Didier Rance
L’ÉGLISE DISPARAÎTRE ?
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Didier Rance
L’ÉGLISE peut-elle
DISPARAÎTRE ?
Petite histoire de l’Église à la lumière de la Résurrection
MAME
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MAME Direction : Guillaume Arnaud Responsable éditorial : Sophie Cluzel Direction artistique de l’ouvrage : Thérèse Jauze Édition : Vincent Morch, assisté d’Alexandra Altomonte Compositeur : Pixellence Direction de fabrication : Thierry Dubus Fabrication : Julia Mirenda © Mame, Paris, 2021 www.mameeditions.com ISBN : 978-2-7289-2636-7 MDS : 532134
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INTRODUCTION Encore rares à la génération précédente (Essor ou déclin de l’Église ? date de 1947, La Décomposition du catholicisme, de 1968), les titres d’ouvrages et d’articles de fond ou représentatifs affirmant la crise, le déclin, l’effondrement ou la mort de l’Église catholique, du christianisme ou de la religion sont devenus plus fréquents à partir de 1977 – au moins une vingtaine de titres en quarante ans. Nous sommes maintenant dans un véritable tsunami éditorial : autant de titres de livres ou d’articles ces cinq dernières années que pour les quarante précédentes. On trouvera dans la bibliographie une liste d’ouvrages et d’articles1. En sens contraire, L’Église n’a pas dit son dernier mot. Petit traité d’antidéfaitisme catholique (2014) paraît bien seul face à ce déferlement. La cause semble entendue. À la question de Jésus, « le Fils de l’homme, quand il viendra, trouvera-t-il la foi sur la terre ? », on est tenté de répondre, à lire cette indigestion de titres plus pessimistes les uns que les autres sur son avenir et celui de l’Église : « Qu’il se dépêche de le faire s’il veut encore la trouver. » Certes, Jésus a donné à l’Église la certitude que la puissance de la mort ne prévaudra pas contre elle, mais il n’a pas précisé en quel état elle serait : foule immense ou petit reste « pauvre et faible qui prend pour abri le nom du Seigneur » (So 3, 12), et son mot d’ordre d’évangélisation à toutes les nations n’est pas promesse de résultats pérennes. 1. Voir p. 233-236. Un point d’interrogation conclut nombre de titres mais le contenu des ouvrages et articles glisse souvent vers l’affirmation décliniste ou collapsiste, et ces points d’interrogation ont tendance à disparaître.
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Le christianisme pourrait bien faire partie aujourd’hui de ces espèces en voie de disparition, du moins en plusieurs pays d’Europe, comme cela est déjà arrivé dans des régions où il fut florissant, avec des centaines d’évêchés. La suggestion d’ouvrir en Turquie des « réserves de chrétiens » similaires à celles des Indiens en Amérique du Nord, faite par Karl Binswanger en 1988, pourrait être un jour étendue à d’autres pays. À vrai dire, la question ne date pas d’aujourd’hui. Il serait erroné de croire qu’elle ne s’est jamais posée, du moins jamais avec autant d’acuité, et Vatican II nous rappelle que « l’Église a connu au cours des temps des conditions d’existence très variées » (GS, 58). Saint Augustin se la posait déjà en voyant s’effondrer l’Empire romain christianisé. Sa réponse est : cela ne signifie pas la fin de la foi. Mais il écrit aussi : « Que personne ne se promette ce que l’Évangile ne promet pas […]. Nos saintes Écritures ne nous annoncent pour ce temps [de l’Église] qu’épreuves, tourments, malheurs, souffrances et tentations », et le concile Vatican II lui fait écho : « Tous doivent être prêts à confesser le Christ devant les hommes et à le suivre sur le chemin de la croix, à travers les persécutions qui ne manquent jamais à l’Église » (LG, 42). Déjà au second siècle, dans le Pasteur d’Hermas, l’Église apparaît comme une vieille femme aux beaux habits mais misérable à cause de ses souffrances, dont celles dues aux fautes de ses enfants. Mais ensuite, elle rajeunit et finit en jeune mariée. Si nous remontons encore plus haut, aux premières décennies de l’Église que racontent les Actes des apôtres, ils ne nous disent pas autre chose – une chose qui se répétera siècle après siècle d’une façon ou d’une autre : l’Église s’y trouve en situation d’insécurité, menacée de disparition suite aux persécutions, ou sous la pression de pensées et de modèles étrangers à la foi, mais aussi au risque de 8
