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La Missive n°5 et n°6

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Le mois de mai est un mois particulier cette année. En effet, aujourd’hui nous vivons le premier jour d’un déconfinement ambigu L’état d’urgence sanitaire est toujours là et nous devons rester plus que vigilant.es concernant nos droits. En effet, le confinement a été marqué par une succession d’évènements invitant à se rebeller face à un système oppressif. Le contexte de déconfinement cela dit ne permet pas les formes habituelles de lutte

La question qui s’impose alors est : lutter, oui, mais comment ?

C’est pourquoi nous avons décidé de proposer une missive rebelle qui traite des luttes d’hier et d’aujourd’hui car c'est bien en diffusant l'idée des systèmes sociaux différents, en s’inspirant des évènements de résistance majeurs qu'on donnera de la force et du sens à la lutte actuelle. Cette newsletter se fera en deux temps avec un autre numéro qui aura le même thème

Or le mois de mai est fleuri d'événements commémoratifs qui nous ont marquées toutes deux et qui ont aussi marqué la société. On parle ici du 1er mai, de mai 68.

Mais aussi du 8 Mai 1945 commémorant tristement les massacres de Sétif, Guelma et Kherrata suite aux insurrections en Algérie. On pense aussi aux émeutes de Mai

67 en Guadeloupe et aux commémorations des abolitions de l’esclavage en Martinique et en Guadeloupe.

Lara vous présentera la dimension internationale de la lutte décoloniale algérienne à travers l’œuvre de Elaine Mokhtefi, Alger, capitale de la révolution : de Fanon aux Black Panthers. Puis je vous inviterai à découvrir le marronnage et le rôle des marronnes durant l’esclavage en Guadeloupe...

« Le 1er mai 1952, j’ai été marquée par ce que j’appelle l’effet lumière. Mais au lieu d’éclairer ma tête et mon cœur, il m’a cerné comme font les nuages lourds sur les collines avant la tempête. Debout entre la Nation et la Bastille, je regardais passer le défilé J’étais parisienne depuis plusieurs mois, mais ce jour-là j’ai été littéralement percutée par la réalité [ ] Soudain au début de l’après-midi, alors que le défilé se terminait, des milliers d’hommes sont apparus, sortant de je ne sais où et courant en formation de dix à douze par rangée. Ils avançaient en cadence, les bras tendus, cherchant à rattraper le défilé qui se dispersait. Sans discontinuer, de plus en plus d’hommes passaient devant moi – jeunes, sombres, maigres et pauvrement vêtus. Ils ne lançaient pas de slogans, ne portaient ni drapeaux ni banderoles. C’étaient des ouvriers algériens » - Elaine Mokhtefi

Festival panafricain à Alger, 1969 © AFP

Le 1er mai 1952 est une date marquante pour la militante antiraciste et anticoloniale Elaine Mokhtefi. Tout juste arrivée de New-York à Paris, à l’âge de 23 ans, la jeune femme assiste pour la première fois au défilé du 1er mai à Paris. L’apparition de ces ouvriers algériens, exclus du défilé, marque le début de l’implication d’Elaine Mokhtefi pour l’indépendance algérienne.

J’ai découvert Elaine Mokhtefi, un peu par hasard, attirée par cette autobiographie au titre intrigant L’Algérie, ce pays il y a peu meurtri par la décennie noire, fût un temps l’épicentre des penseuses et penseurs de la révolution. Ces dernières années, vue de loin, Alger semblait éteinte. Elle était meurtrie. Mais aujourd’hui, depuis 2019, la révolution est en marche : le peuple panse ses blessures, revendique ses droits et son futur

Ainsi, il est bon de se plonger dans ces années bouillonnantes à travers le récit d’Elaine Mokhtefi. Cette femme, par son engagement, fait partie de ces personnes alliées qui ont contribué à lutter contre le système colonial Issue d’une famille juive étasunienne, consciente très jeune de l’antisémitisme et du climat raciste en cours aux États-Unis, Elaine Mokhtefi s’est rapidement engagée aux côtés des afro-américains À son arrivée en France, pays qu’elle idéalisait notamment par les récits du bel accueil réservé aux soldats afro-américains sur le territoire français, ses illusions s’envolent lors de ce premier 1er mai 1952. Alger, capitale de la révolution : de Fanon aux Black Panthers est à mon sens un ouvrage important car il met en lumière tout un aspect méconnu de la décolonisation algérienne, et notamment son aspect international La dimension autobiographique apporte un éclairage particulier au sujet, un point de vue de l’intérieur qui m’a particulièrement touchée et séduite. En effet, dès le début du livre j’ai été immédiatement immergée dans la vie de

Mokhtefi : tout débute dans le Paris d’après-guerre et la description d’une rive-gauche pauvre et assez triste, loin des clichés du Paris magique et lumineux. Puis il y a la découverte de toute cette présence nord-africaine dans le Paris intra-muros, devenu aujourd’hui si embourgeoisé…

Sa vie parisienne est riche et remplie, elle travaille très vite comme interprète et traductrice auprès de plusieurs organisations, toujours dans une dynamique décoloniale. Finalement, elle rejoint à la fin des années 1950 le bureau algérien de New-York, pour s’engager totalement dans la lutte algérienne, son travail était divers : presses, communiqués, aide à la préparation des interventions à l’ONU Durant cette période également, elle côtoie

régulièrement Frantz et Josie Fanon Son récit m’a permis de découvrir un autre aspect de Frantz Fanon, plus personnel et familial. J’ai été notamment impressionnée en apprenant qu’il dictait ses textes d’une traite et ne revenait jamais dessus

Ce livre est donc une immersion, un voyage dans le temps Il m’a permis de découvrir d’abord les dessous d’une révolution et de constater la dimension internationale de la lutte décoloniale algérienne, avec l’implication du bureau algérien à New-York.

