| Décembre 2016 / Janvier / février 2017 N° 29
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Le journal du Cercle du Grand Théâtre et du Grand Théâtre de Genève
DER VAMPYR
Théâtre musical du macabre IL GIASONE
Mise en scène baroque des péchés capitaux EIN DEUTSCHES REQUIEM
Pour une messe des vivants
BELLE COMME UN CRÉPUSCULE
La Bohème CHANT D'AMOUR ET PUCCINI POUR LES FÊTES DE FIN D'ANNÉE
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Le thème de la saison 16-17
Le vent qui transporte...
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Der Vampyr
Nuits d’horreur aux Nations Chères amies, chers amis mélomanes, De février à juin 2016, une demi-saison à l’Opéra des Nations s’est écoulée. Cette période a permis à l’entier des équipes du Grand Théâtre de trouver ses marques et d’apprécier la magie de notre nouveau théâtre, et à un public multiple de s’adapter au chemin lui permettant de nous rejoindre et de suivre nos productions. Dès ce mois de septembre c’est la totalité d’une première saison que nous avons débuté avenue de France, et dorénavant une vie artistique quotidienne intense et passionnante résonne près
7 La Bohème
L’émotion vraie
des Nations unies. C’est pourquoi nous vous recevons le dimanche 20 novembre à l’occasion d’une journée Portes Ouvertes qui accueille gratuitement grands et petits (voir page 20) pour vous faire partager l’aventure de ce quo-
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tidien, et rappeler aux amateurs d’arts lyriques et chorégraphiques que notre opéra de la place des
Cavalli ou le théâtre des passions
le théâtre de nombreuses animations vocales, chorégraphiques, de démonstrations techniques et de
Nations s’affirme comme un lieu incontournable de la vie culturelle de la Cité. Ce jour-là, la salle, la
Il Giasone
scène, les coulisses, les équipements techniques et les espaces publics sont accessibles et deviennent défilés de costumes. Par ailleurs les jeunes visiteurs peuvent également participer à des ateliers de maquillage, de danse et de théâtre. Cette journée vous permet de parcourir la description et les enjeux de notre programmation ; programmation qui offre à toutes et à tous la possibilité d’apprécier des œuvres majeures du répertoire, ou d’autres moins connues, datant du milieu du XVIIème jusqu’au XXème siècle, dans une lecture de notre temps.
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Ein deutsches Requiem
Pour une messe des vivants
Pour parler de ces prochaines productions, gages de diversité et d’émotions artistiques, nous avons une fois encore le plaisir et la chance d’être accompagnés dans ce nouveau numéro d’ACT-O de contributeurs extérieurs de renom qui nous offrent leurs commentaires avisés sur les œuvres et les thématiques à venir. La production de Der Vampyr, dont la première a été donnée le 19 novembre et sur laquelle nous revenons ici ; La Bohème, drame vériste incontournable que vous apprécierez lors de la période des fêtes de fin d’année ; Il Giasone, les accents et les sonorités portés par les instruments d’époque de la Cappella Mediterranea qui nous permettront de découvrir une version fidèle et maîtrisée ; l’approche des jeunes publics et la nécessaire démarche de médiation qui en résulte seront également évoquées par notre équipe pédagogique qui vous décrira son travail effectué à l’occasion de La Bohème et des Scènes de la vie
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de bohème et notre prochain spectacle chorégraphique invité, créé par le Ballett am Rhein de Düsseldorf Duisburg autour du célèbre Ein deutsches Requiem de Johannes Brahms.
Voilà, chères amies et chers amis mélomanes, le « quotidien » de votre Grand Théâtre de Genève sis à l’Opéra des Nations. Quotidien empreint de la passion et de l’engagement de toutes celles et de tous ceux qui y œuvrent et sont fiers de partager avec vous, et par-delà nos frontières, les productions auxquelles nous croyons.
Tobias Richter Directeur général
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30 ans du Cercle
Musiques, danse et masques...
CP 5126 - CH-1211 Genève 11 T +41 22 322 50 00 F +41 22 322 50 01
grandtheatre@geneveopera.ch www.geneveopera.ch Directeur de la publication Responsable éditorial Responsable graphique & artistique Ont collaboré à ce numéro Impression
Tobias Richter Mathieu Poncet Aimery Chaigne Elsa Barthas, Patrick Ferla, Aurélie Élisa Gfeller, Isabelle Jornod, Christopher Park, Jean-Pierre Pastori, Mathieu Poncet, Charles Sigel FOT Suisse SA
Parution 4 éditions par année ; achevé d’imprimer en novembre 2016. 5 000 exemplaires. Il a été tiré 45 000 exemplaires de ce numéro encartés dans le quotidien Le Temps.
La couverture Photo librement réalisée autour du thème de La Bohème
Photo Nicolas Schopfer Directeur Artistique Aimery Chaigne
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Prochainement dans le n°30
Wozzeck 02 > 14/03/2017 Joyce DiDonato 17/03/2017 Une autre Passion 28/03 > 06/04/2017 Manon Lescaut 30/03/2017 Orleanskaya Deva 06 > 12/04/2017
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(Hors tarif jeune et hors spectacles invités) Pour bénéficier de cette offre, envoyer un courriel à privileges@letemps.ch ACT- O | 29
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Le vent qui transporte. . les histoires du monde L
Notre thématique de saison : « En 16-17, Laissez-vous transporter à l’Opéra des Nations » offre au journaliste Patrick Ferla l’opportunité d’évoquer le transport amoureux de la Toscane à la Bohème...
© ZOOM TEAM / SHUTTERSTOCK
e vent s’est levé sur les côtes toscanes. Je l’écoute prendre son temps, retenir son souffle, en déployant ses ailes sur la colline. Au printemps, le vent toscan est acide et tranchant. Dans son sillage, il fait s’envoler les rondine (hirondelles) annonciatrices des premiers matins doux ; l’été, sensuel et chorégraphique, il a le goût du sable fin. En automne-hiver, le voici poivre et sel qui transporte des plages une odeur d’algues et de fleurs coupées. Sur la place du village, haut lieu des fêtes de la châtaigne et du sanglier, j’écoute le vent et ce qu’il a à nous dire des hommes et des civilisations. Car, le savez-vous, le vent parle. Et si, par moments, il marque des pauses dans son élan, c’est pour vous dire « je vous salue, chers amis, gens de cœur ». Le vent, messager des temps anciens et de ceux qui arrivent. Le vent, les mots, l’écriture. La musique et la mer. Voilà ce qui nous transporte. « Je ne revois jamais la mer sans un mouvement de joie et presque de tendresse » écrit Chateaubriand dans son Voyage en Italie. La mer, voyez comme elle danse dans le vent chatoyant qui emmène avec lui, de Sienne à Grosseto, une lumière pastel et savante. Le vent qui se fait scirocco en été, libeccio tout le temps, tramontana ou grecale en hiver et levante lorsqu’il court d’est en ouest. À chaque équinoxe ou presque, il change d’habit et de direction. Comment s’y retrouver, quel mode d’emploi pour tenter de comprendre les mystères du monde ? Jean d’Ormesson a la réponse, lui qui vient d’inventer un guide d’un genre singulier : le Guide des égarés. Beaucoup en rêvaient, Jeando l’a fait. Pour s’étonner – une nouvelle fois – d’être là : « Je suis là. J’existe. Vous êtes là. Vous existez. Nous sommes là. Nous existons. Ne chipotons pas. C’est un étonnement. C’est une stupeur. Mais c’est comme ça ». Oui, c’est comme ça, étonnement et stupeur d’être là. Jean d’Ormesson a raison : dans un court chapitre consacré à la vérité, je lis : « Il n’y a de beauté que parce qu’il y a des hommes pour la percevoir. Il n’y a de vérité – et de mensonge – que parce qu’il y a une pensée et un langage pour la découvrir – ou la dissimuler. Inséparable de l’expression sous forme de voix ou d’écriture, elle est aussi liée au mal qu’elle affronte et dissipe. Assoiffée de reconnaissance, elle est fragile et toujours prête à la bataille ». Il n’y a de beauté… que parce qu’il y a des musiciens et des compositeurs pour la percevoir ! Que seraient en effet l’Italie et la Toscane sans eux ? Sans la liberté, l’esprit de provocation, la fantaisie et la ruse qui inspirèrent à Giacomo Puccini La Bohème, cette « Splendeur et misère de la vie d’artiste » qu’il connut, au temps de ses jeunes années, venant de Lucques à Milan, y suivre l’enseignement du conservatoire. Milan où vient de s’éteindre Dario Fo, prix Nobel
de littérature (1997), fils d’Arlequin qui, avec son épouse, Franca Rame, ne cessa d’arpenter ce territoire poétique et politique qu’est l’imprévu. Dario Fo et son opéra bouffe Misterio Buffo, adapté d’une farce médiévale, qui fit scandale à Paris sur le plateau du Théâtre national de Chaillot que dirigeait alors Jack Lang. Pour qui, Dario Fo, descendant de la Commedia dell’arte incarnait (…) « une Italie en mouvement, en insurrection ». C’était en 1974… et en 1860, toujours à Milan, où Puccini fréquente un mouvement artistique et littéraire contestataire qui gagnera peu à peu toute la péninsule : La Scapigliatura – traduction libre du mot français « bohème » désignant la vie dissolue et anticonformiste des artistes parisiens tels que les décrit Henri Murger dans son roman, Scènes de la vie de Bohème. Un roman dont s’inspira Puccini pour composer son opéra, La Bohème, bientôt représentée sur la scène du Grand Théâtre . Mais encore l’été prochain, en plein air cette fois-ci, à Torre del Lago, petit village près de Viareggio, sis entre le lac de Massaciuccoli et la mer Tyrrhénienne. C’est dans ce village, théâtre chaque année d’un Festival Puccini 1, que le compositeur travaille à son œuvre dans une maison battue par les vents et la neige. Le vent, le froid. « Che gelida manina… Si, mi chiamano Mimì 2 » , deux airs sublimes scellent la rencontre de Mimì, la petite dentelière à la recherche d’une chandelle et d’un grand amour avec le poète Rodolfo. Un coup de foudre débordant de passion lyrique. Mais les transports amoureux, fussent-ils magiques, ne durent qu’un temps dans ce mélodrame plein d’invention et de volupté. « Point gai la bohème » avertit Puccini qui met en scène un peintre, un poète, un philosophe et un musicien. Sans oublier la piquante Musetta. Beaucoup d’éclat et de larmes pour un théâtre d’effusion qui jette un regard cru sur la condition d’artistes en quête de gloire. À chaque âge, ses… intermittents du spectacle ! En Toscane, donc, tout commence et tout finit avec Puccini ! En visitant la petite chapelle où il repose, on se souviendra que la femme est au centre de son œuvre. Et qu’il sut l’aimer en musique mieux qu’il ne le fit dans la vie. Le vent qui transporte les histoires du monde flâne maintenant dans les campagnes aux formes arrondies. En attendant l’été qui reviendra bientôt à Torre del Lago, il murmure au chanteur : « Soigne ta voix ». ■
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Festival Puccini, Torre del Lago, du 14 juillet au 19 août 2017. À l’affiche, Turandot, La Rondine, La Bohème, Tosca et Madame Butterfly. www.puccinifestival.it
2 « Quelle petite main gelée, oui, on m’appelle Mimì »,
© DR
par Patrick F erla *
* Journaliste à la Radio suisse romande (RTS), Patrick Ferla a créé et animé les émissions culturelles Le Petit Déjeuner et Presque rien sur presque tout. Auteur de plusieurs ouvrages, Dimitri, clown (1979), Conversations avec Marcel Maréchal (1983), Charles-Henri Favrod, la mémoire du regard (1997) et Jacques Hainard, l’ethnographie en cent images (2011), il travaille à un livre d’entretiens avec le chorégraphe et directeur artistique du Béjart Ballet Lausanne, Gil Roman.