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succomber aux tentations dont Jésus a triomphé au début de son ministère public, à celles de l’avoir, du pouvoir et du savoir, ou encore à un endormissement trompeur ou triomphaliste. Mais elle a continué d’avancer. De plus, l’Église de l’âge des apôtres est la seule à faire partie de la Parole de Dieu telle que nous recevons dans la Bible ; son exemplarité doit donc orienter un regard chrétien sur l’histoire de l’Église. Ces débuts sont à la fois miroir et promesse et, surtout, tournent notre regard vers le mystère pascal du Christ comme clé et plénitude de l’histoire de l’Église, comme il l’est de celle de l’humanité (cf. Ga 4, 4), et vers ce mystère pascal dans son entier : les Vendredis saints, qu’ils soient dus à des agents externes ou internes, ont pu être plus visibles et moins discrets que la Résurrection, mais les deux sont indissociables. Ce que Tolkien écrit dans une lettre de 1956 à propos de l’histoire en général vaut largement pour celle de l’Église : Étant chrétien, et qui plus est catholique romain, je ne puis considérer l’histoire autrement que comme une longue défaite, quoiqu’elle puisse contenir certains exemples de la victoire finale. Jésus avait d’ailleurs lui-même annoncé ce qui attendait ses disciples ; il suffit, pour s’en convaincre de prendre deux surligneurs de couleur différente, de surligner avec le premier les textes qui, d’une façon ou d’une autre, annoncent épreuves et persécutions, voire mise à mort ; puis, avec l’autre, les moments de tranquillité, de confort, de bien-être, ou de richesse. Après tout, l’Évangile peut être considéré comme un kit de survie et d’espérance pour une Église en détresse. Le concile Vatican II nous dit que l’Église « sait également combien elle doit continuellement apprendre 9
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de l’expérience des siècles » (LG, 6). C’est dans cet esprit que ce livre se penche au fil des siècles sur dix « morts » de l’Église suivies d’une « résurrection », dix époques de péril, de danger, de risque de disparaître durant lesquelles seuls des fous sans doute auraient parié un sesterce, une livre tournoi, un sou, un franc, un mark ou un rouble sur son avenir. Ces dix chapitres de la vie de l’Église (le terme signifiera, selon l’époque, l’Église indivise ou bien l’Église catholique) auraient pu être dix ou vingt fois plus nombreux : une récente Histoire du christianisme en quatorze volumes et qui compte plus de 14 600 pages montre, en nombre de cellesci, combien les défis, les crises, les conflits, les échecs, les persécutions ou les décadences, mais aussi les réformes et les renouveaux font partie de sa vie. Chaque chapitre concerne soit toute l’Église soit une Église locale, et des crises ou tribulations soit d’origine externe (persécution, subversion, instrumentalisation) soit d’origine interne (affadissement, hérésies, schismes), ou encore des deux. On y trouvera un bref récit de la situation initiale, de ce que subit l’Église et de la façon dont elle y répond, à travers des événements et des figures significatives. J’ai tiré profit des rares auteurs qui se sont aventurés sur le thème de ce livre : les quelques pages flamboyantes de Chesterton dans L’Homme éternel en 19251, trois chapitres de Crises dans l’Église publiés par Jean Guitton en 1992, les deux auteurs anglo-saxons cités dans la bibliographie p. 236. 1. Il écrit par exemple : « Il est manifeste qu’elle [l’Église] a survécu aux persécutions les plus sauvages et les plus universelles, à partir de l’assaut de la furie de Dioclétien, jusqu’à celui de la Révolution française. Mais elle a une ténacité encore plus étrange et plus extraordinaire : elle a survécu non seulement à la guerre, mais à la paix. Elle est non seulement morte souvent, mais a souvent dégénéré souvent et elle est souvent tombée en décadence. Mais elle a survécu à sa propre faiblesse et même à sa propre capitulation. »
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J’ai utilisé aussi, bien sûr, les Histoires de l’Église, les Histoires du christianisme et les études sur chacune des époques évoquées. L’historien sait que plus il entre dans le concret des faits, plus leurs dimensions s’épaississent, et que plus il peut « entrevoir la structure en quelque sorte polyphonique de l’histoire réelle » (Marrou), plus il doit forcément faire des choix ; c’est pourquoi, d’autres éléments d’interprétation que ceux ici proposés sont possibles, souvent légitimes, pour chaque chapitre de cet ouvrage. De plus, le niveau historique n’est que la première strate du réel et de son épaisseur. Non seulement l’historien ne devient tel qu’en mettant de l’intelligibilité dans ce qu’il écrit (le mythe d’une histoire purement événementielle s’est dissipé depuis longtemps), mais pour un chrétien cette intelligibilité vient d’abord de sa foi et dépasse le niveau historique : Credo ut intelligam (« Je crois pour comprendre »). Comme l’écrit Theodor Haecker : La réalité de l’histoire est qu’en elle se prennent des décisions, d’abord pour le temps mais aussi, et souvent simultanément – telle est la conviction du chrétien – pour l’éternité. Or l’éternité et le temps ne peuvent se rejoindre que dans le dogme. Ce regard de foi ne néglige pas les autres dimensions explicatives, géopolitiques, économiques, psychologiques, biologiques ou autres, mais il hiérarchise : au fondement, l’amour de Dieu manifesté en Jésus Christ, appelant en réponse la nôtre dans sa liberté, et le mystère pascal comme plénitude et clé de l’histoire.
