Geneviève Guilbault
Marilou Addison
Une croisière mouvementée
Fleurus
Titre original : « BFF » : 3. Le Vent dans les voiles © Andara éditeur, Blainville, Québec, Canada Dans la même collection : « BFF » : 1 . Loin des yeux… près du cœur ! 2. Face à face
Illustrateur de la couverture, p. 368 : Oriol Vidal Direction : Guillaume Arnaud, Guillaume Pô Direction éditoriale : Sarah Malherbe Édition : Anna Guével, assistée de Lucie Cendrier et de Sophie Virrion Direction artistique : Élisabeth Hébert, assistée de Bleuenn Auffret Graphisme : Julie Deschênes Mise en pages : Cromatik Ltée, île Maurice Direction de la fabrication : Thierry Dubus Fabrication : Axelle Hosten © Fleurus, Paris, 2018, pour l’ensemble de l’ouvrage. ISBN : 978-2-2151-3599-9 MDS : 592 599 Tous droits réservés pour tous pays. « Loi n° 49-956 du 16 juillet 1949 sur les publications destinées à la jeunesse. »
N° d’édition : J18167 Achevé d’imprimer en août 2018 par Lego S.p.A., en Italie Dépôt légal : septembre 2018
Geneviève Guilbault
Marilou Addison
Une croisière mouvementée
Fleurus
À Émilie et Charlotte, qui ressemblent (un tout petit peu) à Gen et moi ! Marilou À ma super-amie et collègue Marilou. Parce que, sans toi, cette série ne serait pas ce qu’elle est. Merci ! Geneviève
Alors, Charlotte ? As-tu des nouvelles ? Pas encore… Mais j’ai un mauvais pressentiment ! Va voir tes e-mails. Je viens juste d’y aller ! Je n’ai pas envie de passer ma journée sur l’ordi ! Retournes-y ! Je suis sûre qu’ils vont te répondre bientôt. Je le sais. Je le SENS ! Ben je ne veux pas être soûlante, mais la voyance ne devrait pas faire partie de tes choix de carrière… Toujours aucun message ! Grrr ! Pourquoi c’est si long ? Ils veulent te torturer ou quoi ? Ça ne devrait pas être légal de faire attendre les gens comme ça ! D’un autre côté, j’aime autant ne pas savoir tout de suite si je n’ai pas le droit de participer à ce voyage… 7
En tout cas, s’ils décident de t’exclure, je pense que je reste ici, moi aussi ! Par solidarité. Il faut se soutenir, entre meilleures amies ! Je ne te laisserai pas te morfondre toute seule dans ton coin. Solidari-quoi ? Fais un effort, Charlotte ! Ce n’est pourtant pas compliqué, comme mot ! La solidarité, c’est… Euh… Bon… Le mot en lui-même n’est peut-être pas compliqué, mais pour l’expliquer, c’est une autre paire de manches. Attends un peu… OK. Je l’ai ! Solidarité : Relation entre personnes unies par un sentiment de communauté d’intérêts qui les pousse à se porter une aide mutuelle.
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Ah, je n’y comprends rien, mais on s’en fiche... Tu sais, Émy, même si je n’y vais pas, je veux que tu me promettes de ne pas annuler toi aussi. Tu as mérité de la faire, cette croisière, et que je ne te voie pas refuser d’y aller à cause de mes erreurs ! Je ne te promets rien du tout ! Promettre : S’engager verbalement ou par écrit à faire quelque chose. Hors de question que je fasse une chose pareille ! Ouais, ouais, c’est ça… Oh, je te laisse, je viens de recevoir un e-mail ! Est-ce que c’est ça ? C’est la réponse ? Bon sang, Charlotte ! Je suis trop nerveuse ! Vite ! Dis-moi tout ! Pas besoin de m’épargner, je suis capable d’encaisser. Alors ?
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Fausse alerte, c’est une vieille dame qui m’annonce que je peux gagner un million de dollars si je lui donne mes renseignements personnels. Penses-tu que c’est vrai ? Naïve : Se dit d’une personne très crédule, innocente et confiante jusqu’à la bêtise.
Hum… OK, sans blague, je te laisse, je dois faire le ménage dans ma chambre. Ma mère ME FORCE à tout nettoyer, parce qu’on reçoit de la visite ce soir apparemment. Pfff… Bonne chance ! Si tu t’y mets tout de suite, tu auras peut-être fini dans deux ou trois heures. Bordélique : Qui n’aime pas mettre de l’ordre. Qui sème le désordre. C’est tout toi, ça ! À + Ciao !
