Se structurer en collectif pour gagner en pouvoir d’agir
6 pratiques d’accompagnement des collectifs
Sommaire
Collectif Former pour Transformer - 2020 Ce document est mis à disposition selon les termes de la Licence Creative Commons Attribution - Pas d’Utilisation Commerciale - Pas de Modification 4.0 International. Vous êtes libres de reproduire, distribuer et communiquer ce document au public. Néanmoins, vous devez respecter les conditions suivantes : vous devez citer le nom de l’auteur original de la manière indiquée par l’auteur ou autrice de l’œuvre ou le titulaire des droits qui vous confère cette autorisation (mais pas d’une manière qui suggérerait qu’ils ou elles vous soutiennent ou approuvent votre utilisation de l’œuvre) ; vous n’avez pas le droit d’utiliser ce document à des fins commerciales ; vous n’avez pas le droit de modifier, de transformer ou d’adapter ce document. Le texte intégral du contrat est disponible à l’adresse suivante :
1 Introduction 2 Le diagnostic communautaire pour impulser des dynamiques 3 Les pratiques de formation à destination des des collectifs 4 Le suivi et l’accompagnement des collectifs 5 L’ouverture et la mise en lien des collectifs 6 Le financement des collectifs 7 Des pratiques de restitution et de médiatisation des collectifs 8 Récapitulatif
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http://creativecommons.org/licenses/by-nc-nd/4.0
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Se structurer en collectif pour gagner en
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Introduction
POUVOIR D'AGIR
« La structuration en collectif pour gagner en pouvoir d’agir » est au cœur de la vision politique pour la transformation sociale du Collectif Former pour Transformer.
Pourquoi est-ce important ? La constitution de groupes ou de collectifs vient souvent accompagner des formations émancipatrices. C’est une manière de poursuivre l’apprentissage en mettant l’accent sur le passage à l’action. Pour les populations en situations de vulnérabilités, le groupe ou le collectif est un espace qui va le former mais aussi auquel il va contribuer. La force du collectif permet à ses membres de prendre conscience de certains rapports sociaux ou relations qui les enferment, et d’agir dessus collectivement.
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Le collectif, c’est aussi un tremplin vers le changement social.
4 livrets commeSUPPORTS
L’émancipation ne suffit pas à combattre les rapports de domination et à changer la société. Ce sont les actions collectives solidaires qui y contribuent. Une fois fonctionnels dans leurs contextes, les collectifs peuvent se saisir d’opportunités ou impulser des projets qui participent à créer d’autres façons de vivre ou de produire de la richesse. Pour toutes ces raisons, les collectifs de populations font l’objet d’une grande attention de la part des organisations membres du Collectif Former pour Transformer1.
Voici 4 livrets, comme 4 coups de projecteur pour mieux comprendre les façons de faire des équipes de l’APEF, de CENCA et de l’UGPM.
Destinés aux animateurs et aux formateurs, ces livrets partagent des leçons apprises et des questionnements afin d’améliorer l’accompagnement de collectifs. En espérant que cela inspire celles et ceux qui y travaillent au quotidien !
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Le Collectif Former pour Transformer créé sous l’impulsion de Frères des Hommes, rassemble en 2020 : MPP (Haïti), CENCA (Pérou), UGPM (Sénégal), APEF (RDC), Duhamic-AdriRwanda), Adenya (Rwanda), Fédina (Inde), Batik International (France), Frères des Hommes (France).
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de
réflexion
1 Des collectifs pour s’émanciper !
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Gouvernance et prévention des rapports de domination dans les collectifs
Six pratiques d’accompagnement des collectifs
4 Les processus de structuration en collectif
Plus spécifiquement ce livret porte sur 6 pratiques d’accompagnement des collectifs : diagnostic communautaire, formation, suivi et accompagnement, ouverture et mise en lien, financement, restitution/médiatisation.
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Une capitalisation croisée comme méthode d’apprentissage
2019 2018
2017 Séminaire de lancement du Collectif Former pour Transformer. Le sujet « La structuration des collectifs de populations » est choisi comme axe d’apprentissage.
