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Irreverent VII

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Revue semestrielle N° VII - Thème : RYTHME - Mars - Septembre 2010

5E

www.irreverent.fr


D’après Hans Richter - Rhythm 23


Chers esthètes, Comme tous les oiseaux rares, vous avez le rythme dans la peau. Et comme tous les oisifs, vous savez le retrouver dans les objets les plus insolites. Nous avons donc choisi d’y consacrer ce numéro. De Louis-Ferdinand Céline à Daft Punk, de William Forsythe à Brisa Roché. Pour que la petite musique qui nous fait taper du pied sous la table se poursuive longtemps après que le bruit des presses s’est tu. Et qu’elle vous fasse peut-être observer dans la rue la rythmique qui anime le cul de vos contemporains. En attendant, bon cha-cha-cha

Directeur de la publication : Denis Esnault - Rédacteur en chef : Arnaud Sagnard - Relecture : Dominique Vincent Direction artistique : Denis Esnault - Textes : Brisa Roché, Louis-Ferdinand Céline, Patrick Thévenin, Guillaume Fédou, Anaïs Prosaïc, Garance Hamon, Cyril Hunault, Bester L., Pierre Mikaïloff, Pierre-Olivier François - Photographes : Philippe Lopparelli, Flore-Aël Surun / Tendance Floue, Pierre-Yves Brunaud / Picturetank, Benjamin Torres, Stéphane Lavoué / MYOP, Emmanuel Pierrot, Julien Magre - Dessins : James King, Brisa Roché, Olivier Texier - Illustrations : Hélène Georget, Julien Grataloup, Stéphan Muntaner / LOOSE, Steven Burke - Infographie : François Prosper - Œuvres : Sylvain Larrière -Lithographie : Grégoire Hespel - Peintures : Gianpaolo Pagni - Chorégraphie : William Forsythe, Merce Cunningham Couverture : Michel Le Page alias micheldetrentemoult - Hommage au dessinateur Joe Shuster et aux Burundi Steïphenson Black Irreverent remercie Karine Lucas, Marie Sumalla, Marc Bruckert, Fichtre, Picturetank, la revue LOOSE, l’atelier A Fleur de Pierre, Nicole Le Groux, tous ses charmants actionnaires, les lieux de diffusion qui soutiennent cette aventure, chacun des participants et tout particulièrement Maxime Rautureau. Irreverent a reçu le soutien du Centre National du Livre et du CABD. Irreverent est distribué par le Collectif des Editeurs Indépendants. Vous pouvez vous abonner en allant sur notre site : www.irreverent.fr - mail : revueirreverent@yahoo.fr Copyright Irreverent® et les auteurs, tous droits de reproduction réservés. INPI : 06/3416203 - N° ISNN : 1779-3165 - ISBN : 978-2-9535800-0-6 Imprimé en France par l’imprimerie Chiffoleau (Nantes) - Edition originale : 1000 exemplaires.


Philippe Lopparelli / Tendance Floue


Rigodon (EXTRAIT) Au commencement, il y eut le big bang, première détonation de l’histoire. Puis, le verbe, la littérature et quelques-uns de ses plus fins percussionnistes Par louis-Ferdinand Céline

Y a des planqués de la ferraille !... des resquilleurs de je ne sais où... des gens qui ne veulent pas être vus... nous sommes là à bringuebaler sur ces platesformes avec plein de personnes invisibles... coexistence se dit maintenant... en avant donc, coexistants !... que nous roulions, l’essentiel !... que nous roulions même avec ces dissimulés nous arriverons à Hambourg, à moins que ce train saute !... ce qu’on ne voit pas qui compte dans la vie, ce qui se voit s’entend n’est que mascarade, coups de gueule, théâtre !... ce qui se passe au fond de votre prostate qu’est intéressant, ce millionième de gamète qui décide qu’il en a assez, qu’il obéit plus aux ordres, qu’il va travailler pour son compte, foutre des marquises et du petit ami ! qu’il va proliférer et hop ! vite, pour lui, lui-même ! vous à la fosse ! hop ! vous le verrez jamais ce millionième d’anarchiste gamète crasseux cancéreux !... vous sauriez même pas qu’il a existé !...»

«L’ordre dans le mouvement.» C’est ainsi que Platon définit le rythme.

pas de majuscule, ponctuation et syntaxe tordues… Dans ce court extrait de son dernier roman « Rigodon », LouisFerdinand Céline reproduit la rythmique du train sur lequel il est juché, c’est-à-dire celle du temps qui passe, avec ses passagers clandestins, ses secousses et ses changements d’aiguillage. De la vie à la mort en quelques mots. On y retrouve même le cancer, cette grande agence de voyage moderne. Avec en leur centre, le rythme que l’écrivain a déterré. Celui qu’on ne voit jamais que lorsqu’il nous quitte. Le bonhomme fuyait la fin de la Deuxième Guerre mondiale en France, traversait l’Allemagne en espérant atteindre le Danemark. Et racontait tout cela depuis Meudon, encore et toujours en banlieue parisienne, où passent aujourd’hui les wagons du RER C. « Rigodon » est le nom d’une musique et d’une danse folkloriques qu’on a oubliées. Nous avons choisi ce passage parce qu’il exorcise notre aveuglement, parce qu’il montre du doigt l’énorme tremblement qui nous parcourt. à la naissance, pendant la vie, à la fin, n’importe quel enfant le comprend. A un autre moment de sa vie, ce batteur inimitable a écrit un volume intitulé « Ballets sans musique, sans personne, sans rien ». Justement, personne n’a jamais dû monter cela sur scène. Nous ne voulions pas que notre humble publication ne frappe un peu ses cymbales sans penser à lui. Puisque son camarade Platon a défini notre thème comme « L’ordre dans le mouvement », il nous fallait suivre des traces. Autant que ce soit celles d’un homme qui, malgré ou à cause de la toute-puissance de la mort, aimait la danse et les danseuses plus que tout. —


Pierre-Yves Brunaud / Picturetank


Vive les mariĂŠs Par James King


LES BOITES Dans son atelier, un inventeur venu des étoiles fabrique des boîtes à musique uniques avec des matériaux de récupération Par SYLVAIN LARRIère


Sylvain Larrière - Photographies : Benjamin Torres


UNE BOITE (INTERPRétation)

Par Grégoire hespel


SOLO (EXTRAIT) PAR William Forsythe

Choreography/Performance : William Forsythe ; Music : Thom Willems, in collaboration with Maxime Franke ; Director : Thomas Lovell Balogh; Camera: Jess Hall Production : RD-Studio Productions, France 2, BBC TV 1997 Š Courtesy of The Forsythe Company


Brisa RochĂŠ


The WAY a BLACKBIRD Par bRisa ROCHé

Façon du merle The way a blackbird keeps pronouncing malleable the whiter sky it moves against, the way this sky is buoyant over muddy houses cowering, in these ways your body continues to appear, resilient and bread-smooth, indolent under even the heavy igneous coverlet that is my body, as I lay it upon you. (Even as unmanned I throw my brick limbs down across you!) Oranges on the kitchen-board and sea-stones in a bowl have found their roundness incidentally. So by growth or slow by wear has your body become this now. You soar like sashes up while I as woolen as a cable coiled see you move in natural meter, smooth above unwieldy shadow. Silk in supple pillows vigils, tested by its catch of clods and blackened busted comet-rock. Now you too are proven strong. (I plan to clasp you blindly, like a handle, then relent...) You catch my team of arms like water comforts fallen timber. You softly catch my team of arms with ease that’s thoughtless, like a halo.

