
PASTORALE LITURGIQUE ET SACRAMENTELLE
Conférence des évêques de France
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PASTORALE LITURGIQUE ET SACRAMENTELLE
Conférence des évêques de France
Prier au fil du temps
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La fouille de textes et de données est interdite conformément à l’article 4(3) de la Directive (UE) 2019/790.
En couverture :
Cithare, office religieux, monastère d’Aképé (Togo).
© Pascal Deloche/Godong.
4e de couverture : Cloche de l’abbaye Sainte-Marie de Fontfroide, Narbonne (11).
© Union Sainte-Cécile.
© AELF, 2013 et 2021 pour les traductions liturgiques.
Direction : Guillaume Arnaud
Direction éditoriale : Sophie Cluzel
Directrice éditoriale pour la liturgie : Camille Icole
Édition : Clémence Delorme
Direction artistique : Thérèse Jauze
Création graphique : Laura Burnel
Composition : Nicolas Chevalier (Studiolivre)
Direction de fabrication : Thierry Dubus
Fabrication : Maëlle Le Guen Lamandé
© Mame, Paris, 2026
www.mameeditions.com
ISBN : 9782728938216
MDS : MM38216
Tous droits réservés pour tous pays.
Spontanément rangée dans l’escarcelle des clercs et des religieux, tous ordres confondus, la liturgie des Heures est le parent pauvre de la vie ecclésiale. Mal connue, parfois mal aimée et la plupart du temps mal comprise, elle est souvent regardée avec méfiance tant elle semble difficile d’accès. Pourtant, l’Église la tient en très grande estime, et ce depuis la plus haute antiquité chrétienne. Qu’a-t-elle donc de si précieux à nous donner ? L’essence même de la vie chrétienne, le mystère pascal du Christ. À l’instar de la célébration eucharistique, la liturgie des Heures nous met en contact avec ce mystère de mort-résurrection-glorification qui nous sauve et nous donne la vie.
Elle mérite donc que les fidèles que nous sommes s’en approchent et s’y intéressent, non seulement d’un point de vue pratique, mais aussi spirituel puisque la prière est un don de l’Esprit transmis aux croyants. Il s’agit alors de faire sa demeure dans la prière de l’Église. Lorsque nous entrons dans une famille, nous observons ses habitudes, ses comportements ; il en va de même pour notre tradition. Nous avons besoin de découvrir la manière de nous
1. Liturgie des Heures, « Encore un peu de temps », hymne du temps de l’Avent. CFC (s. Marie-Claire) © CNPL
2. Désormais SC
comporter dans la prière. Les gestes, les attitudes ont un sens, les comprendre permet de les habiter de l’intérieur. Ainsi, peu à peu, nous entrons dans la prière et découvrons à quel point elle est la vocation première de l’Église, pour autant que la prière soit un espace d’émerveillement, de louange et d’intercession en vue d’une rencontre de salut. Nous apprenons à respirer avec le corps du Christ en prière, à plonger nos racines dans la prière d’Israël. Dès lors, nous pourrons habiter la prière des Heures comme un héritage à conserver et à transmettre parce qu’il est « eucharistie de joie qui sauve le monde1 ». L’Église n’a rien inventé, la prière lui est toujours antécédente. Car, d’une certaine manière, elle a reçu la liturgie des Heures du Christ lui-même, lui qui « a introduit dans notre exil terrestre cet hymne qui se chante éternellement dans les demeures célestes », comme le dit si bien la Constitution sur la liturgie (Sacrosanctum Concilium2 , n° 83). Il est le premier priant, celui qui prie en nous et pour nous, si bien qu’il ne nous reste presque plus qu’à le laisser chanter en nous. Lui-même est le chant qui monte sur nos lèvres, le psaume qui transfigure le tout de nos vies. Par son chant de salut, il nous rend participants à son mystère pascal et, partant, fait de la liturgie des Heures un événement de salut pour l’humanité tout entière.
