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La restauration des sièges

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LA RESTAURATION

DES SIÈGES

Xavier Dyèvre


SOMMAIRE Avant-propos

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Les sièges à travers les époques Comment reconnaître un siège ancien ? Un peu de vocabulaire L’outillage du restaurateur

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LE RECOLLAGE Dégarnissage du siège Les colles Recollage d’une chaise par ailleurs en bon état Difficultés de démontage Serrages particuliers Recollage des fauteuils Sièges chevillés

17 18 20 24 36 40 43 47

LA RÉPARATION Les bois Principes de base Réparation de la carcasse

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LES FINITIONS Techniques de finition

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Les sièges à travers les époques Au fil des siècles, les sièges gagnent en ornementation, puis en confort et en diversité tout en s’adaptant aux modes de vie.

Antiquité

2000 AV. J.-C.-395 AP. J.-C.

Les techniques de conservation employées dans les pyramides ont préservé des sièges aux pieds en pattes de lion, incrustés d’ivoire et d’or, à l’assise tendue de lanières en cuir. Pour les civilisations grecques ou romaines, en revanche, seules les fresques ou les céramiques apportent un témoignage sur le mobilier dont le bois s’est désintégré. Ces civilisations avaient une étonnante maîtrise de la construction, du confort et des lignes des sièges.

Époque médiévale 350-1500

La chute de Rome et les invasions barbares semblent effacer les acquis technologiques des générations précédentes. Les sièges sont, pour la plupart, de construction sommaire et robuste. À la fin du Moyen Âge, les chaises dites romanes s’ornent de sculptures en parchemin plissé. Le gothique montre des décors en fenestrage.

Renaissance

1500-1610 : FRANÇOIS 1er, HENRI II, HENRI IV

Siège pliant en cuivre doré du roi Dagobert, 630. D’après Roubo, Art de la menuiserie, 1772. Ce fauteuil était tendu d’un tissu recouvert d’un coussin.

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On appelle Renaissance le mouvement qui renoue avec la culture antique. L’art s’inspire de l’architecture gréco-romaine. La chaise se débarrasse de son coffre d’entrejambe et ses proportions se réduisent pour donner la chaise à bras (notre fauteuil). Ces sièges sont réservés aux hommes nobles, car les robes des femmes s’encombrent d’un cerceau d’osier – le vertugadin – qui ne peut s’insérer entre les accotoirs. Ces dames doivent se contenter de tabourets nommés « chaises à femmes » ou « caquetoires ».


Louis XIII

Louis XIV

Le mobilier Louis XIII est marqué par les influences espagnole et hollandaise. Plus larges que hauts, les dossiers prennent une légère inclinaison, ce qui les rend plus confortables. Les pieds sont en bois tourné, en colonne, en chapelet ou en spirale. Les traverses d’entrejambe ne sont plus en carré, mais en H. Une traverse relie les pieds avant à mi-hauteur. Les premières garnitures de tissu ou de cuir – peau de mouton ou de vachette fixées au siège par des clous – sont apparues en France vers 1600. Le mot « fauteuil » apparaît à cette époque. Sur les modèles les plus prestigieux, les supports des bras se terminent par un buste féminin, un personnage ou une tête d’animal (un mufle de lion). La mode des robes à vertugadin passe. Hommes et femmes utilisent désormais les mêmes fauteuils.

À la cour de Versailles, les sièges prennent une grande importance. Au sommet se place le fauteuil, à l’assise trapézoïdale (jusque-là, elle était rectangulaire). Puis vient la chaise à dos dont le dossier étroit est très haut et, enfin, une multitude de placets et de ployants que l’on dispose le long des murs. À la fin du règne de Louis XIV, le bout des accotoirs dévie vers l’extérieur, les bras s’ouvrent. Les sièges de prestige sont abondamment sculptés et dorés.

