«Personnellement, j’ai toujours essayé de sortir du carcan de l’apparence».
14. Sydney Sweeney
«L’une des questions que l’on me pose le plus souvent est :“ Etes-vous féministe?” Et bien je le suis, en acceptant le corps que j’ai. C’est mon geste sexy et fort».
18. Ibrahim Maalouf. «Ma musique est réconciliatrice».
24. Des gens que j’aime… Claire Denis.
28. Stella Li. «Chez BYD, nous sommes avant tout une entreprise dirigée par des ingénieurs».
32. Fleurs de charme
La Fleur de Monogram de la maison Louis Vuitton fête cent trente ans d’histoire. La collection Color Blossom qui célèbre avec éclat l’iconique symbole s’enrichit de couleurs et de formes inédites et se pare de pierres nouvelles.
Photographies Adam Amouri
46. Haute Joaillerie les nouvelles collections
Plein feux sur les toutes nouvelles parures signées par les plus grands joailliers.
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Magazine édité par la société c o s t e s E D I T I O N S RÉDACTION
Fondateur Claude Maggiori
Rédactrice en chef
Anne Delalandre
Direction artistique, maquettes Christian Kirk-Jensen
Secrétariat de Rédaction Philippe Bottini
Direction Digitale Mathieu Clément
Secrétaire Administrative Dolorès Gonzalez
Assistante Mode Noémie Jalu
Ont collaboré à la rédaction : Séraphin Bonnot, Alice de Chirac, Anne Delalandre, Sabine Euverte, Sandra Hirth,Noémie Jalu, Patricia Khenouna, Oscar Léon, Bertrand Raison, Ellen Willer.
Corespondant à Los Angeles Franck Olivier Rousseau.
Julie Le Calonnec 06 78 47 01 25 julie.lecalonnec@palacescope.com
IMPRIMERIE
Imprimé en France, Roto France Impression, Lognes (77) Suivi fabrication Annick Torrès (Les Conseils du Héron)
Tous les papiers utilisés dans cet ouvrage sont issus de forêts gérées durablement, labélisés 100% PEFC, ayant un Ptot de 0,01.
PHOTOGRAPHIE DE COUVERTURE
Adam Amouri
Directrice artistique Anne Delalandre. Styliste Claudia Cali. Mannequin Isabel Thuma (Women360). Casting V&Y Casting. Maquilleuse Miki Matsunaga Coiffeur Jean-Luc Amarin. Manucure Philippe Ovak (Tag Agency). Assistantes lumière Geoffrey Mitre. Assistante mode Noémie Jalu Isabel porte un collier, des boucles d’oreilles et earcuff, or rose, nacre et diamants, collection «Color Blossom», LOUIS VUITTON JOAILLERIE, et un maillot de bain une pièce, Louis Vuitton. Maquillage La Beauté Louis Vuitton Merci à Pierre Gonalons, designer et architecte d’intérieur, pour son formidable accueil. pierregonalons.com.
Galerie privée Pierre Gonalons, 52 rue de l’Arbre-Sec, Paris Ier. Sur rendez-vous. contact@pierregonalons.com +33 (0)1 43 46 70 39 @galeriepierregonalons (Photographie retouchée)
MAKING OF
Après une dizaine d’années dans le mannequinat, Adam Amouri est devenu photographe de mode et collabore régulièrement pour PalaceScope. Ses photos, pleines de douceur et de délicatesse, sont toujours d’une grande sensibilité. Pour ce premier numéro de l’année, nous lui avons confié la série Fleurs de charme, qui dévoile les nouveautés de la délicate collection de joaillerie Color Blossom de Louis Vuitton. Le shooting s’est déroulé au premier étage de l’hôtel de Trudon ( la célèbre famille fournisseur de la Cour en bougies), dans la Galerie privée de Pierre Gonalons : designer et architecte d’intérieur qui dessine pour de prestigieuses maisons, Lalique, Chloé, Pierre Frey, Nina Ricci, Pernod, Weston… et développe également ses propres collections. Ses créations ne manquent jamais de mettre en valeur les savoir-faire artisanaux. Ses matériaux de prédilection sont le bois, le marbre, les tissus et les métaux. Dans le décor de sa galerie, à la fois spectaculaire et intimiste, il travaille et accueille les visiteurs sur rendez-vous. Les murs sont recouverts d’une boiserie Médaillon en chêne fumé avec des cabochons en marbre fleurs de pêcher qu’il a réalisée en collaboration avec CarréSol. De lourdes étoffes en damas vieil or ornent l’entrée, une alcôve est recouverte d’une toile de laque en feuille d’or bruni réalisée par l’Atelier Maury. Le fauteuil Calla, inspiré d’un pétale de fleur est brodé d’une constellation de cristaux par la Maison Vermont. Cette scénographie, composée de matières d’exception et de couleurs fortes, dans des camaïeux de tons jaunes et bruns, est en parfaite harmonie avec le blond doré des cheveux de la mannequin Isabel Thuma et révèle l’éclat des pierres de cette délicate collection Color Blossom de Louis Vuitton. ANNE DELALANDRE
Sport et fashion
Quelque chose est en train de changer dans l’univers du vêtement de sport, qui s’explique sans doute par un double mouvement contradictoire. D’un côté, le corps reste un champ de bataille, où l’on est son seul maître, hors toute influence, de la société et des autres. On veut “gagner le combat sur soi”. Et on s’en donne à cœur joie. Hyrox, MMA, marathon, boxe… la culture glorifie plus que jamais l’effort, l’endurance, la discipline... Mais, presque à l’opposé, nous observons une sorte de lassitude de la performance, une résistance à l’hyper-optimisation de tous les aspects de la vie, un refus de l’enjeu de la compétitivité à tout prix. Dans ce contexte, le New York Times a récemment fait état d’une inquiétude grandissante face à l’exposition aux microplastiques, notamment par le biais des vêtements de sport. Ainsi, près des trois quarts des consommateurs disent souhaiter éviter le polyester et l’élasthanne, qui est à date la signature même d’une activité sportive, au profit de matières moins artificielles. Dans un esprit sport vintage, plus calme, plus plaisir, on replonge dans les décennies passées pour repêcher des tenues sans doute moins performantes, mais plus confortables, dans des matières naturelles, laine, coton, fibre de bambou, sans doute moins efficaces, mais plus douce à la peau. Par ailleurs, les marques historiques débordent de leur terrain de jeu. Puma démarre une collab avec Balenciaga Nike, après sa récente collab avec Jacquemus, fait une plus grande place au leisure wear. Et Adidas conclut la Fashion Week de Shanghaï par un défilé qui s’inspire volontairement des codes de la haute couture. Cette collection, exclusive à la Chine, a affolé les réseaux sociaux. Certaines pièces en édition limitée ont été épuisées à peine photographiées. Le lancement de sa Tang Jacket, un sweat-shirt fermé par les nœuds chinois
ENGLISH TEXT. Something is changing in sportswear, driven by two opposing forces. On one side, the body is still seen as a battlefield, celebrating effort, endurance and discipline—Hyrox, MMA, marathons, boxing. On the other, fatigue with performance and hyper-optimization is growing, along with a rejection of competition at all costs. Concerns over microplastics, highlighted by the New York Times, are pushing consumers away from polyester and elastane toward natural materials. A calmer, vintage-inspired sportswear is emerging, focused on comfort and pleasure. Meanwhile, major and newer brands are expanding beyond sport to embrace lifestyle.
traditionnels, a battu des records de vente. Sans compter le succès, dans la même lignée, des sweats à trois bandes pour chiens, avec charms assortis, inspirés des symboles de la culture traditionnelle chinoise, à accrocher à leur collier. Quant aux marques plus récentes, comme Lululemon, Rhone, Sporty & Rich, Athleta, elles s’entraînent à suivre leurs clients une fois qu’ils ont quitté le vestiaire, dans leur vie quotidienne, pour devenir lifestyle autant qu’activewear.
Moins d’alcool
La Gen Z boit de moins en moins. Elle privilégie la santé et le bien-être global, et ne considère plus l’alcool comme un rite social indispensable, ou comme un ingrédient obligatoire des soirées entre amis. L’industrie de l’alcool a ainsi perdu plus de 800 milliards de dollars au cours des cinq dernières années. Les géants historiques du secteur se tournent vers des alternatives, bières et spiritueux sans ou à faible teneur en alcool. Après Katy Perry, Lewis Hamilton, Robbie Williams, Kylie Minogue, Elton John en personne lance Elton John Zero, un blanc de blancs pétillant «premium» sans alcool. Conséquence directe ou indirecte, la fête se déplace. En Corée du Sud, le Coffee Rave du Seoul Morning Coffee Club a relancé la tendance. Les raves parties démarrent tôt le matin, après, pour certains, un footing de quelques kilomètres pour se mettre en condition. Dès 5 heures, on danse, on ne boit pas, on est heureux et on s’amuse. Pour ceux qui y participent, c’est une façon de se mettre en forme, moralement et physiquement, avant de partir travailler. Le concept de «rave sobre» existe depuis une dizaine d’années, notamment en Grande-Bretagne, mais, dans de nombreuses capitales, ces fêtes matinales sans alcool, qui peuvent se prolonger jusqu’à l’heure du déjeuner les jours de week-end, se multiplient, vidant les clubs et les discothèques au bénéfice de coffee shops et de boulangeries.
ENGLISH TEXT. Gen Z is drinking less, prioritizing health and overall well-being, no longer seeing alcohol as a social must. The industry lost over $800B in five years, prompting brands to launch low- or no-alcohol drinks—Elton John even released Elton John Zero. Meanwhile, sober morning raves are growing worldwide, from the UK to Seoul: starting at dawn, sometimes after a run, dancing without alcohol, boosting mood and fitness, and shifting nightlife from clubs to coffee shops and bakeries.
Zendaya
«Personnellement, j’ai toujours essayé de sortir
du
carcan de l’apparence»
Cet été, elle retrouvera Tom Holland dans le nouveau Spider-Man (sortie en France en juillet 2026). Mais à la différence de celui qui partage sa vie autant que l’affiche, Zendaya puise son énergie ailleurs. Ses véritables pouvoirs s’expriment dans cette aptitude singulière à toucher les cœurs sans jamais s’imposer, à inspirer sans jamais dicter. Une héroïne moderne, sans masque, sans cape, sans artifice, qui irradie par la seule puissance de son authenticité. Fille d’Oakland, élevée entre courage, curiosité et résilience, Zendaya s’est façonné un destin à contre-courant. Elle n’a jamais couru après les sunlights tapageurs ; elle a appris à les dompter. Rien n’a été facile. Tout a été mérité. Aujourd’hui, elle incarne la relève d’un Hollywood plus conscient, plus inclusif. Zendaya ne revendique pas d’être un modèle : elle préfère être un miroir. Celui d’une génération qui s’interroge, qui cherche et qui se cherche, mais qui avance. A l’écran comme dans la vie, elle prouve qu’on peut transformer la timidité en force tranquille. Et c’est peut-être là, finalement, que s’exprime sa véritable magie, dans cette humilité qui désarme. Elle n’a pas le cynisme de sa génération, mais en partage la lucidité. Et c’est sans doute ce mélange rare – une maturité précoce et une soif d’émerveillement intacte – qui fait d’elle une icône de son temps. Dans un monde qui confond souvent lumière et éclat, Zendaya Maree Stoermer Coleman rappelle que la vraie lumière vient de l’intérieur. Quel est votre super-pouvoir dans la vraie vie ?
ZENDAYA. Je dirais ma capacité à tisser des liens avec le public. C’est invisible, mais puissant. Grâce à ça, beaucoup de gens se reconnaissent en moi, dans mes rôles ou dans mes valeurs. C’est une forme de pouvoir qui demande une vraie responsabilité. Je n’ai peut-être pas la force de lancer des fils ni de bondir d’un gratte-ciel à l’autre, mais si je peux inspirer quelqu’un à croire en lui-même, à se dépasser, alors c’est déjà une belle forme d’héroïsme, non ? (Rires.)