Loin de nous tenir à distance des réalités de ce monde, la liturgie des Heures se fait le lieu de l’incarnation du Christ au cœur de l’humanité. Ainsi maintient-elle vivant le chant du Christ, ce qui fait d’elle un chant. Et celui-ci permet de donner voix à la création, d’habiller la prière avec les mots d’aujourd’hui à travers les hymnes, d’accompagner, d’Heure en Heure, le temps qui passe, de sanctifier les croyants en les plongeant dans le mystère pascal, d’unir la terre et le ciel dans une même louange, mais également de rassembler les baptisés de toutes
confessions dans une même prière : celle du Christ à son Père, portée par l’Esprit.
La liturgie des Heures n’est pas un élément de dévotion comme le chapelet, les neuvaines ou les pèlerinages, elle n’est pas réservée à quelques privilégiés instruits, elle est « la » prière de l’Église au même titre que l’eucharistie sacramentelle. L’une et l’autre sont un sacrifice de louange ; l’une et l’autre, selon leur mode propre, nous font participer au mystère pascal. La liturgie des Heures est le chant du Christ en son corps rassemblé. Il nous appartient de le faire entendre aujourd’hui et demain, et toujours.
Bénédicte Ducatel
HÉLÈNE
La structure même de la liturgie des Heures permet de faire l’expérience d’un passage de soi à Dieu par le Christ. Tous les éléments qui la composent sont ordonnés à la rencontre du Christ, qui nous prend dans son acte de salut et nous transforme.
« Qu’avons-nous donc fait samedi ? » disait Ambroise aux néophytes encore tout éblouis par la célébration des rites de l’initiation chrétienne. « Qu’avons-nous fait et que s’est-il passé pour vous qui avez été plongés dans l’eau, qui avez reçu l’onction d’huile, qui avez mangé et bu à la table fraternelle ? » Et Ambroise d’expliquer la beauté et la profondeur des rites qui dépassent la seule émotion et donnent aux catéchumènes de partager le mystère pascal du Christ, d’y être agrégés et de commencer à l’habiter. Nous pouvons nous poser la même question à propos de la liturgie des Heures : que faisons-nous lorsque nous célébrons les Vêpres, les Complies ou les Laudes ? Que se passe-t-il ? Quelle expérience du mystère pascal nous est-il donné de vivre lorsque nous chantons, psalmodions, prions, écoutons ?

Tout office commence par jeter un cri vers le Seigneur : « Seigneur, ouvre mes lèvres ! » ou « Dieu, viens à mon aide ». Ce cri a ouvert notre cœur autant que notre bouche. Car nous ne savons pas prier comme il faut et nous avons besoin du secours de l’Esprit de Dieu pour « publier sa louange ».
Dans la simplicité de cette introduction, nous sommes passés de membres dispersés à corps priant, nous avons été rassemblés en un seul corps, le corps du Christ, en une seule voix, la voix de l’Église. Et nous sommes entrés en prière ou, plus exactement, nous avons franchi la porte de la louange à la suite de Jésus exultant de joie : « Père, […] je proclame ta louange » (Mt 11, 25). Une œuvre de louange qui implique un acte de foi : oui, le Dieu que j’invoque est le Dieu qui répond, celui dont Jésus affirme : « Je [sais] bien que tu m’exauces toujours » (Jn 11, 42). En trois petits mots jetés dans un souffle, nous voici déplacés et situés à la suite du Christ.
