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Exposition « Les fleurs ne se taisent pas »

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GALLERY BRULHART

Contemporary Art by African Women

LES FLEURS NE SE TAISENT PAS

Exposition de groupe curatée par Mafoya Glélé Kakaï

LES FLEURS

NE SE TAISENT PAS

Dans un espace dʼart résolument dédié au féminisme intersectionnel, il est évident que les thèmes liés à lʼexclusion, voire oppression de la femme resurgissent régulièrement. La place de la femme, ou plutôt son absence, est un thème transversale questionné par toutes les artistes, à travers tous les thèmes, de la spiritualité à la sécurité en passant par lʼintégration (cf. misogynoir).

Lʼoppression de la femme reste en outre entourée de grands tabous. Cʼest surtout vrai pour les thèmes concernant le corps de la femme, et la santé sexuelle et reproductive. Ainsi lʼartiste Ethiopienne Kidist Degaffe thématise depuis des années les fistules obstétricales qui sont le résultat des mariages forcées précoces de filles et des accouchements précoces.

Maggy Dago, une photographe féministe ivoirienne qui a également exposé à plusieurs reprises à la Gallery Brulhart, est connue pour ces portraits émouvants de femmes afro-descendantes vivant en Europe. Le portrait de la comédienne Roukiata Ouedraogo incarne le passage de la blessure à la parole, en rendant hommage à une femme qui, ayant subi l’excision enfant, transforme sa douleur en puissance créatrice.

« Les fleurs ne se taisent pas » est une exposition dʼart conçue autour du thème des mutilations génitales féminines (MGF) par la créatrice et juriste féministe Mafoya Glélé Kakaï du Bénin. Lʼexposition réunit des artistes dont les pratiques, enracinées dans des contextes africains, interrogent la violence faite aux corps des femmes tout en ouvrant des espaces de parole, de mémoire et de réparation. Ce projet s’inscrit pleinement dans les axes de la galerie « action » et « intersectionnalité » en faisant dialoguer les arts visuels, la performance et la littérature comme instruments de résistance et de guérison collective.

La fleur, symbole fragile et universel, traverse l’exposition comme métaphore du corps féminin : parfois blessé, parfois triomphant, mais toujours vivant. Ce motif relie des œuvres diverses : peinture, technique mixte, photographie, vidéo, installation sonore et performance, où la beauté et la douleur cohabitent, rappelant que la mémoire des femmes est aussi celle d’une lutte et d’une transmission, expression du souhait profond que la pratique cruelle des MGF cesse, et que nos filles pourront grandir en toute sécurité et dignité.

Les œuvres de Owanto, Aida Silvestri, Mafoya Glélé Kakaï, et Awa Ndiaye ancrent le parcours dans la confrontation directe avec la violence : vulves mutilées, silhouettes silencieuses, voix retrouvées.

Les créations de Kidist Degaffe, Fatoumata Kouyaté, et Maggy Dago poursuivent cette exploration du corps, de la mémoire et de la renaissance, en tissant des liens entre couleur, texture et écriture. Enfin, Nourrath la Debboslameuse prolonge cette dynamique dans la performance, faisant vibrer la parole comme un acte de révolte et dʼaffirmation de soi.

Ainsi, « Les fleurs ne se taisent » pas propose un espace de résonance et d’engagement : un lieu où les blessures, les corps et les voix s’unissent pour dire que la beauté peut guérir, que la mémoire peut parler, et que la parole des femmes, une fois éclose, ne se tait jamais.

La performance de Roukiata Ouedraogo le 6 février 2026, Journée internationale contre les mutilations génitales féminines, sera le point culminant de cette exposition, donnant la parole aux femmes qui transforment la douleur en art vivant.

Mafoya Glélé Kakaï, Curatrice

FLOWERS DO NOT REMAIN SILENT

In an art space resolutely dedicated to intersectional feminism, it is evident that themes related to the exclusion and even oppression of women regularly resurface. The place of women, or rather their absence, is a cross-cutting theme explored by all the artists, across all themes, from spirituality to security and integration (see misogynoir).

