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GP_Magazin_02_2025_F_DS (1)

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Greenpeace Member no 02  / 25

Débat

Le climat et la culture des pommes p. 31

La pomme

Décryptage

Les semences, un oligopole fatal p. 29


Initiative sur la place financière Nous devons veiller à ce que les acteurs financiers contribuent à la réalisation des objectifs de l’accord de Paris sur le climat. Signez l’initiative sur la place financière!

greenpeace.ch/fr/agir/ initiative-sur-la-placefinanciere

Éditorial

Jusqu’ici, je n’appréciais pas vraiment les pommes. Cette aversion a ­commencé à l’école primaire, lorsque l’on m’a servi ce menu typiquement alémanique que sont les cornettes à la viande hachée et compote de ­pomme… Je vous épargne les détails, mais disons que cela n’a pas été un coup de cœur. Depuis, je me force à donner sa chance à la pomme et j’en achète une tous les six mois. Mais je dois avouer qu’elle finit généralement moisie au fond de la corbeille à fruits. Un sort qu’elle ne mérite pas. En préparant ce nouveau numéro du magazine Greenpeace, je vois soudain la pomme d’un autre œil. J’apprends beaucoup de choses à son sujet. Je découvre sa longue histoire, qui commence avec la pomme originelle au Kazakhstan. Je comprends l’importance qu’elle revêt là-bas pour les êtres humains et l’environnement (p. 16). Et je réfléchis aux défis auxquels le changement climatique confrontera la culture des pommes à l’avenir (p. 31). Au-delà des mystères de la pomme, ce numéro aborde également l’inquiétante disparition des anciennes variétés de fruits et de légumes (p. 29). Face à tous ces problèmes, comment cultiver la biodiversité chez soi? Vous trouverez la réponse en page 30. Et comme toujours, nous vous racontons les actions menées par Greenpeace en Suisse et dans le monde. Les pommes sauront-elles vous apparaître sous un jour nouveau? Moi, en tout cas, je ne les laisserai plus pourrir. Promis, juré! Danielle Müller Responsable de la rédaction

Couverture: Raffinerie


Des géants fatigués

Sommaire

Reportage Voyage au Kazakhstan, pays de l’ancêtre de la pomme, à la découverte des secrets d’une culture durable porteuse d’avenir.

p. 16

International

Actuel

Terres inondées et dévastées

Protégeons nos aliments!

p. 10

p. 14

IMPRESSUM GREENPEACE MEMBER 2 / 2025 Éditeur/adresse de la rédaction: Greenpeace Suisse Badenerstrasse 171 8036 Zurich Téléphone 044 447 41 41 redaction@greenpeace.ch greenpeace.ch/fr Équipe de rédaction: Danielle Müller (responsable), Franziska Neugebauer (iconographie) Relecture/fact-checking: Marco Morgenthaler, Danielle Lerch Süess, Marc Rüegger Traduction en français: Karin Vogt Textes: Tobias Asmuth, Franziska Grillmeier, Jara Petersen, Christian Schmidt Photos: Tobias Kruse Illustrations: Jörn Kaspuhl, Raffinerie, Janine Wiget Graphisme: Raffinerie Lithographie: Marjeta Morinc Impression: Stämpfli SA, Berne

Papier couverture et intérieur: 100 % recyclé Tirage: 63 000 en allemand, 13 000 en français Parution: quatre fois par an

Action 4 Progrès 6 Des paroles aux actes

7

Engagement 9 International 10

Le magazine Greenpeace est adressé à l’ensemble des adhérent·es (cotisation annuelle à partir de 84 francs). Il peut refléter des opinions qui divergent des positions officielles de Greenpeace.

Actuel 14

Avez-vous changé d’adresse? Prévoyez-vous un démé­ nagement? Prière de nous annoncer les changements: suisse@greenpeace.org ou 044 447 41 41

Do it yourself

Dons: CH07 0900 0000 8000 6222 8 Dons en ligne: greenpeace.ch/dons

Le mot de la fin

Fait & chiffres

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Reportage 16 Décryptage 29 30

Débat 31 Parrainage 33 Énigme 34 35

Spotlight 36


Action


L’élevage de rennes est le pilier de l’économie traditionnelle des Samis et un élément essentiel de leur identité. Ce mode de vie dépend de la préservation des forêts. Pourtant, l’entreprise forestière suédoise SCA s’est mise à abattre la forêt primaire autour du village sami d’Ohredahke, une zone importante pour l’élevage des rennes. Greenpeace Suède se mobilise contre cette déforestation illégale.

Photo: © Christian Åslund / Greenpeace

Jämtland, 8 janvier 2025


Fast-food sans ­déforestation

Photo: © Toma Iczkovits / Greenpeace

Pas d’importation de déchets plastiques En Thaïlande, les déchets plastiques s’accumulent sur les sites des entreprises de recyclage, mais aussi et surtout dans l’environnement. Le pays croule sous le plastique, qui provient en grande partie des importations autorisées par le gouvernement. Greenpeace Asie du Sud-Est et d’autres ­organisations locales réclamaient depuis 2018 une interdiction d’importer des déchets plastiques. Malgré l’obstruction des importateurs et des acteurs du recyclage, la lutte a porté ses fruits: depuis le 1er janvier 2025, les déchets plastiques sont interdits à l’importation en Thaïlande.

Photo: © Toma Iczkovits / Greenpeace

Non à l’élevage de masse

Le nom de Majorque évoque la douceur méditerranéenne, les criques pittoresques ou éventuellement les excès tou­ ristiques sur les plages de Palma… Mais sûrement pas ­l’élevage de 750 000 poules pondeuses que voulait réaliser la firme Avícola Son Perot sur l’île des Baléares, prévoyant de produire 156 millions d’œufs par an. Avec d’autres associations, Greenpeace Espagne a déposé un recours contre ce projet et obtenu gain de cause: en janvier, le gouvernement espagnol a rejeté la demande d’autorisation pour des raisons environnementales.

Photo: © Toma Iczkovits / Greenpeace

Progrès

À peu près 65 % des filiales de McDonald’s dans le monde achètent de la viande de bœuf en provenance d’Australie. Pour produire ses steaks hachés, le géant de la restauration ­r apide n’hésite pas à déboiser les ­forêts du cinquième continent et à ainsi menacer l’habitat des koalas. Cette pratique devrait cesser à partir de 2030, suite à la pression exercée par Greenpeace Australie, avec le soutien des koalas: à la fin de l’année dernière, McDonald’s a changé ses directives en la matière. Greenpeace Australie n’entend toutefois pas en rester là et souhaite que la firme arrête la déforestation dès 2025. La campagne «Take Deforestation off the Menu» (Retirez la déforestation du menu) est poursuivie pour atteindre cet objectif.