L’auteure revient ensuite sur ses premières années algériennes, car dès 1962 elle vient s’installer à Alger et s’impliquer dans la reconstruction du pays en tant que traductrice et parfois journaliste. Elle croise le chemin de plusieurs figures importantes de la révolution algérienne, et notamment des femmes qui ont été par la suite écartées du récit national algérien Parmi les noms cités : Nassima Hablal, que Mokhtefi évoque au détour d’une page… J’ai ainsi découvert une figure majeure de la lutte algérienne, une femme qui a été en première ligne pendant la guerre d’indépendance. Nassima Hablal, activiste de la libération, a participé activement à diverses actions allant entre autres de la délivrance de fausse carte d’identité aux membres du FLN, à l’acheminement de militants vers le maquis. Elle subit ensuite la torture puis a été envoyée dans une prison à Pau vers la fin de la guerre Elle a finalement obtenu sa libération et a pu rejoindre l’Algérie nouvellement indépendante. Comme de nombreuses autres femmes militantes elle a été ensuite écartée et oubliée de la mémoire nationale

J’ai été également fascinée par le récit de cette Algérie post-indépendance qui s’est positionnée pour jouer un rôle unificateur de contre-pouvoir, devenant, selon les termes de Mokhtefi, la capitale du Tiers-monde, l’apogée étant bien sûr le festival Panafricain en 1969 Mokhtefi a là aussi joué un rôle majeur pour son organisation Le festival Panafricain était un événement historique et international qui a réuni des artistes, des politiques et des militant es du monde entier, de Nina Simone à Miriam Makeba, en passant par les Black Panthers… Il est difficile de vous retranscrire ici la folie et l’importance de ce festival,

aussi je vous invite à regarder le documentaire Arte disponible ici et également le documentaire de William Klein tourné à l’époque Les images sont impressionnantes car elles immortalisent cette réunion exceptionnelle des peuples africains dans toutes leurs

diversités

Ainsi, vous l’aurez compris, je ne peux que vous recommander la lecture de ce livre, qui m’a plongée dans l’effervescence de l’Algérie révolutionnaire. Une période inspirante, pour mieux regarder l’avenir

• Pour en savoir plus sur Elaine Mokhtefi, vous pouvez visionner cette courte vidéo de France Culture qui contient une interview récente : Alger la révolutionnaire : de Frantz Fanon aux Black Panthers, par Elaine Mokhtefi#CulturePrime et lire également l’article suivant :«Dans les années 60, l’Algérie était très généreuse avec les mouvements de libération»

Concernant spécifiquement le festival Panafricain je vous conseille cette émission de France Culture : Black studies : le Festival panafricain de 1969 à Alger ainsi que ce documentaire Arte : Alger, la Mecque des révolutionnaires 1962-1974.

A propos des femmes j’avais vu il y a quelques années le documentaire La moitié du ciel d’Allah de Djamila Sahraoui, qui revient justement sur la façon dont les femmes ont été exclues du pouvoir après l’indépendance algérienne Il existe également un documentaire qui s’intéresse plus particulièrement à Nassima Hablal, 10 949 femmes de Nassima Guessoum

Elaine et Mokhtar Mokhtefi, Alger 1972 © La Fabrique édition

En Guadeloupe, le mois de mai signe le temps des commémorations, l’abolition de l’esclavage étant un événement marqueur, de nombreux articles à ce sujet s’épanouissent sur les sites d’informations et à travers les réseaux sociaux

Afin de se réapproprier l’histoire de cette abolition, un des leitmotivs impactant les écrits est celui de la résistance La problématique étant de comprendre les stratégies utilisées par nos ancêtres afin de résister.

Solitude, statue de Jacky Poulier, Les Abymes, Guadeloupe © Guadeloupe-Tourisme.com

On peut mettre en exergue une pluralité de modèles de résistance Il y avait des stratégies d’adaptation et de préservation. Il y avait des stratégies plus agressives qui visaient à la détérioration et destruction des outils du système esclavagiste. Et puis, il y avait la

stratégie du marronnage Et pour tout vous dire, le temps des commémorations, c’est le fameux temps de la figure étoilée du Neg’marron. Figure d’empuissancement par excellence, elle nous fournit à nous descendant e s, des modèles dont les traits s’éloignent radicalement de la résignation à la servitude. Au contraire, le marronnage fait fleurir des modèles de pouvoirs, d’intelligence et de prise de risque élevé. La figure d’un homme qui se bat pour sa liberté au risque de sa vie

Vivre libre ou Mourir !

