Une publication de l’International Myeloma Foundation
Les nouveaux traitements de référence face au myélome
Grâce aux traitements efficaces dès le diagnostic et dès la première rechute, les perspectives d’avenir s’améliorent pour de nombreux patients
#MoreThanMyeloma : à l’occasion du Mois d’action contre le myélome 2026, plus de 60 millions de personnes ont affiché leur soutien à notre cause
Ce numéro de Myeloma Today a été cofinancé par AbbVie Oncology
Johnson & Johnson
Sanofi
Takeda Oncology
Les nouveaux traitements de référence changent
Par le Dr Joseph Mikhael
Conseiller médical auprès de l’IMF
Le traitement du myélome a connu et continue de connaître des avancées remarquables. Pour preuve, au cours des 20 dernières années, l’autorité de santé américaine (la Food and Drug Administration, ou FDA) a approuvé plus de 20 nouveaux médicaments pour les patients atteints d’un myélome. Parmi ces avancées, les diverses formes d’immunothérapies ont permis d’obtenir des résultats sans précédent. Parallèlement, la qualité de vie des patients a également gagné du terrain.
Toutes ces avancées ont un impact concret sur la prise en charge et l’espérance de vie des patients atteints d’un myélome : ces derniers sont généralement encore là plus de 10 ans après le diagnostic, un constat encore impensable il y a quelques années. Cette amélioration de la survie repose en grande partie sur la manière dont le myélome est traité dès son diagnostic, puis après la première rechute.
À ces stades de la maladie, cinq avancées très importantes ont révolutionné les traitements de référence :
1. le traitement du myélome multiple indolent à haut risque ;
2. les quadrithérapies en tant que traitement de première ligne ;
3. les cellules CAR-T dès la première rechute ;
4. les anticorps bispécifiques dès la première rechute ; et 5. le retour aux conjugués anticorps-médicament.
Le traitement du MMIHR
On distingue deux types de myélomes multiples indolents : à risque standard et à haut risque. Le myélome multiple indolent à haut risque (MMIHR) est lui-même défini selon plusieurs modèles, dont le plus courant est la stratification du risque en « 20/2/20 » publiée par la Mayo Clinic en 2018. Dans le cadre de ce modèle, sont considérés à haut risque les patients qui présentent au moins deux des facteurs suivants :
une prolifération plasmocytaire médullaire > 20 % ;
un taux sérique de protéine monoclonale (protéine M) > 2 g/dL ; et/ou
un rapport entre chaînes légères libres (CLL) sériques impliquées et non impliquées > 20.
Les critères SLiM-CRAB, mis au point en 2014, permettent de détecter plus tôt le myélome actif, dans l’idéal avant que la maladie n’induise des lésions ayant des répercussions concrètes pour les patients. Les critères SLiM-CRAB sont les suivants :
S – 60 % de plasmocytes dans la moelle osseuse ;
Li – rapport entre chaînes légères (« light chains » en anglais) libres sériques impliquées et non impliquées supérieur ou égal à 100 ;
M – 2 lésions focales ou plus au niveau de la moelle osseuse à l’IRM (« MRI » en anglais) ;
C – hausse du calcium induite par le myélome ;
R – insuffisance rénale due au myélome ;
A – anémie (faible nombre de globules rouges) due au myélome ;
B – atteinte osseuse (« bone » en anglais) en lien avec le myélome.
La prise en charge est désormais encore plus précoce, puisque nous intervenons avant même l’apparition du myélome actif, grâce à certains traitements contre le MMIHR. À ce sujet, l’essai clinique
AQUILA a démontré que face au MMIHR, un traitement de 3 ans par Darzalex® (daratumumab) permettait de retarder le diagnostic de myélome actif, voire d’améliorer la survie globale (SG). Ainsi, les patients qui présentent un MMIHR ont désormais le choix : surveiller ou traiter la maladie.
Dans un contexte où l’objectif est d’intercepter tous les cancers à un stade plus précoce, cette avancée est fondamentale, puisqu’elle nous permet d’entrevoir un avenir dans lequel les dégâts causés par le myélome seront évités en traitant les patients plus tôt.
Les quadrithérapies en tant que traitement de première ligne
Le traitement de première ligne désigne le traitement initial qui est prescrit en vue d’obtenir une réponse face au myélome multiple nouvellement diagnostiqué (MMND). Par le passé, les patients nouvellement diagnostiqués recevaient une ou deux molécules parmi les médicaments disponibles, traitement qui donnait des résultats limités et de courte durée. Avec la mise au point de traitements nouveaux présentant différents mécanismes d’action, les protocoles associant deux (bithérapies) ou trois (trithérapies) molécules se sont répandus. Aujourd’hui, ces approches sont remplacées par les quadrithérapies, associant quatre molécules. L’anticorps monoclonal Darzalex ou Sarclisa® (isatuximab) en association avec un inhibiteur du protéasome comme Velcade® (bortézomib) ou Kyprolis® (carfilzomib), un immunomodulateur comme Revlimid® (lenalidomide) et le corticoïde dexaméthasone sont désormais le traitement de référence chez la plupart des patients. Et pour cause, plusieurs essais cliniques de grande envergure ont montré au fil du temps les bénéfices des quadrithérapies pour ce qui est d’obtenir une réponse plus profonde et plus durable, tout en préservant la qualité de vie des patients.
