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GP_Magazin_03_26_FR_ES

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Greenpeace Member nº 3 / 26

Entretien

Décryptage

Un nouveau traité pour les océans

Le secret des herbes marines

p. 31

Dans la mer

p. 27


Multinationales responsables Un reportage vidéo saisissant montre la grave pollution environnementale causée par Antamina au Pérou. Deux multinationales ayant leur siège en Suisse sont impliquées. Regardez-le ici et soutenez l’initiative pour des multinationales responsables:

responsabilite-­ multinationales.ch/antamina

Éditorial

Vous souvenez-vous de votre chambre pendant votre adolescence, chère lectrice et cher lecteur? Dans la mienne, j’avais accroché un énorme poster représentant une plage des Caraïbes. Une destination de rêve pour la jeune femme de 15 ans que j’étais. Aujourd’hui, je préfère la côte nordique, avec son sable sombre, ses herbes de dunes brun-vert et ses eaux bleu foncé. Une autre forme d’idylle. Toutefois, tant les plages exotiques que les côtes sauvages du Nord sont menacées. Dans la mer Baltique, la pêche au chalut et les polluants liés à l’agriculture créent de plus en plus de zones mortes (p.16). D’autres nuisances sont causées par le plastique, les bombes ou les substances toxiques (p. 28). À l’autre bout du monde, des projets d’extraction de mé​taux dans les grands fonds menacent des biotopes encore inconnus (p.10), avec la participation d’une entreprise suisse (p. 14). Pendant ce temps, la Suisse examine le traité des Nations unies sur la protection de la haute mer jusqu’au début du mois d’octobre. Le Parlement se prononcera ensuite sur la responsabilité que notre pays de‑ vrait endosser en matière de protection internationale des océans (p. 31). La réponse est pourtant claire: les pays qui profitent de la mer, comme la Suisse, se doivent également de la protéger. Danielle Müller Responsable de la rédaction

Couverture: Charlotte Schmitz


Dans la mer

Sommaire

Reportage Dans la mer Baltique, les zones pauvres en oxygène se multiplient. Notre reportage réalisé à la frontière entre l’Allemagne et le Danemark explore les causes et les solutions possibles.

p. 16

International

Actuel

Expédition dans des profondeurs inconnues

Empêchons l’extraction minière en eaux profondes!

p. 10

p. 14

IMPRESSUM GREENPEACE MEMBER 3 / 26 Éditeur/adresse de la rédaction: Greenpeace Suisse Badenerstrasse 171 8036 Zurich Téléphone 044 447 41 41 redaction@greenpeace.ch greenpeace.ch Équipe de rédaction: Danielle Müller (responsable), Jara Petersen, Franziska Neugebauer (iconographie) Relecture/fact-checking: Marlene Kalt, Danielle Lerch Süess, Marc Rüegger Traduction en français: Karin Vogt Textes: Franziska Grillmeier, Katharina Wehrli, Roland Gysin Photos: Charlotte Schmitz Illustrations: Janine Wiget, Jörn Kaspuhl, Joël Roth, Raffinerie Graphisme: Raffinerie Lithographie: Marjeta Morinc Impression: Stämpfli SA, Berne

Papier couverture et intérieur: 100 % recyclé Tirage: 63 000 en allemand, 13 000 en français, 2000 en italien Parution: quatre fois par année

Action 4 Progrès 6 Des paroles aux actes

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Engagement 9 International 10

Le magazine Greenpeace est adressé à l’ensemble des adhérent·es (cotisation annuelle à partir de 84 francs). Il peut refléter des opinions qui divergent des positions officielles de Greenpeace.

Actuel 14

Avez-vous changé d’adresse? Prévoyez-vous un déménagement? Prière de nous annoncer les changements: suisse@greenpeace.org ou 044 447 41 41

Infographie 28

Dons: CH07 0900 0000 8000 6222 8 Dons en ligne: greenpeace.ch/dons

Énigme 34

Faits & chiffres

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Reportage 16 Décryptage 27 Do it yourself

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Entretien 31 Testament 33 Le mot de la fin

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Spotlight 36


Action


Photo: © David Bürgisser / Greenpeace

En mars 2026, la chanteuse suisse To Athena s’est produite avec un quatuor devant les grottes du glacier de Morteratsch. Après une montée à pied en compagnie de militant·es Greenpeace, le groupe a tourné un clip mettant en valeur la beauté de la nature et la nécessité de protéger le climat. Haute-Engadine, Suisse, mars 2026


Pollution stoppée

Progrès

Photo: © Thomas Wolf / Stay Grounded

Adieu le salon des jets privés En mai 2023, une centaine de militant·es avaient fait irruption au salon European Business Aviation Conference & Exhibition (EBACE), à l’aéroport de Genève. Cette action pacifique était menée en soutien à Greenpeace, à Extinction Rebellion et à des groupes de défense du climat de dix-sept pays. L’objectif était de faire interdire les jets privés. Un message qui a été entendu, puisque l’événement s’est tenu sans exposition de jets privés en 2025 et a été annulé au printemps 2026.

Greenpeace Aotearoa a remporté une victoire contre le greenwashing de l’industrie laitière. En 2024, elle a engagé une action en justice contre la société néo-zélandaise Fonterra. Ce fabricant de produits laitiers affirmait sur ses emballages que son beurre était «issu à 100 % de l’élevage en pâturage néo-zélandais». En réalité, les vaches consommaient jusqu’à trois kilos de farine de palmiste (un sous-produit de l’industrie de l’huile de palme) par jour et par tête. L’affaire a été réglée à l’amiable, et le groupe laitier a reconnu avoir enfreint la loi.

Photo: © Marten van Dijl / Greenpeace

Photo: © Oren Oaariki / Greenpeace

Fini le greenwashing

Nous avons déjà évoqué à deux reprises la lutte de Greenpeace PaysBas contre l’aciérie de Tata Steel. Ses cokeries, qui transforment le charbon en coke pour la production d’acier, rejettent quotidiennement des nuages cancérigènes. Depuis des années, Greenpeace Pays-Bas se bat aux côtés de la population pour faire fermer ces installations, qui émettent jusqu’à vingt fois plus de substances cancérigènes que la valeur limite, selon des mesures récentes. Au printemps, l’autorité de protection de l’environnement a enfin annoncé le retrait de l’autorisation d’exploitation.


Des paroles aux actes

Protéger l’environnement en jouant Vers le jeu de société sur l’Amazonie:

Markus Lehmann, fondateur de l’association Analoges Spielen & Lernen mission-amazonia. jimdosite.com

Autrice: Jara Petersen

Markus Lehmann se décrit comme un accro aux jeux de société, de préférence longs et compliqués, avec des règles détaillées et des mécanismes complexes. Celui qui se passionnait pour les consoles et autres jeux vidéo à l’adolescence privilégie aujourd’hui la pratique analogique: «Cela favorise le contact et les échanges. La dimension sensorielle fait du bien, et on améliore sa tolérance à la frustration! En ligne, on fonctionne à la dopamine, ce qui n’est pas idéal dans la vie réelle.» Au fil des années, le petit groupe avec lequel Markus Lehmann se retrouve régulièrement pour des soirées ludiques est devenu une association de promotion du jeu et de l’apprentissage analogique, appelée «Analoges Spielen ­& ­Lernen». Pour cet enseignant

de métier, «le jeu est une dimension importante à l’école». Sa passion pour la conception et le fonctionnement des jeux l’a amené à se lancer lui-même dans la création. «Pendant la pandémie de Covid, j’ai commencé à développer des jeux et à les tester avec des amis. Celui que nous avons produit nousmêmes s’est vendu à un millier d’exemplaires.» Ce premier jeu, désormais épuisé, était axé sur les abeilles. Les joueuses et les joueurs devaient s’occuper d’une colonie d’abeilles, stocker du pollen et récolter du miel. «Tout tournait autour de la biodiversité», explique Markus Lehmann, qui a beaucoup appris sur les abeilles en élaborant les règles du jeu. Qu’est-ce qu’un jeu de qualité? Cela dépend des goûts personnels et du contexte, constate Markus Lehmann, qui mise pour

sa part sur les jeux thématiques et stratégiques ancrés dans la réalité. Son deuxième jeu, encore disponible, est consacré à la préservation de la forêt amazonienne, une tâche à accomplir de manière co­ opérative et au fil de plusieurs étapes chronologiques. «Il s’agit de lutter en équipe contre trois problèmes majeurs: la déforestation, le braconnage et l’exploitation aurifère.» L’objectif est notamment de sensibiliser les enfants à la beauté de la nature.

