Ce matin encore, les sept couleurs de l’arc-enciel se partagent le ciel dans une harmonie parfaite. Tout juste réveillée, Stellaluna ne profite pas de ce magnifique spectacle car ses frères la chatouillent ! Stellaluna pose ses pattes sur son museau et entoure son petit corps de sa longue queue en panache.
– Laissez-moi tranquille !
Cependant, elle ne peut s’empêcher de rire.
– Lève-toi pour chercher avec nous des baies de cyan, lance un de ses frères.
– Sinon on mangera tout ! ajoute l’autre.
Miam ! Des baies de cyan, la nourriture préférée de Stellaluna ! Elle s’étire, secoue la crête qu’elle a sur la tête et vient s’asseoir au côté de sa maman. Ses frères se sont éloignés et jouent dans l’herbe.
Chapitre 1
Ce sont des colorâmes : à eux deux, ils contiennent dans leur pelage les sept couleurs de l’arc-en-ciel.
Ils se complètent, et pas seulement grâce à leur fourrure : ils sont très complices, ils se comprennent sans se parler.
– Moi aussi j’aimerais connaître mon colorâme ! s’exclame Stellaluna. Mais je ne sais même pas s’il existe… Je n’ai pas de chance !
En effet, le pelage de Stellaluna est unique : il possède à lui seul les sept couleurs de l’arc-en-ciel.
– Au contraire, c’est une chance extraordinaire de porter les sept couleurs, lui assure sa maman. Tu possèdes toutes les énergies en toi. Tu es différente des autres, mais c’est une force, pas un souci.
Stellaluna hoche la tête. C’est vrai qu’elle a des pouvoirs magiques spéciaux. Par exemple, elle peut
entendre des bruits lointains quand elle bouge les poils de ses oreilles. Et Stellaluna écoute parfois ses parents en cachette… Elle a aussi la faculté de capturer les rayons du soleil, mais elle n’a pas beaucoup l’occasion d’utiliser ce don ! Stellaluna se recouche, le museau posé sur les pattes avant.
– Je me sens si seule ! soupire-t-elle.
– Sois patiente, lui conseille sa maman. Tu rencontreras aussi ton colorâme, paré comme toi de toutes les couleurs de l’arc-en-ciel. En attendant, savoure la belle vie que tu as.
Stellaluna n’est pas à plaindre, elle le sait. Elle a un papa et une maman qui l’aiment tendrement, des frères aussi agaçants qu’attachants, et elle vit dans un endroit magnifique : le pays aux sept couleurs, au pied d’un arc-en-ciel.
Chapitre 1
L’intensité de chacune des couleurs du ciel varie en fonction des moments de la journée ou de la saison. En hiver et la nuit, les couleurs froides dominent : vert, bleu, indigo, violet. En été et en pleine journée, les couleurs chaudes enflamment le ciel de leur rouge, orange et jaune.
– Stellaluna, on t’attend !
– Et on a FAIM !
À la recherche de son colorâme
Ses frères sortent Stellaluna de sa rêverie : il faut aller chercher des baies de cyan ! C’est l’occasion de courses et de jeux entre eux, d’une baignade dans le ruisseau, d’une sieste à l’ombre d’un arbre aux feuilles de mille couleurs.
Stellaluna s’amuse et oublie un temps sa solitude. Le soir venu, tous trois se couchent, près de leurs parents. Stellaluna peine à trouver le sommeil. Où est son colorâme ? Elle a entendu dire que le second pied de l’arc-en-ciel se trouvait de l’autre côté de la forêt. Il y a sûrement là-bas un être qui possède aussi les sept couleurs dans son pelage et qui l’attend peut-être. C’est décidé, Stellaluna va aller à sa rencontre ! Il lui suffira de suivre l’arc dans le ciel. Le voyage ne devrait pas être long. Dans son sommeil, sa maman caresse Stellaluna du bout de sa longue
Chapitre 1
queue. Maman… Elle s’inquiétera pour elle et ne voudra pas la laisser partir seule à l’aventure ! Elle répète souvent à ses petits qu’ils doivent faire attention à ne pas s’éloigner du pays aux sept couleurs. « Vérifiez qu’il y a toujours au moins deux couleurs dans le ciel !
Si jamais il n’y en a plus qu’une, c’est que vous êtes allés beaucoup trop loin ! »
À cette pensée, le cœur de Stellaluna se serre. Tant pis, elle doit partir. Sa maman comprendra. Et puis Stellaluna en est sûre, elle sera de retour avant la fin de la journée ; sa maman n’aura pas le temps de s’inquiéter. C’est décidé : elle partira demain matin.
Ce matin, Stellaluna est éveillée avant ses frères.
– Tu es bien matinale ! s’étonne sa maman en lui déposant un baiser sur le museau.
À
colorâme
– Je voudrais faire une farce à mes frères. Je vais me cacher, ils ne pourront pas me chatouiller !
– Et comment comptes-tu te cacher ?
Les yeux de Stellaluna pétillent.
– Je vais créer un nuage tout doux, de toutes les couleurs. Mes frères n’imagineront jamais que je suis à l’intérieur.
– Et tu ne vas pas t’ennuyer, toute seule ? s’inquiète sa maman.
