
Cahier thématique de Hochparterre, août 2026
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Cahier thématique de Hochparterre, août 2026
La Fondation Sophie et Karl Binding célèbre chaque année des projets de biodiversité novateurs en milieu urbain et propose un recueil des réalisations primées depuis 2021.

Sommaire
4 La nature urbaine renforce les synergies
Entretien avec trois membres du jury du Prix Binding
8 Lauréats 2021 à 2026
Les lauréats du prix principal
14 Prix d’innovation et de reconnaissance
202 1 à 2026
Tour d’horizon des autres projets primés
Série de photos
Patrik Fuchs se qualifie de collecteur d’images. Dans cette série, il capture des nichoirs en abolissant leur contexte. Ceux-ci perdent ainsi leur fonction d’origine et deviennent le symbole d’une architecture attentive à la nature. Dans leur abstraction, ils incitent à la réflexion: pour qui concevons-nous notre espace urbain ? Quelle place devons-nous céder pour maintenir vivante la biodiversité ? À quoi re ssemble une nature urbaine qui fonctionne, inspire et fait éclore de nouvelles idées ? Les projets des lauréats exposés dans ce cahier apportent des réponses. www.patrikfuchs.com
Éditorial
Ville et nature: l’expression a tout d’un oxymore, puisque ce sont souvent les surfaces artificialisées et la pression humaine élevée dans les zones urbanisées qui entravent la biodiversité. Aménagés de manière semi-naturelle et soigneusement entretenus, les espaces verts urbains peuvent néanmoins accueillir une grande diversité d’espèces. Les bénéfices sont nombreux: ces zones de verdure ne sont pas seulement un maillon essentiel de la connectivité écologique, elles garantissent également un meilleur climat urbain, un air sain et protègent des inondations en cas de fortes précipitations. Ces aspects sont mis à rude épreuve par l’urbanisation croissante: les surfaces non bâties se réduisent comme peau de chagrin et conjugué au changement climatique et à l’artificialisation des sols, le risque d’îlots de chaleur, d’inondations et de concentrations de polluants dans l’air augmente.
La nature en ville permet pourtant de réaliser des économies considérables pour la société, notamment en matière de santé. Elle a non seulement des effets climatiques, mais il est également prouvé qu’elle améliore notre qualité de vie. Le contact avec la nature réduit le stress, favorise les interactions sociales et le bon développement des enfants et des adolescents. Les jardins riches en espèces sont un vivier d’expériences précieuses qui nous font prendre conscience que nous vivons tous de la biodiversité et que nous en faisons partie. Des études montrent que les enfants qui engrangent de telles expériences s’investissent plus tard davantage en faveur de l’environnement. Vu ainsi, la nature urbaine est un élément clé de la promotion de la biodiversité: apprendre à apprécier la biodiversité, c’est à coup sûr la protéger.
Les zones urbanisées sont des biotopes que les êtres humains et la nature doivent se partager. Si nous repensons les villes sous cet angle, nous pouvons créer toute une série de synergies. La Fondation Sophie et Karl Binding encourage ce changement de paradigme en décernant le Prix Binding à des projets de biodiversité novateurs en milieu urbain, afin de contribuer à générer des images et des idées sur l’apparence et le fonctionnement de la nature en ville. Dans ce cahier, vous trouverez tous les projets primés depuis la première remise de prix en 2021, illustrés par Stefanie Würsch, photographe spécialisée en architecture du paysage. Laissez-vous inspirer et copiez sans retenue. Imitation hautement recommandée !
Hegelbach
Ce cahier thématique est une publication journalistique née de la collaboration entre différents partenaires. La rédaction de Hochparterre examine la pertinence du sujet et est responsable de la recherche, de la conception, du texte et des images, de la mise en page, de la relecture et de la traduction. Nos partenaires financent le cahier, valident le concept et donnent leur accord pour publication.
Impressum
Maison d’édition Hochparterre AG Adresses Ausstellungsstrasse 25, CH-8005 Zurich, Téléphone +41 44 444 28 88, www.hochparterre.ch, verlag@hochparterre.ch, redaktion@hochparterre.ch Direction Deborah Fehlmann, Roderick Hönig Direction éditoriale Axel Simon Direction cahiers thématiques Roderick Hönig
Conception et rédaction Stéphanie Hegelbach, Maarit Ströbele Photographie Patrik Fuchs, www.patrikfuchs.com ; Stefanie Würsch, www.landschaftsarchitekturfotografie.ch
Conception graphique Antje Reineck Mise en page Jenny Jey Heinicke Production Linda Malzacher Traduction Weiss Traductions Genossenschaft
Lithographie Team media, Gurtnellen Impression Stämpfli SA , Berne Directeur de la publication Hochparterre en collaboration avec la Fondation Sophie et Karl Binding hochparterre.ch / prix-binding Commander ce cahier thématique en allemand ou en français ( Fr. 15.—, € 12.— ) et lire l’e-paper
Équité, qualité de vie, durabilité et communauté: la biodiversité façonne notre quotidien et notre futur. Entretien avec trois membres du jury du Prix Binding.
Lorsqu’il entre dans la salle de réunion de Hochparterre, Markus Fischer affiche un air malicieux. Il relève tout de suite que la végétation y fait pâle figure. La seule touche de vert, quelques branches de cyperus esseulées dans un bac hydroponique pour le moins ambitieux, ne fait pas le poids face à l’imposante bibliothèque d’archives. Un coup d’œil depuis la fenêtre confirme l’impression: un arbre émerge plus loin de derrière un bloc d’immeubles, immédiatement surmonté d’une grue.
Nous sommes à côté de la gare routière, à proximité de la gare centrale de Zurich. La pression urbaine est énorme. Reste-t-il ici de la place pour la biodiversité ?
Manuela Di Giulio: Il y a des conflits d’objectifs dans les endroits très fréquentés, et il n’est pas toujours possible de les résoudre. Prenons les surfaces revalorisées au Letten tout près d’ici, régulièrement taguées ou prises d’assauts par les baigneurs. Un jour ou l’autre, cet espace finira par perdre sa valeur écologique. De nombreuses mesures d’aménagement qui signalent, discrètement et sans barrière, les zones où la nature prévaut, comme des arbustes épineux, ont pourtant été prévues. Ce potentiel n’est pas encore pleinement exploité.
Pourquoi la biodiversité est-elle souhaitable devant nos pas de porte ?
Markus Fischer: L’environnement dans lequel nous grandiss ons influence nos valeurs. Plus de la moitié de la population mondiale vit aujourd’hui en ville. Moins la biodiversité est présente, moins elle nous semble normale. Le référentiel change, et la biodiversité perdra de son caractère prioritaire pour toutes les décisions futures. C’est la raison pour laquelle le Prix Binding encourage la biodiversité en milieu urbain. Avec cette distinction, nous souhaitons restaurer un rapport réaliste et authentique à la nature.
Manuela Di Giulio: La biodiversité accroît notre qualité de vie, non seulement parce qu’elle préserve un air non pollué et un climat plus frais, mais aussi de façon immatérielle parce qu’elle favorise la détente et la bonne humeur. Des études montrent que les personnes perçoivent la diversité des chants des oiseaux et les considèrent comme bénéfiques dans leur vie.

