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FDLM 464 Mai Juin 2026

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6 fiches pédagogiques avec ce numéro fiches pédagogiques avec ce numéro

// MÉTIER //

Luis Enrique Texis Diego : une vie de profs au Mexique À l’école des ondes

Encadrer l’usage de l’IA

// ÉPOQUE //

Saint Levant : Un cœur à Gaza

Moncton : L’effervescence francophone

// LANGUE //

Illir Culaj, Kosovo :  « Parler français procure une émotion indélébile »

Raphaël Baud : Inventer une langue : le japonais

// DOSSIER //

JEUX EN CLASSE : APPRENDRE AUTREMENT

// MÉMO //

Thomas Fersen : respecter le parler des gens

Didier Daenincks, l’Histoire fait partie de ma vie

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Fiches pédagogiques

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DANS VOTRE ESPACE ABONNÉ SUR FDLM.ORG

LES REPORTAGES AUDIO RFI

Dossier et Fiche : Comprendre les règles d’un jeu, le Bakela mboka

Culture : Le Marsupilami

Tendance : Les colocs intergénérationnelles

Expression :  Tirer son épingle du jeu

Jeu en classe : Avant/après, jeu d’enquête numéro 464

DES FICHES PÉDAGOGIQUES

POUR EXPLOITER LES ARTICLES

Région : Moncton, la francophonie en effervescence

Zapp créatives : Créer une campagne de pub

MONCTON : AU NOUVEAU BRUNSWICK, LA FRANCOPHONIE EN EFFERVESCENCE

ÉPOQUE

08. Portrait

Saint Levant : Un cœur à Gaza

10. Tendances Être ou ne pas être « cringe »

11. Sport

Football : l’Île-de-France, pépinière de talents

12. Région

Moncton : au Nouveau Brunswick, la francophonie en effervescence

14. Idées

Pascal Perrineau, Anne Muxel : « Nous avons perdu la capacité à être rassurés »

16. Lieu

Au temple de l’écoute

17. Spectacle

Paris, capitale du stand-up

LANGUE

18. Entretien

Raphaël Baud - Inventer une langue : faire du faux qui ressemble à du vrai

20. Étonnants francophones

Illir Culaj :  « Parler français procure une émotion indélébile »

21. Mot à mot

Dites-moi professeur

22. Politique linguistique

Couverture © Gregoire miz'enpage

Le Rapport très politique sur la langue française dans le monde en questions

24. Enquête

Enseigner le français et les langues vivantes en 2050

Le français dans le monde sur Internet : www.fdlm.org

MÉTIER

28. Réseaux

Cynthia Eid : Le français dans le monde fête ses 65 ans : une revue fondatrice, une communauté, une histoire partagée

30. Vie de prof

Luis Enrique Texis Diego : « Enseigner le français, c’est ouvrir des fenêtres sur tout un monde francophone »

32. Focus

Claire-Lise Dautry : « Savoir construire de la confiance, créer de la curiosité, renforcer la créativité »

34. Médias

À l’école des ondes

36. Expérience

Cindy Daupras : Garder trace des expériences pédagogiques vécues

38. Savoir-faire

Promouvoir le plaisir d’écrire en FLE

40. Initiatives

« Éducation voyageuse » : répondre à des besoins et transmettre

42. Innovation

Encadrer l’usage de l’IA en classe pour mieux apprendre

44. Tribune didactique

24 heures dans la vie d’étudiants équilibristes

46. Ressources

48. Ressources/ Didactique

MÉMO

64. Podcasts

66. À écouter

68. À lire

72. À voir

INTERLUDE

06. Graphe

Jouer

26. Poésie

Titi Robin : Goûter à la liberté

50. BD

Les Nœils : L’employé du moi

65 ANS… ET APRÈS… ?

COUTILS

77. Fiche pédagogique RFI : Comprendre les règles d’un jeu : le Bakela mboka

79. Fiche pédagogique

Il a déjà tes yeux

81. Fiche pédagogique

Les dessous chics de la phonétique : effacer

DOSSIER

JEUX EN CLASSE :

APPRENDRE AUTREMENT

Entretien : Laurence Schmoll : « Le jeu, un outil pour repenser les apprentissages » 54

Analyse : Ludopédagogie en langues : cartographie des recherches et pistes pour la classe .................. 56

Pratique de classe : Se prendre au jeu : pratiques ludiques en FLE ........................................ 58

Enquête : Jouer pour apprendre : outil miracle ou mirage pédagogique ? 60

Astuces de classe : Quels jeux mettez-vous en place dans vos cours de FLE ? .......................... 62

73. Mnémo.

Babel en folie, épisode 10

74. Jeux

’e st Cynthia Eid, Présidente de la FIPF qui l’écrit : « Depuis 65 ans, Le français dans le monde accompagne, inspire et relie les professeurs de français sur les cinq continents. » Merveilleuse résonance de ce constat avec l’édito programmatique du n° 1 de la revue par u en mai 1961 qui lui fixait trois objectifs : former, informer, relier. « Constituer le lien entre tous ceux qui enseignent le français dans le monde et dont beaucoup dans leur activité professionnelle se sentent isolés » Un impératif fixé par André Reboullet, le fondateur de la revue, et qui depuis 65 ans nous oblige. La preuve encore par ce numéro où les témoignages, les expériences viennent du Québec, du Mexique, du Kosovo, du Japon, de Gaza, d’Espagne, de Singapour, du Portugal, de Slovaquie, de République tchèque et aussi de France… Oui, Le français dans le monde mérite bien de son titre. La preuve aussi par l’adaptation continue de la revue aux révolutions médiatiques qui la voient aujourd’hui partie prenante d’une autre manière de vivre les liens, celle qui s’est imposée à nous avec les réseaux sociaux. La preuve enfin par ce souci constant d’être un outil de formation et d’autoformation en phase avec les évolutions de la didactique et les innovations pédagogiques : au fil des pages, on ira à la rencontre des questionnements sur la formation continue des professeurs, la place des jeux dans l’apprentissage, le meilleur usage que l’on peut faire des podcasts, la nécessité d’une éthique des usages de l’IA en classe, ou encore la meilleure manière de garder une trace des expériences pédagogiques vécues. Espace privilégié d’échanges, d’initiatives, d’expériences, mémoire vivante de la didactique du français, Le français dans le monde entend demain comme hier, illustrer les valeurs de diversité et de solidarité qui sont au cœur de son projet.

