Martin Margiela
LAFAYETTE ANTICIPATIONS FONDATION D’ENTREPRISE GALERIES LAFAYETTE
FRANÇAIS P. 2 — ENGLISH P.52
L’exposition / The exhibition Rebecca Lamarche-Vadel P. 32-33
Plan /Map P. 10-53
Notices /Works
LAFAYETTE ANTICIPATIONS FONDATION D’ENTREPRISE GALERIES LAFAYETTE
L’exposition
Rebecca LamarcheVadel
L’exposition de Martin Margiela qui s’ouvre à Lafayette Anticipations est la somme des recherches d’une vie consacrée à transformer nos regards, à se défaire des évidences, à célébrer la complexité de l’être, à révéler ce que nous avions cessé de regarder ou n’avions jamais même su reconnaître. Cette exposition qui présente plus de quarante œuvres inédites confirme une hypothèse : Martin Margiela est, depuis toujours, un artiste. Ses lieux d’expression, on le sait, ont surtout été ceux de la mode, bien qu’il se soit attaché à en défaire un à un tous les codes, à y inventer de nouveaux rituels, de nouvelles sensibilités, de nouvelles manières d’être. C’est à l’âge de douze ans que Martin Margiela commence à se passionner pour le dessin ; à seize ans, il intègre l’école d’art Sint-Lukas Kunsthumaniora à Hasselt en Belgique, période au cours de laquelle il s’initie à de multiples techniques artistiques. Bien qu’il soit très attiré par la mode, on lui conseille alors de ne pas suivre ce chemin et de devenir artiste, mais il intégrera finalement la prestigieuse école de mode de l’Académie royale des beaux-arts d’Anvers en 1976 et connaîtra une carrière aujourd’hui devenue légendaire. La puissance des gestes qu’il a déployés depuis la fin des années 80 au travers de ses silhouettes, de ses défilés et de ses concepts démontre seulement qu’il est un artiste qui a toujours travaillé à l’extension du territoire de l’art au-delà de ses domaines classiquement consacrés. Margiela n’a jamais cessé de proposer de nouvelles zones d’expérience en étendant en permanence la définition et les limites de l’œuvre. C’est ainsi qu’il a été invité en 2018 à imaginer un projet qui permettrait de prendre la mesure du déploiement nouveau de son œuvre à Lafayette Anticipations. En adoptant une pratique de détournement si chère à Martin Margiela, l’exposition à Lafayette Anticipations est elle-même pensée comme une cérémonie qui bouleverse les habitudes. Le temps de son projet, l’artiste a modifié l’adresse de la Fondation pour inviter les visiteur·euse·s à découvrir ce lieu sous une autre perspective. Après avoir emprunté le couloir qui mène à la cour intérieure, ceux·celles-ci sont accueilli·e·s par la monumentale photographie en noir et blanc d’un déodorant, un objet des plus banals que Margiela a érigé en figure tutélaire du projet. C’est un outil de transformation de l’homme qui s’attaque à toutes les traces du vivant et dont le succès a été largement porté par l’industrie publicitaire. En arrêtant les marques du temps qui passe, il cache la transpiration et remplace ou atténue l’odeur naturellement
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produite par le corps humain. Le déodorant est ainsi l’un des symboles de l’obsession hygiéniste de notre temps, l’un des signes de l’industrialisation des traitements du corps témoignant de la volonté de l’homme de contrôler toutes les formes de métamorphose qui le guettent. Paradoxalement, cet objet est également devenu un symbole érotique qui signifie implicitement qu’un corps désirable serait un corps « imperméabilisé ». Pour accéder à l’exposition, le·la visiteur·euse est ensuite dirigé·e vers une porte de sortie de secours dissimulée dans la cour, puis invité·e à emprunter des escaliers réservés aux évacuations d’urgence. Margiela nous convie d’emblée à prendre d’autres chemins que les itinéraires consacrés, faisant ainsi de l’exposition une expérience en soi. Dans cette exposition construite et imaginée comme un labyrinthe, les œuvres se cachent. Elles sont dissimulées et ne se révèlent que dans un coin, au détour d’un couloir, derrière un rideau. Historiquement, le