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Première édition : 2012 Mango Jeunesse, Paris

Présente édition : © 2026 Fleurus, Paris

Direction : Frédéric Schwamberger

Direction éditoriale : Sarah Malherbe

Édition : Elsa Tirel

Couverture : Germain Barthélémy

Visuels (ornements celtiques, feuillages, bâton avec pierre incrustée) : © Adobe Stock

Composition : Delphine Guéchot

Direction de fabrication : Thierry Dubus

Fabrication : Manon Sagot

© Fleurus, 2026

57, rue Gaston Tessier

75019 Paris

www.fleuruseditions.com

ISBN : 978-2-2151-9858-1

MDS : FS98581

Tous droits réservés pour tous les pays.

« Loi n°49-956 du 16 juillet 1949 sur les publications destinées à la jeunesse, modifiée par la loi n°2011-525 du 17 mai 2011. »

L’Apprentie de Merlin

À

tous les élèves rencontrés dans le cadre des Incorruptibles. pour anna pour léna

PROLOGUE

Le ciel était dégagé. Pas un nuage ne venait brouiller l’azur de l’horizon. Le soleil d’été brûlait les herbes jaunes et seul le vent apportait parfois un peu de fraîcheur dans la plaine rase.

Merlin baissa les yeux vers les cercles de pierres levées. La dolérite devenait plus bleue dans la lumière de midi. Les ombres avaient presque disparu.

L’enchanteur posa une main sur le menhir qui demeurait froid malgré la saison. En se concentrant, il pouvait encore percevoir le sourd murmure des géants enfermés là-dedans par le Souffle du Dragon. C’étaient les victimes de Brittys, qui avait jadis fait la conquête de la région et lui avait donné son nom : Britannia.

La brise souleva doucement sa barbe grise. Son regard se perdit dans le lointain. La chaleur faisait trembler l’air.

Là-bas, un cavalier approchait, soulevant une poussière grise. Il avançait sur un cheval d’une blancheur immaculée. Merlin s’appuya sur son bâton, épuisé, et attendit.

Peu de temps après, le chevalier franchissait le talus qui délimitait le mégalithe et sautait au bas de sa monture. Il portait une armure faite d’or et d’ivoire, du moins en apparence.

Le guerrier avança d’une foulée rapide et, quand il ne fut plus qu’à quelques pas de Merlin, il ôta son heaume, dévoilant un visage franc et joyeux. Arthur ! Il souriait dans sa barbe blonde.

– Vous aviez raison, sorcier. Nous avons vaincu.

Le mage s’inclina.

– Sire…

– Tout serait allé bien plus vite si les fils du duc Callès n’avaient pas bénéficié du secours d’un chevalier inconnu. Ah, il nous a donné bien du mal ! J’aurais aimé que Lancelot soit avec nous. Il me manque, Merlin.

Son visage se ferma. L’enchanteur hocha la tête pour exprimer sa sympathie.

– Malheureusement, je n’ai toujours pas de nouvelles de lui. Mes forces déclinent et je ne suis pas certain de parvenir à le retrouver.

Le jeune roi lui posa une main amicale sur l’épaule.

– Vous avez beaucoup travaillé pour le royaume. Il est peutêtre temps de vous reposer un peu. Voyez, la révolte des fils de Callès contre leur père était le dernier trouble dans le royaume de Logres. Enfin, nous avons la paix. La compagnie de la Table Ronde a mis fin à des siècles de guerre !

– N’oubliez tout de même pas, sire, les manigances d’Eliavrès.

– Certes. Mais je préfère me réjouir de la tâche accomplie. Merlin sembla pris de faiblesse et s’adossa contre l’un des gigantesques piliers de grès. Arthur l’aida à s’installer confortablement.

– Je ne pensais pas que vous étiez fatigué à ce point, déplora le jeune roi.

– Pour être franc, sire, il n’y a que l’énergie magique de ce lieu qui me fasse encore tenir debout.

Le roi s’assit à côté de son conseiller. Il se laissa aller en arrière, baignant son visage de soleil.

– J’ai le sentiment que l’âge d’or de Britannia est enfin arrivé ! s’exalta-t-il. Il ne nous reste plus qu’à pourchasser les monstres que le nécromant place sur notre route. Mais, pour la première fois depuis vingt ans, j’éprouve la certitude que tout ira bien.

La tête de l’enchanteur dodelinait dangereusement. Arthur le remarqua et sourit.

– Allez vous coucher. Nous terminerons sans vous.

– Je l’espère…

Le mage fut soudain pris d’un doute en observant l’armement de son roi. Il fronça les sourcils.

– Où avez-vous mis Excalibur ?

– Je l’ai confiée à Gauvain. C’est lui qui a mené la bataille.

Le souverain se releva souplement, faisant jouer ses larges épaules.

– D’ailleurs, je dois y retourner. Keu va encore s’inquiéter de mon absence. Vous reverrai-je bientôt ?

– Pas avant quelques années, hélas.

Arthur voulut poser une question, il hésita un moment avant de se décider, l’air chagrin.