The oppression of women also remains shrouded in taboo. This is particularly true when it comes to issues concerning womenʼs bodies and sexual and reproductive health. For years, Ethiopian artist Kidist Degaffe has been raising awareness of obstetric fistulas, which are the result of forced early marriages of girls and early childbirth.

Maggy Dago, an Ivorian feminist photographer who has also exhibited several times at Gallery Brulhart, is known for her moving portraits of women of African descent living in Europe. The portrait of actress Roukiata Ouedraogo embodies the transition from wound to voice, paying tribute to a woman who, having undergone female genital mutilation as a child, transformed her pain into creative power.

“Les fleurs ne se taisent pas” (Flowers Do Not Remain Silent) is an art exhibition conceived around the theme of female genital mutilation (FGM) by the feminist artist and lawyer Mafoya Glélé Kakaï from Benin. The exhibition brings together artists whose practices, rooted in African contexts, question violence against womenʼs bodies while opening up spaces for expression, memory and healing. This project is fully in line with the galleryʼs focus on “action” and “intersectionality” by creating a dialogue between the visual arts, performance and literature as instruments of resistance and collective healing.

The flower, a fragile and universal symbol, runs through the exhibition as a metaphor for the female body: sometimes wounded, sometimes triumphant, but always alive. This motif connects diverse works: painting, mixed media, photography, video, sound installation and performance, where beauty and pain coexist, reminding us that womenʼs memory is also one of struggle and transmission, expressing the deep desire that the cruel practice of FGM will cease, and that our daughters will be able to grow up in safety and dignity.

The works of Owanto, Aida Silvestri, Mafoya Glélé Kakaï, and Awa Ndiaye anchor the exhibition in a direct confrontation with violence: mutilated vulvas, silent silhouettes, rediscovered voices.

The creations of Kidist Degaffe, Fatoumata Kouyaté, and Maggy Dago continue this exploration of the body, memory, and rebirth, weaving links between colour, texture, and writing. Finally, Nourrath la Debboslameuse extends this dynamic into performance, making words vibrate as an act of rebellion and self-affirmation.

Thus, “The Flowers Do Not Remain Silent” offers a space for resonance and engagement: a place where wounds, bodies and voices come together to say that beauty can heal, that memory can speak, and that once women’s voices have blossomed, they will never be silenced.

The performance of Roukiata Ouedraogo on 6 February 2026, International Day Against Female Genital Mutilation, will be the highlight of this exhibition, giving voice to women who transform pain into living art.

Mafoya Glélé Kakaï, Curator

J’écris des livres, des chroniques et des spectacles que je joue aussi.

A travers mes créations, j’essaye de rendre hommage aux femmes qui se battent, surtout chez moi en Afrique. Mais je crois que les combats des africaines sont universels.

Dans mon spectacle, je parle de mon parcours de femme noire en France. Une Femme noire, avec des cheveux crépus, un accent crépu, une femme noire qui a été excisée à lʼâge de trois ans.

Je parle de cette blessure cruelle qui m’a été infligée et des questions qui me taraudent encore aujourd’hui. Pourquoi mʼa-t-on fait ça ? Je n’avais que trois an. De quoi étais-je coupable à cet âge-là pour mériter une telle punition ? Mais je pose ces questions avec humour, en imaginant le retour de mon clitoris. Serais-je prête à l’accueillir s’il revenait frapper à ma porte aujourd’hui ?

A travers cet exemple, je veux en réalité parler de toutes les formes de violence infligées aux femmes uniquement parce qu’elles sont femmes, parce quʼelles sont noires. Mais je ne veux pas présenter les femmes comme des victimes. Car je les crois au contraire très vaillantes, très courageuses, très combatives.

Maggy Dago est une photographe et activiste originaire de Côte d’Ivoire, qui vit aujourdʼhui en France. Lʼambition de lʼartiste est de créer un dialogue esthétique et conceptuel autour des trajectoires à la fois uniques et connectées des femmes afrodescendantes. Le projet Fragments, débuté en 2021, compte actuellement environ 150 photographies en noir et blanc prises dans diverses villes en Europe.

I write books, columns, and plays that I also perform.

Through my creations, I try to pay tribute to women who fight, especially those from my home, in Africa. But I believe that the struggles of African women are universal.