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CHAPITRE 1
AU COMMENCEMENT Jérusalem, avril 30 ou 33 Quand l’Église naît-elle ? Quand Jésus parle à Pierre près de Césarée de Philippe ? Sur la croix ? À la Résurrection ? À l’Ascension et à la Pentecôte avec l’envoi des apôtres en mission ? La réponse de Vatican II (LG, 2) en surprendra plus d’un : « Tous les justes depuis Adam, “depuis Abel le juste jusqu’au dernier élu”, se trouveront rassemblés auprès du Père dans l’Église universelle. » Celle-ci est bien sûr l’Église triomphante, mais c’est donc que, d’une certaine façon, l’Église est quasiment aussi vieille que l’humanité, même si elle ne sera complète qu’au dernier élu. À partir du livre de l’Exode, l’Église apparaît aussi, en figure, en tant que peuple béni de Dieu : l’hébreu qahal le dit et dans la Septante (en parallèle avec sunagogé), le grec ekklesia, d’où nous avons tiré église. L’histoire sainte est déjà celle d’une première Église, figure et promesse, convocation et alliance qui constituent le peuple en fils du Très Haut et comme épouse du Seigneur, particulièrement chez les prophètes. Et, en tant qu’assemblée des justes qui comprend toutes les souffrances de ceux-ci, « le sang versé sur la terre, depuis le sang d’Abel le juste jusqu’au sang de Zacharie », comme le dit Jésus (Lc 11, 511), cette figure annonce aussi les tribulations de l’Église dans l’histoire, mélange de fidélités et d’infidélités, de paix et de drames, de don de soi et 1. Les citations de la Parole de Dieu sont généralement prises dans La Bible, traduction officielle liturgique (2013), sauf quand une traduction plus littérale s’impose.
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d’égoïsme, de sainteté et de justice, de pardon et de crimes de ses membres. SEMAINE SAINTE
Quand vient la « plénitude des temps » dont parle la lettre aux Galates, l’espérance et la figure de l’Église sont réalisées. Jésus Christ récapitule toute l’Église de la Première Alliance et la projette dans l’Église de la Nouvelle Alliance. Saint Paul nous dit que « Dieu a fait de lui la tête de l’Église, qui est son corps, et l’Église, c’est l’accomplissement total du Christ » (Ep 1, 22-23), or le propre d’une tête (caput) est bien de récapituler tout le corps. Jésus le fait surtout par son mystère pascal de souffrance, de mort et de résurrection. Péguy et sainte Teresa de Calcutta expriment les deux pôles de cet unique mystère pascal, et qu’il faut tenir les deux. Pour le premier, Vous lisez l’office du vendredi. C’est presque Pâques, pour vous, c’est une préparation, ce n’est qu’une préparation à Pâques… Vous lisez, vous chantez même donc cet office des morts, cet office du vendredi, cet office de la mort, et vous n’y êtes point. Vous le chantez et vous ne l’entendez point. Vous n’entendez point cet office effroyable, commémoration, écho rituel, écho solennel d’une mort mémorable : d’une effroyable agonie. Vous autres chrétiens, vous autres pécheurs, au fond vous vous en fichez.
Pour la seconde, Notre foi nous enseigne que la vie du Christ ne s’achève pas le Vendredi Saint, mais par la résurrection… C’est le secret de la patience chrétienne.
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RAMEAUX
Cela semble pourtant avoir bien commencé, par une Église triomphante. Jésus, après la résurrection de Lazare et sa retraite à Éphraïm, repart à Jérusalem. Il y aurait eu alors, selon les historiens, entre 150 000 et 250 000 personnes dans la ville, pèlerins pour plus des trois quarts. Le bruit de son arrivée se répand. Sans doute à cause de la résurrection de Lazare et des autres miracles, une foule accourt pour accompagner celui en qui elle voit le fils de David, le Roi-Messie d’Israël, arrivant en sa ville royale. Ce peuple assemblé pour l’intronisation de son Roi est un qahal, une ekklesia, et même triomphante, à l’instar de celles accueillant les rois d’Israël victorieux : des palmes et des manteaux sont jetés sur sa route, des chants de victoire et d’action de grâce éclatent ; on pense aussi ici au triomphe des empereurs romains. Mais si cette mise en scène est conforme à celle des entrées royales ou impériales, Jésus, en guise de char ou de cheval, monte bien plus modestement un ânon (même si c’est la monture des Patriarches et des Juges, même si David fait donner sa propre mule à Salomon et même si le prophète Zacharie l’a annoncé), ce qui doit en décevoir certains. Il en va de même pour ce qu’il fait en arrivant dans le Temple : il en chasse les vendeurs et accomplit un miracle, mais c’est pour reprendre aussitôt son enseignement comme si de rien n’était, puis repartir dormir à Béthanie et de même les jours suivants. Pour l’ekklesia triomphante que semblait être la foule des Rameaux, quelle déception, quand la libération et le pouvoir semblaient à portée de main !
