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Le Chasseur de rats (Ukázka, strana 99)

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La chanson du flûtiau avait purifié la souffrance du chasseur ; elle avait purifié le souvenir d’Agnes. Pays des Sept-Châteaux ! Certes, son cœur l’avait parfois rêvé, mais seul le flûtiau l’avait rendu réel. Et comme le flûtiau sonnait avec force et puissance, le chasseur se répétait : « Ni faute ni péché ! » Le chemin est clair et clair est le but. Ne faut-il pas se jeter dans l’abîme pour gagner le paradis ? Agnes avait pris ce chemin ; il la rejoindrait, oui, il rejoindrait Agnes. Les gens de Hameln suivaient leur guide assombri et pensif, le chant impérieux et puissant de son flûtiau. Il les entraînait et les poussait toujours plus loin. Plus loin, jusqu’à la porte. Ils chancelaient sans regarder le chemin, ils tombaient, se relevaient et continuaient. Ils n’entendaient que le chasseur, ne voyaient que le chasseur. Et, comme ils marchaient, l’abîme s’ouvrit soudain devant eux. Le chasseur se tenait au-dessus de l’abîme, encore plus sombre, encore plus majestueux. Son flûtiau sonnait avec force et puissance. Parmi les gens de Hameln, personne ne s’arrêta devant la porte, à l’exception de Sepp Jörgen qui contemplait la surface de la rivière. Au son du flûtiau, ils passèrent tous avec un sourire discret, les bras tendus : pays de Transylvanie ! Tous passèrent et disparurent sans mot dire. Et leur guide sombre et muet sifflait tant et plus. Au son du flûtiau, la foule diminuait : enfin le chasseur resta seul au bord du gouffre. Il se souvint de son « oui », prononcé un soir de printemps. Il se souvint d’Agnes, qui l’avait précédé, mais qu’il pouvait rejoindre. Il se pencha au-dessus de l’abîme. Il y régnait un étrange silence. Le flûtiau tomba des mains du chasseur. Or son flûtiau, c’était la vie. Le flûtiau sembla résonner encore dans sa chute : sa musique guidait le chasseur comme elle avait guidé la foule – ( 98 )

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« Oui », dit le chasseur à l’abîme muet. Et lui aussi prit la direction de la porte. Ainsi partirent le chasseur et les gens de Hameln ; mais on ignore s’ils rejoignirent le pays de Transylvanie.

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XXV

La rivière coule. Elle coule sans être perturbée par les destinées. Un bateau de pêcheur se balance sur le fleuve ; mais Jörgen n’a pas eu l’idée de lancer ses filets. Il est assis dans le bateau et réfléchit. Il lui serait difficile de dire pourquoi il est triste. Il ne comprend pas encore, il commence à se douter de quelque chose. Le silence règne… Le silence. C’est dimanche et il faudrait sonner l’heure de la messe. Mais la cloche du temple reste muette. C’est dimanche et les habitants de Hameln, leurs femmes, fils et filles devraient se promener sur les berges. Or les digues sont désertes. C’est dimanche, le jour où les gandins endimanchés et les belles, tout sourire, se moquent le plus de Jörgen ; aujourd’hui personne ne rit. Et Sepp Jörgen, qui se doutait de quelque chose, commence à comprendre. Il s’est passé quelque chose. Il se rappelle le cortège marchant à la suite du chasseur de rats ; il se rappelle le visage blême du chasseur. Sepp Jörgen reprend les rames et s’engage vers la berge. Il attache la barque et s’avance vers Hameln. Les rues sont désertes. Les boutiques sont désertes. Les tavernes sont désertes. Sepp Jörgen marche sous les arcades. Il y avait de la vie, naguère, à cette période : aujourd’hui, pas une âme. Sur les pierres froides les pas de Jörgen résonnent comme un signe de mauvais augure. Jörgen s’arrêta à hauteur de l’église. Les mendiants et les mendiantes ne se tenaient pas à l’entrée ; cela l’étonna. Jörgen entra. Dans l’église régnait le silence. Là, le pas du pêcheur résonna comme un signe de plus mauvais augure ( 100 )

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