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PALACE SCOPE N°29

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Theron

Osez la beauté ! Parfums intimes

Meryl Streep
Charlize

N°29/Avril-Mai 2026

08. Tendances. A la recherche du soin beauté idéal.

10. Meryl Streep

«Ce qui me porte, c’est une curiosité profonde pour la nature humaine».

14. Charlize Theron

«Je n’ai pas besoin d’être une énigme. Je ne veux pas perdre mon temps à vous faire croire que je suis une star de cinéma».

18. Des gens que j’aime… Jacques Garcia. 22. Emma Carenini. Le luxe est une façon de voir.

26. Osez la beauté!

Pigments vifs, paupières qui se parent de bleus turquoise poudrés, bouche rouge ultra glossy, cils intenséments charbonneux… tandis que les sourcils s’affinent.

Photographies Juliette Allix

40. Parfums intimes

Fini les fragrances imposantes. Désormais, le parfum se porte comme une pensée intime, chargé d’émotions, fait pour soi avant tout. Il reste au plus près de la peau.

Photographies Nathan Robin 61. Les trésors d’Olwen Forest. Jewels of Passion and Freedom.

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SUR INVITATION PRIVÉE

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Magazine édité par la société c o s t e s E D I T I O N S

RÉDACTION

Fondateur Claude Maggiori

Rédactrice en chef Anne Delalandre

Direction artistique, maquettes Christian Kirk-Jensen

Secrétariat de Rédaction Philippe Bottini. Direction Digitale Mathieu Clément Coordinatrice Editoriale et Administrative Laure Naval. Assistante Mode Noémie Jalu

Ont collaboré à la rédaction : Emma Bentzinger, Séraphin Bonnot, Anne Delalandre, Béatrice Delamotte, Sabine Euverte, Sandra Hirth, Marie Jérémie, Patricia Khenouna, Oscar Léon, Bertrand Raison, Sean Rose. Correspondant à Los Angeles Franck Olivier Rousseau

Photographies : Juliette Allix, Tanguy Beurdeley, Matteo Carassale, Cédric Eibeinder, Armando Gallo, Richard Harbaugh, David Pichard, Nathan Robin, Eric Sander, Hugo Schmitt, Justine Tjallinks, Jean-Pierre Vaillancourt, Roger Weber.

PUBLICITÉ PRINT ET DIGITAL

Costes Editions, 340 rue Saint-Honoré, 75001 Paris. 01 76 60 02 30

Direction commerciale : Sonia Keller 06 88 32 15 88 sonia.keller@palacescope.com

Julie Le Calonnec 06 78 47 01 25 julie.lecalonnec@palacescope.com

IMPRIMERIE

Imprimé en France, Roto France Impression, Lognes (77) Suivi fabrication Annick Torrès (Les Conseils du Héron)

Tous les papiers utilisés dans cet ouvrage sont issus de forêts gérées durablement, labélisés 100% PEFC, ayant un Ptot de 0,01. PHOTOGRAPHIE DE COUVERTURE

Juliette Allix

Photographe Juliette Allix @ Marlowe Paris Directrice artistique Anne Delalandre

Maquilleuse Alexia Amzallag @ Opus Beauty Mannequins Josi Mattoon @ Premium Models & Lieve Auw @ The French Management

Casting V&Y Casting Styliste Victoire Seveno Coiffeur Quentin Guyen @ Calliste Agency Manucure Yoana Tg Assistant lumière Quentin Lefeuvre Assistante styliste Victoria Korkos Assistante maquilleuse Yanna Keranflec’h Assistante mode Noémie Jalu Studio Les Studios Français

Lieve porte un chapeau rouge en coton, Chochengco et des boucles d’oreilles LV treasure doré, Louis Vuitton. Mise en beauté Dior avec Dior Forever Skin Glow 1N, Dior Backstage Rosy Glow Stick 001 Pink, Diorshow Overvolume Waterproof Mascara 090 OverBlack , Diorshow 5 Couleurs 855 Rose Moiré et Dior Addict Lip Glow Oil 104 Black Cherry. (Photographie retouchée)

MAKING OF

Al’occasion de ce numéro Spécial Beauté, nous avons choisi de mettre en lumière les tendances maquillage du printemps 2026. Dans notre série Osez la beauté !, la photographe Juliette Allix a mis en images avec une grande élégance et un raffinement extrême l’esprit du moment. La saison est placée sous le signe de l’audace et de la couleur, quand les contrastes s’affirment avec délicatesse : des pigments vifs, des bouches rouges ultra-glossy, les paupières qui se parent de bleus turquoise poudrés, un visage sculpté par un blush rose, intense et lumineux, cils intensément charbonneux… tandis que les sourcils s’affinent et les ongles retrouvent une longueur plus modeste. La maquilleuse Alexia Amzallag a donné tout leur éclat aux deux mannequins Lieve Auw et Josi Mattoon pour incarner notre vision contemporaine de la beauté. Une deuxième série, Parfums intimes, photographiée par Nathan Robin, met en scène les nouveaux parfums de la saison dans une installation onirique, où les flacons aux designs toujours renouvelés sont auréolés de papillons.

ANNE DELALANDRE

TENDANCES

A la recherche du soin beauté idéal

Le cabinet d’analyses new-yorkais Spate vient de publier un rapport passionnant sur les tendances beauté 2026, principalement basé sur des données collectées aux Etats-Unis, et en particulier sur l’augmentation du nombre de recherches sur le net. Ils décèlent un certain nombre de mouvements et confirment le boom des rituels de beauté coréens.

- Les toniques au riz (+38,2 % de recherches). Eléments importants des rituels de beauté coréens, ils se font une place de plus en plus importante. Le riz possède de nombreux bienfaits : il apaise et hydrate le visage, tout en offrant des propriétés antioxydantes.

- Les sérums pour les lèvres (+88,7 %). Pour donner du volume, sans passer par la case injection, les lip serums teintés prouvent que les bouches charnues ont toujours le vent en poupe.

- Les encres à lèvres (+38,6 %). Une des meilleures alternatives au rouge à lèvres, une façon légère de colorer les lèvres, à mi-chemin entre le gel et l’eau qui donne l’impression de ne rien porter sur les lèvres.

- Le «rose violine» revient en force. Le rose mauve aux reflets bleutés s’impose comme une alternative élégante au rouge classique.

- Les masques au collagène (+52,9 %). Ils connaissent un succès retentissant. Modernes et technologiques, ils permettent de conserver une bonne élasticité de la peau, d’atténuer les rides et d’obtenir un glow à toute épreuve.

- Les patchs pour le contour des yeux (+52.5 %). Pour un coup d’éclat qui atténue les rides et les signes de fatigue, avec des résultats en 15 minutes.

- Les sourcils fins (+25 %) reviennent à la mode avec une génération nostalgique qui s’inspire des looks des années 1990-2000. Attention tout de même à l’épilation excessive et au rasage des sourcils.

- Les shots d’immunité (+35,6 %). Vus comme un rituel bien-être journalier, les immunity shots ont pour but de favoriser le système immunitaire et la santé intestinale. Ils se présentent sous la forme de mini-bouteilles de jus de gingembre et de vitamines à boire cul sec…

- Les skin tint (+32,4 %). Légers et aériens, ils sont conçus pour laisser respirer la peau. En plus de l’aspect maquillage, ils combinent le bénéfice gommage des imperfections et des actifs hydratants.

- Le blush rouge (+31 %). Plus audacieux que ses déclinaisons roses ou pêche, le blush rouge apporte un effet bonne mine immédiat.

- Les parfums au oud (+43,9 %). Le oud se distingue par des notes fumées et épicées particulièrement enivrantes qui connaissent actuellement un regain d’intérêt. Ces parfums sont actuellement les plus recherchés sur Google aux Etats-Unis.

- La vague des eaux de parfum gourmandes (+37,6 %). Les parfums sucrés commencent à se faire une place de choix face aux traditionnels floraux.

- Les mini-parfums (+35,3 %) explosent, que ce soit pour les collectionner ou pour découvrir des fragrances, c’est une tendance également boostée par la vente de calendriers de l’avent de parfums miniatures.

ENGLISH TEXT. New York–based analytics firm Spate has released a compelling report on 2026 beauty trends, largely based on U.S. data and rising online searches. It highlights several key movements and confirms the continued boom of Korean beauty rituals. Rice toners (+38.2%) are gaining ground thanks to their soothing, hydrating, and antioxidant properties. Lip serums (+88.7%) are surging as a non-invasive way to enhance volume, proving full lips remain desirable. Lip tints (+38.6%) offer a lightweight alternative to lipstick, delivering sheer color with a barely-there feel. “Mauve pink” is making a comeback, emerging as an elegant alternative to classic red. Collagen masks (+52.9%) are thriving, promising firmer, more elastic skin and a lasting glow. Eye patches (+52.5%) deliver visible results in just 15 minutes, reducing fatigue and fine lines. Thin eyebrows (+25%) are returning, driven by nostalgia for 1990s–2000s looks, though over-plucking remains a risk. Immunity shots (+35.6%) are becoming a daily wellness ritual, supporting immune and gut health. Skin tints (+32.4%) appeal for their breathable, hybrid skincare-makeup benefits. Red blush (+31%) offers a bold, healthy glow. Oud-based fragrances (+43.9%) are resurging with their smoky, spicy notes, while gourmand perfumes (+37.6%) gain popularity over florals. Mini perfumes (+35.3%) are booming, driven by collectability and discovery formats like advent calendars.

Meryl Streep

«Ce qui me porte, c’est une curiosité profonde pour la nature humaine»

Avant même que Le diable s’habille en Prada 2 ne s’apprête à défiler sur nos écrans – vingt ans après le premier volet –, un frémissement parcourt déjà les open spaces de la planète mode : talons aiguisés comme des verdicts, port altier teinté d’un soupçon de dédain, Miranda Priestly, souveraine incontestée du magazine Runway, vient reprendre possession de son royaume. Seulement voilà, le centre du pouvoir, lui, s’est déplacé. Mettez-vous à la place de la dame : le papier glacé s’éclipse. La faute aux annonceurs qui traquent les clics plutôt que les couvertures et aux algorithmes qui décrètent ce qui est “désirable” et ce qui ne l’est pas. Le “fashion world” a muté. Autrefois, il relevait d’une intuition, d’un flair presque aristocratique. Aujourd’hui, il émane d’une équation. Il ne naît plus d’une vision mais d’un tableau Excel.

Et puis, il y a Emily (Emily Blunt), son ancienne disciple, qui, au fil du temps, s’est imposée comme une redoutable dirigeante d’un groupe de luxe, détentrice des budgets publicitaires cruciaux pour la survie de Runway. D’un côté, une Miranda fragilisée par un monde qui glisse entre ses doigts embagousés. De l’autre, une Emily passée du côté des manettes, maîtresse du financement : renversement suprême dans un univers où l’argent dicte la ligne éditoriale. Et s’il est une chose que Miranda Priestly déteste plus qu’un ourlet approximatif, c’est qu’on se permette de la reléguer au rang de relique. Miranda n’a plus qu’une alternative : redevenir indispensable ou devenir mortelle. A l’occasion de son retour tant attendu, Meryl Streep se replonge dans la genèse du Diable. Avec un humour sans faux plis, la star multi-awardisée nous dévoile la manière dont elle a sculpté ce personnage, aujourd’hui considéré comme l’un des despotes en escarpin les plus emblématiques du cinéma.