Illustrations pages 7 et 8: Jörn Kaspuhl a terminé ses études d’illustrateur à l’Université de Hambourg en 2008. Après un long séjour à Berlin, il vit et travaille de nouveau dans la ville hanséatique.

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Des paroles aux actes

Un sac d’école plein de nature

Voir l’offre de Rucksack­ schule: Simone Michel Hamdeen, spécialiste de l’éducation à l’environnement à Rucksackschule

rucksackschule.ch

Autrice: Danielle Müller, Greenpeace Suisse

Cela fait vingt-deux ans que Simone Michel Hamdeen fait découvrir la nature aux enfants et aux adultes au sein de l’association «Rucksackschule» (L’École du sac à dos). Cette activité lui a beaucoup appris sur la relation entre les êtres humains et la nature. Il suffit de peu pour susciter l’émerveillement: «‹Regardez bien là-bas›, c’est tout ce qu’il faut dire pour leur faire découvrir un nouveau monde», explique cette diplômée en sciences de l’environnement. Fondée en 1991 à Zurich, l’École du sac à dos encourage la découverte des écosystèmes. Son offre s’adresse à tous les âges: les enfants sont invités à construire des abris pour de petits animaux, les jeunes à mesurer le CO2 stocké dans les arbres, et les adultes à pré-

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parer des menus à base de plantes sauvages lors d’activités de team building. L’association forme également ses propres spécialistes grâce à un cursus de vingt et un jours en pédagogie de la nature. Simone Michel Hamdeen, 52 ans, est convaincue que l’École du sac à dos est plus nécessaire que jamais. «Le fossé entre les personnes qui ont un lien avec la nature et les autres ne cesse de se creuser, explique-t-elle. Et passer de la connaissance à l’action reste difficile.» Elle souhaite faire avancer les choses, en toute modestie: «Il n’y a rien de plus beau qu’observer une personne à laquelle une activité en plein air ouvre une nouvelle dimension.» L’association a franchi une nouvelle étape en créant le site wassernah.ch («près de l’eau»), avec le soutien de l’Office des déchets,

de l’eau, de l’énergie et de l’air du canton de Zurich. Cette initiative s’inscrit dans le cadre de la campagne #hallowasser. Désormais, l’École du sac à dos propose également de découvrir les rivières et les ruisseaux. «L’eau est le maître idéal, estime Simone Michel Hamdeen, car elle nous enseigne l’humilité.» Face au changement climatique, il est essentiel de prendre soin de nos cours d’eau, y compris en Suisse, souligne la spécialiste.


Engagement

Le trafic aérien est l’un des principaux responsables de l’empreinte carbone de la Suisse. Pourquoi un trajet en train est-il souvent plus cher qu’en avion, alors que son bilan écologique est nettement meilleur? Il faut savoir que le trafic aérien bénéficie de subventions indirectes sous forme d’exonérations fiscales. Un biais que l’initiative pour des bons de mobilité entend corriger, comme vous pourrez le lire dans l’encart de ce magazine. N’hésitez pas à signer la pétition dès maintenant.

1.

Taxe sur les billets d’avion

2.

Une contribution de 30 francs minimum par billet d’avion doit refléter les coûts infligés à l’environnement par le trafic aérien. Le principe du pollueur-payeur est respecté: les vols longue distance ou en classe premium (business et first) sont davantage taxés. Les jets privés se verront quant à eux imposer une contribution de 500 francs par décollage.

Bons de mobilité Les bons de mobilité profiteront à toute la population. Au moins deux tiers de la taxe sur le trafic aérien seront redistribués sous forme de bons à utiliser pour les transports en commun locaux, nationaux ou internationaux. Le montant de ces bons s’élèverait à 100 francs par an et par habitant·e. Les personnes qui prennent rarement ou jamais l’avion en seront les principaux bénéficiaires.

3. Encouragement des transports publics Davantage de trains de nuit, moins de retards et des temps de trajet plus courts: les recettes restantes de la taxe serviront à atteindre ces objectifs. Elles permettront également de développer l’offre ferroviaire transfrontalière. L’objectif est de rendre la mobilité durable, attractive et abordable.

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International

«PARTIR À LA CHASSE AU TRÉSOR

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AVEC UNE LAMPE DE POCHE»

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Photos: © Solvin Zankl / Greenpeace

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L’expédition «Deep Arctic» a conduit Greenpeace dans des zones quasiment inconnues des grands fonds arctiques. Sandra Schöttner, chercheuse et docteure en biologie marine, a accompagné ce périple de quatre semaines.

Récit recueilli par Roland Gysin

«Les missions en mer nécessitent toujours des mois de préparation, même pour une organisation comme la 4 nôtre qui possède plus de cinquante ans d’expérience et une expertise confirmée en opérations maritimes. Pour cette expédition inhabituelle, que nous avons nommée ‹Deep Arctic›, Greenpeace s’est préparée pendant plus de deux ans. À bord d’un navire de recherche équipé d’un robot sous-marin, nous avons pu atteindre 3000 mètres de profondeur dans les eaux de l’Arctique, au cœur d’une zone où la Norvège prévoit d’extraire des ressources minérales. »Notre objectif premier était d’empêcher l’État norvégien d’ouvrir la voie à cette activité destructrice en Arctique. Mais Trump, la société canadienne The Metals Company et l’entreprise suisse Allseas sont en passe de devancer la Norvège: leur projet est de s’attaquer aux eaux internationales, sans fondement juridique. C’est la raison pour laquelle nous voulons mettre en lumière les habitats très particuliers des grands parfaitement adaptée aux conditions extrêmes que fonds marins et les multiples espèces qui les peuplent. sont la haute pression, les températures très basses Nous espérons ainsi sensibiliser l’opinion publique aux (ou au contraire très élevées) et l’obscurité perpétuelle. conséquences désastreuses que l’extraction indus»Beaucoup d’organismes fixés au plancher trielle aurait dans les profondeurs de l’océan, en Arc- océanique subiraient de plein fouet les effets de l’extique ou ailleurs. ploitation minière et les nuages de sédiments. Leur mé»L’expédition ‹Deep Arctic› s’est donc concen- tabolisme très lent les empêcherait de se rétablir, voire trée sur l’exploration scientifique des grands fonds ma- les menacerait de disparition, en cas de perturbation. rins. Notre objectif était de démontrer la diversité, mais »Travailler avec un robot dans les grands fonds, aussi la vulnérabilité des organismes et des habitats c’est comme partir à la chasse au trésor avec une dans ces zones en partie totalement inconnues. Nous lampe de poche miniature. Techniquement, de nomavons collaboré avec des scientifiques de renom pro- breux facteurs doivent être pris en compte. Notre venant de différents instituts de recherche européens. ­robot était relié à un câble d’acier de 4000 mètres »Notre objectif était également de rendre vi- de long. Pour permettre au robot de travailler au censibles les grands fonds marins, que les gens imaginent timètre près, le navire devait rester exactement en généralement vides, lugubres et hostiles à la vie. Or, ­position, malgré le vent, les vagues et les courants. Un ils abritent de véritables hotspots de biodiversité: ré- véritable exploit pour les pilotes du robot et l’équipage cifs coralliens, jardins d’éponges sur des monts sous-­ du navire. marins, sources hydrothermales, etc. La vie fourmille, »En haute mer, la météo et l’état de la mer peuvent changer à tout moment et les appareils peuvent tomber en panne. Ces conditions obligent à prendre des décisions rapidement. »Nous avons travaillé 24 heures sur 24 par roulement, dans la salle de contrôle du robot, le laboratoire et le studio vidéo spécialement aménagé pour les diffusions en direct. Deux équipes de trois pilotes guidaient le robot. L’équipe scientifique était composée de quatre personnes qui travaillaient ensemble. 5

