Skip to main content

hypnothérapie

Page 1


PRÉFACE

La médecine s’adresse le plus souvent à un trouble dont les dimensions somatiques et psychiques sont intimement enchevêtrées. Toute approche unilatérale qui oublie ce lien montre rapidement ses limites.

Se centrer sur l’organe atteint est nécessaire, mais penser que cela résume la situation est une impasse. La formation médicale vise à l’acquisition d’un vaste ensemble de connaissances, mais la personne souffrante qui consulte ne saurait être réduite à l’organe en défaut. Une vision globale suppose une véritable culture clinique et un intérêt sincère pour le sujet dans sa singularité.

L’ampleur des savoirs requis a conduit progressivement les médecins à partager leurs compétences. La médecine pluridisciplinaire ne s’est pas imposée en un jour. Si les spécialités ont permis d’approfondir les connaissances, elles ont aussi contribué à fragmenter l’approche du patient. La complexité croissante des choix thérapeutiques et les progrès techniques ont favorisé l’émergence de concertations pluridisciplinaires, d’abord en cancérologie, puis dans d’autres domaines. Dans ce contexte, en médecine, la prise en compte des dimensions psychosociales s’avère essentielle.

Depuis Sigmund Freud, Franz Alexander ou Pierre Marty, il n’est plus possible de séparer corps et esprit : ils forment une unité indissociable. Le rôle des facteurs émotionnels s’impose de plus en plus dans la compréhension des troubles fonctionnels et organiques.

En gynécologie, notamment dans la prise en charge de l’infertilité, une approche holistique est indispensable. L’homme, la femme, le couple ne peuvent être réduits à leurs seules composantes biologiques – qualité ou quantité de la production des gamètes. Une attitude plus compréhensive est nécessaire, ainsi qu’un espace de parole permettant d’aborder les aspects intimes, parfois même transgénérationnels.

À l’heure où le temps médical se réduit et où la disponibilité du praticien se fait de plus en plus rare, le recours à une approche multidisciplinaire apparaît de plus en plus nécessaire. Peu de temps après la réussite des premières fécondations in vitro, nous avions ouvert dans le service hospitalier de Clamart des consultations de psychologie et même des consultations d’éthique, tant le besoin d’accompagnement était évident. Partout, cela s’est imposé rapidement. Selon la personnalité et l’histoire de chacune, divers accompagnements psychiques peuvent être proposés. Ces approches ne s’opposent pas aux traitements médicaux mais doivent les compléter ou alterner avec eux, selon les besoins. La survenue de grossesse spontanée pendant ce temps d’attente vient témoigner de la nécessaire modestie médicale. Souvent, ces prises en charge « psy » s’inscrivent dans un temps long nécessaire à la remise à niveau de certaines personnes, mais pas toujours.

Dans l’arsenal des propositions d’accompagnement de l’infertilité, j’ai découvert l’intérêt de l’hypnose éveillée pour certaines patientes confrontées à un blocage, une butée, une crainte ou une anxiété notable. Excellente approche quand existe un doute de soi majoré par un déploiement technique souvent intrusif. Le besoin d’accompagnement peut parfois s’inscrire dans un temps plus court, ciblé sur des moments précis du parcours de la Procréation Médicalement Assistée (ponction, transfert, attente du résultat). Le lien avec le médecin responsable de la patiente (ou le couple) est indispensable, de telle sorte que cela soit bien un travail d’équipe aboutissant à un éclairage commun.

Cette double approche (médecine et hypnose) que j’ai perçue comme indispensable dans le domaine de l’infertilité peut s’appliquer à de nombreuses autres situations que l’on découvrira dans ce livre. Par exemple, dans certains de nos établissements, la pratique de l’hypnose a pris place au cours de certains actes médicaux ou chirurgicaux, en particulier au cours d’hypnosédation ou d’hypnoanalgésie. Cela ne veut pas dire que cela fonctionne dans toutes les situations où on attend un soulagement,

Partie 1

Comprendre pour mieux

se

transformer

Vous ne pouvez pas transformer ce que vous ne comprenez pas. Pendant longtemps, la médecine a opposé le corps et l’esprit. On a séparé l’émotion du cerveau. On a cru que changer signifiait se contrôler, se raisonner, faire des efforts. Aujourd’hui, les neurosciences nous montrent autre chose. Votre cerveau apprend en permanence. Votre système nerveux enregistre chaque expérience. Votre inconscient orchestre vos réactions bien avant que vous en ayez conscience.