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2020
Animation d’un cycle de webinaires. Le sujet s’affine ! Nouveau séminaire du Collectif Former pour Transformer. Un premier groupe de travail se constitue. Lancement de la capitalisation croisée. Cartographie des pratiques et expériences des organisations membres du groupe de travail.
Animation d’ateliers et d’entretiens auprès de collectifs de populations au Sénégal, Pérou et en RDC. APEF, CENCA et UGPM s’organisent en interne pour animer leurs capitalisations et rédiger leurs synthèses. Nouveau séminaire du Collectif Former pour Transformer. Les 3 organisations partagent les enseignements tirés de leurs capitalisations. L’analyse transversale est amorcée.
Des apprentissages pour l’APEF, CENCA, l’UGPM et pour les autres membres du Collectif ! L’analyse transversale est rédigée2 et prend la forme de 4 livrets. Des productions par organisation sont réalisées. 2
Jean-Eudes BEURET, consultant indépendant, a apporté un appui méthodologique à Frères des Hommes et a rédigé lʼanalyse transversale.
Les 3 organisations
au de la
capitalisation
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Ces UPC sont un moyen pour accélérer l’insertion socioéconomique des femmes et surtout un levier pour gagner en pouvoir d’agir. La capitalisation de l’APEF a porté sur 2 Unités de Productions Collectives (UPC), la Charité et Amina dont les pratiques de structuration capitalisées s’étalent sur 20 ans.
Quelques caractéristiques des UPC :
Organisation
Un comité d’élues et une répartition des tâches dans l’activité économique en fonction des compétences L’APEF travaille auprès des femmes du Sud Kivu (région de la République Démocratique du Congo) aussi bien dans une approche économique avec un appui au développement d’activités génératrices de revenus que dans la promotion de leurs droits grâce à de la sensibilisation.
Composition
L’APEF propose des formations métiers :
Production de vêtements destinés à la vente, visites marketing, échanges d’expériences entre UPC, gestion d’une caisse d’entraide solidaire...
Coupe-couture, teinture, broderie pendant 4 à 6 mois puis invite les femmes des Unités de Production Collectives (UPC). Il s’agit de petites coopératives de production de 4 à 6 membres.
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4 à 6 membres, toutes artisanes
Échelle Activité économique plus souvent locale
Types d’activités
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Avec eux, CENCA valide l’étude, les questions. Ensemble ils questionnent les hypothèses, puis organisent la réalisation d’entretiens sur le terrain et créent des commissions thématiques. Cette étude permet de consolider un groupe qui va être remobilisé pour une autre étude (observatoire des risques quotidiens). L’équipe communautaire est née.
Quelques caractéristiques CENCA travaille essentiellement à Lima, au Pérou, autour d’un enjeu majeur de cette capitale : l’exode rural croissant qui conduit à l’extension de la ville et à la construction de quartiers populaires précaires et vulnérables en périphérie de la capitale. En 2014, pour la réalisation d’une étude sur la gestion du territoire, CENCA se dit qu’il « faut la faire avec les gens. » Sont choisies des personnes qui ont déjà une trajectoire de travail avec CENCA et qui ont une certaine légitimité dans leur communauté, qu’ils soient dirigeants communautaires ou non. 12
de l’équipe communautaire, objet de la capitalisation de CENCA :
Composition
Organisation Pas de représentant, collectif ouvert avec des entrées et des sorties
Échelle
Une douzaine de membres
Le quartier de Mariatégui, à Lima
Types d’activités Cartographie communautaire, formation technique et sociale, logement populaire, économie sociale et solidaire...
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La capitalisation de l’UGPM a porté sur son accompagnement du groupement paysan de Femboul. Il s’agit d’un groupement accompagné depuis plus de 10 ans qui est emblématique de l’animation de proximité qu’apporte l’UGPM dans le but de redynamiser les groupements paysans.
Quelques caractéristiques du groupement de Femboul :
Organisation
Un président et une présidente, pour respecter la parité. Un bureau, une AG, des comités pour la gestion d’activités communes L’UGPM a la volonté, dans la zone de Meckhé (région de Thiès au Sénégal), d’aider les familles à développer leurs exploitations agricoles à travers des pratiques agro-écologiques durables mais aussi en diversifiant leurs sources de revenus. L’UGPM est composée de 76 groupements paysans. Le but des groupements est l’autopromotion paysanne : se former, se renforcer, défendre leurs droits, être un interlocuteur pour influencer les politiques publiques. Il y a donc deux dimensions : technique et politique.