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OPÉRATION DER VAMPYR
Nuits d’horreur [ci-contre]
© GTG / MAGALI DOUGADOS
Laura Claycomb (Malwina) aux mains de Tómas Tómasson (Lord Ruthven) pendant les répétitions au studio de Meyrin en octobre 2016.
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aux Nations
L
par C hristopher P ark
(se prononce Riffen, si vous voulez être sataniquement corrects), le baryton islandais Tómas Tómasson (impérieux Wotan du Ring genevois de 2013-2014). Les coloratures magnifiques de la soprano Laura Claycomb (Konstanze au Grand Théâtre en 2011) se mettent au service des hurlements désespérés de Malwina, la victime impuissante du Vampyr. La basse allemande Jens Larsen, Kammersänger de la Ville de Berlin, vient de la troupe du Komische Oper pour camper Lord Davenaut, le père indigne et insensé qui livrera Malwina aux crocs de Ruthven. Des passages de musique de scène composée pour cette production par Johannes Hofmann relient les numéros par un tissu sonore inquiétant, qui cite les musiques et bruitages du cinéma d’horreur contemporain. Le Chœur du Grand Théâtre de Genève, en armée de morts vivants, prononce les sentences infernales et assure la bonne humeur grand-guignolesque de ce spectacle musical et morbide pour frissonneurs accomplis. ■
Heinrich Marschner Direction musicale
Ira Levin
Mise en scène
Antú Romero Nunes
Reprise de la mise en scène
Tamara Heimbrock Décors
Matthias Koch Costumes Annabelle Witt Lumières Simon Trottet Dramaturge Ulrich Lenz Lord Ruthven
Tómas Tómasson Sir Humphrey Davenaut Jens Larsen Malwina Laura Claycomb Sir Edgar Aubry Chad Shelton George Dibdin Ivan Turšic Emmy Perth Maria Fiselier
Chœur du Grand Théâtre de Genève Direction Alan Woodbridge Orchestre de la Suisse Romande À l’Opéra des Nations du 19 au 29 novembre 2016
© IKO FREESE / DRAMA BERLIN
es personnes qui adorent se faire peur ne devraient pas ranger leurs accoutrements d’Halloween de sitôt! Le Grand Théâtre de Genève joue en ce moment les prolongations de la fête des esprits maléfiques de tout acabit à l’Opéra des Nations. Der Vampyr est une coproduction de la maison lyrique genevoise avec le Komische Oper Berlin. Pour le célèbre théâtre populaire d’opéra et d’opérette, le metteur en scène Antù Romero Nunes et son équipe soumettent l’opéra romantique allemand de Heinrich Marschner à un processus digne du Dr Frankenstein. Ils le transforment en une créature abominable à souhait, un théâtre musical qui recoud les plus ténébreux éléments de la partition de Marschner en un acte scénique fulgurant, galvanisé par l’éclair du cinéma d’horreur et du splatter film. Dans le rôle du lugubre séducteur Lord Ruthven
› Der Vampyr Théâtre musical d'après
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› La Bohème Opéra en 4 tableaux
Photo librement réalisée autour du thème de La Bohème pour le rôle de Mimì.
de Giacomo Puccini
Direction musicale
Paolo Arrivabeni
Mise en scène
Matthias Hartmann
Décors
Raimund Orfeo Voigt Costumes Tina Kloempken Lumières Tamás Bányai Mimì
Ekaterina Siurina A Ruzan Mantashyan B
Rodolfo
Dmytro Popov A Sébastien Guèze B
Marcello
Andrè Schuen A Michael Adams B
Musetta Julia Novikova A Mary Feminear* B Schaunard
Michel de Souza
Colline
Grigory Shkarupa
Alcindoro
Alexander Milev*
* Membre de la Troupe des jeunes solistes en résidence
Orchestre de la Suisse Romande Chœur du Grand Théâtre de Genève Direction Alan Woodbridge Maîtrise du Conservatoire populaire
de musique de Genève
Direction Magali Dami & Fruzsina Szuromi
À l’Opéra des Nations du 21 décembre 2016 au 5 janvier 2017
© GTG NICOLAS SCHOPFER
A 21 | 23 | 27 | 29 | 31.12.16 & 04.01.17 B 22 | 26 | 28 | 30.12.16 & 03 | 05.01.17
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OPÉRATION LA BOHÈME
Pour les fêtes de fin d’année, La Bohème revient sur
Deux fois 2 font La Bohème
les planches de l’Opéra des Nations comme à peu près
Bien sûr, il y a aussi Musetta, Colline, Marcello, Schaunard dans l’équation, mais pour la nouvelle production du classique de Puccini à l’affiche à l’Opéra des Nations pendant le temps des Fêtes, c’est un double duo de solistes en Mimì et Rodolfo qui assurera la continuité des douze représentations. ACT‑0 vous propose de faire leur connaissance.
tous les 10 ans depuis la réouverture du Grand Théâtre en 1962. Pour ce nouvel opus de l’amour tragique et romantique, mis en scène par Matthias Hartmann dans une scénographie très contemporaine, Rodolfo et Mimì s’attellent à faire vibrer nos cœurs sensibles...
© DAVID ELOFER
L’émotion vraie L
Ekaterina Siurina
Ceux qu’on ne voit pas
C’étaient des habiles, des professionnels, les quatre mousquetaires à qui l’on doit cette œuvre au succès inoxydable : l’hoffmannesque et caustique Illica, Giacosa tout en rondeurs bonhommes, le dandy Puccini et l’entreprenant Ricordi, l’éditeur qui les porta à bout de bras quand l’entreprise tanguait. Il semble que Puccini n’avait pas lu le roman de Murger, il ignorait sa morale étroite (qui invitait tous ces bohèmes à se mettre sérieusement à travailler, à rentrer dans la norme, dans le droit fil du «Enrichissez-vous» du ministre Guizot). C’est une adaptation des Scènes de la vie de Bohème, écrite pour le théâtre des Variétés par un certain Théodore Barrière, qui fut l’étincelle de départ, séduisant à la fois Leoncavallo et Puccini. Mais alors que Murger avait voulu stigmatiser «la race ridicule des incompris, des intrus et des inutiles», l’opéra de Puccini va exalter romantiquement, même s’il s’en moque gentiment, ce petit peuple de marginaux, ceux qui vivent dans des mansardes, loin au-dessus de l’étage noble des immeubles haussmanniens (et comment ne pas penser aujourd’hui à tous ceux qu’on ne voit pas, ou qu’on ne veut pas voir). Puccini, éternel séducteur et pas du tout moralisateur, n’a qu’une règle, qui est de plaire. D’où le choix de la comédie, ou plutôt d’un subtil mélange des genres.
Mieux que le vérisme, la vérité des sentiments
Personnages de comédie, de convention, ce peintre et son interminable Mer Rouge, ce musicien qui va donner des leçons de chant à un perroquet aphone, ce philosophe qui essaie de vendre à bas prix sa bibliothèque, ce poète qui a le ridicule de se dire poète ; scène de genre, scène à faire que celle du poêle qui s’étouffe, comme va s’éteindre la chandelle de Mimì, deux préfigurations de sa vie qui s’éteindra dans un souffle. Justement, Mimì, la voilà, elle n’a plus de feu, elle vient en chercher. Il y a là un moment suspendu, où l’on change de monde, elle a un étourdissement, Rodolfo lui fait tomber dans le cou trois gouttes d’eau (trois notes à l’orchestre), silence, le temps s’arrête, Rodolfo ne sait quoi faire, c’est
© GTG NICOLAS SCHOPFER
a Bohème, opéra vériste ? Sûrement pas. Comédie musicale, plutôt. Ce n’est qu’à la fin qu’on saura que c’était un drame. Théâtre «en chanté», à l’image du «cinéma en chanté» que Michel Legrand dit avoir inventé avec Jacques Demy. La Bohème serait comme une manière d’aïeule des Parapluies de Cherbourg… L’émotion, le pathétique y déboulent de la même façon, on croyait être dans une bluette, c’était la vie en rose, tout d’un coup surgissent la fatalité, la mort, le fatum, les larmes. Combien de spectateurs ont essuyé un pleur furtif à la mort de Mimì, comme à la fin de l’histoire de la petite marchande de parapluies et de son beau garagiste. Émotion vraie qui étreint parce qu’on touche à ce qui est commun à tous. La vie, la mort.
le destin qui passe, elle revient à elle, retourne vers sa chambre, ne trouve plus sa clé, on la cherche au sol, dans la pénombre les mains se touchent (une note pour ponctuer ce troublant contact), che gelida manina…. On connaît la suite. Fini le récitatif, le parlar cantando, voilà ce qui depuis Cavalli n’appartient qu’à l’Italie, l’aria, deux mélodies qui s’enchaînent, deux lignes musicales qui s’enlacent, che cosa faccio, dit-il, «qu’est-ce que je fais, je vis», la storia mia e breve, répond-elle. S’il y a vérisme, il est dans cette vérité, très loin des rois d’Espagne, des grandes prêtresses, des Médée, très loin même de Violetta, elle aussi menacée par la phtisie, mais courtisane de haut vol. Il est dans cette exaltation, dans ce duo, cet unisson de leur deux voix, derrière lesquelles l’orchestre s’efface, quelques bois, les cordes en sourdine, le tout marqué pppp ! Étonnant de penser que cet effet de vérité (les personnages sortant continuer leur vie hors champ et leurs voix arrivant de loin, da lontano) a été composé alors que Louis Lumière inventait le cinéma et Méliès le montage, que ces deux voix qui sortent du cadre sont contemporaines des ouvrières filmées à la sortie des usines Lumière, avec leurs tabliers et leurs chapeaux.