Façon du merle d’encore et toujours Déclarer malléable le ciel blanc qu’il coupe, Façon de ce ciel d’écraser les maisons Terreuses, peureuses,  en apnée ; Voilà comment apparaît toujours ton corps, Renaissant, et lisse comme pain, Intact même sous la bâche ignée et lourde De mon corps qui le recouvre. (Frais démâtée, je lui jetais mes membres Comme gravats en travers et à tort.) A plat, des oranges dans la cuisine, ou Des galets dans une coupe, inopinément Renouent avec la rondeur : ton corps En fait autant, par repousses ou lente Usure. Comme un store tu t’élèves, Et moi enroulée en cordon laineux Suis ton ascension prosodiquement rythmée. Effilé à présent au-dessus de mon ombre drue. La soie éveillée des coussins encaisse souplement Les pelletées, écrasements, monolithe calciné. Tu fais preuve de force, à ton tour (j’envisage De t’agripper à bloc, comme une poignée, Ensuite : flancher…) Tu t’empares de l’attelage des bras comme l’eau Amortit le bois de coupe qui plonge. Tu t’empares en douceur de leur attelage Avec une adresse dénuée de réflexion, Comme un halo.


Flore-aĂŤl Surun / Tendance Floue


Une histoire de battement de cœur Parfois, un simple voyage en avion remet la vie en perspective. Surtout quand on retrouve son ex, devenue hôtesse de l’air Guillaume Fédou

-T

u restes avec moi ? - J’ai du travail. - Et si je te sonne... - Quelqu’un viendra. Nous traversons un épais massif de nuages, blancs comme de la poudre, et l’avion ne bouge pas. Je décide d’aller la voir, derrière le rideau, pour lui dire quelque chose comme «je vais souiller ton uniforme», mais un steward au regard perçant me fait barrage. - Vous désirez ? - Parler à Alexia. Il continue de me fixer avec ses yeux verts, on dirait Zidane, mais il s’appelle Julien, il sait déjà tout, Alexia derrière lui fait semblant de ne pas assister à la scène et je demande à pouvoir tout de même accéder aux toilettes. J’entends un éclat de rire derrière la porte. - Actuellement nous survolons Terre-Neuve, que vous pouvez apercevoir sur la gauche de l’appareil. Nous allons bientôt nous poser à New York et je n’aurais pas pu aller plus loin dans ma reconquête d’Alexia, qui n’aurait jamais eu l’idée de devenir hôtesse de l’air si je ne lui avais pas dit un jour que les trucs grondants dans le ciel s’appelaient des avions de ligne. - Tu te souviens quand je te baisais sur le capot de la Fiat, la nuit sur les aires d’autoroutes. - Je voulais un enfant. L’avion amorce sa descente vers l’ex-Nouveau Monde et je repense à la scène de l’avortement. Elle était déçue que je n’envisage pas une seule seconde de garder l’embryon. Mais pour moi, il s’agissait seulement d’une question de procédure : just do it. - Son cœur battait. - Tu n’en sais rien. - Son cœur battait très vite. - Pas plus vite que les 200 BPM de tes free parties, en tout cas.

Inutile de ressasser le même vieux film des années 90. Elle avait arrêté l’école à cause des ecstas, aujourd’hui elle travaille sur des longs-courriers : elle a réussi sa vie et je n’ai plus qu’à la fermer. - Qu’est-ce que tu fais, toi, de ta vie ? Tu fais semblant d’écrire... Et tu vis sur l’argent de ton père. - C’est une pension alimentaire, consécutive à un divorce ! Tu sais ce que c’est, un divorce ? - Mon père est mort. - Voilà, tu ne sais pas. Et puis j’écris très bien. J’ai fait lire des trucs à Marie Darrieussecq et elle m’a dit qu’il y avait du « rythme ». - Connais pas. Soudainement, je me souviens pourquoi je l’avais forcée à avorter. Je ne voulais pas d’une mère capable de dire «connais pas» à un enfant. La consigne lumineuse réapparaît et j’attache ma ceinture, ne relève pas mon siège, la température à NYC est de - 8 degrés. - Adieu, beauté. - Tu es mort pour moi. Alexia a disparu pour de bon lorsque l’avion s’est posé et j’ai beau la chercher du regard, la cohue est telle que j’abdique en regagnant la sortie et alors que je me présente aux douanes de JFK, elle me passe devant avec l’équipage sans m’adresser un regard : crew only. - Salope ! La fille enceinte qui vient de me passer devant me retourne une baffe sonore et toute la foule grommelle en ma direction. Certains tentent même d’attirer l’attention des flics sur moi - heureusement pour eux, ils ont beaucoup mieux à faire. - JE PARLAIS A MON EX ! Ma tête, après la claque, le jet-lag et la mauvaise, et pourtant divine surprise de retrouver Alexia dix ans après les faits, est sur le point de partir en fumée grise. Un douanier me fait signe d’avancer. Plus que quelques pas avant d’entrer au pays de la deuxième chance. —


Au sujet de l’harmonie Merce Cunningham était un danseur et chorégraphe américain. Il a réalisé la transition entre danse moderne et danse contemporaine Par denis esnault

« Tout ce que vous faites, tout ce que vous créez vient de ce que vous êtes.»

dr

merce cunningham


Et Un et deux et trois ! Par Stéphane lavoué / MYOP


de 0 à 1000 BPM Un siècle de musique selon le nombre de battements par minute Par Patrick thévenin illustré par françois prosper


100 0


CANTO Negro Par Nicolás Guillén

¡ Yambambó, yambambé ! Repica el congo solongo, repica el negro bien negro ; congo solongo del Songo baila yambó sobre un pie. Mamatomba, serembe cuserembá. El negro canta y se ajuma, el negro se ajuma y canta, el negro canta y se va. Acuememe serembó, aé yambó, aé. Tamba, tamba, tamba, tamba, tamba del negro que tumba ; tumba del negro, caramba, caramba, que el negro tumba : ¡yamba, yambó, yambambé ! © Nicolás Guillén, Nueva antología mayor, Editorial Letras Cubanas, La Habana, 1979. Nicolás Guillén, Tengo 2, EGREM, La Habana, S/F.