Des paroles aux actes

Plus de vert, moins de gris

Pour en ­savoir plus Michelle Kohler, cofondatrice de Asphalt­ knackerinnen

planbiodivers.ch/ asphaltknackerinnen

Texte: Jara Petersen

Lorsqu’elle traverse une zone bâtie, Michelle Kohler est souvent frappée par le travail qui reste à faire, mais aussi par le potentiel existant. «Plus de vert, moins de gris» est la devise des «casseuses d’asphalte» (Asphaltknackerinnen), un groupe de Zurichoises qui s’attaquent à l’imperméabilisation des sols privés, même les plus petits. Chaque mètre carré de verdure compte. «Nous voulons encourager les gens et leur donner les moyens de dés­ imperméabiliser les espaces», explique la cofondatrice du groupe. Face au changement climatique, un sol imperméabilisé est une absurdité. Les canicules transforment les surfaces bétonnées en four, alors que la température sera inférieure de plusieurs degrés dans un coin de verdure. En cas de pluie

torrentielle, l’asphalte empêche l’infiltration de l’eau et fait déborder les canalisations, tandis qu’une surface non imperméabilisée absorbera les eaux et favorisera leur évaporation par la suite, ce qui refroidira la température ambiante. «Les solutions du cycle naturel de stockage de l’eau sont si intelligentes», s’émerveille Michelle Kohler. La première consultation chez les casseuses d’asphalte est gratuite pour les locataires ou les propriétaires. L’objectif est de réfléchir aux possibilités d’aménagement durable et d’orienter la clientèle vers une entreprise d’horticulture pour recréer une surface naturelle. Le groupe participe aux travaux, car briser l’asphalte afin de faire revivre le sol inerte est pour la jeune femme «un travail qui a du sens». Cependant, elle fait aussi ce

constat: «Nous imperméabilisons beaucoup trop de surfaces, il faudrait intervenir en amont.» Les casseuses d’asphalte perdent rarement l’espoir. «Mais quand on voit un arbre encerclé par le béton jusqu’au tronc, je me demande si les gens qui ont fait cela ont réfléchi à la croissance de l’arbre, qui est un organisme ­vivant.» Selon Michelle Kohler, ce sont bien les plantes et les arbres qui sont les premiers casseurs ­d’asphalte, puisque leurs racines parviennent parfois à faire craquer le béton et à redonner ses droits à la végétation.

Illustrations pages 7 et 8: Jörn Kaspuhl a terminé ses études d’illustrateur à l’Univer­ sité de Hambourg en 2008. Après un long ­séjour à Berlin, il vit et travaille de nouveau dans la ville hanséatique.

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Une coopérative pour des villes comestibles

Des paroles aux actes

Pour en ­savoir plus Livia Matthäus, cofondatrice de Plankton

planktonbasel.ch

Texte: Danielle Müller, Greenpeace Suisse

Pratiquer l’agriculture en ville, voilà l’idée qu’ont eue les deux fondatrices de Plankton. Leur projet pionnier à Bâle consiste à transformer des zones urbaines inutilisées en cultures régénératives de ­légumes, d’herbes aromatiques et de baies. L’idée est de montrer que la ville peut également contribuer à un système alimentaire local et durable. Plankton vise à rapprocher la population de ses aliments, en cultivant ces derniers dans l’espace urbain. Il s’agit aussi de mieux faire comprendre les relations entre l’agriculture, le dérèglement climatique et la crise de la biodiversité. Selon la cofondatrice Livia Matthäus, il y urgence, «car beaucoup de sols ont perdu leur ferti­ lité». Plankton teste différentes

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techniques susceptibles d’enrichir le sol: «Nous sommes des pionnières en Suisse. En culture des champs, les pratiques qui enrichissent le sol ne sont pas nouvelles, mais très peu a été fait jusqu’ici en culture maraîchère.» Outre l’aspect régénératif, la solidarité est une dimension ­importante du projet, qui prévoit 120 jours participatifs par an. Lors de ces journées, toute personne ­intéressée peut rejoindre l’équipe autour de Livia Matthäus pour se familiariser avec la culture des ­légumes. «Nous voyons la différence lorsqu’une personne a semé, fertilisé et désherbé un carré de ­carottes. Le produit consommé est davantage apprécié», explique celle qui est responsable des légumes dans l’association. Composée de six femmes, l’équipe de Plankton mise par ailleurs sur une

perspective féministe en agricul­ ture. «Lors de nos stages dans des fermes, nous avons constaté la persistance d’une culture patriarcale et traditionnelle», explique Livia Matthäus. Un écueil que Plankton essaie de surmonter, à son échelle, notamment en pratiquant une communication inclusive plutôt inhabituelle dans ce contexte. «Et chez nous, pas question que le tracteur soit réservé aux hommes!»


Engagement

«Il faudra lutter»

Dans son nouveau livre Weil es Recht ist (Parce que c’est juste), le journaliste Marcel Hänggi propose une Constitution fédérale tournée vers l’avenir. Loin d’être un ouvrage juridique aride, le texte présente une argumentation intelligente et facile à lire qui montre que la lutte contre la crise climatique nécessite une «démocratie robuste».

Marcel Hänggi, à l’origine de l’initiative pour les glaciers, a fait une lecture minutieuse des 197 articles de la Constitution fédérale suisse. Il en résulte un livre contenant plus de 70 propositions pour ré­écrire la Constitution afin de l’adapter aux défis de l’avenir. Il n’est pas nécessaire de tout jeter par-dessus bord. Marcel Hänggi est convaincu que le système juridique suisse «offre des solutions viables aux problèmes environnementaux». Un constat que partage la juriste Dunia Brunner, de l’Université de Lausanne. Elle estime même qu’«une économie durable au sens strict» est compatible avec la version actuelle de la Constitution. «Une telle économie serait même plus en phase avec le texte que le statu quo.» Pour aller dans le sens de cette nouvelle économie, un article sur la «responsabilité globale» se-

À propos du livre

rotpunktverlag.ch/buecher/ weil-es-recht-ist

rait nécessaire. En effet, la Suisse doit aussi assumer les conséquences de ses actes par-delà ses frontières. Par ailleurs, les taxes du trafic routier devraient pouvoir être utilisées pour réduire les surcapacités du réseau routier et financer la renaturation. Ce genre de proposition peut sembler illusoire, mais le journaliste rappelle que l’on trouve déjà des dispositions comparables dans certaines constitutions cantonales. Reste la question centrale de la mise en œuvre. Les oppositions sont multiples: fédérations économiques, milieux entrepreneuriaux, partis et personnalités politiques qui craignent pour leur image. Une chose est sûre: le passage à une société et à un ordre ­juridique respectueux de l’environnement est un défi énorme. Et «il faudra lutter», comme l’écrit Marcel Hänggi.

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Photos: © Gabriel Gallo / Greenpeace

Une avalanche de voitures témoigne de la violence avec laquelle les eaux ont dévalé les rues de Valence.