L’hypnose, comme vous allez le voir ici, ne vous enlève pas le contrôle. Elle vous redonne l’accès aux mécanismes invisibles qui dirigent votre vie : vos automatismes, vos mémoires émotionnelles, vos loyautés familiales, vos réflexes de protection. Puisque comprendre n’est pas seulement accumuler des connaissances mais déjà commencer à vous transformer et à voir votre vie plus positivement, plongez dans ce chapitre. Lorsque votre peur n’est plus un mystère, elle devient un message. Lorsque votre symptôme est compris, il cesse d’être un ennemi. Et lorsque vous voyez le fonctionnement invisible à l’œuvre, vous pouvez enfin reprendre votre pouvoir.

l’hypnose thérapeutique. L’hypnose utilise donc un état naturel du cerveau, situé entre veille et sommeil, pour favoriser l’adaptation et le changement : l’état hypnagogique.

Ondes cérébrales

Ondes bêta (13-30 hertz)

Ondes alpha (8-12 hertz)

Ondes thêta (4-7 hertz)

Ondes delta (0,5-4 hertz)

État d’éveil, réflexion, stress

Détente, calme, créativité

Hypnose, visualisation, subconscient actif

Sommeil profond, régénération

L’état hypnagogique : une clé pour votre transformation

L’état hypnagogique correspond à ce moment très particulier juste avant l’endormissement ou juste au début de l’éveil. C’est un état que vous traversez plusieurs fois par jour, souvent sans vous en rendre compte. Lorsque vous lisez un livre, vous réalisez parfois que vous ne vous souvenez plus des dernières pages lues parce que votre esprit est parti ailleurs, ou lorsque vous marchez sur un chemin connu et pensez à autre chose, vous ne vous rendez pas compte de la distance parcourue ou vous vous trompez de route.

Dans l’état hypnagogique :

• les images mentales apparaissent plus facilement ;

• les idées deviennent plus fluides ;

• la perception du temps change ;

• l’attention se tourne davantage vers l’intérieur.

Les neurosciences ont montré que, lors de l’entrée dans cet état, l’activité cérébrale en ondes bêta diminue de manière mesurable ; les ondes alpha et thêta deviennent dominantes et certaines zones liées au contrôle conscient se mettent en retrait.

Les recherches montrent que l’hypnose :

• modifie les circuits neuronaux liés aux émotions et à la douleur ;

• améliore la régulation émotionnelle ;

• favorise la neuroplasticité, cette capacité du cerveau à évoluer tout au long de la vie.

L’hypnose en conscience augmentée aide ainsi le cerveau à sortir de schémas automatiques de stress ou de peur pour accéder à des réponses plus apaisées et plus justes. Cela concerne notamment l’activité du cortex préfrontal, impliqué dans le jugement, l’autocontrôle, l’analyse rationnelle et la rumination mentale. Lorsque cette zone ralentit, le cerveau peut accéder à des mémoires émotionnelles et corporelles sans être submergé. C’est ce qui rend possible un retraitement émotionnel en profondeur, là où la parole seule atteint parfois ses limites.

L’état hypnagogique est étudié depuis longtemps dans les domaines de l’apprentissage, la créativité, la mémoire, la régulation émotionnelle et la thérapie des traumatismes. L’hypnose thérapeutique en conscience augmentée utilise volontairement cet état, de manière guidée et sécurisée, pour favoriser l’intégration émotionnelle et le changement.

Neuroplasticité cérébrale et changement durable

Les neurosciences parlent de neuroplasticité cérébrale pour expliquer la capacité du cerveau à se transformer tout au long de la vie en fonction des expériences, de l’apprentissage, des émotions et de l’environnement. C’est une notion assez nouvelle qui a encore du mal à être complètement intégrée. Elle a été formalisée scientifiquement en 1948 et démontrée plus largement à partir des années 1980 et 1990 grâce au développement de l’imagerie cérébrale. Imaginez votre cerveau comme une forêt vivante. Chaque expérience, chaque émotion, chaque réaction, chaque apprentissage crée un nouveau chemin ou, si vous préférez, une nouvelle connexion neuronale. Plus ce chemin est utilisé, plus il devient large, rapide et automatique. Plus l’expérience est vécue ou l’apprentissage répété, plus la connexion se renforce. C’est ainsi

à l’origine de votre vie étaient déjà présents dans les ovaires maternels. Cela signifie que le corps de votre grand-mère, celui de votre mère et les premières traces de vous-même ont partagé un même milieu biologique mais aussi social, familial, environnemental.