En 2003, à la lecture du roman Le diable s’habille en Prada, de Lauren Weisberger, une évidence s’est imposée à beaucoup d’entre nous : vous étiez l’actrice idéale pour incarner Miranda Priestly, rédactrice en chef aussi crainte que fascinante. A la lecture du scénario, quelle a été votre première intuition pour construire cette femme inflexible et étrangement captivante ?

MERYL STREEP. Je ne suis pas certaine que le livre et le scénario disent exactement la même chose. Ce qui est sûr, c’est que le script a beaucoup évolué au fil des discussions avec Aline Brosh-McKenna, qui l’a écrit, et David Frankel, le réalisateur, qui est un homme extrêmement intelligent. J’aurais pu me perdre dans les détours qu’a pris le scénario, dans ses multiples transformations… mais l’essentiel est que je me suis sentie totalement libre d’inventer ce personnage moi-même, sans chercher à coller à une quelconque réalité documentaire. Je voulais en faire une figure universelle. Objectivement, nous avons tous et toutes connu des supérieur(e)s difficiles à satisfaire. Et certain(e)s d’entre nous ont occupé des positions d’autorité et ont ressenti la pression d’avoir des collaborateurs(rices) sous leur responsabilité, tout en devant rendre des comptes à quelqu’un au-dessus de nous… Au fond, tout le monde a un patron. C’est cette mécanique du pouvoir qui me fascinait.

Vous avez souvent répété que ce personnage ne cherchait pas à singer Anna Wintour. Pourtant, certains relèvent des ressemblances troublantes… Est-ce que certains éléments, comme des accessoires, vous ont aidée à mieux habiter le rôle ?

Les bijoux ont joué un rôle essentiel dans la construction du personnage. Pour mon look dans Prada, nous avons imaginé une silhouette composite, nourrie de plusieurs femmes emblématiques que j’ai croisées dans l’univers de la mode. J’avais notamment rencontré Liz Tilberis (l’éditrice britannique du magazine Manx) et Polly Mellen (l’éditrice de Vogue et de Harper’s Bazaar), des femmes que j’admirais énormément, à la fois brillantes et infatigables. Je pense aussi à Carmen Dell’Orefice, toujours appelée lorsque la mode cherche une femme d’âge, à la beauté saisissante, reconnaissable entre mille à sa mèche blanche iconique… Mon intention était de créer une figure singulière, qui ne soit la copie conforme de personne. Je tenais aussi à montrer une forme de vanité assumée : décider de ne pas colorer ses cheveux dans un milieu obsédé par la jeunesse. Il y a quelque chose de provocateur dans le fait d’arborer de magnifiques cheveux naturellement blancs.

Dans votre parcours, avez-vous déjà été confrontée à des réalisateurs dont l’autorité prenait trop de place ?

Bien sûr. Lorsqu’un réalisateur vacille, c’est souvent parce qu’il se laisse dépasser par l’ampleur et la complexité d’un tournage. Et face à ce vertige, certains réagissent en resserrant l’étau, jusqu’à confondre direction et domination. J’ai ainsi travaillé avec l’un d’eux qui entendait tout régenter, y compris nos échanges sur le plateau. Il avait décrété que les acteurs ne devaient pas se parler en son absence. (Rires.) Sans doute craignait-il que quelque chose lui échappe. Un autre bannissait toute improvisation, même la plus infime variation d’intonation. A force de vouloir contrôler chaque souffle, il a fini par étouffer l’élan même du jeu. A l’inverse, les plus grands savent vous donner le sentiment que tout repose sur vous, que chacune de vos propositions a sa place. Ils vous offrent une liberté entière, précisément parce qu’ils n’ont rien à prouver. Leur autorité naît de la confiance.

Cela vous est-il arrivé de tomber sur un réalisateur qui vous a demandé de perdre du poids ?

Oui ! Lorsque j’ai débuté, certains producteurs hollywoodiens, que l’on pourrait qualifier d’“affameurs professionnels”, ont essayé. Je n’ai jamais cédé. J’ai une ossature solide, et je l’assume. Disons-le franchement : je ne suis pas dessinée comme Sharon Stone. Si c’était le cas, vous l’auriez remarqué… j’aurais sans doute tourné davantage de scènes sous la douche ! (Rires.)

Le doute vous visite-t-il parfois ?

Absolument. En permanence ! Les certitudes sont figées.

Le doute, lui, oblige à chercher, à creuser, à avancer.

Comment je parviens à garder confiance ?

Je me répète comme un mantra : «Je suis ce que je sais, et je sais qui je suis»

Comment parvenez-vous alors à retrouver confiance ?

Je me le répète comme un mantra : “Je suis ce que je sais, et je sais qui je suis”. (Rires.)

Quelle patronne êtes-vous ?

Du genre pas très efficace. Vous devriez demander à mon assistante. (Rires.) Je suis un peu désordonnée, indécise. Je suis très résolue dans mon travail, mais pas dans les affaires.

S’il fallait avouer un travers de cheffe qui a le don d’agacer votre entourage…

Je supporte mal les retards. Lorsque quelqu’un me fait perdre du temps, je deviens assez fébrile. J’essaie d’accélérer le mouvement, de faire avancer tout le monde, de “rassembler les troupes”. (Rires.) Pour moi, être en retard, c’est manquer de respect à la personne qui attend. Et cela, je le prends très au sérieux. Il existe un antidote à cette fébrilité…

Absolument ! Une gorgée de sancerre, et tout s’apaise.

Y a-t-il alors une jubilation à incarner une femme que le public adore détester ?

C’est divertissant. On entend souvent dire que jouer une garce est jubilatoire. Mais je ne considérais pas ce personnage de la sorte. Un acteur ne peut pas rester à distance et juger celui ou celle qu’il incarne. Pour être juste, il faut entrer dans sa logique intime, adopter son point de vue. Cela dit, ce rôle n’avait rien de particulièrement léger. Miranda éprouve une immense satisfaction dans son travail, dans l’exigence qu’elle s’impose. Cette forme d’accomplissement professionnel, je la comprends très bien. Mais elle laisse un vide ailleurs. Elle ne garantit ni la joie ni l’équilibre dans la vie privée. A mes yeux, c’est quelqu’un d’un peu triste, au fond. Et cette mélancolie n’est pas spécialement amusante à jouer.

Vous semblez très attirée par les rôles de femmes de pouvoir. Est-ce un trait de votre caractère

Si mes enfants pouvaient vous entendre, ils riraient aux éclats ! J’aimerais tellement que l’on me craigne, mais voilà, j’ai un énorme défaut : je revendique haut et fort mon droit à l’humilité et à la discrétion ! En y réfléchissant bien, le seul pouvoir dont je dispose réside dans le choix de mes rôles et dans ma façon de les interpréter. Et puis, vous en connaissez, vous, des femmes de pouvoir qui ont dû repasser les vêtements de leurs enfants, faire des lessives et cuisiner Ah, vous cuisinez ?

Mes amis, des gens très bien élevés, vous diront sans doute que je ne m’en sors pas trop mal… mais je ne suis pas dupe. Si j’étais réellement douée, les plats que je prépare, et que je rate presque systématiquement, ne finiraient pas dans la gamelle du chien. Pauvre bête ! était encore moins douée que moi en cuisine. Elle répétait souvent : “Un repas ne devrait jamais prendre plus de vingt minutes à préparer. Au-delà, ça devient de l’esclavagisme

Quand elle voulait faire un effort, elle ouvrait son livre fétiche : I Hate to Cook, de Peg Bracken, la bible de la cuisine expéditive. Après la guerre, il faut dire que nous vivions à l’ère naissante de la “nourriture atomique”. Je me souviens d’un jour où je l’ai vue sortir d’une boîte des boules jaunes. Intriguée, je lui ai demandé : “Tu vas jouer au tennis Elle m’a répondu, très sérieusement faire une purée de pommes de terre.”

Donc, si je comprends bien, vos trophées, Awards et autres récompenses, ne trônent pas dans cette cuisine que vous semblez soigneusement contourner ?

Pendant longtemps, je les ai relégués au fond d’un placard. Lorsque mes enfants étaient petits, ils ne manifestaient pas la moindre révérence, bien au contraire ! Ils se moquaient gentiment de moi. Je me souviens qu’ils me lançaient : “Maman, quand on te voit sur un tapis rouge, on dirait que tu participes à un concours canin !» Et d’ajouter : «Pourtant, tu n’as pas vraiment l’allure d’un caniche royal !» Ces petites flèches affectueuses ont une vertu précieuse : elles vous gardent les pieds sur terre. Rien de tel que l’humour de ses propres enfants pour replacer les trophées, et l’ego, exactement à leur juste place.

Le temps ne semble pas avoir d’emprise sur vous.

Avez-vous un secret de beauté ?

Vous êtes sûr que vos lunettes sont bien à votre vue ? Rapprochez-vous ! J’adore l’idée que vous me prêtiez un secret de beauté ! Honnêtement, le seul véritable luxe, c’est huit heures de sommeil. Les rares jours où j’y parviens, je suis ravie. Le sommeil change tout. Je pourrais vous citer les conseils qu’on lit dans les magazines, mais je ne suis aucun rituel avec une discipline rigoureuse. En revanche, j’essaie de nager chaque jour, environ un mile. Cela me recentre, me ramène à mon corps, à l’essentiel. Et puis, au fond, nous avons déjà beaucoup de chance quand nous avons la santé. Vous savez, elle n’est jamais acquise pour toujours.

Vous affirmez ne pas être passionnée par la mode, mais vous devez bien avoir un dressing. Que renferme-t-il ? Avez-vous une pièce fétiche que vous conservez depuis des années ?

Etes-vous du genre à coordonner les couleurs ?

Votre placard est-il impeccablement ordonné… ou joyeusement chaotique ?

Dans ma vie, il m’est arrivé de déménager cinq fois en six mois. Autant dire que j’ai fait un tri radical. Il ne reste que ce que j’aime vraiment ou ce que j’ai récupéré gratuitement sur un tournage. Je ne sais pas comment vous fonctionnez, mais moi, je tourne à peu près avec trois tenues (rires) : un jean bien coupé, une chemise – pas un tee-shirt, une vraie chemise – et une veste cintrée pile-poil. Rien de spectaculaire. J’ai d’ailleurs encore des vêtements datant de l’université. C’est pathétique, je l’admets. (Rires.) Aujourd’hui, mes filles viennent fouiller dans mon placard. Tout ce qu’elles jugent vintage et charmant disparaît mystérieusement… Appliquez-vous une méthode pour vous préparer à un rôle, comme si vous traversiez une porte invisible pour aller chercher l’âme profonde d’un personnage ?

Non, je ne crois pas avoir un accès secret à l’inconscient collectif. (Rires.) Ce qui me porte, c’est une curiosité profonde pour la nature humaine…

Vous avez incarné au cinéma de nombreuses femmes d’exception et vous avez certainement rencontré des personnalités tout aussi remarquables dans la vie réelle. Qu’est-ce qui distingue une femme véritablement extraordinaire ?

