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LARSEN°63

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Le magazine de l’actualité musicale en Fédération Wallonie-Bruxelles nº63 mai – juin 2025

Colt

Attention au décollage !

© ROMAIN GARCIN

Orlane p.11 Helena p.12 ROZA p.14 La Chiva Gantiva p.16 Fred Lani p.20 Neptunian Maximalism p.40 Les festivals à l’heure du repositionnement p.22 Les labels de musique classique en 2025 p.32


p.a.n_studio podcast maker

w w w. p a n s t u d i o . b e PROGRAMME DE LA JOURNÉE: 10:00 Table Ronde : La musique classique, un atout pour la programmation culturelle ? 11:30 Erämaa Trio Fuun Jo Shi 12:00 Satellite Speak --

ADRE S LE C N IQ3 A D MUS L A ESTIV DU F

14:00 Zinnetango de Brel à Buenos Aires 14:30 Ensemble InAlto Bläserbüchlein - Le Carnet des vents de Bach Infos et réservations: www.festivalmusiq3.be

-15:15 Alice Hebborn et Nao Momitani Saisons 15:45 Duo Alisil Terre Natale 16:30 Atelier Wallonie-Bruxelles Musique: Déployer son projet musical à l’international

PROPULSE_2025.indd 1

STAGE JAZZ AU VERT

15/04/25 12:26

13 – 19 40È ÉDITION JUILLET 2025

INTERNAT SAINT-PAUL GODINNE

OUVERT À TOUS INSTRUMENTS À PARTIR DE 16 ANS INFOS ET INSCRIPTIONS : LESLUNDISDHORTENSE.BE


P.11

Orlane, aller/pop, retour/électro

P.14

Helena, sensation pop belge

P.16

La Chiva Gantiva, retour engagé !

Édito À l’heure où les cachets explosent et où le public achète ses billets à la dernière minute, les festivals de la Fédération Wallonie-Bruxelles tiennent bon… mais doivent souvent revoir leur copie. Loin des mastodontes comme Rock Werchter ou Tomorrowland, nos festivals s’appuient sur un modèle plutôt artisanal et une programmation qui fait la part belle à la découverte, portés par des convictions plus que par des chiffres. Une force, celle de la résilience, mais aussi une fragilité car comment s’adapter quand c’est l’économie de marché qui impose ses lois jusque dans les chapiteaux estivaux ? Plusieurs festivals ont été contraints de repenser leur format et ils en ont profité pour investir de nouveaux lieux, lier des collaborations locales, raccourcir leur durée ou encore recentrer leur ligne artistique et conserver ainsi toute leur pertinence. Un même souffle qui traverse les labels de musique classique de la Fédération, également ancrés dans une économie de moyens. Souvent animés par une passion indéfectible et portés par une forte exigence, ils sont poussés à explorer de nouvelles esthétiques, à créer des ponts avec d’autres disciplines ou à investir le numérique autrement. Dans ce contexte mouvant et politiquement incertain, l’artisanat devient presque un acte de résistance et finalement, d’innovation ! Claire Monville

Conseil de la Musique Rue Lebeau, 39 1000 Bruxelles conseildelamusique.be Contacter la rédaction larsen@conseildelamusique.be Directrice de la rédaction Claire Monville Comité de rédaction Nicolas Alsteen François-Xavier Descamps Juliette Depré Maïlis Elliker Christophe Hars Claire Monville Coordinateur de la rédaction François-Xavier Descamps Rédacteur François-Xavier Descamps Collaborateur·trices Nicolas Alsteen Julien Broquet Nicolas Capart Victoria De Schrijver Vanessa Fantinel Jean-Pierre Goffin Louise Hermant Ayla Kardas Luc Lorfèvre Jacques Prouvost Philomène Raxhon Didier Stiers Diane Theunissen Bernard Vincken Relecteur Nicolas Lommers Couverture Colt ©Romain Garcin Promotion & Diffusion François-Xavier Descamps Abonnement Vous pouvez vous abonner gratuitement à Larsen. larsen@conseildelamusique.be Tél. : 02 550 13 20

P.22

Impression die Keure Prochain numéro Septembre 2025

Crédits Clotilde Billielle Moises Alean Bernard Babette Joris Ngowembona

Larsen

P.38

Mai, juin 25

En Couverture ENTRETIEN

p.4 p.5 p.6

Ouverture ARRIÈRE-PLAN Nicolas Berwart AFFAIRES À SUIVRE EN VRAC

p.11 p.12 p.13 p.14 p.15 p.16 p.17 p.18 p.19

# rencontres Orlane Helena Aprile ROZA Kuna Maze – KARI BEE La Chiva Gantiva Basile Rahola Alice Hebborn Erämaa Trio

Il faut sauver le soldat “festival” !

Conception graphique Mateo Broillet Jean-Marc Klinkert Seance.info

P.32

p.8

Volta, alternateur musical bruxellois

Colt

Articles Fred Lani p.20 AVANT-PLAN p.22 360° Les festivals à l’heure du repositionnement De la puce à l’oreille p.26 DIGITAL p.28 IN SITU Volta p.30 MÉDIA #HelloQuitX #ByeMeta p.32 180° Les labels de musique classique en 2025

Fred Jannin, entre crayon et synthé

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p.35

Les sorties

p.38 p.40 p.41 p.42 p.42

Bonus CULTE 4×4 ARRÊT IMAGE J’ADORE… L’ANECDOTE

Fred Jannin Neptunian Maximalism Bilou Le Motel Paradoxant

Sommaire


Arrière-plan

Nicolas Berwart

# musicien

©MARA ZODA

# festivals·Wallonie

S’il en est un au parcours étonnant et éclectique dans le paysage musical francophone belge, c’est bien Nicolas Berwart !

De l’atypique au classique

TEXTE : JULIEN BROQUET

N

é à Liège le 20 décembre 1983, le grand échalas aujourd’hui directeur des Festivals de Wallonie, s’est d’abord fait connaître en tant que bassiste d’Été 67. « Je m’occupais de ce qui était logistique autour du groupe. J’aimais bien organiser les tournées, les feuilles de route. Tous ces trucs que personne ne veut faire. Alors quand on s’est mis à en avoir un peu marre les uns des autres mais gentiment et qu’on a décidé d’arrêter, je suis devenu tour manager. » Nicolas a pris la route avec le Spinto Band, Frànçois and The Atlas Mountains, Sharko, les Girls in Hawaii ou encore Alice On The Roof. Puis quand la pandémie est arrivée, il a une nouvelle fois eu l’occasion de se réinventer. « J’ai vu une offre d’emploi sur Facebook du cabinet de la ministre de la culture de l’époque, Bénédicte Linard, qui cherchait un collaborateur musique. Je n’avais jamais bossé en politique ou dans une administration. Je ne suis pas politisé. Enfin, j’ai des convictions mais pas de carte de parti. J’y suis arrivé en août 2020 et j’y suis resté quatre ans jusqu’à la fin de la législature. J’y ai appris plein de choses. Travaillé sur l’humour, la diffusion, la musique classique… » Écolo n’ayant pas tout à fait remporté les dernières élections, le cabinet en 2024 s’est dissout. « J’y étais préparé et de toute façon, l’idée d’avoir un boulot à long terme m’inquiète plutôt que me rassure. »

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Aujourd’hui, Nicolas Berwart remplace Isabelle Bodson à la direction des Festivals de Wallonie. Une structure fédérative qui rassemble le Festival (des musiques de chambre) de Stavelot, le Festival Musical de Namur, le Festival Musical du Hainaut, le Royal Juillet Musical de Saint-Hubert, Les Nuits de Septembre (à Liège), le Festival Musiq3 de Bruxelles et celui du Brabant wallon. « J’aimerais diversifier les publics et entre guillemets démocratiser les concerts de musique classique. Parce qu’en 2025, ils sont encore très connotés socialement. Certains n’osent pas en pousser la porte. Estiment ne pas en posséder les codes. Il n’est aucunement question de niveler par le bas les ambitions d’excellence de ces festivals qui ont tous une direction artistique hyper compétente et pointue. Mais il faut essayer de les ouvrir à celles et ceux qui n’y sont jamais venus, ce que permettent notamment des gens comme Nils Frahm ou Kowari. » Nicolas Berwart risque d’autant moins de s’embêter que Fervents, le groupe de rock nerveux qu’il partage avec Sébastien Beaumont et l’ancien chanteur des Tellers Ben Baillieux-Beynon, fait son trou. Des petits clubs anglais à une première partie à l’Olympia. Le Liégeois ne s’arrêtera pas là.

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Arrière-plan


Jow A& M

# rap

©DR

Grand espoir du rap bruxellois, Jow confirme son (haut) potentiel sur le récent A&M, nouvel extrait d’une mixtape qui a été dévoilée dans son intégralité fin avril. Validée par Zwangere Guy et parfaitement mise en images par Misha Van der Werf, cette vidéo N/B n’est pas sans rappeler l’esthétique défendue dans le film culte La Haine. Entre ombre et lumière, spleen contemporain et énergie urbaine, Jow est assurément l’un des artistes à suivre de près dans les mois à venir. # pop

# newsletter

Oberbaum “Souviens-toi, c’est quoi ton RÊVE ? « Ça y est, le deuxième album d’Oberbaum est dans la boîte ! » Oberbaum, c’est le projet musical de Lucie Rezsöhazy et vous vous souvenez peut-être de son premier disque de pop ambitieuse, The Absence of Misery (2023). Pour soulager l’impatience de la sortie de son nouvel album, Lucie vous propose de suivre les joies et les affres de sa création en vous abonnant à une newsletter qui vous en retrace toutes les étapes. À découvrir via oberbaummusic.substack.com. Joyeux et pétillant !

©ALICE MAËS

Affaires à suivre

# clip

# encadrement

# FINTA

Parcours Minigolf 2025 Trois artistes FINTA

©DR

Les Volumineuses, Le Brass, Le Bamp, l’atelier 210 et la Maison poème encadrent cette 2e édition du Parcours Minigolf : un projet d’accompagnement artistique qui suivra trois projets musicaux d’artistes FINTA de la FWB, du printemps à l’automne. Cet accompagnement proposera des formations, des résidences ou des showcases de présentation aux artistes sélectionné·es, à savoir Nena Planeta (spanish rap/jazzy), Xaxalxe (“8-bit” électro) et Leïla Alice (dream·ambient pop). # folk

# music-hall

Alice George Perez La guitare qui sautille

©DR

Le “finger-picking”, ça vous parle ? Technique de jeu guitaristique propre au folk et rendue populaire auprès d’un certain public par des artistes allant de Sibylle Baier à Adrianne Lenker, c’est aujourd’hui, et chez nous, la jeune autrice-compositrice Alice George Perez qui s’y illustre. Un peu “music-hall”, très indie folk, la jeune musicienne puise ses influences tant auprès des anciens que de ses contemporain·es. Un univers à appréhender “live”, par exemple lors de la Fête de la Musique ! # podcast

# “psy”

Artistes en équilibre Prendre soin de soi

©DR

Lucile Bauer, nom d’artiste : Elbi San. Touche à tout, à la fois musicienne, coach vocal, productrice ou DJ, elle est aussi à l’initiative de cette série de podcasts consacrée aux « artistes en recherche de connexion ». Hébergé par Acast, on y aborde autant des sujets liés à la santé mentale ou physique des artistes que des problématiques susceptibles de croiser leurs chemins tout au long de leur parcours professionnel comme Créer sans s’épuiser ou La procrastination dans l’art… Salutaire.

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Affaires à suivre


vie des techniciennes Un ouvrage de référence pour le secteur culturel

Le 24 avril dernier, le MAD, la plateforme bruxelloise d’expertise dans les secteurs de la Mode et du Design, ouvrait ses portes à une conférence consacrée à la place des femmes dans les pratiques du secteur culturel. Au-delà de ce rendez-vous mené, et modéré, par des chevilles ouvrières issues de différentes associations et institutions de la Fédération Wallonie-Bruxelles (Face B, Les Grenades, Scivias, La Horde Productions ou Bozar), ce fut là l’occasion de découvrir une publication tournée vers le métier de technicienne dans le paysage culturel belge. Défricheuse, cette référence découle d’un long processus d’investigation : une enquête de 18 mois, menée sur le terrain, au contact immédiat des protagonistes de l’action (culturelle). Consciencieux et complet, cet ouvrage consigne conseils, bonnes pratiques, ressources et clés d’émancipation à l’attention des techniciennes des arts, mais aussi à destination de toutes les personnes sensibles à leurs interventions. Pour plus d’informations et obtenir ce livre de référence, rendez-vous sur le site web de l’organisation : billetweb.fr/conference-mad.

• Disparition de

Pierrot Pelseneer Le rap belge perd l’une de ses chevilles ouvrières

Au début des années 2000, en Belgique, le rap ne bénéficie pas encore de l’appui du public et des médias. À l’époque, les fers de lance du mouvement s’activent en marge du système et, surtout, à l’ombre des succès populaires. Du côté d’Ixelles, Pierre Pelseneer – dit Pierrot Pelseneer – tient pourtant à mettre en lumière la vitalité du secteur via Same Same, un studio d’enregistrement agencé pour soutenir l’émergence d’une nouvelle génération d’artistes rap. À l’origine des trois (précieux) volumes des compilations Dans Ta Rue, mais aussi à la base de l’initiative Dans Ta Ruelle, premier

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Spotify en hausse Belgique, Luxembourg et Pays-bas passent à la caisse

recueil discographique entièrement consacré aux rappeuses du plat pays, l’ingénieur du son et producteur bruxellois est décédé en mars dernier. Avec l’asbl Same Same, il a notamment appuyé le travail d’artistes comme Akro, James Deano, Treza (13Hor) ou de collectifs comme Opak (Scylla, L’AB7, Masta Pi, etc.), Chant D. Loups (Badi, etc.) ou Ultime Team. À travers ses activités, Pierrot Pelseneer a fait de la production, de la promotion, du management et de nombreux enregistrements, offrant un véritable tremplin à des artistes qui cherchaient alors un peu de visibilité. À sa façon, Pierrot Pelseneer a joué un rôle discret, mais décisif, dans l’essor et l’histoire du rap belge.

• Parcours

FrancoFaune 2025 CHOSE + IMIS KILL + NSANGU

Mi-mars, dix artistes se sont succédé·es sur la scène de la Maison poème dans le cadre de la sélection du Parcours FrancoFaune 2025. Le Parcours FrancoFaune est une initiative visant à soutenir les artistes émergents de la scène musicale francophone. Il offre une plateforme de visibilité, notamment à travers des concerts, des résidences artistiques, et des opportunités de collaboration avec des professionnel·les du secteur. Le comité de sélection a posé ses choix et cette année, le Parcours FrancoFaune accompagnera CHOSE, Imis Kill et Nsangu qui ont émergé au sein des autres participant·es, Paons Perdus, Futur Bandit, Louis Louis, Raphaël s’améliore, Z&T, Izali et Skriz. Prochain rendez-vous annoncé par les organisateur·rices : des entretiens individuels avec chacun des 10 projets, pour leur détailler les retours du comité de sélection et leur donner des pistes pour continuer à progresser. Les trois projets retenus seront ensuite accompagnés à l’année avecrésidences, rendez-vous et conseils, avant une programmation lors de la 12e édition du Festival FrancoFaune, qui se tiendra du 1er au 11 octobre 2025.

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• Un livre se penche sur la

©DR

En vrac…

• Prix des abonnements

Spotify vient d’augmenter ses prix pour les abonnés en Belgique, aux Pays-Bas et au Luxembourg. Ces hausses de prix surviennent au moment où le géant suédois du streaming planche sur de nouvelles stratégies de développement, visant à générer des marges bénéficiaires alternatives. Aux Pays-Bas et au Luxembourg, un abonnement individuel coûte désormais 12,99 euros, soit une hausse de 18% par rapport aux 10,99 euros demandés l’an dernier. Les forfaits familiaux bondissent également de 22% dans ces deux pays, passant de 17,99 euros à 21,99 euros. En Belgique, la hausse des prix se confirme aussi : les forfaits individuels augmentent de 9%, passant de 10,99 euros à 11,99 euros, tandis que les abonnements familiaux progressent de 17%, passant de 17,99 euros à 20,99 euros. Même le forfait étudiant se voit augmenter d’un euro symbolique (de 5,99 euros à 6,99 euros). Avec cette hausse des prix des abonnements, les pays du Benelux dépassent désormais les prix des services Spotify dans les grandes économies voisines. En Allemagne et en Espagne, par exemple, l’abonnement individuel reste plafonné à 10,99 euros. Les Pays-Bas, le Luxembourg et la Belgique comptent ainsi parmi les pays du monde où les abonnements Spotify sont les plus chers. Aux États-Unis, à titre de comparaison, les abonnés Premium payent 11,99 dollars pour un forfait individuel et 19,99 dollars par mois pour un forfait familial. Le forfait Premium Étudiant reste stable, à 5,99 dollars. Ces hausses de prix interviennent alors que Spotify s’apprête à lancer une offre “Music Pro” qui comprendrait divers avantages pour les “super fans”. En juillet dernier, le PDG de Spotify, Daniel Ek, a déclaré aux analystes que l’entreprise travaillait sur une offre “deluxe” plus onéreuse, sans en préciser la teneur. Reste maintenant à voir si ces augmentations tarifaires auront des répercussions positives pour le portefeuille des artistes belges, luxembourgeois et hollandais présents sur Spotify…

En vrac


• Les musicien·nes de l’ONB

L’arrêt de la Cour de justice de l’Union européenne du 6 mars 2025 répond à deux questions préjudicielles du Conseil d’État belge. Ce Conseil d’État belge avait été saisi d’un recours en illégalité par les délégations syndicales de l’Orchestre National de Belgique. Certain·es musicien·nes remettant en cause un arrêté royal imposant aux musiciens une cession obligatoire de leurs droits voisins en échange d’une rémunération fixée arbitrairement par l’employeur. Rappel des faits. Durant la crise du Covid, la direction de l’Orchestre National de Belgique avait mis des enregistrements à la disposition du public et ce, sans recueillir l’accord des musicien·nes concerné·es. Une rémunération forfaitaire annuelle, arbitrairement fixée à 600 euros et censée rémunérer la cession de leurs droits, leur avait été allouée. Une décision contestée donc par les musicien·nes devant la justice belge. Conformément aux réquisitions de l’Avocat général, la Cour a estimé que le droit de l’UE s’opposait à une cession obligatoire de ces droits voisins des artistes musiciens de l’ONB aux fins de leur exploitation par leur employeur. Le Conseil d’État doit encore statuer mais l’issue de la procédure semble déjà connue. Un résultat obtenu grâce au travail des musicien·nes de l’ONB, de leurs syndicats et de leurs avocats.

• Tarmac continue mais ce sera sans Akro Thomas Duprel, aka Akro (membre fondateur du groupe hip-hop Starflam et auteur de plusieurs albums solo), était responsable d’édition et de contenus depuis 2017 pour le projet hip-hop digital Tarmac, qu’il aura lui-même aidé à se lancer et à développer. Le “boss” de Tarmac, tel qu’il se définissait, a posté il y a quelques jours ce message sur ses réseaux sociaux. “Après presque 9 ans de bons et loyaux services ma mission au sein de la RTBF prend fin ce jour. Merci à ceux qui m’ont fait confiance et permis de réaliser un rêve de gosse en créant et faisant grandir Tarmac.” Akro avait également récemment contribué à la création et réalisation du documentaire Timeline qui retrace l’épopée du rap en Belgique. Un nouveau tournant donc en perspective pour la chaîne hip-hop de la RTBF.

• La culture en FWB ? Plus de 100.000 emplois ! Une étude dresse pour la première fois un état des lieux complet de l’emploi dans le secteur culturel en Fédération Wallonie-Bruxelles. C’est l’ULB qui a été mandatée pour réaliser cette toute première étude, sous la coordination de l’Observatoire des politiques culturelles. « Alors que les données disponibles jusqu’ici en Belgique francophone étaient éparses, ponctuelles ou limitées à certains territoires, le travail de Christophe Levaux, chercheur FNRS au LaM, Laboratoire de musicologie (Faculté de Philosophie et Sciences sociales), et Louise de Brabandere, chargée de recherche au centre METICES (Faculté de Philosophie et Sciences sociales) se distingue par son ambition : offrir une vue d’ensemble structurée de l’emploi culturel, en tenant compte à la fois des salariés et des indépendants, qu’ils soient ou non subventionnés par la FWB. » Constituée de deux parties distinctes, la première partie de l’étude a pour objectif de mesurer l’emploi dans le secteur culturel en FWB,

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gagnent la bataille Pas de cession obligatoire de leurs droits !

sans distinction entre les opérateurs culturels qui sont subventionnés par la FWB et ceux qui ne le sont pas. Cette partie s’appuie, pour les salariés, sur le cadre européen pour la production de statistiques culturelles (ESSnet-Culture) et sur les données de l’ONSS. Un travail de mise à jour du modèle européen a toutefois été réalisé, consistant à exclure des domaines non compris dans le périmètre de la FWB (comme la publicité) et à inclure des domaines en faisant partie (comme le design ou la mode). Pour les indépendant·es, les données proviennent de l’INASTI. La deuxième partie a pour objectif de mesurer l’emploi auprès des opérateurs culturels subventionnés par la FWB via l’Administration générale de la Culture. Quelques chiffres et données à retenir ? Le secteur culturel représente plus de 100.000 emplois en Fédération WallonieBruxelles, auxquels ajouter 16.500 indépendant·es à titre complémentaire. L’emploi se concentre princi-palement dans la mode, le livre et la presse, l’audiovisuel, le design, les arts vivants et l’architecture. Bruxelles (52%), Liège (12%) et le Brabant wallon (7%) regroupent la majorité de cet emploi. L’étude relève la grande fragmentation de cet emploi culturel, la fréquence importante des emplois à temps partiel et corollairement, le très faible niveau des revenus bruts annuels moyens. 12.668 euros… moins de treize mille euros donc : c’est le salaire brut annuel moyen des artistes. L’étude complète est disponible en ligne : https://opc.cfwb.be.

• Podcast

« Écoute-moi si tu peux ! » La création contemporaine pour les nuls

Musiq3 et le Forum de la Création Musicale se sont associés pour proposer une série de podcasts visant à rendre plus accessible la musique de création (à destination d’opéras, de films ou encore de jeux vidéo). Souffrant d’une aura un peu obscure ou d’abords difficiles, ces 9 podcasts démystifient toutes ces “nouvelles” musiques à travers des thématiques bien identifiées et permettent de mettre en lumière certain·es créateur·rices de ce pan du spectre musical de la Fédération Wallonie-Bruxelles. « Par la magie d’un podcast intimiste, Max Charue parvient à créer une conversation sans complexe avec ses invité·es, vulgarisant un métier et un savoir-faire a priori inaccessibles, démystifiant ainsi l’acte de composer en révélant tous ses secrets ! ». Lui-même musicien, et bien sûr compositeur, Max Charue se trouve aux premières loges pour aborder tous ces sujets et les rendre intelligibles à un large public. C’est ainsi que vous pourrez tout savoir sur la composition pour opéra en compagnie de Benoît Mernier, mieux comprendre ce qu’est la musique électro-acoustique en compagnie de Charo Calvo et Todor Todorov ou encore assimiler la notion de consonance avec Jean-Paul Dessy et Line Adam. Tous ces podcasts sont en accès libre sur RTBF Auvio.