labyrinthe est un lieu où l’on s’égare, et l’exposition transforme cette désorientation en jeu, en terrain d’expérimentation. Partout, lorsque le·la visiteur·euse pénètre dans les espaces, des stores californiens délimitent les salles en ouvrant et en fermant les perspectives. Ils symbolisent évidemment le monde bureaucratique, une forme d’organisation rationnelle de la vie, un réel construit selon des principes de prévision et de mesure des risques. Ils sont les attributs d’un univers qui célèbre la connaissance et la maîtrise, et permettent de se cacher du monde extérieur, de s’en retirer. Ces éléments forment les trames du labyrinthe de l’exposition, un dédale au contraire dédié à la surprise et à l’inconnu. Le labyrinthe est un symbole du chemin parcouru pour se connaître soi-même, une représentation de l’énigme du mystère de la vie. Le labyrinthe, c’est aussi la ville, un terrain de jeu que Margiela affectionne particulièrement. L’artiste rend hommage, au travers des œuvres, à l’espace d’émerveillement infini que peut être la rue, rappelant les écrits de Walter Benjamin sur les découvertes qui attendent les flâneur·euse·s lorsqu’ils·elles acceptent de se laisser surprendre. La ville constitue le labyrinthe à échelle monumentale que nous arpentons quotidiennement. « L’absence me plaît beaucoup », me dit Martin Margiela
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pendant la préparation de ce projet. Il transforme un lieu sacré de la monstration, une institution artistique, en un endroit où les silences se travaillent en remplissant les chemins du·de la visiteur·euse de vides et de moments où l’on ne trouve, littéralement, rien à voir. Il fait de l’exposition un lieu d’égarement et de désorientation où les œuvres disséminées deviennent les personnages, les indices d’une odyssée à accomplir. Discrètes, elles apparaissent et disparaissent au gré du parcours alors que des performers les découvrent lors du passage du·de la visiteur·euse. En son absence, celles-ci sont laissées dormantes, cachées, éteintes. Sa présence permet à l’exposition de prendre vie, qu’on allume une lumière, qu’on accroche l’œuvre ou qu’on la sorte d’un couloir. Pour déterminer la chorégraphie réalisée par ces performers, Margiela s’est inspiré des gestes de ce qu’on appelle dans les musées la « conservation préventive », c’est-à-dire l’ensemble des actions permettant de prévenir et de limiter les risques de dégradation des œuvres. Il a regardé comment on prend soin, dans le monde de l’art, des objets qu’on chérit et auxquels on accorde de la valeur. Le ballet imaginé pour les performers raconte notre attachement, notre culte de la conservation dans une culture qui accepte très mal le déclin en tentant souvent de lui opposer l’immortalité et la permanence. Paradoxalement, les manipulations effectuées sur les œuvres entraîneront inévitablement leur dégradation et leur métamorphose. Elles porteront les traces indélébiles de leurs dévoilements. À travers cette chorégraphie, Margiela met en défaut le musée comme un espace imperméable au monde et à ses variations. Comme un lieu qui, à la manière du déodorant, empêche toute forme d’échange entre l’intérieur et l’extérieur, tente de rendre les objets qu’il abrite résistants à toute expression du vivant et à son inévitable processus de transformation de la matière. Margiela n’a jamais eu peur de la décadence ni des crépuscules. Chez lui, la vie d’un objet n’est jamais terminée : il est toujours en mutation, toujours prompt à une multitude de renaissances. Pour l’artiste, l’idée même de fin est un fantasme. Au contraire, les objets et les êtres gagnent en vivacité à chaque trace du temps qui les marque, qui prouve qu’ils existent dans le monde, qu’ils interagissent avec lui en l’affectant et en étant affectés en retour. L’artiste s’émancipe ainsi des structures de pouvoir, de rigidité et d’immobilité qui régissent souvent les lieux d’exposition et notre culture.