Quel autre talent aimeriez-vous avoir ? (Sourire.) Savoir cuisiner ! Je suis végétarienne, mais je ne maîtrise que quatre recettes… Si je m’en donnais la peine, je suis sûre que je pourrais préparer des plats comestibles sans mettre le feu à la cuisine et sans que celles ou ceux qui absorbent mes plats meurent sur-le-champ ! Mais bon, à mon jeune âge, vous n’avez pas tellement envie de passer des heures le nez dans des livres de recettes. Du coup, je suis devenue la reine de la commande ! Vous tapez sur une appli et, une demi-heure plus tard, on vous livre à la maison ! Il faut que je vous fasse un aveu : qui dit cuisine sous-entend vaisselle et nettoyage ! Moi, je veux bien manger, mais les tâches ménagères, non merci !
La saga Spider-Man raconte l’histoire d’ados qui cherchent leur place dans un monde plein de pièges. J’ai l’impression que vous ressemblez à votre personnage : réservée, plus en quête d’authenticité que de popularité. Pas faux ! Plus jeune, j’étais incroyablement timide. J’étais cette petite fille qui se cachait derrière les jambes de ses parents. J’ai même dû refaire deux fois la maternelle, simplement parce que je n’osais pas poser des questions en classe. Quand je ne comprenais pas, je me taisais… J’étais tétanisée à l’idée de demander de l’aide, et, forcément, ça a freiné mon apprentissage. Mes parents ont tout essayé pour m’aider. Ils ont participé à des séminaires sur la timidité et ont fini par
comprendre qu’il fallait me pousser à oser. J’ai essayé le sport, la danse, des tas d’activités… En y prenant goût, la plupart du temps. Ces expériences m’ont permis de sortir de ma coquille. Timide, vous l’êtes encore aujourd’hui ?
Je le suis toujours ! C’est juste que je le montre moins et que je sais mieux le cacher ! (Rires.)
Vous déclarez souvent dans vos interviews que vos parents se sont sacrifiés pour vous...
J’ai eu la chance d’avoir des parents qui ont toujours cru en mes rêves, même si, sur le plan financier, ce n’était pas évident. Mon père a fini par arrêter de travailler, épuisé par les allers-retours incessants entre Oakland et Los Angeles. Ma mère était enseignante. Inutile de préciser que notre compte en banque n’a jamais été très garni ! On tirait vraiment le diable par la queue. Il arrivait qu’on reçoive une convocation pour une audition à la dernière minute : on sautait dans la voiture, six heures de route, puis retour à l’école dès l’aube. Je faisais mes devoirs dans la voiture. Parfois, je dormais chez ma sœur à Los Angeles, sur un matelas gonflable dans le salon. Quand j’ai décroché mon premier rôle, mon père et moi avons déménagé à Los Angeles. Ma mère, elle, est restée à Oakland, où elle cumulait deux emplois, le théâtre et l’école, jusqu’à ce que nous puissions enfin nous réunir tous ensemble à L.A. Elle faisait tout pour que je puisse me consacrer à ma carrière. L’argent que je gagnais, elle le mettait de côté, hors de question d’y toucher. Nous vivions dans un petit appartement, mon père et ma mère ne s’offraient jamais rien. Leur seule priorité, c’était moi et ce rêve qu’on portait ensemble. Une période folle, exigeante, mais remplie d’amour et d’une détermination sans faille.
Vous êtes la plus belle des ambassadrices d’Oakland ?
Je suis née et j’ai grandi à Oakland, dans un quartier dur. Aujourd’hui, c’est différent. Le coin s’est embourgeoisé ! C’est devenu un lieu de brassage. Je pense que le melting-pot est une bonne chose, car il donne naissance à des personnes plus ouvertes et plus créatives ! Dans les arts, la cuisine, la culture, la politique, la littérature, dès que vous avez des origines diverses, vous offrez quelque chose en plus. Ce petit quelque chose qui permet de vous distinguer. Chaque fois que je passe une audition et que les casting directors me demandent d’où je viens et que je réponds “Oakland”, les visages s’illuminent.
Vous pensez que la mode et le fait d’être autant exposée aujourd’hui sur les tapis rouges et les affiches vous ont permis d’être moins inhibée ?
La mode est un vecteur et un moteur qui me permet de faire passer des messages. Comme ce jour où j’ai porté des dreadlocks sur un tapis rouge afin de casser les stéréotypes ou pour mettre en avant les créateurs noirs ! Law Roach, mon styliste, travaille avec moi depuis mes 13 ans. Ensemble, nous avons grandi, exploré, osé. D’ailleurs, je le vois plus comme un “image architect”, car il conçoit une véritable narration visuelle autour de mes apparitions, sur tapis rouge, pour les campagnes de mode ou à l’écran. Law est mon alter ego créatif ! La robe
Jeanne d’Arc signée Versace au Met Gala 2018, la robe jaune citron Vintage Valentino aux Oscars 2021, les pièces Schiaparelli, Loewe ou Vivienne Westwood, c’est lui !
Neale Haynes Contour by Getty Images
Zendaya
Ainsi que le mythique “robot suit” Mugler que vous portiez à la première londonienne de Dune : Part Two ?
Tout à fait ! C’est Law Roach qui a repéré et sélectionné cette pièce iconique dans les archives de la Maison Mugler. Il a réajusté le costume à ma morphologie. Le modèle original avait été porté par la mannequin Emma Sjöberg pour la collection automne-hiver 1995. Pour moi, la mode dépasse de loin le simple fait de s’habiller. Elle m’a aidée à sortir de ma zone de confort, à m’affirmer, à ne plus craindre le regard des autres. Porter ce qu’on veut, c’est une manière de reprendre le pouvoir. A quoi ressemble le dressing idéal selon Zendaya ?
Ces derniers temps, j’avoue avoir un peu pété les plombs avec les chaussures. Je ne pourrais même plus vous dire très exactement combien j’en ai… Mais je pourrais vous dire, très précisément, dans quelles circonstances je les ai portées ! Je préfère avoir des vêtements bien coupés, bien taillés dans des matières nobles, qu’une multitude de fringues qui boulochent dès que vous les frottez ou qui s’affaissent dès qu’il pleut. J’essaye de convaincre mes amis d’opter pour des vêtements fabriqués avec du coton organique. Quand on sait à quel point le coton est un grand consommateur d’eau, je ne comprends pas comment les jeanneries, par exemple, ne montrent pas le bon exemple en ne travaillant qu’avec des fournisseurs écofriendly.
Comment réagissez-vous quand vous lisez dans les magazines : “Zendaya est la plus sexy des actrices !” ? Etre réduite à une image, cela vous gêne ? Cela vous peine ?
Etre sexy, ce n’est pas quelque chose que je recherche. Quand je me réveille, je ne me dis pas : “Ce matin, je veux que tous les hommes me complimentent pour mon look.” Pour moi, la vraie sexy attitude, c’est de rester naturelle dans sa façon de bouger, de parler, d’aborder les gens et, bien sûr, de se vêtir et de se maquiller. J’ajoute que des filles mieux fichues que moi, vous en avez plein, à Hollywood… Personnellement, j’ai toujours essayé de sortir du carcan de l’apparence.
Vous dégagez une énergie, une force tranquille mêlée de passion. Avez-vous toujours été aussi déterminée ? Pas du tout ! Adolescente, j’avais souvent peur de ne pas être à la hauteur. Aujourd’hui, je me dis que je le suis. Ma seule inquiétude, c’est de ne pas évoluer assez vite. Comment réussissez-vous à garder les pieds sur terre dans ce monde superficiel que l’on appelle Hollywood ? J’ai des semelles en plomb : c’est ça, le secret ! Plus sérieusement… j’adore faire des photos. Je précise “prendre des photos” et non “être prise en photo” ! (Rires.) Je photographie tout et n’importe quoi, au gré de mes envies. Cela me permet de rester en prise avec la réalité. Je n’ai aucun sujet de prédilection. Je me laisse diriger par mon instinct.
Si Zendaya n’avait pas été la star que l’on admire ou la muse que les designers s’arrachent, bref, si le succès n’avait pas frappé à sa porte, elle ferait quoi ?
Je pense qu’elle serait prof. (Rires.) J’ai beaucoup appris en observant mes parents. Ma mère enseignait dans des conditions difficiles, sans moyens mais avec une passion immense. Elle parvenait à offrir aux enfants un peu de rêve, d’art, de curiosité. J’allais souvent l’aider dans sa classe, et c’est là que j’ai compris à quel point l’éducation pouvait être inégalitaire.
Cette injustice m’a profondément marquée.
Qu’aimeriez-vous enseigner ?
J’aimerais créer une école dans les quartiers défavorisés, un lieu où l’on enseigne à penser, à imaginer, à réfléchir autrement. Une école qui donne envie de rêver et de croire en soi.
On perçoit chez vous une conscience politique. Que voudriez-vous changer dans l’Amérique d’aujourd’hui ?
(Rires.) A part le président ? Plus sérieusement, j’aimerais qu’on investisse davantage dans la jeunesse. Les jeunes sont ouverts, conscients, solidaires. Avec eux, le monde peut devenir bien meilleur. Des jeunes qui m’inspirent, j’en rencontre quotidiennement. Certains sont bien moins âgés que moi et consacrent déjà leur vie à faire bouger les choses. Cela me rend optimiste. Cela confirme qu’il y a une lumière au bout du tunnel.
Quel conseil donneriez-vous à une jeune ?
Restez vous-même ! Etre soi-même, c’est fêter son individualité et c’est apprendre à être heureux avec qui vous êtes. Je sais que, pour beaucoup d’ados, je suis un “role model”, un référent, un exemple à suivre. C’est flatteur. Cela me touche. Mais je trouve que ce rôle ne m’incombe pas. C’est aux parents de donner des orientations, pas à moi. Dites-vous aussi que nous avons tous un talent, une petite graine qu’il faut arroser constamment.Moi, j’ai découvert très jeune que je voulais faire ce métier. J’ai nourri ce rêve. Je l’ai dorloté, protégé. Si vous avez foi en vous, si vous sentez que vous êtes animé par une énergie positive, alors laissez-la vous montrer le chemin et méfiez-vous des gens qui veulent la contrôler.
Vous avez marqué les esprits avec Euphoria, une série produite par le chanteur Drake qui dépeint les ravages de la drogue chez les jeunes. Ce personnage très provocant est à des années-lumière de ceux que vous aviez incarnés auparavant –loin d’Agent K.C. sur Disney Channel ou de la saga Spider-Man. Comment décririez-vous cette série qui, selon moi, devrait être reconnue d’utilité publique tant elle secoue les consciences ? Euphoria est un portrait brut, sans filtre, de l’addiction, des angoisses et des difficultés de la jeunesse d’aujourd’hui. Oui, certaines scènes sont parfois dures à regarder, et elles peuvent choquer les plus sensibles, mais jamais nous ne faisons l’apologie de la drogue. Euphoria montre la réalité telle qu’elle est, crue, parfois violente, mais toujours sincère. On y parle aussi de solitude, de peur de l’échec, de rapports amoureux complexes, d’identité, de sexualité… Cette série a incontestablement ouvert un dialogue entre adolescents et parents. J’espère qu’Euphoria aide à libérer la parole. La drogue est un fléau, et, pour la combattre, il faut en parler sans détour. Euphoria devrait être regardé en famille. Nous essayons d’encourager les parents à parler plutôt qu’à interdire. Parce qu’avec un adolescent l’interdiction ne mène souvent à rien, pire, elle peut renforcer la transgression. Il ne s’agit pas de cautionner les excès, mais de comprendre ce qui se cache derrière. La force d’Euphoria, c’est sa capacité à capturer ce chaos intérieur, ce tumulte qui habite tant d’adolescents aujourd’hui.
Nous sommes tous des enfants de l’immigration. Mon père est afro-américain, ma mère est blanche. Il a fait un test ADN pour retrouver la trace de ses racines africaines…
Cette mosaïque d’origines, c’est ce qui fait la richesse de l’Amérique, sa beauté aussi, quand elle choisit d’en être fière
Vous vivez dans un milieu où les stupéfiants circulent. Comment faites-vous pour ne pas être tentée ?
J’ai appris à bien compartimenter ma vie. D’un côté, il y a Zendaya l’actrice, de l’autre Zendaya une jeune femme bien décidée à préserver sa santé mentale et physique. Est-ce que c’est évident ? Non ! Personnellement, j’ai la chance d’avoir dans ma tête des petits boutons que j’actionne intérieurement quand je souhaite m’isoler. Pour ce qui est des drogues, j’ai eu la chance d’avoir des parents qui m’ont très jeune fait comprendre qu’il ne faut jamais les banaliser. Même celles dites “douces” ne sont pas sans danger.
