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Histoire Québec 31-2 - La légende de la maison hantée de Simon McTavish

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Folklore et légendesdes histoires qui se racontent

• L’apport de Mgr Félix-Antoine Savard aux Archives de folklore de l’Université Laval

• La légende de la maison hantée de Simon McTavish

• Cageux légendaires

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•Les forums

• Les présentations multimédias

• Les projets de conservation

• Les activités de sensibilisation

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LA LÉGENDE DE LA MAISON HANTÉE DE SIMON MCTAVISH

Les guides touristiques retiennent principalement de cette légende l’image de squelettes dévalant les pentes du mont Royal dans un cercueil servant de toboggan. Pour notre part, nous nous intéresserons plutôt à la femme de McTavish pendue à une poutre. Puis, nous essayerons de comprendre ce qui s’est passé entre le moment du décès de Simon McTavish en 1804 et la démolition de sa résidence inachevée en 1861.

L’épouse de Simon McTavish

Extraits de la légende : « C’est alors qu’il vit le corps inanimé de sa femme qui pendait d’une des poutres du toit. […] L’apparition avait eu un tel effet sur lui que, troublé, il ordonna la cessation des travaux […]. Le navire sur lequel sa femme était censée voyager accosta enfin à Montréal. McTavish était là, mais comme il cherchait sa femme, on lui apprit que Marguerite s’était pendue1. »

Simon McTavish s’installe à Montréal en 1774. Il s’associe à des marchands du commerce de la fourrure pour fonder la Compagnie du Nord-Ouest. Il devient le plus important d’entre eux à Montréal, où on le surnomme « le marquis », en raison de sa prestance et de son train de vie princier. Maintenant âgé de 43 ans, il doit assurer sa succession. En octobre 1793, il épouse Marguerite Chaboillez, 18 ans, fille du marchand de fourrures Charles-Jean-Baptiste Chaboillez (1736-1808) et de Marguerite L’archevêque (1746-1798).

Simon et Marguerite déménagent à Londres un an après leur mariage. McTavish souhaite y séjourner un certain temps. Cependant, ils reviennent plus tôt à Montréal, à cause de l’état de santé de Marguerite qui souffre d’une grave dépression. Le couple s’installe au 411, rue SaintJean-Baptiste, dans le quartier des traiteurs. McTavish habitait déjà cette maison avant son mariage, et renoue rapidement avec ses habitudes d’y organiser des dîners d’hommes d’affaires ainsi que de grandes réceptions. Le couple aura quatre enfants, baptisés à l’église Christ Anglican Church2 : William McTavish, né en 1796, Mary McTavish, née en 1798, Ann McTavish, née en 1799 et Simon McTavish, née en 1803. Un enfant décède un jour après sa naissance, en 1801.

À cette époque, la vie à l’intérieur des fortifications devient de plus en plus dense. Les riches familles se déplacent donc vers le flanc sud du mont Royal. En 1803, McTavish commence le chantier de son imposante demeure sur le mont.

Selon la légende, lorsque Simon McTavish apprend la mort de sa femme, il ordonne la fin de la construction de son manoir. Dans la réalité, McTavish décède le 8 juillet –›

La résidence du bourgeois Simon McTavish, Bunnett, H. S. Musée McCord Stewart; M20862.

1804 des suites d’une pneumonie, quelques jours après avoir pris froid lors d’une visite du chantier de sa résidence. Il sera inhumé dans un tombeau qu’il a fait construire tout près de sa maison inachevée. Marguerite, son épouse, décédera en 1834, à l’âge de 59 ans.

La maison hantée

Extrait de la légende : « Le château McTavish fut, jusqu’à sa démolition vers 1862, le théâtre de manifestations insolites qui accréditèrent la légende de la femme pendue. Murmures, plaintes et grincements brisèrent le silence des nuits3… ».

Que s’est-il donc passé entre le décès de Simon McTavish et la démolition de sa résidence inachevée?

Procès de la succession

Simon McTavish avait clairement précisé ses intentions dans son testament rédigé quelques jours avant son décès. Son épouse hérite d’une partie des biens contenus dans la maison du couple, rue Saint-Jean-Baptiste. Elle pourra y habiter gratuitement sa vie entière, sans toutefois en devenir la propriétaire. Les enfants hériteront à leur majorité.

Plan of the Southeastern Portion of the McTavish Property. BAnQ, VieuxMontréal, Fonds Cour supérieure. District judiciaire de Montréal. Greffes d’arpenteurs, Archives nationales à Montréal. CA601, S53, SS1, P1334. Num.

Le fils aîné, William, reçoit tous les biens de son père qui resteront une fois la distribution de la succession terminée et hérite du domaine situé sur le mont Royal. Les filles, Ann et Mary, obtiennent chacune une somme de 10 000 £ qu’elles recevront à leur majorité ou au moment de leur mariage. Le plus jeune fils, Simon, a 20 000 £. Si le fils aîné William décède, c’est son frère Simon qui héritera de tous les biens; si Simon décède, ce sont les filles de McTavish qui les récupéreront, sauf le domaine sur le mont Royal, qui doit absolument appartenir à un héritier qui porte le nom McTavish. Dans le cas où ses deux fils ne pourraient pas hériter pour cause de décès, Simon McTavish a désigné son neveu John McTavish comme légataire du domaine sur la montagne. Finalement, McTavish mentionne dans son testament que les très nombreux héritiers attendront sept ans après sa mort pour toucher leur legs, soit 1811.