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Les œuvres de Lafayette Anticipations sont manipulées, elles s’usent, s’abîment, portent elles aussi de plus en plus les signes du temps qui en marquent les surfaces, les angles, les contours. L’œuvre n’est plus tant un objet de conservation qu’un lieu de conversation. Margiela, finalement, célèbre l’inachèvement comme un état fondamental. De la distance à la proximité, de l’éternité à l’instant présent, l’exposition remet en question l’idéal d’autonomie des êtres pour célébrer le principe d’interdépendance et se construit certainement autour de l’énigme suivante : que pouvons-nous faire du temps qui passe ? Comment exister avec lui et son irréductible puissance ? L’exposition dessine une histoire de la porosité, de la rencontre et de la profonde intimité qui unissent les êtres au temps. Martin Margiela décèle et célèbre les disruptions, les instants poétiques, les intrus, les présences équivoques de l’existence. Il s’agit d’accueillir tous les signes, les objets, les dynamiques qui y existent, et d’y voir les motifs d’un exercice du regard. L’anodin, le quotidien et le trivial deviennent ainsi des sujets propices à la surprise. C’est à contre-courant des valeurs contemporaines dominantes que Margiela cultive une obsession pour les êtres discrets, les objets délaissés, les lieux et les événements inaperçus. Il les élève à une dignité nouvelle en nous permettant d’enfin les voir, quand souvent nous y sommes aveugles. Martin Margiela met tout en œuvre pour préserver sa spontanéité et sa disponibilité face au monde ; il souhaite lui être ouvert, faire du plus anodin le lieu toujours possible de la surprise. Il semble ainsi célébrer la curiosité insatiable de l’enfant et sa capacité à accueillir tous les signes du monde. L’exposition et la cérémonie qu’elle constitue se construisent autour du geste de la découverte ; c’est une grande entreprise de dévoilement. Dans les imaginaires occidentaux, la découverte est souvent synonyme d’épopées, d’aventures et de voyages lointains. Elle a, depuis la Renaissance, été liée à une forme de domination. On parle par exemple des découvertes scientifiques ou médicales qui permettent de s’affranchir des secrets du monde et de la nature ou de s’en approprier les ressources. La découverte prônée par la culture occidentale a souvent été étroitement liée à l’idée de possession, d’appropriation, de conservation et de conquête. Aux antipodes de valeurs prédatrices, la découverte à laquelle s’intéresse Margiela est une manière de revoir, ou plutôt
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de regarder pour la première fois des territoires familiers et connus, d’éveiller notre capacité à les reconnaître comme dignes d’une attention renouvelée. Il s’agit, au travers des œuvres, de nourrir une aptitude à s’émouvoir et à se laisser surprendre par ce que l’on ne voyait plus, de reconnaître la puissance des choses discrètes et leur capacité à métamorphoser nos expériences du monde. L’ensemble de l’œuvre de Martin Margiela procède ainsi, et ce depuis la fin des années 80, de l’art de l’attention. Il s’agit de reconnaître la performance discrète du vivant, d’en célébrer les traces, les passages, la puissance silencieuse qui s’épanouit au travers de la poussière, d’une cicatrice, d’un vide. Margiela n’a jamais été fasciné par les démonstrations de force, mais bien plus par la poésie du vulnérable. Il pose un regard bienveillant sur les traces laissées par la vie et son irréductible parenté avec le déclin. Ses territoires sont ceux du temps qui passe. À la manière d’un Baudelaire, il s’intéresse à tout ce qui est transitoire et marginal, en quête d’une compréhension de notre condition. C’est à partir du « presque rien » de la vie que son œuvre se construit. Les œuvres que le·la visiteur·euse découvre ont toutes été spécialement créées par Margiela pour cette exposition. Elle est le fruit d’une vaste recherche menée en collaboration avec l’équipe de production de la Fondation qui, de l’idée initiale des œuvres à leur réalisation, a pu accompagner chaque étape de la construction de ce projet. Un grand nombre des pièces présentées résulte donc d’un long processus d’expérimentations, d’essais et parfois d’heureux imprévus au cours de ces derniers mois dans les ateliers de Lafayette Anticipations. Margiela est un iconoclaste dont les références accordent sans contradiction ni hiérarchie autant de place à un tableau du Caravage qu’à l’emballage d’une coloration capillaire. Il ira chercher chez l’un le génie et la technique de la représentation, et dans l’autre un révélateur de nos obsessions. L’ensemble de ses références forme le portrait d’un artiste qui n’a de cesse de s’interroger sur la métaphysique des êtres et, par le biais de son œuvre, de nous en proposer de nouveaux savoirs. L’exposition étire l’espace et le temps – l’espace via le labyrinthe qui allonge les distances, et le temps au travers d’œuvres qui rebondissent dans l’histoire. Margiela glisse avec une aisance déroutante entre les techniques, les époques, les sensibilités et les perspectives, montrant l’historicité du regard, et donc sa capacité à être toujours transformé.