Voilà une question magnifique. Oui, j’ai eu la chance de rencontrer des femmes remarquables. Pendant le tournage de The Post , j’ai fait la connaissance, par exemple, d’une journaliste mexicaine qui s’appelle Patricia Mayorga. Je n’ai jamais vu quelqu’un d’aussi courageux dans ma vie ! Depuis pas mal de temps, elle dénonce les

Meryl Streep

liens qu’il y a entre les politiques et la mafia locale. Son quotidien est devenu, du coup, compliqué. On l’a menacée de mort. On tente constamment de la déstabiliser. Alors, elle vit seule, recluse, car les gens craignent qu’en la fréquentant ils se fassent descendre… Ce qui me frappe, chez elle, et chez tant d’autres personnalités courageuses, c’est l’optimisme. C’est presque déroutant. A votre avis, quelles sont les qualités qui font qu’une femme puisse se détacher du lot ?

L’intelligence, la pugnacité, la tolérance, la bienveillance, la capacité à écouter et non à s’écouter.

Existe-t-il un territoire artistique que vous brûlez d’explorer, un défi que vous ne vous êtes pas encore autorisée à relever ?

Evidemment… Il y a désormais pas mal de choses que je ne peux plus vraiment envisager… simplement à cause de l’âge, ce qui, étonnamment, reste une surprise permanente pour nous tous. (Rires.) Mais cela m’est égal. Il semble y avoir suffisamment d’histoires intéressantes à raconter sur les femmes à chaque étape de la vie. J’espère simplement pouvoir continuer à les trouver et peut-être apporter quelque chose d’inattendu à un scénario. C’est merveilleux quand un auteur vous dit : “Je n’y avais jamais pensé... merci, Meryl ! C’est une excellente idée.” C’est pour cela que j’aime tant ce que je fais.

Quels conseils donneriez-vous aux jeunes actrices qui vous prennent pour modèle ?

Le premier conseil est simple : cultivez votre singularité. N’essayez jamais de me ressembler ni de reproduire le parcours de quelqu’un d’autre. Etre admirée est touchant, mais être placée sur un piédestal me met plutôt mal à l’aise. L’idée d’incarner une sorte d’autorité morale du septième art… très peu pour moi ! Les icônes appartiennent aux églises, pas aux plateaux de cinéma. Deuxième conseil : ne vous coupez jamais du public. Il est votre source d’inspiration, votre matière première. Observez les gens, écoutez-les, imprégnez-vous de leurs gestes, de leurs silences, de leurs manies … moi, c’est ainsi que je nourris mes personnages. Ces détails minuscules, ces attitudes à peine perceptibles sont ce qui donne à l’écran une impression de vérité, une fine couche d’authenticité qui rend le rôle vivant. Troisième conseil : soyez exigeantes dans vos choix. Ne laissez pas le montant d’un cachet décider à votre place. Un rôle doit vous nourrir, vous faire grandir, vous bousculer parfois, pas seulement remplir votre compte en banque. Enfin, dernier conseil : prenez soin de vous. Ne laissez personne vous convaincre de malmener votre corps ou votre santé pour correspondre à une vision arbitraire d’un metteur en scène. Votre équilibre physique et mental est votre bien le plus précieux. Aucun film, aussi prestigieux soit-il, ne mérite que vous le sacrifiiez.

Ne vous coupez jamais du public. Il est votre source d’inspiration, votre matière première. Observez les gens, écoutez-les, imprégnezvous de leurs gestes, de leurs silences, de leurs manies… moi, c’est ainsi que je nourris mes personnages

voulais contrarier personne, je suivais le mouvement ! Le premier film qui m’a réellement bouleversée, c’était Ship of Fools (La Nef des fous). J’avais 14 ou 15 ans. Je me souviens de Simone Signoret en déshabillé… A cet âge-là, cela m’avait semblé incroyablement audacieux. C’était, à mes yeux d’adolescente, la chose la plus sensuelle que j’aie jamais vue. Si vous deviez écrire votre épitaphe ?

“Elle a fait de son mieux.” Et, en supplément : “N’oubliez pas d’arroser les fleurs !” Propos recueillis par FRANCK OLIVIER ROUSSEAU

Dans quelle mesure l’industrie de l’image et les magazines de mode influencent-ils la perception que les jeunes femmes ont d’elles-mêmes ? Peut-être est-ce inhérent à la condition humaine ? Mais je crois que les magazines de mode ont amplifié ce sentiment. Je l’ai toujours ressenti. Enfant, déjà, je savais à quel point ces images pouvaient me donner l’impression de ne pas être à la hauteur. J’ai toujours tenté de dire aux filles, et notamment aux miennes, que l’essentiel n’est pas dans le reflet, mais dans l’action. Ce qui compte, c’est ce qu’elles font, ce qu’elles construisent, la manière dont elles habitent leur vie. Pas la manière dont elles occupent les pages des magazines. Mais le message est difficile à faire passer dans une culture qui valorise presque exclusivement l’apparence, la surface, l’instantané.

Quand vous étiez plus jeune, quels genres de films alliezvous voir au cinéma ?

Pour être honnête, je voyais surtout des navets. Mes petits amis et mes frères adoraient les productions un peu débiles, et comme je ne

ENGLISH TEXT. Even before The Devil Wears Prada 2 hits screens—twenty years after the original—a tremor runs through fashion offices worldwide: razor-sharp heels, imperious posture, a hint of disdain. Miranda Priestly, the queen of Runway, is reclaiming her throne. Except power has shifted. Glossy print is fading, undone by advertisers chasing clicks and algorithms deciding what’s “desirable.” Fashion, once driven by instinct, now obeys data—no longer a vision, but a spreadsheet. Then there’s Emily (Emily Blunt), Miranda’s former assistant, now a formidable luxury executive controlling the ad budgets that keep Runway alive. On one side, a weakened Miranda; on the other, Emily holding the purse strings. In a world where money dictates editorial lines, the reversal is complete. Miranda must become indispensable again—or obsolete. As she returns, Meryl Streep revisits the character’s origins, explaining how she shaped Miranda into one of cinema’s most iconic tyrants. « The book and script weren’t identical. The screenplay evolved with Aline Brosh-McKenna and David Frankel. I felt free to invent Miranda as a universal figure. We’ve all known impossible bosses. Power dynamics fascinated me. Jewelry helped define her look, inspired by strong women in fashion. I wanted her to feel singular. Even her white hair was a statement. I’ve worked with controlling directors. Some confuse authority with domination. The best ones give you freedom. Early on, some producers told me to lose weight. I never did. I’m not built like Sharon Stone—and that’s fine. Do I doubt myself? Constantly. Doubt pushes you forward. My mantra: “I am what I know. I know who I am.” As a boss? Disorganized, indecisive. But in work, I’m determined. I hate lateness—though a sip of Sancerre helps. Playing Miranda wasn’t about enjoying cruelty. You must understand, not judge. She finds fulfillment in work, but it leaves an emotional void. To me, she’s somewhat sad. People think I’m drawn to powerful women, but I’m not intimidating. My only real power lies in choosing roles. And powerful women still cook and do laundry. Speaking of cooking—I’m terrible. My failures often end up in the dog’s bowl. My mother believed meals shouldn’t take more than twenty minutes. For years, I hid my awards. My kids kept me grounded, joking I looked like I was in a dog show. Beauty secret? Sleep. Eight hours is the real luxury. I also swim daily. My wardrobe is simple: jeans, a shirt, a fitted jacket. I’ve moved often, so I kept only what I love. I don’t have a method—just curiosity about human nature. Extraordinary women? Intelligent, resilient, kind. To young actresses: be yourself. Don’t imitate. Stay connected to people—they’re your inspiration. Choose roles for growth, not money. Protect your health. Fashion and media can distort self-image. I tell girls: what matters is what you do, not how you look. As a teenager, I watched many bad films. The first that moved me was Ship of Fools. Simone Signoret seemed bold. My epitaph? “She did her best.” And: “Don’t forget to water the flowers.” »

Charlize Theron

«Je n’ai pas besoin d’être une énigme. Je ne veux pas perdre mon temps à vous faire croire que je suis une star de cinéma»

Souvent, les visages angéliques sont trompeurs. Charlize Theron est tout le contraire d’un ange, en tout cas de l’idée que certains s’en font. La très belle est née dans une petite cité minière dans l’Afrique du Sud de l’apartheid. Dans une famille désunie, avec une mère vivant sous la menace d’un père alcoolique et violent. Quand elle a 15 ans, un soir encore plus sombre que d’habitude, son père rentré ivre la menace, elle et sa mère, avec une arme. Sa mère tire et le tue. Légitime défense, diront les autorités.

A l’âge de 16 ans, après avoir remporté un concours de mannequinat, Charlize s’installe à Los Angeles, où une agence l’a recrutée parce qu’on l’a aperçue en train de se disputer violemment avec le guichetier d’une banque… Le film pour lequel elle a reçu un Oscar s’appelle Monster, rôle pour lequel elle a dû prendre 15 kilos et porter des prothèses en silicone sur le visage ; dans Mad Max : Fury Road, il lui manque un bras, mais cela n’altère en rien sa force et sa détermination ; comme elle l’a avoué, une de ses activités préférées… est de proférer des jurons plus grossiers les uns que les autres. Pas vraiment une vie, un palmarès et des manières d’ange aseptisé.

Malgré sa cinquantaine de films, ses succès, sa silhouette parfaite, sa voix douce qui lance “J’adore Dior”, Charlize Theron, 50 ans, ne veut surtout pas ressembler à une star éthérée formatée par Hollywood. «Je n’ai pas besoin d’être une énigme, a-t-elle déclaré. J’aime le côté épuisant. J’aime passer huit heures à la salle de sport. On était en Grèce il y a deux étés, et j’ai vu ces mules qui portaient des bagages, et je me suis dit : “C’était moi dans une vie antérieure.” (Rires.) Je ne veux pas perdre mon temps à vous faire croire que je suis une star de cinéma.» Charlize Theron est pourtant une icône planétaire, une productrice accomplie : sa société de production, Denver & Delilah, qu’elle a fondée il y a dix-neuf ans, est à l’origine de nombreuses séries

Charlize Theron

télévisées (Mindhunter de David Fincher) et de films (The Old Guard). Elle est aussi messagère de la paix des Nations Unies et soutien d’associations philanthropiques. «Je suis, explique-telle, une productrice très impliqué, je participe à toutes les présentations et aux réunions créatives, ce qui a l’air de surprendre. C’est comme d’être surpris qu’un banquier compte votre argent. (Rires.) De plus, mes parents travaillaient dans les travaux publics. Ma mère se levait à 3 heures du matin pour changer une bougie sur une niveleuse. Ils m’ont inculqué le goût du travail acharné.»

Charlize a toujours donné de sa personne. Elle avoue adorer «le côté éreintant du métier d’actrice», sur le tournage de The Old Guard, elle a été suspendue à un hélicoptère. «J’ai été opérée des deux coudes, de l’épaule droite, du pouce, du canal carpien. Ça fait beaucoup de fractures», a-t-elle avoué dans les colonnes du New York Times. Et elle a ajouté : «Les films d’action avec des femmes en tête d’affiche sont moins financés que ceux avec des hommes. Ce qui me frustre vraiment.» A la question d’un journaliste qui lui rappelait qu’au début elle éprouvait le besoin d’«être une vraie peste», elle répond : «Mais je suis trop vieille pour ces conneries, maintenant. On dit que la vie est trop courte, mais je crois qu’elle est trop longue.» A un autre média qui s’inquiétait de son «inquiétude», elle avoue : «Oh, je m’inquiète encore. J’aime trop ce travail pour supposer qu’il sera toujours là. Et surtout : “Reste là, sinon quelqu’un d’autre est prêt à prendre ta place.” Mes enfants me disent : “On sait que tu travailles, mais on n’est pas sûrs de ce que tu fais exactement.” Ma cadette m’a balancé : “Oh mon Dieu, maman, on dirait que tu n’arrives pas à garder un emploi !» Et mon aînée, qui est préadolescente, m’a lancé, au moment où nous traversions un hall d’aéroport et qu’elle m’a vue sur un panneau Dior : “Oh mon Dieu, tu es sur un mur torse nu, maman ! C’est trop gênant ! Mets un tee-shirt !” Et moi, je lui réponds : “Ça te permettra de payer tes études !” (Rires.) Mes enfants m’aident beaucoup. J’aime être maman plus qu’être actrice ou productrice. Je n’aurais jamais cru dire ça un jour. Si quelqu’un me disait demain : “Tu ne peux pas faire les deux”, serais-je triste d’abandonner le métier d’actrice ? Bien sûr. Mais, pour moi, la décision serait évidente.»