À l’heure actuelle, la plupart des patients sont encore en rémission plus de cinq ans après leur premier traitement ! L’expérience a également mis en lumière l’importance de la stratégie posologique, entre dosage initial et réduction progressive, afin d’optimiser l’effet de ces médicaments tout en réduisant les réactions indésirables. Par conséquent, la multiplication des molécules dans le cadre d’une quadrithérapie est contrebalancée par la réduction des doses administrées au fil du temps de manière à prolonger la rémission, tout en limitant le risque d’effet indésirable. Dans la quête d’approches toujours plus efficaces pour le traitement de première ligne, les chercheurs et les praticiens se sont fixé un mot d’ordre : « Suffisamment, mais pas trop ».
Les cellules CAR-T dès la première rechute
La thérapie par cellules CAR-T (de l’anglais « Chimeric antigen receptor ») est une immunothérapie dans le cadre de laquelle les lymphocytes T du patient sont prélevés, puis modifiés et multipliés en laboratoire, avant de les réinjecter dans l’organisme afin qu’ils combattent les cellules myélomateuses.
La thérapie CAR-T a révolutionné le traitement du myélome. Chez la plupart des patients, cette approche est la seule modalité qui produit des taux de réponse de plus de 90 % ou dont l’efficacité
changent d’ores et déjà la donne face au myélome !
dure plus de 3 ans. D’après le suivi à long terme de l’essai clinique CARTITUDE-1, 33 % des patients étaient encore en rémission, ne présentaient aucun myélome actif et ne recevaient aucun traitement après 5 ans. N’oublions pas qu’il s’agit là de patients dont les antécédents thérapeutiques étaient conséquents, 6 lignes de traitement en moyenne.
Il est établi que les résultats pour les patients sont meilleurs quand le traitement est administré à un stade précoce. C’est exactement ce qui est observé avec la thérapie CAR-T, que la FDA américaine a décidé d’approuver dès la première rechute du myélome. À mesure que ce traitement deviendra plus sûr et plus facile à administrer, un nombre croissant de patients pourra en bénéficier plus tôt. Précisons qu’après une seule injection de cellules CAR-T, les patients atteints d’un myélome parviennent généralement à se passer complètement d’un traitement d’entretien, et donc de tout traitement. En ce qui me concerne, j’adore le « zéro traitement » !
Les anticorps bispécifiques dès la première rechute
Les anticorps bispécifiques sont des anticorps qui se fixent sur deux (« bi ») cellules cibles : la cellule myélomateuse et le lymphocyte T. Ils activent alors le lymphocyte T de manière à ce qu’il libère des granules cytotoxiques capables d’éliminer la cellule myélomateuse. Tout comme les cellules CAR-T, les anticorps bispécifiques étaient jusqu’à présent utilisés après plusieurs rechutes, à partir du traitement de cinquième ligne.
Depuis mars 2026, il est possible (et répandu) d’administrer des anticorps bispécifiques dès la première rechute. Ces traitements ont ceci de remarquable qu’ils permettent d’activer les lymphocytes T sans avoir à les prélever, puis à les réinjecter. Les anticorps bispécifiques sont par ailleurs des médicaments « prêts à l’emploi », que les patients peuvent obtenir rapidement.
La FDA américaine a autorisé le traitement par Tecvayli® (téclistamabcqyv) en association avec Darzalex Faspro® (daratumumab + hyaluronidase-fihj), ou « Tec-Dara » pour les intimes, en deuxième ligne chez les patients présentant un myélome multiple en rechute ou réfractaire (MMRR). Pour rappel, le traitement de deuxième ligne désigne le deuxième traitement qui est prescrit après le tout premier traitement, ou traitement de première ligne.
Chiffre incroyable, 83 % des patients qui ont reçu le traitement par Tec-Dara dans le cadre de l’essai clinique étaient encore en rémission
Tecvayli se fixe sur le CD3 à la surface du lymphocyte T
CD3
Lymphocyte T
TECVAYLI® (teclistamab‑cqyv)
Tecvayli se fixe sur le récepteur BCMA à la surface de la cellule myélomateuse
BCMA
Cellule myélomateuse
Tecvayli active le lymphocyte T pour qu’il libère des granules cytotoxiques qui détruisent la cellule myélomateuse
Antigènes de surface spécifiques à la tumeur
après 3 ans. Ce résultat est d’autant plus impressionnant quand on le compare au groupe témoin : seuls 29 % des patients ayant reçu les trithérapies habituelles étaient en rémission après 3 ans. De toute évidence, les immunothérapies sont en passe de devenir les nouveaux traitements de référence.
