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9782728940158 Marchons ensemble

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Titre original : Camminiamo insieme

© Dicastero per la Communicazione – Libreria Editrice Vaticana, 2026. © 2026, Edizioni San Paolo s.r.l.

Piazza Soncino 5 – 20092 Cinisello Balsamo (Milano) – Italia www.edizionisanpaolo.it

Direction : Guillaume Arnaud

Direction éditoriale : Sophie Cluzel

Édition : Emmanuelle Rivoire-Grimaud

Direction artistique : Thérèse Jauze

Direction de la fabrication : Thierry Dubus

Fabrication : Manon Sagot

Mise en pages : Bruno Ringeval

© Mame, Paris, 2026. www.mameeditions.com

57, rue Gaston-Tessier, 75019 Paris.

ISBN : 9782728940158

MDS : MM40158

Tous droits réservés pour tous pays.

« Ce livre ne peut être reproduit ni utilisé à des fins d’entraînement de systèmes d’intelligence artificielle. La fouille de textes et de données est interdite conformément à l’article 4(3) de la Directive (UE) 2019/790. »

Marchons ensemble ! PAPE LÉON XIV

Traduction de Dominique de La Rochebrochard

Marie, prends soin de l’humanité !

Je te salue, ô Marie ! Réjouis-toi, comblée de grâce, de cette grâce qui, telle une douce lumière, rend radieux ceux sur lesquels la présence de Dieu se reflète.

Le Mystère t’a enveloppée dès le commencement, dès le sein de ta mère. Il a accompli en toi de grandes choses, qui ont ensuite mené à ton consentement, à ce « Oui » qui a inspiré tant d’autres « oui ».

Immaculée, Mère d’un peuple fidèle, ta transparence illumine Rome de lumière éternelle, ton chemin embaume ses routes plus que toutes les fleurs que nous t’offrons aujourd’hui.

Ô Immaculée, de nombreux pèlerins du monde entier ont parcouru les rues de cette ville tout au long de l’histoire et pendant cette année jubilaire. Une humanité éprouvée, parfois accablée, humble comme la terre dont Dieu l’a façonnée et en qui il ne cesse de souffler son Esprit de vie.

Regarde, ô Marie, tous ces fils et filles dont l’espérance est toujours vive : fais germer en eux ce que ton Fils a semé, lui, le Verbe vivant qui, en chacun de nous, demande de continuer à grandir, de s’incarner, visage et voix.

Que l’espérance fleurisse dans chaque recoin de la terre, l’espérance d’un monde nouveau que Dieu prépare, et dont tu es, ô Vierge, l’étoile et l’aurore. Après les portes saintes, que s’ouvrent désormais d’autres portes de maisons et des oasis de paix où soit restaurée la dignité, où l’on éduque à la non-violence, où l’on apprenne l’art de la réconciliation.

Que vienne le Royaume de Dieu, nouveauté que tu as tant attendue et à laquelle tu t’es toi-même complètement donnée, enfant, jeune femme, puis Mère de l’Église naissante. Inspire de nouvelles intuitions à l’Église qui chemine à Rome et à toutes les Églises particulières qui, quel que soit le contexte, rassemblent les joies et les espoirs, les tristesses et les angoisses de nos contemporains, surtout des pauvres, et de tous ceux qui souffrent. Que le baptême engendre encore des hommes et des femmes saints et immaculés, appelés à devenir des membres vivants du Corps du Christ, un Corps qui agit, console, réconcilie et transforme la cité terrestre dans laquelle se prépare la Cité de Dieu. Intercède pour nous, qui sommes aux prises avec des changements qui semblent nous trouver mal préparés et impuissants.

Inspire des rêves, des visions et du courage, toi qui sais plus que quiconque que rien n’est impossible à Dieu, et que Dieu n’agit jamais seul.

Mets-nous sur la route, avec la même hâte qui, un jour, a conduit tes pas vers ta cousine Élisabeth et la même crainte avec laquelle tu t’es faite exilée et pèlerine, pour être bénie, oui, mais entre toutes les femmes, première disciple de ton Fils, mère de Dieu avec nous.

Aide-nous à être toujours l’Église, avec et parmi le peuple, ferment dans la pâte d’une humanité qui invoque justice et espérance.

Immaculée, femme d’une beauté infinie, prends soin de cette cité, de cette humanité.