1 ÉMILIE Je laisse tomber ! Sans blague, ce n’est pas pour moi, ce genre de voyage. Je veux bien m’ouvrir à de nouveaux horizons, découvrir d’autres cultures et explorer toutes les beautés du monde… Tant que c’est possible de le faire de chez moi OU dans le confort de ma chambre OU dans la sécurité de ma maison. (ET à l’abri des multiples dangers que renferme cette sordide planète !) Mes parents sont convaincus que cette croisière est une excellente idée. Que c’est une bonne chose pour moi de sortir de ma zone de confort. Que je vais en ressortir grandie (un quart de millimètre, ça s’appelle grandir ?), que les voyages forment la jeunesse et que je vais m’en souvenir le restant de mes jours. (À noter : ils n’ont pas précisé à combien de temps ils estiment mon espérance de vie si je monte à bord de ce bateau.) Pour me convaincre que ce n’est pas une si mauvaise idée, mon père m’a suggéré de faire une liste. Vous savez ? Inscrire les points positifs sur la 11
première moitié de la feuille et les points négatifs sur l’autre moitié. (Il me connaît bien, mon père. Il sait que ça me sécurise, les listes.) Mais il ne se doutait pas que, cette fois-ci, son truc produirait l’effet inverse dans mon cerveau tourmenté. Quand même ! On parle d’une CROISIÈRE ! Une CROISIÈRE de DEUX semaines ! Au début, j’étais quand même un peu contente qu’on ait gagné l’inter-collèges (comme tout le monde à l’école). Le soleil, la mer, la piscine et la crème solaire… en plein mois de mars ! Que demander de mieux ? Mais les jours ont passé et les heures me rapprochant du grand départ se sont écoulées. Une à une… De façon sournoise… Sans me prévenir. Et puis PAF ! Ce matin, je me suis levée et j’ai compris : on part bientôt ! TRÈÈÈÈS bientôt ! Et je ne suis pas prête, loin de là ! Je dois finir mes bagages, trouver mes sandales dans les bacs de vêtements d’été, essayer mes maillots de bain pour voir s’ils me vont encore, mettre mon passeport et mon billet d’avion en lieu sûr, préparer mon kit de survie : médicaments anti-nausée, médicaments anti-diarrhée, médicaments antimal-de-tête, médicaments anti-mal-de-mer, médicaments anti-mal-de-dents, médicaments anti-rhume, anti-toux, anti-nez-qui-coule et 12
le plus important : médicaments anti-malaria. Je sais, je SAIS que la malaria ne fait pas partie des maladies qu’on peut attraper là où on va, mais il suffit qu’UN seul moustique contaminé décide de se payer un petit voyage à bord de notre bateau pour que je risque la MORT. Et vous savez quoi ? La mort et moi, on ne s’entend pas du tout, alors je préfère ne pas la provoquer. Donc, comme je le mentionnais, mes parents m’ont conseillé de faire une liste. J’ai essayé d’être hyper-objective et d’inscrire des éléments des deux côtés de ma feuille. Ça n’a pas été facile !
LES POUR :
LES CONT RE :
•V ivre une expérience enrichissante.
•V ivre une expérience terrifiante .
• P artir à la rencontre de peuples différents.
• P artir à la rencontre de germes différents et d’un nombre infini de maladies exotiques.
•E xplorer de nouveaux • E xplorer la survie territoires. extrême dans la nature. 13
(Eh oui ! C’est ce qui va se passer quand le bateau va partir sans moi et m’abandonner sur une île déserte. Je vais devoir apprendre à me débrouiller avec des noix de coco, des feuilles de palmier et du poisson cru. Beurk de beurk !) •H eurter un iceberg en haute mer et mourir noyée au beau milieu de l’océan. (C’est arrivé au Titanic, alors ça peut se reproduire n’importe quand !)
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•A ttraper un coup de soleil. (On ne rigole pas avec le cancer de la peau !) •M e faire attaquer par des puces de lit. Ou des puces de sable. Ou des puces de chien. Au fait, est-ce que les perroquets ont des puces ? On m’a dit qu’on verrait des perroquets lors d’une excursion… Hum… Je n’ai pas de vaccin anti-puces. Est-ce que ça existe ? Aucune idée ! Je devrais passer chez le vétérinaire avant de partir.
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Je me suis arrêtée là, mais je sais bien que ma feuille pourrait mesurer vingt-deux mètres de long… Il y a tellement de choses qui peuvent mal tourner dans ce voyage que je me demande comment je vais réussir à m’en sortir. Mais le PIRE qui pourrait arriver, c’est que Charlotte ne puisse pas venir avec nous. Là, ce serait vraiment une catastrophe ! Je ne sais pas comment je réagirais à la nouvelle. Peut-être que je perdrais connaissance. Tiens, mon portable vibre. C’est un message de Maax. Je me sens déjà un peu mieux. C’est cool, hein ? Dès que je suis avec lui ou que je pense à lui, mon corps se détend. Bien assise sur mon lit, je souris à pleines dents en lisant ses premiers mots. Salut, beauté ! Qu’est-ce que tu fais ? Salut ! Je complétais mes bagages. Déjà ? Comment ça, déjà ? Tu n’as pas encore commencé les tiens ? On part bientôt, Maax. Tu vas oublier des trucs si tu t’y prends à la dernière minute. 16
On part dans UNE SEMAINE, Émy ! J’ai tout mon temps. Es-tu allé voir ton pharmacien, comme je te l’ai suggéré ? Et ton médecin ? Un bilan de santé complet, c’est toujours une bonne idée, avant de prendre l’avion. On n’est jamais trop prudent. Je suis en super-forme, ne t’inquiète pas pour moi. Relax, ma belle ! Ça va être un super-voyage. Au fait, j’ai quelque chose pour toi. Qu’est-ce que c’est ? Un cadeau ? Je suis curieuse ! Ce n’est pas ma fête, pourtant ! Ce n’est pas vraiment un cadeau… C’est plutôt un outil, je dirais. Comment ça, un outil ? Tu veux que je te construise une cabane à moineaux ? C’est très risqué pour la santé de mes pouces, ça ! 17
Mais non, petite comique. Je t’ai acheté un livre sur l’anxiété. C’est un libraire qui me l’a recommandé. D’après lui, ça pourrait t’aider à gérer ton stress avant et pendant le voyage. … Tu es toujours là, Émy ? Je ne comprends pas… Tu penses que je ressens de l’anxiété ? Ben… euh… oui… C’est assez évident, il me semble. Ah… Mais je t’aime quand même ! Tu es ma petite anxieuse préférée ! Si tu le dis ! Je dois te laisser, ma mère m’appelle. On se reparle bientôt, OK ?