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International

QUE

RESTE-T-IL? L’automne dernier, des inondations ont détruit des quartiers entiers de Valence. La plupart des victimes étaient des personnes âgées. Ce scénario pourrait se produire de plus en plus souvent à l’avenir. Texte: Franziska Grillmeier

Selon la direction du vent, il arrive que Puri Cuesta Vidal, âgée de 80 ans, entende le grondement de l’autoroute proche. Cela lui coupe la respiration. Est-ce la crue qui revient? Cette retraitée vit dans une petite maison à deux étages à la ­périphérie de Paiporta, épicentre des inondations qui ont déferlé dans les rues de Valence le 29 octobre 2024. Les eaux ont renversé les meubles de son sous-sol, avant de les emporter hors de la maison. Depuis, Puri Cuesta Vidal n’est plus sûre de rien. Il n’y avait même pas eu de pluie dans sa région: «L’eau est venue d’en bas», raconte celle qui a tout juste eu le temps de monter sur la terrasse de son toit,

où elle garde une douzaine d’oiseaux dans une grande cage. Dans certaines régions de Valence, il était tombé en seulement huit heures autant de pluie qu’en une année entière. Le service météorologique espagnol avait annoncé les in­ tempéries dès le matin. L’alerte via smartphone n’est toutefois ­parvenue à la population qu’après 20 heures. Il était déjà trop tard. Il s’agit de l’une des pires catastrophes naturelles de l’histoire de l’Espagne. Au moins 223 personnes ont perdu la vie, surtout parmi la population âgée: près de la moitié des victimes avaient plus de 70 ans. Beaucoup n’ont tout simplement pas pu à se mettre à l’abri à temps. En Allemagne, lors de la crue de la vallée de l’Ahr en

2021, on avait déjà pu constater que les personnes âgées étaient les plus menacées, notamment celles qui n’avaient pas de proches pour s’occuper d’elles. Selon une étude de la Yale School of Public Health, le vieillissement de la population entraînera à l’avenir une augmentation du nombre de décès dus à la chaleur ou au froid, en raison des températures de plus en plus extrêmes.

Un désert de boue Lorsque l’on prend le bus du centre-ville de Valence à Paiporta, on a l’impression de changer de monde et d’accéder à un plateau de tournage dévasté. Avant de descendre, les passagers mettent leurs

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masques respiratoires et rentrent leurs jeans dans leurs bottes en caoutchouc. Une masse brun clair composée de résidus de pétrole, d’essence et d’eaux usées recouvre tout, les grenadiers arrachés, les épaves de voitures et les gravats. C’est la boue charriée qui s’est solidifiée au bout de six semaines. Carmen La Torre, 79 ans, vit non loin de l’arrêt de bus. «Si nous avions été prévenus plus tôt, plus de gens auraient survécu», ­dit-elle avec colère. Le matin de la catastrophe, elle s’est encore rendue au parc avec ses chiens, en compagnie d’une amie. L’air était jaunâtre, mais sec. La veille au soir, les deux femmes avaient vu aux informations qu’un orage était annoncé, mais elles n’ont rien remarqué d’inhabituel sur le moment. «Tout à coup, les chiens ont commencé à aboyer, alors nous

sommes rentrées à la maison», raconte Carmen La Torre. En arrivant dans l’appartement où elle vit seule, elle a ouvert la fenêtre donnant sur le balcon pour arroser ses fleurs. Et c’est là qu’elle a vu les flots déferler dans la rue. Après la catastrophe, Puri Cuesta Vidal est restée bloquée chez elle pendant cinq jours, car la porte de sa maison ne s’ouvrait plus. Des voisins lui apportaient de la nourriture par le balcon. Les premiers secours de l’État sont ­finalement arrivés, et la police a commencé à sonder la boue avec des perches pour chercher les morts. Aucun corps sans vie n’a cependant été retrouvé aux abords immédiats, l’une des rares bonnes nouvelles dans cette période. Dans sa vie d’avant, Puri Cuesta Vidal Vidal aimait faire la sieste sur le canapé de la cuisine

Les flots ont emporté les bateaux du port pour les faire échouer dans les rues de la ville.

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après le repas de midi, avec sa petite chienne Nela à ses côtés. Elle dormait à poings fermés, même les feuilletons télévisés ne la réveillaient pas. Mais depuis les inondations, elle n’arrive plus à fermer l’œil pendant la journée. Et elle ne se maquille plus. Celle qui avait toujours été quelqu’un de positif se demande pourquoi, à son âge, faire l’effort de réparer sa maison.


Dans un appartement envahi par la boue, les travaux de déblayage n’ont pas effacé toutes les traces.

3 questions à Greenpeace Espagne La crise climatique ­est-elle à l’origine des inondations comme celles de Valence?

Quel a été l’impact des inondations sur l’environnement local?

Comment peut-on empêcher ces phénomènes à l’avenir?

Selon le Groupe d’experts intergouvernemental sur l’évolution du climat (GIEC), le changement climatique n’est pas la cause première des pluies extrêmes qui ont provoqué ces inondations, mais il augmente la fréquence et l’intensité de ce genre d’événement. Une étude du réseau de recherche ­World Weather Attribution estime que les précipitations en Espagne sont 12  % plus intenses et deux fois plus probables en raison du ­réchauffement climatique dû aux combustibles fossiles.

Un problème majeur concerne les déchets emportés et disséminés dans la nature, y compris dans une zone humide protégée: véhicules, objets ménagers, ordures, etc. Les eaux ont également entraîné des polluants issus de zones industrielles, des produits chimiques, des carburants, des huiles ainsi que des eaux usées provenant du débordement des stations d’épuration. Tout cela a abouti tel quel dans l’environnement.

Il faut réduire massivement les émissions de gaz à effet de serre. Les objectifs actuels sont insuffisants. Les producteurs d’énergies fossiles doivent prendre leurs responsabilités et assumer les coûts occasionnés par ces événements extrêmes. Restaurer la nature est également crucial pour se protéger contre les catastrophes et améliorer la résilience de l’environnement. Il faut agir à tous les niveaux, du niveau local au niveau mondial.

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Actuel

Des règles strictes pour le génie génétique

Le lobby du génie génétique fait pression pour faciliter l’autorisation des organismes génétiquement modifiés (OGM). Il espère ainsi augmenter ses profits. C’est pourquoi l’Alliance suisse pour une agriculture sans génie génétique a lancé l’initiative pour la protection des aliments.

Pour en savoir plus

protectiondes-aliments.ch

Depuis 2005, la Suisse a décrété un moratoire sur la culture commerciale de plantes génétiquement modifiées dans l’agriculture. Ce moratoire a été soutenu par la grande ­majorité de la population et par le secteur agricole. Le Parlement l’a déjà prolongé à quatre reprises. Les risques liés au génie génétique restent en effet incertains. La pression de l’industrie chimique et semencière, et notamment des quatre groupes agrochimiques Syngenta, Bayer, Corteva et BASF, a toutefois réussi à ébranler le moratoire: lors de la dernière prolongation, le Parlement a chargé le Conseil fédéral de libéraliser la loi sur le génie génétique pour fa­ voriser les «nouvelles techniques génomiques». Celles-ci consistent à ajouter, supprimer ou réorganiser des segments d’ADN de l’organisme. La plus connue de ces techniques est le procédé Crispr/Cas. Autoriser les OGM reviendrait à perdre notre savoir culturel et à encourager notre dépendance aux multinationales axées sur le profit, avec une nouvelle perte de ­biodiversité à la clé. C’est pourquoi le moratoire doit être ­maintenu jusqu’à ce que des règles claires soient établies pour encadrer le génie génétique. Pour lutter contre un assouplissement du moratoire, une large coalition d’organisations actives dans les domaines de l’agriculture, de la protection des consommatrices et consommateurs et de la défense de l’environnement, dont Greenpeace, a lancé, le 3 septembre dernier, une initiative pour des aliments sans OGM. Les exigences de l’initiative sont les suivantes:

• liberté de choix grâce à la transparence dans le panier d’achats; • évaluation des risques pour la protection de l’humain et de l’environnement; • protection de l’agriculture sans OGM; • pas de brevets sur les semences sans OGM; • la diversité plutôt que le génie génétique.