Emmanuel Pierrot


Un bon solo dans ta face On fait de drôles de rencontres quand on aime les jeunes filles et la batterie Par pierre Mikaïloff - Dessin Olivier Texier

Souvenir d’enfance : à l’origine était le rythme. Je suis les « Quatre Filles du docteur March » dans la cuisine où nous croisons quelques fêtards déjà très attaqués. Des corps « disponibles ». Notre mission est de rendre le cerveau du nightclubber disponible… Qui disait cela déjà ? Le cerveau de cette petite blonde boulotte est-il disponible ? A voir…

Mais je continue mon chemin. Les filles viennent de disparaître par une porte. Je les appelle « Quatre Filles du docteur March » parce qu’elles sont quatre et qu’il faut bien appeler les gens d’une façon ou d’une autre. Pas d’autre raison. Je n’ai aucune idée de ce à quoi pouvaient ressembler les héroïnes du roman de Louisa May Alcott. Pas lu. Juste vu le film de Cukor. La porte donne sur un corridor qui distribue une série de


« Hit me, hit me, hit me with your rythm stick. » Ian Dury pièces. Les chambres ? Elles viennent de s’engouffrer dans l’une d’elles. Je finis mon verre et les suis, je ne sais pas très bien pourquoi. Comme d’habitude, je ne cherche rien de précis. C’est en général le meilleur moyen pour qu’il arrive quelque chose.

tation : cela me plaisait. J’ai toujours été adepte des joies simples que procure le sport. L’excitation est allée croissant, jusqu’au moment où je n’ai plus rien contrôlé. Mauvais ça… Avant de commencer, je m’étais promis de garder le contrôle. Trop tard.

La mélodie du bonheur

Solo

Tout d’abord, je ne distingue rien, la pièce est plongée dans le noir. Un son. Un bruit sec. Un peu comme une gifle, une caisse claire ou une badine de houx qui corrigerait un canasson récalcitrant. Oui, c’est cela : le claquement d’un stick ! Mes yeux s’habituent peu à peu à la pénombre et je crois reconnaître la main d’une des quatre filles, la rouquine, celle que j’ai surnommée Meg. Margaret, c’est le seul prénom du film dont je me souvienne. Et pour l’heure, la petite Meg tient solidement le manche d’une cravache. Bardée de cuir noir, elle est en train de corriger un homme obèse à quatre pattes, suant, boudiné dans une combinaison. J’ai bien fait de venir. La chevelure rouge de Meg – du coup, j’ai perdu la trace des trois autres - jaillit de son masque noir. Ses bras puissants me font penser à ceux d’un boxeur. Je pense à ce film avec Cassius Clay, When We Were Kings, où la violence est érotisée à l’extrême. Comment ne pas en tomber amoureux sur-le-champ ? Je veux dire, de Meg, pas de Cassius Clay. J’aimerais bien jouer avec elle, mais, pour l’instant, je me laisse tomber sur un fauteuil et allume une cigarette sur laquelle j’oublie de tirer. Je distingue autour de moi des formes qui s’agitent, gémissent. Cris retenus où se mêlent douleur et plaisir. Soudain, Meg se penche au-dessus de moi : — Vous voulez essayer ?

Mon bras continue de s’abattre mécaniquement sur le gros type. Je suis la CIA contre les narcotrafiquants colombiens, je suis Rambo contre les fucking commies qui vont violer nos filles et laver nos cerveaux, je suis Goliath contre David, je suis la main de fer dans le gant de fer, je suis la justice div… Bon dieu ! Arrête tes conneries mec… Qu’est-ce que tu fous ici ? Je ne laisse pas beaucoup de chances au gros cafard. Il s’affaisse, il s’est transformé en quelque chose de très mou. Sa consistance présente des similitudes avec celle du steak haché. Un steak qui, au lieu d’être présenté sous cellophane, serait conditionné dans une combinaison de latex noire. Plusieurs fois, il tente de se relever. Ça m’agace. Pour ne plus être dérangé, je pose un pied sur son crâne et j’appuie. Je crois que je commence à m’ennuyer. Je lève ma main libre. Un coup d’œil à ma montre. Il ne faudrait pas trop que je tarde... Je dois retrouver Meg.

Billy Cobham ou Keith Moon ? Je remarque de minuscules gouttes de sueur qui perlent sur son front quand elle me tend sa cravache. Je crois qu’elle sourit. Elle lâche l’objet à mes pieds et disparaît. Bien sûr, je le ramasse. Et maintenant ? Que faire ? Beatles ou Rolling Stones ? Jazz-rock (jeu retenu, fin mélange de puissance et de froide précision) ou tango de l’équarrisseur (genre Keith Moon apprenant la batterie à Charles Manson) ? Je dois me dépêcher : toujours à quatre pattes, le gros homme semble se languir, frissonnant, docile… Je n’aime pas faire attendre. Je lève le bras, très haut, et je commence. Manquant d’expérience, je m’inspire du rythme déconstruit du break de batterie de « Won’t Get Fooled Again ».

Corriger le tempo si nécessaire Il a continué à gémir sous mes coups. Première consta-

Adagio du latex (extrait) Il est épuisé. Mais j’ai de l’énergie pour deux. J’opte pour un dernier solo. Je tente des associations « pied/caisse claire » inédites. Sauf que je n’ai ni pied ni caisse claire. Mieux vaut ne pas trop s’inquiéter de ce qui en tient lieu. Je crois entendre quelqu’un hurler. Je n’en suis pas sûr, en fait… Peut-être a-t-on mis un film ? Une vidéo… Je cherche en vain un écran. La lumière me paraît soudain plus vive. Ce n’est pas une impression, elle est plus vive, le plafonnier est allumé. Des détails me frappent : la combinaison de latex déchirée ; en dessous, la peau flasque, striée de petites ouvertures d’où s’échappe un liquide sombre.

Decrescendo Un groupe s’est formé autour de nous. Personne ne tente de s’interposer. Je frappe encore un peu. Sans conviction. Il gît comme un bébé endormi, au milieu de la petite flaque brune. Je n’entends plus rien. Il règne un silence impressionnant. Je sens qu’ils m’observent. Ils fixent mon bras. Moi aussi, je fixe mon bras. Interloqué par ce mouvement de va-et-vient que je ne contrôle plus. Cet objet que j’abats en cadence sur cette petite chose humide. Je m’arrête. Je réalise que ça n’a plus aucun sens. Je jette le cadeau de Meg et je sors. J’aimerais enfouir mon visage entre ses bras graciles. Je crois que je viens de tomber amoureux. —


Julien Magre & Hélène Georget


Frenchglish Comme un exercice de style façon Oulipo, l’école de poésie expérimentale qui jouait avec plusieurs langues, voici une collection de mots français constituée en lisant la presse et la littérature anglophones... Par anaïs Prosaïc abandon abstinence à clef adieu adroit agent provocateur aïe ! à la mode alibi allée alliance alors allure amateur ambulance amour propre amours amusé amuse-bouche amuse-œil ancien régime anecdote apéritif aperçu aplomb appliqué (couture) à propos arcane argot armoire arrangement arriviste assassin assemblage attaché attentive attitude au contraire au courant audition colorée au naturel au pair austère auteur avalanche avant-garde avarice bandeaux bandit banlieue banquette barrage barricade

baroque beaucoup beau geste bête noire bibelot bidet billard billet doux blasé blonde bœuf en daube boîte (club) bonheur bonhomie bon mot bon vivant bon voyage bordel bouclé bouillon boulevard bouleversement bourgeois bourgeoisie boutique bracelet brasserie bric-à-brac bricolage bricoleur brouhaha brunette brusque brutal brute bureau burlesque ça alors ! cache cachet (style) cadre café culture café noir camaraderie canapé (petit-four) cancan séquence candide canon (règle) caprice carapace caricature carnage carte blanche