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JEUDI SAINT
L’Église que Jésus veut vraiment, il va la révéler durant les Jours saints. Parlant au futur, il lui avait déjà donné son nom et sa structure de base près de Césarée de Philippe : « Tu es Pierre (roc) et sur cette pierre je bâtirai mon Église. » Cette fondation de l’Église par Jésus a été niée depuis le xviiie siècle (elle l’aurait été en réalité par saint Paul), mais le contexte et le lien fort avec Pierre pointent nettement en faveur de son authenticité ; de plus Jésus dit mon Église, alors qu’il dit toujours le Royaume et non mon Royaume. Le terme ekklesia ne figure que deux fois dans les évangiles, mais la réalité en est présente (même quand la distinction entre Église militante et Église triomphante n’est pas faite), ainsi dans le choix des Douze, dans l’enseignement sur l’évangélisation, dans l’appel à être disciple avec des frères, dans nombre de paraboles, et même a contrario dans les querelles entre apôtres sur les bonnes places à recevoir. De plus, ekklesia est très présente dans les autres écrits du Nouveau Testament, des Actes des apôtres à l’Apocalypse. L’Église est particulièrement présente dans l’institution de l’eucharistie le Jeudi saint, cœur et fondement de cette réalité nouvelle, dans les paroles sur la nouvelle alliance pour laquelle cette Ekklesia est constituée et dans le discours de l’évangile de saint Jean, en particulier l’institution de la charité réciproque comme caractéristique de cette alliance. De plus, alors que dans les évangiles de saint Marc (10, 41-45) et de saint Matthieu (20, 24-28) un lien entre la règle de hiérarchie de service pour son Église et la Passion est annoncé, chez saint Luc il n’est pas mentionné explicitement mais cette règle est donnée au cœur de la Cène (Lc 22, 25-27), et tout autant par saint Jean à travers le lavement des
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pieds, et ce lien avec le mystère pascal y est donc annoncé encore plus fortement. AGONIE
Puis ce sont les heures des ténèbres. Celui qui porte l’Église et ses promesses va bientôt être réduit à rien et liquidé de la façon la plus atroce qui soit. C’est d’abord l’heure de Gethsémani, suivie par celle de la Passion. Certes Jésus l’avait annoncé, et encore peu avant en pleurant sur Jérusalem dans sa marche des Rameaux, mais il serait contraire à la réalité de l’Incarnation de faire de ces heures de souffrances et de mort un simple mauvais quart d’heure à passer pour celui qui connaissait la vraie fin de l’histoire, le matin de Pâques et ce qui suit. Jésus vit ces heures avec toute son humanité qu’il partage avec nous, et toute la Trinité y participe dans un mystère que nous ne pouvons qu’énoncer tellement il nous dépasse. À Gethsémani l’Église, Tête et corps, n’est plus que l’agonie du premier et le sommeil alourdi du second que représentent les trois témoins de la gloire de Jésus au Thabor ; peut-être ont-ils été choisis pour être maintenant ceux de l’angoisse et de l’acceptation de la croix, afin de garder la foi au moment où ils y seront eux aussi. Jésus expose son humanité et la faiblesse de celle-ci pour réparer la nôtre, dans un combat entre celle-ci et l’obéissance au Père, qui l’emporte. Le calice qu’il demande d’éloigner de lui s’il est possible n’est sans doute pas seulement celui de la souffrance mais d’abord celui du péché que l’Innocent doit porter. C’est ainsi que saint Padre Pio considère Jésus qui, voyant le temps de l’Église, est taraudé à Gethsémani par la question : « À quoi bon l’effusion de mon sang, puisque la
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multitude des hommes préférera suivre la voie de la perdition ? » Mais, ajoute le saint, par son fiat décisif, « l’heure de la puissance des ténèbres » dans laquelle Jésus est entré devient tout autant « celle de la grande miséricorde pour l’humanité ». Les apôtres, eux, dorment comme tant de membres de l’Église à travers les générations, ce qui ajoute à la déréliction du Christ. Gethsémani, l’Heure de Jésus, est aussi celle de l’Église en tant que participant à la Passion du Christ, qu’elle soit sur la croix ou même qu’elle semble ne pas l’être car « Jésus sera en agonie jusqu’à la fin du monde : il ne faut pas dormir pendant ce temps-là » (Pascal). ÉCHEC DE L’AMITIÉ
Puis tout sombre. Le plus dur, dans l’arrestation qui suit l’agonie, n’est pas celle-ci, Jésus se laisse saisir, mais le baiser du traître et la fuite des apôtres. Le baiser est le geste de l’amour d’amitié, de la fusion des cœurs, ici perverti. Et que dire de l’abandon de ceux à qui il vient de dire : « Je vous appelle mes amis » ( Jn 15, 15), cadeau le plus bouleversant ? Il sera bientôt redoublé par le reniement de celui à qui il avait annoncé qu’il fonderait sur lui son Église. Cet échec de l’amitié (forme éminente de l’amour comme la charité ainsi que le montrent les questions du Ressuscité à Pierre) ne signifie-t-il pas aussi celui de la fondation de l’Église en tant qu’amour d’amitié avec lui ? De plus, ne lui enlève- t-il pas, à vue humaine, toute espérance sur la capacité des apôtres à poursuivre sa mission, et donc sur la pérennité de celle-ci et de son œuvre ?