En vrac


©MATTHIEU CROIZIER

L’entretien # album

# pop

Colt

Attention au décollage ! TEXTE : DIANE THEUNISSEN

Deux ans après Mille Vies, le duo le plus en vogue de la capitale débarque en grande pompe avec un premier album très attendu, Saveur Cœur Abîmé. Larsen

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L’entretien


«

Ces deux dernières années, tout s’est emballé. On a vécu plein de En effet, il y a eu un réel engouement autour de votre projet ces deux choses hyper intenses et je pense que ça se ressent dans notre dernières années. musique », confesse Antoine, co-fondateur du duo. Après plu- A : L’un des thèmes principaux de l’album, c’est ça. C’est pour cette sieurs EP et une flambée de concerts pleins à craquer, les deux raison que visuellement, il y a beaucoup de feu. On compare vraiprodiges de la pop posent leurs valises et couchent leurs joies, leurs ment cette période à un embrasement de notre projet, dont on a doutes et leurs fiertés dans un premier opus brillant : un hymne à l’acentretenu la flamme depuis longtemps. ceptation de soi, une photographie d’une tranche de vie éreintante, C : Ce qui nous unit, quand on est sur scène, quand on fait de la euphorique et émancipatrice. De la musique pleine de sens – et pleine musique, c’est cette fusion. Cette énergie qui naît entre nous deux, de sons –, qui va droit au but et nous happe à chaque refrain : nichée qui est hyper explosive, sur scène on adore se déchaîner. Et ce lien-là est très fort aussi. entre “punchlines” incisives, beats asymétriques et envolées lyriques, la musique de Colt nous marque au fer rouge. Et c’est tant mieux. Au travers d’arrangements mi-organiques mi-électroniques, Colt Le fait d’évoluer dans un monde très digitalisé – où les réseaux sonous offre une musique à fleur de peau. Des chansons-souvenirs qui ciaux prennent beaucoup de place – vous a-t-il poussé à créer ce live résonnent et, avec un brin de nostalgie, retracent l’évolution de deux si dynamique, si authentique ? Ce lien direct avec les gens, vous en avez besoin ? artistes innovant·es, libres et complices. A : De fou, c’est une manière de se ressourcer. Votre premier album sort dans quelques semaines. Qu’est-ce que ça fait C : Après chaque concert, on va voir le public. Et au-delà de créer du de plonger dans le grand bain ? C’est excitant, effrayant ? lien, pour nous, la scène, c’est vraiment très important. La première chose qu’on a faite après avoir écrit des chansons, c’est de monAntoine : Le premier album, c’est une grosse étape (…) Perso, j’ai trop hâte de le sortir et de le faire écouter : toutes les conditions sont ter sur scène via des concours tremplins. L’objectif des réseaux réunies pour que ça se passe bien. J’en suis vraiment fier. sociaux, c’était de faire venir les gens aux concerts. Il y a d’ailleurs Coline : Il y a quand même un peu de pression, pour ma part. Un premier beaucoup de chansons qu’on a écrites en se disant « ça, ça va vraialbum, c’est très symbolique. On dit souvent que c’est une carte que ment bien donner sur scène ». tu joues à un moment important mais, avec le temps qui passe, je me suis rendu compte qu’un album, c’était surtout une compilation de Dès la première écoute, vos chansons et leurs paroles restent en tête. plein de chansons écrites à un moment donné – et ce qu’on retient Est-ce que c’était important pour vous de faire résonner les mots, autant de cette période-là. Le voir de cette manière, ça me permet de que de leur donner du sens ? prendre beaucoup de recul (…) À l’heure actuelle, il y a tellement C : L’écriture, elle est hyper spontanée. Je ne le réalise pas sur le de formats possibles, j’ai décidé de ne plus le sacraliser tant que moment mais une fois que j’entends ce que j’ai écrit, je me dis « ah bah en fait ça, ça rimait pas mais ça marche parce que ça marche ». ça (rires). Je suis très fière de ce projet. A : C’est aussi la musique qu’on aime. Avant tout, c’est en studio qu’on Ce disque, il est très intime. Coline, vous y abordez notamment votre s’amuse. Enfin je dis studio mais en fait on est chacun dans nos coming out, la relation à votre famille, etc. Cette mise à nu, comment chambres (rires). Je pense qu’il y a, avant tout, le fait de vouloir faire est-ce que vous l’avez vécue ? de la musique comme on aurait envie d’en écouter, puis après il y C : Ça a été très dur d’en parler. En 2022, on est passé au français, on a a toute une réadaptation pour la scène. changé de nom, il y a eu une période de passage lors de laquelle j’ai décidé d’enfin me dévoiler en français. Et pour écrire en français, Justement, c’est quoi la musique que vous aimez ? il fallait que j’ose dire certaines choses. Comme c’était ma langue C : Moi, depuis toujours, j’adore la musique en anglais. Je pense à maternelle, je n’avais pas envie de dire n’importe quoi : je savais Lorde, une chanteuse qui m’accompagne depuis toujours, et puis que les gens allaient écouter les paroles. Et par exemple, il fallait là récemment je me suis pris une grosse baffe avec Saya Gray, puis il y a aussi cette artiste néerlandaise, Froukje. C’est marrant, que je fasse mon coming out pour que mes paroles aient du sens. Depuis La salle aux lumières – la chanson qui a lancé ça –, j’adore : parce qu’aucune de ces artistes ne chante en français mais j’aime j’ai l’impression que plus je vais chercher au fond de moi, plus les trop comment elles écrivent. Parfois, ça me paraît plus simple de m’inspirer de ça pour après écrire en français : comme c’est une gens se connectent à certaines choses. À partir du moment où on autre langue, c’est d’autres codes et ça marche, tout simplement. est fidèle à soi-même, ça ne peut qu’être positif. Aujourd’hui, c’est À côté de ça, je suis aussi très inspirée par le rap. Je pense à Disiz, un peu ça le processus créatif de Colt (…) Et puis, il y a des choses à Luther. Pour le texte, c’est plutôt là-dedans que je trouve mes que je n’ose pas dire en vrai et que je dis en chanson. Je pense par inspirations. Je ne suis pas si fan de variété française, même s’il exemple à la chanson pour ma maman – même si elle parle plutôt y a certains artistes que j’adore, comme Daniel Balavoine, aussi de mon rapport à ma famille –, ça m’a permis de réaliser des trucs, pour ce qu’il représente, pour son engagement, ses mélodies. de mettre des mots sur des choses que je ressens. A : On peut aussi apprécier des chansons qui sont dans des langues Tout au long du disque, la thématique du passage à l’âge adulte se fait qu’on ne comprend pas. Parce que la “topline”, la musicalité que beaucoup ressentir. Ce projet, c’est la photo d’une phase de vie ou un les paroles apportent – le fait que les rimes soient placées d’une certaine façon – fait que ça fonctionne, en fait. album de transition ? C : Je pense que c’est plutôt une photo du moment. Ce projet, on l’a commencé fin 2022, on le sort maintenant en 2025. C’est une phase Il y a quelques semaines, vous étiez de passage sur Planète Rap avec de vie où je me suis sentie grandir de fou : j’ai fini mes études, faire votre ancien manageur, Youssef Swatt’s. Est-ce qu’on peut s’attendre de la musique est devenu mon métier, je ne rentre plus tous les week- à ce que Colt débarque avec un son rap, un jour où l’autre ? ends voir ma famille (…) En fait, on a écrit toutes ces chansons puis C : C’est sûr que le rap, il est hyper présent dans nos vies musicales, en opérant la sélection, on s’est rendu compte qu’on parlait de ça. juste déjà grâce à notre entourage. Je pense à Youssef, évidemment, A : C’est une photo du moment présent mais le moment présent est une qui a été notre manageur pendant des lustres, mais il y a aussi période de transition. Rien que par rapport à la vie, à la musique, Diego, qui est mon petit frère, et qui fait aussi du rap. Et puis le rap, ça fait bien partie de nos influences, aussi (…) Mais ce qu’on aime, les deux dernières années, tout s’est emballé. On a vécu plein de choses hyper intenses et je pense que ça se ressent dans notre c’est de se retrouver un jour sur Planète Rap et puis l’autre, dans musique, il y a vraiment toute une adaptation même psychologique un truc très pop. Ce qui est cool, c’est d’être hybride, et d’être là où à ce nouveau rythme. Il a fallu qu’on se prépare, qu’on développe on ne nous attend pas. une certaine maturité pour prendre la distance la plus saine pos- A : On a un projet depuis longtemps qu’on ne va pas spoiler mais qui sible avec la musique, tout en restant dedans. inclut du rap ! C’est dans nos têtes depuis longtemps (rires).

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L’entretien


Les chansons de Saveur Cœur Abîmé sont truffées d’images et de abîmé, la façon dont on ressort de tout ce qu’on a vécu. Et ce narratifs. Ces histoires, vous les avez toutes vécues ? Ou est-ce que mot-là, il ne faut pas le prendre comme négatif uniquement, il y a aussi un côté transformateur. C’est un peu comme la philosophie l’observation, l’imagination entrent aussi en jeu ? “Kintsugi” (rires) ! C : Non, je n’ai pas tout vécu. Par exemple, la chanson Éternité, je ne l’ai pas vécue (rires). Il y a quand même pas mal de trucs qui sont proches de nous mais c’est toujours exacerbé. Reboot par Dernière question : pourquoi est-ce que vous faites de la musique ? exemple, ça parle d’une rupture d’amitié que j’ai vécue quand C : C’est une question que je me suis énormément posée ces derj’avais 16 ans et que j’ai extrapolée à fond. J’ai ajouté un petit niers mois. Il y a une phase où j’ai remis beaucoup de choses côté “scam” : je me suis imaginé le truc comme si j’avais renconen question parce que c’était le moment de le faire : je finissais tré cette personne sur les réseaux sociaux, comme si ce n’était mes études, il y avait cet album qui était en cours – plus la tourpas vraiment quelqu’un. Très souvent, j’extrapole, je viens créer née – et c’était hyper intense comme période. C’était l’été passé des personnages dans ma tête. Par exemple pour le morceau et j’en suis sortie comme on sort d’un tourbillon : avec la tête qui Éternité – qui parle d’une stalkeuse très creepy –, j’ai trop kiffé tourne. Je me suis dit « OK, maintenant, la musique, ça va être mon métier, mon quotidien. Est-ce que j’en ai vraiment envie ? le fait d’entrer dans ce perso. Et c’est assez marrant parce que Est-ce que ça valait la peine ? ». Mon rêve ultime, c’était de pouje l’ai écrite en parallèle de Demi-mot (rires). C’était en studio, à voir gagner ma vie avec la musique et là, j’y arrivais. J’avais la campagne, c’était la première fois qu’on composait avec des potes et c’est là-bas que sont nées ces deux chansons. Elles d’autres rêves qui étaient en train de se réaliser – comme remévoluaient en parallèle et c’était trop cool de pouvoir faire un truc plir l’Ancienne Belgique, faire un album, faire la couverture du hyper proche de moi avec Demi-mot, et un truc où je me mettais Larsen (rires) –, plein de choses qui étaient pour moi, à l’époque, dans la peau d’un personnage complètement barré avec Éternité. le goal ultime. Puis d’un coup, j’ai eu l’impression que c’était le début de tout autre chose. C’était le bazar dans ma tête et j’ai Ce sont des sujets très actuels, finalement. Est-ce que c’était imporeu besoin de prendre un peu de recul et de me dire « Maintenant tant pour vous de toucher à des thématiques qui puissent parler à qu’on a atteint ces beaux objectifs-là, ça va être quoi mes rêves votre génération, des sujets qui n’ont pas encore été mis en avant ? après ? Pourquoi est-ce qu’aujourd’hui ça a encore du sens pour moi, de faire de la musique ? ». J’ai commencé à aller voir une psy C : De nouveau, je pense que c’est une collection de plein de chanet je me suis rendu compte que, pendant ce processus, il fallait sons écrites à un moment donné. Pour le moment, peut-être que que je prenne bien soin de moi. Il fallait que je prenne du temps ces sujets-là prennent de la place dans mon entourage et dans pour moi, parce qu’être un artiste émergent, ça veut dire être ce que je vis. Du coup, je pense que ça connecte avec des gens présent tout le temps, avoir de l’actu, toujours sortir des trucs, qui traversent la même chose parce qu’on est en 2025, que les etc. Il faut être très efficace. Et je me suis rendu compte que ça langues se délient sur certains sujets. Perso, je me suis dit pendant très longtemps que je serais incapable d’écrire une chanson ne s’arrêtait jamais. Je suis passée par beaucoup de phases de d’amour qui serait juste d’amour, parce que j’ai trop besoin d’aller réflexion et j’ai compris que tout ça avait du sens seulement si faire autre chose, d’aller chercher des sujets qui n’ont peut-être on restait fidèles à nous-mêmes, si on faisait les choses à notre pas encore été traités. Il y a un truc un peu impressionnant dans manière. Mon objectif aujourd’hui, ce n’est plus de percer. C’est le fait de faire une chanson très simple (…) Et puis, dans nos vies, de faire des choses qui puissent avoir un sens plus profond que dans nos quotidiens, cette notion d’engagement est importante. ça. Et la chose dont je suis la plus fière, ce n’est pas d’avoir rempli On a envie de mettre de la lumière sur des sujets qui sont présents, l’Ancienne Belgique. C’est plutôt le fait d’avoir une équipe en or, qui nous touchent. dont tous les membres sont nos potes, des personnes avec lesquelles on se dit les choses. Le fait d’avoir créé Scottons, aussi Dans votre musique, on retrouve beaucoup d’effets de voix, dont – une résidence qu’on organise chaque année avec nos potes – et l’autotune. Quel est votre rapport à cet outil ? pouvoir se dire qu’il n’y a pas de hiérarchie dans la musique, que A : Musicalement, on est très curieux. À chaque morceau, on a envie tout le monde peut faire du son. Puis se soutenir, toutes et tous, et d’essayer quelque chose qu’on n’a pas encore abordé. Parmi les à notre manière, essayer de changer les codes de cette industrie expériences possibles, il y a évidemment le fait d’aller triturer la qui peut être très requin. voix de Coline. Ce qu’on fait souvent, c’est découper sa voix et A : J’ai une personnalité qui est très monomaniaque. J’ai besoin d’avoir quelque chose qui me drive et dans laquelle je me sens en faire de petits samples. On peut aussi pitcher sa voix vers le haut ou vers le bas, changer le timbre, et utiliser l’autotune. Mais utile, puis je fonce dedans, tête baissée. J’ai pris conscience de quand on met des effets sur la voix, on essaye toujours que ce ça à l’adolescence. Je me suis dit qu’il fallait que je choisisse le soit au service des émotions de la chanson. Par exemple dans domaine dans lequel j’allais foncer et j’hésitais entre les maths et la musique. Ce qui a fait porter mon choix vers la musique, Reboot, quand on parle d’un côté artificiel d’une personne qui pourrait ne pas exister, je vais mettre un vocodeur sur la voix c’est que j’ai l’impression qu’en faisant de la musique, on ne peut de Coline. J’essaye toujours de lier le traitement de la voix à ses quasiment pas se tromper : on est sûr de pousser le monde dans paroles (…) L’autotune, c’est l’effet que les gens retiennent mais une direction positive. J’ai l’impression qu’on ne peut que faire ça fait partie d’une panoplie d’effets possibles. Pourquoi ne pas du bien, alors qu’en sciences et en maths, on ne sait jamais coms’en servir ? ment va être utilisé ce qu’on produit. Je pense qu’avec Colt, on a toujours eu ce rêve d’apporter notre pierre à l’édifice et d’essayer En écoutant le disque, on s’aperçoit rapidement qu’il y a plusieurs de faire le bien avec ce qu’on fait. Et on y trouve un sentiment d’utilité. Quand on rencontre les personnes qui nous écoutent, on chapitres. Est-ce que c’était voulu ? A : Dans nos têtes, il y a trois chapitres. Au début, Coline parle se rend compte de l’utilité que notre musique a eu dans leur vie beaucoup du chemin qu’elle a parcouru pour arriver jusqu’ici, et c’est à chaque fois quelque chose de différent. C’est toujours puis il y a ce moment un peu plus intense comme l’explosion hyper touchant. Demi-mot, Reboot, ça leur a beaucoup parlé. Le en elle-même avec Invincible. Après Lionnes, c’est le dernier fait que nos chansons soient hyper intenses – autant les joyeuses chapitre : celui de l’acceptation de soi. Il y a Lionnes, Demi-mot, que les tristes –, ça permet aux gens d’extérioriser ce qu’ils respuis Fleuve – cette explosion d’amour où on parle de toutes les sentent. C’est pour ça qu’on aime aller dans l’intensité : on sait personnes qui nous entourent et à quel point on se sent chanceux que ça va résonner. de vivre tout ce qu’on vit. Les mots “saveur”, “cœur” et “abîmé”, on les associe à ces trois étapes : la saveur du moment où on anticipe tout ce qu’il va se passer, le cœur de l’explosion puis

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L’entretien


une tonalité particulière. Guidée par sa synesthésie, Prisme, son premier EP paru à l’automne 2023, naviguait entre chanson française et pop, tout en révélant une écriture à la fois générationnelle, lucide et poétique. Première signature belge du mythique label Source (découvreur d’Air et de Phoenix) qui vient d’être ressuscité par [PIAS], Orlane franchit un nouveau cap avec Aller-Retour. Généreux avec ses quatorze chansons, toujours aussi affiné lyriquement, encore plus éclaté dans ses sonorités avec une électro en mode lâcher-prise (La fin du silence, Sierra Nevada) mais aussi des bulles d’intimité (Toucher le ciel, Mal d’amour, Ralentis), ce premier album souligne l’évolution personnelle de la jeune femme. « Quatorze titres ? Oui, je me suis montrée gourmande, analyse-t-elle. Aller-Retour traduit l’ascenseur émotionnel que j’ai connu ces trois dernières années. Trois déménagements, cinq ruptures dont quatre tentatives de réconciliation avec la même personne, des navettes incessantes entre la Belgique et Paris où j’ai enregistré le disque… Ce n’étaient que des mouvements perpétuels. J’ai eu aussi beaucoup de lectures qui m’ont permis de comprendre davantage de choses sur moi-même. Durant la phase d’enregistrement, on me répétait souvent “fais du Orlane”. Avec mon équipe, on a privilégié la spontanéité et l’intuition. Au final, Aller-Retour, c’est du Orlane, c’est bien moi. La palette sonore et celle des sentiments sont variées. C’est comme la musique que j’apprécie. Elle se consomme différemment selon le moment. Tu n’écoutes pas forcément dans ta voiture le même truc que tu vas te passer au casque quand tu es chez toi. Dans mon album, il y a un peu de tout ça… »

# album

# chanson·pop

© CLOTILDE BILLIETTE

Orlane TEXTE : LUC LORFÈVRE

Deux ans après son EP Prisme, Orlane franchit un nouveau cap avec Aller-Retour, album de quatorze chansons électro-pop enregistré à Paris. Entre mouvements perpétuels, ascenseur émotionnel et tumultes personnels, la jeune femme use de toute la palette sonore pour chanter sa quête de stabilité. Orlane Aller-Retour Prisme Records/ SOURCE

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raîchement diplômée en médecine à l’âge de vingt-trois ans, Orlane Willems prenait en 2023 l’audacieuse décision de se consacrer pleinement à sa passion musicale. Et quand Orlane fait des choix, ce n’est pas à la légère. Auteure, compositrice, musicienne accomplie (piano dès l’enfance, saxophone et guitare), la jeune femme met aussi à profit une particularité naturelle acquise à la naissance mais révélée sur le tard : la synesthésie. Comme Billie Eilish, comme notre princesse folk Benni, Orlane “entend” les couleurs. Elle a cette faculté mentale à associer chaque sentiment, chaque mot, chaque ressenti à

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Double lecture Quand elle décortique les relations sentimentales dans son disque, Orlane reste volontairement floue. C’est ce qui fait sa différence même si elle affirme que rien n’est calculé. Des exemples ? « À la base, la chanson Rouge à lèvres a été écrite comme un poème dédié au soleil et à l’été. Mais ça peut se lire aussi comme une déclaration d’amour à une femme. Mal d’amour raconte mon histoire d’amitié avec mon ancienne meilleure copine. Mais elle explore aussi les limites floues avec le désir entre deux femmes qui se découvrent à vingt ans. La vie sans toi est également autobiographique. Mais tout le monde s’y retrouvera. Au moment de la rupture, n’importe quel être humain peut passer parce que je décris. » Promesse de belles joutes énergiques en concert, Sierra Nevada et La fin du silence s’invitent sur le dancefloor tout en affirmant un message sociétal. « Je fréquente beaucoup le milieu LBGT, les shows drags, les cabarets… À un moment donné, tu es sur le dancefloor, tu t’éclates sur de la techno sans penser à rien d’autre et, au détour d’un refrain ou d’un slogan, tu te dis “tiens, c’est un morceau pour faire la fête mais il a aussi de la profondeur”. » « La chanson La fin du silence, c’est clairement une ode féministe contre le patriarcat. J’étais en colère le jour où je suis entrée en studio pour écrire ça. On a mis un gros beat électro et j’ai tout lâché. » Dans l’atypique 23/9 (sa date anniversaire), Orlane retrace les étapes de sa vie et se projette aussi dans le futur, en 2038. Avec deux options: «Petite maison à deux » ou « grande artiste ». Que choisirait-elle si elle pouvait décider? «Dans un monde idéal, je crois que j’aimerais les deux », répond-elle. C’est tout ce qu’on lui souhaite.

# rencontres


Vous signez et composé toutes les chansons d’Hélé. Quand et comment sont-elles nées ? Toutes les chansons ont été écrites sur une période de six mois qui a précédé la sortie de l’album. Il y avait quinze titres, on en a éliminé deux. Avant et même pendant l’aventure de la Star Academy, je n’aurais jamais osé écrire une chanson. Je m’en sentais incapable. Lorsque j’ai quitté le château de la Star Ac’ début 2024, je savais qu’en tant que demi-finaliste, il y avait contractuellement au moins un single qui m’attendait (Aimée pour de vrai, certifié disque d’or, – ndlr) et que j’allais partir en tournée avec les autres lauréats. Ma route était tracée pour au moins six mois et je ne pensais pas encore à la suite. Le déclic s’est produit à la fin de cette tournée collective. Je me suis dit “ok, maintenant je me retrouve seule, je suis signée chez Sony Music, j’ai l’opportunité d’enregistrer un album et de me montrer telle que je suis”. Et je me suis mise derrière mon piano. À mes yeux, ça me paraissait plus évident de relater mes propres expériences. Dans ce disque, rien n’est inventé. Je suis passée par tout ce que je raconte. Les expériences les plus lumineuses, comme les épisodes les plus sombres. J’ai écrit Summer body (ode sur la réappropriation de son corps, – ndlr) et Mauvais garçon (sur les relations toxiques, – ndlr) pour évacuer des traumatismes intérieurs. Et puis, je me suis rendu compte que ce que je chantais pouvait avoir un impact sur les autres.

Helena

«Je me suis rendu compte que ce que je chantais pouvait avoir un impact sur les autres. » # album

# chanson

© DR

Helena

L’épopée Star Academy et la signature d’un contrat avec Sony Music vous auraient permis de choisir un gros nom comme réalisateur de l’album et d’avoir des featurings “bankable” pour faire “matcher” les playlists sur les plateformes de streaming. Il n’en est pourtant rien. C’est votre décision ? Ça me faire rire quand vous dites “matcher” car j’ai effectivement entendu ce terme très marketing en discutant avec des directeurs artistiques. Bien sûr qu’on m’a suggéré d’avoir des featurings mais j’ai refusé. Et on m’a écoutée. Je ne me voyais pas du tout partager mes textes qui sont intimes. Durant la Star Ac’, j’ai fait des tas de covers et des tas de duos. On m’a comparée à d’autres académiciens, à d’autres chanteuses. C’est le jeu. Mais sur ce premier album, j’avais envie d’être seule avec mes propres chansons. J’ai enregistré Hélé à Clermont, dans le studio RB de Romain Botti. On a travaillé en vase clos avec Romain, Vincha et Jonathan Cagne.

