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Larisa Faber

CHANGER DE TEMPO

e nouveau numéro de Bold parle de mouvement. De bifurcations. De ces moments précis où l’on sent qu’il est temps de décaler, d’oser, de ne plus rester exactement au même endroit. En cover, Mosimann. Artiste hybride, bosseur obsessionnel, capable d’enchaîner un set underground, une tournée grand public et une chronique sur france inter sans jamais perdre le fil. Chez lui, tout cohabite : la techno brute, la pop assumée, l’engagement, l’impro. Une énergie libre, qui refuse les cases et préfère les terrains mouvants. Dans le même élan, Edsun s’apprête à franchir un cap avec Moth, sa première pièce de théâtre. Un projet total où musique, danse et vulnérabilité se rencontrent sans filet. Là où, comme il le dit, « chaque silence est un projecteur ». Un saut artistique qui dit beaucoup de ce que signifie grandir. On plonge aussi dans les ténèbres habitées de Priscila Da Costa. Avec Ptolemea et son album Kali, elle explore la mue, la rupture, la renaissance. Une œuvre dense, viscérale, née du chaos et de la reconstruction. À ses côtés, la playlist bold assume le grand écart : rap luxembourgeois affûté, rave old school, punk irrévérencieux. Ici, la culture ne s’écoute jamais en mono.

Côté société, détour par l’Autofestival pour comprendre ce que la voiture raconte encore de nous en 2026 : transition énergétique, quête de sécurité, nouvelle définition du luxe. Les symboles évoluent, les désirs aussi. Et puis il y a Anthony Lopes, neuvième mondial à Yu-Gi-Oh!, doctorant en intelligence artificielle. Stratège des cartes et chercheur en IA, il incarne une génération qui conjugue performance et collectif.

Ce numéro marque aussi notre propre virage. Après plusieurs années en rythme bimestriel, Bold devient trimestriel. Un choix clair. Prendre plus de temps pour enquêter, rencontrer, écrire, éditer. Privilégier la profondeur à la précipitation. Dans un monde saturé d’instantané, nous faisons le pari du fond.

Et cette évolution s’accompagne d’un changement important : la rédaction en chef sera désormais assurée par un comité de rédaction. Plus de regards, plus d’échanges, plus d’idées qui se confrontent pour affiner la ligne. Bold a toujours été une aventure humaine, il devient aujourd’hui un espace encore plus collectif. Ralentir pour mieux viser. Multiplier les voix pour élargir la vision. Continuer à raconter celles et ceux qui osent. On change de tempo. Mais on garde le beat.

La team BOLD.

OURS

Direction

Maria Pietrangeli

Directeur de la publication

Kevin Martin

Rédacteurs

Émilie Di Vincenzo | Magali Eylenbosch

Alina Golovkova | Julie Kieffer

Kevin Martin | Karine Sitarz

Sébastien Vécrin

Directrice artistique

Dorothée Dillenschneider

Directrice commerciale

Julie Kieffer

Conseillers en communication

Aymeric Grosjean | Kevin Martin

Photographe cover

Pierre Daschier

Toute reproduction de ce magazine, même partielle, est interdite.

Société éditrice WAT éditions Sàrl

74, rue Ermesinde L-1469 Luxembourg

Tél.: +352 26 20 16 20

Contact redaction@boldmagazine.lu

20 000 exemplaires

Magazine trimestriel

CULTURE

BOOK.06 LA TÊTE HAUTE FAUX JOURNAL, VRAIE CELLULE

ARTY.08

EDSUN, C’EST MON SOLEIL D’AMOUR !

PLAYLIST.12

MUSIC.14

PRISCILA, FOLLE DES TÉNÈBRES

INTERVIEW.18

MOSIMANN : EN HOODIE BOILER ROOM, MOSIMANN DORT AVEC RICK & MORTY

DIARY.24

INTERVIEW.34

CATARINA BARBOSA : « EXPLORER CE QUI NOUS TRAVERSE »

COUVERTURE #95

DJ, producteur, performeur live, chroniqueur sur France Inter, ancien vainqueur de la Star Academy : son parcours est dense. Sur scène comme en studio, il compose, mixe, transforme. Son concept Dream Track, devenu viral sur les réseaux, en est la démonstration la plus spectaculaire : des créations et mashups sur-mesure, imaginés à la demande pour des personnalités médiatisées ou d’autres artistes, avec une créativité fulgurante. Il sera à l’affiche des Francofolies à Esch-sur-Alzette le 12 juin prochain, prêt à faire vibrer la scène. Une occasion idéale pour une rencontre sans filtre. Une cover électrique, libre, intensément vivante. Comme lui.

TRENDS

SPOTTED.38 SPRING RESET

LIFESTYLE

DESIGN.54 CLOUD DANCER INVENTE LE BLANC QUI A DES COULEURS

FOOD.68

CITY TRIP.72

MAJORQUE, ENTRE FALAISES ET FIÈVRE NOCTURNE

SITE

Retrouvez-nous tous les jours sur notre site www.boldmagazine.lu et sur notre newsletter pour un condensé de l’actualité culture et lifestyle au Luxembourg et dans la Grande Région.

RÉSEAUX SOCIAUX

boldmagazine.lux Bold magazine

SOCIETY

SMART KIDS ON THE BLOCK.58

CARTES SUR TABLE, ANTHONY LOPES ABAT SON JEU À YU-GI-OH!

FOCUS.62

AUTOMOBILE : L’INNOVATION REDÉFINIT LE MOUVEMENT

SNAPSHOT.80

CRASH TEST.78

UNE EXPERIENCE A VIVRE ABSOLUMENT

Knokke-Heist s’impose comme une destination balnéaire belge haut de gamme, où se conjuguent détente, nature, shopping et culture. Tout au long de l’année, la station vibre au rythme d’expositions culturelles d’envergure et d’événements majeurs tels que le festival international de feux d’artifice, IRONMAN et le Zoute Grand Prix. Une promenade en bord de mer s’y prolonge naturellement par l’art et l’expérience. Knokke-Heist, une signature d’élégance au littoral.

FAUX JOURNAL, VRAIE CELLULE

Alors que Le Journal d’un prisonnier de Nicolas Sarkozy vient tout juste de paraître chez Fayard, un autre ouvrage, plus inattendu, surgit presque au même moment. Avec La Tête haute – Le faux journal d’un vrai président en prison, Jérôme Rudoni signe un premier roman écrit dans le feu de l’actualité, une fiction vive et malicieusement décalée, publiée en indépendant via Adada, qui transforme le tumulte médiatique en terrain de jeu littéraire.

POINT DE DÉPART

Il y a des livres qui se construisent comme des cathédrales, pierre après pierre, dans le silence et la durée. Et puis il y a ceux qui surgissent comme des feux d’artifice, allumés au briquet, dans l’urgence du moment. La Tête haute appartient clairement à cette seconde famille, celle des projets instinctifs, presque viscéraux, qui sentent davantage la caféine que la naphtaline. Quand Nicolas Sarkozy annonce qu’il profitera de son incarcération pour écrire son propre récit, publié aux Éditions Fayard, la séquence médiatique ressemble déjà à une série Netflix. Plateaux saturés, éditorialistes surchauffés, débats en boucle. Tout le monde commente, dissèque, juge. Très peu racontent. Jérôme Rudoni, lui, choisit de raconter. Plutôt que d’ajouter du bruit au bruit, il fait un pas de côté et invente un faux journal intime, écrit à la première personne, comme si l’ancien président tenait lui-même le stylo. Un double littéraire, ni caricature ni imitation, mais une voix plausible, légèrement décalée, capable de transformer la cellule en scène de théâtre. Le réel devient matière romanesque, l’actualité un décor, et la politique, soudain, un terrain de jeu narratif.

«

À cette trame déjà savoureuse vient se greffer une autre affaire brûlante, un casse spectaculaire au Louvre, qui crée des parallèles inattendus et donne au récit des allures de polar contemporain. D’emblée, le projet intrigue. Il y a du culot, un brin d’espièglerie, et surtout cette envie très simple de faire de la littérature avec ce que tout le monde regarde sans vraiment le voir.

ÉCRIRE DANS L’URGENCE

Ce qui distingue surtout La Tête haute, c’est sa manière d’avoir été fabriqué. Pas de résidence d’auteur au vert, pas de calendrier étalé sur deux ans. Le roman s’écrit au jour le jour, presque en direct, comme un carnet de bord branché sur l’actualité. Chaque matin apporte son lot de titres, chaque soir nourrit une page. Rudoni avance à la cadence des chaînes d’info, transformant les faits en fiction avec une réactivité presque journalistique. Pendant trois semaines, il rédige quotidiennement, resserre, coupe, enchaîne.

Puis quelques jours suffisent pour finaliser le tout et envoyer à l’impression. Un véritable sprint, mené avec la précision d’un contre-la-montre. L’objectif est clair : sortir pendant que l’histoire est encore chaude, avant que le soufflé médiatique ne retombe. Cette urgence imprime sa marque sur le texte. Les chapitres sont courts, nerveux, efficaces. Pas de gras, pas de détour. On avance vite, happé par le rythme, comme devant une série qu’on promet d’arrêter au prochain épisode sans jamais y parvenir. Le livre se lit d’une traite, avec cette sensation très contemporaine d’immédiateté. Une littérature qui ne contemple pas le monde de loin, mais qui marche à côté de lui, baskets aux pieds, capuche relevée, prête à tourner au coin de la rue. Cette énergie brute, presque électrique, donne au roman une fraîcheur rare, loin des objets trop polis. Ici, on sent la vie, l’instant, le présent qui claque.

ADADA, L’OPTION LIBRE

Pour aller aussi vite, il fallait forcément sortir du circuit classique de l’édition, trop lent, trop balisé, trop administratif. Rudoni choisit alors la voie courte et publie son roman via Adada, la structure qu’il a fondée il y a plus de quinze ans. À l’origine simple blog archivant les campagnes publicitaires luxembourgeoises, Adada est devenu un média B2B reconnu dans le secteur de la communication et du marketing. Un projet indépendant, agile, mené en solo, où les décisions se prennent vite et sans intermédiaires. Cette liberté devient ici un atout

décisif. Pas de comités, pas de délais interminables, pas de validations en cascade. Une idée, un manuscrit, une impression. Presque du circuit court éditorial. Bien sûr, cela complique la distribution et la promotion, mais cela permet surtout de coller parfaitement au momentum.

« RUDONI AVANCE À LA CADENCE DES CHAÎNES D’INFO, TRANSFORMANT LES FAITS EN FICTION AVEC UNE RÉACTIVITÉ PRESQUE JOURNALISTIQUE. »

D’exister au bon moment, exactement quand le sujet brûle encore. Le mode de publication épouse ainsi l’ADN du livre : direct, autonome, un peu punk, mais profondément vivant. Et c’est sans doute là que réside la réussite du projet. Car La Tête haute n’est ni un pamphlet ni un règlement de comptes. C’est une fiction maligne, légère sans être creuse, qui observe notre époque avec un sourire en coin. Rudoni préfère l’ironie au sermon, la narration à la morale. On referme le livre avec la sensation d’avoir capté un instant précis de notre époque, comme une photo encore tiède. Une preuve qu’avec une bonne idé e, beaucoup d’audace et un outil indépendant, la littérature peut parfois aller plus vite que la réalité.

Texte
Sébastien Vécrin
Images Nestor Benedini

EDSUN débarque en 2026 en moonwalk, chaud comme une baraque à frites, prêt à tout exploser sur son passage. L’artiste multicasquette ajoute plusieurs couvre-chefs bien shiny à sa collection avec MOTH, sa toute première pièce de théâtre. Composition, mise en scène, chorégraphie, écriture, jeu d’acteur, musique et performance : le beau gosse aux cheveux longs collabore à toutes les étapes. Il est d’ailleurs dans un rush de titan au moment de notre conversation. Zéro stress pour votre serviteur, un visio-call fera l’affaire. De toute façon, ça fait longtemps que je sais que le kid de Dommeldange est appelé à devenir une star internationale ultra busy, et c’est tout le bonheur que je lui souhaite. Allez, trêve de bavardage, je me sers un kombucha bien frais, je lance Teams et je cleane vite fait mon bureau. Je me suis autorisé une petite assiette de spaghettis ketchup bien swag pour le déjeuner. Mon setup ressemble au bureau d’un geek attardé en surpoids et on n’est pas si loin de la vérité. Recentrons. EDSUN, mon sang, je veux tout savoir !

Appel prévu à 18h. Il est 17h57. Je nettoie vite fait mon home sweet home en dansant sur Finally Alive, mon track préféré d’EDSUN. J’empile les assiettes en groovant dans le lave-vaisselle. Je suis dans un super mood avant notre entretien. Je slide sur mon parquet en 360 en chantonnant les paroles en franglais quand, ô rage, ô désespoir, la bouteille Heinz m’échappe des mains et éclate par terre. Mon living est une scène de crime. Les livres de ma bibliothèque sont maculés de sang de tomates. Le sol est recouvert d’une mixture visqueuse écarlate. Premier réflexe : mettre une patate dans le mur ? Deuxième réflexe : annuler l’interview ? Troisième réflexe : nettoyer fissa avant que ma meuf revienne du taf. Trop tard, EDSUN est pour la première fois de sa vie à l’heure.

« Yo Seb, ça va, alors tu racontes quoi ? ».

TWO BOYS, ONE FALLOUT

EDSUN, tout sourire, est d’une sérénité presque insolente face à mon désarroi. Il est en pleine création de MOTH, sa toute première pièce de théâtre, qu’il va accompagner par la sortie d’un EP de sept titres éponymes. Deux œuvres jumelles. Deux soleils. Deux sources de chaleur. MOTH, ça veut dire papillon de nuit. « L’histoire suit Ely et Dré, deux jeunes garçons qui dérivent entre le monde de la scène, les rêveries et les confidences intimes. Une amitié très profonde. Mais l’un des deux tombe amoureux. » Et vraisemblablement pas un crush à la va-vite de terrasse en été : un amour qui change la gravité, un truc qui te fait avancer même quand tu sais que tu fonces vers un mur doux.

EDSUN parle de nuances : la peur, les doutes, la fragilité d’oser s’ouvrir, le fait qu’Ely n’osera jamais avouer à

Dré l’ampleur de ce qu’il ressent. MOTH parle de la beauté d’une trajectoire irrésistible vers une lumière qui réchauffe… Et qui peut te cramer. La pièce est en anglais, la langue la plus naturelle pour EDSUN. « J’ai grandi dans le café de mes parents à Dommeldange, avec MTV allumée en permanence. Mes héros ont toujours été les Destiny’s Child, Missy Elliott, Prince, Usher, Beyoncé et eux, ils chantent en anglais. » Alors, le petit bonhomme s’est mis à rêver de scène, de chorégraphie et de charts. On pourrait croire que la musique vient en premier. Chez lui, non : le corps précède souvent la note. Il a commencé par la danse hip-hop, puis le conservatoire avec l’obtention du prix supérieur. « J’avais l’impression d’avoir coché toutes les cases, mais il me manquait quelque chose. » Le manque, c’était la musique. Alors il s’achète un Mac et bricole sur GarageBand. Il compose des morceaux, pas ouf au début. Mais il s’accroche avec passion.

SANGS RECONNAISSENT SANGS

Le vrai tournant, c’est sa rencontre avec Emerine Samuel. EDSUN écrit, Emerine compose, ensemble, ils construisent un langage commun et, avec le temps, une famille créative. Puis arrivent le label Beast, la boîte de prod FOQUS, son agent Elvis… Des noms qui forment un petit système solaire local où chacun gravite autour de l’autre, sans faire semblant de jouer solo. Et ce qui est beau, c’est que ça fait dix ans que ces connexions tiennent. Pas juste une collab opportuniste. Un truc organique, qui se solidifie à force de faire, de se tromper, de recommencer. Et puis soudain MOTH pointe le bout de son pif. Et là, ça change de taille. Parce que ce n’est pas « EDSUN fait aussi du théâtre », c’est EDSUN qui mélange tous ses talents : musique, danse, jeu, texte, mise en scène. Il le dit lui-même : « C’est la première fois que je fais un objet aussi total ». Et il ne se raconte pas en génie : il appelle ça un échauffement. Bonne mère, c’est beau tellement son humilité fait partie de son carburant.

Sur les planches, ils sont deux : lui et Tristan Sagon, dans le rôle de Dré, danseur-performeur-chorégraphe basé à Paris. Casting, vidéos envoyées, connexion immédiate.

« J’ai tout de suite connecté avec sa manière de s’exprimer en mouvement. » Ils se parlent en gestes avant de se parler en mots. « Tristan assurait déjà la choré lors de mon concert l’année dernière au festival Usina25 à Dudelange, on commence à bien se connaître ». Avec eux deux, la dramaturgie du corps fait que la musique ne reste pas dans les enceintes, mais passe dans la peau. Et dans MOTH, ça s’élargit. Parce que la pièce est parlée, chantée, dansée. Et il y a un élément crucial : une voix off. Une voix dans la tête d’Ely. Celle qui revient, qui interrompt, qui commente, qui déstabilise. Une voix qui symbolise les peurs et les doutes… Mais qui peut aussi être une voix de sagesse. « J’aime ce dispositif parce qu’il est hyper contemporain : qui n’a pas une voix intérieure qui lui raconte des films pendant qu’il vit sa vie ? Sauf que là, cette voix devient un personnage. Elle devient la météo mentale d’Ely. » Quant à la chorégraphie, ça part du thème, de l’histoire, du ressenti. « Pour créer, je peux commencer sans musique. Ça part de l’impro. On bouge, on cherche, on tombe sur un moment qui parle à l’histoire. On garde. On filme.

Et ensuite on développe, on recompose, on affine. La choré est un montage. Une écriture par sélection naturelle : les gestes les plus vrais survivent. » Et pour tenir ce niveau d’intensité, soit chanter, danser et jouer, EDSUN ne romantise pas le génie inspiré. Il parle de sport. Deux à trois fois par semaine, avec un coach pour lui donner de la force. Discipline. Nutrition. Il est végétarien depuis quinze ans. Il fait attention, même s’il a ses phases « je mange n’importe quoi », comme tout le monde.

«

AU THÉÂTRE, CHAQUE SILENCE

MERSCH, ET ÇA REPART

Le processus de création de MOTH, lui, est une machine collective très concrète. Il y a les résidences : au TROIS C-L, il a eu une semaine, seul, puis une semaine avec Piera Jovic (dramaturgie), puis une semaine avec Sergio Manique (adaptation musicale). La dramaturgie, dans sa bouche, ce n’est pas apprendre à jouer. C’est relire le script, vérifier ce qui fait sens, trouver les transitions, décider où placer la musique, où placer la danse. Il dit puzzle et c’est exactement ça : une œuvre hybride, c’est un puzzle qui doit être lisible sans perdre sa part de mystère.