Alors, moi en tant que descendante, je lis

Attentive, j’entends parler du rôle des neg’marrons et du marronnage dans la lutte Je regarde des documentaires m’expliquant que le marronnage correspond à la fuite des personnes esclavisé.e.s des plantations et qu’il s’agit ici d’une volonté radicale de liberté.

Je me rengorge de fierté en sachant que les neg’marrons représentaient une menace pour le système esclavagiste. En effet, au-delà des raids et des vols sur les plantations, leurs présences délégitimaient les concepts réducteurs autour du « nègre » non capable d’autodéterminisme Le marronnage criait la possibilité de la liberté pour tous et renforçait les désirs d’abolition face à un système nécrophile et objetisant.

Cela dit le marronnage n’était pas que réaction et fuite. Les sociétés de marronnage dont la plus connue en Guadeloupe est celle des Kellers, a visé la réappropriation d’espaces non hospitaliers et la création d’une nouvelle forme de société créolisante. Espace de résistance où le marronnage ne s’arrêtait pas à une fuite mais à des modes de vie collectifs Les camps de marrons, et en particulier celui des Kellers, ont constitué une des forces internes qui a accompagné l’esclavage dès ses débuts, et qui a contribué peu à peu à ronger le système, à provoquer des anomalies, des failles, des déséquilibres qui ont leur part dans l’abolition de l’esclavage de 1848 ( Fallope Josette - la dimension politique du marronnage en Guadeloupe )

Alors, le marronnage m’envoûte de par sa radicalité et complexité. Je pourrais vous en parler pendant des heures Cela dit dans tout ça, il y a un problème majeur : Où sont les femmes ? Vous avez peut-être pu le noter, mais je ne parle qu’au masculin parce que ce que je lis, ne présente le marronnage qu’au masculin...

Honnêtement, en Guadeloupe, on va parler de la mulâtresse Solitude. Elle est l’une des figures féminines historiques des rébellions de 1802, connue pour s’être battue avec véhémence alors qu’elle était enceinte, contre le rétablissement de l’esclavage. Toutefois, ce qui est intéressant est que lorsque je parle à mon entourage de marronnage, la première image qu’ils/elles ont en tête est celle d’hommes noirs Lorsque je leur parle de

combat armé, d’empoisonnement, d’incendie et d’évasion, ils/elles voient des hommes La mulâtresse Solitude fait figure d’exception mais elle n’incarne pas une généralité. Être un neg’marron c’est être assimilé à un homme Et les articles ne font pas exception à ce niveau. Rares sont les fois où j’ai pu voir les termes de négresses marronnes, ou de marronnes tout simplement et ça me révolte.

En effet, dans un monde de domination masculine et raciale, l’esclavage colonial n’épargna pas les femmes Les femmes subissaient les mêmes conditions d’exploitation que les hommes et partageaient les mêmes tâches dures. Les esclavagistes ne faisaient pas de séparation - hors le cas des femmes enceintes selon des périodes historiquesdans la masse d’humains esclavisé.e. Ils/elles étaient tous des bien-meubles. Par ailleurs, elles vivaient, de par leur capacité à faire des enfants et de par leur genre, des violences singulières telles que des violences sexuelles répétées, à l’image du processus de viol systématique mécanique au sein des navires négriers. Sortons du schéma édulcoré selon lequel les femmes étaient des domestiques. Cela correspondait à une minorité des femmes Et même en tant que domestiques, elles restaient en situation d’esclavage Cela nous pousse à penser que la soif de liberté était la même. (Hourya Bentouhami - Note pour un féminisme marron

Or la société d’histoire de la Guadeloupe le confirme : il y avait des marronnes

Vraisemblablement, selon les historiens de cette société, il y avait moins de femmes que d’hommes marrons Plusieurs raisons le justifient Premièrement, les femmes ne correspondaient en Guadeloupe qu’à 1/3 des esclaves donc il y a un facteur de proportion à prendre en compte Deuxièmement, Il faut noter le peu d'intérêt des missionnaires et chercheurs à relater les événements féminins dans l'esclavage. N’oublions pas que l’histoire est écrite par des hommes. Troisièmement, les femmes coûtaient plus cher que les hommes puisqu’elles représentaient la possibilité d’enfanter et donc de créer de la main d’œuvre. Leur rapport à la maternité - bien que complexe - les empêchait de fuir dans la mesure où partir avec des enfants est plus difficile. Le Vivre Libre ou mourir est moins possible

Toutefois, il y avait des marronnes et il y avait des femmes qui résistaient par d’autres moyens. Il faut vraiment le crier. Pour l’accepter et le mettre en avant, il faut prendre conscience que la femme est capable de violence La femme est en capacité de combattre La femme est en capacité de lutter Lisez ici le rôle des femmes lors de l’appel de 1802 de Delgres contre la réinstauration de l’esclavage, où les femmes sont citées comme des combattantes hors pair La femme est capable de mise en place de stratégie militaire, lisez ici le rôle de Nanny la reine des Marron.ne.s en Jamaïque ou bien d’Anacoana à Haïti. La

femme peut-être une cheffe et tuer son oppresseur, lisez ici l’histoire de Flore Gaillard à Sainte-Lucie Au-delà de ces récits captivants, les preuves historiques sont là et pourtant, la femme fait office d’exception dans l’imaginaire collectif du marronnage et des luttes.

