M agazine Numéro Vertige
KIBLIND
LE PRINTEMPS DU DESSIN CĂLĂBRE LE DESSIN
CONTEMPORAIN PARTOUT EN FRANCE !
@printempsdudessin printempsdudessin.com info@printempsdudessin.com
E
S
JUIN Direction artistiqueâ: KIBLIND Agence
L E PRI N TEMP S DU D
SSIN DU20 MAR
AU 21
LâĂCOLE DES MĂTIERS DU DESSIN
Enseignement supérieur
> PrĂ©pa Dessin / LYON & ANGOULĂME
Formation en 1 an
> Dessinateur Praticien / LYON
Formation en 3 ans / DiplÎme visé de niveau 6
> Dessinateur 3D / LYON
Formation en 3 ans / DiplÎme visé de niveau 6
> SpĂ©cialisation en Ă©dition multimĂ©dia, cinĂ©ma dâanimation ou jeu vidĂ©o / LYON
Formations en 2 ans aprĂšs bac+3 / 1 titre RNCP et 2 certificats dâĂ©cole de niveau 7
> Storyboard & Layout / ANGOULĂME
Formation en 2 ans / Certificat dâĂ©cole
Formation continue
Pour développer ses compétences en storyboard, illustration traditionnelle et numérique, narration et mise en scÚne de personnages, création de décors, mise en couleur pour la BD.
Organisme de formation référencé
Ecole membre
Tom Bravi,
de 5 e
étudiant
annĂ©e cinĂ©ma dâanimation
jeu vidéo illustration BD cohl.fr
3D animation
KIBLIND Store
Illustrations Ă emporter
CENTQUATRE PARIS
Pour une nouvelle saison illustrée, retrouvez la sélection de livres et posters de nos artistes préférés sur kiblind-store.com
Vous pouvez aussi nous croiser dans notre boutique parisienne au Centquatre 5 rue Curial - Paris 19e -
Horaires :
Du mardi au vendredi : 12h > 19h
Les week-ends : 11h > 19h
KIBLIND Magazine â 83 â Vertige
Directeur de la publication : Jérémie Martinez / Direction Kiblind : Jérémie Martinez - Jean Tourette - Gabriel Viry
Comité de rédaction : Maxime Gueugneau - Elora Quittet - Jérémie Martinez - Jean Tourette
Team Kiblind : Guillaume Bonneau - Agathe BruguiĂšre - Romane Chevallier - Magda Chmielowska
LĂ©a Coisssard - LĂ©a Guiraud - Margot dâHĂ©rouville - Guillaume Huby - MĂ©lodie LabbĂ© - Romane Lechleiter
Lara Mottin - Alanis Olivier - SolÚne Pauly - Guillaume Petit - Charlotte Roux - Morgane Samson - Léa Santoro
DĂ©borah Schmitt - Ăva Spalinger - Sara Thion - Olivier Trias - MarlĂšne Zablocki
Réviseur : Raphaël Lagier
Direction artistique : Kiblind Agence
Imprimeur : Musumeci S.p.A. / www.musumecispa.it
Papier : Le magazine Kiblind est imprimé sur papier Fedrigoni / Couverture : Symbol Freelife E/E49 Country 250g
Papier intérieur : Arcoprint Milk 100g, Arena natural Bulk 90g et Symbol Freelife Gloss 200g
Typographies : Kiblind Magazine (BenoĂźt Bodhuin) et Lector (Gert Wunderlich)
ĂditĂ© par Kiblind Ădition & Klar Communication. SARL au capital de 15 000 euros - 507 472 249 RCS Lyon
27 rue Bouteille - 69001 Lyon / 69 rue Armand Carrel - 75019 Paris - 04 78 27 69 82
Le magazine est diffusé en France et en Belgique. www.kiblind.com / www.kiblind-atelier.com
ISSN : 1628-4146
Les textes ainsi que lâensemble des publications nâengagent que la responsabilitĂ© de leurs auteurs. Tous droits strictement rĂ©servĂ©s. Merci Ă Matthieu Sandjivy. THX CBS. Contact : magazine@kiblind.com
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ĂDITO â 8 KIBLIND Magazine â 83 â Vertige
NORAH JONES
JOE BONAMASSA
MELODY GARDOT
PAT METHENY
SELAH SUE
MARCUS MILLER
MEUTE
DEE DEE BRIDGEWATER
SNARKY PUPPY
LOYLE CARNER
JACOB COLLIER
ELECTRO DELUXE
JACOB BANKS
GRUPO COMPAY
SEGUNDO
INCOGNITO
GORAN BREGOVIÄ
LEE FIELDS
OXMO PUCCINO & YARON HERMAN
SAMPA THE GREAT FAADA FREDDY CIMAFUNK
DOMi & JD BECK⊠Programme
complet sur jazzavienne.com Licence L-R-19-899
SOMMAIRE â 10 08 10 12 21 28 32 38 47 48 54 58 60 61 62 73 86 Ădito / Ours Sommaire In the mood Intro Vertige Invitation Romain Bourceau En couverture Ăscar Raña CrĂ©ations originales Citations Dossier Perspectives cavaliĂšres Invitation Pierre Maugein La bibliothĂšque idĂ©ale des Others Citations Playlist Vertige MolĂ©cule Takanari Takazi SĂ©lection Kiblind Square2 KIBLIND Magazine â 83 â Vertige ïżœïżœ
THEATRE13.COM DesignâââââMarc Armand
IN THE MïżœïżœD
Vous croiserez dans cette entrée quelques objets rencontrés par bonheur ces derniers mois lors de nos pérégrinations visuelles.
Et pourrez apprĂ©cier, au dĂ©tour du chemin, le va-et-vient de souris bien agitĂ©es, joliment dessinĂ©es par lâillustratrice polonaise
ïżœïżœ IN THE MOOD â 12 KIBLIND Magazine â 83 â Vertige
Magda Chmielowska.
FANZINE â JĂ©rĂ©miades De Margaux Bigou margauxbigou.com
â VINYLE (LP)
AllofThisWillEndde Indigo de Souza (Saddle Creek Records)
â Artwork par Kimberly Oberhammer @kimoberhammer indigodesouza.bandcamp.com saddlecreek.bandcamp.com
AFFICHE â Atelier â1 historia / 2 imĂĄgenesâ Par Begoña GarcĂa-AlĂ©n pour GRAF comic @begonagarciaalen grafcomic.com
VINYLE (LP) â Pray4Tomorrowde Dumb (Mint Records)
â Artwork par BrĂĄulio Amado badbadbadbad.com dumbband.bandcamp.com mintrecs.com
AFFICHE â Kaboom Animation Festival
â Illustration par Leyla Ali
â Design graphique par Lynn Gommans byleylaali.com lynngommans.nl kaboomfestival.nl
â PORTE-CLĂ Banana Split Par Kristina Micotti kristinamicotti.com
IN THE MOOD â 13 ïżœïżœ KIBLIND Magazine â 83 â Vertige
selbyhi.com
DĂ©velopper une passion pour les chats nâest pas la chose la plus originale du monde, certes. Mais en tisser la silhouette autour dâĂ©lĂ©ments de mobilier lâest beaucoup plus. On se devait de demander Ă Selby H.I comment cette obsession Ă©tait nĂ©e.
Salut Selby. Tu rĂ©alises des meubles tissĂ©s essentiellement en forme de chat. DâoĂč vient cette passion pour les fĂ©lins ? Bonjour ! Ma pratique sâarticule essentiellement autour de la maison et de lâespace domestique. Jâai toujours Ă©tĂ© trĂšs intĂ©ressĂ©e par le mobilier et par les sensations que les diffĂ©rents types de meubles peuvent nous procurer. Les chaises-chats me sont apparues pendant les diffĂ©rents confinements, lorsque je regardais mon chat choisir son siĂšge chaque jour et y dormir sans bouger avant lâheure du dĂźner. Au-delĂ du fait dâĂȘtre simplement obsĂ©dĂ©e par les chats, je pense quâils vont de pair avec lâidĂ©e quâon se fait de la maison. Je me suis donc dit que câĂ©tait amusant dâallier ces deux Ă©lĂ©ments : lâanimal et le mobilier.
Comment tâest venue lâidĂ©e dâutiliser des assises existantes et de les envelopper de laine pour crĂ©er des objets illustrĂ©s ? Pour revenir Ă mon intĂ©rĂȘt pour les espaces intĂ©rieurs, câest parce que dans ma pratique crĂ©ative, je mâintĂ©resse aussi au banal. Je ressens une vraie connexion avec les objets, jâai lâimpression quâils sont vivants et anthropomorphes, ce qui fait que je peux parfois me sentir dĂ©solĂ©e pour eux lorsque je ne les utilise pas ou quand je les casse. Quand jâai eu lâidĂ©e de la chaise-chat, en rentrant chez moi plus tard dans la journĂ©e, jâai vu une chaise dans la rue et câĂ©tait comme une Ă©vidence. Alors je lâai nettoyĂ©e, je lâai amĂ©liorĂ©e et je lâai transformĂ©e en chaise-chat. Je me suis dit que ça serait plus sympa comme ça.
Peux-tu nous expliquer ton processus de création entre la chaise brute et le produit fini ?
Je fais beaucoup dâĂ©criture et de dessin. Jâaime marcher, penser et regarder les choses, jâai commencĂ© Ă intĂ©grer cela dans ma pratique. Mais je commence essentiellement par des Ă©crits, ils ont tendance Ă ĂȘtre basĂ©s sur ma propre vie, puis se transforment en une histoire fantastique avec une rĂ©alitĂ© Ă©trange, Ă partir de laquelle je vais dessiner et colorier, puis je vais traduire cela en laine et crĂ©er la piĂšce. Les titres de mes Ćuvres sont des parties de mes Ă©crits. Avec les chaises, jâaime avoir un peu plus de plaisir et de libertĂ© crĂ©ative, certaines portent le nom de mes amis, dâautres portent le nom dâhistoires ou de comptines.
As-tu eu une formation plutĂŽt orientĂ©e vers le textile/lâartisanat ou vers lâillustration ?
Ma mĂšre Ă©tait une artiste textile, le tissu a donc toujours occupĂ© une place importante dans ma vie. Jâai Ă©tudiĂ© les beaux-arts au Central Saint Martins College of Art and Design Ă Londres. Je savais quâun cours de beaux-arts me serait plus adaptĂ© et serait moins contraignant que le reste. Comme vous lâavez mentionnĂ©, jâaime beaucoup expĂ©rimenter, jâavais donc besoin de quelque chose qui me permettrait de rĂ©pondre Ă tous mes dĂ©sirs.
Céramique, tissage, illustration...
Tu sembles aimer crĂ©er sur de nombreux supports. Quel objet rĂȘverais-tu de rĂ©aliser ? Pour le moment, je travaille toujours sur des thĂšmes liĂ©s Ă la maison ; mais je mâĂ©loigne davantage des espaces communs comme les salles Ă manger, et je me dĂ©place vers des endroits plus sensibles comme la chambre. Jâaime lâidĂ©e que les couvertures, les couettes et les lits soient un espace sĂ»r au sein de nos maisons. Je pense que nous sommes davantage nous-mĂȘmes dans nos chambres, câest presque une maison dans une maison, il y a une ambiance diffĂ©rente. Je travaille donc avec ces idĂ©es en ce moment. Je suis Ă©galement intĂ©ressĂ©e par les fenĂȘtres.
ïżœïżœ IN THE MOOD â 14 KIBLIND Magazine â 83 â Vertige
â MOBILIER
â
TISSĂ
SELBY H.I
â Troy's blue eyeshadow, 2022 Laine sur toile de jute sur chaise en mĂ©tal
â The Ginger Kitty Wants Me To Sit On His Knee, 2021 Laine sur toile de jute sur chaise en plastique
â Squeeze in, you're just in time, 2022 Laine, toile de jute, carton, cure-pipes, mĂ©tal, fil de fer et bois Aux cĂŽtĂ©s de diverses chaises et tabourets-chats
â Stripey mog; 2022 Laine sur toile de jute sur chaise en plastique
â VINYLE (LP)
ManOutOfTimede Friendly Rich (We Are Busy Bodies)
â Artwork par Michael DeForge michael-deforge.com friendlyrich.com wearebusybodies.com
SURCHEMISE GENDERMORE â Par Julien Delcourt pour The More Project @zoulette_jul @themoreproject.co
AFFICHE â
ASufficientyGrotesqueElfishAspect:NewWork Exposition solo Ă librairie Heavy Manners â Par Patrick Kyle patrickkyle.com heavymannerslibrary.com
â CARTES POSTALES Par Marco Quadri pour Raum Fuer Illustration marcoquadri.com rfiworld.de
â AFFICHE Festival Pop Meufs Au Pavillon des Canaux
â Artwork par Gabrielle Monceaux @gabriellemonceaux pavillondescanaux.com
SCOTCH IMPRIMĂ â Par Nadhir Nor nadhirnor.com avivamaiartzy.com/thewashistation
IN THE MOOD â 15 ïżœïżœ KIBLIND Magazine â 83 â Vertige
â VINYLE (LP)
WhichLife,TheFriendsde Sierra
Manhattan (AB Records, Another Records & Fun Club Records)
â Artwork par Structure BĂątons @structurebatons @sierramanhattan abrecords.bandcamp.com
â FOULARD EN SOIE TheLadyofShalott n°1/5 Par Aless MC alessmc.ca
â EP DIGITAL ChĂąteauForte(ChĂąteau Record)
â Artwork par Louka Butzbach @loukabutzbach @chateauforte
AFFICHE â Exposition PrintingtheFuture,TheRisoRevolution Ă la galerie dieFirma
â Artwork et curation par Panayiotis Terzis panterzis.net diefirmanyc.com
PORTEFEUILLE â Par Discovery Much @discoverymuch
ïżœïżœ IN THE MOOD â 16 KIBLIND Magazine â 83 â Vertige
FANZINE â Eggs
De Joseph Curle @yozph_
lazercao.bigcartel.com
InsectoĂŻdes , le dernier gros projet dâĂ©dition du collectif angoumoisin Lazer CĂŁo, nous plonge dans lâunivers foisonnant des insectes grĂące Ă la merveilleuse association de 14 illustrateur.rices. On y pĂ©nĂštre dans un monde gluant, peuplĂ© de crĂ©atures plus ou moins sympathiques dissimulĂ©es entre les hautes herbes. De quoi piquer notre curiositĂ©.
Salut Lazer CĂŁo !
Qui ĂȘtes-vous et dâoĂč venez-vous ?
Hello, nous, câest Quentin Dufour, Robin Pouch et Thomas Carretero. Nous sommes originaires du cĂ©lĂšbre triangle du Sud : Hourtin/Montpellier/GuĂ©thary, mais nous nous sommes rencontrĂ©s Ă Paris lors de nos Ă©tudes en illustration, puis nous nous sommes retrouvĂ©s Ă AngoulĂȘme pour y croupir. Nous sommes maintenant dans un atelier avec huit autres personnes, du milieu de lâanimation et de la bande dessinĂ©e.
Quel est le lien entre Lazer CĂŁo et le Hibou Print Club ?
Câest bien simple, toutes les Ă©ditions de Lazer CĂŁo sont imprimĂ©es au Hibou Print Club, qui est notre atelier dâimpression en risographie, que nous partageons avec dâautres personnes de lâatelier, ici Ă AngoulĂȘme. Il nous permet dâabord dâimprimer nos projets mais le reste du temps, on rĂ©pond aussi Ă des commandes pour dâautres gens. Câest souvent des connaissances, des gens du coin ou des ami·es Ă©tudiant·es qui font appel Ă nous.
Votre dernier livre, Insectoïdes , rassemble 14 petites bandes dessinées réalisées par 14 artistes sur le monde bourdonnant des insectes. Comment cette envie de projet est-elle née ?
Câest parti dâune discussion dans lâherbe, un midi de printemps. Ă la base, câĂ©tait lâidĂ©e de Valentin Seiche : crĂ©er un tout petit fanzine autour des insectes. Petit Ă petit, le projet a pris de lâampleur et des ami·es qui venaient nous dire bonjour Ă lâatelier repartaient avec des pages Ă faire. Finalement, on est passĂ© dâun petit fanzine Ă un « vrai » livre. On savait quâon voulait imprimer le tout en monochrome vert, qui nous paraissait ĂȘtre une Ă©vidence par rapport au thĂšme. On venait juste dâacheter la couleur en plus, donc on Ă©tait pressĂ© de lâutiliser.
Les illustrateur·rices ayant participé au projet ont-ils eu certaines contraintes graphiques ou narratives à respecter ?
Non, il nây a pas eu de contrainte particuliĂšre. La seule directive Ă©tait clairement sous-entendue dans le titre de lâouvrage : « InsectoĂŻdes » Ă savoir « en forme dâinsecte ». Ă partir de lĂ , nous avons juste
fait confiance aux auteur·ices. Lâagencement qui sâest fait ensuite avec toutes les productions Ă©tait assez naturel. On avait un peu peur du cĂŽtĂ© fourre-tout et souvent dĂ©sĂ©quilibrĂ© des fanzines collectifs quâon peut faire en Ă©tudes mais au final tout sâimbriquait trĂšs bien. CâĂ©tait assez satisfaisant de le constater en cours de construction, sachant quâon nâavait justement pas donnĂ© plus de contraintes que ça.
Avez-vous dâautres projets de microĂ©dition en cours ?
Pour ĂȘtre honnĂȘtes, nous avons un vieux projet, bloquĂ© dans les tuyaux depuis trop longtemps... Et si ce bon vieux Thomas se dĂ©cide enfin Ă finir ses pages, on pourra peut-ĂȘtre le sortir un jour ! *Thozmas se cache le visage de honte*. Ă part ça, on fait comme chaque annĂ©e notre calendrier, lâOrganizer, qui pour 2024 mĂȘlera image et musique. On aimerait aussi Ă©diter dâautres petits livres prochainement, des projets plus faciles Ă mettre en place qui nous permettront dâen sortir plus rĂ©guliĂšrement.
La risographie semble avoir gagnĂ© votre cĆur. Est-ce que dâautres techniques dâimpression pourraient vous faire de lâĆil ? Pour lâinstant, la risographie est ce qui est le plus adaptĂ© Ă nos besoins. Nous sommes Ă lâaise avec cette machine et elle reste disponible grĂące au Hibou Print Club, ce qui nous facilite quand mĂȘme bien la vie. Mais sinon nous songeons, pour des projets plus gros, Ă tenter lâimpression offset un de ces jours. AprĂšs, il nous arrive de nous intĂ©resser ponctuellement Ă la sĂ©rigraphie mais ça reste compliquĂ© vis-Ă -vis de notre espace de travail.
IN THE MOOD â 17 ïżœïżœ KIBLIND Magazine â 83 â Vertige â FANZINE â LAZER CĂO
â Organizer 2023
â ARTWORKS â PIA-MĂLISSA LAROCHE piamelissalaroche.fr
ArmĂ©e de son aĂ©rographe et de son graphite, Pia-MĂ©lissa Laroche rend le monde un peu plus beau. Sa pochette Ă la composition folle rĂ©cemment rĂ©alisĂ©e pour Domotic nous a fait retomber amoureux du travail de lâartiste parisienne et nous a Ă©galement servi dâexcellent prĂ©texte pour discuter un peu musique et illustration avec elle.
Salut Pia-MĂ©lissa ! Tu as rĂ©alisĂ© la pochette de lâalbum Palazzo de Domotic. Quelles Ă©taient les contraintes/orientations donnĂ©es par le label ici ?
Câest le musicien qui mâa sollicitĂ©e et mâa aiguillĂ©e sur le contenu quâil souhaitait. Il a conçu son album un peu comme la visite dans un palais, le jardin en face A et le palais en face B, et il tenait Ă ce quâon retrouve cette narration suggĂ©rĂ©e dans son album. Je me suis appuyĂ©e sur ce quâil mâa dĂ©crit de son projet.
Comment as-tu travaillé la composition de cette image ?
Lâalbum est un peu comme un scĂ©nario avec des Ă©vĂ©nements qui se juxtaposent. Jâai donc choisi de concevoir une image qui soit entre le photogramme et la bande dessinĂ©e.
Tu as dâailleurs rĂ©alisĂ© des illustrations pour plusieurs acteurs majeurs de la scĂšne musicale indĂ© (Sonic Protest, Ventoline). Quâest-ce qui te plaĂźt particuliĂšrement dans ce genre dâexercice ?
Câest toujours trĂšs enthousiasmant de travailler sur des supports musicaux et avec les acteur·ices de ce domaine. Jusquâici, câest sur ce type de commande que jâai eu le plus de libertĂ©, et mĂȘme quand ce nâest pas tout Ă fait le cas, jây prends beaucoup de plaisir.