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DÉODORANT 2021 Martin Margiela s’intéresse aux objets qui nous entourent et aux histoires qu’ils racontent sur nous. L’image d’un déodorant géant qui accueille les visiteur·euse·s dans la cour érige cet objet en symbole de l’exposition. Produit cosmétique très récent dans l’histoire de l’humanité, il participe à la transformation du corps et arrête les marques du temps qui passe en cachant la transpiration et en remplaçant l’odeur naturellement produite par l’organisme. Le déodorant est ainsi l’une des marques de l’obsession hygiéniste de notre temps, un signe de l’industrialisation du traitement du corps qui témoigne de la volonté de l’homme de contrôler toutes les formes de métamorphoses qui le « menacent ». En effet, il permet d’atténuer les effets du stress, de la peur ou encore de l’effort de manière à rendre le corps « désirable » selon les critères d’une certaine culture contemporaine. Martin Margiela is interested in the objects that surround us and the stories they reveal about us. The image of a giant deodorant that greets visitors in the courtyard establishes this object as the symbol of the exhibition. A very new cosmetic product in the history of humanity, it participates in the transformation of the body and stops the marks of time passing by hiding perspiration and replacing the odour that the body naturally produces. The deodorant is thus one of the signs of our era’s obsession with hygiene, a sign of the industrialization of the treatment of the body which attests to our desire to control all forms of metamorphosis which ‘threaten’ us. Indeed, it makes it possible to attenuate the effects of stress, fear, or effort in order to make the body ‘desirable’ according to the criteria of a certain contemporary culture. Adhésif micro-perforé. Courtesy de l’artiste et Zeno X Gallery, Anvers Produit par Lafayette Anticipations
Micro-perforated vinyl. Courtesy the artist and Zeno X Gallery, Antwerp Produced by Lafayette Anticipations
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Série
HAIR PORTRAITS
2015-2019
Ces piles sont constituées de revues populaires des années 60 et 70 qui ont contribué à construire l’extraordinaire (la célébrité, des vies exceptionnelles) et à le faire pénétrer dans l’ordinaire, notamment dans les salles d’attente de médecins, de coiffeur·euse·s ou de dentistes. Chaque magazine de ces piles a été emballé dans du plastique transparent, comme un objet précieux que l’on souhaiterait préserver de l’usure du temps. Dans le contexte de l’exposition, ces objets banals se transforment en objets de curiosité. En couverture de ces magazines apparaissent des silhouettes d’icônes féminines dont les visages ont été recouverts de cheveux qui cachent l’identité de ces femmes connues, actrices ou chanteuses, ici devenues des êtres fantastiques hybrides. Mi-humaines mi-animales, elles donnent vie à une forme de mythologie contemporaine. Ces revues, outils du culte de la célébrité, concourent à peupler les imaginaires avec des êtres légendaires. These stacks are made up of popular magazines from the 1960s and 1970s that helped build the extraordinary (celebrity, exceptional lives) and bring it into the ordinary, such as in doctors’, hairdressers’, or dentists’ waiting rooms. Each magazine in these stacks has been wrapped in transparent plastic, like a precious object to be preserved from the passage of time. In the context of the exhibition, these banal objects are transformed into objects of curiosity. On the cover of these magazines silhouettes appear of female icons whose faces have been covered with hair which hides the identity of these famous women—actresses or singers—who have become fantastical hybrid beings. Half human, half animal, they bring a form of contemporary mythology to life. These magazines, tools of the cult of celebrity, contribute to populating our imaginations with legendary beings. Collages, magazines vintage, métal et plastique. Socles : 90 × 30 × 40 cm. Magazines : 34 × 26,5 cm. Courtesy de l’artiste et Zeno X Gallery, Anvers Produit par Lafayette Anticipations
Collages, vintage magazines, steel, and plastic. Pedestals: 90 × 30 × 40 cm. Magazines: 34 × 26.5 cm. Courtesy the artist and Zeno X Gallery, Antwerp Produced by Lafayette Anticipations