Ensuite, résidence au Mierscher Theater : enfermement volontaire à partir du 4 février jusqu’à la première les 26, 27 et 28 février. Puis y’aura d’autres salles. « Là, on passe du rêve au réel : on continue de créer, puis on clôture, puis on entre dans les grandes étapes techniques. Lumière. Son. Scénographie. Les trucs qui transforment une idée en monde. Je suis autant flippé qu’excité (rires). Demain, j’échange au sujet de la scénographie avec Stever Richer et Sacha Hanlet. Après-demain, ce sera la lumière avec Steve Demuth et aussi le son avec Oliver Lang. L’équipe est dense, solide, précise. Ce n’est pas juste mon pote et moi à Mersch, c’est une superproduction. » Parce que produire, c’est aussi financer. MOTH est coproduit (Opderschmelz, Mierscher Theater) et soutenu (ministère de la Culture du Luxembourg, SACEM Luxembourg, TROIS C-L | Maison pour la danse, Fondation indépendance by BIL). « Heureusement que j’ai Léa Wiplier, chargée de production et d’administration chez BEAST Production, pour aller chercher les fonds et gérer les contrats. Parce que sinon, je serais là, à écrire une scène sur l’amour impossible, tout en me noyant dans des formulaires (rires). »

Et la musique, dans tout ça ? Elle est au cœur de ce beau projet. Parce que MOTH vient musicalement du prochain EP : sept titres, même vibe, même univers, mais pas la même sensation. L’EP est une matière, la pièce est une transformation. « J’ai bossé quatre titres avec Tim de Fontaine (Bruxelles), deux avec Sergio Manique, un avec Le Manou (Durbuy, Belgique). Ces connexions viennent de camps d’écriture : une grande maison, vingt personnes, des petits groupes, une chanson par jour. Tu payes, tu as l’hébergement, la bouffe, et tu repars avec des tracks… Que tu écris aussi pour d’autres, parce que la création circule. » Ce qui me touche chez lui, c’est qu’il ne fait pas

semblant d’être invincible. Il dit que ça lui fait peur. Et il insiste : la nervosité du théâtre, c’est un autre niveau que celle d’un concert. Plus hardcore. Plus à nu. Parce qu’au concert, tu peux te cacher derrière l’énergie, derrière la musique, derrière le volume. Au théâtre, chaque silence est un projecteur. Chaque respiration raconte quelque chose. Et c’est précisément pour ça que MOTH a l’air nécessaire où l’artiste se met dans une zone où il ne contrôle pas tout.

Je lui demande son futur parfait. Il me répond sans calcul « Faire plus de scènes, plus grandes, plus régulièrement. Travailler avec plus de producteurs. S’exporter. Continuer à vivre de la musique. Je n’ai jamais eu de taf classique. Pourvu que ça dure (

Et puis il y a la question du public. Qui va venir à la première On a éclaté de rire. Et il ajoute un truc très fort mélanger les publics. Que les gens de concerts viennent au théâtre, et que les gens de théâtre viennent aux concerts. Parce que la version concert est la cousine de la version théâtre. Même thème, deux incarnations. Le concert est plus frontal, plus performance flagrante. La version théâtre va vers la vulnérabilité. Et c’est rare, ce désir de circulation. D’habitude, on segmente, on enferme, comme dans la vraie vie une seule chose. Au fait EDSUN, à combien de pour cent tu es Ely qui ton Dré ? «

PLAYLIST

R.A.V.E / ARNAUD REBOTINI & ACID WASHED

Il semblerait qu’Arnaud Rebotini et Acid Washed souhaitent nous faire retourner en rave. Warehouse désaffecté, stroboscope qui te marave les yeux, sound system de titan, bah, moi je suis chaud, je signe où ? Les deux acolytes se sont enfermés dans le studio d’Arnaud Rebotini, à Paname, la ville rose, avec un but unique : nous ramener au Summer of Love de 88, au fin fond de la campagne britannique, à 6 heures du matin. Pari réussi pour nos deux producteurs qui ont trituré tous les presets estampillés eighties de leurs synthés et ont fait chauffer de concert la TB 909 et la TB 303. Basse acid de Chicago, breakbeat de Détroit, groove de Manchester, nappe voluptueuse de Francfort, gros kick d’Anvers, TOUT est là, parfaitement agencé pour glorifier la techno old school, mais avec les outils et les talents d’aujourd’hui. Le résultat est dantesque avec quatre magnifiques vinyles qui forment le mot R.A.V.E, le tout signé chez Skylax Records.

. ELECTRO

NO LOVE LOST / HOKUBE

Le DJ le plus cool du Luxembourg aka Hokube aka mon Gabonais d’amour aka le beatmaker le plus stylé de Libreville livre son 3e album No Love Lost. Attention spoiler, Rodney a taffé ses 15 bangers teintés du meilleur des nineties pour retourner les dancefloors et se hisser tout en haut des charts. Niveau featuring, le virtuose a tout simplement fait péter les compteurs. Du côté de l’armada luxembourgeoise, il a fait appel à Destiny Flexboy, Shani Baby, Aamar, Christophe Reitz, Pretty Palace et Saint James Jr. En France, il a entre autres réussi à solliciter Benjamin Epps, Manast LL', Ol' Kainry et Zek. Et c’est pas fini, Ja Mezz de Corée du Sud, Buzzi Lee d’Afrique du Sud, Ish Sankara du Burkina Faso, Borelson du Canada, Prettii Prettii de la Jamaïque, Eneeks et Lemzi d’Angleterre, Gwennael Thomas de Suisse et AKSL, sa pote d’enfance, font également partie de ce super projet, d’ores et déjà GOAT des albums rap de 2026.

. RAP

PRETTY DOLLCORPSE / PTITE SOEUR, NEOPHRON, FEMTOGO

Dans le rap jeu, selon moi, il y a eu Authentik de NTM, Check Your Head de Beastie Boys, Mauvais œil de Lunatic, Le Monde Chico de PNL et, désormais, PRETTY DOLLCORPSE de Ptite Soeur et FEMTOGO. Sur une prod de neophron à base de basses abrasives et glitches alambiqués, les deux MC crachent leur flow sur des sujets rares dans le hip-hop aussi divers que la transidentité brute, la prostitution chez les ados, la rage white trash des campagnes de l’Hexagone, les traumas crus dus à l’homophobie et tout ce qui pourra donner des cauchemars à toute la bourgeoisie bien-pensante de droite (et boom triple pléonasme). L’ambiance est dark, la cover est gothique, les punchlines sont incisives, le groove est froid comme un coup de schlass dans une impasse sombre. C’est tout simplement horriblement beau ! Je recommande à 300 % cette plongée malsaine en eau trouble d’un trio qui n’a pas fini de faire parler de lui.

. RAP

OÙ VA NOUS ? /

LES WAMPAS

Didier Wampas, le frontman des Wampas, est un héros des temps modernes. Il est l’un des seuls punks ouvriers qui, parallèlement à sa carrière de rockstar, a continué à enchaîner les 3x8 à la RATP. L’idée était de garder les pieds sur terre et de ne pas succomber aux chants des sirènes du show-business. Et puis, il y a eu ce concert, sous le cagnard du festival de Dour, au tout début des années 90. Vêtu d’une chemise à jabot, le dandy anarchiste chantait faux comme à son habitude, debout sur une chaise en bois, qu’il a fini par éclater au sol comme un forcené. Aujourd’hui, Les Wampas reviennent plus cinglés que jamais avec leur 15e album Où va nous ?. Ils ont accouché de 15 titres qui n’inventent rien, mais perfectionnent tout : voix gouailleuse, refrains à tue-tête, fureur rock’n’roll, riffs de guitare endiablés, humour pipi caca. C’est le retour du keupon sans concession, à écouter bourré en dansant le pogo avec des anarchistes.

. PUNK

FOLLE DES TÉNÈBRES

Priscila Da Costa, c’est Differdange qui rencontre Lisbonne qui matche avec une voix de déesse d’outre-tombe qui s’acoquine avec un riff de guitare du Sheitan, le tout martelé par un beat martial froid et sombre. Le ton est donné, ma nouvelle copine est une divine sylphide gothique qui n’est pas là pour rigoler. Avec son projet solo PTOLEMEA, elle est l’une des artistes qui chatouillent le côté obscur du Luxembourg. Sers-toi un verre de sang bien frais avec un sandwich à la chauve-souris, on va réveiller Priscila, elle pique un petit roupillon dans son cercueil. Toc, toc ma chère prêtresse démoniaque, c’est Sébastien, t’es dispo pour une petite interview bien swag pour Bold ?

Bon, j’arrête mon folklore chelou des enfers. On va parler musique sans fioriture. Priscila ne donne pas l’impression de chercher sa place. Elle l’habite déjà, quelque part entre deux pays, le Luxembourg et le Portugal, deux rythmes, deux manières d’être au monde. Differdange et Lisbonne. Le cadre et le lâcher-prise. Elle navigue entre les deux sans les opposer frontalement. « Maintenant c’est moitié-moitié.

Portugal et Luxembourg. » Elle le dit comme on parle d’un équilibre fragile, jamais totalement acquis. Elle est née à Differdange. Elle y a grandi. « Pratiquement toute ma famille est là-bas. » Pas de nostalgie surjouée. Differdange n’est pas un décor mythifié, c’est un socle. Un endroit où elle apprend tôt à observer, à se taire, à avancer sans trop faire de bruit. Quand elle revient au Luxembourg, c’est là qu’elle se pose. Chez sa mère, chez sa tante, parfois à Garnich. Des lieux familiers, concrets et rassurants. « Mes parents sont portugais, certains membres de ma famille se sont mariés avec des Italiens ou des Luxembourgeois, certains se sont naturalisés Luxembourgeois, c’est un grand mix européen (sourire). » Longtemps, cette double culture est restée en arrière-plan. Elle existait sans être revendiquée, sans être transformée en discours. Puis elle est revenue, naturellement, dans la langue, dans les thèmes, dans la musique, pas comme une posture identitaire, mais plutôt comme une nécessité intérieure.

Avant la musique, il y a eu une licence en droit au Limpertsberg, puis un master en droit des sociétés à l’ULB à Bruxelles. Une trajectoire sérieuse, structurée, presque rassurante. Elle en parle sans renier. « Mon focus était là-dessus. » Elle a toujours travaillé. Très jeune. Des petits boulots, des jobs d’étudiante, un mi-temps au Scott’s Pub au Grund, une discipline bien ancrée. La musique, au départ, reste intime. Elle chante pour elle. Sans plan. Sans

projection claire. Et puis arrive ce moment très précis qui peut te faire vriller : celui où le corps et la tête ne vont plus dans la même direction.

« KALI EST ENTRÉE DANS MA VIE À UN MOMENT DE TRÈS GRANDS CHANGEMENTS. »

« Après les études, j’ai voulu faire une pause (sourire). » Un break qui va tout changer. Elle commence à faire de la musique. Vraiment, pas comme un hobby, pas comme un à-côté. Elle part se former à Seattle et découvre une méthodologie vocale rock qui transforme radicalement son rapport à la voix. « C’est la seule méthodologie qui m’a vraiment aidée. » La voix cesse d’être un mystère. Elle devient un outil, mais aussi un espace fragile, exigeant, qu’il faut apprendre à respecter. De retour au pays, elle transmet. Elle ouvre une école spécialisée dans le coaching vocal pour chanteurs de rock et de metal à Differdange, The Singing Experience. De 2018 à 2023, elle donne des cours et organise des workshops. Elle accompagne d’autres voix pendant qu’elle continue à chercher la sienne. Chez Priscila, création et transmission sont intimement liées. Comprendre pour soi, puis rendre compréhensible pour les autres.

SURFING KALI YUGA

Son dernier album KALI, produit sous son projet solo PTOLEMEA, est sorti en novembre, l’année dernière. Un disque qui n’est pas simplement un nouvel album, mais un point de bascule. Kali, c’est la déesse hindoue de la destruction et de la renaissance. « KALI est entrée dans ma vie à un moment de très grands changements. » Une rupture après presque dix ans de relation. Un départ vers le Portugal. Une remise à plat totale. « Ma façon de penser, de réagir, de voir les choses a changé. » Pendant deux, trois ans, tout se déconstruit lentement. Les certitudes tombent. Les mécanismes automatiques s’effritent.

Les neuf chansons suivent ce mouvement intérieur. Chaque morceau correspond à une phase, une mue, un passage. Rien n’est linéaire, rien n’est confortable. Pour prolonger ce travail, elle lance un podcast : Kali’s Calling. « Chaque chanson a son thème, et dans le podcast je vais plus loin. » Elle y parle de fado, d’identité, de tabous, de décisions radicales. Elle raconte aussi ce que cela signifie d’être fille d’immigrés au Luxembourg, des dynamiques invisibles que cela crée, des silences hérités.

Le choix de la langue portugaise est central dans ce disque. « Il y a des choses que je ne peux pas dire pareil en anglais. » Le portugais devient une matière émotionnelle, presque physique. Une langue qui porte la mélancolie, la colère, la douceur aussi. Une langue qui n’explique pas, mais qui fait ressentir. Son univers est sombre et cinématographique.

Elle ne détourne pas le regard quand on lui colle l’étiquette : « Oui, c’est gothique. » Son public vient majoritairement des scènes metal et dark. « Ce sont eux qui comprennent le mieux l’atmosphère. » Mais chez PTOLEMEA, l’obscur n’est jamais décoratif. Ce n’est ni une pose, ni un costume. C’est un langage. Une nécessité expressive. La composition ne suit aucune règle figée. « Ça peut commencer par une guitare, un synthé, un rythme, parfois a cappella. Je ne me limite pas. » Elle écrit souvent seule. « J’aime m’isoler pour composer dans une cabane perdue au fin fond de l’Oesling, un lieu chargé d’énergie et de mysticisme. L’énergie de l’endroit joue un rôle prépondérant dans mon inspiration. »

© Martin Baxter
« J’AIME M’ISOLER POUR COMPOSER DANS UNE CABANE PERDUE AU FIN FOND DE L’OESLING. »

DOOM, SANG ET SAUDADE

Priscila avance aussi sur plusieurs fronts. Son projet solo, bien sûr, mais aussi Sinistro, groupe majeur de la scène doom portugaise qu’elle rejoint en 2023. Sinistro s’est fait remarquer dès son premier album, largement salué par la critique. Avec Vértice, leur dernier opus, le groupe franchit un cap important dans son parcours, porté par une assurance nouvelle et l’expérience accumulée au fil de nombreux concerts. Cette maturité se traduit par une ouverture musicale plus large, sans pour autant perdre ce qui faisait la singularité de leur précédent disque. Sinistro y tisse un mélange subtil entre la mélancolie du fado portugais, les sonorités rock et les textures metal. Le jeu de contrastes entre une douceur presque soyeuse et une rugosité plus brute donne corps à des émotions intenses, entre érotisme, passion, amertume et regret. « Ça m’a ouvert énormément de portes ici. » Avec Sinistro, elle joue devant des milliers de personnes. Ils sont même passés par l’Aalt Stadhaus de Differdange, le 16 mars 2024, pour un concert d’anthologie « À Lisbonne, devant un parterre de 4 000 fans, la salle était blindée. » D’ailleurs, au moment de notre entretien, Priscila se prépare à partir en tournée au Brésil pour jouer avec Moonspell, la grosse référence du rock gothique. « Je ferai aussi la première partie en solo avec PTOLEMEA. J’ai hâte. Ça va être génial (sourire). » Priscila participe également à un autre side projects,

Judasz & Nahimana, son projet rituel, sombre, cérémoniel. Ici on met l’accent sur des performances à l’esthétique rituelle, centrées sur l’hommage rendu aux défunts. À travers des cérémonies scéniques, des projections vidéo et la sonorité singulière des instruments utilisés, le projet plonge le public dans une expérience immersive. Le spectateur est alors emporté dans un voyage sensoriel, guidé par les fréquences inconnues d’une musique envoûtante. « On honore les défunts. » Les malentendus la font sourire. « Les gens pensent qu’on invoque le diable. » Il s’agit surtout de mémoire, de lenteur, de respect. Sur scène, elle ne calcule pas. « J’essaie de ne pas trop réfléchir. » Le trac est toujours là. « J’ai toujours envie d’aller aux toilettes avant de monter sur scène (rires). » Puis la première note tombe. Et the show must go on.

MONEY FOR NOTHING

Derrière l’univers sombre, il y a une rigueur absolue. Subventions, dossiers, clips, export. « Il y a énormément d’administratif. » Son clip Kali a été sélectionné au LuxFilmFest. Elle signe avec le label portugais Raging Planet. Elle obtient un Global Grant de 30 000 € chez Kultur | lx qui lui permet aujourd’hui de travailler sur l’export et sur l’écriture d’un nouvel album. Cette aide lui permet de financer le développement du projet hors du Luxembourg, notamment à travers des concerts à l’étranger, des actions de promotion et des collaborations avec des artistes locaux, en particulier au Portugal, où elle développe actuellement de nouveaux morceaux et partenariats artistiques. « Je vais m’isoler pour écrire de nouveaux morceaux (sourire). » En tout cas, chez Bold, tout le malheur qu’on te souhaite, c’est d’écrire une pépite aussi magistrale que KALI car, nous, à la rédaction, on en redemande.

Sébastien Vécrin
© Lugdivine Unfer

LES ARDOISIÈRES DE HAUT-MARTELANGE

MUSÉE DE L’ARDOISE

Entrée principale (CR311) L-8823, Haut-Martelange info@ardoise.lu +352 23 640 141 HEURES D’OUVERTURE Mar. - dim. de 10h00 - 18h00

Un patrimoine à explorer et un lieu à vivre. Visites guidées, ateliers, événements et location d’espaces.

Texte Sébastien Vécrin
Images Pierre Daschier

EN HOODIE BOILER ROOM, MOSIMANN

DORT AVEC

RICK & MORTY

DJ, producteur, performeur live, chroniqueur sur France Inter, ancien gagnant de la Star Academy, en interviewant Mosimann, je ne savais pas trop où j’allais. Je suis très fan de son concept de Dream Track sur ses réseaux sociaux dans lequel il réalise des compos et des mashups de dingue à la demande, souvent pour des people bien médiatisés ou d’autres musiciens. J’adore son énergie, son sourire, sa bienveillance, alors j’ai voulu creuser. D’autant plus qu’il passe aux Francofolies à Esch-sur-Alzette le vendredi 12 juin. Et puis moi, ce qui m’intéresse surtout, c’est de savoir comment il fait pour ne pas perdre ses cheveux avec toutes les colorations qu’il met dessus pour ses coupes de foufou. Le reste, honnêtement, n’est que de la littérature.

Tu es dans ton studio, c’est là que tu passes la majeure partie de ta vie ?

Oui, clairement. Tout est au même endroit. Derrière, il y a une salle avec les monteurs vidéo. Plus loin, il y a mes assistantes, mon management, toute l’équipe. Je passe plus de temps ici que chez moi. J’ai même un coussin Morty de Rick et Morty sous le bureau. Je fais mes siestes là-dessous (rire).

Ton management, c’est la même personne depuis la Star Academy ?

Oui, ça fait 18 ans. À la base, Maud était mon assistante. J’étais un très mauvais élève, j’avais peur d’écrire des mails avec des fautes d’orthographe, donc elle gérait ça pour moi. Elle est passée d’assistante à manager avec le temps. Il n’y avait pas ChatGPT à l’époque… Elle était ultra forte à l’école, moi pas du tout.

Aujourd’hui, tu fais quoi de tes journées ?

Je produis pour des artistes, j’écris mes chroniques pour France Inter, je prépare mes tournées, mes vidéos, mes projets perso. Je suis ici du matin au soir. Franchement, je suis en vacances toute l’année… Parce que ma vie, c’est la musique. Il y a des gens assez fous pour acheter des billets pour venir me voir, je ne vais pas me plaindre.