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Je verrouille mon portable et le lance sur ma couette. Je sais que Maax continue de m’envoyer des messages parce que je l’entends sonner toutes les dix secondes. Il doit se demander ce qui me prend. Je n’ai pas l’habitude de le laisser tomber comme ça… mais je n’ai pas la force de lui répondre pour l’instant. Toujours assise sur mon lit, le dos appuyé contre une montagne d’oreillers, je sens que les pensées se bousculent dans ma tête. Je ne suis plus sûre de comprendre ce qui vient de se passer. De l’anxiété ? Moi ? Je sais que je suis un peu intense sur certains trucs, genre : la propreté, les microbes, la peur de mourir, la peur des hauteurs, la peur du changement, la peur de… Oh ! là, là ! Mon copain a raison ! Je suis anxieuse ! Est-ce que ça fait de moi une folle ? Je n’ai plus toute ma tête, c’est ça ? Je suis en train de perdre la raison ? OK ! Non ! Ça suffit ! Je ne vais pas laisser la panique prendre le dessus ! Je suis déjà sur mes pieds, prête à appeler la seule personne au monde qui peut me conseiller dans cette insoutenable situation. (Ma best, évidemment !) Mais dès que je pose la main sur le combiné, je me fige. À bien y penser, ce n’est pas une bonne idée. Charlotte a assez d’inquiétudes 19
pour le moment. Je ne serais pas une bonne amie si je la dérangeais avec un truc aussi stupide. Mes petits problèmes ne sont rien à côté des siens. Je ne sais pas comment je ferais pour gérer ça si j’étais à sa place. Problème numéro un de ma best : Sasha a rompu avec elle. Il lui en veut de lui avoir menti. Il ne lui adresse même plus la parole. Et il ne répond pas à ses messages non plus. Bref, c’est l’apocalypse amoureuse, parce que Charlotte (même si elle ne l’avouerait jamais publiquement, ce serait trop la honte !) est totalement in love de lui. Je ne sais pas comment elle va faire pour surmonter ça. Je suis sûre qu’elle pleure tous les soirs avant de s’endormir. En tout cas, moi, c’est ce que je ferais ! Problème numéro deux de ma best : on n’a toujours pas eu de nouvelles des organisateurs du concours. Elle leur a bel et bien envoyé sa lettre d’aveux pour leur expliquer qu’elle a falsifié les résultats de l’inter-collèges, mais ils n’ont rien répondu, alors on ne sait pas encore si elle fera partie du voyage ou non. L’attente est insupportable ! Une partie de moi se dit que Charlotte mérite une punition (parce qu’elle a quand même bien triché !) et l’autre partie de moi (bien plus importante, c’est 20
évident !) croise les doigts très très fort pour que les organisateurs ferment les yeux et lui permettent de vivre cette « aventure extraordinaire qui marquera notre jeunesse et nous ouvrira à de nouveaux horizons ». (Ce sont leurs mots, pas les miens !) Sans blague, j’ai besoin d’elle ! Je ne sais pas comment je vais y arriver si elle ne vient pas avec nous. Je m’apprête à vivre tellement de nouvelles (et dangereuses) aventures que mon cœur risque de lâcher à tout instant. Dans ce genre de situation, ma best joue un rôle hyper-important dans ma survie et dans mon contrôle émotionnel. Ses tâches sont claires, précises et complexes :
1. D ans les airs : elle doit me rassurer et m’expliquer (pour la cinquantième fois) que l’avion ne risque pas (ou très peu) de s’écraser. 2. En pleine mer : c’est elle qui m’aidera à plonger par-dessus bord si notre bateau est attaqué par une bande de pirates sanguinaires. (Ça existe vraiment, les pirates, vous savez !) Je suis une piètre nageuse, alors qu’elle est super-forte dans ce sport.
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3. En cabine : Charlotte m’aidera à accepter le fait qu’on doive partager une minuscule chambre. On se connaît par cœur, ses germes et moi, alors ça devrait bien se passer. 4. E n excursion : ma best me fera découvrir la beauté du monde de son point de vue à ELLE. Parce que le mien est beaucoup trop terrifiant.
Soudain, la vérité me frappe en plein visage. Comme un gros BOUM ! que je n’ai pas vu venir. Non seulement je suis anxieuse, mais je me fie TOUJOURS à Charlotte pour vaincre mes peurs. Comme si je n’étais pas un être à part entière… Comme si j’étais incapable de prendre soin de moi. Je ne peux pas continuer comme ça ! Il faut que ça cesse ! Je ne peux pas passer ma vie à avoir peur de mon ombre quand ma meilleure amie n’est pas à mes côtés. N’importe quel ado de mon âge serait content de partir en croisière pendant deux semaines ! Voir du pays, rencontrer des gens, découvrir le monde, goûter des mets différents. Pourquoi suis-je terrifiée par la Terre entière ? Qu’est-ce qui ne va pas chez moi ? 22
Je dois remédier à ça AVANT de partir. Si seulement il existait un vaccin contre l’anxiété, je pourrais demander à mon médecin de m’en donner trois ou quatre doses. (Ou de me l’injecter directement en intraveineuse, ça serait peut-être plus efficace !) Au lieu de ça, je vais devoir me débrouiller toute seule, comme une grande. Le livre de Maax me sera peut-être utile, finalement ! En attendant de pouvoir utiliser mon futur cadeau, je fais comme toujours quand j’ai envie d’en apprendre plus sur une maladie rare ou une affection virulente : je vais sur mes sites Internet préférés et je fouille, je fouille, je fouille. Dans quelques heures, je serai une experte de l’anxiété.