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»Il fallait vérifier les conditions météorologiques, la force du vent et l’état de la mer plusieurs fois par jour pour décider de tenter ou non la plongée. Le robot est équipé de nombreuses caméras et dispose d’une hélice à chacune de ses quatre extrémités. Les pilotes peuvent ainsi le maintenir en suspension dans l’eau et le poser au centimètre près. Avec des sources hydrothermales pouvant atteindre 300° C, il faut éviter que le robot ne se retrouve dans le jet, ce qui requiert une connaissance des courants marins. »Par expérience, je sais qu’en eaux profondes, on ne réalise généralement que la moitié de ce qui est prévu en matière de recherche océanographique. On se heurte constamment aux conditions météorologiques et maritimes ou à des problèmes techniques. Mais nous avons eu une chance phénoménale: sur les dix sites que nous voulions explorer, nous en avons investigué neuf. »En l’espace de vingt jours, nous avons effectué seize sorties de plongée, qui ont duré jusqu’à vingt heures chacune. C’est énorme! Le robot a passé 144 heures au fond de la mer et nous avons produit une centaine d’heures de contenu vidéo. »On n’est jamais sûr de découvrir de nouvelles espèces. Mais en s’aventurant là où personne n’est encore allé, les chances sont grandes. Nous avons étudié des régions connues, mais aussi des zones encore inexplorées, comme un mont sous-marin récemment cartographié, mais jamais filmé auparavant. »Il faut deux à trois heures au robot pour descendre dans les grands fonds marins. Une fois en bas, les projecteurs s’allument. C’est un moment magique, car on ne sait jamais à quoi s’attendre. C’est comme

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découvrir les premières images de la Lune. Une fois, nous avons découvert une carcasse de baleine, une véritable oasis de vie dont les autres organismes peuvent se nourrir pendant plusieurs semaines. »Lors des prélèvements, nous procédions avec la plus grande précaution. Le robot dispose de deux bras équipés de pinces semblables à des mains qui peuvent pivoter à 360 degrés. Avec le bras principal, on peut prélever un corail entier ou simplement une petite branche, une éponge ou une partie d’éponge. Chaque échantillon est documenté: profondeur de l’eau, coordonnées, heure. »Nous utilisions l’autre bras du robot pour aspirer de petits organismes mobiles à l’aide d’une pompe. Le robot peut stocker une quinzaine d’échantillons simultanément.

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»Pour moi, le travail de campagne chez Greenpeace associe activités de recherche et politiques, expéditions et actions concrètes. Lors de cette expédition, nous avons déployé une banderole de protestation à 2600 mètres de profondeur, directement dans le champ hydrothermal dénommé «Château de Loki». Ce geste avait une grande importance pour moi. Au lieu du slogan «Stop Deep-Sea Mining!» initialement prévu, nous avons finalement opté pour «Listen to Science!» C’était le message central de l’expédition, et nous ­voulions une formule qui convienne également aux scientifiques indépendant·es à bord. »Cette action m’a fait monter les larmes aux yeux. Je suis chercheuse scientifique et chargée de campagne, mais je suis aussi une militante dans mon esprit et dans mon cœur. Ce qui me motive, c’est l’indignation face aux injustices que nous infligeons aux océans. C’est grâce à eux que nous (sur)vivons sur cette belle planète bleue.»

Organismes observés lors de l’expédition 1 Vers annelés des grands fonds (Polychaeta) Les polychètes possèdent quatre yeux et appartiennent au genre Nereis. Ce terme fait référence aux Néréides, les cinquante filles de Nérée, l’un des dieux marins de la Grèce antique. Certaines espèces peuvent atteindre trois mètres de long. 2 Pycnogonides (Pycnogonida) Les pycnogonides, parfois appelés «araignées de mer», ne sont pas de véritables araignées, mais un groupe unique d’arthropodes marins apparentés aux limules. Ils se nourrissent de mollusques, tels que les escargots, ou encore d’éponges. 3 Étoiles de mer (Asteroidea) Les étoiles de mer n’ont ni cerveau ni cœur. Leur corps est très robuste: lorsqu’elles perdent un bras ou sont même coupées en deux, elles sont capables de régénérer la partie perdue de leur corps. 4 Amphipodes (Amphipoda) Quelque 6000 espèces d’amphipodes ont été répertoriées jusqu’à présent, mais les scientifiques estiment qu’il en existe jusqu’à 40 000 dans le monde. La plupart des amphipodes mesurent entre quelques millimètres et deux centimètres. 5 Vers à écailles (Polynoidae) Les polynoïdes, ou vers à écailles, sont pour la plupart carnivores. Ils se nourrissent de petits crustacés, d’escargots et d’autres petits animaux, mais aussi parfois d’algues ou d’éponges.

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6 Ophiures (Ophiuroidea) Les ophiures ont un corps en forme de disque muni de cinq bras fins et très mobiles qui leur permettent de se déplacer sur les fonds marins. On dénombre plus d’espèces d’ophiures que d’étoiles de mer dans le monde. 7 Escargots de mer (Gastropoda) Les escargots de mer se sont répandus dans toutes les zones marines: récifs coralliens, fonds sableux ou eaux libres. On en trouve même près des fumeurs noirs, ces sources chaudes et riches en minéraux dans les grands fonds.

Photo: © Christian Åslund / Greenpeace

Sandra Schöttner, titulaire d’un doctorat en biologie marine, était la responsable scientifique de l’expédition «Deep Arctic». Elle possède plus de vingt-cinq ans d’expérience en tant que chargée de campagne et chercheuse. Elle se passionne tout particulièrement pour les écosystèmes fragiles et menacés des grands fonds marins, comme les récifs coralliens d’eau froide, les jardins d’éponges ou les sources hydrothermales chaudes. L’exploitation minière en eaux profondes (deep-sea mining en anglais) est une industrie dévastatrice. Elle consiste à utiliser d’énormes machines pour labourer les fonds marins à la recherche de nodules de manganèse contenant du nickel, du cuivre ou du cobalt. Donald Trump prévoit d’autoriser cette activité dans les eaux internationales, ce qui constituerait une violation du droit international. La Suisse se trouve au cœur de cette ruée vers les matières premières à des profondeurs pouvant atteindre 6000 mètres. Le groupe Allseas, dont le siège est dans le canton de Fribourg, souhaite se lancer dans cette industrie en collaboration avec la société canadienne The Metals Company. Sans scrupules envers l’environnement et au mépris du droit international. Greenpeace lutte pour un moratoire universel sur l’exploitation minière en eaux profondes.

8 Copépodes (Copepoda) Les copépodes sont des maillons essentiels de la chaîne alimentaire des poissons, des coraux et des baleines, car ils constituent pour eux une source de nourriture concentrée. Ils sont riches en protéines et en acides gras oméga-3.