1610-1643

1643-1715

De gauche à droite. Chaise Renaissance Henri II, 1580, recouverte de cuir. Chaise Louis XIII. Chaise Louis XIV, 1700, piètement en os de mouton.

Les sièges à travers les époques 5


Comment reconnaître un siège ancien ? « On reconnaît un meuble ancien au premier coup d’œil ! Un meuble se regarde comme un tableau », répondrait un ébéniste confirmé ou un antiquaire expert.

Une harmonie d’ensemble Oui, le coup de main des artisans des xviie et xviiie siècles, ainsi que du début du xixe, est reconnaissable par une harmonie d’ensemble décelable sans besoin de preuves. Voici quelques critères. Des moulures et des lignes énergiques, même si elles sont courbes, c’est-à-dire un tracé net, mais ayant une sensibilité manuelle. Un cintre ou une droite taillés avec une machine se trahissent d’emblée. Un ensemble homogène. De très fines sculptures sur un siège ordinaire datent l’époque Napoléon III. Des ornements patauds sur un siège bien construit trahissent une copie effectuée par un bon menuisier, sans l’aide d’un sculpteur.

À savoir MEUBLE DE STYLE OU MEUBLE D’ÉPOQUE ? Par convention, on précise la mention « de style » lorsqu’un meuble n’est pas d’époque. S’il l’est, on ne dit rien, c’est sous-entendu. Ainsi, une chaise Louis XV a été fabriquée entre 1723 et 1774, mais une chaise de style Louis XV est postérieure à 1774.

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La conformité avec l’esprit des ébénistes de l’époque concernée. Il est difficile de préciser davantage, cela se sent en observant les formes des éléments et en comparant avec ses souvenirs… Le restaurateur de meubles acquiert un sens second, inexprimable. Les copies récentes présentent des anomalies : régularité des cannelures poussées à la toupie, sculptures sans originalité, dimensions bizarres des traverses…

Quelques signes nécessaires Sans constituer des preuves absolues, certains signes sont indispensables pour que le siège ait toutes les chances d’être vraiment d’époque : • traces de sciage manuel, irrégulières, à l’intérieur des traverses ; • couleur brun gris passé de ses croûtes ; • restes de semences forgées incrustées dans les feuillures de tapisserie ; • placage scié et non tranché ; • marques de bédane (épais ciseau à bois) dans les mortaises ; • coups de scie en biais sur les tenons ; • stries de pointe à tracer et de trusquin ; • traces de rabot au fer légèrement arrondi sur l’arrière du dossier ; • trous de chevilles carrés (aujourd’hui les chevilles sont de section ronde).


Les faux de qualité ne peuvent être démasqués qu’au laser. Ils sont fabriqués par des virtuoses selon les anciennes techniques, à partir de bois de récupération pris sur des pièces du xviiie siècle, le plus souvent. Le talent extraordinaire de ces rares imitateurs force le respect. Leurs sièges ne sont pas anciens, mais ce sont certainement de beaux meubles.

L’estampille en France L’édit de 1744 prescrit l’estampillage des meubles par les maîtres ébénistes. Cette obligation dura jusqu’à la Révolution française. Un siège signé, c’est-à-dire frappé au fer du nom de son auteur, est donc d’époque Louis XV ou Louis XVI. Cette marque est portée en creux sous la traverse avant ou arrière de l’assise. Peut-elle être fausse ? Tous les fers du xviiie n’ont pas disparu… On peut aussi, grâce aux matériaux modernes, relever l’empreinte d’une estampille très nette et refondre un fer.

Estampille de Jean-Baptiste Tuart, maître vers 1760. Lorsque l’on trouve une couronne marquée au fer, il s’agit d’un meuble du mobilier royal.