A 15 ans, vous avez écrit un livre intitulé Between You and Me. Ce n’était pas un peu tôt... ?
Pas si vous avez des choses à dire. Là, en l’occurrence, à écrire… Je m’étais lancé un défi. Je voulais me prouver que j’étais capable d’écrire et de synthétiser mes idées. Quand j’y songe, je ne m’en suis pas trop mal sortie ! Je trouve que c’est même plutôt cool d’avoir été jusqu’au bout. Je n’ai pas honte DR
de ce livre. Même si cela me fait bizarre quand je relis certains passages. C’était il y a plus de dix ans. Une éternité !
Dune véhicule un message écolo ?
Oui ! C’est un film qui nous fait comprendre que notre maîtrise de la technologie n’a aucun effet sur la nature. Au contraire, elle nous dessert. C’est notre arrogance et le fait que nous jouons aux apprentis sorciers qui nous ont mis dans cette situation. Nous nous enlisons dans des sables mouvants et nous avons l’air impuissants…
Vous aimez la science-fiction ?
J’adore ! On lit souvent des histoires incroyables et on dit généralement : “C’est complètement fou et ça n’arrivera jamais !” Puis, quand on y regarde d’un peu près, on constate que la fiction rejoint parfois la réalité plus vite qu’on ne le croit.
Votre costume dans Dune n’a pas l’air confortable…
La panoplie de mon personnage n’a pas été conçue pour faire des défilés de mode ! C’est un costume qui permet de survivre dans le désert. Il recycle toute l’eau émise par le corps pour la rendre potable et la garder en réserve. Ce qui a été très difficile pour les gens qui l’ont fabriqué, c’est qu’il fasse à la fois primitif et moderne.
Les scènes où vous évoluez avec un tuyau dans le nez ne devaient pas être évidentes à tourner, non plus ?
Le tuyau dans le nez fait partie du costume des Fremens, la tribu de Chani. Au départ, ce truc dans les narines me perturbait un peu. Mais je m’y suis habituée très vite. Les journées de tournage étant bien remplies, je ne me focalisais pas sur ça.
Vous êtes l’incarnation même de la réussite. Est-il vrai qu’à seulement 19 ans, alors que d’autres découvrent à peine la vie d’adulte, vous aviez déjà franchi un cap symbolique en vous offrant votre première maison ?
Oui, mais, avant qu’elle devienne un nid douillet, j’ai un peu campé. Le jour où j’ai emménagé, je n’avais pas de meubles. J’avais juste un matelas sur le sol et une chaise de jardin qui faisait office de canapé. Cette maison, je l’ai achetée alors que j’étais en train d’apprendre à devenir adulte. Je me souviens que je ne savais même pas comment trouver des assiettes ou acheter une poubelle. Je ne savais pas non plus comment installer Internet, s’abonner à l’électricité, l’eau et le gaz… C’est le genre de choses que l’on ne vous apprend pas à l’école. Pendant longtemps, dans les films d’action ou de superhéros, 99 % des acteurs étaient blancs. Aujourd’hui, les visages asiatiques, indiens, afro-américains occupent enfin l’écran.
Hollywood s’est ouvert ?
Ce n’est que récemment que les choses ont commencé à bouger. C’est d’ailleurs ce qui rend les films Spider-Man si particuliers. La diversité du casting n’est pas un effet de mode, c’est juste le reflet du monde tel qu’il est. Il était temps que le cinéma s’y mette. Aujourd’hui, les jeunes peuvent enfin se reconnaître à l’écran. Participer à ça est vraiment une belle chose. Nous sommes tous des enfants de l’immigration. Mon père est afro-américain, ma mère est blanche. Il a fait un test ADN pour retrouver la trace de ses racines africaines… Cette mosaïque d’origines, c’est ce qui fait la richesse de l’Amérique, sa beauté aussi, quand elle choisit d’en être fière.
Où vous voyez-vous dans cinq ans ?
Heureuse, je l’espère. Je n’ai jamais couru après l’argent ni la gloire. Ce qui compte, c’est la justesse d’un rôle, pas sa taille. Je préfère une seule réplique dans un grand film qu’un premier rôle dans un mauvais. Spider-Man était un rêve d’enfant, The Greatest Showman m’a poussée au-delà de mes limites, Dune a été une super expérience qui m’a mise à l’épreuve... Vous avez souvent cité Oprah Winfrey comme modèle. Vous aussi vous produisez, vous créez, vous êtes la porte-parole de certaines causes. A seulement 18 ans, vous défendiez déjà l’égalité des salaires chez Disney… Merci ! Oui, Oprah m’a profondément inspirée. J’ai toujours refusé qu’on me dise que je ne pouvais pas tout faire. J’adore jouer, mais j’aime
aussi créer. Et j’aimerais un jour réaliser. J’ai commencé à m’y intéresser sur le tournage de Malcolm & Marie : comprendre comment éclairer un film en noir et blanc, comment cadrer, comment transmettre une émotion sans dialogues… C’est un art en soi, et j’en suis tombée amoureuse. Sur Spider-Man, le réalisateur John Watts me laissait venir sur le plateau même les jours où je ne tournais pas, juste pour observer, apprendre. Mon rêve serait de diriger un film un jour… peut-être sans y jouer. Produire, créer des opportunités, donner vie à des projets, c’est ce qui m’anime profondément. Aujourd’hui, j’ai simplement envie de continuer à apprendre et surtout à grandir.
Pas trop, si je peux me permettre ! Vous êtes déjà très grande physiquement et... professionnellement ! (Rires.) Rassurez-vous, j’ai de la marge ! Surtout quand je suis à côté de ma mère. Elle a une tête de plus que moi ! Propos recueillis par FRANCK OLIVIER ROUSSEAU
ENGLISH TEXT. This summer she will reunite with Tom Holland in the new Spider-Man. Yet unlike her on-screen and real-life partner, Zendaya draws her energy elsewhere. Her true power lies in a rare ability to move people without imposing herself, to inspire without preaching. A modern heroine without mask or cape, radiant through authenticity alone. Born in Oakland and raised on courage and resilience, she built her path against the current. Nothing came easy; everything was earned. Today she embodies a more conscious, inclusive Hollywood. She does not claim to be a role model—she prefers to be a mirror for a searching generation. On screen and in life, she turns shyness into quiet strength; her humility is her magic. Your real-life superpower? My ability to connect with the audience. It’s invisible but powerful. If I can inspire someone to believe in themselves, that’s already a form of heroism. A talent you wish you had? Cooking! I’m vegetarian and only know a few recipes. I’ve become the queen of take-out—and I’m not a fan of dishes either. You resemble your Spider-Man character, reserved, more focused on authenticity than popularity. That’s true. I was extremely shy as a child, afraid to ask questions in class. My parents pushed me toward sports and dance, which helped me come out of my shell. I’m still shy today, just better at hiding it. You often say your parents sacrificed a lot. They believed in my dreams despite financial struggles—long drives to auditions, homework in the car, sleeping on air mattresses. Their priority was always my future. Does fashion help you express yourself? Absolutely. With stylist Law Roach, fashion became storytelling and a way to challenge stereotypes. Clothing helped me step out of my comfort zone and claim my image. Being called “sexy” bothers you? I don’t chase that label. True sexiness is naturalness— how you move, speak, and carry yourself. I’ve always tried to move beyond appearances. How do you stay grounded in Hollywood? Photography keeps me connected to reality. I prefer taking pictures to being photographed. If you weren’t famous? I’d probably be a teacher. Education inequality marked me deeply; I’d love to create schools that encourage imagination and confidence. Advice to young girls? Be yourself. Everyone has a seed of talent—nurture it and don’t let others control your path. About Euphoria: It’s a raw portrait of youth, addiction, identity and anxiety. It doesn’t glorify drugs; it opens dialogue between teens and parents. On diversity in Hollywood: Representation finally reflects the real world. Seeing different faces on screen allows young people to recognize themselves—and that matters. Where in five years? Hopefully happy. I’ve never chased fame or money—only meaningful roles and creative growth.
Sydney Sweeney
«L’une des questions que l’on me pose le plus souvent est: “Etes-vous féministe?”
Et bien je le suis, en acceptant le corps que j’ai. C’est mon geste sexy et fort.
C’est de cette façon que je revendique la liberté de mon propre corps»
Allez savoir pourquoi Sydney Sweeney, actrice et productrice parmi les mieux payées d’Hollywood, deux fois nominée aux Emmy Awards (pour ses interprétations d’adolescentes perturbées dans les séries Euphoria et The White Lotus), qui a connu un énorme succès public avec Tout sauf toi, où elle fait enrager le beau Glen Powell, comédie sentimentale qui a rapporté 220 millions de dollars pour un minuscule budget de 25 millions de dollars… est une personnalité si controversée, une des seules actuellement capables de déclencher des polémiques passionnées, une actrice qui va de triomphes en échecs pour rebondir sur de nouveaux succès… Parce qu’elle est fort jolie, que ses yeux tombent un peu, qu’elle cultive avec gourmandise son côté pin up sexy, qui fait un atout de sa petite taille, et qui n’hésite jamais à mettre en avant ses seins généreux dans des décolletés toujours plongeants ? Parce qu’elle aime les rôles qui dérangent ?
La belle répond avec finesse : «Quand les médias titrent des trucs comme “Sydney Sweeney affiche son décolleté” ou “Sydney Sweeney porte une robe scandaleuse”, je me dis : j’ai juste des seins ! Et si quelqu’un d’autre la portait, cette robe, les journalistes diraient sûrement : “Oh, comme c’est élégant !” Ce n’est pas parce que j’ai des seins que cela change la donne. L’une des questions que l’on me pose le plus souvent, c’est : “Etes-vous féministe ?” Eh bien, je le suis, en acceptant le corps que j’ai. C’est mon geste sexy et fort, et je ne pense pas qu’il y ait quelque chose de mal à cela. C’est de cette façon que je revendique la liberté de mon propre corps... Je les aime, mes seins !»
Mike White, célèbre producteur et réalisateur, le créateur de la série White Lotus, dit d’elle : «Elle est très attachante. Comme personne, elle est charmante, et, en plus, très photogénique. Pendant le tournage, mon regard était constamment attiré par elle, peu importe qui était à ses côtés. C’est un magnétisme naturel à l’écran, difficile à quantifier. Elle a ça, tout simplement. Je ne sais pas ce qui fait de quelqu’un une star, mais elle a ce petit quelque chose d’indéfinissable.»
L’été dernier, le slogan d’une publicité pour la marque Eagle Jeans, qui placardait sur une photo sexy «Sydney Sweeney Has Great Jeans» (comprendre «de bons gènes»), a déclenché une tempête polémique qui a enflammé les réseaux sociaux. Comme Sydney est blonde et a les yeux bleus, un professeur de l’université Columbia a affirmé que la pub était “porteuse de messages eugénistes”. Une femme sur TikTok a qualifié la publicité de “l’un des messages racistes les plus flagrants et les
plus explicites que nous ayons vus depuis longtemps”. D’autres n’ont pas hésité à comparer la publicité à de la propagande “nazie”. Même le président Trump s’en est mêlé, faisant, lui, sans surprise, l’éloge de la publicité. D’autres ont voulu calmer le jeu sans beaucoup de succès en expliquant : “Vous êtes en colère contre Sydney Sweeney parce qu’elle est blanche, blonde, qu’elle a les yeux bleus et qu’elle est belle”… Malgré la controverse, ou peut-être, sait-on jamais, grâce à elle, les ventes d’American Eagle ont explosé et le cours de l’action de la société a bondi de 25 % ! Sydney Sweeney vient juste de sortir du silence qu’elle s’était imposé après cette avalanche de haine et de passion. Elle explique qu’elle a préféré attendre, tellement la situation était à ses yeux «surréaliste» : «Je ne suis pas là pour dire aux gens ce qu’ils doivent penser. J’ai fait une pub pour des jeans. Franchement, la réaction a été une surprise, mais j’adore les jeans. Je ne porte que des jeans. Je suis littéralement en jean et tee-shirt tous les jours. Je sais qui je suis. Je sais ce qui compte pour moi. Je sais que je suis une personne gentille. Je sais que j’aime beaucoup de choses, et je sais que j’ai hâte de voir ce que l’avenir me réserve. Alors, je ne laisse pas les autres définir qui je suis.» Désormais, Sydney fait l’éloge de la retenue : «Pour moi, les avantages professionnels de la discrétion résident dans ma santé mentale et physique. Je pense que, si je me dévoilais constamment, il ne me resterait plus rien. Je suis juste une jeune femme de 29 ans qui cherche sa voie, j’apprends encore, je vais faire des erreurs et je vais évoluer. Et je pense qu’il est important de pouvoir le faire sans avoir à tout dire, tout le temps. Tout en avouant son attirance pour l’imperfection : «Je suis attirée par les personnages et les histoires complexes, parfois moralement discutables, et j’aime inciter le public à éprouver de l’empathie pour eux. J’interprète beaucoup de personnages qui divisent, et je pense que beaucoup de gens croient me connaître, mais ce n’est pas le cas. Alors, quand on pense : “Ah, c’est un sex-symbol”, ou : “Elle en joue”, je me dis : “Non, je me sens bien, je le fais pour moi et je me sens
Taylor Hill/ GettyImages
Sydney Sweeney
forte. Et j’espère pouvoir inspirer d’autres femmes à avoir confiance en elles, à assumer leurs atouts et à se sentir bien, car on ne devrait pas avoir à s’excuser, à se cacher ou à se dissimuler.»
