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9 788024 455914

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ISBN 978-80-244-5591-4


Samuel Bidaud Le concept linguistique d’opérativité


Univerzita Palackého v Olomouci Université Palacký d’Olomouc

Le concept linguistique d’opérativité Samuel Bidaud

Olomouc 2019


Relecteurs : Ľudmila Lacková Christophe Cusimano

L’utilisation non autorisée de cet ouvrage constitue une violation des droits d’auteur et peut engendrer des poursuites sur le plan civil, juridique et éventuellement pénal. Neoprávněné užití tohoto díla je porušením autorských práv a může zakládat občanskoprávní, správněprávní, popř. trestněprávní odpovědnost.

La préparation et la publication de cet ouvrage ont été rendues possibles grâce au soutien à la recherche universitaire spécialisée accordé à l’Université Palacký d’Olomouc par le Ministère de l’Éducation, de la Jeunesse et du Sport de la République tchèque (IGA_FF_2019_029). Zpracování a vydání publikace bylo umožněno díky účelové podpoře na specifický vysokoškolský výzkum udělené Ministerstvem školství, mládeže a tělovýchovy ČR Univerzitě Palackého v Olomouci (IGA_FF_2019_029).

© Palacký University Olomouc, 2019 © Samuel Bidaud, 2019 Réalisation de la couverture : Marco Petolicchio

ISBN 978-80-244-5613-3 (online : PDF)


Table des matières

Remerciements

7

Introduction

9

1 1.1 1.2 1.3 1.4

13 13 15 18

Généalogie et principes du concept d’opérativité Introduction . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . Saussure, le Cours et la dichotomie langue/parole . . . Structuralisme statique et linguistique opérative . . . Guillaume, Tesnière, Chomsky : rapprochements et convergences . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 1.4.1 Une linguistique de l’invisible . . . . . . . . . . . . . 1.4.1.1 Gustave Guillaume, la langue et le discours . . . . . . 1.4.1.2 Lucien Tesnière et l’ordre structural de la phrase . . . 1.4.1.3 Noam Chomsky : de la compétence à la performance, de la structure profonde à la structure de surface . . . 1.4.1.4 Synthèse . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 1.4.2 Le principe d’opérativité . . . . . . . . . . . . . . . . 1.4.2.1 La psychomécanique du langage et le principe du temps opératif : une linguistique de position . . . . . . . . . 1.4.2.2 Tesnière et la translation . . . . . . . . . . . . . . . . 1.4.2.3 La grammaire générative : le principe de créativité et les transformations . . . . . . . . . . . . . . . . . . 1.4.2.4 Synthèse . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 1.5 Que retenir du concept d’opérativité? . . . . . . . . . 1.6 Conclusion . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . .

20 21 21 26 29 33 34 34 40 44 46 47 49 5


2 2.1 2.2 2.3 2.3.1 2.3.2 2.3.3 2.4 2.4.1 2.4.2 2.4.3 2.4.4 2.5 3 3.1 3.2 3.3 3.3.1 3.3.2 3.4

Linguistique opérative et linguistique tchèque : le problème du nom et du verbe tchèque 51 Introduction . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 51 Le nom et le verbe par rapport aux autres parties du discours . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 52 Le nom tchèque . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 56 Le genre . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 58 Le nombre . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 64 Le cas . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 72 Le verbe tchèque . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 83 L’aspect . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 86 Le mode et le temps . . . . . . . . . . . . . . . . . . 91 La personne . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 97 La voix . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 99 Conclusion . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 103 Lire Marcel Proust à la lumière du concept d’opérativité : mémoire involontaire, temps opératif et tenseur binaire 105 Introduction . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 105 La madeleine . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 106 Schèmes proustiens . . . . . . . . . . . . . . . . . . 112 Le nom et le lieu . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 113 Comment Marcel devient écrivain . . . . . . . . . . 115 Conclusion . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 117

Conclusion

119

Références bibliographiques

125

Summary

130

6


Remerciements

Je tiens à remercier Ľudmila Lacková et Christophe Cusimano, qui ont bien voulu relire mon livre et m’ont fait part de leurs précieux commentaires, que ce soit du point de vue formel ou du point de vue du fond. Plusieurs personnes m’ont également apporté leur aide à un moment ou un autre, notamment Marco Petolicchio, Jiřina Matoušková, Marie Pavlová et František Hamajda. Les différents chapitres qui composent cet ouvrage ont d’abord été publiés, sous une forme différente, dans L’Information grammaticale (chapitres 1 et 3) et dans Studii de lingvistică (chapitre 2); je remercie l’ensemble des relecteurs de ces revues pour toutes leurs remarques, ainsi que leurs directions respectives qui m’ont autorisé à reprendre mes textes dans le cadre du présent livre.