De l’amour vainqueur à l’amour vaincu, ou de la comédie au drame
Cette West Side Story, cette Histoire de la Rive gauche se continue devant le café Momus au Quartier latin, et c’est Broadway. Rupture, changement d’optique, de tableau, voilà le grand spectacle, avec foule de promeneurs, régiment qui passe, gamins qui piaillent devant les jouets de Parpignol, arrivée de Musette en grand équipage, avec le barbon qu’elle traite de Barbablu. L’orchestre monte d’un ton, sonorités voluptueuses, valse irrésistible, querelle à rebondissement avec Marcello (autre poncif de comédie, la grisette et son amoureux grognon). Trois ans avant la Louise de Charpentier, «roman musical» et non plus comédie en musique, Puccini invente l’impressionnisme
© DR
par C harles S igel
(Mimì, distribution A) Le souvenir reste d’un passage trop bref en 2014 à la Place de Neuve, lors d’une version concert de I Capuleti e i Montecchi de Bellini, où la soprano russe était la Giulietta du Romeo d’Elīna Garanča. Native d’Ekaterinbourg, Ekaterina Siurina s’est formée à l’Académie russe des arts de la scène, tout en fréquentant avec mérite plusieurs des concours russes pour jeunes chanteurs. Encore étudiante, elle réalise en 1999 son début professionnel en Gilda pour un Rigoletto de taille : Dimitri Hvorostovsky. D’autres débuts scintillants ont suivi : Adina de L’Elisir d’amore aux Staatsoper de Berlin et Hambourg ; Gilda pour Covent Garden et le Deutsche Oper de Berlin ; Susanna des Nozze di Figaro à La Scala, et en 2006 son début au Met en Gilda avec Juan Pons. Elle fut également Susanna au Met pour le Figaro de Bryn Terfel, dans ses adieux au rôle.
Dmytro Popov
(Rodolfo, distribution A) Le jeune ténor ukrainien est en passe de devenir l’un des artistes internationaux les plus reconnus du moment. Avec des débuts à Covent Garden, au Deutsche Oper Berlin, au Staatsoper de Munich, au Teatro Regio de Turin et plus récemment un retour en 2013 à Covent Garden en Rodolfo, Dmitry Popov en a fait du chemin depuis ses débuts au Théâtre national de Kiev en Lenski d’Eugène Onéguine, en Alfredo de La Traviata ou en Riccardo de Un ballo in maschera. Des premières incursions en Europe l’ont amené à incarner Alfredo en Norvège et Nicias (Thaïs) à Turin avec Gianandrea Noseda. Outre les grandes scènes mentionnées plus haut, il a brillé en Vaudémont dans la Iolanta de Tchaïkovski au Teatro Real de Madrid dans une mise en scène de Peter Sellars sous la baguette de Teodor Currentzis.
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OPÉRATION LA BOHÈME
Ruzan Mantashyan
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(Mimì, distribution B) À l’âge de dix-sept ans, cette native d’Erevan se produit déjà en concert avec l’Orchestre philharmonique d’Arménie en 2007. En 2011, elle participe à des concerts en hommage à Luciano Pavarotti à Modène et à Bologne. Par la suite, elle se produit dans les rôles de Susanna des Nozze di Figaro au Teatro Pavarotti à Modène, de Servilia de La Clemenza di Tito à Reggio Emilia et de Musetta de La Bohème, rôle qu’elle interprète à Trévise, Bolzano, Fermo et Ferrara. En 2014, elle chante, sous la direction d’Ivan Fischer, le rôle d’Echo d’Ariadne auf Naxos, au Konzerthaus de Berlin. Pour l’Atelier Lyrique de l’Opéra national de Paris, elle crée le rôle d’Une mère de Maudits les Innocents à l’Amphithéâtre de l’Opéra Bastille et chante Fiordiligi de Così fan tutte à la Maison des Arts de Créteil. Elle se produit ensuite en concert au Palais Garnier sous la direction de Jérémie Rhorer, ainsi qu’en récital à l’Auditorium du Louvre.
musical ou, pour rester côté cinéma, le «réalisme poétique», avant René Clair et Marcel Carné. Après le gai Paris des boulevards, voici celui des confins, blafard, devant la barrière d’Enfer, le monde du travail, les douaniers, les laitières qui arrivent de la campagne avec des œufs, du lait et du miel. Une aube navrante, de neige et de froid (il y aura un autre petit matin, mais lumineux, celui de Rome dans Tosca, avec cloches lointaines et chant aigrelet d’un petit berger). Le réalisme poétique, c’est une stylisation, le vérisme puccinien aussi. Les analystes de cinéma parlent de «l’effet de réel». Louis Jouvet parlait du «naturel de théâtre». On est dans l’illusion, évidemment. Et cependant, crédule, troublé, on versera sa larme. Après l’amour naissant du tableau I, l’amour ébloui du tableau II, voilà l’amour vaincu, par le destin. Délicate balance entre le mélodrame et l’émotion vraie. Rodolfo se rend invivable par des scènes de jalousie simulées dans le dessein que Mimì s’en aille, et quitte cette mansarde sans feu, où elle a attrapé la mort par sa faute, dit-il (ici musique lacrymogène, qui penche vers le Chaplin des Lumières de la ville), mais c’est par la musique qu’ils vont se retrouver, par le lyrisme d’un duo qui fait symétrie avec l’extraordinaire travelling sonore du premier acte : tandis qu’une fois de plus Musette et Marcello s’écharpent à grands cris, le couple tragique pourrait chanter Non je ne pourrais jamais vivre sans toi comme Catherine Deneuve et Nino Castelnuovo. Alors que le neigeux, blafard troisième tableau fait contraste avec le tapageur et rutilant deuxième, trois mois ayant passé entre l’un et l’autre, le quatrième sera le parfait symétrique du premier. Même décor, mêmes jeux potaches entre les lascars, un hareng en guise de banquet, de l’eau plate en guise de champagne, un duel pour rire à coups de pinceaux, un fandango de célibataires. Bohème pour rire, à nouveau (scapigliatura, équivalent italien du mot). Passons sur le duo ténor-baryton banal et sirupeux à pleurer (Puccini a parfois de ces trous d’air), comme pour exalter l’irruption du drame, du tragique peut-être même, du pathétique en tout cas. En même temps que de ce thème, fa dièse-sol-la-si bémolmi-ré, la signature de Mimì, entendue combien de fois, depuis Mi chiamano Mimì. Ce thème qui, comme toutes les autres petites cellules mélodiques que Puccini entrecroise comme les fils d’une
broderie, contribue à l’unité secrète de l’opéra. L’orchestre de Puccini, comme celui du Verdi d’Otello et de Falstaff, wagnérise à l’italienne, mais wagnérise quand même… Et, idée très belle, c’est sur le thème de Mimì que la pétulante Musette, soudain grave et sincère, raconte le malaise de la fleuriste, qui a quitté son vicomte pour se réfugier auprès de Rodolfo. Au passage, on apprend que, telle Manon, elle est devenue fille entretenue. Fatalité.
Le temps retrouvé
Une année a passé depuis le premier tableau. Le thème profond de La Bohème version Puccini, c’est peut-être bien le passage du temps, ce temps qui érode les sentiments, mais, sous la cendre grise des jours, le feu couve encore, et la flamme peut se ranimer. Magie de la musique, qu’une mélodie revienne et tout le passé ressurgira avec elle, hymne national de leur amour, dirait Swann. Tous les thèmes du premier tableau, les voici qui reviennent, et avec eux la clé perdue et la bougie éteinte, et les mains froides, si froides toujours. Ultime caprice, ce manchon pour les réchauffer que Musette court acheter en mettant au clou ses pendants d’oreilles (Le Manchon de Francine, c’est la chronique de Murger, dont est née La Bohème). Tant il est vrai qu’aux heures de la mort les petites choses de la vie deviennent si précieuses, on s’occupe à des riens. Rinasco, «je renais», chante Mimì, exactement comme Violetta dans son Addio del passato, mais ce n’est pas ici un adieu, puisque c’est leur amour qui renaît sur les ailes de ces phrases qu’ils chantaient à l’unisson au printemps dernier. «Tu es belle comme une aurore», lui chante Rodolfo, «tu devrais dire comme un crépuscule», come un tramonto, a-t-elle encore la force de sourire. Elle s’efface comme le soleil disparaît «dans la mer profonde et infinie». Ça arrive tous les jours, rien de plus quotidien que la mort. Elle meurt seule, comme tout le monde. Et les autres ne s’en rendront pas compte tout de suite. Un souffle a passé. C’est le contraire d’une mort d’opéra. C’est la mort d’une enfant, ce sont tous des enfants. ■
Tobias Richter évoque la nouvelle production de La Bohème Propos recueillis par C harles S igel
© DR
CS La Bohème, c’est un opéra que le Grand Théâtre de Genève, depuis sa réouverture en 1962, présente regulièrement.
Sébastien Guèze
(Rodolfo, distribution B) Né à Lyon et originaire d’Ardèche, il étudie le chant au conservatoire de Nîmes, poursuivant en parallèle ses études universitaires à Montpellier, puis au Conservatoire de Paris qu’il termine premier nommé avec les félicitations du jury. En 2006, il remporte le prix du public et le second prix du concours Plácido-Domingo-Operalia. Il se fait remarquer dans son premier Rodolfo de La Bohème en 2008 à l’opéra d’Athènes sous la direction de Graham Vick. Sa carrière connaît un essor rapide qui lui permet de chanter sur les scènes lyriques mondiales, telles que La Fenice de Venise, le Semperoper de Dresde, La Monnaie de Bruxelles, Cologne, São Paolo ou Miami, des premiers rôles comme Roméo, Rodolfo, Alfredo, Faust, Nadir, Nemorino, le Duc de Mantoue, Pelléas et Pinkerton. Il est nommé aux Victoires de la musique classique 2009 dans la catégorie « Révélation artiste lyrique de l’année ».