En général, si quelque chose me fait peur, je le fais… „
Après le relatif échec aux Etats-Unis de Christy, réalisé par David Michôd (sortie en France le 4 mars 2026), où elle incarnait, teinte en brune et avec 14 kilos de plus, et dans un style très Actor’s Studio, l’histoire vraie de Christy Martin, une boxeuse professionnelle qui a vécu une relation toxique avec son entraîneur de mari… qui tentera de la tuer… Sydney Sweeney a su répondre aux critiques avec courage : «Je suis fière de ce film. Cette expérience a été l’un des plus grands honneurs de ma vie. Ce film parle de survie, de courage et d’espoir. Nous avons aidé à sensibiliser beaucoup de personnes affectées par la violence domestique. Nous avons tous signé pour ce film parce que nous avions la conviction que l’histoire de Christy pouvait sauver des vies. Si Christy a donné à ne serait-ce qu’une femme le courage de faire son premier pas vers la sécurité, alors nous aurons réussi. On ne fait pas toujours de l’art pour les chiffres, mais pour l’impact. Et Christy a été le projet le plus marquant de ma vie.»
Sydney Sweeney a l’habitude de se battre et de défendre ses choix. Et en particulier de défendre… son physique. Son dernier film, salué par la critique, The Housmaid (La Femme de ménage), vient de connaître un surprenant et revigorant succès au box-office américain, rapportant 133 millions de dollars en moins de trois semaines sur un budget de 35 millions de dollars. Le film raconte, avec force, l’histoire d’une jeune femme tourmentée qui trouve un nouveau départ en devenant domestique dans la famille d’une femme très riche, mais dont tous les membres vont se révéler pervers et toxiques… Le magazine Variety confirme qu’une suite est déjà en préparation : intitulée The Housemaid’s Secret, avec toujours Sydney Sweeney dans le rôle principal et Paul Feig à la réalisation. Sweeney va aussi être présente dans la troisième saison tant attendue d’Euphoria. Et elle incarnera la troublante Kim Novak dans Scandalous, le premier film réalisé par Colman Domingo. Cet hiver, lorsqu’un média américain lui a demandé si les rumeurs concernant son rôle dans un James Bond étaient fondées, Sweeney a répondu de façon très prudente : «Je ne sais pas. J’ai toujours été une grande fan de la franchise et je suis impatiente de voir ce qu’ils vont en faire. Cela dépend du scénario.» Ajoutant malicieusement : «Je pense que je m’amuserais davantage dans le rôle de James Bond.» Puis, elle a conclu, conforme à son personnage : «Il y a beaucoup de choses qui me font peur, mais ça ne m’arrête pas. En général, si quelque chose me fait peur, je le fais. J’ai le vertige, mais j’ai sauté d’un avion et j’ai fait du parachutisme. Je crie pendant toute la descente, mais après, j’ai envie de recommencer.» SÉRAPHIN BONNOT
ENGLISH TEXT. No one quite knows why Sydney Sweeney—one of Hollywood’s highest-paid actresses and producers, twice Emmy-nominated for her troubled teens in Euphoria and The White Lotus, and a huge box-office draw with Anyone But You—remains so controversial. She moves from triumphs to setbacks and back again, sparking debates few actresses can. Is it her pin-up image, her bold roles, or her refusal to hide her curves? She answers simply: “I just have breasts. Accepting my body is my form of feminism.”
Director Mike White calls her “naturally magnetic on screen.” Yet a jeans campaign slogan—“Sydney Sweeney Has Great Jeans”—ignited online outrage and accusations of hidden messages, while others defended her. Ironically, the brand’s sales soared. After a period of silence, Sweeney stressed mental balance and privacy: she refuses to let public opinion define her. Proud of her demanding role as boxer Christy Martin despite mixed U.S. results, she said the film mattered for its message about survival and hope. Her recent thriller The Housemaid became a major hit, and sequels and new projects—from Euphoria Season 3 to Scandalous—confirm her rising power. Fear, she says, only pushes her forward.
Ibrahim Maalouf
«Ma musique est réconciliatrice»
Nous sommes aux Studios Saint-Germain (Paris VIe). Elles ont beau nous parvenir en sourdine, les arabesques orientales qui s’échappent de la pièce voisine, et que l’on repasse en boucle sur une console, ne laissent planer aucun doute sur l’identité de l’instrumentiste qui les a ciselées. Ainsi joue Ibrahim Maalouf, trompettiste de génie, jazzman “virtuose” (dixit le New York Times) et maestro de l’impro. Rares sont les artistes qui interrompent un enregistrement pour répondre à une interview. En pleine séance d’arrangements du volume 2 de l’album Trumpets of Michel-Ange, lui s’en réjouit. «Ces moments d’échanges me sont indispensables parce qu’ils nourrissent mon travail et évitent de me couper de la réalité du monde, dit-il avec une spontanéité désarmante. Je suis très sensible aux rapports humains. Ce qui est important dans la musique, c’est l’humanité qu’elle véhicule, pas la performance.» Se produire à guichets fermés dans les lieux les plus emblématiques de la planète, avoir sorti plus de vingt albums sous son propre label (Mister Ibé), composé autant de musiques de film, reçu deux nominations aux Grammy Awards et quatre Victoires de la musique, constitue pourtant une sacrée performance. A chaque concert, le souffle enivrant de sa trompette singulière cueille le public. Un instrument à quarts de ton que son père a inventé et auquel Ibrahim Maalouf forme désormais la nouvelle génération de trompettistes. «Pour pouvoir jouer les gammes arabes, il a eu l’idée d’ajouter un quatrième piston, explique-t-il. En allant chercher ces couleurs qui font la part belle aux émotions et permettent d’exprimer toutes les musiques du monde, je porte le message d’une école que je trouve fascinante, car elle rapproche les peuples. Si les gens apprécient ma musique, c’est parce qu’elle est réconciliatrice.»
Né il y a 45 ans sous les bombes d’un Liban terrassé par la guerre civile, Ibrahim Maalouf grandit en région parisienne. «Entre un père trompettiste et une mère pianiste, je n’écoutais que de la musique arabe classique et de la musique classique occidentale. Forcément, ça m’a beaucoup inspiré !» S’il pratique le piano en autodidacte, le petit garçon suit en revanche assidûment les cours de trompette que lui dispense quotidiennement son père, «un papa très sévère, à l’ancienne». «Dès l’âge de 8 ans, je l’accompagnais sur les scènes du monde entier. Un vrai singe de cirque !» s’esclaffe celui qui nourrit alors un tout autre rêve : devenir architecte pour reconstruire Beyrouth. Mais il arrive premier sur 80 candidats au concours du Conservatoire de Paris et, quelque temps plus tard, décroche également une première place au prestigieux National Trumpet Competition (NTC) américain. Un signe du destin ? «Du train qui me conduisait à New York, j’ai aperçu les tours amputées du World Trade Center. Ce fut un choc immense. Je me suis dit que, si on détruisait même ici ces buildings que j’aimais tant dessiner, jamais je ne pourrais être architecte.» Métissée de variations multiples aux sonorités pop, classiques, jazzy, musiques du monde et urbaines, la musique d’Ibrahim Maalouf lui vaut une myriade de collaborations (Oxmo Puccino, Angélique Kidjo, Lhasa de Sela, Salif Keita, IAM…). Et lorsque Quincy Jones devient son manager pour les Etats-Unis, il fait basculer sa carrière dans une autre dimension.
Lui, le producteur des trois albums de Michael Jackson (Thriller, Bad et Off the Wall) qui ont bercé son adolescence. «Quel cadeau du ciel ! J’ai croisé la route de légendes qui ont construit ma culture musicale : Stevie Wonder, John Legend, Siedah Garrett… la boucle est bouclée.» En avril 2027, Ibrahim Maalouf célébrera 20 ans de live à La Défense Arena de Paris. Un show de 3 h 30 sans précédent dans l’histoire de la musique. D’ici là, l’album-hommage à la chanson française qu’il prépare en duo avec son épouse, la chanteuse Hiba Tawaji, sortira en septembre prochain, trois mois après Trumpets of Michel-Ange, vol.2. Cet agenda chargé ne l’éloigne pas pour autant de l’enseignement. Défendant corps et âme l’improvisation, il en confie les secrets aux étudiants des conservatoires comme à ses trois enfants, et lui a même consacré un livre. «N’oublions pas qu’il n’y a rien de plus beau que le hasard dans une vie ! Il faut juste s’assurer qu’à la fin de la journée on n’a déçu ni blessé personne intentionnellement et que l’on a réalisé quelque chose d’utile.» Ainsi parle Ibrahim Maalouf. Artiste profondément humain et passeur de lumière. PATRICIA KHENOUNA «20 ans de live», 10 avril 2027 à Paris La Défense Aréna. «Petite philosophie de l’improvisation» (Equateurs-Mister Ibé), 2021.
ENGLISH TEXT. At Studios Saint-Germain in Paris, Ibrahim Maalouf records while welcoming conversation, believing music is about humanity, not performance. The virtuoso jazz trumpeter—praised by the New York Times—has released 20+ albums, scored many films, won major awards, and plays a unique quarter-tone trumpet invented by his father. Born in war-torn Lebanon, raised near Paris, he blends Arab and Western traditions, teaches improvisation, and unites audiences worldwide.
Vanessa Wagner
«Si je peux apporter un peu de bonheur et de poésie à ce monde»
Il est des artistes qu’on ne présente plus. Celle qui fut nommée révélation soliste instrumental en 1999 revient en force avec une nomination aux Victoires de la musique classique 2026. Mondialement connue pour ses interprétations de Philip Glass, Vanessa Wagner signe une année prometteuse : son disque sur l’intégrale des études pour piano de Philip Glass rafle tous les prix possibles. Rencontre avec une pianiste passionnée.
Dans quel état d’esprit êtes-vous après cette nomination ? Très heureuse. C’est une magnifique reconnaissance, et j’attends bien sûr la soirée du 21 mars pour connaître le résultat final. Etre aujourd’hui nommée en soliste de l’année, c’est la consécration d’un long chemin.
Que feriez-vous de plus, si vous remportiez le prix de soliste instrumental de l’année ? Je ne pense pas que cela changera ma façon de concevoir mon métier. En revanche, et cela est très important pour moi, cela me montrerait le soutien de ma profession et, si je me suis sentie un temps un peu à la marge, par mes projets et mes répertoires, ce serait aussi le signe que c’est bien de suivre son propre chemin avec force et ténacité, même quand il est singulier.
Avez-vous déjà eu l’occasion de partager la scène avec les deux autres musiciennes nommées ? Non, jamais. Je connais un peu Astrig Siranossian, que j’ai invitée à jouer dans mon festival à Chambord. Je trouve que trois femmes en finale, c’est aussi le signe que les choses évoluent et, pour moi qui ai commencé à jouer il y a trente ans, cela aurait été inimaginable à l’époque !