catalogue catalogue raisonné catastrophe cause célèbre cause du jour cavalier céleri rémoulade c’est tout chagrin chaise chamois chanteuse char à bancs charade charcuterie charlatan chasuble chatelain chauffeur chaussette chemise chez chic chiffon chignon chinoise chinoiserie chute cinéaste cinéma vérité cirque cliché clientèle clique cloche Cœur d’Alène combat comédienne communiqué concierge conduit conscience conservatoire contour contretemps cordon de célébrité cordon sanitaire costume coterie coup de cinéma coup de foudre coup de grâce coup d’Etat

coup de théâtre couplet courage crayon crème de la crème crème de menthe crevasse cri du cœur critique critique de la vie quotidienne croûton crudité cuisine cul-de-sac danseuse daube débâcle debauched débris début débutante déclassé décor décrépitude décolletage dégommé déjà vu déluge demi-monde dénouement déraciné de rigueur dérive derrière dessert détente détour détritus de trop dialogue diamanté discipline dissonance distrait divorcé doctrinaire donnée dossier double-entendre douceur de vivre draperie droit du seigneur

duvet (couette) éclair (gâteau) écru effort élégance élan élite embouchure émigré éminence éminence grise emolument en bloc encore endémique endive en face enfant sauvage enfant terrible engagé en masse ennui en passant ensemble épilogue entente entourage entrée entrée (cuisine) entrepreneur entre nous envisage en vogue envoi (musique) épisode escargot esprit étude exploit exposé façade facile fait accompli fait et cause farce farceur fatigue faux faux pas femme fatale fête fêted feuilleton


fiancé film noir financier fin de millénaire fin de siècle finesse flamboyance flânerie flâneur fleur de lis folie à deux fondu force majeure fou foyer fracas franchise French chanson friperie frisson froideur fromage frais frou-frou fugue fumeuses fusillade gamine gauche gaucherie glacier gourmand gourmet grande dame grand entourage grande tenue grandeur grandiose grimace grisaille gros-grain (couture) grotesque grotesquerie Groucho manqué habitué hangar harangue hautbois haute bourgeoisie hauteur hasard hors-d’œuvre hôtelier hygiène idée fixe idiot de la cinémathèque ignoble imbécile immense impasse impromptu ingénue insouciance intrigue interlude

jargon je-ne-sais-quoi jeu d’esprit joie de vivre laissez-faire largesse l’art pour l’art lassitude latrines le mot juste lèse-majesté lingerie liqueur littérateur longueur louche louche glamour lustre machine madame maillot maladies maladroit malaise malice mandarin mannequin manœuvre manqué mariage blanc massacre masseuse matinée mauve mauvaise foi médiocre mélange mêlée mémoire menace ménage (foyer) ménage à trois ménagerie menu métier mignonne milieu millionnaire minaudière minuscule mise en scène mission civilisatrice monologue montage mordant morose musique concrète mystique naïve naïveté n’est-ce pas ? niche noblesse oblige noir noir genre nom de guerre

nom de plume nom de travail nonchalance non pareil nouveau nouveau riche nouveau roman nouvelle vague nuance nuisance œuvre objet objet de regret omelette opaque opéra bouffe outré palette panache papier mâché par excellence pari-mutuel parole parquet parterre parvenu pas de deux pastiche passé passementerie passe-partout pâtisserie patois patron (de bar) patronage pause parvenu peignoir penchant pensée père and fils péril persiflage personnage le petit pendant et le long après petite petit-point (couture) pétulance pièce de résistance pied à terre pince-nez pirouette pissoir planchette plateau plat du jour poésie électronique poète maudit politesse pompadour (coiffure) porte cochère pot-pourri poseur poule de luxe

prairie précis (compilation) prélude première presque vu ! prix fixe privilège profil perdu promenade protégé province purée queue raconteur raison d’être réchauffé reconnaissance refuge refusé renaissance rendez-vous rentier répertoire reportage répugnance résistance restaurateur rétroflamboyance retroussé réunion rêverie révolté ricochet riposte risqué robe rôle roman à clef romance roman noir route routine ruse sabotage saboteur sage salon des refusés saltimbanque sang-froid sardine satire sauce sauce diable sauve-qui-peut savoir-faire séance (spiritisme) sécateur seigneurial séjour servitude sévère siècle silhouette s’il vous plaît signature

sobriquet soi-disant soigné soirée soixante-neuf solitaire solitude sombre sombre sentiment sortie soubrette source souvenir spectacle succès de scandale succès d’estime suprême élégance surveillance syncope tableau tanneries temps perdu the Oo La La ! division of the Mon Dieu school of the American press tirade touché ! tour de force tout ensemble travail travestie très intelligent très intime tristesse troupe trousseau truculence une autre chose unique unisson un vrai poète usage vagabond vague valise vengeance verdure vertu évocatrice vicissitude vignette visage vis-à-vis verissimilitude vérité vestige vignette vitrine vogue voilà ! volte-face volupté voyage voyeur vrai scandale


Symphonie de l’espace On sait que là-haut, personne ne vous entend crier. On sait moins que les engins spatiaux diffusent du bruit et de la musique. Passage en revue des sons d’outre-espace Par Pierre-olivier François - illustré par julien grataloup

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ans qu’il n’avait pas entendu un brin de Mozart, un zeste de Brian Ferry, même pas une sonnerie de téléphone portable. Et là, peut-être, enfin, une chance d’entendre à nouveau... quelque chose. Le chef d’orchestre lève sa baguette, pensa-t-il, miamusé, mi-désolé. Au début, il avait bien tenté de crier dans l’immense station pour se faire un peu de compagnie. Cela donnait lieu à d’étranges échos qui auraient pu lui faire froid dans le dos si les innombrables couloirs n’étaient pas déjà aussi glacés. La pile nucléaire alimentant l’ensemble n’était plus vraiment de prime jeunesse. De toute façon, il était certain d’être le seul vivant dans cette fichue station du fin-fond du système spatio-temporel (SST). Puis, il s’était efforcé de chanter toutes les chansons possibles, sans trop de talent d’ailleurs. Il se souvenait surtout des contines de son enfance. Il espérait ne pas oublier la seconde strophe de la Marseillaise ou le texte de «Yellow Submarine». Et à moins de capter une fréquence radio perdue quelque part dans le grand éther, une fréquence d’avant le Grand Cataclysme, il ne lui restait qu’à ré-inventer «This is not a love song» de PIL en priant que leurs ayants droit n’aient pas survécu. Ou à taper le beat de son pied gauche sur le sas d’ouverture fermé à jamais. Il avait même cherché si la station avait un klaxon, mais visiblement, les gars du STT n’y avaient pas pensé. Il déclencha le scanner. La fréquence s’afficha : TK recovery beacon signal, 19.995 MHz. Il fallait que cela marche. D’abord rien. Puis, un bip-bipbip décroissant, brouillé certes, venu des entrailles d’on ne sait quel satellite, mais un bip-bipbip tout de même. Son premier signe de vie magnétique entendu en vingt-cinq ans de station. Il en avait presque mal aux oreilles, habituées qu’elles étaient au silence éternel. Mais son cœur battait la chamade.