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Actuel

Allseas dans le collimateur Cet été, nous avons donc organisé des projections dans toute la Suisse pour sensibiliser la population aux agissements d’Allseas. L’extraction minière reviendrait en effet à éventrer les fonds marins, avec des conséquences irréversibles. Nous avons également invité les sympathisant·es de Greenpeace à envoyer un e-mail de protestation à Pieter Heerema, le PDG d’Allseas, pour lui demander d’abandonner ses projets ­destructeurs. Nous attendons toujours une ­réponse…

Photo: © Michael Calabrò / Greenpeace

Spécialisé dans la pose de pipelines en haute mer, le groupe suisse Allseas prévoit de se lancer dans l’exploitation minière en eaux profondes, en collaboration avec la société canadienne The Metals Company, au mépris de l’environnement et en violation du droit international. Pour extraire du cuivre, du nickel et du cobalt des fonds marins, Allseas a même déjà construit le navire d’exploitation minière Hidden Gem et effectué les premiers essais. Un projet inadmissible, estime Greenpeace.

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Ces acteurs investissent des sommes colossales pour biaiser le débat public et intimider les opinions critiques. Mais ils se trompent, car nous entrons en résistance, pour l’avenir de notre planète. Rejoignez le mouvement en achetant le nouveau t-shirt «Resist» de Greenpeace. Il est fabriqué dans le respect de la norme stricte Global Organic Textile Standard (GOTS), sans OGM ni tests sur les animaux. Sa production est assurée dans une usine certifiée selon des critères sociaux et de durabilité ­rigoureux, et utilise des énergies renouvelables. Les bénéfices issus de notre boutique Greenpeace sont ­directement réinvestis dans notre action en faveur d’un avenir plus écologique et plus juste. Together, we resist!

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Il est temps de résister!

1000 000 km² L’Autorité internationale des fonds marins (AIFM) a déjà octroyé trente licences de prospection minière en eaux profondes. Ces licences couvrent une zone de plus d’un million de km2 dans les eaux internationales, soit l’équivalent de la superficie de la France et de l’Allemagne réunies. Les multinationales qui ont obtenu ces licences sont en partie liées au secteur des énergies fossiles.

2× Grisons Si l’exploitation minière en eaux profondes est autorisée, les licences concédées pour une durée de trente ans entraîneraient chacune la destruction d’environ 15 000 km2 de fonds marins, soit un peu plus du double de la superficie du canton des Grisons. Les répercussions indirectes pourraient même atteindre 75 000 km2 par projet.

4,3 milliards Les principaux bénéficiaires de l’exploitation minière en eaux profondes seraient les groupes miniers privés, qui capteraient la majeure partie des bénéfices, soit environ 4 300 000 000 de francs par an sur la période 2028 – 2030. Leur part du gâteau baisserait par la suite, mais resterait tout de même à 94 %.

1 perdant Le grand perdant de l’extraction de ressources en eaux profondes? L’environnement, bien sûr. Les scientifiques estiment que la perte de biodiversité serait inévitable et irréversible. Des études ont montré qu’il avait fallu vingt-six ans pour que le cycle du carbone en eaux profondes se rétablisse après une intervention expérimentale modeste. À l’échelle industrielle, l’extraction minière pourrait perturber certains des plus grands puits de carbone de la planète, ce qui aggraverait encore la crise climatique.

Sources: Deep Sea Conservation Coalition, Deep-sea mining: an introduction, 2023; Greenpeace International, Deep Trouble, 2020.


Reportage


L’AGONIE DE Dans une mer Baltique en souffrance, les zones pauvres en oxygène se multiplient.Voyage à la frontière entre l’Allemagne et le Danemark pour comprendre les causes de cette menace invisible et les solutions envisageables. Texte: Franziska Grillmeier Photos: Charlotte Schmitz

LA MER BALTIQUE


Sur la côte de Broager, une petite ville du sud du Danemark, Neele Hapel, 29 ans, s’appuie contre le coffre d’une voiture. Ses collègues sont en train d’enlever leurs combinaisons en néoprène. A-t-elle déjà vu l’une de ces «zones mortes»? «Bien sûr», répond-elle. Dans les baies, on peut les voir avec de simples lunettes de natation. Surtout là où les chaluts à moules ont emporté les moulières: «Tout est rasé, on dirait une autoroute.» Parfois, Neele Hapel sent même l’hydrogène sulfuré à travers son masque de natation. Entretemps, elle a dégagé ses cheveux mouillés du col de sa combinaison. «Quand l’air ne circule plus, c’est comme si l’on soulevait une bâche en plastique d’une pelouse sous laquelle se sont formées des toiles d’araignées et des moisissures», poursuit-elle plus tard au téléphone. En tant que protectrice des océans, elle effectue souvent des missions de plongée dans la mer Baltique. En cette chaude journée de juin, elle rapporte un seau d’herbes marines attachées avec des clous cavaliers, qu’elle replantera plus tard dans le fond sablonneux. «C’est incroyable, dès que vous posez des herbes marines, les poissons arrivent de tous côtés. D’abord un, puis deux, et ensuite toute une nuée de poissons vous suit. Ils restent derrière vous, se cachent entre les plantes. On voit tout de suite que ça marche.» Neele Hapel constate qu’il est encore possible de soutenir l’écosystème marin, «mais le contraste avec une zone morte brise le cœur». Cette enseignante de biologie et d’arts visuels dans un gymnase observe de ses propres yeux la crise qui se joue sous la surface chatoyante de la mer Baltique. Une crise à peine perceptible depuis la terre ferme: la mer est en train de s’asphyxier.

Les zones mortes s’étendent

Page 16: Sous la surface de l’eau, les zones hypoxiques se multiplient. Page 18, en haut: Mission de plongée pour protéger la mer Baltique. Les zones mortes sont visibles à l’aide de simples lunettes de natation. Page 18, en bas: Neele Hapel constate régulièrement que les herbes marines attirent immédiatement les poissons.

Les zones mortes sont des endroits dépourvus d’oxygène où se forme de l’hydrogène sulfuré toxique. Dans la mer Baltique, leur étendue a été multipliée par dix en l’espace d’un siècle. Quels sont les facteurs qui accélèrent l’expansion de ces zones hypoxiques? C’est ce que tente d’éclaircir Jacob Carstensen, spécialiste en écologie et en biologie marine. Sur une passerelle du campus de l’Université d’Aarhus, au Danemark, à environ trois heures de route de Broager, il prélève un échantillon de fond marin à l’aide d’un petit tube. Les différentes teintes des couches de sédiments apparaissent dans le verre: «Les teintes reflètent la teneur en azote», explique Jacob Carstensen. Si l’azote est nécessaire à la vie, il devient mortifère quand il est présent en trop grande quantité, car il stimule la prolifération des algues. Celles-ci sont ensuite décomposées par des bactéries qui consomment de l’oxygène. Certains microbes produisent alors de l’hydrogène sulfuré, toxique pour de nombreux organismes. C’est ce mécanisme qui donne lieu à des zones mortes, avec un fond ­marin recouvert d’une couche de vase lisse, souvent gris-noir. Seuls

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les micro-organismes y survivent. Les poissons qui s’y aventurent ne parviennent plus à respirer respirer, ils meurent comme étouffés par un sac en plastique. Il y a douze ans, Jacob Carstensen et ses collègues publiaient une étude sur l’augmentation des zones mortes dans la mer Baltique qui a fait grand bruit à l’échelle internationale. L’équipe constatait que la superficie des zones hypoxiques était passée d’environ 5000 à 60  000 km2 en un peu plus d’un siècle. Depuis, ces zones mortes ont encore gagné 20  000 km2 en superficie. Ce phénomène se développe également ailleurs: selon le Programme des Nations unies pour le développement, il y aurait aujourd’hui plus de 700 zones mortes dans les océans du monde, contre environ 400 il y a onze ans. La mer Baltique est particulièrement touchée.

