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Le grand livre des missionnaires

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Gaëlle Tertrais

Le grand livre des à travers l’ Histoire 15 portraits d,aventuriers de la foi

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Sommaire Paul, infatigable voyageur . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 6

Saint Martin, l’apôtre de la France . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 12

Augustin de Cantorbéry, fondateur de l’Église d’Angleterre 18

Saints Cyrille et Méthode, évangélisateurs des Slaves. . 24

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Jean de Montecorvino, naissance de l’Église de Chine

Pierre de Gand, père des Indiens du Mexique

Saint François Xavier, premier missionnaire au Japon . . . 42

Manuel de Nobrega, un pionnier au Brésil

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Matteo Ricci, un savant dans l’empire du Milieu

. . . . . . . . .54

Roberto de Nobili, un jésuite devenu brahmane . . . . . . . 60

Marie de l´Incarnation, mère de la Nouvelle-France

Lucile Mathevon, chez les Indiens d’Amérique

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. . . . . . . . . 72

Suzanne Aubert, la Mère Teresa des Maoris . . . . . . . . . . . .78

John Bradburne, le vagabond de Dieu . . . . . . . . . . . . . . 84

Pauline et Thérèse, patronnes des missions

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rèce uie, G q r u T

Paul

infatigable voyageur (mort en 64) Après sa rencontre saisissante avec le Christ sur le chemin de Damas, saint Paul devient un apôtre infatigable du Christ. Rien ne l’arrête, ni les tempêtes, ni les naufrages, ni les jets de pierre ou les coups de bâton. Il apporte l’Évangile aux nations païennes de Turquie et de Grèce.

À mort ! Dehors, l’imposteur ! » Les Juifs de Lystres (au sud de la Turquie) chassent Paul hors de la ville à coups de pierres et le laissent à moitié mort dans un fossé. Ils ne veulent pas de cet individu qui casse les oreilles de tout le monde avec un certain Jésus. Un peu plus tôt dans la journée, Paul a pourtant guéri un homme paralysé, et toute la population l’a acclamé, pensant qu’il était le dieu Zeus et son compagnon Barnabé, le dieu Hermès. Il a du succès auprès des païens, ce Paul ! Tout le monde parle de lui. Mais le problème, c’est qu’il ne respecte pas la loi juive. Il

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prétend même que Jésus est le fils de

conversions qu’il provoque de ville en

Dieu. Alors là, c’est trop.

ville éveillent la méfiance et la jalousie… Jusqu’à ce jour fatal où il finit à

Paul était pourtant un Juif modèle, à

demi mort dans le fossé.

ce qu’on dit. Un vrai pharisien qui connaissait la loi sur le bout des doigts.

Mais, soudain, Paul se relève sous

Il y a quelques années, il était exacte-

les yeux de ses compagnons. C’est re-

ment comme ces Juifs de Lystres qui

parti ! Pas question de s’arrêter ! Il re-

veulent sa mort aujourd’hui. Lui aussi

tourne dans les villes où il est passé

pourchassait les chrétiens. Il était

pour fortifier la foi toute neuve des

même très doué pour cela. Jusqu’au

chrétiens. Puis il part pour de nou-

jour où… sur la route de Damas, une

veaux voyages où l’attendent tem-

lumière éblouissante le saisit. Il tombe

pêtes, naufrages et parfois la prison. Il

au sol et entend une voix :

ne sait pas toujours à l’avance où il va. Il se laisse conduire par l’Esprit Saint.

– Saul, Saul, pourquoi me persé-

Cette fois, c’est vers la Grèce qu’il va

cutes-tu ?

porter la Bonne Nouvelle : Philippes,

Il le sait immédiatement : c’est Jésus

Thessalonique, Athènes, Corinthe… Il

qui lui parle. Après trois jours sans

part avec Silas. À Philippes, les deux

voir, sans boire et sans manger, il de-

hommes sont mis en prison. Vont-ils

mande le baptême. C’est comme une

se laisser abattre ? Non ! Le gardien de

renaissance. Il change son nom en

la prison les entend chanter des

Paul et, comme il ne fait jamais rien à

chants de louange dans leur cellule. Il

moitié, désormais, il veut consacrer

n’en croit pas ses oreilles. Pendant la

toute sa vie et toutes ses forces à Jésus.

nuit, un tremblement de terre fait tomber les murs et casse leurs

Il commence par la ville d’An-

chaînes. Ils sont libres ! Le gardien de

tioche, où les disciples du Christ

prison, bouleversé, demande alors le

sont appelés pour la première fois

baptême ainsi que toute sa famille.