Montre-lui Jésus, porte-la à Jésus, présente-la à Jésus.

Mère, Reine de la paix, prie pour nous 1 !

1. Prière, 8 décembre 2025.

PARTIE I Marchons ensemble !

Nous, chrétiens, devons donc vaincre la tentation de nous fermer : l’Évangile doit être annoncé et vécu en toutes circonstances et dans tout environnement, afin qu’il soit ferment de fraternité et de paix entre les personnes, les cultures, les religions et les peuples 2 .

2 Angelus, 25 janvier 2026.

SUR LES PAS DE JÉSUS

Qui es-tu, toi, Jésus ?

« Au dire des gens, qui est le Fils de l’homme 3 ? » En réfléchissant à cette scène, nous pourrions trouver deux réponses possibles à cette question.

Avant toutes choses, il y a la réponse du monde. Matthieu précise que la conversation entre Jésus et ses disciples au sujet de son identité survient dans la très belle ville de Césarée-de-Philippe, remplie de palais luxueux et située dans un milieu naturel magnifique au pied du mont Hermon, mais également lieu de cercles de pouvoir cruels et théâtre de trahisons et d’infidélités. Cette image nous évoque un monde qui considère Jésus comme quelqu’un sans importance, au mieux comme un personnage qui peut susciter la curiosité, voire l’émerveillement par sa manière insolite de parler et d’agir. Ainsi, quand sa présence deviendra gênante, avec ses attentes d’honnêteté et ses exigences morales, ce « monde » n’hésitera pas à le repousser et à l’éliminer. Il y a ensuite une autre réponse possible à la demande de Jésus : celle des personnes du peuple. Pour elles, le Nazaréen

3. Mt 16, 13.

n’est pas un « charlatan » : c’est un homme droit, qui a du courage, qui parle bien et dit des choses justes, comme d’autres grands prophètes de l’histoire d’Israël. C’est pour cela qu’ils le suivent, au moins tant que cela ne présente pas trop de risques ou d’inconvénients. Cependant, ils le considèrent seulement comme un homme. C’est pour cette raison qu’au moment du danger, durant la Passion, eux aussi l’abandonnent et partent, déçus.

L’actualité de ces deux comportements nous frappe, car ils incarnent des idées que nous pourrions facilement retrouver dans la bouche de nombreux hommes et femmes de notre temps, peut-être exprimées avec un langage différent, mais identiques dans la substance.

Aujourd’hui encore, il y a de nombreuses situations où la foi chrétienne est considérée comme quelque chose d’absurde, pour des personnes faibles et peu intelligentes. On lui préfère d’autres certitudes comme la technologie, l’argent, le succès, le pouvoir, le plaisir.

Il s’agit d’environnements dans lesquels il n’est pas facile de témoigner et d’annoncer l’Évangile. Celui qui croit y est moqué, pris en otage, méprisé ou, au mieux, toléré et pris en pitié. Or c’est justement pour cela que la mission dans ces lieux est urgente. Le manque de foi porte en effet souvent en lui des drames, comme la perte du sens de la vie, l’oubli de la miséricorde, la violation de la dignité des personnes dans ses formes les plus dramatiques, la crise de la famille, et tant d’autres blessures dont souffre profondément notre société.

Aujourd’hui encore, il arrive souvent que Jésus, bien qu’apprécié en tant qu’homme, soit réduit à une espèce de leader charismatique ou de Superman, et cela non seulement parmi les non-croyants, mais aussi parmi de nombreux baptisés, qui finissent ainsi par vivre un athéisme de fait.

Voici le monde qui nous est confié, et dans lequel, comme nous l’a souvent enseigné le pape François, nous sommes appelés à témoigner la foi joyeuse en un Christ sauveur. Ainsi, même pour nous, il est essentiel de répéter : « Tu es le Christ, le Fils du Dieu vivant 4 ! »

Il est essentiel de le faire, avant tout dans notre relation personnelle avec le Christ, en nous engageant sur un chemin quotidien de conversion. Mais ensuite, en tant qu’Église, en vivant ensemble notre appartenance au Seigneur, et en en portant à tous la Bonne Nouvelle 5 .

Un jour nouveau a commencé, cheminons dans sa lumière !

