Sommaire Introduction . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 11
I. Les abeilles que l’on connaît, un peu . . . . . . . . . . . . . . 14 Les stars des ruches, Apis mellifera. . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 15
• Une appétence ancestrale pour les produits de la ruche. . . . . . . . . . . . . . . 15 • Des interactions incroyables. . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 17 • Des sentinelles symboliques. . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . .17
Les bourdons, des abeilles sociales. . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 18
• Bourdons, faux bourdons & drones : musique !. . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 20
Des animaux d’une grande complexité. . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 21 • Un corps . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 21 • Des sens, plein !. . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 22 • Dard dard !. . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 24
II. Les abeilles que l’on connaît moins, ou pas du tout . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 28 Une diversité insoupçonnée . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 28 Des espèces discrètes . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 30
• À noter. . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 30 • Indices de présence . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 31
Un physique unique, un jizz. . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 32 Pollinisation & coévolution. . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 33
• Pas de fleurs sans insectes, et vice versa ! . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 34 • Un travail et des mœurs au féminin. . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 35
Des abeilles, des nids. . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 36 • Les vies cachées des jeunes abeilles sauvages . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 36 • Une reproduction maîtrisée. . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 38 Une vie difficile : prédation et convoitises . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 38 • Les araignées-crabes. . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 38 • Les frelons à pattes jaunes (« asiatiques »). . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 39 • Les autres problèmes des abeilles solitaires. . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 40
La concurrence de nos ruches avec les autres insectes pollinisateurs. . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 41
• Des animaux « artificiels » autour de nous. . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 41
Quelques abeilles qui vivent sur nos balcons et dans nos jardins. . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 42
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Les osmies cornues (Osmia cornuta). . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 42 Les abeilles découpeuses de feuilles (Megachile centuncularis). . . . . . . 42 Les hériades en bourgades (Heriades truncorum). . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 42 Les osmies bicolores (Osmia bicolor) . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 45 Les collettes du lierre (Colletes hederae). . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 45 Les abeilles cendrées des sables (Andrena cineraria). . . . . . . . . . . . . . . . . 45 Les anthidies à manchettes (Anthidium manicatum). . . . . . . . . . . . . . . . . . 45 Les abeilles charpentières (Xylocopa violacea). . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 46 Les abeilles à culottes (Dasypoda hirtipes). . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 46
Astuces pour observer les abeilles seul·e ou en famille . . . . . . 48
III. Ce que l’on découvre sur les abeilles aujourd’hui . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 52 L’intelligence de tous les insectes. . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 52 Les insectes, des êtres sensibles et conscients. . . . . . . . . . . . . . . . 53 Ce que l’on sait du mental des abeilles sociales. . . . . . . . . . . . . . . 54
IV. Aider les abeilles aujourd’hui . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 64 Remettre en question notre perception. . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 66 Questionner l’apiculture et nos actions . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 67 Créer des environnements bee-friendly. . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 68 Conclusion . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 75 Glossaire . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 76 Ressources . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 78 Remerciements . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 82 L’auteur . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 83
I Les abeilles que l’on connaît, un peu
I
Les abeilles ne sont pas toutes les mêmes, loin de là. Dans notre culture, le nom « abeille » désigne celles que nous élevons dans des ruches pour leur miel, les abeilles domestiques, parfois appelées « abeilles mellifères » (qui font du miel) ou « mouches à miel ». Mais pour les spécialistes et les amateur·ices des insectes, ce nom désigne un grand groupe d’insectes assez variés et appelés « apoïdes ».
l existe en effet presque mille espèces différentes d’abeilles en France hexa gonale. Parmi elles, certaines mesurent quelques millimètres et d’autres sont plus imposantes, comme les abeilles char pentières ou certaines reines bourdons pouvant atteindre plus de trois centimètres de long.
En Europe, une seule espèce vit en grandes colonies et fabrique un miel que l’on peut récolter facilement. Les autres abeilles vivent dans leur immense majorité de façon soli taire, sans colonie (voir page 28). Seules quelques autres vivent en petites colonies, comme c’est le cas des bourdons au miel non exploitable, et une dizaine d’espèces
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I. Les abeilles que l’on connaît, un peu
• méconnues de la famille des halictes avec des toutes petites sociétés discrètes, cachées dans le sol. Mais, dans un premier temps, intéressons-nous aux abeilles sociales1, qui sont aussi celles que nous connaissons le mieux.