« chrétiens ». Et, de là, il s’embarque avec Barnabé pour l’île de Chypre,

À Athènes, Paul se lance dans un

où il manifeste la puissance de Dieu

grand discours devant l’Aréopage, où

en affrontant un sorcier. Mais arrivé

siègent les notables grecs. Ayant

dans la région de Pisidie, en Turquie,

remarqué qu’il y avait, parmi les

les ennuis commencent. Les nombreuses

innombrables autels aux dieux grecs,

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un autel dédié au « dieu inconnu »,

Puis il implante une importante communauté chrétienne à Éphèse,

Paul leur explique :

grande ville de la côte de Turquie. Les

– Ce dieu inconnu, moi je le connais !

chrétiens sont très attachés à Paul. Et

C’est le Christ !

ils pleurent lorsque Paul décide de re-

Il ne rencontre pas un franc succès

tourner à Jérusalem, comme l’Esprit

mais un notable, Denys l’Aréopagite,

Saint lui demande. Paul sait qu’il ne re-

se convertit en l’écoutant.

verra pas ses amis.

Il poursuit son voyage à Corinthe,

À Jérusalem, Paul retrouve les

où un couple merveilleux le reçoit :

apôtres, avec qui il a parfois du mal à

Priscille et Aquila. Leur maison de-

se mettre d’accord. Les chrétiens grecs

vient le foyer rayonnant de la commu-

et romains doivent-ils suivre les lois

nauté chrétienne locale. Paul reste un

juives concernant la nourriture et la

an et demi à Corinthe en y pratiquant

circoncision ? Paul ne le pense pas.

son métier : coudre des tentes.

Cela aggrave le ressentiment des Juifs de Jérusalem contre lui.

À Troas, Paul ressuscite un jeune garçon tombé d’une fenêtre du troi-

Un jour, ils l’arrêtent au beau milieu du Temple et le mettent en prison.

sième étage.

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Comme il est citoyen romain, Paul demande à être conduit à Rome pour être jugé. Pendant le voyage, il échappe de justesse à un naufrage au cours d’une énorme tempête qui le jette sur l’île de Malte.

beaucoup de lettres aux chrétiens des villes qu’il a visitées. Mais pendant les persécutions de l’empereur Néron, Paul est de nouveau emprisonné. Il est exécuté, non pas sur une croix comme saint Pierre, mais décapité à l’épée, en tant que citoyen romain. Paul, l’athlète de Dieu, est allé jusqu’au bout de sa course sans faiblir, il a cueilli les lauriers du vainqueur.

Après bien des péripéties, il arrive enfin à Rome, où il peut vivre en liberté surveillée. Il n’a pas peur de proclamer la parole de Dieu. Il écrit aussi

Paul est appelé « l’apôtre des Gentils ».

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Les épîtres de Paul Saint Paul a écrit 13 lettres destinées à encourager les communautés chrétiennes qu’il a fondées. Elles se trouvent dans le Nouveau Testament : Épître aux Romains (Rm) ; Première épître aux Corinthiens (1 Co) ; Deuxième épître aux Corinthiens (2 Co) ; Épître aux Galates (Ga) ; Épître aux Éphésiens (Ep) ; Épître aux Philippiens (Ph) ; Épître aux Colossiens (Col) ; Première épître aux Thessaloniciens (1 Th) ; Deuxième épître aux Thessaloniciens (2 Th) ; Première épître à Timothée (1 Tm) ; Deuxième épître à Timothée (2 Tm) ; Épître à Tite (Tt) ; Épître à Philémon (Phm).