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DUST COVER 2021 L’œuvre Dust Cover est une énigme : impossible de deviner ce qui se cache sous cette enveloppe dont le mystère résiste à toute interprétation. Œuvre confinée, elle fait l’apologie du secret, de ce qui nous résiste. Cette forme inspirée des housses qui protègent les véhicules de la poussière reprend une scène de rue familière. Martin Margiela rend ici hommage à la capacité des regards d’animer l’inanimé en sollicitant l’attention et la participation de l’imaginaire des visiteur·euse·s. L’essentiel se trouve dans la quête ; l’artiste s’intéresse ici à notre insatiable soif de savoir, à notre recherche permanente du pourquoi. Dust Cover is an enigma: it is impossible to guess what is hidden under this envelope whose mystery resists all interpretation. A confined work, it is a vindication of secrecy, for that which resists us. Inspired by the covers that protect vehicles from dust, this form repurposes a familiar street scene. Martin Margiela pays homage to the gaze’s ability to animate the inanimate by soliciting the attention and participation of the visitor’s imagination. The essence lies in the quest; the artist is interested in our insatiable thirst for knowledge, in our constant search for the why. Skaï et bois, 137 x 170 x 77 cm. Courtesy de l’artiste et Zeno X Gallery, Anvers Produit par Lafayette Anticipations
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Skai and wood, 137 x 170 x 77 cm. Courtesy the artist and Zeno X Gallery, Antwerp Produced by Lafayette Anticipations
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REDHEAD 2019 Formé d’une sphère en silicone imitant un épiderme sur lequel des cheveux naturels sont implantés un à un, ce portrait anonyme rend hommage à la couleur rousse, à son ambivalence et sa capacité historique à susciter le trouble au sein de nos cultures. En effet, le cheveu roux a été de tout temps empreint de fantasmes et entouré de superstitions diverses. Au Moyen Âge, cette couleur est liée à la sorcellerie et aux pouvoirs surnaturels, mais aussi à la prostitution. Par une inversion de valeurs, elle se trouve célébrée chez Botticelli au xvie siècle, puis plus particulièrement dans la peinture des xixe et xxe siècles à travers les œuvres de Modigliani, Manet ou encore Degas. Marginal, le roux est exceptionnel et suscite nombre de réactions, de l’attraction à la stigmatisation. Martin Margiela célèbre ici une couleur dont la symbolique ne cesse de mettre en perspective des valeurs et des imaginaires mouvants et contradictoires. Formed by a silicone sphere imitating an epidermis on which strands of natural hair have been implanted one by one, this anonymous portrait pays tribute to red hair, its ambivalence and its historical capacity to cause turmoil within our cultures. Indeed, red hair has always been imbued with fantasies and surrounded by various superstitions. In the Middle Ages, this colour was linked to witchcraft and supernatural powers, but also to prostitution. Through an inversion of values, it was celebrated by Botticelli in the sixteenth century, and then more particularly in nineteenth- and twentieth-century painting through the works of Modigliani, Manet, and Degas. While it is marginal, red hair is exceptional. It provokes a number of reactions, from attraction to stigmatization. Here, Martin Margiela celebrates a colour whose symbolism continually puts into perspective shifting and contradictory values and imaginaries. Silicone et cheveux naturels, Diam. 23 cm. Courtesy de l’artiste Produit par Lafayette Anticipations
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Silicone and natural dyed hair, Diam. 23 cm. Courtesy the artist Produced by Lafayette Anticipations
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The exhibition
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Martin Margiela’s exhibition at Lafayette Anticipations is the result of a lifetime of research devoted to transforming the way we see things, transcending the obvious, revealing the overlooked, and celebrating complexity. This presentation of more than forty previously unseen works is proof that Margiela has always been an artist. Though he is known for his work in fashion, he has consistently broken with convention, inventing new rituals, new sensibilities, and new ways of being. At the age of twelve, Martin Margiela began to develop a passion for drawing; at sixteen, he entered the Sint-Lukas Kunsthumaniora art school in Hasselt, Belgium, where he was introduced to numerous artistic techniques. He was advised to become an artist but was drawn to fashion and ended up joining the prestigious fashion school of the Royal Academy of Fine Arts in Antwerp in 1976, going on to forge a now legendary career. The approaches he developed since the end of the 1980s through his shows, his silhouettes, and his concepts demonstrate that he always