Témoignages & Dossiers
Bulletin trimestriel d’information n°140 Hiver 2018
Tous maillons de la solidarité
Les alliés du changement
Yves Altazin Directeur de Frères des Hommes
Chez Frères des Hommes, nous avons une ambition : que la société change afin que cesse l’exploitation des vulnérabilités qui engendre pauvretés et injustices et détruit la planète. Et nous en sommes convaincus : pour que la société change, pas besoin de femme ou d’homme providentiel, de grand leader ou de minorité éclairée, qui se donneraient pour mission de trouver les solutions pour le reste de l’humanité.
Non, le changement ne s’o père vraiment que si les femmes et les hommes qui vivent dans des situations de vulnérabilité et de précarité ont les capacités de contribuer à ce changement. Mais face aux conservatismes qui entendent préserver les situations de pouvoir, ces populations sont déconsidérées et mises en marge de la société. Esseulées, elles ne peuvent être actrices de changement. C’e st là qu’intervient l’a lliance créée par Frères des Hommes, là où nous avons toutes et tous un rôle à jouer. Ce qui caractérise cette alliance ? Ce qui la rend efficace ? Une volonté commune de ne pas reproduire de rapports de domination, une volonté de se donner un pouvoir d’a gir individuel et surtout collectif. Et une certitude : n’a ttendons pas, l’innovation viendra de notre capacité à être solidaires, humanistes, bienveillants, respectueux de toutes les femmes et de tous les hommes. Ce n’e st pas une utopie mais bien une réalité du quotidien : nous sommes tous en capacité de nous mettre en lien, d’a gir. Cette chaîne de solidarité est solide de tous les maillons qui la composent. Il est faux de considérer que la solidité d’une chaîne se mesure à son maillon faible. Quand les maillons se multiplient en parallèle, c’e st toute la chaîne qui devient forte, indestructible. Nous sommes toutes et tous invités à rejoindre cette chaîne d’a lliance solidaire que représente Frères des Hommes. Où que nous soyons, qui que nous soyons, à Paris, en province, à l’é tranger, salarié, bénévole, volontaire, donateur, animateur, formateur, habitant à Lima, sur les haut plateaux d’Haïti, sur les collines du Rwanda, retraitées en Inde… Cette chaîne de solidarité qui nous lie aux populations en situation de grande vulnérabilité va très loin. En donnant la parole aux femmes et aux hommes qui s’y retrouvent, nous avons voulu illustrer cette alliance solidaire du quotidien. Ce journal est une invitation à parcourir cette chaîne dont le premier maillon est certainement vous-mêmes, donatrices et donateurs de Frères des Hommes.
Frères des Hommes 2, rue de Savoie 75006 Paris 01 55 42 62 62 - fdh@fdh.org - www.fdh.org Directeur de publication : Luc Michelon Contributeurs : Y. Altazin, A-M Diény, M. Guimberteau et B. Roget Imprimé par Siman dans le respect de l’environnement PEFC / 10-31-1543 / Imprim’Vert Mise en page © Loraine Forletta Photos © Frères des Hommes Réf. 18-TD4 Avec le soutien de l’Agence française de développement.
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La chaîne de la solidarité de Frères des Hommes Donateurs mmes o H s e d s e r è r F de
nte Équipe permane à Paris
Populations en érabili té ln situation de vu arité d i l o s e d s e r i a t Vo l o n internationale ateurs m i n ’a d s e p i u q É et formateurs
Responsables nger a d u p r o j e t à l ’é t r 3
Pérou
La « famille » de Lima
La transmission de la solidarité, nous vous proposons de la débuter au Pérou, à Lima, auprès de notre partenaire Cenca que Marie Bouret a rejoint en 2016 comme volontaire de Frères des Hommes.