Un nom imprimé à l’encre sur le bois, ou sur une étiquette, sur un meuble du xixe, est le sceau du fabricant, pas une estampille. Certains maîtres ébénistes ou menuisiers en sièges du xviiie sont passés à la postérité : Tilliard, Foliot, Jacob, Séné, Heurtaut, Cresson, Avisse… Ces artisans travaillaient en collaboration avec des sculpteurs, marqueteurs, doreurs, laqueurs, etc. Tous les sièges du xviiie ne sont pas signés, car cela permettait d’échapper à l’impôt. Cette taxe était perçue quand les jurés de la corporation avaient vérifié la qualité de l’ouvrage et ajouté à côté de l’estampille le poinçon J.M.E. (Jurés Menuisiers Ébénistes) visible sous les traverses des sièges.

Vue de dessous d’une bergère Louis XV à ceinture circulaire, estampillée sous la traverse avant. Les sangles sont clouées sur le dessus des traverses, comme c’était l’usage au xviiie siècle.

Comment reconnaître un siège ancien ? 11


Un peu de vocabulaire • Bon-à-rien (ou propre à rien). Cercle coupé dans un ressort de tapissier, utilisé pour de très petits serrages. • Bronze. Alliage de cuivre et d’étain, d’aspect doré. • Cache-paille (ou pare-paille). Fines pièces de bois qui entourent l’assise d’un siège paillé pour protéger la paille. • Cannage. Garnissage du fond ou du dossier d’un siège en cannes de jonc ou de rotin entrelacées. • Chanfrein. Surface oblique obtenue en abattant l’arête vive d’une pièce de bois.

• Mortaise. Entaille faite dans une pièce de bois pour recevoir le tenon d’une autre pièce. • Orillon. Objet en forme de petite oreille. • Placet. Petit siège sans bras ni dossier, souvent pliant (xvie siècle-xviiie siècle). • Ployant. Siège pliant. • Presse crabe. Outil proche du serre-joint servant à rapprocher deux éléments de bois. • Presse parisienne. Outil de la famille du serre-joint servant à serrer le bras d’un siège par exemple. • Semence. Clou à tête plate et tige courte.

• Chantourné. Évidé ou découpé selon un contour donné.

• Tasseau. Pièce de bois servant à maintenir ou à soutenir une autre pièce.

• Enture. Assemblage de deux pièces de bois grâce à une fente.

• Tenon. Partie dépassant à l’extrémité d’une pièce, destinée à s’ajuster dans une partie creuse correspondante (voir mortaise).

• Fenestrage. Ornement de bois imitant une fenêtre ou une arcade cintrée ou ogivale. • Gouge. Outil creusé en canal, à bout tranchant et courbe. • Marqueterie. Assemblage décoratif de pièces de bois appliquées par incrustation ou par placage sur un fond de menuiserie. • Matine. Vernis traditionnel à l’alcool. • Mécher. Frotter le bois avec de la mèche (résidus de coton provenant des filatures). • Montants. Éléments verticaux de la carcasse d’un siège. Les pieds avant sont des montants courts, ceux du dossier sont longs.

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• Toupie. Outil rotatif servant à réaliser des moulures ou des entailles longitudinales. • Tourillon. Cheville de bois rainurée servant à assembler des pièces de menuiserie. • Traverses. Éléments horizontaux de la carcasse d’un siège. On distingue les traverses de l’assise et celles du dossier. • Trusquin. Outil de menuisier servant à tracer une ligne parallèle à l’arête d’une pièce de bois. • Wastringue. Petit rabot incurvé, muni de deux poignées, qui permet d’épouser les courbures.


Les différentes parties du siège 1. Traverse haute du dossier

6. Montant du dossier et pied arrière

2. Traverse de milieu du dossier

7. Pied avant

3. Traverse arrière

8. Accotoir

4. Traverse avant

9. Support d’accotoir

5. Traverse de côté

Fauteuil Louis XV, dossier plat à la reine. Les pieds avant se finissent par une petite volute posée sur un bouchon. Ce sont des pieds de biche, caractéristiques du style Louis XV.