Les conjugués anticorps-médicament
Blenrep® (bélantamab mafodotine-blmf) est un conjugué anticorpsmédicament (ADC, en anglais). Déjà autorisé par la FDA américaine face aux rechutes tardives, ce traitement fait désormais partie des options plus précoces en association avec Velcade ou Pomalyst® (pomalidomide). Grâce à son mécanisme d’action unique en son genre, Blenrep se fixe sur les cellules myélomateuses en tant qu’anticorps, tout en libérant une toxine qui augmente la destruction de ces cellules. Blenrep bénéficie d’une méthode d’administration très simple, à savoir des perfusions toutes les 8 à 12 semaines. Par ailleurs, les effets indésirables sont désormais mieux maîtrisés. Blenrep offre donc aux patients un choix supplémentaire parmi les immunothérapies pour le traitement des premières rechutes.
Conclusion
Ces cinq avancées ont été développées à une vitesse incroyable, au point qu’elles constituent d’ores et déjà des traitements de référence. Je suis soulagé de pouvoir proposer autant d’options à nos patients, en sachant que de nouvelles approches très enthousiasmantes devraient encore voir le jour. Nous ne manquerons pas de vous présenter les nouveautés dans le traitement du myélome indolent, les traitements de première ligne par cellules CAR-T et anticorps bispécifiques, les nouvelles molécules dans ces deux classes thérapeutiques, ainsi que les TRIspécifiques, la nouvelle classe d’agents CELMoD, etc. La recherche accélère et je suis impatient de découvrir les traitements futurs, qui nous rapprocheront d’un véritable moyen de guérison. MT
RESTEZ INFORMÉS ! Contactez l’InfoLine de l’IMF en cas de questions et de préoccupations liées au myélome. Nous vous répondons de 9 h à 16 h (18 h à 2 h, heure de Paris) du lundi au vendredi, au +1 818 487 7455. Vous pouvez également nous envoyer un e-mail à l’adresse InfoLine@myeloma.org ou consulter la page mmsm.link/infoline pour programmer un rendez-vous avec un coordinateur de la ligne d’informations de l’IMF.
anticorps monoclonal (bélantamab)
chimiothérapie (mafodotine)
Cellule myélomateuse
Le bélantamab active le système immunitaire et se fixe sur le récepteur BCMA à la surface de la cellule myélomateuse, où il libère la mafodotine afin d’éliminer le cancer
Figure 1. Mécanisme d’action de Tecvayli
Figure 2. Mécanisme d’action de Blenrep
Le protocole DVRd
Cette quadrithérapie de référence a reçu l’aval de la FDA américaine pour la majorité des patients atteints d’un myélome multiple nouvellement diagnostiqué.
Le 27 janvier 2026, l’autorité de santé américaine (la Food and Drug Administration, ou FDA) a approuvé l’utilisation de la quadrithérapie (quatre médicaments) associant Darzalex Faspro® (daratumumab + hyaluronidase-fihj) + Velcade® (bortezomib) + Revlimid® (lénalidomide) + dexaméthasone [DVRd] pour le traitement des patients adultes atteints d’un myélome multiple nouvellement diagnostiqué (MMND) qui ne peuvent pas recevoir d’autogreffe de cellules souches (AGCS). L’association DVRd, qui est hautement efficace et bien tolérée face au myélome, était déjà autorisée depuis 2024 pour les patients éligibles à une AGCS.
Les molécules du protocole DVRd
Un traitement regroupant quatre molécules peut sembler lourd, mais il faut savoir que chaque élément du protocole DVRd appartient à une classe thérapeutique différente et attaque donc le myélome selon une approche complémentaire.
Darzalex Faspro est une nouvelle formulation du médicament Darzalex® (daratumumab). Cet anticorps monoclonal se fixe sur la protéine CD38 à la surface des cellules myélomateuses, qu’il cible, attaque et élimine en recrutant les cellules du système immunitaire. Darzalex Faspro est administré sous la forme d’une injection sous-cutanée (SC), sous la peau de l’abdomen. L’injection est pratiquée chez le médecin et dure 3 à 5 minutes. Ce traitement a l’avantage de réduire les réactions associées aux perfusions, qui sont de 13 %, contre 34 % après les injections intraveineuses de Darzalex sous sa forme initiale.