INTERVIEW : LUC LORFÈVRE

Il y a une vie après la Star Academy. Après l’aventure qui l’a menée aux portes de la finale du télécrochet de TF1 et la tournée collective avec ses compagnons de la promotion 2024, Héléna Bailly a travaillé en petit comité pour écrire et composer un premier album générationnel entièrement à son image. Entre pop au naturel et chanson française, sans Dès la première chanson de l’album, Mon piano et moi, vous faites paillettes et sans esbroufe. Le public l’a référence à Angèle. Il fallait évacuer cette comparaison qui pourrait être pesante ? suivie. La semaine de sa sortie, Hélé Cette chanson est 100% autobiographique. Elle raconte compulvérisait les records de streaming tant ment ma vie a basculé lorsque mes parents m’ont offert un piano. Comme je le dis dans un couplet, Balance ton quoi d’Angèle est chez nos voisins français qu’en Fédération la première chanson que j’ai apprise. J’ai encore des vidéos de Wallonie-Bruxelles. Il en faut pourtant moi en train d’essayer de faire comme elle sans y arriver. Je ne pouvais pas passer à côté dans mon album. C’est un clin d’œil. beaucoup plus pour bousculer la jeune À Angèle que j’admire beaucoup, à la Belgique, à tous ceux qui Brabançonne. Rencontre à la veille de sa aiment comparer… Je voulais mettre ça sur la table dès le début du disque pour passer ensuite à autre chose. première tournée solo. Larsen

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# rencontres


Dans une interview post-Star Academy, vous disiez qu’être chanteuse en 2025, c’était « 50% faire de la musique et 50% faire d’autres choses ». Vous aimez ces “autres choses” ? C’est le prix à payer aujourd’hui pour avancer dans un projet artistique. Être chanteuse, auteure et compositrice, c’est être entrepreneuse. On ne peut plus se contenter d’enregistrer une chanson et espérer que le lendemain tout le monde se rue sur les plateformes pour l’écouter. Il faut être créatif et j’adore ça. Les interviews ? J’ai été rompue à cet exercice avec l’expérience Star Academy. Je me sens à l’aise avec les médias, j’ai envie de défendre mes chansons, d’expliquer mes textes, de mettre en valeur les clips, mon album. Je ne vais pas me plaindre non plus qu’on s’intéresse à moi. C’est un métier, je l’adore. Il comporte tellement de facettes que j’échappe à la routine. Un jour je fais de la promo, un autre je suis en studio ou sur un shooting et puis il y a la tournée qui arrive. C’est assez varié… # pop

©RICHARD BOUTIN

# EP

Aprile Helena

TEXTE : LOUISE HERMANT

« Je ne vais pas me plaindre non plus qu’on s’intéresse à moi. »

Votre frère aîné Arnaud est à vos côtés depuis la sortie de votre premier single Aimer pour de vrai. Comment se passe votre collaboration ? Quatorze ans nous séparent. Il a quitté la maison quand j’étais encore gamine. On n’a jamais été aussi proches aujourd’hui. C’est un créatif, il a sa propre boîte de pub. Il ne connaissait pas le monde de la musique mais son expérience lui a permis d’apporter de la fraîcheur et de l’originalité. L’idée d’inviter Miss France dans le clip de Summer body, on y a pensé à deux. Camille Serf lançait sa marque de lingerie. Moi j’avais cette chanson sur la réappropriation de son corps. Cette collaboration avait du sens. C’était un coup énorme au service d’une chanson qui parlait d’assumer ses quelques kilos en trop. Le plus beau compliment que j’ai reçu, c’est une jeune fille qui m’a dit : « Grâce à ta chanson Summer body et ton clip, je me suis acheté un bikini et j’ai osé le porter à la plage ».

Après l’exaltation du premier album, From Heaven sorti en 2022, Aprile a ressenti le besoin de se recharger.

L

e Liégeois s’est alors mis au service d’autres artistes, de Doria D à Ehla, pour qui il a écrit et composé. Deux ans plus tard, il est temps de se pencher sérieusement sur son nouveau projet, qu’il ne souhaite pas qualifier d’EP ou d’album. « Aujourd’hui, il n’y a plus de règles », tranche-t-il. Une première évidence : ses chansons seront toutes en français. Il s’affranchit de la distance que permettait l’anglais et s’autorise davantage de vulnérabilité. « Je savais que ça allait être une étape importante dans mon parcours. Je crois qu’aujourd’hui je suis arrivé à maturité, j’ai passé la trentaine. J’ai eu ce besoin de me reconnecter à moi-même en passant au français. » Pour appréhender ce changement linguistique, il s’entoure d’une équipe de confiance, avec Lo Bailly, Veence Hanao et Adam La Nuit. Sur Ciao, il nous invite sur l’île de ses racines, la Sicile. C’est la fin de l’été. Là, entre souvenirs d’enfance et transmission familiale, Aprile ouvre les portes de l’intime. Il se remémore le parcours de son grand-père Nonno, se souvient des chants traditionnels que lui fredonnait sa mère et se replonge dans la discographie de la légende pop Lucio

Qui dit succès dit forcément haters. Vous gérez ? Le monde est cruel. Ce n’est pas les “Bisounours”. Bien avant TikTok, on me surnommait “bouboule” à l’école. Je ne peux pas dire que je suis entièrement blindée contre ça. Si on m’attaque sur quelque chose que je ne peux pas contrôler, comme mon physique par exemple, ça ne m’affecte pas car je ne sais rien changer. Par contre, quand on critique les chansons que j’ai écrites, ça peut blesser. C’est dans ces moments-là qu’il faut avoir un mental fort. Sinon, on se remet constamment en question et on n’avance plus.

Helena Hélé Sony Music

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Battisti. « J’ai eu envie de puiser dans mon histoire personnelle et de raconter des choses plus authentiques. Chaque chanson peut être reliée à un épisode de ma vie, assure Aprile. Je parle d’amour, de relations, de personnes qui n’ont fait que traverser ma vie. J’aime la beauté de l’instant, les émotions que ravivent les souvenirs. Je veux aller chercher là-dedans de plus en plus. » Dans ses six titres, la mélancolie côtoie une joie discrète, presque dansante. Il évoque la séparation (Principessa), la disparition (Abat-jour) ou même la maladie (Respire). Des thématiques qui contrastent avec ses productions solaires, baignées de soul, de funk et de groove. Celles-ci se veulent aussi plus organiques qu’auparavant. « J’avais envie de faire quelque chose de moins froid. Il y a moins ce côté pop électro. Ici, c’est plus brut. » Aprile Ciao Cookie Records

# rencontres


âme. » En six titres, la musicienne évoque beaucoup ses doutes, fait part de son désarroi face à un monde qui se porte mal et défend l’incertitude, tout en partageant la force de ses convictions. Dans Peut-être, ROZA dénonce la pression constante à avoir une opinion tranchée. « C’est compliqué à gérer. Ça nous pousse souvent à dire des choses dont on n’est pas sûr mais avec beaucoup d’aplomb. Je crois qu’on peut aussi faire exister des opinions plus variables et dire qu’on ne sait pas, que le sujet est trop complexe, que ça nous dépasse. » Dans ce titre, ROZA se met au “spoken word” pour la première fois, car celui-ci découle d’un texte lu pendant ses concerts. « Ça m’a pris du temps avant de m’autoriser ce biais d’expression-là. J’avais peur que ce ne soit pas cohérent avec mon univers », glisse-t-elle. Pour la musicienne, il était important de conserver l’entièreté de ses mots, afin de ne pas se trouver à réduire des propos complexes pour les adapter à une mélodie.

ROZA

# EP

# pop-folk

© R. VENNEKENS

ROZA

« Je trouvais ça chouette de publier un petit album, qui introduit la suite mais qui constitue aussi un chapitre à part entière. »

TEXTE : LOUISE HERMANT

ROZA dévoile les chansons qu’elle a écrites lors de sa tournée à vélo. Des titres engagés qui ont pour objectif de rassembler dans cette époque troublée et anxiogène.

Dans une société qui se durcit et où les extrêmes sont au pouvoir, ROZA veut prôner la solidarité pour y retrouver du sens. Une position qui n’a rien de naïf et qui se veut même politique. « Un concert avec des gens qui pleurent ensemble, ça a beaucoup d’importance », assure-t-elle. Avec sa musique, elle espère reconnecter n vélo, cinq mois, 2.500 kilomètres. Pendant différentes générations autour des enjeux actuels. deux étés consécutifs, ROZA se lance dans une Voilà pourquoi elle reprend Non, non, rien a changé singulière et ambitieuse tournée “décarbondes Poppys, sorti dans les années 70. « J’ai voulu renée” à travers la Belgique et la France. Une manière prendre un classique très franco-français, pour tourner d’être en adéquation avec ses engagements environ- les questions vers les guerres au Moyen-Orient. Je sais nementaux, de favoriser les rencontres, de repenser que cette chanson peut relier beaucoup de monde. » le lien entre l’artiste et le public et de se produire dans Ce gap générationnel, elle l’aborde également dans des lieux souvent oubliés par les circuits culturels J’apprends à travers sa propre cellule familiale. traditionnels. Ce périple à vélo modifie également À la production, on retrouve son acolyte Antoine le rapport au temps et au corps. Plutôt que de rester Flipo, pianiste et compositeur de Glass Museum. passive à l’arrière d’un van, l’autrice-compositrice « On a des influences communes. Mon univers est très s’oblige, cette fois, à être constamment en mouvement. influencé par le néoclassique, avec des sonorités plus Ces heures à se brûler les cuisses se transforment en acoustiques. Il est fort dicté par les cordes, archets moments de création. Elle se retrouve à fredonner et pianos. On vient ensuite l’agrémenter de nappes de des airs sur son deux-roues et à imaginer des débuts synthés. » Le n’goni, guitare traditionnelle de l’Afrique de paroles. Au fil des paysages, ces bribes d’idées de l’Ouest, reste présent mais il n’est plus au centre deviennent des chansons. ROZA les teste alors sur de son projet comme à ses débuts. « C’est un instrument scène, de différentes façons, pour voir comment avec lequel j’ai un lien fort mais qui pose des questions celles-ci sont reçues. d’appropriation culturelle et de légitimité. Avec les Ces quelques chansons nées sur les routes sont années, je tiens à ouvrir mon univers pour décentraliser aujourd’hui rassemblées sur un EP. « Je trouvais la présence de cet instrument. » ROZA travaille déjà sur la suite, qui pourrait ça chouette de publier un petit album, qui introduit d’ailleurs bien nous surprendre. Elle nous donne la suite mais qui constitue aussi un chapitre à part entière. Ce que j’aime bien avec ces chansons, c’est rendez-vous d’ici quelques mois pour découvrir cette que je les ai déjà beaucoup jouées. Elles ont la même nouvelle direction.

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ROZA Peut-être NAFF Records

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# rencontres


# album

©JOHAN POEZEVARA

# électro-jazz

# rap

Kuna Maze

©THÉO DUBOIS

# EP

KARI BEE

TEXTE : AYLA KARDAS

TEXTE : NICOLAS CAPART

Jazz, “broken beat” et textures électro s’entrelacent, couche par couche, dans un nouvel album qui flirte ouvertement avec l’Angleterre.

Son nom ? Un mix de Kari, son prénom, et de “Bee”, en clin d’œil à l’abeille cachée dans son nom. Son actu ? L’EP 5 titres intitulé Sensible.

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l y a dans Layers quelque chose de l’ordre du toucher : les textures rythmiques, les nuances de synthé et la respiration du sax s’infiltrent au fur et à mesure des écoutes. Alors qu’il creuse encore un peu plus loin son sillon jazz-électro, le producteur, multi-instrumentiste et DJ bruxellois Kuna Maze signe ici une composition à la fois minutieuse et instinctive, bâtie par strates de production solo et d’improvisation instrumentale en groupe. Sorti en mars et directement couronné d’une date sold out dans une Ancienne Belgique en feu, Layers propose une matière mouvante où chaque morceau semble pouvoir s’ouvrir sur autre chose. « J’aime bien cette idée d’échelle de focus, qui nous permet de découvrir de nouvelles choses à chaque écoute. » Serait-ce le secret de cet album, l’art du détail mis au service d’une musique hybride ? C’est sans compter l’influence de la scène club anglaise et ses sound systems. « J’ai une fascination pour la club culture UK. J’ai voulu l’intégrer à mes inspirations plus jazz. » Un regard tourné vers l’Angleterre donc, mais un ancrage bien bruxellois : « On peut dire que je suis bien tombé à Bruxelles pour faire ce genre de musique ».

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Loin d’une production figée, Layers a été pensé pour être joué en groupe : « La plupart du temps, je partais d’une maquette produite dans mon studio et que je réinterprétais ensuite avec mes musiciens, en laissant de la place à l’improvisation, à la proposition, pour obtenir ce feeling live ». Très présent sur le disque, le sax s’est d’ailleurs imposé naturellement : « Je joue en live avec une saxophoniste. C’était logique de l’intégrer à l’album ». Un choix qui participe à la chaleur du disque, où la dynamique reste toutefois maîtrisée. Autre présence, sur la pointe des pieds cette fois : celle de la danse contemporaine. « J’ai passé beaucoup de temps à danser durant la création de cet album, je pense que cela a eu un impact sur mon inspiration. »

arina Maya Bravo voit le jour en 1997. Si elle combine des racines espagnoles et polonaises et si ses parents vivent entre Bruxelles et Paris, c’est bien au plat pays qu’elle grandit. Pas mal de rap s’échappe de la chambre de sa grande sœur. Une musique qui séduit vite la jeune fille. « Il y avait du Booba et du Black Eyed Peas, un mélange de sons US et de rap français, c’est comme ça que j’ai commencé jusqu’à acheter mon premier CD, Konvicted de Akon. » En secondaire, Karina apprend le solfège, gratte des textes, fait ses gammes dans une chorale et se perfectionne un temps à la guitare. « J’ai appris, même si je suis un peu rouillée aujourd’hui. Je chantais et je voulais m’accompagner, à la base c’était ça l’idée. » Après des études à l’IHECS, « j’ai intégré une maison de jeunes à Ganshoren où les choses sont devenues plus concrètes. On a monté un collectif et enregistré un projet. » Deux feat’ et deux titres solo pour KARI BEE qui signe là ses premiers travaux (J&F et Sommet en 2020). Dafalgang, parodie de MC accroc à la pharmacie, sort dans la foulée et lui offre un écho dans la presse. « Ce qui m’a donné un vrai coup de boost, c’est ma participation à URBAN360.

Kuna Maze Layers Tru Thoughts

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Un programme d’accompagnement d’artistes, organisé par CLNK et Bruxelles Formation. On y suit un cursus professionnalisant, on rencontre des pros et ça se termine par un showcase chez Tarmac. » Désormais lancée, elle enchaîne les singles : Pénombre, Bobos avec Navyy, Number One et Compliqué, qui ouvre son EP. Sensible porte la marque de Young Kid, qui produit les 5 titres mis en boîte au Rumba Studio. Un EP en forme de carte de visite, qui dépeint son quotidien. Elle y affirme son identité, ses envies, son attirance pour les femmes aussi, au risque de devenir porte-drapeau malgré elle. « Il y a une pression, l’impression que c’est ce qu’on attend… Mais ce serait bien d’élargir le spectre, de normaliser le fait d’être une femme dans le rap sans avoir d’attentes. J’ai envie de militer à ma manière, en imposant mon style et en parlant de ce dont j’ai envie, sans filtre. » KARI BEE Sensible Autoproduction

# rencontres


À

l’intersection des cultures et des traditions, La Chiva Gantiva infuse sa cumbia originelle d’influences piochées dans l’afrobeat, le funk et les musiques latines. À l’heure du quatrième album, le quintet bruxellois se renouvelle au contact du trip-hop, du dub et d’envies électroniques. Escorté d’alliés et de chants partisans – ceux de Cienfue, de Natalia Doco, de Guadalupe Giraldo Hincapié ou de Natalia Gantiva –, La Chiva donne de la voix et danse désormais le poing levé. Engagé comme jamais, uni autour de véritables déclarations d’intention (Vibration is life, Fuego ou Mugre), le groupe met son expérience à profit. Le nouvel album s’appelle Ego. À quoi ce titre fait-il référence ? Rafael Espinel (guitare, voix, percussions) : À la fin des sessions d’enregistrement, nous avons remarqué que plusieurs textes parlaient d’égoïsme, d’autocentrisme et d’une conscience de soi exacerbée. Ce sujet revient tout au long du disque, notamment dans des chansons comme Bombón ou Tiene hambre. Notre inspiration tient au moment présent. Nous sommes le miroir de l’époque dans laquelle nous vivons. Aujourd’hui, l’égo pullule sur les réseaux sociaux, dans la politique et les médias. Du “starter pack” aux photos “façon Ghibli”, ça déborde de partout. Tout le monde veut son “quart d’heure de célébrité”, comme disait Warhol. Ego se double donc d’une critique sociale ? Bien sûr. Je le vois comme une prise de conscience. Mais notre engagement se situe du côté artistique de la force. La Chiva Gantiva réagit avec ses moyens, via la musique. Nous n’avons pas la prétention de sauver la planète. En tout cas, ce n’est pas ce qui est prévu…

# album

# fusion-rock

Dans l’imaginaire collectif, votre esthétique musicale s’accompagne d’airs festifs et de couleurs vives. Avec Ego, La Chiva Gantiva s’écarte sensiblement de cette image. Comment expliquer ce changement de paradigme ? En comparaison avec nos anciens albums, la tonalité est effectivement plus sombre et introspective. C’est une réaction aux réalités politiques et socio-économiques du moment. Chaque jour, les perspectives s’assombrissent. Dans ce contexte, je nous voyais mal chanter que “la vie est belle”. L’album s’achève avec Yo vuelo al revés. Il s’agit d’un morceau écrit au printemps 2021, durant les grandes manifestations en Colombie. Pendant plusieurs mois, le peuple s’est soulevé contre la réforme fiscale décidée par le président Iván Duque. Via ses mesures, celui-ci s’en prenait à la culture, à l’enseignement, au secteur public, sans oublier des coupes budgétaires dans les programmes sociaux… Les gens sont descendus dans la rue. Il y a eu des émeutes partout, de Cali à Bogota. La répression a été d’une violence inouïe. Durant cette période, plusieurs artistes ont été abattus froidement. Parce qu’ils avaient osé écrire, peindre, dessiner ou chanter les errements du gouvernement. Mais d’autres sont venus donner de la voix, exprimer leurs émotions, chanter plus fort encore. Yo vuelo al revés évoque cette capacité de résilience. Il y a aussi des parallèles évidents à faire entre la situation traversée par la Colombie en 2021 et celle que connaît actuellement la Belgique, avec les attaques incessantes de certaines figures politiques à l’encontre des enseignants, des travailleurs sociaux et de la culture dans son ensemble.

©CHLOÉ GASSIAN

La Chiva Gantiva INTERVIEW : NICOLAS ALSTEEN

Le plus colombien des groupes bruxellois relance sa machine à danser. Sept ans après son dernier passage en studio, le collectif s’abreuve à la source de l’actualité pour esquisser Ego, un album pétri de Votre nouvelle tournée commence à Bruxelles, avant de prendre un international, avec des dates en Malaisie ou dans les plus revendications sociales et de pulsations tournant grands festivals d’été du Canada. Comment La Chiva Gantiva s’estélectro. Sous un ciel assombri par les elle invitée sur ces territoires ? À force de jouer des concerts, les gens nous remarquent. Cela crises et les conflits, La Chiva Gantiva fait une quinzaine d’années que nous sommes sur la route. Nous nous sommes produits sur tous les continents. La Chiva Gantiva traque la vanité et les mauvais esprits a joué en Afrique, en Asie, en Russie et aux États-Unis. En avec une avalanche de nouveaux sons… Ukraine, en Turquie, en Nouvelle-Zélande, en Australie, partout en Europe et en Amérique du Sud. Dans certains pays, comme en et un supplément de bon sens. Larsen

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# rencontres


France, aux Pays-Bas, en Espagne ou au Portugal, nous avons des agences qui nous trouvent des dates. Pour le reste du monde, notre manageuse fait un boulot exceptionnel. C’est ma sœur, Maria Clara, qui tient ce rôle. Elle est organisée, hyper forte dans la communication et le relationnel. La tournée au Canada, c’est grâce à elle. Cet été, nous joueront notamment au Festival d’été de Québec aux côtés des Pixies, d’Aliocha Schneider, Sean Paul, Thundercat ou Slayer. C’est fou. Nous sommes aussi programmés au Winnipeg Folk Festival avec The Cat Empire, Gillian Welsh ou Leyla McCalla. La Chiva Gantiva tourne intensément depuis 2010. Quinze ans plus tard, le groupe est toujours là. C’était le plan de vol prévu ? J’ai toujours envisagé ce groupe comme un projet sur le long terme. Le fait d’avoir formé un groupe parallèle (Steffig Raff, – ndlr) m’a aussi permis de réaliser à quel point La Chiva Gantiva était essentiel, pour moi mais aussi pour les autres. Au fil des années, de nombreuses personnes ont participé à l’aventure. La Chiva, c’est une école, un incubateur de talents. Le batteur Martin Méreau, par exemple, a tenu les baguettes pendant dix ans chez nous, avant de lancer ECHT! avec le guitariste Florent Jeunieaux – qui, lui aussi, a joué avec La Chiva. Plus de vingt personnes ont écrit l’histoire de ce projet et, d’une façon ou d’une autre, elles feront toujours partie de l’équipe.

©VALENTINE JAMIS

Basile Rahola

En quinze ans de carrière, y a-t-il des moments qui comptent plus que d’autres ? En 2014, nous étions sur la scène principale du festival Jazz à Vienne, programmés juste avant Robert Plant et Quincy Jones. À un moment, nous avons joué La Pecosa, une chanson qui parle de football. Et là, sans qu’on ne demande rien à personne, le public s’est mis à faire une ola. Des milliers de personnes faisaient des vagues dans un théâtre antique. La vidéo de ce concert traîne encore sur YouTube. Aujourd’hui encore, ça nous rend heureux de la regarder. Et puis, dans les moments magiques, il y a des rencontres inoubliables. Là, je pense notamment à un long moment passé dans les loges en compagnie d’Iggy Pop ou à un pilon de poulet partagé avec Damian Marley. Lors de notre premier passage au Festival d’été de Québec, nous avons passé un bout de l’après-midi avec les Foo Fighters, avant de terminer la soirée avec Primus dans les coulisses. Ça nous fait quelques bons souvenirs.