In my play, I speak about my journey as a Black woman in France. A Black woman with kinky hair, a thick accent, a Black woman who was subjected to female genital mutilation at the age of three.

I speak about this cruel wound inflicted on me and the questions that continue to haunt me even today. Why did they do this to me? I was only three years old. What crime could I have committed at that age to deserve such punishment? But I ask these questions with humour, imagining the return of my clitoris. Would I even be ready to welcome it back if it came knocking at my door today?

Through this example, I aim to address all forms of violence inflicted on women simply because they are women, because they are Black. But I do not want to portray women as victims. On the contrary, I see them as incredibly valiant, courageous, and combative.

Maggy Dago is an Ivory Coast-born photographer and activist living in France. Her ambition is to create an aesthetic and conceptual dialogue around the unique yet interconnected trajectories of women of African descent. The Fragments project, which began in 2021, currently comprises around 150 black-and-white photographs taken in various cities in Europe.

Fragments saison 3

Paris Septembre 2023

Roukiata
Photo numérique
60 × 40 cm

Degaffe

Née en Éthiopie en 1969, lʼartiste peintre Degaffe mène depuis 2006 un combat avec son « Art Endurance », démarche philosophique qui entame la naissance dʼune solution pour nos défis à travers lʼart et la culture. Un art-activisme qui lutte contre les quatre fléaux : le mariage précoce, lʼexcision, la fistule obstétricale et le génocide.

Degaffe sʼengage également dans les thèmes du 8 mars, dʼOctobre Rose, et de lutte pour lʼégalité et la justice. Ses œuvres parlent aussi de la migration et de lʼintégration.

Dans ses œuvres semi-figuratives métaphoriques elle attire lʼattention sur les sujets durs, avec une technique artistique qui sʼappuie sur lʼironie et le pathos. Tout nʼest pas gris, comme elle dit souvent, il y a de l’espoir…

Elle remercie sa maman qui a tristement passé par lʼacte barbare de lʼexcision, mais qui a dit « Non » pour ses filles. Degaffe salue les mères, les grand-mères, anciennes exciseuses, les parents qui disent « Non » à lʼexcision.

Dans Stop Excision, deux champs de disques convergents sur le sujet femme font tensions, tandis que lʼarrière-plan empêche le cri « STOP ». Mais cʼest en amplifiant ce cri, cette voix, que le défi à lʼexcision pourra trouver le piédestal dans les conversations internationales, car cet acte nʼest pas limité à un continent. La solution fleurit dans nos changements de paradigme.

Les œuvres de Degaffe se trouvent à Gallery Brulhart de Genève et à Skoto de New York. Elles font aussi partie des collections du Musée National dʼÉthiopie, du Musée de lʼImmigration de Lausanne et le Musée de Montreux. Son œuvre est en prêt au Musée dʼEthnographie de Genève. Degaffe est co-curatrice de groupe artistes Sankofa en Suisse.

Born in Ethiopia in 1969, painter Degaffe has been fighting since 2006 with her “Art Endurance”, a philosophical approach that seeks to find solutions to our challenges through art and culture. This art activism combats four scourges: early marriage, female genital mutilation, obstetric fistula and genocide.

Degaffe is also committed to the themes of 8 March, Pink October, and the fight for equality and justice. Her works also address migration and integration.

In her semi-figurative, metaphorical works, she draws attention to difficult subjects, using an artistic technique based on irony and pathos. Not everything is grey, as she often says, there is hope…

She thanks her mother, who sadly underwent the barbaric act of FGM, but who said “No” for her daughters. Degaffe salutes mothers, grandmothers, former excisers, and parents who say “No” to FGM.

In Stop Excision, two converging fields of discs on the subject of women create tension, while the background prevents the cry of “STOP” from being heard. But it is by amplifying this cry, this voice, that the challenge to excision can find its place in international conversations, because this act is not limited to one continent. The solution flourishes in our paradigm shifts.

Degaffeʼs works can be found at Gallery Brulhart in Geneva and Skoto in New York. They are also part of the collections of the National Museum of Ethiopia, the Immigration Museum in Lausanne and the Montreux Museum. Her work is on loan to the Geneva Museum of Ethnography. Degaffe is co-curator of the Sankofa artistsʼ group in Switzerland.

