 15 d’Eugène Ysaÿe, figure emblématique de l’école belge du violon. « Il me touche au plus profond de mon âme », confie Sylvia. L’on croise aussi D’un matin de printemps de Lili Boulanger et un bel arrangement de To spring de Grieg. Du côté des découvertes, le nostalgique Au soir de l’oublié Gabriel Dupont et, surtout, la sonate Printemps de Dora Pejačević, une compositrice croate décédée en 1923. « Elle m’était totalement inconnue », reconnaît Sylvia qui, sous le charme, a désormais à cœur de faire redécouvrir son œuvre. C’est l’une des pépites de cet album porté par un archet d’une belle maturité, tout en finesse et en couleurs. On n’est pas Konzertmeisterin de l’Orchestre de la Monnaie sans raison. – SR

Larsen

Janvier, février 2026

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Les sorties


4nouki

pacific blue (EP) Sal de Fête

Le second EP de 4nouki, pacific blue, engloutit son auditeur comme une vague ambient et hyperpop à la trajectoire imprévisible. « J’avais envie de garder des morceaux calmes, mais aussi d’avoir des titres aux tempos plus intenses, en dit la chanteuse et productrice bruxelloise, ça me permet de m’amuser et d’avoir des ambiances contrastées. Je voulais assumer plusieurs effets, plusieurs voix et introduire des morceaux plus pop tout en gardant un son expérimental ». Le résultat est précisément cela : un opus de cinq morceaux à la fois en harmonie parfaite et radicalement singuliers. Ses thèmes, eux aussi, oscillent entre onirisme, sensibilité et agitation – comme sur le formidable titre éponyme de l’EP, où l’artiste regrette qu’on ait abusé de son temps sur des beats frénétiques, ou l’imagé crickets lullaby, qui se pare de field recordings de nature nocturne. « C’est un mélange entre aborder des expériences douloureuses et ressentir un temps d’espoir, d’apaisement, poursuit-elle, il y a cette dualité dans le propos et ce côté cathartique aussi ». Deux ans après son premier EP, Fallen Angel, 4nouki réintroduit subtilement sa guitare dans l’équation. « Des artistes comme Eartheater ou Oklou utilisent des guitares sur des morceaux qui sonnent plus comme de la musique électronique, c’est aussi une manière pour moi d’expérimenter », ajoute Anouk Boyer Mazal. Ses sonorités mélancoliques y gagnent en relief et se mêlent à une production électro impitoyable. Du bleu et du contraste, encore et encore. – PR

Behind The Pines RAW

Duid Let’s Duid

Epona (EP) Traumas

CrammedLab

so watt

Pour l’institution alternative Crammed Dics (Aksak Maboul, Zap Mama, Bebel Gilberto, Konono N°1, Yasmine Hamdan, etc.), Duid est prétexte à inaugurer un nouveau sous-label, entièrement dédié à la culture DIY (“Do It Yourself”). Pour incarner cet art de la débrouille, la maison de disques bruxelloise s’en remet aux créations sonores de Lucien Fraipont, inventeur du groupe Robbing Millions et cheville ouvrière de multiples projets musicaux. Pour l’heure, ce dernier s’aventure en solitaire du côté électronique de la force. Planqué sous la cape de Duid – un nom emprunté au répertoire du pianiste de jazz américain Bud Powell –, le musicien délaisse sa guitare pour emprunter des champs expérimentaux et ludiques, inspirés par des artistes tels que Rei Harakami, Logic System, Weather Report ou Sun Araw. Imaginé, enregistré, produit et mixé par le seul Lucien Fraipont, ce disque totalement DIY emporte l’oreille dans un univers fun et résolument fantasmagorique, où même les sirènes de police se prêtent aux réjouissances (Starting Point). À la façon des premiers bricolages de Bibio ou des chapitres oubliés de The Books, ce Let’s Duid rend le monde plus amusant. – NA

Certaines chansons vous bercent, d’autres vous piquent en plein cœur. Celles d’Epona appartiennent résolument à cette deuxième famille, et c’est tant mieux : depuis près de trois ans, l’artiste bruxelloise caresse nos cordes sensibles avec un lyrisme assumé – à la fois engagé et fédérateur –, porté par une instrumentation rock au croisement d’Alvvays et The Cranberries. Naviguant avec une aisance remarquable entre le français et l’anglais, la voilà qui convainc une fois de plus avec Traumas, un deuxième EP habité par une promesse de guérison. Tandis que sur Peine pour toi, elle impressionne par sa justesse d’écriture, l’excellent Computer nous suit partout, tout le temps. Des guitares douces-amères, une voix qui fend la nuit comme un cri du cœur trop longtemps retenu ; Traumas s’impose comme un gri-gri à garder contre soi, de jour comme de nuit. – DT