INTERVIEW : JACQUES PROUVOST

Basile Rahola vient de publier, chez Igloo Records, son quatrième album en tant que leader (si l’on compte les deux avec Baz Trio). Il s’appelle From One Path To Another. Présentation en 3 questions et réponses.

se sont passées dans ma vie musicale et privée et c’est le témoignage de tout ça, qui s’est mis en place. Ça parle beaucoup d’amour. Beaucoup de morceaux sont dédiés à certaines personnes. Puis, il y a des messages de soutien aux Pourquoi la contrebasse, pourquoi peuples oubliés dont One for le jazz et comment êtes-vous arrivé the forgotten, pour le peuple à Bruxelles ? palestinien. J’avais aussi envie Très jeune, je jouais du funk d’ouvrir ma musique à d’autres à la basse électrique et j’ai compositions et Pierre Hurty a commencé la contrebasse proposé des morceaux. On tente vers 18 ans, quand je suis entré de donner une identité sonore au au conservatoire à Lyon. Mes groupe plutôt que de s’enfermer parents écoutaient beaucoup dans un style musical. Grâce de jazz et m’emmenaient souvent aux mélodies, les morceaux dans des festivals. Après Lyon, pourraient être joués dans je suis allé à Barcelone pendant n’importe quel genre de musique. 3 ans et ensuite je suis venu à Bruxelles. Quel a été le premier morceau écrit pour ce groupe-ci et celui qui Il s’est passé près de quatre ans résume bien l’esprit du quartette ? Le plus vieux morceau est entre cet album et le précédent. Quel a été le déclic et qu’avez-vous Brothers mais celui qui résume bien le son du groupe, c’est voulu exprimer dans celui-ci ? Love theme from spartacus. Le premier quartet était déjà C’est assez épuré, ça respire. avec Wajdi Riahi (piano) et Tout le monde a adoré le jouer, Pierre Hurty (drums) mais avec c’était unanime, c’était serein, Julien Cuvelier au sax alto. Je calme. On arrive à une maturité voulais changer de son et j’ai musicale, si on se compare rencontré le sax ténor Matthias Van den Brande. On a tourné au précédent album qui était en Belgique et en France. plus chaotique et énergique. J’ai commencé à écrire des Enregistrer ce nouvel album morceaux plus spécifiques et était un besoin de marquer Igloo m’a proposé de réaliser un moment. Les concerts, on le disque. Beaucoup de choses verra après.

Par le passé, certains médias internationaux ont utilisé le terme “Punklore” pour évoquer votre musique. Cette contraction des mots punk et folklore est-elle toujours pertinente pour parler de vos chansons ? Dans un sens, cette désignation trouve encore du sens. Mais elle n’est plus suffisante pour circonscrire l’ensemble de notre univers. Nous avons développé de nouvelles palettes sonores. Notre répertoire s’est développé au contact de l’électro, du dub, du trip-hop, de la pop, de l’afrobeat et du tropicalisme. Nos paroles ont pris de l’ampleur aussi. Globalement, notre musique est bien plus réfléchie qu’autrefois. Elle vient appuyer un discours et ouvrir quelques pistes de réflexion.

La Chiva Gantiva Ego Autoproduction

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# rencontres

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Espresso


« Il y a toujours à apprendre de la nature » Très vite, Alice puise son inspiration dans la nature : « Ma première composition s’appelait Rivière, j’ai tout de suite voulu m’inspirer de la nature. C’est une source incroyable. Il y a toujours à apprendre de la nature. Ça donne du sens à ma pratique. J’ai l’impression d’être au bon endroit, en rendant hommage, en observant. Il y a un rapport un peu mystique à la nature ». Pour elle, composer, c’est aussi tenter de répondre à des questions profondes, comme le sens de la vie ou le rapport à la mort : « Pour moi, tout ça se trouve dans la nature ». Si elle imagine sa journée idéale de composition, elle commence par une promenade avec son chien. Ce temps d’observation crée un « amas d’inspirations » qui la guide ensuite. Le projet Saisons débute en 2021. Trois ans plus tard, elle se sent prête à l’enregistrer : « J’ai pris le risque de donner beaucoup d’attention et de soin dans cet album. À certains moments, j’étais perdue, je me demandais pourquoi je faisais cela. Si c’est pour ne le partager avec personne, ça n’a pas de sens ». Elle cite parmi ses influences Bernie Krause et son Orchestre des animaux, mais aussi Éliane Radigue, Pink Floyd, Franz Schubert et Kamilya Jubran. Sa musique est difficile à classifier : entre contemplation, néoclassique et expérimentation.

Alice Hebborn # contemporain

# album

© LARA GASPAROTTO

Alice Hebborn TEXTE : VICTORIA DE SCHRIJVER

Alice Hebborn est une compositrice belge née en 1990 à Bruxelles. Son premier album Saisons, sorti en décembre 2024 chez Western Vinyl, explore un univers intime, organique et contemplatif mêlant piano et électronique.

L Alice Hebborn Saisons Western Vinyl

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e premier contact d’Alice Hebborn avec la musique se fait très tôt, à travers le violoncelle, mais c’est au piano que le déclic a lieu : « Là, ça a été beaucoup plus une évidence. Je pense qu’avec le piano, il y a un résultat directement qui me plaisait bien, surtout que je suis un peu impatiente. Assez vite, je savais ce que je voulais être : pianiste et écrivain ». Après un bachelier en piano au conservatoire, elle entame des études de composition à Arts². Une rencontre naturelle, intuitive, presque accidentelle : « Après trois mois, j’étais à fond. J’ai réalisé que j’avais déjà posé les bases à neuf ans de ce que je voulais faire : écrivain et pianiste, ensemble c’est de la composition. Mais à l’époque, je n’avais pas accès à cette idée de pouvoir être compositrice ». Elle y étudie avec Claude Ledoux, Gilles Gobert ou encore Geoffrey François : « Ils étaient très soutenants avec mes projets professionnels. Ça a donné du sens à mes études de pouvoir travailler en parallèle. J’ai été vraiment soutenue dans mon expression personnelle ».

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« À certains moments, j’étais perdue, je me demandais pourquoi je faisais cela. »

Sorti en décembre 2024, Saisons est son premier album. Il s’est construit sur plusieurs années, en sept mouvements pour piano et électronique. Il s’inspire bien sûr de la nature et des classiques mais il est surtout le fruit d’un parcours personnel : « C’est assez narratif comme album, ce n’était pas une forme pensée à l’avance. À la fin du septième mouvement, j’ai réalisé que j’avais fini ma forme ». Son écriture souple laisse une grande liberté à l’interprète. Elle aime travailler avec les interprètes, dans une relation vivante à la partition. La nature y est rendue de manière organique, sans hiérarchie entre les éléments. Au théâtre, Alice Hebborn participe à la fondation du collectif Une Tribu. Ambiance familiale pour ce collectif qui regroupait certaines personnes de sa famille et qui se concentre sur des spectacles de marionnettes. Au théâtre, elle se sent à l’aise « parce qu’il y a un rapport à l’image et à la narration qui me convient bien ». Ce qu’elle compose dans ce cadre l’inspire pour le reste. Les mois à venir seront riches : elle sera à Organ Night à Bozar le 27 mai pour une création avec Cindy Castillo à l’organetto. Le 27 juin, elle se produira dans le Studio 3 de Flagey, dans un concert gratuit pour le Festival Musiq3, en préambule du concert C#2 au Studio 1 où Pierre Slinckx, Lise Bruynel et Cindy Castillo se produisent. Avec le collectif Une Tribu, les spectacles s’exportent en avril en France. En tête aussi, elle pense avec plaisir à l’idée d’un deuxième album.

# rencontres


Hasard ou trajectoire téléologique : comment se module le choix du répertoire ? Souvent, nous proposons un répertoire sur un thème, en discussion avec l’organisateur ou selon le fil rouge du festival. Nous privilégions toujours nos créations afin de les faire vivre, en plus du répertoire pour trio. À cela s’ajoutent trois axes : le répertoire classique acoustique, les pièces avec électronique ou vidéo et le théâtre musical.

Erämaa Trio

« Nos formations et compétences spécifiques sont notre point fort.»

# contemporain

# propulse·2025

© IAN-ELFINN ROSIU

Erämaa Trio INTERVIEW : BERNARD VINCKEN

Un trio insolite pour un répertoire qui sort de l’ordinaire, enrichi d’instruments anciens et de technologies d’aujourd’hui.

Avec Stéphane Orlando, l’ensemble joue une partition originale lors de la projection du film muet japonais Fûun Jôshi : à quoi faut-il se préparer ? Fuun Jo shi est la collaboration entre des musiciens classiques et Aki Sato, qui interprète la partition sur des instruments traditionnels. Certaines parties sont écrites, d’autres improvisées, et parfois elles se combinent. Avec ce projet qui mêle différentes cultures, de nouvelles sonorités avec l’électronique mais également avec le koto et le shamisen, nous touchons un public différent.

David Achenberg développe un monde musical bien à lui. Parlez-moi de Rien ne s’oppose à la nuit… Erämaa Trio existe depuis 2016 : quelles idées, circonsDavid fut le premier à nous contacter au tout début de notre résidence au Forum de la Création tances, opportunités… ont présidé à sa création ? Musicale : il a composé la partie musicale de cette Au conservatoire, nous partagions une passion vaste fresque sonore s’étirant dans le temps tandis pour les nouveaux répertoires et les programmes que Quentin réalisait les parties électroniques innovants. Notre configuration est la clarinette, et vidéo. Pendant ces deux ans de résidence, nous le violon et le piano mais nous élargissons notre avons rencontré différents compositeurs, qui ont répertoire : Cédric De Bruycker maîtrise les clarinettes, basse ou contrebasse, afin d’explorer soutenu certains de nos projets : Fuun Jo Shi, les textures et tessitures. Akiko Okawa joue de l’alto deux programmes au Festival Loop… et de certains instruments historiques, combinant esthétiques du passé avec une vision moderne. Quel est votre regard sur les concours en général ? Nous avons fait quelques concours au début du Et Quentin Meurisse cumule le piano avec le rôle trio, afin de nous donner des objectifs, mais nous de réalisateur en informatique musicale, qui nous avons vite été bloqués par notre répertoire inhabiouvre à l’électronique ou la vidéo – sans parler du tuel. Nous avons plus vu Propulse (le groupe partithéâtre musical ou des performances visuelles. cipe au rendez-vous Propulse Classique 2025, Vous êtes trois, tous de cultures diverses… mais Akiko à Flagey le 26 juin, – ndlr), où le programme n’est encore un peu plus. pas majoritairement imposé, comme une opportuNous préférons parler de personnalité plus que de nité de présenter notre propre proposition. culture. Le parcours et les expériences de chacun enrichissent les autres et contribuent au développe- Quels sont les projets en chantier, sur scène, en studio le cas échéant ? ment musical et humain d’Erämaa. Nos formations Outre la préparation du ciné-concert Fuun Jo Shi et compétences spécifiques sont notre point fort. à l’exposition universelle d’Osaka en août, nous travaillons à notre premier CD, avec des trios Erämaa Trio, quel drôle de nom… des compositeurs belges Claude Ledoux et Wim Quentin aime jouer avec les mots, les “zeuhlifier” Henderickx et de l’italien Luca Francesconi. Enfin, (“zeuhl” est un terme qui vient du groupe Magma, nous poursuivons les projets débutés à la saison qui chante en kobaiën, une langue fictive, – ndlr), passée avec Luciano Leite Barbosa, Augustin et “ère du temps” a donné Erämaa, un mot finnois Braud, Atau Tanaka et Patricia Alessandrini, et qui évoque un lieu où la nature est restée seule débutons une collaboration avec Paulo Ferreira maîtresse, de nouveaux territoires à révéler aux autour du théâtre d’ombres. yeux du monde.

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©MICHEL VAN RHIJN

Avant-plan

Fred Lani Le blues dans la peau TEXTE : NICOLAS ALSTEEN

Corps et âme du groupe Fred & The Healers, figure emblématique de la scène blues du plat pays, Fred Lani fête ses trente ans de carrière avec la sortie de No Escape, un album singulier et personnel. À l’image du parcours de ce scientifique qui, à choisir, préférera toujours Jimi Hendrix aux neutrons. Larsen

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omment évoquer le blues en terres francophones sans une petite référence à Johnny ? Hallyday qui, sur une face B de 1973, s’égosillait sans retenue dans une chanson devenue culte : « Toute la musique que j’aime, elle vient de là, elle vient du blues ». Cette déclaration d’amour trouve forcément un écho dans le parcours de Fred Lani. Né à Namur au printemps 1977, ce dernier est d’abord un enfant du rock. « À la maison, mon père avait des vinyles des Rolling Stones et de Jimi Hendrix, retrace le guitariste. C’est comme ça que je suis arrivé à la musique. Il y avait aussi une compilation de blues en deux volets. Le premier se consacrait à des pionniers comme Robert Johnson, Arthur “Big Boy” Crudup, Big Mama Thornton, etc. Le deuxième se penchait sur le blues anglais, de John Mayal à Fleetwood Mac. » Cette double compile éveille la curiosité de l’adolescent. « À quinze ans, j’ai appris à jouer de la guitare. Mon modèle absolu, c’était Jimi Hendrix. Je voulais tout savoir sur lui. En parcourant un article à son sujet, j’ai découvert qu’il était fortement influencé par un certain Albert King. » L’information est le point de départ d’un voyage sans retour. « J’ai pris le bus. Direction Namur. Et là, chez un disquaire, j’ai mis la main sur un CD du King. Cet achat va bouleverser mon rapport au blues. » À 17 ans, épaulé par un ami batteur et la basse de son père Jean-Marie, Fred Lani inaugure une formation prénommée Fred & The Healers. L’affaire débute en 1994 avec des prestations rocambolesques dans les granges et les bistrots de la campagne namuroise. « Au fil des concerts, l’envie d’enregistrer un disque a gagné du terrain, raconte-t-il. Au départ, l’idée était de sortir un album de rock. Mais je n’en touchais pas une. Mes démos n’avaient aucune allure. Un peu plus tard, je suis revenu dans le local de répétition avec des maquettes inspirées par Stevie Ray Vaughan, Albert King ou Skip James. Là, ça ressemblait enfin à quelque chose. » L’anecdote donne le jour à un premier EP, gravé sur CD, en 1996. « C’était un début encourageant mais assez improbable. C’était du blues de Marederet. » Le petit village, situé à deux pas de l’abbaye de Maredsous, compte moins de 500 habitants « et il n’est pas spécialement connu pour la richesse de sa scène musicale », ajoute Fred Lani avec une pointe d’ironie.

 Parti des abords de la Molignée avec son blues typiquement belge, Fred & The Healers devient rapidement le porte-drapeau du genre, s’imposant – à contre-courant du grunge et de la britpop – à l’affiche d’événements majeurs. De Werchter Classic à Couleur Café, en passant par les Francofolies de Spa, le groupe brille sans discontinuer de 1997 à 2003. L’année suivante, la formation publie Red, son quatrième album. « Les morceaux de ce disque étaient sans doute moins immédiats », concède Fred Lani. Blessé par l’échec commercial du projet, ce dernier jette l’éponge et se réinvente par ailleurs. D’abord au sein de X3, un trio spécialisé dans les reprises millésimées (circa 1920-1950). « C’était un retour aux racines du blues, aux morceaux de Blind Lemon Jefferson ou Muddy Waters. Je voulais les réactualiser en version électrique afin de les rendre accessibles à un nouveau public. » L’initiative lui vaut le titre de “Namurois de l’année”, un brevet honorifique décerné par le magazine régional Confluent. Dans la foulée, Fred Lani inaugure Superslinger. « Là, il s’agissait plutôt d’opérer des croisements entre le blues et d’autres styles musicaux. » Ces deux expériences le voient parcourir d’autres chemins. À commencer par une escapade cinématographique. En 2009, il compose la bande-son du téléfilm franco-belge Les Fausses Innocences. « Le réalisateur, André Chandelle, connaissait mes albums. Il est venu vers moi avec l’idée d’enregistrer une B.O. inspirée par celle de Neil Young dans Dead Man, le film de Jim Jarmusch. Sans rivaliser avec ces géants de la culture anglo-saxonne, nous avons ancré le récit juste après la Seconde Guerre mondiale, dans un petit village perdu au fin fond des Ardennes. J’ai adoré habiller les images et créer des atmosphères pour ce film. »

Un air de famille À côté de la musique, Fred Lani occupe une fonction d’ingénieur civil en sciences des matériaux. Il est aussi titulaire d’une thèse de

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doctorat en lien avec « les propriétés thermomécaniques des matériaux biphasés ». Chercheur à l’UCLouvain, désormais actif dans le domaine des énergies nouvelles, l’homme déroule ses riffs en marge de la recherche et du développement. « J’ai souvent eu envie de tout plaquer pour me consacrer à la musique, confie le guitariste. En même temps, j’aime mon métier », tempère le scientifique. « Ça reste un job créatif et stimulant. Pourtant, dans mon for intérieur, je le sais, rien ne me plaît autant que le blues. J’ai toujours rêvé d’être musicien professionnel. Toutefois, certaines réalités sont venues calmer mes ardeurs : je suis autodidacte, incapable de lire une partition et mon mode d’expression est assez monomaniaque. À moins de jouer plusieurs concerts par semaine en solo, tout en vivant d’amour et d’eau fraîche, je ne vois pas trop comment subvenir aux besoins de ma famille… » Marié, père d’une fille de 14 ans et d’un garçon de 11 ans, Fred Lani partage aujourd’hui sa passion avec les siens. « Ma fille joue du piano, alors que mon fils, lui, est plutôt focalisé sur la batterie. J’essaie de les sensibiliser aux rythmes, à la musicalité. Je les incite à créer en marge des partitions et des règles d’usage. »

 Dans ce parcours, la famille tient assurément une place essentielle. Son père, Jean-Marie, alias “Papy X”, reste, à jamais le bassiste originel de Fred & The Healers. Un rôle que tient désormais son frangin, Bertrand. « Nous partageons la même éducation, l’amour du blues, mais aussi des passions communes pour la littérature et le cinéma. Travailler ensemble, c’est d’abord une question de confort. Nous sommes vraiment en confiance. J’ai besoin de ressentir cette complicité absolue pour écrire des chansons qui nous ressemblent. »

Fred Lani

« Je ne suis pas le premier à utiliser la musique comme une catharsis. »

La vie des autres En tant qu’amateur chevronné, Fred Lani s’est produit un peu partout en Belgique, en Europe, et même au Canada. Sous couvert d’amateurisme, le guitariste a partagé la scène avec des artistes comme Joe Cocker, Bon Jovi ou Los Lobos. « En croisant ces gens le weekend, il a toujours été évident que mon lundi matin serait différent des leurs, commente Fred Lani. Pour moi, chaque prestation sur la scène d’un grand festival, ça reste un rêve. J’évite de m’emballer, de fantasmer une vie qui n’est pas la mienne. Je suis très heureux de vivre ces moments sur scène mais je reste très lucide par rapport à la place occupée par Fred & The Healers dans l’histoire. » Plus d’une décennie après le dernier enregistrement, Fred & The Healers marque son retour aux affaires, nouvel album à la clé. Articulé autour de douze morceaux miraculeux, No Escape voit le chanteur aborder les thèmes de la rédemption et du temps qui passe. « En comparaison avec les autres disques, celui-ci amène une rupture, indique Fred Lani. Auparavant, mes paroles étaient secondaires. Cette fois, les textes comptent autant que les parties instrumentales. » Éminemment personnel, No Escape évacue les tourments de la fameuse “midlife crisis” avec un sacré supplément d’âme. « J’ai préféré mettre tout ça en musique plutôt que d’acheter une montre ou une voiture de sport, sourit-il. Ce disque est autobiographique. La peur de vieillir est là. Je redoute de perdre tout ce que je connais. Lorsque j’ai partagé mes chansons avec notre producteur Walter Broes (The Seatsniffers, – ndlr), il m’a tout de suite demandé si je ne devais pas consulter un psy », rigole Fred Lani. « Cet album, d’une certaine façon, c’est ma psychothérapie. Je ne suis pas le premier à utiliser la musique comme une catharsis. » Un moment libérateur qui, à l’arrivée, annonce un futur stoïque et quelques concerts fédérateurs.

Avant-plan


©BE RNARD BABETTE

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Les festivals à l’heure du repositionnement

TEXTE : DIDIER STIERS

Ici et là dans le secteur des festivals en Fédération WallonieBruxelles, on s’interroge sur les divers modèles existants. Par ailleurs, des grosses boîtes de prod se tournent pour l’été vers le concert unique, de type “événement”. Qu’est-ce qui marche et qu’est-ce qui ne marche plus ? Que veut aujourd’hui le public ? Qu’est-ce qui ne lui plaît plus ? Qui pense reconversion et qui envisage une réorientation ? Larsen est parti scruter l’horizon. Larsen

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Partie 1 – Le Cadre

le programmateur, parle plutôt de renouvellement. Comme il s’en expliquait dans les pages du Soir : « On avait déjà amorcé ce mouvement l’année passée avec DJ Snake. Les Ardentes restent un festival de musiques urbaines mais on est ouvert aux autres tendances qui animent notre public, notamment latines, afro ou électro. L’année passée, on avait clos le festival avec deux DJ et ça avait cartonné. Ça nous a confortés dans l’idée que notre public, qui est majoritairement de la génération Z, avait envie de retrouver ce genre d’artistes aux Ardentes. »

elgique, terre de festivals ! Oui mais où tout n’est pas rose pour autant… en tout cas, pas pour tout le monde. Le Graspop ? Trois jours sur quatre sont “sold out” à l’heure où nous écrivons ces lignes. Même chose du côté de Rock Werchter. Au Pukkelpop, à une quinzaine de semaines du festival, un premier jour est également complet. Et aux Leffingeleuren de septembre, tous les tickets “week-end” sont déjà partis. Rock Herk ? 70% complet, trois mois avant le début des festivités. Et on ne reviendra même pas sur le carton annuel de Tomorrowland, qui affole aux quatre coins de la planète. Au Nord du pays, à vue de nez, le secteur se porte bien. Ce qui tend à confirmer les prévisions sorties d’une étude de PwC (PricewaterhouseCoopers, le réseau britannique d’entreprises spécialisées dans les missions d’audit et d’expertise comptable, – ndlr) : « L’industrie belge de la musique live retrouvera d’ici 2024 ses niveaux d’avant la pandémie ». Pour les grosses machines, cela semble être le cas. Pourtant, toujours en Flandre, une dizaine de festivals de taille moyenne réduisent la voilure, se mettent en pause (comme le Live Is Live) ou débranchent la prise pour de bon, recense-t-on du côté de la Federatie van Muziekfestivals in Vlaanderen : « Le coronavirus n’a certainement pas rendu service à notre industrie. Mais l’impact durable que nous craignions n’est pas advenu. La plupart des festivals sont restés sur leurs gardes. Si 90% d’entre eux sont des organisations à but non lucratif qui fonctionnent grâce à des bénévoles et ne gagnent rien, les grands acteurs ont bénéficié du soutien des autorités ». De notre côté de la frontière linguistique, le paysage festivalier a lui aussi bougé. Alors qu’en France, selon le bilan de la saison 2023 établi par le Syndicat des Musiques Actuelles, 43% des festivals adhérents ont fait état d’une édition déficitaire. Mais, précise Aurélie Hannedouche, sa directrice : « Les petits festivals au concept singulier, ancrés dans les territoires, peuvent tirer leur épingle du jeu ». Chez nous, ça n’aura pas vraiment été le cas pour le Feel Good Festival à Aywaille, en faillite, Scène-sur-Sambre qui n’est plus (après 13 ans d’existence) et l’Inc’Rock, réduit à un jour en 2024, avant d’annoncer, pour cette année, que tout changerait : des dates au concept en passant même par le nom de l’événement. Quant à l’indispensable Balkan Trafik, il a été annulé cette année… mais on espère pouvoir y revenir en 2026.