Le français dans le monde, revue de la Fédération internationale des professeurs de français - www.fipf.org Commission paritaire : 0427T81661 65e année

Responsable de la publication : Cynthia Eid (FIPF) Édition SEJER – 92, avenue de France – 75013 Paris – Tél. : +33 (0) 1 72 36 30 67 • Directrice de la publication : Dalila Zein

Service abonnements COM&COM : TBS GROUP - 235, avenue le Jour se Lève 92100 Boulogne-Billancourt - tél. : +33 (1) 40 94 22 22

Rédaction : Coordination de la rédaction - Jacques Pécheur • Conseiller de la rédaction : David Cordina • Rédacteur en chef NN • • Relations commerciales Marjolaine Begouin. mbegouin@cle-inter.com • Conception graphique - réalisation miz’enpage - www.mizenpage.com (sauf pour les fiches) Imprimé par Estimprim – 6 ZA de la Craye 25110 Autechaux • Comité de rédaction : Michel Boiron, Aurore Jarlang, Franck Desroches, Valérie Lemeunier, Isabelle Gruca, Chantal Parpette, Gérard Ribot.  Conseil d’orientation sous la présidence d’honneur de Mme Louise Mushikiwabo, Secrétaire générale de la Francophonie : Cynthia Eid (FIPF), Paul de Sinety (DGLFLF), Franck Desroches (Alliance Française de Paris), Nivine Khaled (OIF), NN (MEAE), Évelyne Pâquier (TV5MONDE EDU), Nadine Prost (MEN), Lidwien Van Dixhoorn (RFI), Jean-Luc Wollensack (CLE International).

MONCTON AU NOUVEAU-BRUNSWICK, LA FRANCOPHONIE

EN EFFERVESCENCE

Moncton, ville canadienne, située dans la province du Nouveau-Brunswick compte environ 79 000 habitants. Pour l’étudiante, Dominique Boucher, « c’est la métropole de la région culturelle acadienne ». Cité fondée en 1670, elle est officiellement bilingue depuis 2002 et les anglophones restent majoritaires. « On a besoin de l’anglais pour fonctionner, poursuit Laurence

Arrighi, sociolinguiste, par exemple dans les magasins ». La population francophone parle le chiac, une variante du français acadien qui emprunte beaucoup de mots à la langue dominante. Par exemple, « On conjugue les verbes anglais », explique Laurence Arrighi « on watch la télé ». Quoi qu’il en soit nous dit Dominique « on peut bien vivre ici en français, il y a une effervescence, une ébullition, des bars où je suis sûre de croiser quelqu’un que je connais, c’est le fun ».

LA LITTÉRATURE POUR RÉUNIR LES COMMUNAUTÉS

En 2026, le festival Frye qui se déroule du 24 avril au 3 mai, présente une cinquantaine d’activités conçues pour grands et petits. Ce festival vise à faire rayonner la littérature et à briser l’image élitiste qui s’y attache. Rencontres, jeux, débats, lectures publiques accompagnées d’improvisations musicales et de mapping video sont au programme. L’entrée est gratuite ou payante selon les cas et un abonnement invite à profiter de tout. Une soixantaine d’auteurs sont conviés. C’est l’occasion pour les 7 000 spect ateurs de plonger dans la création contemporaine. « Nous n’hésitons pas à accueillir les poètes comme les sportifs ou les rock stars., avec des applaudissements. Nous avons un public qui nous suit, nous sommes souvent complets, observe Ariane Savoie, di-

rectrice générale. Nous inventons toujours des choses. L’an dernier, c’était la Frye fever. Pour cette fête, nous avions mis en place des résidences d’écriture de deux jours qui réunissaient auteurs et DJ. Le jour J, ils partageaient ce qu’ils avaient conçu » Présente ce jour-là, Dominique Boucher évoque avec passion « une soirée micro ouvert, entre deux poèmes, on dansait, la musique choisie était en lien avec les textes. C’était génial. Il y avait des écrivains acadiens et anglophones. » Et, en effet, depuis l’origine du festival, en 2000, le bilinguisme est de rigueur. Les fondateurs se sont inspirés d’une conférence, à Québec, qui réunissait l’Acadienne, Antonine Maillet et John Ralston Saul. Ils se sont dit « Pourquoi pas faire la même chose, ici, à Moncton ? » n

ÉVÉNEMENT
© David Corkum

LANGUE |

ÉTONNANTS FRANCOPHONES

À chaque numéro, le témoignage d’une personnalité engagée pour la langue française. Aujourd’hui, rencontre avec Ilir Culaj, archéologue et enseignant à l’Université de Pristina, au Kosovo. Sur les chantiers de fouilles ou dans les salles de classes, la langue française nourrit son travail au quotidien.