Avant Jésus, entre en scène son précurseur, Jean le Baptiste. Celui-ci prêchait dans le désert de Judée en disant : « Convertissez-vous, car le royaume des Cieux est tout proche 6! »

Dans la prière du Notre Père, nous demandons chaque jour : « Que ton règne vienne. » Jésus lui-même nous l’a enseigné. Par cette invocation, nous nous tournons vers

4. Mt 16, 16.

5. Homélie, 9 mai 2025.

6. Mt 3, 2.

ce nouveau Royaume que Dieu nous réserve, reconnaissant ainsi que le cours de l’Histoire n’est pas déjà écrit par les puissants de ce monde. Nous mettons nos pensées et notre énergie au service d’un Dieu qui vient régner non pour nous dominer, mais pour nous libérer. C’est un « évangile », une vraie bonne nouvelle, qui nous motive et nous implique.

Certes, le ton du Baptiste est sévère, mais le peuple l’écoute, parce qu’il sent résonner dans ses paroles l’appel de Dieu à ne pas plaisanter avec la vie, mais à profiter du moment présent pour se préparer à la rencontre avec celui qui juge selon les œuvres et les intentions du cœur, et non selon les apparences.

Le même Jean sera surpris de la manière dont le royaume de Dieu se manifestera en Jésus Christ, dans la douceur et la miséricorde. Le prophète Isaïe le compare à un germe : image de naissance et de renouveau, et non de puissance ou de destruction. Sur le rameau qui sort de la souche apparemment morte, l’Esprit Saint commence à insuffler ses dons (cf. Is 11, 1-10). Chacun de nous a pu vivre une surprise semblable. C’est l’expérience que l’Église a vécue avec le concile Vatican II, une expérience qui se renouvelle quand nous cheminons ensemble vers le royaume de Dieu, ayant tous pour but de l’accueillir et de le servir. Alors non seulement germent des réalités qui semblaient faibles ou marginales, mais se réalise également ce qui humainement semblait impossible. Avec les images du prophète : « Le loup habitera avec l’agneau, le léopard se couchera près du chevreau, le

veau et le lionceau seront nourris ensemble, un petit garçon les conduira 7 . »

Frères et sœurs, comme le monde a besoin de cette espérance ! Rien n’est impossible à Dieu. Préparons-nous pour son règne, laissons-lui la place. Le « plus petit », Jésus de Nazareth, nous conduira ! Lui qui s’est mis entre nos mains, de la nuit de sa naissance jusqu’à l’heure obscure de sa mort en croix, qu’il resplendisse sur notre histoire comme le soleil levant. Un jour nouveau a commencé : réveillons-nous et cheminons dans sa lumière 8 !

Dieu ne regarde pas le monde de loin

Quand Jean le baptise dans le Jourdain, Jésus voit « l’Esprit de Dieu descendre comme une colombe et venir sur lui 9 ».

Dans le même temps, des cieux ouverts s’entend la voix du Père : « Celui-ci est mon Fils bien-aimé10 . » Toute la Trinité est alors présente : comme le Fils descend dans l’eau du Jourdain, de même l’Esprit Saint descend sur lui, et à travers lui, nous est donnée cette force du salut.

Dieu ne regarde pas le monde de loin, sans toucher notre vie, nos maux et nos attentes ! Il vient au milieu de nous, avec la sagesse de son Verbe incarné, nous associant à un incroyable projet d’amour pour toute l’humanité11.

7. Is 11, 6.

8. Angelus, 7 décembre 2025.

9. Mt 3, 16.

10. Mt 3, 17.

11 Angelus, 11 janvier 2026.

Comment ne pas se tromper de route ?

« Vers toi j’ai les yeux levés, vers toi qui es au ciel 12 . » Cette phrase nous évoque un chemin, un désir qui nous pousse vers Dieu, vers le lieu de sa demeure où nous sommes véritablement chez nous, car là nous attend son Amour. Comment cheminer vers la maison du Seigneur sans se tromper de route ? Jésus nous a dit : « Moi, je suis le Chemin 13 . » C’est lui qui nous accompagne, nous conduit, nous renforce tout au long du chemin. Son Esprit nous ouvre les yeux et nous permet de voir ce que, seuls, nous ne réussirions pas à comprendre.

On ne chemine jamais seuls sur le chemin de la vie. Notre chemin croise toujours celui d’un autre : nous sommes faits pour la rencontre, pour cheminer ensemble et pour découvrir ensemble un objectif commun 14 .

