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9782728923489 un larsen en plein sermon et autres moments délicieusement catholiques

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« LE DILEMME DE LA QUÊTE. L’impôt carillonne son rappel : partout, des mains à la poche, des petites paumes qui réclament aux plus grandes. Par malheur, on n’a même pas oublié son portefeuille. Au premier rang, un petit accepte le panier, au grand soulagement des parents. Sa grande sœur le tient par les épaules, au cas où il perdrait son chemin dans le labyrinthe de l’allée centrale. Le danger approchant, on va pour calibrer son obole. Ce n’est pas une question de salaire, la convention fait en gros de la pièce de deux euros le compromis théorique. Les anciens se souviennent qu’elle est fille – avantageuse – de celle de dix francs. Les piécettes cuivre sont renvoyées du doigt à leurs études, “mises à l’index” à peine exhumées, pour ne garder que les papabili, les jaunes. C’est un procès secret, l’époque n’est plus aux comparaisons paroissiales ; on se sent malgré tout l’œil qui dévisage Caïn. Au fond de sa bourse, c’est la désolation. Une pièce de dix, une de vingt. Les vraies largesses ne tintent pas ; en tremblant, on inspecte le compartiment : un billet de vingt. C’est donc la plus mauvaise

Victor Pierson est l’auteur interprète d’un one-man-show. Il est convaincu que le rire est un formidable moyen de dépoussiérer un monde commun. Un larsen en plein sermon est son premier recueil de nouvelles.

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Photographie de couverture © vipman/Shutterstock.com

main, le “marteau” redouté des joueurs de poker… »

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Direction : Guillaume Arnaud Direction éditoriale : David Gabillet Édition : PaulineArnaud Trémolet, assistée de Pauline Farret d’Astiès et de Direction : Guillaume DirectionGrée éditoriale : David Gabillet Marie Édition : Pauline Trémolet, assistée de Pauline Farret d’Astiès Direction artistique : Élisabeth Hebert, assistée d’Anne-Cécile Ferron et de Marie Grée Direction de fabrication : Thierry Dubus Direction artistique : Élisabeth Hebert, assistée d’Anne-Cécile Ferron Fabrication : Axelle Hosten Direction de fabrication : Thierry Dubus Fabrication : Axelle Hosten

© Mame, Paris, 2016 © Mame, Paris, 2016 ISBN : 978-2-7289-2348-9 ISBN : 978-2-7289-2348-9 MDS : MDS : 531531 639 639 Tous droits réservés pour tous pays. tous pays. Tous droits réservés pour

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EN PLEIN SERMON ET AUTRES MOMENTS DÉLICIEUSEMENT CATHOLIQUES

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Un larsen

en plein sermon

Un changement d’intonation rappelle au monde ; une bribe se laisse capturer au vol. « Car saint Paul ne dit pas autre chose dans la deuxième lecture… » Bien malin qui saurait dire de quoi il retourne : on écoute distraitement, traversé par des pensées impatientes. Une lézarde court le long d’un pilier et y dessine un profil, comme font certains nuages. En notre for intérieur, c’est tout un amphi étudiant qui somnole. Là-bas, le prêtre remonte et redescend les marches de l’autel, armé d’un micro sans fil. Toutes les amplitudes de l’aube n’y font rien, ce sont des images sans son. Les idées s’enchaînent, discontinues, happées sans transition. 7

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un larsen en plein sermon

Quand soudain, un sifflement odieux vibre dans toute l’église. Du grave à l’aigu, perçant. UuuUiiii ! La faïence qui crisse sous le couteau, les suppli­ ques du tableau noir que la craie meurtrit de calculs : ce cri, on le reconnaît. La vertu du Mal absolu, c’est son unanimité. Mais un bon prêtre est un homme que les microphones n’effraient pas ; la preuve en est qu’il fut sans sursaut, et reste sans frisson. À peine se lit dans ses yeux un léger changement de perspective : la dimension inévitablement théâtrale de l’homélie s’efface, et un homme, peut-être bricoleur, peut-être pas, se superpose un court instant au théologien émérite. L’assemblée s’impose moins de sobriété : des gri­ maces après-coup, des visages constipés comparent leurs maux. Une petite fille très bien coiffée reste bouche bée, le nez et les sourcils froncés à l’extrême, annulaire dans l’oreille droite : elle aimerait bien que sa maman voie qu’elle a souffert. Certains hommes jettent un regard médecin à l’enceinte la plus proche : de la camelote. Frime ou savoir-faire, le prêtre triture le coupable en lançant quelques pointes d’humour ; c’est là son erreur : il tient le micro à l’envers, personne ne l’en-