– Je voulais vous demander… Avez-vous des nouvelles d’Ana ?

Il lui en coûtait visiblement de prononcer ce nom. Merlin soupira.

– Elle dort toujours. J’ignore quand elle s’éveillera.

Le roi se détourna, le cœur lourd.

– Si elle est debout quand vous rentrez à l’esplumeor, diteslui de venir me voir.

– Sans faute, sire.

Merlin savait mettre dans ce titre toute l’affection dont il était capable. Les deux hommes se dirent au revoir. Ce n’était pas un roi qui quittait un conseiller, mais deux amis qui se saluaient.

– J’espère que vous reviendrez vite parmi nous.

– Je le souhaite aussi, sire.

Sur un dernier signe de tête, Arthur remit son heaume, repartit vers son cheval, sauta en croupe et s’éloigna au galop.

La poussière sèche du chemin s’envola, aussitôt emportée par la brise. Les bruits de sabot s’éteignirent dans la plaine.

Il n’y avait plus personne.

Au prix d’un grand effort, l’enchanteur se redressa. Son bâton lui servait de canne. L’émeraude sertie y brillait à peine. Merlin luttait contre l’endormissement qui voûtait son dos. Il inspira longuement, comme pour capter les dernières émanations magiques des cercles de pierres levées.

Un vent nouveau se leva, plus doux, plus frais.

Le sorcier scruta le lointain pour comprendre d’où venait cette impression. Inspectant les alentours, il ne vit rien. Les menhirs ne bougeaient pas. L’herbe sèche était cassante.

Soudain, il sentit une présence derrière lui. Lentement, savourant chaque instant, il se retourna. Un sourire se dessina dans sa barbe, plissant les rides au coin de ses yeux.

– Viviane, murmura-t-il.

CHAPITRE 1

Ana crut qu’on l’avait appelée. Elle ouvrit les yeux. Les cendres l’avaient recouverte durant son sommeil et il lui fallut essuyer la pellicule poudreuse qui lui collait à la peau.

Au-dessus d’elle, le pommier était devenu immense. Son tronc épais s’était élargi jusqu’à occuper tout l’espace ménagé dans le chaume. Quelques branches poussaient encore à l’intérieur de l’esplumeor, alourdies par de belles pommes mûres.

Elle se redressa, encore étourdie. Les rais de lumière qui entraient par le toit jetaient des lueurs éblouissantes, difficilement tamisées par les feuilles.

– Maître ?

Merlin gisait sur la couche voisine, allongé, immobile. Sa barbe n’avait guère poussé et la poussière n’avait pas eu le temps de se déposer en abondance. Ana se souvint que le mage était allé se coucher après elle.

Elle avança le bras pour le pousser, d’abord timidement. Puis, voyant qu’il ne réagissait pas, ses gestes se firent plus insistants. Il dormait toujours. Un léger ronflement s’élevait de sa gorge. L’apprentie respira mieux quand elle fut certaine qu’il était toujours en vie.

Pourtant, une vague d’angoisse la frappa. Et si Merlin ne se réveillait pas ?

– Maître, debout ! Il est temps de se lever.

Pas de réaction. Elle soupira.

– S’il vous plaît, j’ai besoin de vous !

Il n’esquissa pas un geste, sourd aux paroles de l’enchanteresse. Ana repensa à Arthur. Son demi-frère, hélas. Combien de temps avait passé depuis leur dernière rencontre ? Pour elle, cela avait duré autant qu’un battement de cil. La blessure était encore fraîche. Mais pour lui ?

Même s’il ignorait la vérité quant à leur lien de parenté, il avait sans doute eu tout le temps de lui pardonner de l’avoir repoussé. Ana, ce jour-là, n’avait pas eu la force de lui expliquer son rejet, puis son départ.

Ana chassa ces pensées de son esprit. Elle devait d’abord se préoccuper de son maître. Si le secouer n’y suffisait pas, l’eau froide pourrait lui faire ouvrir les yeux. Elle attrapa un petit chaudron et quitta la chaumière.

Dehors, le soleil brillait à travers les frondaisons. On sentait la chaleur qui essayait en vain de pénétrer au cœur de la forêt. Les arbres étaient assez épais pour conserver Brocéliande au frais, malgré la véhémence de l’été.

Si les feuillages avaient un peu jauni, la végétation demeurait luxuriante dans le sous-bois. Des mousses délicates lui caressaient la plante des pieds. Des fougères se frottaient à ses flancs. Tout respirait l’humidité fraîche.

Ses longs cheveux avaient tellement poussé que, formant une traîne derrière elle, ils se prenaient dans les petites branches et dans les épines. À chaque détour du chemin, il fallait s’arrêter et les démêler.

Les ronces au bord du petit sentier arboraient des mûres noires. Ana en cueillit quelques-unes et les goûta avec avidité. Cela lui donna soif. Elle reprit son chaudron et poursuivit sa route.

La cascade n’était pas loin. Ses eaux restaient tièdes mais il n’existait pas de source plus proche.