Claudia Moll ( 54 )
Architecte paysagiste, elle est cheffe de la section Politique du paysage à l’Office fédéral de l’environnement. Au sein du jury du Prix Binding, elle représente la Fédération suisse des architectes paysagistes ( FSAP ).
Y a-t-il des lieux urbains particulièrement propices au développement de la biodiversité ?
Claudia Moll: Les sites laissés à l’abandon en périphérie urbaine sont précieux pour la biodiversité. Mais investir dans la biodiversité se révèle partout un pari gagnant, même dans un lotissement neuf ou dans un parking souterrain. Il n’en découle peut-être pas de hotspots de biodiversité, mais ces lieux sont utiles à établir des réseaux. Les citadins aussi en bénéficient.
Markus Fischer: Dans un souci d’équité, il est pertinent de lancer des initiatives partout. La biodiversité doit être accessible à toute la population. Aujourd’hui, ce sont surtout les plus hauts revenus qui en bénéficient. Les quartiers où les loyers sont moins élevés sont aussi ceux qui comptent le moins d’espaces verts.
Manuela Di Giulio: Pour moi qui suis biologiste, les espaces ont des fonctions différentes: les vastes surfaces non bâties comme les cimetières ou les parcs offrent de l’espace à des espèces exigeantes. Encore faut-il qu’il y ait des réseaux écologiques pour faciliter les déplacements de la faune, comme le long des cours d’eau ou des voies ferrées. Pour les plus petites surfaces, on parle plutôt de biotopes-relais. Ils sont utilisés par des espèces mobiles comme certains pollinisateurs ou certains oiseaux qui y trouvent facilement des ressources.
« Nous devons sortir la biodiversité urbaine de sa niche écologique. »
Claudia Moll
En milieu urbain, de nombreux autres paramètres viennent s’ajouter, comme l’usage ou des normes. Quelle est la meilleure stratégie ?
Claudia Moll: Les conflits d’objectifs ne manquent pas, par exemple entre climat urbain et protection contre le bruit: les barres d’immeubles bloquent en partie les courants d’air frais en provenance de la forêt. En parallèle, elles protègent le quartier du bruit. L’important dans nos domaines de spécialisation est de ne pas travailler les uns contre les autres, mais de collaborer, et d’oser remettre en question les normes.
Markus Fischer: Nous devons négocier ensemble les orientations promues localement. S’il existe une solution respectueuse de la nature plutôt qu’une solution technique, je privilégie généralement la première. Cela crée de nombreuses synergies.
Manuela Di Giulio: Je peux le confirmer. J’ai déjà participé à des réunions où des solutions high tech onéreuses étaient évoquées pour un rôle qu’un arbre remplirait bien mieux.
Existe-t-il de votre point de vue des instances qui portent une responsabilité particulière en matière de promotion de la biodiversité ?
Markus Fischer: Il est nécessaire d’avoir des instances de pilotage qui formulent des directives claires, et des maîtres d’ouvrage et des particuliers qui les mettent en œuvre. Jusqu’à un certain point, les locataires et les usagers aussi peuvent apporter une contribution. C’est pourquoi la formation et la sensibilisation sont primordiales.
Claudia Moll: Nous devons sortir la biodiversité urbaine de s a niche écologique. Le secteur de la construction et les bureaux d’étude devraient intégrer la biodiversité dès le début. Ces 30 dernières années, l’architecture du paysage a réussi à concevoir des espaces ouverts qui sont activement planifiés et qui ne se contentent plus d’utiliser la verdure comme un simple élément décoratif. Il est évident que la biodiversité devrait désormais être encouragée, mais nous n’en sommes pas encore là. Il faut dire aussi que le sujet est complexe et difficile à vulgariser. Il n’existe pas de formules magiques que l’on pourrait faire valoir efficacement lors des assemblées communales.
Observez-vous une prise de conscience dans les milieux politiques, les services de planification et la société ?
Markus Fischer: J’ai l’impression que l’on passe moins de temps à ‹ bichonner › les espaces publics qu’autrefois. On constate bien sûr des pratiques plus naturelles dans les jardineries. On est cependant globalement loin du compte: les espaces verts sont certes un peu plus ‹ sauvages ›, mais leurs surfaces de plus en plus réduites.
Manuela Di Giulio: Il y a quelques années, j’ai senti un élan d’optimisme. Mais dans un monde aujourd’hui miné par les incertitudes, on devient à nouveau plus réticent à investir davantage dans la nature et la biodiversité.
Claudia Moll: Il paraît aisé d’économiser sur la promotion de la biodiversité. Le rapport ‹ Global Risks Report 2026 › du Forum économique mondial montre pourtant que les événements météorologiques extrêmes et le recul de la biodiversité entraînent des pertes financières considérables. J’espère que les acteurs de la politique et de la planification comprennent que nous ne pouvons pas poursuivre sur cette lancée.
Ce déclin rapide de la biodiversité est peu perceptible au quotidien. Pour quelle raison ?
Claudia Moll: Cela est lié au fait que le déclin des espèces s’inscrit dans une temporalité plus longue. Les effets du changement climatique par exemple se font sentir beaucoup plus rapidement.
Markus Fischer: Les mandats politiques et les durées d’amortissement économique sont bien trop courts pour assimiler de manière adéquate les conséquences de la perte de biodiversité. Je n’aime pas employer le terme de capital naturel, parce que l’on réduit la nature à une valeur économique. Pourtant d’après les estimations, nous aurions déjà consommé au moins 40 % du capital naturel de la planète. Nous devrions en quelque sorte vivre des intérêts, à savoir les ressources que la nature renouvelle chaque année. Or, nous nous comportons plutôt comme des retraités qui dissiperaient tout leur avoir de vieillesse durant les deux premières années de pension. Nous vivons dans l’opulence, mais une fois ce capital épuisé, ce sera fini.
Quelles sont les causes de la crise de la biodiversité fortement sous-estimées dans le débat public ?
Markus Fischer: Les causes sociétales sont peu abordées: au sommet de l’échelle, la politique et l’économie jugent les dégâts environnementaux inévitables et ne voient pas
« L’environnement dans lequel nous grandissons influence nos valeurs.
»
Markus Fischer
dans ce parti pris la cause d’une dégradation de la qualité de vie. Au bas de l’échelle, trop peu de personnes comprennent que l’environnement est l’affaire de tous. Que l’on s’y intéresse ou non, la biodiversité nous concerne tous, car elle est le fondement même de notre existence !
Quel est le rôle de la population dans la promotion de la nature en milieu urbain ?
Manuela Di Giulio: En soi, ‹ la population › n’existe pas. Nous avons tous des rôles différents et des moyens d’agir distincts. Les propriétaires fonciers sont des acteurs clés puisqu’ils ont un droit de regard sur certains choix, comme d’aménager et d’entretenir les espaces dans le respect de la nature.
Markus Fischer: Je pense qu’il est essentiel d’adopter une approche participative. Se réunir et échanger entre propriétaires de jardins et pionniers des jardins naturels est une démarche durable et porteuse de sens. La population est dans ce sens une carte maîtresse, mais les leviers les plus puissants se situent à l’échelle de la planification et de la régulation.
Claudia Moll: Je me demande régulièr ement si chaque usager connaît des alternatives ou est simplement en mesure d’en imaginer. D’aucuns tiennent pour acquise la présence de béton dans leur environnement résidentiel, puis lorsque le besoin de verdure se fait trop pressant, s’envolent à l’autre bout du monde.
Manuela Di Giulio: C’est là que le Prix Binding pour la biodiversité entre en jeu: il aide à créer des modèles pour des environnements naturels qui ne soient pas seulement fonctionnels et sauvages, mais aussi esthétiques et donc mieux acceptés.
Pourquoi l’élaboration de mesures en faveur de la biodiversité est-elle si importante ?
Claudia Moll: Chaque individu aspire à la b eauté et souhaite un cadre de vie plaisant. Pourtant, de nombreux projets de biodiversité ratent le coche et répètent sans conviction le même schéma: des tas de branches et de pierres ou des hôtels à insectes. Pourquoi généraliser ce modèle ? On oublie s ouvent de s’imprégner de l’esprit du lieu. Qu’a-t-il de particulier ? Qui le fré quente ? Quels éléments pourraient favoriser la biodiversité tout en répondant à un usage ?
Le rapport de l’Académie suisse des sciences naturelles qualifie le Prix Binding pour la biodiversité de jalon majeur dans la promotion de la biodiversité. Que représente-t-il aux yeux du public ?
Markus Fischer: Espérons qu’il fera des émules ! Son rayonnement est lié aux valeurs qu’il véhicule: une meilleure qualité de vie et le plaisir de jouir de la nature grâce à la biodiversité en milieu urbain.

