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CR Table Ronde 60 ans

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Compte rendu de la célébration des 60 ans de Frères des Hommes 9 octobre 2025 / journée partenariale 1


Entre émotions, partages et célébrations, le mois d’octobre 2025 a marqué une étape importante pour Frères des Hommes : celle des 60 ans de l’association, célébrés à travers plusieurs temps forts. En 1965, bouleversé par l'extrême pauvreté en Inde, Armand Marquiset crée Frères de l’Inde. Très vite, souhaitant élargir son soutien dans le monde, l’association prend le nom de Frères des Hommes. Sa devise ? Parce qu’impossible. Dès les débuts, des volontaires se rendent en Inde, au Pérou et au Burkina Faso pour vivre avec les populations et lutter contre la faim. Peu à peu, les missions s’élargissent à la santé, à l’éducation et au développement rural. Depuis, l’association a traversé les époques et les défis : des premiers volontaires partis dans le "tiers monde", à la naissance des partenariats avec des organisations locales ; des mobilisations citoyennes en France aux projets de formation pour transformer les sociétés aux côtés de nos partenaires. 60 ans plus tard, l'association est restée fidèle à l’esprit visionnaire de son fondateur, portée par la force et la solidarité de toutes celles et ceux qui font Frères des Hommes. 2


Le 9 octobre 2025 : journée partenariale à la Maison du Zéro Déchet

Cette journée a été l’occasion de célébrer nos organisations partenaires, en France et à l’international, ainsi que celles qui rendent nos actions possibles : notre bailleur public, l’AFD, et nos partenaires opérationnels, tels que CSUD, le F3E ou le Don en Confiance. Notre directrice Audrey Noury et notre présidente Louise Nimier sont revenues sur les évolutions, remises en question et prises de conscience qui ont façonné FDH depuis 1965. En fil rouge, une exposition photo retraçait l’histoire de l’association. Nous avons ensuite requestionné la Solidarité Internationale lors d’une table ronde rassemblant différent·e·s représentant·e·s du secteur. Les interventions des coprésident·e·s du Collectif Former pour Transformer (CFpT), et de Juslène, coordonnatrice du Mouvement Paysan Papaye (MPP) ont mis à l’honneur nos partenaires.

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La table ronde : La Solidarité Internationale doit-elle se réinventer ?

Les intervenant·e·s : Karine Meaux

Angeles Estrada

Juliette Grundman

Merveille Furaha

Ndiakhate Fall

Responsable du Pôle Urgences de la Fondation de France

Directrice du F3E

Responsable de la division OSC de l’AFD

Coprésidente du CFpT et coordinatrice de l’APEF en RDC

Coprésident du CFpT et secrétaire général de l’UGPM au Sénégal

La table ronde visait à croiser les regards d’acteur·ice·s de terrain, de réseaux et de financeurs afin d’interroger collectivement l’avenir du secteur. Elle a rassemblé cinq figures clés du secteur de la Solidarité Internationale autour de Flavie Lauvernier, Responsable de la gestion des projets à l’étranger chez FDH. La table ronde s’est ouverte par un mot d’introduction de chacun·e des invité·e·s, permettant de poser les premiers jalons de la discussion. Ndiakhate Fall (Union des Paysans de Mecké ‘UGPM’ et CFpT) a rappelé que la solidarité dépasse le cadre financier. Celle-ci se construit dans la durée, et passe par la confiance et l’alignement des valeurs.

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Dans le prolongement de cette idée, Merveille Furaha (Association pour la Promotion de l'Entreprenariat Féminin ‘APEF’ et CFpT) a mis en avant comment le réseau est une véritable force de résilience et de codécision tout en rééquilibrant les postures Nord-Sud. De son côté, Angeles Estrada (F3E) a plaidé pour une culture d’alliance : les organisations doivent avancer ensemble, en soutenant des actions utiles et cohérentes. Juliette Grundman (AFD) a souligné le développement de la localisation de l’aide (c’est-àdire une aide au plus près des territoires et des personnes concernées) et l’ouverture à de nouvelles alliances économiques, publiques comme privées. Enfin, Karine Meaux (Fondation de France) a mis en avant l’enjeu essentiel de la localisation des ressources financières : tant que les moyens financiers viennent des pays du Nord, difficile de “décoloniser” l’aide. La Fondation de France cherche ainsi à créer des consortiums incluant aussi des financeurs du Sud. Les représentes de l’AFD et de la Fondation de France ont toutes deux souligné qu’il n’y aurait pas de “retour en arrière” : nos modèles doivent évoluer, mais nos engagements pour une solidarité efficace, durable et adaptée aux contextes doivent se poursuivre. Il faut donc s’adapter, ensemble. 5


Cette table ronde s’articulait autour de deux grands axes : le positionnement des acteurs de la solidarité internationale face aux défis ainsi que la résistance et la résilience des organisations pour y faire face.