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Composition 51 membres, tous paysans
Échelle Village
Types d’activités Services aux membres par l’entraide, petits crédits, solidarité par l’aide à un membre en cas de besoin, formations, alphabétisation, gestion d’un magasin collectif de céréales...
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Le diagnostic communautaire pour impulser des dynamiques
Deux organisations utilisent le diagnostic participatif pour donner une impulsion à des dynamiques de collectifs (les éveiller ou les réveiller).
Pour CENCA, tout part d’un diagnostic communautaire, support d’empowerment et d’émergence d’un collectif, dont les caractéristiques à retenir sont les suivantes : Qui participe ? Pour la réalisation d’une étude sur la gestion du territoire, CENCA se dit qu’il « faut la faire avec les gens. » Sont choisies des personnes qui ont une certaine légitimité dans leur communauté, qu’ils soient dirigeants communautaires ou non. Ils formeront le noyau du collectif qui émergera de ce travail. Ce sont les membres qui font le diagnostic. Avec eux, on valide l’étude, les questions, on questionne les hypothèses, puis on organise la réalisation d’entretiens sur le terrain et on créé des commissions thématiques.
Les membres réalisent des entretiens et construisent des fiches où ils entrent des informations sur les risques. L’empowerment par le diagnostic. Un diagnostic classique, fait par des experts, met à distance des acteurs locaux du fait des langages utilisés, de la position de surplomb de l’expert qui met en avant son propre savoir au dépend des autres savoirs. Ici, donner aux participants un thème spécifique, l’assumer, les laisser le travailler, leur donne la capacité d’en parler, avec un sentiment d’appropriation et de progression personnelle. Ceci leur donne une sécurité, un aplomb qui leur permet d’intégrer de nouvelles personnes et de nouveaux apports sans craindre que leurs apports soient balayés. Cette pratique et l’accent mis sur l’empowerment via le diagnostic, prépare à l’action en collectif.
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À l’UGPM, il s’agit d’un temps limité de diagnostic mais qui a la même finalité en termes d’impulsion. Sont utilisées des formationsconscientisations autour du développement local qui conduisent le groupe à s’interroger sur des problématiques locales. Ces séances durent une journée et suivent le processus suivant : Qui participe ? Ce sont les membres du groupement villageois mais aussi quelques membres des villages environnants, partageant le même territoire et rencontrant les mêmes difficultés. Rapprocher et poser le cadre. Un brise-glace vise d’abord à mettre en confiance et faire participer tout le monde, en insistant sur le fait qu’il n’y a pas de mauvaises idées, que tout le monde est libre de s’exprimer, car il s’agit d’un échange pour nous faire avancer. Explorer ensemble la notion de développement local. « Nous essayons d’abord de resituer le développement local par rapport 18
aux initiatives mises en place, à la participation des populations à ces activités. Puis, nous posons des questions d’éveil pour mesurer le degré de connaissance de ces populations sur ce thème. L’animateur est là pour compléter si besoin. » Un diagnostic porté sur les initiatives relevant du développement local. « Nous identifions toutes les initiatives et activités qu’elles soient individuelles ou collectives pour en faire ressortir les difficultés principales. » Favoriser une prise de conscience d’un rôle proactif à jouer. Les partenaires et les animateurs font une conclusion : l’enjeu est que le collectif prenne conscience de sa participation au développement local.