Saint-Paul-hors-les-Murs Le tombeau de saint Paul se trouve dans la basilique Saint-Paul-hors-les-Murs, à Rome. Sous l’autel, on peut voir son sarcophage avec une inscription gravée : « paulo apostolo martyr ». 10

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Comment le reconnaître ?

L’apôtre des Nations

Saint Paul est représenté avec une épée, symbole de son martyre, et un livre, pour les nombreuses lettres qu’il a écrites.

Paul est appelé « l’apôtre des Gentils » (c’est-à-dire les non-Juifs) ou « l’apôtre des Nations », car il apporte l’Évangile aux nations païennes, alors que Pierre se consacre à la conversion des Juifs.

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ce Fran

Saint Martin l’apôtre de la France (316-397)

Saint Martin sillonne les campagnes gauloises encore païennes pour annoncer l’Évangile. Partout où il passe, il dresse des oratoires autour desquels les villages se rassemblent. C’est ainsi que naissent les premières paroisses.

Ils partent à trois ou quatre, à pied ou à dos d’âne, parfois à bord d’une gabare pour descendre la Loire. Une poignée de moines maigres, pauvres et passionnés de Jésus sillonnent les campagnes gauloises, où l’on adore encore Bélénos ou Toutatis. Martin sait parler à ces Gaulois rudes et superstitieux. Il leur raconte des histoires qui parlent de leur vie de paysans, de la nature, des animaux, pour les amener à Jésus. Joignant le geste à la parole, il n’hésite pas à démolir un temple païen ou à abattre un arbre sacré en s’écriant : – Vous voyez bien, vos idoles ne vous sauvent pas ! C’est Jésus le Sauveur !

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sa ronde, près d’Amiens, il croise un pauvre homme à moitié mort de froid dans la neige. Il n’a plus d’argent à lui donner mais ce qu’il a, il le lui offre sans hésiter : son manteau. Ou plutôt, la moitié de son manteau, celle qui lui appartient, car l’autre moitié appartient à l’armée. La nuit suivante, Martin a un songe étrange. Il voit un homme jeune et lumineux portant son manteau sur les épaules. Alors il comprend : ce pauvre dans la neige, c’était Jésus. Il n’a que 18 ans, mais il engage sa vie dans la voie qui l’attire depuis si longtemps : il demande le baptême.

Une fois, une tour s’est effondrée par la seule force de sa prière. Mais qui est cet homme dont tout le monde parle comme le saint, l’homme de Dieu ?

Avant d’être moine, Martin était soldat. Fils d’un tribun de l’armée romaine, il est né en Pannonie (actuelle Hongrie) puis a passé son enfance à Pavie (Italie). C’est là qu’il rencontre des chrétiens. Après l’école, Martin se rend dans leur église, en cachette de ses parents. « Moi aussi je veux être chrétien et, quand je serai grand, je vivrai en ermite, tout seul avec Jésus ! » se promet-il à 10 ans.

On dit que Martin reste encore vingt ans dans l’armée, jusqu’à une bataille qui doit avoir lieu contre les Alamans, à Worms. L’empereur vient encourager ses officiers un à un. Quand vient son tour, Martin s’exclame :

Il lui faudra des années avant de réaliser ce rêve. Car son destin est tout tracé : ce sera l’armée, comme son père. Ne porte-t-il pas le nom de Mars, dieu de la guerre ? À 15 ans, il est envoyé à la légion. Le voilà officier, avec une double solde et un esclave. Mais il donne la majeure partie de sa solde aux pauvres et traite son esclave comme son frère. Il tente de vivre l’Évangile tout en accomplissant de son mieux son métier de soldat : « Rendez à César ce qui est à César et à Dieu ce qui est à Dieu. »

– Je suis soldat du Christ. Je n’ai pas le droit de combattre !