Le piano est un Ă©lĂ©ment rĂ©current dans tes dessins. Quel est ton rapport personnel Ă la musique ? Je consomme pas mal de musique, ça accompagne beaucoup mon quotidien, comme beaucoup de gens jâimagine. Mais en ce qui concerne le clavier, câest plus liĂ© Ă ma mĂ©thode de travail. Je dessine dans mes
carnets des Ă©lĂ©ments composites, reflets de mon quotidien ou de mon imagination. Ces dessins dâobjets, de vĂ©gĂ©taux ou autres, je les associe entre eux jusquâĂ ce quâils commencent Ă raconter quelque chose qui mâintĂ©resse. Je me sers de mes carnets comme dâune bibliothĂšque pour composer ou recomposer des histoires et parfois certains objets deviennent rĂ©siduels et apparaissent sur plusieurs projets, puis finissent par cĂ©der leur place Ă dâautres Ă©lĂ©ments de ma bibliothĂšque et ainsi de suite. Câest comme ça que le clavier est devenu Ă un moment rĂ©current dans mes dessins, je lâutilise jusquâĂ ce que jâaie Ă©puisĂ© son potentiel narratif.
Tu utilises beaucoup lâaĂ©rographe dans tes dessins, ce qui rend leurs textures si reconnaissables. Peux-tu nous parler un peu plus du fonctionnement de cet outil et des rendus quâil permet ?
Câest un outil Ă propulsion qui permet dâobtenir un rendu brumeux comme avec une bombe. CâĂ©tait trĂšs utilisĂ© dans les annĂ©es 80-90. Il offre effectivement une texture singuliĂšre qui peut parfois se rapprocher de celle dâune image digitale. Je lâutilise en lâassociant avec des outils secs comme le graphite aprĂšs avoir posĂ© les couleurs une par une ou deux par deux Ă lâaide de caches, ce qui me pousse Ă penser et Ă prĂ©parer lâimage comme une sĂ©rigraphie.
La pochette de quel·le artiste rĂȘverais-tu de dessiner ?
Je suis dĂ©jĂ ravie dâavoir travaillĂ© sur les projets musicaux pour lesquels jâai Ă©tĂ© sollicitĂ©e mais je suis toujours ouverte aux nouvelles propositions.
ïżœïżœ IN THE MOOD â 18 KIBLIND Magazine â 83 â Vertige
â Palazzo de Domotic, 2023 (Un je-ne-sais-quoi)
â Affiche Sonic Protest 2023 (graphisme : Matthieu Morin)
â FLYER
Appel Ă candidatures pour les cours dâĂ©tĂ© de Colorama Workshop
â Artwork par Pamela Guest www.paal.world coloramaworkshop.cargo.site
â VINYLE (LP) LeSalopardVolume3 , compilation du club social indĂ©pendant Biennois (Sacred Hood Records)
â Artwork par Flora Mottini floramottini.com sacredhood.bandcamp.com
CHEMISETTE â Par Aysha Tengiz ayshatengiz.com
â FANZINE
NOW#12:TheNewComicsAnthology (éditions Fantagraphics)
â Cover par Alex Graham alexngraham.com fantagraphics.com
â VINYLE (EP)
Visionsde Desmond Cheese (Suitcase Records)
â Artwork par Koyubi
â Direction, design et lettrage par After Hours score-drawing.tumblr.com afterhoursstudio.com.au desmondcheese.bandcamp.com suitcaserecords.com.au
â AFFICHE
Tournée new-yorkaise de Wet Leg
â Par Karlotta Freier pour Wet Leg karlottafreier.com wetlegband.com
IN THE MOOD â 19 ïżœïżœ KIBLIND Magazine â 83 â Vertige
Les différents types de mouvements
Le vertige correspond Ă une sensation de rotation ou de dĂ©placement latĂ©ral du corps par rapport Ă lâespace environnant (ou vice versa). Les diffĂ©rents mouvements ressentis lors dâun vertige sont liĂ©s Ă un trouble de lâĂ©quilibre.
impression dâĂȘtre coincĂ© dans une essoreuse Ă salade
VoilĂ une expression trompeuse qui pourrait laisser penser que la perte dâĂ©quilibre et de repĂšres spatiaux est impossible tant que les deux pieds restent fermement clouĂ©s au sol. Pourtant, cet Ă©tat de stabilitĂ© et dâharmonie ressenti lorsque tous les Ă©lĂ©ments sont Ă leur place (y compris notre corps) est rendu possible grĂące Ă un travail dâĂ©quipe acharnĂ© entre trois alliĂ©s : notre systĂšme vestibulaire (oreilles), notre systĂšme visuel et notre sens tactile. Et parce que mĂȘme notre corps ne dĂ©roge pas Ă la bonne vieille rĂšgle de la hiĂ©rarchie, ces trois compĂšres sont euxmĂȘmes dirigĂ©s par un manager omniscient : le systĂšme nerveux.
Ainsi, quand lâun des acteurs Ćuvrant pour notre Ă©quilibre est moins rĂ©ceptif, alors tout fout le camp â peu importe la position de nos pieds.
Le vertige est souvent associé à la hauteur à tort.
Une sensation de vertige peut ĂȘtre ressentie quand on est allongĂ©, ou sur la terre ferme.
Lorsque lâon se trouve en hauteur, la sensation de vertige peut ĂȘtre ressentie car paradoxalement, les yeux envoient lâinformation du vide au cerveau, tandis que lâoreille interne continue Ă percevoir la stabilitĂ© des pieds et du corps.
Le cerveau ne parvient alors pas Ă gĂ©rer cette discordance inhabituelle et rompt lâĂ©quilibre. Ce qui peut engendrer la sensation vertigineuse et la nausĂ©e.
Lâacrophobie, elle, est la phobie du vide. Celle-ci peut se dĂ©clencher rien quâen pensant Ă la hauteur ou mĂȘme simplement en regardant des images de slackliners fous.
impression de chuter dâun immeuble de 30 ĂTAGES
VPPB
Le Vertige Positionnel Paroxystique BĂ©nin se caractĂ©rise par des vertiges ressentis lors de mouvements de tĂȘte brusques ou de rapides changements de position.
Il va de pair avec cette phrase Ă la sortie du lit :
Ouh là là , je me suis levé trop vite de ma sieste.
Vous ĂȘtes si vifs au rĂ©veil que lâoreille interne sâest laissĂ© surprendre et nâa mĂȘme pas eu le temps de comprendre le changement de position, et donc le changement de posture de la tĂȘte.
BALAN CEMENT
CIRCULAIRE VERTICAL Vertige + Oreille ?
impression dâĂȘtre bloquĂ© sur un bateau pirate
Dans 40 % des cas, câest lâoreille interne qui est responsable des problĂšmes de vertige et donc dâĂ©quilibre.
Dans notre oreille interne, tout au bout du canal auditif et aprĂšs le tympan, se cache un bien Ă©trange machin en forme dâescargot nommĂ© un vestibule (ou organe de lâĂ©quilibre). Ă lâintĂ©rieur de ce vestibule se trouvent, entre autres Ă©lĂ©ments gluants, deux poches remplies de liquide : le saccule et lâutricule. Chacune de ses parties contient un rĂ©cepteur sensoriel qui informe le cerveau de la position exacte et des dĂ©placements de la tĂȘte par rapport Ă la gravitĂ©.
Lorsque les cristaux contenus dans cette fameuse oreille interne se détachent de leurs membranes et vont valdinguer à gauche à droite, alors des dérÚglements et donc des vertiges se créent.
INTRODCUTION â 21 ïżœïżœ KIBLIND Magazine â 83 â Vertige
LE V ER TIG E D ES HA UTEURS
1 2 3 4 Canaux semicirculaires 1 Supérieur 2 Horizontal 3 Postérieur 4 Cochlée SystÚme vestibulaire 5 Utricule 6 Saccule Organes otolithes 7 Ampoules 8 Macule 1 2 5 6 4 7 8 3
LA THĂRAPIE SELON
MILTON H. ERICKSON
Tachycardie, mains moites, jambes en coton ou sensations dâĂ©vanouissement, le vertige se manifeste sous diverses formes et Ă certains degrĂ©s. Il est pourtant insurmontable chez une petite partie de la population, les 3 % qui souffrent dâacrophobie et qui tentent de modeler leur vie comme une stratĂ©gie dâĂ©vitements. Lâhypnose, qui traite le vertige comme toute autre phobie, se rĂ©vĂšle ĂȘtre un outil thĂ©rapeutique rĂ©solument efficace pour attĂ©nuer ces effets paralysants.
Lâhistoire de lâhypnose, tantĂŽt condamnĂ©e, tantĂŽt encensĂ©e, a suscitĂ© beaucoup dâintĂ©rĂȘt. Quelle que soit sa forme, lâhypnothĂ©rapie place au centre de son approche lâĂ©tat hypnotique, celui qui permet au thĂ©rapeute dâentrer en contact avec le subconscient afin de sâadresser directement Ă ses angoisses. Transe hypnotique, rĂȘve Ă©veillĂ©, crise magnĂ©tique, retour sur lâhistoire vertigineuse de cette pratique mĂ©dicale qui a longtemps Ă©tĂ© associĂ©e Ă un aspect magique et mystĂ©rieux.
Tachycardie, mains moites, jambes en coton ou sensations dâĂ©vanouissement, le vertige se manifeste sous diverses formes et Ă certains degrĂ©s. Il est pourtant insurmontable chez une petite partie de la population, les 3 % qui souffrent dâacrophobie et qui tentent de modeler leur vie comme une stratĂ©gie dâĂ©vitements. Lâhypnose, qui traite le vertige comme toute autre phobie, se rĂ©vĂšle ĂȘtre un outil thĂ©rapeutique rĂ©solument efficace pour attĂ©nuer ces effets paralysants.
Lâhistoire de lâhypnose, tantĂŽt condamnĂ©e, tantĂŽt encensĂ©e, a suscitĂ© beaucoup dâintĂ©rĂȘt. Quelle que soit sa forme, lâhypnothĂ©rapie place au centre de son approche lâĂ©tat hypnotique, celui qui permet au thĂ©rapeute dâentrer en contact avec le subconscient afin de sâadresser directement Ă ses angoisses.
Transe hypnotique, rĂȘve Ă©veillĂ©, crise magnĂ©tique, retour sur lâhistoire vertigineuse de cette pratique mĂ©dicale qui a longtemps Ă©tĂ© associĂ©e Ă un aspect magique et mystĂ©rieux.
LA TRANSE HYPNOTIQUE
La vie de Milton H. Erickson, né en 1901 dans le Nevada, attire et intrigue. Elle lui impose plusieurs handicaps, dont une surdité aux rythmes et aux mélodies.
Enfant, il trouve dans la respiration et dans lâĂ©tude de son pouls les moyens de suivre le rythme des autres.
Ă 17 ans, alors quâil souffre dâune paralysie motrice importante, il regarde par la fenĂȘtre et se concentre sur lâimage du mouvement de son corps. Bingo, la chaise se met finalement Ă se balancer lĂ©gĂšrement. Un passage existe donc bien entre la reprĂ©sentation mentale et le corps.
Pour bloquer temporairement la censure analytique de lâhĂ©misphĂšre gauche du cerveau, Erickson met au point plusieurs techniques dont les deux suivantes : le saupoudrage suggestions et associations dâidĂ©es subtilement insĂ©rĂ©es dans le discours
la confusion vise Ă abreuver le patient dâexplications pseudo-logiques extrĂȘmement complexes, ou en faisant allusion Ă des faits absolument sans importance mais en termes compliquĂ©s
Erickson
Enfin, on doit Ă Erickson la dĂ©finition la plus courante de lâĂ©tat de transe, bien loin de lâĂ©tat vertigineux et des magnĂ©tismes magiques et obscures Ă©voquĂ©s. LâĂ©tat hypnotique est un phĂ©nomĂšne somme toute assez banal, qui apparaĂźt couramment dans la vie quotidienne et quâil nomme « la transe commune de tous les jours ». Ce sont ces moments oĂč lâon dĂ©croche de notre environnement.
Franz-Anton Mesmer (1734â1815) Ă la fois mĂ©decin et charlatan, est gĂ©nĂ©ralement prĂ©sentĂ© comme lâancĂȘtre de lâhypnose. Sa pratique, largement rĂ©pandue dans les soirĂ©es mondaines parisiennes, consiste Ă rĂ©unir les patients autour dâune caisse circulaire en bois, le baquet. Les malades, reliĂ©s entre eux et au baquet par une corde, sont alors agitĂ©s par des convulsions apparemment extraordinaires et qui permettent de libĂ©rer le fluide universel bloquĂ© en eux.
1843
James Braid, un chirurgien écossais, introduit pour la premiÚre fois le mot hypnose. Il qualifie toutes les recherches précédentes sur le fluide animal comme de la supercherie et du charlatanisme.
1850
Ambroise-Auguste
GuĂ©risons de surditĂ©, dâune sciatique ou de rhumatismes, le magnĂ©tisme passionne les mesmĂ©riens de Lyon qui dĂ©couvrent le somnambulisme artificiel et dĂ©cryptent les songes de leurs patients endormis.
LiĂ©bault sort lâhypnose du cadre du somnambulisme et suggĂšre aux malades la disparition de leur symptĂŽme.
« Onpense etpensetoutestrelatifmes pensĂ©espourlesvĂŽtresetlesvĂŽtrespour lesmiennesetmachaiseesticietpourmoilavĂŽtre estlĂ parcequemoniciesticietmonlĂ estlĂ etpourvous monlĂ estvotreicietvotrelĂ estmonici,justecommepourle tempsparcequelemĂȘmetempsestleprĂ©sentmaislorsdevotredixhuitiĂšmeanniversaireledix-septiĂšmeĂ©taitpassĂ©etledix-huitiĂšmeĂ©tait maintenantetmaintenantvouspensezaufuturoĂčlefuturseradevenule prĂ©sentdevotrevingtiĂšmeanniversairequelprĂ©sentvousauriezpurecevoir, câestfaciledesâenallervouspouvezlefaireexactementcommevouslefaites aveclesensdesmotsest-cequecertainsontleurpropresensetdâautres nâontpasleurpropresensparequelemotcourtestcourtetlemot longnâestpaslongensoienfaitilestmĂȘmepluscourtquecourt etlemotespañolestespagnolmaislemotespagnolnâestpas espagnolmaisfrançaisetenypensantvous savezquevouslâaveztoujourssumais quevousnâyaviezpaspensĂ©âŠÂ»
ïżœïżœ INTRODCUTION â 22 KIBLIND Magazine â 83 â Vertige
SOIGNĂE PAR LâHYPNOSE
E x t r a i t d âune m Ă©thodedeconfusionde
D Ă FINITI O N
Hypnose nom fĂ©minin dĂ©rivĂ© du grec ancien «hĂșpnos » DĂ©signe le sommeil
Sartre
ou la vertigineuse angoisse
Mais il commence Ă angoisser alors car ce ne sont que des possibilitĂ©s. Sâil sâĂ©loigne de la montagne, lâhomme est en sĂ©curitĂ©, mais lâidĂ©e de mourir et de sâapprocher Ă nouveau du prĂ©cipice provoque une crise de vertige : rien ne le contraint Ă sauver sa vie en faisant attention. Cette scĂšne est une allĂ©gorie de la prise de conscience de la libertĂ© et des phobies dâimpulsion : jâai peur de ce que je peux faire.
Jean-Paul Sartre
analyse lâangoisse Ă travers lâexpĂ©rience du vertige. Sartre prend lâexemple dâun homme au bord dâune falaise. Dans un premier temps, la peur sâinstalle ; il a peur de tomber et donc peur de mourir. Cependant, lâhomme est encore passif. Il est vigilant, et il sait quâil peut Ă©chapper au danger.
TUTO
atteindre lâextase comme un
Pourquoi sâinfliger tant de peur, alors quâune balade pique-nique autour du lac dâAnnecy est si sympa ?
Les activitĂ©s physiques et sportives Ă risque tendent Ă se dĂ©mocratiser aujourdâhui ; sensationnelles et vertigineuses, elles misent sur un engagement risquĂ© de lâindividu en pleine nature. Masochisme ou quĂȘte dâidentitĂ© ?
Le sport de haut niveau relĂšve de lâexcĂšs, du fantasme de toute-puissance, du dĂ©passement des limites physiques. Il sâagit de prolonger un effort au-delĂ de ses propres forces, malgrĂ© lâĂ©puisement, le froid, la peur ; il faut « se dĂ©foncer ».
La plupart du temps, il sâagit de solliciter symboliquement la mort lors dâĂ©preuves, pour ensuite savourer son existence dans le monde des vivants : frĂŽler la mort pour ensuite mieux ressentir la vie⊠Les adeptes de ces activitĂ©s dangereuses provoquent ainsi leur propre survie afin dâen ressentir la puissance. Certains y voient donc une fabrique personnelle de sens et de sacrĂ©.
Le flirt avec le danger permet de : rompre avec ses habitudes dâexprimer son « vrai soi » de lutter contre lâennui et la routine
Ils sont une façon de se dĂ©fier soi-mĂȘme et de prouver sa valeur. Ces pratiques permettent Ă©galement de dominer ses peurs, de garder la maĂźtrise de soi. Contrairement Ă ce que lâon croit, loin dâĂȘtre un acte impulsif et irrationnel, lâengagement dans les sports extrĂȘmes permet de mettre Ă lâĂ©preuve son sens des responsabilitĂ©s et ses aptitudes physiques et Ă©motionnelles.
Affronter le danger fournit lâoccasion de finalement trouver la frontiĂšre entre la vie et la mort⊠frissons garantis !
1 â Levez les bras tendus pour amener les mains Ă la hauteur des Ă©paules
2 â Tournez dans le sens des aiguilles dâune montre en gardant les yeux bien ouverts
3 â Ajoutez-y une petite impulsion qui part du bas-ventre
4 â Tournez Ă lâinfini
5 â Atteignez lâivresse mystique
BĂNĂFICES SANTĂ
La danse derviche ou « danse giratoire » active le mĂ©canisme parasympathique du systĂšme nerveux autonome, permettant une rĂ©gulation et un apaisement de lâorganisme. ParaĂźt-il mĂȘme quâelle renforce le systĂšme immunitaire.
INTRODCUTION â 23 ïżœïżœ KIBLIND Magazine â 83 â Vertige
Grimper la paroi dâune falaise sans aucune sĂ©curitĂ© Sauter dans le vide simplement muni dâune combinaison ailĂ©eâŠ
Le vertige est angoisse dans la mesure oĂč je redoute non detomber dans le prĂ©cipice mais de mây jeter.
SEN SAT ION S EX TRĂ M E
PROFESSIONNELS Ă NE PAS REPRODUIRE CHEZ VOUS
S CES CASCADES SONT RĂALISĂES PAR DES
CINĂ CINĂ CINĂ CINĂ CINĂ CINĂ CINĂ CINĂ CINĂ Top 3
VERTIGE
VERTIGE VERTIGE VERTIGE VERTIGE VERTIGE VERTIGE VERTIGE
Requiem for a dream
Darren Aronofsky 2001
Vertical Limit
Martin Campbell 2000
La vie au bout des doigts
Jean-Paul Janssen 1982
The Walk : RĂȘver plus haut
Robert Zemeckis 2015
Vertigo
Alfred Hitchcock 1958
Reliez ces scĂšnes, rĂ©vĂ©latrices des vertiges du corps et de lâesprit, avec les films correspondants :
DES MĂTIERS
Ă ne PAS exercer si vous ĂȘtes
DâOĂ VIENT
LE TERME
MANĂGESĂSENSATIONS
« MONTAGNE RUSSE » ?
Les montagnes russes apparaissent au XVIIIe siÚcle en Russie prÚs de Saint-Pétersbourg. Le concept est simple : des pentes en bois pouvant atteindre 21 mÚtres de haut et recouvertes de neige pour y glisser à fond les ballons grùce à des luges en osier. Le systÚme de freinage ? Un tas de sable. Efficace.
En Amérique, on voit naßtre les premiÚres montagnes russes grùce aux mineurs de la Pennsylvanie qui proposent aux touristes de passage d'embarquer dans leurs wagonnets sur rails.
11 GUIDE DE HAUTE MONTAGNE CORDISTE
Cet alpiniste de haut niveau accompagne les personnes qui souhaitent faire des excursions ou des ascensions en montagne.
Ce grand professionnel de lâescalade est aussi un spĂ©cialiste des travaux en hauteur ou difficiles dâaccĂšs.
CAMPANISTE
Ce spĂ©cialiste est un professionnel de la conception, de la rĂ©alisation, de lâinstallation, de la restauration et de lâentretien des cloches et horlogeries dâĂ©difices.