Dès lors, il faut bien l’hymne, les psaumes et les cantiques pour nous débarrasser de nos préoccupations quotidiennes, nous dépouiller de nous-mêmes pour revêtir notre être de louange baptismale, le secouer un peu, parce que nous l’avons quelque peu empoussiéré en marchant dans le monde. L’hymne, les psaumes et les cantiques ont placé en nos bouches les mots de la foi, les mots qui nous font découvrir les manières de Dieu, les mots qui nous parlent de son œuvre, de sa très grande œuvre, celle qui nous sauve. En vérité, le Seigneur vient à notre secours, là, ce matin, ce soir, cette nuit. Il nous montre « l’éclat de sa victoire », non parce que nous serions dans le long jour de Pâques, mais parce que Dieu agit toujours ainsi, ici
58. Hymne « Père du premier mot », Laudes, jeudi, semaines II et IV du temps ordinaire.
59. Hymne « À la mesure, sans mesure », Vêpres, mercredi, semaines I et III du temps ordinaire.
et maintenant, chaque fois que nous le laissons habiter notre vie. Nous avons commencé par l’hymne, qui garde la saveur de nos mots quotidiens tout en les débordant. Nos oreilles et notre cœur ont pu être saisis par un de ces mots porteurs d’un nouveau sens et, comme on monte les marches d’un escalier, nous avons été conduits à regarder plus haut, plus loin, là où « nos voix mêlées aux chants que lance [le] Bien-Aimé58 » parlent à Dieu, cet « hôte plus intérieur qui se révèle en transparence59 ».
Et nous chantons, nous exultons de joie intérieure, même si notre chant est doux et calme, retenu et parfois empreint de souffrance, car le chant est le parler de ceux qui ont traversé la mort avec Jésus pour ressusciter avec lui. Le chant qui ouvre nos lèvres a dilaté nos cœurs ; il a permis le passage de l’Esprit Saint qui se glisse dans nos silences. Par le jeu du don et de la réception des versets, nous avons appris à être un corps à l’écoute ; un corps qui reçoit et qui donne, un corps qui désire la parole qui va le relever, le corps du Christ qui apprend sa condition de serviteur.
Comme la rosée qui pénètre la terre aride de nos cœurs, le chant nous a lavés de nous-mêmes, et nous a préparés à entendre une parole nouvelle : Jésus, Verbe de Dieu, unique parole de salut. Aussi brève soit-elle, la parole que nous entendons est parole de Dieu, pas seulement parole lue par quelqu’un, mais parole de celui qui, de toute éternité, nous parle pour nous attirer à lui. La Parole est comme l’étroit passage de la croix. Elle émonde nos trop-pleins pour ne garder que ce qui est nécessaire à l’entrée dans la vie nouvelle du salut.

Dieu nous parle pour faire alliance avec nous et il attend notre réponse. « Veux-tu être partenaire de mon alliance ? » ; « Veux-tu vivre en ressuscité à la suite du Christ ? » Nous voici au bord de l’abîme et du moment crucial. Saurons-nous répondre : « Que ta volonté soit faite » ? Silence du cœur. Et nous répondons. Quelques mots brefs. Disproportion de la grâce et de notre petitesse !
Alors surgit l’éclatement de la joie. Car Dieu fait ce qu’il dit, il donne le salut. Et nous chantons à l’unisson du salut qui se donne à profusion : « Le Seigneur fait pour moi des merveilles ! » « Il fait surgir la force qui nous sauve » et, à la fin du jour, « nos yeux ont vu le salut ». Nous ne regardons pas de l’extérieur ceux qui chantent le salut, nous sommes emportés avec eux dans l’exultation du salut. Nous ne pouvons taire ce qui nous arrive, là, au cœur de la prière. L’Évangile est proclamé et le salut nous relève.
Nous nous sommes mis debout, car nous sommes ressuscités avec le Christ, ou plutôt nous ressuscitons avec le Christ qui nous prend par la main. Par notre chant, nous devenons, devant nos frères, les témoins de la réalité du salut et, en retour, nous en recevons l’annonce par ces mêmes frères. Ce qui est invisible à nos yeux devient visible par notre témoignage réciproque.
Le Christ nous a précédés tout au long de la prière, il nous a enseigné le chemin pascal du dépouillement, de la traversée de la mort qui nous fait remonter avec lui vers la vie. Cependant, nous ne sommes pas encore passés de l’autre côté de la vie. Notre corps nous rappelle sans cesse que nous demeurons ici-bas. Mais être les bénéficiaires du salut nous oblige à vivre comme le Christ, c’est-à-dire à nous offrir pour le monde.