« En vacances toute l’année », c’est pas paradoxal avec ton rythme ?

Si, un peu. Mais c’est ma manière de voir les choses. Quand tu fais un métier qui te passionne, tu ne le vis pas comme une contrainte. Je bosse énormément, mais je ne me dis jamais que je vais « au travail ». Je vais faire de la musique. Et ça change tout dans ma tête.

Tu portes un hoodie Boiler Room et tu dis souvent que tu as un penchant underground. Pourtant tu fais aussi de la pop très grand public.

C’est vital pour moi. Je ne pourrais pas faire ce métier sans l’underground. Je fais des tournées très grand public, très électroniques, avec de la poésie, du partage, du rêve d’artiste. Et à côté de ça, je fais des afters technos très longs dans des clubs. J’ai besoin des deux. Je sors un single très mainstream avec Skip The Use, et la semaine d’après un EP techno beaucoup plus niche.

Tu produis pour beaucoup d’artistes. Tu peux en citer ?

Dans la pop, aucun souci : Grand Corps Malade, Claudio Capéo, Barbara Pravi, Suzane, Louane… Dans l’électro underground, il y a encore beaucoup de non-dits. Certains n’aiment pas qu’on dise qui produit quoi. On appelle ça du ghost producing, même si je n’aime pas ce terme, je suis crédité. Si tu cherches, tu trouves. Tony Romera, par exemple, on bosse ensemble, on s’en fout de le dire.

En studio, tu es plutôt hardware ou ordi ?

Je suis sur Ableton, avec une petite table qui renvoie tout dans mon Apollo. Tout est en réseau. J’ai des synthés

« IL Y A PLEIN DE DJ « TIKTOK TECHNO » QUI FONT DU SHOW, QUI METTENT UNE CLÉ USB ET QUI FONT BOUGER LES GENS. CE N’EST PAS MON MÉTIER, MAIS JE NE LEUR EN VEUX PAS. »

hardware (Roland, MS-20, etc.), un looper RC-505 qui me permet de clocker le BPM et de créer en live sans perdre la synchro. C’est exactement le système que j’utilise sur scène.

Justement, ton setup live idéal, c’est quoi ?

Une DJM-A9, quatre CDJ-3000, pas synchronisés. J’aime mixer à l’ancienne, faire mes loops à l’oreille. Le RC-505 me sert à centraliser mes pianos, mes micros, mes drums. Je déclenche des boucles au pied, je joue du clavier, je superpose des couches, puis je rejoue avec ce que je viens de créer en live. C’est une impro permanente.

Tu prépares tes sets ?

Je vais être cash : préparer ses sets, c’est une hérésie… Sauf quand on n’a pas le choix. Sur un set techno de 4 heures en club, évidemment que je ne prépare rien : ça dépend du pays, de l’heure, du public, de l’énergie. À Tomorrowland (NDLR : il y joue cette année), sur 1h30, tu dois préparer si tu veux donner le meilleur de toi-même. Ça me saoule, mais c’est nécessaire (sourire).

Ton set idéal, c’est où et combien de temps ?

Un all night long. Minuit – 4h minimum. Petite salle, 500 personnes, en format Boiler Room, au milieu des gens. Tu construis, tu montes, tu redescends avec eux. En festival, 1h30 c’est bien, mais tu es loin du public, tu vis un autre truc.

Tu joues beaucoup tes propres morceaux en live ?

Alors oui, 90 % de mes prods. J’ajoute parfois des a cappella ou des repères (un thème connu) par-dessus mes sons pour garder mon univers. C’est du live avec des platines, pas un DJ set classique.

Tu consommes comment la musique des autres ?

J’en écoute H24. Là, pendant qu’on parle, j’ai Beatport ouvert. Je checke les sorties, Boys Noize, Fred Again, Laurent Garnier… J’écoute du lo-fi quand j’écris mes chroniques. Je m’endors avec des podcasts, je me réveille avec la radio. France Inter le matin, parfois Les Grosses Têtes. J’évite l’info en continu sur les réseaux : au moins, j’ai un point d’actualité par jour.

Tu fais des chroniques sur France Inter.

Tu es libre de dire ce que tu veux ?

Totalement. J’arrive parfois 10 minutes avant l’antenne. Je ne rends pas mes textes à l’avance. J’ai parlé d’immigration, de mixité sociale, d’amour, du temps qui passe. Personne ne me censure. Ils ont une liberté incroyable.

Tu te dis apolitique, mais tes chroniques sont engagées…

Je suis sincèrement apolitique. Tout est politique parce que les gens politisent tout. J’ai grandi dans un système suisse où le pouvoir est plus collectif. Le système français, je ne le comprends pas. Je suis plutôt

Texte Sébastien Vécrin
Images Pierre Daschier

utopiste : mettre les egos de côté et se mettre tous autour d'une table pour faire en sorte que ça marche.

La Star Academy, ça t’a aidé ou freiné ?

Ça dépend de ce que tu veux faire. Pour faire de la techno, ça n’aide pas beaucoup. Mais j’assume à 100 %. Je suis fier de l’avoir faite. Si c’était à refaire, je le referais demain. J’ai fait l’hymne cette année, des titres pour Pierre Garnier. À une époque, c’était mal vu dans l’underground. Aujourd’hui, tout le monde regarde la Star Ac' et assume.

Tu as l’impression de réussir « du jour au lendemain » ?

Il faut 15 ans pour réussir du jour au lendemain. Ça fait presque 20 ans que je fais ce métier. Les salles se remplissent, les dates sont sold out, je joue aux Francofolies de plusieurs pays, dont chez vous à Eschsur-Alzette, peut-être bientôt La Rochelle. La vraie différence, c’est que je m’autorise à rêver plus grand, donc je travaille encore plus pour ne pas me tromper.

Tu voyages énormément. C’est pas trop fatigant ?

Non. Mais je sais dormir partout. J’ai bossé avec le père de ma manager, médecin du sommeil, pour apprendre à m’endormir n’importe où. Je dors dans l’avion, dans les loges, sous mon bureau.

Tu as parfois l’impression de rater des moments de vie à force de bosser ?

Oui, forcément. Quand tu voyages autant, que tu enchaînes les vols, les clubs, les interviews, tu passes à côté de plein de choses. Je me rends compte que je connais très mal les pays où je joue. À Bali, par exemple, j’y suis allé une dizaine de fois avant de vraiment découvrir l’île. Avant ça, je ne voyais que l’aéroport, l’hôtel, le club. La dixième fois, j'y suis resté dix jours et j’ai découvert un endroit extraordinaire que je ne connaissais pas du tout.

Ton concept de Dream Track a explosé plus que prévu ?

Complètement. J’ai commencé avec ma mère, mes potes. Puis Rita Ora chez Léa Salamé, puis le casting de Wicked, et maintenant quand des artistes internationaux viennent en promo à Paris, on me propose souvent de le faire avec eux. Le plus dur aujourd’hui, c’est de dire non.

Tes coupes de cheveux improbables, c’est au feeling ?

J’ai un coiffeur complètement fou. Quand je lui propose un truc, il trouve encore plus extrême. Et oui, j’ai fait trois greffes de cheveux. À 27, 30 et 33 ans.

C’était tabou avant, maintenant je m’en fous de le dire. Je les décolore, je les abîme, ça ne bouge plus (rire).

Tu parlais de ton rapport au succès.

Tu as l’impression d’avoir changé ?

Honnêtement, non. La seule vraie différence dans ma vie, c’est que mon planning va plus loin dans le temps et que mes dates sont complètes. Mais la bourse reste la même. Je n’ai pas l’impression d’avoir changé de classe sociale dans ma tête. J’avance avec les mêmes réflexes qu’avant, et du coup, je travaille plus pour être sûr que ce ne soit pas une erreur.

Tu fais aussi du repérage de talents pour Sony. Tu te vois comme un passeur ?

Un peu, oui. Quand je croise des artistes intéressants, je peux les mettre en relation avec Sony. Ce n’est pas pour gagner un pourcentage, ce n’est pas un deal personnel, c’est intégré à mon contrat d’artiste. J’aime bien cette idée de pouvoir aider, de repérer des gens, même si parfois je passe complètement à côté, comme avec Disiz que je n’ai pas reconnu sur une piste de ski et avec qui, pourtant, j’ai passé une journée entière à déconner. Disiz est un personnage vraiment cool.

Cette anecdote avec Disiz, elle dit quoi de toi ?

Que je m’en fous un peu du statut. On a skié ensemble toute la journée, on a rigolé, on a mangé ensemble, je savais qu’il faisait du rap, mais je ne savais pas qui c’était. Et tant mieux. Ça prouve que quand tu enlèves les étiquettes, tu rencontres juste des humains. C’est comme ça que j’aime vivre la musique.

Tu sembles très attaché à l’idée de simplicité chez les gens.

Oui. Les egos me fatiguent. Que ce soit dans la musique ou ailleurs. Les gens simples, bienveillants,

ouverts, ça me touche. C’est aussi pour ça que j’aime l’underground : à la base, il y a cette idée de communauté, de partage, de scène qui se construit ensemble, pas de hiérarchie figée.

Tu fais une différence très nette entre divertissement et musique « engagée » ?

Je ne crache pas sur le divertissement. Il y a plein de DJ « TikTok techno » qui font du show, qui mettent une clé USB et qui font bouger les gens. Ce n’est pas mon métier, mais je ne leur en veux pas.

Le monde part un peu en vrille, les gens ont besoin de se divertir. Tant que les gens vont en club, qu’ils dansent, qu’ils vivent quelque chose, c’est déjà positif. Moi, j’essaie juste de proposer autre chose, un voyage plus long, plus immersif.

Tu te projettes comment dans dix ans ?

Franchement, je n’en sais rien. Je me projette surtout dans le prochain projet, le prochain set, la prochaine idée. Je n’ai jamais eu de plan de carrière très précis. Je suis plus dans l’instant, dans l’envie de continuer à apprendre, à me renouveler, à faire des choses qui me font encore vibrer.

Qu’est-ce qui te fait encore vibrer aujourd’hui, après toutes ces années ?

L’impro. Le live. Le moment où tu ne sais pas exactement ce qui va se passer sur scène.

Quand tu lances un loop, que tu vois le public réagir, que tu changes de direction en direct. C’est ce moment-là qui me fait me lever le matin. Tant que j’ai ça, je continue.

Texte Sébastien Vécrin
Images Pierre Daschier

28.0320.09.2026

Entrée libre

MER 11h - 18h

JEU 11h - 20h

VEN/SAM/DIM 11h - 18h

LUN/MAR fermé

Détails des visites guidées gratuites (DIM à 15h) et du programme-cadre sur konschthal.lu

Konschthal Esch

29, boulevard

Prince Henri L-4280 Esch-sur-Alzette info@konschthal.lu

konschthal.lu

GABRIELA LÖFFEL

BROGNON ROLLIN

AURA SATZ

NIKA SCHMITT

TINTIN PATRONE

OPEN GROUP

NIK NOWAK

Dans un monde complexe et multipolaire où les agendas économiques, politiques et culturels s’affrontent et se chevauchent, l’exposition état bruit met l’accent sur les artistes contemporains qui s’engagent dans cet environnement difficile et bruyant, plaçant le son au cœur de leurs réflexions et, par conséquent, de leur travail. L’exposition vise à fournir un aperçu contemporain des multiples canaux, signaux et bruits de fond qui nous entourent quotidiennement, rivalisant pour attirer notre attention ou nous détournant de l’essentiel.

Curateur : Charles Wennig

Sélection

Kevin Martin

JUSQU’AU 31.08 / LOUISE NEVELSON

– MRS. N’S PALACE

Figure majeure de la sculpture du XXe siècle, Louise Nevelson est mise à l’honneur à travers Mrs. N’s Palace. Connue pour ses assemblages monumentaux et son approche novatrice de l’espace, l’artiste mêle influences cubistes, constructivistes et dadaïstes pour créer de véritables environnements immersifs. Cette rétrospective retrace l’évolution de son langage plastique et révèle la force poétique de son œuvre, où la sculpture dialogue avec l’architecture et la lumière. En soulignant son impact sur les générations contemporaines, l’exposition met en perspective son influence durable sur la création actuelle, des arts visuels à la performance.

Centre Pompidou / Metz

JUSQU’AU 28.03 / AGNÈS VARDA

– AUTOPORTRAITS, AUTRES PORTRAITS

Organisée par l’association Centre Jacques Brel au sein de la structure Puzzle, l’exposition explore la dimension photographique de l’œuvre d’Agnès Varda. C’est par la photographie qu’elle entre dans le monde de l’art à la fin des années 40, développant un regard libre, curieux et profondément humain. Portraits de proches, d’artistes ou d’inconnus composent un récit sensible de la rencontre. Ses autoportraits, construits à travers jeux de miroirs et de lumière, interrogent le temps et l’identité sans artifice. Réalisée en collaboration avec Ciné-Tamaris, Rosalie Varda, Agate Bortolussi et Mathieu Demy, l’exposition révèle toute la modernité de son approche et la cohérence d’un parcours artistique hors norme. Elle invite également à réfléchir sur le rôle de l’intimité et de l’observation dans la construction d’une œuvre photographique durable.

Puzzle / Thionville

DU 07.03 AU 20.12 /

WOMEN IN WAR

– LYNSEY ADDARIO

Conçue dans le cadre du cycle Women in Conflict, l’exposition présente plus de vingt ans de travail de la photojournaliste Lynsey Addario, double lauréate du prix Pulitzer. Ses images réalisées en Afghanistan, en Irak, en Syrie, en Libye, au Soudan du Sud et en Ukraine mettent en lumière la condition des femmes et des enfants en temps de guerre.Le parcours souligne la résilience et la dignité au cœur des conflits contemporains. Ateliers, conférences, rencontres et concours de photographie engagée complètent ce projet d’envergure consacré aux droits humains et au rôle du témoignage visuel. À travers ce parcours, le public est invité à réfléchir sur le rôle des femmes dans les sociétés en crise, tout en découvrant la force narrative et émotionnelle des images d’Addario.

Musée National de la Résistance et des Droits Humains / Esch-sur-Alzette

DU 19.03 AU 22.03 / 30 ANS DU CASINO FORUM D’ART CONTEMPORAIN

Pour ses 30 ans, le Casino Forum d’art contemporain propose un week-end inaugural festif. Point d’orgue de la programmation, la soirée FORA du 20.03 convie à une expérience collective inédite mêlant performances de GRAVE, groupe de recherches audio et visuelles expérimentales, musique de Twin XXA et créations typographiques réalisées par les étudiant·e·s de l’ANRT (Nancy). La soirée permettra aussi de découvrir les projets exposés dans les espaces du Casino. Deux conférences complètent le programme : le 19.03 à 18h30, Instagrammable: What Art Tells Us about Social Media, 2024, et le 22.03 à 16h00, La création d’un forum, entre art, rencontres et désirs d’émancipation, avec Enrico Lunghi.

Casino Forum d’art contemporain / Luxembourg-Ville

20.03 / STEVE AOKI

Figure incontournable de la scène électronique, Steve Aoki cumule près de 3 milliards d’écoutes dans le monde. Double nommé aux Grammy Awards et détenteur d’un record Guinness, il est reconnu pour ses performances live spectaculaires. Fusionnant électro, pop et hip-hop, il enchaîne les collaborations internationales et les apparitions sur les plus grandes scènes comme Tomorrowland ou Coachella. À GRIDX, il promet un show exclusif porté par une énergie survoltée et une mise en scène immersive. Sa capacité à surprendre avec des interactions uniques, des effets visuels et une ambiance survoltée fait de chaque concert un événement mémorable pour les fans de tous âges. Steve Aoki continue d’innover en intégrant la culture digitale et les réseaux sociaux dans ses performances, créant une expérience unique pour chaque spectateur.

GRIDX / Wickrange

© Lynsey Addario

21.03 / RIDSA

Révélé sur YouTube il y a quinze ans, Ridsa s’est imposé comme une figure majeure du reggaeton francophone. Porté par des titres à succès comme Là c’est die, Pardon ou Santa Maria, il cumule millions de vues et certifications avec des albums tels que Tranquille, Libre ou Équateur. Influencé par les sonorités latines, il développe un univers mêlant rythmes festifs et textes sincères. Sur scène, son énergie communicative et sa proximité avec le public promettent une soirée chaleureuse et fédératrice. Chacun de ses concerts devient une véritable fête où les fans chantent et dansent avec lui, et Ridsa sait créer un lien authentique avec son audience grâce à sa spontanéité et sa proximité. Son charisme naturel et son sens du partage font de ses concerts des moments uniques d’intimité et de complicité avec le public.

10.04 / MURMURATION

LEVEL 2

Imaginé par Sadeck Berrabah, Murmuration revient en 2026 dans une version 2.0 encore plus ambitieuse. À la croisée du hip-hop, des arts martiaux et de la danse contemporaine, le spectacle déploie une écriture chorégraphique hypnotique d’une précision remarquable. Sur scène, 50 danseurs composent des tableaux géométriques spectaculaires. Après une tournée 2024 triomphale et plus de 210 000 spectateurs conquis, cette nouvelle version promet des séquences inédites sublimées par un concept lumière repensé, renforçant encore l’impact visuel de la performance. Murmuration Level 2 continue de repousser les limites de la scène chorégraphique en mêlant virtuosité et émotion, offrant une expérience immersive inoubliable.

Galaxie / Amnéville 17.04 / IMANY

Imany se produira au Casino 2000 pour un concert marqué par l’intensité et l’élégance. Depuis plus de dix ans, l’artiste à la voix profonde et lumineuse séduit par des créations scéniques puissantes où la force des textes rencontre une grande maîtrise musicale. Après le succès du projet Voodoo Cello et plus de 100 dates de tournée, elle ouvre un nouveau chapitre avec son album Women Deserve Rage, disponible depuis le 24 octobre 2025. Pensé comme un manifeste d’émancipation et de renaissance, ce nouveau répertoire promet une soirée à la fois vibrante et profondément habitée. Ce concert est une occasion rare de découvrir la puissance émotionnelle d’une artiste en pleine réinvention.

Casino 2000 / Mondorf-les-Bains

BAM / Metz
© Fabien Malot

19.04 / MINI

PICELECTRONIC AM PARK

Festival pour enfants qui bougent et parents qui groovent, le MINI PICelectroNIC revient au cœur de Bonnevoie dans le cadre des événements des Rotondes. Concerts, DJ sets, performances, installations sonores et ateliers créatifs : petits et grands peuvent danser, bricoler, peindre et explorer la musique sous toutes ses formes. Hip-hop, fanfares festives, indie folk ou fresques participatives… il y en a pour tous les goûts et toutes les envies. Un moment créatif, joyeux et plein de surprises à partager en famille !

Place du Parc / Luxembourg-Ville

FRIDAY AND SATURDAY

24.04 / RESOLVE

Avec Between Me and The Machine (2021), Resolve s’est imposé comme l’un des visages forts du metalcore français. Leur passage remarqué au Hellfest 2023 et leurs tournées au côté de Landmvrks, While She Sleeps et Rise Of The Northstar ont confirmé leur place sur la scène européenne. En 2023, le groupe dévoile Human, un album plus introspectif et intense qui affirme une identité sonore puissante et moderne. De retour sur scène, Resolve promet un live à la fois technique et explosif, porté par une énergie fédératrice et une connexion directe avec le public. Chaque performance devient un moment de communion, où l’intensité musicale rencontre l’engagement émotionnel des spectateurs.