Qui est Vanessa Wagner sans le piano ?
Ma vie d’artiste est indissociable de qui je suis. En revanche, je ne suis pas du tout monomaniaque du piano, et j’ai absolument besoin de ma vie personnelle, sociale, amoureuse, amicale et familiale pour me sentir équilibrée. J’ai du mal avec l’idée de l’artiste déconnecté dans sa tour d’ivoire. Je suis ancrée dans la vie réelle.
Pensez-vous qu’il est possible de changer le monde avec la musique ? Le changer, malheureusement pas, mais le rendre vivable, probablement. Tout ce qui nous permet de nous élever, de nous extraire de la violence, de la médiocrité et de la banalité nous sauve. Quand les gens du public viennent me dire après les concerts qu’ils ont voyagé, qu’ils ont oublié
leurs soucis, quand on m’écrit que mes disques font du bien et agissent comme des baumes, je me dis que, si je peux apporter un peu de bonheur et de poésie à ce monde, c’est ma petite contribution de colibri.
Dans quelles salles aimez-vous jouer ?
La France est un pays merveilleux pour son tissu culturel, et nous possédons de très belles salles. J’ai la chance d’avoir de fidèles programmateurs qui m’invitent régulièrement, et c’est ce que j’aime le plus : tisser des liens. Le Théâtre des Bouffes du Nord, la Philharmonie de Paris, l’Arsenal de Metz, le TAP de Poitiers en font partie, par exemple. J’ai aussi la chance de jouer dans des salles magnifiques à l’étranger, au Japon, à la Philharmonie de Berlin ou à Hambourg…
Où peut-on vous trouver dans Paris ? Je vis à Montreuil, et j’adore ma ville, qui, en vingt ans, a beaucoup évolué. Je dîne souvent chez Gypse pour le cadre et les vins. J’aime infiniment Paris, que je sillonne à vélo. Je vais souvent dans le Marais visiter des galeries, faire les boutiques, je vais aussi faire des courses vers la rue des Martyrs. J’ai beaucoup voyagé, et, chaque fois que je rentre, je me dis qu’on a un pays magnifique et que Paris est unique !
Propos recueillis par MARIE JEREMIE
ENGLISH TEXT. Some artists need no introduction. Named Instrumental Solo Revelation in 1999, Vanessa Wagner returns with a 2026 Victoires de la Musique Classique nomination. Known worldwide for her Philip Glass interpretations, her complete Glass piano studies album wins every possible prize. On being nominated, she says it’s a recognition of a long journey. For her, music balances life’s joys, and though it can’t change the world, it can make it more bearable. She loves playing in Paris and abroad, and finds inspiration in everyday life.
Une tournée passée par le Carnegie Hall de New York l’automne dernier, une résidence à Radio France durant trois saisons, la direction artistique de plusieurs festivals, rien n’arrête le Quatuor Modigliani ! L’ensemble naît en 2003 du désir de quatre étudiants, amis au Conservatoire de Paris, de se consacrer au quatuor, genre musical au répertoire riche et stimulant. Depuis, les violonistes Amaury Coeytaux et Loïc Rio, le violoncelliste François Kieffer et l’altiste Laurent Marfaing ont parcouru la planète entière avec leurs instruments fabriqués par de prestigieux luthiers italiens : Stradivarius et Guadagnini (violons), Mariani (alto), Goffriller (violoncelle). «Ils nous permettent, comme une palette de couleurs, d’aller encore plus loin dans des nuances, dans des pianissimos. Nous avons eu la chance de les choisir et qu’ils fonctionnent au sein du groupe», confie François Kieffer. La sonorité chaude, naturellement italienne, des Modigliani, irrigue leur abondante discographie. Seul Quatuor français à avoir enregistré une intégrale Schubert, d’ores et déjà de référence, ils s’apprêtent à publier une intégrale Beethoven, à l’occasion du 200e anniversaire de la disparition du compositeur en 2027. «Pour un Quatuor, graver Beethoven, c’est un Everest. Quand on est face à l’intégrale de ses quatuors à cordes, on se dit qu’il a peut-être puisé tout son génie dans ce répertoire», analyse François. Après de vibrants hommages à l’école française, au classicisme viennois et au romantisme germanique, mais aussi à Grieg, Dvorák et Bartók, leur dernier album est consacré à Tchaïkovski. Au programme : le Quatuor à cordes n° 3, dont l’immense mélancolie est tempérée par la légèreté de Souvenir de Florence, un sextuor joyeux et populaire qu’ils joueront en mai à l’auditorium de Radio France, accompagnés par Hélène Clément et Antoine Lederlin. «C’est une chance d’être à la Maison de la Radio, dans un écrin exceptionnel pour la musique de chambre, et d’y donner trois récitals par saison», assure Laurent Marfaing. Passionnés par la transmission, ils ont créé le festival Vibre !, qui complète le concours triennal de quatuor à cordes de Bordeaux, ainsi qu’une classe de quatuor à l’Ecole normale de musique de Paris-Alfred Cortot.
ALICE DE CHIRAC
Concerts à l’auditorium de Radio France, le 4 avril et le 19 mai.
Le festival Vibre !, à Bordeaux, du 26 mai au 3 juin.
Concert, avec Denis Podalydès, au Théâtre du Châtelet, le 28 juin.
ENGLISH TEXT. After a Carnegie Hall tour, a three-season residency at Radio France, and directing several festivals, nothing stops the Modigliani Quartet! Founded in 2003 by four friends from the Paris Conservatory, violinists Amaury Coeytaux and Loïc Rio, violist Laurent Marfaing, and cellist François Kieffer perform worldwide on Stradivarius, Guadagnini, Mariani, and Goffriller
instruments. Renowned for their warm, Italianate sound, they are the only French quartet to record a complete Schubert cycle and will release Beethoven’s quartets for the composer’s 2027 bicentennial. Their latest album features Tchaikovsky, performed with Hélène Clément and Antoine Lederlin. Committed to teaching, they created the Vibre! festival and a quartet class at the École Normale de Musique in Paris.
Claire Denis
DES GENS
QUE
J’AIME…
En ce dimanche d’hiver, je file vers l’Hôtel du Nord parmi les promeneurs du canal ensoleillé. Je vais enfin voir Claire Denis. Son nom inspire le respect d’un cinéma qu’elle est la seule à proposer depuis presque quarante ans. Encensé par les Anglo-Saxons, il lui a valu en 2022 le grand prix à Cannes et une interminable ovation pour Stars at Noon. Troublant, puissant, son cinéma a souvent pour cadre l’Afrique, toujours pour trame le pouvoir, la violence, le désir, et tous leurs tourments. Inspiré de Combat de nègre et de chiens, de Bernard-Marie Koltès, son Cri des gardes sortira au printemps. Elle a travaillé avec Rivette, Wenders, Jarmusch... Elle commence par…
1 / BRIGITTE BARDOT. «Comme vous m’avez contactée le lendemain de sa mort, je me suis rendu compte que ce n’était pas rien, Brigitte Bardot, pour moi. Je n’étais pas tout à fait adolescente quand je l’ai découverte. Je vivais encore en Afrique, dans la brousse. Ça a été un choc. Elle m’est apparue comme une femme parfaite, différente de toutes celles que je connaissais ou que je voyais dans les magazines. Et puis les gens en parlaient. C’était un sujet de conversation, Brigitte Bardot. En France, entre deux voyages, devant une photo d’elle, ma marraine m’a dit : “C’est la plus belle femme du monde !”, et j’étais d’accord. Plus tard, un été, comme je parlais un peu anglais, un peu espagnol, le directeur de l’école de cinéma m’a envoyée comme pseudo-interprète à Almeria sur un de ses tournages. On allait souvent tourner en mer, avec allers-retours en bateau. Brigitte Bardot sortait sa guitare. On dit qu’elle marchait pieds nus, c’est vrai. Je la regardais tous les matins plonger dans la Méditerranée. Elle était attentive à tous, généreuse, tellement libre, tellement belle ! Je l’ai aimée instantanément. Elle avait quelque chose qui dépassait le cinéma. C’était une expérience émouvante qui me posait question sur ma propre vie de femme qui commençait… J’ai connu plus tard un autre éblouissement, différent. 2 / BÉATRICE DALLE. «A huit jours du tournage de J’ai pas sommeil, une des actrices se désiste. Panique à bord. J’avais rencontré Béatrice Dalle chez notre agent commun, Dominique Besnehard. Je l’appelle, lui, pour lui raconter le drame qui m’arrivait, et cinq minutes après, Béatrice Dalle me téléphone. A l’époque, nos bureaux étaient à l’Hôpital éphémère. “J’habite à côté, viens !” J’y vais, et elle me dit : “Ce n’est pas un problème : moi, je vais le faire, ton film !” Ce n’était pas le premier rôle, alors qu’elle avait déjà fait 37°2 le matin. Elle s’en foutait. Ce qui comptait, c’était qu’un courant passe entre nous. Et le premier jour de tournage – en fait, c’était une nuit –, j’ai été tellement émue quand elle est arrivée sur le plateau que j’ai tourné de l’œil. Vraiment. A cause de sa gentillesse, son charme, sa beauté… Elle venait même les jours où elle ne tournait pas. Son petit garçon dans le film, elle s’en occupait. C’était un peu la marraine de tous. Elle mettait les gens en boîte, avec un humour canaille mais une tendresse extraordinaire. Je n’avais jamais vu ça.»
3 / 4 / 5 / ISAACH DE BANKOLÉ, ALEX DESCAS, GRÉGOIRE COLIN. «Les garçons, les hommes, les acteurs de mes films. Des sources d’inspiration. Grâce à Isaach de Bankolé, j’ai rencontré Alex Descas. Après un petit film pour Arte, il n’était plus question que j’arrête de travailler avec Grégoire Colin. C’est un lien très fort, un film, quand on le laisse se développer, comme une plante dans l’eau. J’ai en tête tous les comédiens avec qui j’ai travaillé : Robert Pattinson, Juliette Binoche… tous ont laissé en moi des germes d’envie. Ces trois hommes sont à l’origine d’un désir. Chacun a été le point de départ d’un film. Mon prochain, Le Cri des gardes, c’est Isaach de Bankolé.»
6 / MARIE NDIAYE. «Je la lisais depuis son premier livre. Au dos du dernier, je vois qu’elle a quitté la Normandie pour la Gironde. Je ne sais pas ce qui m’a pris, je lui ai écrit une lettre, via son éditeur : “J’aimerais vous rencontrer.” Son univers m’était … pas familier – Marie n’est absolument pas familière à quiconque –, mais il me touchait. Il me happait. Elle a répondu et j’ai pris le train. J’ai habité chez elle, ça a été une expérience formidable, pendant plusieurs séjours. White Material occupait alors mon esprit. Même si son père était sénégalais, de l’Afrique elle ne connaissait rien. Le producteur nous y a envoyées. On a fait le tour du Ghana, visité des plantations de café et de cacao, des mines d’or aussi. On a finalement tourné au Cameroun, et, comme elle ne pouvait pas venir – ses enfants étaient très jeunes – avant, ensemble, dans son petit coin de la Gironde, on a reconstruit un petit coin du Cameroun. Le personnage, Maria, qu’interprète Isabelle Huppert, Marie pense que c’est un peu moi. Moi, je pense que c’est Marie.»