À retenir Les pratiques de diagnostic participatif - d’un temps de réunion à un diagnostic très approfondi porté par les habitants - sont des supports pour impulser des collectifs, pour leur émergence ou leur redynamisation. 19
Dans un diagnostic participatif : comment mobiliser et valoriser au mieux les savoirs locaux ? Les pratiques de CENCA visent à mobiliser les savoirs locaux. Voici quelques-uns de leurs ingrédients ! Les contenus des entretiens réalisés dans le cadre du diagnostic étaient focalisés sur les savoirs locaux. Le diagnostic réalisé par l’équipe communautaire portait sur les risques : on mobilise beaucoup les savoirs locaux, d’usage, d’expérience, sachant que les habitants ont des savoirs sur des risques, des accidents qui se sont produits, l’histoire de leur zone, des évènements, etc. La cartographie communautaire. Elle est construite par les membres de l’équipe. Les axes à renseigner ont été construits avec cette équipe, les membres s’interviewaient mutuellement sur le terrain. Des entretiens réalisés par des pairs. Ce sont les membres de l’équipe communautaire qui réalisent les entretiens. Cela permet qu’un dialogue s’établisse, que 20
l’interviewé et l’intervieweuse se racontent des choses. Ceci suscite plus facilement un dialogue que des entretiens réalisés par un enquêteur professionnel. Il faut resituer ces pratiques dans le cadre d’une approche qui est celle de la pédagogie populaire, où l’on repart des savoirs des gens plutôt que d’un projet préétabli. Ces pratiques peuvent être une source d’inspiration pour tous.
À retenir Les entretiens entre pairs, la focalisation des recherches sur les savoirs locaux, l’expérience des lieux, sont des pratiques à retenir, visant à valoriser au mieux les savoirs locaux, savoirs parfois relégués ou invisibilisés par des apports externes.
Une question pour aller plus loin Les formations peuvent valoriser des savoirs venus d’ailleurs au dépend des savoirs locaux. Comment valoriser au mieux des connaissances locales, d’expérience dans les formations ? 21
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Les pratiques de formation à destination des collectifs
La formation est l’un des principaux modes d’accompagnement offert aux collectifs tant par l’UGPM que par l’APEF. Dans les deux cas, sont associés différents types de formation, notamment techniques et organisationnelles, parfois de base.
Des formations de base telles que l’alphabétisation, « pour savoir préserver ce que l’on a acquis. »
3.1 - Associer plusieurs types de formation : techniques, organisationnelles, de base Ainsi, l’UGPM associe des formations techniques visant l’adoption de nouvelles pratiques (individuelles et collectives), des formations organisationnelles visant l’autonomie du groupement, l’alphabétisation. Plus précisément :
L’aphabétisation a été très importante selon Salla Niang, apprenante, car « si tu n’as pas de compétences, tu peux avoir quelque chose mais tu le perds. Alors que si tu as la compétence, tu as tout. »
Des formations techniques « c’est-à-dire qu'elles permettent aux groupements d'acquérir de nouvelles compétences dans leurs pratiques. » Des formations organisationnelles visent à ce que le groupement soit autonome et fasse lui-même le suivi de ses activités.
À retenir L’association de plusieurs types de formation vise à former pour acquérir quelque chose, individuellement et en collectif, mais aussi pour savoir préserver, voire défendre ce que l’on a acquis. 23
3.2 - Associer plusieurs approches pour l’apprentissage : formations, suivi post-formation, échanges À l’UGPM comme à l’APEF, des formations sont associées à un suivi ainsi qu’à des échanges d’expériences.
A l’UGPM, un suivi est assuré en plus des formations. L'animateur central avec l'animateur endogène sont « au plus près des groupements (…), disponibles de sorte qu'une relation privilégiée se construit. » Des échanges d’expériences viennent compléter cette gamme de soutiens qui relèvent d’un processus d’apprentissage. Il en va de même à l’APEF où, en plus des formations, des échanges d’expériences entre collectifs sont organisés, ainsi qu’un suivi réalisé au sein des collectifs et ce dernier est très apprécié. Le suivi prolonge la formation de plusieurs façons : 24
Il en élargi les bénéfices : grâce à l’appui-conseil des animatrices pendant les visites sur le lieu de travail et grâce aux formations reçues, les membres des UPC (Unités de Production Collective) ont partagé les acquis des formations avec leur famille ainsi qu’avec les membres de leur communauté. Il permet d’identifier des besoins de formations complémentaires. En cas de problème constaté lors du suivi, on propose des formations ad-hoc, « par exemple sur le marketing s’il y a un problème de marché, sur le droit des affaires s’il y a des problèmes des tracasseries, sur la gestion de crédit s’il y a problème de remboursement, etc. »
À retenir Les formations ne se suffisent pas à elles-mêmes mais sont associées à d’autres apports pour soutenir un processus d’apprentissage qui passe à la fois par la formation, l’action en collectif, le suivi et l’accompagnement de cette action en collectif, des échanges d’expériences.