« PARLER FRANÇAIS PROCURE UNE ÉMOTION INDÉLÉBILE »

Je m’appelle Ilir Culaj, je suis archéologue et je suis né en mai 1995 au Kosovo. J’ai grandi à Pristina, où je vis encore aujourd’hui. Mon parcours est profondément lié à la langue française, même si rien ne laissait présager qu’elle occuperait une telle place dans ma vie. Durant mon enfance, je me souviens des films français que nous regardions parfois et de certaines chansons françaises diffusées partout. D’autres souvenirs un peu flous remontent à la guerre du Kosovo, lorsque je voyais les troupes françaises, américaines, allemandes ou italiennes de la KFOR (ndlr : la Force pour le Kosovo mise en place par l’OTAN) parler ces langues inconnues. Je n’avais alors pas réellement conscience de la beauté du français, mais j’ai éprouvé par la suite une grande reconnaissance envers ces soldats qui avaient contribué à notre liberté. Si je comprenais et parlais un peu français, mon lien avec la langue s’est renforcé durant mes études. Après un bachelor en histoire à l’Université de Pristina, j’ai eu l’opportunité de partir en France grâce à une bourse du gouvernement

français. Cela a été un tournant décisif. Le français m’a permis de développer mon esprit critique et de poursuivre mes études dans des conditions idéales, en accédant à une littérature appropriée. Dans la belle ville de Lyon, où j’ai effectué mon master en Histoire de l’Antiquité, j’ai non seulement approfondi mes connaissances, mais aussi appris à vivre et à penser en français. Et c’est ensuite à Paris, au sein de l’Université Paris Sciences et Lettres, que j’ai poursuivi mes recherches doctorales, achevées il y a deux ans. Aujourd’hui, je suis enseignant à l’Université de Pristina et je mesure chaque jour combien cette langue continue de nourrir mon travail.

Un véritable écosystème francophone

La langue française est pour moi bien plus qu’un simple outil de communication. C’est une manière de structurer la pensée, d’entrer dans une forme d’exigence intellectuelle. Cette langue oblige à la précision, mais offre en retour une

richesse d’expression incomparable. C’est pour moi la langue de la science, de l’art, de la philosophie et de la poésie. Si on cesse de pratiquer le français pendant des années, on peut en oublier certains mots, mais l’émotion que procure le fait de parler français est indélébile. À mes yeux, c’est aussi la langue de l’amour - ce n’est donc pas un hasard si mon épouse Marigona est également francophone, car c’est probablement la langue française qui nous a rapprochés.

Dans mon travail d’archéologue, le français est omniprésent. L’historiographie française occupe une place essentielle dans mes recherches et je collabore régulièrement avec des collègues français, notamment sur le site d’Ulpiana. Cette coopération scientifique est précieuse : elle me permet de continuer à apprendre, à échanger, à confronter les points de vue. Je pense avec reconnaissance à mes anciens professeurs, qui m’accompagnent encore par leurs conseils.

Au Kosovo, la langue française bénéficie d’une image très positive. Elle est considérée comme exigeante, parfois difficile, mais aussi élégante et pleine de prestige. Beaucoup de jeunes s’y intéressent, elle les renvoie à la mode, à l’architecture et à l’art en général. Il existe un véritable écosystème francophone dans le pays, avec des enseignants et des institutions, mais aussi une diaspora active en France. À mes yeux, tous ces éléments plaident en faveur d’un renforcement des liens entre le Kosovo et la francophonie. Dans mon entourage, mon attachement à la France est perçu avec respect et bienveillance. Mes collègues et mon entourage me félicitent souvent pour les relations que j’entretiens avec mes collègues français et nos institutions respectives, des relations que nous continuerons à développer et à renforcer. Si je me projette dans dix ans, je m’imagine peut-être en train de vivre en France pour quelques années, dans le cadre d’une recherche scientifique. Je ne sais pas exactement quels projets verront le jour, mais je suis certain d’une chose : la langue française continuera d’en être une composante centrale. n

Sur le site d’Ulpania

LANGUE |

POLITIQUE LINGUISTIQUE

Comme toute politique publique, la politique linguistique requiert une analyse de la situation dont on pense qu’elle ne reflète pas les ambitions initiales. Elle doit être absolument précédée d’un état des lieux fiable. D’où l’importance de l’observation pour penser une politique linguistique : Le rapport La langue française dans le monde, publié en mars 2026, se présente comme une intéressante étude de cas.

LE RAPPORT TRÈS POLITIQUE SUR LA LANGUE FRANÇAISE DANS LE MONDE EN QUESTIONS

En faisant gonfler le nombre de locuteurs francophones sans tenir compte de la réalité du terrain, la publication, en mars, de l’édition 2026 du rapport de l’OIF intitulé La langue française dans le monde 1 marque, à quelques exceptions près, une rupture avec la transparence des sources et des méthodes de calcul qui caractérisait les éditions précédentes. De plus, la présentation de certains résultats affaiblit le niveau de connaissance et nuit à la lucidité nécessaire aux décideurs.

De la loupe au télescope

Concernant la francophonie, il faut soigneusement distinguer le cas

Alexandre Wolff est chercheur associé à l’Observatoire démographique et statistique de l’espace francophone (ODSEF) de l’Université Laval (Québec, Canada). Il a été responsable de l’Observatoire de la langue française de l’OIF de 2010 à 2024 et a coordonnée et rédigé quatre éditions de l’ouvrage de référence La langue française dans le monde.

d’un enfant qui naît dans un foyer où la langue d’usage est le Français, de celui d’un enfant qui prononce ces premiers mots dans une autre langue. Il faut ensuite bien comprendre comment se déroule le processus d‘appropriation de la langue française dans les cas où l’enfant allophone est amené à s’y engager. À cet égard, j’avais proposé, dès 2014, le concept de « galaxie francophone », observable au télescope, et composée de trois planètes : naître et vivre en français ; vivre aussi en français ; utiliser le français comme langue étrangère (FLE). Cette approche avait l’avantage de proposer une vision d’ensemble, d’une part (révélant la relative marginalité de la part du FLE dans le total), et de faire ressortir clairement, d’autre part, l’une des caractéristiques essentielles de l’usage quotidien de la langue française dominé de plus en plus par l’importance du continent africain.