LA MONTAGNE RUSSE LA PLUS HAUTE
Kingda Ka
139 m, soit notre bonne vieille tour Part-Dieu Ă Lyon (mais sans son toit en forme de crayon, qui fait 23m Ă lui seul)
OĂ : au Six Flags Great Adventure dans le New Jersey (US)
ANNĂE DE CONSTRUCTION : 2005
VITESSE MAX : 201 km/h
HAUTEUR : 950 m
PARTICULARITĂ : son nom est hĂ©ritĂ© de celui de lâun des tigres du parc.
4 RECORDS DANS LES PARCS DâATTRACTIONS :
4 RECORDS DANS LES PARCS DâATTRACTIONS :
LA PLUS VIEILLE MONTAGNE RUSSE ENCORE EN FONCTION
Scenic Railway
1912, soit lâannĂ©e du naufrage du Titanic
OĂ : au Luna Park de Melbourne en Australie
HAUTEUR : 52 m VITESSE MAX : 60 km/h
LONGUEUR : 967 m
PARTICULARITĂ : en 1964, Serge Gainsbourg Ă©crit la chanson « Scenic Railway », clin d'Ćil au cĂ©lĂšbre manĂšge.
LA MONTAGNE RUSSE LA PLUS LONGUE
Steel Dragon 2000
2 479 m, soit 1/220 de la longueur du RhĂŽne
OĂ : au Nagashima Spa Land Ă Nagashima au Japon
ANNĂE DE CONSTRUCTION : 2000
HAUTEUR : 97 m
VITESSE MAX : 153 km/h
PARTICULARITĂ : la construction de Steel Dragon 2000 a demandĂ© beaucoup plus dâacier que les autres montagnes russes, pour pouvoir rĂ©sister aux tremblements de terre.
LâATTRACTION LA PLUS RAPIDE
Formula
Rossa
246 km/h, soit la vitesse record de Guy Martin dans un tracteur JCB
OĂ : au Ferrari World dâAbu Dhabi aux Ămirats arabes unis
ANNĂE DE CONSTRUCTION : 2010
HAUTEUR : 52 m
LONGUEUR : 2 195 m
PARTICULARITĂ : le Formula Rossa a Ă©tĂ© créé dans le but de donner aux passagers les mĂȘmes sensations quâun pilote de Formule 1.
ïżœïżœ INTRODCUTION â 24 KIBLIND Magazine â 83 â Vertige
Aucune des situations vertigineuses reprĂ©sentĂ©es dans cette illustration ne vous angoisse ? Bravo ! Vous ĂȘtes lâĂ©lu.
TO FABULOUS
CITY
INTRODCUTION â 25 ïżœïżœ KIBLIND Magazine â 83 â Vertige
actionshaut perchées
QUAND ? 9 juillet 2020
QUI ? Des militants Greenpeace
Oà ? Cathédrale Notre-Dame Paris
Ă QUELLE HAUTEUR ? 80 mĂštres
POURQUOI ? DĂ©noncer lâinaction climatique
Des militants Greenpeace dĂ©ploient une banderole dĂ©nonçant lâinaction climatique dâEmmanuel Macron en escaladant la grue de la cathĂ©drale Notre-Dame de Paris Ă plus de 80 mĂštres de hauteur.
QUAND ? 17 octobre 2022
QUI ? Des militants britanniques
OĂ ? Pont Queen Elizabeth II, Londres
Ă QUELLE HAUTEUR ? 80 mĂštres
POURQUOI ? DĂ©noncer lâexploitation du pĂ©trole
Des membres du groupe militant Just Stop Oil ont passĂ© 37 heures en haut dâune des tours du pont Queen Elizabeth II Ă Londres Ă plus de 80 mĂštres du sol pour exiger la fin de lâexploitation des ressources pĂ©troliĂšres.
QUAND ? de décembre 1997 à décembre 1999
QUI ? Julia Butterfly Hill
OĂ ? ForĂȘt de Redwood en Californie
Ă QUELLE HAUTEUR ? 55 mĂštres
POURQUOI ? EmpĂȘcher la destruction de « Luna », sĂ©quoia gĂ©ant vieux de plus de 1 000 ans, par lâentreprise locale Pacific Lumber
PerchĂ©e Ă 55 m de hauteur, cette jeune fille alors ĂągĂ©e de 23 ans vivra 738 jours sur une plateforme de 3 mĂštres sur 2 sans jamais poser le pied Ă terre. Soutenue par une Ă©quipe de 8 militants Ă©cologistes, elle rĂ©sistera Ă la tempĂȘte El Niño, Ă la solitude, au froid glacial ou encore aux pressions incessantes de la compagnie. Elle obtient gain de cause le 18 dĂ©cembre 1999 et descend enfin de lâarbre : Luna ainsi quâune partie des arbres de la forĂȘt de Redwood seront protĂ©gĂ©s.
étudemenéeparTheLancetPlanetaryHealthen2021
75% LâĂco-anxiĂ©tĂ©, câest le vertige Ă grande Ă©chelle, un vertige philosophique et abyssal
Comment rester calme quand les Ă©cosystĂšmes meurent Ă petit feu et quâune vidĂ©o de Kylie Jenner totalise plus de likes quâune pĂ©tition pour protĂ©ger les fonds marins ? (on nâa rien contre Kylie promis mais on prĂ©fĂšre les baleines quand mĂȘme)
Comment rester positif face Ă un avenir incertain oĂč malgrĂ© toute votre bonne volontĂ©, votre cousin continue de faire des Paris â New York tous les trois mois ?
des Français ĂągĂ©s de 16 Ă 25 ans jugent lâavenir effrayant
Comment avancer quand on sait que 2022 bat à la fois les records de températures mais aussi de dividendes versés aux actionnaires de Total ?
Loin dâĂȘtre une maladie clinique, lâĂ©co-anxiĂ©tĂ© est plutĂŽt lâexpression saine dâune peur rationnelle et planĂ©taire, un rĂ©flexe de survie normal et humain. Dâabord paralysante, cette peur impulse une prise de conscience et un changement des comportements.
PERFORMANCES ARTISTIQUE S
Nombreuses sont les pratiques artistiques, certaines plus contemplatives et ingĂ©nues, quand dâautres viennent repousser les limites du corps et de lâesprit pour bousculer le spectateur, le choquer ou lâĂ©merveiller. Nous avons sĂ©lectionnĂ© rien que pour vous deux performances artistiques surprenantes :
Abraham Poincheval , artiste atypique qui imagine des voyages itinĂ©rants mettant Ă lâĂ©preuve ses limites physiques et mentales, a rĂ©alisĂ© en 2019 lâĆuvre Walk on Clouds. Poincheval se retrouve alors Ă plusieurs dizaines de mĂštres dâaltitude, suspendu dans le vide grĂące Ă une montgolfiĂšre, et se promĂšne sur les nuages Ă la dĂ©couverte de la canopĂ©e gabonaise. Une performance qui lui permet dâĂ©prouver le temps et lâespace dans des conditions singuliĂšres, aussi extrĂȘmes que poĂ©tiques. Son objectif ? â DĂ©couvrir le monde sous des angles encore inexplorĂ©s, quitte Ă se mettre dans des situations pas hyperconfortables, on ne va pas se mentir.
Grande figure du Body Art, Marina Abramovic , de son cĂŽtĂ©, sâest fait connaĂźtre dans les annĂ©es 1970 grĂące Ă des performances artistiques marquantes, voire dĂ©rangeantes. Sa dĂ©marche artistique ?
Utiliser son corps comme moyen dâexpression et explorer les limites de celui-ci en le mettant Ă rude Ă©preuve.
Pour Rhythm 0 (1974), Marina Abramovic se prĂ©sente nue Ă un public et met Ă sa disposition diffĂ©rents objets quâil est libre dâutiliser sur le corps de lâartiste. Parmi ces objets : des plumes, du pain, des fleurs, mais surtout des armes. Sans surprise, la performance dĂ©rape et certains spectateurs prennent la libertĂ© de la blesser sans pression. Ici lâartiste repousse les limites de son ĂȘtre pour rĂ©vĂ©ler au spectateur sa vraie nature. (Soyez tranquilles, on ne va pas vous demander quel objet vous auriez choisi.)
Le point commun entre ces deux performances ? Se mettre en situation extrĂȘme pour dĂ©fier lâimpossible, questionner le monde et ses codes.
ïżœïżœ INTRODCUTION â 26 KIBLIND Magazine â 83 â Vertige
3
EN
ACTIVISME
VIRONNEMENTAL
PlutÎt que de le fuir, certains militants écologistes font du vertige une arme politique et prennent littéralement de la hauteur pour alerter sur leurs combats.
ĂCO ANXIĂTĂ
100m 90m 80m 70m 60m 50m 40m 30m 20m 10m 0m
DE LâAMOUR
Dans ses paroles, Bashung Ă©voque « un cĆur quireste sourd» aux plaisirs de la vie, un « vertige de lâamour ». On est dâaccord Alain, il nâest pas simple dâĂȘtre confrontĂ© Ă ce vertige et nous aussi, des fois, on prĂ©fĂ©rerait un Netflix&chillsolo plutĂŽt que ce « dĂ©sir fou que rien ne chasse ». Dâailleurs, les penseurs eux-mĂȘmes ont leur avis sur ce sujet qui fait couler
En 1981, lâun des plus beaux titres dâAlain Bashung devient n°2 des ventes en France. ĂcoulĂ© Ă plus de 700 000 exemplaires,
« VERTIGE DE LâAMOUR »
est un morceau qui a trouvĂ© son public et qui a su lui parler. Parce que lâamour est un sujet, on le sait, universel. Parce quâil convoque en nous des dĂ©sirs, des nĂ©vroses, un imaginaire et des sentiments qui nous font perdre pied et font chavirer notre raison.
Roland Barthes, dâabord, dans LesFragments dâundiscoursamoureux, et selon qui dire « je tâaime » est au-dessus de toute force, de la science et de la raison. Selon lui, celui qui ne dit pas « je tâaime » est un « esclave Ă lalanguecoupĂ©e», condamnĂ© Ă Ă©mettre des signes incertains de son amour, et donc, Ă ne pas aimer vraiment. Pire â Ă ne pas ĂȘtre aimĂ©.
DĂ©sirfouqueriennechasse LecĆurtransirestesourd Auxcrisdumarchanddeglaces Nonmaistâasvucequipasse
JâveuxlefeuilletonĂ laplace
â Vertige de lâamour
ConsidĂ©rant les choses comme ça, on est plutĂŽt dâaccord avec les dĂ©clarations dâAlain et de Stendhal, lâamour, câest sacrĂ©ment vertigineux !
Plus fort encore, le discours amoureux serait un symptĂŽme de folie. Dâabord intĂ©rieure â lâamoureux spĂ©cule, il court dans sa tĂȘte â la folie se matĂ©rialise in fine dans le « je tâaime », tranchant et sans retour. Lâamoureux devient compulsif, il projette dans lâobjet de son amour une psychose nĂ©vrotique. Il se risque Ă la non-rĂ©ponse qui le transformera en malheureux.
Dans le meilleur des cas, lâamoureux obtient une rĂ©ponse similaire, la tant attendue. Mais selon Roland Barthes, dire les trois mots magiques aprĂšs les avoir entendus, câest du fake. De la triche. Lâamoureux primaire, celui qui a bravĂ© ses peurs et qui a balancĂ© ses tripes sur la page, ne pourra jamais ĂȘtre certain de la vĂ©racitĂ© du « je tâaime » offert en retour. La seule solution tient alors dans une temporalitĂ© parfaite : un « je tâaime » simultanĂ©. Chips.
On tombe en
On tombe le long dâun couloir de verre, oĂč le temps et lâespace semblent avoir Ă©tĂ© suspendus, de mĂȘme que la pesanteur ; si bien quâil devient difficile de savoir si on monte ou si on descend, si on chute ou si on sâĂ©lĂšve. Un vertige vertical, un transport littĂ©ralement amoureux.
On tombe aussi en extase. Stendhal en sait quelque chose.
Un jour quâil voyageait Ă Florence, il sâagenouille sur un prie-dieu de la basilique Santa Croce pour admirer les sibylles de Volterrano qui ornent la coupole. Il est soudainement pris de vertige, dĂ©bordĂ© par la sensation, violente, incontrĂŽlable, de toucher du doigt lâinfini, le divin. La pure Ă©motion esthĂ©tique. Mais si forte quâil en est malade. Une preuve de la puissance cachĂ©e de lâart ? Quoi quâil soit, ce phĂ©nomĂšne se gĂ©nĂ©ralise et se manifeste par des troubles psychosomatiques caractĂ©ristiques du vertige : accĂ©lĂ©ration du rythme cardiaque, transpiration, suffocation, hallucinations parfois. Les premiers touchĂ©s sont les voyageurs passionnĂ©s dâart et dâamours florentines. Câest pourquoi on lâappelle syndrome de Stendhal, ou « syndrome de Florence ».
Et ça peut arriver à des gens trÚs bien.
INTRODCUTION â 27 ïżœïżœ KIBLIND Magazine â 83 â Vertige
dâencreâŠbeaucoup
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â Textes : E.Quittet, R. Lechleiter, M. Samson, S. Pauly, M. LabbĂ©, R. Chevallier & M. DâhĂ©rouville
â Illustration : G.Huby
â Mise en page : G. Bonneau & M.Zablocki
Bienvenue, vous entrez en transe
Ex-responsable Ă©ditorial chez Sourdoreille et journaliste musical chevronnĂ©, Romain Bourceau ne fait pas semblant. Pour ce numĂ©ro « Vertige », ce dernier dĂ©crypte lâĂ©tat de transe que la musique sait si bien dĂ©clencher, grĂące Ă deux chefs de file plutĂŽt spĂ©cialistes du sujet : le festival Hadra et lâagence Everybody Trance.
ïżœïżœ INVITATION â 28 KIBLIND Magazine â 83 â Vertige
Des premiĂšres danses autour du feu aux interminables sets de musiques Ă©lectroniques, notre espĂšce se met en douze pour recrĂ©er des mondes, pour dĂ©fier ou oublier le prĂ©sent. Mais le voyage nâest pas sans risques. Petite histoire tourmentĂ©e de la transe et ses tĂ©moignages poĂ©tiques dâamoureux du vertige, grĂące aux Ă©quipes du festival Hadra et de lâagence Everybody Trance. La musique nâa pas dâĂ©quivalent pour altĂ©rer notre perception. Je tiens surtout pour acquis quâelle rĂšgne en maĂźtresse dans le domaine de la perte de contrĂŽle, la chute libre, le vertigo suprĂȘme, et ce plus que tous les autres arts. Il est possible de tomber de sa chaise devant un tableau et il est souhaitable dâoublier le monde qui nous entoure devant un excellent film, mais jâatteste quâavoir les boyaux dĂ©placĂ©s, sans sommation, dans les grandes largeurs, est la chasse gardĂ©e de la musique, art collectif et fĂ©dĂ©rateur suprĂȘme. UNE HISTOIRE DE TRANSE Le vertige est une transe. Un Ă©tat qui vient de loin. Le terme latin transire, devenu transir au Moyen Ăge, signifie le dĂ©part ou le passage. Ă partir du Ve siĂšcle, câest mĂȘme le sens de « passer de vie Ă trĂ©pas » qui est retenu dans lâhindouisme, câest vous dire sa capacitĂ© Ă relativiser lâangoisse du trajet vie-mort. Avançons dans le temps. Câest au XIVe siĂšcle que lâexpression « entrer en transe » se dĂ©mocratise. Ă cette Ă©poque, la mĂ©decine, la religion et les spiritualitĂ©s hĂ©rĂ©tiques prĂ©-chrĂ©tiennes cohabitent. En France ou ailleurs, lâĂ©tat de transe nâest pas nouveau et le rĂ©cit de ces mages possĂ©dĂ©s et des cĂ©rĂ©monies qui les portent sont bien connus des contemporains de lâalchimiste Nicolas Flamel. Des transes vertigineuses, on en dĂ©nombre des dizaines. La plupart du temps, le simple fait que notre ĂȘtre soit traversĂ© par un mouvement incontrĂŽlable et violent suffit Ă les faire exister : transe orgasmique, haineuse, extatique⊠Elles sont les rĂ©sultantes de la montĂ©e en intensitĂ© maximale de nos sens, comme si un ingĂ©nieur du son malĂ©fique avait dĂ©cidĂ© de mettre tous les potards de nos Ă©motions dans le rouge. Elles Ă©voquent parallĂšlement des troubles de santĂ© extrĂȘmes, comme les convulsions ou des troubles dissociatifs de lâidentitĂ©. Une autre partie non-nĂ©gligeable des transes concerne les prises de contact avec un prĂ©supposĂ© divin : dialogues, apprĂ©hensions, possessions, visions, divinations. Mais passons. « Je chute. Câest drĂŽle comme on peut tomber, alors que sur le sol, on a les pieds bien ancrĂ©s. ReliĂ©e Ă la Terre - pourtant je me sens comme Ă la dĂ©rive. Ma trance nâest pas stable bien que rĂ©pĂ©titive. Une libre dĂ©sĂ©quilibrĂ©e. Chaque pulsation est un Ă©tage supplĂ©mentaire que je grimpe. Un pas de plus vers le vide. Le rythme
ïżœïżœ INVITATION â 29 KIBLIND Magazine â 83 â Vertige
est mon partenaire dâescalade. Il mâassure quand je lĂąche prise. Progressive impression de malaise, agrĂ©ablement dĂ©concertante. Mon corps traversĂ© par un grand huit â de hauts et de bas, de frissons et de vertiges. TroublĂ©e par la cadence, je vacille. Jâai le tourni sonore. Tout tangue. Remuent les vagues dans la danse, remuent les corps dans la trance. De temps Ă autre, des pauses pour reprendre mes esprits, retrouver le sens. De lâorientation, et de tant dâautres qui tombent avec moi. Une Ă©vanescence dâĂ©vanouissements. Un grand saut dans le nĂ©ant, Je chute sur la piste de danse. » MarsO10CEverybody Trance. ENTREZ DANS LA TRANSE Ă la croisĂ©e de lâemballement de nos sensations et de la rencontre avec le surnaturel rĂšgne une flopĂ©e de transes volontairement recherchĂ©es par lâĂȘtre humain (il nâest en revanche pas exclu que les animaux et les vĂ©gĂ©taux ne prendraient pas leur petite perche si lâoccasion sâoffrait Ă eux mais ça nâest pas le sujet). Elles sont le rĂ©sultat de transmissions, dâexpĂ©riences, le plus souvent sous influence et en musique, et nous enjoignent Ă aborder lâinabordable avec un certain recul : Ă prendre conscience du dĂ©lire. Comme il existe une petite musique de nos vies, il existe une musique de nos transes, que lâon soit plus bolĂ©ro, minimalisme, krautrock, techno, synthpunk, ou mĂȘme la bien nommĂ©e musique Ă©lectronique⊠trance, style de musique Ă©lectronique bien dĂ©fini, nĂ© en Allemagne Ă la fin des annĂ©es 80 (et ses sous genres Goa, psy, hard, uplifting, etc). Le point commun entre un chamane sibĂ©rien, Maurice Ravel, Philip Glass, Jeff Mills et Vini Vici, câest Ă©videmment lâinstrumentation seule au service de la rĂ©pĂ©tition, la pulsation rĂ©guliĂšre. Alors est-ce que ce sont lâaspect cyclique de notre systĂšme solaire, lâalternance de nos jours et de nos nuits, le battement de notre cĆur qui sont Ă lâorigine de cet attrait pour la rĂ©pĂ©tition ? Aucune idĂ©e. Mais câest un fait. Quand des musiques rĂ©pĂ©titives sont jouĂ©es, on pourrait croire que le vertige est impossible. Que du train-train ne peut pas naĂźtre la chute libre. Et pourtant, c'est uniquement quand notre esprit entre en rĂ©sonance quâil lui est permis dâaltĂ©rer ses sens. Lancez-vous dans une danse circulaire ou rĂ©pĂ©tez des mouvements rĂ©guliers, embarquez dans une musique oĂč mĂ©lodies et percussions obsĂ©dantes se mĂȘlent, et vous trouverez sur votre route lâivresse, et pourquoi pas, si vous ĂȘtes bien dedans, hallucinations visuelles, troubles de l'oreille interne... On en perd lâĂ©quilibre quand vient le vertige. « La premiĂšre note arrive, le premier frisson est lĂ , avec l'enchaĂźnement des beats par minute. AveuglĂ© par les lumiĂšres, sous une canopĂ©e haute comme
ïżœïżœ INVITATION â 30 KIBLIND Magazine â 83 â Vertige
»
Emilie Angenieux -
une cathĂ©drale, tu voyages et ton esprit divague. Nous sommes tou.te.s venu.e.s chercher la mĂȘme chose : la quĂȘte du vertige, de la grandeur de l'Ăąme. Nos corps entrent en transe, yeux fermĂ©s, paumes de main ouvertes en direction du ciel, tu accueilles cette messe psychĂ©dĂ©lique. Le rĂ©el n'existe plus. Tu as plongĂ© Ă corps perdu dans cette danse, infatigable. Le repos sera pour une autre fois. Tant que la fiĂšvre n'est pas tombĂ©e, il faut continuer Ă s'agiter.