La jeune femme reconnut en chemin quelques plantes et rochers, ceux qu’elle avait nommés jadis en explorant les environs. L’Arbre des Songes présentait toujours les filaments argentés dans ses branches. La Roche galeuse restait couverte de lichens gris.

Brocéliande ne changeait guère.

Ana avança entre les pierres et les buissons, certaine de la direction prise. Elle sentait les rayons lumineux qui lui caressaient le visage et dessinaient des arabesques merveilleuses sur le sol.

Un bruit monta. Cela ressemblait à l’ébrouement d’un cheval. L’apprentie se figea. Par chance, elle portait toujours sa robe bleue dont la couleur passée se fondait dans le décor.

Prudemment, elle déposa le chaudron au pied d’un arbre et poursuivit sa route. Elle devait en avoir le cœur net. Les sons qu’elle avait cru entendre venaient peut-être de là.

Faisant attention à ne pas briser de brindille sous ses pieds, elle avança jusqu’à un rideau de fourrés et se dissimula derrière.

Un cheval arriva dans son champ de vision, martelant le sol. Il était monté par un moine en robe de bure dont l’avant du crâne était entièrement rasé. Le cavalier possédait des traits émaciés par le jeûne. Ses iris bleus n’en paraissaient que plus grands.

Ana reconnut Bleïz.

La surprise fut telle qu’elle demeura incapable de bouger de sa cachette. Elle ne put qu’observer en silence cet homme de quarante ans. Effectuant un rapide calcul, elle en déduisit qu’une vingtaine d’années s’était écoulée depuis son endormissement.

Une nouvelle fois, le coup fut rude.

Bleïz avait tant changé ! Plus d’éclat malicieux dans les yeux, plus de sourire espiègle ou triste aux lèvres. Il n’était désormais qu’un corps amaigri, habité par une volonté de fer. Cela se voyait à sa manière de conduire son cheval. Il tenait la bride courte, tendue, menaçant sans cesse de blesser la bouche de l’animal. D’un cri, il fait arrêter sa monture. C’était sans doute cela qu’elle avait entendu dans son sommeil et qui l’avait réveillée.

Son frère d’adoption se tourna sur sa selle.

– Je crois que nous sommes perdus…

Une branche craqua et un second cheval apparut. Celui qui le montait portait une armure étincelante, une de celles fabriquées par les nains, aux reflets ivoirins et dorés.

D’un geste calme, il ôta son heaume et le cala sous son bras. Ana ouvrit la bouche, stupéfaite.

C’était Arthur.

Le roi portait maintenant une courte barbe blonde semblable à celle de Merlin quand il l’entretenait. Quelle impression étrange de quitter un jeune garçon pour le retrouver en homme dans la force de l’âge !

Ses traits étaient plus pleins et rappelaient fortement ceux d’Uther, jusqu’aux cernes sous ses yeux. Il avait toujours ses longs cheveux clairs.

Bouleversée, elle eut besoin de quelques instants pour réagir. Au moment où elle rassemblait son courage pour sortir de sa cachette, les jambes tremblantes, un troisième cheval déboula

dans l’espace dégagé. Sa robe était aussi celle des licornes qu’Ana avait guéries. La cicatrice sur le chanfrein avait presque entièrement disparu.

L’apprentie leva les yeux vers le chevalier. Quand il retira son casque, des cheveux noirs cascadèrent sur ses épaules. Guenièvre.

Elle avait mûri, elle aussi. C’était une femme de trente ans, au sommet de sa séduction, d’une beauté étonnante, bouleversante même.

Ana connaissait les sentiments de Guenièvre pour Arthur, et son allégeance envers la couronne. Rien d’étonnant à la trouver ici, près de lui.

– Où sommes-nous ? demanda la jeune femme.

– Frère Bleïz refuse d’avouer que nous sommes perdus, plaisanta Arthur.

Ce dernier protesta.

– Laissez-moi quelques instants et je retrouverai le chemin.

Nous avons dévié de notre route. Nous avons atteint le cœur de Brocéliande. Peu de personnes avant nous sont passées par ici et la forêt est toujours sous l’influence néfaste des fées.

Ils observèrent les troncs énormes et les hautes frondaisons.

– Il est vrai que j’ai rarement vu des arbres aussi gigantesques, avoua Arthur.

– Sire, laissez-moi essayer dans cette direction. Je pense que Camaaloth n’est plus très loin maintenant.

Le moine piqua des deux et s’enfonça dans la végétation épaisse. Les chevaliers demeurèrent seuls. Ana les dévorait du regard.

– Je suis content de rentrer à Camaaloth, fit Arthur. J’en avais assez de Tintagel.

Guenièvre ne répondit pas. Elle observait distraitement sa monture qui broutait un peu d’herbe.

– Vous rendez-vous compte, reprit le roi, c’est l’occasion de rassembler enfin tous les chevaliers de la Table Ronde. Il y a si longtemps que nous n’avons pas tous été réunis.

– Vous avez raison, sire. Pourquoi ne pas organiser un tournoi afin de les attirer plus sûrement ?