Arnaud de Brye

« À Esperanzah, il n’y a peut-être pas les Red Hot Chili Peppers, mais il y a une ambiance qu’on ne retrouve nulle part ailleurs ! »

À Esperanzah, la réorientation a été actée en 2024. Après les années Covid et la météo désastreuse de l’année précédente, les organisateurs avaient lancé un appel de fonds auprès de leurs festivaliers, transformés en coopérateurs. Et reconfiguré l’événement lui-même. Cet “Esperanzah nouveau”, c’était dès lors plus de scènes, plus d’endroits, plus de déco et plus de propositions extra-musicales. Le dimanche soir, à l’heure des premiers bilans, Arnaud de Brye, nous disait sa satisfaction : « La réussite, on a pu la voir à la fête sur le site. À l’étonnement. Avant, nous avions deux scènes et le public circulait entre elles. Aujourd’hui, il est partout, réceptif et dégage une énergie qui nous touche particulièrement. » Quant aux chiffres… Du vendredi au dimanche, ce sont 27.200 personnes qui étaient recensées sur le site de l’Abbaye de Floreffe. « Le rêve, c’était 30.000 mais on voit ça, en fait, comme une année d’investissement, estimait le coordinateur. Parce que ce renouveau, nous avons dû le construire sur pas grand-chose en termes de communication. Là, les gens l’ont vécu et nous espérons qu’ils vont pouvoir en discuter, partager, et que le bouche-à-oreille va s’enclencher. C’est-àdire que, d’accord, à Esperanzah, il n’y a peut-être pas les Red Hot Chili Peppers, mais il y a une ambiance qu’on ne retrouve nulle part ailleurs ! » Et Arnaud de Brye de conclure : « Nous enchaînons depuis le Covid des années de combat avec, en 2023, un gros déficit. Nous avons dû créer une coopérative, initier un renouveau. Les équipes étaient au four et au moulin depuis un an. Et là, nous sommes portés par la base du festival, qui est très contente du changement, de la manière dont tout ça se fait. Et nous, nous sommes hyper contents du résultat, de l’expérience que nous pouvons proposer, de la singularité de ce qu’Esperanzah offre également. » Au Bear Rock à Andenne, on semble aussi sortir, tant bien que mal, des affres de la période Covid/post-Covid. L’an dernier, l’édition “habituelle” du festival s’est doublée d’une deuxième affiche, électro/dance, payante celle-là. À l’heure où les grosses boîtes de prod commencent aussi à se tourner vers d’autres modèles que le festival de type “quatre jours/camping/grande prairie”. Voyez les concerts de Neil Young et de Kraftwerk annoncés à Bruxelles, par exemple. Qu’en pensent donc les “petits”, de ce secteur ? « Je peux me tromper, avance Benoît Libert, le programmateur du Bear Rock, mais j’ai l’impression qu’on cherche un peu l’effet Tomorrowland. On est plus dans quelque chose de l’ordre de l’événement où il faut aller, “the place to be” où on va se faire instagrammer, plutôt que dans un festival de musique. C’est notable depuis quelques années. Le festival, l’affiche, les groupes, la musique, oui, mais ce qui compte, c’est tout ce qui peut être attractif autour de tout ça. C’est ce que j’appelle l’effet Tomorrowland… »

Le pourquoi du comment Explosion des coûts (« Une hausse de plus de 30% depuis le Covid », avance Gino Innocente du côté de Ronquières, dans une interview pour Moustique). Public qui se décide de plus en plus tard avant de mettre la main au porte-monnaie et donc d’acquérir son pass ou son ticket. Concurrence parfois entre certains événements dont les affiches se recoupent. Pauvreté du vivier des artistes susceptibles de faire bouger les foules. Affiche moins en phase avec les attentes ou les goûts du public. Difficulté, voire même impossibilité, d’obtenir des exclusivités. Météo capricieuse entraînant des annulations. Les raisons qui expliquent les soubresauts que vit le secteur sont nombreuses… et se combinent souvent. Aux Ardentes, “grosse machine wallonne” s’il en est, “sold out” en 2022, on a également fait le point. « Avec l’évolution du festival, nous avons dû repenser notre modèle afin d’éviter une crise de croissance, confiait ainsi Fabrice Lamproye à l’Écho l’an passé. Avant 2019, notre budget était sous la barre des 10 millions d’euros. À présent, nous approchons des 25 millions. Nous ne pouvons plus organiser les choses comme avant. Nous sommes entrés dans une autre dimension. À partir du moment où les enjeux financiers sont de plus en plus importants, il est essentiel de s’entourer des bonnes personnes. Pour Les Ardentes, s’associer avec Fimalac, Back in the Dayz ou avec une personnalité comme Herman Schueremans est une façon d’évoluer. » Cette année, l’évolution semble même encore plus marquée sur les hauteurs de Rocourt : entre les Damso, Kaaris, Niska, Gazo et autre Young Thug, on (dé)note une tête d’affiche appelée… David Guetta. Un petit air de Tomorrowland aux Ardentes ? Jean-Yves Reumont,

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Partie 2 – Les modèles

sûr, c’était des gens très sympathiques mais j’ai eu le sentiment que, quelque part, comme ils avaient payé une entrée, ils manifestaient plus de respect pour ce qu’on proposait que les gens du vendredi, gratuit. Étonnant, surtout après plus de 25 éditions ? Alors, oui, la réputation du Bear Rock est quand même là aussi, les bookeurs connaissent, mais quand on arrive dans un nouveau genre, dans lequel on n’a jamais travaillé, il faut quand même “montrer patte blanche”, entre guillemets. Et quand bien même ! Cette année, nous avons dû par exemple négocier pendant trois mois pour avoir Tramhaus !

BEAR ROCK – le gratuit Le Bear Rock aura cette année lieu le vendredi 27 juin, toujours à Andenne bien sûr. Et comme en 2024, le festival se dédoublera le lendemain (28) en version électronique, en accueillant notamment Digitalism et Marco Bailey. Quant à l’affiche rock elle-même, elle renseigne entre autres, excusez du peu, les remuants Tramhaus et les Helvéto-Canadiens de Peter Kernel. Petit état des lieux avec l’un des organisateurs, Benoît Libert. Comment se porte le festival, après les annulations de 2020, 2021 et 2023 dans la foulée de la pandémie ? Nous essayons de maintenir la gratuité le vendredi. Après, il n’est pas particulièrement facile de proposer une affiche qui attire les gens, ici dans une veine assez alternative, et sans “locomotives variété rock”. Côté finances, nous tentons de survivre, d’y arriver plus ou moins sur les deux jours du festival. C’est compliqué depuis ce qu’on a vécu dès l’après-Covid, avec l’augmentation des coûts à tous les niveaux, aussi bien techniques que des service sono ou du cachet des groupes. Voilà pourquoi l’année dernière, nous avons lancé une version électronique payante, pour tenter de ramener un peu de fonds…

Les Aralunaires – l’urbain Les Aralunaires étaient programmées cette année du 30 avril au 4 mai. Jawhar, les Barcelonais de Dame Area et aussi Turquoise s’y produisaient parmi une quarantaine d’artistes, dans des lieux parfois fort insolites. Ainsi, la Française Billie jouait dans une ferme historique (la ferme de Birel), l’occasion d’attirer l’attention sur les visées dont elle fait l’objet de la part de promoteurs immobiliers. Du côté d’Arlon, on sait joindre l’utile à l’agréable, le temps d’un « festival précurseur », comme le qualifie Nicolas Musty. Vous aussi, vous vous sentez poussés à vous repositionner ? Le festival a peut-être eu “la chance” d’être précurseur quand il a été lancé il y a 16 ans. Il était déjà fondé sur le concept des concerts intimistes, des plus petites jauges et des artistes émergents. Et le “business model” n’a jamais été d’être calé sur des gros noms et donc d’être dépendants de très gros plateaux à très haut risque. Malgré tout, il y a quand même toujours eu quelques locomotives, peut-être d’un niveau plus local ou, en tout cas, dans une mesure autre que les festivals d’envergure. C’est ainsi que nous avons proposé les Girls In Hawaii ou November Ultra… Et puis aussi quelques très beaux coups de poker, que la scène belge nous a permis, notamment avec Angèle et Roméo Elvis à l’époque. Disons que sur nos différentes scènes, il y a toujours l’une ou l’autre locomotive mais pas de TGV comme dans les gros festivals.

Pas évident, donc ? Ce qui nous aide, ce sont principalement les recettes du bar. Nous avons 15 et 20% de subsides : Fédération Wallonie-Bruxelles, ville, province, etc. Nous tenons également des buvettes aux Fêtes de Wallonie et sur le marché de Noël, pour essayer de faire rentrer un peu d’argent, mais ce n’est jamais beaucoup. Donc effectivement, ce modèle en soi, gratuit, ou quand on n’est plus beaucoup subsidié, va devenir de plus en plus compliqué à perpétuer. Il fut un temps où le Bear Rock, c’était deux scènes. À un moment, c’est aussi devenu intenable, financièrement parlant ? Il y a eu deux scènes jusqu’en 2022. Mais effectivement, ça voulait dire qu’une partie du budget devait quasiment doubler, pour la sono, l’infrastructure, les cachets… Nous avons donc préféré nous concentrer sur cette version électro, payante, du deuxième jour, en ne maintenant qu’une scène, et le vendredi gratuit. La “journée” électro, inaugurée l’an dernier, a bien fonctionné ? Nous n’avons pas eu de bol avec la météo. Notre objectif était de 1.000 entrées et nous sommes arrivés à environ 700. Nous n’étions donc pas loin de l’objectif mais c’est franchement le mauvais temps qui a joué en notre défaveur. Nous repartons cette année avec plus ou moins ces mêmes objectifs. Mais le gros changement, c’est que nous couvrons : ça se fera sous un chapiteau transparent, juste un toit en fait, histoire de ne plus se prendre la drache…

 Un festival en ville, n’est-ce pas plus “facile”, à certains égards ? Le public potentiel est là, à portée de main pour ainsi dire ? On pourrait effectivement le voir comme ça mais les gens, il faut encore les attirer. Et nous avons déjà pu constater que, oui, le public averti connaît les groupes que nous mettons à l’affiche, mais pour le spectateur lambda, “si c’est gratuit, c’est que ce n’est pas bon”. C’est un ressenti que nous avons déjà parfois pu constater. L’an passé, avec l’affiche électro, nous découvrions un public que nous ne connaissions pas. Je ne dirais pas que nous en avions peur mais nous étions dans l’expectative. Alors bien

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Un constat en cet après-Covid ? Nous avons noté une polarisation encore plus marquée qu’auparavant, avec des noms devenus inaccessibles. Ce qui veut dire que les locomotives sont plus chères que jamais et donc, à haut risque pour des festivals comme le nôtre. Surtout que nous avons des jauges limitées, parce que nous n’avons jamais voulu de scène extérieure de grande taille. Aux Aralunaires, un concert extérieur, c’est dans un jardin devant 500 personnes maximum. Le Covid a donc entraîné un virage : moins de têtes d’affiche. Enfin, tout dépend de ce qu’on entend par là. Nous aimons bien dire qu’aux Aralunaires, il n’y a que des têtes d’affiche… Mais quoi qu’il en soit, c’est le reflet d’une réalité économique. Quelle est-elle, pour vous, précisément ? En fait, nous sommes très fiers de défendre, et c’est ce que nous faisons depuis le début, des projets émergents. Des choses à découvrir. Mais c’est aussi la réalité d’un marché où le hip-hop et l’électronique sont impayables. Encore une fois, nous n’avons pas dû recalibrer énormément parce que le festival a été conçu autour de cette idée de petites jauges et de concerts intimistes. Même si nous sentons une différence, nous l’avons moins subies que d’autres festivals.

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Tout comme le Bear Rock, vous êtes en ville. Ça joue ? En province de Luxembourg, les gens font vite 30, 40 ou 50 kilomètres pour aller à un événement. Ils ont aussi l’habitude d’aller à Luxembourg, voire à Bruxelles, à Nancy… Chez nous, les aficionados de musique font beaucoup plus de bornes que les Bruxellois. Là où, à Bruxelles, on a du mal à emmener les gens à La Source ou à l’Illegaal. Quand j’accompagne marcel qui joue à Nancy (Nicolas Musty est le manager du groupe, – ndlr), je rencontre des Arlonais qui ont fait deux heures et demie de route pour venir les voir ! Donc non, je ne pense pas que le fait d’être à Arlon nous aide. Par contre, ça nous a poussés à revoir notre manière de fonctionner. Au niveau des partenariats, nous cherchons depuis des années à garder un lien avec le tissu associatif, à sortir une bière par la brasserie coopérative d’Arlon, à travailler avec une asbl qui amène des gens fragilisés aux concerts… Ça, ça nous rapproche de la ville, de la cité.

beaucoup depuis la création du LaSemo il y a 18 ans. Pour nous, c’est plutôt un moteur. Si nous l’avons fait dès le départ, c’est parce que nous voulions essayer de proposer une démarche un peu singulière au public. Un festival qui nous ressemblait, basé sur une expérience que nous avions envie d’offrir au public, plutôt que sur des modèles existants. Et depuis quelques années, certainement depuis le Covid, c’est devenu une nécessité. Auparavant, dans les festivals, on ne parlait que de la programmation, alors qu’aujourd’hui, c’est bien plus de “l’expérience”.

Nicolas Musty – Les Aralunaires

« Sur nos différentes scènes, il y a toujours l’une ou l'autre locomotive mais pas de TGV comme dans les gros festivals. »

Une bonne affiche, seule, ça ne suffit pas ? Effectivement. Même si les gens sont curieux, nous avons besoin de relais locaux. Plus qu’avant, en fait. J’ai l’impression que, depuis deux ou trois ans, nous vivons la fin de l’âge d’or des réseaux sociaux. C’est paradoxal, parce qu’ils sont partout, super influents, et même les autorités s’en emparent. Mais pour les festivals, c’est différent. Si nous les maîtrisons, tout est devenu plus cher, plus arbitraire et, sur les réseaux sociaux, la visibilité est beaucoup plus erratique qu’auparavant. Nous sommes dans une phase où on revient à des réflexes de com qui étaient ceux des années 90 ou 2000, une communication 1.0, quoi ! À nouveau des affiches, plus de flyers… C’est étonnant !

C’est quoi, « un festival qui nous ressemblait » ? Quand nous avons commencé, en nous souciant notamment des questions de durabilité, on nous prenait un peu pour des fous. Nous avons beaucoup travaillé sur l’accueil d’un public plus familial, ce qui était aussi assez singulier, voire relativement inexistant dans les festivals. Et puis, également, sur une offre pluridisciplinaire, en proposant aussi de l’art de rue, du cirque, du conte, des animations…

Ne serait-ce pas dû au fait que, justement, vous n’avez pas de “gros noms” ? Il est vrai que quand on a un très gros nom sur lequel on peut faire une campagne, on pourrait encore s’en sortir avec les réseaux sociaux. Mais le RGPD (le Règlement Général sur la Protection des Données, – ndlr) a aussi extraordinairement complexifié les choses quand il s’agit de targetter les gens sur les réseaux sociaux. Auparavant, avec un petit budget, quand on prenait le temps de paramétrer les campagnes, on pouvait vraiment toucher les aficionados de rock à Arlon et dans un rayon de 50 kilomètres. Ça, ça marche 50 fois moins qu’avant. Et donc, il faut des budgets plus importants. Ou alors, il faut un message plus mainstream qui va se diffuser plus largement.

Quand on regarde votre affiche aujourd’hui, l’offre musicale est, dans le genre, très conséquente… Nous avons quelque peu fait le chemin inverse. C’est-à-dire que pendant une quinzaine d’années, nous avons vraiment mis notre énergie au service de toutes ces spécificités initiales, quitte parfois à mettre moins de moyens financiers et humains dans la programmation musicale. Depuis deux ou trois ans, nous nous sommes dit que le festival avait maintenant une place, une existence, et qu’il était prêt à grandir. Et pour assurer cette croissance, il nous a semblé qu’il fallait élargir le spectre de la programmation musicale avec des plus gros noms. Et donc, nous avons élargi la programmation mais sur un socle de diversité de projets et d’offres assez solide. Et aujourd’hui, nous travaillons sur les deux en parallèle. D’un côté, sur une programmation de qualité avec des “headliners”, et de l’autre, sur des nouveautés dans l’offre non musicale du festival. En élargissant la programmation musicale, vous allez être confrontés à ce que d’autres expérimentaient déjà : la hausse des cachets et des coûts à tous les niveaux ! Bien entendu. Mais grandir de la sorte, ça veut dire aussi aller chercher du public avec des têtes d’affiche, ce qui permet de justifier une augmentation raisonnable du prix du ticket. Là, je sais que ce n’est pas toujours facile à entendre mais, historiquement, en Wallonie et à Bruxelles en tout cas, on a des tickets de festivals à des prix très bas, comparativement à la Flandre, l’Angleterre ou les États-Unis. Après, nous partageons avec tous les festivals l’envie de rester accessible à tous. Mais ça devient de plus en plus un choix et un sacrifice pour le public, même si ça reste un peu moins cher, de l’ordre du city trip, d’un parc d’attraction ou d’un week-end à la mer.

LASEMO – le familial Le LaSemo se tiendra du 10 au 13 juillet dans le Parc d’Enghien. À l’affiche, notamment, des pointures et des “stars” comme MC Solaar, Mika, Ben Mazué ou encore Irène Drésel, Feu! Chatterton et Ghinzu, de même que des “tribute acts” à la mémoire de Johnny, Cloclo, Annie Cordy et Aznavour. Vous avez dit “affiche tout en contrastes” ? « Il y a une explication », nous a répondu Samuel Chappel, le directeur du festival.

 Comment vit-on chez vous cette période où d’aucuns éprouvent la nécessité de se repositionner, voire à se réinventer ? Nous réinventer, repenser le modèle de festival, ça nous mobilise

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De nouveaux outils grâce à l’IA ?

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De la puce à l’oreille

TEXTE : LOUISE HERMANT

Suffira-t-il bientôt d’appuyer simplement sur un bouton pour mixer et masteriser un titre et obtenir un rendu optimal ? Pas tout à fait. Avec l’essor de l’IA, le métier d’ingénieur son se réinvente mais ne disparaît pas. Larsen

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ne petite boucle de 15 secondes à étendre, des progressions d’accords à trouver, des presets et des samples à générer… Pour produire des chansons, il lui arrive régulièrement de s’appuyer sur des programmes basés sur de l’intelligence artificielle. Loin de le cacher, il revendique pleinement cette démarche. Le producteur, DJ et artiste solo Jay Dunham fait appel à ces outils pour puiser de l’inspiration et ouvrir de nouvelles perspectives artistiques, tout en gardant pleinement le contrôle sur la direction. Sur ses réseaux sociaux, il partage d’ailleurs ses conseils pour tirer le meilleur parti de ces technologies. Pour le producteur de musiques électroniques, l’IA s’avère utile et intéressante pour nourrir la phase créative d’un morceau. En revanche, elle montre encore ses limites sur les étapes finales du processus qui façonnent pourtant fortement la couleur du morceau. Jay Dunham estime les technologies pas suffisamment abouties pour gérer le mix, qui consiste à traiter et équilibrer les sons, et le mastering, qui optimise le rendu final pour une diffusion sur tous les canaux. « Le mix, c’est un processus très complexe », assure-t-il. Le DJ explique utiliser certains plugins avec de l’IA pour l’aider à nettoyer un kick ou booster une voix quand il s’occupe lui-même du mixage. Mais s’il veut un rendu le plus propre possible, il va avoir tendance à se diriger par la suite vers un ingénieur du son. Pour le mastering, il se montre plus catégorique sur les plateformes qui proposent du mastering automatisé : « Je ne le conseillerais même pas à mes élèves à qui je donne des cours de production. Je trouve que ça gâche le son ». Romain Boonen, ingénieur du son et fondateur d’Empowork Culture, partage globalement cette vision. Il tient à souligner, tout d’abord, que même si on parle beaucoup d’IA ces derniers mois, les plugins intégrant de l’IA et du machine learning utilisés dans le mixage ne sont pas tout récents. Il y a une quinzaine d’années, des premiers outils de ce genre ont débarqué sur le marché pour assister le mixage, comme iZotope RX qui permet de récupérer des sons avec de gros problèmes techniques et nettoyer les bruits de fond, ou Soothe, l’un des premiers outils à avoir proposé du traitement de manière automatique en laissant un maximum de contrôle à l’utilisateur. « Ça a vraiment tout changé », assure-t-il.

piste individuellement, le mastering s’applique à un fichier stéréo final dans lequel toutes les pistes sont déjà fusionnées. Cette différence rend le processus de mastering plus simple à automatiser. Il existe plusieurs plateformes en ligne ou logiciels, comme LANDR, qui offrent des solutions rapides de mastering. Les services de distribution numérique comme DistroKid ou TuneCore incluent également cette option. Il suffit d’y importer son morceau pour obtenir une version masterisée, parfois pour quelques euros.

Roca Roca

« Je préfère après aller voir un pro, avoir un échange et l’expérience de quelqu’un. » L’artiste Roca Roca, elle, passe de temps en temps par le site eMastered pour ses live sessions. « C’est intéressant parce qu’il te demande de mettre des références. Donc par exemple si j’ai fait une chanson pop, je peux demander qu’elle sonne comme un titre de Madonna », explique-t-elle. Ingénieure du son de formation, elle a bossé avec Angèle, Lous and the Yakuza ou encore Tamino. Elle retravaille presque systématiquement le résultat fourni par eMastered : elle ajuste la compression, élargit le mix, corrige les médiums… « Je suis un peu maniaque. Je ne suis jamais 100% satisfaite de ce que j’ai sorti de l’IA. Néanmoins, le résultat peut sonner pro si on n’est pas trop exigeant. » Roca Roca est en train de bosser sur son deuxième EP, prévu pour début 2026. Cette fois, pas question de faire appel à l’IA. « Je préfère après aller voir un pro, avoir un échange et l’expérience de quelqu’un. » Remy Lebbos, ingénieur mastering et fondateur du Rare Sound Studio, n’utilise pas d’IA dans son travail, puisqu’il travaille en analogique. Il comprend cependant que des talents émergents se tournent parfois vers cette solution-là. « Si un artiste n’a pas de budget ni des attentes énormes et veut surtout sortir son morceau, je ne vois pas le problème d’utiliser une IA pour emballer une chanson et la publier. Même si je lui conseillerais plutôt de juste augmenter le volume du morceau pour ne pas risquer de l’abîmer. »

Une assistance technique Au début de sa carrière, il se rappelle avoir constamment été freiné par des limites techniques. « Je devais toujours trouver des solutions, des alternatives à ce que j’avais en tête pour les contourner. Ça me faisait galérer à chaque session. » Aujourd’hui, avec les plugins assistés par IA, la dimension technique de son travail se trouve largement simplifiée. Il les utilise au quotidien pour résoudre des problèmes en quelques secondes. « Ça me permet de récupérer plus de temps pour faire des choix artistiques, qui peuvent, dès lors, être plus engagés et audacieux. Je peux pousser le curseur plus loin parce que je ne dois plus passer tout mon temps sur les problèmes techniques. » Un gain de temps précieux, d’autant plus nécessaire dans un contexte où l’accès à l’enregistrement et à la production s’est largement démocratisé. « Il y a de plus en plus de gens qui apprennent sur le tas. Ce qui peut entraîner certaines difficultés, comme la gestion de la résonance dans les sons individuels par exemple. Cela est dépendant des conditions d’enregistrement, des connaissances techniques, du matériel utilisé… Il faut alors retravailler les sons pour les rendre techniquement aboutis. » Romain Boonen reste néanmoins prudent face à l’usage de ces outils par des oreilles peu entraînées. « Tu peux vite te retrouver à faire n’importe quoi », prévient l’ingénieur du son qui travaille “in the box”, où tout passe par l’ordinateur. Même si ces plugins intègrent des assistants virtuels conçus pour guider l’utilisateur dans le mix, il reste essentiel d’avoir un minimum de connaissances techniques, au risque de dégrader la qualité sonore du projet.