La porosité toujours possible entre ces trois univers, surtout entre les deux premiers, nécessite cependant d’avoir recours à la loupe qui permet de dissiper un halo trompeur. C’est pourquoi, il est indispensable de considérer la capacité à lire et écrire en français (attestée par une durée minimale de scolarisation, au

moins jusqu’à 10 ans) pour considérer comme francophones les enfants issus des pays africains et indo-océaniens dans lesquels la langue française est la langue unique ou principale d’enseignement2 sans être, ni la langue unique de la population, ni même la langue première. Ce périmètre peut éventuellement être élargi à certains pays3 en fonction du statut du français et des données disponibles sur l’alphabétisation et les classes d’âge. Cette méthode, bien qu’imparfaite, « permet d’approcher au plus près la réalité d’un usage certain du français, quitte à le sousestimer dans [certains] cas4 », par exemple dans quelques capitales. En passant du télescope à la loupe on voit que l’augmentation incontestable du nombre de locuteurs de français en Afrique repose sur des conditions dont la pérennité n’est pas garantie, comme l’accès géné-

ralisé à un enseignement de qualité du et en français et qu’elle doit tenir compte aussi de la scolarisation dans les langues nationales. De fait, pour écrire les choses clairement, comme je l’ai fait en 2022, malgré une augmentation en volume, « la part relative des francophones dans les pays d’Afrique et de l’océan Indien n’a pratiquement pas progressé depuis 2010 et reste le plus souvent sous la barre des 50 %. »

Casser le thermomètre

Selon l’expression populaire, « ce n’est pas en cassant le thermomètre qu’on fait baisser la température ! », mais cela permet néanmoins, en 2026, à l’Observatoire de la langue française de l’OIF d’alimenter une communication triomphante faisant progresser le nombre de francophones de plus de 20 points en quatre ans (c’est-à-dire presque trois

du concours « Dis-moi dix mots pour créer du lien ». Dans sa version « Dis-moi dix mots pour un monde inclusif », dédiée aux personnes en situation de handicap, les participants ont exploré des sociétés utopiques où l’inclusion et la diversité sont la norme. Dystopiques et pleins d’espoir, les projets ne manquaient ni d’humour ni de créativité linguistique. Le « Trophée d’improvisation », organisé par la Fondation Culture & Diversité en partenariat avec l’opération « Dis-moi dix mots » a réuni 110 collégiens de Trappes, issus de quartiers prioritaires qui ont fait preuve d’une grande créativité avec les mots pour aborder des thèmes comme la pollution ou les migrations climatiques. La version concours scolaire de « Dis-moi dix mots » a mobilisé cette année 6 000 élèves, de la maternelle au lycée. 200 projets, allant des fresques interactives aux jeux de société, ont révélé une génération préoccupée par l’avenir de la planète, mais pas en panne de solutions où les robots deviennent des alliés pour transmuter les déchets.

Enfin le concours « Dis-moi dix mots pour créer du lien », dédié aux jeunes en exil, a couronné 22 projets, portés par des participants originaires de Syrie, Ukraine, Afghanistan ou Guinée, ont témoigné de parcours de résilience et de rencontres culturelles. Toujours le lien. n

SUIVEZ L’ACTU !

TV5MONDE EDU propose une offre « actu » renouvelée. Tant pis pour les nostalgiques : « 7 jours » disparaît mais pas l’offre de ressources sur l’actualité. La preuve : les contenus avec et autour de l’actu sont maintenus et même enrichis.

SUIVEZ L’ADRESSE !

TV5MONDE EDU vient de mettre en ligne une toute nouvelle bibliothèque numérique. Retenez bien cette adresse :

bibliothequenumerique.tv5monde.com enseigner.tv5monde.com apprendre.tv5monde.com

publiques en matière d’égalité des chances, d’insertion des jeunes et de démocratisation culturelle .

Le jury du concours a sélectionné parmi les dix finalistes, trois

BILLET DE LA PRÉSIDENTE

lauréats entre 20 et 25 ans, originaires de Seine Saint-Denis (93) et de l’Essonne (91), qui toutes et tous ont séduit le nombreux public présent à cette finale. n

Pour tout connaître des activités de la FIPF et de ses associations membres, abonnez-vous gratuitement à notre bulletin d’information sur www.fipf.org et suivez-nous sur Facebook (LaFIPF)

CYNTHIA EID, présidente de la FIPF

LE FRANÇAIS DANS LE MONDE FÊTE SES 65 ANS UNE REVUE FONDATRICE, UNE

COMMUNAUTÉ, UNE HISTOIRE PARTAGÉE

Depuis 65 ans, Le français dans le monde accompagne, inspire et relie les professeurs de français sur les cinq continents. Soixantecinq années de réflexions, d’innovations pédagogiques, de débats intellectuels et d’engagements pour une langue qui dépasse largement ses frontières géographiques. Mais au-delà d’une revue, Le Français dans le monde est devenu, au fil du temps, un lieu de rencontre, un laboratoire d’idées et une mémoire vivante de la didactique du français. Peu de revues peuvent se prévaloir d’un tel destin, car l’histoire du Français dans le monde est indissociable de celle de la Fédération internationale des professeurs de français (FIPF). Bien avant de devenir un réseau structuré d’associations présentes dans plus de 130 pays et forte de 220 000 adhérentes et adhérents regroupés dans 300 associations réparties sur les 5 continents, la FIPF s’est construite autour de cette revue, qui a permis aux enseignants de se reconnaître, de dialoguer et de faire émerger une véritable communauté professionnelle internationale. Ses pages ont été, dès l’origine, un espace de circulation des pratiques, des idées et des visions de l’enseignement du français dans le monde.