Autoproduction

Fort du succès du très catchy What do we choose sorti en 2019 qui leur a valu un certain retentissement en Belgique, en France et en Suisse, des premières parties d’Hooverphonic ou de Manic Street Preachers, le quatuor bruxellois sort enfin son premier véritable album. Enregistré dans l’un des plus célèbres studios Bruxellois, l’ICP, et présenté le 27 novembre dernier, RAW succède à leur second EP capté en 2020 dans ce même lieu. Comme l’explique Johnny de Pessemier, le batteur du groupe : « On a des connexions avec ICP, notre ingé son travaille là-bas. C’était chouette de revenir cinq ans après Secret, on a bouclé la boucle. » Plus qu’un album 11 titres, RAW est un aboutissement, remontant même aux prémices de l’existence du groupe : « Andréa et moi travaillons ensemble depuis douze ans, nous avions besoin d’écrire une page, on l’a enfin fait. Le titre Behind The Pines, cette traversée de la forêt, a été composée avant l’existence du groupe. On avait donc déjà le nom mais pas le groupe, le titre est resté dans les tiroirs pendant huit ans. » Pointons aussi le très efficace Only be a fire déjà sorti en 2022 sous forme de single. Côté nouvelles compos, War (ce qui donne Raw dans un miroir), Demon eyes et cette ballade punchy Not over renouvellent le genre : rock, efficace, bref, percutant ! RAW est aussi plus produit notamment grâce aux claviers de Jean-François Hertsens. En clair, du rock actuel à voir d’urgence sur scène, une première bonne résolution pour 2026 ! – JPL

Larsen

Janvier, février 2026

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Les sorties


©VINCENT BLAIRON

Arrêt sur image

Vincent Blairon

©VINCENT BLAIRON

Image extraite du clip de VAAGUE.

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TEXTE : NICOLAS ALSTEEN

La Jungle, Elia Rose, Marylène Corro, VAAGUE, Pierre Vaiana ou Arty Leiso ont, tous, un point commun : un clip réalisé par le talentueux Vincent Blairon.

Larsen

Janvier, février 2026

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ertaines carrières se dessinent dès le plus jeune âge. Celle de Vincent Blairon, par exemple. Né à Uccle en octobre 1987, ce dernier tombe un peu prématurément sur le film Koyaanisqatsi. « Il s’agit d’une production ultra-contemplative », précise-t-il. « Ce n’est pas une œuvre narrative, plutôt une succession d’images. Le réalisateur, le cinéaste Godfrey Reggio, joue sur des échelles d’espace et de temps pour montrer aux spectateurs le monde réel sous un angle différent. J’avais 8 ans quand j’ai vu ce film. » Bouleversé par cette affaire, sûr de ses capacités en la matière, le petit bonhomme chipe la vieille caméra de papa et se fait tout un cinéma. « Pour suggérer l’effondrement d’un immeuble, je filmais la culbute de mon jeu de construction KAPLA. Tous mes jeux étaient prétextes à reproduire une scène du film. » Cette enfance dédiée au cinéma amateur l’amène aux portes de l’Inraci (Institut national de radioélectricité et cinématographie). Diplôme en poche, il se lance en tant qu’indépendant. « Je ne bosse jamais sur de grosses productions », indique le vidéaste. « L’avantage des budgets étriqués, c’est que mes partenaires me laissent souvent carte blanche. Cela me permet d’apporter des idées un peu délirantes et de préserver ma passion. » Au quotidien, Vincent Blairon gère une société baptisée Les Frères Jambon Production. « Ce nom découle d’un délire adolescent. Avec un pote, on déconnait. On disait qu’un jour, on deviendrait des réalisateurs célèbres. Le but ultime ? Faire un featuring avec les frères Dardenne : une production des frères Jambon-Dardenne ! Ce duo n’a jamais vu le jour, mais le nom est resté. D’ailleurs, j’ai des petits logos en forme de jambon un peu partout sur mon matériel. » Le réalisateur est aussi professeur. « Je gère un petit module dans mon ancienne école, à l’Inraci. Le cours s’appelle “Productions vidéo légères”. Dans les faits, il s’agit d’un atelier en mode “one-man-crew”. Aujourd’hui, on demande de plus en plus aux photographes de faire de la vidéo. En gros, j’apprends aux élèves à devenir autonomes et polyvalents. » Mais la spécialité de Vincent Blairon reste, bien sûr, le vidéo clip. « Pourtant, à chaque fois qu’on me demande d’en réaliser un, je souffre du syndrome de l’imposteur », révèle-t-il. « Je ne sais pas du tout comment m’y prendre. Je n’ai jamais une idée précise de la marche à suivre. Mon seul leitmotiv, c’est d’essayer un truc nouveau à chaque clip. » Soit le secret d’une ligne de conduite irréprochable.