Une grande baignoire

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La vulnérabilité de la mer Baltique n’est pas un hasard. Cette mer fonctionne en effet comme une grande baignoire dont l’eau ne se renouvelle que tous les trente ans environ. C’est la raison pour laquelle les éléments nutritifs et les polluants provenant des quelque deux cents affluents s’y accumulent, explique Jacob Carstensen. Et l’oxygène frais n’y pénètre pratiquement pas. Le chercheur fait défiler des images sur son ordinateur. Des photos de poissons morts et de tapis d’algues vertes que des amis et des collègues lui ont envoyées au fil des ans. Dans certaines zones, la mer n’est plus qu’une boue vert clair jusqu’à la surface. Ce sont les rares traces de ces zones mortes visibles à la surface de l’eau. Les proliférations d’algues sont parfois même visibles sur les images satellites. Parallèlement, le dérèglement climatique provoque un réchauffement de la mer Baltique environ trois fois plus rapide que celui des autres mers. En principe, la mer Baltique pourrait s’épurer d’elle-même: les coquillages et les herbes marines filtrent en effet les nutriments excédentaires présents dans l’eau. Ce processus naturel est toutefois paralysé en raison de l’agriculture intensive pratiquée depuis des décennies par les neuf pays riverains et des volumes importants de pesticides, d’engrais et de purin déversés au cours du XXe siècle. Si les pays ont réduit leurs apports en nutriments depuis les années 1980, la régénération espérée ne s’est pas encore produite. En effet, les apports plus anciens en azote et en phosphore Page 21, en haut: Une drague continuent d’impacter la mer, et le réchauffement climatique n’ar- décharge un bateau pêche aux range rien. Pour contrebalancer les effets de la crise climatique, il de moules. faudrait encore réduire considérablement les volumes de substances Page 21, en bas: Il faut une trentaine indésirables dans les eaux, avertit Jacob Carstensen. d’années pour Le Danemark, pays au cœur du problème, consacre 60  % que l’eau de la mer Baltique se de sa superficie à l’agriculture, dont les trois quarts à la production de renouvelle.


fourrages. Le pays possède également une importante production porcine, avec 28 millions de porcs engraissés chaque année, dont 90  % sont exportés vers l’UE et la Chine. D’où les taux élevés de nitrates dans les nappes phréatiques danoises. L’enjeu a marqué les dernières élections qualifiées de «svinevalg» («élections des porcs»).

À la recherche des causes

Page 22, en haut: 60 % de la superficie du Danemark est consacrée à l’agriculture. Page 22, en bas à gauche: Selon le ministère danois de l’Environnement, environ 70 % des émissions d’azote du pays proviennent de l’agriculture. Page 22, en bas à droite: L’agriculteur Peter Kjær Knudsen redoute le nouvel accord visant à réduire les émissions d’azote.

Tout est calme à Bukkerup, sur la partie occidentale de l’île danoise de Seeland. Peter Kjær Knudsen se tient devant l’une de ses porcheries. On n’entend que le bourdonnement d’une éolienne et le battement d’ailes des hirondelles sous l’auvent du bâtiment. À Bukkerup, cet éleveur engraisse 1700 porcs et porcelets, mais son exploitation compte au total vingt-quatre sites au Danemark et trois en Suède, où il emploie une centaine de personnes. Deux de ses fils l’aident à gérer l’exploitation. Le lien entre cette activité et la mer Baltique n’est pas évident. Peter Kjær Knudsen, 65 ans, a du mal à contenir sa colère lorsqu’il évoque son principal souci au téléphone, la veille: «Avec ces nouveaux accords, nous sommes fichus.» En 2024, l’accord tripartite des Verts a permis la création d’un ministère dédié à la transformation, sous l’égide de la Première ministre Mette ­Frederiksen. L’objectif est de réduire les émissions annuelles d’azote du Danemark de près de 14  000 tonnes. En l’espace de vingt ans, 10  % des terres agricoles devraient par ailleurs être transformées en forêts et en habitats naturels. Le producteur ouvre la porte de sa cuisine-séjour, près de Hvalsø. Son t-shirt noir affiche d’emblée la couleur: «I love bacon», slogan également imprimé sur sa casquette. C’est même le logo de son entreprise. Il s’assoit à une longue table familiale et propose du pâté de foie et du fromage pour le petit-déjeuner. Depuis 1984, il a progressivement étendu son activité, après avoir «commencé modestement». Si le nombre d’exploitations porcines a diminué ­depuis les années 1980, celles qui restent n’ont cessé de croître, tout comme la taille des cheptels. En janvier 2026, on dénombrait 12,3 millions de porcs dans le pays, soit une hausse de 6  % par rapport à l’année précédente. Au total, les Knudsen élèvent 10  000 porcs et ont investi dans des technologies de pointe, notamment pour réduire les odeurs d’ammoniac dans certaines porcheries, qui leur ont souvent valu une mauvaise presse, tout comme la question du bien-être animal.

«Totalement impossible» Pour Peter Kjær Knudsen, l’accord tripartite signifierait la fin de l’agriculture au Danemark. Comment supprimer 14  000 tonnes d’azote? «C’est impossible, totalement impossible», déclare-t-il. ­Depuis 1987, les volumes de nitrates dans les champs auraient

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déjà diminué de moitié. Les exploitations se seraient modernisées pour limiter au maximum le lessivage. Pourtant, la pluie continue de s’écouler dans le Kattegat, une partie de la mer Baltique située entre le Jutland et la côte ouest de la Suède. Selon le ministère danois de l’Environnement, 70   % des émissions nationales d’azote proviendraient toujours de l’agriculture, un chiffre contesté par Peter Kjær Knudsen. Le purin de ses exploitations est pourtant bien épandu sur les champs environnants, d’où la pluie charrie tout jusqu’au Kattegat. L’éleveur estime qu’une grande partie de l’azote provient des stations d’épuration ­industrielles et des rejets d’origine humaine, ce que les autorités ne mesureraient pas. Après une dernière gorgée de café, il se dépêche de rejoindre son personnel pour le briefing du matin. Non sans lâcher une ultime remarque: «On pourrait peut-être produire moins de porcs, mais il faudrait augmenter le prix de la viande.»

Améliorer la communication

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À environ 270 kilomètres de là, Uwe Lund, 59 ans, se tient debout sur son bateau de pêche, le Popeye, amarré dans le port de Flensburg. Vêtu d’une salopette bleue, il fait glisser un filet de pêche entre ses mains bronzées. Ce jour-là, il est sorti tôt, «à 3 heures», précise-t-il. Il trouve les premières lueurs de l’aube incomparables. Il y a un an, le dernier pêcheur professionnel de Flensburg pensait que son époque touchait à sa fin. En mars 2024, le Schleswig-Holstein a délimité trois nouvelles aires marines protégées. D’ici 2030, le Land veut transformer 12,5  % de sa surface en mer Baltique en « ­ véritables zones de repos et de refuge» pour la flore et la faune. La baie de Gelting, où Uwe Lund pratique la pêche, est concernée. Cet habitant de Flensburg constate que les autorités ne peuvent pas contrôler ce que les rivières et les plaines alluviales ­charrient jusqu’à la mer Baltique, mais qu’elles n’hésitent pas à ­restreindre les activités de pêche. Les quotas de cabillaud et de ­hareng sont particulièrement stricts. Uwe Lund les a toujours ­respectés et ne considère pas son petit bateau comme la source du problème. À sept reprises, il s’est rendu à Kiel pour tenter d’empêcher la création de ces aires protégées. «Rien à faire», a-t-il compris. Un an plus tard, il semble plus serein, car il peut continuer à pêcher dans la baie de Flensburg. Les stocks de plie et de turbot ont augmenté, notamment grâce aux mesures de protection. Uwe Lund connaît l’état des fonds marins: «Quand on descend à 20 mètres, tout est mort». Maintenant qu’il peut continuer son travail malgré l’existence des nouvelles aires de ­protection, il a un regard plus positif: «La situation est grave, mais pas ­désespérée.»