Signez l’initiative insérée à la page 24 du magazine!


Voir les résultats thebigplasticcount.ch

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Fabriqués à partir de pétrole et de gaz, les plastiques polluent l’environnement tout au long de leur cycle de vie. Ils inondent la planète, détruisent la biodiversité, aggravent la crise climatique et menacent notre santé. Les scientifiques ont découvert la présence de microplastiques jusque dans le corps humain, notamment dans le sang, les poumons, le cœur et le cerveau. La pollution mondiale prend des proportions de plus en plus importantes. Si nous ne faisons rien, la production de plastique pourrait doubler d’ici à 2040. Le recyclage ne résout pas le problème. Nous devons agir à la source et réduire drastiquement la production. C’est la raison pour laquelle Greenpeace a décidé de lancer «The Big Plastic Count» en Suisse, en collaboration avec la Fondation Gallifrey et le cabinet Earth Action. Le projet vient de Grande-Bretagne et est aussi simple qu’efficace: au cours de la première semaine d’avril, des milliers de bénévoles ont compté leurs déchets plastiques dans toute la Suisse, en différenciant les catégories: emballage de fruits, paquet de chips, tube de dentifrice … Les résultats ­seront annoncés en mai. De nombreuses associations ont soutenu cette campagne nationale. L’objectif était d’obtenir de nouvelles données sur la consommation de plastique, afin de convaincre le Conseil fédéral, le Parlement, le commerce de détail et les producteurs de prendre des mesures efficaces contre la marée de plastique. Au niveau suisse, mais aussi à l’échelle mondiale lors des négociations pour un traité international contre la pollution plastique. Les résultats de la campagne «Big Plastic Count» contribueront à bâtir un avenir sans plastique, pour notre santé et pour le bien-être de notre planète.

120 kilos La Suisse consomme environ un million de tonnes de plastique par an, soit entre 110 et 120 kilos par habitant, dont plus de 50 kilos finissent à la poubelle en moins de 365 jours. La Suisse se classe ainsi au huitième rang des plus gros consommateurs de plastique jetable par tête.

Des flots de plastique Les macro- ou microplastiques aboutissent également dans l’environnement et les eaux. Le lac Léman en absorbe pas moins de 55 tonnes par an. Le Rhône charrie chaque jour 10 kilos de microplastiques vers la France. Dans le Rhin, on décèle en moyenne 239 000 particules de plastique au kilomètre carré.

10 % La Suisse est fière de son système de recyclage. En réalité, elle recycle moins de 10 % du plastique consommé (qui s’élève à 1 million de tonnes par an). Le reste finit généralement dans des usines d’incinération, qui rejettent 2,1 millions de tonnes de CO 2 par an dans l’atmosphère.

17 % Le recyclage du PET n’est pas non plus un franc succès en Europe. Les bouteilles en PET ne représentent en effet que 2 % du plastique consommé. Et les bouteilles en plastique européennes ne contiennent en moyenne que 17 % de PET recyclé.

1 traité Les États membres des Nations unies négocient depuis 2022 pour résoudre le problème mondial du plastique. Ils discutent d’un accord international contre la pollution plastique. Mais fin 2024, le cinquième cycle de négociations a échoué, notamment en ­raison de la pression des lobbyistes. Une dernière réunion est prévue pour que les États s’accordent enfin sur un traité qui protégera la planète.

greenpeace.ch/de/story/115296/; «Plastic Matters», Ocean Care, 2022.


DES GÉANTS Comment faire pour que la culture des pommes en Europe devienne plus écologique? Voyage à la découverte des forêts primaires de pommiers au Kazakhstan, où la protection de la nature répond en partie à la question. Texte: Tobias Asmuth Photos: Tobias Kruse

FATIGUÉS


Le soleil brille sur les pentes verdoyantes parsemées d’arbres ­fruitiers. En bas, dans la vallée, s’étale la grande ville d’Almaty. ­Wassilissa Kuanyschewa, 42 ans, se tient devant les ruines d’une maison détruite sur ordre du juge. Elle a l’air satisfaite: cette destruction est son plus grand triomphe. L’entreprise immobilière Le Rêve avait fait construire illégalement ce bâtiment de plusieurs étages dans un verger, abattant des centaines de pommiers au passage. «Le sol sur les pentes est bon pour les arbres, pas pour les maisons. Quand on arrache les racines, il n’y a plus rien pour retenir l’eau et cela provoque des glissements de terrain», explique celle qui est à l’origine du recours contre le nouveau bâtiment. Elle rêve de voir repousser des pommiers là où s’entassent encore des gravats. Almaty se situe au pied du massif de Tian Shan. Du temps de l’Union soviétique, la plus grande ville du Kazakhstan s’appelait Alma-Ata, ce qui signifie «ancêtre des pommes». D’où l’omniprésence des pommes: ornement de pierre sur les fontaines, forme des arrêts de bus ou même sculptures géantes sur le trottoir. Wassilissa Kuanyschewa est agacée par le folklore autour de la pomme. Elle préférerait que sa ville n ­ atale protège réellement les jardins auxquels elle doit son nom, et qui sont menacés de ­disparition. Dès 1991 et l’indépendance du Kazakhstan, les plantations auparavant gérées par des kolkhozes ont été privatisées. Les nouveaux propriétaires ont souvent négligé l’entretien et revendu rapidement leurs vergers. La terre est alors devenue un objet de ­spéculation. Ces deux dernières décennies, Almaty a doublé de ­superficie. Les maisons envahissent les pentes, souvent sans permis de construire. Pour agrémenter un tour dans les jardins laissés à l’abandon, Wassilissa Kuanyschewa a apporté des crêpes et de la compote de pommes. Pendant le pique-nique, elle fait défiler sur son téléphone les photos des camions venant chercher le bois des arbres fruitiers abattus. Il y a trois ans, elle a fondé un collectif militant nommé «Protège les montagnes». Depuis, elle a rendu visite au maire, écrit une lettre au président et formé des chaînes humaines autour des vergers. Les autorités tolèrent cet engagement, qui n’est pas sans risque sous le régime autoritaire du Kazakhstan. Malgré les menaces, la militante continue de se battre, espérant que la destruction du bâtiment fera réfléchir les entreprises de construction.

L’origine des pommes 18

Parmi les diverses pommes qui poussent dans ces jardins, il y a la variété Aport, cultivée uniquement à Almaty, une grosse pomme au parfum sucré. Sur les pentes les plus raides, on trouve encore

Page 16: Un pommier Malus sieversii dans le parc national de Zhongar Alatau. Page 19, en haut: Wassilissa Kuanyschewa dans les montagnes près d’Almaty. Page 19, en bas: Les décombres d’un bâtiment ­détruit sur ordre de la ­justice. Une entreprise immobilière l’avait illégalement érigé dans un ­verger, abattant des centaines de pommiers.