– Ma dame, c’est une excellente idée. Ils vont accourir à cette nouvelle. Dès que nous serons arrivés, je vais envoyer des messagers dans tout le royaume. Croyez-vous que cela fera venir Lancelot ?

À ces mots, Guenièvre s’assombrit.

– Je l’ignore, sire. Les rumeurs les plus folles courent sur son compte. Certains le disent prisonniers, d’autres le croient mort.

– Ne dites pas cela ! se récria Arthur. Je me refuse à penser que le meilleur chevalier du monde ait pu être vaincu par qui que ce soit. Il est simplement engagé dans une quête lointaine, voilà tout.

– Sans doute.

Un silence passa entre eux. Ana remarqua qu’un malaise planait dans la discussion sans parvenir à l’identifier.

Sur ces entrefaites, Bleïz revint au trot.

– Sire, j’ai trouvé une route qui nous mènera tout droit à Camaaloth !

– Fort bien. Vous savez que je n’aime pas laisser Keu tout seul. Il s’angoisse et devient plus désagréable encore que d’ordinaire. Ah, frère, grande nouvelle !

– Quoi donc, sire ?

– Nous organisons un tournoi à ma cour le mois prochain.

– Vous savez que je ne suis pas un grand amateur de ces démonstrations de force, sire. Néanmoins, pensez-vous que ce délai sera suffisant pour prévenir tous les participants éventuels ?

Arthur eut un geste évasif.

– La plupart des compagnons doivent déjà être en route pour nous rejoindre.

– Lancelot aura peut-être besoin d’un délai plus long…

– Il sera là, assura le roi avec autorité. Je suis même prêt à parier avec vous là-dessus.

– Ma foi m’interdit les jeux de hasard, sire.

– Eh bien, avançons sans nous amuser alors.

Ils se remirent en route. Ana avait renoncé à les aborder. Le moment était passé et elle savait où les trouver.

Son frère Bleïz prit la tête du groupe. Il fut suivi par les deux autres chevaliers. Guenièvre s’arrêta pour laisser le roi la précéder.

– Sire, après vous.

– Je n’en ferai rien, ma reine.

Le choc fut si grand qu’Ana les vit à peine quitter la clairière au galop.

CHAPITRE 2

L’apprentie resta un moment interdite. Ce fut seulement quand les bruits des sabots eurent été avalés par la végétation qu’elle put enfin retrouver le contrôle d’elle-même.

Lentement, le silence de la forêt s’éteignit et les oiseaux recommencèrent à chanter d’arbre en arbre. Quelques grenouilles prirent le relais. Et puis des sangliers passèrent non loin en grognant.

Ana se força à bouger. Elle effectua un pas en avant, reprenant le chemin de la source. Incapable de penser, elle se rendit compte trop tard que sa chevelure s’était enroulée autour d’un buisson de ronces. La douleur au crâne fut cuisante.

Énervée, la jeune femme tira de toutes ses forces sur les longues boucles. Quelques filaments châtains restèrent accrochés aux épines.

Dégagée, elle marcha d’un pas rapide, courant presque, jusqu’à la cascade qui se trouvait tout près.

Arrivée au bord de l’eau, elle se déshabilla et posa de côté le poignard offert par Merlin. Elle plongea son corps dans le liquide bouillant. La vapeur lui piqua les yeux. Sa crinière mouillée, alourdie, lui tirait la tête en arrière.

Avec exaspération, elle attrapa son couteau et entreprit de couper ses mèches, en particulier la blanche. Les cheveux tombèrent sur la surface frémissante, refusant de couler. Peu à peu, la source entière parut couverte d’une toison dense.

Ana ne s’arrêta que lorsqu’il ne lui resta plus qu’une longueur d’un doigt sur la tête. Repoussant les crins flottants, elle observa son reflet dans l’eau. Ainsi, elle ressemblait à un jeune homme.

Un peu calmée par son geste, la magicienne s’extirpa du bassin et se rhabilla. Elle faillit oublier de remplir son chaudron.

Le retour à l’esplumeor fut long. Elle se laissa bercer par le rythme de sa marche. Ses veines lui battaient aux tempes, l’empêchant de réfléchir.

Enfin, à peine arrivée dans la chaumière, elle agrippa Merlin par l’épaule et le secoua sans douceur.

– Réveillez-vous, vieille bête !

N’obtenant aucun résultat, elle se résigna à l’arroser. L’eau du chaudron aspergea le visage endormi de l’enchanteur. Cela n’eut d’autre effet que d’adoucir sa respiration.

Ana éclata en sanglots. Étreignant le mage, elle appuya sa tête contre sa poitrine.

– Maître, je vous en supplie ! Ne m’abandonnez pas encore une fois ! J’ai tellement besoin de vous… Vous aviez promis de ne jamais me laisser…

Ses larmes lui brûlaient les joues. Merlin ne sortit pas du sommeil. L’apprentie resta un moment assise près de lui.

Un moment passa avant que ses pleurs ne sèchent. Les spasmes de sa poitrine s’estompèrent. Elle releva la tête et son regard tomba sur les points sombres que ses larmes avaient tracés sur la poussière. Puis, la jeune femme aperçut le bâton de l’enchanteur, déposé le long de son flanc.