Pour Hourya Bentouhami, les raisons de l’omerta du rôle des marronnes va au-delà des 3 facteurs dont je vous ai parlé auparavant. Pour elle, ceci est relatif à une théorisation du

marronnage comme un espace libérateur pour les hommes, qui permettrait une restauration de la dignité masculine contre « l’émasculation de la société plantocratique », relatif au rôle de la maternité chez les femmes esclavisées. Or, la maternité ne donnait

aucun pouvoir ou contrôle sur son corps. Je vous invite vivement à lire Françoise Vergès et son livre Le Ventre des femmes : capitalisme, racialisation et féminisme à ce sujet Ce principe tend à antagoniser les hommes et femmes esclavisé.e.s en interrompant le traumatisme des femmes Pour Bentouhami, le marronnage va bien au-delà puisque :

« Le marronnage peut-être compris comme une interruption de la matrice de la race C’est un territoire qui pose une circulation « erratique » des corps et des signes, qui n’est pas fondée sur la circulation d’un capital mais sur la réparation de la communauté et la résistance au monde esclavagiste » (Note pour un féminisme marron)

Le marronnage concerne ainsi tout le monde Par ailleurs, elle invite même les femmes à penser de ce fait à un féminisme de marronnage qui ne négocie pas.

Pour finir, j’invite à penser une valorisation du marronnage qui tendrait à faire lien avec d’autres modèles de résistance. Le spectre de résistance dans son entièreté doit être encensé tout en reconnaissant des approches et impacts différents En effet, dans une taxonomie de l’action de rébellions, les tactiques sont multiples et s’adaptent à un système oppressif fort et mouvant. Dans son livre Rôles et résistances des femmes esclaves, Lémy Lémane Coco parle du rôle des femmes esclavisées certes au sein des évasions mais aussi dans le cadre des sabotages, vols, ralentissement de l’activité, assassinats de surveillants ou de maîtres dans la réalité de l’esclavage. Les femmes étaient de plus, connues pour organiser l’incendie des plantations Elles facilitaient l’incursion des marron.ne.s. En effet, ceux/celles-ci cultivaient parfois dans la forêt mais ils/elles descendaient aussi, dans la plantation pour s’approvisionner et prendre d’autres personnes esclavisées. Les nuits où les marron.ne.s venaient sur la plantation, les femmes mettaient le feu pour faire diversion. Les femmes par ailleurs s’opposaient à leurs rôles de ventre mobiles en se suicidant et en pratiquant l’avortement afin de ne pas créer de main d’œuvre. Il faut aussi souligner le rôle des cultures de résistance souvent porté par des prêtresses, qui transportaient le savoir, les connaissances. Elles pratiquaient les danses, les chants, les contes, les rites Ce sont de véritables ferments de résistance La mise en

relief de cette matrice de résistance bouillante permet d'opérer une inclusivité et de valoriser une multitude d’acteur.rice.s.

Ce billet d’humeur n’est pas là pour nier le rôle des hommes dans les luttes et effacer les violences qu’ils ont subi Il tend plutôt à démontrer que le marronnage et les luttes contre l’esclavage ont été portés par une communauté d’hommes comme de femmes. En conclusion, le discours autour des luttes ne doit pas être uniquement vu à travers le prisme du masculin afin de ne pas invisibiliser les femmes Ceci n’est pas négociable

Sources :

Le marronnage en Guadeloupe à la veille de la Révolution française de 1789

Notes pour un féminisme marron Du corps-doublure au corps propre

Marronnage et révoltes d'esclaves en Guadeloupe des faits puisés dans la presse de l'époque

Rendez-vous le 25 mai pour la suite de La Missive Rebelle...

⚡Vous pouvez aussi nous rejoindre sur actualités ! La Missive pour suivre toutes nos

Merci de nous lire, bonne semaine avec

Nous sommes encore une bébé newsletter donc n'hésitez pas à partager La Missive autour de vous :) instagram @lamissive

Nous sommes heureuses de vous retrouver pour le deuxième volet de La Missive Rebelle ! Nous espérons que nous avons réussi à vous inspirer en ce mois de mai avec les luttes de nos aîné.es. Cette semaine nous revenons donc avec un ancrage plus contemporain. En effet, ces derniers jours, il y a eu plusieurs événements et discussions qui nous ont fait réfléchir, aussi nous partageons aujourd’hui nos réflexions avec vous, en essayant de mettre en lumière des luttes actuelles qui nous paraissent fondamentales

Nous avons été particulièrement frappées, sans pour autant être surprises, par la déconnexion de nos gouvernants face aux réalités de nos territoires. La réaction du président face au déboulonnage des statues de Victor Schoelcher en Martinique est vraiment le témoignage de ce monde à part dans lequel nos politiques évoluent et cela dans une totale décomplexion… La réponse méprisante du ministre de l’intérieur aux dénonciations par Camélia Jordana des violences policières et du racisme systémique qui y est associé, montre bien à quel point la fracture est immense.