Un peu de vocabulaire 13


L’outillage du restaurateur 15


Techniques de finition Une fois le plus gros du travail de restauration réalisé, il ne vous reste plus qu’à apporter la touche finale à votre siège pour qu’il soit comme neuf avec le charme de l’ancien. Dernières vérifications Une fois le siège recollé et réparé, serrez-le dans une traverse dans l’étau de l’établi. Chevillez, affleurez et poncez tout ce qui est horizontal. Tournez le siège d’un quart de tour dans l’étau. Faites de même sur les quatre faces. Cette façon de faire pivoter le siège à quatre reprises permet de ne rien oublier. Dossier Louis xvi en chapeau Au sommet de chaque montant se trouve un ornement sculpté : graine éclatée, pomme de pin, panache… (1). Il est souvent abîmé, cassé ou disparu. On en trouve faubourg SaintAntoine, à Paris. Pour qu’ils soient identiques, mieux vaut remplacer les deux, sauf sur un siège d’époque pour lequel il faut sculpter l’ornement manquant à l’identique de celui qui reste.

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Sécurité Les décapants attaquent la peau et les voies respiratoires. Portez des gants, aérez votre local et agissez avec précaution ou bien mettez des lunettes de protection.

BOIS PEINTS OU VERNIS Des sièges à l’origine en bois naturel ont parfois été peints ou vernis à tort. Décapage Vernis ou peintures se suppriment avec un simple décapant pour meubles, qui n’altérera pas les teintes des bois et ne décollera pas les placages. Avec un pinceau, enduisez le bois d’une généreuse couche de décapant. Attendez le temps recommandé par le fabricant. Frottez à la paille de fer très fine ou à la laine d’acier jusqu’à assécher le bois. Recommencez si nécessaire. Vous pouvez finir par un rinçage à l’alcool à vernir. Grattez les rainures, les moulures et les sculptures avec un ciseau à bois. Poncez légèrement. Pour les peintures récalcitrantes, enduisez le siège et laissez-le macérer quelques heures en l’enveloppant dans une bâche ou dans plusieurs grands sacs-poubelle. Il est parfois plus rapide de gratter la peinture au racloir, au ciseau à bois, à la gouge, au papier abrasif… (2).


Rebouchage à la gomme-laque Il s’effectue après le décapage et avant le ponçage des sièges vernis. La gomme-laque à reboucher se présente en fines paillettes ou en bâtonnets prêts à l’emploi. Choisissez une teinte proche du bois à reboucher. Présentez le bâtonnet au bord du trou à combler et faites-en fondre l’extrémité avec un fer à souder électrique (3). Travaillez de préférence en 110 volts pour que le fer ne soit pas trop chaud (utilisez un transformateur). Grattez le surplus de gomme-laque au ciseau à bois très bien affûté, puis poncez. Notez que certaines résines synthétiques teintées conviennent également.

A Paille de fer, pour dégrossir. B Laine d’acier, pour finir. C Papier abrasif. D Tissu abrasif de type Abranet® (il s’encrasse beaucoup moins que le papier abrasif classique). E Cale à poncer.

Techniques de finition 91


LA RESTAURATION DES SIÈGES

Au fil du temps et des sollicitations, un siège finit par prendre du jeu puis par céder à des endroits fragiles. C’est l’occasion pour vous, amateur ébéniste, de donner une nouvelle vie à vos sièges relégués au grenier ou chinés sur les brocantes. L’auteur, Meilleur Ouvrier de France en marqueterie, ébéniste restaurateur, transmet avec clarté son savoir-faire pour vous aider à maîtriser avec minutie les principaux tours de main de la réparation des sièges. Grâce à ses conseils précieux, vous découvrirez le plaisir de remettre en l’état vos chaises et fauteuils.

16,95 € TTC MDS : MN40702


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La restauration des sièges by Fleurus Editions - Issuu