Un soir d’hiver, Martin fait une rencontre qui bouleverse sa vie. Durant

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Mais pour prouver qu’il n’est pas un lâche et témoigner de la puissance de son Dieu, il propose d’être exposé sans armes en première ligne. Miracle, le lendemain matin, les Alamans demandent la paix sans combattre. Martin quitte l’armée peu après.

divine. Martin confie à Hilaire son désir : il veut se retirer dans un ermitage près de Poitiers, à Ligugé. Là, il mène une vie de privations, de prière et de solitude. Quelques hommes épris d’absolu le rejoignent. Martin y fonde le tout premier monastère de Gaule.

Il rejoint Hilaire, l’évêque de Poitiers, dont il a entendu beaucoup de bien. Cet homme défend la foi chrétienne contre une hérésie, l’arianisme, qui prétend que Jésus n’est pas Dieu né de Dieu, mais est seulement une créature

Pendant dix ans, Ligugé devient le point de départ de missions d’évangélisation dans les campagnes environnantes. Martin attire, subjugue, rayonne. Il guérit les malades, chasse les esprits mauvais, ressuscite les

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tôt 80 moines. Comme à Ligugé, la vie y est ascétique. Les moines habitent dans des cabanes de bois ou des grottes troglodytes. De là, Martin et ses compagnons sillonnent une partie de la Gaule, allant jusqu’en Bourgogne, à Chartres ou à Bordeaux pour y apporter la foi.

morts ! Il combat même le diable, qui vient l’embêter quelquefois. Sa réputation de sainteté s’étend au point que le peuple de Tours lui demande de devenir son évêque. Martin refuse, mais il est enlevé et proclamé évêque de force ! – C’est sans doute la volonté de

C’est ainsi que Martin fonde les premières paroisses rurales dont, deux siècles après sa mort, tout le pays sera

Dieu, finit-il par admettre avec humilité. À Tours, Martin ne change pas pour

couvert comme un blanc manteau de lumière. Il meurt en visite à Candes. Les Tourangeaux volent son corps en le passant par une fenêtre et le ramènent à Tours par la Loire. On raconte que, tout le long du trajet, les fleurs auraient éclos en plein mois de novembre…

autant son mode de vie. Les autres évêques s’étonnent de son allure pauvre et peu soignée. Martin s’en moque. Il fonde un nouveau monastère près de Tours, à Marmoutier, au pied d’une falaise bordée par la Loire. La communauté compte bien-

Saint Martin est le patron des soldats, des policiers, des mendiants et des maréchaux-ferrants.

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Des traditions et des dictons La Saint-Martin est fêtée le 11 novembre. Ce jour-là, dans l’est de la France et en Allemagne, on mange une oie rôtie en souvenir du jour où Martin, voulant échapper aux Tourangeaux, s’était caché dans une ferme au milieu des oies, qui le trahirent en caquetant à toute force. En Allemagne et en Autriche, cette fête est aussi célébrée par des processions aux flambeaux. Les enfants défilent en portant des lampions. Dans toute l’Europe avait lieu, ce même jour, la foire de la Saint-Martin, où l’on vendait oies, canards, volailles. On parle de « l’été de la Saint-Martin » quand les températures se radoucissent à la fin de l’automne, en souvenir du miracle des fleurs écloses sur le trajet du corps de Martin de Candes à Tours. D’où les dictons : « À la Toussaint, commence l’été de la Saint-Martin », ou : « Été de la Saint-Martin, dure trois jours et un brin ».

Saint patron Aujourd’hui, en France, 256 communes portent le nom de Martin et plus de 3 700 églises sont placées sous son patronage. Martin est aussi le nom de famille le plus fréquent en France.