Le Gueulard Plus / Nilvange

© Eric Engel

DU 28.04 AU 30.04 / PEEPING TOM – CHRONIQUES

La compagnie flamande Peeping Tom fait son retour au Grand Théâtre avec Chroniques, nouvelle création signée Gabriela Carrizo. Fidèle à son univers singulier, la pièce plonge cinq personnages dans un labyrinthe temporel instable, où identités et réalités se transforment sans cesse. Grâce à une physicalité impressionnante, les interprètes traversent états de métamorphose et espaces liminaires. Entre théâtre visuel et mouvement sculptural, le spectacle compose des tableaux vivants d’une grande intensité. Chaque mouvement et chaque geste sont pensés pour créer une tension permanente, immergeant le spectateur dans une expérience sensorielle totale, où temps et corps se répondent. La richesse des décors et la finesse des transitions renforcent la dimension poétique et hypnotique de la création.

Grand Théâtre / Luxembourg-Ville

DU 07.05 AU 19.05 / THE LAND

WE SHARED – LARISA FABER

Dans cette nouvelle pièce, Larisa Faber mêle théâtre documentaire et musique live pour explorer le deuil et la mémoire historique. Inspirée d’une découverte personnelle liée à son histoire familiale, la création prend la forme d’un puzzle semi-autobiographique. S’appuyant sur ses origines roumaines, l’artiste traverse l’histoire récente du pays et l’ombre persistante de la dictature communiste. Entre humour singulier et émotion brute, le spectacle transforme un récit intime en réflexion universelle sur l’héritage et la transmission. En mêlant histoire personnelle et portée universelle, Larisa Faber invite le spectateur à réfléchir sur les liens intergénérationnels et sur la manière dont le passé façonne nos vies aujourd’hui. Sa mise en scène innovante et poétique donne corps à un récit intime et profondément touchant, offrant également une réflexion sur la mémoire collective et l’héritage culturel.

Théâtre des Capucins / Luxembourg-Ville

09.05 / EUROPE :

LA BATAILLE DES SIÈGES

Réalisé par Donato Rotunno, ce documentaire revient sur l’histoire des capitales européennes : Luxembourg, Bruxelles et Strasbourg et les enjeux liés aux institutions. Plusieurs personnalités politiques, dont Jean-Claude Juncker et Charles Goerens, y livrent leurs témoignages. La projection est accompagnée en direct par le SINGÜLAR ORCHESTRA interprétant la musique originale de Pascal Schumacher. Une soirée à la croisée du cinéma, de la mémoire politique et de la création musicale contemporaine. Ce ciné-concert offre une expérience sensorielle unique, où la musique amplifie la portée dramatique des images, immergeant pleinement le spectateur dans l’histoire européenne. L’événement souligne également le rôle de la musique live dans la narration documentaire et l’émotion collective.

Philharmonie / Luxembourg-Ville

Kevin Martin
© Sanne De Block

DES ACTIVITÉS SPORTIVES

DANS LES AUBERGES DE JEUNESSE DE LUXEMBOURG !

VENEZ DÉCOUVRIR DES ACTIVITÉS PASSIONNANTES POUR TOUS LES ÂGES :

• Amusez-vous sur le mur d'escalade et au tir à l’arc

• Partez à l'aventure dans les sports nautiques

• Explorez la campagne pittoresque à pied ou à vélo

• Faites monter l'adrénaline avec le VTT et le Gravel

• Savourez de délicieux repas

• Séjournez dans des auberges modernes

ÉVÉNEMENTS PHARES :

Toute l’année : cours d’escalade et escalade libre à Echternach ; aire de jeux indoor et piste de bowling à louer à Beaufort ; aire de jeux à Lultzhausen

Chaque dimanche : salsa & bachata social dance à Esch-sur-Alzette

14 mars : cours de tir à l’arc à Echternach

14 mars : randonnée nocturne à Luxembourg-ville

18 mars : BABEL - théâtre d’improvisation à Luxembourg-ville

4 avril au 27 septembre : parc à trampolines à Echternach

4 au 17 mai : semaines Fairtrade aux auberges

23 mai au 14 septembre : location de kayaks, canoës et SUP à Lultzhausen

26 mai au 29 août : cours de tir à l’arc à Beaufort

28 mai au 27 août : sortie de découverte en canoë à Lultzhausen

30 mai : watersports discovery à Lultzhausen

21 juillet au 25 août : cours de sports nautiques à Lultzhausen

25 juillet & 8 août : early bird kayak à Lultzhausen

8 novembre : portes ouvertes et randonnées MTB/gravel à Beaufort

Les Auberges de Jeunesse Luxembourgeoises asbl (+352) 26 27 66 200 animation@youthhostels.lu / www.youthhostels.lu

Discover the exquisite art of calligraphy in this workshop for beginners 19/03

Whether bunnies, Easter eggs or sheep, you can create colourful pictures with Lego bricks to celebrate Easter 02, 07 & 09/04

A superb programme of free tours, workshops and other surprises awaits you for LuMuDays. Find out more at www.kulturhuef.lu 16 & 17/05

13.05 / SOUS LE POIDS DES PLUMES – COMPAGNIE PYRAMID

Avec Sous le poids des plumes, la Compagnie Pyramid interroge la mémoire et la fragilité des souvenirs qui façonnent notre identité. Ceux-ci se fragmentent parfois comme des plumes emportées par le vent, laissant place au doute et à la reconstruction. Portée par quatre danseurs, la création mêle hip-hop, théâtre corporel, burlesque et manipulation d’objets. Entre poésie et humour, le spectacle explore avec finesse la manière dont le corps conserve, transforme et ravive les traces du passé. Chaque scène devient un miroir des émotions et de l’imaginaire des spectateurs, et les danseurs nous plongent dans une expérience immersive où la mémoire et le mouvement se répondent avec délicatesse. La pièce met également en lumière le rapport entre corps et mémoire, renforçant l’impact sensoriel et émotionnel de la performance.

CAPE / Ettelbruck

20.05 / DERMOT KENNEDY

Dermot Kennedy retrouve le public luxembourgeois en 2026 pour une date placée sous le signe de l’intensité. Auteur-compositeur à la voix puissante et singulière, il s’est imposé sur la scène internationale grâce à des textes personnels et des mélodies habitées. Après le succès mondial de Sonder, cette tournée mêlera ses titres emblématiques à de nouvelles compositions. Entre folk, pop et envolées émotionnelles, l’artiste crée une proximité rare avec son public et transforme chaque concert en moment profondément immersif. Sa capacité à captiver et à émouvoir son audience fait de chaque représentation une expérience inoubliable, où le temps semble suspendu, laissant place à la pure émotion musicale. La dimension intimiste et authentique de ses concerts crée un véritable lien émotionnel avec les spectateurs.

Rockhal / Esch-sur-Alzette

DU 21.05 AU 23.05 / FRAGIL - MOA NUNES & FERNANDO LIMA

Dirigé et chorégraphié par Moa Nunes, Fragil explore la beauté et la complexité de la fragilité humaine à travers le langage du corps. Le spectacle s’intéresse aux liens affectifs qui nous construisent, à leur délicatesse mais aussi à leur rupture, dans une écriture chorégraphique sensible et immersive. Sur scène, les gestes retenus, les chutes, les rapprochements et les éloignements deviennent autant de récits émotionnels. L’œuvre ne cherche pas à expliquer, mais à faire ressentir, invitant le public à une expérience intime et universelle. Avec la participation du chorégraphe invité Fernando Lima, la pièce réunit 13 danseurs 10 Brésiliens et trois Luxembourgeoises dont, la diversité enrichit la portée et la profondeur du spectacle. Présenté à la salle Robert Krieps, au cœur de l’Abbaye de Neumünster, Fragil transforme l’espace scénique en territoire sensible, où la danse devient un langage direct, sincère et profondément humain.

Abbaye de Neumünster / Luxembourg-Ville

LA SÉLECTION D'ELFY DE SUPERMIRO

Concert incontournable ou exposition à ne pas louper, chaque mois, Elfy sélectionne le meilleur des événements juste autour de vous.

Elfy Pins

FONDATRICE DE SUPERMIRO

06.06 & 07.06 /

AERIS 2026

- OPEN AIR ÉLECTRO

LUXAIRPORT

Si, comme moi, tu aimes les lieux insolites, les soirées qui décollent et les concepts qui sortent du cadre, tu vas a-do-rer AERIS 2026 ! Accroche-toi à ton siège et sors ton boarding pass ! Les 6 et 7 juin, Ultraschall Collective transforme l’aéroport de Luxembourg en open air électro, pour la 3ème édition. Prépare-toi à danser face au coucher de soleil avec les avions qui décollent au-dessus de ta tête et des vibes à faire vibrer le tarmac. Les DJ ne pas encore annoncés, mais je peux déjà te dire que tu vas traverser quelques turbulences électros, et planer sur des drops de dingos. Reste à l’affût des billets, c’est le genre d’event où ça part en quelques minutes !

LuxAirport / Luxembourg-Ville

Tous les bons plans et sorties faits pour toi, sont sur SUPERMIRO. 100 % local. 100 % good mood

DU 12.06 AU 14.06 / FRANCOFOLIES

Rendez-vous international des musiques actuelles, les Francofolies d'Esch-sur-Alzette défendent une programmation éclectique portée par des valeurs de multiculturalisme et de transmission. Pensé dans une démarche responsable, le festival propose une expérience immersive et collective. Parmi les artistes annoncés : Macklemore, GIMS, PLK, Feu! Chatterton, Helena, Niska, Christophe Maé, L2B, Mosimann, Cassius, La Mano 1.9, Fatal Bazooka, Luiza, Miki ou Sam Sauvage. Trois jours de concerts et de découvertes qui feront vibrer Esch-sur-Alzette, offrant une expérience musicale riche et fédératrice pour tous les publics.

Esch-sur-Alzette

© Neekketsu

24.10.2026 LILLY WOOD AND THE PRICK

« EXPLORER CE QUI NOUS TRAVERSE »
Texte Karine Sitarz et Julie Kieffer
Images Pedro Barbosa

Arrivée au Luxembourg il y a plus de dix ans, la chorégraphe portugaise Catarina Barbosa s’est imposée comme une figure singulière de la scène contemporaine locale. Entre héritage, maternité, séparation et exploration du plaisir féminin, son travail traverse les zones sensibles avec une grande délicatesse et une détermination assumée. Rencontre avec une artiste qui transforme ses failles en matière vivante.

Vous êtes née à Póvoa de Varzim, près de Porto. Quel paysage intérieur gardez-vous de cette enfance ?

Je garde une sensation très forte d’appartenance. L’océan, d’abord. Il était à dix minutes à pied de la maison. Cette présence permanente, presque physique, m’a donné très tôt le goût du mouvement et de l’espace. Je viens d’une famille très unie. Les repas longs, les fêtes pleines de monde, les discussions animées… Ce sont des images très vivantes. Toute ma famille est restée là-bas, je suis la seule à être partie. Cela crée une forme de distance, parfois douloureuse, mais aussi un attachement encore plus fort.

Mon frère, Pedro, a sept ans de plus que moi. Il a toujours pris soin de moi. Aujourd’hui, il collabore à mes projets en tant que photographe et vidéaste. C’est une relation très précieuse, presque instinctive. Nous avons grandi dans le même environnement, nous partageons les mêmes références, les mêmes silences aussi. En grandissant, j’ai commencé à percevoir les codes implicites de cet environnement : les rôles attribués aux femmes, les gestes transmis, les attentes silencieuses. Ce sont des éléments qui nourrissent aujourd’hui mon travail sans que je m’en rende toujours compte.

La danse est arrivée très tôt dans votre vie.

Était-ce une évidence ?

Oui, presque. D’après ma mère, je dansais et chantais tout le temps à la maison. Mais le moment décisif a été celui où j’ai vu une élève répéter Le Lac des cygnes J’avais 5 ans. Je suis rentrée chez moi et j’ai annoncé que je voulais devenir danseuse. J’ai commencé par la danse classique, puis le jazz et la gymnastique. Le classique m’a apporté une rigueur, une discipline, une compréhension du corps extrêmement précise. Mais il m’a aussi confrontée très tôt à la notion de norme : le corps idéal, la taille, la silhouette attendue. Plus tard, la danse contemporaine m’a offert une autre voie. Elle m’a permis d’exister autrement, de questionner plutôt que de reproduire. De ne plus chercher uniquement la beauté, mais le sens.

Vous quittez votre famille à 15 ans pour poursuivre votre formation. Qu’est-ce que ce départ a changé ?

C’était une rupture forte. Je suis partie au Conservatoire à Lisbonne, puis au Ballet Junior de Genève. À cet âge-là, on est encore très jeune. Il faut apprendre à se débrouiller seule, à faire face à l’exigence, au doute, à la compétition. À Genève, j’ai découvert un autre rapport à la danse. J’ai compris que le mouvement pouvait être une pensée.

« J’AI COMPRIS QUE LE MOUVEMENT POUVAIT ÊTRE UNE PENSÉE. QUE L’ON POUVAIT INTERROGER LE MONDE À TRAVERS LE CORPS. »

Que l’on pouvait interroger le monde à travers le corps. Cette prise de conscience a été déterminante.

C’est aussi là que j’ai rencontré Baptiste Hilbert.

Pourquoi avoir choisi de vous installer au Luxembourg ?

Au départ, ce n’était pas un plan très structuré. Baptiste avait un lien familial à Arlon. Mais en arrivant ici, j’ai découvert un environnement extrêmement stimulant pour la création. Le Luxembourg offre un véritable statut aux artistes, des aides à la recherche, des possibilités de résidences. Ce cadre permet d’explorer, de prendre des risques, de développer une écriture sans être immédiatement soumis à une pression commerciale.

Nous avons fondé la compagnie AWA « As We Are » pour développer nos propres créations, puis lancé la Plate-forme AWA, aujourd’hui installée au Trois C-L et au Kinneksbond, qui favorise le dialogue entre scènes internationale et locale. Au début, c’était un weekend. Aujourd’hui, c’est devenu un rendez-vous de deux semaines, avec des compagnies internationales, des workshops, un travail important avec les amateurs et les publics spécifiques. Nous avons toujours voulu que la danse reste accessible. Que l’expérimentation ne soit pas réservée à un cercle fermé.

Vous travaillez toujours avec Baptiste, malgré votre séparation.

Oui (sourire). Sur le plan artistique, nous continuons à collaborer, notamment autour de la Plate-forme AWA. C’est un projet que nous avons construit ensemble et qui dépasse aujourd’hui nos histoires personnelles.

La maternité est arrivée en pleine période Covid. Comment avez-vous traversé cette phase ?

Cela a été une période extrêmement fragile. Être enceinte en plein Covid, loin de ma famille, dans un climat d’incertitude… Je me suis sentie isolée, vulnérable. Mon corps changeait, je prenais du poids, je perdais mes repères physiques. Pour une danseuse, c’est un bouleversement profond. Il y a une perte de contrôle, une sensation de décalage. Mais après la naissance de ma fille, quelque chose s’est transformé. J’ai compris que ma force ne résidait pas uniquement dans ma maîtrise physique, mais dans ma capacité à traverser ces états. La maternité m’a reconnectée à une forme d’urgence. Elle m’a donné le courage d’aborder des sujets que je portais en moi depuis longtemps.

Dans Mary’s Daughters, vous abordez le plaisir féminin. En 2025, est-ce encore un geste politique ?

Je ne commence jamais un projet avec l’intention d’être militante. Je pars toujours d’un sujet intime,

d’une question qui me traverse profondément. Mais la place des femmes, les rôles qu’on nous assigne dès l’enfance, les injonctions silencieuses qui façonnent nos corps et nos désirs… Ce sont des réalités persistantes.

Aujourd’hui, parler du plaisir féminin ne devrait plus être perçu comme un acte politique. Et pourtant, cela le reste. Le simple fait de le nommer, de le représenter, de le rendre visible dérange encore. Le plaisir féminin ne devrait pas exister uniquement sur scène. Il devrait faire partie des conversations entre partenaires, entre ami·e·s, dans la sphère familiale, dans le milieu médical. Ce n’est pas un détail secondaire. C’est une question de santé, d’autonomie, d’épanouissement. Tant que ce sujet restera tabou, il restera politique.

« SUR SCÈNE, JE TRAVAILLE À PARTIR DE GESTES TRÈS SIMPLES ; ÉPLUCHER DES POMMES DE TERRE DANS UNE CUISINE, COUPER DES OIGNONS, DES GESTES QUE J’AI VUS DURANT TOUTE MON ENFANCE. »

Votre solo Estranha forma semble plus introspectif, presque nostalgique.

Oui, c’est une pièce très personnelle. Elle interroge l’héritage : l’environnement dans lequel on grandit, la religion, la famille, le pays natal. Tout ce qui nous façonne avant même que l’on en ait conscience. Pour nourrir le projet, j’ai demandé à mon frère de me photographier chez notre grand-mère au Portugal. Ces images ne sont pas « dans » le spectacle au sens narratif, mais elles font partie de la matière sensible qui a accompagné la création.

Sur scène, je travaille à partir de gestes très simples : éplucher des pommes de terre dans une cuisine, couper des oignons, des gestes que j’ai vus durant toute mon enfance. Ce sont des gestes transmis, presque invisibles, qui racontent une culture, une place, une manière d’être femme.

Mais en les rejouant aujourd’hui, je ressens un décalage. Je les connais, mais ils ne me définissent plus totalement. À la fin, il y a un fado. Je coupe des oignons et je pleure. Ce n’est pas seulement une image nostalgique, c’est la conscience que je ne reviendrai pas en arrière. Que l’enfance, le pays, la version de moi d’avant appartiennent au passé. C’est une pièce sur la transformation. Sur le moment où l’on accepte de devenir autre sans renier d’où l’on vient.

La scène chorégraphique luxembourgeoise est-elle aujourd’hui solide ?

Je pense que oui. Il existe ici un réel soutien à la recherche et à l’expérimentation. La scène est portée par des artistes

Texte Karine Sitarz et Julie Kieffer
Images Pedro Barbosa

aux démarches très singulières, avec des esthétiques multiples. Cette diversité est une richesse. Nous avons la chance de pouvoir développer des projets sur le temps long, d’explorer sans être immédiatement contraints par une logique de rentabilité. Bien sûr, tout reste fragile dans le secteur culturel. Mais aujourd’hui, le terrain est fertile.

Le financement influence-t-il votre liberté artistique ?

Oui, profondément. Créer, ce n’est pas seulement avoir une vision personnelle. C’est aussi travailler avec une équipe, des interprètes, des techniciens, des créateurs lumière, des musiciens. Je ne peux pas penser uniquement à mon désir artistique. Je dois m’assurer que chacun soit rémunéré correctement. Plus les moyens sont importants, plus le champ des possibles s’élargit : on peut prendre le temps de chercher, approfondir la dramaturgie, travailler la scénographie avec précision. Quand les moyens sont limités, on doit faire des choix, parfois renoncer. La créativité ne disparaît pas, mais elle est contrainte. Le financement n’est donc pas qu’une question budgétaire. C’est une condition concrète de liberté et de respect.