Page 25, en haut: Uwe Lund est le dernier pêcheur professionnel du Schleswig-Holstein. Page 26, en bas: Les quotas de pêche en mer Baltique sont réglementés.


Rendre la vie marine visible Neele Hapel non plus ne perd pas espoir. La création d’aires protégées en mer Baltique lui donne de l’élan. «Notre impression de pouvoir dominer la mer est trompeuse. On ne peut pas aller partout. Il y a des endroits où les sportifs, les plongeurs ou les pêcheurs n’ont rien à faire et qui devraient servir uniquement aux animaux pour se régénérer. En forêt, c’est devenu une évidence. Pourquoi pas dans la mer?» Il faut que la population comprenne l’importance de planter des herbiers marins ou d’investir dans de nouveaux récifs artificiels en mer Baltique. Ces derniers permettent en effet aux filtres naturels, tels que les coquillages, de s’installer. C’est ce qui motive Neele Hapel à faire découvrir la splendeur du monde marin. Elle travaille désormais avec un duo d’artistes du studio berlinois Neonature sur un jeu en réalité virtuelle. Le principe est de faire évoluer deux plongeurs à travers deux mondes opposés: l’un est dépourvu de récifs et de poissons, tandis que l’autre est une mer Baltique en bonne santé, pleine de couleurs. Une autre manière d’illustrer l’importance de protéger les océans. «Nous ne voulons pas donner de leçons, mais plutôt lancer des signaux positifs, explique-t-elle, et donner envie aux gens de plonger sous la surface pour se faire une idée de l’état réel de la mer Baltique.»

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Le travail de Franziska Grillmeier porte sur les frontières de l’Europe, les personnes réfugiées, le climat et d’autres enjeux mondiaux souvent invisibles. Son livre Die Insel est paru aux éditions C.H. Beck en 2023. Ses enquêtes ont notamment été diffusées par Le Monde, Die Zeit et dans le late-night show ZDF Magazin Royale.

Charlotte Schmitz, photographe documentaire et journaliste, a grandi au sein de la minorité danoise en Allemagne. Elle a effectué des études de bachelor en photographie documentaire à Hanovre et de master en culture visuelle à Copenhague. Ses travaux ont notamment été publiés dans le Washington Post, le magazine Spiegel et le journal Die Zeit.

Cette enquête a été soutenue par Journalismfund Europe.


Décryptage

Les herbes marines

2,7 kg

Les herbes marines sont de formidables puits de ­carbone. Elles absorbent le dioxyde de carbone présent dans la mer et stockent le carbone dans le soussol. La mer Baltique en renferme 2,7 kg par m2 , soit entre 3 et 12 mégatonnes au total. Les zostères stockent ainsi trente à cinquante fois plus de carbone que les forêts.

4500 ans

Les herbiers marins couvrent 317 000 km2, soit environ huit fois la superficie de la Suisse, mais seulement 0,1% des fonds marins mondiaux. Le plus grand tapis d’herbes marines d’un seul tenant a été découvert il y a quatre ans au large de la côte occidentale de l’Australie. S’étendant sur 180 kilomètres, il s’agit d’une seule et même plante qui pousse probablement depuis environ 4500 ans.

1∕ 5

Les herbiers marins sont également des habitats essentiels. Sur un hectare, ils peuvent abriter et nourrir environ 100 000 poissons et 125 millions d’invertébrés comme les coquillages et les escargots. Un cinquième des principales espèces de poissons comestibles dépend des herbiers marins pour survivre.

650 millions de tonnes de CO2

La protection des herbiers marins est essentielle, car 650 millions de tonnes supplémentaires de CO2 pourraient être émises chaque année dans l’atmosphère si les herbiers marins du monde entier continuaient à reculer au rythme actuel. Ce volume représente seize fois les émissions annuelles de la Suisse.

7%

Chaque année, les herbiers marins du monde perdent environ 7 % de leur superficie, soit l’équivalent de vingtdeux fois la taille du lac de Constance. Ils souffrent du réchauffement climatique, qui affecte également la température de la mer. En raison de l’apport accru de nutriments provenant de l’agriculture, ils doivent par ailleurs faire face à la prolifération d’algues qui les privent de la lumière du soleil, indispensable à leur photosynthèse.

Sources: bafu.admin.ch/fr/climat; geomar.de/news/article/kohlenstoff-hotspots-in-der-ostsee; ­seegraswiesen.de; srf.ch/wissen/natur-tiere/rekordgewaechs-forschende-entdecken-dievermutlich-groesste-pflanze-der-welt; wwf.de/themen-projekte/meere-kuesten/seegraswiesenmikrokosmos-im-meer.

Texte: Danielle Müller, Greenpeace Suisse Photo: Charlotte Schmitz


Infographie

Le dépotoir de la mer Baltique

Les zones mortes ne sont pas le seul problème environnemental de la mer Baltique. Cette mer intérieure est également affectée par les bombes, les filets fantômes et d’autres sources de pollution.

Plusieurs fois par jour, le commandement allemand des secours en mer envoie ses avions survoler la mer du Nord et la mer Baltique. Sa mission est de repérer les zones polluées. En 2025, il a détecté vingt et un cas en mer Baltique: des nappes d’hydrocarbures et d’autres substances inconnues pouvant provenir, par exemple, du lavage des citernes ou des eaux de forage. Les responsables ont pu être identifiés dans près de 40 % des cas. Les éléments de preuve sont ensuite transmis aux autorités compétentes.

Sources: bundesumweltministerium.de/themen/meeresschutz/ munitionsaltlasten-im-meer; nabu.de/natur-und-landschaft/meere/ lebensraum-meer/gefahren/24489.html; umweltbundesamt.de/ themen/wasser/meere/nutzung-belastungen/munition-im-meer #schadstoffbelastung-durch-chemische-munition; Greenpeace ­A llemagne, Ostesee-Report, 2019; Greenpeace Allemagne, Untersuchung von per- und polyfluorierten Alkylsubstanzen (PFAS) im

Si les fonds marins de la mer Baltique sont pollués, sa surface n’est pas épargnée. Greenpeace a fait analyser la mousse marine au large de Boltenhagen et de Kühlungsborn. Elle y a identifié des PFAS à des concentrations de plusieurs dizaines de milliers de nanogrammes par litre. Or, la valeur limite pour ces polluants chimiques éternels dans l’eau potable en Allemagne est de seulement 100 nanogrammes par litre en raison de leur dangerosité pour l’être humain et la nature.

Comme si cela ne suffisait pas, env. 300 000 ton­ nes de munitions gisent au fond de la mer ­Baltique: bombes, mines, obus, missiles et autres caisses de munitions ont été majoritairement immergés par les Alliés lors du désarmement de l’Allemagne à la fin de la Seconde Guerre mondiale. La rouille et la décomposition des douilles en font un danger considérable pour l’environnement.