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ÉCHEC DE L’ENSEIGNEMENT ET DE L’ACTION
Ensuite, à travers les accusations lancées contre Jésus, c’est son enseignement et donc celui du Père qui sont remis en cause et rejetés, ainsi que les œuvres de miséricorde qu’il a accomplies pour les authentifier, partie constitutive de la mission du Christ, comme l’Église l’a bien compris dès ses débuts en faisant siennes les œuvres charitables auxquelles elle ne peut pas plus renoncer qu’à sa mission spirituelle d’annonce du salut. C’est d’ailleurs Jésus lui-même qui le premier a pris au sérieux la réalisation du programme qu’il avait énoncé à la synagogue de Nazareth : il a évangélisé les pauvres et leur a redonné l’espérance, a rendu la vue aux aveugles, la joie aux affligés, la libération à ceux que les démons possédaient, et même la vie au fils de la veuve de Naïm et à son ami Lazare. Il a révélé aux riches leur malheur mais il a aussi partagé leur table, autre signe fort d’amitié, et à eux aussi il a ouvert la route de la libération et du salut. Mieux que l’évergétisme romain ou sa forme moderne d’État-providence, car se fondant sur la charité, Jésus aura été le plus formidable réformateur social de tous les temps, en paroles et en actes, pour Israël et en y associant toutes les nations. La foule qui l’a acclamé lors des Rameaux ne s’y était pas trompée : il n’aurait été que justice de lui donner le trône de David. Il souhaitait d’ailleurs que ce qu’il a initié se poursuive par son Église et même au-delà – il suffit pour s’en convaincre de comparer au discours-programme inaugural de Nazareth celui du Jugement en Matthieu, 25. Rien, à part peut-être : « Des pauvres, vous en aurez toujours avec vous », ne semble indiquer qu’il n’y croyait pas. L’échec est patent. Des puissants l’ont vaincu, ses riches amis ne sont pas là pour le défendre, ni ceux qu’il a guéris ou libérés, ni ceux à qui il a rendu l’espérance. Il est même possible que parmi ceux qui 19
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l’ont acclamé, certains fassent maintenant partie de la foule de ceux qui réclament sa mort ou se moqueront de lui au pied de la croix. Pourtant, cette mort sur la croix est bien un sceau sur sa mission, et si toute son action caritative n’avait réussi qu’à transformer les pauvres, les estropiés, les aveugles et les boiteux en bien-portants, voire en autres riches, elle n’aurait réussi sans doute qu’à fermer des cœurs au salut. ÉCHEC VIS-À-VIS D’ISRAËL
Un des échecs sans doute les plus douloureux du projet de Jésus concerne son peuple et ses larmes en témoignent (Lc 19, 41). Non seulement la foule mais les scribes et les chefs du peuple juif l’ont rejeté et l’ont fait envoyer à la mort (saint Jean laisse à penser que la peur et le souci du salut d’Israël étaient derrière). Quel échec ! Ses apôtres étaient tous juifs. Juifs aussi, pour la plupart, ceux qu’il a guéris ou libérés. Sa mission avait été annoncée par les prophètes d’Israël et de façon encore plus pressante par Jean Baptiste, pour le salut de son peuple et par lui celui de toutes les nations, et lui-même avait authentifié la mission de Jean le concernant. Ses paraboles et ses paroles témoignent qu’il a vu l’échec de cette mission se dessiner bien avant son arrestation, mais cela n’ôte rien à sa souffrance car prévoir ou annoncer un échec n’adoucit pas le fait de le vivre (la soufrance que cause à saint Paul le refus d’Israël envers le Christ, pour poignante qu’elle soit – « Moi-même, pour les Juifs, mes frères de race, je souhaiterais être anathème, séparé du Christ » [Rm 9, 3] –, n’est rien par rapport à celle du Christ, Paul n’est qu’un homme et lui est Dieu). Jésus semble ici renié par le passé comme par l’avenir de son peuple, et le Père lui-même semble ainsi mis en échec par le peuple qu’il s’est choisi et qu’il a formé. 20
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ÉCHEC DE LA ROYAUTÉ DU CHRIST
On peut voir dans les scènes ignobles d’outrages, de violences et de tortures de la Passion une réplique du triomphe royal des Rameaux sur le mode de la dérision sanglante. Le pire n’est sans doute pas la violence physique : des époques sceptiques et blasées comme la nôtre ont du mal à sentir combien peuvent être plus profonds les affronts, la moquerie, tout ce qui veut avilir et que Kierkegaard n’hésite pas à nommer le martyre du ridicule et à dire le plus grand1. Oui, Jésus est ridiculisé et sa royauté, caricaturée par le Sanhédrin, Hérode, la garde romaine, au pied de la croix. Il l’est plus encore par nos péchés, car par eux nous avons partie liée avec le Mal. Seule la souffrance de l’enfant innocent bafoué donne une idée, infime, de la profondeur de la sienne. L’agonie de Gethsémani n’était pas moins douloureuse mais c’était une lutte à la façon de celle de Jacob avec l’Ange, face à Dieu ; ici ce qui bafoue, torture et veut souiller Jésus appartient au mal et au Malin, aidés par la bêtise et la méchanceté humaines. De plus, sa compassion miséricordieuse face à l’abîme moral et spirituel de ses bourreaux et de notre péché qui tombe sur lui, pire que les lanières aux boules de plomb du flagrum romain, redouble ses souffrances. Et pourtant cette dérision de la royauté du Christ (peutêtre inspirée pour les soldats romains par les Saturnales durant lesquelles toutes les valeurs étaient inversées) est en même temps une révélation de la vérité de celle-ci, à savoir 1. Il est faux de croire que les chrétiens souffrent moins que les musulmans lorsque l’on caricature et tente d’avilir leur foi et qu’ils ne puissent pas réagir aussi violemment, ils ne l’ont hélas que trop montré dans l’histoire. Mais ils sont aussi les disciples de celui qui a dit sur la croix : « Père, pardonne-leur car ils ne savent pas ce qu’ils font. »