Stop Excision (2023)
Acrylique sur toile
40 × 30 cm

Mafoya Glélé Kakaï

Mutilée est une toile de Mafoya Glélé Kakaï qui dénonce les mutilations génitales féminines, violences que subissent encore de nombreuses filles et femmes en Afrique. Pour porter ce message, l’artiste a choisi l’hibiscus, fleur typique d’Afrique et des Caraïbes, afin de représenter le sexe féminin.

Le symbolisme employé fait sens : la couture évoque l’infibulation, tandis que le pistil coupé de l’hibiscus rappelle l’excision, deux formes majeures de MGF. Par cette représentation, la toile questionne les violences subies par les filles et les femmes et invite à la réflexion sur ce vécu.

Le choix de la fleur souligne l’inscription de l’artiste dans une démarche féminine qui utilise le langage symbolique de la fleur pour parler du corps et de l’intimité féminine, tout en dénonçant les violences qui le traversent.

Mafoya G. K. est une artiste multidisciplinaire béninoise. Descendante du roi Glélé du Danxomè, elle inscrit son travail dans une filiation symbolique avec les femmes et déesses de son héritage.

Son œuvre explore le corps des femmes noires, l’intime, la mémoire et les ambivalences du féminin. Elle y intègre sable, cauris, coquillages et perles, qui ancrent ses compositions dans une dimension organique et spirituelle. Poétesse performeuse, elle prolonge ces thématiques dans des textes où se mêlent désir, vulnérabilité et ancestralité.

Engagée pour les droits des femmes, elle a réalisé les œuvres officielles de la Semaine de la Dignité Menstruelle au Benin et du Dialogue pour l’Avortement Sécurisé en Afrique Francophone 2025 en Guinée Conakry.

Mutilée (Mutilated) is a painting by Mafoya Glélé Kakaï that denounces female genital mutilation, a form of violence that many girls and women in Africa still suffer. To convey this message, the artist chose the hibiscus, a flower typical of Africa and the Caribbean, to represent the female sex.

The symbolism used makes sense: the stitches evoke infibulation, while the cut pistil of the hibiscus recalls excision, two major forms of FGM. Through this representation, the painting questions the violence suffered by girls and women and invites reflection on this experience.

The choice of flowers emphasises the artistʼs feminine approach, which uses the symbolic language of flowers to talk about the female body and intimacy, while denouncing the violence that affects it.

Mafoya Glélé Kakaï is a multidisciplinary artist from Benin. A descendant of King Glélé of Danxomè, her work is symbolically linked to the women and goddesses of her heritage.

Her work explores black womenʼs bodies, intimacy, memory and the ambivalence of femininity. She incorporates sand, cowrie shells, seashells and pearls, which anchor her compositions in an organic and spiritual dimension. A performance poet, she extends these themes in texts that blend desire, vulnerability and ancestry.

Committed to womenʼs rights, she created the official artwork for the Menstrual Dignity Week in Benin, and for the Dialogue for Safe Abortion in Francophone Africa 2025 in Guinea Conakry.

Mutilée (2024)
Acrylique sur toile
80 × 80 cm

Lettres Vagabondes Fatou-Mata

Dans Rift Vulcain l’artiste explore les effets du réchauffement climatique sur les territoires ruraux et leurs populations, tout en interrogeant la condition des femmes au sein de ces espaces fragilisés. L’œuvre fonctionne comme une cartographie sensible des zones affectées par la raréfaction de l’eau, dont le recul redessine les paysages et bouleverse les modes de vie. Les veines bleutées du tableau représentent les derniers points d’eau, mais aussi un autre flux essentiel : le plaisir féminin, visé par les mutilations génitales féminines encore pratiquées dans plusieurs de ces régions.

L’artiste met ainsi en relation deux formes d’assèchement, celui de la terre et celui du corps, révélant comment climat, violence structurelle et oppression s’entrecroisent dans le quotidien des femmes. Paradoxalement, ce sont elles qui portent la charge hydrique. Cette tension irrigue la toile. L’oeuvre rappelle que la survie des communautés et celle des femmes obéissent à une même urgence : protéger ce qui coule, ce qui vivifie, ce qui résiste. Dans Rift Vulcain, désir et eau deviennent une géographie politique où la question de la durabilité reste centrale.