TR La partition est superbe, les grands airs sont populaires au meilleur sens du terme et à juste titre, le traitement de l’orchestre est d’un incroyable raffinement, comme toujours chez Puccini, il y a des rôles magnifiques pour l’idée d’une troupe, et puis l’histoire est en relation avec notre réalité d’aujourd’hui, il me semble. De surcroît, d’une part elle convient à la scène, à la fosse et à l’atmosphère de l’Opéra des Nations. Et d’autre part elle convient à la période de fin d’année, par sa couleur, et tout un ensemble de choses, la neige, la nuit, les bougies, les sentiments qui la traversent, la vie, l’amour, la mort… CS Est-ce que je me trompe, si j’ai l’impression qu’elle est en lien avec d’autres spectacles de la saison ? TR Eh bien, il y a en filigrane dans une programmation des aspects plus ou moins visibles… Manon d’après l’abbé Prévost, Der Vampyr d’après Polidori, La Bohème d’après Murger, Wozzeck d’après Buchner, ce sont quatre œuvres inspirées par des œuvres littéraires… Mais ce n’est pas l’essentiel, ce qui compte c’est ce qu’on donne à voir et à entendre, et je suis très impatient de voir cette équipe en action… CS Un chef italien et un metteur en scène d’esthétique allemande… TR Esthétique allemande, je ne sais pas… Ce qui m’intéresse avec Matthias Hartmann, c’est qu’il est très attaché à la direction d’acteurs. Il vient du théâtre de prose et il a beaucoup mis en scène à Vienne, à Brème, à Munich, je le connais depuis longtemps. Il s’attache à travailler avec des scénographes qui ont une esthétique à proposer, ce sera le cas avec Raimund Orfeo Voigt, dont les décors
ont une beauté plastique, très contemporaine bien sûr, mais qui a à voir avec le travail des plasticiens d’aujourd’hui. Le dispositif scénique sera, je crois, très poétique. On se souvient de Fidelio, que Hartmann avait donné en 2015 à la place de Neuve, cette grotte souterraine si angoissante. Je me souviens aussi du quatuor, complètement dépouillé, la poésie de cette scène vide, tellement en accord avec la musique. Et puis alors, oui, un chef italien, Paolo Arrivabeni, qui est un formidable chef de fosse, passionné, précis, incisif, qui pense d’abord théâtre. Il porte vraiment les chanteurs, qui sont aussi des acteurs, et qui ont besoin d’être en accord total et intime avec le chef. CS Alors, de ce côté, vous avez fait le choix de la jeunesse et de la crédibilité. TR Oui, à l’opéra aujourd’hui, la crédibilité, c’est important, mais il ne faut pas que ce soit au détriment de la musique, évidemment. En l’occurrence, comme nous donnons douze représentations dans un laps de temps assez court, il nous fallait deux équipes, deux cast, et je m’en réjouis, parce que ce sera l’occasion pour les deux rôles principaux d’avoir d’un côté deux russes, la bouleversante Ekaterina Siurina (qui fut une Giulietta de Bellini exceptionnelle ici en 2014) avec l’éclatant Dmytro Popov, qui a chanté Rodolfo à Covent Garden et tout récemment au Metropolitan, et de l’autre côté, un couple merveilleusement séduisant lui aussi, l’Arménienne Ruzan Mantashyan, issue de l’Atelier Lyrique, dont la voix et le phrasé italien sont magnifiques, avec le jeune ténor français, Sébastien Guèze, qui a chanté Rodolfo dans quinze productions de Venise, à Helsinki en passant par Bruxelles et qui est le charme incarné. J’aime beaucoup suivre de jeunes chanteurs, les soutenir, les protéger, ça me rappelle mon travail à Brème ou à Düsseldorf, dans des maisons d’opéra où on pratique l’alternance, et où on s’occupe d’une troupe. J’ai adoré ça ! ■
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LA BOHÈME & SCÈNES DE LA VIE DE BOHÈME DIDACTIQUE
Dans un esprit de comédie musicale Le service pédagogique du Grand Théâtre est en ébullition. Après un travail autour de Der Vampyr où huit classes de cycle ont été initiées à la musique surprenante et saisissante de Heinrich Marschner mais aussi à un travail de maquillage et de théâtre muet, afin de saisir les ingrédients du fantastique et de la peur, c’est maintenant au tour des classes primaires d’apprécier un tube du répertoire : La Bohème ! par E lsa B arthas
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l’opéra il y a aussi des tubes, et des stars ! Certes au XIXème siècle, ni Shakira, ni Kenji Girac n’existaient mais Mimì et Rodolfo chantaient aussi l’amour dans une vocalité toute autre certes, et sans micro ! D’une vocalité sublime, cette œuvre vériste est l’occasion rêvée pour travailler sur la voix, et les émotions avec les jeunes élèves… Ainsi, si les nombreux airs se retiennent aisément, c’est que les mélodies et les harmonies nous touchent par leur simplicité et leur vérité. Mais comment sensibiliser les jeunes au legato de l’air de Mimì soutenu par les cordes ou à l’air de Rodolfo qui trouve que Mimì a les mains froides ! La tâche est ardue. Comment éveiller leur curiosité, comment susciter leur intérêt afin qu’ils tombent sous le charme de la représentation ? Alors que, cet été, nous préparions la conceptualisation des ateliers, Fabrice Farina et moi nous sommes mis au piano, afin de choisir des extraits. Très vite, en chantant « Fingevo di dormire » ou encore « Quando m’en vo », nous nous sommes amusés à revisiter ces airs dans un esprit de comédie musicale : les dés étaient jetés ! À travers une narration et des arrangements de Vincent Bossy, les élèves allaient se plonger dans quelques extraits de l’opéra. Maquette et démo envoyées aux enseignants, les élèves vont donc préparer cet atelier de comédie musicale en amont, et travailler ensuite 1h30 avec des professionnels afin de mettre en place le chant et la chorégraphie ! Enfin, dans le but également de les sensibiliser à un autre paramètre de cet art vivant, les élèves auront aussi l’occasion d’endosser le rôle de décorateur en proposant des maquettes lors d’un atelier de scénographie ! Vous l’aurez compris, il s’agit d’un parcours qui vise à insuffler l’amour de l’opéra et à montrer que la musique du XIXème n’est pas un OVNI du néolithique tardif mais qu’au contraire, elle est à l’origine des musiques d’aujourd’hui. Une façon de décloisonner les genres et de faire dire aux jeunes : l’opéra, ça le fait ! Parallèlement à ce parcours artistique autour de La Bohème, le Grand Théâtre s’est attaché à proposer également une version condensée au Théâtre des Salons. Les Scènes de la vie de bohème, sont en effet l’occasion d’apprécier un classique du genre dans une version plus intimiste où le public pourra entendre certains artistes de la Troupe des jeunes solistes en résidence, accompagnés au piano. Cette version se prête davantage à une sortie en famille, qui permettra aux plus jeunes d’apprécier les plus beaux airs tout en étant très proches des artistes… une belle occasion à saisir pour initier les plus jeunes à l’opéra dans ce bel écrin. ■
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Les Scènes de la vie de Bohème au Théâtre Les Nations en 2011 avec des membres de la Troupe des jeunes solistes en résidence.
Activités récentes du service pédagogique Autour de Ba\rock, sur des extraits des musiques de Rameau, 9 classes entre 4 ans et 9 ans ont dansé sur une chorégraphie créée spécialement par le service pédagogique : La découverte des Amériques. Pour Der Vampyr, le service pédagogique et quelques étudiants de l’unité de musicologie de l’Université de Genève ont effectué un travail approfondi sur cet opéra et ont réalisé dans plusieurs classes une médiation sur le contexte et sur la musique, en amont des activités artistiques. Le parcours artistique s’est concentré sur des activités de théâtre mimé à la manière du cinéma muet de Murnau. De plus, afin de mobiliser les jeunes élèves, ces derniers ont pu profiter d’un atelier de maquillage « année 1930 » avec la maquilleuse de notre Vampyr…
À venir Il Giasone : travail sur la scénographie baroque avec les premiers décors de Torelli, et le chant baroque avec la Cappella Mediterranea… Parions sur l’alchimie de l’opéra !
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CARNET DU CERCLE
30 ans du Cercle
Musique, danse.. et masques
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Le 3 novembre 2016, le Cercle du Grand Théâtre de Genève fêtait ses trente ans à l’Opéra des Nations. Projection inédite, interludes lyriques et chorégraphiques, et dîner masqué sur scène étaient au programme de cette soirée exceptionnelle – l’un des événements phares de la vie culturelle et mondaine genevoise en cette année 2016. [c-dessus, de gauche à droite]
© SHUTTERSTOCK
Arleen Auger dans la production d’Alcina en 1990 sous la direction de William Christie et dans une mise en scène de Philippe Berling. Don Giovanni interprété par Thomas Hampson en 1991, dans une mise en scène de Matthias Langhoff et sous la baguette d’Armin Jordan. En 1987 et 1988, les 3 enfants du Chœur de Tölz dans la mémorable production de La Flûte enchantée de Benno Besson. Orphée et Eurydice avec Anne Sofie von Otter et Barbara Bonney en 1995, sous la direction de Jeffrey Tate.
es invités eurent ainsi le privilège d’assister à la création d’un duo de Jeroen Verbruggen sur une suite des Bachianas brasileiras d’Heitor Villa-Lobos et à un extrait du ballet de Sidi Larbi Cherkaoui, Loin, qui n’avait pas été présenté à Genève depuis plus d’une décennie. Le Chœur du Grand Théâtre de Genève régala, quant à lui, les spectateurs du célèbre « Wach auf! » des Maîtres chanteurs de Richard Wagner et de quelques airs d’opéras bien connus tels que La Flûte enchantée ou Tosca avant d’adresser ses meilleurs vœux d’anniversaire avec une version française du fameux hymne God Save the Queen (dans l’arrangement de Benjamin Britten). C’est ensuite parés de leurs plus beaux masques que les invités dînèrent sur scène dans un décor enchanteur évoquant le foisonnement d’une forêt automnale. Le Cercle du Grand Théâtre de Genève, qui compte aujourd’hui plus de 200 adhésions, fut fondé en 1986 dans un contexte d’incertitudes financières. Préoccupé par les conséquences d’une possible diminution des subventions municipales, le directeur de l’époque, Hugues Gall, fit part de ses inquiétudes à quelques amateurs éclairés. Soucieux de conserver un opéra de haut niveau à Genève, ceux-ci décidèrent alors de former un cercle de mécènes, et l’avocate Élisabeth Salina Amorini accepta d’en assumer la présidence. Durant sa première année d’existence, le Cercle récolta quelque 300 000 francs selon les souvenirs de l’un de ses co-fondateurs. Ce soutien permit de présenter trois récitals de la pianiste Tatiana Nikolaïeva et d’engager des membres du prestigieux chœur d’enfants de Tölz dans la mémorable production de La Flûte enchantée de Benno Besson (1987–1988). Au cours des saisons suivantes le Cercle apporta son appui à d’autres productions marquantes : Alcina, sous la direction de William Christie et dans une mise en scène de Philippe Berling (1989–1990) ; Don Giovanni, interprété par Thomas Hampson, dans une mise en scène de Matthias Langhoff et sous la baguette d’Armin Jordan (1990–1991) ; ou encore Orphée et Eurydice avec Anne Sofie von Otter dans le rôle d’Orphée sous la direction de Jeffrey Tate (1994–1995) – pour ne citer que quelques exemples. En 1994, Edgar de Picciotto (1929–2016) devint président du Cercle du Grand Théâtre de Genève. Ingénieur, banquier mais aussi passionné d’art lyrique, celui-ci se montra désireux de comprendre tous les rouages d’une maison opéra. Il se distingua aussi
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par A urélie É lisa G feller
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pour objectif de réunir toutes les personnes et entreprises qui tiennent à manifester leur intérêt aux arts lyrique, chorégraphique et dramatique. Son but est d’apporter son soutien financier aux activités du Grand Théâtre et
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Fondé en 1986, le Cercle du Grand Théâtre s’est donné
Rejoignez-nous !
Nous serions heureux de vous compter parmi les passionnés d’ arts lyrique, chorégraphique et dramatique qui s’engagent pour que le Grand Théâtre de Genève conserve et renforce sa place parmi les plus grandes scènes européennes. Adhérer au Cercle du Grand Théâtre, c’est aussi l’assurance de bénéficier d'une priorité de placement, d'un vestiaire privé, d'un service de billetterie personnalisé et de pouvoir changer de billets sans frais. Vous participerez chaque année au dîner de gala à l’issue de l’Assemblée générale et profiterez des cocktails d’entracte réservés aux membres. De nombreux voyages lyriques, des conférences thématiques « Les Métiers de l’Opéra », des visites des coulisses et des ateliers du Grand Théâtre et des rencontres avec les artistes vous seront proposés tout au long de la saison. Vous pourrez assister aux répétitions générales et bénéficierez d'un abonnement gratuit à ce magazine. Vous recevrez également tous les programmes de salle chez vous.