Modification des gènes dans l’ADN

Facteur épigénétique

Groupe méthyle

ADN inaccessible

Gène inaccessible

Gène activé

Gène inactif

Les recherches actuelles montrent que le stress, les émotions répétitives ou les événements traumatiques peuvent laisser des marques biologiques, non pas en modifiant l’ADN lui-même, mais en influençant l’expression de certains gènes. C’est ce que l’on appelle l’épigénétique. Pendant la grossesse, les émotions maternelles ne circulent pas seulement au niveau psychologique. Elles s’accompagnent de modifications hormonales et biochimiques qui traversent la barrière placentaire. Le fœtus reçoit alors des informations sur le monde dans lequel il va naître, un monde déjà perçu comme sécurisant ou menaçant. Lorsque ces états émotionnels sont chroniques ou répétitifs, ils peuvent conditionner la manière dont l’enfant puis l’adulte répondront au

CH3

stress, aux relations, au danger ou à la séparation. Ce que nous appelons parfois une réaction excessive ou inexpliquée trouve alors une cohérence nouvelle : notre organisme se souvient. Cela peut se manifester par exemple par :

• une anxiété « sans raison apparente » ;

• une hypervigilance permanente ;

• des difficultés à se sentir en sécurité ;

• des schémas relationnels répétitifs ;

• une sensation de porter quelque chose qui ne nous appartient pas vraiment. Ces transmissions ne passent pas uniquement par les mots. Elles passent aussi par :

• le climat émotionnel familial ;

• les silences, les non-dits ;

• les comportements parentaux ;

• la manière dont le stress s’exprime.

L’épigénétique vient compléter cette compréhension, le stress laisse une empreinte biologique. Elle montre que nos gènes ne sont pas figés, leur expression peut être modifiée par notre environnement social, éducatif, familial, notamment par le stress, les traumatismes, la peur ou l’insécurité prolongée. Concrètement, un événement traumatique peut modifier la manière dont certains gènes liés au stress s’expriment. Ces modifications n’altèrent pas l’ADN lui-même, mais la façon dont il est « lu » par le corps. Ces ajustements biologiques peuvent parfois être transmis à la génération suivante. Les travaux de la neuroscientifique Rachel Yehuda, spécialiste mondiale du traumatisme et de l’épigénétique, ont joué un rôle majeur dans la compréhension scientifique de ces transmissions invisibles. Elle s’est notamment fait connaître par ses recherches pionnières sur les survivants de la Shoah et leurs enfants, montrant que les effets biologiques d’un traumatisme pouvaient se retrouver chez la génération suivante, sans transmission directe du vécu ni du récit. En étudiant ensuite d’autres populations exposées à des traumatismes extrêmes, elle a mis en évidence que le stress intense peut modifier durablement la régulation biologique du stress, notamment à travers l’axe hormonal impliquant le cortisol et ce sur plusieurs générations. Ces données ont apporté une preuve scientifique solide à une intuition longtemps pressentie : certaines réactions émotionnelles ou physiologiques peuvent être héritées biologiquement, et non uniquement apprises ou transmises par le récit. Des recherches ont aussi montré que les enfants de femmes enceintes au moment de l’attaque du World Trade Center ayant vécu un traumatisme majeur présentaient une régulation différente du cortisol (l’hormone du

stress) et une sensibilité accrue à l’anxiété, aux troubles de l’humeur ou au stress post-traumatique.

Attention, ces transmissions ne sont pas une fatalité ni une malédiction ! Votre corps et votre cerveau font toujours au mieux pour vous protéger. Certaines modifications biologiques observées chez les descendants sont en réalité des mécanismes d’adaptation pour rendre l’enfant plus vigilant dans un environnement perçu comme dangereux et pour le préparer à survivre à un monde instable. Le problème apparaît lorsque ces stratégies de survie deviennent inadaptées dans un contexte de vie différent.