Il recommença immédiatement. Cosmos 114, FSKPDM, 19.995. Pi-piiip, Pi-piiip, le son allait à la fois en s’éloignant et en s’accélérant. Plutôt déprimant en soi, on n’était pas prêt de les retrouver ceux-là, mais au moins, c’était un son ! Un vrai son ! Troisième essai : Cosmos 177, FSK-PDM toujours, tutout, tu-tou-tu-tout, comme les vieilles sonneries occupé des téléphones à cadran ! Cosmos 353, 66,2 MHz - BZZZZZZZZ, un vieux sèchecheveux intersidéral. Soyuz-3, CW-PDM, 20.008 MHz : incroyable, c’est retour vers le futur, le vieux sonar d’un sous-marin perdu dans l’espace ! Si jamais quelqu’un l’entendait à cet instant, pas de doute, on allait croire qu’il était en train de devenir dingue. Sauf qu’il n’y avait plus personne pour l’entendre ? Alors que lui, halleluia, il entendait ! Là, sur China 1, fabuleux, 20.009 MHz, une vraie mélodie, le fond de l’air est rouge ! Sur Cosmos 376, Tutuut, tut tut tuuut - du morse, quelqu’un qui lui envoie un message (en tout cas, il avait décidé de faire comme si). Et maintenant : Okean 1, 466.5 MHz. Il resta muet. Quasiment le prélude de «Heart of Glass», de Blondie. Blondie, au milieu de l’espace. Il en avait les larmes aux yeux ! Proton 1, FSK-PDM, 19.910 MHz, un chien qui hurle à la lune ! Et le dernier. Le plus beau. Luna 10, 183,4 MHz, l’Internationale... C’est à ce moment qu’il se proclama chef d’orchestre. Lui, le damné de l’espace, il allait les lancer tous en même temps, ces bruits - la symphonie de l’espace. ça couinerait et ça ferait piiip de partout, mais mon Dieu, que c’était bon un peu de son dans cette immensité ! — Les sounds of space évoqués peuvent être retrouvés sur : http://www.svengrahn.pp.se/sounds/sounds.htm


et l’emprise du roi sur son empire, l’agencement art nouveau et les villages africains, sans oublier l’enthousiasme déclenché par les sermons des pères blancs ou des journaux comme l’Illustration quand ils évoquaient l’incroyable fleuve Congo.  A l’intérieur, ils étaient tous là, tous ces animaux empaillés et pourtant si vivants qu’il ne cessait de copier. L’immense éléphant et les hordes d’antilopes. Des bocaux pleins de serpents et de scorpions. Des termitières coupées en deux et quelques poissons qui avaient dû fréquenter les derniers dinosaures. Il passait plus rapidement au travers des sections économiques, qui vantaient les usines de caoutchouc tenues de mains de fer par certains grands groupes, ou les bienfaits de la mine sur les populations locales - même si, inconsciemment, il en était fier, du bien-être « qu’on » apportait à ces « gens ».  La section masque, pourtant l’une des plus incroyables du monde, ne l’avait guère inspiré. Un autre grand maître y avait trouvé son bonheur, au point de créer le plus grand tableau du siècle, « Les Demoiselles d’Avignon ». Mais visiblement, Picasso et lui n’avaient pas le même avis sur l’art nègre.

L

’immense parc lui avait toujours plu. Son mélange d’arbres pluricentenaires. Ses statues néo-classiques (surtout les déesses aux seins légèrement dévoilés, même s’il ne se l’était jamais avoué d’ailleurs, il dessinait rarement des

femmes). Et puis, le parc cachait l’arrivée vers le centre, créait une sorte de suspense avant d’arriver devant l’aile gauche. L’entrée du bâtiment, majestueuse, pompeuse même, faisait se mélanger tout à la fois la grisaille belge et le son des tam-tams, la bruine

Non, ce qui le fascinait le plus, c’était une statue. Enfant, il avait dévoré les articles sur l’exposition universelle de 1897, quand le bon roi avait fait importer plusieurs dizaines de Congolais logés dans des villages africains (sept moururent de maladies ou de froid, mais ce n’était pas évoqué dans ces articles). Un million de visiteurs en un mois. Immense succès. Il aurait tant voulu en être. Non, rien ne l’attirait plus que ces statues de Paul Wissart, réalisées dans les années 1910 à la demande du ministère des Colonies, et qui représentaient quelques stéréotypes locaux. Le vieillard sous le baobab, la mère (encore un sein débraillé), les guerriers. Et puis l’anioto penché sur un homme endormi. L’anioto, l’homme-léopard, avec sa capuche en peau de félin et ses fausses griffes au bout des doigts. Il en rêvait la nuit. A son époque, au début des années trente, des rumeurs laissaient entendre que ces hommesléopards sévissaient au Congo belge. Ils auraient perpétré des meurtres en série. Ce genre de récit cultivait à souhait le


COLORMUSIC Par GIANPAOLO PAGNI


Chaque chanson a son univers, son ĂŠnergie, sa tonalitĂŠ. Alors pourquoi ne pas leur attribuer une couleur ?


Danser 2010 : do the Rightclubbing Il est de plus en plus difficile de danser à Paris et ailleurs. Place au silence Par Bester L. - Illustration : stéphan muntaner / LoOSE

Danse (n.f) : Procédé socio-mécanique datant du paléolithique permettant à la race humaine de se sentir moins seule. En perpétuelle évolution depuis la Grèce antique, la danse est aujourd’hui un mode d’expression artistique combinant rythme, antidépresseurs et législation. Ex : « Hey toi, le PD là-bas, fais moins de bruit ou je te coffre pour tapage nocturne ». (Un agent de l’ordre en plein rightclubbing) 1, 2, 3, 4 et stop. Le cliché des corps en érection travoltesque. La sensation d’appartenance à une faune en lycra où tout se conclue toujours par un filet de sperme abandonné entre les cuisses d’une inconnue draguée sur un groove sordide. Le frisson du loquet des toilettes qui tressaute sous les coups de boutoir d’un soir. Les tubes du trois heures du matin (« Rasputin » de Boney M, « Toxic » de Britney, « Supernature » de Cerrone) pour partir à la pêche aux grosses. J’ai jamais aimé danser. Depuis que la société civile française a proscrit toute tentative de divertissement nocturne dans les hauts lieux du pas qui swingue, j’ai comme un élan de sympathie pour ces voisins de France et de Navarre qui tous les soirs décrochent le combiné pour dénoncer l’occupant qui jamais ne dort. Je n’ai jamais aimé danser. Pas plus que les autres, les Paul Touvier du dance-floor, ceux qui désirent le calme et la tranquillité, ceux qui préfèrent les préfectures aux maisons closes où les pieds ne touchent jamais terre. « Plus de boogie-woogie avant la prière du soir ». 1, 2, 3, 4, et silence. Les danseurs sont les nouveaux étoilés, le rightclubbing a repris ses droits. Fini le slow langoureux, les mains sous le T-shirt, fini le Palace, derrière le Pulp, la cigarette c’est dehors, jette moi ce chewing-gum, « Non désolé, j’ai déjà un mec ». Le Paris silencieux, celui des entrefilets des journaux, les pétitions vaines d’anonymes contre la mort du rythme, les clichés de fête sur Facebook et les vieux vétérans qui ne sortiront pas samedi. La mort des petites valses, pour tout le monde, demain et toujours, parce que je n’ai jamais aimé danser. « T’inquiète pas, les gens vont arriver plus tard », plus personne n’y croit. Patrick Vidal est désormais un inconnu, Technics annonce la fin des platines pas rentables, tout le monde s’en fout, tout le monde regarde le Moonwalk sur Youtube, perdu dans ses

solitudes sans sueur. Je n’ai jamais aimé danser, « Sad Boys Dance When No One’s Watching ».