Markus Fischer ( 63 ) Professeur d’écologie végétale et directeur du jardin botanique de l’Université de Berne, Markus Fischer étudie les causes et les conséquences des modifications de la biodiversité. →
Qu’est-ce qui distingue un bon projet d’un projet digne d’un prix ?
Markus Fischer: Il importe que l’humain et la nature coexistent avec intelligence. La promotion de la biodiversité doit bien entendu occuper une surface significative et allier qualité écologique et esthétique. Le projet doit être participatif, durable et évolutif. Ce doit être un travail pionnier qui accorde de la place à la nature et ouvre de nouvelles perspectives à d’autres personnes.
Qu’est-ce qui fait qu’un projet est abouti ?
Manuela Di Giulio: La force du collectif m’impressionne toujours. On ne peut aborder la biodiversité seule comme une ermite dans sa grotte. Le lancement d’un projet a besoin de la communauté, et c’est aussi plus stimulant.
Claudia Moll: L’un des points essentiels réside dans la compréhension, tout au début de la chaîne décisionnelle. Puis l’enthousiasme, qui à son tour fait jaillir de nouvelles idées.
Y a-t-il des moments où vous êtes en désaccord entre membres du jury ?
Claudia Moll: Lorsque nous évaluons la valeur d’un projet. Que juger ? La dé couverte de la biodiversité par les personnes, le nombre d’espèces ou la pérennité du projet ?
Le site de Bach par exemple est à durée limitée voir page 14 Dans de tels cas, nous devons débattre si l’objectif est de récompenser une initiative vouée à disparaître.
Markus Fischer: Nous appré cions la pluralité et accueillons toutes les voix du jury issues de disciplines variées.
Quelles sont les limites du Prix Binding ?
Manuela Di Giulio: La diffusion des pr ojets à plus grande échelle. Les bons exemples ne manquent pas, mais le jury n’a pas le pouvoir d’inciter les autres à les reproduire.
Claudia Moll: La biodiversité reste un sujet de niche. Le thème de l’année 2025 ‹ Biodiversité et santé › était pourtant très pertinent et bien étudié. Pourtant, nous n’avons pu distinguer aucun centre de soins exploitant ce potentiel.
Markus Fischer: Je n’ai pas vécu cela comme une limite: le Prix a pour vocation de célébrer les projets pionniers. Nous avons pu montrer toute l’importance du thème de la biodiversité et de la santé.
À quel moment vous dites-vous: C’est exactement pour cela que ce prix a été conçu ?
Manuela Di Giulio: Au moment de la remise du prix. Les lauréates et les lauréats se sont souvent investis pendant des années et heurtés à bien des difficultés. Ils arrivent sur scène, bouleversés, fiers et heureux, ils ont du mal à y croire. Cela me touche.
Claudia Moll: C’est ce que j’ai ressenti en visitant le jardin de quartier Hard voir page 15. À peine avez-vous mis le pied dans ce jardin au cœur d’un quartier très dense que vous entrez dans un autre univers. J’ai été frappée de voir à quel point les gens sont heureux dans cette oasis de verdure.
Markus Fischer: La visite du site de Bach m’a marqué voir page 14. Enthousiastes, l’association et la population ont réussi à revitaliser un lieu autrefois assez sinistre.

Manuela Di Giulio ( 56 ) Zoologue et spécialiste de l’environnement, elle conçoit avec sa société Natur Umwelt Wissen des mesures de promotion de la biodiversité. Elle diffuse également son savoir dans des cours, des livres et via des outils numériques.
« Le lancement d’un projet a besoin de la communauté. »
Manuela Di Giulio
Si vous deviez établir une règle pour un bâti propice à la biodiversité, quelle serait-elle ?
Manuela Di Giulio: J’aimerais que l’on raisonne davantage en termes d’habitats et de systèmes vivants. Je ne comprends pas que des bureaux d’études considèrent un arbre comme du mobilier, alors que c’est un organisme vivant ! Bien sûr, on s ouhaite un bel environnement, mais la biologie n’est pas figée, c’est une dynamique, une prairie n’est que rarement aussi colorée que sur les photos.
Claudia Moll: Nous devons déterminer quelle proportion d’un terrain doit être réservée à la biodiversité, et quel volume peut être bâti. Dans cette optique, il est essentiel d’associer les populations à l’ensemble des décisions.
Markus Fischer: Il nous faut mettre en place des processus participatifs à l’échelle du quartier, de la ville ou de la commune, pour débattre de la manière d’aménager ces espaces. Plus il y aura de couches de la population impliquées, plus la prise de conscience sera forte et plus il y aura de probabilité que la biodiversité devienne une réalité quotidienne. ●
Le Prix Binding pour la biodiversité Villes, communes et particuliers prennent de plus en plus conscience de l’importance de la nature urbaine et financent des travaux de revalorisation écologique. Les efforts actuels ne suffisent toutefois pas à compenser le recul de la biodiversité lié à la densification urbaine, au stress hydrique et à la pression humaine. La Fondation Sophie et Karl Binding soutient les évolutions positives en récompensant des projets qui améliorent l’état de la biodiversité en milieu urbain pour l’être humain et la nature. Le Prix Binding pour la biodiversité prime des projets exemplaires et des prestations novatrices qui contribuent par leur engagement, leur créativité et leur pérennité à promouvoir la diversité des habitats, des espèces et des ressources génétiques. Le Prix Binding est le plus richement doté pour la protection de la nature en Suisse, avec un montant de 125 000 francs. Il est attribué tous les ans depuis 2021 et depuis 2023, il porte chaque année sur un thème spécifique. www.prix-biodiversite.ch
La Fondation Sophie et Karl Binding Implantée à Bâle, la Fondation Sophie et Karl Binding est une fondation de promotion de l’environnement, du développement social et de la culture qui s’investit dans toute la Suisse. Elle y consacre chaque année plus de trois millions de francs. Entre 1987 et 2016, la Fondation a décerné le Prix Binding pour la forêt récompensant l’entretien exemplaire des espaces forestiers. www.binding-stiftung.ch / fr