Fatoumata Kouyaté, alias Lettres Vagabondes Fatou-Mata, née en 1994 à Conakry, trace un parcours entre droit, communication politique et marché de l’art contemporain. Elle nourrit une pratique artistique ancrée dans le dessin et l’écriture, passions d’enfance longtemps perçues comme inaccessibles en Guinée. Écrivaine, elle développe Lettres vagabondes, série devenue son nom d’artiste et le socle de sa démarche. En 2023, elle reçoit le prix Mory Kanté et en 2024, elle est désignée nouvelle conteuse d’Afrique par Africa No Filter.

In Rift Vulcain, the artist explores the effects of global warming on rural areas and their populations, while questioning the status of women in these fragile environments. The work functions as a sensitive map of areas affected by water scarcity, whose decline is reshaping landscapes and disrupting ways of life. The blue veins in the painting represent the last remaining water points, but also another essential source: female pleasure, targeted by female genital mutilation, which is still practised in several of these regions.

The artist thus connects two forms of withering, that of the earth and that of the body, revealing how climate, structural violence and oppression intersect in womenʼs daily lives. Paradoxically, it is women who bear the burden of water. This tension permeates the canvas. The work reminds us that the survival of communities and women obeys the same urgency: to protect what flows, what gives life, what resists. In Rift Vulcain, desire and water become a political geography where the question of sustainability remains central.

Fatoumata Kouyaté, alias Lettres Vagabondes Fatou-Mata, born in 1994 in Conakry, has forged a career path combining law, political communication and the contemporary art market. Her artistic practice is rooted in drawing and writing, childhood passions long considered inaccessible in Guinea. As a writer, she developed Lettres vagabondes, a series that became her artist name and the foundation of her approach. In 2023, she received the Mory Kanté Prize and in 2024, she was named Africaʼs new storyteller by Africa No Filter.

Rift Vulcain (2024)
Technique mixte (acrylique, sel, maïs) sur toile
73 × 100 cm

Awa Ndiaye

Lʼœuvre Mutilation (2025) présente la particularité dʼêtre composée à la fois dʼune scène figurative et dʼabstraction géométrique. Lʼartiste a développé sa propre façon de créer des plans et de la profondeur en utilisant lʼoutil de la grille typographique, connue des graphistes, aux axes verticaux et horizontaux qui se croisent et qui est devenue la signature picturale dʼAwa Ndiaye depuis la fin de ses études à lʼÉcole Nationale des Beaux-Arts de Dakar en 2006.

Voyez-vous dans Mutilation la représentation du profil dʼune femme en larmes qui repose sa tête sur une main ? Cette image figurative pourrait faire lʼobjet dʼun exercice sur la Gestalt où la consigne serait « cherchez le positif », en termes visuels. Le symbole féminin est rendu visible par la présence de la cauri au centre droit de lʼœuvre, dont la fente sʼassimile à une lame coupante. Le symbole sert aussi comme œil au profil. Enfin, les couleurs empruntées par Awa Ndiaye et leurs répartitions sur la toile la rapprochent du mouvement du pop art, même si ses sujets de prédilection sont lʼenfance, la maternité et des scènes de la vie quotidienne des femmes sénégalaises comme leur participation au marché.

Awa Ndiaye est née en 1983 à Saboya à l’Est du Sénégal. Ses techniques préférées sont la céramique et la peinture. En 2023 elle a gagné le concours d’art de la société des eaux Sen’Eau. Ses œuvres participent en 2025 à l’exposition « Afrique, l’art d’hier à aujourd’hui » dans le Tarn en France.

The work Mutilation (2025) is unique in that it combines both figurative imagery and geometric abstraction. The artist has developed her own way of creating planes and depth using the typographic grid tool, familiar to graphic designers, with intersecting vertical and horizontal axes, which has become Awa Ndiayeʼs pictorial signature since she graduated from the École Nationale des Beaux-Arts in Dakar in 2006.