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Pour recevoir de plus amples informations sur les conditions d’adhésion au Cercle, veuillez contacter directement : Madame Gwénola Trutat (du lundi au vendredi de 8 h à 12 h) T + 41 22 321 85 77 F + 41 22 321 85 79 cercle@geneveopera.ch Cercle du Grand Théâtre de Genève Boulevard du Théâtre 11 1211 Genève 11
Nos membres Bureau M. Luc Argand, président M. Rémy Best, vice-président M. Jean Kohler, trésorier Mme Véronique Walter, secrétaire Mme Françoise de Mestral
M. Jean-Pierre Cubizolle Dr Katalin Dembitz M. et Mme Claude Demole M. et Mme Olivier Dunant Mme Denise Elfen-Laniado Mme Diane Etter-Soutter Mme Clarina Firmenich Autres membres du comité M. et Mme Eric Freymond Mme Christine Batruch-Hawrylyshyn Mme Elka Gouzer-Waechter Mme Claudia Groothaert Mme Claudia Groothaert Mme Vanessa Mathysen-Gerst M. et Mme Philippe Gudin de La Sablonnière Mme Coraline Mouravieff-Apostol Mme Bernard Haccius Mme Brigitte Vielle M. Alex Hoffmann M. Gerson Waechter M. et Mme Philippe Jabre M. et Mme Éric Jacquet Membres bienfaiteurs M. Romain Jordan M. et Mme Luc Argand Mme Madeleine Kogevinas M. et Mme Guy Demole M. et Mme Jean Kohler Fondation Hans Wilsdorf M. Marko Lacin M. et Mme Pierre Keller Mme Brigitte Lacroix Banque Lombard Odier & Cie SA M. et Mme Pierre Lardy M. et Mme Yves Oltramare M. Christoph La Roche M. et Mme Adam Saïd Mme Éric Lescure Union Bancaire Privée – UBP SA Mme Eva Lundin M. Pierre-Alain Wavre M. Bernard Mach M. et Mme Gérard Wertheimer M. et Mme Colin Maltby Mme Catherine de Marignac Membres individuels M. Thierry de Marignac S. A. Prince Amyn Aga Khan Mme Mark Mathysen-Gerst Mme Diane d’Arcis S. A. S. La Princesse Étienne d’Arenberg M. Bertrand Maus M. et Mme Olivier Maus M. Ronald Asmar Mme Béatrice Mermod Mme René Augereau M. et Mme Charles de Mestral Mme Véronique Barbey Mme Christine Batruch-Hawrylyshyn Mme Francis Minkoff Mme Jacqueline Missoffe Mme Maria Pilar de la Béraudière M. et Mme Christopher M. et Mme Philippe Bertherat Mouravieff-Apostol Mme Antoine Best Mme Pierre-Yves Mourgue d’Algue M. et Mme Rémy Best M. et Mme Philippe Nordmann Mme Saskia van Beuningen M. Yaron Ophir Mme Françoise Bodmer M. et Mme Alan Parker M. Jean Bonna M. et Mme Shelby du Pasquier Professeur Julien Bogousslavsky Mme Sibylle Pastré Mme Christiane Boulanger Mme Clotilde de Bourqueney Harari M. Jacques Perrot M. et Mme Wolfgang Peter Valaizon Comtesse Brandolini d’Adda M. et Mme Gilles Petitpierre M. et Mme Robert Briner M. et Mme Charles Pictet M. Thaddeus Burns M. et Mme Guillaume Pictet M. et Mme Yves Burrus M. et Mme Ivan Pictet Mme Caroline Caffin M. et Mme Jean-François Pissettaz M. et Mme Alexandre Catsiapis Mme Françoise Propper Mme Maria Livanos Cattaui Comte de Proyart Mme Muriel Chaponnière-Rochat Mme Adeline Quast M. et Mme Neville Cook
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par son engagement et sa générosité. Dans le cadre du dixième anniversaire du Cercle, il finança une soirée de gala qui renforça les assises financières du Cercle : un concert au Victoria Hall avec l’Orchestre de la Suisse Romande et le jeune prodige Maxim Vengerov, placés sous la direction de Zubin Mehta, puis un dîner dans les ors des foyers du Grand Théâtre. Le Cercle du Grand Théâtre de Genève n’est pas seulement un cercle de bienfaiteurs ; il est aussi composé de femmes et d’hommes qui partagent un même enthousiasme pour la vie lyrique et chorégraphique. Au cours des années 2000, trois présidents se succèdent à sa tête : Olivier Vodoz (2002–2005), Charles Pictet (2005–2009) et Françoise de Mestral (2009–2012). Sous leur impulsion sont instaurées et consolidées une série d’activités visant à resserrer les liens entre les membres du Cercle et l’institution qu’ils aiment et soutiennent : des conférences sur les métiers de l’opéra, des voyages lyriques, des déjeuners au cours desquels mécènes et artistes se retrouvent dans un cadre convivial, et enfin un prix du Cercle décerné à l’un des candidats du Concours de Genève. Fondé pour apporter des compléments financiers qui permettent au Grand Théâtre de Genève de tenir son rang parmi les grandes maisons européennes d’opéra, le Cercle du Grand Théâtre de Genève n’en a pas moins – dans des circonstances particulières – soutenu des projets clés pour le bon fonctionnement de l’institution. En 1990, il finance ainsi l’installation du premier système de surtitrage du Grand Théâtre. Un quart de siècle plus tard, sous la présidence de Luc Argand (depuis 2012), le Cercle apporte un appui matériel et émotionnel décisif à la construction de l’Opéra des Nations – l’édifice emblématique qui accueille l’ensemble de la programmation du Grand Théâtre durant les travaux de rénovation de son bâtiment historique de la Place de Neuve. À l’heure où le Cercle du Grand Théâtre de Genève vient de souffler ses trente bougies, son engagement en faveur de l’excellence lyrique et chorégraphique demeure plus important que jamais. Durant la saison actuelle 2016-2017, il soutient non seulement trois productions lyriques – Manon, Der Vampyr et Norma – mais aussi le volet programmatique dédié aux jeunes spectateurs. C’est également grâce à la générosité d’une membre du Cercle et de sa famille que les publics du Grand Théâtre pourront entendre la magnifique mezzo-soprano américaine Joyce DiDonato dans le cadre d’un concert exceptionnel à l’Opéra des Nations le 17 mars 2017. ■
ainsi, de participer à son rayonnement.
Mme Ruth Rappaport M. et Mme François Reyl M. et Mme Andreas Rötheli M. et Mme Gabriel Safdié Comte et Comtesse de Saint-Pierre M. Vincenzo Salina Amorini M. Julien Schoenlaub Mme Claudio Segré Baron et Baronne Seillière Mme Christiane Steck M. et Mme Riccardo Tattoni M. et Mme Kamen Troller M. et Mme Gérard Turpin M. et Mme Jean-Luc Vermeulen M. et Mme Julien Vielle M. et Mme Olivier Vodoz Mme Bérénice Waechter M. Gerson Waechter M. et Mme Stanley Walter M. et Mme Rolin Wavre M. et Mme Lionel de Weck
Membres institutionnels 1875 Finance SA Banque Pâris Bertrand Sturdza SA Christie’s (International) SA Credit Suisse SA FBT Avocats SA Fondation Bru JT International SA Lenz & Staehelin MKB Conseil & Coaching SGS SA Vacheron Constantin
Organe de révision : Plafida SA Compte bancaire N° 530 290 MM. Pictet & Cie
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OPÉRATION IL GIASONE
Il Giasone est le plus fameux des opéras de Cavalli. C’était vrai au XVIIème siècle, cela reste vrai de nos jours. Leonardo García Alarcón le dirigera à l’Opéra des Nations en janvier 2017, après La Calisto du même compositeur que le public genevois avait découvert en 2010. Leonardo García Alarcón, c’est à la fois une érudition jubilante, une musicalité voluptueuse et sensible, une gaieté communicative. Entretien.
Cavalli ou le théâtre des un entretien avec L eonardo G arcía A larcón par C harles S igel
[ci-dessous]
Esquisses des costumes du personnage d’Éros (Amore) par Ezio Toffolutti.