Face aux défis actuels de la solidarité internationale, comment se positionnent les acteur·ice·s du secteur en France et à l’international ? Face au contexte économique et politique actuel, Juliette Grundman (AFD) a évoqué la notion d’investissement solidaire et durable, qui pourrait compléter l’aide publique au développement et notamment permettre d’accueillir d’autres partenaires financiers privés aux côtés des financements publics. Karine Meaux, questionnée sur l’adaptation de la Fondation de France face à la remise en question de la solidarité internationale, a expliqué que, face aux critiques faites au secteur, les fondations abritées par la Fondation de France étaient incitées à maintenir leur engagement international tout en renforçant la localisation de l’aide et des ressources. Elle a dénoncé la vague conservatrice, autoritaire et nationalistes, l’affaiblissement du 6


multilatéralisme, la réduction de l’espace civique, la remise en cause de l’action humanitaire, les attaques contre l’APD ou encore la contestation des postures partenariales. Sur le plan international, Ndiakhate Fall, de l’UGPM, a rappelé que la montée des nationalismes n’était pas propre à la France, mais mondiale. Il a expliqué que le concept de société civile au Sénégal reste flou, avec des contours, des composantes et un rôle difficiles à définir. La société civile sénégalaise se retrouve confrontée à la montée des nationalismes et aux baisses budgétaires. Face aux pressions de l’État, qui exerce un contrôle strict sur les activités et les fonds, certaines organisations doivent s’aligner sur le pouvoir pour bénéficier des financements et continuer d’agir. Malgré cela, de nouveaux mouvements de société civile émergent (ONG de développement, organisations de producteurs...), laissant entrevoir une éveil progressif à une nouvelle conscience collective. Ndiakhate a souligné que les coupes budgétaires compliquent le rôle de l’UGPM. Pour s’adapter, l’organisme se concentre sur l’accès aux financements nationaux, en répondant à des appels à projets des ministères de l’agriculture, de la souveraineté alimentaire et de l’élevage. Ces fonds ont permis, par exemple, de financer l’insertion de 250 jeunes dans des 7


activités agro-sylvo-pastorales, ainsi que l’accès des membres aux semences et intrants subventionnés par l’État. Cette lecture met en lumière l’importance de s’adapter localement aux contraintes financières tout en continuant à soutenir les populations et renforcer les capacités des organisations. Trois idées fortes ressortent de cette première partie : L’investissement solidaire et durable pourrait devenir un nouveau cadre pour des partenariats gagnantsgagnants pour les OSC et les partenaires financiers (privés et publics). Les OSC doivent s’adapter à une rupture profonde dans leurs missions et partenariats. La société civile reste entre le marteau et l’enclume, avec un risque d’instrumentalisation politique ou, au contraire, d’exclusion pour un positionnement non aligné avec le pouvoir en place.

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Repenser la solidarité internationale de demain : résistance et résilience des organisations Pour aborder la résilience et la capacité d’adaptation face aux défis auxquels sont confrontées les organisations de solidarité internationale, Angeles Estrada, directrice du F3E, a présenté les nouvelles stratégies expérimentées par les OSC dans le cadre du diagnostic mené pour actualiser le plan stratégique 2026-2032. Elle a souligné la complexité des transformations que traverse le secteur, marqué par la recomposition des financements, des injonctions à l’efficacité et des tensions croissantes entre coopération et concurrence. Selon elle, accompagner ces évolutions suppose d’adopter une logique systémique, fondée sur l’introspection et la remise en question des pratiques et des critères dominants. Elle a plaidé pour des actions utiles, cohérentes avec les valeurs défendues, capables de s’inscrire dans le temps et de résister aux pressions de court terme. Cette approche invite à dépasser les logiques concurrentielles pour renforcer des dynamiques collectives, éthiques et solidaires, favorisant la capacité des organisations à s’adapter et à se transformer durablement. Dans ce cadre, le F3E joue un rôle clé en créant des espaces de dialogue, en outillant les organisations et en favorisant la transversalité des sujets.

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Merveille Furaha (APEF) a illustré comment la force du réseau et du Collectif Former pour Transformer est un levier de résilience : les espaces d’échange, de coconstruction et d’apprentissage collectif permettent aux OSC de mieux répondre aux défis et d’ajuster leurs actions face à l’imprévu, tout en renforçant leurs compétences internes et leur action en fonction des réalités du terrain. Cette dynamique collective favorise également un rééquilibrage des relations Nord-Sud, en donnant aux OSC locales davantage de place dans la prise de décision et le cofinancement des projets. Du point de vue des financeurs, Karine Meaux (Fondation de France) a insisté sur la nécessité de se recentrer sur les identités et valeurs des organisations, d’accepter qu’il n’y ait pas de “retour en arrière”. Il faut construire des réseaux plus horizontaux, avec une meilleure répartition des ressources. Juliette Grundman (AFD) a quant à elle rappelé l’importance de soutenir la localisation de l’aide, créer de nouvelles alliances et espaces de dialogue et questionner les outils financiers pour mieux les aligner sur les priorités des OSC.

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Trois idées clés se dégagent de cette partie : La force du collectif : faire alliance pour favoriser apprentissages et actions communes entre OSC. La transversalité des projets et des actions : à la fois au niveau des thématiques que géographique. La localisation de l’aide : stratégie centrale pour adapter les priorités de financement et faire évoluer les postures des organisations européennes, qui deviennent ainsi partenaires et facilitateurs des solidarités locales plutôt que simples pourvoyeurs de moyens.

Juslène Tyresias, coordinatrice du MPP

Après la table ronde, Juslène Tyresias, coordinatrice du MPP (Haïti), a clôturé la journée. Elle a partagé son regard sur les échanges, l’évolution de la solidarité internationale en tant qu’organisation haïtienne, et les 25 ans de partenariat entre le MPP et FDH. Un témoignage fort, ancré dans la résilience du mouvement et la réalité du contexte haïtien actuel. 11


Et maintenant ? Cet anniversaire a été bien plus qu’un temps de célébration : une dynamique collective, une manière de relier notre histoire à notre présent pour mieux préparer demain. Depuis 1965, FDH s’appuie sur la force du collectif pour construire une solidarité fondée sur le "faire avec", le partenariat et la transformation sociale. Nos actions évoluent, mais notre conviction reste la même : c’est ensemble, dans une solidarité horizontale qui inspire et se nourrit de chacun·e, que nous ferons la différence.

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CR Table Ronde 60 ans by Laure Pontailler - Issuu