Aujourd’hui, qu’est-ce qui vous pousse à créer ?

L’envie d’être honnête. Je ne cherche plus à correspondre à une image idéale de la danseuse ou de la chorégraphe. Je cherche à explorer ce qui me traverse réellement, même si cela est inconfortable. Créer, pour moi, c’est accepter de se transformer. De perdre certaines certitudes. Dessiner mes propres univers me fait du bien. Et continuer à danser, surtout. Explorer ce qui me traverse, encore et encore.

Sélection

Lignes nettes, volumes maîtrisés, nuances sable et denim brut : le printemps s’impose avec assurance. Entre tailoring décontracté, silhouettes utilitaires et féminité subtile, la saison joue l’équilibre parfait. Des pièces fortes, faciles à mixer, pensées pour bouger, voyager, exister. C’est le moment de redéfinir son vestiaire printanier, sans compromis.

Julie Kieffer
Marc O'Polo
Levi's
Arket
American Vintage

Les pièces à avoir absolument, les derniers accessoires geeks à ne pas manquer ou encore les fragrances qui nous ont titillé les narines, petite liste non exhaustive de nos coups de cœur... Qu'on puisse se les offrir, ou pas !

L’ÉLÉGANCE EN GRAND FORMAT

Baobab Collection dévoile une nouvelle génération de diffuseurs de parfum 500 ml. Un format pensé pour s’imposer avec justesse dans l’espace, entre nouveauté et continuité esthétique. Certains modèles inaugurent ce nouveau volume, d’autres revisitent le décor du verre pour dialoguer plus harmonieusement avec l’univers des bougies et Totems grand format. Même exigence, même signature, mais une présence renforcée. Pour restituer la richesse visuelle des collections Pearls, Feathers, Sand et Stones, la Maison a choisi la technologie de la sublimation, permettant une reproduction fidèle des décors inspirés des verres soufflés. Résultat : un diffuseur 500 ml qui trouve naturellement sa place parmi les collections iconiques de Baobab Collection, sans rien perdre de leur identité.

Émilie
© Baobab

UN ÉCLAT À EMPORTER

PORTER SON CHIEN, NOUVEAU CHIC URBAIN

Lorsque votre chien est fatigué, que la foule se densifie ou que vous traversez la ville à vélo, il trouve refuge dans votre poche ventrale, lové contre vous. Sweats oversize et manteaux à compartiment intégré redessinent la silhouette citadine. Le vêtement devient fonctionnel sans renoncer à l’allure. Cette tendance s’inscrit dans un marché des animaux de compagnie en pleine explosion, estimé à plusieurs centaines de milliards d’euros à l’échelle mondiale. Le pet care dans toute sa splendeur. On fond !

Dans le creux de la main, la minaudière de beauté Temyris renferme l’essentiel. Un parfum, une couleur, une poudre, un miroir comme autant de rituels secrets, réunis dans un bijou façonné par les artisans du Luxe à la Française. Héritée des écrins précieux d’autrefois, elle mêle laiton doré à l’or 24 carats et gestes d’orfèvrerie, pour un objet qui traverse le temps avec douceur et éclat. Sertie dans un écrin de bois laqué noir, cette pièce unique est sublimée par la piétersite, pierre rare aux reflets de tempête, faite de tourbillons et de lumière. Rouge à lèvres et poudre se choisissent à l’envie, comme une signature personnelle.

130 ANS. UN MOTIF. UNE LÉGENDE

En 2026, Louis Vuitton célèbre les 130 ans de son Monogram iconique. Créée en 1896 par Georges Vuitton en hommage à son père Louis, la toile Monogram n’est pas un simple motif : c’est un code universel, un symbole d’héritage, de culture et d’innovation. Pour ouvrir cette année anniversaire, la Maison met à l’honneur tout au long de l’année, ses sacs Monogram les plus emblématiques, Speedy, Keepall, Noé, Alma, Neverfull, et dévoile de nouvelles pièces de maroquinerie ainsi que trois capsules Monogram Anniversary en édition limitée, mêlant matières audacieuses, savoir-faire historique et design contemporain. Pensé à l’origine comme une signature d’authenticité, inspirée du japonisme et des ornements néogothiques, le Monogram est devenu au fil du temps un terrain d’expression pour les directeurs artistiques de la Maison (de Marc Jacobs à Virgil Abloh, en passant par Nicolas Ghesquière et Pharrell Williams) et un point de rencontre avec des artistes majeurs comme Takashi Murakami ou Yayoi Kusama.

© Riikyu
© Temyris
© Louis Vuitton

UN LABEL ICONIQUE.

UNE MAISON QUI BRILLE JUSTE

Le joaillier Jochen Leën vient de décrocher l’un des labels les plus convoités du diamant : Antwerp’s Most Brilliant. Une reconnaissance officielle délivrée par la Ville d’Anvers et l’Antwerp World Diamond Centre, qui propulse sa Granada Gallery (Leopoldstraat) parmi l’élite joaillière anversoise. Ici, pas de hasard : le label distingue uniquement les maisons qui cochent toutes les cases : qualité irréprochable, savoir-faire pointu, éthique assumée, transparence totale et expérience client premium. Après audit, Jochen Leën rejoint un cercle ultra-sélectif de joailliers qui font rayonner Anvers comme capitale mondiale du diamant. « Ce label valide une vision que nous défendons depuis toujours : des pierres traçables, une éthique claire et une exigence sans compromis », confie Jochen Leën.

LA BEAUTÉ, SUSPENDUE AU COU

Avec le Baume des Muses, Officine Universelle Buly réenchante le geste de beauté. Fondée en 1803 à Paris par Jean-Vincent Bully, la Maison imagine ici un baume hydratant à mi-chemin entre soin et joaillerie, à porter autour du cou. Dans son écrin métallique scintillant, personnalisable d’initiales ou d’un prénom, le baume capte la lumière et signe la silhouette. À l’intérieur, une formule certifiée d’origine végétale mêle huile de noix, huile d’olive, cire d’abeille et beurre de mangue. Incolore, mais profondément nourrissant, il enveloppe les lèvres d’un voile velouté, discret et élégant.

NE PLUS COMPTER LES POURCENTAGES. COMPTER LES MOMENTS.

On a tous connu cette alerte sourde : 13 % de batterie, la nuit qui commence, les souvenirs qui s’annoncent. Avec l’Oppo Reno 15 Pro, cette angoisse disparaît. La batterie de 6 500 mAh et le compartiment de l'appareil photo sont ses gros atouts. L'ensemble est hyper fiable, sans complications inutiles. Pensé comme un compagnon de voyage, il capte la lumière, les visages, les instants sans jamais lâcher prise. Son design joue avec les reflets, son format se fait instinctif, son étanchéité libère l’usage. Plage, pluie, nuit blanche ou lever de soleil : rien ne l’arrête. À l’arrière comme à l’avant, la photo devient fluide, généreuse, vivante. Selfies larges, portraits doux, paysages précis. Et quand la lumière faiblit, l’intelligence logicielle ajuste sans trahir l’instant. Avec sa batterie longue durée et sa charge rapide, l’Oppo Reno 15 Pro ne vous demande pas d’y penser.

Texte & Sélection
Émilie Di Vincenzo
© Jochen Leën
© Officine Universelle Buly
© Oppo

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LES ORS HORLOGERS TOCANTES PRÉCIEUSES

Dans un monde où tout bipe, scrolle et se dématérialise, la montre en or fait de la résistance. Valeur sûre, trois couleurs au choix, et ce petit retour au précieux qui rassure : au poignet, c’est le « plan épargne » qui donne l’heure.

L’or a ce talent rare : il ne promet rien, et pourtant il tient tout. Pas besoin d’application, pas besoin de mise à jour, juste un éclat qui traverse les modes comme un paquebot traverse la brume. Si les montres en or restent très prisées, ce n’est pas seulement pour « faire joli » : c’est parce qu’elles cochent la case valeur sûre, celle qui parle à la fois au cœur et au bon sens. On peut discuter des tendances, des complications, des cadrans qui jouent aux tableaux contemporains… mais l’or, lui, ne suscite aucun débat : il s’impose.

ROLEX, L’OR EN APESANTEUR

Rarement l’or massif aura paru si docile. La Perpetual 1908 en or jaune 18 ct transforme le métal précieux en étoffe : au lieu de peser, elle flotte, comme un foulard solaire posé sur le poignet. Son nouveau bracelet Settimo, composé de sept mailles minuscules, polies comme des miroirs d’eau, ondule à chaque mouvement ; on ne le porte pas, il vous suit. Le fermoir invisible Crownclasp efface toute rupture, laissant l’or couler d’un seul trait, fluide, presque joaillier, avec cette sensation étrange d’une chaîne qui aurait appris le yoga. Face à lui, le cadran blanc intense respire, ponctué de chiffres 3, 9, 12 et d’une petite seconde sage à 6 h, tandis que les aiguilles Breguet et glaive signent l’élégance d’un autre siècle. Dedans, le calibre 7140 bat avec la régularité d’un métronome de salon, décoré et prêt à être admiré par le fond transparent. Bref, Rolex livre une montre qui ne brille pas pour convaincre, mais pour être transmise, et faire oublier qu’elle est en or.

Et il s’impose en trois couleurs, comme un vestiaire bien pensé. Jaune, l’archétype solaire, l’or qui assume d’être de l’or. Blanc, plus discret, presque diplomate : le précieux en costume classique. Rose, enfin, qui met un peu de velours dans la mécanique, comme si le métal avait appris la nuance. Au fond, ce retour au précieux ressemble à un réflexe de survie chic : quand le monde tangue, on s’accroche à ce qui pèse, littéralement. Une montre en or, c’est un rappel poli : le temps passe… Mais certaines choses restent.

PRIX : 38 200 €

PARMIGIANI FLEURIER, LE MURMURE DU ROSE

La TONDA PF Micro-Rotor Agave Blue en or rose avance comme un dandy bien élevé : jamais bruyante, toujours remarquable. Elle ne fait pas son entrée, elle s’installe, nuance capitale. L’or rose diffuse une chaleur de lumière dorée, comme un coucher de soleil qui aurait décidé de se poser au poignet. En face, le cadran Agave Blue hésite entre lagon minéral et feuille d’agave, caméléon chic qui change de ton au moindre rayon. Le guillochage “Grain d’Orge” ondule, presque vivant, tel un champ caressé par le vent. Pas de date : le silence visuel, enfin, un cadran qui respire. Dessous, le micro-rotor en platine travaille en douce, moteur feutré d’une précision de métronome. Fine, équilibrée, étanche, elle traverse la vie sans éclaboussures. Bref, une montre qui ne cherche pas la lumière : elle l’apprivoise.

PRIX : 60 300 €

CHOPARD, LE CARILLON DE LA VIE

La L.U.C Full Strike « Día de los Muertos » ne donne pas l’heure : elle raconte la vie, puis rappelle qu’elle file. En or blanc éthique, 42,5 mm d’élégance sculptée, la boîte gravée main ressemble à un bijou ancien revenu du Mexique avec des histoires plein les poches. La lunette sertie d’émeraudes jette des éclats verts comme des bougies sur un autel. Au centre, un calavera en émail Grand Feu sourit sans morbidité : orbites en marteau, dents laquées, fond guilloché soleil, une fête, pas un deuil. Puis vient la magie : la répétition minutes chante clair, grâce à des timbres fusionnés au saphir, comme si le verre vibrait de l’intérieur. Deux barillets, 60 heures de souffle, 533 pièces qui s’assemblent en chœur. Une montre qui carillonne le temps au lieu de le compter, poésie mécanique, presque mystique, terriblement vivante.

PRIX : SUR DEMANDE

OMEGA, LA LUNE EN CLAIR-OBSCUR

La Speedmaster Moonwatch en or Moonshine™ 18K, c’est la Lune en smoking : noir laqué, blanc incisif, et l’or qui accroche la lumière comme un projecteur sur un pas de tir. OMEGA retourne l’affichage, pas la légende : cadran à étapes, double plaque, sous-compteurs blancs vernis cerclés rhodium, repères inversés pour lire l’instant au premier coup d’œil. Lunette céramique noire, tachymètre en émail blanc : cadre net, contraste propre. Verre saphir antireflet, prêt à encaisser les rayures du quotidien. Le bracelet alternant poli et brossé se règle d’un geste grâce au système d’ajustement maison. Dedans, le calibre Co-Axial Master Chronometer 3861 résiste aux aimants et tient la mesure avec précision, garanti 5 ans. Avec son boîtier de 42 mm, elle brille juste ce qu’il faut : pas ostentatoire, simplement lunaire. Sur le poignet, on croirait un négatif photo : l’espace en noir, l’audace en blanc pur.

PRIX : 48 600 €

INVENTE LE BLANC QUI A DES COULEURS

Le matin où Pantone a dévoilé sa couleur de l’année 2026, je portais du blanc. Pas un blanc éclatant. Un blanc qui a déjà vécu. À la lumière froide de l’hiver, il paraissait presque gris. Dans le miroir, je ne voyais ni apaisement ni poésie. Juste une question, très simple : qu’est-ce que ce blanc est censé me dire ?

Depuis les années 1990, Pantone « donne le ton » en design, mode et marketing. Ses annonces ne sont jamais neutres : elles agissent comme des signaux faibles, des radiographies chromatiques de notre époque. J’ai donc testé, pour vous (et un peu pour moi) sa prescription 2026 : Cloud Dancer, un blanc noble, légèrement vaporeux, presque méditatif. Non-couleur pour certains. Option politique dans un monde saturé et instable pour d’autres. Bref, tout sauf du blanc monochrome et silencieux.

Cloud Dancer ne cherche pas à plaire ! Mais sa vocation n’est pas de caresser dans le sens du poil. La couleur de l’année est censée « capter » l’aspiration du moment. Fondé sur des analyses sociologiques transversales, ce choix dépasse largement la simple tendance. Ni éclatant ni clinique, il semble inviter à plus de clarté et de calme, à repartir d’une page vierge. Sauf que moi, le blanc, j’aimerais qu’il me donne des couleurs.

DANS LA MODE, UN BLANC QUI A QUELQUE CHOSE À DIRE

Naïvement, je pensais que s’habiller en blanc relevait soit d’une pureté symbolique (mariages), soit d’un effacement (certaines cultures l’associent au deuil), soit d’une option élégante et pratique quand la lumière devient écrasante. Adélaïde Dubucq, styliste personnelle (Relooking & Queen), me ramène très vite aux fondamentaux : le blanc n’est jamais innocent. Il est avant tout une lecture sensible de notre époque. Elle l’a constaté récemment au salon Who’s Next à Paris, face à une marée de non-couleurs : gris, bruns, teintes sourdes, peu de contrastes, presque aucune couleur franche. « Une atmosphère apaisante, presque feutrée, mais qui peut aussi inquiéter lorsqu’on aime profondément la couleur. » Rien de totalement inédit pourtant. Adélaïde se souvient d’un sentiment similaire au début des années 2000, juste avant le retour des pastels : « Comme souvent, ces périodes oscillent entre besoin de calme et désir de renouveau. »

Me voilà bien avancée… Le blanc reste toutefois une valeur forte : pur, efficace, intemporel. Mais exigeant. « Il ne va pas à tout le monde. Il dépend du teint, de la couleur des yeux et des cheveux, mais aussi du charisme, de l’énergie personnelle. » D’ailleurs, la manière de le porter compte autant que la couleur elle-même. « Bien choisi, le blanc permet de s’affirmer avec une sobriété maîtrisée, contemporaine et hors du temps ». Adélaïde est formelle : la couleur de l’année n’est donc pas un diktat car une tendance n’a de sens que si elle s’intègre avec justesse dans un style personnel. Dans certains cas, le blanc devient même une signature. Elle évoque ainsi cette cheffe d’entreprise au charisme discret, dont la garde-robe décline blancs, beiges et tons crème, ponctués d’une seule pièce colorée : « Loin d’un effacement, cette retenue renforce la présence ». Du coup, je comprends mieux. Surtout si ce blanc est sublimé par certaines matières tels que le cuir, le denim, le coton, la laine ainsi que les textures, mates ou brillantes, fluides ou structurées. Cloud Dancer n’est donc ni facile ni consensuel : c’est un blanc qui manifeste.

EN ARCHITECTURE D’INTÉRIEUR :

UNE RESPIRATION, PAS UNE TABLE RASE

Et quand je rentre chez moi ? Dois-je revoir mon intérieur, changer de décor, jeter mes objets et mes meubles design par la fenêtre ? Non, évidemment.

Cloud Dancer est perçu par les architectes d’intérieur comme un révélateur d’époque. Pour Élodie Lenoir (cabinet EL’LE), la couleur Pantone de l’année reste une information culturelle, une étincelle dans un processus créatif long. Les projets, développés sur un an voire plus, « s’ancrent dans des volumes existants, une lumière donnée, des contraintes architecturales, mais surtout dans l’histoire et la sensibilité des clients. » Le blanc doux de Cloud Dancer est donc une tendance à suivre plus que la confirmation d’une sensibilité déjà à l’œuvre dans « des intérieurs enveloppants, travaillés en nuances, en matières et en lumière, loin de tout blanc générique ou clinique ». Telle une toile de fond intemporelle, il révèle son pouvoir en dialoguant avec le bois, la pierre, les textiles, les reliefs, et en laissant place, ponctuellement, à des accents plus audacieux comme « une couleur forte, inattendue, presque narrative ».

« LE BLANC RESTE TOUTEFOIS UNE VALEUR FORTE : PUR, EFFICACE, INTEMPOREL. MAIS EXIGEANT. »

Rassérénée, je pense alors à Pierre Soulages et à ses tableaux noirs qui ne l’étaient jamais tout à fait, ou plutôt dont il déclina toute sa vie les nuances. Je comprends mieux aussi Vanina Henry (Design by Vanina Henry) pour qui ce blanc légèrement nuageux agit comme une respiration : « un nouveau départ, une sensation de propreté et de calme que l’on recherche instinctivement en investissant un lieu ». Mais elle prévient : « utilisé partout, il peut lisser les perceptions, effacer les arêtes et aplanir les volumes ». Ainsi, Cloud Dancer serait une surface d’accueil, sur laquelle « tout reste possible notamment le travail des matières : enduits texturés, surfaces légèrement nuancées. Ou le travail des contrastes doux pour créer une atmosphère élégante et apaisée, sans ennuyer ». Son avis d’experte : il trouve toute sa place dans des esthétiques contemporaines (quiet luxury ou le clean look) auxquelles il apporte « une élégance maîtrisée, disciplinée, où la retenue devient un langage en soi ». Un « Soulages « made in blanc », en quelque sorte.