Leonardo García Alarcón Ce qui est pour moi très important, c’est de placer Cavalli et Il Giasone dans l’histoire de l’opéra vénitien, et à vrai dire l’histoire de l’opéra vénitien, c’est l’histoire de l’opéra tout court, parce qu’en 1637 on ouvre à Venise le premier théâtre d’opéra ouvert au public, le Teatro San Cassiano, dans le sestiere de San Polo, à l’angle du rio di San Cassiano et du rio della Madonetta, ouverture qu’il faut mettre en relation avec l’ouverture de maisons de jeux et avec l’existence du carnaval, qui allait du 26 décembre à Mardi gras et parfois plus tard jusqu’en avril, surtout si l’opéra avait beaucoup de succès, comme ce sera le cas avec Il Giasone. Le premier opéra de Cavalli, c’est Le nozze di Teti e di Peleo en 1639, c’est le premier dont on a la partition, on n’a plus rien de ce qui s’est joué en 1637-1638. Et autre chose très importante, il faut dire tout ce qui rapproche Cavalli de Monteverdi, le maître, le mentor de Cavalli à Saint-Marc, puisque Cavalli est comme Monteverdi un musicien d’église en même temps qu’un compositeur d’opéra. Charles Sigel Est-ce que vous voulez dire que Cavalli est plus important que Monteverdi dans l’histoire de l’opéra ? LGA En tout cas, le parcours de Cavalli est mieux documenté que celui de Monteverdi à l’opéra. On conserve 27 partitions de Cavalli, et seulement 4 des 18 œuvres scéniques de Monteverdi, Orfeo, Il ritorno d’Ulisse, Poppea, et Il combattimento di Tandredi e Clorinda, qui est plutôt un madrigal dans le «stile rappresentativo», très novateur. Par exemple, on a la partition de L’Incoronazione di Poppea donnée en 1642 par Monteverdi, et ce qui est intéressant avec L’Incoronazione, c’est que la copie que nous possédons est de la main de la femme de Cavalli, laquelle ne copiait que des partitions de son mari, de sorte qu’on se demande si la moitié de cet opéra n’est pas de Cavalli. Selon moi, Addio Roma, le duo final Pur ti miro, le rôle d’Ottone, c’est vraiment de la musique de Cavalli ! Bien plus, dans le livret de la création en 1642, il n’y a pas Pur ti miro, qui n’apparaît qu’en 1652, neuf ans après la mort de Monteverdi, quand Cavalli dirige l’œuvre à Naples ! Et c’est
la naissance de l’opéra napolitain, grâce à Cavalli… Et huit ans plus tard, Louis XIV appelle Cavalli à Paris, qui y reste deux ans pour donner Xerse et Ercole amante, à la salle des Machines aux Tuileries… Et, autre chose encore, en 1673 on donne à Londres, en anglais, son Erismena, dirigé par John Blow, avec Purcell au clavecin, et c’est le premier opéra anglais ! Donc voilà Cavalli fondateur de l’opéra napolitain, de l’opéra français, avec Lulli, deux italiens… et fondateur de l’opéra anglais, donc presque inventeur du genre opéra. CS Du moins, co-inventeur, parce qu’il y a quand même eu L’Orfeo en 1607 à la cour des Gonzague à Mantoue ? LGA Monteverdi, c’est le laboratoire de l’opéra, c’est le laboratoire d’émotion de l’opéra, mais il appartient au XVIème siècle, au monde littéraire et poétique du maniérisme, il écrit des madrigaux amoureux ou guerriers, ou le mélange des deux, et en 1638 encore, il donne son Huitième livre de madrigaux. Alors que Cavalli n’a jamais composé un madrigal. Son père, oui, Gio Battista Caletti, puisque son vrai nom c’est Caletti, Cavalli étant le nom de son mécène, qu’il avait fait sien en manière d’hommage. Donc il naît dans un milieu madrigalesque et littéraire, musical aussi bien sûr, ce qui le conduit à devenir à 14 ans chanteur à San Marco et ensuite organiste et assistant de Monteverdi, qui le forme comme musicien, et qui lui transmet ses innovations en matière de théorie musicale, ce qu’on appelle la Seconda Prattica, à savoir, et c’est capital, que le texte prévaut absolument sur la musique. Prima la parola… comme on dira plus tard, à l’opposé de la Prima Prattica, où tout était régi par les règles du contrepoint. Il faut dire qu’il n’y a qu’à Venise qu’il était possible qu’un même compositeur écrive à la fois de la musique d’église et l’histoire des amours de Néron et Poppée… À Rome, cœur des États pontificaux, ç’aurait été impensable ! Et Cavalli, qui succèdera à Monteverdi à la tête de la Cappella Marciana, composera aussi de la musique d’église, y compris une Missa pro defunctis, écrite à sa propre mémoire ! CS On conserve 27 opéras de Cavalli sur une quarantaine qu’il a écrits, d’ailleurs vous avez construit un spectacle composé d’airs extraits des opéras de Cavalli, Il Teatro dei Sensi, où l’on voit l’originalité inépuisable de son inspiration mélodique. Il Giasone a tout de même une place particulière dans son œuvre…
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Projet du fond de scène par le scénographe Ezio Toffolutti.
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› Il Giasone Dramma musicale en un prologue et 3 actes de Francesco Cavalli
Nouvelle production Direction musicale
Leonardo García Alarcón
Mise en scène
Serena Sinigaglia
Décors, costumes
Ezio Toffolutti
Lumières
Ezio Toffolutti & Simon Trottet
Giasone
Valer Sabadus Medea Kristina Hammarström Isifile Kristina Mkhitaryan Ercole Alexander Milev* Besso Günes Gürle Egeo Raul Gimenez Oreste / Giove Willard White Demo / Volano Migran Agadzhanyan* Delfa / Eolo Dominique Visse Alinda Mariana Florès Sole Seraina Perrenoud Amore Mary Feminear* * Membre de la Troupe des jeunes solistes en résidence
Cappella Mediterranea
passions LGA Oui, il est vrai qu’il produisait des mélodies sublimes comme un pommier produit des pommes… Mais Il Giasone tient une place particulière, d’abord parce qu’il fut le plus joué de ses opéras, et cela reste vrai aujourd’hui. À une époque où la notion de répertoire n’existait pas, Il Giasone fut repris dans toute l’Italie, et il en existe une vingtaine de manuscrits, dont une version napolitaine arrangée par Francesco Provenzale, donc on peut dire que Cavalli est à l’origine de la naissance du bel canto napolitain ! Oui, un succès durable, parce qu’il élabore le plus grand contraste entre des scènes comiques, des lamenti, des duos et trios d’amour et pour la première fois des scènes magiques, avec cette scène où Médée invoque les forces maléfiques, et là il faut nommer son librettiste, Cicognini, qui était familier de Shakespeare, de Calderón, écrivains d’ailleurs qu’on connaissait à Venise, grand centre d’édition depuis Alde Manuce. Ce qui est intéressant avec Cavalli, c’est qu’il évolue très vite : son premier opéra, Le nozze di Teti e di Peleo, est un opéra de cour, très noble, très raffiné, à la florentine, mais dès le deuxième, Gli amori d’Apollo e di Dafne, sur un livret de Busenello, il commence à composer dans un style plus arioso, il invente ce qu’il appelle la mezz’aria, c’est-à-dire que, dans le récitatif, on trouve des moments qui font penser à un air, le récitatif lui-même devient vraiment mélodique, ce qu’on ne trouve pas chez Monteverdi. On assiste donc, vers 1640, à la naissance de quelque chose qu’on va retrouver jusqu’à, disons, Puccini ! CS Parce qu’il s’agit de plaire au public payant qui fréquente le Teatro San Cassiano… LGA Oui, cela correspond à ce qu’en rhétorique on appelle la captatio benevolentiae, il s’agit de se ménager la bienveillance du public. Busenello parle de « se faire aimer », avec l’idée de parler, non pas à l’intelligence, mais à la sensibilité, à la sensualité, à l’émotion des spectateurs. À Venise, il faut se faire aimer, parler de l’art d’aimer, évoquer ce que sont l’amour, la fidélité, le désir, toutes sortes de désirs… Et Cavalli crée avec l’orchestre une sorte d’aura, d’écrin, suggestif, qui permet au chanteur de révéler toute la gamme des états de l’âme. L’orchestre pour la première fois sert de transmetteur des émotions, avec des mélodies indépendantes de ce que le personnage chante. CS Cela peut d’ailleurs passer par des moyens très raffinés : lorsqu’on a donné au Grand Théâtre La Calisto de Cavalli, vous avez
© JEAN-BAPTISTE MILLOT
Chœur du Grand Théâtre de Genève Direction Alan Woodbridge
À l’Opéra des Nations Du 25 janvier au 7 février 2017
Le directeur musical Leonardo García Alarcón dirige la Cappella Mediterranea
écrit pour ACT-O un texte où vous évoquez la façon dont les intervalles qui se forment entre une mélodie chantée par un personnage et la basse sur laquelle elle s’appuie permettent de sentir la nature de ce personnage. Vous écriviez : « La douceur des neuvièmes, la colère des quartes, les sons sourds que provoquent les sixtes, le sentiment de paix que laisse une tierce derrière elle, l’audace perspicace d’une seconde, le tourment d’une septième diminuée, le repos d’une septième mineure et le pouvoir de conviction d’une octave nous montrent déjà l’univers absolument unique des couleurs des intervalles dans les œuvres de ce grand génie de l’art occidental qu’est Francesco Cavalli. »
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Esquisses des costumes du personnage de Giasone par Ezio Toffolutti.
LGA Je ne saurais mieux dire ! Oui, je me souviens que j’avais cherché à mettre précisément en mots ce que nous ressentons, consciemment ou inconsciemment, en écoutant cette musique. CS À propos d’orchestre, justement, vous venez d’évoquer les différents manuscrits qui nous sont parvenus pour Il Giasone. Jusqu’à quel point sont-ils précis ? LGA Il y en a donc une vingtaine, avec bien sûr des différences, au fur et à mesure des reprises, et par exemple il existe une version par Alessandro Stradella, intitulée Il novello Giasone. S’agissant de la précision, ces manuscrits détaillent combien de voix sont désirées. Pour les opéras italiens de cette époque, on demande deux violons, un luth, un clavecin et un violone, c’est tout. Les opéras étaient petits, les producteurs étaient des privés, comme Cavalli lui-même, donc il fallait réduire les frais. Pour les récitatifs, on a la seule ligne de basse, et quelquefois un numéro qui indique un accord. Pour les ritournelles, on a les lignes des deux violons et de la basse. Donc pour les vingt-trois musiciens de la Capella mediterranea que j’aurai à l’Opéra des Nations, je dois décider si à tel endroit ce seront les flûtes parce que le climat est pastoral, ici les cornets et les trombones parce que ce sont les enfers, et là les violons parce que c’est plus apollinien et qu’on évoque le ciel, chaque instrument représentant une émotion, ou un royaume. C’est déjà très bien décrit par L’Orfeo de Monteverdi, où la régale et les saqueboutes dépeignent l’empire de Pluton et les violes et la harpe le monde d’Apollon et d’Orphée. Je dois imaginer ce que Cavalli aurait fait avec vingt-trois musiciens, mais on sait ce qu’il a fait pour les quarante musiciens qu’il eut à Paris pour l’Ercole amante, dont on a toutes les parties de ACT- O | 29 . 13
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OPÉRATION IL GIASONE
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Maquette du premier tableau de Il Giasone
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Esquisse des projets de costumes pour les personnages de Medea et d’Isifile par Ezio Toffolutti.