– Non ! la rassure Stellaluna. Je jouerai à imaginer mon colorâme.
La petite touffe sur la tête de sa maman se redresse de surprise.
– Ma Stellaluna qui cherche du calme, c’est nouveau ! sourit-elle.
À côté d’elles, la boule de poils que forment ses
Chapitre 1
deux frères commence à remuer. Stellaluna file avant qu’ils ne se réveillent complètement. Quand elle s’est suffisamment éloignée, elle se lance. Elle doit s’y reprendre à plusieurs fois pour créer le nuage parfait, mais en se concentrant, elle parvient à y mettre toutes les couleurs de l’arc-en-ciel. Elle se glisse à l’intérieur, et oublie un instant le programme de sa journée tellement elle s’y sent bien !
– Si nous revenons suffisamment tôt, mon colorâme et moi, nous pourrons nous reposer dans mon petit nuage, se murmure Stellaluna pour se donner le courage de partir.
Et hop ! Elle bondit hors de son abri tout doux. Personne ne regarde de son côté !
La nuit dernière, Stellaluna a réfléchi à son itinéraire. Pour trouver l’autre pied de l’arc-en-ciel,
À la recherche
il lui faudra marcher sans jamais le quitter des yeux et continuer jusqu’à ce que le ciel n’ait qu’une seule couleur. Puis il suffira de marcher vers l’autre pied.
Stellaluna lève les yeux vers le magnifique arc-enciel qui illumine son pays de ses couleurs magiques et le suit du regard aussi loin que possible. Pas de temps à perdre, se dit Stellaluna, il faut y aller !
Une fois en route, Stellaluna se sent portée par un élan nouveau : l’idée de rencontrer son colorâme lui donne des ailes ! Elle saute au-dessus d’un petit cours d’eau, elle sautille dans les hautes herbes. Elle fait une petite pause et déguste quelques baies de cyan. Un regard vers le ciel lui confirme qu’elle se dirige dans la bonne direction : elle n’y compte plus que quatre couleurs. Le cœur impatient, elle se remet en marche. Mais dans l’après-midi, la fatigue ébranle
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doucement sa bonne humeur. Peu à peu, les oiseaux, les fleurs, les arbres semblent moins extraordinaires à Stellaluna. Soudain, elle trébuche sur une racine et tombe. Elle frotte du bout des pattes son museau égratigné et regarde autour d’elle : tout a changé ; la nature est aussi variée, mais moins étincelante. Elle lève les yeux au ciel. Il est bleu. Seulement bleu.
Ça y est, elle a quitté son pays aux sept couleurs ! Il ne lui reste plus qu’à suivre l’arc-en-ciel jusqu’à son autre pied.
Mais… où est-il ?
L’arc-en-ciel a disparu !
Comment est-ce possible ? Est-elle allée trop loin ? A-t-elle pris une mauvaise direction sans s’en apercevoir ? Sa poitrine se serre, comme si des griffes invisibles l’enserraient. Elle prend une
À la recherche de son colorâme
grande inspiration, mais la sensation demeure. Stellaluna est perdue ! La voix de sa maman résonne alors en elle : « Tu possèdes toutes les énergies en toi. » Stellaluna se concentre, son cœur scintille comme un rubis ; son éclat se devine à travers la fourrure. Peu à peu, l’étreinte se desserre.
C’est décidé, Stellaluna va rentrer. Seul problème : elle a filé museau baissé, sans retenir par où elle passait. Dans quelle direction doit-elle repartir ?
D’habitude, elle se fie aux couleurs du ciel : il lui suffit de repérer celle qui domine pour savoir où elle est.
Mais avec cette couleur unique du ciel, elle a perdu ses repères… Tout ce que le ciel lui dit, c’est qu’elle est loin de chez elle. Et il fait de plus en plus sombre.
Bientôt, Stellaluna ne voit plus rien ! Le ciel a complètement disparu et la nuit est toute noire.
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Stellaluna s’affole, elle se met à courir, son épaule cogne sur une branche. Aïe ! Elle se remet en route, plus prudente. Une étrange sensation paralyse tout son corps. C’est cela, la peur dont a parlé leur papa quand il a évoqué la nuit noire ?
« Si cela vous arrive, il faut rester calme. Et ne pas oublier que vos yeux ne sont pas vos seuls atouts. »
La voix de son papa dans sa tête lui donne la force d’avancer. Stellaluna agite les poils de ses oreilles mais les bruits qu’elle entend l’effraient encore plus. Dans le noir ses pattes s’emmêlent ; elle chute, sa tête heurte une souche d’arbre, et Stellaluna se met à pleurer. En tombant sur le sol, ses larmes explosent en étincelles multicolores.
L’effet est trop bref pour que Stellaluna puisse continuer son chemin, mais elle en recueille
À la recherche de son colorâme
quelques-unes entre ses pattes et, grâce à la lumière que les larmes dégagent pendant quelques instants,
Stellaluna repère un creux dans la souche. Elle s’y blottit, se roule en boule, le museau sous sa queue en panache, puis elle rabat ses oreilles pour ne plus rien entendre.
Comme elle regrette à cet instant d’être partie sans prévenir personne !