DâAUJOURD'HUI Force est de constater que nous avons besoin du vertige, dâavancer notre pied au plus prĂšs de la falaise, de sentir notre petite mort, ou lâidĂ©e dâune autre vie. Pour nous sentir vivre, nous avons le dĂ©sir de tromper notre vie. Ă ce propos, les pratiques new age Ă grand renfort de folklore aseptisĂ©, de gourous en plastique, de start-up mĂ©ditation, et dâappropriation culturelle se portent Ă merveille parce quâelles peuvent compter sur la corde sensible dâune multitude. Mais attention, il y a matiĂšre Ă se rĂ©jouir. Si en 2023, les dancefloors des clubs, des raves et des festivals sont plein Ă craquer de gens ayant un besoin presque vital de se perdre et faire valser leur oreille interne, câest parce que dans ce mĂȘme geste apparemment anodin, ils font voler en Ă©clat leurs a priori, leurs schĂ©mas, leur hĂ©ritage. Ăa n'est pas rien. En cela, le vertige nâest plus uniquement un trouble, il devient un geste radical, Ă©mancipateur, flamboyant. « Entrer en transe, ĂȘtre trans, transition de genre, transgressions des normes de genre, transition musicale, transpiration scĂ©nique, trance. Oui, le mot tran(s)ce fait partie intĂ©grante de ma vie, sa signification se dĂ©ploie au maximum en moi. Entre mon genre, mon art, mes Ă©tats dâĂąme, ce mot me colle Ă la peau. Dans la trance que je joue, je cherche la mĂ©lancolie, la perdition, un moyen euphorique et Ă la fois vertigineux de se rattraper, de se raviver, dâeffacer la pression du monde, dâoublier les normes, dâexplorer des frontiĂšres sonores et sensorielles. Encore chercher plus loin pour ĂȘtre encore plus prĂšs de soi-mĂȘme. » Desire - Everybody Trance
Hadra Festival. LA TRANSE
ïżœïżœ INVITATION â 31 KIBLIND Magazine â 83 â Vertige
Visuels dans lâordre dâapparition : Maurice Ravel - BolĂ©ro (1928), James Holden - The Idiots Are Winning (2006), Steve Reich - Drumming (1971), NEU! - NEU! (1972), Robert Hood - Motor Nighttime World 3 (2012), Hallucinogen - Twisted (1995), Juno Reactor - Transmissions (1993), Total Eclipse - Delta Aquarids (1995), Spectral - Diffuse (2000), Jam & Spoon - Tripomatic Fairytales 2001 (1993)
Ăscar Raña
ïżœïżœ EN COUVERTURE â 32 KIBLIND Magazine â 83 â Vertige
Est-ce lié à son environnement quotidien ?
Est-ce dĂ» aux paysages de rochers abrupts qui surplombent la cĂŽte galicienne ? Ă sa proximitĂ© avec Cynthia Alfonso, talentueuse camarade dĂ©jĂ croisĂ©e dans Kiblind "Mystique", avec qui il Ă©change chaque matin au soleil ascendant au sein de Rapapawn, leur studio dâanimation ? Le constat est lĂ , le verdict limpide, Ăscar Raña nous file un sacrĂ© vertige. Du genre de celui qui vous colle le cerveau Ă la paroi pour ne jamais le lĂącher. De celui qui vous prend par le bas-ventre pour mieux vous retourner. Son travail Ă lâintuition, son mĂ©lange de techniques digitales et analo -
giques, ses combinaisons gĂ©omĂ©triques aux dĂ©tails subtilement figuratifs, sa gamme de couleurs aussi restreinte quâefficace, ses trames riso magnifiquement animĂ©es, tout converge vers la mĂȘme direction⊠LĂ -haut, tout lĂ -haut, vers les sommets.
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Comment
tâest venue lâenvie de travailler autour des questions de perspectives et des formes gĂ©omĂ©triques ?
Câest quelque chose qui est apparu assez progressivement et involontairement. Peut-ĂȘtre est-ce dĂ» Ă lâinfluence que la pein -
ture abstraite de la seconde moitiĂ© du XX e  siĂšcle a exercĂ©e sur moi (minimal, hard edge, neo geo, etc.), mais je ne peux pas en ĂȘtre sĂ»r...
Câest drĂŽle, car jâai toujours dĂ©testĂ© le dessin technique et je suis vraiment nul dans ce domaine. Tu travailles avec une gamme de couleurs assez restreinte et remarquable.
Jâai toujours aimĂ© travailler avec ce type de palette car elle permet dâobtenir des effets visuels intĂ©ressants et attrayants.
Jâavoue que le RVB numĂ©rique est pour moi un grand espace dâexploration chromatique.
Est-ce liĂ© Ă lâutilisation rĂ©currente de la risographie ?
La vivacitĂ© et lâimpact des couleurs de la risographie sont fous.
Jâaime beaucoup travailler la couleur avant lâimpression et crĂ©er les mĂ©langes de toutes piĂšces sur le support numĂ©rique. Ăa gĂ©nĂšre des approximations Ă partir des Pantone et du profil choisi.
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Peux-tu nous dire quelques mots sur ta formation ?
Jâai fait une licence en beaux-arts Ă lâuniversitĂ© de Vigo en Espagne, puis un master en animation et livres illustrĂ©s au mĂȘme endroit. Jâai terminĂ© en 2016, si je me souviens bien.
Tu travailles beaucoup en binĂŽme avec Cynthia Alfonso. Comment trouvez-vous lâĂ©quilibre entre vos travaux personnels et ceux que vous rĂ©alisez en duo ?
Nous partageons le mĂȘme studio et nous avons une communication directe en permanence. Il sâagit de sâorganiser et de combiner les diffĂ©rents travaux sans en prendre trop : nous devons parfois refuser des commandes pour nous concentrer sur ce qui nous motive le plus, que ce soit des projets perso ou souvent en duo.
Avec Rapapawn, votre plateforme de projets animés par exemple ?
Câest vrai que Rapapawn est, entre autres, lâoccasion dâexpĂ©rimenter ensemble le graphisme et lâanimation, Ă©galement sur des projets de commande. Ăa crĂ©e une dynamique de travail agrĂ©able et ça vient rythmer notre routine personnelle.
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Quelle est la place de lâimprovisation dans ta façon de travailler ?
Lâimprovisation et lâintuition sont devenues des Ă©lĂ©ments centraux de ma mĂ©thodologie de travail au fil du temps. Cynthia et moi-mĂȘme, nous donnons souvent la prioritĂ© aux possibilitĂ©s offertes par le hasard et lâaccident. Parfois, il sâagit simplement dâune dose dâimpro dans un projet bien ficelĂ© ou alors, souvent, lâimprovisation constitue la base de lâĆuvre elle-mĂȘme.
Ajoutes-tu une petite dose de figuratif aussi parfois ?
Il mâarrive de travailler avec des personnages et des Ă©lĂ©ments de narration, mais jâaime les diluer dans lâabstraction et ne pas les prĂ©senter de maniĂšre Ă©vidente ou conventionnelle, afin quâils ne conditionnent pas trop le rĂ©cit et le regard du lecteur. Laissez une libre interprĂ©tation dans lâimage. Un exemple dâune Ćuvre qui te donne le vertige ? La derniĂšre fois que jâai ressenti quelque chose comme ça, câĂ©tait en voyant la fin dâ Aftersun de Charlotte Wells.
Quels sont les projets qui tâont marqué ?
Entre autres : Sopapo , une bande dessinĂ©e publiĂ©e chez Ăltimo Mono Ed. en 2021 et Unha Leira de Millo , qui a fait lâobjet dâune exposition Ă la galerie Svt (Vigo) lâannĂ©e derniĂšre ; deux projets coĂ©crits avec Cynthia Alfonso. Et sur quoi tu travailles actuellement ? Sur une longue bande dessinĂ©e (interminable) et sur de nouveaux projets dâanimation et dâautoĂ©dition, comme le collectif de bande dessinĂ©e FĂ©nomeno , avec lequel je vais faire une publication semestrielle avec plusieurs auteurs espagnols qui sont incroyables. Quelques mots sur cette couverture et son animation ? LâidĂ©e de « vertige » mâa renvoyĂ© directement Ă un dessin de Jack Kirby qui, pour une raison quelconque, est restĂ© dans mon esprit (une couverture des 4 Fantastiques dâil y a mille ans), et câest Ă partir de lĂ que jâai commencĂ© Ă travailler sur cette horreur vertigineuse. Câest vrai que je travaille aussi beaucoup sur le principe de la citation et de lâappropriation des Ćuvres.
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CRĂA TIONS ORIGI NALES
Dessiner un bonhomme. OK, ça se fait. Une pipe, Ă©videmment. Une voiture ? Câest dĂ©jĂ plus chaud. Mais la demande que nous avons transmise aux diffĂ©rents artistes des prochaines pages est bien plus sournoise : retranscrire une sensation. Et pas nâimporte laquelle, la sensation du vertige, celle qui nous perd, nous dĂ©stabilise, nous rend fous.
Ah les salauds, pourriez-vous dire si on avait Ă©levĂ© quelques porcs ensemble. Oui, mais non. Car en traduisant lâintraduisible, ces artistes nous ont montrĂ© la puissance du dessin. LĂ oĂč la langue trahit sa faiblesse, lâimage peut, elle, sâen sortir haut la main.
Tel est le dĂ©fi que nous avons proposĂ© Ă ces huit talents, illustrateurs et illustratrices de lâextrĂȘme, sorte de A-Team de lâart dessinĂ© qui nâa peur de rien et surtout pas de lâimpossible.
Merci, donc, Ă Chih-Yi Wu, David Adrien, Linwei Studio, Gyayu Wang, Paul Descamps, Lou Buche, Tim Goschnick et Arthur Sevestre dâavoir acceptĂ© de prendre part Ă la galerie.
KIBLIND Magazine â 83 â Vertige CRĂATIONS ORIGINALES â 38 ïżœïżœ
CRĂATIONS ORIGINALES â 39 ïżœïżœ KIBLIND Magazine â 83 â Vertige
instagram.com/find__a_place
Chih Yi Wu l Vertige
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David Adrien l PlanĂštes et Pylones davidadrien.com
CRĂATIONS ORIGINALES â 41 ïżœïżœ KIBLIND Magazine â 83 â Vertige
Linwei Studio l Vertige instagram.com/linwei.studio
instagram.com/gyayu.wang
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Gyayu Wang l 3D Game Swirl
CRĂATIONS ORIGINALES â 43 ïżœïżœ KIBLIND Magazine â 83 â Vertige
Paul Descamps l Vertige instagram.com/polobabybambino
ïżœïżœ CRĂATIONS ORIGINALES â 44 KIBLIND Magazine â 83 â Vertige
Lou Buche l Vertigo instagram.com/loubuche
KIBLIND Magazine â 83 â Vertige
Tim Goschnick l Vertigo instagram.com/tim_goschnick
ïżœïżœ CRĂATIONS ORIGINALES â 46 KIBLIND Magazine â 83 â Vertige
Arthur Sylvestre l Le plongeoir instagram.com/arthursevestre
« On peut comparer lâangoisse au vertige. On a le vertige quand on plonge le regard dans un abĂźme. Mais la raison du phĂ©nomĂšne nâest pas moins lâĆil que lâabĂźme, car il suffit de ne pas regarder. Lâangoisse est ainsi le vertige de la libertĂ© survenant quand lâesprit veut poser la synthĂšse et que la libertĂ©, scrutant les profondeurs de sa propre possibilitĂ©, saisit le fini pour sây appuyer. La libertĂ©
haut / Lâextase et lâimmensitĂ© / Je vertige dâĂȘtre vivant » â MylĂšne
succombe dans ce vertige. » â SĂžren Kierkegaard, Le Concept de lâangoisse, 1844
Farmer, Vertige, 1995
« LâĂ©veil dâun sens / Lâinstinct dâune danse / Je vertige de vivre / Plus loin, plus
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Les pieds ont beau ĂȘtre solidement arrimĂ©s au sol et la chaise qui nous accueille plutĂŽt stable, nous sommes pris. Nous ne nous balançons pourtant pas au bord du Grand Canyon, comme cet acrobate quâon pouvait trouver dans les Guinness Books de notre enfance. Nous sommes devant un bureau, lui-mĂȘme tenu sur un sol auquel nous faisons toute confiance. Face Ă nous, un livre, une page Ă peu prĂšs plate, et un dessin. Câest celui-lĂ le grand responsable, le coupable de cette sensation qui nous prend, de ce dĂ©sĂ©quilibre des sens. Comme happĂ©s par sa profondeur, nous tombons et sortons de la dimension habituelle dans laquelle nous possĂ©dons nos repĂšres. Lâartiste a tapĂ© dans le mille : nous sommes pris de vertige. Les nullards de la main et de lâesprit, comme nous, ne comprennent pas, ne parviennent pas Ă sâimaginer lâintention et les techniques qui sont responsables de cet effet bĆuf. Alors, on sâest dit quâon allait demander Ă quelques-uns des brillants dessinateurs et dessinatrices qui ornent nos murs et bibliothĂšques pour savoir dâoĂč venait la magie. Et si Maxime Mouysset, LĂ©a Murawiec, Marie-Anne Mohanna et Jean Dalin ont en commun de maĂźtriser les arts de la perspective, de la dynamique et du mouvement, ils possĂšdent chacun leur formule secrĂšte. On vous propose un plongeon dans leurs profondeurs.
Nous, grands ronfleurs devant lâĂ©ternel, nous posons dâabord la question : pourquoi ? Pourquoi sâembarquer dans des dessins dâune complexitĂ© inouĂŻe qui demandent Ă la fois de la technique, de la connaissance de son art et de lâimagination pour twister la rigueur de deux savoirs prĂ©cĂ©dents ? Jean Dalin, spĂ©cialiste des compositions architecturales fournies, lâavoue dâailleurs sans problĂšme. « Une illustration, ça me prend beaucoup de temps,
mais câest mon problĂšme, câest moi qui dĂ©cide de faire comme ça. » Mais avant lâamour du trop-plein de travail, il y a cette envie de reproduire ce que, eux-mĂȘmes, en tant que spectateurs, ont dĂ©jĂ vĂ©cu. Pour Jean Dalin, « les prises de vue en hauteur, câest pour pouvoir montrer plein de choses. Jâavais entendu que MĆbius disait quâil Ă©tait nul en composition et que donc, la solution Ă©tait de mettre des trucs partout. Comme ça, ça fait
une image qui fonctionne mĂȘme si elle est mal structurĂ©e. » Marie-Anne Mohanna, autrice de Dans son ombre (Warum) fut, elle, profondĂ©ment marquĂ©e par lâart japonais. « Je suis vachement inspirĂ©e par les estampes japonaises, la maniĂšre dont ils ont travaillĂ© la perspective, la façon dont ils ont pensĂ© la profondeur et lâorganisation de la nature ou des paysages dâintĂ©rieur. Ce sont des choses qui mâont beaucoup parlĂ© et qui mâont beaucoup nourrie dans mon travail dâillustratrice. » Le Japon semble ĂȘtre un point du globe vers lequel nos artistes ont toujours un Ćil tournĂ©. Si Jean Dalin cite Akira Toriyama, crĂ©ateur de Dragon Ball, pour Maxime Mouysset câest plutĂŽt YĆ«ichi Yokoyama, « une rĂ©fĂ©rence quâon sort tout le temps aux Arts DĂ©co [la HEAR de Strasbourg, ndlr]. En termes de vitesse, câest limite un peu trop. Il faut sâarrĂȘter toutes les trois pages pour bien digĂ©rer le truc. Câest bordĂ©lique car il a une dĂ©marche dâauteur Ă travers ses mangas. Mais câest trĂšs inspirant de voir comment il traduit le mouvement et le temps ».
ïżœïżœ DOSSIER â 48 KIBLIND Magazine â 83 â Vertige
« Je suis vachement inspirée par les japonaises,estampesla maniÚre dont ils ont travaillé la perspective »
â Illustration de LĂ©a Murawiec rĂ©alisĂ©e pour Inktober, 2018
LĂ©a Murawiec, Ă©ditrice chez FlĂ»tiste et autrice du Grand Vide (Ăditions 2024), acquiesce. « En dessinant Le Grand Vide, je me suis plus directement inspirĂ©e de scĂšnes de manga comme Akira que jâai dĂ©couvert Ă ce moment-lĂ , dont la scĂšne dâintro sur des motos est trĂšs dynamique, ou encore la course dans Gunnm, et quelques plans de TaiyĆ Matsumoto ou des poses de Jojoâs Bizarre Adventure. » Mais cette recherche de nouvelles rĂšgles, de nouvelles façons de donner la vie Ă son dessin, les illustrateurs et les illustratrices vont les chercher partout. Dans les comics, pour Jean Dalin et son amour de Jack Kirby, et mĂȘme dans les dessins animĂ©s qui ont rythmĂ© leur enfance.
« Depuis que je suis enfant, les BD que je dessinais avaient en plein milieu de lâhistoire une case avec une Ă©norme perspective pour zĂ©ro raison. Les perspectives Ă©taient souvent fausses, câĂ©tait juste pour crĂ©er quelque chose de dynamique. Ăa vient sans doute des dessins animĂ©s que je regardais comme les Tex Avery, Totally Spies ou Teen Titans. » nous confie LĂ©a Murawiec. Une inspiration qui est toujours dâactualitĂ© pour Maxime Mouysset, tombĂ© lui amoureux dâun compte Instagram tout Ă fait spĂ©cial.
« Ăa sâappelle @one.perfect.frame. Câest un mec qui sâamuse Ă faire des arrĂȘts sur image dans les cartoons amĂ©ricains type Tom & Jerry. Ce sont des stops qui traduisent des cĂŽtĂ©s assez abstraits qui mâinspirent beaucoup. Il va sâarrĂȘter sur une image pendant un mouvement, une rĂ©action et tu te rends compte que câest Ă©normĂ©ment dâabstraction pour traduire un mouvement assez prĂ©cis. » Cette rĂ©fĂ©rence aux anciens nâest pas quâune parade de name-dropping. Si toutes ces images sont convoquĂ©es, câest quâelles participent dâun langage auxfonctions particuliĂšres dans lequel lesartistes piochent pour amadouer le spectateur.
Il y a Ă©videmment une intention de surprendre le lecteur, de le prendre par le colbac pour lâemmener avec soi, pour lui mettre dans la face les ressentis du personnage. Dans la dĂ©formation des corps et des perspectives, LĂ©a Murawiec a tentĂ© de toucher le lecteur physiquement.
« Le Grand Vide est un livre qui gĂ©nĂšre pas mal dâĂ©motions. Jâai vraiment insistĂ© dessus. Jâai essayĂ© de pousser Ă lâextrĂȘme la rapiditĂ©,
le dynamisme de ce personnage et aussi ces moments oĂč elle se sent submergĂ©e par des Ă©motions fortes. Jâai voulu donner une forme aux Ă©motions quâelle ressent. Jâai beaucoup exagĂ©rĂ© le cĂŽtĂ© dĂ©formĂ©, liquide de certains passages. Quand on vit une Ă©motion intense, on oublie quâon a un corps, on perd ses repĂšres. » Marie-Anne Mohanna cherche, elle, Ă partager ses propres Ă©motions, voulant donner aux spectateurs le mĂȘme sentiment qui lâavait gagnĂ©e Ă la vue dâun paysage ou dâun bĂątiment. « En gros, jâessaie souvent de me demander ce qui a fait que câĂ©tait si impressionnant et comment je peux essayer de retranscrire ça dans mon dessin. Ăa passe par le choix du cadrage, de la composition et des couleurs aussi. » Plus pragmatique, Maxime Mouysset sâattache Ă lâenvironnement dans lequel son dessin apparaĂźt. « Il y a un cĂŽtĂ© immĂ©diat qui est important. Dans la presse, câest ce quâon me demande tout le temps : comment rendre une image intĂ©ressante. Choisir une perspective bien dynamique ou un cadrage bien prĂ©cis, ça permet de donner mon point de vue.