La cape de saint Martin Selon certains historiens, Martin aurait coupé sa cape en deux, d’un grand coup d’épée, car il n’était propriétaire que de la moitié, les officiers romains prenant en charge la moitié de leur équipement. Pour d’autres, il aurait arraché la doublure de sa cape, car celle-ci appartenait à l’armée, et chaque officier pouvait y ajouter une doublure pour la rendre plus chaude. C’est donc la partie lui appartenant (qui est aussi la plus chaude) que Martin aurait donnée au mendiant. Justice et charité ! 16

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Origine du mot « chapelle » La cape (ou chape) de saint Martin était exposée à la vénération des fidèles dans un petit oratoire à Tours. C’est de là que vient le mot « chapelle ». Elle a ensuite été envoyée à Charlemagne à Aix-la-Chapelle et portée en bannière lors des batailles. Elle a été détruite en même temps que la basilique de Tours lors des guerres de Religion en 1562. 17

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e eterr Angl

AUGUSTIN DE CANTORBÉRY

fondateur de l’Église d’Angleterre (mort en 604) En 596, une grande partie de l’Europe est chrétienne mais la Grande-Bretagne, elle, ne l’est pas. Depuis les invasions des Angles et des Saxons, farouches guerriers venus de Germanie, l’Angleterre se débat dans une période de guerre et d’instabilité qu’on appelle les « Âges sombres ». Qui ira rechristianiser cette île tombée aux mains des Barbares ?

Non ! Nous n’irons pas. C’est de la folie ! – Ces Saxons sont des barbares. Ils ne vont faire de nous qu’une bouchée ! Les quarante moines réunis dans la salle capitulaire de l’abbaye de Lérins, nichée sur une petite île de la Méditerranée, parlent tous en même temps. Partis de Rome il y a quelques mois, ils refusent de poursuivre leur voyage. Augustin, leur père abbé, tente de les calmer : – Mais voyons, c’est le pape qui nous envoie. – Eh bien, va dire au pape que nous

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ne voulons plus y aller !

nonce Augustin lui plaît beaucoup. Même si le roi n’est pas chrétien, il a de la sympathie pour ces moines. C’est d’accord, Augustin pourra s’installer sur le sol du Kent et parler de sa foi. Le roi lui donne même un terrain dans sa capitale, Cantorbéry.

Augustin n’est plus tout jeune. De guerre lasse, il décide d’écouter ses compagnons et retourne à Rome. Il déclare au pape Grégoire le Grand que la mission qu’il leur a confiée est trop dangereuse. Mais le pape reste inébranlable.

Augustin et ses compagnons y bâtissent une abbaye et une église sur les ruines d’une autre plus ancienne. Car il y a bien longtemps de cela, du temps de l’occupation romaine (du ier au ive siècle), l’Angleterre avait déjà été chrétienne ! Les invasions des Anglo-Saxons, vers l’an 410, ont tout balayé sur leur passage et chassé les Bretons à l’ouest de l’île, en Cornouailles et au pays de Galles. Ces Bretons isolés sont les seuls à être restés chrétiens.

– Si, vous irez ! Il faut rechristianiser la Grande-Bretagne. Impossible d’abandonner cette île aux païens ! Dieu vous accompagnera. Augustin et ses moines reprennent courageusement leur voyage vers les brumes du Nord. Ils iront convertir ces Barbares, quoi qu’il en coûte. En chemin, ils s’arrêtent en Gaule pour apprendre la langue et les coutumes des Saxons. Puis ils débarquent de l’autre côté de la Manche, dans le verdoyant royaume du Kent, au sud de la Tamise.

– Un jour, pense Augustin, j’irai les rencontrer. Pour l’heure, sa mission est de convertir les Saxons païens. Les moines d’Augustin ont mis au point une technique très efficace : au lieu de détruire les temples païens, ils s’en servent pour parler de Dieu. Les gens continuent de s’y rendre et, peu à peu, les temples deviennent des églises. Finalement, ces Saxons ne sont pas si terribles.

Ce royaume est dirigé par le roi Ethelbert. Sa femme, Berthe, est une princesse chrétienne, fille du roi de Paris. Elle est heureuse de voir arriver des missionnaires chrétiens. En accueillant les moines à leur descente du bateau, le roi Ethelbert est impressionné par la splendeur de la procession qui s’avance sur la plage et par les profondes litanies chantées en latin par ces quarante voix d’hommes. Le sermon que pro-