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UN LARSEN EN PLEIN SERMON

tend. Sauf peut-être le premier rang d’où fusent quelques rires. Il se reprend aussitôt, retourne le micro et clame à pleins poumons : « Celui qui a des oreilles pour entendre, qu’il entende ! » Le succès est total. Méfiance, pourtant. Alors qu’il va reprendre, le prêche sature à nouveau. UuuUiiii ! Le célébrant cherche cette fois du regard la dame caté, qui trottine vers la sacristie, la mine assombrie. L’heure est grave, il faut faire quelque chose. Autour de soi, ça s’anime. La seconde vague n’est pas moins supportable mais plus fermement réprouvée encore : on n’hésite plus à se colmater les tympans ni à commenter. Comment ça se fait, mais c’est atroce, n’en rajoute pas. L’événement réjouit : la halte commune rompt l’ennui, on refait corps. Mais le prêtre hoche finalement la tête. Il demande à quelqu’un « C’est bon ? » sans parler. Tout paraît rentré dans l’ordre. C’est une suture délicate. Il faut revenir à l’homélie avec douceur mais sans manière. « Bien ! » Voilà qui a réveillé les ouailles, à lui de maintenir l’attention neuve ; les âmes s’engourdissaient un peu, un rien les a requinquées.

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Les plus badins oseront le mot : si, à leur façon, certaines stridences sont divines, c’est parce que Jésus crie.

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Le repas en silence

Depuis deux jours, des Jésuites en chemisette et croix au cou ont parlé « discernement » dans la salle Jean-XXIII. Ce soir, nous a-t-on prévenu, le dîner se fera en silence. L’idée nous tente ; affranchi de l’effort social, on laissera infuser les méditations de la journée. Cependant, l’ambiance est étrange dès l’entrée dans la salle à manger : à la table de six que l’on rejoint, ça pique du nez dans les assiettes creuses. On devine les habitués de l’expérience, et les décontenancés. La paix et l’inquiétude, également amusées, complètent peu à peu les chaises musicales.

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Des regards s’encouragent à la dérobée. Comme si le calme les obligeait : faute de son, les sourires s’intéressent, les sourcils posent les questions. Du doigt, timide, on pointe la place voisine d’une vieille dame. Celle-ci paraît suivre l’invisible fil, comprend et, comme en sursaut, dandine la tête de droite à gauche, « mais non, c’est libre, venez, installez-vous là ». Deux hommes arrivent, en grande conversation, et prennent soudain conscience du silence que leur bavardage a crevé. Le premier s’avale les lèvres et regarde l’autre, l’œil écarquillé : « C’est vrai, on avait oublié, c’est ce soir. » Avec coquetterie et pointes de pieds, ils miment la discrétion en allant chercher leurs serviettes de table, et l’attention qu’on leur rend vaut tonnerre d’applaudissements. Le bénédicité intervient ; on ne savait pas trop s’il aurait encore sa place. Dans le chant rapide, on retrouve une pointe de familiarité, d’espace connu. D’habitude, on se sent un peu gourd justement, mais cette fois les mains se referment sur le dossier, sur du tangible, la saison d’avant le silence. Mais pendant le repas, qu’est-ce qu’on va bien pouvoir ne pas se dire ? Déjà les pieds de bois raclent le sol. Déshabillés, les bruits sont devenus envahissants : les couverts 12