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que l’impuissance apparente du bien et du vrai à régner, écrasés par le mal de la façon la plus sordide, montre que leur façon de régner est d’abord par l’humilité. ÉCHEC DE L’ABANDON PAR LE PÈRE
Le pire est à venir, le cri : « Eli, Eli, lamma sabbachtani », l’abandon par le Père du Fils. À quoi bon les miracles, et même celui de la résurrection de Lazare, pour finir ainsi ? Où est ce royaume du Père qu’il a annoncé, dont il a dit que certains le verraient avant que la mort ne les prenne ? Où sont cette maîtrise et cette victoire sur le Mal et la mort dont ses actions témoignaient ? Jésus ne semble-t-il pas, au moment crucial (au sens propre du terme), avoir oublié ses déclarations sur la nécessité divine de la croix et sa fécondité universelle ? Son désarroi ne trahit-il pas le naufrage de son aventure ? Ces questions reviendront pour bien des fils de l’Église au fil des siècles quand ils partageront la croix de leur maître (mais eux auront les consolations et la force de l’Esprit). Il faut toutefois regarder de plus près la scène, et se garder de deux écueils contraires : ne voir dans le « Eli, Eli, lamma sabbachtani » que le cri de détresse, ou n’y voir au contraire que le chant de victoire du psaume 22 dont il constitue les premiers mots. La part de vérité de chacun, c’est qu’il s’agit d’une part réellement d’un cri de déréliction, de l’autre que Jésus l’exprime par un psaume qui passe de l’abandon par Dieu à la certitude d’avoir été écouté et exaucé. Le cri de détresse n’est pas un cri de désespoir ou de négation : il est lancé au Père même si Jésus ne le voit plus que comme Dieu, son Dieu (il l’interpelle à la première personne, signe que de son côté le lien est toujours conscient) et, en cela, espérance contre toute espérance, renforcée par le psaume 22. 22
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Ce cri a indéniablement une dimension de sidération, de déroute, de naufrage, et ceux qui ont raillé Jésus, ceux qui continuent de le faire au pied de la croix doivent y entendre l’aveu par le Crucifié que Dieu n’avait rien à voir avec ses prétentions, que ce vaurien galiléen n’a que ce qu’il mérite : une mort ignominieuse d’esclave et non celle d’un roi que la lubie de Pilate a fichée comme titulum sur l’instrument du supplice qu’ils ont dû tolérer. N’était-il pas d’ailleurs plus que ridicule de penser que la glorieuse préparation du Messie sur deux millénaires puisse trouver sa réalisation dans l’histoire négligeable de cet obscur rabbi galiléen et que son ratage complet d’une mort d’esclave (malgré le Serviteur d’Isaïe) allait passer dans l’histoire ? Mort violente pour mort violente, celle, le 18 octobre 31, de Séjean, le favori de l’empereur Tibère soudain tombé en disgrâce et aussitôt exécuté, n’aurait-elle pas dû avoir plus de chances de passer à la postérité ? Enfin la peur exprimée au sein du Sanhédrin pour justifier la volonté de le faire mourir (« il vaut mieux qu’un seul homme meure pour le peuple, et que l’ensemble de la nation ne périsse pas » [ Jn 11, 50 ]) exprime l’inverse du projet d’amour de Dieu sur l’humanité que le Christ devait réaliser, à savoir la croyance que la force brute (ici celle de Rome) a toujours le dernier mot dans l’histoire de l’humanité. La dernière parole de Jésus en croix, « c’est accompli », signifie certainement, la foi nous le fait comprendre, l’accomplissement des prophéties et, bien au-delà de ce qu’elles annonçaient, du dessein d’amour du Père réalisé par la mission salvatrice du Fils mais, pour ceux qui viennent de railler le Crucifié, n’est-elle pas un aveu d’échec car le mot signifie aussi « fini, liquidé » ? Un aveu qu’il a tout raté et que l’affaire Jésus est terminée. Quant à ce nouveau qahal, cette Église qu’il prétendait fonder pour prendre la succession de 23