1, 2, 3, 4 et encore. La danse, c’est surtout un sport d’observation. Parce que la brune semble toujours plus belle de loin, que le refrain est meilleur lorsqu’il est fort et que tu sirotes ta vodka sur le bord de piste, loin comme algue étendue sur la plage. La danse, le mouvement des corps qui ondulent, le sentiment de perdition du siècle dernier, s’est perdu dans les méandres de club trop petits où tu n’iras plus, parce que le Social Club n’aime pas les vieux, que le Rotary c’est encore trop loin, que la Péniche Concorde c’est trop loin et que tu n’as même plus la force de protester contre le rightclubbing. « De toute façon, faut partir à Berlin pour s’amuser, tu reprends quelque chose JeanMarc ? ». Le rightclubbing, c’est Birdy Nam Nam, ta femme qui veut un bébé, MSTRKRFT en mégaphone dans les rues, les acouphènes de ton corps ébranlé, les pisseuses que tu ne baiseras plus, Naive New Beaters dans toutes les salles municipales, la mort de Marvin Gaye. Le rightclubbing, c’est la réalité en Platform Boots gris pâle, La Roux chez Monoprix et le son de l’indifférence. La fête est finie les amis, nous avons gagné ; vous ne danserez plus jamais, autrement que dans vos têtes. «Sally Can’t Dance». 1, 2, 3, 4 et suspension. Jodorowsky dit : « Il y aura des salons silencieux et 100 000 personnes danseront à leurs propres rythmes, sur leurs propres mélodies, dans le grand silence collectif. C’est la notion de public qui disparaîtra, et si l’artiste ne peut mourir, il se réinvente.» Le Français réapprendra peut-être le son des pieds qui claquent, « Tu peux baisser un peu, pour les voisins ? », la danse mutera encore, parce que c’est un fantasme, parce que je n’aime pas danser, qu’il y aura de nouvelles maladies, de nouveaux espoirs. En attendant, tu fermes ta gueule, tu fais comme tout le monde, tu écris « J’accuse » mais « Tu es partout », tu es un homme moderne qui ne sens plus le rythme comme tes ancêtres, 1, 2, 3 et 4, la musique a quitté ton corps, il est cinq heures du matin. Les lumières se rallument, les yeux se ferment. En attendant le retour du rythme, rightclubbing mode d’emploi : tous au pas, mais sans la danse. De toute façon, je n’ai jamais aimé danser. —


Explication de texte Contrairement à son apparence, le rythme n’est pas la chose la plus simple du monde Par Cyril Hunault - illustré par denis esnault (D’après Man Ray)

1 : ta. Πάντα ῥεῖ (1) 2 : taka. Le rythme. Insaisissable. Le saisir comme concept c’est le figer, c’est le perdre. Le rythme semble se dérober à toute entreprise d’élucidation intellectuelle. Rythme, que sa multiplicité semble rendre inqualifiable. Et pourtant penser le rythme est incontournable en tant qu’il est la vie même, le devenir de l’être dans l’harmonie des contraires. On ne fréquentera l’essence du rythme qu’en se laissant emporter dans sa pulsation. Dans le temps, et tout comme lui, le rythme est une notion intuitive que nous rencontrons dans la succession des jours et des nuits, des saisons et tous les autres rythmes de nos existences individuelles et collectives. Tout est rythmé, du rythme sinusal de notre cœur au rythme binaire du rock, ou tertiaire du jazz, du rythme complexe des raggas à celui des motifs récurrents de certains édifices architecturaux.

rante d’organisation spatio-temporelle dans les rythmes saisonniers ou biologiques, pour lesquels le principe d’un retour à l’identique – le cycle – est compatible avec les irrégularités et les décalages de mouvement.

5 : takataketa. Toute œuvre d’art a le rythme comme élément constitutif. Si cela est évident en ce qui concerne les « arts du temps » pour lesquels la forme est temporelle - la musique, la danse, le happening… , cela est également vrai pour les « arts de l’espace » jouant de la forme spatiale, la plasticité – la peinture, la sculpture, l’architecture… Le rythme sert à scander le temps par l’intermédiaire de figures, la succession de durées brèves et longues, les temps forts et les temps faibles, et dans le ressort narratif et dramatique, l’alternance de la description et de l’action. C’est tout cela qui permet de percevoir l’essence de la structure rythmique – le pattern – et de faire sens, du point de l’intelligibilité et de la sensibilité.

3 : taketa. Le flux et l’altérité sont au cœur du rythme. De manière formelle, on pourrait le définir comme le caractère périodique d’un mouvement, ou plus précisément comme un processus comportant une succession de maxima et de minima, de temps forts et de temps faibles. Comme structure différenciée et répétitive – périodique – d’un même mouvement aux propriétés spatio-temporelles on le distinguera de la mesure – division rationalisée en parties de même durée – et du tempo – plus ou moins grande rapidité dans le jeu de la mesure.

6 : taketataketa. C’est la répétitivité qui introduit la stabilité dans l’instabilité originelle de la formule rythmique, la combinaison des différences, l’altérité féconde, ce jeu des contraires, parfois. Les rythmes conçus par les artistes, et reçus par le public, oscillent entre ces deux pôles : celui d’un battement isochrone, toujours identique à lui-même grâce à la répétition et celui d’une pulsation contrastée et renouvelée.

l’étrangeté du rythme est le dépassement de ses conditions minimales d’apparition dans la combinaison équilibrée des termes d’une triade : la structure, la périodicité et le mouvement. Sans le mouvement, la structure et la périodicité génèrent des « rythmes fixes », il manque alors à ce rythme le je-ne-sais-quoi du rythme véritable et vivant. On prendra par exemple le rythme du vers écrit, figé par l’encre sur la feuille avant qu’il ne soit interprété et déclamé. Par défaut de périodicité, la structure et le mouvement ne suffisent pas non plus à produire du rythme. Pourtant on retrouve parfois cette configuration où le rythme varie d’une mesure à l’autre dans la musique contemporaine – certaines pièces de Philip Glass, par exemple dans Music in 12 parts – avec cette étrangeté d’une structure d’ensemble émergeant en dehors de toute périodicité apparente. Enfin, on peut rencontrer une périodicité et un mouvement sans forme structu-

fet l’organisation de durées en rythme est un élément fondamental de tout discours sonore, au même titre que la mélodie et l’harmonie. On peut dire que ce qui fait le style provient, en partie, de l’importance accordée au rythme au sein d’une œuvre. On le comprend à l’écoute des œuvres – percussives – de Bartók dans lesquelles le rythme est un élément majeur de la composition – on pense en particulier à l’utilisation des rythmes populaires bulgares ou à son Allegro barbaro. A l’instar des rythmes des danses guerrières, on peut dire que le rythme, chez Bartók, enveloppe à la fois la forme et le fond et qu’il est le matériau même qui préside à la conception de l’œuvre. Pour aller plus loin il faudrait différencier le rythme phénoménologique, c’est-à-dire vécu concrètement, et le rythme abstrait, formel au sens mathématique du terme – tel celui qui est travaillé par la musique stochastique de Xenakis, en particulier la pièce ST/10-1.