Pourtant malgré les répressions, malgré le mépris et l’ignorance, la résistance est là, les luttes sont toujours vivaces et l’on ne se tait pas. En mai, La Missive est toujours Rebelle…

La

Ce 22 mai, J’étais heureuse

Ce 22 mai, date de commémoration de l’abolition de l’esclavage en Martinique, des millitant e s ont déboulonné deux statues de Schoelcher avec comme revendication la réparation par la réappropriation. Ils/elles refusent le discours selon lequel l’abolition de l’esclavage serait le fruit de Victor Schoelcher mais plutôt «l’acte de résistance fondamental du tambouyé Romain et de tous nos ancêtres qui se sont battus pour notre liberté.» (Communiqué de presse des militants).

Le 22 mai, chaque parcelle de mon corps vibrait d’amour pour chacun de ces activistes.

En tant que Guadeloupéenne, cet éclat a imposé un recul et m’a fait me questionner. J’ai lu des articles et j’ai tenté de comprendre les tenants et aboutissants du Schoelchérisme, de la politique coloniale à la sortie des abolitions et des enjeux mémoriels.

J’ai aussi beaucoup réfléchi à la figure du Héros et je me suis remise en question. Je vous partage ici mon ressenti.

Ah ces héros…

Je l’avoue. Je le confesse.

Je suis l’incarnation de la personne qui a été influencée par le culte des grands Hommes. J’avais une fascination pour les héros. Je l’ai toujours un peu si je dois être honnête. Je les glorifiais et je m’intéressais avec beaucoup de passion à leurs histoires et exploits Et qu’est-ce que j’ai été déçue…Les déceptions successives aidant, je suis en train de doucement désapprendre. Je fais ce travail critique.

Et cela m’invite à me questionner, sur le rôle des héros, et de par cet évènement celui des statues publiques et les enjeux mémoriels qu’elles contiennent ?

Alors, il faut savoir qu’en France, les statues publiques s’incarnent comme le vecteur concret des images des livres d’histoire. Les badauds sont invités à s’identifier aux héros de pierre et de bronze qui parsèment les contours de leurs villes.

Il y en a tellement que le poète, Auguste Bariber parle de statuomanie, et se pourfend d’un poème critique, dont je vous propose un extrait :

«Ô Welches! Dirais-tu, puisqu' aux races futures

Vous voulez sûrement transmettre vos figures,

Donnez-vous ce plaisir, allez même à Paros

Puiser l’élément pur d' où tant de fiers ciseaux

Tirèrent l’idéal de notre forme humaine

Et d'où sortit un jour la blanche Anadyomène.

Pour vous rien de trop beau, rien de trop précieux:

Posez-vous en guerriers, en prophètes, en dieux;

Prenez six pieds de taille et des crânes énormes;

Couvrez-vous de manteaux ou laissez voir vos formes;

Soyez tels qu' il vous plaît d' être vus mais jamais

Ne soyez ressemblants, car vous êtes trop laids.»

( Poème en entier)

A partir du XIXème siècle, une statuomanie se crée qui a comme effet l’élévation d’une myriade de monuments en l’honneur des grands hommes français, et plus particulièrement de la République, un peu partout en France Cette glorification des héros nationaux n’est pas un hasard et est le fait d’un contexte particulier. En effet, elle se nourrit d’une soif de légitimité de la Troisième République naissante par la glorification des grands personnages de l’histoire de France et la diffusion d’un modèle social méritocratique bourgeois. L’art public se trouve ainsi instrumentalisé au profit de combats politiques (La statue de grand homme Critique politique et critique esthétique, Maurice Agulhon)

La statue s’incarnait d’ailleurs à travers un modèle esthétique précis.

La IIIème République a développé ainsi une pédagogie et une morale qui s’est basée sur les exemples qu'offrent les personnages historiques, rois compris.

Celle-ci a par ailleurs déployé une propagande patriotique à travers ces symboles nationaux, y compris les statues, auprès de l’empire colonial qu’elle construit progressivement, notamment à partir de 1885, année que l’on peut considérer comme le virage colonial du régime avec les célèbres discours prononcés par Jules Ferry et Georges Clemenceau à la Chambre des députés, définissant les contours du « colonialisme

républicain ».

Vous voyez un peu l’ambiance…

En Martinique, ces symboles nationaux fleurissent dans un contexte politique délicat et tendue - peur des insurrections et instabilité politique de la république - à travers une volonté assimilationniste s’appuyant sur le schoelchérisme Ils prennent des formes multiples afin de promouvoir un paternalisme Républicain, celui de la république qui sauve. De ce fait, la statue de Schoelcher - aujourd’hui déboulonnée - érigée en 1909 à Fortde France en est la modélisation parfaite puisqu’elle proposait l’image de Schoelcher, abolitionniste accompagné d’une petite fille aux chaînes brisées. On ne peut pas faire moins subtil. (Schoelchérisme et assimilation dans la politique coloniale française : de la théorie à la pratique aux Caraïbes entre 1848 et les années 1880 )

Les statues de Schoelcher en soi, ne disent rien d’historique à part la célébration individuelle d’un personnage à travers une image, et ne proposent aucun regard critique.