Can you see in Mutilation the representation of a woman in tears resting her head on her hand? This figurative image could be the subject of a Gestalt exercise where the instruction would be “look for the positive” in visual terms. The female symbol is made visible by the presence of the cowrie shell in the centre right of the work, whose slit resembles a sharp blade. The symbol also serves as the eye in the profile. Finally, the colours used by Awa Ndiaye and their distribution on the canvas bring her closer to the pop art movement, even though her favourite subjects are childhood, motherhood and scenes from the daily life of Senegalese women, such as their participation in the market.

Awa Ndiaye was born in 1983 in Saboya, in eastern Senegal. Her favourite techniques are ceramics and painting. In 2023, she won the SenʼEau water companyʼs art competition. In 2025, her works were featured in the exhibition “Africa, art from yesterday to today” in the Tarn region of France.

Mutilation (2025)
Acrylique sur toile
100 × 80 cm

Nourrath la Debboslam

Oraison funèbre de Nourrath la Debboslam est un texte fort, poignant et engagé, qui donne la parole à celles quʼon a trop souvent fait taire : les femmes et les filles victimes de mutilations génitales féminines.

À travers un slam vibrant, Nourrath explore la douleur silencieuse, les traditions destructrices, le poids de la honte et la souffrance héritée, tout en dénonçant une pratique qui vole l’innocence, marque les corps et brise les voix. C’est un chant de révolte et de mémoire, un hommage aux survivantes, un appel à la conscience collective.

Les mots tranchent autant que les lames. Mais dans cette oraison, il y a aussi de la lumière, de l’espoir et la promesse d’un monde où les filles pourront grandir entières, en sécurité, dans la dignité.

Bercée par la culture peulh, Nourrath s’exprime aussi bien en sa langue maternelle qu’en français. Son écriture puise dans son vécu, son environnement et les traditions qui l’ont façonnée, donnant naissance à une poésie ancrée, sensible et résolument engagée. Figure pionnière du slam féminin au Niger, Nourrath crée le concept Debboslam – le slam au féminin, une initiative dédiée à l’encouragement des jeunes filles à investir la littérature et le slam comme outils d’émancipation et de transformation sociale.

Nourrath est membre du collectif de slameurs nigériens Plume du Sahel et fondatrice de l’ONG DEBBO’ARTS, dédiée à la promotion de l’art féminin. Elle fait également partie du collectif SO’Niger, œuvrant pour les droits des femmes, et du Collectif des Artistes Panafricains (CAP) initié par MAIWAY en Côte d’Ivoire.

Nourrath La Debboslamʼs funeral oration is a powerful, poignant and committed text that gives a voice to those who have too often been silenced: women and girls who are victims of female genital mutilation.

Through a vibrant slam, Nourrath explores silent pain, destructive traditions, the weight of shame and inherited suffering, while denouncing a practice that steals innocence, marks bodies and breaks voices. It is a song of rebellion and memory, a tribute to survivors, a call to collective consciousness.

Words cut as deeply as blades. But in this prayer, there is also light, hope and the promise of a world where girls can grow up whole, safe and in dignity.

Nourrath, who grew up immersed in Fulani culture, is equally fluent in her mother tongue and French. Her writing draws on her experiences, her environment and the traditions that have shaped her, giving rise to poetry that is grounded, sensitive and resolutely committed. A pioneering figure in female slam poetry in Niger, Nourrath created the Debboslam concept –slam poetry for women – an initiative dedicated to encouraging young girls to embrace literature and slam poetry as tools for emancipation and social transformation.

Nourrath is a member of the Nigerien slam poetry collective Plume du Sahel and founder of the NGO DEBBO’ARTS, dedicated to promoting womenʼs art. She is also part of the SO’Niger collective, working for womenʼs rights, and the Collectif des Artistes Panafricains (CAP) initiated by MAIWAY in Côte dʼIvoire.

Oraison funèbre (2024)
Video clip (6 min.)