Il s’agit de prendre en charge sa vie, ses souffrances et ses attentes pour qu’elles soient traversées par le salut. Intercéder fait de nous des coopérateurs du Christ. Inlassablement, avec lui, nous portons le monde qui ne connaît pas encore la grâce du salut. Une intercession qui s’inscrit dans la certitude posée en préambule dans le cri initial que Dieu exauce la prière, celle conjointement de son Fils et de son Corps.
Alors nous pouvons dire la prière qui récapitule toute prière, celle que Jésus nous a enseignée, celle des fils qui, tous ensemble, d’une seule voix, peuvent dire « Notre Père ». Ainsi, nous rejoignons notre place dans le Christ, nous ne faisons qu’un avec lui. Nous découvrons ce que signifie avoir en nous « les dispositions qui sont dans le Christ Jésus » (Ph 2, 5).
Que nous reste-t-il alors à faire sinon conclure en rendant grâce encore une fois ? La prière des Heures nous a fait suivre le Christ en son mystère pascal. Nous nous sommes laissé dépouiller de nous-mêmes au rythme lent de la parole poétique et psalmique pour entendre et nous réjouir de la Parole qui sauve. Nous avons revêtu le Christ pour porter au monde sa lumière pascale.
Car, qu’est-ce donc que les Vêpres, les Complies et les Laudes, sinon le long passage vers le Père du Corps engagé à la suite du Christ ?
Demeurer 26
La sanctification du temps/de la journée 26
L’apprentissage de la fidélité et de la gratuité 27
LITURGIE
HABITER L’HÉRITAGE DE LA PRIÈRE D’ISRAËL
Louis-Marie Coudray 28
Le rythme du temps 28
Composition 30
LITURGIE
HABITER LA PRIÈRE DE L’ÉGLISE
Michèle Clavier 31
LITURGIE
RESPIRER AVEC LE CORPS ECCLÉSIAL :
LA PSALMODIE RESPONSORIALE
Maximilien Launay 34
Faire partie d’un corps 34
Se disposer à l’écoute de la Parole 35
Recevoir et donner 35
Devenir psaume dans le souffle de l’esprit 37
THÉOLOGIE
LA LITURGIE DES HEURES :
UN ÉVÉNEMENT DE SALUT
François-Xavier Ledoux 40
La « prière eucharistique » des Heures 42 L’office divin, « co-mémorial » des mystères du Christ 43
L’actualisation liturgique de l’histoire du salut 44
Un événement de salut pour tous 47
MYSTAGOGIE
SUIVRE LE CHRIST EN SON MYSTÈRE PASCAL
Hélène Villars 49
Premier pas 51
Dépouillement 51
Accueil du don 52
Passage 54
LITURGIE
ACCUEILLIR
MYSTAGOGIE
MYSTAGOGIE
LAISSER
THÉOLOGIE
LITURGIE
LE
MYSTAGOGIE
LITURGIE
LE CHANT DE LA CHARITÉ
Bruno Lachnitt 93
THÉOLOGIE
LE CHANT DE LA SANCTIFICATION
Bénédicte Ducatel 96
Le temps sanctifié par la prière 97
Le temps prend corps 98
Un temps orienté vers sa fin 99
Le temps au présent de Dieu 100
Le chant des Heures, lieu de la sanctification 102
LITURGIE
LE CHANT DE L’ÉTERNITÉ
David d’Hamonville 105
LITURGIE
LE CHANT DE LA COMMUNION ECCLÉSIALE
Bénédicte Ducatel 108
La centralité de la Parole 110
La parole recomposée 110
La parole en écho 111
ÉPILOGUE
Bénédicte Ducatel 113
TABLEAU DES OFFICES
GLOSSAIRE