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leur religion, ces quelques femmes et ce jeune disciple au pied de la croix, il va certainement disparaître avec lui. Deux jours plus tard, les marcheurs d’Emmaüs, effondrés, feront le même constat devant celui qui les accompagnera. Enfin, la mort sur la croix ne signe-t-elle pas aussi la victoire définitive de Satan et de la mort, que le péché a introduits dans le monde ? Les dernières paroles du père Jacques Hamel, au moment de son martyre, « Va-t’en, Satan », montrent, parmi bien d’autres, qu’il faut aller jusque-là : il ne s’est pas trompé, ni le pape François en parlant d’« assassinat satanique » ; le père Hamel a vu le visage de son vrai bourreau à travers ceux des deux misérables l’assassinant et forçant Guy Coponet à filmer leur quart d’heure warholien de célébrité, atroce. De plus, ce prêtre commençait toutes ses journées par l’invocation à saint Michel contre Satan et les esprits mauvais de Léon XIII, proposée de nouveau à tous par saint Jean-Paul II, puis par le pape François. Nous ne pouvons ni ne devons oublier la réalité des puissances du Mal – sans leur donner l’importance décisive qui ne revient qu’à Dieu –, ni qu’elles se sont déchaînées contre son Fils sur la croix. LA CROIX COMME ÉCHEC DE LA NAISSANCE DE L’ÉGLISE
Enfin, la croix consomme l’échec de la naissance de l’Église. Quelques femmes et un jeune disciple sont au pied de la croix. Ils constituent la première Église, en témoins de sa naissance. Y sont présents aussi l’eau du baptême et le sang de l’eucharistie, la remise de l’Esprit et le voile déchiré du Temple signifiant la Nouvelle Alliance. Le concile Vatican II le rappelle pour l’eau et le sang (LG, 2) : 24
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L’Église, qui est le règne de Dieu déjà mystérieusement présent, opère dans le monde, par la vertu de Dieu, sa croissance visible. Commencement et développement que signifient le sang et l’eau sortant du côté ouvert de Jésus crucifié et que prophétisent les paroles du Seigneur disant de sa mort en croix : « Pour moi, quand j’aurai été élevé de terre, j’attirerai tous les hommes. » Leur présence, surtout celle de la mère du Crucifié, est aussi un abîme qui appelle le nôtre car, selon saint Bonaventure, Marie est également abîme, par la profondeur de sa compassion et de sa miséricorde, et c’est pour cela qu’elle invoque sans cesse pour nous la miséricorde très profonde de son Fils, comme un abîme invoque un autre abîme. Mais, à vue humaine, « quelques femmes et un jeune disciple » seulement ! Pour un observateur extérieur, ne sommes-nous pas là aussi dans la dérision avec cette naissance de l’Église qui ressemble à celle d’un enfant mortné ou, tout comme le Crucifié lui-même, au Serviteur d’Isaïe, « plante chétive, racine dans une terre aride, sans apparence ni beauté qui attire nos regards, aspect qui n’avait rien pour nous plaire » (Is 53, 2) ? PÂQUES
Passons le mystère du Samedi saint, que nous retrouverons plus d’une fois dans l’histoire de l’Église. Nous voici au matin du dimanche : Jésus a ressuscité (ou bien « Jésus ressuscita », mais qui se sert encore du passé simple, à part
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le Credo ?). Il faut dire en effet a ressuscité, avant même de dire que Jésus est ressuscité. La distinction n’est pas simple question d’auxiliaire : « Jésus est ressuscité » insiste sur le fait qu’il l’est et à jamais, « Jésus a ressuscité » insiste sur l’acte même. Avant d’être un fait, la résurrection est un acte, l’effraction de l’éternité bienheureuse dans le temps, et une source infinie de contemplation pour rejoindre cet instant. Nous pourrions d’ailleurs reprendre à sa lumière tous ses échecs apparents de la Passion pour montrer combien ils étaient déjà autant de victoires, à commencer par celle sur Satan et sur la mort.
La foi seule peut nous faire croire que Jésus a ressuscité, mais l’événement en soi fait partie de l’histoire. Il en est même le zénith. Il est important de noter cette dimension historique, après des décennies d’errements sur une résurrection qui ne relèverait que de l’ordre de la foi, contrairement au Jésus historique qui, lui, relèverait de l’histoire. Jésus ressuscité choisit qui il veut pour se montrer mais il n’est pas un fantôme, il parle, marche, mange et boit : « La résurrection n’est pas un accident sublime, extrinsèque à la raison, à l’expérience » ( Jean Guitton), ni à l’histoire. Les apparitions du Ressuscité ont lieu dans notre monde et lui appartiennent, les Évangiles en parlent comme des autres événements de la vie de Jésus de Nazareth, sans d’ailleurs cacher ni leur caractère extraordinaire, ni les doutes de certains. Comme toute affirmation historique, celle-ci est véridique et correspond à un fait historique, ou non. La foi en la résurrection de Jésus ou la foi en sa non-résurrection sont à cet égard sur le même plan. Ici comme ailleurs la grâce (la foi) ne fait pas disparaître la nature (le travail de l’historien et la confiance que d’autres lui accordent) mais l’achève, comme le dit saint Thomas d’Aquin. Ceci vaut d’ailleurs pour toute
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affirmation portant sur l’histoire, par exemple que César ou Napoléon ont existé ou non : le logicien Richard Whately publia en 1819 un ouvrage « prouvant » que Napoléon, alors à Sainte-Hélène, n’avait jamais existé, que c’était à l’évidence un mythe solaire inventé à partir des arguments mêmes de ceux qui réduisent l’existence de Jésus et sa résurrection à des croyances non historiques. Il montrait ainsi la faiblesse de leur refus a priori de l’historicité de Jésus.