Page 20: Des fruits frais ­proposés sur un marché d’Almaty. Page 22: Gauhar Mukan au jardin botanique d’Almaty. Page 23: Un papillon de nuit qui s’est pris dans un système de ventilation avant de mourir.

quelques arbres de Malus sieversii. Ce pommier est à l’origine de l’ensemble de nos pommes cultivées, tout comme nous, les ­humains, descendons en quelque sorte de l’australopithèque Lucy. Cette pomme existerait depuis trente millions d’années. Un ­fossile vivant! Les dinosaures mangeaient déjà des pommes, diton fièrement au Kazakhstan. L’Institut Boyce Thompson de l’Université Cornell aux États-Unis a analysé le génome de 117 variétés de pommes ­modernes et de 23 pommes sauvages. Il a été constaté qu’environ 45  % de l’ADN de nos pommes cultivées provient de la pomme ­sauvage du ­Kazakhstan. Alors que nos pommes modernes sont ­sélectionnées pour leur goût et leur taille, et ne peuvent survivre sans ­produits chimiques, les pommes du Kazakhstan sont plus ­résistantes aux maladies et aux insectes, à la chaleur et au froid. Leur diversité g ­ énétique pourrait être une ressource unique pour améliorer la ­résistance de nos pommes au changement ­climatique. Du temps de Staline, le Malus sieversii souffrait déjà du défrichage des forêts de pommiers sauvages. À l’époque, il s’agissait de gagner des terres agricoles. En 1970, le botaniste Aymak Djangaliev, auteur de l’ouvrage de référence consacré au pommier sauvage du Kazakhstan, plante des Malus sieversii à la lisière du ­jardin botanique d’Almaty. Aujourd’hui un verger clôturé dont les entrées sont sécurisées par des cadenas, le site est rattaché aux parcs nationaux kazakhs. Les clés sont surveillées par la biologiste ­Gauhar Mukan, 49 ans, qui travaille au laboratoire génétique du jardin botanique. Les arbres de la plantation ploient sous le poids des pommes rouge vif, vert anis et jaune miel, certaines petites et rondes, d’autres plus grosses et allongées. Elles sont juteuses, sucrées, acides ou amères. «Il existe une cinquantaine de formes sauvages du­ Malus sieversii, explique Gauhar Mukan. La moitié sont des types originels. Les autres sont des hybrides naturels qui ont été en contact avec des variétés domestiquées.» Leur pureté génétique n’est souvent pas totale, car il existe des croisements dans la nature, même sans intervention humaine. La zone de distribution du Malus sieversii est le Tian Shan, la chaîne des «montagnes célestes» qui s’étend du Tadjikistan à la Mongolie en passant par le Kirghizistan, l’Ouzbékistan et le ­Xinjiang, dans l’ouest de la Chine. «Au Kirghizistan et au Tadjikistan, on trouve aussi des pommiers sauvages, mais il n’y a presque plus de forêts comme celles du Kazakhstan», relève Gauhar ­Mukan. Depuis les années 1990, 80  % de ces arbres ont été abattus, d’où l’inscription en 2007 du Malus sieversii sur la liste rouge des espèces menacées, indiquant que l’espèce est confrontée à un risque élevé d’extinction à l’état sauvage.

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Un investissement pour l’avenir Maksut Schamschudinow, âgé de 34 ans, s’efforce d’empêcher la disparition de cet arbre. Il est garde forestier au parc national de Zhongar-Alatau, situé à une journée de route d’Almaty, à la frontière avec la Chine. Il travaille ici depuis la création de cette zone de protection il y a une quinzaine d’années. L’insigne qu’il porte sur sa veste camouflage représente un léopard des neiges et une pomme. Il n’a jamais vu de léopard, qui est un animal farouche, mais les pommes l’accompagnent partout. Cet automne, elles forment un tapis odorant sous les arbres. Le parc national est dominé par des glaciers. Les montagnes descendent en vagues vers la steppe kazakhe, s’aplatissant un peu plus à chaque vallée. Sur leurs versants poussent des épicéas, des peupliers, des chênes et de grands groupes de Malus sieversii. Enfant, Maksut Schamschudinow voulait devenir soldat pour défendre les frontières de son pays, qui venait d’accéder à l’indépendance. «Aujourd’hui, je protège les pommiers, un trésor de mon pays, un cadeau au monde», dit-il d’une voix à la fois douce et grave. Au milieu de la solitude des montagnes, l’administration du parc a fait construire plusieurs bases: des cabanes en rondins, équipées d’une éolienne et difficilement accessibles par les chemins défoncés, même avec la «Gazelle», un pick-up 4  ×  4 de fabrication russe. Les postes sont en permanence occupés par au moins un garde forestier. Depuis, il n’y a plus eu d’incendies de forêt, et la ­déforestation illégale a disparu. La protection des forêts de pommiers par Maksut Schamschudinow et ses collègues n’a pas d’utilité économique directe pour l’État kazakh. Il s’agit plutôt d’un investissement pour préserver une nature grandiose, et peut-être préparer l’avenir, y compris le nôtre en Europe. Comment l’environnement et le climat vont-ils évoluer, et quel sera l’impact des changements sur la culture des pommes? Les propriétés des pommes sauvages constitueront-elles une solution au problème? Le Protocole de Nagoya de 2010, signé par 193 États, prévoit que le Kazakhstan, en tant que pays d’origine de la pomme, doit être associé à la mise sur le marché d’une future variété éventuellement sélectionnée à partir des gènes plus robustes du Malus sieversii. Il s’agit de prévenir la ­biopiraterie et de répartir équitablement les bénéfices issus des ­ressources génétiques.

Le plus vieux pommier du parc

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Chaque jour, Maksut Schamschudinow part en patrouille. Non loin de là se trouve une zone de pommiers suivis par les autorités. Ces arbres, dont le génome appartient à 100  % au Malus sieversii, n’ont pas eu de contact avec des variétés cultivées. Dans les semaines à venir, les gardes forestiers iront cueillir leurs fruits rouges

Page 25: Maksut ­Schamschudinow pose dans un ­bâtiment du parc ­national. Page 26: Le parc national de Zhongar Alatau a été créé en 2010 pour protéger un écosystème unique. Page 27, en haut: Le soleil se couche sur les rues ­d’Almaty. Page 27, en bas: La ville d’un million d’habitants est la ­capitale commerciale et culturelle du Kazakhstan.


et jaunes pour les envoyer au laboratoire d’Almaty. «Les graines les plus résistantes nous sont ensuite renvoyées pour être plantées, explique le garde forestier. Nous voulons préserver les stocks, mais aussi les reconstituer.» Les plants poussent d’abord à la pépinière du parc national de Zhongar-Alatau, dans le village de Lepsi situé dans la vallée. Ils n’ont guère besoin d’entretien. Des siècles d’adaptation ont ­rendu le Malus sieversii particulièrement résistant à la sécheresse et au gel. Après quatre ans, les jeunes arbres sont repiqués en ­montagne. Tous ne survivent pas, bien sûr. Mais le taux de succès indique aux scientifiques du Kazakhstan et d’Europe que le ­génome unique du Malus sieversii pourrait se maintenir ailleurs que dans les banques de gènes et les entrepôts de semences. Par exemple dans les montagnes de la rivière Noire. Làhaut, sur un sentier à 1300 mètres d’altitude, les gardes forestiers ­demandent aux visiteurs de parler fort, pour éviter de surprendre les ours qui dévorent les pommes en prévision de l’hiver. Au bout d’un vallon se dresse le plus vieux pommier du parc, qui règne depuis plus de trois cents ans sur sa clairière. Son tronc rugueux et ­renflé est si large que trois personnes auraient du mal à l’enlacer. Ses branches imposantes sont grises et cassantes, et certaines ne portent presque plus de feuilles. Un géant fatigué, mais aussi le ­symbole de l’avenir de nos pommes. Tout en haut de sa couronne, à dix ou quinze mètres de hauteur, de petites pommes jaunes continuent de briller.