Owanto

When Gabonese contemporary artist Owanto discovered old photographs of an Female Genital Mutilation (FGM) ceremony in a family album she inherited, she gently put them away in what she refers to as « the forgotten drawer ». She was disturbed by such a discovery. Days later, she returned to the forgotten drawer and began to question the existence of these photographs. She quickly learned that FGM is a global phenomenon that is still very present in today’s society and was compelled to act.

One Thousand Voices is an immersive audio art installation which stands in solidarity with those affected by FGM and breaks the taboo of silence surrounding the issue. The project is a collection of over 300 audio testimonies in over 24 languages from FGM survivors aged fourteen to seventy from thirty-six countries worldwide such as Kenya, Tanzania, Somalia, Sierra Leone, Nigeria, Gambia, Mauritania, India, Singapore, Bahrain, Iran, Egypt, UK, Germany, USA and Canada.

One Thousand Voices is an immersive sound display produced by Owanto in collaboration with journalist Katya Berger, the artist’s daughter. Symphonic in the installation, their voices were first recorded on phones, and sent to Owanto via apps, before they were digitally edited and collaged together with the crackling sound of a broken record. The effect the loop creates, is that of an immemorial line of women. Having gone through similar rites of passage, their pain reverberates, at times dissonant, but often in unison, in the ears of the listener.

Owanto is a multi-cultural Gabonese artist. Her multidisciplinary practice emerges from a 40-year career where she explores a variety of media, including photography, sculpture, painting, video, sound, installation and performative works. A practice that enables her to engage with consciousness through the notion of memory, both personal and collective.

In 2009, Owanto represented the Republic of Gabon at the 53rd Venice Biennale with a solo show entitled « The Lighthouse of Memory – Go Nogé Mènè », being the very first artist from Central Africa to exhibit solo in a National Pavillon.

As the daughter of a Gabonese mother and French father, influenced by Africa, Europe, colonialism and the earth, the artist explores cross-cultural and transhistorical dialogues. She seeks to interrogate the meaning of existence and of her personal and shared history.

Her last projects focused on the female condition, emancipation and the breaking of silence. The artist creates a listening platform for women within cultural institutions introducing a shift in narrative and hegemonic discourse.

Her work has been exhibited in numerous international institutions, galleries and contemporary art fairs. Please refer to https://www.owanto.com

One Thousand Voices (2018) Sound installation (educational version of 13 min 40 s of the artwork, edited from the original 2 h 45 min installation)

Lorsque lʼartiste contemporaine gabonaise Owanto a découvert de vieilles photos dʼune cérémonie de Mutilations Génitales Féminines dans un album de famille dont elle avait hérité, elle les a délicatement rangées dans ce quʼelle appelle « le tiroir oublié ». Cette découverte lʼavait profondément troublée. Quelques jours plus tard, elle est retournée dans le tiroir oublié et sʼest interrogée sur lʼexistence de ces photos. Elle a rapidement compris que les MGF étaient un phénomène mondial encore très présent dans la société actuelle et sʼest sentie obligée dʼagir.

One Thousand Voices est une installation artistique audio immersive qui exprime sa solidarité avec les personnes touchées par les MGF et brise le tabou du silence qui entoure cette problématique. Le projet rassemble plus de 300 témoignages audio en plus de 24 langues, recueillis auprès de survivantes des MGF âgées de 14 à 70 ans et originaires de 36 pays à travers le monde, notamment le Kenya, la Tanzanie, la Somalie, la Sierra Leone, le Nigéria, la Gambie, la Mauritanie, lʼInde, Singapour, Bahreïn, lʼIran, lʼÉgypte, le Royaume-Uni, lʼAllemagne, les États-Unis et le Canada.

One Thousand Voices est une installation sonore immersive produite par Owanto en collaboration avec la journaliste Katya Berger, fille de lʼartiste. Symphoniques dans lʼinstallation, leurs voix ont dʼabord été enregistrées sur des téléphones, puis envoyées à Owanto via des applications, avant dʼêtre éditées numériquement et assemblées avec le crépitement dʼun disque rayé. Lʼeffet créé par la boucle est celui dʼune lignée immémoriale de femmes. Ayant traversé des rites de passage similaires, leur douleur résonne, parfois dissonante, mais souvent à lʼunisson, dans les oreilles de lʼauditeur.

