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Kiblind 83 - Vertige

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M agazine Numéro Vertige
KIBLIND

LE PRINTEMPS DU DESSIN CÉLÈBRE LE DESSIN

CONTEMPORAIN PARTOUT EN FRANCE !

@printempsdudessin printempsdudessin.com info@printempsdudessin.com
E
S
JUIN Direction artistique : KIBLIND Agence
L E PRI N TEMP S DU D
SSIN DU20 MAR
AU 21

L’ÉCOLE DES MÉTIERS DU DESSIN

Enseignement supérieur

> PrĂ©pa Dessin / LYON & ANGOULÊME

Formation en 1 an

> Dessinateur Praticien / LYON

Formation en 3 ans / DiplÎme visé de niveau 6

> Dessinateur 3D / LYON

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> SpĂ©cialisation en Ă©dition multimĂ©dia, cinĂ©ma d’animation ou jeu vidĂ©o / LYON

Formations en 2 ans aprĂšs bac+3 / 1 titre RNCP et 2 certificats d’école de niveau 7

> Storyboard & Layout / ANGOULÊME

Formation en 2 ans / Certificat d’école

Formation continue

Pour développer ses compétences en storyboard, illustration traditionnelle et numérique, narration et mise en scÚne de personnages, création de décors, mise en couleur pour la BD.

Organisme de formation référencé

Ecole membre

Tom Bravi,
de 5 e
étudiant
annĂ©e cinĂ©ma d’animation
jeu vidéo illustration BD cohl.fr
3D animation

KIBLIND Store

Illustrations Ă  emporter

CENTQUATRE PARIS

Pour une nouvelle saison illustrée, retrouvez la sélection de livres et posters de nos artistes préférés sur kiblind-store.com

Vous pouvez aussi nous croiser dans notre boutique parisienne au Centquatre 5 rue Curial - Paris 19e -

Horaires :

Du mardi au vendredi : 12h > 19h

Les week-ends : 11h > 19h

KIBLIND Magazine → 83 → Vertige

Directeur de la publication : Jérémie Martinez / Direction Kiblind : Jérémie Martinez - Jean Tourette - Gabriel Viry

Comité de rédaction : Maxime Gueugneau - Elora Quittet - Jérémie Martinez - Jean Tourette

Team Kiblind : Guillaume Bonneau - Agathe BruguiĂšre - Romane Chevallier - Magda Chmielowska

LĂ©a Coisssard - LĂ©a Guiraud - Margot d’HĂ©rouville - Guillaume Huby - MĂ©lodie LabbĂ© - Romane Lechleiter

Lara Mottin - Alanis Olivier - SolÚne Pauly - Guillaume Petit - Charlotte Roux - Morgane Samson - Léa Santoro

DĂ©borah Schmitt - Éva Spalinger - Sara Thion - Olivier Trias - MarlĂšne Zablocki

Réviseur : Raphaël Lagier

Direction artistique : Kiblind Agence

Imprimeur : Musumeci S.p.A. / www.musumecispa.it

Papier : Le magazine Kiblind est imprimé sur papier Fedrigoni / Couverture : Symbol Freelife E/E49 Country 250g

Papier intérieur : Arcoprint Milk 100g, Arena natural Bulk 90g et Symbol Freelife Gloss 200g

Typographies : Kiblind Magazine (BenoĂźt Bodhuin) et Lector (Gert Wunderlich)

ÉditĂ© par Kiblind Édition & Klar Communication. SARL au capital de 15 000 euros - 507 472 249 RCS Lyon

27 rue Bouteille - 69001 Lyon / 69 rue Armand Carrel - 75019 Paris - 04 78 27 69 82

Le magazine est diffusé en France et en Belgique. www.kiblind.com / www.kiblind-atelier.com

ISSN : 1628-4146

Les textes ainsi que l’ensemble des publications n’engagent que la responsabilitĂ© de leurs auteurs. Tous droits strictement rĂ©servĂ©s. Merci Ă  Matthieu Sandjivy. THX CBS. Contact : magazine@kiblind.com

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ÉDITO — 8 KIBLIND Magazine → 83 → Vertige

NORAH JONES

JOE BONAMASSA

MELODY GARDOT

PAT METHENY

SELAH SUE

MARCUS MILLER

MEUTE

DEE DEE BRIDGEWATER

SNARKY PUPPY

LOYLE CARNER

JACOB COLLIER

ELECTRO DELUXE

JACOB BANKS

GRUPO COMPAY

SEGUNDO

INCOGNITO

GORAN BREGOVIĆ

LEE FIELDS

OXMO PUCCINO & YARON HERMAN

SAMPA THE GREAT FAADA FREDDY CIMAFUNK

DOMi & JD BECK
 Programme

complet sur jazzavienne.com Licence L-R-19-899
SOMMAIRE — 10 08 10 12 21 28 32 38 47 48 54 58 60 61 62 73 86 Édito / Ours Sommaire In the mood Intro Vertige Invitation Romain Bourceau En couverture Óscar Raña CrĂ©ations originales Citations Dossier Perspectives cavaliĂšres Invitation Pierre Maugein La bibliothĂšque idĂ©ale des Others Citations Playlist Vertige MolĂ©cule Takanari Takazi SĂ©lection Kiblind Square2 KIBLIND Magazine → 83 → Vertige ïżœïżœ
THEATRE13.COM Design  →  Marc Armand

IN THE MïżœïżœD

Vous croiserez dans cette entrée quelques objets rencontrés par bonheur ces derniers mois lors de nos pérégrinations visuelles.

Et pourrez apprĂ©cier, au dĂ©tour du chemin, le va-et-vient de souris bien agitĂ©es, joliment dessinĂ©es par l’illustratrice polonaise

ïżœïżœ IN THE MOOD — 12 KIBLIND Magazine → 83 → Vertige
Magda Chmielowska.

FANZINE ■ JĂ©rĂ©miades De Margaux Bigou margauxbigou.com

■ VINYLE (LP)

AllofThisWillEndde Indigo de Souza (Saddle Creek Records)

→ Artwork par Kimberly Oberhammer @kimoberhammer indigodesouza.bandcamp.com saddlecreek.bandcamp.com

AFFICHE ■ Atelier “1 historia / 2 imĂĄgenes” Par Begoña GarcĂ­a-AlĂ©n pour GRAF comic @begonagarciaalen grafcomic.com

VINYLE (LP) ■ Pray4Tomorrowde Dumb (Mint Records)

→ Artwork par Bráulio Amado badbadbadbad.com dumbband.bandcamp.com mintrecs.com

AFFICHE ■ Kaboom Animation Festival

→ Illustration par Leyla Ali

→ Design graphique par Lynn Gommans byleylaali.com lynngommans.nl kaboomfestival.nl

■ PORTE-CLÉ Banana Split Par Kristina Micotti kristinamicotti.com

IN THE MOOD — 13 ïżœïżœ KIBLIND Magazine → 83 → Vertige

selbyhi.com

DĂ©velopper une passion pour les chats n’est pas la chose la plus originale du monde, certes. Mais en tisser la silhouette autour d’élĂ©ments de mobilier l’est beaucoup plus. On se devait de demander Ă  Selby H.I comment cette obsession Ă©tait nĂ©e.

Salut Selby. Tu rĂ©alises des meubles tissĂ©s essentiellement en forme de chat. D’oĂč vient cette passion pour les fĂ©lins ? Bonjour ! Ma pratique s’articule essentiellement autour de la maison et de l’espace domestique. J’ai toujours Ă©tĂ© trĂšs intĂ©ressĂ©e par le mobilier et par les sensations que les diffĂ©rents types de meubles peuvent nous procurer. Les chaises-chats me sont apparues pendant les diffĂ©rents confinements, lorsque je regardais mon chat choisir son siĂšge chaque jour et y dormir sans bouger avant l’heure du dĂźner. Au-delĂ  du fait d’ĂȘtre simplement obsĂ©dĂ©e par les chats, je pense qu’ils vont de pair avec l’idĂ©e qu’on se fait de la maison. Je me suis donc dit que c’était amusant d’allier ces deux Ă©lĂ©ments : l’animal et le mobilier.

Comment t’est venue l’idĂ©e d’utiliser des assises existantes et de les envelopper de laine pour crĂ©er des objets illustrĂ©s ? Pour revenir Ă  mon intĂ©rĂȘt pour les espaces intĂ©rieurs, c’est parce que dans ma pratique crĂ©ative, je m’intĂ©resse aussi au banal. Je ressens une vraie connexion avec les objets, j’ai l’impression qu’ils sont vivants et anthropomorphes, ce qui fait que je peux parfois me sentir dĂ©solĂ©e pour eux lorsque je ne les utilise pas ou quand je les casse. Quand j’ai eu l’idĂ©e de la chaise-chat, en rentrant chez moi plus tard dans la journĂ©e, j’ai vu une chaise dans la rue et c’était comme une Ă©vidence. Alors je l’ai nettoyĂ©e, je l’ai amĂ©liorĂ©e et je l’ai transformĂ©e en chaise-chat. Je me suis dit que ça serait plus sympa comme ça.

Peux-tu nous expliquer ton processus de création entre la chaise brute et le produit fini ?

Je fais beaucoup d’écriture et de dessin. J’aime marcher, penser et regarder les choses, j’ai commencĂ© Ă  intĂ©grer cela dans ma pratique. Mais je commence essentiellement par des Ă©crits, ils ont tendance Ă  ĂȘtre basĂ©s sur ma propre vie, puis se transforment en une histoire fantastique avec une rĂ©alitĂ© Ă©trange, Ă  partir de laquelle je vais dessiner et colorier, puis je vais traduire cela en laine et crĂ©er la piĂšce. Les titres de mes Ɠuvres sont des parties de mes Ă©crits. Avec les chaises, j’aime avoir un peu plus de plaisir et de libertĂ© crĂ©ative, certaines portent le nom de mes amis, d’autres portent le nom d’histoires ou de comptines.

As-tu eu une formation plutĂŽt orientĂ©e vers le textile/l’artisanat ou vers l’illustration ?

Ma mĂšre Ă©tait une artiste textile, le tissu a donc toujours occupĂ© une place importante dans ma vie. J’ai Ă©tudiĂ© les beaux-arts au Central Saint Martins College of Art and Design Ă  Londres. Je savais qu’un cours de beaux-arts me serait plus adaptĂ© et serait moins contraignant que le reste. Comme vous l’avez mentionnĂ©, j’aime beaucoup expĂ©rimenter, j’avais donc besoin de quelque chose qui me permettrait de rĂ©pondre Ă  tous mes dĂ©sirs.

Céramique, tissage, illustration...

Tu sembles aimer crĂ©er sur de nombreux supports. Quel objet rĂȘverais-tu de rĂ©aliser ? Pour le moment, je travaille toujours sur des thĂšmes liĂ©s Ă  la maison ; mais je m’éloigne davantage des espaces communs comme les salles Ă  manger, et je me dĂ©place vers des endroits plus sensibles comme la chambre. J’aime l’idĂ©e que les couvertures, les couettes et les lits soient un espace sĂ»r au sein de nos maisons. Je pense que nous sommes davantage nous-mĂȘmes dans nos chambres, c’est presque une maison dans une maison, il y a une ambiance diffĂ©rente. Je travaille donc avec ces idĂ©es en ce moment. Je suis Ă©galement intĂ©ressĂ©e par les fenĂȘtres.

ïżœïżœ IN THE MOOD — 14 KIBLIND Magazine → 83 → Vertige
■ MOBILIER
→
TISSÉ
SELBY H.I
↑ Troy's blue eyeshadow, 2022 Laine sur toile de jute sur chaise en mĂ©tal ↑ The Ginger Kitty Wants Me To Sit On His Knee, 2021 Laine sur toile de jute sur chaise en plastique ↑ Squeeze in, you're just in time, 2022 Laine, toile de jute, carton, cure-pipes, mĂ©tal, fil de fer et bois Aux cĂŽtĂ©s de diverses chaises et tabourets-chats ↑ Stripey mog; 2022 Laine sur toile de jute sur chaise en plastique

■ VINYLE (LP)

ManOutOfTimede Friendly Rich (We Are Busy Bodies)

→ Artwork par Michael DeForge michael-deforge.com friendlyrich.com wearebusybodies.com

SURCHEMISE GENDERMORE ■ Par Julien Delcourt pour The More Project @zoulette_jul @themoreproject.co

AFFICHE ■

ASufficientyGrotesqueElfishAspect:NewWork Exposition solo à librairie Heavy Manners → Par Patrick Kyle patrickkyle.com heavymannerslibrary.com

■ CARTES POSTALES Par Marco Quadri pour Raum Fuer Illustration marcoquadri.com rfiworld.de

■ AFFICHE Festival Pop Meufs Au Pavillon des Canaux

→ Artwork par Gabrielle Monceaux @gabriellemonceaux pavillondescanaux.com

SCOTCH IMPRIMÉ ■ Par Nadhir Nor nadhirnor.com avivamaiartzy.com/thewashistation

IN THE MOOD — 15 ïżœïżœ KIBLIND Magazine → 83 → Vertige

■ VINYLE (LP)

WhichLife,TheFriendsde Sierra

Manhattan (AB Records, Another Records & Fun Club Records)

→ Artwork par Structure Bñtons @structurebatons @sierramanhattan abrecords.bandcamp.com

■ FOULARD EN SOIE TheLadyofShalott n°1/5 Par Aless MC alessmc.ca

■ EP DIGITAL ChñteauForte(Chñteau Record)

→ Artwork par Louka Butzbach @loukabutzbach @chateauforte

AFFICHE ■ Exposition PrintingtheFuture,TheRisoRevolution À la galerie dieFirma

→ Artwork et curation par Panayiotis Terzis panterzis.net diefirmanyc.com

PORTEFEUILLE ■ Par Discovery Much @discoverymuch

ïżœïżœ IN THE MOOD — 16 KIBLIND Magazine → 83 → Vertige
FANZINE ■ Eggs De Joseph Curle @yozph_

lazercao.bigcartel.com

InsectoĂŻdes , le dernier gros projet d’édition du collectif angoumoisin Lazer CĂŁo, nous plonge dans l’univers foisonnant des insectes grĂące Ă  la merveilleuse association de 14 illustrateur.rices. On y pĂ©nĂštre dans un monde gluant, peuplĂ© de crĂ©atures plus ou moins sympathiques dissimulĂ©es entre les hautes herbes. De quoi piquer notre curiositĂ©.

Salut Lazer CĂŁo !

Qui ĂȘtes-vous et d’oĂč venez-vous ?

Hello, nous, c’est Quentin Dufour, Robin Pouch et Thomas Carretero. Nous sommes originaires du cĂ©lĂšbre triangle du Sud : Hourtin/Montpellier/GuĂ©thary, mais nous nous sommes rencontrĂ©s Ă  Paris lors de nos Ă©tudes en illustration, puis nous nous sommes retrouvĂ©s Ă  AngoulĂȘme pour y croupir. Nous sommes maintenant dans un atelier avec huit autres personnes, du milieu de l’animation et de la bande dessinĂ©e.

Quel est le lien entre Lazer CĂŁo et le Hibou Print Club ?

C’est bien simple, toutes les Ă©ditions de Lazer CĂŁo sont imprimĂ©es au Hibou Print Club, qui est notre atelier d’impression en risographie, que nous partageons avec d’autres personnes de l’atelier, ici Ă  AngoulĂȘme. Il nous permet d’abord d’imprimer nos projets mais le reste du temps, on rĂ©pond aussi Ă  des commandes pour d’autres gens. C’est souvent des connaissances, des gens du coin ou des ami·es Ă©tudiant·es qui font appel Ă  nous.

Votre dernier livre, Insectoïdes , rassemble 14 petites bandes dessinées réalisées par 14 artistes sur le monde bourdonnant des insectes. Comment cette envie de projet est-elle née ?

C’est parti d’une discussion dans l’herbe, un midi de printemps. À la base, c’était l’idĂ©e de Valentin Seiche : crĂ©er un tout petit fanzine autour des insectes. Petit Ă  petit, le projet a pris de l’ampleur et des ami·es qui venaient nous dire bonjour Ă  l’atelier repartaient avec des pages Ă  faire. Finalement, on est passĂ© d’un petit fanzine Ă  un « vrai » livre. On savait qu’on voulait imprimer le tout en monochrome vert, qui nous paraissait ĂȘtre une Ă©vidence par rapport au thĂšme. On venait juste d’acheter la couleur en plus, donc on Ă©tait pressĂ© de l’utiliser.

Les illustrateur·rices ayant participé au projet ont-ils eu certaines contraintes graphiques ou narratives à respecter ?

Non, il n’y a pas eu de contrainte particuliĂšre. La seule directive Ă©tait clairement sous-entendue dans le titre de l’ouvrage : « InsectoĂŻdes » Ă  savoir « en forme d’insecte ». À partir de lĂ , nous avons juste

fait confiance aux auteur·ices. L’agencement qui s’est fait ensuite avec toutes les productions Ă©tait assez naturel. On avait un peu peur du cĂŽtĂ© fourre-tout et souvent dĂ©sĂ©quilibrĂ© des fanzines collectifs qu’on peut faire en Ă©tudes mais au final tout s’imbriquait trĂšs bien. C’était assez satisfaisant de le constater en cours de construction, sachant qu’on n’avait justement pas donnĂ© plus de contraintes que ça.

Avez-vous d’autres projets de microĂ©dition en cours ?

Pour ĂȘtre honnĂȘtes, nous avons un vieux projet, bloquĂ© dans les tuyaux depuis trop longtemps... Et si ce bon vieux Thomas se dĂ©cide enfin Ă  finir ses pages, on pourra peut-ĂȘtre le sortir un jour ! *Thozmas se cache le visage de honte*. À part ça, on fait comme chaque annĂ©e notre calendrier, l’Organizer, qui pour 2024 mĂȘlera image et musique. On aimerait aussi Ă©diter d’autres petits livres prochainement, des projets plus faciles Ă  mettre en place qui nous permettront d’en sortir plus rĂ©guliĂšrement.

La risographie semble avoir gagnĂ© votre cƓur. Est-ce que d’autres techniques d’impression pourraient vous faire de l’Ɠil ? Pour l’instant, la risographie est ce qui est le plus adaptĂ© Ă  nos besoins. Nous sommes Ă  l’aise avec cette machine et elle reste disponible grĂące au Hibou Print Club, ce qui nous facilite quand mĂȘme bien la vie. Mais sinon nous songeons, pour des projets plus gros, Ă  tenter l’impression offset un de ces jours. AprĂšs, il nous arrive de nous intĂ©resser ponctuellement Ă  la sĂ©rigraphie mais ça reste compliquĂ© vis-Ă -vis de notre espace de travail.

IN THE MOOD — 17 ïżœïżœ KIBLIND Magazine → 83 → Vertige ■ FANZINE → LAZER CÃO
↑ Organizer 2023

■ ARTWORKS → PIA-MÉLISSA LAROCHE piamelissalaroche.fr

ArmĂ©e de son aĂ©rographe et de son graphite, Pia-MĂ©lissa Laroche rend le monde un peu plus beau. Sa pochette Ă  la composition folle rĂ©cemment rĂ©alisĂ©e pour Domotic nous a fait retomber amoureux du travail de l’artiste parisienne et nous a Ă©galement servi d’excellent prĂ©texte pour discuter un peu musique et illustration avec elle.

Salut Pia-MĂ©lissa ! Tu as rĂ©alisĂ© la pochette de l’album Palazzo de Domotic. Quelles Ă©taient les contraintes/orientations donnĂ©es par le label ici ?

C’est le musicien qui m’a sollicitĂ©e et m’a aiguillĂ©e sur le contenu qu’il souhaitait. Il a conçu son album un peu comme la visite dans un palais, le jardin en face A et le palais en face B, et il tenait Ă  ce qu’on retrouve cette narration suggĂ©rĂ©e dans son album. Je me suis appuyĂ©e sur ce qu’il m’a dĂ©crit de son projet.

Comment as-tu travaillé la composition de cette image ?

L’album est un peu comme un scĂ©nario avec des Ă©vĂ©nements qui se juxtaposent. J’ai donc choisi de concevoir une image qui soit entre le photogramme et la bande dessinĂ©e.

Tu as d’ailleurs rĂ©alisĂ© des illustrations pour plusieurs acteurs majeurs de la scĂšne musicale indĂ© (Sonic Protest, Ventoline). Qu’est-ce qui te plaĂźt particuliĂšrement dans ce genre d’exercice ?

C’est toujours trĂšs enthousiasmant de travailler sur des supports musicaux et avec les acteur·ices de ce domaine. Jusqu’ici, c’est sur ce type de commande que j’ai eu le plus de libertĂ©, et mĂȘme quand ce n’est pas tout Ă  fait le cas, j’y prends beaucoup de plaisir.