Je n’ai pas peur de vieillir. Je me fais opérer après chaque film, mais ça ne fait que me rendre plus forte. Je serai bionique à la fin

récemment, j’ai couché avec un jeune homme de 26 ans, c’était vraiment incroyable. Je n’avais jamais fait ça avant. Je me suis dit : “Oh, comme c’est génial !” J’aurais dû avoir ces aventures d’un soir quand j’avais 20 ans. Mais j’ai deux enfants qui doivent aller à l’école. Et qui a le temps de sortir, de s’épiler à la cire et de se maquiller avec des enfants ? Je n’ai aucune envie de faire des concessions. Aujourd’hui, ma vie est beaucoup trop belle pour laisser quelqu’un la piétiner.»

Charlize Theron conclut, philosophe : «Je ne peux pas arrêter le vieillissement. Je n’ai pas peur de vieillir. Je veux juste garder ma mobilité le plus longtemps possible. Je veux me sentir forte le plus longtemps possible. Ma mère a 74 ans et elle fait de la randonnée tous les matins. L’autre jour, elle a soulevé un chien de 35 kilos pour le mettre dans le coffre de sa voiture comme si de rien n’était. Je me dis : “J’ai vraiment de la chance avec la génétique !” Alors, une partie de moi se dit : “Oui, je me fais opérer après chaque film, mais ça ne fait que me rendre plus forte. Je serai bionique à la fin !”» SÉRAPHIN BONNOT

Pour Charlize, la vie n’a pas toujours été facile. Elle s’est confiée au magazine AnOther : «Je repense à certains moments, sur les plateaux de tournage, avec les réalisateurs ou lors des auditions, à des choses qu’on ne se permettrait plus aujourd’hui. Je me souviens de ce photographe qui m’a hurlé dessus et insultée pendant près de quinze heures lors d’une séance photo, et je me suis sentie complètement déshumanisée. Ça arrive encore. Récemment, j’ai travaillé avec un photographe qui s’approchait de moi de manière agressive, me touchait et me serrait la chemise. J’ai dû réagir. Les progrès sont vraiment lents. Je pense que c’est ce qui est le plus frustrant pour les femmes. C’est quatre pas en avant et vingt en arrière, mais on a fait beaucoup de chemin depuis mes débuts, c’est certain. Il fallait se battre pour y arriver. Je suis une femme adulte. Je tiens à avoir un certain contrôle sur mon destin artistique.»

En juillet 2025, dans le podcast «Call Her Daddy», rapporté par le magazine People, la comédienne affirme assumer un célibat sans tabou et confie qu’elle préfère les «coups d’un soir», même avec des jeunes hommes, à une relation durable. «Ce n’est pas une relation à long terme qui me manque. J’aime le fait de ne pas soumettre chaque chose à un homme. Et je peux dire qu’aucun homme n’emménagera dans notre maison tant que les filles y seront ! Je connais aujourd’hui des relations sexuelles que je n’ai jamais eues dans la vingtaine ou la trentaine. J’ai probablement eu trois coups d’un soir dans toute ma vie, mais,

ENGLISH TEXT. Angel faces can be deceiving. Charlize Theron is the opposite of a conventional angel. Born in a small mining town in apartheid South Africa, she grew up in a fractured family, with a mother living under the threat of an abusive, alcoholic father. At 15, her mother shot him in self-defense. At 16, after winning a modeling contest, Charlize moved to Los Angeles, recruited after being spotted arguing violently with a bank teller. Her Oscar-winning role in Monster required gaining 15 kilos and wearing facial prosthetics; in Mad Max: Fury Road, she loses an arm but retains extraordinary strength and determination. She admits one of her favorite pastimes is swearing. At 50, despite fifty films, global fame, and a perfect image, she rejects Hollywood’s ethereal star persona: “I don’t want to waste time pretending to be a movie star.” Founder of Denver & Delilah, she produces hits like Mindhunter and The Old Guard, serves as a UN Messenger of Peace, and supports philanthropy. Theron thrives on the exhausting physical demands of acting, from stunts to surgeries. She treasures motherhood, independence, and casual relationships: “I don’t miss long-term relationships… my life is too good to let anyone trample it.” She recalls harassment on set and insists on controlling her artistic destiny: progress for women is “four steps forward, twenty back.” She accepts aging but wants to stay strong and mobile, inspired by her mother’s vitality, joking that surgeries after each film make her “bionic.” She reflects on balancing work and family: her children keep her grounded and honest, and she admits she loves being a mother more than an actress or producer. Life has been hard, but she embraces it fully, with courage, humor, and determination.

Jacques Garcia

DES GENS

QUE

J’AIME…

“Ici règne l’ampleur. Le décor n’intervient qu’après la déclaration de puissance.” Au domaine du Champ de Bataille, la phrase de Jean de La Varende vous accueille, immense. De la puissance, il en fallait, au plus flamboyant des décorateurs, pour redonner, à l’issue d’un chantier pharaonique, son éclat au “Versailles normand” en ruines depuis des décennies. De l’ampleur éclectique, aussi, pour agrémenter château, fontaines et bassins de temples, grottes, palais indiens, galerie d’animaux empaillés et serres aménagées en salons enchantés. Par-delà les hôtesses en robe d’époque, je vois Sébastien, son bras droit, venir me chercher en golfette… et me voici assise auprès du maître des lieux, so chic, si érudit. «Ceux que j’ai choisis m’ont forgé. Démarrons par l’essentiel : mon père. Mon meilleur ami.»

1 / MON PÈRE. «Nous avions un véritable rapport de complicité. Il aimait la brocante, les antiquités, la musique, la littérature, et les ex-libris, sa passion. Pour mes 14 ans, il m’a offert un petit livre du XVIIe siècle sur les passes d’armes. Très belle reliure, simple, maroquin marron, gravures formidables et, sur la couverture, les armes de d’Artagnan ! C’était l’exemplaire du mousquetaire. Il me disait aussi : “Achète une identité. Si tu cherches une commode Louis XV, que ce soit la commode de Louis XV. Scandaleusement pillée à la Révolution avec tout le reste, elle est sur le marché.” Fils d’émigrés espagnols chassés par Franco, sans un sou alors qu’avant il en avait, du jour où il est arrivé en France, il a refusé de parler espagnol. Plus “intégré” que lui, c’est difficile à trouver : il épouse une Française issue d’une famille de hobereaux du centre de la France. Il m’a appris la liberté. Il m’a donné accès à la différence. Leurs difficultés financières, mes parents ne me les ont jamais fait sentir. Nous avons toujours été les plus riches des pauvres. A un moment, j’ai donc décidé de devenir le plus pauvre des riches, grâce à l’influence d’une femme et d’un homme…» 2 / MARIA DE BEYRIE. «Maria m’a amené très jeune à regarder l’essentiel. J’ai 20 ans, je suis étudiant aux Arts déco, et, pour gagner un peu d’argent, avec mon père, je prends une toute petite boutique de création d’objets dans les Halles, à l’époque bénie des pavillons Baltard. Comme toute l’intelligentsia artistico-fauchée, Maria y a une galerie. Elle avait ce rapport détaché de l’aristocratie qui me fascine. J’aime les gens simples et j’aime les aristos. Entre les deux, j’ai plus de mal… On allait aux Puces, à tous les déballages. Elle m’a surtout fait découvrir la modernité, les meubles en métal, etc. Oubliée de tous, elle a été très connue, a fourni tous les musées américains en pièces Art déco inouïes. Elle est morte en 2014.»

– Je n’ai pas trouvé une seule photo d’elle. «Très jolie femme. Avec des yeux bleus sublimissimes. Pas facile. A peu près le modèle de ma mère. Elles étaient aussi insupportables l’une que l’autre et elles s’adoraient.» 3 / JEAN PÉTIN. «Ma rencontre avec cet autre personnage est amusante. J’ai la trentaine. Je viens d’acheter une des plus belles maisons de Paris, l’hôtel Mansart de Sagonne. Avant, je m’intéressais plutôt aux filles, et puis, tout d’un coup, je tourne casaque. Je le dis à un copain, Laurent Pétin – le producteur qui sera le dernier ami de Romy Schneider –, et il me répond : “Oh ! Ça alors ! Il faut absolument que je te présente mon oncle !” Au tout début des années 1980, donc, ce Jean Pétin, qui avait trente ans de plus que moi, qui était président et

propriétaire de Carnaud et Forges de Basse-Indre, la grosse industrie du XIXe, vivait déjà depuis les années 1850 avec un mec qui, lui, avait créé Conforama. Et quand j’ai vu ces deux magnifiques gaillards de 1,95 m – deux bombes –, j’ai été conforté dans ma position. Je me suis dit : “Bon, un couple de garçons comme ça, c’est quand même pas mal !” Jean Pétin m’est devenu une sorte de père spirituel. C’est une rareté de rencontrer son alter ego avec trente ans d’écart. On avait une affinité folle.»

4 / LE GROUPE DU MARAIS. «Avant, à 25 ans, j’avais acheté une maison du XIVe siècle toute pourrie que je retapais, et on était tout un groupe, voisins dans trois immeubles de ce Marais qui sentait encore la vase… Il y avait Pauline Bernatchez, qui dirigeait une agence de mannequins ; Azzedine Alaïa, qui coupait dans la cave trois bouts de coton en prétendant en faire une robe du soir ; Edgar Morin et Johanne, sa femme, comédienne, et l’une des premières mannequins noires ; Jean Daniel, grand ami d’Edgar ; les peintres Titus-Carmel et Joe Plaskett ; Aurore Clément, Yves Navarre, Eugène Becker, sa sœur Alice et son mari, Guy Debord… » – Vous étiez ami avec Guy Debord ?

«Tout ce que je peux dire, c’est que je fais partie des cinq qui l’ont accompagné, plus tard, jusqu’à sa fin… C’était un ghetto, lié à mort. Une entité. Avec tout ce petit monde aux convictions diverses, on passait notre vie à refaire le monde – tout était à faire ! Edgar en parle et me cite aussi dans son livre sur ses amitiés. Il était plus âgé, mais si jeune ! Aujourd’hui, à 104 ans, il a l’œil d’un gamin et j’ai encore récemment arrangé un appartement qu’il avait acheté en très mauvais état.»