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La pomme doit son nom botanique Malus («mal» en latin) à la Bible, où ce fruit provoque la chute d’Adam et Ève par ses pouvoirs de séduction. Le complément sieversii a été donné à la pomme sauvage d’Asie ­centrale en l’honneur du botaniste allemand Johann ­August Carl Sievers. En 1793, celui-ci a traversé la ­Sibérie et l’Asie centrale pour le compte de Catherine la Grande. Dans son rappor t à l’Académie de Saint-Pétersbourg, il décrit pour la première fois les pommes qu’il observe: «Lorsque j’atteignis le pied de la montagne, la déesse Flore m’accueillit avec une ­forêt pleine de pommes magnifiques (…). Les pommes que j’ai trouvées ici étaient de bonnes variétés savoureuses. Même à l’état sauvage, elles ont la taille d’un œuf de poule et une couleur rouge-jaune.» C’est toutefois le scientifique russe Nikolai Wawilow qui découvre la véritable valeur de la pomme lors de son expédition de 1929 au Kazakhstan. Il qualifie les forêts de «laboratoires particuliers qui produisent une grande diversité de formes végétales». Il formule l’hypothèse que le berceau de nos pommes cultivées se trouve dans les montagnes du Tian Shan, une théorie depuis confirmée par des analyses génomiques modernes. Le Malus sieversii se répand d’abord par l’intermédiaire des ours, dont les intestins ne digèrent

pas les pépins. Finalement, les hommes se mettent à planter les graines. Les pommes atteignent l’Occident par la Route de la soie, de l’Iran à la Méditerranée en passant par le Caucase, et se croisent ensuite avec d’autres espèces. Aujourd’hui, de nombreux scientifiques considèrent le pommier sauvage du Kazakhstan comme une opportunité pour cultiver de nouvelles variétés plus robustes. Il existe des milliers de variétés sélectionnées pour leur arôme, leur couleur ou leur apparence. Cependant, trente variétés seulement représentent 90 % des pommes cultivées dans le monde. Choisies pour leur rendement, ces variétés sont particulièrement vulnérables aux maladies telles que la tavelure, une infection fongique, ou le feu bactérien, qui décime l’arbre tout entier. En agriculture commerciale, la pomme peut subir jusqu’à cinquante applications de produits chimiques par saison. La science a déjà identifié certains gènes du Malus sieversii résistants aux maladies, comme la ­tavelure ou la rosette. Cependant, les scientifiques et les spécialistes de la sélection ne comprennent pas encore suffisamment les interactions entre certains gènes: comment la couleur et le goût sont-ils liés, qu’est-ce qui détermine la croissance ou l’arôme, quel est le rapport entre la taille et la résistance?

Tobias Asmuth, né en 1971 à Dortmund, écrit pour des magazines et des journaux en Allemagne, en Suisse et en Autriche. Ces dernières années, il s’est concentré sur les questions environnementales.

Le travail photographique de Tobias Kruse couvre différents thèmes, avec un intérêt particulier pour les questions culturelles, sociales et écologiques, toujours en suivant une approche personnelle.

Ce reportage a vu le jour grâce au soutien de Journalism Fund Europe (journalismfund.eu). Cette fondation de journalisme indépendant à but non lucratif n’exerce aucune influence sur la recherche ou la publication.


Décryptage

Les semences

3 géants

Les trois multinationales agrochimiques Bayer, Corteva et Syngenta contrôlent plus de la moitié du marché mondial des semences. En Europe, Bayer et Syngenta dominent 56 % des variétés de poivrons, 62 % des variétés de tomates et même 71 % des variétés de chou-fleur.

Dangers nombreux

1 guerre des brevets

Bien que l’Europe interdise les brevets sur les variétés végétales et la sélection conventionnelle, les demandes de brevets se sont multipliées ces dernières années, par exemple pour les semences de brocoli, de tomate, d’épinards et de salade. Ces demandes sont déposées par des géants tels que Bayer et Syngenta, qui tentent d’obtenir des droits exclusifs pour la sélection et de renforcer leur position de monopole sur le marché.

3 plantes

Photo: Alamy

À l’échelle mondiale, trois espèces végétales seulement couvrent 40 % de nos apports quotidiens en calories: le blé, le riz et le maïs. Pourtant, l’agriculture avait créé énormément de variétés au fil des millénaires, mais 75 % d’entre elles ont disparu au cours des cent dernières années.

Sources: Public Eye; no-patents-on-seeds.org; Swissaid; Recherche Agronomique Suisse.

La concentration sur le marché des semences comporte de nombreux risques. Les acteurs de ce marché ne développent qu’un nombre très limité de variétés, ce qui nuit à la biodiversité. L’accès au marché est entravé pour les nouvelles entreprises. L’agriculture se retrouve ainsi totalement dépendante des grands groupes. Et dans ces conditions d’oligopole, les prix des semences prennent l’ascenseur.

Alternatives inconnues

Tous les groupes agrochimiques misent sur le génie génétique pour rendre les semences plus résistantes au changement climatique. Pourtant, de nombreuses variétés possèdent déjà des propriétés utiles dans la lutte contre le changement climatique. Avez-vous déjà ­e ntendu parler du sorgho? Comme le maïs, c’est une graminée sucrée, mais elle est bien plus résistante au stress hydrique. En Suisse, elle n’est actuellement cultivée que sur 350 hectares.

Texte: Danielle Müller, Greenpeace Suisse


Do it yourself

Cultiver des micropousses

1 Verser 2 cm d’épaisseur de terreau de culture dans la barquette en plastique. Humidifier le terreau à l’aide d’un vaporisateur. Répartir les semences sur le terreau. Attention: faire tremper les grosses graines et semences (p. ex. de haricots ou de pois) une nuit avant usage.

2 Enfoncer délicatement les graines dans le terreau et humidifier à nouveau avec le vaporisateur. Placer ensuite le bac dans un endroit ensoleillé et humidifier régulièrement au cours des jours suivants.

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Les pousses de légumes et d’herbes contiennent une bonne dose de nutriments. Il existe une grande variété de micropousses à cultiver soi-même: m ­ outarde, radis, chou rouge, pak-choï, aneth, coriandre, petits pois, lentilles…

Matériel: Une barquette en plastique vide, p. ex. d ­ e tomates ou de champignons Des semences Du terreau de culture

Illustration: Raffinerie

Les micropousses peuvent être récoltées au bout de 10 à 14 jours. Elles devraient faire environ 15 cm de haut. Il suffit de les couper à environ 1 cm de hauteur. À consommer immédiatement. Vous pouvez les utiliser pour garnir les soupes, les salades et les bowls, ou encore en tartine.