Le piano est un Ă©lĂ©ment rĂ©current dans tes dessins. Quel est ton rapport personnel Ă  la musique ? Je consomme pas mal de musique, ça accompagne beaucoup mon quotidien, comme beaucoup de gens j’imagine. Mais en ce qui concerne le clavier, c’est plus liĂ© Ă  ma mĂ©thode de travail. Je dessine dans mes

carnets des Ă©lĂ©ments composites, reflets de mon quotidien ou de mon imagination. Ces dessins d’objets, de vĂ©gĂ©taux ou autres, je les associe entre eux jusqu’à ce qu’ils commencent Ă  raconter quelque chose qui m’intĂ©resse. Je me sers de mes carnets comme d’une bibliothĂšque pour composer ou recomposer des histoires et parfois certains objets deviennent rĂ©siduels et apparaissent sur plusieurs projets, puis finissent par cĂ©der leur place Ă  d’autres Ă©lĂ©ments de ma bibliothĂšque et ainsi de suite. C’est comme ça que le clavier est devenu Ă  un moment rĂ©current dans mes dessins, je l’utilise jusqu’à ce que j’aie Ă©puisĂ© son potentiel narratif.

Tu utilises beaucoup l’aĂ©rographe dans tes dessins, ce qui rend leurs textures si reconnaissables. Peux-tu nous parler un peu plus du fonctionnement de cet outil et des rendus qu’il permet ?

C’est un outil Ă  propulsion qui permet d’obtenir un rendu brumeux comme avec une bombe. C’était trĂšs utilisĂ© dans les annĂ©es 80-90. Il offre effectivement une texture singuliĂšre qui peut parfois se rapprocher de celle d’une image digitale. Je l’utilise en l’associant avec des outils secs comme le graphite aprĂšs avoir posĂ© les couleurs une par une ou deux par deux Ă  l’aide de caches, ce qui me pousse Ă  penser et Ă  prĂ©parer l’image comme une sĂ©rigraphie.

La pochette de quel·le artiste rĂȘverais-tu de dessiner ?

Je suis dĂ©jĂ  ravie d’avoir travaillĂ© sur les projets musicaux pour lesquels j’ai Ă©tĂ© sollicitĂ©e mais je suis toujours ouverte aux nouvelles propositions.

ïżœïżœ IN THE MOOD — 18 KIBLIND Magazine → 83 → Vertige
← Palazzo de Domotic, 2023 (Un je-ne-sais-quoi) ↓ Affiche Sonic Protest 2023 (graphisme : Matthieu Morin)

■ FLYER

Appel Ă  candidatures pour les cours d’étĂ© de Colorama Workshop

→ Artwork par Pamela Guest www.paal.world coloramaworkshop.cargo.site

■ VINYLE (LP) LeSalopardVolume3 , compilation du club social indĂ©pendant Biennois (Sacred Hood Records)

→ Artwork par Flora Mottini floramottini.com sacredhood.bandcamp.com

CHEMISETTE ■ Par Aysha Tengiz ayshatengiz.com

■ FANZINE

NOW#12:TheNewComicsAnthology (éditions Fantagraphics)

→ Cover par Alex Graham alexngraham.com fantagraphics.com

■ VINYLE (EP)

Visionsde Desmond Cheese (Suitcase Records)

→ Artwork par Koyubi

→ Direction, design et lettrage par After Hours score-drawing.tumblr.com afterhoursstudio.com.au desmondcheese.bandcamp.com suitcaserecords.com.au

■ AFFICHE

Tournée new-yorkaise de Wet Leg

→ Par Karlotta Freier pour Wet Leg karlottafreier.com wetlegband.com

IN THE MOOD — 19 ïżœïżœ KIBLIND Magazine → 83 → Vertige

Les différents types de mouvements

Le vertige correspond Ă  une sensation de rotation ou de dĂ©placement latĂ©ral du corps par rapport Ă  l’espace environnant (ou vice versa). Les diffĂ©rents mouvements ressentis lors d’un vertige sont liĂ©s Ă  un trouble de l’équilibre.

impression d’ĂȘtre coincĂ© dans une essoreuse Ă  salade

VoilĂ  une expression trompeuse qui pourrait laisser penser que la perte d’équilibre et de repĂšres spatiaux est impossible tant que les deux pieds restent fermement clouĂ©s au sol. Pourtant, cet Ă©tat de stabilitĂ© et d’harmonie ressenti lorsque tous les Ă©lĂ©ments sont Ă  leur place (y compris notre corps) est rendu possible grĂące Ă  un travail d’équipe acharnĂ© entre trois alliĂ©s : notre systĂšme vestibulaire (oreilles), notre systĂšme visuel et notre sens tactile. Et parce que mĂȘme notre corps ne dĂ©roge pas Ă  la bonne vieille rĂšgle de la hiĂ©rarchie, ces trois compĂšres sont euxmĂȘmes dirigĂ©s par un manager omniscient : le systĂšme nerveux.

Ainsi, quand l’un des acteurs Ɠuvrant pour notre Ă©quilibre est moins rĂ©ceptif, alors tout fout le camp – peu importe la position de nos pieds.

Le vertige est souvent associé à la hauteur à tort.

Une sensation de vertige peut ĂȘtre ressentie quand on est allongĂ©, ou sur la terre ferme.

Lorsque l’on se trouve en hauteur, la sensation de vertige peut ĂȘtre ressentie car paradoxalement, les yeux envoient l’information du vide au cerveau, tandis que l’oreille interne continue Ă  percevoir la stabilitĂ© des pieds et du corps.

Le cerveau ne parvient alors pas Ă  gĂ©rer cette discordance inhabituelle et rompt l’équilibre. Ce qui peut engendrer la sensation vertigineuse et la nausĂ©e.

L’acrophobie, elle, est la phobie du vide. Celle-ci peut se dĂ©clencher rien qu’en pensant Ă  la hauteur ou mĂȘme simplement en regardant des images de slackliners fous.

impression de chuter d’un immeuble de 30 ÉTAGES

VPPB

Le Vertige Positionnel Paroxystique BĂ©nin se caractĂ©rise par des vertiges ressentis lors de mouvements de tĂȘte brusques ou de rapides changements de position.

Il va de pair avec cette phrase Ă  la sortie du lit :

Ouh là là, je me suis levé trop vite de ma sieste.

Vous ĂȘtes si vifs au rĂ©veil que l’oreille interne s’est laissĂ© surprendre et n’a mĂȘme pas eu le temps de comprendre le changement de position, et donc le changement de posture de la tĂȘte.

BALAN CEMENT

CIRCULAIRE VERTICAL Vertige + Oreille ?

impression d’ĂȘtre bloquĂ© sur un bateau pirate

Dans 40 % des cas, c’est l’oreille interne qui est responsable des problĂšmes de vertige et donc d’équilibre.

Dans notre oreille interne, tout au bout du canal auditif et aprĂšs le tympan, se cache un bien Ă©trange machin en forme d’escargot nommĂ© un vestibule (ou organe de l’équilibre). À l’intĂ©rieur de ce vestibule se trouvent, entre autres Ă©lĂ©ments gluants, deux poches remplies de liquide : le saccule et l’utricule. Chacune de ses parties contient un rĂ©cepteur sensoriel qui informe le cerveau de la position exacte et des dĂ©placements de la tĂȘte par rapport Ă  la gravitĂ©.

Lorsque les cristaux contenus dans cette fameuse oreille interne se détachent de leurs membranes et vont valdinguer à gauche à droite, alors des dérÚglements et donc des vertiges se créent.

INTRODCUTION — 21 ïżœïżœ KIBLIND Magazine → 83 → Vertige
LE V ER TIG E D ES HA UTEURS
1 2 3 4 Canaux semicirculaires 1 Supérieur 2 Horizontal 3 Postérieur 4 Cochlée SystÚme vestibulaire 5 Utricule 6 Saccule Organes otolithes 7 Ampoules 8 Macule 1 2 5 6 4 7 8 3

LA THÉRAPIE SELON

MILTON H. ERICKSON

Tachycardie, mains moites, jambes en coton ou sensations d’évanouissement, le vertige se manifeste sous diverses formes et Ă  certains degrĂ©s. Il est pourtant insurmontable chez une petite partie de la population, les 3 % qui souffrent d’acrophobie et qui tentent de modeler leur vie comme une stratĂ©gie d’évitements. L’hypnose, qui traite le vertige comme toute autre phobie, se rĂ©vĂšle ĂȘtre un outil thĂ©rapeutique rĂ©solument efficace pour attĂ©nuer ces effets paralysants.

L’histoire de l’hypnose, tantĂŽt condamnĂ©e, tantĂŽt encensĂ©e, a suscitĂ© beaucoup d’intĂ©rĂȘt. Quelle que soit sa forme, l’hypnothĂ©rapie place au centre de son approche l’état hypnotique, celui qui permet au thĂ©rapeute d’entrer en contact avec le subconscient afin de s’adresser directement Ă  ses angoisses. Transe hypnotique, rĂȘve Ă©veillĂ©, crise magnĂ©tique, retour sur l’histoire vertigineuse de cette pratique mĂ©dicale qui a longtemps Ă©tĂ© associĂ©e Ă  un aspect magique et mystĂ©rieux.

Tachycardie, mains moites, jambes en coton ou sensations d’évanouissement, le vertige se manifeste sous diverses formes et Ă  certains degrĂ©s. Il est pourtant insurmontable chez une petite partie de la population, les 3 % qui souffrent d’acrophobie et qui tentent de modeler leur vie comme une stratĂ©gie d’évitements. L’hypnose, qui traite le vertige comme toute autre phobie, se rĂ©vĂšle ĂȘtre un outil thĂ©rapeutique rĂ©solument efficace pour attĂ©nuer ces effets paralysants.

L’histoire de l’hypnose, tantĂŽt condamnĂ©e, tantĂŽt encensĂ©e, a suscitĂ© beaucoup d’intĂ©rĂȘt. Quelle que soit sa forme, l’hypnothĂ©rapie place au centre de son approche l’état hypnotique, celui qui permet au thĂ©rapeute d’entrer en contact avec le subconscient afin de s’adresser directement Ă  ses angoisses.

Transe hypnotique, rĂȘve Ă©veillĂ©, crise magnĂ©tique, retour sur l’histoire vertigineuse de cette pratique mĂ©dicale qui a longtemps Ă©tĂ© associĂ©e Ă  un aspect magique et mystĂ©rieux.

LA TRANSE HYPNOTIQUE

La vie de Milton H. Erickson, né en 1901 dans le Nevada, attire et intrigue. Elle lui impose plusieurs handicaps, dont une surdité aux rythmes et aux mélodies.

Enfant, il trouve dans la respiration et dans l’étude de son pouls les moyens de suivre le rythme des autres.

À 17 ans, alors qu’il souffre d’une paralysie motrice importante, il regarde par la fenĂȘtre et se concentre sur l’image du mouvement de son corps. Bingo, la chaise se met finalement Ă  se balancer lĂ©gĂšrement. Un passage existe donc bien entre la reprĂ©sentation mentale et le corps.

Pour bloquer temporairement la censure analytique de l’hĂ©misphĂšre gauche du cerveau, Erickson met au point plusieurs techniques dont les deux suivantes : le saupoudrage suggestions et associations d’idĂ©es subtilement insĂ©rĂ©es dans le discours

la confusion vise Ă  abreuver le patient d’explications pseudo-logiques extrĂȘmement complexes, ou en faisant allusion Ă  des faits absolument sans importance mais en termes compliquĂ©s

Erickson

Enfin, on doit Ă  Erickson la dĂ©finition la plus courante de l’état de transe, bien loin de l’état vertigineux et des magnĂ©tismes magiques et obscures Ă©voquĂ©s. L’état hypnotique est un phĂ©nomĂšne somme toute assez banal, qui apparaĂźt couramment dans la vie quotidienne et qu’il nomme « la transe commune de tous les jours ». Ce sont ces moments oĂč l’on dĂ©croche de notre environnement.

Franz-Anton Mesmer (1734→1815) Ă  la fois mĂ©decin et charlatan, est gĂ©nĂ©ralement prĂ©sentĂ© comme l’ancĂȘtre de l’hypnose. Sa pratique, largement rĂ©pandue dans les soirĂ©es mondaines parisiennes, consiste Ă  rĂ©unir les patients autour d’une caisse circulaire en bois, le baquet. Les malades, reliĂ©s entre eux et au baquet par une corde, sont alors agitĂ©s par des convulsions apparemment extraordinaires et qui permettent de libĂ©rer le fluide universel bloquĂ© en eux.

1843

James Braid, un chirurgien écossais, introduit pour la premiÚre fois le mot hypnose. Il qualifie toutes les recherches précédentes sur le fluide animal comme de la supercherie et du charlatanisme.

1850

Ambroise-Auguste

GuĂ©risons de surditĂ©, d’une sciatique ou de rhumatismes, le magnĂ©tisme passionne les mesmĂ©riens de Lyon qui dĂ©couvrent le somnambulisme artificiel et dĂ©cryptent les songes de leurs patients endormis.

LiĂ©bault sort l’hypnose du cadre du somnambulisme et suggĂšre aux malades la disparition de leur symptĂŽme.

« Onpense etpensetoutestrelatifmes pensĂ©espourlesvĂŽtresetlesvĂŽtrespour lesmiennesetmachaiseesticietpourmoilavĂŽtre estlĂ parcequemoniciesticietmonlĂ estlĂ etpourvous monlĂ estvotreicietvotrelĂ estmonici,justecommepourle tempsparcequelemĂȘmetempsestleprĂ©sentmaislorsdevotredixhuitiĂšmeanniversaireledix-septiĂšmeĂ©taitpassĂ©etledix-huitiĂšmeĂ©tait maintenantetmaintenantvouspensezaufuturoĂčlefuturseradevenule prĂ©sentdevotrevingtiĂšmeanniversairequelprĂ©sentvousauriezpurecevoir, c’estfaciledes’enallervouspouvezlefaireexactementcommevouslefaites aveclesensdesmotsest-cequecertainsontleurpropresensetd’autres n’ontpasleurpropresensparequelemotcourtestcourtetlemot longn’estpaslongensoienfaitilestmĂȘmepluscourtquecourt etlemotespañolestespagnolmaislemotespagnoln’estpas espagnolmaisfrançaisetenypensantvous savezquevousl’aveztoujourssumais quevousn’yaviezpaspensé »

ïżœïżœ INTRODCUTION — 22 KIBLIND Magazine → 83 → Vertige
SOIGNÉE PAR L’HYPNOSE
E x t r a i t d ’une m Ă©thodedeconfusionde
D É FINITI O N
Hypnose nom fĂ©minin dĂ©rivĂ© du grec ancien «hĂșpnos » DĂ©signe le sommeil

Sartre

ou la vertigineuse angoisse

Mais il commence Ă  angoisser alors car ce ne sont que des possibilitĂ©s. S’il s’éloigne de la montagne, l’homme est en sĂ©curitĂ©, mais l’idĂ©e de mourir et de s’approcher Ă  nouveau du prĂ©cipice provoque une crise de vertige : rien ne le contraint Ă  sauver sa vie en faisant attention. Cette scĂšne est une allĂ©gorie de la prise de conscience de la libertĂ© et des phobies d’impulsion : j’ai peur de ce que je peux faire.

Jean-Paul Sartre

analyse l’angoisse Ă  travers l’expĂ©rience du vertige. Sartre prend l’exemple d’un homme au bord d’une falaise. Dans un premier temps, la peur s’installe ; il a peur de tomber et donc peur de mourir. Cependant, l’homme est encore passif. Il est vigilant, et il sait qu’il peut Ă©chapper au danger.

TUTO

atteindre l’extase comme un

Pourquoi s’infliger tant de peur, alors qu’une balade pique-nique autour du lac d’Annecy est si sympa ?

Les activitĂ©s physiques et sportives Ă  risque tendent Ă  se dĂ©mocratiser aujourd’hui ; sensationnelles et vertigineuses, elles misent sur un engagement risquĂ© de l’individu en pleine nature. Masochisme ou quĂȘte d’identitĂ© ?

Le sport de haut niveau relĂšve de l’excĂšs, du fantasme de toute-puissance, du dĂ©passement des limites physiques. Il s’agit de prolonger un effort au-delĂ  de ses propres forces, malgrĂ© l’épuisement, le froid, la peur ; il faut « se dĂ©foncer ».

La plupart du temps, il s’agit de solliciter symboliquement la mort lors d’épreuves, pour ensuite savourer son existence dans le monde des vivants : frĂŽler la mort pour ensuite mieux ressentir la vie
 Les adeptes de ces activitĂ©s dangereuses provoquent ainsi leur propre survie afin d’en ressentir la puissance. Certains y voient donc une fabrique personnelle de sens et de sacrĂ©.

Le flirt avec le danger permet de : rompre avec ses habitudes d’exprimer son « vrai soi » de lutter contre l’ennui et la routine

Ils sont une façon de se dĂ©fier soi-mĂȘme et de prouver sa valeur. Ces pratiques permettent Ă©galement de dominer ses peurs, de garder la maĂźtrise de soi. Contrairement Ă  ce que l’on croit, loin d’ĂȘtre un acte impulsif et irrationnel, l’engagement dans les sports extrĂȘmes permet de mettre Ă  l’épreuve son sens des responsabilitĂ©s et ses aptitudes physiques et Ă©motionnelles.

Affronter le danger fournit l’occasion de finalement trouver la frontiùre entre la vie et la mort
 frissons garantis !

1 → Levez les bras tendus pour amener les mains Ă  la hauteur des Ă©paules

2 → Tournez dans le sens des aiguilles d’une montre en gardant les yeux bien ouverts

3 → Ajoutez-y une petite impulsion qui part du bas-ventre

4 → Tournez à l’infini

5 → Atteignez l’ivresse mystique

BÉNÉFICES SANTÉ

La danse derviche ou « danse giratoire » active le mĂ©canisme parasympathique du systĂšme nerveux autonome, permettant une rĂ©gulation et un apaisement de l’organisme. ParaĂźt-il mĂȘme qu’elle renforce le systĂšme immunitaire.

INTRODCUTION — 23 ïżœïżœ KIBLIND Magazine → 83 → Vertige
Grimper la paroi d’une falaise sans aucune sĂ©curitĂ© Sauter dans le vide simplement muni d’une combinaison ailĂ©e

Le vertige est angoisse dans la mesure oĂč je redoute non detomber dans le prĂ©cipice mais de m’y jeter.
SEN SAT ION S EX TRÊ M E
PROFESSIONNELS À NE PAS REPRODUIRE CHEZ VOUS
S CES CASCADES SONT RÉALISÉES PAR DES

CINÉ CINÉ CINÉ CINÉ CINÉ CINÉ CINÉ CINÉ CINÉ Top 3

VERTIGE

VERTIGE VERTIGE VERTIGE VERTIGE VERTIGE VERTIGE VERTIGE

Requiem for a dream

Darren Aronofsky 2001

Vertical Limit

Martin Campbell 2000

La vie au bout des doigts

Jean-Paul Janssen 1982

The Walk : RĂȘver plus haut

Robert Zemeckis 2015

Vertigo

Alfred Hitchcock 1958

Reliez ces scĂšnes, rĂ©vĂ©latrices des vertiges du corps et de l’esprit, avec les films correspondants :

DES MÉTIERS

Ă  ne PAS exercer si vous ĂȘtes

D’OÙ VIENT

LE TERME

MANÈGESÀSENSATIONS

« MONTAGNE RUSSE » ?

Les montagnes russes apparaissent au XVIIIe siÚcle en Russie prÚs de Saint-Pétersbourg. Le concept est simple : des pentes en bois pouvant atteindre 21 mÚtres de haut et recouvertes de neige pour y glisser à fond les ballons grùce à des luges en osier. Le systÚme de freinage ? Un tas de sable. Efficace.

En Amérique, on voit naßtre les premiÚres montagnes russes grùce aux mineurs de la Pennsylvanie qui proposent aux touristes de passage d'embarquer dans leurs wagonnets sur rails.

11 GUIDE DE HAUTE MONTAGNE CORDISTE

Cet alpiniste de haut niveau accompagne les personnes qui souhaitent faire des excursions ou des ascensions en montagne.

Ce grand professionnel de l’escalade est aussi un spĂ©cialiste des travaux en hauteur ou difficiles d’accĂšs.

CAMPANISTE

Ce spĂ©cialiste est un professionnel de la conception, de la rĂ©alisation, de l’installation, de la restauration et de l’entretien des cloches et horlogeries d’édifices.

LA MONTAGNE RUSSE LA PLUS HAUTE

Kingda Ka

139 m, soit notre bonne vieille tour Part-Dieu Ă  Lyon (mais sans son toit en forme de crayon, qui fait 23m Ă  lui seul)

OÙ : au Six Flags Great Adventure dans le New Jersey (US)

ANNÉE DE CONSTRUCTION : 2005

VITESSE MAX : 201 km/h

HAUTEUR : 950 m

PARTICULARITÉ : son nom est hĂ©ritĂ© de celui de l’un des tigres du parc.

4 RECORDS DANS LES PARCS D’ATTRACTIONS :

4 RECORDS DANS LES PARCS D’ATTRACTIONS :

LA PLUS VIEILLE MONTAGNE RUSSE ENCORE EN FONCTION

Scenic Railway

1912, soit l’annĂ©e du naufrage du Titanic

OÙ : au Luna Park de Melbourne en Australie

HAUTEUR : 52 m VITESSE MAX : 60 km/h

LONGUEUR : 967 m

PARTICULARITÉ : en 1964, Serge Gainsbourg Ă©crit la chanson « Scenic Railway », clin d'Ɠil au cĂ©lĂšbre manĂšge.