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Culte

Philippe Boesmans TEXTE : DOMINIQUE SIMONET

En 2026, le pianiste et compositeur aurait eu 90 ans. Ses amis Fabrizio Cassol, Benoît Jacques de Dixmude, Bernard Foccroulle, Kris Defoort, Sylvain Cambreling, Benoît Mernier, Jean-Luc Fafchamps et Camille De Rijck s’attachent à lui rendre hommage dans une suite d’événements intitulée Boesmans Waves.

N

é en 1936, le pianiste et compositeur Philippe Boesmans aurait eu 90 ans en 2026, l’une des raisons pour lesquelles aura lieu, en début d’année, une suite d’événements tant académiques que musicaux intitulée Boesmans Waves. À la manœuvre, plusieurs proches, comme Benoît Jacques de Dixmude, ancien producteur à la RTBF où travailla le musicien, Bernard Foccroulle en tant qu’organiste et ancien directeur de La Monnaie, Fabrizio Cassol, saxophoniste de jazz et compositeur. Philippe Boesmans est décédé le 10 avril 2022, à l’âge de 85 ans. Peu avant, « il m’a demandé de prendre soin de son patrimoine, explique Fabrizio Cassol. C’est un grand honneur et une immense responsabilité, car la tâche est assez gigantesque : à côté des dix opéras, il y a toute sa musique instrumentale, de chambre et symphonique. Certaines charges de responsabilité sont assez spectaculaires mais je donne tout mon amour pour que cette musique vive et, heureusement, je ne suis pas seul. »

Après un long parcours passant notamment par Darmstadt, le post-sérialisme, etc., Philippe Boesmans entre en contact avec Gérard Mortier, jeune et brillant directeur de La Monnaie à Bruxelles, au début des années 80. À l’époque, l’opéra n’a pas bonne presse et Mortier s’est donné pour tâche de le dépoussiérer. Il n’empêche, lorsque, sur un livret de Pierre Mertens, le compositeur s’attelle à mettre en musique l’histoire de Gilles de Rais, il compte bien « en finir avec l’opéra ».

Le dernier était le premier Ce qui devait être le dernier, La Passion de Gilles, fut en réalité le premier d’une succession quasi ininterrompue de dix opéras. « Avant de partir, alors qu’il finissait On purge bébé !, il travaillait déjà sur un autre opéra, se souvient Fabrizio Cassol. C’était son univers le plus naturel, en tant que compositeur et homme de théâtre. » En effet, Philippe Boesmans était fasciné par l’œuvre de William Shakespeare et On purge bébé ! est basé sur la pièce éponyme de Georges Feydeau. Ses collaborations avec des metteurs en scène comme Luc Bondy (Wintermärchen et Reigen) ou encore Joël Pommerat (Au monde et Pinocchio) témoignent également de ses liens avec l’univers théâtral. « Ce qui intéresse Philippe Boesmans, c’est de raconter des histoires dans une approche théâtrale, analyse également Benoît Jacques de Dixmude. Et, comme Mozart, il a un amour pour ses personnages sans jamais émettre de jugement ». « Il sait écrire très bien pour tous les personnages qui ont beaucoup de bonté, comme ceux qui ont un caractère terrible, confirme Fabrizio Cassol. Il sait se mettre dans la peau de tout le monde quand il écrit et, là où il y a du désenchantement, il sait toujours mettre de la grâce. »

Régularité absolue Comme Bernard Foccroulle et Benoît Jacques de Dixmude, Fabrizio Cassol tient Philippe Boesmans en la plus haute estime : « C’est très rare, quelqu’un qui a été dans la composition d’opéras avec une régularité absolue pendant des décennies, et il a fait chef-d’œuvre sur chef-d’œuvre ! ». L’histoire aurait cependant pu être toute différente. Né à Tongres, dans le Limbourg, le 17 mai 1936, Philippe Boesmans est entré au Conservatoire de Liège à l’âge de 16 ans. À l’époque, notamment à l’instigation du pianiste Pierre Froidebise, il est initié à la musique sérielle, aux œuvres d’Olivier Messiaen et de Karlheinz Stockhausen, ainsi qu’à la musique ancienne.