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À : Cha@coolmail.com De : Emy_Samson@coolmail.com Objet : Prends le temps de t’asseoir avant de lire cet e-mail… Salut, Charlotte ! J’ai quelque chose à te dire. Je suis désolée de t’annoncer ça par e-mail, mais je voulais être certaine de bien choisir mes mots, question d’y aller en douceur. Bon. Je me lance... Après une discussion avec Maax, j’ai fait des recherches sur Internet. J’ai visité des tas de blogs et de forums de discussion, j’ai lu des articles sur des sites réputés pour leur sérieux et leur professionnalisme, et je suis parvenue à poser un diagnostic. Ne t’inquiète pas, ma Charlotte, je ne vais pas mourir d’un cancer hyper-virulent. (Mes intestins ne sont pas en train de se décomposer comme je le craignais hier soir… j’ai juste eu un peu de mal à digérer ma pizza extra-oignon, extra-bacon.) OK, j’arrête de te faire attendre et je t’annonce ma terrible nouvelle. Imagine-toi donc que je souffre d’anxiété. C’est épouvantable, non ? Je sais ce que tu vas me dire… Tu penses que ma vie ne sera plus jamais la même (c’est ce que j’aurais tendance à
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croire, moi aussi), mais c’est là que tu te trompes ! J’ai décidé de me prendre en main. Je ne vais pas laisser cette grave maladie prendre le contrôle de mon corps. Je vais apprendre à la connaître. À la contrôler. La dominer, même ! Tu t’apprêtes à découvrir une nouvelle MOI. Une Émilie 2.0 ! Je te le dis, tu vas avoir du mal à me reconnaître. Ça va être un sacré beau voyage, tu vas voir ! Je vais être libre, épanouie, confiante et débordante de joie ! Oh ! Désolée ! Je n’arrête pas de parler de moi depuis tout à l’heure ! Toujours pas de nouvelles des organisateurs ? Et Sasha ? Est-ce que tu t’es enfin décidée à l’appeler ? À lui écrire ? À lui envoyer un mini-texto de rien du tout ? Tiens-moi au courant ! Émilie (qui va bientôt te présenter son plan d’intervention personnalisé anti-anxiété)
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À : Emy_Samson@coolmail.com De : Cha@coolmail.com Objet : RE : Prends le temps de t’asseoir avant de lire cet e-mail… POUAHAHAHAHA !!! T’es trop drôle, toi, quand tu t’y mets et que tu essaies de me changer les idées. J’ai tellement ri en lisant ton e-mail. Ce n’est pas comme si c’était LA nouvelle du siècle. Émy, tu souffres d’anxiété depuis que tu as genre six mois ! Peut-être même deux ! Désolée, je dois m’essuyer les yeux avant de continuer à te répondre, j’ai trop ri ! Bon, je suis de retour. Et je viens de penser à quelque chose… Est-ce que c’était une blague ? Étais-tu sérieuse ? Je veux dire… TU NE SAVAIS PAS QUE TU SOUFFRAIS D’ANXIÉTÉ ? Voyons, c’est LE truc le plus évident, quand on pense à toi. Tu paniques à propos de tous les microbes du monde (en plus de ceux que tu inventes) ; tu passes ton temps à te demander si tu as bien fermé la porte de ta maison (après avoir vérifié des douzaines de fois) ; tu as peur de traverser la rue si tu n’as pas regardé au moins quatre fois qu’il n’y avait pas de voiture (même sur la piste cyclable) et j’en passe ! 26
Bref, tu es constamment en train de penser au pire qui pourrait t’arriver ! OK, je sens que je suis un peu dure avec toi. Ce n’est pas comme si j’étais parfaite non plus (loin de là)... Et tu sais, un peu d’anxiété n’a jamais tué personne ! Mais si je peux me permettre un petit conseil : lâche donc Internet, tu ne fais que t’imaginer encore plus de maladies ! Charlotte (ta best qui va t’aider à surmonter tout ça !)
À : Cha@coolmail.com De : Emy_Samson@coolmail.com Objet : Une belle tarte ! Bon… Apparemment, j’étais la seule qui n’était pas au courant. Je parie que mes parents le savent, eux aussi ! Et tes parents ! Et toute l’école ! Et l’Univers au grand complet ! Voilà, j’ai l’air d’une belle tarte, maintenant ! Mais pas question de m’apitoyer sur mon sort ! (Nouvelle moi !) Et pas question de laisser tomber Internet non plus. (Oui, ça, c’est la moi d’avant, mais je considère ça comme un droit acquis. Tu 27
n’imagines pas toutes les mines d’or que je trouve là-dessus.) Je suis bien d’accord pour que tu m’aides mais, sans vouloir t’offenser, tu es loin d’être une pro dans le contrôle des émotions. Je risque de me retrouver avec un air aussi bête que le tien ! Je préfère m’en remettre à des professionnels. (Ce sont bien des professionnels, ceux qui écrivent les articles sur le Net, non ?) En parlant d’émotions, comment vont les tiennes ? Tu ne m’as pas répondu au sujet de Sasha… Où en êtes-vous tous les deux ? Tu lui as parlé ? Je suis certaine qu’il va tout te pardonner si tu prends le temps de lui expliquer ton point de vue. Il est brillant, il est sensible et, en plus, il possède la plus belle des qualités au monde : IL T’AIME ! Allez ! Deviens une femme ! Émilie (qui a confiance en sa best du tonnerre !)