Un exemple d’outil d’apprentissage et de renforcement : la vidéo participative Dans le cas de CENCA, la vidéo participative est citée comme un événement charnière dans la trajectoire de l’équipe communautaire par plusieurs de ses membres. C’est un outil qui n’est utilisé que par CENCA mais qu’il semble utile de mettre en avant. C’est un outil de : Clarification : la mise en scène dans un format court oblige à clarifier les idées ; Apprentissage : il amène les participants tant à collecter l’information qu’à la mettre en scène ; Appropriation : les participants s’identifient au travail, se l’approprient ; Mobilisation : les vidéos participatives attirent de nouveaux membres qui ont envie de participer.
À retenir La vidéo participative est un outil très intéressant d’apprentissage, de mobilisation, de clarification et d’appropriation de l’action, à utiliser pour le renforcement d’un collectif. 25
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Le suivi et l’accompagnement des collectifs
Il existe un suivi étroit des collectifs, tant à l’UGPM qu’à l’APEF. À l’APEF, les animatrices assistent aux réunions d’UPC (Unités de Production Collective). Les réunions sont organisées de façon rotative, chez l’une des membres puis chez l’autre, pratique qui a « renforcé la cohésion sociale entre les membres et leurs familles. »
À l’UGPM, les participants ont souligné l’importance du fait que la même personne suive le groupement depuis très longtemps : elle est très disponible et sa présence est régulière dans le village. Il est important de favoriser autant que possible un suivi durable assuré par une même personne.
Ont été mis en place un cahier de suivi, des rapports hebdomadaires et mensuels dans lesquels les animatrices mentionnent les difficultés rencontrées et des suggestions. Par ailleurs, des rencontres mensuelles entre animatrices leur permettent d’échanger sur leur accompagnement.
À retenir Lorsque le suivi est très présent, on peut s’interroger sur le compromis à trouver entre ce suivi important et une recherche d’autonomie : comment laisser le collectif prendre son envol sur le chemin de l’autonomie tout en assurant un suivi ? 27
Distinguer l’accompagnement du suivi ? Des éléments de réponse à cette question sont peut-être à trouver dans la notion d’accompagnement.
Pour l’UGPM : « L’accompagnement c’est le suivi de la mise en œuvre des acquis de la formation et quand c’est mal fait, il faut faire des corrections. » « Cela consiste aussi à aider le groupement à avoir de nouvelles perspectives, par exemple sur le fait de diversifier les activités économiques, aborder des problématiques sociales, développer des espaces de communication. » L’accompagnement, pour CENCA, est caractérisé par plusieurs éléments : Les préoccupations du groupe deviennent celles de l’accompagnant : « l’accompagnement repose toujours sur un ingrédient de proximité, de préoccupation pour le problème vécu par les habitants. » 28
Une relation qui dépasse le travail sur les projets :
Ouvrir des portes, un accès vers d’autres acteurs.
l’accompagnement passe par des rapprochements qui vont au-delà de seulement travailler sur des projets.
Accompagner, c’est aussi faciliter l’accès à d’autres institutions, ouvrir des portes vers les autorités et autres partenaires, grâce à un soutien institutionnel.
L’émancipation du collectif comme objectif central : l’accompagnement vise la dynamisation de la vie du collectif et sa consolidation, mais aussi, ce faisant, l’émancipation individuelle et collective de ses membres. L’équipe de CENCA précise que les actions sont des « excuses », des prétextes, à un travail sur l’émancipation qui est l’objectif central.