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« Les Ă©taientperspectives fausses,souvent câĂ©tait juste pour crĂ©er quelque chose de dynamique »
â Couverture de la BD Le Grand Vide de LĂ©a Murawiec, Ăditions 2024, 2021
â Comics SQUAREÂČ de Maxime Mouysset pour Kiblind, 2022
â « La salle des machines », illustration extraite de la BD de Jean Dalin Ă paraĂźtre chez Sarbacane
â Illustration de Maxime Mouysset pour Bloomberg Businessweek, 2022
Câest une des raisons pour laquelle on fait appel Ă moi : parce que ma rĂšgle dâor câest de mettre le plus possible de mouvement sur une image arrĂȘtĂ©e. Comment rĂ©sumer un article et mettre du mouvement en seulement deux images. » Pour le dessinateur parisien, cette obsession du mouvement et de la dynamique est aussi tout simplement quelque chose qui vient de loin. « Câest un intĂ©rĂȘt difficile Ă expliquer depuis le dĂ©but. Je suis un Ă©norme fan de sport donc le mouvement, câest quelque chose qui mâintĂ©resse depuis toujours. JâĂ©tais en graphisme aux Arts DĂ©cos et jâai axĂ© mon diplĂŽme sur le sport. Ăa part de lĂ et puis ensuite câest un style qui se dĂ©veloppe. Jâai peut-ĂȘtre aussi un cĂŽtĂ© affichiste. Jâai fait des Ă©tudes de graphisme donc il y a un attachement Ă ce genre dâimage. Je cherche tout le temps Ă avoir un cĂŽtĂ© impactant Ă la maniĂšre dâune affiche. La vitesse permet dâavoir ce cĂŽtĂ© impactant. »
Bien quâils officient dans des domaines et des styles qui diffĂšrent franchement, le point commun de ces quatre artistes est
effectivement dâoffrir au lecteur des images fortes, prenantes et agissantes. Un savoirfaire quâils ont acquis au fil du temps, avec des techniques bien prĂ©cises.
Des techniques qui pour nous, jeunes gens issus du monde dâen face â celui oĂč la profondeur se construit grĂące Ă un enchaĂźnement subtil de mots et non grĂące Ă des rĂ©flexions mathĂ©matiques â sont aussi lointaines que fascinantes. Ă lâĂ©cole du dessin comme dans toutes les autres, pourtant, il y a ceux qui suivent les consignes Ă la lettre, et ceux qui sâen Ă©loignent un chouĂŻa pour adopter la mĂ©thode avec laquelle ils se sentiront le plus Ă lâaise.
Parmi les allergiques Ă lâapplication bĂȘte et mĂ©chante des savoirs emmagasinĂ©s figure Jean Dalin. Pour lâillustrateur lyonnais, la crĂ©ation dâune nouvelle image doit rester un moment de plaisir avant toute chose. « Avant, je faisais une grille de perspective par Ă©lĂ©ment pour bien avoir les bons points de fuite Ă chaque fois. Maintenant, je sais oĂč est ma ligne dâhorizon, je sais si mon Ćil voit dâen haut ou dâen bas, jâai une grille de perspective Ă un ou deux points de fuite, ça dĂ©pend des fois, et aprĂšs, je dessine directement dedans ». Si les compositions complexes et multidimensionnelles de Jean Dalin semblent de prime abord ĂȘtre le fruit dâinnombrables recherches et de calculs rigoureux, le travail de prĂ©paration semble pourtant se faire plutĂŽt du cĂŽtĂ© du cerveau que sur des carnets de dessin.
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« Jâai voulu donner une forme aux Ă©motions quâelle ressent. Jâai beaucoup exagĂ©rĂ© le cĂŽtĂ© dĂ©formĂ©, liquide de certains passages. Quand on vit une Ă©motion intense, on oublie quâon a un corps, on perd ses repĂšres ».
â « La salle des machines », illustration extraite de la BD de Jean Dalin Ă paraĂźtre chez Sarbacane (ParticularitĂ© : comme le point de fuite est central et la vue zĂ©nithale, elle peut ĂȘtre placĂ©e dans n'importe quel sens)
â La derniĂšre : « Place of Sport », Adidas, 2019
â Illustration de Maxime Mouysset pour The Economist, 2022
« Je suis tellement obsĂ©dĂ© par les trucs que je dessine que je les ai vraiment dans la tĂȘte. Ăa fait une semaine que jây pense, je rĂȘve de ça et quand je vais travailler, ça apparaĂźt tout seul », nous avoue lâartiste au sommeil un tantinet lĂ©ger. Si les techniques de gaufriers et de grilles sont volontairement peu utilisĂ©es par lâauteur, la discipline est bel et bien lĂ , et se ressent notamment Ă travers la justesse des proportions.
« Les proportions, lâanatomie, je fais en sorte que ce soit juste. Câest pas le dessin que jâaime nĂ©cessairement mais câest comme ça que jâaime faire. Les perspectives et les proportions doivent ĂȘtre bonnes », conclut celui qui prĂ©pare en ce moment mĂȘme la sortie dâune BD dont le premier tome sortira bientĂŽt chez Sarbacane.
Lorsque LĂ©a Murawiec travaille sur une illustration qui file le tournis, câest Ă©galement souvent lâinstinct, plus que lâapplication scientifique, qui prime.
« Jâai appris deux-trois trucs pour bien placer les Ă©lĂ©ments et aprĂšs câest que du feeling, nous dit-elle. Jâai essayĂ© de renforcer ces sensations
de vertige dans mes perspectives. Câest pas forcĂ©ment des perspectives hyper justes. Jâessaie de travailler Ă la fois le ressenti et la technique dans mes perspectives, aussi parce que mon dessin, depuis trĂšs longtemps, est trĂšs narratif. » Si elle avoue suivre « certaines rĂšgles Ă©lĂ©mentaires de perspective, ce qui fait que ce nâest pas complĂštement pĂ©tĂ© », lâautrice tient Ă laisser une part importante Ă lâimprovisation, notamment en essayant de « construire le plus possible les Ă©chelles et les proportions Ă lâĆil ». Câest ensuite en retournant trĂšs souvent sa feuille Ă 180° que LĂ©a Murawiec vĂ©rifie lâĂ©quilibre de sa composition. « Je prĂ©fĂšre faire un beau dessin un peu faux et qui exprime une dynamique plutĂŽt que quelque chose dâanatomiquement juste », nous confesse-telle. Un pari gagnant lorsque lâon pense Ă lâimpressionnant dessin choisi comme couverture de sa premiĂšre BD, rĂ©compensĂ©e du prix du public au festival de la BD dâAngoulĂȘme en 2022. Loin de ne briller que par sa couverture, Le Grand Vide regorge de planches dynamiques aux proportions renversantes. GĂ©nĂ©reuse, lâillustratrice parisienne nous dĂ©voile quelques-uns des secrets de leur fabrication.
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« Je suis tellement obsĂ©dĂ© par les trucs que je dessine que je les ai vraiment dans la tĂȘte ».
â Salle du parlement de Versailles, Marie-Anne Mohanna, HĂ©micycle Magazine, 2021
â Ătude image pour le prochain roman graphique de Marie-Anne Mohanna Ă paraitre en octobre 2023
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â Planches issues de la BD Le Grand Vide, Ăditions 2024 de LĂ©a Murawiec, 2021
â Hall Le Bon marchĂ©, Marie-Anne Mohanna - projet personnel, 2019
AprĂšs avoir dessinĂ© des schĂ©mas simplifiĂ©s et dynamiques de ses personnages Ă lâĂ©tape du crayonnĂ© puis avoir placĂ© des sorties de cases Ă des endroits stratĂ©giques, LĂ©a Murawiec nous dit essayer « dâaccentuer certaines poses pour renforcer une action » et ne pas hĂ©siter « Ă les redessiner si elles nâexpriment pas tout Ă fait lâeffet recherchĂ© ». Ce sont ensuite des « gouttes de sueur, traits de vitesse ou des rayons de surprise » qui finiront de « dynamiser les cases » et de « renforcer les expressions des personnages ».
Bon Ă©lĂšve, Maxime Mouysset nous avoue utiliser, lui aussi, ces Ă©lĂ©ments magiques empruntĂ©s Ă la BD appelĂ©s traits de vitesse. « Je trouve que ça dynamise tellement une scĂšne en termes de composition », ajoute-t-il. Ceux-ci viennent complĂ©ter des images dĂ©jĂ finement exĂ©cutĂ©es en termes de composition et de proportion. « La profondeur, ça permet de spatialiser la scĂšne. La perspective, avec ses premiers plans, deuxiĂšmes plans, arriĂšre-plans, permet de synthĂ©tiser des informations. Dâen dire juste assez au lecteur pour que lui aussi entre
dans la scĂšne. Elle permet de raconter dans un ordre prĂ©cis ce quâon veut dire », nous explique-t-il. Cette perspective, si Ă©tudiĂ©e soit-elle, nâest pourtant pas forcĂ©ment rĂ©aliste dans les dessins de Maxime Mouysset. « Souvent, je rĂ©adapte un peu la perspective parce quâelle nâest pas forcĂ©ment vraie. LâidĂ©e dans la presse, câest dâexagĂ©rer les traits pour montrer une idĂ©e quitte Ă ne pas ĂȘtre tout Ă fait correct. Câest lĂ quâon voit le style de quelquâun », nous dit celui qui sait exactement lĂ oĂč il veut aller. Lorsquâil a rĂ©alisĂ© la sĂ©rie de comics SquareÂČ vouĂ©e Ă ĂȘtre publiĂ©e sur le compte Instagram de Kiblind, Maxime Mouysset sâest par exemple autorisĂ© une petite sortie de route : « Par rapport aux cours de perspective que jâavais pris Ă lâĂ©cole, jâai dĂ» un petit peu fausser les perspectives. Il nây a pas vraiment de rĂšgles. Tous les angles devaient ĂȘtre Ă 45° et moi jâai un petit peu trichĂ© pour que tout soit clair, au niveau des ombres et des Ă©lĂ©ments. Jâai dĂ» adapter la perspective militaire. »
Chez Maxime Mouysset pourtant, lâimprovisation est rare et câest justement pour cette habiletĂ© et cette rigueur que des marques colossales comme Nike viennent chercher lâillustrateur et graphiste.
Lâimportance du cadrage et des angles choisis, voilĂ des sujets que Marie-Anne Mohanna maĂźtrise Ă©galement, tant ses dessins tirĂ©s au cordeau sont rĂ©alisĂ©s selon un modus operandi pointilleux. « Lorsque je pars de zero, je me crĂ©e cette espĂšce de grille pour marquer le vide. Une page blanche, ça reste une page blanche, donc câest
super dur de rĂ©aliser le cadrage sans rien. La grille mâaide beaucoup parce que ça me donne cette impression de fond. Une fois le fond posĂ©, je lâapproche plus ou moins. Ensuite, je pose les murs et ensuite, je travaille en strates et je travaille vraiment lâaccumulation jusquâĂ ce que ça me parle », nous explique celle qui nâhĂ©site pas Ă aller sâassurer de la justesse de ses proportions en recrĂ©ant ses architectures dans Les Sims. Pour lâillustratrice, le cadrage est lĂ pour « appuyer le sentiment dâimmensitĂ© voulu ». « Je me servais de cette idĂ©e de cadrage ultra-large quand jâavais des envies de crĂ©er des immenses bĂątiments. On mâa toujours dit que câĂ©tait important de crĂ©er une espĂšce dâeffet de contraste parce que pour se rendre compte que quelque chose est immense, il faut pouvoir se rendre compte de la taille dâun tout petit Ă©lĂ©ment.
Jâavais toujours cette idĂ©e-lĂ en tĂȘte », nous
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« LâidĂ©e dans la presse, câest dâexagĂ©rer les traits pour montrer une idĂ©e quitte Ă ne pas ĂȘtre tout Ă fait correct ».
â Salle des dĂ©cisions du Conseil constitutionnel, Marie-Anna Mohanna, HĂ©micycle Magazine, 2020 â Affiche de Maxime Mouysset pour le match PSG - Bayern Munich, 2021
â Comics SQUAREÂČ de Maxime Mouysset pour Kiblind, 2022
raconte Marie-Anne Mohanna, qui voit lĂ un excellent moyen de « travestir la rĂ©alitĂ© en rendant gigantesque quelque chose qui ne lâest pas vraiment ». Si, contrairement aux trois artistes prĂ©cĂ©demment citĂ©s, le mouvement nâest pas le premier effet recherchĂ© par Marie-Anne Mohanna, dâautres effets soigneusement pensĂ©s comme la symĂ©trie permettent dâappuyer une sensation de vertige dans ses images. « Parfois, je crĂ©e de fausses symĂ©tries pour donner une impression de bizarrerie, et ça donne une profondeur plus grande », nous dit-elle. Aujourdâhui en plein bouclage de sa BD Ă venir chez Sarbacane, lâillustratrice avoue vouloir bousculer quelque peu sa mĂ©thode de travail, mĂȘme si les perspectives et les points de vue restent au centre de son travail : « Jâai dĂ»
penser tous les espaces de ma nouvelle BD de A Ă Z. On doit crĂ©er des images qui soient reproductibles Ă lâinfini avec plusieurs perspectives, plusieurs points de vue, plusieurs cadrages mais câest pas possible de faire vraiment ça dans la BD parce que si je mettais des milliards de dĂ©tails, ça serait super long ; mais jâai dĂ» penser de nouvelles mĂ©thodes pour mieux visualiser. »
Quâil faille pour cela jongler avec les perspectives et plans de leurs illustrations, en modifier maintes fois les cadrages, y glisser des onomatopĂ©es visuelles, ou mĂȘme acheter Les Sims 4, les quatre dessinateurs dont nous avons recueilli les tĂ©moignages sont prĂȘts Ă tout pour nous faire plonger la tĂȘte la premiĂšre dans leur univers. Et quand, pour une fois, vertige rime avec plaisir, on veut bien y retourner au prochain tour.
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« Travestir la rĂ©alitĂ© en gigantesquerendant quelque chose qui ne lâest pas vraiment ».
â « Castle City », illustration extraite de la BD de Jean Dalin Ă paraĂźtre chez Sarbacane â Cour du Palais Royal, Marie-Anne Mohanna, HĂ©micycle Magazine, 2020
â Affiche du concours Jeunes Talents, BD Colomiers, 2021
â Illustration de Maxime Mouysset pour LâĂquipe explore, 2021
â Illustration issue dâune BD rĂ©alisĂ©e par Jean Dalin, Metal Hurlant n°3, 2022
â RĂ©daction par : Ă. Quittet et M. Gueugneau
Se mettre au vertige
Journaliste pour le magazine JV et graphiste indĂ©pendant (pour ne citer que deux de ses coquettes activitĂ©s) : Pierre Maugein est le (kid) camĂ©lĂ©on dont nous avions besoin. Il nous raconte comment les jeux vidĂ©os permettent Ă ceux qui y plongent la tĂȘte la premiĂšre, de se crĂ©er leurs propres vertiges.
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Floue, voilĂ ce quâest la notion de vertige, Ă la fois du point de vue physique et de celui de sa dĂ©finition. Malaise, tournoiement, dĂ©faut dâĂ©quilibre, choc Ă©motionnel, ces ressentis participent dâun vertige qui revĂȘt autant de formes que les causes qui le dĂ©clenchent. Le Syndrome de Stendhal en est une, intense rĂ©action de pertes de repĂšres face Ă une Ćuvre dâart qui rĂ©sonne en soi, ou face Ă un rassemblement trop dense de chefsdâĆuvre. Se crĂ©e alors un trouble physique rĂ©el, plus ou moins problĂ©matique, et qui varie en fonction de sa culture dâorigine. Sans provoquer le mĂȘme type de dĂ©connexion, la plongĂ©e dans une forme de crĂ©ation inĂ©dite peut amener Ă ressentir un certain vertige. Non pas du fait de son intense impact visuel ou imaginaire, mais par sa multitude. Mettre le nez dans le jeu vidĂ©o, sây intĂ©resser vraiment, câest tenter de saisir un domaine vaste et fluctuant. Les genres sâavĂšrent de plus en plus poreux, de moins en moins dĂ©finis. Il est sans doute plus juste de parler de type dâexpĂ©rience et câest lĂ que le vertige sâimmisce. Tout y semble possible : affronter des dragons gĂ©ants Ă dos de cheval (Elden Ring), rĂ©soudre lâĂ©nigme de sa propre mort sous forme de fantĂŽme (Ghost Trick), optimiser tout un Ă©cosystĂšme (Dorfromantik) ou encore gĂ©rer lâĂ©volution dâune civilisation entiĂšre (Humankind). Et ce nâest quâune fenĂȘtre minuscule sur lâimmensitĂ© des univers, des maniĂšres de jouer, des rĂ©cits qui composent le jeu vidĂ©o. Une masse Ă©crasante de choix, de recherches sur ce qui pourrait nous correspondre. Car plus que le cinĂ©ma ou la littĂ©rature, dans lesquels existent Ă©galement cette multiplicitĂ© de thĂšmes, il est ici question de types dâinteraction avec l'Ćuvre. Des Ă©changes pas tous Ă©vidents Ă apprendre et imposant un nouvel apprentissage Ă quasiment chaque occurrence. Et mĂȘme si certaines productions sont pensĂ©es pour sâadapter au maximum Ă un large public, lâimplication nĂ©cessaire Ă la connaissance ou Ă la maĂźtrise de ces jeux peut amener Ă perdre pied. Mais outre le fait de pouvoir sâĂ©garer soi-mĂȘme dans lâoffre et ce que la pratique peut demander, il est aussi souvent question de ce que lâon projette de soi dans une oeuvre interactive. De façon trĂšs pragmatique, il sâavĂšre tout Ă fait possible de choisir son propre vertige. Dâune part par le truchement de la camĂ©ra. LĂ oĂč le cinĂ©ma dĂ©finit ses angles et travaille sa mise en scĂšne, le jeu vidĂ©o nâopĂšre le plus souvent cette
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limitation que durant les scĂšnes dites justement cinĂ©matiques ou pendant ses cutscenes. Le reste du temps, câest au joueur de gĂ©rer soit la temporalitĂ© - il dĂ©clenche la progression par la pression sur un bouton - soit le point de vue, en manipulant la camĂ©ra. Il regarde alors ce quâil souhaite, quitte Ă se causer un vertige physique, en basculant la vision vers le vide ou en subissant un certain malaise devant les mouvements de camĂ©ra parfois un peu secs, voire un vertige plus interne, celui de la libertĂ©. Dans des aventures telles que Red Dead Redemption II, The Legend of Zelda : Breath of the Wild ou encore The Witcher III, dĂ©crits comme des jeux en « monde-ouvert », la simple action de faire avancer son personnage et de mouvoir le point de vue tout autour de lui amĂšne un vertige, celui dâun monde Ă disposition, dans lequel les frontiĂšres ne semblent pas avoir dâexistence. Des montagnes et des vallĂ©es Ă perte de vue, une infinitĂ© de chemins Ă suivre, tout concourt Ă imposer une immensitĂ© oĂč sâĂ©vanouir. Et il suffit dâune petite erreur dans le programme, dâun bug, pour que le joueur dĂ©passe ces bordures invisibles mais rĂ©elles et se retrouve derriĂšre le dĂ©cor. Un monde vide oĂč les modĂšles 3D ne sont que des reliques du terrain de jeu « normal » et oĂč - cette fois techniquement - il nâexiste pas dâhorizon. Des limbes causant parfois au voyageur qui y tombe une profonde angoisse, sĂ©parĂ© de tout repĂšre. Il serait dâailleurs dommage de se limiter Ă ces moments dâabandon au-delĂ des murs, car existent Ă©galement des vertiges plus intimes. Lâun des avantages dans le domaine du jeu vidĂ©o tient dans la construction narrative. De la mĂȘme maniĂšre que le joueur est libre de bouger le point de vue comme bon lui semble et dâavoir par consĂ©quent un dialogue avec l'Ćuvre, le tissu narratif peut aussi sâadapter Ă l'utilisateur. Si lâon a une petite connaissance du mĂ©dia, certains codes restent Ă©vidents, Ă savoir quâil existe des dĂ©clencheurs Ă activer pour finaliser une action : par exemple si un personnage donne une quĂȘte, il faut la terminer pour avoir une rĂ©compense. Et si lâon nâest pas au fait de ces impĂ©ratifs, le jeu le fait savoir dâune maniĂšre ou dâune autre ; soit par un texte explicatif, soit par une discussion ou autre intermĂ©diaire. Dans tous les cas, en tant que maĂźtre Ă bord - car oui câest le joueur qui tient la manette ou le clavier - chacun a les pleins pouvoirs et suit la rĂšgle du jeu. Et câest investi de ces certitudes que le joueur devient vite la victime parfaite pour une manipulation. Des productions comme Baten Kaitos ou encore Spec Ops : The Line basent
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en grande partie leur force dans le fait de prendre ce dernier Ă revers, ou tout du moins dâutiliser lâimplication directe comme un levier. Et si la rĂ©vĂ©lation de Spec Ops donne des sueurs froides devant les atrocitĂ©s commises sur la base dâĂ©lĂ©ments distillĂ©s par le jeu que lâon a pris pour argent comptant - grĂące Ă la confiance aveugle faite Ă ce qui nous est demandĂ© - celle de Baten Kaitos va plus loin et prive le joueur de son interaction directe. SâopĂšre alors un vertige diffĂ©rent, celui de se sentir dĂ©possĂ©dĂ© de la seule maniĂšre de participer au jeu. Un moment de prise en compte de lâaspect particuliĂšrement tĂ©nu de ce lien, sur lequel tout repose. De maĂźtre du jeu, on devient alors prisonnier dâune nouvelle donne renversante et imprĂ©vue. Surgit donc un sentiment dâimpermanence, comme si tout pouvait arriver Ă nâimporte quel moment malgrĂ© une structure qui semble faite pour nous accompagner. Sentiment qui fait dâailleurs le sel du genre MMORPG (jeu de rĂŽle multijoueur en ligne) oĂč la prĂ©sence dâhumains dans lâĂ©quation amĂšne son lot de bonnes ou de mauvaises surprises. LâĂ©lĂ©ment dĂ©stabilisant se trouve moins dans la venue de situations imprĂ©vues - issues de lâimpossibilitĂ© de prĂ©voir les rĂ©actions dâautant de joueurs simultanĂ©ment - que dans la micro-sociĂ©tĂ© formĂ©e, sorte de civilisation indĂ©finie et virtuellement immortelle tant que les serveurs demeurent actifs. Se forme ainsi lâimpression Ă©trange de faire partie ou dâobserver un monde oĂč les Ăąges disparaissent, oĂč les mĂ©tiers ne sont plus. Seuls restent des quĂȘtes, des histoires, et des personnages enfermĂ©s dans un infinitĂ© Ă la fois fascinante et terrifiante, rappelant - on y revient - des limbes, mais binaires. VoilĂ en quoi le vertige sâinsinue aisĂ©ment dans le jeu vidĂ©o, par sa porositĂ© Ă lâimplication totale du joueur dans ses rouages, bien plus que dans nâimporte quelle autre expression crĂ©ative. Il lui offre des terres immenses, une variĂ©tĂ© totale dâexpĂ©riences, sachant jouer de sa confiance et de ses attentes. Câest parce quâil lui donne les clĂ©s et lui retire sans broncher que le jeu vidĂ©o dispose de toutes les cartes en main pour brouiller la vision de l'Ćuvre.