Ce qui nous conduit à : 5 / ALEXANDRE DE CRÉQUI. «Le constructeur de Champ de Bataille. Je connaissais le domaine depuis toujours. Mon père racontait qu’en le visitant à 10-12 ans, j’avais déclaré : “J’aimerais devenir architecte, papa, pour refaire de belles choses comme ça !” J’y revenais souvent, puis il a été laissé à l’abandon, et, un jour, j’ai pu l’acquérir. J’apprends d’abord qu’il s’agit de la première création de Le Vau et Le Nôtre avec Vincennes, en 1651, dix ans avant Vaux-le-Vicomte, vingt ans avant Versailles. Et je comprends tout : Créqui, maréchal, suit la Fronde. Il est l’amant de Condé. Quand il est condamné à mort par Mazarin, sa femme (car il est tout de même marié), très belle et follement riche, plaide sa cause et obtient une mise à résidence. Il vient s’établir ici. Avec l’idée que la gloire puisse revenir. Il ne construit pas un château, mais un palais. Avec des écuries gigantesques, car, à l’époque, être riche, ce n’est pas avoir des yachts, mais des chevaux. Il le remplit d’antique, car, à l’époque, être riche, ce n’est pas avoir des Jeff Koons… et il finit ruiné. Donc, je ne me sens pas complètement son opposé…»

SABINE EUVERTE

Le domaine du Champ de Bataille se situe à 1 h 30 de Paris, et la saison est ouverte.

ENGLISH TEXT. “Here, grandeur reigns; décor comes only after a declaration of power.” The words of Jean de la Varende greet visitors at the Domaine du Champ de Bataille. Restoring this long-ruined “Norman Versailles” required vision and audacity. Its owner reshaped the estate with eclectic splendor—temples, grottos, fountains, Indian palaces, taxidermy galleries, and glasshouses turned into enchanted salons. Soon seated beside this elegant, erudite host, he begins: “Those I chose shaped me. First, my father— my best friend.”

His father, a Spanish exile driven out under Francisco Franco, passed on a love of antiques, literature, and identity. At fourteen, he gifted him a 17th-century book bearing d’Artagnan’s arms. “Buy not just an object, but its history,” he advised. Despite hardship, he instilled freedom and curiosity.

At twenty, he met Maria de Beyrie, an aristocratic yet unconventional gallerist who introduced him to modern design and the art market. In his thirties came Jean Pétin, a powerful industrialist thirty years older, who became a spiritual father and helped him embrace his personal life.

In the Marais, he belonged to a vibrant circle including Azzedine Alaïa, Edgar Morin, Jean Daniel, and Guy Debord

—a tight-knit group endlessly debating and reinventing the world. Finally, Alexandre de Créqui, builder of Champ de Bataille, revealed the estate’s origins. Designed in 1651 by Louis Le Vau and André Le Nôtre, it predates Vaux-le-Vicomte and Versailles. Conceived as a palace of regained glory, it embodied ambition—and ruin. “So,” the owner concludes, “I don’t feel entirely unlike him.”

Patrice Bensahin

«Le luxe, c’est faire sentir aux gens qu’ils sont attendus»

Dans le XVIe arrondissement de Paris, la boutique Godechot Pauliet ne ressemble à aucune autre. Un lieu singulier, presque intime, imaginé par son fondateur, Patrice Bensahin, entrepreneur passionné qui revendique une vision émotionnelle du luxe. Son parcours commence par un rêve d’enfant. «Tout est parti d’une petite voiture rouge télécommandée dont je rêvais», raconte-t-il en souriant. Un buggy rouge que lui promet sa maman, mais, quelques jours avant Noël, déception : le jouet est en rupture de stock. «Je me souviens m’être dit : “Un jour, tu auras ce que tu veux par toi-même.” Et même mieux : “Tu seras celui qui le vendra.”» Cette détermination ne le quittera plus. «Mon parcours est jalonné de rêves réalisés. Pas forcément pour la valeur des objets, mais pour ce qu’ils représentent.» A 19 ans, Patrice Bensahin lance sa première collection de bijoux en argent. Le succès est immédiat. En 2005, il reprend la boutique Godechot Pauliet avenue Raymond-Poincaré. Deux ans plus tard, il devient le premier détaillant en France à installer un espace dédié à Rolex dans son magasin. Une décision visionnaire. «Tout le monde refusait les corners. Moi, j’ai dit oui.» En 2020, il transfère la boutique avenue Victor-Hugo et fait appel au duo d’architectes Artur Miranda et Jacques Bec, fondateurs du studio Oitoemponto. La boutique rassemble aujourd’hui plus d’une vingtaine de marques dans un décor harmonisé, loin de l’accumulation de corners traditionnels, avec des boiseries profondes, granit sombre, tapis encastrés dans le sol, fresques peintes à la main et objets d’art dont un majestueux lustre libellule d’Hervé Van der Straten. «Habituellement, les marques imposent leurs codes. Ici, elles ont accepté d’entrer dans notre univers.» Parmi elles : Rolex, Cartier, Buccellati, Messika, Repossi,

Roberto Coin… «Je voulais que l’on se sente bien ici. Qu’on vienne passer un moment, pas simplement acheter une montre.» Tout relève du détail. Les salons confidentiels, ou encore ce service qui permet à certains clients d’être raccompagnés en Rolls-Royce ou en Ferrari… Mais l’essentiel reste invisible. «Le luxe, c’est faire sentir aux gens qu’ils sont attendus.» Son univers mêle naturellement ses passions. Il installe un piano Steinway & Sons au cœur de la boutique. Une scène rare dans une boutique de haute joaillerie. Des musiciens s’y succèdent chaque jour. «Le luxe doit être vivant. On a perdu trop de choses : l’émotion, l’authenticité.» Malgré le succès, Patrice Bensahin revient toujours à l’essentiel : la création. Il prépare une nouvelle ligne de joaillerie qu’il repousse sans cesse, faute d’avoir atteint le point d’évidence. «Je veux qu’il y ait un “waouh”. Sinon, je préfère attendre.» Au moment de se quitter, il évoque à demi-mot un projet plus secret encore, réservé à quelques clients seulement. Une expérience hors norme. Il n’en dira pas davantage. Comme si, au fond, le luxe ultime résidait aussi dans ce qui ne se montre pas.

Godechot Pauliet. 28-30 avenue Victor-Hugo, Paris XVIe

Emma Carenini

Le luxe est une façon de voir

Il nourrit les rêves, suscite la convoitise. Tour à tour prisé et décrié. Il est synonyme de beauté, d’excellence, de goût, mais aussi de superflu. Le luxe, on voit ce que c’est, sans pour autant être capable de dire ce qu’il est précisément. Ecrire Une autre histoire du luxe. Des thermes romains à LVMH est parti d’un constat : «Nous vivons dans une société où tout le monde en parle. On le voit affiché partout à travers la publicité, dit son autrice, Emma Carenini. Mais ses contours sont flous. Le luxe est défini par des chiffres, la cherté de ses produits ou des considérations qui, si elles ne sont pas fausses, manquent son essence. Dans un âge animé par la passion égalitaire, le luxe est souvent dénoncé comme un scandale moral. Or il ne saurait être réduit au seul prisme de la domination ou de l’ostentation.»

D’ailleurs, jouir des belles choses n’implique pas qu’on étale ses richesses. Et, aujourd’hui, les milliardaires sont en jean. Aussi, pour comprendre le luxe, s’agit-il pour Emma Carenini de revenir à l’idée d’ornementa dans la Rome antique. Insignes de dignité, les ornamenta ne sont pas de superfétatoires décorations qui s’ajoutent en surface à la personne qui en fait usage, mais quelque chose de l’ordre du beau qui “augmente” son être même. Si le luxe est un concept fuyant, l’agrégée de philosophie et ancienne conseillère ministérielle à l’Education nationale tente néanmoins de dégager certains critères permettant d’appréhender cette notion. Le luxe traduit un «désir universel de perfection sensible», un besoin esthétique que l’humanité a en partage. Il est également «l’art de faire disparaître les obstacles» en vue d’une existence débarrassée de toute friction – un beau vêtement n’est-il pas comme une seconde peau ? Le luxe a ensuite trait à l’artisanat, lequel «suppose l’intervention d’une main experte, formée par des milliers d’heures d’apprentissage, capable de porter un matériau jusqu’à sa plus haute perfection». Enfin, le luxe, c’est surtout un autre rapport au temps. Le champagne en est une parfaite illustration : ses bulles marquent cette rupture d’avec l’espace-temps commun. Car le luxe doit nous sortir de l’ordinaire de nos vies. La césure qu’il crée balaye l’écume des jours pour nous emporter dans l’effervescence de la fête. «Le luxe instaure une temporalité propre.» Pas tant lié à l’avoir qu’à un mode d’être, le luxe est une façon de voir. Parmi le tumulte d’une vie chronométrée, c’est un temps suspendu où nous sommes reliés à la beauté par sa contemplation – la grâce de notre regard.

SEAN ROSE

Emma Carenini, «Une autre histoire du luxe. Des thermes romains à LVMH», éditions Passés composés.

ENGLISH TEXT. It feeds dreams and arouses desire—by turns praised and condemned. Synonymous with beauty, excellence and taste, yet also with excess, luxury is easy to recognize but hard to define. In Another History of Luxury, from Roman Baths to LVMH, Emma Carenini notes that though it is everywhere, its contours remain vague. Too often reduced to price or display, it cannot be confined to domination or ostentation. Enjoying beauty does not mean flaunting wealth—today’s billionaires wear jeans. To grasp it, she returns to the Roman ornamenta: not superficial adornments, but signs that enhance one’s being. Luxury expresses a universal desire for sensory perfection, rooted in craftsmanship and time. More than having, it is a way of being—a suspended moment connecting us to beauty.

Sima Ouahman

La puissance cristalline d’une

jeune

soprano

Certaines voix marquent à jamais. C’est le cas de celle de Sima Ouahman, jeune soprano d’origine irano-marocaine qui vient d’intégrer la prestigieuse Académie de l’Opéra de Paris. Celle qui passe d’aigus cristallins mais puissants à des graves doux et mélancoliques offre une palette musicale admirable au public qui la découvre. Rencontre avec une soprano qui fait vibrer la scène parisienne.

Comment on se démarque quand on est une jeune chanteuse ? Il est difficile d’être soprano, parce que c’est la catégorie de voix où il y a le plus de monde. Il existe des multitudes de sopranos. Se démarquer, ce n’est pas forcément chercher à être différente à tout prix, mais plutôt être profondément sincère. C’est “donner de sa personne”.

De quelle carrière rêviez-vous ? En entrant au conservatoire en chant alors que j’y étais déjà en piano, je pensais à un parcours d’instrumentiste, avec le conservatoire supérieur comme passage incontournable. Mais, en découvrant le chant lyrique, j’ai compris que les trajectoires sont plus singulières. J’ai eu la chance de rencontrer très tôt Maryse Castets au conservatoire de Bordeaux, qui m’accompagne encore aujourd’hui. Cette rencontre a été déterminante dans mon parcours et dans la manière dont j’envisage aujourd’hui mon évolution.

Que vous apporte l’Académie de l’Opéra de Paris ? Le rythme de l’académie est très formateur : nous avons environ un concert par mois, ainsi qu’une à deux productions par an. Et il y a bien sûr ce moment fort qu’est le Gala de l’Académie, sur la scène du Palais Garnier, accompagné par l’Orchestre de l’Opéra de Paris. Tous ces rendez-vous nous construisent en profondeur et nous apportent une vraie solidité artistique.