7 : takademitaketa. Un thème peut être construit 4 : takademi. En tant que forme ou idée, ce qui fait ou reconnu sur la base du seul profil rythmique. En ef-


8 : takademitakademi. Intéressons-nous, pour bâtiment. Rythme dont le visiteur prend conscience finir, à la spatialité du rythme. En peinture, le rythme est lié au mouvement, c’est-à-dire à la distribution à distance plus ou moins proche ou lointaine… de formes et de couleurs, jouant les unes par rapport aux autres par effets de complémentarité ou de contrastes. Ainsi le rythme plastique des formes picturales scande le trajet de l’œil sur la toile, ce qui est assez saisissant dans les œuvres de Vieira da Silva, en particulier La bibliothèque. De même, c’est le retour à intervalles réguliers d’un ou de plusieurs éléments architectoniques – piliers, arcades – qui permet de définir le rythme architectural d’un

dans le déplacement réel ou virtuel de son corps au sein de la spatialité architecturale définie par la structure de l’édifice.

9 : takademitakataketa. Structure s’ouvrant à l’altérité, même minimale, mouvement temporel et spatial,  perception d’une répétition : tout le rythme est là, mais il s’enfuit déjà ! — Ξυνόν άρχή πέρας έπί κύκλσν περιφερειας (2) (1) Tout s’écoule (Héraclite) (2) Chose commune que commencement et fin sur le circuit du cercle (Héraclite)


Remonter la boucle Le problème avec les résolutions, c’est qu’elles reviennent assez vite nous hanter Par Garance Hamon - Illustration : Steven Burke

P

artir à Venise. Suivre sa voie. Sentir que ça va être long. Ça c’est fait. Apprendre qu’il doutait depuis le début mais que maintenant, il est passé à autre chose. Se noyer dans un verre d’eau. Me dire que je suis dans les regrets. Ruminer. Être submergée. Voir une femme aimée malgré sa maladie, partir. Ça c’est fait. Couper les ponts. Faire des bilans. Dire où l’on en est. Travailler dur, travailler jusqu’à n’avoir plus rien à penser. Vider son cerveau. Penser noir, pensées noires. Être perdue. Un ami m’avoue qu’il m’aime. Début de la deuxième boucle en écho. Faire une fête mémorable. Ne pas être capable de draguer, ne pas le souhaiter non plus. Une promenade à cheval dans les marais salants. La fin de l’été qui dure. Sortir, se laisser aller, parler, jacasser, rire, boire des verres. Manger les premières huîtres. Ça c’est fait. Douiller. Le revoir. Je ne t’aime plus. Vouloir s’en détacher. Subir. Se retrouver seule. Avoir du mal à travailler. Revenir de vacances. La vie prend du temps. Refaire la peinture de la salle de bains en taupe et le salon en blanc. Installer mes affaires. Soulagée d’avoir trouvé un appartement. Prendre des médicaments. Lui donner encore des excuses. Loger temporairement chez la famille. Séparer les disques. Être dégoûtée de moi. Marcher à l’instinct. Balancer mes affaires dans des sacs pour que ça aille plus vite. Ça c’est fait. Lui dire que si je m’en vais comme ça, ça s’appelle une rupture. Début de la première boucle.

Partir à Venise. Suivre sa voie. Sentir que ça va être long. Ça c’est fait. Apprendre qu’il doutait depuis le début mais que maintenant, il est passé à autre chose. Se noyer dans un verre d’eau. Me dire que je suis dans les regrets. Ruminer. Être submergée. Voir une femme aimée malgré sa maladie, partir. Ça c’est fait. Couper les ponts. Faire des bilans. Dire où l’on en est. Travailler dur, travailler jusqu’à n’avoir plus rien à penser. Vider son cerveau. Penser noir, pensées noires.

Être perdue. Un ami m’avoue qu’il m’aime. Début de la deuxième boucle en écho. Faire une fête mémorable. Ne pas être capable de draguer, ne pas le souhaiter non plus. Une promenade à cheval dans les marais salants. La fin de l’été qui dure. Sortir, se laisser aller, parler, jacasser, rire, boire des verres. Manger les premières huîtres. Ça c’est fait. Douiller. Le revoir. Je ne t’aime plus. Vouloir s’en détacher. Subir. Se retrouver seule. Avoir du mal à travailler. Revenir de vacances. La vie prend du temps. Refaire la peinture de la salle de bains en taupe et le salon en blanc. Installer mes affaires. Soulagée d’avoir trouver un appartement. Prendre des médicaments. Lui donner encore des excuses. Loger temporairement chez la famille. Séparer les disques. Être dégoûtée de moi. Marcher à l’instinct. Balancer mes affaires dans des sacs pour que ça aille plus vite. Ça c’est fait. Lui dire que si je m’en vais comme ça, ça s’appelle une rupture. Début de la première boucle.

Partir à Venise. Suivre sa voie. Sentir que ça va être long. Ça c’est fait. Apprendre qu’il doutait depuis le début mais que maintenant, il est passé à autre chose. Se noyer dans un verre d’eau. Me dire que je suis dans les regrets. Ruminer. Être submergée. Voir une femme aimée malgré sa maladie, partir. Ça c’est fait. Couper les ponts. Faire des bilans. Dire où l’on en est. Travailler dur, travailler jusqu’à n’avoir plus rien à penser. Vider son cerveau. Penser noir, pensées noires. Être perdue. Un ami m’avoue qu’il m’aime. Début de la deuxième boucle en écho. Faire une fête mémorable. Ne pas être capable de draguer, ne pas le souhaiter non plus. Une promenade à cheval dans les marais salants. La fin de l’été qui dure. Sortir, se laisser aller, parler, jacasser, rire, boire des verres. Manger les premières huîtres. Ça c’est fait. Douiller. Le revoir. Je ne t’aime plus. Vouloir s’en détacher. Subir. Se retrouver seule. Avoir du mal à travailler. Revenir de vacances. La vie prend du temps. Refaire la peinture de la salle de bains en taupe et le salon en blanc. Installer mes affaires. Soulagée d’avoir trouver un appartement. Prendre des médicaments. Lui donner encore des excuses. Loger temporairement chez la famille. Séparer les disques. Être dégoûtée de moi. Marcher à l’instinct. Balancer mes affaires dans des sacs pour que ça aille plus vite. Ça c’est fait. Lui dire que si je m’en vais comme ça, ça s’appelle une rupture. Début de la première boucle.