À retenir Il est intéressant de distinguer l’accompagnement du suivi. L’accompagnement est plus centré sur l’émancipation du collectif. Il incite ce dernier à s’inventer ou se réinventer autour de nouvelles perspectives. Il est fondé sur une relation de proximité à construire, qui dépasse une simple relation de travail sur des projets. 29
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L’ouverture et la mise en lien des collectifs
Alors que certaines organisations favorisent plutôt des échanges entre les collectifs qu’elles soutiennent, d’autres recherchent une mise en lien vers des acteurs extérieurs. C’est le cas de CENCA qui favorise cette ouverture et de l’UGPM qui évoque des « voyages d'échanges, des mises en contact avec des personnes ressources, autorités locales ou organisations nationales ou internationales, en fonction des opportunités ou des besoins du groupement. » Ces échanges, tournés vers l’extérieur, visent à mobiliser des compétences externes. Pour l’UGPM, « nous sommes conscients que nous ne pouvons pas tout faire. Il faut favoriser le faire faire, c’est à dire faire appel à d’autres compétences externes. Créer des alliances fait partie de la culture de l’UGPM. » Par exemple, les capacités techniques ont été renforcées grâce à la collaboration avec des institutions de recherche.
Mais cette ouverture vers l’extérieur vise aussi à créer des liens qui serviront tant l’émancipation individuelle que la dynamique du groupe. L’une des membres du groupement, devenue animatrice endogène, met en avant le « carnet d’adresses » qu’elle s’est constitué. Favoriser l’ouverture des collectifs vers d’autres partenaires potentiels suppose de renoncer à une certaine exclusivité de la relation entre l’organisation d’appui et le collectif appuyé : ceci semble très souhaitable et porteur de bénéfices tant en termes de mobilisation de nouvelles compétences qu’en terme d’apprentissage pour des individus et collectifs qui s’ouvrent à de nouvelles relations.
À retenir Certaines organisations favorisent la mise en lien des collectifs qu’elles soutiennent avec des acteurs divers (décideurs, organisations d’appui, etc…) ce qui est bénéfique tant pour leur faire profiter de nouvelles compétences, ressources, opportunités qu’en terme de capital social et d’acquisition de capacités relationnelles. 31
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Le financement des collectifs
L’APEF accompagne l’émergence des collectifs avec l’octroi de matériels lors de leurs installations sous formes de leasing (crédit-bail). L’UGPM octroie des appuis financiers à l’échelle du collectif comme de certains de ses membres, porteurs de projets d’amélioration de leur exploitation agricole. A l’UGPM, l’appui financier a plusieurs objectifs : La structuration et l’autonomisation du groupement : Le financement fait partie de la stratégie d'autonomisation du groupement « car que ce soit des prêts avec ou sans intérêts, ce qui est privilégié est une autogestion par le groupement de fonds mis à disposition. » Renforcer la cohésion du groupement : on évoque le « renforcement de la cohésion sociale et de la raison d'être du groupement puisque des rencontres liées à la gestion des fonds sont encouragées. »
Développement économique et lutte contre l’exode en milieu rural : « Il sert à développer l'activité économique dans le groupement et dans le village, c'est donc un moyen de lutte contre l'exode rural. » À l’UGPM, il est notamment utilisé pour inciter des jeunes à revenir au village et à s’impliquer dans les groupements. L’appui financier est jugé déterminant : « la remise de fonds a été extrêmement importante car quoi qu’on en dise, les gens pensent d’abord à l’argent pour faire leurs projets. » La méthode a été améliorée au fil du temps : le financement est désormais précédé d'un parcours de formation.