De quelles scènes rêvez-vous ? Beaucoup de scènes me font rêver… La scène de la Bastille, le Metropolitan Opera, pour leur dimension et leur histoire, mais aussi l’Opéra de Marseille et le Teatro Massimo. Et puis il y a Bordeaux, la ville où j’ai grandi. Y chanter aurait une résonance toute particulière.

Quels rôles redoutez-vous ? Certains rôles imposent une maturité, vocale et humaine, qu’il faut savoir attendre. Ce sont des rôles qui demandent du temps, comme la Traviata ou Lulu d’Alban Berg. Il y a une forme de respect à avoir vis-à-vis d’eux.

L’opéra est un art complet. Comment en travaillez-vous tous les aspects ? J’essaie d’aborder chaque rôle de manière globale. Le texte est toujours mon point de départ : comprendre, traduire, m’approprier chaque mot. Ensuite, la musique vient enrichir cette intention. Le travail corporel, la présence scénique, la relation aux autres… tout est lié.

Avez-vous le sentiment de créer ? Oui, profondément. Même en interprétant un rôle existant, on recrée à chaque fois. Chaque

représentation est unique. Il y a une part de transmission, mais aussi une part de création, dans la manière dont on habite la musique et le personnage. Par exemple, j’aimerais monter un récital qui me ressemble vraiment : un programme mêlant mélodies françaises et musique iranienne. Une manière pour moi de relier différentes parts de mon identité artistique et personnelle.

Quel mantra vous accompagne sur scène ? Quelque chose de très simple : rester présente. Etre toujours là, ne pas anticiper, mais vivre le moment.

Propos recueillis par MARIE JEREMIE

ENGLISH TEXT. Some voices stay forever. That of Sima Ouahman, a young Iranian-Moroccan soprano recently admitted to the Paris Opera Academy, is one of them. Moving from clear, powerful highs to soft, melancholic lows, she reveals remarkable range.

Standing out isn’t about forcing difference, but sincerity—giving oneself fully. Initially trained as a pianist, she discovered opera and a more personal path, guided by mentor Maryse Castets.

The Academy offers intense training and stage experience, shaping her artistry. She dreams of major stages worldwide—and Bordeaux, her hometown.

Osez la beauté !

Photographies
JULIETTE ALLIX
Direction artistique
ANNE DELALANDRE
Maquillage
ALEXIA AMZALLAG

Double page précédente.

Mise en beauté Dior avec Dior Forever Skin Wear 0N, Dior Backstage Rosy Glow Stick 077 Candy, DiorShow Overvolume Waterproof Mascara 090 OverBlack, Rouge Dior On Stage 168 Copper Attraction et Dior Vernis 902 Pied-De-Poule.

Ci-contre.

Mise en beauté Dior avec Dior Forever Skin Correct 1N, DiorShow Overvolume Waterproof Mascara 090 OverBlack, Diorshow 5 Couleurs 423 Amber Pearl et Diorshow Stylo 466 Pearly bronze.

Page de droite.
Mise en beauté Dior avec Dior Forever Skin Glow 1N, Dior Backstage Rosy Glow Stick 001 Pink, Diorshow On Set Brow 01 Blond, Diorshow On Stage Crayon 246 Matte Mint et Dior Addict Lip Glow Oil 081 Latte.
Col nœud kaki, Dior
Mise en beauté Dior avec Dior Forever Skin Wear 2N, Dior Forever Skin Contour 02 Tan, Diorshow On Set Brow 01 Blond, DiorShow Overvolume Waterproof Mascara 090 OverBlack, Diorshow Liquid Liner 096 Satin Black et Dior Addict Lip Maximizer 001 Pink.
Collier «Butterfly», or blanc et diamants, Graff Capuche noire, soie et coton, Maison Mogharab
Mise en beauté Dior Chapeau Dior Show Stingray, soie noire, Dior Brassière, simili cuir noir, Her Senses

Assistant

Assistante

Assistante maquilleuse Yanna Keranflec’h

Assistante mode Noémie Jalu

Studio Les Studios

Mise en beauté Dior
avec Dior Forever Skin Wear 0N, Dior Forever Skin Bronze 01 Light Fair, Diorshow Overvolume
Waterproof Mascara 090 OverBlack, Diorshow 5 Couleurs 563 Brown Brocart et Dior Addict Lip Maximizer 012 Rosewood.
Collant Pure Matt, Falke
Collier «Danger» et boucles d’oreilles «Nacreous», or jaune et perles Akoya, Tasaki
Photographe Juliette Allix @ Marlowe Paris
Directrice artistique Anne Delalandre
Maquilleuse Alexia Amzallag @ Opus Beauty
Mannequins Josi Mattoon @ Premium Models & Lieve Auw @ The French Management
Casting V&Y Casting
Styliste Victoire Seveno
Coiffeur Quentin Guyen @ Calliste Agency
Manucure Yoana Tg
lumière Quentin Lefeuvre
styliste Victoria Korkos
Français
Mise en beauté Dior
avec Dior Forever Skin Glow 1N, Dior Backstage Rosy Glow Stick 001 Pink, Diorshow On Stage Crayon 246 Matte Mint et Dior Addict Lip Glow Oil 081 Latte.

Mise en beauté Dior avec Dior Forever Skin Wear 1N, Dior Backstage Rosy Glow Stick 103 Toffee, DiorShow Overvolume

Waterproof Mascara 090 OverBlack , Diorshow 5 Couleurs 170 Midnight Lamé et Dior Addict Lip Glow Oil 012 Rosewood. Collier et boucles d’oreilles «Tilda’s Bow», or blanc et diamants, Graff Robe «La Robe Noire», coton, Maison Mogharab

«Un jardin sous la mer» Hermès

Quelque chose a basculé. Le parfum n’est plus une signature olfactive reconnaissable. Il devient une zone intime, un état des lieux de nos humeurs. Les sillages se concentrent, se lisent à fleur de peau. La parfumerie de niche a ouvert la brèche, imposant des récits sensuels et des matières troublantes. L’Entropiste signe Ensang Noir, une rose tachée d’encre et de métal, romantisme qui évoque davantage Baudelaire que les jardins en fleur.

Chez L’Artisan Parfumeur, L’Amant capture cet instant fragile où tout vacille. Piment, patchouli, notes d’encre. Des draps froissés, des mots qu’on n’ose dire qu’écrits. L’émotion mise en flacon. Face à cette intériorité, une autre radicalité s’impose : celle du dépouillement. Matiere Premiere taille Metal Lavender, une lavande froide, presque clinique, débarrassée de toute nostalgie provençale. Les matières sont mises à nu. Sans fard. Même la vanille se transforme. Fini le sucre rassurant. Elle devient boisée, fumée, parfois saline. Le confort olfactif n’est plus une évidence, il interroge. D’Orsay le glisse subtilement avec Candy Crush. Sous la guimauve et la fleur d’oranger, une faille. Rien n’est aussi innocent qu’il en a l’air. La sensualité affleure. D’autres maisons ne composent plus des parfums, mais des paysages intérieurs. Loewe, avec Sutileza, esquisse un printemps diffus, où poire, muguet et jasmin s’entremêlent.

Solférino imagine un Paris Radieux, entre pierre haussmannienne tiède et agrumes flottants. Hermès prolonge son rêve botanique avec Un Jardin sous la Mer, souffle lointain de fleur de tiaré et de noix de tamanu. Acqua di Parma orchestre le temps avec Buongiorno Buonanotte, de la bergamote matinale au santal du soir. Avec son nouveau flacon, Chanel rappelle, avec N° 5, qu’un classique n’est pas une relique. C’est un étalon, pour l’interprétation de la féminité qu’il est et qu’il restera.

A l’écart, Henry Jacques cultive une autre forme de radicalité, celle de la distance. Moins démonstratif, plus intérieur. Il ne cherche plus à séduire à tout prix. Il cherche à faire sens, quitte à ne plaire qu’à une seule personne.

EMMA BENTZINGER

Parfums intimes

Fini les fragrances imposantes. Désormais, le parfum se porte comme une pensée intime, chargé d’émotions, fait pour soi avant tout. Il reste au plus près de la peau. Et raconte désormais moins ce que nous voulons montrer que ce que nous cherchons à ressentir.

Photographies NATHAN ROBIN
Direction artistique ANNE DELALANDRE
«Ensang noir», L’Entropiste «L’amant», L’Artisan Parfumeur

«Buongiorno Buonanotte», Acqua di Parma «Candy Rush», D’Orsay «Metal Lavender», Matiere Premiere «Sutileza», Loewe

«N° 5», Chanel « Blue Vanille », collection Les Classiques, Henry Jacques
«Paris Radieux», Solférino

La beauté de la différence

Page de gauche. «Vision», série «Jeweled» (2016) Ci-dessous.«Absence», série «Passé», (2021)

Ces images sont des “peintures photographiques” : traitement classique, portraits mis en scène, aristocratie des poses, délicatesse des traitements, modelé de la lumière, raffinement des couleurs… et regard moderne sur la différence. Ce sont les œuvres, superbes, de Justine Tjallinks, artiste photographe, née en 1984 aux Pays-Bas, qui explique : «Mon processus ressemble beaucoup à celui de la peinture, mais de façon numérique. Mes œuvres sont basées sur la photo d’une personne prise dans mon

studio. Puis, j’enrichis cette image en construisant lentement des couches dans Photoshop. Je peux travailler sur une seule œuvre pendant des mois. Souvent, je prends du recul pour “laisser la peinture sécher”. Quand je reprends après quelques jours, il m’est plus facile de voir quelles étapes je dois entreprendre encore. J’ajoute des textures pour donner un aspect plus pictural, j’accentue les lumières et les ombres et je travaille sur les plus petits détails de la peau et des cheveux. A un certain moment, j’ai l’impression qu’une œuvre prend vie et me procure un sentiment de paix. C’est à ce moment-là que je sais

qu’elle est terminée.» A l’interrogation sur la «singularité de son regard sur la différence », elle répond : «Quand j’ai commencé la photographie en 2014, l’acceptation par notre société de nos différences physiques était très éloignée de ce qu’elle est aujourd’hui. Beaucoup de progrès ont été réalisés depuis, en grande partie grâce aux réseaux sociaux. Pour moi, il ne s’agit pas de mettre en avant un handicap, car toutes les personnes que je photographie n’en ont pas… J’aime plutôt mettre en lumière la beauté de l’altérité. Pour amener le spectateur à se demander pourquoi il ne perçoit la beauté que si

Page de gauche. «Jayda», série «The Leftovers» (2015) Ci-dessous. «Gentle», série «Modern Times» (2025)

elle correspond à des critères standardisés.» A la question sur le «classicisme de ses images», elle insiste sur : «les messages contemporains de ses créations» et précise : «Je n’habille jamais les personnes que je photographie avec des costumes histo-

riques. A la place, elles portent des créations de designers de mode actuels. Je pense qu’il est bon de s’inspirer du passé, mais que les artistes contemporains doivent aussi porter des messages d’aujourd’hui.» OSCAR LÉON

Page de gauche. «Despondent», série «Jeweled» (2016) Ci-dessous. «Anne», série «Silence», (2016)

Les NoLow côté gastronomie

Avez-vous fait abstinence (d’alcool) pendant le mois de janvier ? Oui ? Alors vous faites partie des quelque 10 millions de Français qui ont participé cette année au Dry January. Lancé en 2013 au Royaume-Uni, le “janvier sec” a pris de l’ampleur ces dernières années, au point de s’imposer notamment chez les jeunes et le public féminin. Si, au début, les alternatives n’étaient pas nombreuses, à part quelques softs bourrés de sucre et des bières sans alcool, de nombreuses marques ont bien senti que ce courant, hygiéniste à l’origine, pouvait leur permettre de contrer la baisse de consommation générale de vin. Et ça marche, puisque, d’après les derniers chiffres publiés par l’International Wines and Spirits Record (IWSR), les dix principaux marchés du No-Low (Australie, Brésil, Canada, France, Allemagne, Japon, Afrique du Sud, Espagne, Royaume-Uni et Etats-Unis) ont enregistré une progression de 13 % en 2024. Et la tendance ne devrait pas s’inverser dans les prochaines années, avec une hausse de 17% attendue d’ici 2028 pour un chiffre d’affaires mondial de 5 milliards de dollars.