Elle s’en empara sans savoir dans quel but. Pour le briser ? Utiliser sa magie pour ranimer Merlin ? En tout cas, elle était décidée à s’en sortir par elle-même. Le manche était fait d’un bois très vieux, aussi dur que la pierre. L’émeraude était sertie dans un repli d’écorce.

Soupirant, Ana soupesa l’objet en se demandant pourquoi Merlin ne le quittait jamais. Quand elle avait tenté de le voler, il s’était fâché d’une façon effrayante. Il avait menacé de la tuer. Mais à présent son maître fermait les yeux et ne disait rien.

La magicienne tenta de convoquer la puissance des runes pour déclencher le bâton. Elle vit ses tatouages scintiller en pure perte.

– Rien ne va !

De dépit, elle planta le manche dans la terre. Il y resta solidement fiché. À la lumière de ses tatouages, elle aperçut le bras de Merlin qui avait glissé de sa couche. Comme un fait exprès, son doigt semblait tendu vers la rune Jēran qui avait été tracée dans la terre battue. Il y avait, à côté, un trou ménagé qui semblait faire la taille du bâton. Poussée par une force inconnue, elle y enfonça l’extrémité de bois.

Le sol frémit, la pierre enchâssée s’alluma doucement et irradia une lumière bleu-vert qui envahit l’esplumeor. Le rayonnement fut si fort que l’environnement disparut pour laisser place à une image saisissante de réalisme, un véritable trompe-l’œil.

Et Ana reconnut des silhouettes. Le décor était celui de la chaumière. Tout prenait la même place, à part les figures qui erraient. Merlin était assis dans le fond de la pièce. Il s’affairait sur un morceau de bois qu’il ciselait. Son âge était indéfinissable. Avec un ciseau, il travaillait une pièce, ôtant des copeaux qui tombaient sur le sol.

Sans l’ambiance colorée, Ana aurait pu s’y méprendre.

Elle apercevait à peine son maître qui dormait encore aujourd’hui sur la couche. Celui du passé lui paraissait plus vivant.

L’illusion était si prégnante que l’apprentie voulut vérifier. Elle tenta de toucher l’épaule de l’enchanteur mais sa main passa à travers sans rien rencontrer de solide. En passant devant le faisceau de la gemme, elle cacha une partie de la scène, aussi décida-t-elle de s’asseoir et d’observer en silence.

Il y avait sur le sol tout un attirail de jouets : un plateau semblable à celui que Palamède utilisait pour ses parties, des pions représentant des rois et des chevaliers.

Merlin souffla sur sa sculpture et sourit. La jeune femme l’avait rarement vu aussi serein et apaisé.

– Niniane !

Elle sursauta car il avait regardé dans sa direction en appelant. Soudain, une silhouette la traversa et une gamine aux longs cheveux noirs alla se jeter dans les bras du sorcier.

– Tu as fini le jeu ? s’exclama-t-elle d’une voix flûtée.

– Regarde.

Il lui montra les pièces rassemblées. Quand l’enfant se retourna, Ana reçut un coup au cœur. Elle lui ressemblait d’une façon troublante ! Mêmes yeux verts, mêmes lèvres ourlées, même air un peu boudeur. La vérité se fit jour dans son esprit : Ana était la fille de cette fameuse Niniane !

– Maman ?

Les ombres ne l’entendaient pas. Niniane était de toute façon encore une enfant, dans le souvenir qui se jouait, et pas encore sa mère.

Merlin et Niniane poursuivaient la scène déjà interprétée naguère. On disposa les pions sur le plateau et la partie commença.

Le mage expliqua patiemment les règles à son élève. Il n’avait jamais montré autant de bienveillance envers Ana. Quand Niniane commettait une erreur, il ne la rabrouait pas mais lui indiquait la marche à suivre sans hausser le ton.

Les images s’évanouirent doucement et le monde reprit ses couleurs d’origine.

L’apprentie demeura abasourdie. Ainsi le bâton recélait les souvenirs de son maître. Mais là n’était pas le plus important. Ana savait désormais que Uther était son père et Niniane sa mère.

Bouleversée, elle ne put bouger avant un moment.

Déjà, l’émeraude projetait d’autres réminiscences.

On se trouvait toujours dans l’esplumeor. Niniane avait grandi. À présent, elle avait seize ans comme Ana. À part la mèche blanche, les deux jeunes filles étaient en tout point semblables. L’apprentie comprenait à présent pourquoi la langue de Merlin ne cessait de fourcher quand il prononçait son prénom.

Ils étaient tous deux assis sur le lit et étudiaient un grimoire. Niniane tentait de déchiffrer une page de latin.

– Arma uirumque cano, Troiae qui primus ab ouis…

– Oris, corrigea Merlin. C’est bien.

Ils continuèrent la lecture. Ana serra les dents. C’était Morgue qui lui avait appris à lire et écrire. Pourquoi Merlin avait-il refusé de s’en charger lui-même, alors qu’il l’avait fait pour Niniane ?