pushed the scope of art beyond its classically consecrated borders. He opened up new areas of experience that expand the definition and limits of the artwork. It was thus in 2018 that Margiela agreed to share an as yet unseen dimension of his practice with this exhibition. By adopting a practice of reappropriation so dear to the artist, the exhibition at Lafayette Anticipations is itself conceived as a ceremony that disrupts our habits, allowing visitors to experience the Foundation from another perspective. Taking the corridor to the inner courtyard, they are greeted by a monumental black-and-white photograph of a deodorant stick. This deodorant is a banal object that Margiela elevated to become the symbol of the project. It is a tool for masking traces of life whose success has been largely driven by the advertising industry. By blocking perspiration and subduing the natural odours of the human body, it hides the signs of time passing. The deodorant thus stands in for the hygienic obsession of our era, the industrial treatments of the body that aspire to control all forms of metamorphosis. This object has also become an erotic symbol, signifying that a desirable body is one that is ‘impermeable.’
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To enter the gallery spaces from the courtyard, the visitor is directed to a hidden door leading to emergency exit stairs. From there, the exhibition unfolds as a labyrinth within which the works are obscured, concealed, and only revealed in a corner, along a corridor, or behind a curtain. Throughout, as the visitor enters different spaces, vertical blinds delimit the rooms by opening and closing perspectives. They stand in for the bureaucratic world and the rational organization of existence; a reality built around principles of forecasting and measurement of risk. They are attributes of a system that praises control and advocates withdrawal from the outside world. These elements form the framework of a maze dedicated to surprise and the unknown. Historically, the labyrinth is a place where one gets lost— Margiela adopts this sense of disorientation as a game, a field of experimentation—as well as a symbol of self-discovery. The labyrinth is also the city, a playground that Margiela is particularly fond of. The artist pays tribute to the street as an infinite space of wonder, recalling Walter Benjamin’s writings on the intrigues that await the flaneur when they open themselves up to the unexpected. The city is the labyrinth on a monumental scale that we walk through every day. ‘I like absence very much,’ Martin Margiela told me during the preparation of this project. He turns a sacred space of display, an art institution, into a space where silences are configured, a path with voids and moments where there is literally nothing to see. He creates a place of wandering where scattered works become characters, clues that appear and disappear as the exhibition progresses, with performers who uncover them when the visitor passes by. In the visitor’s absence, they are left dormant, extinguished. Their presence brings the show to life, whether by switching on a light, hanging a work, or taking it out of a corridor. To develop the choreography for these performers, Margiela was inspired by what is known in museums as ‘preventive conservation’, i.e. all the actions that make it possible to prevent and reduce the risks of artworks deteriorating. He looked at how the art world takes care of the objects it cherishes and values. The ballet imagined for the performers tells of our attachment, our cult of conservation that refuses to accept decline, opposing it with rigidity and permanence. Paradoxically, these
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manipulations will inevitably lead to the alteration and degradation of the objects in question. They will bear the indelible marks of their unveilings. Through this choreography, Margiela challenges the museum as a space impervious to the world and its variations. Like the deodorant preventing exchanges between the inside and the outside, the museum sets out to protect its objects from processes of transformation and to resist signs of life. Margiela has never been afraid of degeneration or twilight. For him, the existence of an object is never over: it is always in mutation, always ready for a multitude of rebirths. The very idea of an end is a fantasy. On the contrary, objects and beings come to life with each trace that proves that they exist in the world, that they interact with it by affecting it and are affected by it in return. The artist