Derrière les bières, pionnières dès les années 1980, largement consommées par 61% des amateurs de No-Low, les spiritueux et les vins connaissent un véritable engouement grâce à quelques belles réussites. Créé par deux fans de vins, Moderato s’est ainsi associé au château Sigalas Rabaud, premier cru classé en 1855 de Sauternes, pour proposer une cuvée inédite, un liquoreux sans alcool. Alors qu’on aurait pu être légitimement dubitatif, le résultat est bluffant : on retrouve tous les marqueurs organolep tiques d’un grand sauternes, l’alcool en moins. «Je voulais un vin frais, élégant, complexe, aérien», explique Laure de Lambert Compeyrot (photo), propriétaire du domaine. Les vins ne sont pas la seule catégorie à élaborer des produits de qualité. Celle des spi ritueux propose des alternatives de qualité et attire des person nalités de tous horizons, comme le pilote de F1 Lewis Hamilton sept fois champion du monde, qui a lancé Almave, une tequila blanco sans alcool vraiment réussie. L’agave bleu produite dans

Avec Moderato, un liquoreux sans alcool, on retrouve tous les marqueurs d’un grand sauternes, l’alcool en moins

l’Etat de Jalisco, au Mexique, comme les “vraies” tequilas, se révèle dès les premiers arômes avec son côté frais et herbacé, et l’illusion se prolonge en bouche avec une sensation pimentée qui reste sur le palais. De quoi attirer de grands groupes comme Pernod Ricard, qui s’est associé avec le pilote, ou LVMH, qui a pris une participation dans le français French Bloom

Bien sûr, la France n’est pas le seul pays à produire des No-Low. Parmi les marques élaborées aux Etats-Unis, par exemple, on peut citer SemiPlume et son effervescent désigné meilleur pétillant brut sans alcool en 2024. Une belle récompense pour un duo féminin composé de Sabrina Duong, installée à Los Angeles, et Julie Dupouy,

sommelière à Dublin, qui voulait proposer une alterna tive au champagne, mais sans alcool, tout en satisfaisant les palais exigeants. Les deux jeunes femmes ont ainsi associé différents thés à du jus de raisin bio, de yuzu, du curcuma et de l’essence de figue. Le résultat est particulièrement rafraîchissant et totalement addictif, porté par une effervescence légère. Cette nouvelle catégorie appelée boissons gastronomiques est certainement celle qui fait le plus preuve de créativité et de réussite. Au Danemark, Copenhagen a été imaginé par le sommelier Jacob Kocemba, qui marie plusieurs thés artisanaux dans des infusions pointues et compose ainsi une gamme de boissons pétillantes remarquablement complexes, déjà plébiscitées par plusieurs centaines de tables étoilées dans le monde.

Lewis Hamilton, sept fois champion du monde de F1, a lancé Almave, une tequila blanco sans alcool vraiment réussie

Plus près de nous, Grands Jardins, créé par Edouard Malbois et Vincent Mesnage, deux passionnés de gastronomie et de thé, ont inventé une gamme de boissons à base de thés rares qui entendent rivaliser avec les grands vins et accompagner les mets les plus fins. C’est aussi dans cet esprit que le chef triplement étoilé Mauro Colagreco a mis au point une gamme où thés, botaniques et épices composent des boissons de haut vol, effervescentes ou pas. C’est sans doute vers ce segment que l’avenir des boissons sans alcool trouvera sa place.

BEATRICE DELAMOTTE

ENGLISH TEXT. Did you abstain from alcohol this January? If so, you’re among the roughly ten million people in France who took part in “Dry January.” Launched in the UK in 2013, the movement has grown rapidly, especially among younger and female audiences. Initially, alternatives were scarce—mostly sugary soft drinks and alcohol-free beers—but brands quickly saw an opportunity to counter declining wine consumption. It’s working: according to IWSR, the ten largest no/low markets (including France, the US, and Japan) grew by 13% in 2024, with a further 17% increase expected by 2028, reaching $5 billion globally.

While beer—pioneering since the 1980s—still dominates (61% of consumers), wines and spirits are now booming thanks to notable successes. Moderato, for instance, partnered with Château Sigalas-Rabaud, a Premier Cru of Sauternes, to create a non-alcoholic sweet wine. The result is striking, preserving the complexity and elegance of a classic Sauternes. Spirits are also evolving: Formula 1 champion Lewis Hamilton launched Almave, an alcohol-free tequila that captures the fresh, herbal notes of blue agave, with a lingering peppery finish.

The trend is global. In the US, SemiPlume won “best alcohol-free sparkling” in 2024 with a refined blend of teas, organic grape juice, yuzu, turmeric, and fig essence. This emerging category—“gastronomic beverages”—is highly creative. In Denmark, Copenhagen Sparkling Tea, developed by sommelier Jacob Kocemba, is already featured in top restaurants worldwide. In France, Grands Jardins and chef Mauro Colagreco are crafting sophisticated tea-based drinks designed to rival fine wines. This segment likely represents the future of alcohol-free drinking.

«No-Low» est une contraction de «no alcohol» et de «low alcohol» (sans ou avec très peu d’alcool) . DR

Le chef triplement étoilé Mauro Colagreco a mis au point une gamme où thés, botaniques et épicés composent des boissons de haut vol, effervescentes ou pas

Tempera, l’art des assemblages sans alcool au service de la gastronomie

Figure majeure de la gastronomie contemporaine, Mauro Colagreco s’est imposé comme l’un des chefs les plus visionnaires de sa génération. A la tête du Mirazur à Menton, restaurant triplement étoilé au Guide Michelin et élu meilleur restaurant du monde en 2019, il développe, depuis près de vingt ans, une cuisine profondément connectée à la nature, aux saisons et aux cycles du vivant. Installé entre mer et montagne, à la frontière franco-italienne, le Mirazur s’inscrit dans un paysage exceptionnel. Les jardins en terrasses qui entourent le restaurant regorgent d’agrumes, de fleurs et d’herbes aromatiques qui nourrissent l’inspiration du chef. C’est dans cet environnement unique qu’est né Tempera, un projet imaginé par Mauro Colagreco pour explorer de nouvelles formes d’accords à table. L’idée prend forme en 2022, après plusieurs années d’expérimentations autour des accords gastronomiques sans alcool au Mirazur. Face à une demande croissante de la part des convives, le chef décide de développer une gamme de sept assemblages capables d’accompagner

«La nature est mon premier sommelier : elle guide chaque assemblage que je crée» Mauro Colagreco

les plats avec la même précision et la même complexité qu’un grand accord mets-boissons. Chaque création repose sur un travail minutieux d’assemblage : infusions, macérations, réductions et fermentations naturelles permettent de révéler les arômes de plantes, de fleurs, d’épices et de fruits. Comme dans la construction d’un plat, l’objectif est de trouver un équilibre subtil entre fraîcheur, profondeur aromatique et longueur en bouche. Pour Mauro Colagreco, l’ambition n’est toutefois pas de remplacer le vin. Tempera s’inscrit dans un profond respect du travail des vignerons et de la culture viticole. Ces sept assemblages ne cherchent pas à imiter le vin ni à lui faire concurrence : ils proposent simplement une alternative élégante, destinée à ceux qui souhaitent réduire leur consommation d’alcool ou qui ne peuvent plus en boire, au restaurant ou à la maison, tout en conservant la richesse d’une expérience gastronomique complète. drinktempera.com @drinktempera

Matteo Carassale

Le Blanc de Blancs est bien plus qu’une boisson : c’est une invitation à redécouvrir le plaisir sans alcool inspiré par la haute gastronomie

Blanc de Blancs, le plaisir sans alcool au niveau Michelin

Il existe des lieux où la tradition et l’avenir ne se contredisent pas, mais se subliment mutuellement. Maison Geiger est exactement un de ces lieux, et, en même temps, une idée : l’union de la culture viticole française et de l’esprit pionnier allemand dans le segment premium sans alcool. Au cœur de la région de Bordeaux se trouve Château Lamothe, le foyer français de Maison Geiger. C’est là que naît la différence : le vin n’est pas conçu comme un sous-produit, mais vinifié dès le départ en pensant à sa future désalcoolisation. Les raisins sont récoltés de manière sélective, et les vins de base sont vinifiés selon la tradition, avec une structure, une acidité et une profondeur aromatique qui perdurent même après le retrait de l’alcool. Ce n’est qu’à l’étape suivante que l’alcool est délicatement retiré du vin – un processus nécessitant le plus grand soin. Ce qui reste est ce qui compte vraiment : l’essence même du vin. La star, le Blanc de Blancs sans alcool est une création qui s’inspire délibérément du monde des grands vins effervescents sans les imiter. Nous présentons non seulement

une boisson, mais une vision : le plaisir sans alcool au niveau Michelin. Le Blanc de Blancs de Jörg Geiger est un hommage au raffinement et à l’ambition, élevant les alternatives sans alcool à un nouveau niveau. Sélectionné parmi des vins biologiques de haute qualité issus de millésimes mûrs de chardonnay et de colombard, il est raffiné avec un élégant dosage de jus de groseilles et de mandarines ainsi que des herbes, fleurs et épices soigneusement choisies. Le résultat est une expérience sans alcool qui séduit le palais par sa complexité et sa profondeur, créant une expérience sensorielle véritablement unique dans sa catégorie. mgfr.eu @manufakturjorggeiger

Bagues délicates

Experte en haute joaillerie, Valérie Danenberg imagine et façonne, au sein de ses ateliers, des collections à la fois contemporaines et intemporelles. La Maison est notamment reconnue pour ses bagues Bandeau ajourées, sublimées par des diamants en serti perlé, qui se distinguent par leur finesse et leur délicatesse. Véritables dentelles d’or et de diamants à même la peau, elles sont façonnées à la main, dans les ateliers de la Maison, selon un savoir-faire joaillier d’exception. La

bague Mathis TPM, l’un des modèles emblématiques de la Maison, dévoile un décor ajouré serti de diamants, lui conférant une impression de légèreté subtile et délicate. Inspirée des arcades et des ornements du Palais des Doges à Venise, elle évoque avec élégance la finesse de l’architecture vénitienne, transformant un motif architectural en un bijou précieux. Valérie Danenberg. 1 rue du Marché-Saint-Honoré Paris Ier danenberg.fr

Stylées au soleil

Pour les beaux jours, il faut toujours être prêt à affronter avec style les éclats du soleil.

De haut en bas. Lunettes de soleil aviateur ARTOA.92X en titane, Dita. Lunettes de soleil carrées SL 900 HOWL à monture injectée oversize et verres en nylon, Saint Laurent. Lunettes de soleil dorées style cat-eye inspirées de la collection Constella en métal et cristaux, Swarovski.