Comme un fait exprès, les ombres s’effacèrent.

Une troisième scène se développa.

L’esplumeor était vide. Merlin entra avec son fameux bâton. Il semblait aux anges. Niniane était sur ses talons. Elle n’avait que quelques années de plus, peut-être vingt en tout. Un âge qu’Ana n’atteindrait jamais.

– On l’a bien eu, ce dragon ! s’écria la jeune femme.

– Je t’avais dit que Glamorgan était un imbécile.

Niniane mit les poings sur ses hanches.

– Es-tu satisfait de moi ?

– Tout à fait. Sans ton aide, je n’y serais jamais arrivé.

Elle le regarda d’en dessous, malicieuse.

– Alors, ai-je gagné mes runes maintenant ?

Merlin redevint sérieux.

– Non, c’est trop tôt. Tu n’es pas prête.

– Cela fait des années que tu dis cela ! s’emporta Niniane. Je vais finir par croire que tu refuses que je devienne une magicienne. J’en ai assez des leçons de latin. Je veux faire de la vraie magie !

Ana la trouva énervante avec ses réclamations. Comment son maître pouvait-il supporter une telle attitude ? Au lieu de se fâcher, il prit un air chagriné et s’efforça de la calmer.

– Niniane…

– Non ! protesta cette dernière. Ne m’appelle plus ainsi. Je ne suis plus une petite fille. Mon nom est Viviane !

À la grande surprise d’Ana, Merlin hocha la tête.

– D’accord.

– Et si tu ne me tatoues pas les runes, je ne t’aimerai plus.

Le visage de l’enchanteur se creusa d’une tristesse sans nom qui fit mal à Ana. Elle ne voulait pas le voir souffrir ainsi.

– D’accord. Montre-moi ton dos.

Viviane battit des mains comme une enfant gâtée et découvrit son dos. Merlin prit son poignard. Avant de tailler dans la

chair, il caressa la peau comme on nettoie une surface de bois.

Ana se redressa précipitamment. Comment arrêtait-on ce sort ? Elle ne voulait plus rien découvrir. Ses mains maladroites se resserrèrent autour de l’émeraude mais des rayons verts continuaient de s’immiscer entre ses doigts, les teintant d’une couleur de pourriture. Et les sons ne cessaient pas.

– Cela va te faire un peu mal au départ. N’aie pas peur si tu saignes, prévenait le mage.

– Je n’ai pas peur, répliquait Viviane. Je suis décidée.

En dernier recours, Ana s’empara du bâton et l’arracha du sol pour le jeter au loin. Aussitôt, les figures se dissipèrent et les voix se turent. Le monde dans l’émeraude disparut.

Un silence de tombe enveloppa l’esplumeor. L’apprentie demeura, tremblante, essoufflée, le cœur affolé. Les mots se frayèrent un chemin dans sa gorge sèche.

– Je suis…

Elle humidifia ses lèvres.

– Je suis la fille d’Uther et de Viviane !

Elle répéta la phrase sans pouvoir s’arrêter.

– Je suis la fille d’Uther et de Viviane !

Ana cria jusqu’à ce que sa voix s’enroue.

CHAPITRE 3

Ana demeura longtemps dans un état de prostration. Merlin, qui dormait toujours à côté d’elle, avait bien caché son jeu. Il se doutait depuis le début de l’identité de ses parents. Il n’avait rien dit.

Au moins, l’apprentie avait percé le secret du bâton. Il contenait toute la mémoire de Merlin, ou ses souvenirs les plus marquants. Son maître avait ménagé un réceptacle dans le sol, sans doute pour la guider en son absence. Elle tenta de relancer sa magie, mais la gemme demeura inerte.

Toutes ces nouvelles révélations lui tournaient la tête. Ana n’avait pas pu vraiment connaître Uther avant sa mort. Elle l’avait rencontré, mais il ne l’avait vraisemblablement pas identifiée. Peut-être avait-il oublié son existence, ou peut-être n’avait-il jamais été averti de sa naissance. Cependant, il l’avait reconnue au moment de mourir. Comment expliquer ces mystères ?

L’enchanteur endormi ne lui était d’aucune utilité pour le moment. Viviane était la seule à détenir la vérité. Mais… étaitelle toujours vivante ?

La jeune femme prit sa décision : elle allait rechercher sa mère et le bâton de Merlin l’y aiderait. Peut-être même était-ce pour cela que Merlin le lui avait laissé. Mais par où commencer ?

Le mieux était encore d’interroger sa famille d’adoption. Seul Bleïz était encore dans les parages, les autres ayant fui depuis longtemps. Or, Ana n’avait aucune envie de s’approcher de Camaaloth. Trop de douloureux souvenirs l’attendaient là-bas.

Non, il fallait trouver un autre moyen. Ses frères et sœurs n’avaient pu tous disparaître sans laisser de trace. C’était leur piste qu’il convenait de suivre. Quant à Bleïz, il était trop jeune à l’époque pour se souvenir de quoi que ce fût.