LA MONTAGNE RUSSE LA PLUS LONGUE

Steel Dragon 2000

2 479 m, soit 1/220 de la longueur du RhĂŽne

OÙ : au Nagashima Spa Land à Nagashima au Japon

ANNÉE DE CONSTRUCTION : 2000

HAUTEUR : 97 m

VITESSE MAX : 153 km/h

PARTICULARITÉ : la construction de Steel Dragon 2000 a demandĂ© beaucoup plus d’acier que les autres montagnes russes, pour pouvoir rĂ©sister aux tremblements de terre.

L’ATTRACTION LA PLUS RAPIDE

Formula

Rossa

246 km/h, soit la vitesse record de Guy Martin dans un tracteur JCB

OÙ : au Ferrari World d’Abu Dhabi aux Émirats arabes unis

ANNÉE DE CONSTRUCTION : 2010

HAUTEUR : 52 m

LONGUEUR : 2 195 m

PARTICULARITÉ : le Formula Rossa a Ă©tĂ© créé dans le but de donner aux passagers les mĂȘmes sensations qu’un pilote de Formule 1.

ïżœïżœ INTRODCUTION — 24 KIBLIND Magazine → 83 → Vertige

Aucune des situations vertigineuses reprĂ©sentĂ©es dans cette illustration ne vous angoisse ? Bravo ! Vous ĂȘtes l’élu.

TO FABULOUS

CITY

INTRODCUTION — 25 ïżœïżœ KIBLIND Magazine → 83 → Vertige

actionshaut perchées

QUAND ? 9 juillet 2020

QUI ? Des militants Greenpeace

OÙ ? CathĂ©drale Notre-Dame Paris

À QUELLE HAUTEUR ? 80 mùtres

POURQUOI ? DĂ©noncer l’inaction climatique

Des militants Greenpeace dĂ©ploient une banderole dĂ©nonçant l’inaction climatique d’Emmanuel Macron en escaladant la grue de la cathĂ©drale Notre-Dame de Paris Ă  plus de 80 mĂštres de hauteur.

QUAND ? 17 octobre 2022

QUI ? Des militants britanniques

OÙ ? Pont Queen Elizabeth II, Londres

À QUELLE HAUTEUR ? 80 mùtres

POURQUOI ? DĂ©noncer l’exploitation du pĂ©trole

Des membres du groupe militant Just Stop Oil ont passĂ© 37 heures en haut d’une des tours du pont Queen Elizabeth II Ă  Londres Ă  plus de 80 mĂštres du sol pour exiger la fin de l’exploitation des ressources pĂ©troliĂšres.

QUAND ? de décembre 1997 à décembre 1999

QUI ? Julia Butterfly Hill

OÙ ? ForĂȘt de Redwood en Californie

À QUELLE HAUTEUR ? 55 mùtres

POURQUOI ? EmpĂȘcher la destruction de « Luna », sĂ©quoia gĂ©ant vieux de plus de 1 000 ans, par l’entreprise locale Pacific Lumber

PerchĂ©e Ă  55 m de hauteur, cette jeune fille alors ĂągĂ©e de 23 ans vivra 738 jours sur une plateforme de 3 mĂštres sur 2 sans jamais poser le pied Ă  terre. Soutenue par une Ă©quipe de 8 militants Ă©cologistes, elle rĂ©sistera Ă  la tempĂȘte El Niño, Ă  la solitude, au froid glacial ou encore aux pressions incessantes de la compagnie. Elle obtient gain de cause le 18 dĂ©cembre 1999 et descend enfin de l’arbre : Luna ainsi qu’une partie des arbres de la forĂȘt de Redwood seront protĂ©gĂ©s.

étudemenéeparTheLancetPlanetaryHealthen2021

75% L’Éco-anxiĂ©tĂ©, c’est le vertige Ă  grande Ă©chelle, un vertige philosophique et abyssal

Comment rester calme quand les Ă©cosystĂšmes meurent Ă  petit feu et qu’une vidĂ©o de Kylie Jenner totalise plus de likes qu’une pĂ©tition pour protĂ©ger les fonds marins ? (on n’a rien contre Kylie promis mais on prĂ©fĂšre les baleines quand mĂȘme)

Comment rester positif face Ă  un avenir incertain oĂč malgrĂ© toute votre bonne volontĂ©, votre cousin continue de faire des Paris → New York tous les trois mois ?

des Français ĂągĂ©s de 16 Ă  25 ans jugent l’avenir effrayant

Comment avancer quand on sait que 2022 bat à la fois les records de températures mais aussi de dividendes versés aux actionnaires de Total ?

Loin d’ĂȘtre une maladie clinique, l’éco-anxiĂ©tĂ© est plutĂŽt l’expression saine d’une peur rationnelle et planĂ©taire, un rĂ©flexe de survie normal et humain. D’abord paralysante, cette peur impulse une prise de conscience et un changement des comportements.

PERFORMANCES ARTISTIQUE S

Nombreuses sont les pratiques artistiques, certaines plus contemplatives et ingĂ©nues, quand d’autres viennent repousser les limites du corps et de l’esprit pour bousculer le spectateur, le choquer ou l’émerveiller. Nous avons sĂ©lectionnĂ© rien que pour vous deux performances artistiques surprenantes :

Abraham Poincheval , artiste atypique qui imagine des voyages itinĂ©rants mettant Ă  l’épreuve ses limites physiques et mentales, a rĂ©alisĂ© en 2019 l’Ɠuvre Walk on Clouds. Poincheval se retrouve alors Ă  plusieurs dizaines de mĂštres d’altitude, suspendu dans le vide grĂące Ă  une montgolfiĂšre, et se promĂšne sur les nuages Ă  la dĂ©couverte de la canopĂ©e gabonaise. Une performance qui lui permet d’éprouver le temps et l’espace dans des conditions singuliĂšres, aussi extrĂȘmes que poĂ©tiques. Son objectif ? → DĂ©couvrir le monde sous des angles encore inexplorĂ©s, quitte Ă  se mettre dans des situations pas hyperconfortables, on ne va pas se mentir. 

Grande figure du Body Art, Marina Abramovic , de son cĂŽtĂ©, s’est fait connaĂźtre dans les annĂ©es 1970 grĂące Ă  des performances artistiques marquantes, voire dĂ©rangeantes. Sa dĂ©marche artistique ?

Utiliser son corps comme moyen d’expression et explorer les limites de celui-ci en le mettant Ă  rude Ă©preuve.

Pour Rhythm 0 (1974), Marina Abramovic se prĂ©sente nue Ă  un public et met Ă  sa disposition diffĂ©rents objets qu’il est libre d’utiliser sur le corps de l’artiste. Parmi ces objets : des plumes, du pain, des fleurs, mais surtout des armes. Sans surprise, la performance dĂ©rape et certains spectateurs prennent la libertĂ© de la blesser sans pression. Ici l’artiste repousse les limites de son ĂȘtre pour rĂ©vĂ©ler au spectateur sa vraie nature. (Soyez tranquilles, on ne va pas vous demander quel objet vous auriez choisi.)

Le point commun entre ces deux performances ? Se mettre en situation extrĂȘme pour dĂ©fier l’impossible, questionner le monde et ses codes.

ïżœïżœ INTRODCUTION — 26 KIBLIND Magazine → 83 → Vertige
3
EN
ACTIVISME
VIRONNEMENTAL
PlutÎt que de le fuir, certains militants écologistes font du vertige une arme politique et prennent littéralement de la hauteur pour alerter sur leurs combats.
ÉCO ANXIÉTÉ
100m 90m 80m 70m 60m 50m 40m 30m 20m 10m 0m

DE L’AMOUR

Dans ses paroles, Bashung Ă©voque « un cƓur quireste sourd» aux plaisirs de la vie, un « vertige de l’amour ». On est d’accord Alain, il n’est pas simple d’ĂȘtre confrontĂ© Ă  ce vertige et nous aussi, des fois, on prĂ©fĂ©rerait un Netflix&chillsolo plutĂŽt que ce « dĂ©sir fou que rien ne chasse ». D’ailleurs, les penseurs eux-mĂȘmes ont leur avis sur ce sujet qui fait couler

En 1981, l’un des plus beaux titres d’Alain Bashung devient n°2 des ventes en France. ÉcoulĂ© Ă  plus de 700 000 exemplaires,

« VERTIGE DE L’AMOUR »

est un morceau qui a trouvĂ© son public et qui a su lui parler. Parce que l’amour est un sujet, on le sait, universel. Parce qu’il convoque en nous des dĂ©sirs, des nĂ©vroses, un imaginaire et des sentiments qui nous font perdre pied et font chavirer notre raison.

Roland Barthes, d’abord, dans LesFragments d’undiscoursamoureux, et selon qui dire « je t’aime » est au-dessus de toute force, de la science et de la raison. Selon lui, celui qui ne dit pas « je t’aime » est un « esclave Ă lalanguecoupĂ©e», condamnĂ© Ă  Ă©mettre des signes incertains de son amour, et donc, Ă  ne pas aimer vraiment. Pire → Ă  ne pas ĂȘtre aimĂ©.

DĂ©sirfouqueriennechasse LecƓurtransirestesourd Auxcrisdumarchanddeglaces Nonmaist’asvucequipasse

J’veuxlefeuilletonàlaplace

→ Vertige de l’amour

ConsidĂ©rant les choses comme ça, on est plutĂŽt d’accord avec les dĂ©clarations d’Alain et de Stendhal, l’amour, c’est sacrĂ©ment vertigineux !

Plus fort encore, le discours amoureux serait un symptĂŽme de folie. D’abord intĂ©rieure – l’amoureux spĂ©cule, il court dans sa tĂȘte – la folie se matĂ©rialise in fine dans le « je t’aime », tranchant et sans retour. L’amoureux devient compulsif, il projette dans l’objet de son amour une psychose nĂ©vrotique. Il se risque Ă  la non-rĂ©ponse qui le transformera en malheureux.

Dans le meilleur des cas, l’amoureux obtient une rĂ©ponse similaire, la tant attendue. Mais selon Roland Barthes, dire les trois mots magiques aprĂšs les avoir entendus, c’est du fake. De la triche. L’amoureux primaire, celui qui a bravĂ© ses peurs et qui a balancĂ© ses tripes sur la page, ne pourra jamais ĂȘtre certain de la vĂ©racitĂ© du « je t’aime » offert en retour. La seule solution tient alors dans une temporalitĂ© parfaite : un « je t’aime » simultanĂ©. Chips.

On tombe en

On tombe le long d’un couloir de verre, oĂč le temps et l’espace semblent avoir Ă©tĂ© suspendus, de mĂȘme que la pesanteur ; si bien qu’il devient difficile de savoir si on monte ou si on descend, si on chute ou si on s’élĂšve. Un vertige vertical, un transport littĂ©ralement amoureux.

On tombe aussi en extase. Stendhal en sait quelque chose.

Un jour qu’il voyageait Ă  Florence, il s’agenouille sur un prie-dieu de la basilique Santa Croce pour admirer les sibylles de Volterrano qui ornent la coupole. Il est soudainement pris de vertige, dĂ©bordĂ© par la sensation, violente, incontrĂŽlable, de toucher du doigt l’infini, le divin. La pure Ă©motion esthĂ©tique. Mais si forte qu’il en est malade. Une preuve de la puissance cachĂ©e de l’art ? Quoi qu’il soit, ce phĂ©nomĂšne se gĂ©nĂ©ralise et se manifeste par des troubles psychosomatiques caractĂ©ristiques du vertige : accĂ©lĂ©ration du rythme cardiaque, transpiration, suffocation, hallucinations parfois. Les premiers touchĂ©s sont les voyageurs passionnĂ©s d’art et d’amours florentines. C’est pourquoi on l’appelle syndrome de Stendhal, ou « syndrome de Florence ».

Et ça peut arriver à des gens trÚs bien.

INTRODCUTION — 27 ïżœïżœ KIBLIND Magazine → 83 → Vertige



d’encre
beaucoup
â˜č 

→ Textes : E.Quittet, R. Lechleiter, M. Samson, S. Pauly, M. LabbĂ©, R. Chevallier & M. D’hĂ©rouville → Illustration : G.Huby
  
→ Mise en page : G. Bonneau & M.Zablocki

Bienvenue, vous entrez en transe

Ex-responsable Ă©ditorial chez Sourdoreille et journaliste musical chevronnĂ©, Romain Bourceau ne fait pas semblant. Pour ce numĂ©ro « Vertige », ce dernier dĂ©crypte l’état de transe que la musique sait si bien dĂ©clencher, grĂące Ă  deux chefs de file plutĂŽt spĂ©cialistes du sujet : le festival Hadra et l’agence Everybody Trance.

ïżœïżœ INVITATION — 28 KIBLIND Magazine → 83 → Vertige

Des premiĂšres danses autour du feu aux interminables sets de musiques Ă©lectroniques, notre espĂšce se met en douze pour recrĂ©er des mondes, pour dĂ©fier ou oublier le prĂ©sent. Mais le voyage n’est pas sans risques. Petite histoire tourmentĂ©e de la transe et ses tĂ©moignages poĂ©tiques d’amoureux du vertige, grĂące aux Ă©quipes du festival Hadra et de l’agence Everybody Trance. La musique n’a pas d’équivalent pour altĂ©rer notre perception. Je tiens surtout pour acquis qu’elle rĂšgne en maĂźtresse dans le domaine de la perte de contrĂŽle, la chute libre, le vertigo suprĂȘme, et ce plus que tous les autres arts. Il est possible de tomber de sa chaise devant un tableau et il est souhaitable d’oublier le monde qui nous entoure devant un excellent film, mais j’atteste qu’avoir les boyaux dĂ©placĂ©s, sans sommation, dans les grandes largeurs, est la chasse gardĂ©e de la musique, art collectif et fĂ©dĂ©rateur suprĂȘme. UNE HISTOIRE DE TRANSE Le vertige est une transe. Un Ă©tat qui vient de loin. Le terme latin transire, devenu transir au Moyen Âge, signifie le dĂ©part ou le passage. À partir du Ve siĂšcle, c’est mĂȘme le sens de « passer de vie Ă  trĂ©pas » qui est retenu dans l’hindouisme, c’est vous dire sa capacitĂ© Ă  relativiser l’angoisse du trajet vie-mort. Avançons dans le temps. C’est au XIVe siĂšcle que l’expression « entrer en transe » se dĂ©mocratise. À cette Ă©poque, la mĂ©decine, la religion et les spiritualitĂ©s hĂ©rĂ©tiques prĂ©-chrĂ©tiennes cohabitent. En France ou ailleurs, l’état de transe n’est pas nouveau et le rĂ©cit de ces mages possĂ©dĂ©s et des cĂ©rĂ©monies qui les portent sont bien connus des contemporains de l’alchimiste Nicolas Flamel. Des transes vertigineuses, on en dĂ©nombre des dizaines. La plupart du temps, le simple fait que notre ĂȘtre soit traversĂ© par un mouvement incontrĂŽlable et violent suffit Ă  les faire exister : transe orgasmique, haineuse, extatique
 Elles sont les rĂ©sultantes de la montĂ©e en intensitĂ© maximale de nos sens, comme si un ingĂ©nieur du son malĂ©fique avait dĂ©cidĂ© de mettre tous les potards de nos Ă©motions dans le rouge. Elles Ă©voquent parallĂšlement des troubles de santĂ© extrĂȘmes, comme les convulsions ou des troubles dissociatifs de l’identitĂ©. Une autre partie non-nĂ©gligeable des transes concerne les prises de contact avec un prĂ©supposĂ© divin : dialogues, apprĂ©hensions, possessions, visions, divinations. Mais passons. « Je chute. C’est drĂŽle comme on peut tomber, alors que sur le sol, on a les pieds bien ancrĂ©s. ReliĂ©e Ă  la Terre - pourtant je me sens comme Ă  la dĂ©rive. Ma trance n’est pas stable bien que rĂ©pĂ©titive. Une libre dĂ©sĂ©quilibrĂ©e. Chaque pulsation est un Ă©tage supplĂ©mentaire que je grimpe. Un pas de plus vers le vide. Le rythme

ïżœïżœ INVITATION — 29 KIBLIND Magazine → 83 → Vertige

est mon partenaire d’escalade. Il m’assure quand je lĂąche prise. Progressive impression de malaise, agrĂ©ablement dĂ©concertante. Mon corps traversĂ© par un grand huit – de hauts et de bas, de frissons et de vertiges. TroublĂ©e par la cadence, je vacille. J’ai le tourni sonore. Tout tangue. Remuent les vagues dans la danse, remuent les corps dans la trance. De temps Ă  autre, des pauses pour reprendre mes esprits, retrouver le sens. De l’orientation, et de tant d’autres qui tombent avec moi. Une Ă©vanescence d’évanouissements. Un grand saut dans le nĂ©ant, Je chute sur la piste de danse. » MarsO10CEverybody Trance. ENTREZ DANS LA TRANSE À la croisĂ©e de l’emballement de nos sensations et de la rencontre avec le surnaturel rĂšgne une flopĂ©e de transes volontairement recherchĂ©es par l’ĂȘtre humain (il n’est en revanche pas exclu que les animaux et les vĂ©gĂ©taux ne prendraient pas leur petite perche si l’occasion s’offrait Ă  eux mais ça n’est pas le sujet). Elles sont le rĂ©sultat de transmissions, d’expĂ©riences, le plus souvent sous influence et en musique, et nous enjoignent Ă  aborder l’inabordable avec un certain recul : Ă  prendre conscience du dĂ©lire. Comme il existe une petite musique de nos vies, il existe une musique de nos transes, que l’on soit plus bolĂ©ro, minimalisme, krautrock, techno, synthpunk, ou mĂȘme la bien nommĂ©e musique Ă©lectronique
 trance, style de musique Ă©lectronique bien dĂ©fini, nĂ© en Allemagne Ă  la fin des annĂ©es 80 (et ses sous genres Goa, psy, hard, uplifting, etc). Le point commun entre un chamane sibĂ©rien, Maurice Ravel, Philip Glass, Jeff Mills et Vini Vici, c’est Ă©videmment l’instrumentation seule au service de la rĂ©pĂ©tition, la pulsation rĂ©guliĂšre. Alors est-ce que ce sont l’aspect cyclique de notre systĂšme solaire, l’alternance de nos jours et de nos nuits, le battement de notre cƓur qui sont Ă  l’origine de cet attrait pour la rĂ©pĂ©tition ? Aucune idĂ©e. Mais c’est un fait. Quand des musiques rĂ©pĂ©titives sont jouĂ©es, on pourrait croire que le vertige est impossible. Que du train-train ne peut pas naĂźtre la chute libre. Et pourtant, c'est uniquement quand notre esprit entre en rĂ©sonance qu’il lui est permis d’altĂ©rer ses sens. Lancez-vous dans une danse circulaire ou rĂ©pĂ©tez des mouvements rĂ©guliers, embarquez dans une musique oĂč mĂ©lodies et percussions obsĂ©dantes se mĂȘlent, et vous trouverez sur votre route l’ivresse, et pourquoi pas, si vous ĂȘtes bien dedans, hallucinations visuelles, troubles de l'oreille interne... On en perd l’équilibre quand vient le vertige. « La premiĂšre note arrive, le premier frisson est lĂ , avec l'enchaĂźnement des beats par minute. AveuglĂ© par les lumiĂšres, sous une canopĂ©e haute comme

ïżœïżœ INVITATION — 30 KIBLIND Magazine → 83 → Vertige

une cathĂ©drale, tu voyages et ton esprit divague. Nous sommes tou.te.s venu.e.s chercher la mĂȘme chose : la quĂȘte du vertige, de la grandeur de l'Ăąme. Nos corps entrent en transe, yeux fermĂ©s, paumes de main ouvertes en direction du ciel, tu accueilles cette messe psychĂ©dĂ©lique. Le rĂ©el n'existe plus. Tu as plongĂ© Ă  corps perdu dans cette danse, infatigable. Le repos sera pour une autre fois. Tant que la fiĂšvre n'est pas tombĂ©e, il faut continuer Ă  s'agiter.