Larsen

Janvier, février 2026

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Culte


© ISABEL L E F RANÇAIX

Boesmans Waves 2026 Une première “Boesmans Wave” verra le jour en ce début d’année, grâce à l’enthousiasme de partenaires tels que La Monnaie, Flagey, Brussels Philharmonic, le Conservatoire Royal de Bruxelles, le Collège Belgique, l’Académie Royale de Belgique et le Klara Festival.

Au diable le post-sériel ! Qui plus est, « Quand il écrit, Philippe Boesmans essaie toujours de se mettre à la place du public », selon le musicologue Benoît Jacques de Dixmude. « Il s’est très vite débarrassé des préoccupations postsérielles et, pour lui, la consonance n’était pas un vilain mot ! Toucher le public était important pour lui. Idem avec le patrimoine musical : quand il s’en sert, il le fait avec son talent, son humour et sa virtuosité. »

que Philippe va utiliser cinquante ans plus tard, comme le thème de Mendelssohn dans On purge bébé ! » Dans Fanfare II – créé par Bernard Foccroulle et filmé récemment à l’orgue de la cathédrale des Saints-Michel-et-Gudule de Bruxelles -, comme dans tous ses opéras, Philippe Boesmans utilise clairement la notion de “Klangfarbenmelodie”, ou de “mélodie de timbre” : « Travaillant la couleur du son, il s’attache à faire circuler un thème musical à travers des timbres différents », analyse Benoît Jacques de Dixmude. « Dans la salle, cette circulation du son est absolument fascinante mais elle est plus difficile, voire perturbante, pour les musiciens. » En effet, « cela exige une écoute plus intense entre musiciens et un chef extrêmement attentif à assurer la fluidité et la continuité de la musique ».

Fabrizio Cassol

« Là où il y a du désenchantement, Philippe Boesmans sait toujours mettre de la grâce. »

Rire De leur rencontre au Conservatoire de Liège au début des années 80, Fabrizio Cassol conserve le souvenir d’une personne « extrêmement charismatique, à l’aise dans toutes les situations ». Dans la fine équipe, on trouvait également Bernard Foccroulle, Michel Massot, Kris Defoort. « Chez lui, tous ensemble, on rigolait. Il aimait beaucoup rire, c’était joyeux et nourrissant. » Par ailleurs, « il nous a donné une impulsion sur notre attitude par rapport à la recherche musicale », se souvient le saxophoniste et compositeur. S’il est toujours admiré pour sa musique aujourd’hui et que son œuvre, régulièrement reprise, poursuit son parcours créatif, « cela tient au génie de sa musique, profondément humaine et extrêmement exigeante à jouer ». Pour Fabrizio Cassol, la musique de Philippe Boesmans « procure beaucoup de plaisir à interpréter et, pour le public, elle semble évidente à recevoir ».

En effet, dans l’œuvre de Boesmans, il y a cette continuité : « Très virtuose, il se nourrit du patrimoine. Ainsi, dans la pièce pour orgue Fanfare II, il disperse le thème du “kyrie” de la Messe de Nostre Dame de Guillaume de Machaut, et l’orgue lui permet de fort jouer sur les timbres. Dans cette pièce, qui date de 1972, on trouve des procédés

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Janvier, février 2026

Un site web accompagnera la manifestation : philippeboesmans.be. Avec notamment une “Journée Boesmans” au Collège Belgique à l’Académie Royale de Belgique et de nombreux concerts, master class… en février et mars 2026.