Et Isabelle Huppert, qu’en pense-t-elle ? «Isabelle, c’était le moteur de l’avion. Elle a appris à conduire le tracteur. A la fin, elle aurait pu diriger une plantation… Elle a passé un trimestre là-bas. Son dernier fils y était entré à l’école primaire, il jouait au foot avec les garçons du village. »
7 / STUART STAPLES. «Il était en concert avec son groupe Tindersticks à la fin des années 1990 au Bataclan. Une de leurs chansons s’appelait My Sister. J’avais sous le bras le scénario de Nénette et Boni, traduit en anglais, une histoire de fratrie aussi. Je les ai rejoints dans les coulisses. J’ai dit : “Je peux utiliser My Sister ?” Il a répondu : “Non. C’est plus drôle si je fais toute la musique du film.” On ne s’est plus séparés. Et je suis toujours aussi inquiète quand je lui envoie un scénario… Il y a quelqu’un d’autre que j’écoute depuis ses premières chansons, comme si c’était un ami. Je l’ai connu tard, pour un clip. Il ne savait pas que j’étais une groupie. C’est Alain Bashung.» 8 / MICHEL PICCOLI. «Depuis que je suis petite fille, sa présence à l’écran m’impressionne. Michel, on s’arrête de respirer quand on le voit. C’est comme s’il ne mettait pas de psychologie dans son jeu. Que de l’humanité. Assistante sur La Passante du Sans-Souci, j’étais captivée par sa voix, son humour, sa façon de résoudre les petites dissonances qui surviennent sur un plateau, sa tendresse pour Romy Schneider. Tout me plaisait en lui. Il était comme une source magnétique. A ses côtés, on était 40 000 fois plus fort. Et un jour, il me dit : “Tu ne me proposes jamais de rôle...” Je le regarde, effarée. “Mais oui, il faut faire un film, et vite !” Malheureusement, il a commencé à avoir des problèmes de mémoire. Et donc je l’ai perdu. Pour toujours. Comme nous tous. On a perdu Piccoli. C’est énorme.»
SABINE EUVERTE
Béatrice Dalle et Claire Denis ont tourné deux autres films ensemble : «Trouble Every Day» et «L’Intrus». «Le Cri des gardes», sortie le 08 avril 2026
ENGLISH TEXT. On a winter Sunday, I make my way to Hôtel du Nord along the sunlit canal to finally meet Claire Denis. Her name commands respect for a cinema she alone has shaped for nearly forty years. Hailed internationally, she won the 2022 Cannes Grand Prix for Stars at Noon. Powerful and unsettling, her films often take Africa as a backdrop, exploring power, desire, violence, and their torments. Inspired by Bernard-Marie Koltès’ Combat de nègre et de chiens, her next film, Le Cri des gardes, will be released this spring. She has worked with Rivette, Wenders, Jarmusch…
1 / Brigitte Bardot. “I discovered her while still living in Africa. She seemed perfect, unlike anyone I knew, free, generous, beautiful. Watching her dive into the Mediterranean barefoot, play guitar, I was instantly captivated. She made me reflect on my own emerging womanhood.”
2 / Béatrice Dalle. “Eight days before shooting J’ai pas sommeil, an actress dropped out. I called Béatrice Dalle; five minutes later, she agreed. She had already done 37°2 le matin, yet she cared only about the connection between us. On the first night of filming, I was overwhelmed by her kindness and humor. She cared for everyone, even her on-screen child.”
3–5 / Isaach de Bankolé, Alex Descas, Grégoire Colin. “They inspired films. Isaach introduced me to Alex; Grégoire became indispensable. Actors like Robert Pattinson, Juliette Binoche—all left seeds of desire. These three men sparked ideas; Le Cri des gardes starts with Isaach.”
6 / Marie NDiaye. “I wrote her, asking to meet. Staying with her in Gironde, we prepared White Material, exploring Ghana and Cameroon. The character Maria, played by Isabelle Huppert, reflects parts of me. Marie says she sees herself in me.” Isabelle Huppert. “She was the engine on set, learning to drive tractors, fully immersing herself. Her son played football with local children.”
7 / Stuart Staples. “I asked to use ‘My Sister’ for Nénette et Boni He insisted on composing all the film’s music. Since then, we’ve been inseparable. Another lifelong musical companion is Alain Bashung.”
8 / Michel Piccoli. “Since childhood, his presence mesmerized me—pure humanity, no artifice. On La Passante du sans souci, I was captivated by his voice, humor, tenderness. One day he said, ‘You never offer me roles.’ I promised a film, but memory issues took him from us. We lost Piccoli forever.”
Sascha Goetzel
«Il y a en
France un goût certain pour
l’élégance
de la phrase musicale»
Des rangs du Philharmonique de Vienne au pupitre de chef d’orchestre, il n’y a qu’un pas. Sa générosité, sa finesse musicale et son dévouement lui ont permis de devenir l’un des chefs les plus prisés de la scène musicale internationale. Avec l’Orchestre national des Pays de la Loire, dont il est le directeur musical depuis 2022, il signe un très beau disque sur la vie artistique bouillonnante entre Vienne et Paris à la fin du XIXe siècle. Sascha Goetzel dévoile ici quelques-uns de ses secrets.
Votre expérience en tant que musicien d’orchestre vous aide-t-elle pour la direction ? Absolument. Comme j’ai eu le privilège de jouer pendant dix ans en tant que violoniste remplaçant au sein du Philharmonique de Vienne, j’ai joué sous la baguette de nombreux chefs d’orchestre. J’ai pu mesurer ainsi la manière dont leur personnalité influençait l’orchestre, non seulement sur le son, mais aussi sur la psychologie des musiciens. Sentir leur énergie, ressentir la force d’un orchestre qui soutient pleinement son chef : c’est sur ces principes que j’ai constitué et constitue toujours mon parcours de chef.
Quel conseil vous a-t-on donné qui vous inspire encore aujourd’hui ? Seiji Ozawa, qui était mon professeur, m’a dit un jour : “Tu n’es pas là pour apprendre aux musiciens à jouer, pas là pour leur faire la leçon, ni les contraindre. Si tu les invites à jouer, tu verras qu’ils en auront envie et atteindront un tout autre niveau.”
Que préférez-vous diriger : les opéras ou le répertoire symphonique ? L’opéra est la plus haute forme d’art, puisqu’elle les réunit tous. C’est passionnant de plonger au cœur de l’intrigue, de s’immerger dans les personnages et de travailler main dans la main avec les metteurs en scène. Malheureusement, ces dernières années, le monde de l’opéra a beaucoup changé. J’aimerais qu’on prenne plus en compte le savoir des chefs d’orchestre.
Quelle est la différence entre le son d’un orchestre autrichien et le son d’un orchestre français ? Il y a en France un goût certain pour l’élégance de la phrase musicale. La structure harmonique reste toujours légère, avec l’idée d’inviter les autres voix à jouer par-dessus.
En Autriche, il y a un dialogue constant entre la nostalgie du passé et la recréation, ce qui rend le son moins léger, mais plus riche aussi.
Que dites-vous aux critiques qui se plaignent des orchestres qui jouent de la même manière ? Il y a eu beaucoup de progrès sur le son depuis vingt ans dans les orchestres de manière générale, parce que les musiciens sont plus flexibles. Certains se plaignent que ça dénature le son traditionnel des orchestres. Je dirais que c’est aux directeurs musicaux et à l’administration d’œuvrer ensemble à recréer mais surtout à chérir le son de leur orchestre.
Dans quelles salles aimez-vous diriger ? La Seine musicale est une très belle salle qui permet à l’orchestre de trouver de belles couleurs de son. Le Théâtre des Champs-Elysées n’a pas la meilleure acoustique, mais l’endroit est fabuleux. Sinon, à Vienne, il y a la salle du Musikverein, mythique ! J’adore diriger dans le Concertgebouw d’Amsterdam. Au Japon, ils ont des salles merveilleuses également.
Propos recueillis par MARIE JÉRÉMIE
Sascha Goetzel et l’Orchestre national des Pays de la Loire, nouveau disque autour d’Erich Wolfgang Korngold, chez Bis Records.
ENGLISH TEXT. From the Vienna Philharmonic to the conductor’s podium is only a step. Sascha Goetzel’s generosity, musical finesse, and devotion have made him one of today’s most sought-after conductors. With the Orchestre National des Pays de la Loire, where he’s been Music Director since 2022, he recorded a beautiful album capturing the artistic energy between Vienna and Paris at the end of the 19th century. His years as a violinist in the Vienna Philharmonic taught him how each conductor’s personality shapes both sound and spirit—lessons that still guide him. Seiji Ozawa once told him: “Don’t teach or control the musicians. Invite them—they’ll play better.” He loves opera for its union of all arts and values both the elegance of French orchestras and the depth of Austrian ones. Favorite halls include La Seine Musicale, the Musikverein, and the Concertgebouw.
J’aimerais qu’on prenne plus en compte le savoir des chefs d’orchestre „
Stella Li
«Chez BYD, nous sommes avant tout une entreprise technologique dirigée par des ingénieurs»
Nous avons voulu mieux connaître la stratégie de la marque BYD, qui bénéficie en France, en Europe et aux Etats-Unis, d’un développement exceptionnel : elle a vendu 2,26 millions de véhicules électriques en 2025, record mondial ! Nous avons posé nos questions à Stella Li, la vice-présidente. Les réponses sont percutantes.
Comment décririez-vous BYD, qui signifie “Build Your Dreams” ? BYD est une entreprise technologique mondiale. Nous avons commencé en 1995 comme fabricant de batteries, et, aujourd’hui, nous avons élargi nos activités à quatre grands secteurs : l’électronique, les nouvelles énergies, l’automobile et le transport ferroviaire. Nous comptons plus de 120 000 ingénieurs en recherche et développement, ce qui fait de BYD l’un des plus grands laboratoires d’innovation au monde.
Quel est le principal atout de BYD ? L’intégration verticale. BYD est la seule entreprise au monde à maîtriser toutes les technologies des véhicules à énergies nouvelles, batteries, moteurs électriques et électronique de puissance. Cette indépendance nous permet d’innover plus rapidement, d’assurer une qualité constante et de croître efficacement. Nos clients bénéficient de véhicules plus sûrs, plus fiables et plus efficients. Notre lutte contre le changement climatique ne s’arrête jamais. Cette année, nous avons officiellement publié notre objectif ESG : réduire notre intensité carbone de 50 % d’ici 2030. Nous serons neutres en carbone d’ici 2045.
Qu’est-ce qui distingue BYD ? Nous sommes avant tout une entreprise technologique dirigée par des ingénieurs. Nous avons bâti notre leadership sur l’innovation interne. Nous développons chaque composant clé nous-mêmes. Notre batterie Blade en est un exemple parfait : une technologie LFP sans cobalt, donc sans métaux rares, qui a redéfini les normes de sécurité mondiales et offre une durabilité exceptionnelle.
Quelle réalisation vous rend la plus fière ? Je suis fière que BYD soit devenu le leader mondial des véhicules à énergies nouvelles et que nous ayons atteint cet objectif en restant fidèles à nos valeurs. En 2025, nous avons célébré l’étape historique de la production de 15 millions de véhicules à énergies nouvelles dans le monde.
Diriez-vous que la diversité est l’une de vos forces principales ? Absolument. Notre écosystème diversifié – des batteries à l’énergie solaire, des systèmes ferroviaires aux produits électroniques grand public – nous confère une perspective unique et une vraie profondeur technologique. Chaque secteur renforce les autres.
Quelle est votre vision derrière le lancement de la marque Denza ? Denza représente le nouveau premium pour une nouvelle ère de la mobilité. La marque allie un design élégant influencé par l’Europe avec les technologies intelligentes les plus avancées de BYD. L’objectif est d’offrir aux clients quelque chose de nouveau : un design élégant et intemporel, des performances électriques ou hybrides de pointe, le tout avec un raffinement et un confort exceptionnels.
Quel est l’objectif global de BYD ? Conduire la transformation mondiale vers une mobilité électrifiée. Offrir des technologies accessibles, produire localement, développer des partenariats solides et améliorer en continu l’expérience client.
Où voyez-vous BYD dans cinq ans ? Dans cinq ans, BYD sera encore plus mondial, plus local, et encore plus innovant. En Europe, nous aurons une empreinte industrielle forte incluant notre nouveau siège européen et notre centre de recherche et développement en Hongrie, ainsi que notre première usine de production locale à Szeged.
Combien de concessions prévoyez-vous d’ouvrir en France d’ici fin 2026 ? Notre plan est de continuer à élargir notre réseau rapidement. D’ici fin 2026, la France comptabilisera environ 200 concessions.