D’AUJOURD'HUI Force est de constater que nous avons besoin du vertige, d’avancer notre pied au plus prĂšs de la falaise, de sentir notre petite mort, ou l’idĂ©e d’une autre vie. Pour nous sentir vivre, nous avons le dĂ©sir de tromper notre vie. À ce propos, les pratiques new age Ă  grand renfort de folklore aseptisĂ©, de gourous en plastique, de start-up mĂ©ditation, et d’appropriation culturelle se portent Ă  merveille parce qu’elles peuvent compter sur la corde sensible d’une multitude. Mais attention, il y a matiĂšre Ă  se rĂ©jouir. Si en 2023, les dancefloors des clubs, des raves et des festivals sont plein Ă  craquer de gens ayant un besoin presque vital de se perdre et faire valser leur oreille interne, c’est parce que dans ce mĂȘme geste apparemment anodin, ils font voler en Ă©clat leurs a priori, leurs schĂ©mas, leur hĂ©ritage. Ça n'est pas rien. En cela, le vertige n’est plus uniquement un trouble, il devient un geste radical, Ă©mancipateur, flamboyant. « Entrer en transe, ĂȘtre trans, transition de genre, transgressions des normes de genre, transition musicale, transpiration scĂ©nique, trance. Oui, le mot tran(s)ce fait partie intĂ©grante de ma vie, sa signification se dĂ©ploie au maximum en moi. Entre mon genre, mon art, mes Ă©tats d’ñme, ce mot me colle Ă  la peau. Dans la trance que je joue, je cherche la mĂ©lancolie, la perdition, un moyen euphorique et Ă  la fois vertigineux de se rattraper, de se raviver, d’effacer la pression du monde, d’oublier les normes, d’explorer des frontiĂšres sonores et sensorielles. Encore chercher plus loin pour ĂȘtre encore plus prĂšs de soi-mĂȘme. » Desire - Everybody Trance

Hadra Festival. LA TRANSE

ïżœïżœ INVITATION — 31 KIBLIND Magazine → 83 → Vertige
Visuels dans l’ordre d’apparition : Maurice Ravel - BolĂ©ro (1928), James Holden - The Idiots Are Winning (2006), Steve Reich - Drumming (1971), NEU! - NEU! (1972), Robert Hood - Motor Nighttime World 3 (2012), Hallucinogen - Twisted (1995), Juno Reactor - Transmissions (1993), Total Eclipse - Delta Aquarids (1995), Spectral - Diffuse (2000), Jam & Spoon - Tripomatic Fairytales 2001 (1993)

Óscar Raña

ïżœïżœ EN COUVERTURE — 32 KIBLIND Magazine → 83 → Vertige

Est-ce lié à son environnement quotidien ?

Est-ce dĂ» aux paysages de rochers abrupts qui surplombent la cĂŽte galicienne ? À sa proximitĂ© avec Cynthia Alfonso, talentueuse camarade dĂ©jĂ  croisĂ©e dans Kiblind "Mystique", avec qui il Ă©change chaque matin au soleil ascendant au sein de Rapapawn, leur studio d’animation ? Le constat est lĂ , le verdict limpide, Óscar Raña nous file un sacrĂ© vertige. Du genre de celui qui vous colle le cerveau Ă  la paroi pour ne jamais le lĂącher. De celui qui vous prend par le bas-ventre pour mieux vous retourner. Son travail Ă  l’intuition, son mĂ©lange de techniques digitales et analo -

giques, ses combinaisons gĂ©omĂ©triques aux dĂ©tails subtilement figuratifs, sa gamme de couleurs aussi restreinte qu’efficace, ses trames riso magnifiquement animĂ©es, tout converge vers la mĂȘme direction
 LĂ -haut, tout lĂ -haut, vers les sommets.

EN COUVERTURE — 33 ïżœïżœ KIBLIND Magazine → 83 → Vertige

Comment

t’est venue l’envie de travailler autour des questions de perspectives et des formes gĂ©omĂ©triques ?

C’est quelque chose qui est apparu assez progressivement et involontairement. Peut-ĂȘtre est-ce dĂ» Ă  l’influence que la pein -

ture abstraite de la seconde moitiĂ© du XX e  siĂšcle a exercĂ©e sur moi (minimal, hard edge, neo geo, etc.), mais je ne peux pas en ĂȘtre sĂ»r...

C’est drĂŽle, car j’ai toujours dĂ©testĂ© le dessin technique et je suis vraiment nul dans ce domaine. Tu travailles avec une gamme de couleurs assez restreinte et remarquable.

J’ai toujours aimĂ© travailler avec ce type de palette car elle permet d’obtenir des effets visuels intĂ©ressants et attrayants.

J’avoue que le RVB numĂ©rique est pour moi un grand espace d’exploration chromatique.

Est-ce liĂ© Ă  l’utilisation rĂ©currente de la risographie ?

La vivacitĂ© et l’impact des couleurs de la risographie sont fous.

J’aime beaucoup travailler la couleur avant l’impression et crĂ©er les mĂ©langes de toutes piĂšces sur le support numĂ©rique. Ça gĂ©nĂšre des approximations Ă  partir des Pantone et du profil choisi.

ïżœïżœ EN COUVERTURE — 34 KIBLIND Magazine → 83 → Vertige

Peux-tu nous dire quelques mots sur ta formation ?

J’ai fait une licence en beaux-arts Ă  l’universitĂ© de Vigo en Espagne, puis un master en animation et livres illustrĂ©s au mĂȘme endroit. J’ai terminĂ© en 2016, si je me souviens bien.

Tu travailles beaucoup en binĂŽme avec Cynthia Alfonso. Comment trouvez-vous l’équilibre entre vos travaux personnels et ceux que vous rĂ©alisez en duo ?

Nous partageons le mĂȘme studio et nous avons une communication directe en permanence. Il s’agit de s’organiser et de combiner les diffĂ©rents travaux sans en prendre trop : nous devons parfois refuser des commandes pour nous concentrer sur ce qui nous motive le plus, que ce soit des projets perso ou souvent en duo.

Avec Rapapawn, votre plateforme de projets animés par exemple ?

C’est vrai que Rapapawn est, entre autres, l’occasion d’expĂ©rimenter ensemble le graphisme et l’animation, Ă©galement sur des projets de commande. Ça crĂ©e une dynamique de travail agrĂ©able et ça vient rythmer notre routine personnelle.

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Quelle est la place de l’improvisation dans ta façon de travailler ?

L’improvisation et l’intuition sont devenues des Ă©lĂ©ments centraux de ma mĂ©thodologie de travail au fil du temps. Cynthia et moi-mĂȘme, nous donnons souvent la prioritĂ© aux possibilitĂ©s offertes par le hasard et l’accident. Parfois, il s’agit simplement d’une dose d’impro dans un projet bien ficelĂ© ou alors, souvent, l’improvisation constitue la base de l’Ɠuvre elle-mĂȘme.

Ajoutes-tu une petite dose de figuratif aussi parfois ?

Il m’arrive de travailler avec des personnages et des Ă©lĂ©ments de narration, mais j’aime les diluer dans l’abstraction et ne pas les prĂ©senter de maniĂšre Ă©vidente ou conventionnelle, afin qu’ils ne conditionnent pas trop le rĂ©cit et le regard du lecteur. Laissez une libre interprĂ©tation dans l’image. Un exemple d’une Ɠuvre qui te donne le vertige ? La derniĂšre fois que j’ai ressenti quelque chose comme ça, c’était en voyant la fin d’ Aftersun de Charlotte Wells.

Quels sont les projets qui t’ont marqué ?

Entre autres : Sopapo , une bande dessinĂ©e publiĂ©e chez Último Mono Ed. en 2021 et Unha Leira de Millo , qui a fait l’objet d’une exposition Ă  la galerie Svt (Vigo) l’annĂ©e derniĂšre ; deux projets coĂ©crits avec Cynthia Alfonso. Et sur quoi tu travailles actuellement ? Sur une longue bande dessinĂ©e (interminable) et sur de nouveaux projets d’animation et d’autoĂ©dition, comme le collectif de bande dessinĂ©e FĂ©nomeno , avec lequel je vais faire une publication semestrielle avec plusieurs auteurs espagnols qui sont incroyables. Quelques mots sur cette couverture et son animation ? L’idĂ©e de « vertige » m’a renvoyĂ© directement Ă  un dessin de Jack Kirby qui, pour une raison quelconque, est restĂ© dans mon esprit (une couverture des 4 Fantastiques d’il y a mille ans), et c’est Ă  partir de lĂ  que j’ai commencĂ© Ă  travailler sur cette horreur vertigineuse. C’est vrai que je travaille aussi beaucoup sur le principe de la citation et de l’appropriation des Ɠuvres.

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EN COUVERTURE — 37 ïżœïżœ Magazine → 83 → Vertige

CRÉA TIONS ORIGI NALES

Dessiner un bonhomme. OK, ça se fait. Une pipe, Ă©videmment. Une voiture ? C’est dĂ©jĂ  plus chaud. Mais la demande que nous avons transmise aux diffĂ©rents artistes des prochaines pages est bien plus sournoise : retranscrire une sensation. Et pas n’importe laquelle, la sensation du vertige, celle qui nous perd, nous dĂ©stabilise, nous rend fous.

Ah les salauds, pourriez-vous dire si on avait Ă©levĂ© quelques porcs ensemble. Oui, mais non. Car en traduisant l’intraduisible, ces artistes nous ont montrĂ© la puissance du dessin. LĂ  oĂč la langue trahit sa faiblesse, l’image peut, elle, s’en sortir haut la main.

Tel est le dĂ©fi que nous avons proposĂ© Ă  ces huit talents, illustrateurs et illustratrices de l’extrĂȘme, sorte de A-Team de l’art dessinĂ© qui n’a peur de rien et surtout pas de l’impossible.

Merci, donc, Ă  Chih-Yi Wu, David Adrien, Linwei Studio, Gyayu Wang, Paul Descamps, Lou Buche, Tim Goschnick et Arthur Sevestre d’avoir acceptĂ© de prendre part Ă  la galerie.

KIBLIND Magazine → 83 → Vertige CRÉATIONS ORIGINALES — 38 ïżœïżœ
CRÉATIONS ORIGINALES — 39 ïżœïżœ KIBLIND Magazine → 83 → Vertige
instagram.com/find__a_place
Chih Yi Wu l Vertige
ïżœïżœ CRÉATIONS ORIGINALES — 40 KIBLIND Magazine → 83 → Vertige
David Adrien l PlanĂštes et Pylones davidadrien.com
CRÉATIONS ORIGINALES — 41 ïżœïżœ KIBLIND Magazine → 83 → Vertige
Linwei Studio l Vertige instagram.com/linwei.studio

instagram.com/gyayu.wang

ïżœïżœ CRÉATIONS ORIGINALES — 42 KIBLIND Magazine → 83 → Vertige
Gyayu Wang l 3D Game Swirl
CRÉATIONS ORIGINALES — 43 ïżœïżœ KIBLIND Magazine → 83 → Vertige
Paul Descamps l Vertige instagram.com/polobabybambino
ïżœïżœ CRÉATIONS ORIGINALES — 44 KIBLIND Magazine → 83 → Vertige
Lou Buche l Vertigo instagram.com/loubuche
KIBLIND Magazine → 83 → Vertige
Tim Goschnick l Vertigo instagram.com/tim_goschnick
ïżœïżœ CRÉATIONS ORIGINALES — 46 KIBLIND Magazine → 83 → Vertige
Arthur Sylvestre l Le plongeoir instagram.com/arthursevestre

« On peut comparer l’angoisse au vertige. On a le vertige quand on plonge le regard dans un abĂźme. Mais la raison du phĂ©nomĂšne n’est pas moins l’Ɠil que l’abĂźme, car il suffit de ne pas regarder. L’angoisse est ainsi le vertige de la libertĂ© survenant quand l’esprit veut poser la synthĂšse et que la libertĂ©, scrutant les profondeurs de sa propre possibilitĂ©, saisit le fini pour s’y appuyer. La libertĂ©

haut / L’extase et l’immensitĂ© / Je vertige d’ĂȘtre vivant » – MylĂšne

succombe dans ce vertige. » – SĂžren Kierkegaard, Le Concept de l’angoisse, 1844

Farmer, Vertige, 1995

« L’éveil d’un sens / L’instinct d’une danse / Je vertige de vivre / Plus loin, plus
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Les pieds ont beau ĂȘtre solidement arrimĂ©s au sol et la chaise qui nous accueille plutĂŽt stable, nous sommes pris. Nous ne nous balançons pourtant pas au bord du Grand Canyon, comme cet acrobate qu’on pouvait trouver dans les Guinness Books de notre enfance. Nous sommes devant un bureau, lui-mĂȘme tenu sur un sol auquel nous faisons toute confiance. Face Ă  nous, un livre, une page Ă  peu prĂšs plate, et un dessin. C’est celui-lĂ  le grand responsable, le coupable de cette sensation qui nous prend, de ce dĂ©sĂ©quilibre des sens. Comme happĂ©s par sa profondeur, nous tombons et sortons de la dimension habituelle dans laquelle nous possĂ©dons nos repĂšres. L’artiste a tapĂ© dans le mille : nous sommes pris de vertige. Les nullards de la main et de l’esprit, comme nous, ne comprennent pas, ne parviennent pas Ă  s’imaginer l’intention et les techniques qui sont responsables de cet effet bƓuf. Alors, on s’est dit qu’on allait demander Ă  quelques-uns des brillants dessinateurs et dessinatrices qui ornent nos murs et bibliothĂšques pour savoir d’oĂč venait la magie. Et si Maxime Mouysset, LĂ©a Murawiec, Marie-Anne Mohanna et Jean Dalin ont en commun de maĂźtriser les arts de la perspective, de la dynamique et du mouvement, ils possĂšdent chacun leur formule secrĂšte. On vous propose un plongeon dans leurs profondeurs.

Nous, grands ronfleurs devant l’éternel, nous posons d’abord la question : pourquoi ? Pourquoi s’embarquer dans des dessins d’une complexitĂ© inouĂŻe qui demandent Ă  la fois de la technique, de la connaissance de son art et de l’imagination pour twister la rigueur de deux savoirs prĂ©cĂ©dents ? Jean Dalin, spĂ©cialiste des compositions architecturales fournies, l’avoue d’ailleurs sans problĂšme. « Une illustration, ça me prend beaucoup de temps,

mais c’est mon problĂšme, c’est moi qui dĂ©cide de faire comme ça. » Mais avant l’amour du trop-plein de travail, il y a cette envie de reproduire ce que, eux-mĂȘmes, en tant que spectateurs, ont dĂ©jĂ  vĂ©cu. Pour Jean Dalin, « les prises de vue en hauteur, c’est pour pouvoir montrer plein de choses. J’avais entendu que MƓbius disait qu’il Ă©tait nul en composition et que donc, la solution Ă©tait de mettre des trucs partout. Comme ça, ça fait

une image qui fonctionne mĂȘme si elle est mal structurĂ©e. » Marie-Anne Mohanna, autrice de Dans son ombre (Warum) fut, elle, profondĂ©ment marquĂ©e par l’art japonais. « Je suis vachement inspirĂ©e par les estampes japonaises, la maniĂšre dont ils ont travaillĂ© la perspective, la façon dont ils ont pensĂ© la profondeur et l’organisation de la nature ou des paysages d’intĂ©rieur. Ce sont des choses qui m’ont beaucoup parlĂ© et qui m’ont beaucoup nourrie dans mon travail d’illustratrice. » Le Japon semble ĂȘtre un point du globe vers lequel nos artistes ont toujours un Ɠil tournĂ©. Si Jean Dalin cite Akira Toriyama, crĂ©ateur de Dragon Ball, pour Maxime Mouysset c’est plutĂŽt YĆ«ichi Yokoyama, « une rĂ©fĂ©rence qu’on sort tout le temps aux Arts DĂ©co [la HEAR de Strasbourg, ndlr]. En termes de vitesse, c’est limite un peu trop. Il faut s’arrĂȘter toutes les trois pages pour bien digĂ©rer le truc. C’est bordĂ©lique car il a une dĂ©marche d’auteur Ă  travers ses mangas. Mais c’est trĂšs inspirant de voir comment il traduit le mouvement et le temps ».

ïżœïżœ DOSSIER — 48 KIBLIND Magazine → 83 → Vertige
« Je suis vachement inspirée par les japonaises,estampesla maniÚre dont ils ont travaillé la perspective »
↑ Illustration de LĂ©a Murawiec rĂ©alisĂ©e pour Inktober, 2018

LĂ©a Murawiec, Ă©ditrice chez FlĂ»tiste et autrice du Grand Vide (Éditions 2024), acquiesce. « En dessinant Le Grand Vide, je me suis plus directement inspirĂ©e de scĂšnes de manga comme Akira que j’ai dĂ©couvert Ă  ce moment-lĂ , dont la scĂšne d’intro sur des motos est trĂšs dynamique, ou encore la course dans Gunnm, et quelques plans de Taiyƍ Matsumoto ou des poses de Jojo’s Bizarre Adventure. » Mais cette recherche de nouvelles rĂšgles, de nouvelles façons de donner la vie Ă  son dessin, les illustrateurs et les illustratrices vont les chercher partout. Dans les comics, pour Jean Dalin et son amour de Jack Kirby, et mĂȘme dans les dessins animĂ©s qui ont rythmĂ© leur enfance.

« Depuis que je suis enfant, les BD que je dessinais avaient en plein milieu de l’histoire une case avec une Ă©norme perspective pour zĂ©ro raison. Les perspectives Ă©taient souvent fausses, c’était juste pour crĂ©er quelque chose de dynamique. Ça vient sans doute des dessins animĂ©s que je regardais comme les Tex Avery, Totally Spies ou Teen Titans. » nous confie LĂ©a Murawiec. Une inspiration qui est toujours d’actualitĂ© pour Maxime Mouysset, tombĂ© lui amoureux d’un compte Instagram tout Ă  fait spĂ©cial.

« Ça s’appelle @one.perfect.frame. C’est un mec qui s’amuse Ă  faire des arrĂȘts sur image dans les cartoons amĂ©ricains type Tom & Jerry. Ce sont des stops qui traduisent des cĂŽtĂ©s assez abstraits qui m’inspirent beaucoup. Il va s’arrĂȘter sur une image pendant un mouvement, une rĂ©action et tu te rends compte que c’est Ă©normĂ©ment d’abstraction pour traduire un mouvement assez prĂ©cis. » Cette rĂ©fĂ©rence aux anciens n’est pas qu’une parade de name-dropping. Si toutes ces images sont convoquĂ©es, c’est qu’elles participent d’un langage auxfonctions particuliĂšres dans lequel lesartistes piochent pour amadouer le spectateur.

Il y a Ă©videmment une intention de surprendre le lecteur, de le prendre par le colbac pour l’emmener avec soi, pour lui mettre dans la face les ressentis du personnage. Dans la dĂ©formation des corps et des perspectives, LĂ©a Murawiec a tentĂ© de toucher le lecteur physiquement.

« Le Grand Vide est un livre qui gĂ©nĂšre pas mal d’émotions. J’ai vraiment insistĂ© dessus. J’ai essayĂ© de pousser Ă  l’extrĂȘme la rapiditĂ©,

le dynamisme de ce personnage et aussi ces moments oĂč elle se sent submergĂ©e par des Ă©motions fortes. J’ai voulu donner une forme aux Ă©motions qu’elle ressent. J’ai beaucoup exagĂ©rĂ© le cĂŽtĂ© dĂ©formĂ©, liquide de certains passages. Quand on vit une Ă©motion intense, on oublie qu’on a un corps, on perd ses repĂšres. » Marie-Anne Mohanna cherche, elle, Ă  partager ses propres Ă©motions, voulant donner aux spectateurs le mĂȘme sentiment qui l’avait gagnĂ©e Ă  la vue d’un paysage ou d’un bĂątiment. « En gros, j’essaie souvent de me demander ce qui a fait que c’était si impressionnant et comment je peux essayer de retranscrire ça dans mon dessin. Ça passe par le choix du cadrage, de la composition et des couleurs aussi. » Plus pragmatique, Maxime Mouysset s’attache Ă  l’environnement dans lequel son dessin apparaĂźt. « Il y a un cĂŽtĂ© immĂ©diat qui est important. Dans la presse, c’est ce qu’on me demande tout le temps : comment rendre une image intĂ©ressante. Choisir une perspective bien dynamique ou un cadrage bien prĂ©cis, ça permet de donner mon point de vue.

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« Les Ă©taientperspectives fausses,souvent c’était juste pour crĂ©er quelque chose de dynamique »
↑ Couverture de la BD Le Grand Vide de LĂ©a Murawiec, Éditions 2024, 2021 → Comics SQUAREÂČ de Maxime Mouysset pour Kiblind, 2022 ↑ « La salle des machines », illustration extraite de la BD de Jean Dalin Ă  paraĂźtre chez Sarbacane ↑ Illustration de Maxime Mouysset pour Bloomberg Businessweek, 2022

C’est une des raisons pour laquelle on fait appel Ă  moi : parce que ma rĂšgle d’or c’est de mettre le plus possible de mouvement sur une image arrĂȘtĂ©e. Comment rĂ©sumer un article et mettre du mouvement en seulement deux images. » Pour le dessinateur parisien, cette obsession du mouvement et de la dynamique est aussi tout simplement quelque chose qui vient de loin. « C’est un intĂ©rĂȘt difficile Ă  expliquer depuis le dĂ©but. Je suis un Ă©norme fan de sport donc le mouvement, c’est quelque chose qui m’intĂ©resse depuis toujours. J’étais en graphisme aux Arts DĂ©cos et j’ai axĂ© mon diplĂŽme sur le sport. Ça part de lĂ  et puis ensuite c’est un style qui se dĂ©veloppe. J’ai peut-ĂȘtre aussi un cĂŽtĂ© affichiste. J’ai fait des Ă©tudes de graphisme donc il y a un attachement Ă  ce genre d’image. Je cherche tout le temps Ă  avoir un cĂŽtĂ© impactant Ă  la maniĂšre d’une affiche. La vitesse permet d’avoir ce cĂŽtĂ© impactant. »

Bien qu’ils officient dans des domaines et des styles qui diffùrent franchement, le point commun de ces quatre artistes est

effectivement d’offrir au lecteur des images fortes, prenantes et agissantes. Un savoirfaire qu’ils ont acquis au fil du temps, avec des techniques bien prĂ©cises.