« Jardiner au rythme de la nature, c’est économiser ses forces », explique Domenica Continisio tout en évitant d’une enjambée l’étroit sentier à hérissons. Depuis 30 ans, des hérissons se baladent dans son jardin. Cependant, les branchages, les broussailles et les feuillages accumulés qui leur plaisent tant, ou les zones réensauvagées qui leur offrent un refuge, ne sont pas du goût de tous. Elle a souvent entendu ses voisins dire que son jardin était « négligé et en désordre ». « C’était pénible », confie cette enseignante primaire.
Lorsqu’en 2024, Zurzach, sa commune de résidence, s’est ralliée au projet ‹ Natur findet Stadt › et a restructuré des espaces contigus en introduisant plus de nature, Domenica Continisio s’est estimée sur la bonne voie. Les conseils gratuits pour des jardins naturels lui ont redonné confiance en elle et le courage d’investir financièrement dans son jardin. Aidée par un spécialiste local des jardins naturels, elle a depuis planté une haie d’arbustes indigènes de 50 m de long et plusieurs surfaces rudérales.
Pour inciter des particuliers comme Domenica Continisio à créer des biotopes variés dans leurs jardins, ‹ Natur findet Stadt › s’est inspiré des réunions Tupperware, raconte Corinne Schmidlin, l’instigatrice du projet. Le principe est simple: les communes participantes réhabilitent des espaces et organisent un événement durant lequel les particuliers bénéficient de conseils gratuits de la part de jardineries biologiques. Après avoir introduit des éléments naturels dans leur jardin, ils sont encouragés à partager leurs succès non pas sur les réseaux sociaux, mais lors d’apéritifs et de discussions dans une ambiance conviviale. Les communes soutiennent ces rencontres avec une corbeille apéritive, décernant une distinction

‹ Natur findet Stadt ›, canton d’Argovie, depuis 2015
Gestion du projet:
officielle pour un jardin de qualité ou organisant une visite de jardin en compagnie d’un ou d’une spécialiste. « Le projet a suscité un véritable engouement et convaincu d’autres communes et particuliers », explique Jan Schudel, alors responsable du Prix Binding. Ce système bien pensé a fait boule de neige: depuis 2015, plus de 90 00 0 mètres carrés au total ont été renaturés dans 32 communes. Un verger public sur un ancien parking à Baden, un jardin naturel au cœur du village de Rothrist, plusieurs jardins communautaires et des initiatives comme des marchés de plantes sauvages ont ainsi vu le jour.
Grâce à un savant mélange entre méthodes ascendantes et descendantes, ‹ Na tur findet Stadt › r éussit à faire de la biodiversité une mission commune et à repenser nos pratiques. « Il s’agit aussi de s’initier à un aménagement naturel. C’est quelque chose d’inhabituel pour beaucoup » explique Eva Christinat, responsable de projet au Naturama d’Argovie qui dirige le projet avec Anja Trachsel du Jurapark d’Argovie. L’enthousiasme peut être vite contagieux, comme chez Domenica Continisio: son mari qui n’était pas jusque-là un passionné de jardins a même repéré un pic vert avant elle. Stéphanie Hegelbach

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Jacqueline von Arx, Eva Christinat ( Naturama Aargau ) ; Anja Trachsel ( Jurapark Aargau ) Idée de projet:
Corinne Schmidlin ( Canton d’Argovie, département du paysage et des eaux ) ; Martin Diethelm ( agence de communication Kampagnenforum )
Développement de projet: Barbara Finkenbrink, Pascale Contesse ( Ville de Baden, département d’écologie urbaine )
Superficie: env. 90 000 m2 Financement: Canton d’Argovie, département du paysage et des eaux
Utilisation de la dotation: excursions, plantations d’arbres, désimperméabilisations, fonds d’innovation pour de nouveaux projets, réseaux de spécialistes en jardins naturels www.naturfindetstadt.ch

1 La diversité chasse l’ennui: le mot d’ordre de ‹ Na tur findet Stadt › motive aussi le quartier de Kappelerhof à B aden.
2 Dans le jardin naturel Miescherheimet à Rothrist, on se détend entre fleurs et hôtel à abeilles et on observe la nature.
3 Petites mesures, grands effets: un mur en pierres sèches dans le jardin naturel Miescherheimet.