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La metteure en scène Serena Sinigaglia
l’orchestration, donc on peut se glisser à l’intérieur de son esprit ! D’ailleurs Serena Sinigaglia qui mettra Il Giasone en scène m’a demandé des interludes pour certaines transitions, pour des changements de plateau par exemple, et j’ai dû les écrire. CS En reprenant des thèmes ou des mélodies ? LGA Non, je les ai vraiment composés, en me mettant à la place de Cavalli, mais nous nous fréquentons depuis longtemps, et on commence à bien se connaître ! CS Pour expliquer le succès durable de cet opéra, et des autres, il y a leur nouveauté musicale, mais il y a aussi l’aspect théâtral, le livret. Par exemple ce Jason n’est pas présenté comme le héros qui a conquis la Toison d’or, mais comme un anti-héros, qui ne se préoccupe que de ses amours… LGA Absolument, et c’est pareil dans l’Eliogabalo que j’ai dirigé cet automne à Paris. Eliogabalo n’est mû que par ses passions érotiques. Voilà quelque chose qui est très typique de l’opéra vénitien. On parle de personnages « effemminati », c’est-à-dire très loin des vertus héroïques, l’honneur, la vaillance, etc., « ils remplacent Mars par Vénus, les lauriers par les myrtes » comme dit Paolo Fabbri, et Giasone, comme Nerone ou Ulisse, se laisse conduire par ses émotions. Ce qui intéresse Venise, c’est la mise en scène des péchés capitaux, et non pas des vertus cardinales. Et ce qui intéresse l’artiste, ce sont les conflits intérieurs des personnages. Les Vénitiens ont compris qu’on ne se souvient pas du Paradis de Dante : ce qui nous intéresse, c’est l’Enfer ! ■
P
© SERENA SERRANI
Serena Sinigaglia: « Faites l’amour, pas la guerre ! » par C hristopher P ark
our le Giasone de Cavalli, retour aux principes intemporels de la commedia dell’arte. Un théâtre du corps et des relations vécues entre les corps. Un théâtre pour un opéra qui se «récite» encore et qui déclame – autant qu’il chante – un hymne à la vie irrévérencieux et follement amusant. Ezio Toffolutti, pour la première fois à l’Opéra des Nations, trouve enfin à Genève pour ses décors et costumes une salle et une scène aux dimensions vénitiennes qui permettront au truculent créateur de s’amuser comme il adore le faire, citant abondamment le théâtre baroque tout en exposant ses arcanes. Quant à la metteure en scène Serena Sinigaglia, c’est un Éros libre et libérateur qu’elle veut lâcher sur les planches, brisant les chaînes et les liens des convenances. Les manières de s’aimer sont infiniment nombreuses, tout comme les manières de former une famille, et personne ne devrait s’opposer à l’Amour qui les rend possibles. Renier l’amour, c’est renier Dieu, même si l’amour des êtres humains, tout divin qu’il soit, est aussi et toujours imprévisible, anarchique et révolutionnaire. Un concept directeur pour son Giasone? Serena Sinigaglia n’hésite pas: « Faites l’amour, pas la guerre!» Et il y a de quoi faire dans cette œuvre, un véritable carnaval vénitien de couples qui s’entrelacent, se trompent, se détrompent, s’enflamment, s’éteignent et se rallument: Alinda avec Besso, Alinda avec Oreste, Oreste avec Isifile, Isifile et Giasone, Giasone et Medea et Delfa avec tout ce qui passe à sa portée! Plus qu’une mise en scène baroque, le travail de Sinigaglia et Toffolutti part d’une série de citations des décors et machines de
scène typiques du théâtre baroque, une époque où pour la première fois de l’histoire humaine les tréteaux sont ornés d’autant de beauté, d’ingéniosité scénographique et d’effets de théâtre incroyables. Leur travail est un acte de mémoire, dans la mesure où ils sont les héritiers de cette pratique théâtrale d’une extraordinaire splendeur, mais il est aussi l’occasion de la prendre parfois à contre-pied, pour en révéler les trucs, briser ses illusions et en démultiplier les signifiants. En bref, Toffolutti et Sinigaglia veulent jouer à faire semblant d’être dans un XVIIème siècle bucolique, tout en étant parfaitement conscients de se trouver en 2017. Ce travail implique aussi le directeur musical Leonardo García Alarcón, avec qui ils ont réalisé d’importantes révisions et coupes de l’œuvre, n’hésitant pas à réécrire certains passages en fonction des choix de la metteure en scène. Un travail qui a cherché à donner à l’œuvre le rythme et la mesure d’une narration à laquelle le public d’aujourd’hui est accoutumé. Les séries de télévision étasuniennes et le cinéma nous ont habitués à un tempo de la narrativité plus rapide et plus diversifié qu’à l’époque de Cavalli. Il fallait donc dégraisser quelque peu l’opéra, tout en respectant sa force dramatique. Sinigaglia se défend d’être une connaisseuse du baroque et se voit elle-même comme la spectatrice lambda idéale d’une œuvre de cette époque montée pour un public contemporain. Pour elle, tout dans son Giasone doit être aussi lisible que dans une bonne série TV ; les jeux et trouvailles présents sur scène sauront ainsi épater et impliquer les spectateurs. Après tout, la partition est magnifique et l’œuvre, chose non négligeable, est très divertissante. Il suffit de laisser l’Amour faire son travail ! ■
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Si vous voulez goûter à la vie de bohème, prenez les transports publics ! Les abonnés du Grand Théâtre bénéficient de la libre circulation en transports publics dans le périmètre d’unireso Tout Genève, 2h avant et 2h après le spectacle. Pour l’Opéra des Nations : Arrêt Nations ou Sismondi : Tram 15 - Bus 5, 8, 11, 22, F, V et Z.
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Pour une des vivants O
EN BALLET EIN DEUTSCHES REQUIEM
© GREGORY BATARDON
par J ean -P ierre P astori *
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Martin Schläpfer
vationné par le public lors de sa création en 2011 , ce ballet a été également salué par la critique : « Une œuvre d’art magistrale », selon la Westdeutsche Zeitung ; « Grandiose ! », pour Die Welt. Rien d’étonnant dès lors à ce qu’il ait été couronné du Faust, le Prix du théâtre allemand. Martin Schläpfer doit être né sous une bonne étoile. Rien dans son environnement familial ne le destinait à devenir danseur étoile et chorégraphe. Des parents paysans. Une enfance passée dans la petite ville d’Altstaetten. Il ambitionne alors de devenir directeur de zoo… Mais très vite le goût de la musique et du mouvement l’emporte. Il se lance dans le patinage artistique. Et à l’âge de 15 ans troque ses patins pour des chaussons. Il a la chance de bénéficier à Saint-Gall de l’enseignement d’un remarquable professeur : Marianne Fuchs. À 18 ans, Martin Schläpfer la quitte pour la Royal Ballet School, à Londres, grâce à la bourse du meilleur Suisse remportée au Prix de Lausanne. Une année plus tard, Heinz Spoerli, alors directeur du Basler Ballett, lui offre son premier contrat. C’est sous l’égide de
Spoerli et de Peter Appel, non moins remarquable professeur, que le jeune homme va devenir un artiste accompli, à la fois brillant technicien et interprète inspiré. Durant dix années –à une saison près, passée au Royal Winnipeg Ballet— il illumine les créations de Spoerli. De Wendung à Pierrot lunaire, en passant par Casse-Noisette et Till Eulenspiegel, Martin Schläpfer est de presque toutes les distributions. Il fait même la couverture de l’américain Dance Magazine lors d’une des saisons new-yorkaises du ballet bâlois. Momentanément fatigué de la scène, il ouvre une école à Bâle, en 1990. Mais remet rapidement ses chaussons pour rejoindre les rangs du ballet du Stadttheater de Berne. Quatre ans plus tard, la direction lui en est offerte. Danseur, professeur, directeur, oui. Mais chorégraphe ? Schläpfer s’interroge. Il lui faut pourtant alimenter le répertoire de sa compagnie. C’est le célèbre critique allemand Jochen Schmidt qui, épaté par son Vespers (Rachmaninoff, 1998), fait connaître son travail. Chorégraphe invité à Coblence, il y règle Divertimento (Bartók) et Stabat Mater (Pergolèse) ; deux ballets qui vont retenir l’attention de Georges Delnon, le directeur (zurichois) du théâtre, qui est sur le point de prendre la direction du Staatstheater de Mayence. Et qui l’invite à l’y suivre. De 1999 à 2009, Martin Schläpfer place l’obscure compagnie rhénane sur la carte internationale du ballet. C’est durant cette période qu’il obtient son Benois de la danse et son premier prix Faust pour Sinfonien. La perspective de pouvoir disposer de moyens accrus –quarante-cinq danseurs au lieu de vingt— l’incite ensuite à accepter la proposition du Deutsche Oper am Rhein. Il refusera, en revanche, celle du Staatsballett de Berlin. Pour les deux scènes de Düsseldorf et de Duisbourg, il propose une riche programmation où
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messe
Du Ballett am Rhein on peut dire ce que l’on disait du Ballettmainz, autre compagnie dirigée par Martin Schläpfer : « ein Ballettwunder » ! Il y a du miracle, en effet, dans la manière dont le chorégraphe appenzellois a promu ces troupes. Trois années de suite (2013, 2014 et 2015), le Ballett am Rhein de Düsseldorf – Duisburg a même été désigné « Compagnie de l’année » par un jury d’experts réunis par le magazine berlinois Tanz. Et s’il était encore besoin d’ajouter des références, on mentionnerait le Benois de la danse attribué à Schläpfer au Bolchoï, en 2006, et le Prix suisse de la danse qui lui est revenu en 2013. Mais, mieux que les distinctions honorifiques, son œuvre parle pour lui. Et tout particulièrement Ein deutsches Requiem que le Grand Théâtre accueillera en février 2017.
Requiem
Ballet Musique de Johannes Brahms „Ein deutsches Requiem“ op. 45 Chorégraphie
Martin Schläpfer
Scénographie
Florian Etti Costumes Catherine Voeffray Lumières Volker Weinhart Ballett am Rhein Düsseldorf Duisburg Direction Martin Schläpfer À l’Opéra des Nations du 10 au 12 février 2017
* Jean-Pierre Pastori est l’auteur d’une vingtaine de livres sur la danse et les danseurs, de Patrick Dupond à Roland Petit et Serge Lifar. Son étude de l’œuvre de Maurice Béjart va sortir prochainement aux Presse Polytechniques romandes. Parmi ses publications figurent également une histoire de l’Opéra de Lausanne, des entretiens avec Charles Dutoit et une biographie du couturier suisse Robert Piguet. Au demeurant, il est le fondateur des Archives suisses de la danse et préside la Fondation Béjart Ballet Lausanne.