À : Emy_Samson@coolmail.com De : Cha@coolmail.com Objet : RE : Une belle tarte ! Je crois que ça ne vaut même plus la peine d’y penser. Il n’y a aucune chance que Sasha me 28
pardonne un jour. Même si j’essayais, je suis certaine qu’il me raccrocherait au nez. Je me demande s’il m’a déjà vraiment aimée… En même temps, je le comprends un peu. Ce n’est pas comme Maax et toi. Vous formez vraiment LE couple parfait. D’ailleurs, c’est super parce qu’avec la croisière qui arrive, vous allez avoir plus de temps pour être ensemble. Juste tous les deux, je veux dire. Ça va être le moment idéal pour des… « rapprochements » ! Tu n’as pas le choix, il faudra que tu me donnes TOUS les détails ! Ce n’est pas parce que je viens de me faire larguer que tes histoires d’amour ne m’intéressent pas, tu sais ! Je suis juste un petit peu jalouse. Vraiment juste un petit peu. Mini-mini. Charlotte (l’éternelle célibataire…)
À : Cha@coolmail.com De : Emy_Samson@coolmail.com Objet : RE : RE : Une belle tarte ! Des rapprochements ? Tu crois ? Quel genre de rapprochements ? Je… je n’avais pas pensé à ça, 29
moi ! On est assez proches comme ça ! Tu veux dire que… Tu veux dire que Maax risque de vouloir faire plus que m’embrasser ? Et si moi, je ne veux pas ? Oh mon Dieu ! J’ai chaud, tout à coup ! Je ne suis pas sûre que ce soit une bonne idée, ce voyage, finalement ! Émilie (qui ne sait pas quoi dire de plus que : appelle-moi et vite !)
2 CHARLOTTE Je me dirige vers les objets perdus. Vous savez, ils sont dans la boîte où on peut retrouver à la fois un gant orphelin, un chandail de laine démodé, un bonnet qu’on ne mettrait pour rien au monde, une boîte repas abandonnée avec des plats qui puent ou même une chaussette toute fripée, qui a atterri là on ne sait pas comment… Quand j’étais petite, ma mère passait son temps à aller voir dans cette fameuse boîte pour y retrouver mes gants. Parce qu’un hiver entier à les mettre, les enlever, les remettre, les enlever de nouveau, et cela, au moins dix fois dans une même journée, c’est loin d’être évident. Surtout quand on a un déficit de l’attention comme moi. Quoique… c’est la même chose pour n’importe quel enfant il faut croire, puisque ces boîtes sont toujours pleines. Ma mère était tellement épuisée de devoir me racheter un nouveau bonnet, une autre paire de gants, ma botte droite (ben quoi, j’ai dû reve-
nir avec ma botte au pied gauche et un soulier au droit…) ou un chandail chaud pour remplacer 31
celui que j’avais perdu, qu’elle a fini par aller dans les friperies. Et ne m’acheter que des vêtements usagés. Comme ça, même si mes gants n’étaient pas assortis, ce n’était pas trop grave. Ce qui l’était un peu plus, c’est quand je me retrouvais avec deux gants pour la même main… Ça doit être la raison pour laquelle je ne me préoccupe pas plus de ce que je porte, aujourd’hui. En tout cas, tout ça pour dire que je dois aller jeter un coup d’œil dans les objets perdus. Je suis à la recherche de quelque chose qui me fait défaut depuis quelques jours : MON ORGUEIL ! OK, c’est faux, je ne suis pas vraaaaiment en direction des objets perdus… Sérieux, je suis ridicule. J’ai passé ma soirée de la veille à fouiner sur la page Facebook de Sasha (oui, c’est pathétique), à la recherche d’un indice prouvant qu’il a autant de peine que moi et qu’il veut que l’on se remette ensemble. Comme avant que je ne lui dise toutes ces choses méchantes. Le pire, c’est que, si je me fie aux photos qu’il met en ligne, c’est le bonheur total dans sa vie ! On le voit en compagnie de ses amis ou de filles (que je ne connais PAS !), à rire et à regarder la caméra, toujours avec ce même sourire idiot. 32
Ça me rend folle ! Je sais bien qu’il ne mettrait jamais de photos de lui en train de pleurer ou de se vautrer dans le désespoir, mais quand même ! Il pourrait avoir une petite gêne, il me semble ! À moins qu’il ne le fasse exprès… En plus, je ne sais pas si c’est le temps doux ou la fin de l’hiver qui rend les autres joyeux, mais j’ai l’impression que c’est la saison des amours partout autour de moi ! Sans blague, TOUT le monde est en couple ! À commencer par ma best et Maax. Clémence aussi s’est trouvé un copain (un garçon de notre année). Mes parents passent leur temps à se bécoter (beurk !) et même Sasha se met de la partie ! J’ai vu qu’il se rapprochait de plus en plus avec nulle autre que : LA GRELUCHE ! Elle l’a tagué sur plein de photos ! OK, je ne crois pas que Sasha tomberait aussi bas, mais on ne sait jamais ! Peut-être qu’il me déteste tellement que c’est une sorte de vengeance, pour lui… Chose certaine, malgré ce que suggère Émy
(en fait, ce n’est plus de la suggestion, mais carrément du harcèlement), je ne vais pas appeler
Sasha pour mettre les choses au clair entre nous. Ni lui écrire. Encore moins me présenter chez lui ! À la place, je préfère passer mes soirées à 33
fouiller sa page et à pleurer sur mon triste sort. PA-THÉ-TI-QUE ! Et comme si ce n’était pas assez, je pense que j’ai pris du poids. Pas réellement, non. Mais j’ai une épée suspendue au-dessus de ma tête et elle pèse près de deux tonnes. Cette épée a un nom : TRICHEUSE ! Parce que c’est ce que je suis… Mais je ne peux rien y changer. Tout ce qu’il me reste à faire, c’est attendre LE moment où les organisateurs du concours m’annonceront que je ne ferai pas partie du voyage. Que ma tricherie devra être punie. Et qu’Émilie, Maax, Sasha et tous les autres partiront sans moi… Sans compter que ma best est en pleine crise existentielle. Elle panique pour un rien. J’ai peur qu’elle n’annule son voyage à cause de moi. Ce serait une autre chose à ajouter sur la longue liste de mes erreurs. Je ne veux pas qu’elle se prive de la croisière. Je me sentirais encore plus coupable. Peut-être que je devrais en parler avec Maax… ? Sauf que depuis la fin de l’inter-collèges, c’est à peine s’il m’adresse la parole. Il m’en veut, lui aussi. Et un de plus ! Quand je le croise à l’école, il devient soudainement hyper-intéressé par le plafond, les murs (beiges !) ou ses lacets (qui ne