Meeresschaum an Nord- und Ostsee-Stränden in Deutschland, 2025; wwf.de/themen-projekte/projektregionen/ostsee/geisternetze/ projektfortschritt-geisternetze; Ministère fédéral allemand de l’Environnement, de la protection de la nature, de la sûreté nucléaire et de la protection des consommateurs (BMUV), Zustand der deutschen Ostseegewässer 2024, 2024.


Une étude de 2024 a analysé les déchets plastiques collectés sur les côtes de la mer Baltique entre 2016 et 2021. On y a trouvé de quinze à trente déchets par tranche de 100 mètres de plage, principalement des emballages plastiques pour aliments et boissons, des sacs et des couvercles en plastique. Une grande partie de ces déchets finit dans les eaux: 36 % des déchets présents au fond de la mer Baltique sont des produits en plastique à usage unique, remontant pour certains aux années 1970.

Sur les 300 000 tonnes de munitions non explosées présentes dans la mer Baltique, env. 5000 tonnes sont des munitions chimiques. Ces munitions contiennent des substances toxiques destinées à perturber les fonctions physiologiques afin d’affaiblir la capacité de combat des soldats ou de les détruire physiquement.

Illustration: Raffinerie

Greenpeace Allemagne a recherché la présence de pesticides dans huit affluents de la mer Baltique. Elle a effectivement détecté des pesticides dans tous les échantillons collectés: des herbicides, des fongicides et des insecticides, dont onze sont en principe interdits d’usage dans l’UE. Chaque année, des milliers de tonnes de pesticides se déversent ainsi dans la mer, avec des conséquences désastreuses, même en faibles quantités.

La pêche laisse également ses traces, et pas seulement au niveau des stocks de poissons. En mer Baltique, les bateaux de pêche égarent env. 10 000 morceaux de filets chaque année. Ceux-ci mettront des centaines d’années à se transformer en microplastiques. Le volume total de ces filets perdus n’est pas connu, mais six tonnes de filets fantômes ont été récupérées lors des six jours de nettoyage des fonds marins organisés par le WWF en 2021.


Do it yourself

Des tablettes pour lave-vaisselle sans substances toxiques

Mélangez les cristaux de soude, l’acide citrique, le sel et l’eau dans un saladier. Versez le mélange dans un bac à glaçons et laissez durcir pendant au moins 24 heures dans un endroit frais et sec. Et voilà, vos tablettes maison sont prêtes!

150 g de cristaux de soude 125 g d’acide citrique

50 g de sel

Les produits pour lave-vaisselle contiennent de nombreuses substances chimiques qui polluent l’environnement via les eaux usées et nuisent à la santé humaine. On y trouve notamment du benzotriazole, un agent protecteur de l’argent, ou des tensioactifs dégraissants, souvent fabriqués à partir de pétrole ou d’huile de palme. Tous deux menacent la faune aquatique.

Illustration: Raffinerie

3 à 4 cs d’eau


Entretien

Une formidable occasion

Le traité des Nations unies sur la protection de la haute mer est entré en vigueur au début de l’année 2026. Iris Menn, directrice de Greenpeace Suisse, explique l’importance de ce traité, la nécessité pour la Suisse de le ratifier au plus vite et l’impossibilité d’une exploitation minière durable en eaux profondes. Autrice: Katharina Wehrli

Iris Menn, pourquoi le nouveau traité mondial sur la protection de la haute mer est-il le plus important depuis l’accord de Paris sur le climat?

C’est le premier accord à couvrir à la fois la protection et l’utilisation des océans. Il couvre également la haute mer, située en dehors des juridictions nationales. Cette zone, qui représente 64 % de nos océans, est un bien commun.

Nos études montrent que nous n’avons pas besoin de ces métaux. Iris Menn

Greenpeace milite depuis longtemps en faveur de la création d’aires protégées couvrant 30  % de la surface de la haute mer. Cet objectif sera-t-il atteint?

Oui. L’accord permettra la création d’aires de protection strictes excluant toute exploitation. La première Conférence des parties, sur le modèle de la COP sur le climat, se tiendra l’année prochaine pour négocier la mise en œuvre de ces aires protégées.

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Plus de 90 États ont ratifié le traité, mais pas encore la Suisse. Quelles seront les conséquences?

Si elle ne ratifie pas le traité d’ici l’année prochaine, la Suisse ne pourra pas participer à la COP et ne pourra pas contribuer à sa mise en œuvre. En juin dernier, la Confédération a lancé une consultation à ce sujet et présenté un projet de loi. Qu’en pensez-vous?

Nous sommes en train d’analyser le texte et nous nous exprimerons bien sûr dans le cadre de la consultation. Pour nous, l’essentiel est que la ratification s’accompagne d’un engagement clair afin que le traité ne soit pas affaibli au niveau suisse.

En Suisse, la moitié de l’oxygène que nous ­respirons provient de la mer. Iris Menn

Quel est l’intérêt pour un pays enclavé comme la Suisse de mieux protéger les océans?

En Suisse, la moitié de l’oxygène que nous respirons provient de la mer et nous consommons du poisson et des fruits de mer. Notre industrie pharmaceutique utilise des séquences génétiques issues de la mer pour élaborer ses produits ­médicaux. Enfin, les océans ont un effet régulateur sur le climat, car ils absorbent une grande quantité de CO2. Il est donc important de soutenir la résilience du ­milieu marin. De grands groupes souhaitent extraire des matières premières telles que le manganèse, le cobalt et le nickel des fonds marins. Quels sont les risques?

Le risque principal est la destruction des grands fonds, l’un des plus grands et des derniers habitats pratiquement intacts. Les plantes et les animaux qui y vivent sont très bien adaptés à cet environnement vulnérable, froid et sombre. Leur métabolisme et leur reproduction sont très lents. Les engins d’exploitation minière détruiraient les organismes et leurs habitats. L’écosystème des grands fonds ne s’en remettrait probablement pas. L’exploitation minière en eaux profondes ne peut jamais être durable.

rantaine de pays demandent un moratoire afin de mener des investigations plus approfondies sur les grands fonds marins et les répercussions de l’extraction minière sur cet habitat. D’autres pays souhaitent au contraire avancer dans cette voie et travaillent sur un «code minier». Nous participons à ces négociations en tant qu’observateurs et exigeons une interdiction totale. Mais Donald Trump fait cavalier seul en contournant tout le processus. En avril, il a pris la décision, par décret, d’autoriser l’exploitation minière en eaux profondes et tranchera définitivement au début de l’année prochaine. L’entreprise canadienne The Metals Company est prête à se lancer, en collaboration avec la société Allseas, qui dispose de la technologie nécessaire et a déjà transformé un navire à cet effet. Or le siège d’Allseas se trouve dans le canton de Fribourg, en Suisse. Que pensez-vous de l’argument selon lequel nous aurions besoin des ressources des grands fonds pour réussir la transition énergétique, notamment pour électrifier les transports?

C’est le ­premier accord à couvrir à la fois la protection et l’utilisation des océans. Iris Menn

Nos études montrent que nous n’avons pas besoin de ces métaux provenant des fonds marins. Nous pouvons récupérer des matières premières grâce au recyclage, et de nouveaux types de batteries ne nécessitant pas ces métaux seront bientôt disponibles. N’oublions pas non plus le concept de sobriété: quel niveau de transport individuel souhaitons-nous? Il est possible de trouver d’autres solutions, à condition de se donner les moyens nécessaires. Selon moi, l’exploitation minière en eaux profondes ne devrait jamais être autorisée. Nous avons là une formidable occasion de protéger l’un des derniers habitats pratiquement intacts.

La Suisse a voté en faveur d’un moratoire sur cette activité, à l’instar d’autres pays. Quelle est la prochaine étape?