le jeu des 9 familles La classification des êtres vivants évolue régulièrement en fonction des avancées scientifiques. Voilà pourquoi les insectes « abeilles » étaient rangés dans 6 familles zoologiques auparavant, et plutôt 9 familles aujourd’hui : Classe : Insectes (6 pattes et souvent des ailes) Ordre : Hymenoptera (fourmis, guêpes, frelons, abeilles…) Super famille : Apoidea Anthophila (qui aiment les fleurs) Familles : Dasypoda, Meganomiidae, Melittidae, Apidae, Megachilidae, Andrenidae, Halictidae, Stenogastrinae, Colletidae
Les stars des ruches, Apis mellifera Si les abeilles sont connues, c’est avant tout parce que certaines d’entre elles nous inté ressent directement : les abeilles des ruches. Ces abeilles sociales fabriquent en effet des produits que l’on apprécie : miel, pollen, cire, gelée royale et propolis. Elles ont aussi beaucoup apporté aux recherches sur le comportement animal. Environ dix espèces à travers le monde vivent ainsi et sont élevées par les humain·es. L’espèce qui vit en Europe (Apis mellifera) est même décrite comme « abeille domes tique » tant nous les avons sélectionnées pour être plus facilement exploitées et ren tables (voir page 41). Nos diverses sélections millénaires les ont ainsi rendues dociles et productives en miel, au point de devenir incroyablement populaires. Notre culture est totalement empreinte de représentations diverses autour de ces animaux, alors que leur grande famille est bien plus diversifiée qu’on ne le pense, comme nous le verrons à partir de la page 28. UNE APPÉTENCE ANCESTRALE POUR LES PRODUITS DE LA RUCHE
Parmi les preuves les plus anciennes de nos relations avec les abeilles qui fabriquent du miel, il y a une peinture rupestre située dans la grotte espagnole Cuevas de la Araña (les abris de l’Araignée), près de Valence. Elle daterait d’il y a environ 6 000 ans et est souvent citée pour attester de notre lien mil lénaire (voir reproduction en page suivante). D’autres traces archéologiques montrent nos liens directs avec ces abeilles au moins
1. Par « abeilles sociales », on désigne les espèces vivant en sociétés organisées (grandes et petites colonies) aux interactions multiples entre différentes castes.
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I. Les abeilles que l’on connaît, un peu
• depuis le Néolithique (10 000 ans) et peutêtre il y a plus de 20 000 ans. Quant aux plus anciennes représentations connues de leur élevage en ruches, elles figurent sur un bas-relief égyptien datant de - 4 500 ans avant notre ère.
nectar de fleurs que les abeilles sociales transforment en sucres très digestes (voir encadré). Et, comme d’autres animaux, nous avons aussi pu apprécier manger leurs nom breuses larves, car les insectes ont toujours complété nos régimes alimentaires, ce qui est d’ailleurs encore le cas aujourd’hui dans de nombreux pays. Sans oublier les autres produits de la ruche que sont le pollen, la propolis, la gelée royale et la cire.
Précieux nectar
Au-delà de ces pratiques d’élevage ances trales, les humains et les autres primates ont toujours apprécié les réserves de ces insectes (larves et miel). Notre espèce a 300 000 ans, les premiers humains environ 7 millions d’années et les premiers primates plus de 50 millions d’années. Nous exploi tons donc les colonies d’abeilles depuis longtemps, et nous continuons, d’où un ancrage culturel très fort et difficile à ques tionner (voir page 66).
Cette substance est produite en mélangeant le nectar avec de la salive et en le régurgitant de bouche en bouche d’ouvrières (trophallaxie*2), jusqu’à obtenir du miel. Celui-ci leur permet de survivre aux conditions météorologiques peu favorables et tout au long de l’hiver. En ef fet, alors que la majorité des autres abeilles et insectes passent l’hiver en diapause*, ces abeilles restent un peu actives et maintiennent une température d’environ 35 °C à l’intérieur de la ruche. Ce maintien d’activité nécessite de l’énergie, qu’elles trouvent dans le miel lorsqu’il n’y a plus de fleurs à butiner et qu’il fait trop froid pour sortir.
Ainsi, depuis que nous sommes mammifères et primates, nous convoitons leur miel, ce 2. Tous les termes suivis d’un astérisque sont explicités dans le glossaire page 76.