Elle est en quelque sorte le maillon entre les deux organisations : Je suis sur place, dit-elle, pour renforcer le lien entre Frères des Hommes et Cenca, pouvoir échanger des informations et partager des visions plus facilement. J’ai deux types de quotidien : au siège, mettre en place le projet et sur place dans le quartier de Mariátegui, travailler avec les femmes pour des formations, des points individuels avec elles. » Bien que très éloignée géographiquement, Marie a pleinement conscience de l’impact des donateurs de Frères des Hommes dans son travail : Les actions menées aujourd’hui ne sont pas possibles au vu de la situation actuelle du système éducatif péruvien, les associations ont besoin d’aller plus loin, le soutien financier est nécessaire pour les formations. En France c’est très facile, mais ça n’est pas du tout le cas au Pérou. »
Participantes au projet Habla Mujer lors d’une réunion hebdomadaire
Un lien horizontal Entre le siège de Cenca dans le centre-ville de Lima et le quartier de Mariátegui, il faut compter 1h30 de trajet vers les hauteurs de la ville. L’é quipe de Cenca partage pourtant un lien très étroit avec les femmes qu’e lle accompagne. C’e st sa vision de la transformation sociale qui a permis de construire ce lien. Cenca estime qu’il faut travailler main dans la main, promouvoir la participation, déléguer la responsabilité pour que le changement se crée. C’e st ce qu’o n appelle « el modo Cenca ». Abilia Ramos Alcantara est habitante de Mariátegui, elle a récemment intégré l’é quipe de Cenca comme animatrice : On valorise l’opinion de chacun. On ne fait pas de différence, on écoute avec attention. On partage pour pouvoir discuter, à la différence d’autres organisations qui se comportent comme des étrangers avec la population. Nous, on monte dans les parties hautes* du quartier. On est avec les familles. » C’e st un travail de maillage auquel s’a ttache notre partenaire, car pour développer le quartier où il intervient, il faut d’a bord le connaître, rencontrer ses habitants et gagner leur confiance. Alberto Amanzo Escalante, sociologue, est membre de l’é quipe de Cenca depuis 20 ans : Moi j’ai trouvé dans cette organisation une relation horizontale avec les gens, une manière respectueuse de leur parler sans tenir compte de leur situation sociale ou même de leurs croyances. Ça m’a marqué et ça me marque encore. Je crois que ça explique le rapport de confiance que nous réussissons à construire avec la population. » Un sentiment partagé par les femmes de Mariátegui qui elles aussi pensent pouvoir soutenir Cenca en retour. Vilma Cruz Gamonal habite dans les hauteurs du quartier : Je ne reste pas seule avec ce que je sais, je ne suis pas dans une posture où je vais beaucoup recevoir et je ne donne rien. Du coup je partage autour de moi, je parle avec mes voisins de ce que fait Cenca et certains les rejoignent. » * Zone du quartier de Mariátegui où se trouvent les familles les plus vulnérables. 4
Inde
Tout en horizontalité
Travailleuses retraitées accompagnées par Fedina, son directeur est au centre de la photo
Relions maintenant Lima à Bangalore, dans le sud de l’Inde, où vit Cyril Hamel, récemment arrivé comme volontaire de solidarité internationale pour Frères des Hommes auprès de Fedina.
Je vais participer, dit-il, aux actions de Fedina qui opère dans un contexte social très complexe. Ce sont des pratiques qui sont partagées au sein de Frères des Hommes et de ses partenaires. » Les pratiques de Fedina se distinguent par deux principes : le temps et le lien. C’e st Usha Ravikumar, coordinatrice de l’o rganisation, qui en parle : Notre approche est de faire beaucoup de travail d’animation, nous allons chez les gens jusqu’à ce qu’ils se sentent en confiance. On les rencontre de manière personnelle, ensuite on élargit ces rencontres au voisinage avec des réunions en petits groupes. Ils se sentent libres, certains restent tout au long des réunions, d’autres partent. C’est par le collectif que nous mettons en place nos projets. » Ce travail d’a pproche et de proximité est confié à ceux que Fedina appelle les « animateurs-militants ». Ils sont très principalement issus du même environnement que les populations qu’ils accompagnent (souvent des travailleurs précaires) et quotidiennement à leur contact. Ils planifient et animent les réunions ou encore organisent les différentes formations juridiques ou citoyennes. Rihana Basheer Makandar est animatricemilitante au sein de l’é quipe de Fedina à Bijapur, au nord de l’é tat du Karnataka : Les liens entre Fedina Bijapur et Fedina Bangalore sont très importants, nous recevons un soutien de la part de l’équipe centrale de Fedina. Elle connaît les lois, elle transmet les informations à Prabhugouda Patil (le coordinateur local) qui lui-même me les transmet. »