Des techniques qui pour nous, jeunes gens issus du monde d’en face – celui oĂč la profondeur se construit grĂące Ă  un enchaĂźnement subtil de mots et non grĂące Ă  des rĂ©flexions mathĂ©matiques – sont aussi lointaines que fascinantes. À l’école du dessin comme dans toutes les autres, pourtant, il y a ceux qui suivent les consignes Ă  la lettre, et ceux qui s’en Ă©loignent un chouĂŻa pour adopter la mĂ©thode avec laquelle ils se sentiront le plus Ă  l’aise.

Parmi les allergiques Ă  l’application bĂȘte et mĂ©chante des savoirs emmagasinĂ©s figure Jean Dalin. Pour l’illustrateur lyonnais, la crĂ©ation d’une nouvelle image doit rester un moment de plaisir avant toute chose. « Avant, je faisais une grille de perspective par Ă©lĂ©ment pour bien avoir les bons points de fuite Ă  chaque fois. Maintenant, je sais oĂč est ma ligne d’horizon, je sais si mon Ɠil voit d’en haut ou d’en bas, j’ai une grille de perspective Ă  un ou deux points de fuite, ça dĂ©pend des fois, et aprĂšs, je dessine directement dedans ». Si les compositions complexes et multidimensionnelles de Jean Dalin semblent de prime abord ĂȘtre le fruit d’innombrables recherches et de calculs rigoureux, le travail de prĂ©paration semble pourtant se faire plutĂŽt du cĂŽtĂ© du cerveau que sur des carnets de dessin.

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« J’ai voulu donner une forme aux Ă©motions qu’elle ressent. J’ai beaucoup exagĂ©rĂ© le cĂŽtĂ© dĂ©formĂ©, liquide de certains passages. Quand on vit une Ă©motion intense, on oublie qu’on a un corps, on perd ses repĂšres ».
↑ « La salle des machines », illustration extraite de la BD de Jean Dalin Ă  paraĂźtre chez Sarbacane (ParticularitĂ© : comme le point de fuite est central et la vue zĂ©nithale, elle peut ĂȘtre placĂ©e dans n'importe quel sens) ↑ La derniĂšre : « Place of Sport », Adidas, 2019 → Illustration de Maxime Mouysset pour The Economist, 2022

« Je suis tellement obsĂ©dĂ© par les trucs que je dessine que je les ai vraiment dans la tĂȘte. Ça fait une semaine que j’y pense, je rĂȘve de ça et quand je vais travailler, ça apparaĂźt tout seul », nous avoue l’artiste au sommeil un tantinet lĂ©ger. Si les techniques de gaufriers et de grilles sont volontairement peu utilisĂ©es par l’auteur, la discipline est bel et bien lĂ , et se ressent notamment Ă  travers la justesse des proportions.

« Les proportions, l’anatomie, je fais en sorte que ce soit juste. C’est pas le dessin que j’aime nĂ©cessairement mais c’est comme ça que j’aime faire. Les perspectives et les proportions doivent ĂȘtre bonnes », conclut celui qui prĂ©pare en ce moment mĂȘme la sortie d’une BD dont le premier tome sortira bientĂŽt chez Sarbacane.

Lorsque LĂ©a Murawiec travaille sur une illustration qui file le tournis, c’est Ă©galement souvent l’instinct, plus que l’application scientifique, qui prime.

« J’ai appris deux-trois trucs pour bien placer les Ă©lĂ©ments et aprĂšs c’est que du feeling, nous dit-elle. J’ai essayĂ© de renforcer ces sensations

de vertige dans mes perspectives. C’est pas forcĂ©ment des perspectives hyper justes. J’essaie de travailler Ă  la fois le ressenti et la technique dans mes perspectives, aussi parce que mon dessin, depuis trĂšs longtemps, est trĂšs narratif. » Si elle avoue suivre « certaines rĂšgles Ă©lĂ©mentaires de perspective, ce qui fait que ce n’est pas complĂštement pĂ©tĂ© », l’autrice tient Ă  laisser une part importante Ă  l’improvisation, notamment en essayant de « construire le plus possible les Ă©chelles et les proportions Ă  l’Ɠil ». C’est ensuite en retournant trĂšs souvent sa feuille Ă  180° que LĂ©a Murawiec vĂ©rifie l’équilibre de sa composition. « Je prĂ©fĂšre faire un beau dessin un peu faux et qui exprime une dynamique plutĂŽt que quelque chose d’anatomiquement juste », nous confesse-telle. Un pari gagnant lorsque l’on pense Ă  l’impressionnant dessin choisi comme couverture de sa premiĂšre BD, rĂ©compensĂ©e du prix du public au festival de la BD d’AngoulĂȘme en 2022. Loin de ne briller que par sa couverture, Le Grand Vide regorge de planches dynamiques aux proportions renversantes. GĂ©nĂ©reuse, l’illustratrice parisienne nous dĂ©voile quelques-uns des secrets de leur fabrication.

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« Je suis tellement obsĂ©dĂ© par les trucs que je dessine que je les ai vraiment dans la tĂȘte ».
↑ Salle du parlement de Versailles, Marie-Anne Mohanna, HĂ©micycle Magazine, 2021 ↑ Étude image pour le prochain roman graphique de Marie-Anne Mohanna Ă  paraitre en octobre 2023
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↑ Planches issues de la BD Le Grand Vide, Éditions 2024 de LĂ©a Murawiec, 2021 ↑ Hall Le Bon marchĂ©, Marie-Anne Mohanna - projet personnel, 2019

AprĂšs avoir dessinĂ© des schĂ©mas simplifiĂ©s et dynamiques de ses personnages Ă  l’étape du crayonnĂ© puis avoir placĂ© des sorties de cases Ă  des endroits stratĂ©giques, LĂ©a Murawiec nous dit essayer « d’accentuer certaines poses pour renforcer une action » et ne pas hĂ©siter « Ă  les redessiner si elles n’expriment pas tout Ă  fait l’effet recherchĂ© ». Ce sont ensuite des « gouttes de sueur, traits de vitesse ou des rayons de surprise » qui finiront de « dynamiser les cases » et de « renforcer les expressions des personnages ».

Bon Ă©lĂšve, Maxime Mouysset nous avoue utiliser, lui aussi, ces Ă©lĂ©ments magiques empruntĂ©s Ă  la BD appelĂ©s traits de vitesse. « Je trouve que ça dynamise tellement une scĂšne en termes de composition », ajoute-t-il. Ceux-ci viennent complĂ©ter des images dĂ©jĂ  finement exĂ©cutĂ©es en termes de composition et de proportion. « La profondeur, ça permet de spatialiser la scĂšne. La perspective, avec ses premiers plans, deuxiĂšmes plans, arriĂšre-plans, permet de synthĂ©tiser des informations. D’en dire juste assez au lecteur pour que lui aussi entre

dans la scĂšne. Elle permet de raconter dans un ordre prĂ©cis ce qu’on veut dire », nous explique-t-il. Cette perspective, si Ă©tudiĂ©e soit-elle, n’est pourtant pas forcĂ©ment rĂ©aliste dans les dessins de Maxime Mouysset. « Souvent, je rĂ©adapte un peu la perspective parce qu’elle n’est pas forcĂ©ment vraie. L’idĂ©e dans la presse, c’est d’exagĂ©rer les traits pour montrer une idĂ©e quitte Ă  ne pas ĂȘtre tout Ă  fait correct. C’est lĂ  qu’on voit le style de quelqu’un », nous dit celui qui sait exactement lĂ  oĂč il veut aller. Lorsqu’il a rĂ©alisĂ© la sĂ©rie de comics SquareÂČ vouĂ©e Ă  ĂȘtre publiĂ©e sur le compte Instagram de Kiblind, Maxime Mouysset s’est par exemple autorisĂ© une petite sortie de route : « Par rapport aux cours de perspective que j’avais pris Ă  l’école, j’ai dĂ» un petit peu fausser les perspectives. Il n’y a pas vraiment de rĂšgles. Tous les angles devaient ĂȘtre Ă  45° et moi j’ai un petit peu trichĂ© pour que tout soit clair, au niveau des ombres et des Ă©lĂ©ments. J’ai dĂ» adapter la perspective militaire. »

Chez Maxime Mouysset pourtant, l’improvisation est rare et c’est justement pour cette habiletĂ© et cette rigueur que des marques colossales comme Nike viennent chercher l’illustrateur et graphiste.

L’importance du cadrage et des angles choisis, voilĂ  des sujets que Marie-Anne Mohanna maĂźtrise Ă©galement, tant ses dessins tirĂ©s au cordeau sont rĂ©alisĂ©s selon un modus operandi pointilleux. « Lorsque je pars de zero, je me crĂ©e cette espĂšce de grille pour marquer le vide. Une page blanche, ça reste une page blanche, donc c’est

super dur de rĂ©aliser le cadrage sans rien. La grille m’aide beaucoup parce que ça me donne cette impression de fond. Une fois le fond posĂ©, je l’approche plus ou moins. Ensuite, je pose les murs et ensuite, je travaille en strates et je travaille vraiment l’accumulation jusqu’à ce que ça me parle », nous explique celle qui n’hĂ©site pas Ă  aller s’assurer de la justesse de ses proportions en recrĂ©ant ses architectures dans Les Sims. Pour l’illustratrice, le cadrage est lĂ  pour « appuyer le sentiment d’immensitĂ© voulu ». « Je me servais de cette idĂ©e de cadrage ultra-large quand j’avais des envies de crĂ©er des immenses bĂątiments. On m’a toujours dit que c’était important de crĂ©er une espĂšce d’effet de contraste parce que pour se rendre compte que quelque chose est immense, il faut pouvoir se rendre compte de la taille d’un tout petit Ă©lĂ©ment.

J’avais toujours cette idĂ©e-lĂ  en tĂȘte », nous

ïżœïżœ DOSSIER — 52 KIBLIND Magazine → 83 → Vertige
« L’idĂ©e dans la presse, c’est d’exagĂ©rer les traits pour montrer une idĂ©e quitte Ă  ne pas ĂȘtre tout Ă  fait correct ».
↑ Salle des dĂ©cisions du Conseil constitutionnel, Marie-Anna Mohanna, HĂ©micycle Magazine, 2020 ← Affiche de Maxime Mouysset pour le match PSG - Bayern Munich, 2021 ↑ Comics SQUAREÂČ de Maxime Mouysset pour Kiblind, 2022

raconte Marie-Anne Mohanna, qui voit lĂ  un excellent moyen de « travestir la rĂ©alitĂ© en rendant gigantesque quelque chose qui ne l’est pas vraiment ». Si, contrairement aux trois artistes prĂ©cĂ©demment citĂ©s, le mouvement n’est pas le premier effet recherchĂ© par Marie-Anne Mohanna, d’autres effets soigneusement pensĂ©s comme la symĂ©trie permettent d’appuyer une sensation de vertige dans ses images. « Parfois, je crĂ©e de fausses symĂ©tries pour donner une impression de bizarrerie, et ça donne une profondeur plus grande », nous dit-elle. Aujourd’hui en plein bouclage de sa BD Ă  venir chez Sarbacane, l’illustratrice avoue vouloir bousculer quelque peu sa mĂ©thode de travail, mĂȘme si les perspectives et les points de vue restent au centre de son travail : « J’ai dĂ»

penser tous les espaces de ma nouvelle BD de A Ă  Z. On doit crĂ©er des images qui soient reproductibles Ă  l’infini avec plusieurs perspectives, plusieurs points de vue, plusieurs cadrages mais c’est pas possible de faire vraiment ça dans la BD parce que si je mettais des milliards de dĂ©tails, ça serait super long ; mais j’ai dĂ» penser de nouvelles mĂ©thodes pour mieux visualiser. »

Qu’il faille pour cela jongler avec les perspectives et plans de leurs illustrations, en modifier maintes fois les cadrages, y glisser des onomatopĂ©es visuelles, ou mĂȘme acheter Les Sims 4, les quatre dessinateurs dont nous avons recueilli les tĂ©moignages sont prĂȘts Ă  tout pour nous faire plonger la tĂȘte la premiĂšre dans leur univers. Et quand, pour une fois, vertige rime avec plaisir, on veut bien y retourner au prochain tour.

DOSSIER — 53 ïżœïżœ KIBLIND Magazine → 83 → Vertige
« Travestir la rĂ©alitĂ© en gigantesquerendant quelque chose qui ne l’est pas vraiment ».
↑ « Castle City », illustration extraite de la BD de Jean Dalin Ă  paraĂźtre chez Sarbacane ← Cour du Palais Royal, Marie-Anne Mohanna, HĂ©micycle Magazine, 2020 ← Affiche du concours Jeunes Talents, BD Colomiers, 2021 ↑ Illustration de Maxime Mouysset pour L’Équipe explore, 2021 ↑ Illustration issue d’une BD rĂ©alisĂ©e par Jean Dalin, Metal Hurlant n°3, 2022 → RĂ©daction par : É. Quittet et M. Gueugneau

Se mettre au vertige

Journaliste pour le magazine JV et graphiste indĂ©pendant (pour ne citer que deux de ses coquettes activitĂ©s) : Pierre Maugein est le (kid) camĂ©lĂ©on dont nous avions besoin. Il nous raconte comment les jeux vidĂ©os permettent Ă  ceux qui y plongent la tĂȘte la premiĂšre, de se crĂ©er leurs propres vertiges.

ïżœïżœ INVITATION — 54 KIBLIND Magazine → 83 → Vertige

Floue, voilĂ  ce qu’est la notion de vertige, Ă  la fois du point de vue physique et de celui de sa dĂ©finition. Malaise, tournoiement, dĂ©faut d’équilibre, choc Ă©motionnel, ces ressentis participent d’un vertige qui revĂȘt autant de formes que les causes qui le dĂ©clenchent. Le Syndrome de Stendhal en est une, intense rĂ©action de pertes de repĂšres face Ă  une Ɠuvre d’art qui rĂ©sonne en soi, ou face Ă  un rassemblement trop dense de chefsd’Ɠuvre. Se crĂ©e alors un trouble physique rĂ©el, plus ou moins problĂ©matique, et qui varie en fonction de sa culture d’origine. Sans provoquer le mĂȘme type de dĂ©connexion, la plongĂ©e dans une forme de crĂ©ation inĂ©dite peut amener Ă  ressentir un certain vertige. Non pas du fait de son intense impact visuel ou imaginaire, mais par sa multitude. Mettre le nez dans le jeu vidĂ©o, s’y intĂ©resser vraiment, c’est tenter de saisir un domaine vaste et fluctuant. Les genres s’avĂšrent de plus en plus poreux, de moins en moins dĂ©finis. Il est sans doute plus juste de parler de type d’expĂ©rience et c’est lĂ  que le vertige s’immisce. Tout y semble possible : affronter des dragons gĂ©ants Ă  dos de cheval (Elden Ring), rĂ©soudre l’énigme de sa propre mort sous forme de fantĂŽme (Ghost Trick), optimiser tout un Ă©cosystĂšme (Dorfromantik) ou encore gĂ©rer l’évolution d’une civilisation entiĂšre (Humankind). Et ce n’est qu’une fenĂȘtre minuscule sur l’immensitĂ© des univers, des maniĂšres de jouer, des rĂ©cits qui composent le jeu vidĂ©o. Une masse Ă©crasante de choix, de recherches sur ce qui pourrait nous correspondre. Car plus que le cinĂ©ma ou la littĂ©rature, dans lesquels existent Ă©galement cette multiplicitĂ© de thĂšmes, il est ici question de types d’interaction avec l'Ɠuvre. Des Ă©changes pas tous Ă©vidents Ă  apprendre et imposant un nouvel apprentissage Ă  quasiment chaque occurrence. Et mĂȘme si certaines productions sont pensĂ©es pour s’adapter au maximum Ă  un large public, l’implication nĂ©cessaire Ă  la connaissance ou Ă  la maĂźtrise de ces jeux peut amener Ă  perdre pied. Mais outre le fait de pouvoir s’égarer soi-mĂȘme dans l’offre et ce que la pratique peut demander, il est aussi souvent question de ce que l’on projette de soi dans une oeuvre interactive. De façon trĂšs pragmatique, il s’avĂšre tout Ă  fait possible de choisir son propre vertige. D’une part par le truchement de la camĂ©ra. LĂ  oĂč le cinĂ©ma dĂ©finit ses angles et travaille sa mise en scĂšne, le jeu vidĂ©o n’opĂšre le plus souvent cette

ïżœïżœ INVITATION — 55 KIBLIND Magazine → 83 → Vertige

limitation que durant les scĂšnes dites justement cinĂ©matiques ou pendant ses cutscenes. Le reste du temps, c’est au joueur de gĂ©rer soit la temporalitĂ© - il dĂ©clenche la progression par la pression sur un bouton - soit le point de vue, en manipulant la camĂ©ra. Il regarde alors ce qu’il souhaite, quitte Ă  se causer un vertige physique, en basculant la vision vers le vide ou en subissant un certain malaise devant les mouvements de camĂ©ra parfois un peu secs, voire un vertige plus interne, celui de la libertĂ©. Dans des aventures telles que Red Dead Redemption II, The Legend of Zelda : Breath of the Wild ou encore The Witcher III, dĂ©crits comme des jeux en « monde-ouvert », la simple action de faire avancer son personnage et de mouvoir le point de vue tout autour de lui amĂšne un vertige, celui d’un monde Ă  disposition, dans lequel les frontiĂšres ne semblent pas avoir d’existence. Des montagnes et des vallĂ©es Ă  perte de vue, une infinitĂ© de chemins Ă  suivre, tout concourt Ă  imposer une immensitĂ© oĂč s’évanouir. Et il suffit d’une petite erreur dans le programme, d’un bug, pour que le joueur dĂ©passe ces bordures invisibles mais rĂ©elles et se retrouve derriĂšre le dĂ©cor. Un monde vide oĂč les modĂšles 3D ne sont que des reliques du terrain de jeu « normal » et oĂč - cette fois techniquement - il n’existe pas d’horizon. Des limbes causant parfois au voyageur qui y tombe une profonde angoisse, sĂ©parĂ© de tout repĂšre. Il serait d’ailleurs dommage de se limiter Ă  ces moments d’abandon au-delĂ  des murs, car existent Ă©galement des vertiges plus intimes. L’un des avantages dans le domaine du jeu vidĂ©o tient dans la construction narrative. De la mĂȘme maniĂšre que le joueur est libre de bouger le point de vue comme bon lui semble et d’avoir par consĂ©quent un dialogue avec l'Ɠuvre, le tissu narratif peut aussi s’adapter Ă  l'utilisateur. Si l’on a une petite connaissance du mĂ©dia, certains codes restent Ă©vidents, Ă  savoir qu’il existe des dĂ©clencheurs Ă  activer pour finaliser une action : par exemple si un personnage donne une quĂȘte, il faut la terminer pour avoir une rĂ©compense. Et si l’on n’est pas au fait de ces impĂ©ratifs, le jeu le fait savoir d’une maniĂšre ou d’une autre ; soit par un texte explicatif, soit par une discussion ou autre intermĂ©diaire. Dans tous les cas, en tant que maĂźtre Ă  bord - car oui c’est le joueur qui tient la manette ou le clavier - chacun a les pleins pouvoirs et suit la rĂšgle du jeu. Et c’est investi de ces certitudes que le joueur devient vite la victime parfaite pour une manipulation. Des productions comme Baten Kaitos ou encore Spec Ops : The Line basent

ïżœïżœ INVITATION — 56 KIBLIND Magazine → 83 → Vertige

en grande partie leur force dans le fait de prendre ce dernier Ă  revers, ou tout du moins d’utiliser l’implication directe comme un levier. Et si la rĂ©vĂ©lation de Spec Ops donne des sueurs froides devant les atrocitĂ©s commises sur la base d’élĂ©ments distillĂ©s par le jeu que l’on a pris pour argent comptant - grĂące Ă  la confiance aveugle faite Ă  ce qui nous est demandĂ© - celle de Baten Kaitos va plus loin et prive le joueur de son interaction directe. S’opĂšre alors un vertige diffĂ©rent, celui de se sentir dĂ©possĂ©dĂ© de la seule maniĂšre de participer au jeu. Un moment de prise en compte de l’aspect particuliĂšrement tĂ©nu de ce lien, sur lequel tout repose. De maĂźtre du jeu, on devient alors prisonnier d’une nouvelle donne renversante et imprĂ©vue. Surgit donc un sentiment d’impermanence, comme si tout pouvait arriver Ă  n’importe quel moment malgrĂ© une structure qui semble faite pour nous accompagner. Sentiment qui fait d’ailleurs le sel du genre MMORPG (jeu de rĂŽle multijoueur en ligne) oĂč la prĂ©sence d’humains dans l’équation amĂšne son lot de bonnes ou de mauvaises surprises. L’élĂ©ment dĂ©stabilisant se trouve moins dans la venue de situations imprĂ©vues - issues de l’impossibilitĂ© de prĂ©voir les rĂ©actions d’autant de joueurs simultanĂ©ment - que dans la micro-sociĂ©tĂ© formĂ©e, sorte de civilisation indĂ©finie et virtuellement immortelle tant que les serveurs demeurent actifs. Se forme ainsi l’impression Ă©trange de faire partie ou d’observer un monde oĂč les Ăąges disparaissent, oĂč les mĂ©tiers ne sont plus. Seuls restent des quĂȘtes, des histoires, et des personnages enfermĂ©s dans un infinitĂ© Ă  la fois fascinante et terrifiante, rappelant - on y revient - des limbes, mais binaires. VoilĂ  en quoi le vertige s’insinue aisĂ©ment dans le jeu vidĂ©o, par sa porositĂ© Ă  l’implication totale du joueur dans ses rouages, bien plus que dans n’importe quelle autre expression crĂ©ative. Il lui offre des terres immenses, une variĂ©tĂ© totale d’expĂ©riences, sachant jouer de sa confiance et de ses attentes. C’est parce qu’il lui donne les clĂ©s et lui retire sans broncher que le jeu vidĂ©o dispose de toutes les cartes en main pour brouiller la vision de l'Ɠuvre.

