À L’INTÉRIEUR
Shelley Uvanile-Hesch
veut combler l’écart entre les sexes dans le camionnage
PIONNIERS du
CHANGEMENT
DES CANADIENS QUI DÉFIENT LE STATU QUO EN CAMIONNAGE
MAÎTRE DES DONNÉES
Jacques DeLarochellière LE FONDATEUR D’ISAAC MET LA SCIENCE AU SERVICE D’UNE MEILLEURE EXPÉRIENCE DE CONDUITE
TÉLÉMATIQUE TRAINING
PHOTO COURTOISIE D’ISAAC INSTRUMENTS
Et ‘Imême si cette croissance and s’estwe train them [technicians] faite de façon toute naturelle, tell them how to do things right l’ancien pilote course remonte and the nextde time I’m in that shop viteI’m à la surface them lorsqu’il watching andest they’re question de l’objectif devenir doing things wrongde again, ’” le plus important fournisseur de services télématiques au Canada. « Vous n’avez aucune idée à quel point je déteste la deuxième place. »
« Les opinions c’est intéressant, qu’elles soientconsultations” “The best regulations have comepourvu from fully engaged appuyées par des données. » Rolf VanderZwaag Jacques DeLarochellière
Le
Maître des données Le fondateur d’ISAAC met la science au service d’une meilleure expérience de conduite PAR ERIC BÉRARD
« Afin de mieux vous servir, veuillez entrer votre numéro de compte à l’aide de votre clavier téléphonique. » Nous avons tous déjà répondu à ce genre de message préenregistré. Et lorsqu’on arrive à parler à quelqu’un du service à la clientèle, la première chose que cette personne nous demande c’est… ce même numéro de compte. Les chauffeurs de camions peuvent certainement s’identifier à ce genre de frustration. Après avoir attelé une remorque à un terminal, on peut très bien leur demander le même numéro d’identification de cette remorque, encore et encore. De la même manière, des informations jugées manquantes dans un livre de bord peuvent mener à des constats d’infraction et à des amendes. « Le système connaît déjà cette information, le chauffeur n’a pas besoin d’intervenir », dit-il, insiste Jacques DeLarochellière, président fondateur d’ISAAC Instruments, dont le siège social se trouve à St-Bruno, sur la Rive-Sud de de Montréal. Pourtant, les chauffeurs se retrouvent se souvent dans de telles situations. « Le chauffeur, il conduit un peu et il est beaucoup un gestionnaire », dit-il au sujet de tâches administratives telles que les rapports sur les heures de service, sur les inspections avant départ ou encore la paperasse liée aux douanes ou aux taxes sur le carburant. Le fait de recueillir les données et de mieux les utiliser pour gérer une flotte peut faire toute la différence. « Les opinions c’est intéressant, pourvu qu’elles soient appuyées par des données », est une expression que M. DeLarochellière aime bien utiliser. Il préfère aussi parler de télémétrie plutôt que de télématique. Pour lui, la télématique représente toute forme de communication entre l’humain et le camion, alors que la télémétrie serait plutôt « de la télématique à haute intensité. » Avant qu’ISAAC Instruments choisisse de concentrer ses efforts sur l’industrie du camionnage, la firme agissait à titre de consultant auprès de constructeurs automobiles, testant de l’équipement sur des pistes d’essai et recueillant jusqu’à 1000 échantillons de données à la seconde en fonction de centaines de paramètres différents. « Dans le transport, on est vus comme des extra-terrestres avec 100 échantillons à la seconde sur une quarantaine de paramètres », dit-il. La norme habituelle de la télématique en camionnage serait plutôt de quatre ou cinq paramètres aux 10 secondes. Ce désir d’établir toujours plus de connexions s’est poursuivi au fil du temps. C’est ainsi qu’ISAAC Instruments a mis en place une zone wi-fi autour des camions dotés de sa technologie, rehaussant les capacités de communication de la machine et du chauffeur,
dans un environnement qualifié « d’Internet des camions ». M. DeLarochellière vit cette passion de la performance alimentée par les données depuis la fin de son adolescence, alors qu’il était pilote de kart sur des circuits de course. Son esprit d’entreprenariat lui est également venu assez tôt dans la vie, alors qu’il achetait des voitures à l’encan pour les réparer et les revendre à profit. Lorsqu’il avait 15 ans, il travaillait dans un garage de Montréal où la fin de la journée représentait l’un de ses moments préférés, puisque c’est à lui qu’on demandait de conduire les voitures pour la ramener à l’intérieur du bâtiment. Parallèlement, il poursuivait des études qui devaient le mener à l’obtention d’un baccalauréat en génie mécanique. Et même s’il nourrit un amour sans borne aux voitures depuis sa tendre enfance, M. DeLarochellière refuse catégoriquement l’idée qu’un camion-remorque puisse être considéré comme moins sexy qu’un bolide de