À retenir L’appui matériel et financier aux collectifs vise autant le renforcement de la cohésion du collectif qu’à lui donner les moyens de se structurer et, à termes, de s’autonomiser. Dans le cas de l’UGPM, c’est aussi un outil pour lutter contre l’exode rural et faire revenir des jeunes vers les collectifs. 33
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Des pratiques de restitution et de médiatisation des collectifs
Lorsque l’UGPM remet des fonds pour financer des projets collectifs et individuels, elle organise un événement où sont invités des notables, autorités administratives et politiques ainsi que des partenaires. Selon un témoignage, « le fait de donner l’argent en place publique a un impact positif. » Il est donné au groupement et c’est ce dernier qui octroie des crédits à ses membres : il est responsabilisé et l’octroi des fonds de façon publique contribue à renforcer cette responsabilisation. C’est une forme de ritualisation. Cet événement s’accompagne d’une certaine médiatisation, celle-ci ayant pour effet que « le village soit regardé autrement. » Les participants à la capitalisation mettent en avant la reconnaissance obtenue, favorisée par l’UGPM : c’est une source de motivation et elle peut favoriser des soutiens externes. CENCA a organisé de la même façon des évènements publics pour marquer une étape importante,
notamment lors de la restitution de la cartographie des risques. Cette restitution a été réalisée au théâtre municipal avec la présentation de propositions de solutions aux autorités locales. Ceci a permis de rendre visible ce travail, mobiliser de nouvelles personnes, marquer le passage d’une étape à une autre. Ceci est signalé par des membres de l’équipe communautaire comme quelque chose qui leur a beaucoup appris et apporté : cela a été vécu comme un défi par certains membres amenés à s’exprimer en public, qui ont été accompagnés par CENCA pour s’y préparer et ont gagné en confiance en relevant ce défi.
À retenir L’organisation d’évènements publics médiatisés permet de « ritualiser » un événement important, considéré comme charnière dans la trajectoire d’un collectif pour à la fois : responsabiliser le collectif et ses membres, utiliser cet événement comme un support d’apprentissage (prise de parole en public, relation avec les institutions), soutenir la motivation et la dynamique. 35
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Récapitulatif
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Les pratiques de diagnostic participatif - d’un temps de réunion à un diagnostic très approfondi porté par les habitants - sont des supports pour impulser des collectifs, pour leur émergence ou leur redynamisation. Les entretiens entre pairs, la focalisation des recherches sur les savoirs locaux, d’expérience des lieux, sont des pratiques à retenir, visant à valoriser au mieux les savoirs locaux, savoirs parfois relégués ou invisibilisés par des apports externes. Les formations peuvent valoriser des savoirs venus d’ailleurs au dépend des savoirs locaux. Comment valoriser au mieux des connaissances locales, d’expérience dans les formations ? L’association de plusieurs types de formations vise à former pour acquérir quelque chose, individuellement et en collectif, mais aussi pour savoir préserver, voire défendre ce que l’on a acquis. Les formations ne se suffisent pas à elles-mêmes mais sont associées à d’autres apports pour soutenir un processus d’apprentissage qui passe à la fois par la formation, l’action en collectif, le suivi et l’accompagnement de cette action en collectif, des échanges d’expérience. La vidéo participative est un outil très intéressant d’apprentissage, de mobilisation, de clarification et d’appropriation de l’action, à utiliser pour le renforcement d’un collectif. Lorsque le suivi est très présent, on peut s’interroger sur le compromis à trouver entre ce suivi important et une recherche d’autonomie : comment laisser le collectif prendre son envol sur le chemin de l’autonomie tout en assurant un suivi ? Il est intéressant de distinguer l’accompagnement du suivi. L’accompagnement est plus centré sur l’émancipation du collectif, il incite ce dernier à s’inventer ou se réinventer autour de nouvelles perspectives, il est fondé sur une relation de proximité à construire, qui dépasse une simple relation de travail sur des projets. 37
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Certaines organisations favorisent la mise en lien des collectifs qu’elles soutiennent avec des acteurs divers (décideurs, organisations d’appui, etc…) ce qui est bénéfique tant pour leur faire profiter de nouvelles compétences, ressources, opportunités qu’en terme de capital social et d’acquisition de capacités relationnelles.
Notes
L’appui matériel et financier aux collectifs vise autant le renforcement de la cohésion du collectif qu’à lui donner les moyens de se structurer et, à termes, de s’autonomiser. Dans le cas de l’UGPM, c’est aussi un outil pour lutter contre l’exode rural et faire revenir des jeunes vers les collectifs. L’organisation d’évènements publics médiatisés permet de « ritualiser » un événement important, considéré comme charnière dans la trajectoire d’un collectif, pour à la fois responsabiliser le collectif et ses membres, utiliser cet événement comme un support d’apprentissage (prise de parole en public, relation avec les institutions), soutenir la motivation et la dynamique.
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Une capitalisation croisée des expériences de :
Capitalisation coordonnée et publiée par :
Avec le soutien de l’Agence Française de Développement :