Velcade est un inhibiteur du protéasome qui altère le fonctionnement normal d’un groupe (« complexe ») d’enzymes (les protéases). Ce traitement entraîne une accumulation de protéines endommagées et indésirables dans la cellule myélomateuse, qui est ainsi éliminée.
Revlimid est un immunomodulateur capable de modifier, d’accentuer ou au contraire de bloquer le fonctionnement du système immunitaire. Ce traitement aide les cellules du système immunitaire à reconnaître et à détruire les cellules myélomateuses.
La dexaméthasone est un corticoïde qui parvient à éliminer les cellules myélomateuses directement, tout en augmentant l’efficacité des autres molécules face au myélome. Ce traitement inhibe par ailleurs la survie des cellules myélomateuses et empêche la libération des cytokines qui favorisent leur croissance.
Le protocole DVRd permet d’obtenir d’excellents résultats auprès d’un grand nombre de patients précisément parce que ces quatre molécules se renforcent mutuellement.
L’essai
clinique CEPHEUS concernant
l’association DVRd
En 2026, la FDA américaine a élargi les indications du protocole DVRd d’après les données de l’essai clinique CEPHEUS, portant sur des patients atteints d’un MMND qui ne pouvaient pas recevoir d’AGCS ou qui refusaient ce traitement en première ligne, c’està-dire le traitement initial proposé aux patients nouvellement diagnostiqués. Parmi les 395 patients de l’étude, 197 ont été randomisés sous DVRd, tandis que 198 ont reçu le protocole VRd, qui ne contient pas de Darzalex Faspro.
L’efficacité d’après la MRD et la SSP
L’essai clinique CEPHEUS a mis en évidence une efficacité significative, telle que mesurée par la négativité de la maladie résiduelle minimale (MRD) globale et la survie sans progression (SSP).
La MRD désigne la présence de cellules cancéreuses résiduelles après la fin d’un traitement et l’obtention d’une rémission complète (RC). La négativité de la MRD signifie que pas la moindre cellule myélomateuse n’a été trouvée dans un prélèvement de 100 000 ou 1 000 000 de plasmocytes médullaires (en fonction de la méthode d’analyse utilisée). Dans l’étude CEPHEUS, le groupe sous DVRd a atteint une négativité de la MRD de 52,3 %, contre 34,8 % pour le groupe sous VRd, ce qui représente un écart considérable.
La SSP désigne la durée pendant laquelle, au cours du traitement et au-delà, les patients vivent sans rechute de leur myélome. Après 54 mois, environ 68 % des patients sous DVRd ne présentaient aucune progression, contre environ 48 % sous VRd. Sous DVRd, le risque de progression ou de décès était inférieur de 43 % comparativement au groupe sous VRd. La SSP médiane, c’est-à-dire la SSP maximale divisée par deux, n’a pas été atteinte sous DVRd, ce qui indique une réponse durable et supérieure comparativement au groupe sous VRd.
Protocole DVRd : les conséquences pour les patients
L’étude CEPHEUS montre que le DVRd représente un nouveau traitement de référence, que les spécialistes considèrent largement comme l’option la plus indiquée pour les patients présentant un MMND chez qui la greffe n’est pas le traitement de première ligne. Cette étude fait suite à l’essai clinique PERSEUS, qui avait mis en évidence une amélioration significative de la SSP et une réponse plus profonde. Pour rappel, cet essai avait donné lieu à l’approbation du protocole DVRd par la FDA américaine en 2024 chez les patients atteints d’un MMND et éligibles à une greffe, pour qui l’association DVRd est aujourd’hui devenue le nouveau traitement de référence.
Le Dr Saad Z. Usmani, investigateur principal dans le cadre de l’essai clinique CEPHEUS, est spécialiste du myélome et des thérapies cellulaires au Memorial Sloan Kettering Cancer Center de New York. Membre du Comité consultatif scientifique de l’IMF et du groupe de travail international de l’IMF sur le myélome (International Myeloma Working group), il confirme : « Chez les patients atteints d’un myélome nouvellement diagnostiqué qui sont éligibles à une greffe ou qui ne peuvent pas recevoir de greffe, mais dont la condition physique est bonne à intermédiaire, le protocole DVRd est de plus en plus souvent le traitement de référence dans une approche qui consiste à choisir le meilleur traitement pour offrir à tous les patients la possibilité d’obtenir la meilleure réponse et la meilleure survie possibles. » MT
RESTEZ INFORMÉS ! Contactez l’InfoLine de l’IMF en cas de questions et de préoccupations liées au myélome. Nous vous répondons de 9 h à 16 h (18 h à 2 h, heure de Paris) du lundi au vendredi, au +1 818 487 7455. Vous pouvez également nous envoyer un e-mail à l’adresse InfoLine@myeloma.org ou consulter la page mmsm.link/infoline pour programmer un rendez-vous avec un coordinateur de la ligne d’informations de l’IMF.