Personne ne voyage seul

Je partage volontiers avec vous une pensée de saint Augustin qui ne parle pas de la maison du Seigneur comme d’un objectif lointain, mais annonce la joie d’un chemin partagé, comme un peuple en pèlerinage : « Allons, partons ! Ils parlent ainsi entre eux, et forment, pour ainsi dire, l’un l’autre une unique flamme. Et cette flamme unique naît de celui qui, en parlant, communique

12. Ps 122, 1.

13. Jn 14, 6.

14. Message du 9 juillet 2025.

à l’autre le feu dont il brûle. » Quelle merveilleuse image !

Personne ne chemine seul : on s’incite mutuellement, on s’embrase mutuellement. Les flammes des cœurs s’unissent, et deviennent un unique grand feu qui illumine le chemin. Vous non plus n’êtes pas des pèlerins solitaires. Cette route vers le Seigneur se parcourt ensemble. C’est cela la beauté de la foi vécue dans l’Église 15 .

Aucun algorithme ne remplace une embrassade

À travers nos rencontres quotidiennes, nous pouvons parcourir ensemble notre pèlerinage vers la maison du Seigneur. À ce sujet, très chers amis, vous savez bien que nous vivons dans un monde toujours plus digital, dans lequel l’intelligence artificielle et la technologie nous offrent mille opportunités. Souvenez-vous : aucun algorithme ne pourra jamais remplacer une embrassade, un regard, une véritable rencontre, ni avec Dieu, ni avec nos amis, ni avec notre famille. Pensez à Marie. Elle aussi a entrepris un voyage fatiguant pour retrouver sa cousine Élisabeth. Ce n’était pas facile, mais elle l’a fait, et cette rencontre a été source de joie : Jean Baptiste a exulté de joie dans le sein de sa mère, reconnaissant, dans le sein de la Vierge Marie, la présence vivante du Seigneur. À l’exemple de Marie, je vous encourage à faire de véritables rencontres. Réjouissez-vous ensemble, et ne craignez pas de pleurer avec celui qui pleure, comme nous

15 Ibid

le dit également saint Paul : « Soyez joyeux avec ceux qui sont dans la joie, pleurez avec ceux qui pleurent 16 » 17 .

Dieu appelle le long du chemin

Au long du chemin, si certains d’entre vous ressentent l’appel à une vocation spéciale, à la vie consacrée ou au sacerdoce, je vous encourage à ne pas avoir peur d’y répondre. Cette invitation, que vous sentez vibrer en vous, vient de Dieu, il parle à votre cœur. Écoutez-le avec confiance : la parole du Seigneur non seulement nous rend vraiment libres et heureux, mais nous accomplit véritablement en tant qu’hommes et en tant que chrétiens18.

Ton voyage commence par le cœur

Pour rencontrer le Seigneur dans la vie […] nous devons, comme pèlerins, suivre un chemin. Beaucoup de chemins se présentent à nous, mais ils se réduisent, en réalité, à deux : miséricorde et vérité (cf. Ps 24, 10).

À travers ces deux voies, nous marchons vers le Seigneur, servant à l’image de Marthe dans les œuvres de miséricorde ou nous reposant comme Marie aux pieds de Jésus pour contempler la vérité (cf. Lc 10, 38-41).

Le saint évêque de Valence [Thomas de Villeneuve] nous enseigne que le chemin montré par l’Évangile et par l’apôtre Paul, c’est le chemin de l’amour : « Oh, délicieuse

16. Rm 12, 15.

17. Message du 9 juillet 2025.

18 Ibid

voie d’amour ! – dit le saint – Y a-t-il quelque chose de plus facile, de plus agréable, qu’aimer ? […] Le chemin de l’amour est donc facile, autant vers Dieu que vers son prochain ! Comme cette voie est aisée ! Que ce chemin est beau et plaisant 19 ! » Et, en effet, « tous ceux qui ont atteint l’objectif ont emprunté ce chemin 20».

Cet amour ne se trouve pas dans les épreuves, mais se reçoit comme un don. Saint Thomas nous dit : « Dans tout ce que Dieu peut te donner, s’il ne te donne pas son amour, il t’a renié lui-même 21 . » Notre chemin part donc du cœur : « En effet, Dieu ne regarde pas ce que tu fais, ni la quantité, mais plutôt comment ton désir et ton amour pour lui grandissent, car, même s’il est vrai que chacun sera jugé sur ses actes, toutefois la valeur des actes réside dans la charité du cœur 22 . » De plus, s’il manque le feu de l’amour, les épreuves perdent de leur sens et deviennent « un poids pour l’âme », mais « là où est l’amour, il n’y pas pas de peines 23 » 24 .