« On apprend d’eux » Fedina ne se pose pas en donneur de solutions mais se situe au contraire dans la position de celui qui apprend des populations qu’il défend, sinon les travailleurs nous regardent comme ceux qui vont régler les problèmes, dit Usha ; on ne parle pas de conscientisation dans les premiers contacts, nous n’amenons pas de prospectus par exemple ». C’e st un travail tout en horizontalité qui est mené, petit à petit on essaye de comprendre leur situation, ce qu’ils savent. On apprend d’eux en fait, de leur réalité, des conditions de travail, ensuite on leur parle des lois, de leurs droits ». Quelquefois, continue Rihana Basheer Makandar, je discute avec les travailleurs comme si j’étais leur belle-fille ! C’est le genre de relation que j’entretiens avec eux, quand elle est établie, c’est comme au sein d’une famille ou entre amis, ils acceptent et comprennent. » Et à la question : Qu’est-ce que tu préfères dans ton travail d’animatrice-militante ? », elle répond : Secouer le gouvernement ! Car le gouvernement n’écoute pas nos droits ou nos demandes, c’est pour ça qu’on veut le secouer. »
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Sénégal
« L’UGPM leur appartient »
La responsable d’un groupement paysan et une animatrice de l’UGPM, au milieu et à droite de la photo
Nous avons rejoint maintenant la campagne sénégalaise, où se poursuit notre route. En tant que donateur en France, on donne du sens, je pense, on soutient une action, le monde n’est plus fermé, on peut être impacté par ce qui se passe ailleurs. Quand on croit à quelque chose, mais quand on ne peut pas être sur place, c’est un moyen de dire qu’on est d’accord. »
Ces mots sont ceux de Marie-Pierre Djekou, volontaire de solidarité internationale pour Frères des Hommes auprès de l’UGPM (Union des Groupements Paysans de Meckhé). Sur place (à 3h de voiture au nord-est de Dakar) depuis maintenant un an, elle participe à l’a nimation du projet mené avec Frères des Hommes. Elle est le témoin privilégié de la relation entre le mouvement paysan et les populations qu’il accompagne : Quand l’UGPM va dans des villages, dit-elle, pour animer des séances d’information ou même des formations, elle donne toujours la parole aux personnes, elle les écoute et ensuite elle oriente ses actions. » Pour cela, affirme Ndiakhate Fall, le directeur de l’UGPM, notre association s’est structurée de manière à être très proche des populations et des communautés. On veut toujours que les membres de l’équipe soient en contact avec les paysans, qu’ils mettent en place un dialogue, une concertation permanente pour que les gens sachent qu’ils sont membres de l’UGPM et que l’UGPM leur appartient. Je pense que c’est extrêmement important dans ce lien de solidarité parce qu’au-delà d’un soutien économique, il y a la fonction sociale à jouer pour maintenir cette confiance entre l’UGPM et ses membres. » Le rôle des animateurs est ici essentiel dans la construction du lien, que ce soit les animateurs dits « centraux », tous paysans, basés au siège de l’a ssociation ou les animateurs locaux qui habitent directement dans les villages. Je travaille avec les animateurs centraux, ils sont très accessibles, dit Anta Ba, une animatrice locale.
« On fonctionne selon le vécu des paysans » On se croise beaucoup. Je transmets les infos de l’UGPM au chef du groupement paysan auquel j’appartiens. » La transmission se fait aussi par le biais de formations en commun des animateurs locaux et de ceux basés au siège. C’est très bénéfique, dit Serigne Moustapha Niang, animateur local, parce qu’on bénéficie de leur expérience, et on compare avec ce que nous on connaît aussi. Par exemple, sur l’agroécologie, ça semble être un nouveau mot mais nous on la pratique en fait depuis longtemps. » L’UGPM suit de près l’é volution des paysans. Les groupements font remonter des informations sur leur situation par le biais des animateurs locaux, qui retransmettent aux animateurs basés au siège, lesquels en font part à l’é quipe de l’UGPM. On fonctionne selon le vécu des paysans, dit Ndiakhate Fall, ça nous permet d’élaborer des documents de plaidoyers » défendus ensuite par l’o rganisation paysanne et ses partenaires sénégalais, au niveau national et international.