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Introduction

On peut parler, en ce qui concerne le vingtième siècle, de deux grands paradigmes dans la linguistique du point de vue épistémologique. Alors qu’un premier paradigme, qui envisage la langue comme un système abstrait, renvoie à une « linguistique statique », un second, au contraire, qui envisage la langue dans son actualisation, correspond à une « linguistique dynamique ». Une telle opposition peut certes paraître simpliste et simplificatrice si elle est comprise de façon strictement binaire. Il convient davantage de la voir comme un continuum à l’intérieur duquel s’inscrivent des approches variées. On aurait ainsi, à un pôle extrême, Hjelmslev et le Cercle linguistique de Copenhague au Danemark (et au-delà), qui se définissent par une forme d’immanentisme les conduisant à étudier la langue en elle-même et pour elle-même, en dehors de toute actualisation, tandis que, à l’autre pôle, on retrouverait des linguistes comme Gustave Guillaume, Lucien Tesnière ou Noam Chomsky, qui développent tous trois une approche dynamique des faits de langue faisant toute leur originalité, dans la perspective humboldtienne de l’energeïa. C’est cette seconde orientation qui nous intéressera dans le présent ouvrage et dont nous ferons ressortir à la fois les caractéristiques communes et les singularités, qui permettent d’aboutir à ce que nous appellerons dès maintenant une linguistique opérative. Celle-ci subsume, par ses principes, à la fois la psychomécanique du langage qui lui a donné naissance et les théories syntaxiques de Tesnière et Chomsky. Le premier chapitre se penche sur la généalogie du concept linguistique d’opérativité. Nous soulignerons pour commencer comment le Cours de linguistique générale de Saussure est à l’origine de deux 9


types de linguistiques, qui ont tiré partie de la notion de langue et de son corrélat, la notion de parole, dans une optique, sinon radicalement, du moins très largement différente. Nous montrerons ensuite comment Guillaume, Tesnière et Chomsky ont prolongé cette dichotomie à partir d’une vision qui implique chez eux une linguistique qui étudie l’acte de langage intégral, dans son passage de la langue à la parole lors de son effection. Il s’ensuit une linguistique d’un type tout à fait spécial, qui se fonde sur le concept d’opérativité, dont il s’agira d’extraire les principales caractéristiques et qui consiste en un ensemble de mouvements de pensée, dont l’un d’eux, le tenseur binaire, occupe une place prépondérante. Ces mouvements de pensée se déroulent durant le temps infiniment bref de l’acte de langage, qu’il appartient au linguiste de reconstruire. Si la terminologie psychomécanique prime ici, c’est que Gustave Guillaume a été le premier à adopter une telle approche opérative et que c’est lui qui l’a poussée le plus loin; mais il convient également de le situer par rapport à Tesnière et Chomsky, qui ont tous deux privilégié une syntaxe opérative là où Guillaume s’est essentiellement focalisé, comme on le rappelle souvent, sur la construction du mot durant l’acte de langage. Après avoir défini le concept d’opérativité à partir de son histoire en linguistique et afin d’en montrer la pertinence pour l’étude des faits de langue, nous avons choisi de proposer dans un deuxième temps une approche opérative du système du nom et de celui du verbe en tchèque. Il y a à cela plusieurs raisons. Outre le lieu de publication de ce livre, la première en est le caractère pratiquement inédit d’une linguistique opérative du tchèque. Alors que les langues romanes ont par exemple été abondamment analysées par la psychomécanique du langage, qui reste la théorie de référence de la linguistique opérative et sur laquelle nous nous fonderons en grande partie dans ce chapitre, il n’en va pas de même avec le tchèque, loin s’en faut, puisque les articles sur le sujet sont très peu nombreux. Les parties du discours fondamentales que sont le nom et le verbe, ensuite, ont l’avantage de connaître une grande richesse morphologique. Le nom présente ainsi en tchèque un certain nombre de spécificités (la présence de quatre genres et des cas notamment), alors que le verbe, s’il est moins développé que son correspondant français quant à sa capacité à renvoyer 10


à un temps référentiel à l’intérieur d’une chronologie objective, développe par contre une catégorie que le verbe français ne connaît pas (ou connaît sous une autre forme : lexicale, périphrastique, etc.), celle de l’aspect, d’où l’opposition de couples de verbes perfectifs et imperfectifs à partir de la durée interne qu’ils impliquent. Notre dernière partie sera consacrée à l’élargissement possible du concept d’opérativité à un domaine situé en dehors de la linguistique à strictement parler. Il s’agira en effet d’étudier À la recherche du temps perdu de Marcel Proust du point de vue de la mémoire involontaire qu’il met en scène et de son opérativité, en nous penchant sur le célèbre passage de la madeleine. Nous montrerons également que la structure thématico-narrative du roman de Proust est très largement régie par ce principe essentiel qu’est le tenseur binaire, lequel correspond peut-être in fine à un schème du récit en général au même titre que, par exemple, le schéma actantiel de Greimas. Nous espérons ainsi que cette monographie, par les trois aspects qu’elle envisage du concept d’opérativité, à savoir : 1) son histoire et sa définition, 2) son application concrète à l’étude du nom et du verbe dans une langue comme le tchèque, et 3) son utilisation pour l’étude d’un domaine connexe comme celui de la littérature, contribuera à faire apparaître tout l’intérêt et l’originalité d’une notion qui n’a jusqu’à maintenant jamais été explorée dans cette perspective.

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