Jamais les balcons de la ville de Berne n’ont été autant verdis qu’en 2021, l’année où l’Office de l’environnement a lancé l’initiative ‹ Balcon pro-climat ›. Des fanions violet et jaune scintillaient aux balustrades comme autant d’incitations à planter de petites oasis de verdure pour améliorer ensemble le microclimat de la ville. Cette campagne de sensibilisation s’est inscrite dans le programme de l’année autour du thème ‹ La nature a b esoin de la ville ›. Sous la houlette de Stadtgrün Bern, la Ville a placé la ‹ biodiversité en milieu urbain › au premier plan de s on action d’avril à octobre 2021.
L’Office a montré la voie avec dynamisme et réaménagé des espaces urbains en sites semi-naturels. Les jardiniers municipaux ont converti des pelouses en prairies, planté des haies sauvages, empilé des tas de pierres et de branches et creusé des étangs pour les amphibiens. Débarrassée de sa couche d’asphalte, la zone piétonne à Bümpliz offre aujourd’hui un tableau séduisant avec des vivaces sauvages attrayantes. « La majeure partie de la population urbaine souhaite jouir d’un environnement naturel et s’inquiète du recul de la biodiversité », explique Sabine Tschäppeler, responsable du service Nature et écologie. Pour le programme de l’année, Stadtgrün Bern a lancé trois initiatives afin d’enseigner aux personnes intéressées comment favoriser la biodiversité sur leur balcon, dans leur jardin ou devant leur porte: des promenades pour les novices, un manuel pour passer à la pratique et des distinctions pour les pros des jardins naturels.
Les débutants ont appris à identifier facilement les éléments de la nature urbaine à l’occasion de promenades publiques. Bande herbeuse, flore rudérale, bois mort: un coup d’œil à travers le cadre rouge suffisait pour savoir si l’on pouvait envisager un coin sauvage dans son jardin. Le ‹ Manuel pratique b ernois de biodiversité › élaboré pour le programme de l’année s’est imposé comme un ouvrage fondamental en Suisse, une source d’inspiration et d’instructions détaillées pour toute personne désireuse de créer elle-même un biotope naturel. Les talentueux spécialistes bernois en jardins naturels ont également soumis le fruit de leur travail pour obtenir la distinction Jar-
4 Vers un nouvel aménagement extérieur: sur la Ansermetplatz à Berne, les plantes semblent éclater l’asphalte.
5 Sta dtgrün Bern a désimperméabilisé la zone piétonne à Bümpliz et l’a végétalisée avec des fleurs sauvages.
6 Sur le parcours de sept promenades urbaines, des cadres rouges attirent l’attention sur des structures de valeur. Photo: Stadtgrün Bern


Thème ‹ La nature a besoin de la ville ›, Berne, 2021
Gestion du projet: Sabine Tschäppeler ( Stadtgrün Bern )
Partenariats: Office de l’environnement de la Ville de Berne ; service des ponts et chaussées de la Ville de Berne ; Office de l’information géographique de la Ville de Berne ; Kunstwerke im öffentlichen
din de biodiversité. La ville de Berne recense aujourd’hui 150 jardins de valeur et quatre hectares de quartiers de biodiversité – des espaces semi-naturels qui forment un vaste biotope continu.
La Fondation Binding a particulièrement apprécié l’accent mis sur la sensibilisation et l’éducation. « Stadtgrün B ern est parvenue à fédérer des organisations et des personnes très différentes autour d’un objectif commun », commente en termes élogieux Manuela Di Giulio, membre du jury. Le résultat est bien plus qu’une somme de projets: c’est l’assurance que chacune et chacun peut contribuer à la biodiversité. Stéphanie Hegelbach
Raum ( art dans l’espace public ) ; Jardin botanique de l’Université de Berne ; Parc zoologique de Berne ; Musée d’histoire naturelle de Berne ; autres organisations participantes
Superficie: env. 10 000 m2
Utilisation de la dotation: stratégies en faveur des espèces vertébrées, distinction Quartier de biodiversité, campagne ‹ Bahn frei für Igel und Co. › pour des passages à hérissons, marché bernois de la biodiversité, projet de reproduction et de réintroduction des lucioles
ns l’écoquartier
Pr a Roman ›, des noues paysagères servent de corridors écologiques semi-humides pour la faune sauvage.
8 Le s habitants entretiennent leurs plates-bandes et celle de la communauté et renoncent totalement aux pesticides et aux engrais pour favoriser la biodiversité.
9 Le positionnement des douze bâtiments crée de vastes jardins qui permettent une autosuffisance partielle


Lauréat 2023, thème ‹ Développement de site ›
Implanté depuis 2020 au pied du massif du Jorat dans les hauts de Lausanne, l’écoquartier ‹ Pra Roman › de la Co dha ( Co opérative de l’habitat associatif engagée pour le vivre ensemble participatif ) cultive une approche paysagère exemplaire pour la biodiversité. En 2023, le Prix Binding distingue le maître d’ouvrage et l’association des habitants de l’écoquartier Sur le Pra pour leur démarche créative d’une matrice paysagère vivante.

Dès sa conception, le projet de paysage a eu la part belle dans l’implantation de la coopérative d’habitats située en zone foraine, une zone rurale périphérique de Lausanne. Les 12 unités d’habitation, conçues par Pont12 Architectes, s’organisent de manière à libérer un espace de pleine terre ouvert vers le sud, propice au développement d’un plan paysage d’ampleur. L’armature topographique des futures expérimentations écologiques prend corps. Les terres excavées permettent de générer des modelés – talus, buttes et replats – qui structurent les flux, organisent les usages et aménagent l’intimité des jardins individuels. En lisière forestière, un système de noues paysagères ménage la présence de l’eau, renforcée de trois bassins de rétention favorisant des habitats semi-aquatiques en devenir. « On regarde, on s’inspire, on ressent, on saisit le rôle du sol, des microorganismes, l’importance de la qualité des habitats dans l’équilibre et la résilience des écosystèmes » souligne le jur y reconnaissant les expertises des habitants dans l’activation du potentiel écologique du site. Il foisonne d’initiatives mêlées aux sensibilités créatives: les composteurs en saule dans les jardins potagers et permacoles, la diversité floristique du jardin collectif, le trognoscope, la plantation de haies champêtres et d’arbres fruitiers ou encore les hôtels à insectes. La dotation financière du prix est répartie entre la Codha et l’association des habitants de l’écoquartier Sur le Pra. Les autres écoquartiers répondent à l’appel à projets lancé par la coopérative et renforcent leurs actions en faveur de la biodiversité. À Pra Roman, les interventions consolideront les continuités écologiques. Les habitants collaborent avec la Haute école du paysage, d’ingénierie et d’architecture de Genève ( HEPIA ) pour que l’un des bassins de rétention devienne une mare intégrée au corridor biologique. Le dégrappage des sols aux abords de l’arbre à palabres a pour objectif de réduire l’îlot de chaleur de cette place centrale et d’y amener de la biodiversité. D’autres actions voient le jour, l’installation de nichoirs pour oiseaux et chiroptères, ou la transformation d’un verger en jardin-forêt. Loin d’être à court d’idées, l’association porte des solutions concrètes où l’ensemble du vivant trouve place. Mathilde De Laage
Écoquartier ‹ Pra Roman ›, Lausanne, 2021
Maîtrise d’ouvrage: Codha ( Coopérative de l’habitat associatif ), Genève
Architecture: Pont 12, Chavannes-prèsRenens
Architecture du paysage: Pascal Heyraud, Neuchâtel
Collaboration: expertises habitantes
Superficie: 2, 2 ha
Utilisation de la dotation: renforcement du corridor écologique
10 Le P arco del Laveggio passe par des arrière-cours le long de la rivière.
11 Complémentaires, la nature et les infrastructures forment un paysage varié.
12 Le s entier balisé facilite l’accès de la population au Laveggio et aux espaces naturels résiduels.
Lauréat 2024, thème ‹ Eau et habitats bleu-vert ›
Quand ils apprirent qu’un pré et une réserve naturelle sur les rives du Laveggio allaient être détruits pour construire un bassin de rétention des crues, des citoyens engagés décidèrent de fonder l’association ‹ Cittadini per il territorio ›. Tita Carloni, membre fondateur et architecte, élabora la première vision d’un parc linéaire sur les rives du Laveggio: le ‹ Parco del Laveggio › était né. L e modèle de projet mis en place par la suite avec le soutien de l’Office fédéral de l’aménagement territorial servit de base au parc conçu à partir de 2020 et réalisé en 2023. Grâce à ce modèle, l’association préserva d’une urbanisation chaotique les espaces verts le long de la rivière. Les Cittadini per il territorio réussirent à relier des zones de nature résiduelle, comme les perles d’un collier que l’on enfile. Au cœur du fond de la vallée du Mendrisiotto morcelé par l’autoroute, les routes, les voies ferrées et les bâtiments commerciaux, ils créèrent un havre de biodiversité qui est aussi une zone de détente de proximité pour la population de l’agglomération.
L’association a d’abord aménagé un sentier pédestre équipé de panneaux d’information, de nouveaux bancs et de poteaux indicateurs. Puis des élèves et des bénévoles ont éliminé les déchets et les végétaux envahissants et planté des arbres et des plantes vivaces. Le sentier qui mène de Stabio à Riva San Vitale est aujourd’hui en libre accès. Celui-ci traverse des zones industrielles et commerciales, mais aussi des réserves et des paysages naturels. Tout au long du parcours, le clapotis de l’eau couvre