Créée au début des années 1960, à un moment où l’enseignement du français prenait une dimension véritablement internationale, la revue a traversé les grandes mutations du monde éducatif : évolution des méthodologies, structuration de la didactique du FLE, révolution numérique, émergence des approches plurilingues et interculturelles. À chaque étape, elle est restée fidèle à son ambition première : donner la parole aux enseignants, aux chercheurs et aux acteurs de la francophonie qui font vivre la langue française dans leurs classes et leurs sociétés. Ces 65 ans sont avant tout l’histoire d’une communauté mondiale. Dans les salles de classe de Lima, Dakar, Hanoï, Montréal, Bucarest ou Kampala, des générations de pro-

fesseurs ont ouvert ses pages pour y trouver des idées, des pratiques, des analyses et, parfois aussi, le sentiment précieux d’appartenir à une même aventure éducative et culturelle. La revue a accompagné leurs questionnements, valorisé leurs initiatives et porté leurs voix dans le débat pédagogique international.

Aujourd’hui, alors que le monde éducatif est traversé par de profondes transformations – intelligence artificielle, hybridation des apprentissages, enjeux interculturels et sociétaux – Le français dans le monde demeure plus que jamais un espace de dialogue et de création pédagogique. Elle continue de relier les chercheurs et les praticiens, les institutions et les associations, les traditions didactiques et les innovations à venir. Cet anniversaire est une célébration collective, mais aussi un passage de relais. Car l’histoire de la revue ne s’écrit pas seulement dans ses archives : elle s’écrit chaque jour dans les contributions de celles et ceux qui enseignent, expérimentent, réfléchissent et partagent leur passion pour la langue française.

À toutes celles et tous ceux qui, depuis plus de six décennies, ont écrit, dirigé, illustré et diffusé cette revue, j’adresse une profonde reconnaissance. Mais, plus encore, je veux remercier les professeurs de français du monde entier, véritables artisans de cette histoire.

Si Le Français dans le monde fête aujourd’hui ses 65 ans, c’est parce que, depuis 65 ans, des enseignants passionnés y font vivre leur créativité, leur réflexion et leur engagement. Cette revue est la vôtre. Elle est celle d’une communauté mondiale, d’une francophonie éducative vivante et d’un avenir à construire ensemble.

Et puisque l’histoire continue, souhaitons à Le français dans le monde encore de longues années d’inspiration, d’audace et de partage. L’aventure ne fait que se poursuivre. n

français dans

JEUX EN CLAS APPRENDRE AU

SE : TREMENT

RETROUVEZ LA FICHE PÉDAGOGIQUE

RFI en pages 77-78 et le reportage audio sur www.fdlm.org

Et si le jeu n’était plus une simple parenthèse, mais une manière d’apprendre autrement ? Dans les classes de langue, les fiches d’exercices cèdent peu à peu la place aux jeux de cartes ; les apprenants se rassemblent autour d’un plateau, improvisent des rôles ou explorent des univers numériques. Jeux en ligne ou en présentiel, jeux de cartes, de rôle, de plateau ou encore jeux vidéo : les formes du jeu se déclinent aujourd’hui au pluriel et circulent largement dans les pratiques pédagogiques.

Dans l’entretien de ce dossier, Laurence Schmoll (Université de Strasbourg) rappelle que la réussite d’un dispositif repose avant tout sur l’« attitude ludique » de l’apprenant. Elle plaide pour une « didactique invisible », où les contenus d’apprentissage s’intègrent naturellement aux mécaniques du jeu. Dans son analyse, Julien Agaësse (Université de Tokyo) évoque une « révolution douce » et distingue le jeu comme dispositif structuré de la simple activité ludique ou de la ludification, souvent plus superficielle. Sur le terrain, le formateur Guillaume Garçon montre comment les

jeux de société favorisent des situations de communication authentiques, dans lesquelles l’apprenant devient un acteur pleinement engagé de son apprentissage. Les témoignages recueillis par Sarah Nuyten apportent une nuance essentielle : si le jeu stimule l’engagement, il ne garantit pas pour autant l’apprentissage. L’article prévient contre les possibles « illusions pédagogiques » et rappelle que le jeu ne supprime pas l’effort, mais en reconfigure les modalités. Adrien Payet prolonge cette réflexion en rassemblant des Astuces de profs du monde entier, riches d’activités ludiques, concrètes et adaptables (jeux de rôle, bataille navale, quiz), qui placent les apprenants en action, quel que soit leur niveau.

Enfin, à noter que ce dossier s’enrichit de ressources ludiques immédiatement exploitables en classe : une fiche complémentaire proposée par Guillaume Garçon, notre rubrique « Jeu », ainsi qu’un audio de RFI consacré à l’exploitation du jeu en contexte éducatif en République démocratique du Congo, prolongé par une fiche pédagogique invitant les apprenants à devenir à la fois maîtres du jeu et joueurs francophones. n

DOSSIER | ENTRETIEN

Depuis longtemps et encore plus à l’ère numérique, les activités ludiques font l’objet de travaux en didactique des langues et dans les recherches consacrées au jeu, qui s’intéressent aux dynamiques d’engagement, aux interactions entre apprenants et aux conditions dans lesquelles ces dispositifs peuvent soutenir les apprentissages. À l’Université de Strasbourg, l’enseignantechercheuse Laurence Schmoll analyse la place que le jeu peut occuper dans l’enseignement des langues tout en participant à des projets de conception et de fabrication de jeux vidéo.