Il est seul, celui qui se regarde lui-même

Quand tu te sens seul, souviens-toi que Dieu ne t’abandonne jamais. C’est sa présence qui te donne la force de faire le premier pas vers l’autre, seul lui aussi, même s’il est à tes côtés. Chacun reste seul s’il se regarde uniquement

19. Notre traduction, pour tous les textes des Pères de l’Église.

20. Ibid.

21. Ibid.

22. Ibid.

23 Ibid.

24. Discours du 15 octobre 2025.

lui-même. En revanche, se rapprocher de son prochain permet de devenir image de ce que Dieu représente pour toi. Il apporte l’espérance dans ta vie, et toi, tu peux la partager avec l’autre. Vous serez ensemble chercheurs de communion et de fraternité 25 .

Laisse ta solitude te porter

Très souvent la solitude existe et beaucoup en souffrent. Alors, après avoir réfléchi sur la solitude, Salvatore Quasimodo a écrit ces vers célèbres : « Chacun se tient seul sur le cœur de la terre / Transpercé d’un rayon de soleil : / Et soudain c’est le soir 26 . » Ce qui semblerait être un destin sans échappatoire nous appelle en réalité à nous réveiller : une seule Terre porte tous les êtres humains, et un seul et même Soleil illumine toute chose. Le rayon qui nous transperce, qui entre dans les fissures de l’âme, n’est pas une lumière intermittente, qui se lève pour ensuite se coucher : c’est un Soleil de justice, c’est le Christ ! Il réchauffe notre cœur et l’enflamme de son amour.

C’est de cette rencontre avec Jésus que vient la force de changer de vie et de transformer la société 27 .

25. Discours du 10 janvier 2026.

26. NdT : Ed è subito sera, poème le plus emblématique de ce poète et critique italien, Salvatore Quasimodo (1901-1968), prix Nobel de littérature en 1959.

27. Discours du 10 janvier 2026.

L’espérance du

pauvre : avoir Dieu comme compagnon de route

Le pauvre peut devenir le témoin d’une espérance forte et fiable, justement parce qu’il la professe dans une condition de vie précaire, faite de privations et d’exclusion. Il ne s’appuie pas sur les sécurités du pouvoir et de l’avoir ; bien au contraire, il les subit et en est souvent la victime. En reconnaissant que Dieu est notre première et unique espérance, nous aussi nous effectuons ce passage entre espérances éphémères et l’espérance qui dure. Dans ce désir d’avoir Dieu comme compagnon de route, il y a une remise en perspective des richesses, en découvrant le véritable trésor dont nous avons réellement besoin. Les paroles que le Seigneur Jésus adressait à ses disciples résonnent clair et fort : « Ne vous faites pas de trésors sur la terre, là où les mites et les vers les dévorent, où les voleurs percent les murs pour voler. Mais faitesvous des trésors dans le ciel, là où il n’y a pas de mites ni de vers qui dévorent, pas de voleurs qui percent les murs pour voler 28 » 29 .

La règle de la foi et le secret de l’espérance

C’est une règle de la foi et un secret de l’espérance : tous les biens de cette terre, les réalités matérielles, les plaisirs du monde, le bien-être économique, même s’ils sont importants, ne suffisent pas à rendre le cœur heureux.

28. Mt 6, 19-20.

29. Message du 16 novembre 2025.

La richesse déçoit souvent et crée des situations économiques de pauvreté, la première entre toutes étant de penser n’avoir pas besoin de Dieu, et de mener sa vie indépendamment de lui. On se souvient des paroles de saint Augustin : « Que toute ton espérance soit en Dieu : sens que tu as besoin de lui pour être comblé par lui. Sans lui, tout ce que tu auras ne servira qu’à te rendre encore plus vide. »

L’espérance chrétienne, à laquelle renvoie la parole de Dieu, est certitude dans le chemin de la vie, car elle ne dépend pas de la force humaine mais de la promesse de Dieu, toujours fidèle. C’est pour cela que, depuis les origines, les chrétiens ont voulu identifier l’espérance avec le symbole de l’ancre, qui offre stabilité et sécurité. L’espérance chrétienne est semblable à une ancre, qui fixe notre cœur sur la promesse du Seigneur Jésus, qui nous a sauvés par sa mort et sa Résurrection et qui reviendra de nouveau parmi nous. Cette espérance continue de montrer comme véritable horizon de vie les « cieux nouveaux » et la « terre nouvelle » 30, où l’existence de toutes les créatures trouvera sa pleine signification, puisque notre patrie véritable est dans les cieux (cf. Ph 3, 20) 31 .