thus frees himself from the protocols, inflexibility, and immobility that govern exhibition spaces and our culture. The works presented at Lafayette Anticipations are manipulated, worn, damaged, and increasingly bear the marks of time on their surfaces, angles, and contours. The work is no longer so much an object of conservation as a site of conversation. Finally, Margiela celebrates incompleteness as a fundamental state. From distance to proximity, from eternity to the present moment, the exhibition questions the ideal of the autonomy of entities in favour of the principle of interdependence. It is composed around the following enigma: what can we do with the passing of time? How can we exist with this irreducible power? The exhibition sketches out a history of porosity and the profound intimacy that entrenches beings in time. Martin Margiela detects and magnifies disruptions, poetic moments, and intrusions; the equivocal presences of our existence. It is a question of welcoming all the signs, objects, and dynamics contained within it, and seeing them as the motifs for an exercise in looking. The ordinary, the everyday, and the incidental thus become subjects of reappraisal. It is against the current of dominant contemporary values that Margiela cultivates an obsession for subtle beings, neglected objects, unnoticed places and events. He instils them with a new dignity by allowing us to finally see them, when we are so often blind to them. Margiela does everything to preserve his
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spontaneity and his openness to the world; he wants to find enchantment in the most trivial of places. In this way, he seems to channel the insatiable curiosity and receptivity of childhood. The exhibition and the ceremony it constitutes are built around the gesture of discovery; a great exercise of unveiling. In the Western imagination, discovery is often synonymous with epics, adventures, and distant journeys. Since the Renaissance, it has been linked to a form of domination. We think, for example, of those scientific or medical discoveries that allow us to access nature or to appropriate its resources; ideas of possession, appropriation, conservation, and conquest. At the opposite end of the spectrum to these predatory values, the discovery which interests Margiela is a way of seeing familiar territories for the first time, of observing them anew. His works bring attention to discreet things and their ability to shape our experiences of the world. Since the end of the 1980s, Margiela’s entire oeuvre has been based on the art of attention. It is about recognizing the performance of the living, its fragments, its passages, the silent power that emerges from the dust, a scar, a void. Margiela has never been drawn to demonstrations of strength, but rather to the poetry of the vulnerable. He takes a benevolent look at life’s traces and their inherent relationship with decline. His domain is that of the passing of time. Like Baudelaire, he is interested in everything that is transitory and marginal, in search of an understanding of our condition. It is from the ‘almost nothing’ of life that his work is constructed. The works presented at Lafayette Anticipations have all been created by Margiela for this exhibition. Extensive research was carried out in collaboration with our production team, who followed each stage of the project from conception to completion. Many of the pieces are the result of a long process of experimentation, testing, and even unforeseen events in the workshops over several months. Margiela is an iconoclast whose references give as much space to a painting by Caravaggio as to some hair dye packaging, without contradiction or hierarchy. He will look to one for the genius and technique, and to the other for a revelation of our obsessions. These multiple references form the
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portrait of an artist who never ceases to question the metaphysics of being and, through his work, to offer us new forms of understanding. The exhibition stretches space and time—space through the labyrinth that lengthens distances, and time through works that bounce back and forth through history. Margiela glides with disconcerting ease between techniques, eras, sensibilities, and perspectives, revealing the historicity of the gaze, and thus its capacity to be transformed.
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CARNET N°7 FRANÇAIS / ANGLAIS ISBN 9782490862108
IMPRIMÉ ET FAÇONNÉ À LAFAYETTE ANTICIPATIONS, 9 RUE DU PLÂTRE (PARIS) DÉPÔT LÉGAL : OCTOBRE 2021 5 EUROS