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LE REPAS EN SILENCE

qui tintent paraissent gloutons, par-dessus la mélodie grégorienne qui démarre. On n’ose pas souffler trop fort pour refroidir le « potage » – un mot si loin de la « soupe » païenne. Les premières cuillerées sont assez concentrées ; on s’autorise à fermer les yeux, on prie, on se sent moine : à manger pour vivre et vivre de prière, what else ? Une jeune fille agite alors sous notre nez la corbeille à pain. On relève la tête ; elle est assez jolie et sa moue indécise ne se sait même pas sensuelle. Imperceptible, notre « non, merci » s’évapore, et avec lui nos vocations monastiques. Plutôt rogue, un homme âgé réprouve ostensiblement ces bigoteries de table ; lui ne donne pas dans le chichi. Il aspire bruyamment, pardonné en chœur par les grenouilles-de-saladier. Le plat principal arrive, sur des chariots. On mime en se le passant que c’est chaud. En silence, chacun reconnaît malheureusement dans ce gratin fourre-tout des bouts de quenelles de la veille et du chou-fleur de midi. Un couple retient un fou rire, qui finit par prendre. On le sentait venir, et il a suffi d’un détail, d’une cuillère tombée dans le plat, pour que cède le barrage. La tablée les regarde avec des sourires

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bienveillants ; partager sans encourager ni jalouser, équilibre ténu. Monsieur adopte comme il peut une attitude de prière, les mains sur ses yeux clos trahis par un large sourire ; Madame s’est carrément mis la serviette sur le nez et la bouche pour pouffer tranquille. Elle ressort de là avec un petit raclement de gorge qui ne rit presque plus. Se taire est un apprentissage. Certains soupers n’ont rien d’inné.

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Une église en semaine

Les marches du parvis grouillent de monde. Un homme en costume finit sa barquette de carottes râpées, un jeune couple fait défiler des photos sur un smartphone, une étudiante relit un cours de droit. Plus loin, à l’ombre des arcades qui n’en tiennent pas rigueur aux pigeons, deux clochards se sont allongés. C’est une terre d’accueil où il fait bon hâler son teint avant l’été, et où la pause du déjeuner peut s’exécuter entre soi et soi, à distance raisonnable les uns des autres. C’est un poste d’observation aussi, avec dans son dos un gothique flamboyant qui sait se faire oublier. Hasard d’un rendez-vous, on passait par là à l’heure la plus chaude de la journée et on a vu cet escalier plein de vies. Une bulle remonte à la 15

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surface : cette amie dont le père est malade, cette naissance, ce boulot, cet amour, cette foi un peu poussiéreuse… Et si on entrait ? En a-t-on le temps ? Bien sûr, et on le sait avant même un faux calcul de tête. Que votre moui soit moui. Seulement, il faut se faufiler dans l’océan de jambes et gravir les marches, sans empressement. On se devine scruté, tout de même, client sans achat qui franchit les caisses. Le battant résiste. On pousse une seconde fois, plus fort. L’église est sans doute fermée, pense-t-on, le fatalisme intéressé. Mais on n’avait pas vu la plaque « Tirez », pourtant évidente. Passé la première porte, il y en a presque toujours une seconde. Dans ce sas pas encore frais, le choix est déjà posé mais on l’accomplit pleinement ; on pousse – sans se tromper – cette autre porte, qui oblige à entrer pour de bon et prévient l’entredeux. L’humidité nous saisit aussitôt. L’écrasante chaleur du monde paraît inventée de toutes pièces, le vacarme n’était peut-être qu’un rêve dont quelques rumeurs – un klaxon, lointain – résonnent encore parmi les craquements de bancs et l’odeur brune de la cire.