Cela dit, elles sont les pivots des commémorations et autres célébrations faisant l’éloge de la France qui sauve et proposant de ce fait une lecture linéaire de la réalité.

La construction du sens autour de celles-ci, participe à une identité collective et c’est pour cette raison qu’elles incarnent un enjeu de mémorialisation. L’acculturation du regard est un geste politique oppressif

Et c’est là tout l’enjeu et la source de la violence à mes yeux

Par ailleurs, si des martiniquais.e.s considèrent que celles-ci sont des insultes à leurs héritages, leurs expériences et vécus sont légitimes L’article de Cannelle Fourdrinier (Canoubis sur instagram) sur Médiapart l’explique avec brio.

Ce 22 mai, le sentiment que j’ai ressenti face aux déboulonnages de ces statues est le rejet de cette mémoire purulente. De ces récits mensongers. Et ça m’a fait du bien. Je suis pleinement consciente de la complexité de l’histoire mais ça ne m’empêche pas de comprendre la force du symbole mémoriel qui est vecteur de pouvoir. Renverser symboliquement le pouvoir, détruire ces statues est un geste politique fort et nécessaire pour certain e s

Par ailleurs, la pertinence de mon sentiment a été entérinée par le tweet méprisant du président capable de chanter sa désolation pour deux statues mais restant silencieux face à tous les autres problèmes que nous vivons dans les DOMs

La réalité de l’abolition de l’esclavage et de la colonisation est extrêmement plus complexe et elle a pu être mise en lumière grâce aux travaux des collectifs, des

associations et individu.e.s qui se battent depuis le premier jour de la colonisation afin de dénoncer cette pensée asservissante Ce n’est pas la France qui a mis à l’honneur les marron.ne.s dans les célébrations et dans le quotidien. Ce n’est pas la France qui a ouvert une remise en question de l’esclavage et de la colonisation Le système français n’a jamais engagé par lui-même un pas. Chaque pas, chaque évolution dans la réécriture de la mémoire s’est fait à la sueur et aux sangs des martiniquais.e.s, guadeloupéen.ne.s, réunionnai e s, guyanais e s

Par ailleurs, tous ces éléments sont d’autant plus forts qu’ils rentrent en collision avec une lutte actuelle plus que vivace que je ne vis pas personnellement en tant que guadeloupéenne, mais que je soutiens, en dépit du fait que je ne sois pas d’accord avec tout ce qu’ils/elles disent. Ce n’est pas le plus important. Ces activistes luttent contre un système protégeant une caste – des békés (descendant.e.s des colons) – qui avec la France ont participé à notre empoisonnement avec le chlordécone Je ne ferai pas ici la liste des méfaits du système béké. D’autres l’ont déjà fait. Mais ces activistes se battent pour nous. Ils/elles vivent des procès. Ils/elles vivent des répressions policières… La violence de cet acte est légitime et nécessaire La non-violence est un privilège de classe

Il y a peut-être d’autres solutions pour ces statues autres que le déboulonnage tels que les réinventions de celles-ci ou bien le déplacement au sein d’un musée afin d’en faire une critique et de ne pas effacer le crime, l’article de Zist propose des exemples

Mais comment peut-on oublier un crime si nous le vivons encore à l’heure actuelle

Quelles que soient les optiques proposées, avant de faire mémoire, il faut réfléchir à ceux et celles qui font mémoire La mémoire des oppressions ne peut s’écrire par l’oppresseu.r.se.

Je vous invite à aller découvrir les actions de ces militant.e.s en lisant leurs propos, en les écoutant directement et en les soutenant. Ce billet n’est que mon analyse succincte et mon ressenti mais il n’équivaut en rien à la valeur de leurs voix et de leurs revendications Ce reportage de Mawon TV explique leurs luttes.

Aller plus loin :

https://www.macleans.ca/opinion/monuments-arent-museums-andhistorysuffers-when-we-forget-that/ Afin de comprendre la nuance entre le rôle desmusées et celui des statues

https://www.intelligencesquared.com/events/revere-or-remove-the-battleover-

statues-heritage-and-history/ Podcast passionnant sur les questions des déboulonnages des statues avec des avis multiples

https://www.persee.fr/doc/rhmc 0048-8003 1988 num 35 2 1452 Si vous désirez

comprendre les logiques du schoelcherisme

J’ai envie cette semaine de vous faire un billet d’humeur un peu différent et de partager avec vous quelques réflexions J’ai été particulièrement touchée ces dernières semaines par les différentes prises de paroles sur les réseaux sociaux suite à l’intervention des militant.es Cannelle Fourdrinier, Annabelle sur instagram, concernant l’invisibilisation des personnes racisées au sein des mouvements écologistes En effet, plusieurs voix se sont élevées pour dénoncer la confiscation médiatique de la lutte écologique par un milieu militant particulièrement blanc et donc peu inclusif. On ne peut que valider ce constat en prenant le temps de penser un instant aux figures médiatiques

de la lutte écologiste Force est de constater que le militantisme pour la protection de l’environnement n’est malheureusement pas affranchi des biais négatifs de notre société patriarcale gangrénée par un racisme systémique, en témoigne la nécessité de l’existence de l’écoféminisme.