En revanche, pour Isabelle Josson (Ophrys) : « Cloud Dancer cristallise une ambiguïté : celle d’un blanc perçu comme un message de paix et de pause dans un monde saturé, mais aussi un non-choix chromatique ». La designer rappelle que le blanc est avant tout une base, souvent confondue avec le support lui-même. « Utilisé sans finesse, il va produire des intérieurs froids, impersonnels, désincarnés », et renforcer la chromophobie, « cette peur de la couleur, souvent liée à la crainte de se tromper ou de se lasser ». Pour Isabelle, la couleur n’est pas seulement décorative : elle façonne la manière dont un espace est

« CLOUD DANCER PERMET D’ADOUCIR LES CONTRASTES, DE TRAVAILLER LA LISIBILITÉ AVEC PLUS DE SUBTILITÉ ET DE CRÉER DES RESPIRATIONS VISUELLES LÀ OÙ L’ŒIL EST SOUVENT SOLLICITÉ À L’EXCÈS. »

vécu au quotidien. Bref, qu’on me serve un verre de blanc, d’accord, mais seulement s’il est parfumé, fruité, et même pétillant.

EN GRAPHISME, LE SILENCE COMME CONTREPOIDS

Alors puisque le blanc n’est pas que blanc, qu’a-t-il à nous dire ? Pour Reza Kianpour, fondateur du studio Kianpour & Partners, le choix de Cloud Dancer s’inscrit dans un monde fragmenté, saturé de stimuli visuels et de messages concurrents où ce Pantone agit « comme une réponse apaisée, presque nécessaire » dans la droite ligne des Pantone doux observés ces dernières années. Reza souligne sa dimension symbolique forte, d’où le nom de Cloud Dancer qui évoque : « la légèreté, le mouvement, une forme de poésie qui contraste avec la rigidité ou la frontalité de nombreux univers graphiques contemporains ». Je suis pleinement convaincue quand le designer rappelle qu’en graphisme « aucune couleur n’est neutre et certainement pas le blanc ». Dès lors, Cloud Dancer peut exprimer un choix politique, une page blanche assumée, un refus de l’escalade visuelle. Du reste, une couleur n’existe jamais seule : « son impact dépend de son environnement, du support, de la lumière, des matières et des contrastes qui l’accompagnent ». Loin du blanc utilisé comme simple fond ou réserve, signalant

l’absence d’encre en impression CMYK, la nuance de Cloud Dancer permet « d’adoucir les contrastes, de travailler la lisibilité avec plus de subtilité et de créer des respirations visuelles là où l’œil est souvent sollicité à l’excès ».

Dans une composition graphique, ce Pantone apporte une respiration, il « valorise le vide, la contre-forme, l’espace négatif trop souvent négligés dans des visuels surchargés ». Son « silence graphique » en fait un outil précieux pour une identité de marque misant sur la durée, la retenue et le sens plutôt que sur l’impact immédiat. Reza le préconise dans certains secteurs (culture, institutions, édition) où l’on aura soin de l’intégrer dans un système graphique cohérent, car « toute couleur peut devenir signature : non pas par sa seule présence, mais par la logique qui l’englobe ».

Ouf. Je suis rassurée. Cloud Dancer est un blanc qui se refuse à être réduit à sa définition. Il ne demande qu’à s’exprimer, à prendre de la hauteur, et même un peu de couleur. Il se veut une réaction face à un monde saturé, un besoin de calme, de clarté et de sens. Quel que soit le domaine, ce blanc nuancé a quelque chose à dire, à condition qu’on accepte de l’écouter. Je m’en souviendrai : Pantone nous rappelle cette année que la couleur est un langage qui n’existe que par ce qu’elle raconte, jamais une fin en soi.

Image Éric Chenal
Architecte et architecte d’intérieur : EL’LE architects
Texte Émilie Di Vincenzo
Escaliers sur mesure avec les produits de la marque MORTEX®

THE BLOCK CARTES SUR TABLE, ANTHONY LOPES

ABAT SON JEU À YU-GI-OH!

Lors du repas de l’anniversaire des 18 piges d’Éléonor, ma nièce adorée, je me suis retrouvé en face de Paul, son cousin. En esquivant joyeusement mes vannes relous, le vingtenaire bien coiffé m’apprend qu’il fait le tour du monde, tous frais payés, pour jouer à Yu-Gi-Oh!, un jeu de cartes made in Japan. Cerise sur le gâteau, il me précise même que son pote, un Differdangeois dénommé Anthony Lopes, est neuvième au classement mondial. Choc mental pour le boomer en préménopause que j’incarne, je dois absolument rencontrer ce pro gamer pour qu’il me raconte pourquoi à 28 ans, il s’enferme dans une salle blindée de geeks pour siroter un Monster blanc et se lancer à la gueule des cartes qui peuvent atteindre jusqu’à 900 balles. Anthony, ne bouge pas, j’arrive et j’ai plein de questions.

Le rendez-vous est donné le samedi 7 février à midi au shop Mana Temple, au cœur de Beggen. La boutique est déjà pleine de barbus à casquettes qui, les yeux dans les yeux, jouent aux cartes avec le sourire. Aujourd’hui, les gars sont comme des oufs, c’est jour de tournoi pour fêter la pré-release de la nouvelle extension de Riftbound, le titre qui a le vent en poupe au sein de cette communauté de joyeux drilles. Au fond du spot, un beau gosse galbé comme un dieu grec me fait un signe de la main. Il range soigneusement ses cartes dans une petite boîte noire, se lève et se présente : « Bonjour, moi c’est Anthony, vous allez bien ? ». Ça ira déjà mieux si tu me tutoies l’ami !

Anthony Lopes ne correspond pas exactement à l’image du nerd coincé que je pensais rencontrer. Il est sûr de lui, cool et maîtrise le second degré à la perfection. Né au Luxembourg, aujourd’hui doctorant à l’Université catholique de Louvain en informatique et intelligence artificielle, il partage son temps entre la recherche et les compétitions. « Mes parents vivent à Differdange et j’y reviens tous les 15 jours pour les voir. Sinon, la plupart du temps, je bouge à droite à gauche pour des tournois. »

La semaine, Anthony est plongé dans ses recherches sur la modélisation et l’optimisation de l’IA. « En gros, j’essaie que l’IA consomme moins de ressources, moins d’eau (sourire). » Il décrit la recherche comme une stratégie lente, parfois ingrate. Tu passes des semaines sur un problème qui finit par te montrer que tu t’es trompé de direction.

Il sourit quand il compare ça à Yu-Gi-Oh!. « En tournoi, tu peux perdre dix minutes, en recherche, tu peux perdre six mois pour rien. » Pourtant, il voit une continuité évidente entre les deux. La science lui a appris la patience et l’humilité, le jeu lui a appris la lucidité et la gestion du

Images Fabio Wiethoff

stress. L’un construit la capacité à tenir sur la durée, l’autre entraîne à décider vite sous pression. Il a appris à aimer ces deux temporalités contradictoires.

En dehors de la compétition, Anthony regarde des animés sans se définir comme un pur otaku. Il cite L’Attaque des Titans et Monster comme des références majeures. Quand il classe ses jeux de cartes préférés, Yu-Gi-Oh! arrive en tête pour la vitesse et l’interaction, le poker pour la lecture humaine et la gestion émotionnelle, et Magic pour la profondeur stratégique et la longévité. Le poker en ligne lui a appris à accepter la variance, à ne pas s’effondrer après une mauvaise série. Yu-Gi-Oh! lui a appris à décider vite sous pression. L’un te teste sur la durée, l’autre sur l’instant. Dans les deux cas, si tu perds ton calme, tu perds bien plus qu’une manche. À travers son parcours, Anthony Lopes incarne une manière très contemporaine de vivre la compétition. Ni romantique à l’excès ni cynique. Il ne joue pas pour empiler des trophées, mais pour ce que le jeu lui permet de vivre humainement. La performance est un instant. La communauté est une durée. Et ce qu’il garde vraiment, ce ne sont pas les cartes qu’il a posées, mais les silences avant un match décisif, les discussions après une défaite, et cette sensation particulière d’avoir tenu debout quand tout aurait pu basculer en un tour.

« JE BOUGE À DROITE À GAUCHE POUR DES TOURNOIS. »

NO PAIN NO GAIN

Son hygiène de vie est devenue un pilier de son équilibre. Il s’entraîne en salle de fitness depuis ses 18 ans, trois fois par semaine. Pas pour la performance esthétique, mais pour la clarté mentale. « Mon cerveau joue mieux quand mon corps va bien. » Il ne se prive pas de tout, apprécie une bière en Belgique avec les copains, mais garde une ligne simple : « Quand tu es rincé, tu prends de mauvaises décisions ». En compétition, ce sont des erreurs qui se payent immédiatement. Il raconte qu’il a appris à reconnaître les moments où la fatigue t’entraîne vers des choix irrationnels. Pour lui, la lucidité n’est pas seulement une qualité mentale, c’est une conséquence directe de ton hygiène de vie. Tu ne gagnes pas avec des biceps, mais tu perds très facilement avec un cerveau en surcharge. Quand il parle de Yu-Gi-Oh!, son discours se précise, presque se resserre. Il décrit le jeu comme une forme d’échecs nerveux. La différence fondamentale, selon lui, c’est que l’adversaire peut jouer pendant ton tour.

SMART KIDS ON THE BLOCK

Texte

Il n’y a pas de coût pour jouer les cartes, ce qui rend le jeu extrêmement rapide. Tout peut basculer en quelques secondes. Tu ne joues pas contre des cartes, tu joues contre des intentions. Lire l’autre, anticiper ce qu’il prépare, comprendre sa logique avant même qu’il ne pose sa deuxième carte, c’est là que se joue la partie. Les bases sont simples en apparence : deux joueurs, un deck préparé à l’avance de quarante cartes, cinq cartes en main au départ, des interactions constantes. « La profondeur vient de la stratégie, de la connaissance du jeu global, de la capacité à prévoir ce que les autres vont amener à la table dans les semaines à venir. » Son entraînement ne se limite pas à jouer. Il passe énormément de temps à faire de la théorie, à analyser les tendances, à imaginer des scénarios. Il rejoue des situations comme on rejoue une position aux échecs. « Rester au top est plus dur que d’y arriver une fois. Le jeu évolue en permanence, les cartes changent, les stratégies se déplacent. Si ton mental reste figé, tu te fais dépasser. La performance est un instant, alors que l’adaptation est une trajectoire. »

MONEY FOR NOTHING

En 2024, Anthony signe l’un de ses plus grands résultats en se classant neuvième mondial à Seattle, premier Européen du tournoi. Sur le papier, neuvième sur vingt-six peut sembler anecdotique. Dans la réalité, les vingt-six joueurs présents sont déjà l’élite mondiale, triés à travers des sélections drastiques. Arriver à ce niveau, c’est déjà survivre à une série d’épreuves mentales. « Je te parle du stress, des journées interminables, de la fatigue qui s’accumule quand chaque décision peut t’éliminer. » Il est lucide sur l’aspect financier : Yu-Gi-Oh! ne rend pas riche. Les gains couvrent rarement les coûts réels. « Si tu fais ça pour l’argent, tu te dégoûtes vite. » Ce qu’il garde, ce sont les trajectoires humaines, les rencontres, la sensation d’avoir tenu sous pression. « Regarde autour de moi, ici, je me suis fait plein d’amis, c’est ça la vraie richesse de Yu-Gi-Oh! (sourire). »

C’est dans ce contexte qu’il s’apprête à être sponsorisé par Mana Temple, une boutique basée à Beggen qui s’est imposée comme l’un des points de rencontre majeurs de la scène TCG, comprendre Trading Card Game, au Grand-Duché. Pour lui, ce n’est pas qu’un soutien logistique. C’est l’adhésion à une vision du jeu. Mana Temple est né d’une idée simple : des joueurs passionnés qui voulaient créer plus qu’un magasin. L’objectif n’était pas de vendre que des produits scellés à la chaîne, mais de se focaliser sur les cartes à l’unité, l’échange et construire une vraie communauté. Ce qui avait commencé comme une idée entre amis est devenue une adresse de référence pour Magic, Yu-Gi-Oh!, Pokémon et d’autres jeux de cartes à collectionner. Le fonctionnement du lieu reflète cette philosophie. Taï Wedekind en est le pilier. Il porte le projet avec une gestion rigoureuse, mais surtout avec une attention constante aux gens. Il veut que chaque joueur se sente accueilli, respecté, écouté. Il cherche à construire un espace où les joueurs peuvent grandir ensemble, se connecter, se reconnaître. L’histoire de Mana Temple est aussi celle d’un virage de vie. Taï Wedekind a quitté un parcours académique stable pour se lancer dans un projet risqué. Avant, il enseignait l’anatomie et

travaillait dans l’illustration scientifique. Le déclic est venu lors d’événements privés organisés chez lui, autour d’une table de cuisine à Mersch. « On a joué toute la journée avant de discuter d’autre chose que de cartes. L’argent était secondaire. Ce qui comptait, c’était l’ambiance, la chaleur humaine, l’idée que chacun puisse se sentir à sa place. » Cette philosophie se retrouve aujourd’hui dans les règles du shop : pas de discrimination, pas de comportements toxiques, pas d’agressivité. Le lieu se veut un espace où l’on peut décrocher du stress quotidien. Peu importe ton statut social, une fois à la table, tu es juste un joueur parmi les autres.

« JE ME SUIS FAIT PLEIN D’AMIS, C’EST ÇA LA VRAIE

RICHESSE

DE YU-GI-OH! »

Sergi Pérez Casas incarne le lien entre la passion et la réalité économique. Il a collectionné et échangé des cartes toute sa vie. Sa connaissance incomparable de ce milieu permet au shop de se diversifier sur tous les fronts. Il gère l’opérationnel, sélectionne les cartes, structure l’inventaire et anime la scène locale par les événements. Ensuite, mention honorable à Marco Roque pour sa perspicacité à voir tous les défauts et à vouloir tout améliorer et optimiser. C’est lui qui gère la fluidité du quotidien. Ensemble, ils forment un équilibre rare entre vision, gestion et terrain. Mana Temple n’existerait pas sans le soutien d’un cercle élargi de proches, de joueurs locaux, d’amis et de familles qui ont cru au projet dès le départ. Certains ont aidé à monter des tables, d’autres ont fait connaître le lieu, d’autres encore sont venus jouer dès les premiers événements. Par exemple, Pedro Frias aide à développer Pokémon au Mana Temple quand Tom Besch, de son côté, tire la communauté One Piece vers un niveau plus compétitif au Luxembourg. Cette énergie collective a donné au lieu une atmosphère particulière, presque familiale. Ce n’est pas un shop où l’on passe en coup de vent. C’est un endroit où l’on reste, où l’on parle, où l’on refait le monde entre deux manches.

Cette dynamique communautaire a permis l’organisation d’événements d’ampleur. Pour la première fois au Luxembourg, un tournoi régional qualificatif pour la Yu-GiOh! World Championship a été organisé, rassemblant près de 260 joueurs venus du pays et des régions voisines. Au Hall O de Niederkorn, l’atmosphère était à la fois détendue et ultra concentrée. Des rangées de tables, un écran géant avec compte à rebours, des duels tendus du matin jusqu’au soir. L’événement, coorganisé par Mana Temple et le Gaming-Verein Lëtzebuerg, avait un objectif clair : donner à la scène luxembourgeoise un cadre à la hauteur de son niveau réel. La présence de joueurs de très haut niveau a donné une crédibilité immédiate à l’initiative. Mais au-delà des classements, ce qui a marqué l’équipe, c’est de voir des joueurs parcourir des centaines de kilomètres pour venir s’asseoir autour de tables au Luxembourg. Ces bonhommes ont mis le Luxembourg sur la carte (de Yu-Gi-Oh! ) et c’est beau ! Venez faire un tour au shop, ça en vaut le détour et passez le salam à Anthony de la part de Bold, c’est désormais un ami de la famille.

pendant 6 mois pour toute nouvelle souscription*

*Offre promotionnelle valable jusqu’au 30/04/2026 inclus. Voir conditions sur pop.lu/promo

AUTOMOBILE L’INNOVATION REDÉFINIT LE MOUVEMENT

Du 24 janvier au 2 février, la 62e édition de l’Autofestival était l’occasion de vérifier si les propositions des constructeurs répondaient aux attentes des consommateurs.

Avec plus de 90 concessions et une affluence record du public dès l’ouverture, pas de doute : les conditions étaient optimales pour sonder l’état du marché.

Di Vincenzo
© Damien Schleich - Gridx

Transition énergétique, sécurité, financement : des préoccupations qui pèsent autant sur l’industrie automobile que sur les préférences des consommateurs. On peut dire en préambule que, face à un public exigeant et mieux informé, les constructeurs ont dû s’adapter. Plus qu’une surenchère de modèles, de motorisations et d’options, c’est donc une véritable vision qu’ils proposent aujourd’hui. La voiture n’est plus vraiment un objet de convoitise qu’on est fier de posséder, mais un outil fonctionnel, plus ou moins agile et vertueux, qu’on choisit en fonction de ses valeurs et de son mode de vie.

MOTEURS THERMIQUES : L’UNION EUROPÉENNE ENCLENCHE LA MARCHE ARRIÈRE…

Le moins que l’on puisse dire, c’est que l’interdiction des voitures thermiques neuves après 2035 (votée par l’Union européenne en 2022) n’a pas fait consensus dans l’industrie automobile. En effet, si les constructeurs déjà bien engagés dans la production de véhicules 100 % électriques ont accueilli la nouvelle sans broncher, ils ne constituent pas la totalité du marché. Face à la levée de boucliers, l’Europe a donc tranché, fin 2025, en ouvrant une petite fenêtre (10 % des émissions à l’échappement) aux véhicules thermiques et hybrides rechargeables. Soulignons que ces derniers sont privilégiés par les constructeurs premium pour une transition en douceur, les Allemands en tête avec BMW, Audi et Mercedes.

Mais revenons au terrain, à hauteur de concessionnaires et de conducteurs. Dans les allées de l’Autofestival, nous avons relevé un réel intérêt pour les véhicules électriques, plus marqué il est vrai en ce qui concerne les flottes d’entreprise. Quant aux particuliers, ils boudent clairement le diesel et adhèrent à l’option du véhicule rechargeable à condition qu’il soit suffisamment autonome.

« LE MOINS QUE L’ON PUISSE DIRE, C’EST QUE L’INTERDICTION DES VOITURES THERMIQUES NEUVES APRÈS 2035, N’A PAS FAIT CONSENSUS DANS L’INDUSTRIE AUTOMOBILE. »

Côté constructeurs, l’offre est diversifiée et chaque automobiliste peut trouver son bonheur. Tandis que Polestar s’adresse à un public déjà converti avec une offre 100 % électrique, Autosphère propose une gamme étendue (motorisations hybrides, full hybrides, plug-in ou 100 % électrique) qui reste toutefois centrée sur le budget, la polyvalence et la simplicité. Entre les deux, BMW, attaché à son héritage, propose une électromobilité aussi attrayante que possible : autonomies étendues, interfaces repensées, comportement routier impeccable.

© Fabian Kirchbauer - BMW
«

AUJOURD’HUI, LE LUXE ULTIME S’INCARNE DANS UN VÉHICULE

PEU POLLUANT, CONFORTABLE, PERFORMANT ET RASSURANT. »

LA

VOITURE

À VIVRE SONNE-T-ELLE LE GLAS DES VÉHICULES DE LUXE ?