course. « Les deux sont de belles bêtes qu’il faut savoir dompter », dit-il. Le pionnier est fier du chemin parcouru par son entreprise. Il affirme qu’ISAAC contrôle plus de la moitié des parts du marché de la télématique en camionnage au Québec. Avec l’appui de ses comparses David Brillon et JeanSébastien Bouchard, ils ont su faire croître l’entreprise de façon organique, chaque étape de cette ascension étant autofinancée. Et même si cette croissance s’est faite de façon toute naturelle, l’ancien pilote de course remonte vite à la surface lorsqu’il est question de l’objectif de devenir le plus important fournisseur de services télématiques au Canada. « Vous n’avez aucune idée à quel point je déteste la deuxième place », dit-il en riant. Cet aspect devient particulièrement important pour ISAAC alors que le Canada se prépare à rendre obligatoires les dispositifs de consignation électroniques (DCE) pour les transporteurs sous réglementation fédérale dès juin 2021. L’entreprise fait partie de celles qui ont su tirer des leçons de l’expérience américaine, où les transporteurs ont eu à composer avec une obligation similaire – quoique différente à plusieurs égards – à celle à venir au Canada. « L’auto-certification des fournisseurs a été un fiasco », dit M. DeLarochellière au sujet de la démarche de nos voisins du sud, alors qu’au Canada ces dispositifs devront être certifiés par une tierce partie indépendante. Il doute même que la moitié des unités déployées aux États-Unis soient techniquement conformes aux exigences de la U.S. Federal Motor Carrier Safety Administration (FMCSA). La question prend toute son importance lorsqu’on sait que ce sont les transporteurs qui ont à porter le fardeau d’une éventuelle non-conformité de leurs DCE. Il rappelle qu’en bout de ligne, c’est l’utilisateur du camion qui est responsable de sa conformité en cas de contravention ou s’il est impliqué dans un accident de la route, pas le fabricant d’un dispositif embarqué. « C’est la leçon à tirer de cette expérience-là », dit-il. D’autres technologies liées au camionnage piquent l’intérêt de M. DeLarochellière, qui suit de près les expériences sur le suivi en peloton, les camions autonomes ou encore les systèmes de gestion de places de stationnement disponibles pour les poids lourds. Il préfère toutefois se concentrer sur la télémétrie pour le moment. Il y a encore tant de données à maîtriser.
FEMMES EN CAMIONNAGE
‘I train them [technicians] and we tell them how to do things right and the next time I’m in that shop I’m watching them and they’re doing things wrong again,’”
PHOTO PAR JOHN G. SMITH
« Ma façon de penser sort souvent des sentiers battus », indique-t-elle. « Je m’intéresse à des métiers occupés par des femmes qui n’ont pas nécessairement de lien avec le camionnage parce que je crois que les femmes peuvent s’entraider les unes les autres, nous rendre plus fortes en tant que groupe. »
« Je fonctionne vraiment 24/7, tout comme l’industrie du camionnage. » Shelley Uvanile-Hesch
Celle qui va Shelley Uvanile-Hesch veut combler l’écart entre les sexes dans le camionnage PAR EMILY ATKINS
Shelley Uvanile-Hesch est une femme en mission. Depuis la cabine de son Western Star 5700XE, elle travaille sans relâche à promouvoir la place des femmes dans l’industrie du camionnage. Mme Uvanile-Hesch est PDG de la Women’s Trucking Federation of Canada (WTFC), une organisation qu’elle a fondée il y a trois ans afin de donner une voix aux femmes de l’industrie, tout en élargissant leurs horizons de carrière par l’éducation, la formation et le mentorat. La fédération compte plus de 300 membres, dont des chauffeures et des travailleuses de bureau, ainsi que des membres des forces policières et de ministères des Transports. Près du quart des membres sont en fait des hommes, souligne fièrement Mme Uvanile-Hesch. « Il y a beaucoup d’harmonie au sein du groupe. Tout le monde aide tout le monde, sans égard à la compagnie pour qui ils ou elles travaillent », dit-elle. « Quelques-uns des gars – ils sont si formidables, feraient n’importe quoi pour aider les dames. » Il reste toujours un écart à combler entre la représentation des hommes et des femmes dans l’industrie du camionnage. Mme Uvanile-Hesch se concentre sur des enjeux majeurs, comme l’équité en matière de rémunération et d’opportunités de promotions, aussi bien que sur des aspects plus praticopratiques du quotidien tels que la sécurité personnelle et l’accès à des salles de bains. Elle ne peut supporter les inégalités. Les femmes sont plus patientes et donc plus sécuritaires derrière le volant, ditelle. La présence de femmes en plus grand nombre est non seulement positive pour ces dernières, mais représente aussi une opportunité de