sohn), Symphonie rhénane (Schumann), Symphonie n° 2 (Brahms), etc. Sans oublier la musique du XXème siècle : Concerto pour alto de Goubaïdoulina, Quatuor à cordes de Lutosławski, Lontano de Ligeti, etc. Le Requiem allemand de Brahms lui est depuis longtemps familier. C’est d’ailleurs l’un des premiers disques dont il a fait l’acquisition à son arrivée à Londres, en 1977. Paradoxalement peut-être il n’y voit pas une messe des morts, mais une œuvre pleine d’espoir, consolatrice des vivants. ■
© GERT WEIGELT
ses propres créations voisinent avec la fine fleur de la par J ean -Pchorégraphie ierre P astori internationale : Balanchine, Robbins, Taylor, Cunningham, Forsythe, van Manen… van Manen surtout, dont Schläpfer ne peut cacher l’influence. À 55 ans, il remonte même sur scène pour interpréter un solo que lui dédie le chorégraphe néerlandais: Alltag. Mais sans doute Martin Schläpfer est-il plus mélomane que son aîné d’Amsterdam. La musique emplit toute sa vie. Il possède plusieurs milliers de CD et son répertoire confirme cette passion : Symphonie pathétique (Tchaïkovski), Symphonie Réformation (Mendels-
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À quatre voix
LA TROUPE DES JEUNES SOLISTES EN RÉSIDENCE PLEIN FEUX
Découvrez le parcours de quatre jeunes talents qui ont rejoint pour la saison 16-17 la Troupe des jeunes solistes en résidence du Grand Théâtre de Genève. Ces voix de demain s’exprimant dès aujourd’hui, vous les retrouverez prochainement dans les rôles incontournables du répertoire, et sur les scènes lyriques les plus prestigieuses. par M athieu P oncet
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Classique. Elle se produit dans son récital De Bach à Piaf, chansons d’amour lors d’une tournée franco-suisse. À l’Opéra de Lausanne, elle est la Troisième Dame (Die Zauberflöte), Mère, Tasse et Libellule (L’Enfant et les Sortilèges) et la Marchande de journaux (Les Mamelles de Tirésias). Elle fait ses débuts dans le rôle-titre d’Isabella (L’Italiana in Algeri) au festival de Wildbad. Récemment, elle interprète à Lausanne les Kindertotenlieder, Marthe de Faust, Lucia d’Il Conte di Marsico à Barcelone, le Requiem de Verdi à Berne et Maddalena de Rigoletto à Lucerne. ■
réée au début de la saison 2009-2010, avec le soutien de la Fondation BNP Paribas, partenaire fondateur, la Troupe des Jeunes solistes en résidence du Grand Théâtre de Genève se veut un tremplin pour les futurs talents. Ces jeunes artistes, pour deux ans en résidence, poursuivent et perfectionnent leur technique vocale auprès de leurs professeurs, et font, pour certains d’entre eux, leurs premiers pas sur une grande scène, entourés de talents internationaux confirmés. Ils participent à la plupart des productions du Grand Théâtre de Genève en interprétant des rôles secondaires, et étudient parallèlement un des rôles principaux de l’ouvrage qui soit adapté à leur type de voix. Depuis cette saison 2009, ce ne sont pas moins de 22 lauréats qui ont été choisis par la Direction générale du Grand Théâtre de Genève pour être intégrés à la Troupe des jeunes solistes en résidence. ■
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Native d’Auburn dans l’Alabama, la soprano Mary Feminear est diplômée de l’université Columbia et de la Juilliard School. Elle est engagée pour La Descente d’Orphée au Gotham Chamber Opera et dans le rôle de Polinessa dans Radamisto de Händel, direction de Julian Wachner et mise en scène de James Darrah. Elle se produit dans La Resurrezione (Maria Maddalena) de Händel, sous la direction de William Christie et dans la Passion selon saint Matthieu à l’Alice Tully Hall sous celle de Gary Thor Wedow. En 2014- 2015, elle interprète Pamina dans une production du Pacific MusicWorks de Die Zauberflöte, dirigée par Stephen Stubbs. Elle fait ses débuts au Seattle Opera avec le rôle-titre de Semele de Händel, sous la direction de Gary Thor Wedow. En 2015-2016, elle fait ses débuts à l’Opera Omaha en Semele, direction de Stephen Stubbs et mise en scène de James Darrah. ■
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Mary Feminear
Migran Agadzhanyan
Alexander Milev
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Marina Viotti
Après un diplôme de flûte traversière puis des études littéraires, la mezzo-soprano suisse Marina Viotti part à Vienne suivre des cours de chant auprès de Heidi Brunner. Elle intègre les chœurs Singverein, Gustav Mahler et du Wiener Staatsoper. Elle fait sa première apparition soliste dans la Petite Messe solennelle, puis avec la Récitante dans La Damoiselle élue à Milan et à Turin (direction Bertrand de Billy). Elle entre alors en master chez Brigitte Balleys à l’HEMU, elle y chante L’Enfant et les Sortilèges, The Turn of the Screw et Le Roi David. Lauréate de nombreux concours et bourses, elle gagne le Prix international du Belcanto au festival Rossini de Wildbad. Elle chante en tant qu’alto solo dans les Motets de Bach, Les Sept Paroles du Christ, Die Rose Pilgerfahrt, la Messe en Ut de Beethoven à Lausanne, la Petite Messe solennelle de Rossini et El Amor Brujo aux festivals Solothurn Classics et Cully
Né en 1992 dans une famille de musiciens, le ténor Migran Agadzhanyan étudie au conservatoire de musique Ippolitov-Ivanov auprès de T. D. Nikolaenko puis se perfectionne avec Vladimir Eknadiosov, Renata Scotto et Giuseppe Sabbatini. Il étudie aussi le piano auprès de Vladimir Mischouk et la direction d’orchestre auprès de Vladimir Altschuler au conservatoire Rimski-Korsakov de Saint-Pétersbourg. Il est lauréat de nombreux concours internationaux dont le Concours international de piano Alexandre Scriabine à Paris (1er prix en 2003), le Grand Prix de chant de SaintPétersbourg (finaliste et prix du public 2010) et Elena Obraztsova (1er prix 2011). Il dirige plusieurs orchestres symphoniques à Saint-Pétersbourg et Rostov. Parmi ses compositions figure Balade arménienne pour piano et orchestre. Il fait ses débuts à l’opéra au Mariinski sous la direction de Valery Gergiev et sur scène à l’opéra de Rostov. Il interprète des rôles comme Cavaradossi (Tosca), Alfredo Germont (La Traviata), Don José (Carmen), Alvaro (La Forza del destino), Lensky (Eugène Onéguine) et Cassio (Otello). En 2015-2016, il est membre du Domingo-ColburnStein Young Artist Program à l’opéra de Los Angeles. ■
La Fondation BNP Paribas Suisse
En 2002, à l’occasion des 130 années d’existence du groupe en Suisse, BNP Paribas (Suisse) SA a créé sa propre fondation, à l’image de celle de la maison mère à Paris, afin d’inscrire son engagement pérenne dans ses actions. L’ancrage de la banque en Suisse l’a incitée à engager des activités de mécénat dans l’ensemble du pays depuis de nombreuses années. En créant sa fondation – une nouveauté pour une banque étrangère en Suisse –, BNP Paribas marquait ainsi sa volonté d’œuvrer pleinement en faveur de la vie culturelle et sociale helvétique. Aujourd’hui, la Fondation BNP Paribas Suisse est considérée comme un exemple éloquent de mécénat d’entreprise et comme une véritable référence en la matière. La Fondation a pour vocation de développer et soutenir en Suisse des actions concertées dans trois domaines bien définis : la connaissance du patrimoine et l’expression artistique, l’aide sociale à travers des programmes solidaires et pédagogiques et des projets pilotes en faveur de la santé. La Fondation BNP Paribas Suisse encourage également des initiatives régionales et des projets de proximité. Il faut toujours garder à l’esprit que le patrimoine artistique d’un pays est non seulement un précieux témoin de l’histoire, mais aussi une source d’expériences et d’inspiration à laquelle chaque individu doit pouvoir accéder. La Fondation BNP Paribas promeut également les talents artistiques en accompagnant, jour après jour, des créateurs dans le domaine de l’art lyrique...
Après avoir étudié à l’Académie nationale de musique Piotr-IllitchTchaïkovski de Kiev, la basse Alexander Milev rejoint en 2009 l’école de l’Opéra national puis devient membre de la troupe. Il se produit en tant que soliste de l’opéra-studio de l’Académie nationale de musique de Kiev. Il a déjà remporté de nombreux prix dans son pays natal. Son répertoire assez large va des rôles de Don Basilio (Il Barbiere di Siviglia) à Alcindoro (La Bohème) en passant par le Prince Grémine (Eugène Onéguine). En concert, il chante les parties solistes du Requiem et de la Messe du Couronnement de Mozart, de la Messe en Do de Beethoven et de la Liturgie de saint Jean Chrysostome de Rachmaninov. Parmi ses engagements récents : Grémine à l’Opéra national de Kiev, le Capitaine et Zaretski à la Philharmonie du Luxembourg, Don Basilio, le Comte de Ceprano, Banco et le Moine à Kiev et le Bonze (Le Rossignol) au Concertgebouw. En 2015, il participe aux « Mozart de l’opéra » au Théâtre des Champs-Élysées. ■ ACT- O | 29 . 19
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L’Opéra des Nations s’ouvre à vous Théâtre de Genève et son chef Alan Woodbridge. À 16 h, venez danser avec le Ballet du Grand Théâtre de Genève : Présentation du nouveau duo chorégraphié par Jeroen Verbruggen puis animation chorégraphique de Nathanaël Marie à l’attention du public (sur inscription). À 18 h, un défilé de costumes créés par le Grand Théâtre de Genève, notamment pour les productions de cette saison 16-17. ■
© BRIDGEMAN IMAGES
roulé simplifié de cette journée. Toute la journée, des ateliers de bricolage dédiés au jeune public, espaces de maquillages et activités théâtrales. 3 rendez-vous de démonstration de divers effets de fumée et de lumières (11h, 14h, 17h). De 12 h à 14 h, visite de la salle, des coulisses, de la scène et de différents lieux techniques en compagnie des responsables techniques de l’Opéra des Nations. À 15 h, venez chanter avec le Chœur du Grand
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our celles et ceux qui tiennent entre leurs mains notre magazine ce 19 novembre, jour de sa parution dans le quotidien Le Temps, il est encore temps de nous rejoindre demain dimanche 20 novembre pour vivre notre Journée Portes ouvertes à l’Opéra des Nations de 11 h à 19 h. Afin que vous puissiez faire votre choix parmi les nombreuses activités que nous réaliserons, voici un dé-
Nos jeunes solistes en résidence visent les sommets
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Les vampires envahissent le Grütli scène de Frankenstein, morceaux choisis Olivier Lafrance [photo] et le neurologue Sebastian Dieguez [photo] se sont retrouvés autour d’un public attentif pour évoquer les différentes facettes liées à ce sujet. Souhaitant donner à ses publics toujours plus de clefs de lectures adaptées à ses productions, le Grand Théâtre poursuivra dans les mois qui viennent, au sein de lieux culturels genevois variés, l’élaboration de ce type d’événement. ■
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la Maison des Arts du Grütli, le 7 novembre dernier, dans le cadre de la production de Der Vampyr d’après l’œuvre de Heinrich Marschner, une collaboration entre le Théâtre du Grütli et le Grand Théâtre de Genève a donné lieu à une table ronde, émaillée d’illustrations musicales, consacrée à cette thématique. Le pianiste et chef d’orchestre de cette production Ira Levin, le metteur en
our faire écho à notre article de la page 19 nous sommes heureux de vous annoncer que deux des membres de notre Jeune troupe se sont particulièrement distingués ces derniers temps : Mary Feminear a été retenue pour auditionner le 13 novembre 2016, lors de la Sullivan Competition à New York. Bravo Mary ! Vous la retrouverez dans notre production de La Bohème dans le rôle de Musetta dès le 21 décembre 2016. Par ailleurs vous pourrez également apprécier le talent de Marina Viotti [photo] qui chante actuellement le rôle de Maddalena dans Rigoletto de Giuseppe Verdi au Luzerner Theater.La Première ayant eu lieu le 16 octobre, cette production sera donnée jusqu’au 2 décembre 2016. Rosette remarquée dans Manon et irrésistible complice d’Erwin Schrott le 29 septembre 2016, elle a reçu le 27 septembre 2016 une bourse culturelle destinée à soutenir les talents de demain de la prestigieuse Fondation Leenaards. ■ www.sullivanfoundation.org www.leenaards.ch
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À l’occasion de notre prochaine production de l’œuvre légendaire de Giacomo Puccini La Bohème, pendant les fêtes de fin d’année, pourquoi ne viendriez-vous pas passer le réveillon avec nous, dans le cadre convivial de l’Opéra des Nations pour un dîner agrémenté d’animations musicales. Consultez prochainement notre site afin de vous inscrire. ■ ■
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HERMÈS GRANDEUR NATURE
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