« LE JEU, UN OUTIL POUR REPENSER

Comment êtes-vous venue à travailler sur le jeu dans l’apprentissage des langues ?

Je suis arrivée à cette question par ma pratique d’enseignante. J’ai commencé comme professeure de lettres modernes et de FLE, et j’utilisais déjà des activités ludiques en classe. Par ailleurs, j’aime jouer : j’ai aussi pratiqué les jeux vidéo, même si plutôt de manière occasionnelle. Le véritable déclic est venu en observant mes petits frères, qui jouaient à un jeu en ligne en anglais. En classe, ils étaient plutôt discrets et n’avaient pas un niveau particulièrement élevé. Pourtant, dans le jeu, ils interagissaient spontanément avec d’autres joueurs, souvent non natifs eux aussi. Ils écrivaient en anglais, posaient des questions, prenaient des initiatives. J’ai trouvé ce contraste très frappant. Je ne sais pas s’ils ont réellement progressé linguistiquement grâce au jeu, mais ils étaient clairement beaucoup plus proactifs que dans un contexte scolaire. C’est cette observation qui m’a donné envie d’explorer le potentiel du jeu pour l’apprentissage des langues et de concevoir moimême un dispositif de ce type. J’ai ainsi participé dans les années 2010 à la création d’un jeu en ligne massivement multijoueur en fran-

çais, appelé Thélème, dont l’idée était de faire interagir locuteurs natifs et non natifs dans un univers fictionnel partagé.

Vous distinguez souvent « jeu » et « activité ludique ». Quelle différence faites-vous ? Il est en réalité très difficile de définir précisément ce qu’est un jeu. La littérature scientifique montre qu’il n’existe pas de définition unique qui fasse consensus. Pour ma part, je m’appuie souvent sur les travaux du philosophe Jacques Henriot, qui insiste, entre autres, sur la notion de « sujet jouant » et d’« attitude ludique ». Autrement dit, il n’y a pas de jeu sans une personne qui se re-

« Il n’y a pas de jeu sans joueur : tout repose sur l’attitude ludique que l’on parvient à susciter chez les apprenants. »

connaît comme joueur et qui se prête au jeu.

Dans la classe, je fais une distinction pratique. Le jeu, au sens strict, correspond à un dispositif identifiable : un jeu de cartes, un jeu de plateau, un jeu vidéo, avec des règles et souvent un matériel.

L’activité ludique, elle, mobilise plutôt certains mécanismes du jeu – défi, coopération, compétition –sans pour autant constituer un jeu complet. Ces mécanismes sont parfois associés à ce qu’on appelle la ludification. Mais au-delà des termes, la question centrale reste la même : comment faire en sorte que les apprenants adoptent réellement une attitude ludique et entrent dans la dynamique du jeu.

L’un des objectifs est donc de rendre l’apprentissage presque invisible ?

C’est en effet un élément important à prendre en compte lorsqu’on conçoit un jeu pédagogique. Je parle dans mes travaux, à la suite de Christian Ollivier, de « didactique invisible » : les contenus d’apprentissage sont intégrés dans la mécanique du jeu lui-même et ne sont pas présentés comme des exercices scolaires. Mais cette approche comporte aussi des défis. Par ailleurs, ce n’est pas parce que l’enseignant présente en classe un objet ou une activité qu’il appelle jeu, que les apprenants vont le considérer comme tel, notamment parce qu’ils se trouvent en contexte scolaire ou de formation, mais aussi parce que les représentations du jeu sont très diverses. Certains

enseignants ou apprenants considèrent encore que jouer en classe est une perte de temps. À l’inverse, si l’activité est trop ludique, on prend aussi le risque de s’éloigner des objectifs et des contenus pédagogiques.

C’est pourquoi, comme le montrent les travaux de l’université de Genève, les travaux d’Éric Sanchez, notamment, la phase de débriefing est essentielle. Après le jeu, on prend le temps de revenir sur ce qui s’est passé : qu’a-t-on compris, quelles stratégies ont été utilisées, quels éléments linguistiques ou culturels ont été mobilisés ? Ce moment permet de relier explicitement l’expérience ludique aux apprentissages.

Vous avez participé à la création de plusieurs jeux numériques pour les langues. Pourquoi ces projets restentils relativement rares ?

La première raison est tout simplement économique. Concevoir un jeu numérique demande des moyens importants alors que dans

PROPOS RECUEILLIS PAR DAVID CORDINA

Pensez-vous, vous aussi, que le jeu peut devenir un véritable levier d’apprentissage ? Dans les cours de FLE, le jeu occupe une place de plus en plus importante : il permet de créer un climat positif, de favoriser la participation et de rendre les apprenants plus actifs. Mais proposer des jeux efficaces ne va pas toujours de soi. Quels formats choisir ? Comment les adapter au niveau et aux objectifs? Entre contraintes de temps, gestion du groupe et objectifs pédagogiques, les enseignants doivent faire des choix. Nous avons recueilli les témoignages d’enseignants qui partagent des jeux simples, concrets et faciles à mettre en place en classe. Voici leurs réponses.

On fait le jeu de la bataille navale. Je leur enseigne les mots-clés (touché, manqué, coulé, zut, mince, trop bien, chouette, à toi de jouer, c’est mon/ton tour). Selon le thème et le niveau, la grille peut être plus ou moins grande. Par exemple : A2, pour travailler le passé composé. Dans la première ligne, on a des images d’activités que les élèves connaissent (jouer aux échecs, faire du ski, manger du pop-corn etc.). Dans la première colonne, on a des pronoms sujets (ex : je, tu, elle, vous). Les élèves doivent faire des phrases pour trouver où sont cachés les bateaux de leur adversaire. Les élèves aiment beaucoup jouer à ce jeu, qui prend du temps, certes, mais qui vous assure une utilisation de la L2 pendant 20 à 30 mn !