Extrait du testament :

« …also the lot or parcel of ground belonging to me near the said Mountain, with all the improvements thereon and appurtenances thereunto belonging, to my said son William […] and in case of the death of my said son William […] I give to […] my said son Simon […] and in case of the death of my said son Simon, […] Then I give, devise and bequeath the said Estate and lot of ground and all the appurtenances aforesaid to John McTavish…4 »

La succession donnera lieu à un procès qui débute en 1811 par la déposition du docteur Selby et se termine en 1839 par un jugement de distribution. Pendant ce temps, entre 1818 et 1828, les quatre enfants de Simon McTavish décèdent tous avant d’atteindre leur majorité. Le neveu de Simon McTavish, John McTavish, hérite donc du domaine sur la montagne, comme l’avait indiqué McTavish dans son testament.

John McTavish, qui habite Baltimore, ne manifeste aucun intérêt pour son héritage sur le mont Royal. Il en confie la responsabilité à son agent, l’avocat Hugh Taylor. Celui-ci est le neveu du juge James Reid qui, à la fin du procès de la succession en 1839, est le seul à être encore vivant parmi les exécuteurs testamentaires de Simon McTavish.

Division de la ferme en parcelles

Les terres de McTavish enveloppent une très grande superficie que bornent aujourd’hui les rues René-Lévesque au sud, Stanley à l’ouest, Mansfield à l’est et le boulevard Camillien-Houde au nord. Hugh Taylor, l’agent de John McTavish, devient propriétaire avec d’autres personnes d’une grande partie des terrains de la ferme de McTavish. Plusieurs de ces terrains sont divisés en lots pour constituer le centre-ville de Montréal, au sud de l’actuelle rue Sherbrooke.

Plusieurs parcelles de la ferme de McTavish seront vendues par Hugh Taylor à la Ville de Montréal pour, entre autres, la construction du réservoir McTavish, situé au sud de l’avenue des Pins, ainsi que pour la création d’une partie du parc du Mont-Royal.

Dernière parcelle du terrain de McTavish

En 1861, Hugh Montagu Allan, riche armateur né en Écosse, devient propriétaire de la dernière parcelle de la ferme de McTavish5 . Sur cette parcelle se trouve la maison hantée de McTavish ainsi que le tombeau dans lequel il repose en paix. D’autres membres de la parenté de McTavish y sont également inhumés, entre autres la femme du juge en chef Reid (oncle de Hugh Taylor), née Elizabeth McGillivray. Avant son départ pour Londres, vers les années 1870, Hugh Taylor fera recouvrir de terre le tombeau de McTavish.

Finalement, la maison de McTavish sera démolie en 1861 et Hugh Montagu Allan y fera construire son domaine nommé « Ravenscrag », qui hébergera des années plus tard l’institut psychiatrique Allen Memorial. L’établissement deviendra à son tour hanté par les fantômes des femmes et des hommes exploités à des fins de recherches médicales par le psychiatre Donald Ewen Cameron, au service de la CIA. Ces dernières années, des analyses ont révélé que cet endroit était un lieu de rencontre et d’échange entre les peuples des Premières Nations. De plus, selon les Mères mohawks, des tombes d’enfants disparus dans les pensionnats indiens pourraient s’y trouver 6 . À suivre… •

« Ravenscrag », résidence de Hugh Montagu Allan, Montréal, QC, 1901. Wm. Notman & Son. Collection McCord. Division Photographie - Archives photographiques Notman. VIEW-4867.

Notes

1. Gray, Clayton. Le Vieux-Montréal [Montréal qui disparaît], Saint-Hyacinthe, du Jour, 1964, p. 35-38.

2. BAnQ, Vieux-Montréal, Registre d’état civil, Baptêmes non catholiques de la région de Montréal, 1766-1835, Christ Church Anglican.

3. Gray, Clayton. Op. cit.

4. BAnQ Vieux-Montréal. Testament. District judiciaire de Montréal. P. L. Panet et J. Ogden. Last Will and Testament of the late Simon McTavish, n o 27, passé le 2 juillet 1804 . CT601, S1, 1804-27.

5. Énoncé de l’intérêt patrimonial. Site de l’hôpital Royal Victoria, p. 28. https://ville.montreal.qc.ca/pls/portal/docs/page/patrimoine_urbain_fr/media/ documents/royalvictoria_%C9nonc%C9_070513%20final.pdf.

6. Foire aux questions concernant les fouilles archéologiques sur le site de l’ancien hôpital Royal Victoria, McGill https://www.mcgill.ca/provost/fr/initiatives/faq-projet-nouveau-vic

« Le château hanté des McTavish », La Presse, 17 mai 1992, page A9. BANQ. https://numerique.banq.qc.ca/patrimoine/details/52327/2173692

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