Comme précisé en préambule, la majorité des conducteurs rêvent d’une voiture fonctionnelle, agile et vertueuse. Alors exit les tableaux de bord en ronce de noyer, les sièges en cuir et les calandres XXL ! Place à l’espace et à la modularité, aux technologies embarquées qui facilitent ou agrémentent le trajet et plus que jamais, dans une époque anxiogène, à la sécurité. Ces aspirations, loin d’être démesurées, sont souvent les critères de base pour le choix d’un véhicule. Les constructeurs les intègrent désormais, y compris en entrée de gamme. Pour la marque au losange, les efforts pour développer les aides à la conduite ont même permis de conquérir un public jusque-là réservé. Côté design, le constructeur se démarque en misant sur la nostalgie avec le retour de l’abordable et iconique Renault 5. Un modèle qui ne manquera pas de séduire seniors ou jeunes actifs, tandis que les familles se sentiront plus à l’aise à bord du SUV Austral ou du nouvel Espace, optimisés en termes de performances et de consommation.

Pour un budget plus conséquent, Polestar se vante de proposer « la meilleure technologie au monde » et se soucie particulièrement de la sérénité des passagers. Ainsi, le SUV Polestar 3 a décroché 5 étoiles aux tests de sécurité. Pour les longues distances, c’est la nouvelle BMW iX3 qui fait sensation avec 800 kilomètres d’autonomie WLTP. On voit que, même en gamme premium, les marques ont bien compris les priorités de leur clientèle : aujourd’hui, le luxe ultime s’incarne dans un véhicule peu polluant, confortable, performant et rassurant.

Mais la fonctionnalité implique-t-elle forcément d’enterrer l’automobile pour ce qu’elle représente dans l’imaginaire collectif et la culture ?

LES LUXEMBOURGEOIS ET LA VOITURE, ÉTAT DES LIEUX

Chez Autosphère, on a profité de l’Autofestival pour prendre la température et faire des affaires. L’enthousiasme était au rendez-vous avec un public à la fois plus nombreux et déterminé : « Les ventes se concluent rapidement et leur nombre est en hausse par rapport aux deux éditions précédentes. En 2026, notre force réside dans notre capacité à rendre la transition accessible et rassurante », nous explique Stefan Przybyla, directeur du Groupe Autosphere Autopolis. Chez Bilia, on attribue ce succès à un niveau de remises plus élevé et à des offres de financement exceptionnelles. Le concessionnaire BMW relève cependant que, dans un climat apaisé

Texte Émilie Di Vincenzo
© Polestar premieres film starring Alexander Skarsgård

après une longue période d’instabilité économique, les consommateurs ne se laissent pas seulement séduire par l’aspect financier : sur ce marché ultra-concurrentiel, ils sont aussi à l’affût de la nouveauté. Pour beaucoup, elle consiste tout simplement à passer du thermique à l’électrique. « Avec l’arrivée de la Neue Klasse, BMW franchit un cap symbolique. L’électrique n’est plus une alternative, mais une nouvelle expression du plaisir de conduire », assure Olivier François, Marketing Manager de Bilia Luxembourg.

« LES VISITEURS NE VIENNENT PLUS DÉCOUVRIR L’ÉLECTRIQUE

NI LA MARQUE : ILS VIENNENT AFFINER UN CHOIX. »

Un investissement toutefois conséquent pour lequel la marque propose une « porte d’entrée idéale », le leasing : « une mensualité claire, tout compris, sans se soucier de la valeur de revente dans un marché en évolution rapide ». Polestar se réjouit d’un marché plus mature en matière d’électromobilité. « Les visiteurs ne viennent plus découvrir l’électrique ni la marque : ils viennent affiner un choix », nous confie Lies Eeckman, directrice de Polestar. Cette année, c’est pour comparer que les visiteurs ont arpenté les allées de l’Autofestival, shortlist à la main, avec des questions spécifiques. Lors de son implantation au Grand-Duché il y a quatre ans, le constructeur suédois a clairement remarqué l’esprit « pionnier » des Luxembourgeois vis-à-vis des véhicules électriques, même si la tendance s’est un peu tassée depuis.

Si l’acquisition d’un véhicule neuf n’est pas à la portée de toutes les bourses, le Luxembourg affiche tout de même un bilan positif (+ 1,1 %) pour les véhicules de tourisme mis sur le marché en 2025. Cette progression est d’autant plus notable qu’elle est survenue après la baisse de 5 % observée en 2023. Sur ce point, le Grand-Duché fait mieux que la France (- 5,2 %) et que la Belgique (- 7,5 %), mais un peu moins bien que l’Allemagne (+ 1,4 %).

HYBRIDE ET ÉLECTRIQUE EN TÊTE, OCCASION EN PROGRESSION

Autre bonne nouvelle : en termes d’immatriculation de voitures neuves, l’hybride et l’électrique ont dépassé le thermique. Mais l’innovation et la transition énergétique ont un coût, et au Luxembourg comme ailleurs, le marché de l’occasion progresse (+ 4,5 %) avec plus de 62 000 véhicules immatriculés en 2025. Tout compte fait, avec plus de 100 000 certificats d’immatriculation enregistrés au total l’an passé dans un pays de moins de 700 000 habitants, on peut dire que les Luxembourgeois aiment la bagnole, ou du moins qu’ils ne sont pas prêts à s’en passer. Mais n’oublions pas que par son design, qui plus est par son standing, la voiture reste un marqueur social, une expression de soi largement affichée sur la voie publique. Finalement, « la modernité n’est pas réservée à une élite et l’innovation

prend tout son sens lorsqu’elle s’adresse au plus grand nombre », affirme Stefan. Ceci dit, si avant de céder à une voiture pour votre quotidien, vous avez envie de rêver démesurément, faites un tour par Gridx.

« LA RARETÉ D’UN VÉHICULE

NE SE RÉSUME PAS À SA VALEUR

MARCHANDE : ELLE NAÎT D’UN MOTEUR, D’UN PALMARÈS, D’UNE

PROVENANCE OU D’UNE ÉMOTION PARTAGÉE. »

GRIDX, L’AUTOMOBILE COMME ŒUVRE VIVANTE

On pense à la Renault type K de la bande à Bonnot, à la Porsche 550 Spyder de James Dean ou à la Ford Mustang de Jean-Louis Trintignant… Si la voiture

reste pour vous une œuvre vivante, chargée de récits, de mémoire et d’émotion, alors rendez-vous au Gridx !

À travers une approche qui mêle collection, mise en scène et culture mécanique, ce lieu propose un regard singulier sur la voiture, envisagée comme un marqueur culturel à part entière. Comme l’explique Thomas Berns, responsable d’Automotive, « La rareté d’un véhicule ne se résume pas à sa valeur marchande : elle naît d’un moteur, d’un palmarès, d’une provenance ou d’une émotion partagée. ». Ainsi, chaque modèle exposé « raconte une histoire, qu’elle soit liée à la compétition, au design, au cinéma ou à une trajectoire personnelle ».

Le musée, volontairement évolutif, renouvelle régulièrement ses pièces, refusant toute approche figée ou nostalgique. Entre galerie d’art automobile et lieu de transmission, Gridx défend une vision décomplexée de la collection, où le plaisir de conduire prime sur la spéculation, et où la voiture retrouve sa place originelle : « celle d’un objet de désir, de liberté et de culture, à la croisée de l’industrie, du design et de l’imaginaire collectif ».

OPTIMISEZ VOTRE FACTURE GRÂCE AUX OFFRES ÉLECTRICITÉ D’ENOVOS

Le leader régional de l’énergie a enrichi son offre d’électricité verte pour mieux s’adapter aux modes de vie. Prix fixe, tarif dynamique ou formule dédiée aux conducteurs de véhicules électriques : chacun peut optimiser sa consommation, réduire sa facture et choisir l’énergie qui lui ressemble.

Pourquoi Enovos propose différentes offres d’électricité ?

Parce que nos modes de vie changent. Télétravail, mobilité électrique, équipements programmables… les habitudes de consommation évoluent. Enovos adapte donc ses produits pour proposer des solutions plus justes, plus flexibles et plus proches des besoins réels des foyers.

Quelle est la philosophie derrière ces offres ?

Fournir de l’électricité ne se limite pas à livrer de l’énergie. Enovos accompagne ses clients dans la transition énergétique et les aide à mieux comprendre et maîtriser leur consommation afin de réduire leur facture.

Toutes les offres sont-elles vertes ?

Oui, l’électricité proposée est 100 % verte, issue des énergies solaires, éoliennes et hydroélectriques. Elle est produite en Europe, et même dans la région avec l’option nova. L’origine de l’énergie est certifié e par TÜV, garantissant un contrôle indépendant et rigoureux.

À qui s’adresse l’offre fix naturstroum ?

Aux personnes qui recherchent avant tout la sécurité. Le prix de l’électricité est fixe pendant toute la durée du contrat, ce qui protège des hausses et des variations du marché.

Que propose l’offre dynamic naturstroum ?

Elle s’adresse aux foyers équipés d’appareils programmables ou de systèmes de stockage et capables d’adapter leur consommation. Le prix de l’électricité évolue heure par heure selon le marché. En consommant aux moments les plus avantageux, il est possible de réaliser de réelles économies.

Et pour les conducteurs de véhicules électriques ?

L’offre naturstroum drive a été pensée pour eux. Elle propose des tarifs réduits de 30 % tous les jours de minuit à 6h ainsi que les week-ends de 12h à 17h. En contrepartie, les heures pleines sont légèrement majorées. En programmant la recharge du véhicule et d’autres appareils aux heures creuses, les économies sont significatives.

Existe-t-il une offre plus classique ?

Oui, naturstroum home reste disponible. Avec sa facturation simple, elle demeure l’offre la plus choisie par les clients.

Comment savoir quelle offre est la plus avantageuse ?

Enovos met à disposition un simulateur sur son site web et dans l’app MyEnovos qui permet d’identifier l’offre la plus adaptée à son profil et à ses habitudes de consommation. En quelques clics, chacun peut estimer ses économies potentielles et faire un choix éclairé. Le simulateur est disponible en scannant le QR code sur cette page.

Le mot de la fin ?

Avec Enovos, chacun peut trouver l’énergie qui lui correspond et agir concrètement pour optimiser sa consommation, réduire sa facture et soutenir la transition énergétique.

FOCACIAO, ACTE II

Un an après avoir fait croustiller Belval, Caroline Bettembourg transforme l’essai. Le 11 mars 2026, l’entrepreneure ouvre un deuxième Focaciao au Shopping Center Cloche d’Or. Nouveau spot, même mantra : élever la focaccia au rang d’icône lifestyle. Ex-marketeuse devenue artisane par passion, Caroline Bettembourg cultive l’exigence comme une signature. Pâte maison pétrie et cuite sur place, fromages et charcuteries importés d’Italie, produits frais travaillés chaque matin, tiramisus et cookies homemade : ici, rien n’est laissé au hasard. Focaciao casse les codes du fastfood et impose une alternative premium, gourmande et ultra-désirable. Pensée comme un repaire chic et chaleureux, l’adresse de la Cloche d’Or coche toutes les cases : lunch rapide mais raffiné, pause stylée entre deux réunions, virée shopping ponctuée d’une touche de dolce vita. Une success story au féminin qui prouve qu’au Luxembourg, l’audace a du goût et du caractère.

QUAND LA VODKA PREND FEU

Deux icônes du goût attisent les braises. Une vodka épicée fait son entrée et promet de secouer les habitudes, portée par l’attrait croissant pour les saveurs qui chauffent. Disponible depuis février 2026 dans plus de 50 pays, cette nouveauté s’inscrit dans une dynamique durable : le « heat » ne relève plus seulement les plats, il s’impose désormais dans le verre. Élaborée à partir d’une infusion naturelle de piments rouges fermentés, sans sucres ajoutés, la recette privilégie l’équilibre à l’excès. Le piquant s’installe en douceur, puis gagne en intensité, diffusant une chaleur maîtrisée qui respecte les arômes et la rondeur de la vodka. Une progression précise, pensée pour séduire autant les adeptes de classiques revisités que les explorateurs de nouvelles sensations. Bloody Mary intensifié, limonade revisitée ou dégustation pure : cette vodka épicée assume une approche audacieuse et décomplexée, reflet d’un marché des spiritueux en pleine évolution. Une chose est sûre : la flamme ne faiblit pas. Absolute Vodka.

DE LÉA À LOUIS, L’HISTOIRE CONTINUE

Le nom évolue, l’esprit demeure. À Luxembourg, la maison fondée par Léa Linster devient Louis Linster, symbole d’un passage de témoin aussi évident que fluide. Aux commandes, Louis Linster, fils de la cheffe étoilée, formé dans de grandes maisons et prêt à inscrire l’adresse familiale dans son temps.

Ce nouveau nom n’a rien d’une cassure, il affirme une trajectoire. Celle d’une génération qui assume sa voix tout en honorant un héritage bâti sur la rigueur et la précision. Un héritage unique : Léa Linster reste la seule femme à avoir remporté le Bocuse d’Or, distinction mythique dans un univers longtemps dominé par les hommes. En cuisine, les bases sont là, mais le style s’affine, plus personnel, plus actuel. Une transition tout en maîtrise, où la transmission se fait sans nostalgie et où l’avenir s’écrit avec confiance.

HUÎTRES CHRONO ET HUMOUR SALIN

Les 7 et 8 avril 2026, au cœur du Salon Gourmets, à Madrid, dans l’enceinte de l’IFEMA Madrid, le Championnat d’Espagne des ouvreurs d’huîtres fête sa 18e édition et sa majorité. Huit candidats s’y mesureront pour décrocher le titre 2026, couteau en main et nerfs bien accrochés. L’an dernier, le tenant du titre a expédié 40 huîtres en 6 minutes 43 : plus vite qu’il n’en faut pour dire « filet de citron ». Attention toutefois, ici la moindre coquille se paie cash : nacre brisée, chair abîmée ou petite coupure sanguinolente, et c’est la sanction. Clou du spectacle, l’association Cocinar a Ciegas prouvera qu’on peut ouvrir des huîtres les yeux fermés « littéralement », grâce à un travail tactile d’une précision bluffante. Entre performance, inclusion et une Carbonara Challenge très al dente, le produit est roi… Et l’adrénaline bien iodée.

BRUXELLES SECOUE LA SCÈNE COCKTAIL

Les 29 et 30 mars 2026, Bruxelles redevient l’épicentre du cool liquide. Pendant deux jours, le Brussels Bar Show investit le Silo Brussels, 54, rue de Meudon, de 11h à 19h, et rassemble bartenders, chefs et figures de l’hospitalité venues d’ici et d’ailleurs. Plus qu’un salon, un véritable terrain d’expression où vision, savoir-faire et culture d’équipe se confrontent sur la mainstage. Nick Bril y dialogue avec Femke Vandevelde autour des tensions fertiles entre gastronomie et métier de barman, là où créativité et discipline s’équilibrent. Gregory Buda, passé par The Dead Rabbit, explore quant à lui les rouages du geste parfait avec une session qui mêle technique et science. À l’affiche également : Didier Vandebrouck sur la forme physique derrière le bar, Olivier Jacobs sur le bartending durable en Belgique et Domenico Palmieri avec une masterclass autour du Paper Plane et de l’Amaro Nonino. Le 29 mars au soir, la fête se prolonge sur le rooftop du The Standard Hotel : skyline, food et cocktails pour finir en beauté.

© Senne Van der Ven

AZUR, LA FRENCH TOUCH QUI ÉLECTRISE KIRCHBERG

À Kirchberg, Azur s’impose comme le nouveau QG des déjeuners affûtés et des dîners qui montent en température. Ouvert en sept jours chrono par Mansogroup, le lieu bouscule la brasserie classique avec une énergie bien dans son époque : rapide, maîtrisée, sans compromis sur le goût. En cuisine, le chef Christophe Deparday revendique la tradition française, la vraie. Cuissons lentes, sauces réduites, viandes maturées, bouchée à la reine et bœuf bourguignon version power plate : ici, le mijoté devient sexy. La mer n’est pas en reste, entre huîtres, tartare de thon bluefin et SaintJacques impeccables. Le décor joue la carte du chic décontracté, pensé pour voir et être vu. En final sucré, Judith Macia signe des cheesecakes ultradésirables qui font déjà parler d’eux. Résultat : une table raffinée mais accessible, calibrée pour une génération qui veut du style, du goût et zéro ennui.

NYYO, LE VIETNAM EN VERSION URBAINE

À Ixelles, NYYO insuffle un vent nouveau sur la gastronomie vietnamienne. Dans un décor brut, presque industriel, l’adresse cultive une esthétique contemporaine où les assiettes se partagent autant qu’elles se photographient. Le restaurant vient de dévoiler un nouveau menu qui affirme plus que jamais son ADN : produits travaillés sur place, inspirations métropolitaines assumées et cuisine pensée comme un terrain de jeu collectif. Ici, les classiques vietnamiens se frottent à une lecture actuelle. Le ceviche bouscule les repères, le thit kho se fait intensément réconfortant, tandis que le Shrooms & Noods célèbre la gourmandise végétale. Les textures dialoguent, la fraîcheur domine, la générosité ne triche pas. La carte évolue au fil des saisons, tout en conservant ces signatures devenues incontournables.

Si NYYO mise sur la convivialité, l’adresse sait aussi séduire les solitaires pressés du midi ou les amateurs de dîners plus posés. Options végétariennes, vins naturels soigneusement sélectionnés et cocktails maison affûtés complètent l’expérience. Aux beaux jours, deux terrasses prolongent le plaisir, l’une animée côté rue, l’autre plus confidentielle à l’arrière. Depuis son ouverture, NYYO s’est imposé comme un hotspot bruxellois, attirant une clientèle pointue et même, en toute discrétion, quelques célébrités de passage.

DE LA FÈVE À LA TABLETTE,

TOUT SIMPLEMENT

Le chocolat n’a jamais été aussi hot au Luxembourg. À la Maison Oberweis, on ne se contente pas de fondre du cacao : on le façonne, de la fève à la tablette, selon le concept ultra-pointu « Bean to Bar ». Après un trip immersif en Colombie, Tom Oberweis remet la lumière sur un savoir-faire unique au Grand-Duché : ici, chaque fève est sourcée avec exigence, fermentée, séchée, puis transformée dans l’atelier maison, sans passer par des couvertures industrielles. Torréfaction millimétrée, broyage précis, conchage long et tempérage glossy : le process est maîtrisé de A à Z pour révéler des notes fruitées, florales, boisées ou carrément épicées. Mais derrière le goût qui claque, il y a une vraie philosophie : payer les producteurs au juste prix, réduire les intermédiaires, remettre l’artisanat au centre du game. Résultat ? Une tablette 100 % confectionnée au Luxembourg, traçable, engagée et furieusement stylée. Le chocolat local passe en mode premium et on en redemande.

© Justin Paquay

Oubliez tout. Effacez de votre esprit ces images d’Épinal un peu jaunies des années 90, les complexes hôteliers monolithiques et la débauche bon marché de la longue S’Arenal avec ses parasols à perte de vue. Si vous en êtes resté là, vous passez à côté de l’une des expériences les plus vibrantes de la Méditerranée. À seulement deux heures de vol du Findel, Majorque a opéré une mue spectaculaire, devenant le refuge d’un profil de voyageur exigeant, qui délaisse volontiers Ibiza la survoltée pour ses terres plus rudes, plus vraies, plus solaires encore.