La cité de Dieu s’engage pour la cité des hommes

La cité de Dieu s’engage pour les cités des hommes. Celles-ci doivent commencer dès maintenant à lui ressembler. L’espérance, soutenue par l’amour de Dieu

30. 2 P 3, 13. 31. Message du 16 novembre 2025.

répandu dans nos cœurs par l’intermédiaire de l’Esprit Saint (cf. Rm 5, 5), transforme le cœur humain en une terre féconde où peut germer la charité pour la vie du monde. La Tradition de l’Église réaffirme constamment cette circularité entre les trois vertus théologales : foi, espérance et charité. L’espérance naît de la foi, qui l’alimente et la soutient, sur le fondement de la charité, mère de toutes les vertus. Et aujourd’hui, maintenant, c’est de charité dont nous avons besoin. Ce n’est pas une promesse, mais bien une réalité que nous contemplons avec joie et responsabilité : elle nous engage, elle oriente nos décisions vers le bien commun. Qui manque de charité, en revanche, non seulement manque de foi et d’espérance, mais prive son prochain d’espérance 32 .

Ta fragilité fait partie de la merveille que tu es

Le livre de Qohéleth nous invite à expérimenter nos limites, à toucher du doigt la finitude des choses qui passent (Qo 1, 2 ; 2, 21-23) ; et le Psaume responsorial, qui lui fait écho, nous propose l’image de « l’herbe changeante : elle fleurit le matin, elle change, le soir elle est fanée, desséchée 33 ».

Ce sont deux rappels forts, peut-être un peu choquants, qui pourtant ne doivent pas nous épouvanter comme s’il s’agissait de sujets « tabous ». La fragilité qu’ils nous évoquent fait, en effet, partie de la merveille que nous sommes. Pensons au symbole de l’herbe : n’est-ce pas

32. Message du 16 novembre 2025. 33. Ps 89, 5-6.

magnifique un champ en fleurs ? Certes, il est délicat, constitué de tiges minces, fragiles, pouvant sécher, se plier, se briser. Cependant ces tiges seront immédiatement remplacées par d’autres, nourries généreusement par les premières qui font alors office d’engrais. C’est ainsi que vit ce champ, qui se renouvelle en permanence, même durant les mois glacés de l’hiver. Quand tout semble endormi, son énergie frémit sous terre et se prépare à exploser de mille couleurs au printemps.

Nous aussi, chers amis, sommes faits ainsi. Non pour une vie où tout est prévu et immuable, mais pour une existence qui se régénère constamment dans le don, dans l’amour. C’est ainsi que nous aspirons continuellement à un « plus » qu’aucune réalité créée ne peut nous donner ; nous ressentons une soif immense et brûlante, qu’aucune boisson de ce monde ne peut apaiser. Face à cela, ne noyons pas notre cœur, en essayant d’étancher cette soif par des artifices inefficaces ! Écoutons-la plutôt ! Faisons-en un tabouret sur lequel grimper pour nous mettre, comme des enfants, sur la pointe des pieds, à la fenêtre de la rencontre avec Dieu. Nous serons face à lui, qui nous attend, et même qui frappe gentiment au verre de notre âme (cf. Ap 3, 20). Et il est beau, même à vingt ans, de lui ouvrir notre cœur, de lui permettre d’entrer, pour s’aventurer ensuite avec lui dans les espaces éternels de l’infini.