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Visuels dans lâordre dâapparition : Elden Ring; Ghost Trick; Dorfromantik; Humankind, Red Dead Redemption 2; The Legend of Zelda, Breath of the Wild; The Witcher III; Baten Kaitos; Spec Ops; Final Fantasy XIV (mmorpg)
Plonger dans la nature et avoir lâimpression de vivre des aventures exaltantes mĂȘme lorsque vous ĂȘtes coincĂ©s en ville entre quatre murs ? VoilĂ la promesse tenue par Les Others qui, grĂące Ă un mĂ©dia, un magazine et un podcast nous baladent dâun bout Ă lâautre du globe. Les hĂ©donistes qui se cachent derriĂšre ça nous racontent cinq livres illustrĂ©s qui filent le vertige.
SilamontagneetsesvertigesontlargementĂ©tĂ©traitĂ©s dans la littĂ©rature classique et dans les rĂ©cits dits « de montagne », elle a plus rarement fait lâobjet de livres illustrĂ©s, de romans graphiques, de bandes dessinĂ©es ou de livres de design. Hormis le cĂ©lĂšbre
manga Le Sommet des dieux de JirĆTaniguchi, que lâon ne prĂ©sente plus, il est parfois difficile de trouver des ouvrages rĂ©cents avec une approche originale du sujet. Voici une sĂ©lection Ă©clectique qui mĂ©rite le dĂ©tour.
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LA BIBLIOTHĂQUE IDĂALE â 58
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Ailefroide, altitude 3954, par Jean-Marc Rochette & Olivier Bocquet, ed. Casterman (2018)
Ailefroide, câest le rĂ©cit initiatique dâun gamin qui se rĂȘvait guide de haute montagne et qui devient dessinateur. AprĂšs avoir connu la cĂ©lĂ©britĂ© grĂące Ă lâadaptation au cinĂ©ma de sa bande dessinĂ©e Le Transperceneige (par le rĂ©alisateur corĂ©en Bong Joon Ho), lâauteur français Jean-Marc Rochette a choisi de revenir Ă son premier amour : la montagne. Dans cet ouvrage autobiographique publiĂ© en 2017, il nous emmĂšne Ă lâassaut des grandes voies des Alpes, entre virĂ©es Ă mobylette, bivouac sous les Ă©toiles et (gros) accidents de parcours. Lâhistoire dâune vie dans un monde tout en contraste tracĂ© au pinceau noir. Il faut avoir du Jean-Marc Rochette dans sa bibliothĂšque, la montagne a rarement Ă©tĂ© peinte de cette maniĂšre !
Glaciers, par Aurore Bagarry, HâArtpon (2015)
Aurore Bagarry est sans aucun doute lâune des photographes françaises les plus talentueuses du moment. Chaque annĂ©e, de 2012 Ă 2017, aprĂšs la fonte estivale des glaces, elle a arpentĂ© le massif du Mont-Blanc, prenant part Ă lâancienne et mĂ©ticuleuse tradition de reprĂ©sentation des glaciers. Avec une chambre photographique, elle parvient Ă retranscrire avec prĂ©cision les reflets, couleurs et lumiĂšres subtils de ces gĂ©ants de glace et de leur environnement proche dans ce premier livre, ainsi formĂ© de cet inventaire symbolique de 74 photographies et 67 glaciers aux couleurs douces et profondes Ă la fois. Un ouvrage beau et triste, qui nous laisse espĂ©rer que ces glaciers puissent continuer de vivre ailleurs que sur papier.
4. In Search of Appropriate Images, par Mattia Balsamini,
Skinerboox (2021)
1. 2. 3. 5.
Yokoyama, ed. MatiĂšre (2011)
Explorations, par Yûichi
Ilfauttoujoursavoirdes livresĂ©trangesdanssa bibliothĂšque,pourtrouver desidĂ©esnouvelles.Ăa tombebien,leJaponaisYĂ»chi
Le photographe italien Mattia Balsamini a profitĂ© du confinement pour explorer son environnement proche sous tous les angles. Sa maison, son jardin, les champs autour de chez lui et les alentours de son travail... de prĂšs, de loin, le jour, la nuit. Un exercice pour former son Ćil et continuer de crĂ©er malgrĂ© les contraintes. Lâobjet imprimĂ© est façonnĂ© comme deux livres qui se font face, que lâon peut feuilleter pour crĂ©er les diptyques de son choix. De quoi fabriquer soi-mĂȘme une multitude dâunivers. Malheureusement, lâouvrage, que lâon a dĂ©couvert Ă lâoccasion de la publication dâune partie des clichĂ©s dans notre quinziĂšme volume papier, est dĂ©sormais sold out. Il va falloir guetter les sites dâoccasion pour trouver la pĂ©pite !
LabibliothĂšque i d Ă© a l e desOthers
Yokoyamaenasortitoute uneflopĂ©e,publiĂ©senFrance aux Ă©ditions MatiĂšre. Dans Explorations,unouvragede 128pagesennoiretblancâau sensdelecturejaponaisâ, il nous emmĂšne au cĆur de vastespaysagesdĂ©serts,oĂč depetitsgroupesdâhommes masquĂ©s mettent en Ćuvre desdispositifsdâexploration et dâobservation diversement sophistiquĂ©s.Unmissileappareilphoto,unecabine enpaille,unrondindebois amĂ©nagĂ©enembarcation,une tente canadienne en tube sont quelques-unesdesinventions dĂ©ployĂ©espourassouvirleur communepassion:observer lemondequilesentoure. Pourleslecteurs,çadonne quelquechosedâoriginal, muetettoutenlignesdroites, avecdesonomatopĂ©esqui recouvrentlescases.Onsây perdvolontiers!
Les Pizzlys, par JĂ©rĂ©mie Moreau, ed. Delcourt (2022) Chauffeur Uber nuit et jour Ă Paris, Nathan enchaĂźne les courses pour subvenir aux besoins de ses frĂšres et sĆurs. Ă bout de forces, en plein burn-out, il nâarrive plus Ă rĂ©flĂ©chir. Quand son tĂ©lĂ©phone et donc son GPS tombent en panne, il plonge dans un vide assourdissant... et il a un accident. Annie, sa derniĂšre cliente, lui propose de venir vivre avec elle en forĂȘt, au fin fond de lâAlaska. TransplantĂ©e dans un monde totalement inconnu, la famille va devoir apprendre Ă sâadapter Ă ce nouvel environnement, beau mais hostile, Ă se reconstruire et Ă sâadapter Ă ses us et coutumes dans un dĂ©cor dĂ©paysant, oĂč le changement climatique est au centre du quotidien. Dans ce roman graphique aux couleurs sublimes paru chez Delcourt fin 2022, lâauteur JĂ©rĂ©mie Moreau â rĂ©compensĂ© du Fauve dâor au festival dâAngoulĂȘme en 2018 pour la Saga de Grimr â tape une nouvelle fois dans le mille. La narration et le dĂ©coupage sont parfaitement menĂ©s, et certaines planches mĂ©riteraient une expo Ă elles seules. Un voyage en pleine nature face aux vertiges de la vie citadine... Ă avoir dans sa collection.
KIBLIND Magazine â 83 â Vertige ïżœïżœ LA BIBLIOTHĂQUE IDĂALE â 59
« [âŠ] comme si, pour saisir un Ă©clair de bonheur, la jeunesse et la beautĂ© avaient besoin de s'Ă©tourdir jusqu'au vertige et de s'enivrer de mouvement jusqu'Ă la folie. »
« Vertige de l'amour / DĂ©sir fou que rien ne chasse / Le cĆur transi reste sourd / Aux cris du marchand de
â Alphonse de Lamartine, Graziella, 1852
â Alain Bashung (paroles de Boris Bergman), Vertige de l'amour , 1980
KIBLIND Magazine â 83 â Vertige
Kiblind Magazine â 83 â Vertige ïżœïżœ CITATION â 60
glaces »
VERTIGE DE
Peu effrayĂ© par les dĂ©mĂ©nagements, MolĂ©cule dĂ©place son studio dâun bout Ă lâautre du monde pour capturer in situ les sons immaculĂ©s que nous offrent les Ă©lĂ©ments. Peu importe quâil faille pour cela naviguer sur un chalutier chatouillĂ© par la houle et les tempĂȘtes dans lâAtlantique Nord, dormir dans le phare hantĂ© de lâĂźle bretonne de Tevennec et survivre cinq semaines Ă - 22,7° dans un village inuit du Groenland. Ăa ne faisait pas lâombre dâun pli : câest la playlist « Vertige » de MolĂ©cule dont nous avions besoin pour ce numĂ©ro.
01 LIGETI â ATMOSPHĂRES
Micro-polyphonie angoissante...
Une musique en mouvement permanent qui rend instable, fragile. Un voyage dans les profondeurs qui ouvre des portes...
02 MAURIZIO â M06A
Minimal, hypnotique, vaste, vertigineux... Le son de Berlin au milieu des années 1990. Quel bonheur !
03 MOODYMANN â I CANâT KICK THIS FEELING WHEN IT HITS
Le vertige, câest aussi un peu lâivresse du dancefloor. Une boucle entĂȘtante qui ne sâarrĂȘtera jamais pour notre plus grande joie.
04
05 MOLĂCULE â J 25
Le silence vaste et profond de la banquise lors dâun hiver groenlandais. Flirter avec lâOrigine, caresser lâarchaĂŻque. Se rapprocher de ses peurs. Ouvrir ses clavicules, accueillir le cosmos tout entier dans son ventre. Entrer en rĂ©sonance avec lâextĂ©rieur.
06 BERNARD HERRMANN â VERTIGO (THĂME)
Dans Sueurs froides, Hitchcock nous questionne sur le vide et lâapparence. Le maĂźtre du suspense avait Ă ses cĂŽtĂ©s le gĂ©nial compositeur Bernard Herrmann⊠maĂźtre du vertige ?
07 SOUNDWALK COLLECTIVE W/ PATTI SMITH â ETERNITY (FT. PHILIP GLASS & SUFI GROUP) La transe comme moyen dâaccĂ©der Ă des Ă©tats de conscience modifiĂ©s. Ătourdissant et jouissif.
08 VERTIGE â BAD MAN
Simple, efficace, tout est dans le nom du groupe.
09 HELADO NEGRO â 2° DIA
Un vertige de douceur⊠Un vertige amoureux, aquatique.
10 BRIAN ENO â DEEP BLUE DAY
Parce quâil faut prendre une certaine hauteur pour avoir le vertige... Vol stationnaire assurĂ©.
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PINKFLOYDâECHOES
Untitrefondateurà mesyeux.Unestructure 23 minutesmusicaleinédite,démesurée.Letitredure et35 secondes.Il estconstruitendeux partiesavecensonmilieuunescÚnesonoretrÚs sombreet expérimentale...pouvantprovoquer des hallucinationssynesthésiques.
â Grap h i s m e : A. B r u g u i Ăš r e â C r Ă© d i t p h o t o : G o l e d z i n o w s k i â P r o p o s r e c u e i l l i s p a r : Ă . Q u i tt e t KIBLIND Magazine â 83 â Vertige LA PLAYLIST
Takanari Tazaki
VoilĂ quelques annĂ©es que le travail de Takanari Tazaki sâest fait une place bien confortable dans notre cerveau. Ainsi sur un fauteuil moelleux, la pose Ă©lĂ©gante et le sourire charmeur, il se rappelle frĂ©quemment Ă notre souvenir en faisant tinter la clochette de lâamour.
Car câest toujours de ça quâil a Ă©tĂ© question. Ă la premiĂšre image apparue sur notre mur Instagram, lâeffet fut immĂ©diat. Des prises de vues impossibles, des cadrages renversants et un monde sens dessus dessous nous donnent lâimpression dâĂȘtre dans une boule Ă neige quâun enfant de deux ans sâĂ©vertue Ă secouer sans cesse.
Ajoutez Ă cela une Ă©tude fine de lâenvironnement et des couleurs chamarrĂ©es, et vous avez lĂ lâun des plus fascinants dessinateurs quâil nous ait Ă©tĂ© donnĂ© dâobserver. Pour le numĂ©ro "Vertige", son nom est sorti de nos bouches, comme un chĆur annonçant la venue prochaine du deus ex machina.
Eh bien, le voilĂ , le sauveur. Il sâappelle Takanari Tazaki et son travail est incroyable.
TAKANARI TAZAKI â 62 ïżœïżœ
KIBLIND Magazine â 83 â Vertige
TAKANARI TAZAKI â 63 ïżœïżœ KIBLIND Magazine â 83 â Vertige Unknown
ïżœïżœ TAKANARI TAZAKI â 64 KIBLIND Magazine â 83 â Vertige " anyway "
TAKANARI TAZAKI â 65 ïżœïżœ KIBLIND Magazine â 83 â Vertige
"lobbing" p.2
ïżœïżœ TAKANARI TAZAKI â 66 KIBLIND Magazine â 83 â Vertige " prank "
TAKANARI TAZAKI â 67 ïżœïżœ KIBLIND Magazine â 83 â Vertige
good condition
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" stupid hill
TAKANARI TAZAKI â 69 ïżœïżœ KIBLIND Magazine â 83 â Vertige " fetch "
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Nuits sonores
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Visuel : SuperscriptÂČ Ă Studio Antho
mai 2023
Le Crédit Mutuel donne le
Partager l'espace public pas si difficile ! Lyon vu par camiLle Gobourg et Kiblind
Redonner de la place et du confort aux piĂ©tons, favoriser lâutilisation de modes de dĂ©placement actifs, sĂ©curiser les cheminements, vĂ©gĂ©taliser et adapter la ville aux canicules. Lâespace public se transforme pour que la citĂ© favorise le bien-ĂȘtre de tous et toutes.
PLUS DâINFOS SUR LYON.FR
> Sélection Kiblind
Print par Maxime Gueugneau
ActingClass
MASQUES â La rĂ©putation de petit prodige a tout de suite rĂŽdĂ© autour de Nick Drnaso. Avec Beverly, son premier livre sorti en 2016 (2017 en France), il impressionnait jusquâĂ Chris Ware grĂące Ă un dessin minimal, des cases silencieuses et un dĂ©coupage chirurgical dĂ©peignant le dĂ©sespoir de la classe moyenne amĂ©ricaine. Il continuait Ă fasciner ensuite avec Sabrina, en 2018, qui se penchait sur cette mĂȘme frange du pays, cette fois en proie au complotisme et Ă la paranoĂŻa. On ne change pas totalement lâĂ©quipe gagnante avec Acting Class mais on passe la vitesse supĂ©rieure avec une rĂ©alitĂ© qui nous file totalement entre les doigts. Nick Drnaso continue sa descente dans les eaux troubles de lâAmĂ©rique moyenne avec une simple histoire de cours de théùtre amateur. Il rĂ©unit une troupe de gens aux profils psychologiques diffĂ©rents mais tous pas ouf. Un traumatisme, une socio-pathologie ou un simple mal-ĂȘtre les a poussĂ©s lĂ , parce quâaprĂšs tout, ça ne peut pas faire de mal. Le professeur John Smith a effectivement plus dâun tour dans son sac pour les faire sortir de leur corps et gratter leurs plaies. Entre le jeu et la sincĂ©ritĂ©, le faux et le vrai, les rĂŽles sâĂ©changent, sâinterpĂ©nĂštrent, se dissolvent. Jusquâau point oĂč le lecteur luimĂȘme se demande si tout ça nâest pas quâune grande mascarade avec tous ces visages similaires et ce grand gourou au nom trop commun pour ĂȘtre vrai. LĂ , Nick, il semblerait que tu aies nouĂ© mon cerveau pour de bon. Le (toujours) jeune auteur amĂ©ricain se la joue magicien du 9e art. Avec ce mĂȘme dĂ©coupage bien sous tout rapport et son dessin quasi artificiel, Nick Drnaso nous a dĂ©licatement plongĂ©s dans une histoire lynchienne qui va nous perdre. Qui sont tous ces gens ? Existent-ils vraiment ? Quâest-ce que je viens de lire, en fait ? On sâenfonce en profondeur dans chacun des personnages, on scrute leurs peurs et leurs dĂ©sirs, on glisse doucement du plaisir au traumatisme, tout ça pour ne finalement reposer que sur un sol mou, sur lequel le lecteur peine Ă rester debout. Patient, maĂźtre de son dessin et mĂ©ticuleux dans la narration, Nick Drnaso est encore parvenu Ă partir de tout en bas pour nous donner le vertige. Le qualificatif de « prodige » pour ce type est un euphĂ©misme.
â Acting Class de Nick Drnaso, Presque Lune, 268 pages, 30 ⏠â presquelune.com
SĂLECTION PRINT â 73 ïżœïżœ KIBLIND Magazine â 83 â Vertige
Les Daronnes
EMBROUILLES â Le carcan explose dĂšs les premiĂšres pages. Un texto injurieux envoyĂ© au milieu de la nuit par lâhĂ©roĂŻne So-yeon et la baston pathĂ©tique qui en dĂ©coule donne le ton de ces Daronnes, manhwa brillant et premier titre traduit en français de Yeong-shin Ma : la vĂ©ritĂ© sera crue et les situations dĂ©crites sans filtre. Mais attention Ă ne pas se laisser avoir par ces dĂ©buts tapageurs. Le livre du CorĂ©en est loin de la comĂ©die burlesque que laissent entendre le langage fleuri et le ridicule de la situation de dĂ©part. Si ses personnages sont bruts de dĂ©coffrage, Les Daronnes est avant tout une rĂ©flexion profonde et touchante sur la sociĂ©tĂ© dans son ensemble et la place quâelle laisse aux femmes de plus de cinquante ans en particulier. Lâauteur, trĂšs inspirĂ© par sa propre mĂšre, suit le parcours dâune mĂšre de famille et de ses copines, toutes en proie Ă une vie intime et professionnelle peu aimable. Des amants volages et toxiques, un patron dĂ©gueulasse, des rejetons collĂ©s Ă leurs basques et un systĂšme patriarcal qui leur laisse Ă peine ce quâil faut dâoxygĂšne pour pouvoir survivre : voilĂ les poutres que la vie a mises dans leurs roues. Oui mais voilĂ , si les turbulences sont nombreuses et du genre mastoc, il subsiste chez elles la volontĂ© farouche dâĂȘtre libres malgrĂ© tout. Une puissance qui force le respect et vient frapper en plein cĆur. GrĂące Ă un dessin qui sait se mouvoir entre finesse et cartoon et un choix mĂ©ticuleux des scĂšnes dĂ©crites, Yeong-shin Ma parvient Ă mettre la tonne de sel adĂ©quate sur les cicatrices corĂ©ennes. Ăvitant habilement lâĂ©cueil du misĂ©rabilisme et la superficialitĂ© dâune comĂ©die sans saveur, lâauteur virevolte entre humour et messages forts Ă destination de ses compatriotes aussi bien que des lecteurs du monde entier. Ceux-lĂ risquent de trĂ©pigner intensĂ©ment face aux choix parfois irrationnels de son hĂ©roĂŻne et surtout aux nombres de chutes quâelle subit. Mais en creux se dessine surtout lâimage de femmes au courage phĂ©nomĂ©nal qui savent user des failles de leur quotidien pour sâinventer leur propre vie. Critique des errances de son pays et amoureux farouche de ses personnages, Yeong-shin Ma livre un ouvrage drĂŽle et sĂ©rieux, libre et incroyablement touchant.