Vers une production homogène ? Selon lui, l’usage massif de ces outils en ligne n’est pas sans risque. « Si tout le monde applique la même recette avec la même cible, on va se retrouver avec une production musicale très homogène, assure-t-il. On va supprimer ce qui peut faire la singularité de chaque projet. » À force de se caler sur des standards dictés par des algorithmes, les artistes pourraient finir par ne plus s’écouter et perdre la connexion avec ce qu’est vraiment la création. « Il ne faut pas que ça donne l’impression aux artistes qu’il existe une bonne manière de finaliser et présenter la musique aux auditeurs. Dans l’art, il n’y a pas de bonnes ou de mauvaises décisions. Tout doit rester permis. » Même si ces technologies évoluent très vite, Remy Lebbos reste convaincu qu’il existera toujours de la place pour la production humaine, l’échange et le partage. Il n’a d’ailleurs jamais eu autant de demandes de la part de jeunes artistes qu’aujourd’hui. « Je crois que tout ce qui se passe avec les IA c’est l’occasion d’être plus humain qu’avant, d’encore plus faire la différence dans ce qui me distingue. » Pour Romain Boonen, les évolutions liées à l’IA s’apprêtent sans aucun doute à bouleverser son métier, sans pour autant le rendre obsolète. « Il y aura toujours un intérêt à ce que des humains travaillent ensemble pour faire de l’art. Par contre, le champ des possibles va de plus en plus s’ouvrir pour les artistes. Ils vont pouvoir faire plus de choses eux-mêmes, que ce soit pour des questions de processus créatif ou de budget. Je crois qu’il y a là quelque chose d’appréciable car ça permettra à plus d’artistes de pouvoir aller au bout de leurs idées. »

Du mastering en un seul clic Les outils IA pour le mastering, sont, eux, plus facile d’accès. Contrairement au mixage, où l’ingénieur du son intervient sur chaque

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TEXTE : JULIEN BROQUET, IMAGES : JORIS NGOWEMBONA

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Depuis octobre, à Molenbeek-Saint-Jean, le Volta revit sur l’ancien site historique de Delhaize. Visite guidée d’un lieu unique qui défend le développement musical de Bruxelles et soutient ses jeunes artistes.

Le facilitateur bruxellois

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es bâtiments gigantesques. Une barrière d’accès. Et même un parking aérien. En arrivant à destination on penserait presque s’être trompé d’adresse. Situé dans le quartier d’Osseghem, le nouveau Volta a ouvert il y a quelques mois sur l’ancien site historique de Delhaize à Molenbeek-Saint-Jean. En ce lundi après-midi, tandis que des musiciens flamands font la causette en terrasse, Orlane, jeune chanteuse originaire de Philippeville et qui vient de terminer à Bruxelles ses études de médecine, bosse avec son groupe en studio. Les lieux sont tellement imposants qu’un type aux cheveux blonds peroxydés se promène en trottinette à l’intérieur. Arne Huysmans est le fondateur du Volta. Il en assure la coordination générale. Ce qui ne veut évidemment rien dire. « Au Volta, on touche à tout. Quand tu gères un lieu, a fortiori un lieu comme celui-ci, il y a toujours beaucoup de travail et nous ne sommes qu’une petite équipe. Je m’occupe donc de la programmation mais aussi de la maintenance. Pour le moment, je termine d’aménager un nouveau studio. Tout ce que tu vois ici, on l’a fabriqué nous-mêmes. À la base, c’était juste un immense hangar dans lequel était entreposé du vin. Avec Volta, j’ai appris beaucoup de la culture mais aussi énormément de la construction. » En 2018, c’est à Ixelles, rue Volta, que tout a commencé. Étudiant en jazz au Conservatoire, Arne squatte un bâtiment avec cinq musiciens et y organise une fois par mois des concerts gratuits ou à des prix très démocratiques. « On programmait des groupes qui, selon

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nous, avaient besoin d’une plateforme et de visibilité et on a rapidement rencontré de plus en plus de succès. On a commencé avec Juicy. Les musiciens bruxellois avaient besoin de ce genre d’endroit. Un lieu où expérimenter et montrer des choses à un public curieux dans un meilleur contexte que des cafés. Je suis Bruxellois moi-même et j’ai vite réalisé que faire de la musique dans cette ville était compliqué. Dès que tu répètes, ça embête les voisins et le quartier. » Quand ses camarades sont partis étudier à l’étranger, Arne a transformé toutes les chambres en salles de répétition et a aménagé un petit lieu de concerts, avec un backstage, une cuisine et un bureau. « On a accueilli des gens comme Ulysse, Robbing Millions, DC Salas, Whispering Sons, Brihang et Lous and the Yakuza. Angèle aussi pendant trois mois… Des francophones et des néerlandophones. Mélangé quoi… Comme Bruxelles. Le propriétaire des lieux s’en est rendu compte via Facebook ou Instagram. Il m’a appelé et m’a dit : tu as quinze jours pour t’en aller. » Arne et le Volta ont rebondi à Anderlecht, près de la gare du Midi, où ils sont restés pendant cinq ans. Passant des joies du squat à celles de l’asbl. De quatre à dix, puis quatorze salles de répète. À Molenbeek, le complexe possède aujourd’hui pas moins de vingt studios répondant à divers besoins et exigences. Une salle de concerts de 300 places et le bar super sympa qui va avec. Sur ses murs trônent des vinyles dans lesquels le Volta est impliqué. Les lieux ont ouvert en octobre après neuf mois de travaux (« le temps d’une grossesse ») et un investissement de 435.000 euros (un

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subside de 325.000 euros et un apport de Volta lui-même de 110.000 euros). « C’est dur de trouver un endroit où s’installer à Bruxelles et c’est cher. On a cherché pendant des années. Faut repérer. Être aux aguets. Parler avec beaucoup de gens. Ici, c’est le politique qui nous l’a proposé. Les questions qu’il faut se poser ? Un peu les mêmes que quand tu achètes une maison. Est-ce que les lieux sont facilement accessibles en transports en commun (la station de métro Beekkant est à deux minutes à pied) ? De quelle qualité est le bâtiment ? Est-ce qu’il est bien isolé ? Qu’est-ce qui est déjà installé ? » Pour le coup, il n’y avait rien. Juste un grand espace d’environ 3.000 mètres carrés. « On a créé de la lumière. Ouvert sur l’extérieur avec des baies vitrées. Le plafond est haut et ça coûte évidemment très cher de fabriquer des studios du sol jusqu’au toit. On a donc construit des boxes. Des boîtes dans la boîte. Puis les studios sont modulaires. On pourra les récupérer quand on viendra à déménager. L’occupation est temporaire mais on sait qu’on est là pour quelques années. » Certains espaces sont encore en travaux. Une deuxième salle de concerts, notamment, dont ils ne connaîtront la capacité qu’après le passage des pompiers. « Au Volta, on fonctionne avec différentes formules. Nous avons 103 membres (tarifs ultra démocratiques) qui ont accès à 13 de nos studios. Mais on a aussi des artistes, disons “maisons”, qui y ont leurs locaux permanents. Des groupes qui travaillent avec nous depuis un bout de temps comme ECHT!, Jean-Paul Groove ou Lander & Adriaan. On a aussi un studio d’enregistrement. Puis, on en a deux autres, plus grands, qui sont à louer et une petite

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cabine de production qu’on propose à des collectifs ou des organisations qui en ont besoin. » Interrogé sur l’explosion de la jeune et moderne scène jazz belge, Lefto insistait il y a quelques mois sur l’importance fondamentale du Volta. « Une grande partie des musiciens qui travaillent au Volta sont issus du Conservatoire de Bruxelles. Avec une grosse influence jazz électronique dance music inspirée par des groupes comme ECHT!, Lander & Adriaan ou TUKAN, reconnaît Arne. Mais de notre côté, on a soutenu des gens comme Stace, Oriana Ikomo, Bianca Steck, Poppy Whispers, Daniël Paul… Beaucoup de trucs plutôt pop. À Bruxelles, tu as des communautés dans tous les genres : punk, jazz… Et ici, au Volta, ça se mélange et ça se rencontre. Nous ne créons pas de communautés. Nous sommes des facilitateurs qui permettent aux musiciens de travailler. Quand tu joues dans un groupe comme TUKAN ou ECHT!, ça demande un vrai investissement. Des années de ton énergie et de ton temps. » Si le Volta est ouvert à tous les styles, il n’en est pas moins exigeant. « On attache beaucoup d’importance au professionnalisme. On veut être là pour les musiciens. Et ce n’est pas parce que tu fais de la musique que tu en es un. Moi je me fais à manger tous les jours mais je ne suis pas cuisinier. Notre mission, c’est de soutenir le développement musical de Bruxelles et du secteur. Parce qu’on parle de gens qui vivent souvent dans des conditions très précaires et qui galèrent tout en bas de l’échelle dans la pyramide de la musique. » volta.brussels

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Média

#HelloQuitX #ByeMeta Allez voir ailleurs si j’y suis

TEXTE : AYLA KARDAS

Au premier trimestre 2025, Meta affiche encore une santé financière éclatante. Une vaguelette d’indignation sociale avait pourtant commencé à se former au large de la prise de conscience collective. S’est-elle seulement évanouie à la vue de Mastodon, Pixelfed et Bluesky ? Et maintenant, on fait quoi ? Larsen

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Sans filtre, ou presque Paradoxalement, c’est cette même envie de reprendre le contrôle sur sa présence et sur le type de contenus en ligne qui pousse la Gen Z à se diriger en masse vers un autre géant : TikTok. En Europe, la plateforme rassemblerait 159 millions d’utilisateur·rices actif·ves mensuel·les, ce qui en fait le cinquième réseau social le plus utilisé, derrière Facebook, YouTube, WhatsApp et Instagram. Aux contenus léchés de cette dernière, les TikTokers préfèrent la spontanéité de la vidéo prise dans l’instant, le super-algorithme de “découvrabilité” et sans doute bientôt en Belgique, la possibilité de monétiser du contenu sur la plateforme. Éditrice réseaux sociaux, Sara Brarou est aux commandes des comptes TikTok des chaînes info pour nouvelles générations de la RTBF. Si elle ne nie pas les dérives des grandes plateformes, elle insiste sur l’importance de comprendre les usages de la Gen Z : « Aujourd’hui, les jeunes cherchent sur TikTok, pas sur Google. C’est devenu leur moteur de recherche. » Plus fluide que sur Meta, l’algorithme y est très efficace, mais c’est une bête exigeante qu’on doit nourrir d’immédiateté. « Il faut capter l’attention en quelques secondes. Ce qui marche, c’est l’authenticité, la réalité du quotidien. » Avec ce territoire de visibilité immédiate à portée de clic, le réseau social a de quoi séduire le secteur musical… à condition d’en comprendre les codes. Pour des musicien·nes, il ne s’agit pas de reproduire les logiques super esthétiques d’Instagram, avec des contenus hyper-montés et sur-édités. « Si tu veux exister sur TikTok, il faut raconter une histoire, partager des recommandations musicales, montrer les coulisses. Créer un récit médiatique autour de soi. » Selon la communicante, c’est même l’un des seuls espaces où des contenus hyper niches – ainsi que des communautés marginalisées – peuvent trouver leur public, grâce au critère de “découvrabilité” plutôt qu’à la notoriété préalable.

in 2024, un vent de rupture soufflait sur les réseaux sociaux . Le réseau social X (anciennement Twitter) connaissait un élan significatif de désinscriptions, porté par le mouvement “HelloQuitX” et attribué au soutien assumé d’Elon Musk envers Donald Trump et à l’orientation politique de la plateforme, à droite toute. Début janvier 2025, Meta annonçait de son côté la suppression du “fact-checking” sur ses plateformes aux États-Unis. Des vérifications « trop politisées », justifiait Zuckerberg, alors en pleine (re)conquête d’alliances conservatrices. Celui qui promeut d’ailleurs un retour en force de « l’énergie masculine » et la fin des politiques d’inclusion au sein de Meta n’a pourtant pas (encore) de vraie raison de s’inquiéter d’une grosse vague de défiance des utilisateur·ices.

Résiste, prouve que tu existes Altiste, chanteuse et poétesse, Coline Meulemans alias COLLINE n’est pas passée par quatre chemins. Elle a quitté Facebook et Instagram pour se diriger vers Mastodon. Cette décision a été précipitée par un point de bascule clair : « Pour moi, ce qui a rendu la décision évidente, c’était l’annonce que Zuckerberg avait prêté allégeance à Trump. On s’est pris ça dans la figure. C’est quelqu’un qui prête allégeance au fascisme. » Derrière cette position, une critique plus ancienne resurgit pour l’artiste, celle de la marchandisation de soi sur les plateformes. « Cette logique de productivité et de publicité de Meta, dans laquelle je ne suis jamais vraiment rentrée au final, commençait vraiment à m’angoisser. Je comprends que c’est une question de visibilité mais faire de ses propres projets artistiques des produits commerciaux, ça me pesait. En même temps, j’avais envie que mes projets fonctionnent. Forcément, comme tous les artistes. » Présence numérique et autopromotion : quel impact ? Du côté de la radio libre bruxelloise Radio Panik, on remet en cause la valeur effective de l’attention numérique, qui reste souvent prisonnière des plateformes. « On a du mal à voir un effet sur les écoutes réelles de la radio, sur la fréquentation du site ou des podcasts. Ce qu’on a vu, c’est que quand un autre média parle de nous — Télérama, par exemple — là, on voit une vraie différence », rapporte Pierre De Jaeger, coordinateur de la radio. Là où l’autopromotion épuise, la médiation et la recommandation par des tiers, perçus comme légitimes et désintéressés, serait beaucoup plus efficace. À d’autres égards, ce qui a aidé COLLINE à faire ce choix radical, quoiqu’encore marginal, de réellement supprimer ces réseaux, c’est un changement d’état d’esprit par rapport à sa carrière. « Je veux bien renoncer à une partie de mon potentiel de popularité car je pense que j’ai d’autres ressources. (…) L’air de rien, c’est quand même le côté interpersonnel qui est le plus fort. » Une piste que partage Pierre De Jaeger, qui prône un modèle où la culture se transmet aussi et surtout par affinité, par proximité. « Le meilleur algorithme, c’est peut-être ton voisin ou ta voisine. Les gens autour de toi savent ce que tu aimes. » Un geste d’abord éthique et politique, devenu plus personnel pour COLLINE : « Je me sens plus sereine. Je lis plus. Je suis sur Mastodon mais c’est un réseau qui n’est pas fait pour être addictif. Une fois qu’on a tout vu sur le fil, on a vraiment tout vu et on peut faire autre chose. »​ Comme c’est le cas pour beaucoup d’artistes indépendant·es, la gestion des réseaux sociaux impose une logique de rendement et d’omniprésence qui représentait pour l’artiste une charge mentale considérable. Résolue à cultiver un lien direct avec son public, elle s’est tournée vers une stratégie de promotion plus organique et vers une “mailing list”, annoncée de vive voix et disposée à l’entrée lors de ses concerts. « Les gens sont assez friands de ça, ils écrivent leur mail. Et beaucoup m’ont dit “c’est bien, parce que sur les réseaux, on scrolle, on voit une info, puis on l’oublie”. » De là à dire que parler de nous sur les réseaux, entrer dans la logique d’autopromotion de notre image de marque, c’est avant tout accepter de travailler allègrement pour Meta, il n’y a qu’un filtre : notre double en ligne. Quitter Meta, c’est faire acte de dissidence à notre version algorithmique, façonnée par la logique du clic. Pas évident.

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Pierre De Jaeger

« Il y a aujourd’hui une communauté qui se caractérise clairement comme désolidarisée des réseaux Meta. » Sortir du piège algorithmique Mais dans un contexte où une clinique destinée aux accros de TikTok a ouvert ses portes en Suisse et où l’Union européenne a engagé une procédure contre la plateforme, soupçonnée de créer des comportements addictifs via ses algorithmes, des voix pointent la tendance commune de ces grandes plateformes : celle des réseaux pensés comme des circuits fermés. Pour Pierre De Jaeger, les réseaux sociaux dominants comme Facebook, Instagram ou TikTok ne sont pas pensés pour favoriser le lien avec l’extérieur, mais pour retenir les utilisateur·rices captif·ves dans un environnement clos. Un design stratégique qui, selon lui, reflète la logique de surconsommation où capter l’attention prime sur la plus-value du contenu. « Ce sont des plateformes qui sont conçues pour que tu ne sortes pas. Elles ne veulent pas que tu quittes ton feed. Elles veulent que tu continues à scroller, encore et encore. » Il existe pourtant des réseaux ouverts, où l’on peut insérer des liens cliquables vers l’extérieur et qui semblent proposer un environnement moins addictif. Prenons Mastodon par exemple : pas de publicité, pas d’exploitation des données, une gouvernance distribuée car en “open source”. « Un réseau ouvert, interconnecté et indépendant », qui n’a pas été frappé par le miracle de la “hypeness”. Le logiciel ouvert permet pourtant à quiconque de s’emparer du système et de développer d’autres fonctionnalités plus attractives. « Il y a aujourd’hui une communauté qui se caractérise clairement comme désolidarisée des réseaux Meta. Et pour cette communauté-là, les institutions culturelles devraient suivre avec des comptes alternatifs. » Alors non, Mastodon, Bluesky et Pixelfed n’ont pas encore le vent en poupe. Mais le paquebot Meta s’est enfoncé dans le brouillard. Et donc, on va où ?

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Les labels de musique classique en 2025 La qualité avant tout !

Label : Musique en Wallonie

Label : Ramée (Outhere Music)

Label : Ricercar (Outhere Music)

Label : Cypres Records TEXTE : VICTORIA DE SCHRIJVER

Le disque de musique classique vacille, fragilisé par la dématérialisation et une économie du streaming peu favorable aux répertoires de niche. En Fédération Wallonie-Bruxelles, les labels redoublent d’agilité pour continuer à produire et diffuser intelligemment. Nous sommes allés à leur rencontre. Larsen

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Un modèle à bout de souffle ? En Fédération Wallonie-Bruxelles, ce sont quelques structures, certaines modestes, d’autres plus établies, qui font vivre l’enregistrement de la musique classique. Rachetés, consolidés, adossés à des institutions ou portés par une conviction quasi artisanale, ces labels cultivent leurs différences mais partagent une même volonté : celle de donner à entendre des projets exigeants et souvent uniques. Tous s’accordent sur un constat : le modèle traditionnel de production/distribution s’essouffle. Le disque ne se vend plus comme avant, le streaming rapporte peu et l’écoute en ligne favorise des formats courts, calibrés pour des algorithmes souvent aveugles à la musique classique. Dans ce contexte de crise structurelle, les labels de la FWB font preuve d’une résilience remarquable, portée par la passion, l’exigence artistique et une profonde capacité d’adaptation.

seules ne suffisent plus à couvrir les frais. Plusieurs possibilités existent alors : les co-productions (artistes ou institutions amènent une partie du financement), le mécénat privé, le crowdfunding ou encore les aides à l’enregistrement de la FWB. Du point de vue de l’enregistrement, les labels oscillent entre projets pensés “ensemble” avant le passage en studio et l’obtention de masters d’enregistrements déjà réalisés. Chez Ramée ou Cypres, le nombre de sorties est limité volontairement à une dizaine par an pour garantir la qualité et la cohérence du catalogue. Avec à ce jour un catalogue riche de 280 disques, Cypres continue à produire jusqu’à 12 projets par an dont 4 à 5 souvent bénéficiant d’une subvention pour les frais d’enregistrement. Cédric Hustinx explique qu’il serait plus sage de rester en-dessous de dix albums par année et précise « moins tu sors de disques, mieux tu te portes » : une manière réaliste de mettre en lumière le dur marché du disque indépendant. Leur catalogue continue néanmoins à se remplir. S’il y a vingt ans, 100% des disques étaient des productions purement Cypres, réfléchies dès les prémices du projet, le label réalise qu’il est l’heure de désapprendre ce modèle. Cédric Hustinx admet que, malgré les limites financières et temporelles d’une équipe restreinte, il adore son travail. La tendance à la concentration se précise ces dernières années. On rachète des labels, on s’unit pour avoir plus de volume et espérer ainsi pouvoir équilibrer les choses. Outhere par exemple, – qui possède de nombreux labels et qui en distribue également beaucoup d’autres, comme Musique en Wallonie ou Cypres – a aussi la force de posséder un “back catalogue” qui assure une certaine stabilité financière. La question des financements est aussi importante partout, comme le précise Charles Adriaenssen : « Si on ne bénéficiait pas de certains financements publics, on devrait drastiquement réduire le nombre de productions ou se contenter de ce que nous recevons tout fait, ce qui nuirait à la qualité ». En France, où Outhere est aussi présent, les problématiques sont comparables : les labels indépendants de musique classique doivent également composer avec un marché contraignant, avec un accès restreint aux playlists de streaming et un besoin permanent de financements croisés. Si le disque reste une véritable carte de visite, une aide à se faire remarquer par les programmateur·rices de salles, il est aussi un vrai engagement financier, les disques n’étant plus à 100% financés par les labels. « Ce n’est pas le disque qui enrichit l’artiste », rappelle Bertrand de Wouters (Pavane). Mais, il peut faire office de carte de visite, de tremplin vers une carrière internationale ou d’objet de légitimation artistique. Les compositeur·rices nous disent : « L’enregistrement permet d’exister ». De cette manière, il n’est donc pas rare que les artistes frappent aux portes des labels avec leurs propres enregistrements. Ils sont aussi nombreux à penser à l’autoproduction. Ainsi, dans le classique et ailleurs, certains enregistrent et sortent leurs disques eux-mêmes, créant un label ou diffusant via d’autres petites structures.

Des labels aux profils variés, un même engagement Du leader consolidé Outhere au label à forte identité sonore Ramée, en passant par les vétérans Cypres, les structures rencontrées revendiquent toutes une ligne artistique claire et une approche sur mesure. Tous partagent les mêmes valeurs : attachement à l’objet disque, volonté de proposer des projets singuliers et énergie consacrée à un catalogue qui a du sens. Charles Adriaenssen fonde Outhere en 2004 et bâtit au fur et à mesure un acteur majeur du secteur. D’abord distributeur, il rachète également des labels de Belgique, et d’ailleurs, comme Fuga Libera, Alpha ou Ricercar pour ne citer qu’eux. Structuré en un ensemble cohérent, exigeant et tourné vers la qualité sonore et éditoriale, son fondateur nous affirme qu’il a « la faiblesse de croire que les produits de qualité vont survivre ». S’il semble convaincu, qu’aujourd’hui, faire ce métier pourrait relever d’une douce folie, il n’en reste pas moins lui aussi un passionné désireux d’aventure. Le label Cypres est quant à lui né il y a une trentaine d’années. Il a été repris en 2005 par Cédric Hustinx. Il défend notamment la création et les jeunes interprètes belges. Indépendant, le label compte deux personnes travaillant à faire marcher les affaires et a légué sa distribution à Outhere en 2017. Pour son dirigeant, il faut faire un certain deuil et se rendre compte « que nous n’avons jamais autant produit alors que, pourtant, le secteur reste en crise ». Fondé en 1971, Musique en Wallonie s’est donné pour mission de valoriser, par le disque et à l’international, le patrimoine musical et les compositeur·rices de la Fédération Wallonie-Bruxelles. ASBL basée à l’Université de Liège, la structure repose sur l’engagement bénévole de ses administrateurs (souvent chercheurs ou musicologues), tous porteurs de projets, et n’engage qu’une seule personne à 80% pour gérer tout l’aspect administratif. Ramée, créé par le musicien et ingénieur du son Rainer Arndt au début du 21e siècle, affiche une identité sonore forte, liée au rôle central de son fondateur, ainsi qu’une approche esthétique exigeante, au service d’un répertoire souvent méconnu. Le label qui était indépendant et dirigé par une seule personne a été revendu à Outhere en 2010, un geste que Rainer Arndt juge salvateur. Autre exemple de longévité, Pavane, créé en 1978, est lié à la Boîte à Musique (un disquaire bruxellois et aussi structure de distribution) et c’est également une histoire familiale à l’ancrage bruxellois fort. Bertrand de Wouters a repris les deux structures ensemble à la fin des années 80. Le directeur de cette entité juge importante l’idée de se démarquer avec du répertoire inhabituel. Tous ces labels partagent un même désir de rigueur éditoriale, une certaine fidélité à leurs artistes et une foi dans le pouvoir de “l’objet disque” à structurer un projet artistique.