Le fait d’être une femme est-il un avantage pour diriger le développement mondial de BYD ? Je ne considère pas cela comme une question d’avantage ou de désavantage. Ce qui compte vraiment, c’est les capacités, les résultats et l’état d’esprit. Chez BYD, nous évoluons dans un environnement très technique avec de nombreux ingénieurs. Nous ne pensons jamais en termes d’hommes ou de femmes. Nous pensons uniquement en termes de compétence. Propos recueillis par ANNE DELALANDRE
BYD est la seule entreprise au monde à maîtriser toutes les technologies de base des véhicules à énergies nouvelles, batteries, moteurs électriques et électronique de puissance „
ENGLISH TEXT. We wanted to better understand BYD’s strategy, a brand enjoying exceptional growth in France, Europe and the U.S., with 2.26 million electric vehicles sold in 2025 — a world record. Vice-President Stella Li describes BYD as a global technology company founded in 1995 as a battery maker, now active in electronics, new energy, automobiles and rail. With over 120,000 R&D engineers, it is one of the world’s largest innovation labs. Its key strength is vertical integration: BYD uniquely controls batteries, electric motors and power electronics, enabling faster innovation, consistent quality and safer, more efficient vehicles. The company aims to cut carbon intensity 50% by 2030 and reach carbon neutrality by 2045. Engineer-led and innovation-driven, BYD develops its own core components, including the cobalt-free Blade battery. It became the global leader in new-energy vehicles, producing 15 million units by 2025.
A diversified ecosystem — from solar energy to rail systems and consumer electronics — reinforces its technological depth. DENZA embodies a new premium mobility vision blending European design and advanced smart tech. BYD’s goal is to accelerate worldwide electrified mobility through accessible technology, local production and strong partnerships, expecting a stronger European industrial base and about 200 dealerships in France by 2026. Gender, Li says, is irrelevant: only competence matters.
Charlotte Bouygues
«Dix Hectares relie la terre à la cosmétique
Son nom aurait pu lui imposer de se fondre dans l’une des entreprises de la galaxie familiale, mais Charlotte Bouygues aime réunir passion et travail. Après des études sur la côte est des Etats-Unis, la Franco-Américaine entre chez L’Oréal à New York, où elle se découvre un goût pour l’univers de la beauté. De retour en France, elle intègre TF1, où elle navigue entre régie publicitaire et programmation, avant de s’occuper d’une filiale de la chaîne, un site internet de vente de box beauté. Dans cette petite société dynamique, très start-up, elle attrape le virus de l’entrepreneuriat, et Charlotte Bouygues décide de créer sa propre marque de cosmétique. En parallèle, la jeune femme prend la présidence d’Eutopia Estates, la filiale en charge des propriétés viticoles et agricoles de la famille. Et il y a de quoi faire, entre deux châteaux de la prestigieuse appellation
Saint-Estèphe, Montrose et Tronquoy, le célèbre Clos Rougeard à Saumur, le domaine Rebourseau à Gevrey-Chambertin, une maison de cognac et Lost Mountains Vineyards en Virginie, aux Etats-Unis, sans oublier une truffière à Chinon. «Le château Montrose a toujours été très inspirant pour moi. Il se dégage quelque chose de particulier de ce lieu exceptionnel, par sa nature, sa biosphère, avec ses 130 hectares d’un seul tenant, ses 200 ans d’histoire et son patrimoine exceptionnel, explique la jeune femme. Montrose produit des vins de luxe associés à des valeurs d’exigence, d’innovation et de respect, de la terre comme des hommes.» Un cadre stimulant que Charlotte Bouygues décide d’investir en utilisant 10 hectares de prairies en jachère nichées entre les vignes et la Gironde, qui miroite de l’autre côté de la route. Tout en s’investissant dans la vie de la propriété, elle peaufine son concept et décide de planter un hectare de botaniques aux vertus spécifiques en appliquant les principes de l’agriculture régénérative. «La terre et la peau ont beaucoup de points communs avec trois couches aux fonctions similaires. Je voulais appliquer à mes produits cosmétiques la connaissance intime de la terre de Montrose, ce qui passe par la géodermie, qui est le socle de ma marque, Dix Hectares.»
Après une première phase de commercialisation uniquement en ligne, Dix Hectares fait son entrée dans le monde du luxe avec un partenariat exclusif avec Le Bon Marché à Paris, avant de s’ouvrir à une distribution sélective en dehors de la capitale et d’investir l’international dans un second temps. Si la marque compte actuellement cinq produits – une gelée démaquillante, un sérum et une crème à base d’eau pour le printemps-été et plus riche pour l’automne et l’hiver, correspondant aux besoins de la peau -, Charlotte Bouygues compte bien lancer d’autres références en adoptant un calendrier simple : le premier jour du printemps et celui de l’automne serviront de repères pour les amatrices de Dix Hectares. Rendez-vous donc le 20 mars prochain pour découvrir les nouveautés. BÉATRICE DELAMOTTE
Déclinée en deux gammes, l’une dédiée aux soins printemps-été, l’autre automne-hiver, qui comprennent un sérum et une crème, les produits imaginés par Charlotte Bouygues associent dans des complexes originaux microbiotiques végétaux et phytopeptides à des assemblages botaniques saisonniers. Tous les soins sont imaginés dans le petit laboratoire qui jouxte la parcelle de Dix Hectares et où sont stockées les plantes qui seront utilisées pour les différentes formules, toutes testées sur peaux sensibles, pour garantir leur innocuité. «Nous maîtrisons le processus d’élaboration de nos produits de la graine à la crème, garantie 100% naturelle», souligne Charlotte Bouygues. En tout cas, la mission de la marque est très claire : venir disrupter le monde de la cosmétique de luxe grâce à une traçabilité optimale, une maîtrise de la recherche et développement et de la propriété intellectuelle.
ENGLISH TEXT. Charlotte Bouygues could have joined the family business, but she blends passion with work. After studying on the U.S. East Coast, she worked at L’Oréal New York, then TF1 in France, before leading a beauty box e-commerce site. Inspired to create her own cosmetics brand, she also chairs Eutopia Estates, managing the family’s vineyards and estates, including Château Montrose. Using ten fallow hectares, she applies regenerative agriculture to grow botanicals for her brand, Dix Hectares, producing seasonal, microbiotic, plant-based skincare. After online launch, the brand partnered with Le Bon Marché and is expanding internationally.
Elsa Lauron
Les trésors d’Olwen Forest Jewels of Passion and Freedom
J’ai une admiration pour les bijoux que je décris comme bijoux de passion. Ils sont souvent de couleur rouge, comme des signes de liberté, comme un message d’amour, tendre comme un poème. Le succès mondial de Gabrielle Chanel tient aux lignes pures de ses vêtements décorés d’exubérantes chaînes dorées, parsemées de pierres cabochons. Dès les années 1920, Chanel confie à la société Gripoixle soin de la fabrication de ses collections. Roger Jean-Pierre, le sculpteur des parures en trois dimensions, a d’abord collaboré avec Elsa Schiaparelli. Après l’ouverture de son atelier, il devient président de la chambre syndicale des paruriers de la haute couture. En 1940, il est directeur chez Christian Dior. En 1962, il obtient le famous Neiman Marcus Award en Amérique. Paco Rabanne, quant à lui, a marqué l’univers de la mode et de la création de bijoux par son excentricité. En 1990, il travaille avec la maison Balenciaga. L’actrice américaine Jean Harlow exhibait des bijoux géométriques dès les années 1920. Ensuite, elle arbore des bijoux de Joseff of Hollywood, “jewellers of the stars”, qui créa des bijoux pour les films de 1930 à fin 1940. «Let’s go for the jewels of passion and freedom shine with millions of shining light and fire !»
Manchette signée Chanel entourée d’un sautoir en pâte de verre signé Chanel circa 1980
Sautoir avec têtes de chevaux signé Chanel circa 1990
Olwen Forest, Marché Serpette, 110 rue des Rosiers, à Saint-Ouen, allée3, stands 5, 6 et 7. 0140119638. www.olwenforest.com
Broche de Roger Jean-Pierre circa 1960
Bracelet signé de Paco Rabanne circa 1990
Photo de l’actrice américaine
Jean Harlow entourée d’un bracelet et clip de robe Art déco circa 1930 associé à un bracelet manchette romantique de Joseff of Hollywood circa 1940
La Fleur de Monogram de la maison Louis Vuitton fête cent trente ans d’histoire. La collection Color Blossom, qui célèbre avec éclat l’iconique symbole, s’enrichit de couleurs et de formes inédites et se pare de pierres nouvelles.
Fleurs de charme
Photographies
ADAM AMOURI
Direction artistique
ANNE DELALANDRE
Stylisme
CLAUDIA CALI
Collier, boucles d’oreilles et earcuff, or rose, nacre blanche et diamants, collection «Color Blossom», LOUIS VUITTON
JOAILLERIE
Maillot de bain une pièce, Louis Vuitton
Maquillage
La Beauté
Louis Vuitton
Médaillon, collier et earcuffs, or rose, malachite, nacre blanche et diamants, collection «Color Blossom», LOUIS VUITTON JOAILLERIE Blouson bomber court en soie et maillot de bain une pièce, Louis Vuitton
Sautoir porté en bracelet et puce d’oreille en or jaune, sodalite, onyx et diamants, collection «Color Blossom», LOUIS VUITTON
JOAILLERIE
Brassière en laine, Louis Vuitton
Maquillage La Beauté Louis Vuitton
Maquillage
Sautoir porté en bracelet et boucles d’oreilles, or rose, nacre blanche et diamants, collection
«Color Blossom», LOUIS VUITTON
JOAILLERIE
Blouson bomber court et jupe courte boutonnée en laine, Louis Vuitton
La Beauté
Louis Vuitton
Bague, or rose, nacre blanche et diamants, collection
«Color Blossom», LOUIS VUITTON JOAILLERIE
Colliers, bracelets, bague or jaune et boucles d’oreilles, nacre blanche, sodalite et diamants, collection
«Color Blossom», LOUIS VUITTON
JOAILLERIE
Top sans manches avec boutons, Louis Vuitton
Maquillage
La Beauté
Louis Vuitton
Collier, boucles d’oreilles et earcuff, or rose, nacre blanche et diamants, collection «Color Blossom», LOUIS VUITTON JOAILLERIE Maillot de bain une pièce, Louis Vuitton
Sautoir, colliers et puce d’oreille, or jaune, sodalite et diamants, collection «Color Blossom», LOUIS VUITTON JOAILLERIE
Maillot de bain une pièce, Louis Vuitton Maquillage La Beauté Louis Vuitton
Haute
Joaillerie, les nouvelles collections.
Tous les six mois, deux fois par an, en janvier et en juillet, pendant les semaines de la Haute Couture à Paris, les plus grandes maisons de haute joaillerie dévoilent leurs nouvelles créations. Des pièces inédites, fruit d’un très long travail de recherches et d’élaborations, emblèmes de leurs savoir-faire exclusifs, pour toujours plus de luxe, d’élégance et de modernité, loin des clichés qui affirment que la haute joaillerie innove moins que la mode. Nous voulons être les partenaires de cette effervescence créative unique au monde. Alors, pleins feux sur les toutes nouvelles parures signées par les plus grands joailliers.
Cette saison, les maisons de haute joaillerie proposent de nombreux colliers, tous plus éclatants les uns que les autres, où brillent l’or et les diamants. Collier, or jaune et diamants, collection «Bvlgari Eternal», BVLGARI Collier, or blanc et jaune et diamants, collection «Mosaico», BUCCELLATI Collier «Fan», émeraudes et diamants, HARRY WINSTON
Trois colliers. Collier «Ondora», or gris, chrysoprases, spinelles, turquoise, diamants, collier «Parcae», platine, saphirs et diamants, collier «Splendea», platine et diamants, collection «En équilibre», CARTIER
Trois colliers et une broche. Collier, or blanc, émeraude et diamants, GRAFF
Sautoir transformable «Ancre de Carthagène», or blanc et rose, tourmaline bleue, corail, lapis-lazuli et diamants, VAN CLEEF & ARPELS
Sautoir «Groove», grenats rhodolites, perles rose profond et diamants, MESSIKA
Clip «Ara saphir jaune», or jaune et blanc, saphir jaune, émeraudes, saphirs de couleur, grenats spessartites et diamants, VAN CLEEF & ARPELS
Des colliers ras de cou.