Texte Émilie Di Vincenzo
Palma de Majorque

Ici, le luxe ne s’affiche pas, il se vit. Il se révèle dans le silence d’une oliveraie millénaire, dans la texture d’une céramique artisanale de Pòrtol ou dans l’éclat d’un verre de vin blanc local dégusté sur un rooftop de Palma face au couchant. Bienvenue sur l’île-monde, où le slow travel flirte avec l’hédonisme nocturne, et où l’authenticité n’est pas un argument marketing, mais une règle de vie.

LA TRAMUNTANA : ODE À LA LENTEUR ET AU SACRÉ

Pour comprendre Majorque, il faut s’enfoncer dans sa colonne vertébrale : la Serra de Tramuntana. Classée au patrimoine mondial de l’UNESCO, cette chaîne de montagnes devient le sanctuaire de ceux qui cherchent à « débrancher ». Ici, les routes serpentent entre les murets de pierre sèche et les terrasses de culture qui semblent défier la gravité. On oublie les smartphones, le travail et les soucis du quotidien pour se reconnecter à l’essentiel. Au cœur de la Tramuntana, le village de Valldemossa est un véritable joyau. C’est ici que George Sand et Frédéric Chopin s’aimèrent dans le froid d’un hiver monacal… Mais à présent, c’est au printemps que ce lieu révèle pleinement sa poésie. On s’y arrête pour une halte chez QuitaPenas Valldemossa. L’adresse porte bien son nom : on y oublie ses peines autour d’un pa amb oli (pain à l’huile) revisité, de charcuteries locales et d’un verre de vin de la région. Le ton est donné : simple, franc, mais d’une justesse absolue. Un cadre magique dans une authentique maison de 200 ans d’âge, empreinte d’histoire.

Un peu plus loin, Deià attire depuis des décennies les artistes et les esthètes en quête de lumière. C’est un village vertical, suspendu entre le vert des pins et le bleu de la mer. On descend à pied jusqu’à la Cala Deià, cette crique de galets où les cabanes de pêcheurs servent de décor à des déjeuners qui s’éternisent. Ici, plus que nulle part ailleurs, on respire une forme de liberté sauvage, loin du tumulte du monde, où le seul luxe est le temps que l’on s’accorde.

LE GRAND BLEU : ENTRE CRIQUES SAUVAGES ET BEACH CLUBS

Majorque possède ce don rare d’offrir des paysages dignes des Caraïbes, et ceci à seulement quelques encablures de l’Europe continentale. Le sud de l’île, véritable labyrinthe de criques, offre des paysages avec une eau parfois si cristalline qu’elle en paraît irréelle. Parmi les plages incontournables à découvrir, perdez-vous entre :

- Caló des Moro et cala s’Almunia : ce sont les jumelles terribles. Difficiles d’accès, elles se méritent. La caló des Moro, véritable joyau, est accessible après une dizaine de minutes de marche sur un sentier assez rocailleux et un peu raide (pensez à prendre de bonnes chaussures). La cala s’Almunia ne dispose pas de parking dédié non plus. Pour découvrir ce petit paradis, il faudra stationner à cala Llombards et marcher une demi-heure environ. Loin des plages populaires, vous apprécierez la vue spectaculaire sur les fonds marins.

« MAJORQUE POSSÈDE CE DON RARE D’OFFRIR DES PAYSAGES DIGNES DES CARAÏBES. »
Cala Llombards

CITY TRIP

- Cala Llombards et cala Santanyí : plus accessibles, elles conservent une âme familiale et bohème. On y vient pour la douceur de vivre et le sable fin.

- Mondragó et S’Amarador : situées dans un parc naturel, ces plages sont entourées de dunes et de forêts de pins. Elles incarnent Majorque dans sa version la plus pure et surtout la plus préservée.

- Cala Pi : une faille étroite où l’eau s’engouffre entre de hautes falaises. Spectaculaire et délicieusement incontournable.

Certaines plages élevées au rang de véritables joyaux exigent une approche respectueuse. Au cœur de l’été, la pression touristique y est parfois telle que l’île peut sembler retenir son souffle… On leur préférera la douceur de l’arrière-saison pour en saisir l’essence véritable. D’ailleurs, si le printemps est poétique, l’hiver majorquin offre une mélancolie superbe, loin de la carte postale estivale, permettant de retrouver « l’île sauvage et parfois hostile » décrite par George Sand.

Pour ceux qui préfèrent le confort d’un transat et le rythme d’un DJ set, direction le Beach Club Gran Folies. Niché dans la cala Llamp, c’est le point de ralliement d’une sociabilité exigeante, qui privilégie l’authenticité aux artifices d’Ibiza. À l’opposé, la playa Camp de Mar offre de son côté une curiosité locale : un restaurant situé sur un petit îlot relié à la terre par une passerelle en bois, Illeta. Romantique à souhait.

GASTRONOMIE : LE GOÛT DU TERROIR ET DU SECRET

Si vous pensiez ne manger que des tapas génériques à Majorque, détrompez-vous. En pleine effervescence, la scène culinaire majorquine se trouve portée par des chefs étonnants, dotés de toute la créativité et tout le talent nécessaires pour redonner aux produits de l’île leurs lettres de noblesse.

À Santanyí, Ca Na Pou est ni plus ni moins une véritable institution. On y vient pour profiter de l’ambiance de la place du marché, mais aussi et surtout pour savourer une cuisine qui célèbre le produit brut. Pour une expérience plus rustique et charnelle, Bona Taula et Sa Farinera De S’Horta restent également des alternatives très intéressantes à tester, surtout si vous restez plusieurs jours sur place. On y grille les viandes à la cheminée, l’odeur du feu de bois se mêlant à celle du romarin. C’est la Majorque des terres, généreuse et sans chichis.

Dans un registre plus contemporain, le restaurant Senzill propose une vision épurée et moderne de la gastronomie insulaire. Et si vous cherchez à allier bien-être et plaisir du palais, l’hôtel Ynaira (hôtel & spa 4*) est une escale de choix au cœur de l’île, pour une parenthèse enchantée que vous n’oublierez pas de sitôt. Vous désirez une ambiance plus urbaine et tamisée à Palma ? Rendez-vous à la Bodeguilla : cet établissement reste une valeur sûre, avec sa sélection de vins vertigineuse et ses plats qui réconfortent l’âme.

Texte Émilie Di Vincenzo
La Tramuntana

CARNET DE STYLE : RAPPORTER L’ÂME DE L’ÎLE

- L’objet culte, le tissu « Llengües » : on ne repart pas de Majorque sans une pièce en toile de « langues ». Ce motif, introduit sur l’île au XVIIIe siècle via la route de la soie, est le symbole de l’artisanat local. Évitez les copies industrielles et privilégiez les ateliers familiaux.

- L’or blanc, Flor de Sal d’Es Trenc : juste à côté de la célèbre plage du même nom, les salines d’Es Trenc produisent une fleur de sel récoltée à la main. On craque pour les versions aromatisées (hibiscus, olives noires ou herbes de Majorque) dans leurs boîtes au design épuré. Un basique indispensable pour pimper vos prochains apéros dînatoires.

- La lecture de plage, Un hiver à Majorque de George Sand : parce qu’il est toujours de bon ton de relire les classiques, ce récit acide et passionné de l’écrivaine sur son séjour à Valldemossa dépeint une île sauvage et parfois hostile, un contraste savoureux avec le confort des boutiques-hôtels d’aujourd’hui.

PALMA : LA BELLE ENDORMIE S’EST RÉVEILLÉE

Palma n’est plus seulement une ville de passage vers les stations balnéaires. C’est aujourd’hui une cité vibrante, élégante, un petit Barcelone qui aurait gardé son âme au cœur de Majorque. Ici, on se perd volontiers dans les ruelles du quartier de Santa Catalina, l’ancien quartier des pêcheurs devenu le QG des bobos internationaux. Et par-dessus tout, on y fait son marché chaque jour, avant de prendre un vermouth en terrasse au soleil.

Mais le vrai spectacle se passe en l’air. Car ici, la culture des rooftops a envahi la capitale, offrant des vues imprenables sur les lieux emblématiques et notamment la majestueuse cathédrale La Seu.

- Es Princep & Singular : pour une vue panoramique sur la baie et un coucher de soleil qui embrase les remparts.

- Skybar Hostal Cuba : le spot iconique dans le quartier de Santa Catalina. L’architecture coloniale du bâtiment ajoute une touche de nostalgie à la soirée.

« PALMA N’EST PLUS SEULEMENT UNE VILLE DE PASSAGE VERS LES STATIONS BALNÉAIRES. C’EST AUJOURD’HUI UNE CITÉ VIBRANTE, ÉLÉGANTE, UN PETIT BARCELONE QUI AURAIT GARDÉ SON ÂME AU CŒUR DE MAJORQUE. »
Palma de Majorque

- Ocho Hotel & Kitchen : une adresse un peu plus confidentielle, mais aussi plus intime, parfaite pour un cocktail rafraîchissant, avant de s’enfoncer dans la nuit majorquine jusqu’au petit matin.

NIGHTLIFE : DE LA POÉSIE À L’IVRESSE ESTHÉTIQUE

Quand le soleil se couche, la belle Majorque change de peau. Sur cette île aux mille visages, la vie nocturne ne se résume pas aux clubs géants et plus populaires. Plus spontanée, elle commence volontiers par un dîner tardif qui dérape joyeusement. Le clubbing ici a retrouvé ses lettres de noblesse avec des lieux comme le Lío Mallorca, qui mêle cabaret de haut vol et clubbing sophistiqué sur le Paseo Marítimo.

Mais pour les adeptes d’une fête plus organique, ce sont les soirées privées dans les fincas perdues dans la campagne qui font la légende de l’île. On y danse pieds nus sous les étoiles, au milieu des citronniers, sur des rythmes deep house qui semblent répondre au chant des cigales. C’est cette dualité qui fait le sel de Majorque : on peut passer d’une retraite spirituelle dans un monastère à une nuit de fête absolue, sans jamais avoir l’impression de trahir l’esprit des lieux. Tout est possible, à condition d’y croire.

POURQUOI MAJORQUE MAINTENANT ?

Parce que l’île a trouvé son équilibre. Elle a compris que sa richesse ne résidait pas dans le nombre de lits,

mais dans la préservation de son identité. Pour le voyageur contemporain, habitué au confort mais avide d’authenticité, Majorque se présente comme un terrain de jeu idéal, surprenant, inépuisable. On y vient pour la lumière, cette lumière unique qui a fasciné l’artiste Joan Miró. On y reste pour la gentillesse des locaux, pour cette langue si belle qui chante aux oreilles et pour cette sensation rare d’être à la maison, mais ailleurs.

Majorque n’est pas une destination, c’est un état d’esprit. Elle incarne l’art de vivre méditerranéen poussé à son paroxysme, un mélange de rudesse et de douceur, de fête et de recueillement. Alors, la prochaine fois que vous chercherez une destination pour un long week-end ou une retraite estivale, oubliez les préjugés. Prenez un vol, louez une décapotable vintage, et laissez-vous porter par les parfums de pin et de sel. L’île saura vous séduire, pour peu que vous acceptiez de la regarder vraiment.

« ON PEUT PASSER D’UNE RETRAITE SPIRITUELLE DANS UN MONASTÈRE À UNE NUIT DE FÊTE ABSOLUE, SANS JAMAIS AVOIR L’IMPRESSION DE TRAHIR L’ESPRIT DES LIEUX. »
Émilie Di Vincenzo
@ Lío Mallorca
@ Hotel Hostal Cuba

FESTIVAL DES CULTURES

Trois sites – Trois scènes

Ateliers pour petits et grands

Ateliers musicaux et de cuisine

CRASH TEST

LA NOUVELLE DS N°8

LA FORCE TRANQUILLE

Au volant de la nouvelle DS N°8 forte de 350 ch, j’ai découvert une électrique qui préfère la nuance au spectaculaire. Longue distance, confort princier et puissance bien élevée composent un voyage plus qu’un simple essai.

Je l’avoue, je suis arrivée au volant de la DS N°8 avec une pointe de scepticisme. Encore un SUV coupé électrique qui promet la lune, l’autonomie et le silence, et qui finit par ressembler à un électroménager un peu cher. Puis je me suis souvenue du terrain de jeu. En face, les Audi Q4 Sportback e-tron, BMW iX2 ou Mercedes EQA jouent la partition allemande, efficace, sérieuse, presque comptable. Tesla Model Y, elle, fait l’iPad sur roues, minimaliste et un peu professorale. Alors je me suis installée, clé en poche, prête à voir si cette française avait autre chose à raconter qu’une histoire de style. Dès les premiers kilomètres, j’ai compris que l’approche était différente. Pas une démonstration de force, plutôt une mise en condition. Une voiture qui cherche à vous séduire comme un hôtel cinq étoiles, pas comme un coach sportif. Et avec 350 ch sous le pied droit, il y avait pourtant de quoi faire parler la poudre, de quoi bousculer la concurrence sur le papier.

UNE SILHOUETTE TAILLÉE DANS LE VENT

Je fais le tour, carnet mental ouvert. La N°8 a ce truc rare, elle paraît longue sans sembler lourde. Comme un félin qui s’étire au soleil. Les flancs sont tendus, la ligne de toit glisse vers l’arrière et les poignées affleurantes disparaissent comme par magie. Tout semble dessiné pour que l’air passe sans discuter. Même les grandes jantes ont l’air de fendre le vent plutôt que de le brasser. La signature lumineuse avant donne un regard presque théâtral, un peu haute couture, un peu science-fiction, mais sans tomber dans la caricature. Sur le parking, elle ne crie pas « regardez- moi », elle murmure approchez. Et je me surprends à la regarder une seconde fois en m’éloignant.

UN SALON ROULANT

À l’ouverture de la porte, changement d’ambiance. On quitte l’asphalte pour un salon. Je m’enfonce dans le siège, et le mot qui me vient, c’est accueil. Pas cockpit, pas poste de pilotage, accueil. Les matières sont épaisses, chaleureuses, presque tactiles avant même d’être touchées. Cuir souple, Alcantara, inserts métalliques délicatement brossés, tout respire le travail d’orfèvre. Les sièges massent, chauffent, ventilent, et même mon cou profite d’un souffle chaud. J’ai l’impression d’être dans un TGV de première classe qui aurait pris des cours de yoga.

Les écrans sont vastes mais bien intégrés, pas plaqués comme une tablette oubliée. L’affichage tête haute étendu projette les infos loin devant, si bien que je garde les yeux sur la route sans avoir l’impression de consulter mon agenda. Pour une fois, la technologie se fait discrète, presque polie. Elle sert, elle ne parade pas.

LA ROUTE

COMME UN TAPIS VOLANT

Puis vient le moment d’appuyer franchement. Deux moteurs, quatre roues motrices, 350 ch. Le 0 à 100 est expédié en un peu plus de cinq secondes, et pourtant rien de brutal. L’accélération arrive comme une vague bien lisse qui vous soulève sans éclabousser. Ça pousse fort, mais avec élégance. Sur autoroute, je me surprends à rouler vite sans m’en rendre compte, tant le silence est épais. L’insonorisation gomme les bruits parasites et la suspension pilotée lit la route pour avaler bosses et raccords comme si quelqu’un passait l’aspirateur devant moi. Sur les départementales, la N°8 ne joue pas la sportive hystérique. Elle préfère la précision douce, la trajectoire propre, la sérénité. On conduit détendu, presque nonchalamment, tout en gardant cette réserve de puissance qui dort sous la semelle. Et quand vient l’heure de recharger, les pauses sont rapides, presque naturelles, comme un café avalé au comptoir avant de reprendre la route.

VOYAGER PLUTÔT QUE ROULER, LA PHILOSOPHIE DS

Au fil de mon essai, je me suis rendu compte que la N°8 ne cherchait pas à impressionner à chaque virage. Elle préfère vous faire arriver fraîche, dispo, presque reposée. C’est une vision très française du luxe automobile, moins démonstrative, plus sensorielle. Oui, ses 350 ch sont bien là, bien réels, mais ils servent surtout à rendre le voyage fluide, jamais stressant. Je suis descendue après plusieurs centaines de kilomètres avec cette drôle d’impression d’avoir roulé longtemps sans fatigue, comme si la voiture avait fait une partie du travail à ma place. Et c’est peut être ça, le vrai tour de force. Transformer un simple essai routier en parenthèse confortable. Une électrique qui ne vous électrise pas. Elle vous apaise. Et franchement, ces temps-ci, ça ressemble presque à un luxe devenu rare.

AVANTAGES

•Confort impérial, on arrive plus frais qu’en partant

•Silence et filtration dignes d’un salon roulant

•Les 350 ch, toujours là quand il faut doubler sans discuter

INCONVÉNIENTS

• Gabarit XXL, les parkings deviennent un exercice de géométrie

•Interface parfois trop sophistiquée pour juste régler la radio

•Quelques plastiques dans l’habitacle qui jurent un peu avec l’ambiance palace

SPÉCIFICATIONS TECHNIQUES

Puissance max : 350 ch

Longueur : 4 820 mm Prix : à partir de 72 907 €

X-RAY : RÉVÉLER L’INVISIBLE

Depuis quelques mois, et jusqu’au 16 août 2026, la Völklinger Hütte présente l’exposition

X-RAY – La puissance du regard Röntgen dans son impressionnant décor industriel classé au patrimoine mondial de l’UNESCO. Cette exposition inédite plonge les visiteurs au cœur de la découverte des rayons X et de son impact sur notre manière de voir le corps, la matière et l’invisible. À travers installations immersives, archives et œuvres venues de plus de 25 pays, des premières images de Wilhelm Conrad Röntgen à l’héritage de Marie Curie, le parcours explore un siècle et demi de dialogues entre science, art et imaginaire. Une exploration fascinante de l’invisible devenu visible.

© Hans-Georg Merkel / Weltkulturerbe Völklinger Hütte
© Hans-Georg Merkel / Weltkulturerbe Völklinger Hütte
© Hans-Georg Merkel / Weltkulturerbe Völklinger Hütte
© Hans-Georg Merkel / Weltkulturerbe Völklinger Hütte
© Hans-Georg Merkel / Weltkulturerbe Völklinger Hütte
© Hans-Georg Merkel / Weltkulturerbe Völklinger Hütte
© Hans-Georg Merkel / Weltkulturerbe Völklinger Hütte
© Oliver Dietze / Weltkulturerbe Völklinger Hütte
© Hans-Georg Merkel / Weltkulturerbe Völklinger Hütte
© Oliver Dietze / Weltkulturerbe Völklinger Hütte

SAISON FROIDE, SCÈNES CHAUDES

Rien de tel que la chaleur des salles pour oublier le froid et la neige. Cet hiver, le Grand-Duché et la Grande Région ont boudé l'hibernation avec une programmation électrique. Le point d'orgue ? Le retour triomphal d'Indochine au Galaxie d’Amnéville. Côté intimiste, Jil Caplan nous a envoûtés au Long Way, tandis que la Rockhal faisait vibrer les métalleux avec Freedom Call et Ensiferum. L’électro de Thylacine a aussi marqué les esprits, tout comme den Atelier, fidèle à sa réputation rock/indé (mais pas que) avec White Lies, The Kooks, Royal Republic ou encore Biffy Clyro. Vivement que le printemps libère les décibels en extérieur. La suite s'annonce épique, restez branchés….

Texte & images
Carl Neyroud
WHITE LIES
BIFFY CLYRO
THYLACINE
JIL CAPLAN

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