quasiment le bruit de l’autoroute. Le sentier met en lumière les arrière-cours, où des espaces inexplorés attendent d’être transformés en oasis naturelles précieuses pour la biodiversité. Pour ce faire, il faut des personnes motivées qui connaissent bien les lieux et une coopération constructive avec les autorités et la sphère politique.
Le Parco del Laveggio continue de s’étendre. Un important projet de renaturation et de sécurisation de l’espace paysager est prévu pour la dernière section du cours d’eau: grâce à une pétition ayant réuni 7000 signatures, l’association Cittadini per il territorio a en effet exigé que le secteur Valera soit réservé à un usage agricole et non pour bâtir une zone industrielle et commerciale. Cette mobilisation a provoqué un revirement au sein de l’administration cantonale et chez les politiciens: en 2022, le Grand Conseil du canton du Tessin a modifié le plan d’affectation du secteur Valera et débloqué des fonds pour la mise en œuvre. Le nouveau plan d’affectation définit les orientations envisagées pour cette zone d’environ 18 hectares. Les milieux aquatiques, les surfaces d’assolement et la forêt restreignent certes le champ des possibles, mais garantissent une bonne marge pour le développement de la nature dans l’agglomération. Maarit Ströbele

Parco del Laveggio, Mendrisio TI, 2024 Organisme responsable: Cittadini per il territorio, Mendrisio Équipe de planification: Atelier PeR, Mendrisio Conseil environnemental: Trifolium, Arogno Superficie: 54 ha
Utilisation de la dotation: ombrage du cours d’eau, amélioration de l’entretien des rives www.parcolaveggio.ch


Lauréat 2025, thème ‹ Biodiversité et santé ›
De l’argile sèche entre les orteils de Victor Condrau, une feuille d’aulne brun-rouge est collée à son talon. « Nos excursions se font pieds nus », explique le responsable du Naturwerkstatt Eriwis en montrant le sol. Lorsqu’ils parcourent ce site de 13,5 hectare s à Schinznach-Dorf, les visiteurs s’immergent dans un microcosme de sols bruts, de sections boisées, de prairies sèches et d’étangs, parfois parsemé de vestiges du passé industriel. De 1932 à 1998, on y a extrait de l’argile à Opalinus pour la fabrication de briques et de tuiles. Après sa fermeture, la carrière d’Eriwis est restée à l’abandon jusqu’à ce que l’architecte paysagiste Victor Condrau et son associée Elisabeth Dü-

13 Sentier pieds nus et argile fraîche: la meilleure façon de découvrir Eriwis, c’est d’ôter ses chaussures.
14 Le jardin de démonstration compte près de 150 e spèces médicinales différentes.
15 Le s étangs de l’ancienne carrière sont peuplés d’espèces d’amphibiens rares comme le crapaud sonneur à ventre jaune et le crapaud accoucheur.
rig découvrent cette ‹ Belle endormie › en 2006 et la louent au nom de l’association ‹ Naturwerkstatt Eriwis ›. Dans un processus de longue haleine, l’association épaulée par du personnel forestier et des civilistes a renforcé les qualités de cette mosaïque de paysages, renaturé les ruisseaux et assaini les étangs, en appliquant des concepts de valorisation, d’aménagement et d’entretien élaborés par Victor Condrau et Elisabeth Dürig pour leur travail de paysagistes. L’association est parvenue à acheter la carrière avec Birdlife Argovie en 2016 et à garantir ainsi à long terme ses qualités naturelles et paysagères d’importance nationale. Aujourd’hui, un programme pédagogique varié propose aux adultes, aux écoles et aux entreprises de découvrir avec leurs cinq sens ce précieux site constitué de biotopes très divers. Avec un peu de chance et de patience, on observera un crapaud sonneur à ventre jaune dans un étang, une orchidée dans une prairie maigre et près d’une centaine d’espèces d’abeilles sauvages vivant sur les sols bruts d’Eriwis. Également aromathérapeute et ancien enseignant du primaire, Victor Condrau explique avec passion comment la biodiversité préserve notre santé. Dans le jardin des simples, des participants cueillent des plantes médicinales à partir desquelles ils apprennent à fabriquer des huiles essentielles, des essences et des crèmes. L’un des cours est entièrement consacré à l’action curative de l’argile d’Eriwis. Chaque excursion pieds nus s’achève par un bain de pieds à base de sels, d’argile et d’huiles essentielles. « La sensation apaisante sur les pieds étonne et ravit les visiteurs », raconte Victor Condrau, qui donne également des idées de mise en œuvre précieuses aux personnes qui souhaitent retrouver cette sensation de bien-être dans leur jardin.
Le jury du Prix Binding a été convaincu par ce projet qui a inclus dès le début la promotion de la santé. « Le Naturwerkstatt Eriwis montre avec une grande exemplarité comment une ressource économique peut se transformer en une ressource pour l’être humain et la nature », analys e Daniel Lehmann Pollheimer, membre du jury. Grâce à la dotation, l’Atelier agrandit le jardin médicinal et investit dans l’entretien des haies, la promotion des amphibiens, une prairie extensive ainsi que l’éducation à l’environnement. Stéphanie Hegelbach

Naturwerkstatt Eriwis, Schinznach-Dorf AG, 2016
Organisme responsable: association Naturwerkstatt Eriwis
Partenariats: Birdlife Argovie ; Canton d’Argovie ( département du paysage et des eaux ) ; Jurapark
Aargau
Collaboration: civilistes
Superficie: 13,5 ha
Utilisation de la dotation: extension du jardin médicinal, projets de conservation de la nature, éducation à l’environnement www.naturwerkstatt.org