Débat

Adieu la pomme?

La pomme provient du plus vieil arbre cultivé sur Terre. Elle apparaît dans la Bible et elle est le symbole de l’amour, de la fertilité, du pouvoir, du savoir et de l’immortalité. De plus, An apple a day keeps the doctor away. Mais que va-t-elle devenir face au changement climatique? Texte: Christian Schmidt

Niklaus Bolliger, ingénieur agronome EPFZ, agriculteur biologique, fondateur de l’association Poma Culta

Philipp Aerni, spécialiste en économie agraire, directeur du Centre pour la responsabilité d’entreprise et la durabilité à la Haute école de gestion de Fribourg

Monsieur Bolliger, la pomme survivra­-­ t-elle au changement climatique?

Monsieur Aerni, les variétés de pommes modernes souffrent du changement climatique. Au lieu de ramener la planète à une température normale, l’être humain modifie la pomme. N’est-ce pas une réaction typique?

Les défis sont énormes. Les pommiers ont besoin d’un repos hivernal. C’est indispensable pour une bonne récolte l’été suivant. De plus, si les hivers se raccourcissent et entraînent une floraison précoce, le retour du gel peut tuer les fleurs. Nos variétés actuelles ne sont pas adap-

Les défis sont énormes. Niklaus Bolliger

L’histoire de l’agriculture montre que l’être humain a toujours dû adapter les plantes cultivées aux conditions extérieures. Pen-

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dant le petit âge glaciaire à la fin du Moyen Âge, il y a eu des pertes de récolte et les agriculteurs ont dû tester de nouvelles ­espèces, comme la pomme de terre, une plante qui venait du Pérou et qu’ils ne connaissaient pas encore.

tées à un climat plus chaud. La sélection variétale a pour mission de développer de nouvelles variétés plus adaptées, qui fleuriraient plus tard, etc. C’est toutefois une tâche complexe. Des essais en laboratoire montrent que l’utilisation de ciseaux génétiques permet de lutter efficacement contre le feu bactérien sur les pommes. Qu’en pensez-­vous?

Avoir des variétés moins vulnérables à cette maladie serait un progrès. Cependant, certaines pommes sauvages et ­variétés cultivées présentent déjà une ­tolérance élevée au feu bactérien, sans ­intervention des ciseaux génétiques.

Les nouvelles techniques de sélection peuvent ­apporter une contribution. Philipp Aerni

Vous cultivez des pommes saines sans ­ciseaux génétiques. Comment expliquez-­ vous votre succès?

Contrairement au génie génétique, le croisement et la sélection n’influencent pas des gènes individuels, mais toujours des domaines génétiques entiers. Les résistances qui en résultent sont donc stables et durables. Si un seul gène est activé ou désactivé, la résistance peut s’effondrer après quelques années. La méthode classique est un peu plus longue, mais je pense que cela se justifie.

En Suisse, il existe un moratoire sur la culture commerciale de plantes génétiquement modifiées. Est-ce une bonne ou une mauvaise chose?

L’objectif du moratoire est de reporter ­l’autorisation des OGM jusqu’à ce qu’une évaluation suffisante de la sécurité alimentaire, de la coexistence et des effets sur la biodiversité soit possible. La recherche n’est pas soumise au moratoire.

Illustrations: Jörn Kaspuhl, kaspuhl.com Auteur: Christian Schmidt, journaliste, rédacteur pour des associations et auteur de livres. Freelance par conviction. A remporté divers prix, dont le Prix des journalistes de Zurich.

Les nouvelles techniques de sélection telles que les ciseaux génétiques peuvent apporter une contribution là où la sélection conventionnelle atteint ses limites. Les ciseaux génétiques sont une méthode rapide, peu coûteuse et précise pour conférer une résistance aux plantes cultivées préférées localement. Le feu bactérien, une maladie grave liée au changement climatique, sévit dans les vergers. Dans les essais, les ciseaux génétiques réduisent la vulnérabilité au feu bactérien, mais seulement de moitié. Pourquoi cette technique ne fonctionnet-elle pas parfaitement?

Faut-il oublier les ciseaux génétiques pour autant?

Pour les propriétés qui dépendent d’un seul gène, les ciseaux génétiques peuvent peut-être apporter des solutions. Je doute cependant que ce soit la réponse aux ­défis du changement climatique.

Il existe deux façons de préparer la pomme pour l’avenir, soit de manière traditionnelle, par sélection et croisement, soit par génie génétique. Laquelle préférez-vous?

La recherche n’est pas ­soumise au moratoire. Niklaus Bolliger

La bactérie qui provoque la maladie représente un défi de taille. Elle s’adapte très vite et peut se modifier génétiquement. Plusieurs gènes sont impliqués dans la ­résistance au feu bactérien, dont l’inter­ action doit encore être élucidée. Si les gènes cibles peuvent être choisis plus précisément, la résistance pourra être améliorée. Cependant, cette option est exclue en raison du moratoire sur le génie génétique en vigueur en Suisse. Les antibiotiques restent actuellement le moyen le plus efficace de lutter contre la maladie. Quelle sera la prochaine étape? À quoi ressemblera la pomme du futur?

Permettez-moi de vous parler d’un autre fruit: un champignon agressif menace ­actuellement la culture de la variété de ­bananes que nous préférons. Grâce aux ciseaux génétiques, cette variété a pu être rendue résistante et est autorisée pour la culture commerciale en Australie depuis 2024. Cela permet de réduire massivement l’usage de fongicides et de diminuer les risques environnementaux.


Photo: © Thomas Einberger / Greenpeace

Parrainage

UN SOUFFLE DANS LES FEUILLAGES Le vent danse entre les branches, une douce lumière filtre à travers la canopée. Ici, la f­ orêt respire, abrite, protège. Mais chaque année, des hectares disparaissent – défrichés, brûlés, détruits. Avec eux s’effacent des ­écosystèmes ­précieux, le souffle du c ­ limat, l’harmonie du vivant. Protéger les ­forêts, c’est préserver bien plus que des arbres. C’est défendre la biodiversité, le climat et l’avenir des générations futures. Engagez-­ vous pour la nature. Soutenez la vie avec un parrainage pour la protection des f­orêts: greenpeace.ch/vie

Pour conclure un parrainage

greenpeace.ch/vie

En faisant un legs à Greenpeace, vous pérennisez vos valeurs. Commandez notre guide testamentaire gratuit. Pour toute question, n’hésitez pas à vous adresser à Anouk van Asperen, responsable des legs, qui vous conseillera de manière confidentielle et sans engagement de votre part: anouk.vanasperen@greenpeace.org ou tél. 022 907 72 75, greenpeace.ch/legs.