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I. Les abeilles que l’on connaît, un peu
• Avant le xixe siècle, nous détruisions toute la colonie vers septembre, lorsqu’elle avait fait ses réserves pour l’hiver. Les ruches modernes permettent désormais de récol ter le miel en laissant vivre la colonie, et en le remplaçant avec du sucre. Ces manipulations tuent parfois quelques abeilles au passage, lors des ouvertures et fermetures de la ruche notamment. Mais en apiculture, l’expres sion « les abeilles » décrit en général une ou plusieurs colonies, et non leurs individus : la considération s’applique donc davantage au groupe et néglige encore les dommages collatéraux. Les individus insectes, même en apiculture, restent moins considérés. DES INTERACTIONS INCROYABLES
Nous avons toujours remarqué l’im mense complexité des abeilles sociales. En effet, l’évolution les a dotées de spé cificités propres à la vie en société. La vie communautaire, pleine d’interactions avec ses semblables, un peu comme pour nous, nécessite des aptitudes particulières pour une cohérence globale des interactions. Parmi elles, il y a leur fameuse « danse » de communication qui, grâce à des mou vements précis du corps, permet de renseigner les autres membres de l’endroit exact où se trouve telle source de nourriture par rapport au nid, et tout ça dans le noir. Cela implique qu’elles sachent d’abord d’où elles viennent et quelle distance elles ont parcouru, et avec quelle position par rap port au Soleil. On a enfin quelques réponses quant aux processus qui leur permettent tout cela, mais l’immense complexité de ces colonies n’a pas encore livré tous ses secrets. Nous aurons cependant l’occasion d’explorer quelques découvertes récentes à partir de la page 52.
Ce qui se passe chez les autres abeilles, les solitaires, est en partie comparable même si les nids sont plus petits et les interactions entre individus bien plus réduites. Mais il y a si peu de personnes qui travaillent sur leurs comportements (éthologues) que nos rares découvertes sont généralement insolites. DES SENTINELLES SYMBOLIQUES
Depuis de nombreuses décennies, les insectes sont moins nombreux dans les pays qui aménagent et traitent beaucoup leurs villes et campagnes. En effet, nous ne nous préoccupons pas encore assez des animaux non humains lorsque nous aménageons l’environnement. Ainsi, de grands espaces agricoles traités ou nos espaces urbains très artificiels ne sont pas accueillants pour une grande diversité d’insectes. À ce contexte peu propice, on peut ajouter les boulever sements dus au dérèglement climatique qui affectent beaucoup certains insectes. Parmi ces insectes, la raréfaction des pol linisateurs de nos fruits et légumes nous inquiète, tout comme la diminution des populations d’oiseaux, en manque d’insectes par exemple. Et si on ajoute notre intérêt pour le miel, on comprend aisément pour quoi ce qui menace les abeilles domestiques nous inquiète particulièrement. Ces abeilles sont ainsi devenues des sym boles, indicatrices de nos environnements dégradés. Si une partie de leurs problèmes sont spécifiques à leur élevage (maladies, parasites, surexploitation, etc.) et que notre intérêt pour elles reste anthropocentré*, celui-ci a cependant permis de nous soucier un peu plus des insectes et de l’aménage ment des espaces, et d’envisager un usage plus modéré de certains pesticides, voire de les bannir.
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I. Les abeilles que l’on connaît, un peu
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Le saviez-vous ?
Aujourd’hui, nous pouvons élargir notre considération à l’égard de ces animaux sym boles pour l’appliquer à toutes les abeilles et les autres insectes : les pollinisateurs sont représentés par environ 20 000 espèces dif férentes en France, et si Apis mellifera est la seule à produire du miel que nous pouvons exploiter, cette substance n’est pas indispen sable pour nous (voir page 67).
Il existe une dizaine d’espèces de bourdons parasites d’autres bourdons. Quasiment identiques, il leur manque cependant la brosse à pollen sur les pattes postérieures car ils ne récoltent rien. Leur carapace est plus épaisse et leur aiguillon plus long, ce qui leur permet de mieux se défendre s’ils sont démasqués en squattant les nids.
Les bourdons, des abeilles sociales Au sein du grand groupe des abeilles, les bourdons (Bombus spp.) sont génétique ment proches des abeilles domestiques. Ils vivent en plus petites sociétés pleines d’in teractions entre les membres, mais ne sont pas élevés par nous car leur miel n’est pas exploitable. Ce sont des abeilles sociales et libres (sauvages3), et leurs nids sont souter rains ou abrités dans diverses cavités, parfois à l’intérieur de nos nichoirs à oiseaux. Les bourdons terrestres (Bombus terrestris), par exemple, peuvent s’installer dans des terriers abandonnés de mulots. Mais il peut arriver que la reine fondatrice veuille s’installer dans un terrier occupé en chassant le mulot à coup d’aiguillon. En effet, sa grande taille et son besoin de logement peuvent la motiver à menacer et tenter de piquer un occupant, tout mammifère qu’il soit !
Si la femelle commence seule la colonie, c’est parce que chaque colonie des 40 espèces de bourdons de France hexagonale périclite avant l’hiver. Tout le monde meurt, les ouvrières, mâles et vieilles reines. À l’ins tar des guêpes sociales (dont les frelons), seules les jeunes femelles, les « princesses », fécondées en été, survivent en hiver. Cachée seule dans un abri, chaque femelle sort ensuite l’année suivante et commence à fon der sa nouvelle colonie. Elle réalise toutes les tâches de la colonie, jusqu’à ce que ses filles, les ouvrières, apparaissent et la rem placent. Chaque reine reste ensuite au nid et pond dans des cellules de cire collectives, où vivent plusieurs larves. D’autres cellules abritent du miel ou du pollen, des réserves pour les jeunes ou les jours de météo peu clémente. Les mâles n’apparaissent qu’en été, lorsqu’il s’agit de féconder les futures nouvelles reines.