Streaming : la modification profonde des habitudes d’écoutes Tous les interlocuteurs partagent le même constat : le streaming ne permet pas à lui seul de faire vivre un label. Charles Adriaenssen résume : « Il faut grosso modo mille streams pour que le producteur touche l’équivalent d’un seul CD vendu ». Avec près de 150.000 titres mis en ligne chaque jour, les répertoires de niche sont mal servis par les plateformes, dominées par les logiques algorithmiques. Les labels doivent investir du temps et des ressources pour faire entrer leurs titres dans les playlists créées par les applications de streaming. Tous n’en ont pas les moyens. Du point de vue du streaming, toutes les plateformes ne logent pas la musique classique à la même enseigne et certains de nos interlocuteurs disent préférer des plateformes moins grand public comme Qobuz ou Tidal. Le constat est sans appel : les modes de consommation ont changé et ce, dans tout le secteur musical, tous genres confondus. Le streaming s’est imposé et, avec lui, également le mode de diffusion. De nombreux labels, de taille modeste souvent, préfèrent aujourd’hui la simple sortie numérique. Et dans une mer de données,

Une économie fragilisée La fragilité économique du marché du disque n’est pas nouvelle. En 2004 déjà, le disque se trouve dans une période incertaine, devant se réinventer face au téléchargement illégal. Depuis, le numérique a continué de s’imposer à l’auditeur. Si la passion guide les choix, l’économie reste un facteur déterminant. Tous les labels rencontrés le soulignent : produire un disque aujourd’hui coûte cher et les ventes

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« Chaque sortie doit être une réelle plus-value pour le marché, les auditeurs et le mélomane.» Bertrand de Wouters – Pavane

il est très compliqué de se démarquer : « On est passé de la qualité à la quantité », regrette Charles Adriaenssen. Sur les plateformes, la longueur des musiques se raccourcit, espérant peut-être de plus nombreuses écoutes. Les plages trop longues sont souvent moins propices à l’écoute et elles sont donc quelques fois repensées différemment, même si on note aussi une réminiscence des longues plages dans d’autres secteurs. Le label Ramée a expérimenté les sorties uniquement digitales mais les disquaires réclament du physique. Le basculement complet vers le numérique, pourtant annoncé depuis vingt ans, semble toujours inachevé. À cela, Rainer Arndt (Ramée) nous dit « peut-être que ce switch ne sera jamais fait », se questionnant sur l’hybridation du marché de la musique. Tous les labels rencontrés sont unanimes : depuis la période du Covid, les habitudes de consommation ont changé. Ces modifications, qu’on aurait pu penser passagères, se sont inscrites dans la durée. Le concept même du disque se perd. Face au streaming, les livrets deviennent secondaires, tout comme l’ordre ainsi que la durée des morceaux ou la continuité d’un album qui devient elle facultative pour les oreilles de nombreux auditeurs.

25 et 30% de ses ventes via son site, inauguré peu avant la période Covid. Tous les labels soulignent veiller à l’excellence de leurs livrets, de leurs pochettes, de leur production sonore : « Le disque, ce n’est pas que le son. C’est aussi l’image, le texte, le support », insiste Rainer Arndt. Pour Musique en Wallonie, Christophe Pirenne évoque aussi une possible transition vers le tout-digital pour la collection dédiée à la restauration d’enregistrements historiques de grandes figures belges. Car le marché des « vieilles voix et des vieux enregistrements est assez limité ». Pour l’ensemble des intervenants, l’objet du disque continue à légitimer un projet dans la conscience collective. Pour le compositeur ou l’interprète, il est un but en soi : celui de garder une trace, d’exister à travers l’enregistrement. Pour ce qui est de leur carrière, il est aussi un accélérateur quand il tombe dans les bonnes mains.

L’invention comme fer de lance Face aux mutations du secteur, les labels tentent d’innover. Certains testent des sorties de singles courts, espérant intégrer des playlists à forte audience. Mais cette stratégie a ses limites car « même si on faisait de la musique “streamable”, on entrerait dans une course à l’abîme avec des concurrents qui utilisent l’intelligence artificielle », résume Charles Adriaenssen. Les réseaux sociaux sont aussi devenus indispensables. Les artistes doivent avoir une certaine « appétence pour la communication » et les labels les accompagnent souvent de ce côté. Les labels pensent aussi de nouvelles collections et s’ouvrent à d’autres aspects de la musique classique, plus traditionnelle, populaire ou folklorique, parfois néoclassique. Tous parlent de collaboration durable et d’un travail de fond avec les artistes.

Le disque, entre survivance et légitimité artistique Pourquoi continuer à enregistrer ? Robert Coheur, directeur de la programmation musicale de l’Orchestre Philharmonique Royal de Liège, nous explique que le disque s’inscrit toujours dans une logique de diffusion, visibilité et valorisation du répertoire. Parmi ses répertoires, la longue « tradition du répertoire franco-belge fait partie de l’ADN de l’orchestre », nous rappelle Robert Coheur. L’enregistrement est, lui aussi, une partie de l’activité de l’orchestre, qui ne vise pas nécessairement la rentabilité mais qui a conscience que ses enregistrements permettent une diffusion de son travail en Belgique et à l’étranger, le positionnant ainsi comme un « ambassadeur culturel ». Les projets se font aussi au fil des opportunités et sont souvent des envies du directeur musical ou d’un chef invité ; d’autres fois, ils font suite à la sollicitation de différents labels pour des projets définis. Cette variété de collaborations procure une sensation de liberté à cet ensemble. Le travail s’inscrit aussi dans un soutien à la création et la défense d’un patrimoine, pour lequel l’ensemble sort au moins un disque par saison. L’orchestre dispose également de sa propre salle qui se transforme alors en studio d’enregistrement. À côté des enregistrements de musique classique, l’orchestre travaille sur d’autres projets en plus de ses concerts, comme l’enregistrement de musiques de film qui est pour lui une « meilleure source de revenus ». Le disque reste donc un objet de référence. Les ventes physiques existent toujours, souvent faibles mais régulières. La Boîte à Musique, par exemple, explique que les affaires sont dures mais qu’un public est toujours présent. La “boîte” réalise néanmoins entre

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Une niche précieuse mais vulnérable Malgré la fragilité du secteur, les labels rencontrés font preuve d’optimisme lucide. Produire un disque ne garantit plus de ventes mais constitue toujours un rite de passage essentiel pour les artistes. Dans cette optique, ils continuent à produire, à diffuser et à transmettre. Le monde de la musique classique s’illustre par un public peut être dit « de niche et vieillissant » mais qui ne cesse de se renouveler. Dans un écosystème dominé par les volumes et les algorithmes, les labels doivent réinventer leur métier pour faire vivre une diversité musicale essentielle et le rendre plus transversal. Leur avenir dépendra de notre capacité collective à soutenir, à reconnaître et à écouter ce qu’ils ont à dire. « Depuis vingt ans, c’est la prudence », confie Cédric Hustinx, qui préfère ne plus anticiper l’évolution du marché à long terme. Les labels nous confirment tous la dureté des affaires. Du côté d’Outhere, son fondateur le clame, « nous avons décidé de rester fidèles à notre exigence de qualité ».

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Les sorties

Stonks Badger (EP) EXAG’ Records

Formé par quatre étudiants en communication, Stonks a vu le jour dans les rayons d’un magasin d’instruments. C’est là, entre guitares, basses, cymbales et trompettes, que les garçons se découvrent une passion commune pour The Strokes, Black Midi ou Queens of the Stone Age. Un an plus tard, ils s’engouffrent dans la brèche post-punk avec Class Craic, un EP pétri d’excellentes intentions. Aujourd’hui, le quatuor transforme l’essai par le biais de Badger. « Cela signifie blaireau », traduit le chanteur Hector Robinet. Le mammifère apparaît d’ailleurs sur la pochette du EP. « L’idée centrale, c’est celle de l’animal “pris dans les phares”. Par métaphore, cela évoque l’inattendu. En lui-même, le blaireau n’est pas révélateur de nos intentions. Aucun message détourné là-derrière. C’est juste la seule bestiole empaillée que nous ayons trouvé sur une brocante. » Stonks se réclame de la “crank wave”. En Angleterre, le terme “crank” décrit un pessimiste implacable. « Dans le groupe, nous avons entre 22 et 23 ans et l’état du monde nous consterne. Nous sommes stupéfaits par les dérives politiques, bouleversés par les guerres et les crises. L’actualité nous angoisse. Le seul aspect positif de cette situation, c’est qu’elle stimule notre créativité. » Non loin de Deadletter et Fontaines D.C., les Bruxellois malaxent cuivre et électricité pour produire une énergie renouvelée, à rapprocher des déviances orchestrées par Squid ou Psychotic Monks. « Notre évolution doit beaucoup aux traditions locales : les fanfares, la new beat, la techno. La Belgique est un pays qui aime danser. Cet environnement a un impact sur nos chansons. » Sur ce deuxième EP, Stonks évolue ainsi, tel un funambule, sur une corde tendue entre deux extrêmes. D’un côté, l’envie de répondre à l’appel du “dancefloor”. De l’autre, le besoin d’expérimenter, de fusionner des éléments piochés dans le jazz, la no wave, le funk et la culture du postn’importe-quoi (rock, punk ou disco). Une performance qui force respect, admiration, et une relation insolite au blaireau. – NA

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Isaac China Bone

SilverRat Band Precious Love (EP)

TNF

Collectif du Lion

Du haut de ses 26 printemps, Isaac a toujours été un touche-àtout. Pianiste puis guitariste, mais aussi chanteur, danseur, féru d’arts plastiques ou encore de jeu dramatique, cet artiste pluriel publiait son premier opus – Mood – en mars 2024. Livré à l’époque comme « une invitation à ressentir, de manière exacerbée et insensée, l’émotion qui nous traverse ». Un an plus tard, l’humeur d’Isaac a changé, comme en atteste China Bone, récit de « la descente aux enfers d’un personnage qui se complaît dans l’acharnement et l’autodestruction ». Neuf titres aux parfums éclectiques et en français dans le texte, oscillant entre chanson, pop (l’étonnant Rien savoir et son refrain baroque), guitares (Seul parfois, quasi post-rock) et rythmes électroniques (ce puissant Réservoir)… Qui finalement réfléchissent bien plus de lumière que ne le suggérait l’énoncé proposé. Mais un disque épidermique à coup sûr. – NC

Troisième volet des aventures du SilverRat Band, Precious Love regroupe la même équipe : la multisaxophoniste et compositrice Véronique Delmelle, Laurent Meunier aux saxophones, Benoît Randaxhe au sousaphone – ces trois-là poussant le chant par instants –, le drumming redoutable de Michel Debrulle, et les voix de Géraldine Cozier et d’Adrien Sezuba Rukira. Les textes de ce dernier sonnent juste, à la fois remplis d’amour, d’humour et d’interrogations sur nos vies, les voix instrumentales purement acoustiques semblent flotter sur les mots et on se réjouit de ce que l’oreille affûtée de Christine Verschorre apporte aux sonorités du groupe, ainsi que l’apport précieux de la direction artistique de Nicolas Fizman. Thierry Devillers décrit cet album comme « le radeau musical idéal pour voguer à travers ces temps sombres » : l’image est belle et le parfait reflet d’une musique qui sonne vrai et donne un message parfois sombre mais souvent rattaché à l’essence de la vie. L’amour est précieux, la musique du SilverRat Band l’est tout autant. – JPG

Olivier Chavet Elements Mudac Productions

Olivier Chavet est un musicien proche de la terre développant dans sa propre ferme une production biologique. Ceci pourrait n’être qu’anecdotique mais on ressent dans la musique du batteur une proximité de la nature quasi instinctive, sans artifice. Pour son nouveau projet Elements, il a réuni quelques fidèles comme le contrebassiste Werner Lauscher et Daniel Chavet à la guitare qui forment l’ossature de son trio, mais aussi le brillant pianiste Igor Géhénot ainsi que le trompettiste colonais Matthias Schwengler. Un quintet qui donne de belles couleurs à la musique du batteur dont l’inspiration penche vers un rock progressif doux, quasi cinématographique et proche d’une rêverie intimiste à l’inspiration spontanée dont Luftlinie est un parfait exemple avec une guitare très présente. Seul Dent de lion se rapproche d’une interprétation jazz plus expérimentale. Un artiste à découvrir. – JPG

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Les sorties


ESINAM & Sibusile Xaba Healing Voices W.E.R.F. records

Cette histoire-là commence en 2018, quand la flûtiste bruxelloise ESINAM découvre le guitariste sud-africain Sibusile Xaba sur scène, lors d’une tournée européenne. Elle l’invite à poser sa voix sur Flowing river, tiré de son premier album Shapes in Twilights of Infinity. Leur connexion musicale est immédiate et les musicien·nes – à vrai dire tous·tes les deux sont multi-instrumentistes – se plongent ensemble en studio. À la merci de leurs flûtes, guitares, voix, percussions répétitives et gadgets électroniques, « sans trop réfléchir, de façon organique, juste en recevant ce qui vient naturellement », nous assure Sibusile Xaba, iels signent aujourd’hui un album solaire, très intuitif, nourri par leurs voyages entre l’Europe et l’Afrique. Nous suivons la voie thérapeutique de l’artiste belgo-ghanéenne, qui veut glisser dans nos écoutilles un bain de vibrations positives. « Chaque chanson est très différente mais avec la même intention : la musique est très puissante, elle relie les gens. Elle nous fait du bien quand nous la créons, quand nous l’écoutons, quand nous la jouons et quand d’autres personnes la reçoivent, je pense. C’est l’esprit de cet album. » Quelques allers-retours entre la scène et le studio permettent aussi aux deux artistes d’incorporer la chaleur propre à l’improvisation aux compositions. « On joue un truc, on le teste en live, puis quelque chose de nouveau en sort. » Un soupçon du highlife ghanéen et de chansons traditionnelles zulu et ewe, et c’est plié. – AK

Azmari In Oculis (EP)

cheapjewels :c la fin du dream?

Sdban Ultra

Autoproduction

Les cinq morceaux enregistrés sur In Oculis sont susceptibles de ralentir le réchauffement climatique. Celles et ceux qui, par souci écologique, se défendent de prendre l’avion pour voyager à l’autre bout du monde peuvent, en effet, s’en remettre à Azmari, tant la musique du quatuor bruxellois explore le monde par procuration. Comme dans les épisodes précédents, le groupe emprunte à l’éthio-jazz de Mulatu Astatke et à un psychédélisme pêché dans les eaux du Bosphore. Mais les plages instrumentales esquissées sur ce disque s’ornent aussi de percussions brésiliennes, d’instruments indiens, de cuivres importés des Balkans et d’un souffle persan, inspiré par une époque où Iran rimait avec liberté. Sur Eyelights, Azmari juxtapose les rythmes et empile des références qui, du jazz à la musique classique, façonnent une étonnante fresque cinématographique. En fin de parcours, le quatuor s’élance dans une expédition lancinante, un trip hallucinogène intitulé 17th Tiger Print. Un modèle de groove exotique. – NA

Tandis que les nuits rétrécissent, cheapjewels débarque avec un premier EP engagé, plein à craquer de punchlines incisives et autotunées. Après avoir remporté la finale du concours Du F. dans le texte en février dernier, cheapjewels confirme son talent – et sa force de frappe – avec :c la fin du dream?, un premier projet sincère et nécessaire. Au menu : une collection de quatre titres rentre-dedans qui dénoncent, sans filtres ni faux semblants, les violences et injustices actuelles. Fascisme, racisme, violences policières, violences faites aux femmes et minorités de genre, mais aussi la santé mentale de la Gen Z qui s’effondre, chaque thématique abordée – et chaque phrase rappée – est politique, importante, pleine de sens. De la musique qui donne à la fois de la force et mal au bide, de la musique loin du divertissement, proche des gens. – DT

Le Motel Odd Numbers/Sô’Lé Balmat

C’est dans la foulée d’une prestation à Hanoï, il y a deux ans, qu’est née l’idée de ce projet. « Quand je vais aussi loin, j’essaie toujours de prolonger pour me mêler à la scène locale, collaborer avec des artistes et découvrir le pays. » Fabien Leclercq reste donc un mois, rencontre des musiciens, des poètes, des danseurs, et un projet collaboratif se dessine au fil du séjour. Nourri de ses interactions et de « cette envie de sampler la vie plutôt que la musique ». On sillonne le nord du pays, de villes en villes, parcourant les allées animées des marchés locaux ou marchant à travers les montagnes. « J’ai eu l’occasion de côtoyer plusieurs familles Hmong – une des 54 minorités qui peuplent ces hauteurs – qui m’ont hébergé et permis de faire des rencontres. » Dès son retour, il est inspiré en écoutant les heures de rushes enregistrées. « Très vite, j’ai eu envie de réimpliquer les protagonistes en leur envoyant ce que j’avais fait. Ils n’avaient jamais écouté de musique électronique mais étaient ouverts, et je les ai laissés faire… » L’un d’eux se mettra alors à écrire automatiquement ce que lui évoque ces maquettes, en vers ou en spoken word. Plus tard, Fabien se connecte même à la communauté vietnamienne en Belgique, ce qui aboutira aux concours d’autres musiciennes en studio à Bruxelles. « Chacun d’eux est devenu compositeur du projet, d’où le nombre de collaborateurs. » Odd Numbers est une sorte de voyage par le son, conçu comme un projet audiovisuel et soutenu par une expo photo/vidéo. « Cet album représente bien la manière dont je veux créer aujourd’hui, à la fois collaborative et pluridisciplinaire. En laissant chacun libre d’y injecter son background et ses émotions, ce qui fait la beauté du projet. C’est un format que je me vois bien répéter à l’infini, dans plein de pays. » – NC

Larsen

Mai, juin 25

Paradoxant Deux BEASTS The Shearing La Base/Rockerill Records

Mini-album ou EP, BEASTS livre sept titres sans compromis, alliant esprit punk, paroles rappées et ambiances bien dark et agressives. Antoine Romeo, qui drive ce nouveau projet (solo), n’est pas un inconnu et vous ne devriez pas être complètement désorienté·es à l’écoute de ce disque si vous étiez des auditeur·rices de son précédent groupe, run SOFA. Avec BEASTS (un nom bien à propos), le compositeur repousse cependant bien plus loin ses frontières : plus frontal, notamment dans le traitement de la voix, encore plus engagé dans les textes et certainement dans la philosophie du projet (à découvrir dans un “manifesto” qui accompagne la sortie). Le disque ne sera d’ailleurs pas disponible sur les plateformes de streaming et ne sera pas mis en avant sur les RS (non-profit & non-algorithms !). « BEASTS is freedom, acceptance and peace ». Viscéral et brutal. – FXD

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Humpty Dumpty Records

Dans le second album de son projet solo, Paradoxant, Antoine Meersseman, le bassiste du feu groupe BRNS, embrasse à nouveau l’éclectisme post-punk qui avait fait le succès d’Earworm, le premier disque sorti en 2021. La comparaison pourrait s’arrêter ici. Car si Earworm était teinté d’une noirceur obsédante, Deux est une évadée planante et lumineuse. Ses neufs titres, écrits entre Bruxelles et la Drôme, traversent des sonorités hachées résolues en effusion de synthé (le titre d’ouverture, La Disparition), des percussions jungle (Abîmes) et des sifflements rythmés de riffs noise (Jamais sans personne). Antoine Meersseman y pose des paroles en français, décousues, et s’entoure tant de musiciens déjà présents sur le premier album que de nouvelles rencontres, notamment avec Clément Marion (Ada Oda, David Numwami) ou encore la chanteuse lyrique drômoise Amelle Wick. Un bijou de candeur maximaliste, à la fois doux et barré. – PR

Les sorties


GRANDGEORGE A Place We Can Meet Go Live Records

Casimir Liberski ReTRio The Z Suites

Un shoot de vitamine D en intra… coustique, pop avec incursion de trompettes, voilà le cadeau de Benjamin alias GRANDGEORGE. Ce disque rehaussera n’importe quelle humeur de couleurs vives et pulsations scintillantes, en fredonnant le malicieux “houba houba” du titre Cocktails in the sun. À première écoute, A Place We Can Meet est un simple disque pop rock du plus bel effet, dont l’écoute plongera tout bon boomer dans des souvenirs d’adolescence, Blur et Oasis en tête de gondole. Mais “simple” n’est pas GRANDGEORGE : le musicien excelle dans l’art de nous entraîner sans en avoir l’air dans des rythmes complexes, harmonies audacieuses, constructions surprenantes, et des textes à interprétation variable. Résultat : on lui emboîte le pas. Cet opus chaleureux atteint donc son objectif. « Je trouvais important de parler de la rencontre avec soi-même. L’album commence et termine par des chansons sur ce sujet. Mais, au milieu, on rencontre le monde ! Et c’est surtout pour le live que j’ai fait cet album. On ne tournait plus, “l’être ensemble” me manquait beaucoup. La scène ne représente que de bons souvenirs pour moi. C’est un espace de liberté tellement infini ! » Pour atteindre ce bon son à faire sauter les foules, Benjamin a enregistré chez lui et travaillé avec Benoît Tempels. Tout en organisant ses retrouvailles avec le public, il pense déjà à la suite : « J’ai mis toutes mes références dans celui-ci, la boucle est bouclée… Pour le prochain je me dis, pourquoi pas en français ? ». It’s a date. – VF

The Feather

Landrose Brut

WRWTFWW Records

Hyperjungle Records

Il est des disques dont on dit de la musique qu’elle est “cinématographique”. On pourrait le dire du dernier album de ReTRio, à part que celui-ci s’inspire des jeux vidéo. Car oui, dans les jeux vidéo il y a cette musique, parfois obsédante, qui accompagne les aventures et les épreuves. Casimir Liberski, fan de ces jeux avec qui il a grandi, en reprend la substantifique moëlle et la malaxe façon jazz. Il utilise le principe d’harmolodie (contraction d’harmonie et de mélodie) cher à Ornette Coleman. Grâce à l’inventivité et la dextérité du pianiste belge, soutenu par une rythmique aussi compacte que complice (Janos Bruneel – contrebasse, Diogo Alexandre – drums), il fait de Kawaii suite un jazz façon bourrée, de Fairy fountain, une sonate, de Uncovered secret un bop “à la Tristano”, et s’échappe en free pour le reste. Ce qui pourrait paraître disparate ici suit cependant un fil rouge solide que Liberski impose dans son style de plus en plus affirmé. Disque aussi passionnant, excitant et étonnant qu’indispensable. – JP

Frappe punk, électronique et effets : voilà le credo du Bruxellois David Temprano, par ailleurs actif avec le groupe Cere. Dit ainsi, ça ne donne pas encore une idée précise de ce dont est capable ce joyeux fou-furieux, à voir en live au moins une fois dans sa vie pour se sentir… vivre. Ainsi, Rear fire rocket est illustré par un clip tout en sang, flammes, extraterrestres, voitures qui explosent et morphing incessant. Dead in Europa ? Une batterie supersonique et des samples vocaux en rafales, bref, sa version du gabber ! Les boucles reviennent implacablement, le noise rock est dopé aux effets de dingue. Ce disque ferait une parfaite bande-son pour Tetsuo, le film moitié SF moitié horreur du génial Shinya Tsukamoto ! Un peu dans les mêmes eaux (façon torrent sauvage, quand Watch your jet déferle dans les oreilles) que Nah. Pas étonnant que ça sorte sur le label des deux “allumés” de La Jungle ! – DS

BB

Polymoon Music

« J’avais envoyé deux maquettes à Chris Taylor, multi-instrumentiste de mon groupe préféré Grizzly Bear, qui avait lancé un appel à démos sur Instagram. Chris a musclé mes esquisses et m’a dit : “J’adore tes chansons. Si tu en as d’autres, n’hésite pas car j’ai envie de faire un disque avec toi” ». Thomas Medard a encore des étoiles dans les yeux quand il nous narre l’anecdote. Cinq ans après Room, l’hyper actif artisan de la pop indie liégeoise (membre de Dan San mais aussi réalisateur du nouveau Benni) revient avec son projet solo The Feather. Trente minutes de musique mélodique, dix chansons traversées d’orchestrations ensoleillées, de subtiles “reverbs” dans la voix, de mots bienveillants et de zestes psychédéliques. Ce cadeau du ciel s’appelle BB. « Le surnom que je donne à ma compagne et une référence à notre fille. C’est une déclaration d’amour musicale que je leur fais. Dans le disque, je parle aussi de mon frère (le très beau Always you) et de mon rapport paradoxal à la scène (See you again). » Touchant sans être naïf, profond tout en évitant la virtuosité, à la fois ambitieux (on y retrouve aussi derrière les fûts Thomas Hedlund, batteur de Phoenix) et intime, BB est né en échangeant par Zoom « avant de rassembler avec Chris toutes les pièces du puzzle » dans un studio de Madrid. Réussite totale, BB rappelle à tous les esprits dotés de jugeotte qu’il est tout simplement bon d’être vivant. « Je suis passé par des états assez sombres, notamment en raison de problèmes de santé. Et là, je suis dans une période de vie où j’ai l’impression que plus le temps passe, plus je me sens bien dans mes relations humaines et mon rapport à la musique », conclut-il. – LL

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Les sorties


Culte

TEXTE : DIDIER STIERS

Fred Jannin

©DR

On le connaît pour la BD Germain et nous, ses délires au sein des Snuls et ses duos poilants avec son comparse Stefan Liberski. Mais Fred Jannin est aussi musicien, même bien plus qu’on le croit, et ça ne date pas d’hier.