Owanto est une artiste gabonaise multiculturelle. Sa pratique multidisciplinaire est le fruit dʼune carrière de 40 ans au cours de laquelle elle a exploré divers médias, notamment la photographie, la sculpture, la peinture, la vidéo, le son, lʼinstallation et les œuvres performatives. Une pratique qui lui permet dʼaborder la conscience à travers la notion de mémoire, tant personnelle que collective.

En 2009, Owanto a représenté la République du Gabon à la 53e Biennale de Venise avec une exposition solo intitulée « Le phare de la mémoire – Go Nogé Mènè », devenant ainsi la toute première artiste dʼAfrique centrale à exposer en solo dans un pavillon national.

Fille dʼune mère gabonaise et dʼun père français, influencée par lʼAfrique, lʼEurope, le colonialisme et la terre, lʼartiste explore les dialogues interculturels et transhistoriques. Elle cherche à interroger le sens de lʼexistence et de son histoire personnelle et commune.

Son travail a été exposé dans de nombreuses institutions internationales, galeries et foires dʼart contemporain. Veuillez consulter le site

https://www.owanto.com

Aida Silvestri

Aida Silvestriʼs work explores the practice of female genital mutilation (FGM). Working closely with the UK NHS and the WHO, she has developed her own distinct set of categories informed by research from affected individuals. Each category is represented by a unique leather piece that depicts the various stages of tissue removal by FGM.

Silvestri discovered that the majority of FGM cases in the UK are diagnosed during pregnancy or labour. She thus wants to raise awareness in the hope that women and girls, who may not realise the severity or the kind of FGM type they have, are encouraged to attend early screening processes before an emergency occurs.

Aida Silvestri is an interdisciplinary artist and educator of Eritrean descent based in the UK. She is known for her multifaceted mixed-media artworks that explore themes of displacement, race, class, identity, and health. Silvestriʼs work amplifies marginalised voices and raises awareness of human rights issues and representational politics in the arts.

Silvestriʼs work has been featured in notable venues including the Somerset House, South London Gallery, and Autograph in the UK; Paris Photo (France), Haus der Kunst Munich (Germany), FotoFest Biennal Houston (USA), and the Met New York (USA). Her pieces are included in many prominent collections, such as the Deutsche Börse Photography Foundation and the Walther Collection, which was recently donated to the Met in New York.

Le travail dʼAida Silvestri explore la pratique des mutilations génitales féminines (MGF). En étroite collaboration avec le NHS britannique et lʼOMS, elle a développé ses propres catégories, basé sur les recherches menées auprès des personnes concernées. Chaque catégorie est représentée par une pièce en cuir unique qui illustre les différentes étapes de lʼablation des tissus par les MGF.

Silvestri a découvert que la majorité des cas de MGF au Royaume-Uni sont diagnostiqués pendant la grossesse ou lʼaccouchement. Elle souhaite donc sensibiliser le public dans lʼespoir que les femmes et les filles, qui ne réalisent peut-être pas la gravité ou le type de MGF dont elles sont victimes, soient encouragées à se soumettre à des dépistages précoces avant quʼune urgence ne survienne.

Aida Silvestri est une artiste interdisciplinaire et éducatrice dʼorigine érythréenne basée au Royaume-Uni. Elle est connue pour ses œuvres dʼart mixtes aux multiples facettes qui explorent les thèmes du déplacement, de la race, de la classe sociale, de lʼidentité et de la santé.

Le travail de Silvestri amplifie les voix marginalisées et sensibilise le public aux questions des droits humains et à la politique de représentation dans les arts.

Les œuvres de Silvestri ont été exposées dans des lieux prestigieux tels que Somerset House, South London Gallery et Autograph au Royaume-Uni, Paris Photo (France), Haus der Kunst Munich (Allemagne), FotoFest Biennal Houston et Met New York (États-Unis). Ses œuvres font partie de nombreuses collections prestigieuses, telles que la Deutsche Börse Photography Foundation et la Walther Collection, qui a récemment fait don de ses œuvres au Met de New York.

Unsterile Clinic FGM Types (2023) Stitched and

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Exposition « Les fleurs ne se taisent pas » by GalleryBrulhart - Issuu