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Visuels dans l’ordre d’apparition : Elden Ring; Ghost Trick; Dorfromantik; Humankind, Red Dead Redemption 2; The Legend of Zelda, Breath of the Wild; The Witcher III; Baten Kaitos; Spec Ops; Final Fantasy XIV (mmorpg)

Plonger dans la nature et avoir l’impression de vivre des aventures exaltantes mĂȘme lorsque vous ĂȘtes coincĂ©s en ville entre quatre murs ? VoilĂ  la promesse tenue par Les Others qui, grĂące Ă  un mĂ©dia, un magazine et un podcast nous baladent d’un bout Ă  l’autre du globe. Les hĂ©donistes qui se cachent derriĂšre ça nous racontent cinq livres illustrĂ©s qui filent le vertige.

SilamontagneetsesvertigesontlargementĂ©tĂ©traitĂ©s dans la littĂ©rature classique et dans les rĂ©cits dits « de montagne », elle a plus rarement fait l’objet de livres illustrĂ©s, de romans graphiques, de bandes dessinĂ©es ou de livres de design. Hormis le cĂ©lĂšbre

manga Le Sommet des dieux de JirƍTaniguchi, que l’on ne prĂ©sente plus, il est parfois difficile de trouver des ouvrages rĂ©cents avec une approche originale du sujet. Voici une sĂ©lection Ă©clectique qui mĂ©rite le dĂ©tour.

ïżœïżœ KIBLIND Magazine → 83 → Vertige
4. 3. 2. 1.
LA BIBLIOTHÈQUE IDÉALE — 58
5.

Ailefroide, altitude 3954, par Jean-Marc Rochette & Olivier Bocquet, ed. Casterman (2018)

Ailefroide, c’est le rĂ©cit initiatique d’un gamin qui se rĂȘvait guide de haute montagne et qui devient dessinateur. AprĂšs avoir connu la cĂ©lĂ©britĂ© grĂące Ă  l’adaptation au cinĂ©ma de sa bande dessinĂ©e Le Transperceneige (par le rĂ©alisateur corĂ©en Bong Joon Ho), l’auteur français Jean-Marc Rochette a choisi de revenir Ă  son premier amour : la montagne. Dans cet ouvrage autobiographique publiĂ© en 2017, il nous emmĂšne Ă  l’assaut des grandes voies des Alpes, entre virĂ©es Ă  mobylette, bivouac sous les Ă©toiles et (gros) accidents de parcours. L’histoire d’une vie dans un monde tout en contraste tracĂ© au pinceau noir. Il faut avoir du Jean-Marc Rochette dans sa bibliothĂšque, la montagne a rarement Ă©tĂ© peinte de cette maniĂšre !

Glaciers, par Aurore Bagarry, H’Artpon (2015)

Aurore Bagarry est sans aucun doute l’une des photographes françaises les plus talentueuses du moment. Chaque annĂ©e, de 2012 Ă  2017, aprĂšs la fonte estivale des glaces, elle a arpentĂ© le massif du Mont-Blanc, prenant part Ă  l’ancienne et mĂ©ticuleuse tradition de reprĂ©sentation des glaciers. Avec une chambre photographique, elle parvient Ă  retranscrire avec prĂ©cision les reflets, couleurs et lumiĂšres subtils de ces gĂ©ants de glace et de leur environnement proche dans ce premier livre, ainsi formĂ© de cet inventaire symbolique de 74 photographies et 67 glaciers aux couleurs douces et profondes Ă  la fois. Un ouvrage beau et triste, qui nous laisse espĂ©rer que ces glaciers puissent continuer de vivre ailleurs que sur papier.

4. In Search of Appropriate Images, par Mattia Balsamini,

Skinerboox (2021)

1. 2. 3. 5.

Yokoyama, ed. MatiĂšre (2011)

Explorations, par Yûichi

Ilfauttoujoursavoirdes livresĂ©trangesdanssa bibliothĂšque,pourtrouver desidĂ©esnouvelles.Ça tombebien,leJaponaisYĂ»chi

Le photographe italien Mattia Balsamini a profitĂ© du confinement pour explorer son environnement proche sous tous les angles. Sa maison, son jardin, les champs autour de chez lui et les alentours de son travail... de prĂšs, de loin, le jour, la nuit. Un exercice pour former son Ɠil et continuer de crĂ©er malgrĂ© les contraintes. L’objet imprimĂ© est façonnĂ© comme deux livres qui se font face, que l’on peut feuilleter pour crĂ©er les diptyques de son choix. De quoi fabriquer soi-mĂȘme une multitude d’univers. Malheureusement, l’ouvrage, que l’on a dĂ©couvert Ă  l’occasion de la publication d’une partie des clichĂ©s dans notre quinziĂšme volume papier, est dĂ©sormais sold out. Il va falloir guetter les sites d’occasion pour trouver la pĂ©pite !

LabibliothĂšque i d Ă© a l e desOthers

Yokoyamaenasortitoute uneflopĂ©e,publiĂ©senFrance aux Ă©ditions MatiĂšre. Dans Explorations,unouvragede 128pagesennoiretblanc–au sensdelecturejaponais–, il nous emmĂšne au cƓur de vastespaysagesdĂ©serts,oĂč depetitsgroupesd’hommes masquĂ©s mettent en Ɠuvre desdispositifsd’exploration et d’observation diversement sophistiquĂ©s.Unmissileappareilphoto,unecabine enpaille,unrondindebois amĂ©nagĂ©enembarcation,une tente canadienne en tube sont quelques-unesdesinventions dĂ©ployĂ©espourassouvirleur communepassion:observer lemondequilesentoure. Pourleslecteurs,çadonne quelquechosed’original, muetettoutenlignesdroites, avecdesonomatopĂ©esqui recouvrentlescases.Ons’y perdvolontiers!

Les Pizzlys, par JĂ©rĂ©mie Moreau, ed. Delcourt (2022) Chauffeur Uber nuit et jour Ă  Paris, Nathan enchaĂźne les courses pour subvenir aux besoins de ses frĂšres et sƓurs. À bout de forces, en plein burn-out, il n’arrive plus Ă  rĂ©flĂ©chir. Quand son tĂ©lĂ©phone et donc son GPS tombent en panne, il plonge dans un vide assourdissant... et il a un accident. Annie, sa derniĂšre cliente, lui propose de venir vivre avec elle en forĂȘt, au fin fond de l’Alaska. TransplantĂ©e dans un monde totalement inconnu, la famille va devoir apprendre Ă  s’adapter Ă  ce nouvel environnement, beau mais hostile, Ă  se reconstruire et Ă  s’adapter Ă  ses us et coutumes dans un dĂ©cor dĂ©paysant, oĂč le changement climatique est au centre du quotidien. Dans ce roman graphique aux couleurs sublimes paru chez Delcourt fin 2022, l’auteur JĂ©rĂ©mie Moreau – rĂ©compensĂ© du Fauve d’or au festival d’AngoulĂȘme en 2018 pour la Saga de Grimr – tape une nouvelle fois dans le mille. La narration et le dĂ©coupage sont parfaitement menĂ©s, et certaines planches mĂ©riteraient une expo Ă  elles seules. Un voyage en pleine nature face aux vertiges de la vie citadine... Ă  avoir dans sa collection.

KIBLIND Magazine → 83 → Vertige ïżœïżœ LA BIBLIOTHÈQUE IDÉALE — 59

« [
] comme si, pour saisir un Ă©clair de bonheur, la jeunesse et la beautĂ© avaient besoin de s'Ă©tourdir jusqu'au vertige et de s'enivrer de mouvement jusqu'Ă  la folie. »

« Vertige de l'amour / DĂ©sir fou que rien ne chasse / Le cƓur transi reste sourd / Aux cris du marchand de

— Alphonse de Lamartine, Graziella, 1852

— Alain Bashung (paroles de Boris Bergman), Vertige de l'amour , 1980

KIBLIND Magazine → 83 → Vertige
Kiblind Magazine → 83 → Vertige ïżœïżœ CITATION — 60
glaces »

VERTIGE DE

Peu effrayĂ© par les dĂ©mĂ©nagements, MolĂ©cule dĂ©place son studio d’un bout Ă  l’autre du monde pour capturer in situ les sons immaculĂ©s que nous offrent les Ă©lĂ©ments. Peu importe qu’il faille pour cela naviguer sur un chalutier chatouillĂ© par la houle et les tempĂȘtes dans l’Atlantique Nord, dormir dans le phare hantĂ© de l’üle bretonne de Tevennec et survivre cinq semaines Ă  - 22,7° dans un village inuit du Groenland. Ça ne faisait pas l’ombre d’un pli : c’est la playlist « Vertige » de MolĂ©cule dont nous avions besoin pour ce numĂ©ro.

01 LIGETI – ATMOSPHÈRES

Micro-polyphonie angoissante...

Une musique en mouvement permanent qui rend instable, fragile. Un voyage dans les profondeurs qui ouvre des portes...

02 MAURIZIO – M06A

Minimal, hypnotique, vaste, vertigineux... Le son de Berlin au milieu des années 1990. Quel bonheur !

03 MOODYMANN – I CAN’T KICK THIS FEELING WHEN IT HITS

Le vertige, c’est aussi un peu l’ivresse du dancefloor. Une boucle entĂȘtante qui ne s’arrĂȘtera jamais pour notre plus grande joie.

04

05 MOLÉCULE – J 25

Le silence vaste et profond de la banquise lors d’un hiver groenlandais. Flirter avec l’Origine, caresser l’archaĂŻque. Se rapprocher de ses peurs. Ouvrir ses clavicules, accueillir le cosmos tout entier dans son ventre. Entrer en rĂ©sonance avec l’extĂ©rieur.

06 BERNARD HERRMANN – VERTIGO (THÈME)

Dans Sueurs froides, Hitchcock nous questionne sur le vide et l’apparence. Le maĂźtre du suspense avait Ă  ses cĂŽtĂ©s le gĂ©nial compositeur Bernard Herrmann
 maĂźtre du vertige ?

07 SOUNDWALK COLLECTIVE W/ PATTI SMITH – ETERNITY (FT. PHILIP GLASS & SUFI GROUP) La transe comme moyen d’accĂ©der Ă  des Ă©tats de conscience modifiĂ©s. Étourdissant et jouissif.

08 VERTIGE – BAD MAN

Simple, efficace, tout est dans le nom du groupe.

09 HELADO NEGRO – 2° DIA

Un vertige de douceur
 Un vertige amoureux, aquatique.

10 BRIAN ENO – DEEP BLUE DAY

Parce qu’il faut prendre une certaine hauteur pour avoir le vertige... Vol stationnaire assurĂ©.

ïżœïżœ 61 — PLAYLIST
PINKFLOYD–ECHOES
Untitrefondateuràmesyeux.Unestructure 23 minutesmusicaleinédite,démesurée.Letitredure et35 secondes.Il estconstruitendeux partiesavecensonmilieuunescÚnesonoretrÚs sombreet expérimentale...pouvantprovoquer des hallucinationssynesthésiques.
→ Grap h i s m e : A. B r u g u i Ăš r e → C r Ă© d i t p h o t o : G o l e d z i n o w s k i → P r o p o s r e c u e i l l i s p a r : É . Q u i tt e t KIBLIND Magazine → 83 → Vertige LA PLAYLIST

Takanari Tazaki

VoilĂ  quelques annĂ©es que le travail de Takanari Tazaki s’est fait une place bien confortable dans notre cerveau. Ainsi sur un fauteuil moelleux, la pose Ă©lĂ©gante et le sourire charmeur, il se rappelle frĂ©quemment Ă  notre souvenir en faisant tinter la clochette de l’amour.

Car c’est toujours de ça qu’il a Ă©tĂ© question. À la premiĂšre image apparue sur notre mur Instagram, l’effet fut immĂ©diat. Des prises de vues impossibles, des cadrages renversants et un monde sens dessus dessous nous donnent l’impression d’ĂȘtre dans une boule Ă  neige qu’un enfant de deux ans s’évertue Ă  secouer sans cesse.

Ajoutez Ă  cela une Ă©tude fine de l’environnement et des couleurs chamarrĂ©es, et vous avez lĂ  l’un des plus fascinants dessinateurs qu’il nous ait Ă©tĂ© donnĂ© d’observer. Pour le numĂ©ro "Vertige", son nom est sorti de nos bouches, comme un chƓur annonçant la venue prochaine du deus ex machina.

Eh bien, le voilà, le sauveur. Il s’appelle Takanari Tazaki et son travail est incroyable.

TAKANARI TAZAKI — 62 ïżœïżœ
KIBLIND Magazine → 83 → Vertige
TAKANARI TAZAKI — 63 ïżœïżœ KIBLIND Magazine → 83 → Vertige Unknown
ïżœïżœ TAKANARI TAZAKI — 64 KIBLIND Magazine → 83 → Vertige " anyway "
TAKANARI TAZAKI — 65 ïżœïżœ KIBLIND Magazine → 83 → Vertige
"lobbing" p.2
ïżœïżœ TAKANARI TAZAKI — 66 KIBLIND Magazine → 83 → Vertige " prank "
TAKANARI TAZAKI — 67 ïżœïżœ KIBLIND Magazine → 83 → Vertige
good condition
"
"
ïżœïżœ TAKANARI TAZAKI — 68 KIBLIND Magazine → 83 → Vertige
"
" stupid hill
TAKANARI TAZAKI — 69 ïżœïżœ KIBLIND Magazine → 83 → Vertige " fetch "
ïżœïżœ TAKANARI TAZAKI — 70 KIBLIND Magazine → 83 → Vertige " homecoming "

Nuits sonores

17–21

Visuel : SuperscriptÂČ Ă— Studio Antho
mai 2023
Le Crédit Mutuel donne le

Partager l'espace public pas si difficile ! Lyon vu par camiLle Gobourg et Kiblind

Redonner de la place et du confort aux piĂ©tons, favoriser l’utilisation de modes de dĂ©placement actifs, sĂ©curiser les cheminements, vĂ©gĂ©taliser et adapter la ville aux canicules. L’espace public se transforme pour que la citĂ© favorise le bien-ĂȘtre de tous et toutes.

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ActingClass

MASQUES ■ La rĂ©putation de petit prodige a tout de suite rĂŽdĂ© autour de Nick Drnaso. Avec Beverly, son premier livre sorti en 2016 (2017 en France), il impressionnait jusqu’à Chris Ware grĂące Ă  un dessin minimal, des cases silencieuses et un dĂ©coupage chirurgical dĂ©peignant le dĂ©sespoir de la classe moyenne amĂ©ricaine. Il continuait Ă  fasciner ensuite avec Sabrina, en 2018, qui se penchait sur cette mĂȘme frange du pays, cette fois en proie au complotisme et Ă  la paranoĂŻa. On ne change pas totalement l’équipe gagnante avec Acting Class mais on passe la vitesse supĂ©rieure avec une rĂ©alitĂ© qui nous file totalement entre les doigts. Nick Drnaso continue sa descente dans les eaux troubles de l’AmĂ©rique moyenne avec une simple histoire de cours de théùtre amateur. Il rĂ©unit une troupe de gens aux profils psychologiques diffĂ©rents mais tous pas ouf. Un traumatisme, une socio-pathologie ou un simple mal-ĂȘtre les a poussĂ©s lĂ , parce qu’aprĂšs tout, ça ne peut pas faire de mal. Le professeur John Smith a effectivement plus d’un tour dans son sac pour les faire sortir de leur corps et gratter leurs plaies. Entre le jeu et la sincĂ©ritĂ©, le faux et le vrai, les rĂŽles s’échangent, s’interpĂ©nĂštrent, se dissolvent. Jusqu’au point oĂč le lecteur luimĂȘme se demande si tout ça n’est pas qu’une grande mascarade avec tous ces visages similaires et ce grand gourou au nom trop commun pour ĂȘtre vrai. LĂ , Nick, il semblerait que tu aies nouĂ© mon cerveau pour de bon. Le (toujours) jeune auteur amĂ©ricain se la joue magicien du 9e art. Avec ce mĂȘme dĂ©coupage bien sous tout rapport et son dessin quasi artificiel, Nick Drnaso nous a dĂ©licatement plongĂ©s dans une histoire lynchienne qui va nous perdre. Qui sont tous ces gens ? Existent-ils vraiment ? Qu’est-ce que je viens de lire, en fait ? On s’enfonce en profondeur dans chacun des personnages, on scrute leurs peurs et leurs dĂ©sirs, on glisse doucement du plaisir au traumatisme, tout ça pour ne finalement reposer que sur un sol mou, sur lequel le lecteur peine Ă  rester debout. Patient, maĂźtre de son dessin et mĂ©ticuleux dans la narration, Nick Drnaso est encore parvenu Ă  partir de tout en bas pour nous donner le vertige. Le qualificatif de « prodige » pour ce type est un euphĂ©misme.

→ Acting Class de Nick Drnaso, Presque Lune, 268 pages, 30 € → presquelune.com

SÉLECTION PRINT — 73 ïżœïżœ KIBLIND Magazine → 83 → Vertige

Les Daronnes

EMBROUILLES ■ Le carcan explose dĂšs les premiĂšres pages. Un texto injurieux envoyĂ© au milieu de la nuit par l’hĂ©roĂŻne So-yeon et la baston pathĂ©tique qui en dĂ©coule donne le ton de ces Daronnes, manhwa brillant et premier titre traduit en français de Yeong-shin Ma : la vĂ©ritĂ© sera crue et les situations dĂ©crites sans filtre. Mais attention Ă  ne pas se laisser avoir par ces dĂ©buts tapageurs. Le livre du CorĂ©en est loin de la comĂ©die burlesque que laissent entendre le langage fleuri et le ridicule de la situation de dĂ©part. Si ses personnages sont bruts de dĂ©coffrage, Les Daronnes est avant tout une rĂ©flexion profonde et touchante sur la sociĂ©tĂ© dans son ensemble et la place qu’elle laisse aux femmes de plus de cinquante ans en particulier. L’auteur, trĂšs inspirĂ© par sa propre mĂšre, suit le parcours d’une mĂšre de famille et de ses copines, toutes en proie Ă  une vie intime et professionnelle peu aimable. Des amants volages et toxiques, un patron dĂ©gueulasse, des rejetons collĂ©s Ă  leurs basques et un systĂšme patriarcal qui leur laisse Ă  peine ce qu’il faut d’oxygĂšne pour pouvoir survivre : voilĂ  les poutres que la vie a mises dans leurs roues. Oui mais voilĂ , si les turbulences sont nombreuses et du genre mastoc, il subsiste chez elles la volontĂ© farouche d’ĂȘtre libres malgrĂ© tout. Une puissance qui force le respect et vient frapper en plein cƓur. GrĂące Ă  un dessin qui sait se mouvoir entre finesse et cartoon et un choix mĂ©ticuleux des scĂšnes dĂ©crites, Yeong-shin Ma parvient Ă  mettre la tonne de sel adĂ©quate sur les cicatrices corĂ©ennes. Évitant habilement l’écueil du misĂ©rabilisme et la superficialitĂ© d’une comĂ©die sans saveur, l’auteur virevolte entre humour et messages forts Ă  destination de ses compatriotes aussi bien que des lecteurs du monde entier. Ceux-lĂ  risquent de trĂ©pigner intensĂ©ment face aux choix parfois irrationnels de son hĂ©roĂŻne et surtout aux nombres de chutes qu’elle subit. Mais en creux se dessine surtout l’image de femmes au courage phĂ©nomĂ©nal qui savent user des failles de leur quotidien pour s’inventer leur propre vie. Critique des errances de son pays et amoureux farouche de ses personnages, Yeong-shin Ma livre un ouvrage drĂŽle et sĂ©rieux, libre et incroyablement touchant.