2026, thème ‹ Biodiversité et infrastructures ›
Un ouvrage d’infrastructure végétalisé d’environ un kilomètre de long remplace aujourd’hui l’ancienne voie autoroutière dans le 12 e arrondissement de Zurich. Le recouvrement de cet axe très fréquenté est une véritable bouffée d’oxygène pour la population de Schwamendingen. Celle-ci s’est lancée dans la bataille pour une meilleure qualité de vie dans le quartier en 1999, en déposant une initiative populaire. « Le pr ojet montre de manière exemplaire que des processus politiques de longue haleine peuvent donner des résultats », écrit le jur y du Prix Binding. L’idée de la tranchée couverte n’est pas seulement l’aboutissement de nombreuses études de variantes, de planifications et de votes de crédits, elle est aussi dans l’air du temps: « Les besoins et les exigences ont beaucoup évolué: le projet classique de murs antibruit s’est finalement mué en un parc semi-naturel qui relie deux quartiers urbains », pré cise le chef de projet Silvan Durscher ( Grün Stadt Zürich ).
Des escaliers, des ascenseurs et des rampes mènent à l’Ueberlandpark, perché sur le toit de la tranchée couverte. Loin de l’agitation urbaine, on découvre une grande variété de plantes, indigènes ou non, adaptées au lieu. Le bureau d’architecture du paysage Krebs und Herde a considéré l’ouvrage comme un rocher en béton exposé et mené des tests pour déterminer quelles plantes pourraient s’y épanouir. « Nous avons voulu expérimenter de nouvelles espèces capables de s’adapter à la chaleur, à la sécheresse et à une fine strate de terre », explique l’architecte paysagiste Matthias Krebs. Il souhaite tirer de cette expérimentation des connaissances pour des projets de nature urbaine résiliente au changement climatique et les partager. Dans une succession ludique d’espaces chromatiques, des vivaces, des herbacées et des arbustes recouvrent la mosaïque géométrique de biotopes, parcourue de structures d’habitats. Des plantes retombantes pendent le long des murs latéraux de la tranchée couverte, tandis que depuis le niveau de la ville, des plantes grimpantes à vrilles cherchent à les rejoindre.
16 Marcher sur l’autoroute: l’Ueberlandpark dévoile sans cesse de nouveaux espaces de détente et de nouvelles structures.
17 La tranchée couverte qui relie deux quartiers autrefois séparés sera bientôt entièrement recouverte par la végétation.
18 Pendant la période de floraison, l’Ueberlandpark décline différentes palettes de couleurs.


En dépit de son habillage de verdure, l’Ueberlandpark reste une infrastructure techniquement complexe qui a exigé pour sa construction une interaction étroite entre les différentes disciplines. Des bancs et des ombrages ont été placés à l’emplacement exact des poutres en béton soutenant la couverture et le poids du substrat a été calculé avec précision. Les architectes paysagistes n’en sont cependant pas à leur coup d’essai. Pour les plantes qui développent leurs racines en profondeur, ils ont imaginé des plantations surélevées dont les maçonneries de pierres sèches sont devenues le plus long hôtel à abeilles de Suisse. La conception et le choix des matériaux montrent au public usager qu’un ouvrage d’infrastructure peut lui aussi abriter, protéger et nourrir une grande diversité d’êtres vivants. Stéphanie Hegelbach
Ueberlandpark, Zurich, 2025
Maîtrise d’ouvrage: Office fédéral des routes ( Ofrou ) ; Canton de Zurich ; Ville de Zurich
Gestion du projet: Silvan Durscher ( Grün Stadt Zürich ) Architecture du paysage du parc: Krebs und Herde, Winterthour Architecture et urbanisme: Agps, Zurich
Biodiversité: Bunterhund, Zurich
Autres intervenants: Inge K12plus ( Locher, Zurich ; Emch + Berger, Berne ; Bänziger Partner, Zurich ) ; Basler & Hofmann, Zurich ; Integral Axel Steinberger, Zurich ; Kukuk Schweiz, Arlesheim
Superficie: 33 000 m2
Utilisation de la dotation: extension du parc et développement des quartiers voisins sur la base des idées soumises par la population


2 L’éco-lotissement ‹ In den Bäumen › est situé au cœur d’un jardin permacole, entretenu par les résidentes et les résidents. Photo: Jan Osterhage


4 L’association Areal Bach a désimperméabilisé le site de la gare Sankt-Fiden laissé en friche, l’a renaturé et l’a revitalisé grâce à un éventail d’offres.
Prix d’innovation 2021
1 Cueillette directe
Déguster une framboise directement sur l’arbuste à l’arrêt de bus ? Récolter soi-même des mirabelles au lieu de les acheter ? Chercher le remède approprié dans le parterre de plantes médicinales avant d’aller à la pharmacie ? C ’est chose possible dans la commune de Lichtensteig. Des mini-jardins implantés dans des lieux très fréquentés invitent à la cueillette et forment en même temps un biotope pour la faune et la flore. L’approche sensorielle permet de découvrir la richesse de notre environnement sans intermédiaire et sensibilise à la biodiversité en milieu urbain.
‹ Genuss für Mensch und Natur ›, Lichtensteig SG, 2021
Gestion du projet: Sarah Brümmer ( responsable des espaces verts de la Commune de Lichtensteig )
Intervenants: groupe de travail ‹ Blühendes Lichtensteig › ; coopérative viticole Lichtensteig ; association Natur Flooz
Superficie: 2800 m2
Utilisation de la dotation: mesures de conservation de la nature en milieu urbain ( zones de frai pour le crapaud accoucheur, nichoirs pour les oiseaux, plantation d’arbustes indigènes )
Prix d’innovation 2021
2 Habiter dans le jardin
Le jardin permacole du lotissement ‹ In den Bäumen › à Egg part à l’assaut de s façades, se déploie le long des coursives et grimpe jusqu’aux
toits-terrasses. Cet espace vert plein de recoins ravitaille non seulement les résidentes et les résidents, mais crée aussi des habitats diversifiés, des haies sauvages aux prairies sèches en passant par les surfaces rudérales. Pour obtenir un bâti qui soit le plus durable possible, les intervenants ont réutilisé des déchets d’excavation, des pierres et du bois issu du site, tandis que les chasses d’eau des toilettes utilisent l’eau de pluie. Tous les mois, les journées au jardin renforcent la cohésion sociale et permettent de se retrouver et de partager ses connaissances.
Lotissement ‹ In den Bäumen ›, Egg ZH, 2020
Maîtrise d’ouvrage: Simone Baumann Immobilien, Egg Architecture: Osterhage Riesen, Zurich
Architecture du paysage: Ramon Grendene, Egg Superficie: 17 000 m2
Utilisation de la dotation: aménagement d’un plan d’eau, revalorisations écologiques www.wohnen-in-den-baeumen.ch
Prix d’innovation 2022
3 Continuité écologique
Dans l’ensemble résidentiel Parco Casarico à Sorengo, un paysage aquatique ludique établit une continuité écologique avec les zones forestières et la réserve naturelle avoisinantes. Afin d’atténuer les effets du changement climatique, le bureau d’architecture du paysage De Molfetta Strode a intégré plusieurs éléments de ville éponge sur le coteau sud. Des sources mises au jour, des ruisseaux à sec qui ne charrient de l’eau
qu’en cas de précipitations et plusieurs jardins de pluie alimentent le bassin principal situé sur la place publique Piazza dell’Acqua. Associés à des plantations résilientes au changement climatique, les jeux d’eau assurent un microclimat agréable. La maison de quartier flanquée d’un verger et d’un jardin collectif apporte aussi de l’animation à la partie publique du parc.
Parco Casarico, Sorengo TI, 2022
Maîtrise d’ouvrage: Conca d’Oro, Sorengo
Architecture: Attilio Panzeri, Lugano
Architecture du paysage: De Molfetta Strode, Lugano
Partenaire: Fondazione Weak Ends, Lugano
Superficie: 20 000 m2
Utilisation de la dotation: développement et mise à jour du programme d’entretien
Prix de reconnaissance 2023
4 Donner une âme au lieu
Avec un engagement remarquable, l’association
Areal Bach a réalisé un îlot de verdure à l’est de Saint-Gall. Avec l’aide de la population et des partenaires du projet, l’association a transformé le site de la gare Sankt-Fiden, inhospitalier et en friche, en un lieu de rencontre offrant un nouveau biotope pour la faune et la flore. Appliquant le concept de ‹ nature éphémère ›, ils ont planté des arbres d’alignement résistants à la chaleur, des haies sauvages, des plantes pionnières et des surfaces rudérales qui vitalisent les zones désimperméabilisées. Un parcours gourmand, un chantier pour enfants, des plantations suréle -