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L’anecdote

J’adore ce que vous faites

©SOPHIE BODARWÉ

JauneOrange Le 10 janvier, JauneOrange a fêté une fois encore ses 25 ans à la Caserne Fonck à Liège. Revisitant un quart de siècle de musique dans la Cité ardente avec les groupes qui ont rythmé l’histoire du collectif liégeois. Label, tourneur, éditeur, organisateur d’évènements (le Micro Festival notamment), JO fait mieux que résister à l’ouvrage du temps et aux grands bouleversements. Yannick Grégoire résume en une anecdote une aventure pas comme les autres. TEXTE : JULIEN BROQUET ©DR

Bon Public Depuis dix ans, le DJ Bon Public parcourt les clubs du pays et contribue à dynamiser la scène électronique avec Magma, l’agence et label qu’il a cofondé avec Julien Gathy et qui accompagne notamment TUKAN et Echt!. Aujourd’hui, il se lance comme producteur avec Fermented Beats, un premier EP percutant. TEXTE : LOUISE HERMANT

« J’avais 12 ans quand je suis tombé dans la musique électronique. Mon meilleur pote de classe était le fils d’un des membres de Front 242, des pionniers en Belgique qui ont influencé tous les artistes que j’écoute aujourd’hui », se rappelle Seb Deprez, alias Bon Public. Le père de son copain, Patrick Codenys, les laisse jouer dans son studio et chipoter aux synthés, sans broncher. Il les emmène ensuite au Pukkelpop pour découvrir The Hacker, le grand producteur français de techno. Un concert presque fondateur pour le Bruxellois. « L’année dernière, j’ai joué après lui. Tout s’est connecté. Tout est vraiment parti de là pour moi. Voir que je me produisais juste après lui avait beaucoup de sens. » Pendant son adolescence, la sœur de sa belle-mère lui offre aussi chaque Noël une compilation regroupant de nombreux artistes électro, comme The Hacker, Miss Kittin ou Vitalic. « Cette époque électro m’a façonné. Ce sont eux qui ont inspiré par la suite Justice et Ed Banger, dont j’étais ultra-fan quand j’avais 17 ans. » Parmi les artistes importants dans son parcours, on retrouve aussi LCD Soundsystem. « J’aime quand ce n’est pas tout simple et lisse. Est-ce que c’est de la musique électronique ? Du rock ? On ne sait pas trop, c’est entre les deux. J’aime les projets hybrides avec de la subtilité, où l’on capte les influences quand on creuse un peu. » Pour découvrir de nouvelles musiques, Seb Deprez fait confiance au label Optimo, basé à Glasgow. « Depuis que je mixe, je suis toutes leurs sorties. C’est à chaque fois ma came. » Il cite également un autre label, allemand cette fois : Public Possession. « J’adore leur musique, mais j’adore aussi leur univers de communication. Ça a été une grosse inspiration pour Magma. »

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Janvier, février 2026

J’adore…

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Lors du premier Micro, on était des glands. On ne savait pas trop comment gérer les cautions. Quelqu’un a eu l’idée d’acheter des melons et d’en donner une tranche contre chaque gobelet restitué. Le problème, c’est qu’on a totalement foiré. On les a mis au congélo au lieu de les taper au frigo. Ça a vraiment été une catastrophe sur toute la ligne. D’autant que les gens n’en avaient absolument rien à cirer de recevoir du melon à 2h du matin… Cette anecdote résume JauneOrange de manière plutôt marrante. On a toujours tout appris comme ça. Sur le tas. On ne savait pas organiser un festival quand on a lancé le Micro et quinze ans après, il est toujours là. À la base, les gens savaient juste jouer de la musique. Ils n’avaient jamais monté un label. Ce n’était le métier de personne mais ça a toujours fonctionné comme ça. Par essais et erreurs. Et ça a toujours commencé par une réflexion à plusieurs. 25 ans plus tard, tu as toujours un label. Tu as de l’édition, du booking, des concerts, le festival… On a compris comment ça marche. On a appris comment faire. Et c’est vraiment devenu notre métier. J’aime cette idée qu’il faut se lancer. Je pense que chez JO, il y a toujours eu cet aspect-là. Des gens qui tentent, qui essaient… On n’a jamais la vraie formule mais au final, il y a toujours des trucs qui fonctionnent. C’est aussi parfois se casser la gueule mais ça permet d’apprendre. Apprendre notamment à calculer. À ce que les risques soient mesurés. Les gens ont parfois l’impression qu’on fait les choses lentement. Mais c’est l’occasion de se redéployer. De ne pas se jeter tête baissée. On est également impliqué dans la création du KulturA. Et là aussi, c’est quelque chose qu’on ne savait pas faire. On navigue quand même dans un milieu tout le temps en train de bouger. Il n’y a jamais rien de figé dans la musique et dans la culture. Les recettes qui fonctionnaient pour vendre des disques ou attirer des gens à des concerts il y a dix ans ne sont plus les mêmes que maintenant. Tu es obligé de tenter des choses et de te casser parfois un peu la figure. Là, on va tenir notre premier Micro d’hiver. On verra ce que ça donne.

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