→ Les Daronnes de Yeong-shin Ma, parue chez Atrabile, 368 pages, 25 €

→ atrabile.org

Blood of the

SANS TRUCAGES ■ Il en est ainsi de certaines lĂ©gendes underground : on connaĂźt mal ou trĂšs peu leur travail. Tel est le cas de Sammy Harkham, auteur et Ă©diteur rĂ©vĂ©rĂ© mais dont la bibliographie est plutĂŽt succincte : en français, seul Culbutes, recueil paru il y a dix ans chez CornĂ©lius, est disponible. Il Ă©tait dit que l’annĂ©e 2023 serait celle oĂč nous pourrons mettre un dessin sur un nom, un art sur un mythe. Avec la parution de Blood of the Virgin, dont le gros de l’histoire a Ă©tĂ© prĂ©publiĂ© en 2011 et 2022 dans les propres revues Ă©ditĂ©es par Harkham Crickets et Kramer’s Ergot, CornĂ©lius rend un fier service Ă  tous les amateurs de bande dessinĂ©e qui n’attendaient que de pouvoir lire, sur la longueur, le travail de cet acteur capital de la bande dessinĂ©e amĂ©ricaine. Le rĂ©sultat ne s’est pas fait attendre et plus les pages se tournaient, plus l’amour a enflĂ©. Durant ces trois cents pages, nous suivons – avec moult digressions – le parcours d’un monteur, scĂ©nariste et, il l’espĂšre en tout cas, rĂ©alisateur, au sein d’une industrie sauvage : le Hollywood des nanars dans les annĂ©es 1970. Le fil rouge en est le tournage d’un film dont il croit dĂ©tenir les rĂȘnes, une sĂ©rie B nommĂ©e Blood of the Virgin, pour lequel il va s’arracher pour des clopinettes et une reconnaissance proche de zĂ©ro. Sur le chemin, son couple et sa santĂ© mentale se dĂ©litent dans un beau parallĂšle avec le visage du hĂ©ros, sur lequel les cocards et tumĂ©factions Ă©crivent le grand roman de sa dĂ©chĂ©ance. Le principal spectacle de cet album, c’est qu’il n’y en a pas. MalgrĂ© ce titre grotesque et le milieu qu’elle chronique, la bande dessinĂ©e de Sammy Harkham sait garder son sang-froid. Dans un rythme rĂ©gulier, le dessin propre et sans fioriture de Sammy Harkham construit sa cathĂ©drale sans flonflon ni trompette. Si l’AmĂ©ricain impressionne, c’est prĂ©cisĂ©ment grĂące Ă  cette science du petit pas et de l’anecdotique qui peint, sans qu’on s’en aperçoive, non seulement les alĂ©as d’une existence mais Ă©galement toutes les faiblesses d’une nation qui se croit forte mais qui est surtout sans pitiĂ©. Faire le gros plan pour Ă©voquer l’ensemble et voilĂ  que Sammy Harkham se lance dans une litote fascinante de cette sociĂ©tĂ© qui n’offre que des miettes aux vaincus, Ă  qui il ne reste plus qu’à vivre malgrĂ© tout. Sammy Harkham dĂ©barque rarement dans les bibliothĂšques mais quand il le fait, il ne fait pas le voyage pour rien.

→ Blood of the Virgin de Sammy Harkham, parue chez CornĂ©lius, 304 pages, 35,50 €

cornelius.fr

ïżœïżœ SÉLECTION PRINT — 74 KIBLIND Magazine → 83 → Vertige
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Cornélius
ah ! ah ! ah ! aah
 aaah
 han. aaah- han !  PAS AUTANT LES SOURCILS, D’ACCORD ? TU M’AS RAPPORTÉ LES BOBINES DU CAMION, AU  FAIT ? ET LA BOÎTE DE EN RAB, ET TU NE M’AS TOUJOURS PAS REMBOURSÉ. TU AS BU OU QUOI, EVERET ? SALUT, SEYMOUR ! VIENS NOUS VOIR ! SALUT, SCÈNE ? EN L’ÉCRIVANT, J’AVAIS QUI TRANSPARAÎT DANS SES INTONATIONS, MÊME QUAND APPORTE UNE ÉNERGIE SEXUELLE ET UNE PRESTANCE ABSOLUMENT UNIQ TÉLÉPHONE ! SEYMOUR ! JOY. TU LA JOUES LA PERFECTION. LES DIALOGUES PRENNENT VIE MERVEILLE. FORMIDABLE, CETTE PREMIÈRE SEMAINE. VAL EST AUX ANG TÉLÉPHONE. AH, D’ACCORD. VAL, NOUS AURONS QUITTÉ À 15 HEURES PILES. ARRÊTEZ UN PEU DE ET FERAI UN  PLAISIR DE E LE FACTURER ! OÙ EST TERRY POUR TU PEUX M’APPORTER  TES RÊVES, MON POTE. Virgin
Sammy Harkham

Défense

d’entrer ici feignante,pñle et pensive

Mary-Pain,

CONFINEMENT ■ Bienheureusement, il reste quelques globules de fougue adolescente qui circulent dans notre sang ; des relents d’interdit d’interdire qui se nichent lĂ , dans un coin toujours actif de notre cerveau. Ainsi, nous avons pu passer outre l’avertissement qui figure en couverture de ce premier livre traduit en français – sauf erreur – de l’immense auteur et illustrateur Patrick Kyle, DĂ©fense d’entrer ici. Et Ă  cette dĂ©sobĂ©issance primale, l’auteur rĂ©pond avec un livre fascinant. Le dĂ©cor et l’atmosphĂšre de ce livre, pourtant sorti Ă  l’origine en 2016, ne seront pas sans rappeler les souvenirs douloureux du printemps 2020. Le personnage principal ne sort pas de son appartement, ce qui permet Ă  Patrick Kyle de dĂ©cliner toutes les angoisses et hallucinations que provoque la vie en milieu confinĂ©. Tout au long du livre, le hĂ©ros se trouvera confrontĂ© aux problĂšmes inhĂ©rents Ă  la location prĂ©caire (cafards, poussiĂšre, petitesse) et Ă  la solitude. Ses seuls interlocuteurs seront un ordinateur particuliĂšrement retors et une Ă©trange crĂ©ature vivant dans les murs. Cet environnement anxiogĂšne offre Ă  Patrick Kyle l’occasion d’élargir sa narration au domaine du fantastique et, par lĂ , de multiplier les effets graphiques. Car le dessinateur anglais n’est pas du genre Ă  se cantonner au rĂ©alisme. Son trait aime Ă  flirter avec l’abstraction et donne au lecteur le droit d’entrer dans un monde pareil Ă  nul autre. DĂ©fense d’entrer ici en est la dĂ©clinaison romancĂ©e, celui-ci faisant se confronter le graphisme frugal des murs avec les coups de pinceau gĂ©nĂ©reux formant l’univers mental du hĂ©ros. Nous sommes lĂ  face Ă  une expĂ©rience troublante oĂč le fantastique erratique se mĂȘle avec la sordiditĂ© du quotidien, une forme de suspens en plein milieu de la routine. La folie se trouve cadenassĂ©e, enfermĂ©e dans une boĂźte aux contours alĂ©atoires dont la mouvance n’empĂȘche pas le sentiment d’enfermement. DĂ©fense d’entrer ici prend l’allure d’un laboratoire dont les idĂ©es dĂ©bordantes amĂšnent aux expĂ©riences les plus hypnotisantes. Pas d’inquiĂ©tude, vous ĂȘtes les bienvenus.

→ DĂ©fense d’entrer ici de Patrick Kyle, parue chez FrĂ©mok, 264 pages, 23 €

→ fremok.org

ERRANCE ■ Le dĂ©but du livre est duraille pour son hĂ©roĂŻne. Mary-Pain, artiste de 34 ans, est contrainte de revenir vivre dans son village natal. À peu prĂšs perdante sur tous les fronts de la vie, elle se dĂ©bat contre la double offensive du manque d’argent et du manque d’inspiration. Alors, bien malgrĂ© elle, c’est le retour aux sources. Des sources croupies par le suicide de sa mĂšre dans la piscine de la maison familiale et par une population qui la tient trĂšs majoritairement pour responsable. En guise de cerise sur ce gĂąteau Ă  la merde, elle doit s’occuper d’un grand-pĂšre mourant et capable de bien peu de choses. On part donc de trĂšs bas. Mais c’est souvent Ă  ce moment-lĂ  que d’un coup de pied sur le carrelage sale d’une piscine abandonnĂ©e, on tente de remonter Ă  la surface. D’autant plus si les quelques Ăąmes gentilles traĂźnent autour du trou. Si les mains qui se tendent ne sont pas nombreuses, elles ont au moins le mĂ©rite d’exister. Et Mary-Pain s’y accroche tant bien que mal. Il y a Chris, le meilleur ami qui n’a pas su se tirer du village. Il y a le petit voisin Andreas qui collectionne les vierges Marie, ces mĂšres Ă©ternelles. Il y a aussi le grand-pĂšre qui, bien que mal en point, est un des derniers liens de Mary-Pain avec sa famille. Une fine Ă©quipe bientĂŽt rejointe par son pĂšre, sorte de deus ex machina bof, mais qui lui tire une fiĂšre chandelle du pied et qui lui offre aussi un demi-frĂšre. L’autrice espagnole Lola Lorente, dont le premier album La Chair de ma chair a paru en 2011 chez Cambourakis, accompagne cette errance rĂ©demptrice avec un trait qui sait choper les tribulations mentales de cette fille plus que patraque. TantĂŽt rude, tantĂŽt grandiose, le dessin de l’artiste donne Ă  ces aventures le goĂ»t amer qui leur va si bien. Misant sur une mise en scĂšne libre, optant pour le dessin pleine page aussi bien que pour le gaufrier le plus classique, Lola Lorente parvient Ă  nous faire vivre les affres d’une pensĂ©e en plein questionnement. La rĂ©alitĂ© la plus crasse et la mystique la plus dĂ©connectĂ©e dialoguent cordialement, dans un livre oĂč la folie guette sĂ©rieusement son hĂ©roĂŻne. À la derniĂšre page, le bout du tunnel est encore loin et les fantĂŽmes pas tout Ă  fait disparus. Mais le voyage du lecteur aux cĂŽtĂ©s de Mary-Pain a fait son taf : le cƓur a Ă©tĂ© violemment touchĂ© et il aura bien du mal Ă  s’en remettre.

→ Mary-Pain, feignante, pĂąle et pensive de Lola Lorente, disponible aux Ă©ditions Actes Sud BD, 244 pages, 28 €

→ actes-sud.fr

SÉLECTION PRINT — 75 ïżœïżœ KIBLIND Magazine → 83 → Vertige
Patrick Kyle FRMK FRMK Patrick Kyle

Oiseaux de nuit Tous les

NYCTALOPE ■ On ne ressort que trĂšs rarement grandi d’une soirĂ©e passĂ©e Ă  Ă©cumer les bars. Surtout quand aucune occasion ne s’y prĂȘte et que la fĂȘte n’est pas au rendez-vous. Ces sorties Ă  deux, prĂ©vues parce qu’on en ras le cul d’à peu prĂšs tout et qu’on ne sait jamais, la magie combinĂ©e de la Pelforth et d’une amitiĂ© historique peut valoir le coup. Il reste que pour certaines personnes, il s’agit d’un moment indispensable. Dans cet espacetemps aux contours flous, la parole se libĂšre, le quotidien prend du recul et cet Ă©cart prend les habits d’une dĂ©pressurisation salvatrice. Jaroslav RudiĆĄ et Nicolas Mahler viennent ici nous raconter l’une de ces nuits anecdotiques oĂč l’éthylisme et la raison se combattent durement avant de se tomber dans les bras. Le plaisir de cette bande dessinĂ©e tient prĂ©cisĂ©ment dans cette acuitĂ© avec laquelle les auteurs dĂ©cryptent ces moments peu glorieux. Des deux personnages principaux, nous ne savons rien au dĂ©part. Ni comment ils s’appellent, ni comment ils se connaissent. Et puis, par bribes, des Ă©lĂ©ments nous viennent, amenĂ©s naturellement au fil des conversations saoules qui s’enchaĂźnent. Leur moteur est un dĂ©sespoir latent, endurci par le temps qui file et les regrets qu’ils traĂźnent. DerriĂšre eux, la ville de Prague surgit pour y ajouter un peu de son histoire chaotique, comme un troisiĂšme larron un poil timide. Les sujets s’enchaĂźnent, se coupent la parole, disparaissent et reviennent dans une confusion Ă  laquelle seul l’alcool est capable d’offrir une cohĂ©rence. Les amours, les rĂȘves impossibles, la grande Histoire et l’amitiĂ© se chevauchent et s’entrecroisent pour laisser finalement percer un sentiment d’impuissance ravivĂ© d’une once d’espoir, reprĂ©sentĂ©e ici par chaque bar encore ouvert, comme un phare de plus dans la nuit. Pas d’intrigue, pas d’effusion, pas de morale, mais la banalitĂ© touchante de deux personnages Ă  la croisĂ©e des chemins. Jaroslav RudiĆĄ parvient avec une troublante justesse Ă  rendre Ă  ces discussions de fin de soirĂ©e leurs vĂ©ritĂ©s et leurs fantasmes, leurs absurditĂ©s et leurs Ă©clairs de gĂ©nie, en un mot leur humanitĂ©. Nicolas Mahler avec un dessin minimal et un trĂšs bel usage du noir exprime avec brio le poids d’une existence qu’on espĂ©rait sublime et qui se rĂ©vĂšle imparfaite. Avec humilitĂ© et sans lourdeur, les deux artistes parviennent Ă  allumer ici ou lĂ  quelques petits lampions pour Ă©clairer la chambre noire dans laquelle nous nous perdons.

→ Oiseaux de nuit de Jaroslav Rudiơ et Nicolas Mahler, parue chez L’Association, 144 pages, 26 €

→ lassociation.fr

vivants

FANTÔME ■ Il y a quelque temps, une jolie fleur d’idolĂątrie a poussĂ© dans le champ de notre amour de la bande dessinĂ©e. Nous l’avons dĂ©diĂ©e Ă  Roman Muradov et, livre aprĂšs livre, elle s’est Ă©toffĂ©e pour devenir aujourd’hui un arbre imposant qu’il sera bien difficile de dĂ©raciner. AprĂšs Aujourd’hui demain hier (2016) et Les Aventures de Munich dans Marcel Duchamp (2020), l’auteur new-yorkais d’origine armĂ©nienne revient faire un tour chez Dargaud pour nous proposer une troisiĂšme bande dessinĂ©e. Comme Ă  son habitude, celle-ci goĂ»te la singularitĂ© et le savoir-faire pour ajouter une nouvelle rĂ©ussite Ă  une fort charmante carriĂšre. Dargaud continue donc, et c’est un bonheur, le pari Ă©ditorial entamĂ© il y a sept ans avec cet auteur qui ne ressemble dĂ©cidĂ©ment Ă  aucun autre. Cet album pourrait bien ĂȘtre le plus accessible des trois, celui de la modĂ©ration au service d’un rĂ©cit continu. Mais il ne faut pas pour autant s’en attrister. Car si Roman Muradov tente moins, c’est Ă©galement qu’il s’éparpille moins. Et ce qu’on entend chez lui par modĂ©ration vaut mille expĂ©rimentations pour d’autres. Ainsi, nous retrouvons son dessin aux multiples facettes, simple voire maigre au premier abord mais qui recĂšle de multiples tentatives et techniques pour lui offrir Ă  la fois poĂ©sie et aspĂ©ritĂ©s. Ici, ce style si particulier lui est d’un grand secours car l’histoire qu’il nous raconte se fait tour Ă  tour dĂ©sespĂ©rante et rĂȘveuse. Pensez donc, l’histoire commence par le suicide de son hĂ©roĂŻne principale. Pourtant, par un sombre jeu de loterie organisĂ© par les gardiens de l’enfer, la voilĂ  qui retourne sur terre, avec un petit bonus : elle peut voir les fantĂŽmes, dont le sien qui habite dĂ©sormais chez elle. Pour cette femme seule, au travail aliĂ©nant et Ă  la vie bien trop morne, son fantĂŽme fera office de confident, d’aide et de meilleur alliĂ©. Ce n’est pas l’histoire d’une Ă©claircie salvatrice que nous conte Roman Muradov. La situation ne s’amĂ©liore pas radicalement. Mais ici et lĂ , de nouvelles graines sont posĂ©es et, qui sait, peut-ĂȘtre iront-elles jusqu’à se dĂ©velopper. En murmurant, sur la pointe des pieds, Roman Muradov ramasse des Ă©clats de vie, les dĂ©poussiĂšre un peu tout en marchant sur la fine ligne qui sĂ©pare la vie de la mort, le dĂ©sespoir d’une tĂȘte relevĂ©e. Sans moral, sans sentence dĂ©finitive, l’auteur nous livre une rĂ©flexion subtile sur le suicide. Ce qui est assez rare pour ĂȘtre lu avec attention.

→ Tous les vivants de Roman Muradov, parue chez Dargaud, 160 pages, 22 € → dargaud.com

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Saison 1

Un coffret inĂ©dit, Ă©ditĂ© Ă  200 exemplaires, qui rassemble tous les strips rĂ©alisĂ©s chaque dimanche sur Instagram par les 16 artistes de la saison 1 de SQUAREÂČ. Une contrainte comme point de dĂ©part : un carrĂ© dans un carrĂ©. Les pochettes sont disponibles individuellement.

À dĂ©couvrir dans nos ateliers Ă  Lyon et Paris ou sur www.kiblind-atelier.com

Astra Nova

DÉCOLLAGE ■ La derniĂšre fois que nous avons croisĂ© le travail de Lisa Blumen, la Terre allait exploser. Ce sont des choses qui arrivent. Et tant mieux d’ailleurs puisque sa BD sur le sujet, Avant l’oubli, Ă©tait formidable. Apparemment, la jeune artiste a su s’en remettre avec aplomb (et le prix de l’ADAGP) puisque la voilĂ  de retour, mĂȘme pas deux ans aprĂšs, avec Astra Nova Comme quoi l’apocalypse, on dit des trucs et puis, hein, bon. Toutefois, on remarquera une certaine cohĂ©rence dans les sujets traitĂ©s par l’ancienne Ă©tudiante de la HEAR. Si, dans Astra Nova, le monde va plutĂŽt bien, c’est le destin de l’hĂ©roĂŻne qui est sans retour. Une fin du monde perso, en quelque sorte. Nova, c’est son nom, s’apprĂȘte Ă  s’envoler pour une mission spatiale bien trop longue pour qu’elle puisse en revenir. Elle ne s’en Ă©meut pas, elle est mĂȘme volontaire pour l’affaire. Sauf qu’avant de partir, les dispositions juridiques de ce futur plus ou moins proche obligent Nova Ă  se rendre Ă  une fĂȘte d’adieu avec des amis qu’elle avait perdus de vue. Quelle galĂšre. Nous sommes d’accord avec Lisa Blumen. Pourquoi tant s’intĂ©resser aux premiĂšres fois quand ce sont les derniĂšres qui nous rĂ©vĂšlent. Ces moments de latence oĂč l’on sait que tout va finir sont ceux oĂč l’on prend conscience du sens de notre vie, de notre rĂŽle sur Terre, ceux oĂč l’on tente de sĂ©parer ce qui est important de ce qui ne l’est pas. Au petit jeu de faire intervenir le grand tout pour mieux scruter l’intimitĂ©, Lisa Blumen est sacrĂ©ment fortiche. Les petits riens, les dialogues, les moments d’échange et d’introspection sont les piĂšces de son puzzle pour mieux faire le bilan de l’espĂšce humaine. Une fois encore, avec Astra Nova, elle Ă©tudie avec minutie et bienveillance le moment absurde de l’attente de la fin. GrĂące Ă  son dessin aussi simple que doux et son usage toujours plus subtil des couleurs, Lisa Blumen nous dessine le chaos en pente douce. Tout va finir, mais son trait rappelle la douceur d’un monde qui vit encore. Et peut-ĂȘtre, Ă  force de caresser la feuille de son feutre, une touche d’espoir va-t-elle revenir ? Peut-ĂȘtre que la solitude que Nova s’est imposĂ©e Ă©tait un mauvais choix ? Les autres ont parfois du bon et Lisa Blumen s’attache Ă  nous le prouver avec tendresse et intelligence.