contribuer à contrer de manière significative la pénurie de chauffeurs. Le défi est de parvenir à changer les vieilles mentalités et de faire réaliser aux dirigeants d’entreprises que d’avoir des femmes à des postes de commande, d’employer des femmes est une solution, pas un problème. « Je suis chauffeure de camions, alors je suis déroutée par la logique de certains cadres supérieurs », dit-elle. « Ils semblent constamment vouloir donner une valeur à tout ce qui les entoure. Tout doit porter une étiquette de prix. Mais les gens sont des êtres humains. Aucune personne n’a plus de valeur qu’une autre. Tout le monde contribue à sa manière. Nous avons slogan qui dit : “Dans les bureaux, sous le capot ou derrière le volant, nous sommes tous et toutes les pièces d’un même puzzle”. » Résoudre de tels enjeux représente une tâche titanesque, à laquelle Mme Uvanile-Hesch s’attelle chaque jour. Avec plus de 12 000 abonnés Facebook, sa routine – après avoir conduit le camion pendant le quart de nuit puisqu’elle travaille en équipe avec son mari – consiste à passer quelques heures à mettre en ligne des messages inspirants et quelques nouvelles avant d’aller dormir. En après-midi, elle est de retour au poste, vérifiant ses courriels et faisant le suivi des conversations animées, et polies, engendrées par ses interventions sur les réseaux sociaux. « Je fonctionne vraiment 24/7, tout comme l’industrie du camionnage », dit-elle. « C’est mon bébé. »
En plus d’alimenter les réseaux sociaux, Mme Uvanile-Hesch travaille à faire passer son message au-delà des frontières de l’industrie du camionnage. « Ma façon de penser sort souvent des sentiers battus », indique-t-elle. « Je m’intéresse à des métiers occupés par des femmes qui n’ont pas nécessairement de lien avec le camionnage parce que je crois que les femmes peuvent s’entraider les unes les autres, nous rendre plus fortes en tant que groupe. » Les efforts qu’elle déploie lui valent de nombreux appuis. En plus de la croissance du nombre d’abonnés sur les médias sociaux et de l’augmentation du nombre de membres à la fédération, elle reçoit le soutien de corporations telles que Western Star, qui a commandité l’installation d’une pellicule aux couleurs de la WTFC sur son camion de la firme Sharp Transportations Systems. D’autre part, le groupe ontarien The Thompsons a récemment enregistré un vidéoclip musical dont le titre est « Behind the Wheel » (Derrière le volant). Cette pièce a été écrite tout spécialement pour la WTFC et lui est d’ailleurs dédiée. Plusieurs membres de la WTFC ont été impliqués dans l’enregistrement du clip. Mme Uvanile-Hesch se rappelle le weekend passé à travailler sur ce projet en juin dernier. L’expérience s’est révélée aussi agréable qu’intense, dit-elle. « Nos femmes s’encouragent beaucoup entre elles. Elles veulent partager. Elles veulent aider les femmes à s’épanouir. » Les expressions qui revenaient le plus souvent pour décrire l’expérience une fois qu’elle eut été terminée étaient « excitante, puissante et solidarité féminine », dit-elle, reflétant ainsi les objectifs de camaraderie et de communauté de la WTFC. Ce que ces femmes ne veulent pas, toutefois, c’est être traitées différemment. Mme Uvanile-Hesch estime qu’il est important qu’elles soient traitées comme tout autre chauffeur, même si elles doivent parfois faire les choses autrement. Une femme pourrait charger une remorque plateforme d’une autre manière qu’un homme le ferait parce qu’elle est plus petite et a peut-être moins de force dans le haut du corps mais, en bout de ligne, est-ce que ça compte vraiment? « Nous faisons notre travail aussi bien, sinon mieux que nos collègues masculins », ditelle. « Alors acceptez la réalité de qui nous sommes. » Au final, les hommes et les femmes veulent les mêmes choses – du stationnement sécuritaire, des commodités, être en santé sur la route, passer suffisamment de temps à la maison et obtenir une rémunération égale à travail égal. Lorsque des femmes demandent des salles de bains, des douches privées ou de petits accommodements dans leurs camions, elles ne demandent pas d’être « traitées comme des princesses ou placées sur un piédestal », dit Mme Uvanile-Hesch. Elles veulent simplement faire leur travail. Elle est persuadée qu’il y a des progrès qui se font, mais il demeure sans aucun doute place à amélioration. Elle aimerait voir les entreprises de camionnage ramener l’esprit de camaraderie, la participation à des événements sociaux ou caritatifs, appuyer des rodéos et faire en sorte que cela soit inclusif pour tous ceux et celles qui conduisent des camions. « L’industrie du camionnage doit revenir à ses racines », dit-elle.
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