sont pas détachés du tout, même s’il fait semblant que…). En gros, il évite mon regard. 34
Ça tombe bien, je dois faire peur avec mes cernes, mes cheveux en bataille et mon hygiène légèrement douteuse. (Oui, bon, je me suis UN
PEU laissée aller, ces derniers temps…)
Mais je sais où je peux le trouver et l’obliger à m’écouter. Si je me souviens bien, c’est ce midi que se tiendra la rencontre obligatoire (où je comptais pourtant ne pas aller…) concernant la croisière qui aura lieu dans une semaine. Les organisateurs doivent nous donner les informations nécessaires au bon déroulement du voyage. Je sais déjà ce qu’ils vont nous dire :
* Pas le droit de regarder à gauche (pas plus que regarder à droite, d’ailleurs). * Pas le droit de faire ce qui nous tente. * Pas le droit de rire. * Pas le droit de faire honte à notre école. * Et surtout, pas le droit de respirer sans demander la permission ! Bref, pas le droit d’avoir du plaisir ! C’est toujours comme ça, quand on fait une sortie 35
scolaire. Il y a des tas d’interdictions et, en bout de ligne, c’est à peine si on apprécie ce qu’on a vu. OK, j’exagère un peu. Je sais que, si Émilie n’était pas anxieuse jusqu’à l’os durant ces fameuses sorties, elle apprécierait sa visite de tel ou tel musée. Mais moi, ça m’ennuie à mourir ! Je préférerais cent fois aller courir dehors dans le parc, plutôt que de devoir endurer ces guides beaucoup trop ennuyeux qui s’écoutent parler (et ils sont bien les seuls !). N’empêche… je crois que c’est une bonne idée d’aller à cette réunion. D’abord parce que je vais peut-être enfin être fixée (suis-je oui ou non exclue du voyage ?) et aussi parce que je pourrai en profiter pour parler à Maax de ma meilleure amie. Il ne pourra pas se sauver. Surtout si je m’assois juste à côté de lui… C’est ma première bonne idée depuis des jours ! J’oublie les objets perdus et je me mets à courir dans le couloir en direction de la salle où se tient la réunion. En chemin, je me fais arrêter par la surveillante qui me menace de m’envoyer en retenue à la fin de la semaine. Je soupire et lève la main pour saisir le billet qu’elle me tend. Bon, je sais déjà ce que je ferai de mon vendredi soir…
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J’enfouis le mot dans le fond de ma poche
(oh non, il y a encore un trou dans celle-ci…) et me remets à courir dès que la surveillante disparaît au bout du couloir. Essoufflée, j’ouvre la porte de la salle brusquement et tous les regards se tournent vers moi. Oups, encore en retard…
*** (En plus, il y a des odeurs de cuisson qui me parviennent de la cafétéria, et c’est carrément un calvaire de tenter de les ignorer…) Je n’ai pas pris Mon ventre gargouille de frustration.
mes médicaments, ce matin, ce qui explique ma faim ET mon problème d’attention. À moins que ce ne soit parce que la directrice ne raconte que des trucs sans intérêt. Je jette un rapide coup d’œil autour de moi et constate que je suis la seule à trouver le temps long. Les autres élèves, ceux ayant fait partie de l’équipe qui a participé à l’inter-collèges, boivent les paroles de madame Lanctôt. C’est aussi le cas de Maax, juste à ma droite. Mais en ce qui le concerne, je le soupçonne de tout faire pour que nos regards ne se rencontrent pas. En fronçant les sourcils, je fouille dans mon 37
pantalon et en ressors le billet de la surveillante, pour y inscrire un message. Une fois cela fait, je le chiffonne et, d’une habile pichenette, je le lance sur le bureau de Maax. Il fait claquer sa langue, mais il s’empresse tout de même de saisir le papier. Subtilement, il lit celui-ci et se tourne vers moi. Il était temps ! Il faut dire que je n’ai pas pris de risque. Sur la feuille, j’ai été plus que claire :
ÉMY NE VA PAS BIEN. IL FAUT L’AIDER ! Il se penche alors vers moi et murmure : – T’es sérieuse ou c’est encore une de tes arnaques façon Charlotte ? Qu’est-ce qu’elle a, Émy ? Elle avait l’air bien, hier. – Franchement, pour qui tu me prends ? Il me fait de gros yeux et j’inspire profondément, pour ne pas perdre patience. – OK, OK, je l’ai bien mérité, c’est vrai. Mais ce n’est pas une arnaque, comme tu dis. Émy aurait besoin qu’on… Un coup porté sur mon bureau me fait sursauter et je me retourne en vitesse vers l’avant de la salle. À deux centimètres de moi se trouve la directrice, venue interrompre notre discussion. 38
– Dites donc, vous deux… commence-t-elle. Souhaitez-vous toujours participer à ce voyage ? Si ce n’est pas le cas, informez-moi tout de suite. Je suis certaine que d’autres élèves seraient emballés à l’idée de prendre votre place ! Elle continue sur le même ton pour nous faire comprendre que nous dérangeons les autres et que bla-bla-bla. Mais moi, la seule chose que je retiens, c’est ceci : – Vous voulez dire que… que je peux y aller, moi aussi ? dis-je, le cœur battant, en lui coupant la parole. – Voyons, Charlotte, qu’est-ce que tu croyais ? C’est toi qui as organisé ce concours, c’est certain que tu fais partie du voyage ! Mais à la condition que tu écoutes toutes les consignes. Ce que tu sembles avoir du mal à faire la plupart du temps… Si je ne me retenais pas, je sauterais au cou de la directrice pour l’embrasser. Mais ça aurait l’air étrange, et en plus je pense que j’en ferais des cauchemars pendant des mois ! Je me retiens donc (pas trop difficilement) et lui fais un grand sourire. Puis, je me tais. Pas question que je manque la moindre info sur cette croisière. Même si Maax essaie d’attirer mon attention en faisant 39
des pssittt et des bruits de toutes sortes. Il n’avait qu’à ne pas m’ignorer durant les derniers jours. Ainsi, il aurait su que sa copine souffre d’anxiété. Peu importe, quand Émy saura que je viens avec elle en voyage, elle va oublier toutes ses peurs ! J’ai déjà hâte de le lui apprendre !!!