QUELS JEUX METTEZ-VOUS EN P

Aujourd’hui, nous nous sommes bien amusés en classe de A1.1, en utilisant le site de WINDOW SWAP. C’est très ludique. Ce qui est chouette, c’est le côté inattendu de l’image qui apparaît. La séquence change tout le temps ; la “fenêtre” peut s’ouvrir n’importe où dans le monde. Par conséquent, ça éveille la curiosité et ça réveille. Il est possible de jouer avec toute la classe, en projetant la « fenêtre » au tableau. On peut pratiquer la modélisation et la répétition de structures de phrases pour parler du temps et des prépositions devant les villes et les pays (Il y a du vent, il fait beau… Nous sommes… au Danemark, à Copenhague…), le vocabulaire des saisons, le moment de la journée… On peut travailler la coopération et/ou la compétition. C’est une activité qui fonctionne en général très bien !

Les élèves « jouent » comme des acteur·ices. Une situation simple, des rôles attribués, une phrase qui agit comme déclencheur... et on improvise. On peut aussi jouer avec des cartes (ou roues virtuelles) pour décider au hasard du décor, des personnages, de la situation et même de la première réplique. Avec des élèves d’un niveau plus élevé on joue avec un texte original puis on improvise la suite. Le summum de l’impro pour eux, c’est quand je gèle (immobilise) la scène et crée de la surprise par un changement de situation parfois absurde. Ça fonctionne en virtuel comme en présentiel avec des groupes ouverts à l’impro, à l’inconfort et qui n’ont pas peur du ridicule.

J’adore à peu près tous les types de jeux et j’en utilise régulièrement en cours. Si je dois choisir un seul jeu (ou deux) à présenter ce seraient le Loup-Garou et Secret Hitler, qui sont des jeux de déduction. Je m’en sers à partir du niveau B1 pour réemployer les connecteurs logiques, travailler l’argumentation et les temps et aussi pour s’amuser. Le principe est assez simple : les villageois doivent démasquer les loups-garous, qui eux doivent bluffer et pour Secret Hitler, c’est le même principe mais cette fois avec les libéraux et les fascistes (et les règles sont plus complexes car, plus de lois fascistes sont adoptées, plus le président a de pouvoirs). Mon groupe d’adolescents B1 adore ces jeux et demande régulièrement à y jouer.

Sophie Undorf Bouvier, Singapour
Céline Durassier, Espagne
Nadège Huynh Kim Bang, Slovaquie
Camille Crampsey, Portugal

Pour « mettre en jambes » mes

apprenants adultes, je les fais lever et mettre en cercle. J’annonce le début d’une suite à compléter (l’alphabet : A, les chiffres : 1, les dizaines : 10, être au présent : je suis, etc.) et fais passer une balle qui doit circuler à chaque fois que la suite avance : 1 réponse = une passe. Cela permet de réviser dans une ambiance détendue et coopérative.

JLéa Contogouris, France

e pratique souvent le jeu de la salade rythmique. On met les apprenant.es debout, en cercle, et on lance un métronome (sur 35 ou 40 BPM). L’objectif est de préparer une salade collective, en ajoutant des ingrédients progressivement et sans perdre le rythme. Pour cela, le groupe répète en chœur « Dans la salade, je mets… », puis tour à tour, chaque apprenant fait un pas vers le centre et ajoute un ingrédient (« de la tomate », « du fromage », etc.). Mais il faut faire attention à bien faire coïncider la syllabe accentuée (la dernière) avec le temps du métronome ! Si quelqu’un perd le rythme on recommence la salade, car c’est un jeu d’équipe ! Ce jeu est super car il permet de mémoriser le vocabulaire des aliments, de systématiser l’utilisation des partitifs et de travailler la prosodie du français ! Et en plus, c’est collaboratif !

LACE DANS VOS COURS DE FLE ?

À RETENIR

Ces témoignages illustrent bien la diversité des pratiques ludiques en classe de FLE. Qu’il s’agisse de jeux d’observation et de description comme avec la « fenêtre » de Sophie, de jeux structurés favorisant la production orale et la grammaire comme la bataille navale de Céline, ou encore de jeux de rôle et d’improvisation proposés par Camille ou Joséphine, tous ont en commun de placer les apprenants en action. D’autres, comme les jeux de déduction de Nadège ou les quiz de Sébastien, stimulent la réflexion, l’argumentation et la prise de parole. Ils montrent aussi que le jeu peut s’adapter à tous les niveaux, à tous les publics, et n’est pas uniquement dédié aux enfants. Autant de pistes concrètes pour faire de la classe un espace d’apprentissage vivant, motivant et engageant. n

DAMerci à tous les enseignants pour leur apport et à bientôt sur les réseaux sociaux pour les prochains numéros !

vec mes élèves, j’utilise un jeu pour travailler les partitifs et le lexique des aliments. Nous formons un cercle et, au début de chaque tour, chaque élève choisit un aliment, le dit à voix haute et porte un petit sticker avec le nom de cet aliment sur son t-shirt. Je me place au centre avec une balle en mousse. Lorsque je lance la balle à un élève, les deux élèves placés de chaque côté doivent s’agenouiller rapidement et dire le partitif correspondant à l’aliment de l’élève qui a reçu la balle. Quand tous les élèves ont reçu la balle au moins une fois, on change les aliments et on recommence. C’est une activité très ludique et on rigole beaucoup !