D

The Bowling Balls, le vrai faux groupe parodique tout droit sorti de la BD Germain et nous

éjà, il y a cet album, Timeless Mess, sorti en mars dernier… Un titre on ne peut plus clair : il compile des morceaux écrits au fil des ans par l’intéressé, ici et là à l’aide des premiers logiciels de composition, accumulés sur des disques durs ou, pour les plus anciens, des bandes quart-de-pouce. « Ces morceaux m’ont accompagné pendant toute ma vie, raconte Fred Jannin. Je sais que tel ou tel correspond à tel moment, quand je souffrais parce que ma femme était partie avec un autre, bla bla bla… Quand on a mal, on a envie d’écrire des trucs. Et à chaque fois que sortait un nouveau logiciel, un nouveau clavier, un nouveau synthé, le petit sampleur des débuts, ça me donnait envie de retravailler ces morceaux, sans jamais me dire qu’ils devaient sortir à l’un ou l’autre moment. » D’où Timeless Mess, mis en images à l’aide de l’IA, (re) mis en musique en compagnie de Nicolas Fiszman, Félix et Nicolas Vandooren. « Sans vouloir faire de psychanalyse, c’est aussi un moment de reconsidération, de bilan. Notamment parce que je suis pensionné, maintenant. Je suis un vrai vieux officiel. Ma vie a complètement changé, basculé et c’est passionnant. » Plus musicien qu’on le pensait donc, parce que Fred Jannin, c’est notamment les Bowling Balls. Un groupe survenu au rayon synthpop en trois naissances successives : d’abord sur papier, dans Le Trombone Illustré, le supplément du magazine Spirou, ensuite sous forme de canular à coups de faux communiqués de presse et de pochettes de disques, et enfin comme un vrai projet, avec la sortie le 1er avril 1979 d’un premier 45T : God save the night fever. Les Bowling Balls, soit le même Fred Jannin, Thierry Culliford (le fils de Peyo), Christian Lanckvrind et Bert Bertrand (fils du scénariste Yvan Delporte), vivront quatre ans. En décembre 1981, leur Praying for a cheaper christmas sortira sur une compile des Disques du Crépuscule, soi-di-

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Mai, juin 25

sant signée par les Swinging Buildings. Jannin et Bert Bertrand deviendront aussi The Piggies, le temps d’une version alternative de ce morceau à destination d’un disque de Noël chez WEA. En en juin 82, Jonathan Richman himself joue de la guitare sur Ten good reasons. Les Bowling Balls disparaissent avec le suicide de Bert Bertrand à New York en 1983. « Alain De Kuyssche (rédacteur en chef de Spirou de 78 à 82 avant de rejoindre les équipes de Télémoustique, ndlr) connaissait bien les maisons de disques. Un jour, il a parlé au patron d’EMI Belgique, lui expliquant l’histoire de ce faux groupe dans Spirou, lui disant que ce serait drôle si on pouvait en faire quelque chose, et il est revenu vers nous en disant qu’on pouvait enregistrer un disque des Bowling Balls comme s’ils existaient vraiment. » Les principaux intéressés restent conscients du gag. « On a écrit du disco punk pour la face A et un reggae chinois pour la face B. C’était clairement un foutage de gueule. » Et d’ajouter qu’il lui a fallu des années pour comprendre qu’au fond, il n’a fait que ça, côté musique. « C’est bizarre de sortir là Timeless Mess, qui n’en est pas du tout ! » Sur YouTube, parmi les commentaires qui accompagnent le clip de You don’t know what it’s like to be alone in the house (tourné dans l’appartement de Gilles Verlant), quelqu’un a écrit que ce titre aurait pu devenir un hit européen si une promo convenable avait été assurée… « Clairement, avec Bert, on a commencé par du foutage de gueule. On a fait un faux tube italien aussi, Come va. Je crois que I’ll never eat again se moque des chansons d’amour. Aujourd’hui, quand je relis les textes de Bert, je les trouve fantastiques, parce qu’il y a du troisième ou du quatrième degré, des jeux de mots que personne ne comprend, sauf si on maîtrise très bien l’anglais. À un moment, effectivement, puisqu’on travaillait très rapidement et avec beaucoup

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Culte


o Albums et compiles The Bowling Balls - First & last album for the same price (Ariola – 1983) - The greatest best of number one hits ever (BMG – 1995) - For ever and never (Vulcain Records – 2003).

The Bowling Balls : un gag, oui, mais de vraies compos synth-pop

Des morceaux de Timeless Mess ont été clippés à l’aide de l’IA. Quelques extraits sont exposés à la Seed Factory (avenue des Volontaires 19, 1160 Bruxelles – www.seedfactory.be) jusqu’au 28 juin.

Zinno : Bond, my name is Bond !

Fred Jannin n’est pas devenu punk pour autant. D’ailleurs, les punks lui flanquaient la trouille ! Une petite trouille, préciset-il. « Quand ils venaient, je me disais qu’ils allaient peut-être tout casser ! J’étais un petit peu propre sur moi et plein d’eczéma. Si je n’avais pas eu d’eczéma, peut-être que je serais devenu punk, je n’en sais rien… Mais donc, il y avait aussi Chainsaw, qui était un vrai groupe punk. Est-ce que Digital Dance est passé enregistrer chez moi ? C’est possible… Mais la cerise sur le gâteau, c’est Ultravox (à l’époque de John Foxx, – ndlr), qui est venu enregistrer des démos. Je ne sais pas via quelle maison de disques ça s’est fait, mais j’ai accepté pour une espèce de forfait que ces Anglais pure souche viennent. J’appréhendais aussi, au départ. Mais c’était des gens tout à fait doux et adorables. Ils allaient jusqu’à la place de Linkebeek chercher leur bouteille de lait ! » Eh oui, il a même eu un studio à lui ! Où Philippe Catherine a également fait un saut, lui aussi pour une démo. « J’habitais avenue de Fré, dans un appartement avec ceux de ma famille qui n’étaient pas encore partis de leur côté. Ma mère m’a offert un piano droit et puis j’avais un orgue avec deux claviers, mon synthétiseur, l’enregistreur, la table de mixage, tout… Et je me suis rappelé qu’on avait cette maison avenue des Tilleuls, où j’avais vécu pendant mes treize premières années. J’ai fait du forcing auprès de mes parents pour qu’on y retourne. En 75, on s’y est installés. J’ai fait ce qu’il fallait pour construire un studio, avec des potes, un peu artisanalement, mais ça faisait quand même studio à une époque où pour enregistrer la batterie, c’était une galère effroyable. Évidemment, aujourd’hui, on fait ça avec notre téléphone… » Il rit. « Ça me fait penser que je ne sais pas où est le mien. Pas grave, il ne doit pas être loin. »

de passion, on a commencé à faire des chansons qui n’étaient pas des blagues. Et c’est vrai qu’avec You don’t know…, on s’est peutêtre pris au jeu, qu’on avait envie de partager le plaisir d’écrire des chansons. You don’t know… n’est pas une chanson rigolote. Elle tient la route comme ça. »

Des punks et un sampleur Zinno, au départ, c’était également une blague. Le duo qu’il forme avec Jean-Pierre Hautier (alors présentateur en radio à la RTBF – ndlr), est produit par Marc Moulin et déboule dans notre paysage musical avec What’s your name. Nous sommes alors en 1985. « Marc avait lancé un label, Magic, qui sortait principalement des maxis de dance, pour les boîtes, de la musique de jeunes, quoi. On se voyait souvent, on se marrait bien. Et il a dit : “Allez, si on allait en studio faire un truc ?”. Lui était fan de James Bond, moi pas forcément. Et donc il avait des VHS et on a fait du sampling. C’était aussi pour pouvoir jouer avec le nouveau gadget de Dan Lacksman. Il avait fait l’acquisition d’un Fairlight commandé en Australie, qui a mis du temps à arriver et qui nécessitait aussi une bonne connaissance du mode d’emploi… » À Bruxelles, dans les années 80, ça bouillonne. Et Fred Jannin multiplie les rencontres marquantes. Avec les Bowling Balls, il croise ainsi la route de Nicolas Fransolet, qui sera plus tard de l’aventure des Snuls et de leurs tubes belgo-belges. « Il était dans une école de photo et plusieurs portraits du groupe sont de lui. Nico est devenu l’associé de Kris Debusscher qui, lui, était dans les Mad Virgins. » Soit, avec I am a computer, l’un des groupes punks emblématiques de la fin des années 70, de ce côté-ci de Camden Town… « La première fois que je l’ai vu, c’est quand il est venu enregistrer un 45 tours dans mon petit studio, chez moi à Uccle. »

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Mai, juin 25

Le dernier album de Fred Jannin : Timeless Mess

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Culte


4×4

Neptunian Maximalism

TEXTE : JULIEN BROQUET IMAGE : DR

Passionnant projet à géométrie variable, le groupe bruxellois épingle quatre disques qui ont inspiré son époustouflant nouvel album : Le Sacre Du Soleil Invaincu.

Kushal Das Raga Marwa – Surbahar (2004)

Guillaume Cazalet – La musique indienne classique fonctionne avec ce qu’on appelle les ragas. Ce ne sont pas vraiment des chansons. Pas non plus des règles d’improvisation pure. Plutôt entre les deux. Les ragas sont des sortes d’entités qui cumulent à la fois des règles de jeu et des couleurs bien précises qui se rapportent à des divinités, à des moments de la journée ou de l’année. Ce sont comme des espèces de pièces ancrées dans le réel et dans la culture indienne

sous plusieurs aspects. Le Raga Marwa a profondément inspiré la première partie de notre album. C’est un raga de fin de journée. De coucher du soleil. Il a un côté très océanique, liquide, humide. La première fois où j’y ai été confronté, c’était avec cet enregistrement-là. Kushal Das a une façon de l’aborder assez moderne et hybride. Un pont direct avec ce qu’on fait. C’était aussi la première fois que j’entendais le surbahar, qui est globalement un sitar basse.

Reshma Goolamy – Liturgy nous a pas mal marqués. Par son évolution. Par sa manière d’aborder le son. Sa spiritualité. Ses expérimentations sonores assez radicales souvent. C’est très rouleau compresseur. Un peu dissonant parfois. Sans pose. Comme notre interprétation du raga Todi. Guillaume Cazalet – On les a vus deux fois au Roadburn en 2022 et ils jouaient cet album. Je savais qu’à un moment, il se glisserait dans nos influences. Il y a une charge émotionnelle forte chez Liturgy sans tom-

ber dans la facilité. Ce n’est pas de l’émo. C’est dans l’esprit beaucoup plus proche du symphonique et du classique. Ce groupe est très inclusif tout en nageant plutôt à contre-courant. Il a quelque chose de très en avance sur son temps. Là où tout le monde fait du metal dans les graves, Liturgy va chercher au plus aigu du manche. Ça donne cet aspect grand jugement dernier avec les trompettes et les violons dans un énorme cataclysme, une grande guerre de fin des temps.

Guillaume Cazalet – Cet album nous habite depuis les débuts du projet et c’est toujours le cas. C’est avant tout une histoire de mood. De musique drone très mystique et paysagiste. Cette dimension est toujours présente chez nous. Leur drone metal invite à penser ou réfléchir mieux. Un peu comme si l’écoute de ces musiques pouvait nous aider à résoudre les problèmes qui impliquent notre raisonnement, notre pensée ou nos émotions. Ce sont des espèces de

bains favorables aux déclics. Quand j’étais étudiant aux Beaux-Arts, j’écrivais mon mémoire en écoutant Bong tout le temps. C’est comme s’il me permettait de me concentrer et de comprendre tout ce que je lisais. D’accéder à un état de conscience augmentée. Ce qui reste toujours d’actualité avec Bong aujourd’hui, c’est l’approche musicale, le son. Le drone final très lent. Avec de la batterie un peu dégoupillée. L’approche déclamation prophétique à la voix.

Reshma Goolamy – Morte en 2016, Pauline Oliveros était une accordéoniste américaine pionnière de la musique minimaliste. Elle a développé toute une théorie sur ce qu’elle qualifiait d’écoute radicalement attentive. Elle appelait à ne pas juste entendre la musique mais à se concentrer pour situer le son dans l’espace. Se situer dans le son et dans l’espace soi-même aussi. Elle a même créé un institut à New York, The Deep Listening Institute.

Son approche m’a profondément marquée. Elle nous a influencés dans notre recherche d’expérience sonore et de sons. Puis dans notre rapport à la musique de manière générale. Pour un petit passage de l’album, on s’est inspiré d’un dreamchord de La Monte Young. On a introduit un court moment minimaliste dans notre set et dans ce disque pour recentrer l’attention. Le minimalisme est aussi quelque part à la base du drone.

Ocora

Liturgy H.A.Q.Q. (2019) (YLYLCYN)

Bong Mana-Yood-Sushai (2012) Ritual Productions

Pauline Oliveros/Stuart Dempster/ Panaiotis Deep Listening (1989) New Albion

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4×4


©BI LOU

Arrêt sur image

«

Image extraite du clip de Bilou, Picoti

Quand les images répondent (vraiment) à la musique

©BI LOU

Bilou

TEXTE : DIANE THEUNISSEN

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La musique, c’est bien, mais c’est une étape de travail. Je pense qu’il faut voir les choses comme ça pour que le clip devienne un objet vraiment intéressant », explique Bilou l’air rieur, confortablement assis·e face à son ordinateur. Après des études de photographie à St Luc – et un bon paquet d’années passées à aiguiser sa pratique –, ce·tte véritable touche-à-tout s’est rapidement mis·e à bidouiller ses premiers clips : « Grâce aux appareils numériques qui permettaient aussi de filmer, j’ai commencé à chipoter, à faire des clips très lo-fi pour des copains comme Robbing Millions, par exemple. C’était une époque où on essayait des choses avec des moyens bricolés », se remémore-t-iel. Une approche DIY et expérimentale guidée par la photographie mais aussi par l’amour du clip 100% artistique, à la Spike Lee et Michel Gondry. « J’ai toujours fonctionné par tableaux. J’essayais de mettre en scène des images sous forme de cadavres exquis : une image en entraînait une autre et, au fur et à mesure du processus, je me rendais compte que je parlais d’un tout », explique l’artiste. Son truc ? Créer des séries d’images dont la narration se devine, sans point de départ ni d’arrivée. « On explore un monde et on se rend compte qu’il y a plusieurs symboles, plusieurs tableaux qui peuvent faire écho les uns aux autres », ajoute-t-iel. Des clips qui laissent, par ailleurs, de moins en moins de place à la personnification : l’idée, c’est de déposer un univers unique, éphémère. Fabriquer des images qui puissent, à leur manière, répondre à la musique. Cette démarche, on la retrouve également dans les clips de l’artiste, qui, il y a quelques années, démarrait son épopée musicale avec un premier live diffusé sur une chaîne de télé secrète, concocté avec l’aide de son fidèle ami Flavien Berger. « Je suis une personne non-binaire. À l’époque, j’étais assignée femme et j’ai beaucoup travaillé pour des hommes qui venaient chercher “ma patte” pour finalement me dire que c’était trop queer. J’avais envie de faire les choses autrement et, en commençant la musique, j’ai pu faire mon premier clip dessus. Là je me suis dit “c’est génial, je peux vraiment faire un truc où je réponds à la musique (…) Je peux être politique dans mes images” », explique-t-iel avec un brin d’excitation. Les clips Picoti, Lavandou ou encore Amiallié·e – sa très belle collaboration avec Flavien Berger – nous le prouvent : le clip peut ne pas accompagner la musique. Le clip est mort, vive le clip !

Arrêt sur image


L’anecdote

J’adore ce que vous faites

Paradoxant ©FAKELE.PHOTOGRAPHIE

Le Motel

De retour d’un voyage d’un mois au Vietnam, Fabien Leclercq alias Le Motel publie Odd Numbers/Sô’Lé. L’occasion de causer de ses (nombreuses) inspirations et de son amour pour le “field recording”. TEXTE : NICOLAS CAPART

On ne présente plus Le Motel sous nos latitudes. Producteur, musicien et DJ, ce natif de Braine-l’Alleud se promène en musique au gré de ses envies depuis une décennie. On l’a connu beatmaker de Roméo Elvis, Veence Hanao ou encore Fuzati. Puis chercheur d’or électronique aux quatre coins du globe ou boss du label Maloca. « J’aime évoluer dans différents milieux, j’ai fait une B.O., participé à des podcasts… » Il y a peu, Fabien publiait Odd Numbers/Sô’Lé, inspiré d’un voyage au Vietnam. L’occasion de causer de sa passion pour le “field recording”. « J’ai toujours aimé ça. Quand j’étais gosse, j’avais un enregistreur à cassettes que j’emmenais partout. Je passais mes journées à enregistrer n’importe quoi : des ambiances, des bruits d’objets dans la cuisine, ma voix, etc. En vieillissant, j’ai compris que je pouvais créer mes banques de sons avec toute cette matière.Les rencontres aussi m’ont souvent inspiré. En soirée, je peux sorti mon micro au milieu d’une discussion, puis m’en servir pour créer un morceau. » Au rayon influences, Le Motel cite quelques monstres des 90’s, de feu la scène trip hop à Boards of Canada, puis se fait plus spécifique. « Ma compositrice préférée c’est Mica Levi, qui vient du punk et du violon, et m’a offert ma plus grande claque en termes de B.O. avec Monos. Un film colombien mettant en scène une guérilla d’enfants dans la jungle. Iel utilise des prises de son directes – une ambiance constante de nature sauvage – qui se confondent avec la musique, au point de ne plus pouvoir les distinguer. Un mélange de cordes et d’expérimental fascinant. » Fabien cite aussi Emeka Ogboh, artiste nigérian qui pratique lui aussi le “field recording”. Ce dernier entend explorer l’impact du son et des sens sur notre appréhension du monde, questionnant dans son travail des thèmes tels que l’immigration ou le post-colonialisme. « Ces morceaux sont traversés de plein de sons, de bruits de motos, parfois presque dérangeants. Son travail m’a beaucoup marqué et influencé sur ce disque. » Enfin, il y a William Basinski, dont le curieux Desintegration Loops a nourri l’œuvre de Fabien au point d’inspirer l’intro d’Odd Numbers/Sô’Lé. The Disintegration Loops, ce sont des boucles musicales stockées sur de vieilles bandes magnétiques dont la qualité se dégrade. « En sauvant ces enregistrements sur support numérique, les bandes se désagrègent peu à peu. Lorsqu’elles passent par la tête de lecture, la ferrite se détache du plastique, effaçant progressivement les motifs et les remplaçant par des silences ou des craquements. C’est assez incroyable… » Vous avez dit geek ?

Larsen

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J’adore…

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©LISE LEFEBVRE

Vous y fantasmez lors de votre trajet de métro quotidien, Antoine Meersseman l’a fait ! En 2023, le bassiste du groupe BRNS a quitté la ville et est devenu berger dans la Drôme. C’est là qu’il a écrit pour la première fois en français, décidé de s’amuser et trouvé l’équilibre en menant une double vie. Le résultat est un second album pour son projet solo, Paradoxant, sobrement intitulé Deux, évocation d’un retour aux choses simples. TEXTE : PHILOMÈNE RAXHON

On l’a vu dans le Vercors… guider des brebis. « Quand je suis parti en saison la première fois, j’étais tellement soulagé d’être débarrassé de cette espèce de charge mentale d’artiste qui est de devoir tout le temps penser à développer son projet. Là, j’étais juste en train de garder des brebis dans la montagne, j’étais ravi », raconte Antoine Meersseman, ancien bassiste du groupe BRNS, qui dévoile aujourd’hui le second album issu de son aventure en solo, Paradoxant. En 2023, le musicien vit sa première expérience en tant que berger dans les Alpes Françaises, à une époque où il songe à laisser tomber les morceaux composés depuis la sortie de son premier opus en tant que Paradoxant, Earworm, sorti en 2021. « J’avais perdu une forme de légèreté (…) mais en redescendant de la montagne, je me suis rendu compte que j’avais envie de faire de la musique, à nouveau pour le plaisir, et ça a replacé ma passion à une place plus juste pour moi. » De cette légèreté retrouvée est né l’album Deux, une collection de neufs titres lumineux, rédigés en français (une première pour lui) à l’entre-saison. « Il y a des textes où c’est à moitié n’importe quoi, et ça me plaît bien », admet-il ; comme le titre Jamais sans personne, pure pérégrination post-punk Philippe Katerine-esque entêtante voire « énervante » selon son auteur qui transpire le lâcher-prise retrouvé. « J’aime bien m’amuser à faire des trucs comme ça et je pense que Philippe Katerine s’amuse beaucoup aussi. Parfois, on se fait beaucoup violence pour créer de la musique, alors que ça peut être aussi rigolo. » En plus de cet éclectisme joyeux, se dégage de Deux des airs doux et planants, inspirés de ceux qu’Antoine Meersseman aime écouter dans la montagne, ceux « qui font l’effet d’être dans l’espace ». La Disparition, titre d’ouverture sur lequel la chanteuse lyrique drômoise Amelle Wick pose sa voix, est de ceux-là, tout comme Aubade, qui clôture ce second album. « Si on poursuit le parallèle avec Philippe Katerine, je trouve que là où il est assez bon, c’est aussi qu’il parle de choses très basiques. En musique, tu peux parler des choses très simples de la vie et que ce soit juste beau. »

L’anecdote


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