*** Je me laisse tomber sur ma chaise, devant la table de la cuisine. Je n’ai pas été capable de joindre Émy et je commence à m’impatienter. – Assieds-toi donc comme il faut, Charlotte, me sermonne immédiatement mon père. Je grogne une réponse inintelligible, mais m’exécute tout de même. Je connais mon père. Si je ne l’écoute pas, je risque d’être envoyée dans ma chambre. Et ce soir, j’ai vraiment trop faim pour sauter un repas ! Ma mère n’est d’ailleurs pas très longue à s’en rendre compte… – C’est étrange, tu as beaucoup plus d’appétit que normalement. C’est bien, tu t’habitues à ton médicament. – Ah non, dis-je la bouche pleine, c’est parce que j’ai oublié de prendre ma pilule, ce matin. – ENCORE ! Charlotte, si tu ne prends pas cela plus au sérieux, il va falloir te surveiller 40
comme lorsque tu étais un bébé. C’est ce que tu veux ? Je hausse les épaules. Je ne sais pas quoi répondre. Je ne le fais pas exprès ! J’oublie juste de prendre le médicament qui m’aide à ne pas oublier des trucs. C’est limite ridicule mon affaire. Mais elle a raison, il faut que je fasse plus attention. Sinon, je vais recommencer à rater mes contrôles et ce serait dommage, parce que je me suis un peu améliorée, dernièrement. Et même si je ne l’avoue pas, j’espère utiliser cet argument pour demander la permission à mes parents de retourner au collège rejoindre Émilie, l’an prochain… Je m’apprête à lui dire que je suis d’accord et que je vais essayer de faire plus attention quand mon père ajoute son grain de sel. Et côté salière, il est plutôt intense, mon paternel ! – Charlotte, tu dois arrêter de toujours tout voir en noir. Sois un peu plus positive. Personne n’aime être avec quelqu’un qui voit toujours son verre à moitié vide, tu sais ! – Hein ? Ben non, je viens juste de le remplir, mon verre… – C’est une expression ! Ça veut dire que tu es pessimiste. Tu crois que rien ne va jamais s’arranger, mais tu ne fais aucun effort non 41
plus ! Ton traitement n’est pas une punition ni un malheur qui te frappe. C’est ta réalité, voilà tout ! Je lève la main pour le stopper sur sa lancée, mais c’est inutile. Quand mon père veut me faire la morale, rien ne peut le retenir. Je le laisse donc continuer durant de longues minutes, en vidant mon assiette. (Au moins, ça me permet de manger sans devoir parler.) Lorsqu’il termine enfin, je lève les yeux vers lui, un peu perdue. (J’avoue
que je n’ai pas écouté son discours en entier…)
Mais il me ramène sur terre rapidement, en me demandant : – Alors ? Qu’est-ce que tu en penses ? – Euh… c’est-à-dire que… je… euh… Oui. Je pense que tu as… raison ? Mon père hoche la tête, satisfait, et se remet à manger. Moi, j’ai déjà fini mon assiette. J’en reprendrais volontiers, mais quelque chose vient de me couper l’appétit. Je n’ai aucune idée de ce que je viens de promettre à mon père ! Heureusement, ma mère vient à ma rescousse sans le vouloir. – C’est une bonne chose de prendre des résolutions et d’essayer de s’améliorer, ma grande. Je suis fière de toi. Je sais que ce n’est pas évident.
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Lentement, je me lève et vais poser mon assiette dans l’évier. Ils ont raison. Peut-être qu’il est plus que temps que je prenne une grande décision. LA décision. Celle qui nous vient quand on n’a plus rien à perdre. Je dois devenir une meilleure personne. Quelqu’un avec qui Sasha aurait envie d’être en couple de nouveau. Oh, je sais que j’ai dit que je ne tenterais plus de le contacter. Que je ferais une croix sur lui et sur notre couple. Mais… puisque je vais bel et bien faire partie du voyage, je ne pourrai pas l’ignorer très longtemps. Dans une semaine, jour pour jour, nous serons ensemble sur un grand bateau. C’est certain qu’on va se voir presque tout le temps. Alors j’ai deux options :
1. L’éviter le plus possible et essayer de ne pas me mettre à pleurer dès que je le vois. OU 2. Le reconquérir…
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Même si ce n’est pas mon genre de m’acharner, de faire plus d’efforts qu’il ne faut, de séduire un garçon qui ne veut rien savoir de moi… c’est exactement ce que je m’apprête à faire ! Je sais que ce ne sera pas facile. Que je risque de foncer dans un mur. Qu’il se pourrait même que j’échoue… C’est pour cela que je viens de décider de m’améliorer, comme le dit ma mère. De changer. De devenir une meilleure personne. FINI, la Charlotte qui grogne et qui se plaint. TERMINÉ, la Charlotte qui n’en a rien à faire de personne ! (À part ma best, évidemment !) Et encore mieux, EXIT, la Charlotte antipathique et désagréable avec qui personne ne veut être ami ! Attention à toi, Sasha, la nouvelle Charlotte arrive !