Énigme

Énigme autour du magazine Greenpeace

que la loutre ferme en plongeant? 1 Qu’est-ce C: ses narines et ses oreilles H: P:

Kentucky Fried Chicken Burger King McDonald’s

R: l’initiative pour des aliments sans OGM G: l’initiative pour des produits sans huile de palme F: l’initiative pour des légumes sans pesticides s’appelle l’ancêtre de toutes les 4 Comment pommes cultivées? Malus doumeri Malus sieversii Malus florentina

The Giant Plastic Survey The Big Plastic Count The Huge Plastic Calculation

céréale est une alternative au maïs? 6 Quelle T: le sorgho U: L:

est l’initiative dont la feuille de signature 3 Quelle est insérée au milieu du magazine?

R: O: S:

Quel est le nom du projet mené par M: T: U:

ses oreilles et ses yeux ses yeux et sa bouche

chaîne de fast-food Greenpeace 2 Quelle Australie a-t-elle fait plier? T: C: A:

5 ­Greenpeace Suisse sur le plastique?

le digitari-couscous la sétaria

que l’on peut cultiver soi-même 7 Qu’est-ce à la maison? J: T: E:

les microfeuilles les petits légumes les micropousses

est le sujet du livre Parce que c’est 8 Quel juste? S: des propositions pour une Constitution fédérale porteuse d’avenir P: des idées pour une initiative consacrée à la survie V: des propositions pour un Parlement axé sur la durabilité

Solution: Nous tirons au sort dix exemplaires du poster «Ich ess Blumen» (Je mange des fleurs). Réalisé par l’illustrateur Javier Jaén, ­ il a ­ été reproduit en couverture de l’ancien magazine Greenpeace ­d’Allemagne en août 2018. Envoyez la solution avec votre adresse d’ici au 12 juin 2025 à ­redaction@greenpeace.ch ou par la poste à: Greenpeace Suisse, rédaction magazine, énigme écologique, case postale, 8036 Zurich. ­ La voie judiciaire est exclue. Aucun échange de courrier n’aura lieu concernant le tirage au sort.

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La solution de l’énigme du magazine 04/24 était: RASCASSE


Le mot de la fin

La diversité est notre avenir

Vous est-il déjà arrivé de découvrir un légume dont vous n’aviez jamais entendu parler lorsque vous déballez votre panier de fruits et légumes à abonnement? Pour moi, c’est à chaque fois une bonne surprise. Je me mets alors à rechercher l’origine de ces anciennes variétés et comment les cuisiner. Toutes les anciennes variétés ont été sélectionnées et cultivées au fil des générations dans le respect de la tradition paysanne. Évoluant également par des croisements involontaires, elles présentent un pool génétique très divers. Les variétés modernes issues de l’agriculture industrielle sont, au contraire, cultivées pour leur croissance rapide, leur rendement élevé et leur aspect impeccable au supermarché. Au cours des dernières décennies, nous avons perdu une grande variété de légumes, de saveurs et un vrai patrimoine culturel. Ces anciennes variétés étaient d’ailleurs parfaitement adaptées aux conditions régionales en termes de sol et de climat. Comme elles se sont développées sans engrais artificiels ni génie génétique, elles résistent naturellement à un grand nombre de maladies et de ­parasites. Selon la variété, elles peuvent même supporter des conditions météorologiques extrêmes. Comme vous le voyez, je suis fan des anciennes ­variétés. J’apprécie leur goût plus intense et leur teneur plus ­élevée en minéraux et en nutriments. À l’heure du changement climatique, elles constituent une ressource pré­ cieuse pour une agriculture durable et pour notre sécurité alimentaire. Rejoignez, vous aussi, le mouvement pour sauver les variétés anciennes! Mettez-vous à la culture et découvrez la Rose de Berne, le maïs fraise ou la Tonda di Chioggia.

Photo: © Anne Morgenstern

Meilleures salutations,

Iris Menn Directrice de ­ Greenpeace Suisse


Source: Factsheet Fischotter, WWF, 2015; prolutra.ch/fr/la-loutre-deurope Illustration: Janine Wiget est graphiste et dessinatrice en bâtiment de formation. La Zurichoise travaille en tant qu’illustratrice indépendante dans les domaines les plus divers.

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Menaces Autrefois, la loutre était chassée pour sa précieuse fourrure, mais aussi parce qu’elle mangeait les poissons convoités par les pêcheurs. Aujourd’hui, elle est principalement menacée par la perte de son habitat et les atteintes à l’environnement, notamment la pollution des eaux et la contamination des proies par les produits chimiques utilisés en agriculture. Les interventions humaines dans la nature constituent également une menace. L’assèchement des zones humides, la suppression de la végétation riveraine, la rectification des cours d’eau, la construction de barrages et de routes font reculer l’habitat de la loutre. C’est pourquoi elle est classée «en danger critique» en Suisse.

CH07 0900 0000 8000 6222 8 Greenpeace Suisse Badenerstrasse 171 8036 Zurich

Distribution L’aire de distribution de la loutre est relativement vaste, bien qu’elle soit très exigeante en matière d’habitat. Ce prédateur a besoin d’eaux propres, qui ne soient pas dégradées par des constructions, avec suffisamment de nourriture et de cachettes dans la végétation riveraine. Les sites appropriés se trouvent généralement dans les lacs de haute montagne et de plaine, les rivières, les zones marécageuses ainsi que les fjords et les côtes maritimes. La loutre d’Europe est l’espèce de loutre la plus répandue. Elle est présente sur trois continents: l’Europe, l’Asie et l’Afrique. Depuis 2009, on la rencontre à nouveau en Suisse, où elle avait disparu depuis près de trente ans. Des mesures de protection strictes ont permis à la loutre de reconquérir certains habitats qu’elle avait perdus.

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Caractéristiques La loutre d’Europe possède un corps allongé qui peut atteindre une longueur de 130 cm. Son crâne présente une forme aplatie, ses oreilles, ses yeux et ses narines se trouvent donc sur un même plan. Il lui suffit de sortir légèrement la tête de l’eau pour ­o bserver son environnement. Elle est capable de fermer non seulement ses narines, mais aussi ses oreilles en plongeant. Elle a des pattes palmées qui lui permettent de se déplacer rapidement dans l’eau. Lorsqu’elle traque ses proies, elle se sert de ses poils tactiles situés au niveau des narines et de la bouche, mais aussi des coudes. La loutre a un pelage court et très dense, avec environ 50 000 poils par centimètre carré. Sous l’eau, des milliers de petites poches d’air se forment entre les poils, protégeant le mammifère du froid et de l’humidité.

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9 janvier 2025 – «Neue Zürcher Zeitung»

«SELON UNE ÉTUDE ­COMMANDÉE PAR GREENPEACE EN 2023, LA SUISSE DÉPASSE LES ­LIMITES ­PLANÉTAIRES DANS ­DIVERS ­DOMAINES» 22 janvier 2025 – «Blick»

«DEUX MILITANTS GREENPEACE SE SONT ­INTRODUITS AU CENTRE DE CONGRÈS DE DAVOS PEU AVANT LE DISCOURS D’OUVERTURE» 6 février 2025 – «Neue Zürcher Zeitung»

«GREENPEACE SOUTIENT LES RIVERAINS DANS UN RECOURS CONTRE LA CENTRALE NUCLÉAIRE DE LEIBSTADT»


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