Il y a déjà dans ce premier constat un double problème, tout d’abord un manque d’inclusivité et donc un manque de mixité dans ces mouvements. Mais il y également une volonté médiatique d’effacement des voix et des visages des militant es racisé es L’exemple le plus criant étant le cas de la militante ougandaise Vanessa Nakate, effacée d’une photo où elle était aux côtés d’autres militantes blanches dont Greta Thunberg

Ce n’est pas la première fois que ces problématiques centrales sont dénoncées et interrogées, plusieurs articles, notamment dans le média Reporterre, témoignent de la prégnance de cette problématique (ici et là). En 2015, Cédric Durand, Razmig Keucheya et Jade Lindgaard signent une tribune dans Le Monde: « COP21 : Il faut en finir avec le racisme environnemental », mettant en avant une notion encore trop peu discutée en France, celle du racisme environnemental. Rappelez-vous, il y a quelques semaines, je vous parlais dans La Missive Aquatique du racisme environnemental dans la province de NouvelleEcosse au Canada. Cette notion est largement discutée en Amérique du nord (sans pour autant régler le problème), mais encore trop peu connue en France. Pourtant c’est un outil fondamental pour penser l’écologie sur nos territoires, dans une perspective sociale et solidaire. Le racisme environnemental c’est le fait que les populations précaires et racisées sont particulièrement exposées aux dangers environnementaux, aux polluants et aux empoisonnements par des substances toxiques

En France, cela s’incarne notamment par le scandale du chlordécone aux Antilles Le chlordécone, ce désherbant reconnu toxique dès les années 1970, interdit en France continentale est autorisé sur dérogation aux Antilles jusqu’en 1992. Ce produit toxique est responsable de l’empoisonnement de 95% de la population en Guadeloupe et 92% en Martinique. Les sols sont pollués. Les eaux sont polluées. Et le nombre de cancer atteint des records sur ces territoires.

Par ailleurs, dans cette même tribune de 2015, Durand, Keucheya et Lindgaard, mettaient en avant une étude démontrant qu’en France,pour chaque pourcentage d’immigrés supplémentaire vivant dans une ville, il y a 30 % de chances en plus pour qu’on trouve à proximité un incinérateur à déchets émetteur de substances toxiques, cancérigènes ou génératrices d’autres types de pathologies

. Avec ce type de constat on est effectivement très proche des enquêtes menées en Amérique du nord. La différence fondamentale empêchant d’avoir des informations encore plus précises, est l’interdiction des

autres territoires d’Ile-de-France

Jusqu’à aujourd’hui, le 93 est un des territoire les plus touchés par le Covid-19, et de ceux qui comptent le plus de morts à cause de la précarité des habitants,

statistiques ethniques en France contrairement au Canada et aux Etats-Unis Une interdiction française pour le meilleur ou pour le pire ? Difficile de trancher. Le 93 était, en 2015, et est toujours actuellement le département le plus pauvre de France Le plus soumis à la pollution atmosphérique, il est traversé par plusieurs autoroutes urbaines, survolé par les avions de Roissy et du Bourget, et abrite plusieurs bidonvilles insalubres comme plusieurs et probablement une mauvaise résistance au virus dû à la pollution de l’air. L’état n’a pas été capable de protéger ses populations les plus précaires Les oubliés d’hier continuent d’être les oubliés d’aujourd’hui.

Face à ces réalités, il ne s’agit pas seulement d’intégrer les dites « minorités » aux luttes écologistes mais plutôt d’embrasser ces luttes locales et d’apporter du soutien et surtout de la visibilité. Car il est urgent de rappeler que les luttes existent dans ces territoires et cela depuis de nombreuses années, par l’associatif et les syndicats notamment (les réflexions de Almador Maldoror à ce sujet sont intéressantes) Il y a une conscience écologique qui existe et qui converge avec de nombreuses autres problématiques urgentes intrinsèquement liées : le mal logement, l’accès à une nourriture saine, la lutte contre les violences policières et le racisme, pour ne citer qu’elles

Ce qui me semble fondamental aujourd’hui dans ce prolongement, est la notion de corps. Car c’est le déni de la violence faite aux corps qui permet la pérennité de cette politique de l’effort individuel dédouanant nos gouvernants et les multinationales En effet, les gestes du zéro déchet, ou l’idée du «consom’acteur» sont utiles mais loin d’être suffisants pour un véritable changement écologique. De plus, ils diffusent l’idée vague et partielle, d’une nécessité de protection et de sauvetage de la planète quand à côté de nous les corps se meurent. Les corps victimes de violence sont le cœur du sujet, la violence physique par plusieurs aspects : par les coups, la maltraitance comme dans le cas des violences policières ; par l’empoisonnement des populations avec le chlordécone et autres substances toxiques ; par le non-accès à une nourriture saine et de qualité. Et également la violence médiatique que j’évoquais plus tôt par l’effacement et l’écartement des corps des personnes racisées du devant de la scène Or la lutte est menée sans relâche Alors mettons aujourd’hui quelques visages sur ces luttes.