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À : Emy_Samson@coolmail.com De : Cha@coolmail.com Objet : Il est temps de grandir ! Tu as tout à fait raison, Émilie. Il est temps pour toi et moi de grandir un peu. De montrer que nous ne sommes pas que des filles anxieuses (dans ton cas) et désagréables (dans le mien…) ! Comme je viens de te le dire au téléphone, je rédige ma partie de notre pacte et t’envoie le tout dès que j’aurai terminé. Je vais attendre la tienne avec impatience. (Même si je trouve que tu n’as pas grand-chose à améliorer, de ton côté, puisque tu es déjà parfaite pour moi !) Charlotte (ta best qui a bien du pain sur la planche…)
À : Cha@coolmail.com De : Emy_Samson@coolmail.com Objet : Pacte ! Salut, Charlotte ! Ça y est, c’est fait ! J’ai réussi à mettre mes objectifs sur papier. Ouvre le document et tu verras tout de suite à quel point je souhaite (VRAIMENT) me prendre en main. Ça suffit, les
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lamentations et les enfantillages. Bientôt, tu vas avoir du mal à me reconnaître ! N’oublie pas de m’envoyer ton doc quand il sera prêt. Émilie (qui est ouverte aux commentaires et suggestions de sa best)
Moi, Émilie Samson, je jure de remuer ciel et terre pour AMÉLIORER, PARFAIRE et PERFECTIONNER la personne que je suis afin d’en arriver à une version 2.0 complètement renouvelée ! Pour ce faire, voici mes objectifs personnels : Ne plus avoir peur de tout. Le monde n’est pas si dangereux, au fond ! (À l’exception des requins, des tsunamis, des météorites, des terroristes, des épidémies et des invasions extraterrestres, évidemment !) Apprivoiser la mort. Chaque être humain finit par mourir un jour. Il faut l’accepter. (En revanche, je ne suis pas encore prête à accepter, accueillir ou tolérer la maladie. Ça viendra peut-être plus tard… dans quelques années… ou quelques décennies. Une étape à la fois, quand même !) 46
Apprendre à me détendre. Vivre le moment présent et essayer de l’apprécier. Remplacer mes pensées négatives par des pensées positives. Ça devrait aller : « Je suis gentille. Je suis belle. Je suis sensible. Je suis capable. » Voilà ! Trop facile ! Signature :
Émilie Samson
À : Emy_Samson@coolmail.com De : Cha@coolmail.com Objet : RE : Pacte ! Waouh, elle est trop bien, ta partie… La mienne est vraiment nulle en comparaison. Mais comme tu le sais, je ne suis pas douée pour écrire des textes. Au pire, ça ne te dérangerait pas trop de me corriger ou de me dire ce que je devrais ajouter pour qu’elle soit mieux réussie ? En tout cas, on va dire que c’est OK pour le moment. Voici donc toutes les choses que je dois améliorer pour devenir une meilleure Charlotte… 47
Moi, Charlotte Leblanc, voici ce que je jure de faire pour changer : NE PLUS ÊTRE AUSSI SUSCEPTIBLE ! Ce ne sera pas facile, je le sens, mais je ne dois plus me fâcher dès que quelqu’un dit un truc vexant. À la limite, il faudrait même que je sois capable de tendre l’autre joue, sauf que j’ai des gros doutes sur le succès de l’entreprise… ÊTRE SERVIABLE ! Je dois apprendre à aider mon prochain. Rendre service, être gentille, sourire… Et même me sacrifier, s’il le faut ! Bref, que des trucs chiants… VOIR LA VIE DU BON CÔTÉ ! Être positive, quoi. Comme mon père le dit, voir le verre d’eau à moitié plein. (Même si je ne comprends pas tout ce que ça veut dire… Non mais, c’est quoi cette histoire de verre d’eau ?) Donc, je dois cesser de me plaindre pour n’importe quelle raison. Ne plus grogner, ne plus râler dès que quelque chose me paraît ennuyeux à mourir… AVOIR UNE HYGIÈNE IRRÉPROCHABLE ! Parce que dernièrement, on peut dire qu’il y a eu un petit relâchement de ce côté-là…
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Et comme tout le monde le sait, pour se faire des amis, il faut soigner son apparence ! PRENDRE LES CHOSES PLUS AU SÉRIEUX ! Genre mes études. Ou ce que disent les adultes. Genre la directrice. Ou tous ceux qui veulent que je les écoute. Genre les surveillantes. Ce qui me fait penser que… Oups, j’ai complètement oublié de me présenter à ma retenue, vendredi ! Signature :
Charlotte Leblanc
Une croisiere mouvementee Émilie et Charlotte sont ravies. Elles embarquent pour la croisière qui récompense les gagnants de l’inter-collèges et vont enfin pouvoir passer du temps ensemble ! Avant de partir, elles concluent un pacte pour devenir de meilleures personnes. Cependant, deux étonnantes colocataires, un mystérieux Olivier et de nombreuses péripéties vont rendre ce pacte plus compliqué à respecter que prévu. Jusqu’où iront-elles pour tenir leurs engagements ?
Continue de suivre les aventures de tes BFF préférées. Ne perds surtout pas une miette de leur croisière dans les Caraïbes, car elles risquent de te surprendre encore une fois !
15,90 € France TTC www.fleuruseditions.com
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