Les trésors d’Olwen Forest

The force of famous fashion jewels

Depuis mon enfance, j’ai toujours su que, depuis le début du temps, les ornements du corps attirent les regards et attisent les passions. Les bijoux nous racontent une histoire autour des créations des plus grands noms des deux côtés de l’Atlantique. La haute couture est la force de la France, avec ses créateurs qui nous proposent d’originales représentations. “Révolutionist” concernant les codes d’élégances, Coco Chanel a imaginé des parures avec des couleurs radieuses. Dès 1920, elle travaille avec la maison Gripoix, célèbre pour ses somptueuses pâtes de verre. La célèbre Elsa Schiaparelli, qui collabore avec les artistes Salvador Dali et Jean Cocteau, crée des cabochons aux nuances changeantes que l’on appelle «L’Aurore boréale». Le jeune Roger Jean-Pierre établit sa réputation avec Schiaparelli. En 1940, il est le directeur technique de Christian Dior et ouvre son atelier, puis devient le président de la Chambre syndicale des paruriers de la haute couture. En 1962, il obtient le “famous” Neiman Marcus Award en Amérique. Ses bijoux sont comme des sculptures en trois dimensions. Aux USA, la grande maison Renoir des années 1940 aux années 1960 s’est rendue célèbre par un design abstrait et moderniste, un style unique.

Cette maison fin 1940 devient Renoir de Californie. Simplement avec une «touche de magie», Joseff of Hollywood, «jeweller of the stars», a créé des bijoux portés par l’actrice Marlene Dietrich dans le film Kismet en 1943. «Let’s stand together with the force of famous fashion jewels.»

Marlene Dietrich porte les bijoux de Joseff of Hollywood dans le film «Kismet», de 1943, circa 1940

Manchette signée Renoir circa 1940

Parure de bracelet et broche signées Schiaparelli circa 1960

Un sautoir avec incrustations, une chaîne avec croix, tous les deux signés Chanel circa 1980

Olwen Forest, Marché Serpette, 110 rue des Rosiers, à Saint-Ouen, allée3, stands 5, 6 et 7. 0140119638. www.olwenforest.com

Broche en trois dimensions de Roger Jean-Pierre circa 1960

Colors

La Maison Buccellati enrichit sa collection Ghirlanda de pierres de couleur : saphirs bleus intenses et roses délicats ou tsavorites lumineuses. L’or finement ajouré, travaillé comme une dentelle précieuse, laisse apparaître des pierres éclatantes,délicatement suspendues, comme en apesanteur. «Ghirlanda Color est un pont entre le riche héritage de mon père et de mon grand-père et une vision audacieuse pour l’avenir», confie Andrea Buccellati buccellati.com

COMÉDIE MUSICALE AU

KENNY WAX ET JONATHAN CHURCH PRÉSENTENT

15 AVRIL  3 MAI 2026

PAROLES ET MUSIQUE IRVING BERLIN

D’APRÈS LE FILM PRODUIT PAR RKO PICTURES LE DANSEUR DU DESSUS

ADAPTÉ POUR LA SCÈNE PAR MATTHEW WHITE ET HOWARD JACQUES

MISE EN SCÈNE ET CHORÉGRAPHIE KATHLEEN MARSHALL

PRODUCTION CHICHESTER FESTIVAL THEATRE

Photo

L’élégance troublante

La marque chic et insolente Maison Close signe une nouvelle vision du désir estival à travers ses lignes swimwear et resortwear, pensées comme un vestiaire d’été.

MINUIT et son minimalisme sophistiqué impose une élégance insoumise qui joue avec l’illusion, entre opacité et transparence, laissant deviner sans jamais totalement révéler. Une signature forte, car, pour Maison Close, MINUIT n’est pas une heure, c’est un état d’esprit.

SPLASH affirme une esthétique rétro et sensuelle, des lignes fluides qui épousent le corps comme une seconde peau liquide, des maillots découpés aux brides affûtées.

SAFARI exprime un élan plus instinctif, les liens coulissent, les anneaux glissent et le regard s’attarde sur les nuances ambrées

finement marbrées. Une allure calibrée à demi camouflée, le léopard se porte sur le sable ou sous les palmes.

GLOW révèle un luxe lumineux, une féminité rayonnante où l’élégance se mêle à l’insouciance, relevée d’accessoires lipstick dorés.

FEVER, la capsule resort, explore un vestiaire plus libre où l’élégance flirte avec l’indécence. Robe courte, chemise ou dos nu, kimono loose, jupe portefeuille et top réversible, des pièces pensées pour superposer les styles et les envies. Une collection pour celles qui aiment suggérer sans tout dévoiler.

Plongez, brûlez, brillez… maison-close.com

Broderies glamour

Depuis 136 ans, le Moulin Rouge est un emblème de la culture et des savoirfaire français. La marque Moulin Rouge®, c’est aussi des collections de produits haut de gamme en collaboration avec des maisons françaises et internationales qui partagent ses valeurs d’élégance, de créativité et de joie de vivre : des collections au design singulier inspirées de l’univers glamour du Moulin Rouge. Moulin Rouge® et Brigitte Tanaka unissent leurs univers pour tisser la féérie dans l’ordinaire. Deux maisons, un même souffle : celui du mystère et de l’élégance espiègle. La délicatesse francojaponaise de la marque Brigitte Tanaka, dans la finesse de chaque broderie, dialogue avec l’élégance de Moulin Rouge®. Tote-bags, pochettes, chouchous… deviennent des objets poétiques, légers et transparents, où les savoir-faire français et japonais se mêlent à l’imaginaire pour créer des trésors du quotidien à l’allure 100% parisienne.

Deux collections, deux récits. La première : Divination, où l’aura mystique du Moulin Rouge est au rendez-vous. Collection astrale jamais bien loin des plumes, des étoiles et de petits secrets, où tarots et poésie se mêlent à la légèreté et à la précision des gestes de Brigitte Tanaka.La deuxième : Fragments du Moulin Rouge. Le rouge, le bal, la nuit de Montmartre… Des fragments de l’univers Moulin Rouge brodés avec virtuosité qui deviennent de parfaits objets à porter. Un esprit libre et joyeux, fidèle à l’âme de la marque et du cabaret. Chaque collection révèle la délicatesse et dialogue avec l’esprit Moulin Rouge®, tissant un pont subtil entre deux univers où mystère et raffinement s’entrelacent fil à fil.

La collection Moulin Rouge® x Brigitte Tanaka est disponible sur le site internet du Moulin Rouge et sur celui de Brigitte Tanaka. Pour ceux qui veulent vivre une expérience complète, la boutique Moulin Rouge (place Blanche, 82 boulevard de Clichy, Paris XVIIIe), vous accueille pour découvrir ces créations dans leur écrin original. Boutique en ligne du Moulin Rouge sur : store.moulinrouge.fr

UNE HISTOIRE D’ATTENTION, D’HOMMES ET DE SAVEURS DANS CHAQUE TASSE

Le Byblos, l’hôtel iconique de Saint-Tropez

Plus qu’un hôtel, un mythe qui continue d’écrire son histoire. Cette saison, le Byblos invite l’architecte d’intérieur Laura Gonzalez à réinterpréter huit nouvelles suites à travers une palette chromatique inspirée par la magie des couleurs de Saint-Tropez. Au sein de cet hôtel iconique, le nouveau restaurant Il Giardino célèbre la dolce vita avec une cuisine italienne gourmande et de caractère. Que l’on s’installe au B.Lounge en

bord piscine pour un déjeuner ensoleillé, ou au nouveau rooftop le Sky Bar pour contempler la baie de Saint-Tropez, chaque instant devient une escale raffinée au sommet du luxe azuréen. Sur le sable iconique de Pampelonne, l’hôtel décline son identité solaire à travers une expérience balnéaire raffinée à Byblos Beach, entre farniente élégant et gastronomie marine. byblos.com

©Stephan Julliard

www.redline-boutique.com

FACE-À-FACE

KometenbuchFulgures everywhere

(Livre des comètesEclairs de partout)

Peinture murale (2025)

Abdelkader

Benchamma

En entrant dans la galerie qui expose les œuvres d’Abdelkader Benchamma, on ne sait pas exactement ce que l’on regarde dans ce qui apparaît à première vue comme des tourbillons mutuellement enlacés. Les cimaises alignent des encres sur papier encadrées où le blanc et noir domine avec çà et là des couleurs qui s’infiltrent dans le courant des masses charbonneuses. Voilà pour l’aspect matériel, mais reste à distinguer le contenu, car l’ensemble de la présentation échappe à toute reconnaissance explicite. Le dessin devient peinture, les lignes s’incurvent, se tordent dans toutes les directions. Chaque tableau – mais est-ce encore le bon mot ? – enregistre une séquence de l’enchaînement des multiples métamorphoses d’un paysage en constante déformation. Abdelkader Benchamma a placé la germination de son exposition sous l’inspiration des enluminures du Kitab al-Bulhan, un manuscrit arabe des XIVe et XVe siècles, ainsi que sous celles des gravures allemandes du XVIe siècle du Livre des miracles. L’un et l’autre décrivent les croyances et les merveilles d’une époque où se croisent les djinns et les mythologies de nos fins dernières. Ces références, jamais reprises telles quelles, président à la naissance d’un univers qui, s’émancipant de ses sources, invente ses propres règles. Le meilleur exemple de cet imaginaire fertile qui a congédié toutes formes identifiables se situe au fond de la galerie. Où, sur la totalité du mur, se déploie une fresque qui circule de part et d’autre des tableaux. Elle a même envahi sur la portion qui nous intéresse le coin de la cloison voisine. Ce ruban pictural, composé d’une pluralité de strates, bien qu’éphémère, entoure le cadre d’un petit format dont le titre, à lui seul, Livre des comètes : Eclairs de partout, résume cet état de flottement qui affecte l’empreinte de la brosse. Mais ce flux débordant part-il du tableau ou se concentre-t-il en lui ? Difficile de répondre, car l’agitation dessinée va dans les deux sens : elle éclate et se rétracte. L’expansion de cette respiration contrariée organise le réseau mouvant d’un monde pluriel régi par ses enchevêtrements et doté de son vocabulaire. Car, bien qu’il se démarque de la figuration, son territoire fluctuant possède les caractéristiques d’une véritable cartographie. A commencer par le refus quasi viscéral de la limite. Les signes ondulent, prolifèrent et se

condensent, formant des tas, ou se disséminent par grappes. Ils filent par points et courbes et se méfient comme de la peste du trait droit. La carte prend tout son sens à partir des espaces laissés en blanc autour desquels le brun brûlé, le noir anthracite, le vert assourdi et le rose thé construisent le déploiement de leurs évolutions. Ces zones en réserve non touchées par la peinture dressent le maillage d’innombrables chemins à parcourir au nom d’une géographie qui, conjuguant les vides et les pleins, célèbre la fascination de l’ailleurs. A cet égard, la mappemonde d’Abdelkader Benchamma et les manuscrits anciens dont il s’inspire affirment sa passion du franchissement des frontières.

BERTRAND RAISON

GALERIE TEMPLON. Abdelkader Benchamma. Signs and wonders. 30 rue Beaubourg, Paris IIIe. Jusqu’au 7 mai 2026.

Kometenbuch : Fulgures Everywhere, 2025, courtesy de l’artiste et Templon, Paris–Bruxelles-New York, photo Tanguy Beurdeley.

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