Assa Traoré © AFP/KENZO TRIBOUILLARD

Tout d’abord celui d’Assa Traoré qui se bat sans relâche contre les violences policières avec le comité pour Adama créé suite à la mort de son frère Adama Traoré, le 19 juillet 2016 dans la gendarmerie de Persan Son combat pour Adama n’est pas terminé, le procès est toujours en cours et la justice n’a pas été faite. Assa Traoré est devenue le visage de la lutte contre les violences policières et le racisme systémique Dans un entretien avec Valérie MassonDelmotte, qui est climatologue, sur Reporterre, Assa Traoré rappelle que la convergence des luttes doit se faire. L’association lui semble évidente. Elle alerte cependant : « il faut faire attention que les climatologues ne reproduisent pas ce que l’État a fait subir aux quartiers populaires pendant des années, les violences policières restent dans les quartiers, dans les centres-villes, on n’en parle pas. Il ne faudrait pas que le climat reste aussi au centre-ville, il faudrait qu’on inclue toute la population française, qui est aussi dans les quartiers populaires. » (interview entier disponible ici ) Assa Traoré a annoncé également a cette occasion l’association de la marche pour Adama le 18 juillet 2020 avec la marche pour le climat qui se déroulera à Beaumont-sur-Oise. Le contexte sanitaire modifiera peut-être ses résolutions pour cette année, mais la convergence est là.

« L’écologie dans les quartiers populaires, avec ses enjeux concrets intrinsèquement liés à la question sociale, a vocation à participer à la lutte contre le système de dominations qui détruit la planète. »

Fatima Ouassak, «Quartiers populaires, conscientisation écologique et libération», Après-demain (2020)

Également le visage de Fatima Ouassak qui est politologue, co-fondatrice et porte parole une organisation politique du syndicat de parents le Front de mères qui se définit comme «

qui lutte contre les discriminations et les violences que subissent les enfants, à travers l’action collective des parents au sein des écoles, et un projet d’auto-organisation dans les quartiers populaires

» Cette organisation basée à Bagnolet (93) est particulièrement intéressante car elle se positionne autour de 5 axes majeurs : l’écologie ; la transmission des langues, mémoires et héritages culturels ; la lutte contre les inégalités scolaires ; la lutte contre les violences interquartiers et la lutte contre les violences policières En 2017, le Front de mères publie sur Médiapart un manifeste, qui fait suite à plusieurs années de luttes, pour une alimentation végétarienne à la cantine Fatima Ouassak s’engage dans plusieurs interviews pour l’écologie. La convergence existe, la mobilisation est là, elle prend des formes diverses et répond aux besoins spécifiques des territoires. Je vous invite fortement à lire l’interview récente de Fatima Ouassak «Tout est fait pour que les classes populaires ne se saisissent pas de l’écologie» disponible dans webzine Agir par la culture, elle y décrypte avec une grande justesse les difficultés d’existence dans l’écologie pour les classes populaires. Sur cette question du menu végétarien qu’elle a portée dans la commune de

Fatima Oussak © Cyrille Choupas/Ballast

Bagnolet, elle nous explique qu’elle a été accusée de communautarisme et n’avait pas obtenu le soutien des forces de gauche. Cela illustre bien cette décrédibilisation des actions d’autodétermination des militant es des quartiers populaires Pourtant la mobilisation est là et elle n’est pas prête de s’arrêter.

Je vous encourage donc à vous documenter et à soutenir les actions de ces femmes et de leurs organisations qui siègent à la fois sur le terrain et dans le domaine des idées. En effet, Assa Traoré donne des conférences et a notamment co-écrit avec Elsa Vigoureux un ouvrage intituléLettres à Adama (2017). Fatima Ouassak, qui est également politologue, écrit régulièrement des articles notamment sur le blog de médiapart Par ailleurs son nouvel ouvrageLapuissancedesmères,pourunnouveausujetrévolutionnairesortira prochainement aux éditions La Découverte.

Décentrons notre vision de l’écologie pour laisser la place aux corps, à l’hybridité des luttes, pour que l’écologie soit un outil de justice sociale

Sources et réflexions:

Le mouvement écolo ne reflète pas la diversité de la population

Fatima Ouassak : L'écologie du XXIe siècle

Fatima Ouassak : « Dans les quartiers populaires, l'écologie semble réservée aux classes moyennes et supérieures blanches »

À Montreuil, l'autodéfense populaire contre le coronavirus

Crise écologique, capitalisme, racisme, féminisme : Tout est lié (Interview)

Chlordécone: Les Hayot, instigateurs des compromissions de l'audiovisuel public

Zyed et Bouna : racisme structurel, justice environnementale et pratiques de notre solidarité

« Tout est fait pour que les classes populaires ne se saisissent pas de l’écologie » - Fatima Ouassak Quartiers populaires, conscientisation écologique et libération

Valérie Masson-Delmotte et Assa Traoré : Quand les mouvements pour le climat et contre les violences policières se rencontrent

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