â Les Daronnes de Yeong-shin Ma, parue chez Atrabile, 368 pages, 25 âŹ
â atrabile.org
Blood of the
SANS TRUCAGES â Il en est ainsi de certaines lĂ©gendes underground : on connaĂźt mal ou trĂšs peu leur travail. Tel est le cas de Sammy Harkham, auteur et Ă©diteur rĂ©vĂ©rĂ© mais dont la bibliographie est plutĂŽt succincte : en français, seul Culbutes, recueil paru il y a dix ans chez CornĂ©lius, est disponible. Il Ă©tait dit que lâannĂ©e 2023 serait celle oĂč nous pourrons mettre un dessin sur un nom, un art sur un mythe. Avec la parution de Blood of the Virgin, dont le gros de lâhistoire a Ă©tĂ© prĂ©publiĂ© en 2011 et 2022 dans les propres revues Ă©ditĂ©es par Harkham Crickets et Kramerâs Ergot, CornĂ©lius rend un fier service Ă tous les amateurs de bande dessinĂ©e qui nâattendaient que de pouvoir lire, sur la longueur, le travail de cet acteur capital de la bande dessinĂ©e amĂ©ricaine. Le rĂ©sultat ne sâest pas fait attendre et plus les pages se tournaient, plus lâamour a enflĂ©. Durant ces trois cents pages, nous suivons â avec moult digressions â le parcours dâun monteur, scĂ©nariste et, il lâespĂšre en tout cas, rĂ©alisateur, au sein dâune industrie sauvage : le Hollywood des nanars dans les annĂ©es 1970. Le fil rouge en est le tournage dâun film dont il croit dĂ©tenir les rĂȘnes, une sĂ©rie B nommĂ©e Blood of the Virgin, pour lequel il va sâarracher pour des clopinettes et une reconnaissance proche de zĂ©ro. Sur le chemin, son couple et sa santĂ© mentale se dĂ©litent dans un beau parallĂšle avec le visage du hĂ©ros, sur lequel les cocards et tumĂ©factions Ă©crivent le grand roman de sa dĂ©chĂ©ance. Le principal spectacle de cet album, câest quâil nây en a pas. MalgrĂ© ce titre grotesque et le milieu quâelle chronique, la bande dessinĂ©e de Sammy Harkham sait garder son sang-froid. Dans un rythme rĂ©gulier, le dessin propre et sans fioriture de Sammy Harkham construit sa cathĂ©drale sans flonflon ni trompette. Si lâAmĂ©ricain impressionne, câest prĂ©cisĂ©ment grĂące Ă cette science du petit pas et de lâanecdotique qui peint, sans quâon sâen aperçoive, non seulement les alĂ©as dâune existence mais Ă©galement toutes les faiblesses dâune nation qui se croit forte mais qui est surtout sans pitiĂ©. Faire le gros plan pour Ă©voquer lâensemble et voilĂ que Sammy Harkham se lance dans une litote fascinante de cette sociĂ©tĂ© qui nâoffre que des miettes aux vaincus, Ă qui il ne reste plus quâĂ vivre malgrĂ© tout. Sammy Harkham dĂ©barque rarement dans les bibliothĂšques mais quand il le fait, il ne fait pas le voyage pour rien.
â Blood of the Virgin de Sammy Harkham, parue chez CornĂ©lius, 304 pages, 35,50 âŹ
cornelius.fr
ïżœïżœ SĂLECTION PRINT â 74 KIBLIND Magazine â 83 â Vertige
â
Cornélius
ahâ! ahâ! ahâ! aah⊠aaah⊠han. aaah- hanâ! âPAS AUTANT LES SOURCILS, DâACCORDâ? TU MâAS RAPPORTĂ LES BOBINES DU CAMION, AU âFAITâ? ET LA BOĂTE DE EN RAB, ET TU NE MâAS TOUJOURS PAS REMBOURSĂ. TU AS BU OU QUOI, EVERETâ? SALUT, SEYMOURâ! VIENS NOUS VOIRâ! SALUT, SCĂNEâ? EN LâĂCRIVANT, JâAVAIS QUI TRANSPARAĂT DANS SES INTONATIONS, MĂME QUAND APPORTE UNE ĂNERGIE SEXUELLE ET UNE PRESTANCE ABSOLUMENT UNIQ TĂLĂPHONEâ! SEYMOURâ! JOY. TU LA JOUES LA PERFECTION. LES DIALOGUES PRENNENT VIE MERVEILLE. FORMIDABLE, CETTE PREMIĂRE SEMAINE. VAL EST AUX ANG TĂLĂPHONE. AH, DâACCORD. VAL, NOUS AURONS QUITTĂ Ă 15 HEURES PILES. ARRĂTEZ UN PEU DE ET FERAI UN âPLAISIR DE E LE FACTURERâ! OĂ EST TERRY POUR TU PEUX MâAPPORTER âTES RĂVES, MON POTE. Virgin
Sammy Harkham
Défense
dâentrer ici feignante,pĂąle et pensive
Mary-Pain,
CONFINEMENT â Bienheureusement, il reste quelques globules de fougue adolescente qui circulent dans notre sang ; des relents dâinterdit dâinterdire qui se nichent lĂ , dans un coin toujours actif de notre cerveau. Ainsi, nous avons pu passer outre lâavertissement qui figure en couverture de ce premier livre traduit en français â sauf erreur â de lâimmense auteur et illustrateur Patrick Kyle, DĂ©fense dâentrer ici. Et Ă cette dĂ©sobĂ©issance primale, lâauteur rĂ©pond avec un livre fascinant. Le dĂ©cor et lâatmosphĂšre de ce livre, pourtant sorti Ă lâorigine en 2016, ne seront pas sans rappeler les souvenirs douloureux du printemps 2020. Le personnage principal ne sort pas de son appartement, ce qui permet Ă Patrick Kyle de dĂ©cliner toutes les angoisses et hallucinations que provoque la vie en milieu confinĂ©. Tout au long du livre, le hĂ©ros se trouvera confrontĂ© aux problĂšmes inhĂ©rents Ă la location prĂ©caire (cafards, poussiĂšre, petitesse) et Ă la solitude. Ses seuls interlocuteurs seront un ordinateur particuliĂšrement retors et une Ă©trange crĂ©ature vivant dans les murs. Cet environnement anxiogĂšne offre Ă Patrick Kyle lâoccasion dâĂ©largir sa narration au domaine du fantastique et, par lĂ , de multiplier les effets graphiques. Car le dessinateur anglais nâest pas du genre Ă se cantonner au rĂ©alisme. Son trait aime Ă flirter avec lâabstraction et donne au lecteur le droit dâentrer dans un monde pareil Ă nul autre. DĂ©fense dâentrer ici en est la dĂ©clinaison romancĂ©e, celui-ci faisant se confronter le graphisme frugal des murs avec les coups de pinceau gĂ©nĂ©reux formant lâunivers mental du hĂ©ros. Nous sommes lĂ face Ă une expĂ©rience troublante oĂč le fantastique erratique se mĂȘle avec la sordiditĂ© du quotidien, une forme de suspens en plein milieu de la routine. La folie se trouve cadenassĂ©e, enfermĂ©e dans une boĂźte aux contours alĂ©atoires dont la mouvance nâempĂȘche pas le sentiment dâenfermement. DĂ©fense dâentrer ici prend lâallure dâun laboratoire dont les idĂ©es dĂ©bordantes amĂšnent aux expĂ©riences les plus hypnotisantes. Pas dâinquiĂ©tude, vous ĂȘtes les bienvenus.
â DĂ©fense dâentrer ici de Patrick Kyle, parue chez FrĂ©mok, 264 pages, 23 âŹ
â fremok.org
ERRANCE â Le dĂ©but du livre est duraille pour son hĂ©roĂŻne. Mary-Pain, artiste de 34 ans, est contrainte de revenir vivre dans son village natal. Ă peu prĂšs perdante sur tous les fronts de la vie, elle se dĂ©bat contre la double offensive du manque dâargent et du manque dâinspiration. Alors, bien malgrĂ© elle, câest le retour aux sources. Des sources croupies par le suicide de sa mĂšre dans la piscine de la maison familiale et par une population qui la tient trĂšs majoritairement pour responsable. En guise de cerise sur ce gĂąteau Ă la merde, elle doit sâoccuper dâun grand-pĂšre mourant et capable de bien peu de choses. On part donc de trĂšs bas. Mais câest souvent Ă ce moment-lĂ que dâun coup de pied sur le carrelage sale dâune piscine abandonnĂ©e, on tente de remonter Ă la surface. Dâautant plus si les quelques Ăąmes gentilles traĂźnent autour du trou. Si les mains qui se tendent ne sont pas nombreuses, elles ont au moins le mĂ©rite dâexister. Et Mary-Pain sây accroche tant bien que mal. Il y a Chris, le meilleur ami qui nâa pas su se tirer du village. Il y a le petit voisin Andreas qui collectionne les vierges Marie, ces mĂšres Ă©ternelles. Il y a aussi le grand-pĂšre qui, bien que mal en point, est un des derniers liens de Mary-Pain avec sa famille. Une fine Ă©quipe bientĂŽt rejointe par son pĂšre, sorte de deus ex machina bof, mais qui lui tire une fiĂšre chandelle du pied et qui lui offre aussi un demi-frĂšre. Lâautrice espagnole Lola Lorente, dont le premier album La Chair de ma chair a paru en 2011 chez Cambourakis, accompagne cette errance rĂ©demptrice avec un trait qui sait choper les tribulations mentales de cette fille plus que patraque. TantĂŽt rude, tantĂŽt grandiose, le dessin de lâartiste donne Ă ces aventures le goĂ»t amer qui leur va si bien. Misant sur une mise en scĂšne libre, optant pour le dessin pleine page aussi bien que pour le gaufrier le plus classique, Lola Lorente parvient Ă nous faire vivre les affres dâune pensĂ©e en plein questionnement. La rĂ©alitĂ© la plus crasse et la mystique la plus dĂ©connectĂ©e dialoguent cordialement, dans un livre oĂč la folie guette sĂ©rieusement son hĂ©roĂŻne. Ă la derniĂšre page, le bout du tunnel est encore loin et les fantĂŽmes pas tout Ă fait disparus. Mais le voyage du lecteur aux cĂŽtĂ©s de Mary-Pain a fait son taf : le cĆur a Ă©tĂ© violemment touchĂ© et il aura bien du mal Ă sâen remettre.
â Mary-Pain, feignante, pĂąle et pensive de Lola Lorente, disponible aux Ă©ditions Actes Sud BD, 244 pages, 28 âŹ
â actes-sud.fr
SĂLECTION PRINT â 75 ïżœïżœ KIBLIND Magazine â 83 â Vertige
Patrick Kyle FRMK FRMK
Patrick Kyle
Oiseaux de nuit Tous les
NYCTALOPE â On ne ressort que trĂšs rarement grandi dâune soirĂ©e passĂ©e Ă Ă©cumer les bars. Surtout quand aucune occasion ne sây prĂȘte et que la fĂȘte nâest pas au rendez-vous. Ces sorties Ă deux, prĂ©vues parce quâon en ras le cul dâĂ peu prĂšs tout et quâon ne sait jamais, la magie combinĂ©e de la Pelforth et dâune amitiĂ© historique peut valoir le coup. Il reste que pour certaines personnes, il sâagit dâun moment indispensable. Dans cet espacetemps aux contours flous, la parole se libĂšre, le quotidien prend du recul et cet Ă©cart prend les habits dâune dĂ©pressurisation salvatrice. Jaroslav RudiĆĄ et Nicolas Mahler viennent ici nous raconter lâune de ces nuits anecdotiques oĂč lâĂ©thylisme et la raison se combattent durement avant de se tomber dans les bras. Le plaisir de cette bande dessinĂ©e tient prĂ©cisĂ©ment dans cette acuitĂ© avec laquelle les auteurs dĂ©cryptent ces moments peu glorieux. Des deux personnages principaux, nous ne savons rien au dĂ©part. Ni comment ils sâappellent, ni comment ils se connaissent. Et puis, par bribes, des Ă©lĂ©ments nous viennent, amenĂ©s naturellement au fil des conversations saoules qui sâenchaĂźnent. Leur moteur est un dĂ©sespoir latent, endurci par le temps qui file et les regrets quâils traĂźnent. DerriĂšre eux, la ville de Prague surgit pour y ajouter un peu de son histoire chaotique, comme un troisiĂšme larron un poil timide. Les sujets sâenchaĂźnent, se coupent la parole, disparaissent et reviennent dans une confusion Ă laquelle seul lâalcool est capable dâoffrir une cohĂ©rence. Les amours, les rĂȘves impossibles, la grande Histoire et lâamitiĂ© se chevauchent et sâentrecroisent pour laisser finalement percer un sentiment dâimpuissance ravivĂ© dâune once dâespoir, reprĂ©sentĂ©e ici par chaque bar encore ouvert, comme un phare de plus dans la nuit. Pas dâintrigue, pas dâeffusion, pas de morale, mais la banalitĂ© touchante de deux personnages Ă la croisĂ©e des chemins. Jaroslav RudiĆĄ parvient avec une troublante justesse Ă rendre Ă ces discussions de fin de soirĂ©e leurs vĂ©ritĂ©s et leurs fantasmes, leurs absurditĂ©s et leurs Ă©clairs de gĂ©nie, en un mot leur humanitĂ©. Nicolas Mahler avec un dessin minimal et un trĂšs bel usage du noir exprime avec brio le poids dâune existence quâon espĂ©rait sublime et qui se rĂ©vĂšle imparfaite. Avec humilitĂ© et sans lourdeur, les deux artistes parviennent Ă allumer ici ou lĂ quelques petits lampions pour Ă©clairer la chambre noire dans laquelle nous nous perdons.
â Oiseaux de nuit de Jaroslav RudiĆĄ et Nicolas Mahler, parue chez LâAssociation, 144 pages, 26 âŹ
â lassociation.fr
vivants
FANTĂME â Il y a quelque temps, une jolie fleur dâidolĂątrie a poussĂ© dans le champ de notre amour de la bande dessinĂ©e. Nous lâavons dĂ©diĂ©e Ă Roman Muradov et, livre aprĂšs livre, elle sâest Ă©toffĂ©e pour devenir aujourdâhui un arbre imposant quâil sera bien difficile de dĂ©raciner. AprĂšs Aujourdâhui demain hier (2016) et Les Aventures de Munich dans Marcel Duchamp (2020), lâauteur new-yorkais dâorigine armĂ©nienne revient faire un tour chez Dargaud pour nous proposer une troisiĂšme bande dessinĂ©e. Comme Ă son habitude, celle-ci goĂ»te la singularitĂ© et le savoir-faire pour ajouter une nouvelle rĂ©ussite Ă une fort charmante carriĂšre. Dargaud continue donc, et câest un bonheur, le pari Ă©ditorial entamĂ© il y a sept ans avec cet auteur qui ne ressemble dĂ©cidĂ©ment Ă aucun autre. Cet album pourrait bien ĂȘtre le plus accessible des trois, celui de la modĂ©ration au service dâun rĂ©cit continu. Mais il ne faut pas pour autant sâen attrister. Car si Roman Muradov tente moins, câest Ă©galement quâil sâĂ©parpille moins. Et ce quâon entend chez lui par modĂ©ration vaut mille expĂ©rimentations pour dâautres. Ainsi, nous retrouvons son dessin aux multiples facettes, simple voire maigre au premier abord mais qui recĂšle de multiples tentatives et techniques pour lui offrir Ă la fois poĂ©sie et aspĂ©ritĂ©s. Ici, ce style si particulier lui est dâun grand secours car lâhistoire quâil nous raconte se fait tour Ă tour dĂ©sespĂ©rante et rĂȘveuse. Pensez donc, lâhistoire commence par le suicide de son hĂ©roĂŻne principale. Pourtant, par un sombre jeu de loterie organisĂ© par les gardiens de lâenfer, la voilĂ qui retourne sur terre, avec un petit bonus : elle peut voir les fantĂŽmes, dont le sien qui habite dĂ©sormais chez elle. Pour cette femme seule, au travail aliĂ©nant et Ă la vie bien trop morne, son fantĂŽme fera office de confident, dâaide et de meilleur alliĂ©. Ce nâest pas lâhistoire dâune Ă©claircie salvatrice que nous conte Roman Muradov. La situation ne sâamĂ©liore pas radicalement. Mais ici et lĂ , de nouvelles graines sont posĂ©es et, qui sait, peut-ĂȘtre iront-elles jusquâĂ se dĂ©velopper. En murmurant, sur la pointe des pieds, Roman Muradov ramasse des Ă©clats de vie, les dĂ©poussiĂšre un peu tout en marchant sur la fine ligne qui sĂ©pare la vie de la mort, le dĂ©sespoir dâune tĂȘte relevĂ©e. Sans moral, sans sentence dĂ©finitive, lâauteur nous livre une rĂ©flexion subtile sur le suicide. Ce qui est assez rare pour ĂȘtre lu avec attention.
â Tous les vivants de Roman Muradov, parue chez Dargaud, 160 pages, 22 ⏠â dargaud.com
ïżœïżœ SĂLECTION PRINT â 76 KIBLIND Magazine â 83 â Vertige
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Saison 1
Un coffret inĂ©dit, Ă©ditĂ© Ă 200 exemplaires, qui rassemble tous les strips rĂ©alisĂ©s chaque dimanche sur Instagram par les 16 artistes de la saison 1 de SQUAREÂČ. Une contrainte comme point de dĂ©part : un carrĂ© dans un carrĂ©. Les pochettes sont disponibles individuellement.
à découvrir dans nos ateliers à Lyon et Paris ou sur www.kiblind-atelier.com
Astra Nova
DĂCOLLAGE â La derniĂšre fois que nous avons croisĂ© le travail de Lisa Blumen, la Terre allait exploser. Ce sont des choses qui arrivent. Et tant mieux dâailleurs puisque sa BD sur le sujet, Avant lâoubli, Ă©tait formidable. Apparemment, la jeune artiste a su sâen remettre avec aplomb (et le prix de lâADAGP) puisque la voilĂ de retour, mĂȘme pas deux ans aprĂšs, avec Astra Nova Comme quoi lâapocalypse, on dit des trucs et puis, hein, bon. Toutefois, on remarquera une certaine cohĂ©rence dans les sujets traitĂ©s par lâancienne Ă©tudiante de la HEAR. Si, dans Astra Nova, le monde va plutĂŽt bien, câest le destin de lâhĂ©roĂŻne qui est sans retour. Une fin du monde perso, en quelque sorte. Nova, câest son nom, sâapprĂȘte Ă sâenvoler pour une mission spatiale bien trop longue pour quâelle puisse en revenir. Elle ne sâen Ă©meut pas, elle est mĂȘme volontaire pour lâaffaire. Sauf quâavant de partir, les dispositions juridiques de ce futur plus ou moins proche obligent Nova Ă se rendre Ă une fĂȘte dâadieu avec des amis quâelle avait perdus de vue. Quelle galĂšre. Nous sommes dâaccord avec Lisa Blumen. Pourquoi tant sâintĂ©resser aux premiĂšres fois quand ce sont les derniĂšres qui nous rĂ©vĂšlent. Ces moments de latence oĂč lâon sait que tout va finir sont ceux oĂč lâon prend conscience du sens de notre vie, de notre rĂŽle sur Terre, ceux oĂč lâon tente de sĂ©parer ce qui est important de ce qui ne lâest pas. Au petit jeu de faire intervenir le grand tout pour mieux scruter lâintimitĂ©, Lisa Blumen est sacrĂ©ment fortiche. Les petits riens, les dialogues, les moments dâĂ©change et dâintrospection sont les piĂšces de son puzzle pour mieux faire le bilan de lâespĂšce humaine. Une fois encore, avec Astra Nova, elle Ă©tudie avec minutie et bienveillance le moment absurde de lâattente de la fin. GrĂące Ă son dessin aussi simple que doux et son usage toujours plus subtil des couleurs, Lisa Blumen nous dessine le chaos en pente douce. Tout va finir, mais son trait rappelle la douceur dâun monde qui vit encore. Et peut-ĂȘtre, Ă force de caresser la feuille de son feutre, une touche dâespoir va-t-elle revenir ? Peut-ĂȘtre que la solitude que Nova sâest imposĂ©e Ă©tait un mauvais choix ? Les autres ont parfois du bon et Lisa Blumen sâattache Ă nous le prouver avec tendresse et intelligence.