5 Une clôture divise l’étang de Reinach BL en deux zones: à gauche, la nature est préservée, à droite, les enfants peuvent


7 La nature peut s’épanouir en toute liberté sur les surfaces peu fréquentées de la sous-station CFF de Bussigny.
vées, un jardin pédagogique ainsi que des offres de restauration ont vu le jour grâce aux initiatives de la population. Le site de Bach permet à différentes générations et différentes cultures de se côtoyer, mais c’est aussi un lieu où apprendre comment créer, ensemble et en accord avec la nature, une ville où il fait bon vivre.
Site de Bach, Saint-Gall, 2021
Organisme responsable: association Areal Bach, Saint-Gall
Partenariat: Ville de Saint- Gall
Architecture: GSI, Saint- Gall
Collaboration: bénévoles
Superficie: 10 000 m2
Utilisation de la dotation: développement du site avec désimperméabilisations, plantations nouvelles et un centre familial
Prix de reconnaissance 2024
5 Une nature à portée de main
Proposé par l’association locale de protection de la nature, un étang artificiel a été réalisé entre l’autoroute et la Birs, sur le site de l’ancienne
STEP à Reinach BL. Son contour cranté prolonge le rivage, écologiquement précieux. Différentes profondeurs d’eau offrent toute une variété de biotopes et d’espaces de découverte. La cohabitation entre l’être humain et la nature est une belle réussite: une clôture divise l’étang en une zone protégée et une zone de découverte où les enfants et les adultes peuvent interagir avec la nature, une occasion d’apprendre, d’observer, d’admirer et d’apprécier.
Étang de découverte et de la nature, Reinach BL, 2020
Maîtrise d’ouvrage: Commune de Reinach Architecture du paysage: Berchtold Lenzin, Zurich
Superficie: 7055 m2
Utilisation de la dotation: boîte à outils Pédagogie par la nature
Prix de reconnaissance 2025
6 Le jardinage, source de bonheur
Le jardin de quartier Hard entre la gare Hardbrücke et le stade du Letzigrund à Zurich est un petit paradis: plusieurs générations jardinent dans les potagers, les enfants rient et se baignent dans la fontaine. Dans la zone naturelle de tranquillité où s’est créé un biotope d’abeilles sauvages, un couple se repose dans la cabane en saule. L’association Quartiergarten Hard a réaménagé cet ancien site de jardins familiaux en 2013 avec le soutien de Grün Stadt Zürich, pour en faire un jardin communautaire centré sur la biodiversité. Le jardinage maintient en forme, permet de ravitailler les membres de l’association en légumes frais et garantit une bonne santé mentale. Le jardin Hard, qui constitue une alternative aux jardins familiaux privés, profite à tout le quartier.
Jardin de quartier Hard, Zurich, 2013
Organisme responsable: association Quartiergarten Hard, Zurich
Maîtrise d’ouvrage: Ville de Zurich ( Grün Stadt Zürich )
Superficie: 6000 m2
Utilisation de la dotation: construction d’une pergola en bois, revalorisations écologique
Prix de reconnaissance 2026
7 Sous tension
Cernée de clôtures, de lignes à haute tension et de surfaces de gravier et d’asphalte nues, la sous-station CFF à Bussigny était peu engageante. Mais depuis que Thomas Eberhard, jardinier-paysagiste de formation et aujourd’hui pilote de locomotive, s’est intéressé à la biodiversité aux CFF au cours d’un stage en interne, la sous-station est devenue un refuge pour de nombreux animaux et végétaux bien adaptés à ce site peu fréquenté. Prairies sèches, petites structures, sandariums et nichoirs à chauve-souris constituent des biotopes-relais sans perturber le fonctionnement de la sous-station. Thomas Eberhard a lancé cette réhabilitation écologique, l’a menée en harmonie avec la stratégie de l’entreprise et a sensibilisé ses collègues à la biodiversité. D’ici 2040, les CFF souhaitent réaménager leurs 86 sous -stations pour restaurer leur biodiversité. Ce projet sert de modèle: si d’autres gestionnaires d’infrastructures suivaient cet exemple, la nature en sortirait grande gagnante.
Sous-station CFF, Bussigny VD, 2024
Maîtrise d’ouvrage: CFF, Berne
Gestion du projet: Thomas Eberhard ( spécialiste
Entretien de l’environnement aux CFF )
Surface revalorisée: 3051 m2 ( surface totale: 7115 m2 )
Utilisation de la dotation: valorisation des pylônes à haute tension en biotopes-relais www.sbb.ch / biodiversitaet

Une biodiversité élevée dans les zones urbanisées améliore notre qualité de vie, favorise la connectivité écologique et garantit un climat urbain agréable. Depuis 2021, la Fondation
Sophie et Karl Binding distingue chaque année des projets d’aménagement naturel exemplaires en attribuant le Prix Binding pour la biodiversité. Ce cahier thématique présente tous les ouvrages primés à ce jour, un vivier d’idées pour de futures valorisations écologiques. www.prix-biodiversite.ch
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