Collier «Aura», or blanc et diamants, LOUIS VUITTON
Collier «Fearne», or blanc et diamants de couleur bleu-vert vif, verts profonds, roses violacés intenses, orange jaunâtre et blanc, DAVID MORRIS
Collier, or jaune, Diamond-Like Carbon et diamants, collection «Bvlgari Eternal», BVLGARI
Collier, or blanc, saphirs et diamants, GRAFF
Deux colliers et deux broches. Collier «Protection», or blanc et jaune, rubis du Mozambique, perles et diamants, LOUIS VUITTON
Collier «Belle Dior Gallons Printemps», or rose, opales noires, saphirs bleus et roses, grenats spessartites et tsavorites, émeraudes, spinelles rouges, laque bleue et verte et diamants, DIOR JOAILLERIE
Clip «Smollett», or jaune et rose, grenats, émeraudes, saphirs bleus et mauves, grenats tsavorites et diamants, VAN CLEEF & ARPELS Broche pendentif, or, tourmaline verte, péridot, quartz rose, tourmaline rose, prasiolite et diamants, ISABELLE LANGLOIS
Des boucles d’oreilles séduisantes.
Boucles d’oreilles, or blanc, saphirs et diamants, GRAFF
Boucles d’oreilles «Kismet», or blanc, perles naturelles et diamants de couleur jaune, rose, bleu, orange gris et rouge, DAVID MORRIS
Boucles d’oreilles «Mousqueton de morganite», or rose, morganites et diamants, VAN CLEEF & ARPELS
Boucles d’oreilles «Echo», or blanc et diamants, collection «Vibrations», DE BEERS
Boucles d’oreilles «Blast Spiral», or blanc, saphirs, tanzanites, tourmalines indicolites et diamants, REPOSSI
Dde fantaisie et d’élégance. Collier, or blanc, tourmalines
Paraíba, diamants et diamants jaunes, collection «Talk to Me», HARRY WINSTON
Collier «The Untamed», or blanc, cristal de roche et diamants, BOUCHERON
Collier «Belle Dior Jelly», or blanc et rose, tanzanite, saphirs, émeraudes, grenats tsavorites, tourmalines bleu-vert et diamants, DIOR JOAILLERIE
Collier, or blanc, rubis et diamants, HARRY WINSTON
Des bracelets somptueux.
Manchette «Abacus», or blanc, tourmalines Paraíba, saphirs Padparadscha et diamants, DAVID MORRIS
Bracelet «Be Together», rubis et diamants, GRAFF
Bracelet flexible, or jaune et blanc et diamants, collection «Mosaico», BUCCELLATI
Bracelet «Groove» en or blanc, grenats rhodolites, perles rose profond et diamants, MESSIKA
Cinq bagues spectaculaires.
Bague «Radiant Lotus», or blanc, saphir Padparadscha et diamants, DAVID MORRIS
Bague «Blast», or rose, grenat spessartite, tourmaline jaune et pêche et citrine, REPOSSI
Bague, or blanc, tanzanite, iolite, tourmaline rose, tsavorite et diamants, ISABELLE LANGLOIS
Bague «Queen of the Sea», or blanc, perle naturelle et diamants de couleur rose, vert, orange et blanc, DAVID MORRIS
Bague «Echo», or blanc et diamants, collection «Vibrations», DE BEERS
Bague «Fan», émeraude et diamants, HARRY WINSTON
Voiles dentelles et transparences
Robe transparente en lurex, Valentino < Page de gauche
Bodysuit bouffant en dentelle avec et chapeau en cuir, Etro
Robe en résille, Givenchy par Sarah Burton Page de droite > Pantalon taille basse à volants en dentelle sarabande brodée de cristaux rouges et noirs, McQueen
Le design en fête
Rendez-vous incontournable du design de collection, le PAD revient à Paris, au Jardin des Tuileries, pour sa 28e édition, du 8 au 12 avril 2026, et réunira une fois encore les plus grandes galeries internationales. Témoignant du dynamisme et du renouvellement constant de la scène du design et des arts décoratifs, cette édition sera marquée par l’arrivée de nouvelles galeries, parmi lesquelles 88 Gallery (Erik Müllendorff), Aurélien Jeauneau, Boccara (Didier Marien), Durazzo x Georges Lenfant, Galerie Jallu (Yann Jallu), Gallery Gaïa &Romeo (Frédéric Cassin), Initio Arts & Design (Marie Tourre de Robien et Balint Ferenczy), MAY (Maylis et Charles Tassin), Nikos Koulis, St Vincents (Henri Delbarre et Geraldine Jackman) et Yves Salomon Editions. padesignart.com
Page de gauche, de haut en bas et de gauche à droite.
«Big Bloom», Claire Lindner, Daguet Bresson.
Chaise, Paolo Pallucco, Pulp Galerie. Console «Möbius», Pierre Renart, Maison Parisienne.
Bureau «Cut and Roll», Ron Arad, Opera Gallery.
Console «Capillas de Marmol», Abel Cárcamo, 88 Gallery. Ci-contre, de haut en bas et de gauche à droite. Pile, RoWin’ Atelier, Galerie Scène Ouverte. «Piece B», Dorothée Loriquet, Modern Shapes Gallery. Console, Hom Le Xuan, Avant-Scène.
«Diptych Sand», Olivia Walker, Victoria Poniatowski
La beauté toujours renouvelée du bois
Julien Hardy est un amoureux du bois, et ses meubles sont de véritables œuvres d’art. Après une vingtaine d’années comme directeur artistique dans la publicité, il en a eu assez d’être «inutile en ce bas monde» et s’est formé en autodidacte à l’ébénisterie. Il vit et travaille désormais à Vazerac, dans le Tarn-et-Garonne. «J’utilise le meilleur du passé pour mieux être actuel. Les meubles et objets que je crée sont résolument contemporains, épurés, presque austères, alors que les techniques utilisées sont ancestrales et manuelles, dit-il. Mes meubles sont joueurs. Ils jouent avec la lumière et les ombres, les textures brutes ou lisses.» Son buffet Forêt noire mêle du chêne de marais fossile, des essences d’amarante et de buis pour créer une marqueterie et des lamelles colorées que l’on peut assembler selon ses envies. «C’est une tentative de styliser une forêt. Je voulais quelque chose d’interactif. Pour maintenir la passion, je me lance de nouveaux défis. Toujours plus fous, toujours plus difficiles.»
De haut en bas et de gauche à droite. «Cabane», «Cabinet jouant avec la lumière», console
Julien Hardy
L’OBJET DU MOIS
Lanterne Lagune
Derrière un intitulé évocateur, la lanterne Lagune est une lampe nomade dont la fonction s’inspire des baladeuses traditionnelles. Son design rigoureux et sa silhouette caractéristique imposent sa présence élégante. Sa ligne simple révèle sa subtilité à travers le dialogue entre sa structure en bois de wengé huilé et son réflecteur en verre soufflé coloré (rouge, ambre) ou en albâtre blanc. Coiffée d’un verre texturé, Lagune est une invitation poétique au jardin, mais, habillée d’albâtre blanc, elle s’affirme délibérément urbaine. Facile à vivre, elle peut s’installer sur un chevet, une table basse ou un bureau et vous accompagner au jardin ou en terrasse. Liaigre. 42 rue du Bac, Paris VIIe et 77 rue du Faubourg Saint-Honoré, Paris VIIIe. studioliaigre.com
Des meubles beaux comme des statues
Fondé en 2020 par Florence Provencher Proulx et Isaac Larose Farmer, Bruises est un studio de design et une galerie basés à Montréal. A l’origine, une plateforme virtuelle, Bruises réunissait des œuvres d’artistes, des objets chinés exceptionnels et du mobilier, tout en transformant des bâtiments délaissés pour ses expositions. Très vite, la Bruises Gallery est devenue, via Instagram, une vitrine incontournable des arts décoratifs, cultivant un goût pour les pièces en marge des effets de mode, à travers des pièces anonymes, ou en faisant découvrir ou redécouvrir l’univers singulier de designers un peu à la marge. Nous montrons ici les étonnants buffets torses, les étagères statues grecques et les cabinets bustes grandeur nature de Bernard Trahan, magnifiques meubles-sculptures qui impressionnent par leur audace. bruisesgallery.com
De magnifiques meublessculptures qui impressionnent par leur audace
Meubles-sculptures en pin, peinture au lait, design Bernard Trahan Bruises Gallery.
Dans un décor de campagne normande à quelques encablures de Deauville, les Manoirs de Tourgéville sont une ode au bien-être et au lâcher-prise à deux heures de Paris. Les Manoirs de Tourgéville vous accueillent dans un écrin de verdure au cœur de la campagne normande. L’hôtel dispose de 57 chambres, dont 35 suites en triplex avec cheminée dans le salon, des duplex et suites communicantes, certaines avec terrasse privative. Son nouveau restaurant bistronomique, le «1899», a été intégralement repensé et redécoré avec de nouveaux espaces aux notes contemporaines,douces et chaleu-
reuses. Dans l’assiette, le chef des Manoirs célèbre une gastronomie de saison avec des produits sélectionnés auprès des meilleurs artisans locaux. Pour un moment de détente et de bien-être, l’hôtel est doté d’une piscine intérieure chauffée, d’un espace fitness, d’un sauna et de trois superbes cabines de relaxation pour une détente absolue. Une salle de cinéma de 50 places est également proposée sur réservation.
Les Manoirs de Tourgéville. 668 chemin de l’Orgueil – Tourgéville, 14800 Deauville.
Afro goddness looking foreward (2015) Mickalene Thomas
Après un passage l’année dernière aux Abattoirs de Toulouse, la première rétrospective française de Mickalene Thomas arrive aux portes du Grand Palais. Le titre de cette exposition, «All About Love», représente, pour cette artiste afro-américaine née en 1971 dans le New Jersey, le manifeste de son art. Un programme qui, depuis ses débuts, ne l’a pas quittée, à savoir sa volonté tenace, obstinée, de célébrer la femme noire, tout en affirmant sa singularité queer. Une fête joyeuse autant qu’amoureuse qu’elle concrétise par le biais du portrait. Un genre qu’elle revisite entièrement, lui donnant un caractère monumental en se laissant le choix d’utiliser une pluralité de techniques, de l’huile traditionnelle à la photographie en passant par la vidéo. Ses modèles, ses muses, préfère-t-elle dire, font partie de son cercle familial et amical, on y trouve, parmi tant d’autres, sa mère ainsi qu’un hommage vidéo à la magnifique chanteuse Eartha Kitt, dont on entend la voix rocailleuse interpeller les peintres incapables de prendre en compte la figure noire. Or, le tableau ci-dessus la concerne encore plus directement, il s’agit d’un autoportrait où elle se présente, à lire la légende, en déesse africaine regardant droit devant elle. Si l’importance accordée au regard va de pair avec l’ascendant de sa posture, pleine de majesté, il indique surtout que la divinité en question s’oppose à tout voyeurisme de la part de ses admirateurs de passage. A cet égard, Mickalene Thomas inverse la hiérarchie de l’Olympia (1863) de Manet, qui reléguait la servante noire dans l’anonymat de l’arrière-plan, réservant la place d’honneur au modèle blanc dénudé devenu l’objet de
toutes les convoitises. Cette inversion, loin d’être anecdotique, s’inscrit dans la scénographie de l’exposition. Celle-ci, en effet, ne se limite pas à un accrochage pur et simple des œuvres. L’itinéraire de la visite s’organise autour d’installations recréant les salons de la mère et de la grand-mère de l’artiste. Ce qui implique que les visiteurs ont le loisir de rejoindre la mise en scène, invités à s’y intégrer non plus comme des voyeurs, mais comme d’éventuels témoins. Ajoutons que, si le regardeur profite du spectacle, il est à son tour regardé de près. L’autoportrait a beau insister sur la réciprocité des échanges, il accorde tout de même à la déesse une place à part, puisque celle-ci porte sur son visage la photographie agrandie de ses yeux. L’usage du masque renvoie à son tour à la composition même du tableau, conçu à l’image d’un collage. Pour preuve l’accumulation d’éléments différents, qui a toute l’apparence d’un amalgame de morceaux disparates juxtaposant des motifs décoratifs et des matériaux divers du strass au papier photographique. Or, on aurait tort de réduire le collage au registre des seuls accessoires esthétiques, car, pour Mickalene Thomas, la condition noire s’apparente au collage en tant qu’elle est le résultat d’histoires composites, de situations contradictoires. Ainsi, faire feu de tout bois, c’est survivre en appliquant cette technique comme un instrument de libération.
BERTRAND RAISON
GRAND PALAIS. «Mickalene Thomas. All about Love». 17 avenue du Général-Eisenhower, Paris VIIIe. Jusqu’au 5 avril.