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Haï ti
« J’ai fait le choix d’être près des paysans » L’idée de faire du lien n’est pas un vain mot au MPP (Mouvement paysan Papaye), elle fait partie de son « ADN » et est présente depuis longtemps dans les campagnes haïtiennes. En témoigne le « Konbit », une tradition d’entraide que le projet avec Frères des Hommes (mené entre 2014 et 2018) a renforcée et structurée. Le mouvement paysan fonctionne sur un système de transmission du savoir en continu. Son équipe pédagogique forme des animateurs et des agroécologistes en mettant en avant leur savoir-faire et savoirêtre, c’e st la « philosophie » du MPP. Comme le dit Jean-Claude Monérot, un des formateurs du mouvement, un formateur apprend chaque jour avec les paysans. Ils ont déjà un savoir, même si le paysan en face de soi ne sort pas de l’école. Le paysan va me faire comprendre comment il a procédé et moi avec mon savoir universitaire je reformule ». À leur tour, les agroécologistes transmettent leurs connaissances, c’e st le cas d’Hyppolite Jean Bernard, formé en 2016 : Je ne fais pas l’égoïste et je partage, dit-il, cette formation m’a été donnée sans contrepartie, alors c’est le minimum de partager. Et puis on promeut une agriculture saine, alors l’objectif c’est de diffuser largement. » La mise en place des brigades agro-sylvicoles participe à cette volonté de transmettre. Chaque agroécologiste formé est amené à créer une brigade. Ses membres, en général une dizaine de personnes, vont selon les périodes préparer les sols de chacun ou entretenir les parcelles.
« Tout par le dialogue » De leur côté, les animateurs, après avoir été formés par le MPP, forment ensuite les paysans. Ils créent de cette manière une cohésion et une dynamique autour d’un « groupement » d’une dizaine de paysans qu’ils accompagnent (suivi des activités, sensibilisation à leurs droits). Emmanuel Joseph est animateur dans la commune de Mirebalais : Je sensibilise les paysans sur différentes thématiques, comme la gestion des conflits par exemple, dit-il, pour que les paysans comprennent mieux leur situation et qu’ils travaillent en solidarité entre eux. C’est tout un processus, on fait tout par le dialogue. » C’e st dans ce dialogue que s’e st immergée pendant 3 ans Sarah Hopsort, comme volontaire de Frères des Hommes. Elle a notamment participé à mettre en place la méthode pour « l’a nalyse du changement social », qui permet d’o bserver l’impact concret dans la vie des populations participant à un projet. Cette volonté de changement, Juslène Tyresias, directrice adjointe du MPP, l’a en tête depuis longtemps : Mes parents sont et seront toujours paysans. J’ai fait le choix d’être près des paysans, d’être disponible, de pouvoir transférer mes compétences, pour qu’ils vivent dignement. Il est primordial d’arriver comme ça à la transformation sociale de notre pays. »
Emmanuel Joseph, animateur du MPP lors d’une formation avec des paysans
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Donateur de Frères des Hommes,
un maillon essentiel de la solidarité Il y a plus de 50 ans, Armand Marquiset, fondateur de Frères des Hommes, activait le premier maillon d’une chaîne de solidarité au profit des populations démunies d’Inde. Depuis lors, cette chaîne n’a cessé de prendre de l’a mpleur pour donner place à une alliance solidaire forte. Aujourd’hui avec Frères des Hommes, chacun peut en devenir un maillon, et ensemble nous pouvons agir et lutter contre la pauvreté et les injustices. Et vous, cher donateur, chère donatrice, vous jouez un rôle essentiel dans ces perspectives de changement ! Un lien vous unit avec les paysans sénégalais, haïtiens, les travailleuses domestiques indiennes ou encore les artisanes péruviennes. Ce lien peut vous sembler lointain, il est pourtant bien réel. Réel car votre générosité est un soutien moral fondamental à ces populations en situation de vulnérabilité. Réel aussi car votre don est le maillon déclencheur de cette alliance solidaire. Oui, votre engagement est utile, votre implication a du sens, votre générosité contribue à tisser les liens de la solidarité. Pour aujourd’hui comme pour demain, merci d’activer ce lien, merci d’être à nos côtés dans cette chaîne d’alliance solidaire.
Pour prolonger le lien nous sommes vos interlocuteurs privilégiés Bénédicte Roget, responsable collecte de fonds & relation donateurs Eddy Lebreton, chargé de gestion dons & legs
Votre reçu fiscal 2018 m il est encore te
p s !
Pour les dons par chèque (bancaire ou postal) : Vous pouvez nous adresser vos chèques jusqu’au 20 janvier 2019 en prenant soin de les dater au 31 décembre 2018.
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Avec le prélèvement à la source de l’impôt sur le revenu, rien ne change : vous bénéficierez toujours d’une réduction de 66% du montant de votre don, dans la limite de 20% de votre revenu net imposable.
Élodie Carl, chargée de communication donateurs Dons, legs, reçus fiscaux, informations sur les projets ou Frères des Hommes, nous sommes à l’é coute de vos questions et demandes : 01 55 42 62 64 dons@fdh.org Frères des Hommes - 2 rue de Savoie - 75006 Paris
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