Malena, Espagne

ans mes cours, j’utilise souvent un jeu inspiré du « Qui veut gagner des millions ? ». Le principe : 6 questions avec 4 propositions à chaque fois. L’objectif est de répondre correctement à toutes les questions pour gagner ce fameux million ! (Pour les plus jeunes, j’apporte parfois quelques petits cadeaux.) Dans les cours collectifs, les étudiants jouent en équipe ; dans les cours individuels, c’est une façon agréable et ludique de terminer un cours. J’ai créé plusieurs versions autour de thèmes francophones (crêpes, Astérix, culture francophone, langue française…). Les jeux sont accessibles gratuitement sur la plateforme pédagogique : www.francaisie.com

Sébastien Boschat, République Tchèque

Xavier Lemerle, Mexique

Parce que les moyens de se cultiver, de s’informer et de se divertir évoluent, nous ouvrons nos « Mémos » à deux nouvelles rubriques, qui paraîtront en alternance : PODCAST, sur les balladodiffusions les plus en vue – ou plutôt en ouïe –, et JEUX VIDÉO, pour plonger dans un univers ludique aux possibilités infinies.

UNE PALPITANTE DYSTOPIE

La fiction radio peut être aussi addictive qu’une série télé ! Gageons que si vous commencez à écouter Les éloignés de Sophie Maurer et Mélanie Péclat, vous deviendrez vite « accro ». L’action démarre en 2056 quand Saul Abitan, journaliste d’investigation, raconte trente années d’enquête sur une mystérieuse maladie, la téloïdite. Il l’a vécu au plus près étant lui-même contaminé... Il s’agit d’une anomalie qui arrête le vieillissement de la personne qui en est atteinte. Formidable de ne plus vieillir ? Pas si simple ! Car on ne choisit pas l’âge de cet « arrêt » du temps comme Simon stoppé dans son élan physique à 9 ans et demi… De plus, ne plus vieillir n’exclut pas la possibilité de mourir en étant atteint d’une autre maladie ou par accident... Et puis, si le corps ne vieillit pas qu’en est-il de la psyché du sujet ? Ces dix épisodes de trente minutes chacun reviennent donc sur la véritable onde de chocs provoquée par ladite maladie. Questions physiques et métaphysiques, conflits politiques et moraux, au fil des ans, la progression de ce « mal » qui n’atteint que certaines personnes (d’où l’appellation « Les éloignés ») pose de nombreux problèmes. Jouée et incarnée par d’excellents comédiens, la série, palpitante de bout en bout, a justement reçu le prix SGDL (Société des gens de lettres) de la fiction audio. n

https://www.radiofrance.fr/franceculture/podcasts/ serie-les-eloignes-de-sophie-maurer

LA RADIO, C’EST FANTASTIQUE !

« Dans l’espace sonore, j’aime le côté créatif... »

Enseignante de FLE et journaliste radio, Deborah Gros propose des podcasts pour soutenir la réflexion et la pratique des formateurs de FLE. Un programme produit par RFI en partenariat avec le CAVILAM-Alliance Française de Vichy et l’Organisation Internationale de la Francophonie (OIF).

PROPOS RECUEILLIS PAR SOPHIE PATOIS

Comment est venue l’idée d’un podcast pour les profs de FLE et quel est le « cahier des charges » de En cours ? L’idée vient du CAVILAM-Alliance Française de Vichy. Il s’agissait de mettre la radio au service de la formation pour mieux coller aux usages. On écoute de plus en plus des podcasts sur son temps libre ou lors d’un trajet.

Ma double casquette d’enseignante de FLE et réalisatrice radio a été utile pour suivre et gérer le projet. Nous avons choisi délibérément un format court et des sujets à la fois théoriques et pratiques à partir de questions simples. Par exemple à quoi sert une activité théâtre en classe. Le podcast autorise une certaine

souplesse, nous pouvons moduler le temps en fonction des sujets sans dépasser vingt minutes pour maintenir l’attention et l’écoute. L’idée était de faire une pastille agréable à écouter au casque. Je suis chez moi je cuisine ou je suis dans les transports et je peux consacrer environ un quart d’heure à l’écoute…

Comment le programme a évolué au fil du temps et comment avez-vous pris en compte les retours du « terrain » ? Dans la saison 1 qui a démarré en 2023, nous étions plus en studio avec quelques micro-trottoirs (faits à Vichy d’ailleurs) qui venaient agrémenter le sujet. La saison 2 a pris une tonalité beaucoup plus reportage, orientée sur des pratiques, comme si on était en observation dans une classe pour s’inspirer du savoir-faire des collègues. Le partenariat avec l’OIF nous a permis de recueillir une multitude d’expériences. À travers leur réseau francophone nous avons fait un appel à témoignages et avons eu une quarantaine de réponses. Nous avons choisi de mettre en avant leur diversité. Que ce soit par exemple pour s’intéresser à la pédagogie d’une enseignante auprès des enfants en Roumanie ou à la pratique d’une Albanaise qui a choisi la chanson pour travailler avec les adolescents… C’est vraiment entrer dans le côté concret et donner envie aux enseignants de tester des choses, d’éveiller leur curiosité. On a eu de très bons retours. Beaucoup de profs disent mieux saisir ce qu’ils font déjà en classe « instinctivement ». Ils trouvent dans le

ZOOM
TROIS QUESTIONS À DEBORAH GROS

LE FRANÇAIS DANS LE MONDE, C’EST VOUS !

Partagez avec les lecteurs vos expériences de classe, vos projets pédagogiques, vos savoir-faire didactiques.

ASTUCES DE CLASSE

Racontez vos « tr ucs et astuces » sur une t hématique de classe par ticulière ! Notre chroniqueur Adr ien Payet les recueillera dans cette double-page très vivante et très appréciée.

VIE DE PROF

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