Saint Augustin, évoquant son intense recherche de Dieu, se demandait : « Quel est alors l’objet de notre espérance […] ? La Terre ? Non. Quelque chose qui découle de la terre, comme l’or, l’argent, les arbres, la

moisson, l’eau […] ? Ces choses plaisent, elles sont belles, elles sont bonnes 34 . » Et il concluait : « Cherche celui qui est à l’origine, c’est lui ton espérance 35 . » Repensant ensuite au chemin qu’il avait parcouru, il priait en disant : « Tu [Seigneur] étais au-dedans et moi au-dehors. Et c’est là que je te cherchais […]. Tu m’as appelé, et ton cri a brisé ma surdité ; tu as brillé, tu as resplendi et tu as dissipé ma cécité ; tu as embaumé, et j’ai respiré et, haletant, j’aspire à toi, j’ai goûté (cf. Ps 33, 9 ; 1 P 2, 3) et j’ai faim et j’ai soif (cf. Mt 5, 6 ; 1 Co 4, 11) ; tu m’as touché et je me suis enflammé pour ta paix 36 » 37 .

Plus beau est le dessein, plus grande est l’espérance

« Mais lorsqu’est venue la plénitude des temps, Dieu a envoyé son Fils, né d’une femme et soumis à la loi de Moïse, afin de racheter ceux qui étaient soumis à la Loi et pour que nous soyons adoptés comme fils 38 . » Cette façon de présenter le mystère du Christ fait penser à un dessein, un grand dessein sur l’histoire humaine. Un dessein mystérieux, mais doté d’un centre clair, comme une haute montagne illuminée par le soleil au milieu d’une forêt dense : ce centre est la « plénitude du temps ».

C’est justement ce mot « dessein » qui résonne dans le cantique de la lettre aux Éphésiens : le projet de « récapituler toutes choses dans le Christ, / celles du ciel et celles

34. Saint Augustin, Sermon 313.

35. Ibid.

36. Saint Augustin, Confessions, 10.

37. Homélie, 3 août 2025.

38. Ga 4, 4-5.

de la terre. / En lui […], nous y avons été prédestinés / pour mener les temps à leur plénitude 39 ».

Mes sœurs, mes frères, nous ressentons dans notre temps le besoin d’un dessein sage, bienveillant, miséricordieux. Qu’il soit un projet libre et libérateur, pacifique, fidèle, comme celui que la Vierge Marie a proclamé dans son cantique de louange : « Sa miséricorde s’étend d’âge en âge sur ceux qui le craignent 40 . »

D’autres desseins, cependant, aujourd’hui comme hier, embrassent le monde. Ce sont plutôt des stratégies, qui visent à conquérir des marchés, des territoires, des zones d’influence. Des stratégies armées, drapées de discours hypocrites, de proclamations idéologiques et de fausses motivations religieuses.

Mais la sainte Mère de Dieu, la plus petite et la plus élevée parmi les créatures, voit les choses avec le regard de Dieu : elle voit qu’avec la force de son bras, le Très Haut disperse les superbes, il renverse les puissants de leurs trônes, il élève les humbles, il comble de biens les affamés, renvoie les riches les mains vides (cf. Lc 1, 51-53).

La Mère de Jésus est la femme avec laquelle Dieu, dans la plénitude des temps, a écrit la Parole qui révèle le mystère. Il ne l’a pas imposée : il l’a proposée en premier à son cœur, et après avoir reçu son « oui », l’a écrite dans sa chair avec un ineffable amour. Ainsi l’espérance de 39. Ep 1, 9-10. 40. Lc 1, 50.

Dieu s’est mêlée à l’espérance de Marie, descendante d’Abraham selon la chair et surtout selon la foi.

Dieu aime espérer avec le cœur des petits, et il le fait en les associant à son projet de salut. Plus le dessein est beau, plus grande est l’espérance. Et, en effet, le monde continue ainsi d’avancer, poussé par l’espérance de tant de personnes simples, inconnues mais non de Dieu, et qui, malgré tout, croient en un lendemain meilleur, car elles savent que l’avenir est dans les mains de celui qui leur offre l’espérance la plus grande 41 .

41. Homélie, 31 décembre 2025.

Table des matières

Partie I. Marchons ensemble

1. Sur les pas de Jésus .

2. Un chemin à parcourir ensemble

3. On apprend à cheminer en famille

4. Le chemin de l’Église, notre maison

Partie II. Un voyage plein de défis

1. À l’heure de l’intelligence artificielle

2. Dans la crise de la foi

3. L’ère des fausses représentations

4. La grande route de la paix

5. Le long du chemin : la pauvreté générale

Partie III. Marchons avec Marie !

1. Marie et nous

2. Prière du pape Léon XIV à la Vierge sur le chemin

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