3. NDLA : je n’apprécie plus beaucoup ce terme, péjoratif pour les humains et les non-humains. Je préfère « libres », par opposition à « captifs » qui désigne les animaux domestiques généralement dominés par nous, quoique l’usage du terme « domestiques » est aussi discutable pour ces abeilles (voir encadré page 20).
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I. Les abeilles que l’on connaît, un peu
• BOURDONS, FAUX BOURDONS & DRONES : MUSIQUE !
Des bourdons domestiques ? En ce qui concerne les abeilles, les appellations « sauvages » ou « domestiques » ne sont pas très pertinentes, étant donné que ces animaux peuvent vivre de façon indépendante de nous – ce qui est moins le cas de certains animaux domestiques que nous avons sélectionnés pour nos besoins : cochons, vaches, poulets, etc. Même les abeilles que nous avons le plus sélectionnées peuvent redevenir libres et indépendantes. Nous ne maîtrisons qu’une partie de leur vie, mais pas la totalité. L’appellation « semi-domestique » serait plus appropriée. Plus récemment, des bourdons terrestres sont élevés et vendus dans des petites ruches artificielles que l’on place dans des serres où il n’y a pas d’insectes pour polliniser des fruits, comme des tomates. D’autres de ces ruches servent pour étudier leur comportement. On pourrait presque les appeler « bourdons domestiques ».
Tous sont des abeilles ! Les faux bourdons, eux, sont les mâles des abeilles domestiques, celles des ruches et du genre Apis. S’ils ne sont pas de « vrais » bourdons (du genre Bombus), leur nom viendrait du son qu’ils font tous ensemble lors des vols nuptiaux. En effet, au xiiie siècle, le mot « bourdon » serait une onomatopée faisant référence à un son grave — celui des gros tubes d’orgues, d’une grosse cloche ou bien de ces insectes. Toujours autour du thème de la musica lité et dans le lexique médiéval, chanter en « faux-bourdon » est une forme de plainchant apparu au Moyen Âge et qui deviendra « chant grégorien ». Ce chant d’église aca pella d’hommes, calme, aigu et grave à la fois, est aussi décrit comme « fausses-basses ». L’appellation « faux-bourdon » traduit cette dualité : « faux » vient de false (qui don nera falsetto, « fausset », terme désignant le registre aigu de la voix masculine), et « bour don », comme nous l’avons vu, désigne les voix graves. Les faux bourdons produisent en effet un son moins grave que les bourdons. Facile à entendre, à tel point que Réaumur rappela en 1740 à des apiculteurs désignant les mâles abeilles domestiques comme des bourdons, que « mais non, ce sont des faux bourdons »4 ! Apparemment, les vies de ces abeilles sociales nous ont marqué·es par leur musicalité ! En anglais, un faux bourdon se dit « drone ». Voilà pourquoi on a donné ce nom aux appareils volants que l’on télécommande et dont le bruit en vol ressemble à celui de leurs bourdonnements lors du vol nuptial.
4. NDLA : merci à Vincent Albouy, entomologiste et grand ami des abeilles domestiques libres, pour cette anecdote historique.
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Des animaux d’une grande complexité Les abeilles et autres insectes ne sont plus considérés comme des petits robots par les scientifiques de différentes disciplines et par les philosophes moraux, loin de là. Et celles et ceux que nous pensions le mieux connaître, les abeilles domestiques ou les bourdons, nous surprennent tous les jours par leur immense capacité à vivre le monde, à le res sentir et à s’y adapter au cours de leur courte vie. Ces facultés s’appuient sur un organisme complexe : toutes les abeilles sont équipées de nombreux organes et capteurs un peu
Tête
partout, reliés à un système nerveux et à un cerveau. UN CORPS
Comme tous les insectes, les abeilles ont un corps enfermé dans une carapace assez rigide appelée exosquelette. Celui-ci est découpé en segments mobiles entre eux, ce qui permet à leur corps d’être souple dans l’ensemble, malgré la rigidité des plaques. Tous leurs organes vitaux et muscles sont à l’intérieur. Ces derniers sont plus nombreux dans les pattes et surtout le thorax où sont accrochés la tête, l’abdomen, les six pattes et les ailes.
Thorax
Abdomen
4 ailes
2 antennes
2 yeux composés
Dard
(parfois non rétractable chez les abeilles du genre Apis, voir p. 25)
Proboscis
6 pattes
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