â Astra Nova de Lisa Blumen, parue chez LâEmployĂ© du moi, 178 pages, 24 âŹ
â employe-du-moi.org
ïżœïżœ SĂLECTION PRINT â 78 KIBLIND Magazine â 83 â Vertige
Mars > Mai 23
Une saison aux Ateliers PresquâĂźle et Hors-les-murs
AVRIL
âAteliers PresquâĂźle, Lyon 2
Atomic Alert
FRĂDĂRIC SONNTAG ET THOMAS RATHIERASANISIMASA
Nous étions jeunes alors
FRĂDĂRIC SONNTAG - ASANISIMASA
Sócrates (Gagner ou perdre mais toujours en démocratie)
FRĂDĂRIC SONNTAG - ASANISIMASA
MAI
âAteliers PresquâĂźle, Lyon 2
La Germination
Dâautres mondes possibles (Ă©pisode 1)
JORIS MATHIEU ET NICOLAS BOUDIER EN COMPAGNIE DE HAUT ET COURT
Transformé
FANNY DE CHAILLĂ ET SARAH MURCIA - DISPLAY
Boum Boum Boum
FANNY DE CHAILLĂ - DISPLAY
Une autre histoire du théùtre
FANNY DE CHAILLĂ - DISPLAY
MAI / JUIN
Terces
JOHANN LE GUILLERM
âChapiteau Parc de Parilly, VĂ©nissieux
TNG-LYON.FR | 04.72.53.15.15
Illustration FrĂ€neck âGraphisme Jeudimidi âLicences dâentrepreneur du spectacle : PLATESV-R-2021-003839PLATESV-R-2021-006785PLATESV-R-2021-003797PLATESV-R-2021-003798SIREN 307 420 463
dĂšs 15 ans dĂšs 15 ans dĂšs 15 ans dĂšs 14 ans dĂšs 15 ans dĂšs 10 ans dĂšs 10 ans dĂšs 7 ans
LECOIN DES KIDZ
Alphabet du grenier
VoilĂ prĂšs de dix ans, le dessinateur JĂ©rĂ©mie Fischer Ă©tait un fringant jeune homme qui sortait un sacrĂ© beau livre jeunesse, CâĂ©tait chez Orbis Pictus Club et câĂ©tait tirĂ© Ă 250 exemplaires. FlĂ»te. Gloire alors Ă la maison dâĂ©dition des Grandes Personnes qui a la riche idĂ©e de rééditer et de mieux distribuer ce formidable livre-objet. Jouant de calques, de spirales et de formes abstraites, le livre fait apparaĂźtre Ă chaque page tournĂ©e des lettres comme par magie. On retrouve lĂ les obsessions graphiques de JĂ©rĂ©mie Fischer, entre rĂȘve et rĂ©alitĂ©, abstraction et figuration, adaptĂ©es tout exprĂšs pour les petits pipous. Manquerait plus que ça leur apprenne Ă lire.
â Alphabet de JĂ©rĂ©mie Fischer, parue chez Les Grandes Personnes, 26 pages, 15 ⏠â editionsdesgrandespersonnes.com
L'Imagier
Consistant Ă illustrer des mots du quotidien ou une thĂ©matique bien prĂ©cise, lâimagier est gĂ©nĂ©ralement indolore. Ici, Ămilie Chazerand, au texte, a choisi de donner aux enfants de quoi manger. Par le choix de certains mots trĂšs contemporains (fiertĂ©, bar, tatouages, collages, etc.) mais surtout par leurs dĂ©finitions engagĂ©es, elle donne un coup de collier à lâhabituelle platitude du genre. Alternant rĂ©flexion, humour et tendresse, elle colle au vrai univers des enfants sans les prendre pour des demeurĂ©s. Ă cela sâajoutent les toujours chics et trĂšs accessibles dessins dâAnna Wanda Gogusey pour offrir une rĂ©alitĂ© palpable Ă des notions parfois complexes. Ici, comme dans les autres imagiers, nous dĂ©couvrons le monde. Mais cette fois, câest le monde dâaujourdâhui.
â LâImagier dâĂmilie Chazerand et Anna Wanda Gogusey, paru chez La Ville BrĂ»le, 96 pages, 16 âŹ
â lavillebrule.com
LâĂȘtre humain, mĂȘme quand il est mort, garde des rĂ©flexes bien curieux. Ainsi en est-il de ce petit fantĂŽme qui hante le grenier dâune maison oĂč vit une petite fille avide de le rencontrer. Pourtant celui-ci fait tout pour la faire fuir, fier de son territoire et rĂ©tif Ă ce qui ne fait pas partie de sa routine. Ăvidemment, Ă la fin, tout se passera bien. Pour le lecteur, tout sâest bien passĂ© depuis le dĂ©but puisque page aprĂšs page, il a pu admirer le travail au fusain de Mamiko Shiotani, fait de doux granules aux couleurs Ă peine Ă©voquĂ©es. LâatmosphĂšre trouble quâelle impulse Ă Â ses images nâempĂȘche pas la lumiĂšre dâĂ©merger des visages ronds et chaleureux, cassant avec la minutie des dĂ©cors. Ainsi, le chaud et le froid sont soufflĂ©s, et nous nâavons plus quâĂ nous pelotonner dans la tiĂ©deur rassurante dâun superbe album jeunesse.
â LâAmi du grenier de Mamiko Shiotani, parue chez La Partie, 40 pages, 15,90 ⏠â lapartie.fr
Alors, oui. Le titre, câest ça ? Et lâunivers scatologique du livre... Je comprends. NĂ©anmoins. Si le chien et personnage principal de Monsieur Crotte est effectivement le propriĂ©taire dâun systĂšme digestif singulier, il vaut mieux en rire, câest fait pour ça. Car lâenjeu du livre est tout autre. Si Hippolyte, le maĂźtre, sâinquiĂšte tellement fort de cette situation quâil enchaĂźne avec son chien les rendez-vous chez des mĂ©decins plus ou moins confirmĂ©s, la vĂ©ritĂ© lui sautera bientĂŽt aux yeux : avec ou sans crotte, câest son chien prĂ©fĂ©rĂ© du monde. Lâentente Simon Bailly-Ella Coutance fait des miracles grĂące Ă Â ce dessin Ă la beautĂ© pure et Ă cette trĂšs jolie histoire de tolĂ©rance cachĂ©e dans un tas de caca. Comme quoi les perles ne se trouvent pas que dans des huĂźtres.
â Monsieur Crotte de Simon Bailly et Ella Coutance, Actes Sud Jeunesse, 40 pages, 15,50 âŹ
â actes-sud.fr
ïżœïżœ SĂLECTION PRINT â 80 KIBLIND Magazine â 83 â Vertige
L'Ami Monsieur Crotte 15,90⏠Lami_du_grenier_COUV_def.indd
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Lesfilmsvertigineux de Boris Labbé
On entre dans un film de Boris LabbĂ© comme dans un rĂȘve Ă©trange. Ce genre de rĂȘves sans repĂšres dimensionnels, sans cadre, sans narration, sans espace connu, sans notion de temps. Lorsque les images frappent librement notre esprit endormi, sans rĂšgles et sans ordre, dans une joyeuse anarchie libĂ©rĂ©e du filtre qui retient lâabsurde. Ou comme quand on rĂȘve quâon tombe. La vraie sensation de chute, belle et bien rĂ©elle, avec les fourmillements dans les jambes pour attester de sa rĂ©alitĂ©. Le vertige.
Ce vertige justement, est une notion â ou plutĂŽt une sensation âcentrale dans le travail du rĂ©alisateur. « Beaucoup dâĂ©lĂ©ments de mes films viennent dâidĂ©es que jâai Ă mon rĂ©veil. Des rĂȘves de chute. Un vertige qui nâest pas rĂ©el, qui est gĂ©nĂ©rĂ© par notre cerveau, mais dont les sensations bien rĂ©elles mâinspirent. Câest ce qui me plaĂźt dans les rĂȘves : pas le contenu, mais la sensation. » Câest de cette maniĂšre quâil façonne ses films, comme on tisse des songes : dans une sorte dâĂ©tat de concentration spĂ©ciale, qui fait quâon se projette dans lâobjet animĂ©, artificiellement mais pourtant concrĂštement. « Dans lâanimation, on fabrique des choses qui ne sont pas rĂ©elles. On fait de lâartifice. Mais un artifice qui permet justement de provoquer quelque chose, une Ă©motion, un ressenti, qui sont bien rĂ©els. »
ïżœïżœ SĂLECTION ANIMATION â 82 KIBLIND Magazine â 83 â Vertige
Rhizome
J.
Recherche pour Rhizome
Kyrielle
Il(s) tourne(nt) en rond
La sensation dĂ©routante, elle, est dĂ©jĂ dans les compositions expĂ©rimentales de ses courts-mĂ©trages, dans les textures organiques, et peut-ĂȘtre plus encore dans les mouvements qui leur sont imposĂ©s et qui conduisent inĂ©vitablement Ă la multiplication des formes. Le rythme, hypnotique, mĂ©canique, accompagnĂ© par une musique minutieusement conçue, est le vrai conducteur dâune progression envoutante dont lâaboutissement est une sorte de transe, dans laquelle fourmille une myriade de petits acteurs fantasmatiques.
On part de chorĂ©graphies simples, qui se rĂ©pĂštent en canon, sâamplifient exponentiellement et deviennent folles. Câest un jeu asymptomatique avec le temps ; parce que lâaccroissement de ses modules, de ses formes, de ses personnages, de ses constructions, tend mathĂ©matiquement vers lâinfini. Câest pourquoi on peut rester des heures devant un film dâanimation de quelques minutes de Boris LabbĂ©, tellement il y a de choses Ă voir, Ă revoir, comme devant un tableau de JĂ©rĂŽme Bosh. La filiation est dâailleurs pleinement assumĂ©e, notamment dans ses films dessinĂ©s Ă la main, animĂ©s Ă lâencre de chine et aquarelle sur papier : Kyrielle, Rhizome, La Chute Escher, aussi, et ses figures impossibles, nâest pas trĂšs loin.
« Quand je commence un projet, je collectionne des images. Je vais en chercher et en accumuler un grand nombre : des images dâartistes, dâauteurs, de scientifiques, etc., pour arriver Ă un corpus de formes, de possibles. Une lecture dâun livre ou dâun simple passage, un artiste que je viens de rencontrer, un principe abordĂ© dans un prĂ©cĂ©dent projet que je veux dĂ©velopper, des recherches dans toutes les directions⊠quelque chose se passe. Quelque chose qui me permet de remplir la page blanche et de commencer une nouvelle crĂ©ation. Lâimage est pour moi plus importante que le texte. Et dans cette recherche dâimages proche de la dĂ©marche dâun chercheur en sciences dures, jâavance comme un aveugle qui cherche son chemin. JusquâĂ ce que jâarrive Ă lâimage dâappui, qui va dĂ©clencher tout le reste. »
Cette dĂ©marche, mĂ©thodique, compulsive, explique la dimension expĂ©rimentale de ses films. Une fabrique dâimages, dâobjets, de formes, de petites choses sorties plus ou moins du nĂ©ant et qui attendent Ă lâĂ©cran dâĂȘtre animĂ©es, de recevoir cette Ă©nergie particuliĂšre qui va transformer leur matiĂšre en mouvement, qui va les faire danser devant nous, juste pour le plaisir du rythme, de la crĂ©ation et de la sensation. Et câest beau, troublant et vertigineux.
FILMOGRAPHIE / CRĂATIONS
Ils tournent en rond, 2010, EMCA.
â Cinetique, 2011, EMCA.
â Kyrielle, 2011, EMCA.
â Caverne, 2011, EMCA.
â Danse Macabre, Installation, 2013.
â Rhizome, 2015, Sacrebleu Productions.
â Any Road, 2016, commande de lâauditorium de Lyon et du GRAME.
â Orogenesis, 2016.
â La Chute, 2018, Sacrebleu Productions.
â Sirki, 2019, sĂ©rie de quatre courts-mĂ©trages, commande de la ville de Sapporo.
â Monade, 2020, Installation, 2020-2022, coproduction VIDEOFORMES et Bandini Films.
â Le Lac, 2020, ScĂ©nographie du spectacle Le Lac des cygnes dâAngelin Preljocaj.
â Les NuĂ©es, 2021, VidĂ©o Mapping sur lâĂ©glise de la Madeleine, Aix-en-Provence.
â CristallogenĂšse, mapping, sortie avril 2023.
â Glass house, Concert immersif, sortie en juin 2023, Ensemble Cairn.
â Mono no aware, sortie courant 2024, Sacrebleu Productions.
SĂLECTION ANIMATION â 83 ïżœïżœ KIBLIND Magazine â 83 â Vertige
On part de chorĂ©graphies simples, qui se rĂ©pĂštent en canon, sâamplifient exponentiellement et deviennent folles.
Affiche pour Le Festival d'un jour 2022
Recherche pour Mono no aware
La Chute
Recherche pour La Chute
CLIP CLAP
Quand le clip vient sublimer une musique qui est dĂ©jĂ de toute beautĂ©, alors lĂ , lâextase est maximale. Chaque mois, sur notre site kiblind.com, nous cĂ©lĂ©brons le clip musical animĂ©. Quâil soit en 2D, en 3D, en stop motion, ou encore dessinĂ© Ă la mano, le clip illustrĂ© est partout et il a fiĂšre allure. On vous prĂ©sente ici deux clips illustrĂ©s rĂ©cents qui nous ont coupĂ© la chique. Et pour en parler, qui de mieux que les personnes qui les ont illustrĂ©s et animĂ©s ?
IĂIGO MONTOYA TOTEM
ILLUSTRATION/ANIMATION: ZEUGL
â L'histoire
Notre intention Ă©tait dâemmener les spectateurs dans un mĂ©taverse utopique nommĂ© « BetterThanLife ». Cette rĂ©alitĂ© alternative numĂ©rique rĂ©vĂšle petit Ă Â petit sa rĂ©elle nature Ă travers des bugs visuels et par la pollution de diffĂ©rentes fenĂȘtres publicitaires qui nous rappellent que toute cette vĂ©gĂ©tation luxuriante et ces animaux qui se promĂšnent librement ne sont que des pixels sur un Ă©cran.
â La rĂ©alisation
Sans rĂ©vĂ©ler tous nos secrets, le principe de base est assez simple : on a choisi dâutiliser les emojis comme outils de dessin, en exploitant les variations de couleurs de chacun dâentre eux pour crĂ©er les volumes et tons de nos illustrations. Une fois ces Ă©lĂ©ments rĂ©alisĂ©s, nous les avons combinĂ©s afin de crĂ©er les dĂ©cors que nous avons ensuite composĂ©s en 3D dans After Effect. Certaines sĂ©quences, telles que les animaux qui courent, sont quant Ă elles animĂ©es en rotoscopie puis intĂ©grĂ©es dans les dĂ©cors 3D.
On a utilisĂ© environ 140 emojis diffĂ©rents dans la version finale du clip qui nous a pris au moins six semaines complĂštes de travail pour sa rĂ©alisation. En moyenne, chaque sĂ©quence dâanimal qui court a pris trois heures Ă dessiner et on compte entre une et deux heures pour les Ă©lĂ©ments fixes selon leurs dimensions car pour avoir une taille dâemojis homogĂšne (sauf cas spĂ©cifiques), chaque Ă©lĂ©ment a Ă©tĂ© dessinĂ© Ă son Ă©chelle finale.
â Les inspirations
Pour crĂ©er les fameuses fenĂȘtres publicitaires dont on parlait plus haut, on sâest beaucoup inspirĂ©s de nos expĂ©riences de navigation Internet : elles sont lâarchĂ©type du style de pop-ups indĂ©sirables qui remplissent nos Ă©crans. Le comble dans tout ça, câest que la prĂ©sence de ces messages a causĂ© (et cause toujours) de gros problĂšmes pour la visibilitĂ© du clip. Apparemment, certaines injonctions comme « Cliquez ! », « Hacked » et le faux Windows Ă la fin rendent notre clip inĂ©ligible Ă Â la sponsorisation, ce qui est complĂštement ironique quand on pense au message que lâon vĂ©hicule dans cette vidĂ©o.
Enfin, il nous semblait important de mentionner lâartiste japonais Hiro Isono, dont les fabuleuses peintures nous ont servi de rĂ©fĂ©rences principales dans lâĂ©laboration de la direction artistique de ce clip (et des visuels qui accompagnent la sortie de lâalbum dont « Totem » est extrait)
ïżœïżœ SĂLECTION ANIMATION â 84 KIBLIND Magazine â 83 â Vertige SĂLECTION 84
BON ENFANT PĂTE Ă BISCUIT
ILLUSTRATION /ANIMATION : GASPARD EDEN
â L'histoire
Le vidĂ©oclip ne raconte pas une histoire Ă proprement parler. Il sâagit plutĂŽt dâune expĂ©rience visuelle dans laquelle jâai tentĂ© de laisser libre cours Ă mon imagination ; la narration des animations est parfois influencĂ©e par les paroles de la chanson sans pour autant les raconter. Jâai envisagĂ© plutĂŽt une trame visuelle dâaccompagnement que lâinverse, câest-Ă -dire une trame sonore qui accompagne le visuel. De cette maniĂšre, lâattention nâest pas dĂ©tournĂ©e de la musique et le support visuel sert de stimulus Ă la piĂšce de Bon Enfant.
â La rĂ©alisation
Câest la premiĂšre fois que je fais de lâanimation. Je nâavais jamais touchĂ© au medium auparavant. CâĂ©tait donc une courbe dâapprentissage en temps rĂ©el, un dĂ©fi que ça me dĂ©mangeait de relever depuis un bon moment. Jâai dessinĂ© chronologiquement tout ce que lâon visualise au cours de lâanimation ; le premier plan du clip, câest le premier que jâai dessinĂ©, le dernier, câest le dernier que jâai dessinĂ©. Il nây avait aucun storyboard, aucune idĂ©ation. Jâavais quelque chose en tĂȘte et peu de temps (il nây a jamais assez de temps en animation) pour le faire. Jâai donc travaillĂ© jour et nuit, pendant des mois, sans trop rĂ©flĂ©chir. Je voulais simplement me surprendre Ă travers mes idĂ©es et les faire bouger du mieux que je pouvais. Parfois les paroles mâont influencĂ© au premier degrĂ©, parfois au second. Ă certains moments, jâaimais jouer Ă rĂ©pondre Ă ce que les paroles me dictaient de dessiner, toujours avec des petits clins dâĆil, des petites surprises. Parfois, je me suis Ă©tonnĂ© Ă faire des liens lĂ oĂč je croyais quâil nây en avait pas. Je ne voulais pas nĂ©cessairement crĂ©er un narratif afin dâaccompagner le morceau de Bon Enfant. Câest plutĂŽt lâambiance de la musique qui mâintĂ©ressait. Je voulais crĂ©er une autre dimension, une dimension qui est visuelle et qui capte lâattention, qui accompagnerait les couleurs musicales du morceau.
â Les inspirations
Les « crĂ©atures » sont souvent non rĂ©flĂ©chies, je me tiens loin de tout ce qui est trop conceptuel. Si jâintellectualise mon travail en lâeffectuant, je finis avec une page blanche. Mon envie premiĂšre Ă©tait de me dĂ©poussiĂ©rer le subconscient et de laisser sortir les petits troglodytes de la caverne encĂ©phalique.
Pour vivre la lecture de ce papier de façon optimale, allez donc voir nos sĂ©lections mensuelles des clips animĂ©s sur kiblind.com. Avec le son et lâimage, câest plus sympa quand mĂȘme.
Propos recueillis par : Ă. Quittet
SĂLECTION ANIMATION â 85 ïżœïżœ KIBLIND Magazine â 83 â Vertige SĂLECTION ANIMATION â 85
SQUAREÂČ
SQUAREÂČ est une BD originale publiĂ©e chaque dimanche sur le compte Instagram de KIBLIND. La saison 2 a dĂ©butĂ© en juillet 2022. Le principe : chaque semaine pendant un mois, un artiste que nous avons choisi dessine un strip qui doit respecter les rĂšgles graphiques suivantes : un carrĂ© central / 4 cĂŽtĂ©s / 4 cases / 4 couleurs. Ici, une variation autour du carrĂ© jaune proposĂ©e par JĂ©rĂ©mie Moreau.
KIBLIND Magazine â 83 â Vertige
Ă
sur instagram.com/kiblind_magazine ïżœïżœ SQUARE â 86
SQUAREÂČ âą Saison 2 â Chapitre 8 â Partie 1/4 JĂ©rĂ©mie Moreau
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