Partir à Venise. Suivre sa voie. Sentir que ça va être long. Ça c’est fait. Apprendre qu’il doutait depuis le début mais que maintenant, il est passé à autre chose. Se noyer dans un verre d’eau. Me dire que je suis dans les regrets. Ruminer. Être submergée. Voir une femme aimée malgré sa maladie, partir. Ça c’est fait. Couper les ponts. Faire des bilans. Dire où l’on en est. Travailler dur, travailler jusqu’à n’avoir plus rien à penser. Vider son cerveau. Penser noir, pensées noires. Être perdue. Un ami m’avoue qu’il m’aime. Début de la deuxième boucle en écho. Faire une fête mémorable. Ne pas être capable de draguer, ne pas le souhaiter non plus. Une promenade à cheval dans les marais salants. La fin de l’été qui dure. Sortir, se laisser aller, parler, jacasser, rire, boire des verres. Manger les premières huîtres. Ça c’est fait. Douiller. Le revoir. Je ne t’aime plus. Vouloir s’en détacher. Subir. Se retrouver seule. Avoir du mal à travailler. Revenir de vacances. La vie prend du temps. Refaire la peinture de la salle de bains en taupe et le salon en blanc. Installer mes affaires. Soulagée d’avoir trouver un appartement. Prendre des médicaments. Lui donner encore des excuses. Loger temporairement chez la famille. Séparer les disques. Être dégoûtée de moi. Marcher à l’instinct. Balancer mes affaires dans des sacs pour que ça aille plus vite. Ça c’est fait. Lui dire que si je m’en vais comme ça, ça s’appelle une rupture. Début de la première boucle.

Partir à Venise. Suivre sa voie. Sentir que ça va être long. Ça c’est fait. Apprendre qu’il doutait depuis le début mais que maintenant, il est passé à autre chose. Se noyer dans un verre d’eau. Me dire que je suis dans les regrets. Ruminer. Être submergée. Voir une femme aimée malgré sa maladie, partir. Ça c’est fait. Couper les ponts. Faire des bilans. Dire où l’on en est. Travailler dur, travailler jusqu’à n’avoir plus rien à penser. Vider son cerveau. Penser noir, pensées noires. Être perdue. Un ami m’avoue qu’il m’aime. Début de la deuxième boucle en écho. Faire une fête mémorable. Ne pas être capable de draguer, ne pas le souhaiter non plus. Une promenade à cheval dans les marais salants. La fin de l’été qui dure. Sortir, se laisser aller, parler, jacasser, rire, boire des verres. Manger les premières huîtres. Ça c’est fait. Douiller. Le revoir. Je ne t’aime plus. Subir. Se retrouver seule. Avoir du mal à travailler. Revenir de vacances. La vie prend du temps. Refaire la peinture de la salle de bains en taupe et le salon en blanc. Installer mes affaires. Soulagée d’avoir trouver un appartement. Prendre des médicaments. Lui donner encore des excuses. Loger temporairement chez la famille. Séparer les disques. Être dégoûtée de moi. Ça c’est fait. Lui dire que si je m’en vais comme ça, ça s’appelle une rupture. Début de la première boucle. —


Les Contributeurs Michel LE PAGE dit «de Trentemoult»: Après son 45 tours «Je te veux tes cheveux», le Loto lui a permis de s’adonner à l’oisiveté et au graphisme

Stéphane Lavoué : Il achetait du bois en Amazonie avant de devenir photographe pour le collectif Dolce Vita et l’agence M.Y.O.P.

Philippe Lopparelli : Photographe du collectif Tendance Floue explorant aussi bien la sidérurgie, les cirques que les fêtes techno

Patrick Thévenin : Quand il ne danse pas au Rex, il dirige avec doigté la rédaction du magazine des musiques électroniques Trax

Pierre-Yves Brunaud : Ce photographe collabore avec la presse, la communication institutionnelle ou les acteurs du BTP

François Prosper : Outre l’invention du pain d’épice, ce graphiste est spécialisé dans l’infographie qu’il exerce notamment pour Libération

James King : Diplômé d’Oxford, ce peintre a assisté Daniel Spoerri (mouvement Eat Art) et Raymond Mason. Il expose en France et à l’étranger

Emmanuel Pierrot : Photographe ayant le compas dans l’œil et le sens du gros plan, dont les images sont diffusées par l’agence Vu

Sylvain Larrière : Le violon du groupe Les Pires est devenu le maître des boîtes à musique, objets fabriqués dans son atelier des Côtes-d’Armor

Pierre Mikaïloff : Guitariste des Désaxés devenu écrivain, auteur de « Some clichés, enquête sur la disparition du Rock’ n’ Roll »

Grégoire Hespel : Ce diplômé des Arts décoratifs a eu la chance d’illustrer une couverture d’un livre de Peter Sloterdijk et un disque de Kat Onoma

Olivier Texier : Graphiste le jour, dessinateur la nuit, auteur des albums « Mal Faits » et « Croisière cosmos ». Ses strips Grotesk sont visibles chaque mois dans le mensuel Electrocomics

Brisa Roché : Quand cette Californienne ne chante pas (deux albums à son actif et des tournées avec son groupe), elle écrit, peint et dessine

Julien Magre : Photographe ayant travaillé avec l’écrivain Marc Villard. Il explore aussi bien les paysages que les visages de femmes

Flore-Aël SuruN : Photographe reporter du collectif Tendance Floue dont les photos bleutées évoquent des rêves de survie, de paix et d’amour

Hélène Georget : Illustratrice et designer textile, au trait fin, spécialisée en sérigraphie et en broderie

Guillaume Fédou : L’auteur du tube « Garçon moderne » est aussi un homme de presse naviguant nonchalamment dans la vie parisienne

ANAÏS PROSAÏC : Elle a participé aux émissions Megamix et L’Oeil du Cyclone tout en réalisant des docs sur Neneh Cherry, Bashung ou Marc Ribot

Pierre-Olivier François : Journaliste bourlingueur sur la chaîne Arte ayant travaillé sur la Corée du Nord, la Sibérie, l’origine des frites ou de la pizza Julien Grataloup : Illustrateur graphiste noctambule dont les découpages et collages se répandent du New Yorker à Libération Gianpaolo Pagni : Avec son joli nom et ses couleurs, il embellit les affiches de Jazz in Marciac, les pages de la revue XXI, du Monde, The Guardian, Wall Street Journal Bester Langs : Derrière un pseudo gonzo, ce journaliste trentenaire dirige le meilleur site français du Web : www. gonzai.com Stephan Muntaner : Le DA de la revue Loose est capable de travailler avec IAM, Prejlocaj ou les Machines de l’île de Nantes Cyril Hunault : Né en 1970, professeur de philosophie dans le secondaire et le supérieur (ENSAN, classes prépas...), responsable politique Steven Burke : Né à Karlsruhe en Allemagne, cet illustrateur travaille depuis le bord de mer aussi bien pour Clark, Vice ou Marc Jacobs Garance Hamon : Cette journaliste est webmaster et chargée de communication pour Eur@dioNantes, un projet pilote de radio-école européenne

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