Les négociations se tiennent auprès de l’Autorité internationale des fonds marins (AIFM) à Kingston, en Jamaïque. Une qua-

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Illustration: Jörn Kaspuhl, kaspuhl.com


Testament

Photo: © Lorenzo Moscia / Greenpeace

UN TESTAMENT PEUT CHANGER LE MONDE Un testament est bien plus qu’un simple document juridique. C’est votre dernier message au monde. Il détermine ce qui devra perdurer au-delà de votre vie. Le 13 septembre est la Journée internationale du testament, une occasion de sensibiliser la population à cet enjeu. Quel que soit le montant, un legs permet de faire avancer le changement et de garantir la poursuite de notre action en faveur des océans, des forêts et de la biodiversité pour les générations à venir. Connaissez-vous notre calculateur de testament? Il vous permet de visualiser votre situation personnelle en ligne. N’hésitez pas à le tester: greenpeace.ch/fr/calculateur-testament

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Pour toute question, Simone Fuhrmann, responsable des legs, se tient à votre disposition: simone.fuhrmann@greenpeace.org ou tél. 022 907 72 75


Énigme autour du magazine Greenpeace

Énigme

la petite lamproie a-t-elle été 1 Quand déclarée «poisson de l’année»? B: P: U:

Quel animal Greenpeace a-t-elle rencontré

B: N: I:

2017 2018 2019

de farine de palmiste une vache 2 Combien de Fonterra consomme-t-elle par jour? R: M: A:

5 dans les eaux profondes arctiques?

plus de 5 kg moins de 1kg jusqu’à 3 kg

Quelle superficie les herbiers marins couvrent-ils à travers le monde?

6 Q: I: K:

s’appelle l’entreprise suisse 3 Comment impliquée dans des projets d’exploitation minière des fonds marins? Allseas Wohleoceans Halfwaters

U: N:

que l’on trouve au fond de 4 Qu’est-ce la mer Baltique? A: T: S:

des avions des bombes des canons

317 000 km2 973 000 m2 105 hectares

est le nom de l’initiative à signer, qui 7 Quel est encartée au milieu du magazine? J:

L: D: O:

le bostryche des grands fonds la salamandre des grands fonds le vers annelé des grands fonds

initiative de taxation des billets d’avion initiative pour des bons de mobilité initiative d’encouragement des chemins de fer

de licences de prospection des 8 Combien grands fonds ont déjà été octroyées? E: P: H:

30 10 50

Solution: Nous tirons au sort cinq exemplaires du livre Arc-en-ciel, le plus beau poisson des océans de Marcus Pfister, signés par l’auteur. Une histoire sur le plaisir de partager, et l’un des livres pour enfants les plus plébiscités au monde. Envoyez la solution avec votre adresse d’ici au 29 octobre 2026 à redaction@greenpeace.ch ou par la poste à: Greenpeace Suisse, rédaction magazine, énigme écologique, case postale, 8036 Zurich. La voie judiciaire est exclue. Aucun échange de courrier n’aura lieu concernant le tirage au sort.

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La solution de l’énigme du magazine 2/26 était: protéine


Bord de mer

Le mot de la fin

Connaissez-vous quelqu’un qui n’aime pas la mer? Elle nous fournit la moitié de l’oxygène que nous respirons, de la nourriture, des séquences d’ADN pour les médicaments, des formes et des couleurs pour le design, des récifs coralliens qui font office de brise-lames naturels, ainsi que du plaisir et de la détente. La mer nous attire irrésistiblement, à l’instar de la gravité de la Lune qui attire l’eau des océans et provoque les marées. Préservons la mer! C’est notre bien commun, car la ­majeure partie des océans se trouve en dehors des frontières nationales et relève de la responsabilité de tous les pays, y compris de la Suisse. La pression de l’extraction minière est massive et pourrait s’étendre aux grands fonds dans un futur proche. La mer a besoin de notre attention et de nos soins. Il y a urgence. La mer a été une source d’inspiration pour d’innombrables poètes. Je souhaite terminer sur un poème de ­Theodor Storm, né sur la côte de la mer du Nord que j’aime tant: «Bord de mer». La mouette survole la lagune, Et le crépuscule tombe; Sur les vasières humides Se reflète la lueur du soir.

J’entends le son mystérieux De la vase en effervescence, Le cri solitaire d’un oiseau – Comme de toute éternité.

Des oiseaux gris virevoltent Au bord de l’eau; Tels des rêves, les îles Flottent dans la brume de la mer.

Une dernière fois, le vent frémit Doucement, puis se tait; Il ne couvre plus les voix Qui planent sur les tréfonds.

Photo: © Anne Morgenstern

Iris Menn Directrice de Greenpeace Suisse


Spotlight

La petite lamproie (Lampetra planeri) Caractéristiques La petite lamproie est considérée comme un fossile vivant. Elle fait partie des derniers représentants du groupe des vertébrés les plus archaïques de notre planète. Les premières traces de cette créature remontent à plus de 500 millions d’années. Son nom allemand «Bachneunauge», qui signifie «neuf yeux», est dû à une mauvaise interprétation de sa morphologie: ses sept ouvertures branchiales rondes et sa narine avaient été prises pour des yeux supplémentaires. Mesurant entre 10 et 20 centimètres de long, la petite lamproie ne possède ni os ni mâchoires, ce qui la classe parmi les cyclostomes. Elle n’a pas d’écailles et sa peau est protégée par une épaisse couche de mucus. Sa bouche en ventouse dentée lui permet de se fixer sur la peau des poissons pour absorber leur sang et leurs tissus à l’aide d’une langue également pourvue de dents.

Distribution En Europe, la petite lamproie est très répandue dans la région de la mer du Nord et de la mer Baltique, mais on la trouve également dans le sud de la France, dans le sud de l’Italie et en Sardaigne. Elle est encore présente au nord des Alpes suisses, mais elle se fait rare. Son proche parent, la lamproie de rivière, a déjà disparu de notre pays. Déclarée «poisson suisse de l’année 2017», la petite lamproie vit dans des ruisseaux limpides et de petites rivières. Elle a besoin, notamment pour le frai, d’un fond sableux ou graveleux, d’une oxygénation ­suffisante et d’une température de l’eau supérieure à dix degrés.

Menaces En Suisse, la petite lamproie est considérée comme une espèce en danger (EN). Les aménagements des cours d’eau et la dégradation de la qualité de l’eau lui portent préjudice. Les digues l’empêchent de rejoindre ses frayères, et la pollution, notamment due au purin, détruit sa progéniture. Pour régénérer cette espèce, il est essentiel de revitaliser les cours d’eau et de promouvoir une agriculture plus respectueuse de l’environnement. Il faudrait également rétablir la connectivité entre les cours d’eau, qui est nécessaire à la migration pour la reproduction.

Sources: Fédération suisse de pêche, La petite lamproie: poisson de l’année 2017; wwf-be.ch/ fileadmin/user_upload_section_be/ Dokumente/Themen/Arten_Biotopschutz/­ Bachneunauge_WWF.pdf Illustration: Janine Wiget est graphiste et dessinatrice en bâtiment de formation. La Zurichoise travaille en tant qu’illustratrice indépendante dans les domaines les plus divers.


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MONTEZ À BORD! Les déchets plastiques, la surpêche et l’extinction des espèces menacent les océans. Depuis des décennies, les mers sont pillées, spoliées et polluées. Mais grâce au traité des Nations unies sur la protection de la haute mer, l’espoir renaît: de nouvelles aires marines protégées doivent en effet être créées d’ici 2030.

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Avec un parrainage en faveur des océans, vous contribuez à la protection de nos mers et des habitats d’innombrables espèces. Les baleines, les dauphins et les ­tortues vous disent merci!


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