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UNE ÉGLISE EN SEMAINE

Parfois, une chorale répète. Rarement, une messe est célébrée. Souvent, une petite vieille égrène des « Je vous salue Marie » en nous guettant d’un œil. Toujours, on lève les yeux. On savoure le calme quelques pas. Le bénitier est presque tari. L’ensemble n’est pas si mal entretenu. On avance lentement le long des collatéraux ; on s’attarde sur les petites chapelles, parce qu’on ne veut pas prier tout de suite, mais rester encore un peu visiteur. On se retarde, on voyage, vrai faux touriste, parallèle à l’espace dédié. La facilité d’une simple promenade nous berce. De la monnaie tinte. L’écho d’une église vide n’est pas celui des piscines municipales, encore moins celui de la montagne : il est plus recroquevillé. On en cherche l’origine et on repère, plus loin, une femme aux yeux rougis qui allume un lumignon au feu d’un autre. On la dépasse en silence. Un tableau de saint Vincent de Paul retient l’attention un instant. Thérèse de Lisieux a droit, près de sa statue, à un panneau explicatif. Il y a un côté exposé de CM1, on n’en lit que le gras. Sainte Thérèse cite le père Pichon : « Il y a bien plus de différences entre les âmes qu’il n’y en a entre les visages.  » Des idées naissent  : bas les

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masques, on aimerait parler sans guillemets, sans miroir, sans penser à ce qu’en pensent les autres. Sur la droite de l’autel, un Christ en croix baisse le front, pensif. Inutile de tirer, les chaises sont accrochées entre elles. En grinçant la paille, on s’assied, et le regard cherche au plafond un dernier détail à observer.

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Table des matières

Un larsen en plein sermon............................... 7 Le repas en silence........................................... 11 Une église en semaine...................................... 15 Le technicien................................................... 19 Bernard Pivot au Vatican................................ 23 L’enfer des litanies........................................... 27 On voudrait parfois lire tranquille.................. 31 Une paix du Christ mitigée............................. 35 Vente de gâteaux............................................. 39 Le capharnaüm de la messe de Noël............... 43 Jésus dans le métro......................................... 47 Famille chrétienne qui traîne........................... 51 La file de la communion.................................. 55 Le speech du week-end cul.............................. 59 Les rameaux sous la pluie............................... 63 Arriver à une retraite...................................... 67 151

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Et les croisades ?.............................................. 71 Installer la crèche............................................ 75 Prier en voiture............................................... 79 Le dilemme de la quête................................... 83 Avant l’homélie du mariage............................ 87 Après les cendres............................................. 91 Entre les tombes.............................................. 95 Le chant de la promesse.................................. 99 Adorer l’ennui................................................. 103 Un long fleuve tranquille................................. 107 Jeune lecteur................................................... 111 Le bel âge des calvaires................................... 115 Attendre son tour à confesse........................... 119 Une heure et des poussières............................. 123 Foi 2.0............................................................ 127 Paysage de montagne...................................... 131 Voyage en cathomobile................................... 135 La retraite de confirmation............................. 139 L’étoile et la croix............................................ 143 Un appel en pleine élévation........................... 147

N° d’édition : 16144 Composition et mise en pages : Text’oh Achevé d’imprimer en août 2016 par Dimograf (Pologne) Dépôt légal : octobre 2016

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« LE DILEMME DE LA QUÊTE. L’impôt carillonne son rappel : partout, des mains à la poche, des petites paumes qui réclament aux plus grandes. Par malheur, on n’a même pas oublié son portefeuille. Au premier rang, un petit accepte le panier, au grand soulagement des parents. Sa grande sœur le tient par les épaules, au cas où il perdrait son chemin dans le labyrinthe de l’allée centrale. Le danger approchant, on va pour calibrer son obole. Ce n’est pas une question de salaire, la convention fait en gros de la pièce de deux euros le compromis théorique. Les anciens se souviennent qu’elle est fille – avantageuse – de celle de dix francs. Les piécettes cuivre sont renvoyées du doigt à leurs études, “mises à l’index” à peine exhumées, pour ne garder que les papabili, les jaunes. C’est un procès secret, l’époque n’est plus aux comparaisons paroissiales ; on se sent malgré tout l’œil qui dévisage Caïn. Au fond de sa bourse, c’est la désolation. Une pièce de dix, une de vingt. Les vraies largesses ne tintent pas ; en tremblant, on inspecte le compartiment : un billet de vingt. C’est donc la plus mauvaise

Victor Pierson est l’auteur interprète d’un one-man-show. Il est convaincu que le rire est un formidable moyen de dépoussiérer un monde commun. Un larsen en plein sermon est son premier recueil de nouvelles.

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