→ Astra Nova de Lisa Blumen, parue chez L’EmployĂ© du moi, 178 pages, 24 €

→ employe-du-moi.org

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Mars > Mai 23

Une saison aux Ateliers Presqu’üle et Hors-les-murs

AVRIL

→Ateliers Presqu’üle, Lyon 2

Atomic Alert

FRÉDÉRIC SONNTAG ET THOMAS RATHIERASANISIMASA

Nous étions jeunes alors

FRÉDÉRIC SONNTAG - ASANISIMASA

Sócrates (Gagner ou perdre mais toujours en démocratie)

FRÉDÉRIC SONNTAG - ASANISIMASA

MAI

→Ateliers Presqu’üle, Lyon 2

La Germination

D’autres mondes possibles (Ă©pisode 1)

JORIS MATHIEU ET NICOLAS BOUDIER EN COMPAGNIE DE HAUT ET COURT

Transformé

FANNY DE CHAILLÉ ET SARAH MURCIA - DISPLAY

Boum Boum Boum

FANNY DE CHAILLÉ - DISPLAY

Une autre histoire du théùtre

FANNY DE CHAILLÉ - DISPLAY

MAI / JUIN

Terces

JOHANN LE GUILLERM

→Chapiteau Parc de Parilly, VĂ©nissieux

TNG-LYON.FR | 04.72.53.15.15

Illustration FrĂ€neck –Graphisme Jeudimidi –Licences d’entrepreneur du spectacle : PLATESV-R-2021-003839PLATESV-R-2021-006785PLATESV-R-2021-003797PLATESV-R-2021-003798SIREN 307 420 463
dĂšs 15 ans dĂšs 15 ans dĂšs 15 ans dĂšs 14 ans dĂšs 15 ans dĂšs 10 ans dĂšs 10 ans dĂšs 7 ans

LECOIN DES KIDZ

Alphabet du grenier

VoilĂ  prĂšs de dix ans, le dessinateur JĂ©rĂ©mie Fischer Ă©tait un fringant jeune homme qui sortait un sacrĂ© beau livre jeunesse, C’était chez Orbis Pictus Club et c’était tirĂ© Ă  250 exemplaires. FlĂ»te. Gloire alors Ă  la maison d’édition des Grandes Personnes qui a la riche idĂ©e de rééditer et de mieux distribuer ce formidable livre-objet. Jouant de calques, de spirales et de formes abstraites, le livre fait apparaĂźtre Ă  chaque page tournĂ©e des lettres comme par magie. On retrouve lĂ  les obsessions graphiques de JĂ©rĂ©mie Fischer, entre rĂȘve et rĂ©alitĂ©, abstraction et figuration, adaptĂ©es tout exprĂšs pour les petits pipous. Manquerait plus que ça leur apprenne Ă  lire.

→ Alphabet de JĂ©rĂ©mie Fischer, parue chez Les Grandes Personnes, 26 pages, 15 € → editionsdesgrandespersonnes.com

L'Imagier

Consistant Ă  illustrer des mots du quotidien ou une thĂ©matique bien prĂ©cise, l’imagier est gĂ©nĂ©ralement indolore. Ici, Émilie Chazerand, au texte, a choisi de donner aux enfants de quoi manger. Par le choix de certains mots trĂšs contemporains (fiertĂ©, bar, tatouages, collages, etc.) mais surtout par leurs dĂ©finitions engagĂ©es, elle donne un coup de collier à l’habituelle platitude du genre. Alternant rĂ©flexion, humour et tendresse, elle colle au vrai univers des enfants sans les prendre pour des demeurĂ©s. À cela s’ajoutent les toujours chics et trĂšs accessibles dessins d’Anna Wanda Gogusey pour offrir une rĂ©alitĂ© palpable Ă  des notions parfois complexes. Ici, comme dans les autres imagiers, nous dĂ©couvrons le monde. Mais cette fois, c’est le monde d’aujourd’hui.

→ L’Imagier d’Émilie Chazerand et Anna Wanda Gogusey, paru chez La Ville BrĂ»le, 96 pages, 16 €

→ lavillebrule.com

L’ĂȘtre humain, mĂȘme quand il est mort, garde des rĂ©flexes bien curieux. Ainsi en est-il de ce petit fantĂŽme qui hante le grenier d’une maison oĂč vit une petite fille avide de le rencontrer. Pourtant celui-ci fait tout pour la faire fuir, fier de son territoire et rĂ©tif Ă  ce qui ne fait pas partie de sa routine. Évidemment, Ă  la fin, tout se passera bien. Pour le lecteur, tout s’est bien passĂ© depuis le dĂ©but puisque page aprĂšs page, il a pu admirer le travail au fusain de Mamiko Shiotani, fait de doux granules aux couleurs Ă  peine Ă©voquĂ©es. L’atmosphĂšre trouble qu’elle impulse à ses images n’empĂȘche pas la lumiĂšre d’émerger des visages ronds et chaleureux, cassant avec la minutie des dĂ©cors. Ainsi, le chaud et le froid sont soufflĂ©s, et nous n’avons plus qu’à nous pelotonner dans la tiĂ©deur rassurante d’un superbe album jeunesse.

→ L’Ami du grenier de Mamiko Shiotani, parue chez La Partie, 40 pages, 15,90 € → lapartie.fr

Alors, oui. Le titre, c’est ça ? Et l’univers scatologique du livre... Je comprends. NĂ©anmoins. Si le chien et personnage principal de Monsieur Crotte est effectivement le propriĂ©taire d’un systĂšme digestif singulier, il vaut mieux en rire, c’est fait pour ça. Car l’enjeu du livre est tout autre. Si Hippolyte, le maĂźtre, s’inquiĂšte tellement fort de cette situation qu’il enchaĂźne avec son chien les rendez-vous chez des mĂ©decins plus ou moins confirmĂ©s, la vĂ©ritĂ© lui sautera bientĂŽt aux yeux : avec ou sans crotte, c’est son chien prĂ©fĂ©rĂ© du monde. L’entente Simon Bailly-Ella Coutance fait des miracles grĂące à ce dessin Ă  la beautĂ© pure et Ă  cette trĂšs jolie histoire de tolĂ©rance cachĂ©e dans un tas de caca. Comme quoi les perles ne se trouvent pas que dans des huĂźtres.

→ Monsieur Crotte de Simon Bailly et Ella Coutance, Actes Sud Jeunesse, 40 pages, 15,50 €

→ actes-sud.fr

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L'Ami Monsieur Crotte 15,90€ Lami_du_grenier_COUV_def.indd

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Lesfilmsvertigineux de Boris Labbé

On entre dans un film de Boris LabbĂ© comme dans un rĂȘve Ă©trange. Ce genre de rĂȘves sans repĂšres dimensionnels, sans cadre, sans narration, sans espace connu, sans notion de temps. Lorsque les images frappent librement notre esprit endormi, sans rĂšgles et sans ordre, dans une joyeuse anarchie libĂ©rĂ©e du filtre qui retient l’absurde. Ou comme quand on rĂȘve qu’on tombe. La vraie sensation de chute, belle et bien rĂ©elle, avec les fourmillements dans les jambes pour attester de sa rĂ©alitĂ©. Le vertige.

Ce vertige justement, est une notion – ou plutĂŽt une sensation –centrale dans le travail du rĂ©alisateur. « Beaucoup d’élĂ©ments de mes films viennent d’idĂ©es que j’ai Ă  mon rĂ©veil. Des rĂȘves de chute. Un vertige qui n’est pas rĂ©el, qui est gĂ©nĂ©rĂ© par notre cerveau, mais dont les sensations bien rĂ©elles m’inspirent. C’est ce qui me plaĂźt dans les rĂȘves : pas le contenu, mais la sensation. » C’est de cette maniĂšre qu’il façonne ses films, comme on tisse des songes : dans une sorte d’état de concentration spĂ©ciale, qui fait qu’on se projette dans l’objet animĂ©, artificiellement mais pourtant concrĂštement. « Dans l’animation, on fabrique des choses qui ne sont pas rĂ©elles. On fait de l’artifice. Mais un artifice qui permet justement de provoquer quelque chose, une Ă©motion, un ressenti, qui sont bien rĂ©els. »

ïżœïżœ SÉLECTION ANIMATION — 82 KIBLIND Magazine → 83 → Vertige
Rhizome
J.
Recherche pour Rhizome
Kyrielle
Il(s) tourne(nt) en rond

La sensation dĂ©routante, elle, est dĂ©jĂ  dans les compositions expĂ©rimentales de ses courts-mĂ©trages, dans les textures organiques, et peut-ĂȘtre plus encore dans les mouvements qui leur sont imposĂ©s et qui conduisent inĂ©vitablement Ă  la multiplication des formes. Le rythme, hypnotique, mĂ©canique, accompagnĂ© par une musique minutieusement conçue, est le vrai conducteur d’une progression envoutante dont l’aboutissement est une sorte de transe, dans laquelle fourmille une myriade de petits acteurs fantasmatiques.

On part de chorĂ©graphies simples, qui se rĂ©pĂštent en canon, s’amplifient exponentiellement et deviennent folles. C’est un jeu asymptomatique avec le temps ; parce que l’accroissement de ses modules, de ses formes, de ses personnages, de ses constructions, tend mathĂ©matiquement vers l’infini. C’est pourquoi on peut rester des heures devant un film d’animation de quelques minutes de Boris LabbĂ©, tellement il y a de choses Ă  voir, Ă  revoir, comme devant un tableau de JĂ©rĂŽme Bosh. La filiation est d’ailleurs pleinement assumĂ©e, notamment dans ses films dessinĂ©s Ă  la main, animĂ©s Ă  l’encre de chine et aquarelle sur papier : Kyrielle, Rhizome, La Chute Escher, aussi, et ses figures impossibles, n’est pas trĂšs loin.

« Quand je commence un projet, je collectionne des images. Je vais en chercher et en accumuler un grand nombre : des images d’artistes, d’auteurs, de scientifiques, etc., pour arriver Ă  un corpus de formes, de possibles. Une lecture d’un livre ou d’un simple passage, un artiste que je viens de rencontrer, un principe abordĂ© dans un prĂ©cĂ©dent projet que je veux dĂ©velopper, des recherches dans toutes les directions
 quelque chose se passe. Quelque chose qui me permet de remplir la page blanche et de commencer une nouvelle crĂ©ation. L’image est pour moi plus importante que le texte. Et dans cette recherche d’images proche de la dĂ©marche d’un chercheur en sciences dures, j’avance comme un aveugle qui cherche son chemin. Jusqu’à ce que j’arrive Ă  l’image d’appui, qui va dĂ©clencher tout le reste. »

Cette dĂ©marche, mĂ©thodique, compulsive, explique la dimension expĂ©rimentale de ses films. Une fabrique d’images, d’objets, de formes, de petites choses sorties plus ou moins du nĂ©ant et qui attendent Ă  l’écran d’ĂȘtre animĂ©es, de recevoir cette Ă©nergie particuliĂšre qui va transformer leur matiĂšre en mouvement, qui va les faire danser devant nous, juste pour le plaisir du rythme, de la crĂ©ation et de la sensation. Et c’est beau, troublant et vertigineux.

FILMOGRAPHIE / CRÉATIONS

Ils tournent en rond, 2010, EMCA.

∙ Cinetique, 2011, EMCA.

∙ Kyrielle, 2011, EMCA.

∙ Caverne, 2011, EMCA.

∙ Danse Macabre, Installation, 2013.

∙ Rhizome, 2015, Sacrebleu Productions.

∙ Any Road, 2016, commande de l’auditorium de Lyon et du GRAME.

∙ Orogenesis, 2016.

∙ La Chute, 2018, Sacrebleu Productions.

∙ Sirki, 2019, sĂ©rie de quatre courts-mĂ©trages, commande de la ville de Sapporo.

∙ Monade, 2020, Installation, 2020-2022, coproduction VIDEOFORMES et Bandini Films.

∙ Le Lac, 2020, ScĂ©nographie du spectacle Le Lac des cygnes d’Angelin Preljocaj.

∙ Les NuĂ©es, 2021, VidĂ©o Mapping sur l’église de la Madeleine, Aix-en-Provence.

∙ Cristallogenùse, mapping, sortie avril 2023.

∙ Glass house, Concert immersif, sortie en juin 2023, Ensemble Cairn.

∙ Mono no aware, sortie courant 2024, Sacrebleu Productions.

SÉLECTION ANIMATION — 83 ïżœïżœ KIBLIND Magazine → 83 → Vertige
On part de chorĂ©graphies simples, qui se rĂ©pĂštent en canon, s’amplifient exponentiellement et deviennent folles.
Affiche pour Le Festival d'un jour 2022
Recherche pour Mono no aware
La Chute
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CLIP CLAP

Quand le clip vient sublimer une musique qui est dĂ©jĂ  de toute beautĂ©, alors lĂ , l’extase est maximale. Chaque mois, sur notre site kiblind.com, nous cĂ©lĂ©brons le clip musical animĂ©. Qu’il soit en 2D, en 3D, en stop motion, ou encore dessinĂ© Ă  la mano, le clip illustrĂ© est partout et il a fiĂšre allure. On vous prĂ©sente ici deux clips illustrĂ©s rĂ©cents qui nous ont coupĂ© la chique. Et pour en parler, qui de mieux que les personnes qui les ont illustrĂ©s et animĂ©s ?

IÑIGO MONTOYA TOTEM

ILLUSTRATION/ANIMATION: ZEUGL

→ L'histoire

Notre intention Ă©tait d’emmener les spectateurs dans un mĂ©taverse utopique nommĂ© « BetterThanLife ». Cette rĂ©alitĂ© alternative numĂ©rique rĂ©vĂšle petit à petit sa rĂ©elle nature Ă  travers des bugs visuels et par la pollution de diffĂ©rentes fenĂȘtres publicitaires qui nous rappellent que toute cette vĂ©gĂ©tation luxuriante et ces animaux qui se promĂšnent librement ne sont que des pixels sur un Ă©cran.

→ La rĂ©alisation

Sans rĂ©vĂ©ler tous nos secrets, le principe de base est assez simple : on a choisi d’utiliser les emojis comme outils de dessin, en exploitant les variations de couleurs de chacun d’entre eux pour crĂ©er les volumes et tons de nos illustrations. Une fois ces Ă©lĂ©ments rĂ©alisĂ©s, nous les avons combinĂ©s afin de crĂ©er les dĂ©cors que nous avons ensuite composĂ©s en 3D dans After Effect. Certaines sĂ©quences, telles que les animaux qui courent, sont quant Ă  elles animĂ©es en rotoscopie puis intĂ©grĂ©es dans les dĂ©cors 3D.

On a utilisĂ© environ 140 emojis diffĂ©rents dans la version finale du clip qui nous a pris au moins six semaines complĂštes de travail pour sa rĂ©alisation. En moyenne, chaque sĂ©quence d’animal qui court a pris trois heures Ă  dessiner et on compte entre une et deux heures pour les Ă©lĂ©ments fixes selon leurs dimensions car pour avoir une taille d’emojis homogĂšne (sauf cas spĂ©cifiques), chaque Ă©lĂ©ment a Ă©tĂ© dessinĂ© Ă  son Ă©chelle finale.

→ Les inspirations

Pour crĂ©er les fameuses fenĂȘtres publicitaires dont on parlait plus haut, on s’est beaucoup inspirĂ©s de nos expĂ©riences de navigation Internet : elles sont l’archĂ©type du style de pop-ups indĂ©sirables qui remplissent nos Ă©crans. Le comble dans tout ça, c’est que la prĂ©sence de ces messages a causĂ© (et cause toujours) de gros problĂšmes pour la visibilitĂ© du clip. Apparemment, certaines injonctions comme « Cliquez ! », « Hacked » et le faux Windows Ă  la fin rendent notre clip inĂ©ligible à la sponsorisation, ce qui est complĂštement ironique quand on pense au message que l’on vĂ©hicule dans cette vidĂ©o.

Enfin, il nous semblait important de mentionner l’artiste japonais Hiro Isono, dont les fabuleuses peintures nous ont servi de rĂ©fĂ©rences principales dans l’élaboration de la direction artistique de ce clip (et des visuels qui accompagnent la sortie de l’album dont « Totem » est extrait)

ïżœïżœ SÉLECTION ANIMATION — 84 KIBLIND Magazine → 83 → Vertige SÉLECTION 84

BON ENFANT PÂTE À BISCUIT

ILLUSTRATION /ANIMATION : GASPARD EDEN

→ L'histoire

Le vidĂ©oclip ne raconte pas une histoire Ă  proprement parler. Il s’agit plutĂŽt d’une expĂ©rience visuelle dans laquelle j’ai tentĂ© de laisser libre cours Ă  mon imagination ; la narration des animations est parfois influencĂ©e par les paroles de la chanson sans pour autant les raconter. J’ai envisagĂ© plutĂŽt une trame visuelle d’accompagnement que l’inverse, c’est-Ă -dire une trame sonore qui accompagne le visuel. De cette maniĂšre, l’attention n’est pas dĂ©tournĂ©e de la musique et le support visuel sert de stimulus Ă  la piĂšce de Bon Enfant.

→ La rĂ©alisation

C’est la premiĂšre fois que je fais de l’animation. Je n’avais jamais touchĂ© au medium auparavant. C’était donc une courbe d’apprentissage en temps rĂ©el, un dĂ©fi que ça me dĂ©mangeait de relever depuis un bon moment. J’ai dessinĂ© chronologiquement tout ce que l’on visualise au cours de l’animation ; le premier plan du clip, c’est le premier que j’ai dessinĂ©, le dernier, c’est le dernier que j’ai dessinĂ©. Il n’y avait aucun storyboard, aucune idĂ©ation. J’avais quelque chose en tĂȘte et peu de temps (il n’y a jamais assez de temps en animation) pour le faire. J’ai donc travaillĂ© jour et nuit, pendant des mois, sans trop rĂ©flĂ©chir. Je voulais simplement me surprendre Ă  travers mes idĂ©es et les faire bouger du mieux que je pouvais. Parfois les paroles m’ont influencĂ© au premier degrĂ©, parfois au second. À certains moments, j’aimais jouer Ă  rĂ©pondre Ă  ce que les paroles me dictaient de dessiner, toujours avec des petits clins d’Ɠil, des petites surprises. Parfois, je me suis Ă©tonnĂ© Ă  faire des liens lĂ  oĂč je croyais qu’il n’y en avait pas. Je ne voulais pas nĂ©cessairement crĂ©er un narratif afin d’accompagner le morceau de Bon Enfant. C’est plutĂŽt l’ambiance de la musique qui m’intĂ©ressait. Je voulais crĂ©er une autre dimension, une dimension qui est visuelle et qui capte l’attention, qui accompagnerait les couleurs musicales du morceau.

→ Les inspirations

Les « crĂ©atures » sont souvent non rĂ©flĂ©chies, je me tiens loin de tout ce qui est trop conceptuel. Si j’intellectualise mon travail en l’effectuant, je finis avec une page blanche. Mon envie premiĂšre Ă©tait de me dĂ©poussiĂ©rer le subconscient et de laisser sortir les petits troglodytes de la caverne encĂ©phalique.

Pour vivre la lecture de ce papier de façon optimale, allez donc voir nos sĂ©lections mensuelles des clips animĂ©s sur kiblind.com. Avec le son et l’image, c’est plus sympa quand mĂȘme.

Propos recueillis par : É. Quittet

SÉLECTION ANIMATION — 85 ïżœïżœ KIBLIND Magazine → 83 → Vertige SÉLECTION ANIMATION — 85

SQUAREÂČ

SQUAREÂČ est une BD originale publiĂ©e chaque dimanche sur le compte Instagram de KIBLIND. La saison 2 a dĂ©butĂ© en juillet 2022. Le principe : chaque semaine pendant un mois, un artiste que nous avons choisi dessine un strip qui doit respecter les rĂšgles graphiques suivantes : un carrĂ© central / 4 cĂŽtĂ©s / 4 cases / 4 couleurs. Ici, une variation autour du carrĂ© jaune proposĂ©e par JĂ©rĂ©mie Moreau.

KIBLIND Magazine → 83 → Vertige
À
sur instagram.com/kiblind_magazine ïżœïżœ SQUARE — 86
SQUAREÂČ â€ą Saison 2 – Chapitre 8 – Partie 1/4 JĂ©rĂ©mie Moreau
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HIP HOP OPENING

SaĂŻdo Lehlouh & Bouside Ait Atmane

PÎle européen de création | LYON 23 > 26 MAI 23 © D. Aucante1/R-22-1137, 2/R-22-1138, 3/R-22-1139 EN SAVOIR +

Madeleine Riffaud, Résistante

2 FÉVRIER 11 JUIN 2023 Jean-David Morvan Dominique BertailMadeleine Riffaud © Dupuis, 2022. EXPOSITION

UNE TERRASSE AQUATIQUE DES FLOTS DE RENDEZ-VOUS ARTISTIQUES

BLEU 3 MAI → 8 OCTOBRE 2023

LOUS

JOSÉ GONZÁLEZ

JOUE “VENEER” -

(CHLOÉ & BEN SHEMIE)

29 JUIN 8 JUILLET FES TI VAL SIGUR RÓS & LONDON CONTEMPORARY ORCHESTRABEN HOWARDPANDA BEAR & SONIC BOOMOBONGJAYAR
SAMPA THE GREATKEVIN
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LEON
INTERPOL PERFORMING “ANTICS”
MORBY
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THYLACINE & L'ORCHESTRE NATIONAL D'ÎLE-DE-FRANCE
HIGH SEASON
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