Peut-on transformer nos héritages transgénérationnels marqués dans nos cellules ? La bonne nouvelle, soulignée par Bruce Lipton et confirmée par les neurosciences contemporaines, est que ce qui a été inscrit par l’environnement de la naissance et de l’enfance peut être transformé par un nouvel environnement. Et c’est là que l’accompagnement thérapeutique prend tout son sens. Les recherches montrent qu’en mettant en conscience ce qui ne nous appartient pas, en régulant les réponses automatiques du stress, en apaisant le corps là où l’histoire s’est inscrite, il devient possible de rompre les transmissions invisibles.

Comment une émotion laisse une empreinte

dans votre corps ?

Lorsqu’un événement émotionnel survient, le corps ne « réfléchit » pas, il réagit d’abord. Cette réaction suit une cascade neurophysiologique précise, aujourd’hui très bien documentée par les neurosciences. C’est vraiment la pierre angulaire de mon approche, qui se base sur les recherches scientifiques de modification de certaines protéines dans nos cellules. Je vais essayer de ne pas trop vous perdre en vous conduisant sur le chemin d’une empreinte émotionnelle sur le plan purement physiologique.

L’amygdale cérébrale, une petite partie dans votre cerveau central, est la structure clé de vos émotions, elle est particulièrement connectée avec tous vos sens, ce que vous sentez, voyez, entendez, ressentez, et goûtez. Elle joue un rôle essentiel dans votre apprentissage émotionnel et en particulier en ce qui concerne les événements dangereux.

Joseph LeDoux, neuroscientifique américain, professeur à l’université de New York, est mondialement reconnu pour ses travaux sur les mécanismes cérébraux de la peur, des émotions et de l’inconscient émotionnel. Il est l’un des chercheurs qui a le plus profondément transformé notre compréhension du lien entre notre cerveau, nos émotions et notre corps dans sa globalité. C’est lui qui a démontré

que le cerveau peut déclencher une réaction émotionnelle avant même que nous ayons conscience de ce que nous vivons. L’amygdale s’active en quelques millisecondes, avant toute analyse consciente, elle ne se demande pas si le danger est réel. C’est un point clé : le danger est-il réel ou imaginé par votre cerveau à travers vos pensées ? Les neuroscientifiques ont pu démontrer que l’amygdale ne fait pas la différence entre un danger réel ou un danger imaginé, visualisé. Une fois activée, l’amygdale envoie un signal à l’hypothalamus, qui lance une réponse hormonale en chaîne via l’axe hypothalamo-hypophyso-surrénalien (axe HPA). C’est cela qui entraîne la libération de plusieurs hormones clés ayant une action directe sur nos sensations corporelles. L’adrénaline et la noradrénaline déclenchent une augmentation de votre rythme cardiaque, des tensions musculaires ; votre respiration s’accélère et votre attention se focalise. Cela prépare votre corps à agir. Le cortisol va mobiliser votre énergie pour vous permettre de rester en état d’alerte un certain temps, afin d’avoir un maximum d’énergie. Pendant ce temps, les fonctions non vitales de votre organisme sont inhibées temporairement, ce qui signifie que votre digestion, votre système immunitaire et les organes agissant dans la reproduction fonctionnent au ralenti. À ce moment-là, nous savons que plusieurs organes entrent en résonance les uns avec les autres et tout particulièrement votre cœur, vos poumons, vos intestins, vos muscles et votre système immunitaire. C’est donc une réponse globale de votre corps, pas seulement cérébrale. Le neuroscientifique António Damásio a montré que le cerveau associe chaque expérience émotionnelle à un état corporel précis. Ce couplage crée ce qu’il appelle un marqueur somatique (sôma signifie « corps » en grec) : c’est la combinaison de l’émotion avec la sensation corporelle associée au contexte de l’événement qui s’enregistre dans les circuits du cerveau. Nous savons aujourd’hui, grâce à l’imagerie cérébrale, déterminer les connexions neuronales en lien avec nos organes. Voici des exemples simples que vous avez pu vivre : une peur qui vous serre la gorge dans un contexte relationnel, une sensation de honte qui vous fait rougir lorsqu’une personne pose le regard sur vous, ou la sensation d’un serrement dans la poitrine lors d’une séparation. L’information clé est que même si l’événement est oublié consciemment, le marqueur corporel, lui, reste présent en vous.

Turn static files into dynamic content formats.

Create a flipbook
hypnothérapie by Fleurus Editions - Issuu