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TABLE DES MATIÈRES Introduction......................................................... 7 Chapitre 1 Au commencement............................................... 13 Semaine sainte......................................................... 14 Rameaux.................................................................. 15 Jeudi saint................................................................ 16 Agonie..................................................................... 17 Échec de l’amitié...................................................... 18 Échec de l’enseignement et de l’action..................... 19 Échec vis-à-vis d’Israël............................................ 20 Échec de la royauté du Christ.................................. 21 Échec de l’abandon par le Père................................ 22 La croix comme échec de la naissance de l’Église.... 24 Pâques...................................................................... 25 Chapitre 2 Martyrs de la Grande Persécution.......................... 29 Née sur la Croix, l’Église a grandi par la croix......... 29 Bref panorama des Persécutions............................... 30 La Grande Persécution............................................ 32 Pourquoi la persécution ? Le point de vue des persécuteurs....................................................... 38 Le point de vue des martyrs..................................... 40 Le martyr et l’Église................................................ 45 La prière des martyrs............................................... 48 Martyrs victorieux.................................................... 49
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Chapitre 3 Qui est Jésus Christ, le Fils de Dieu ?..................... 51 Les hérésies.............................................................. 51 Arius entre en scène................................................. 52 Premières passes d’armes......................................... 54 Nicée, une victoire pour le long terme..................... 55 L’arianisme triomphe. Coups de théâtre.................. 57 Une Église divisée.................................................... 59 Péripéties................................................................. 60 Victoire définitive de l’arianisme ?........................... 61 Nouveau coup de théâtre......................................... 62 Leçons de la crise arienne........................................ 65 Chapitre 4 « Va et répare mon Église qui, tu le vois, tombe en ruine ».................................................... 69 Mouvements laïcs.................................................... 70 Pour un renouveau de l’Église.................................. 73 Face aux hérésies...................................................... 75 Saint François d’Assise............................................ 76 Face aux hérésies et à la religion cathare.................. 77 Face au pouvoir : saint François et l’empereur.......... 79 Saint François et la réforme de l’Église.................... 80 Saint François et l’Église. Pourquoi ?....................... 82 Chapitre 5 Objectif Rome...................................................... 89 Un défi séculaire...................................................... 89 Les vagues arabo-musulmanes................................. 91 Les vagues turco-musulmanes................................. 93 Sur la route de l’ouest, Mehmet II trouve Skanderbeg et saint Jean de Capistran..................... 96 À nouveau Skanderbeg............................................ 104
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Aux siècles suivants.................................................. 108 Armes et prière........................................................ 109 Chapitre 6 Quelle Réforme ? À quel prix ?............................... 111 Luther dépassé par les siens..................................... 112 La Pologne............................................................... 115 Stanisław Hosius..................................................... 120 Développement de la Réforme catholique............... 124 Modernité et religion............................................... 127 Chapitre 7 L’Église de France dans la Révolution.................... 131 L’engrenage.............................................................. 134 Déchristianisation.................................................... 139 Résistance populaire................................................ 142 Culte révolutionnaire............................................... 144 Inflexions de la persécution...................................... 146 Bilan........................................................................ 149 Renaissance de l’Église............................................ 150 Chapitre 8 « Dieu est mort, l’Église ne tardera pas à suivre »..... 153 Nihilisme................................................................. 155 Fascination du néant : tuer Dieu en nous................. 157 Le défi de Nietzsche................................................ 159 Nietzsche contre l’Église.......................................... 161 Le siècle des « Kulturkampf ».................................. 164 La réponse de l’Église.............................................. 167 La réponse de l’Église à Nietzsche........................... 169
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Chapitre 9 L’Église dans l’Allemagne nazie............................. 173 La religion d’Hitler.................................................. 174 Hitler contre l’Église. L’Église contre Hitler. Des épisodes significatifs......................................... 175 Martyrs.................................................................... 187 L’œcuménisme des martyrs...................................... 188 Le pardon des martyrs, signe de leur victoire........... 190 Chapitre 10 Face au communisme athée.................................... 193 Partout et toujours, la persécution............................ 195 Un combat perdu d’avance pour les croyants ?......... 198 Une résistance victorieuse........................................ 199 Une foule de témoins............................................... 203 Ressorts du témoignage de foi dans la persécution.... 203 Conclusion........................................................... 217 Le bon grain et l’ivraie............................................. 218 Trois libertés à l’œuvre dans l’histoire de l’Église..... 222 Foi, espérance et charité........................................... 228 Les saints et l’histoire de l’Église............................. 229 Bibliographie........................................................ 233
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« Le Fils de l’homme, quand il viendra, trouvera-t-il la foi sur la terre ? » À cette question de Jésus, il serait tentant, devant les difficultés auxquelles l’Église est confrontée – particulièrement en Occident – de répondre par la négative. Dans cet ouvrage original où la rigueur de l’historien s’allie à la foi du croyant, Didier Rance montre que l’Église, depuis ses débuts narrés dans les Évangiles et les Actes des Apôtres, n’a jamais été épargnée par les épreuves, dont certaines l’ont menée au bord du gouffre. En se penchant sur dix épisodes de l’histoire de l’Église, dix époques de péril, de danger, de risque de disparition imminente, durant lesquelles seuls des fous auraient parié un sesterce, une livre tournoi, un sou, un franc, un mark ou un rouble sur son avenir, il nous invite à tourner notre regard vers le mystère pascal comme clé et plénitude de l’histoire de l’Église – dix « morts », suivies chaque fois de résurrection. Ce beau livre foisonnant et profond, et rempli de figures admirables, aidera le lecteur à prendre de la hauteur sur les événements et à lutter contre la tentation du désespoir.
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Historien de formation, Didier Rance, diacre, a passé près de trente ans au service des chrétiens persécutés, menacés ou dans le besoin avec l’AED (Aide à l’Église en détresse). Il est l’auteur d’une trentaine d’ouvrages, notamment Un siècle de témoins. Les martyrs du xxe siècle (Le Sarment, 2000), et À travers la grande épreuve. Europe de l’Est, témoins de la foi dans la persécution (Artège, 2016). Il a reçu le Grand Prix catholique de littérature en 2013.