Auparavant, la magicienne songea à prendre des précautions. Sans Merlin, elle était vulnérable. Il valait mieux faire profil bas et voyager incognito dans Britannia. La coupe de ses cheveux n’était que la première étape de son déguisement.

En fouillant dans le fond de la chaumière, elle découvrit ses vieilles affaires : son chaperon de cuir, ainsi que des hardes. Les vêtements étaient si usés qu’elle ne put en tirer que quelques pans encore intacts. Ôtant sa robe, elle confectionna un habit formé de cent pièces de tissu cousues ensemble. Le résultat en fut des braies et une veste bigarrée à l’extrême où l’on reconnaissait le bleu de sa robe et le marron de ses anciens costumes.

D’autres couleurs rouges ou jaunes passés venaient s’y ajouter.

Pour détourner l’attention de son visage, il valait mieux des habits chatoyants. Ana enfila le tout. Le chaperon, s’il dissimulait sa courte mèche blanche, ne suffisait pas à la transformer entièrement. Elle alla jusqu’au foyer de l’esplumeor, frotta ses mains à la cendre et s’en barbouilla la face. Ainsi, elle devenait méconnaissable.

Satisfaite, la jeune femme quitta la chaumière, le bâton à la main, non sans un dernier regard à son maître toujours assoupi.

Une fois dehors, elle demeura un instant indécise sur la direction à prendre. Le mieux était de commencer par Carduel où elle avait habité longtemps. Le bâton de Merlin restait

un problème. Quiconque avait croisé l’enchanteur pouvait le reconnaître et faire le lien.

En observant l’esplumeor de l’extérieur, presque invisible au milieu des arbres, surtout avec l’énorme pommier qui le traversait, elle songea à la rune Eolh qui en couvrait les poutres et la charpente. Sa magie permettait de dissimuler l’habitation aux regards profanes.

Ana se concentra. Elle avait été capable de réduire des ogresses en cendres, elle devrait pouvoir réduire les dimensions d’un objet, fût-il magique. Ses tatouages picotèrent et scintillèrent doucement.

Le bâton dans sa main changea soudain de forme. Il se rétracta à la manière des serpents, jusqu’à devenir un simple gourdin. La gemme, prise entièrement dans le bois, n’était plus qu’un point vert au bout du manche, entouré d’une résille d’argent.

À la fois surprise et heureuse de ses pouvoirs, l’apprentie contempla son travail. Son maître aurait été fier d’elle. Elle passa la petite massue à sa ceinture, sur le côté droit, tandis que son poignard pendait au flanc gauche.

Satisfaite, elle se mit en route. * * *

Malgré son épaisseur, Brocéliande semblait souffrir de la chaleur. Les plus hauts arbres jaunissaient déjà au sommet de leur frondaison. Les animaux se déplaçaient peu, comme épuisés.

La jeune femme rencontra une biche effarouchée qui n’eut pas le courage de s’enfuir à son approche. Ana avait cueilli des pommes avant de partir. Elle croqua la plus belle en chemin et aima son acidité sucrée.

Après quelques heures de marche qui lui parurent s’écouler comme des secondes, Ana perçut soudain un silence nouveau dans la forêt.

On venait.

Par réflexe, elle se dissimula derrière un tronc en se disant qu’elle passait beaucoup de temps à se cacher. Son masque de cendres la camouflait parfaitement.

Un galop lourd, sinistre même, résonnait sous les arbres. L’apprentie ne put apercevoir le cheval à travers les branches chargées de feuilles. En revanche, le cavalier ne lui échappa pas. Il portait une armure rigoureusement identique à celle des compagnons de la Table Ronde. Cependant, le métal était d’un noir brillant qui rappelait les guerriers morts-vivants auxquels elle avait échappé jadis.

Avait-il été attiré par la magie ? Elle se souvint que ces êtres avaient tendance à se diriger aux endroits où un sort avait été lancé. Merlin était-il bien protégé dans son esplumeor ?

Quand le chevalier noir fut loin, elle reprit sa respiration. Non, son maître n’avait rien à craindre. Il se réfugiait dans cette chaumière depuis des années et personne ne l’avait jamais découverte. Pas même Eliavrès.

En tout cas, le sombre combattant ne s’était pas arrêté. Il poursuivait sa route vers le cœur de Brocéliande. Quand le bruit de cavalcade eut entièrement disparu, Ana revint sur le sentier. Elle avait eu raison de se déguiser ainsi. Sans Merlin, il valait mieux éviter de tomber aux mains du nécromant.

Quelques milles plus tard, elle franchissait la lisière de la forêt et arrivait en vue de Carduel.

Une surprise l’y attendait. Dominant les petites masures aux toits directement posés sur le sol, une tour ronde, au

sommet pointu, s’élevait à l’emplacement de l’ancienne villa romaine.

De saisissement, la jeune femme observa le village. Celui-ci n’avait guère changé. On y pratiquait les mêmes activités qu’autrefois. Seule la tour témoignait des années passées. On avait complètement rasé la villa et réutilisé ses matériaux pour bâtir un nouvel édifice en pierre de taille : grand, carré, inachevé. Luxe étonnant : les toits n’étaient pas faits de chaume mais d’ardoises.