Un an après son arrivée, Augustin inaugure l’abbaye de Cantorbéry en

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l’Église de toute la Grande-Bretagne. Mais cela ne plaît pas du tout aux fiers Bretons. On raconte que, lors d’une grande réunion appelée « l’entrevue du chêne », les abbés bretons se seraient vexés parce que Augustin ne se serait pas levé pour les accueillir. La vieille Église celtique n’est pas prête à reconnaître l’autorité de l’évêque ni à adopter des habitudes latines. Elle a sa propre organisation, basée sur les monastères, et ses propres traditions. Bref, elle préfère rester indépendante et surtout ne pas s’allier à son ancien envahisseur saxon fraîchement devenu chrétien.

grande cérémonie. Peu après, le roi Ethelbert se fait baptiser ainsi que plusieurs milliers de Saxons. En effet, à cette époque, lorsqu’un roi se convertit, presque tous ses sujets se convertissent avec lui. Augustin écrit au pape Grégoire que la mission est un succès ! Enthousiasmé, le pape le fait évêque de Cantorbéry. L’Église du Kent est née. Mais ce n’est qu’un début ! Augustin envoie des missionnaires dans les comtés de l’Essex et de Northumbrie. Bientôt, il peut installer des évêques à Londres et à York. L’Église d’Angleterre s’organise peu à peu à la manière romaine.

Augustin continue donc son travail dans le royaume d’Ethelbert. Il est doué pour organiser, structurer, enseigner. Neuf ans après son arrivée en Grande-Bretagne, Augustin, très âgé, rend son dernier souffle en ayant accompli sa mission. Il a posé les fondations de l’Église d’Angleterre. Ses successeurs peuvent poursuivre son œuvre. En moins d’un siècle, tous les royaumes de Grande-Bretagne deviendront chrétiens.

Augustin n’oublie pas, cependant, son autre souhait : réunir à l’Église de Rome les chrétiens bretons du pays de Galles et de Cornouailles. Le pape leur a d’ailleurs demandé de reconnaître Augustin comme chef de

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Augustin est enterré dans l’abbaye de Cantorbéry. Il est déclaré saint et considéré comme le fondateur de l’Église d’Angleterre.

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Les invasions barbares Du Ier au IVe siècle, la Grande-Bretagne est romaine et en partie christianisée. Mais, en 410, les Romains abandonnent l’île face aux invasions des Angles et des Saxons venus du nord de l’Europe (Allemagne, Pays-Bas, Danemark). Les Angles et les Saxons pénètrent dans le pays en remontant les rivières grâce à leurs bateaux à fond plat. Polythéistes, ils adorent plusieurs dieux comme Wotan, le dieu du tonnerre, ou Frigg, la déesse de la fertilité. Les Bretons abandonnent leur foi chrétienne pour adopter les dieux païens. Dans cette période de troubles et de guerres, beaucoup de Bretons fuient au pays de Galles et en Cornouailles. 22

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Cantorbéry, capitale religieuse de l’Angleterre La cathédrale de Cantorbéry est une des plus anciennes cathédrales d’Angleterre. Elle est toujours le siège de l’archevêque de Cantorbéry, chef de l’Église anglicane après la reine d’Angleterre. En effet, depuis une décision du roi Henri VIII, au XVIe siècle, le roi d’Angleterre est le « chef unique et suprême de l’Église d’Angleterre », et n’obéit plus au pape.

Une chrétienté celtique Dans l’ouest de la Grande-Bretagne (Cornouailles, pays de Galles, Irlande), a longtemps existé une chrétienté de culture celte. Au lieu d’être organisée autour des prêtres et des évêques, qui siègent en ville comme dans l’Église romaine, c’est une Église de campagne regroupée autour de monastères où les pères abbés sont les véritables chefs. Elle a ses propres coutumes et ses symboles, comme la croix celtique, une règle monastique austère et son propre calendrier liturgique pour fixer la date de Pâques. Entre le Ve et le VIIe siècle, de nombreux missionnaires gallois et irlandais partent évangéliser l’Armorique (en France), comme saints Colomban, Efflam, Ronan ou Guénolé. En 664, par le synode de Whitby, les abbés acceptent enfin l’autorité de l’archevêque de Cantorbéry. 23

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