Un groupe de paysans frappaient le blé au fléau sur la place centrale. Les bâtons sifflaient dans l’air avant de s’abattre sur les tiges. Chacun opérait à un rythme différent de manière à mieux séparer les grains. Quand un travailleur était fatigué, un autre prenait sa place et la tâche ne s’interrompait jamais.

Un homme observait tout cela depuis une souche disposée sur le bord de la route. Il avait les cheveux entièrement blancs et une longue barbe où se dessinait encore une moustache grise : Antor.

Ana fut émue de le voir si vieux, manifestement trop épuisé pour participer à la besogne. Elle s’approcha de lui sans bruit, bercée par la cadence des batteurs. Après un moment, il remarqua sa présence.

– Sois le bienvenu, étranger.

– Merci, répondit l’apprentie, la gorge serrée. Elle ne pouvait parler davantage.

– Êtes-vous là pour les récoltes ?

– Non.

– Pour le monastère ?

– Qu’est-ce que c’est ? demanda-t-elle, sa curiosité piquée.

Le vieillard tendit une main calleuse vers la tour en construction.

– C’est là que les moines se retrouvent pour pratiquer leur nouvelle religion. Pardonnez-moi mon erreur mais, avec votre costume étrange, j’ai cru que vous étiez une sorte de prêtre.

– Non.

Ana aimait entendre la voix de l’ancien forgeron. Elle l’avait toujours apprécié. À présent, son bras devait être trop faible pour travailler le métal. Ne pouvant y tenir, elle l’interrogea sur Arthur.

– Avez-vous un fils parmi les hommes qui œuvrent là-bas ?

Antor eut un sourire éclatant de fierté.

– Non, mes deux garçons sont chevaliers. Ils habitent à Camaaloth. Ils m’ont demandé de venir avec eux mais ma place est ici. Je ne peux pas dormir entre des murs de pierre. Si je vous disais que mon cadet est le roi de Britannia, me croiriez-vous ?

– Oui.

Maintenant, la jeune femme tentait de cacher les larmes qui lui montaient aux yeux. Elle devait en terminer avec ce qu’elle était venue faire, sous peine de trahir son identité. Il était difficile de cacher la vérité à ce patriarche bienveillant.

– Dites-moi, j’ai entendu qu’une famille de voleurs avait jadis élu domicile dans la région.

Antor hocha la tête, perdu dans ses souvenirs.

– Oui, ils logeaient dans la villa qui se trouvait à l’emplacement du nouveau monastère.

– Sauriez-vous où ils sont partis ?

– Mon garçon, cela nous ramène plus de trente ans en arrière ! En quoi cela vous intéresse-t-il ?

– Je collectionne les histoires dans la région, c’est tout. Je gagne de l’argent en les racontant au cours des veillées, ou bien dans les auberges.

Elle fut abasourdie par l’aisance avec laquelle elle avait forgé ce mensonge. Sa culpabilité ne s’en accrut que davantage.

– Je comprends mieux pourquoi vous vous habillez ainsi, étranger. Eh bien, pour vous répondre, l’un des moines a appartenu à cette famille. Demandez le frère Bleïz.

– J’ai entendu parler de lui. Il devait être trop petit à l’époque.

Antor se frotta la barbe en réfléchissant.

– Il y avait aussi une gentille petite. Elle s’appelait Ana. Elle est devenue magicienne et on ne l’a plus revue par la suite. Sauf une fois.

Il soupira.

– Peut-être n’a-t-elle plus le temps de venir voir les pauvres gens que nous sommes.

Refoulant ses larmes, l’apprentie se força à poursuivre l’entretien.

– Et les autres ?

– On a raconté qu’ils étaient partis vers le nord, jusqu’au fleuve Humber. Ce n’est pas plus mal qu’ils aient décampé. C’étaient de méchantes personnes.

– Je vous remercie.

Brisée par l’émotion, Ana le salua d’un signe de tête et s’éloigna.

– Mon garçon ! l’appela Antor.

Elle se retourna.

– J’ai l’impression de vous avoir déjà rencontré.

– Je ne crois pas, sourit-elle sous son masque de cendres. Ou alors, c’était dans une autre vie…

Essuyant ses yeux embués, elle pressa le pas vers la forêt.

Près de vingt années se sont écoulées depuis qu’Arthur est devenu roi. La paix règne sur Camalooth, mais le royaume s’affaiblit. Ana, demeurée dans un long sommeil, s’éveille et prend la route de la cour d’Arthur. Elle est guidée par le bâton de Merlin et elle espère, en chemin, dissiper le mystère de sa naissance et découvrir le véritable dessein de son maître. Pourtant, Ana doit se méfier d’un mystérieux nécromant.

Chaque vérité a un prix et, plus que jamais, le présent requiert son attention. De terribles complots agitent la cour et Ana est la seule à pouvoir protéger Arthur.

Et si l’un des plus grands mythes devait tout à Ana, la petite voleuse devenue apprentie enchanteresse ?

Prix TTC: 17,95 €

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