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FDLM 437 - novembre - décembre 2021

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REVUE DE LA FÉDÉRATION INTERNATIONALE DES PROFESSEURS DE FRANÇAIS

N°437 novembre-décembre 2021

5 fiches pédagogiques avec ce numéro

// LANGUE //

François Noudelmann : « Faire entendre le français dans sa diversité »

// MÉTIER //

FLE Zapping : un blog pour télétravailler Apprendre pour apprendre : une perspective indienne ?

PROSE COMBAT

À L’ÉCOLE DU RAP FIPF

// ÉPOQUE //

Mahmud Nasimi : Lettres afghanes d’outre-tombe

// MÉMO //

Akhénaton : « le rap arrive à sentir l’air du temps »


numéro 437

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TENDANCES

LA RANDO, C’EST LE PIED ! ÉPOQUE

08. Portrait

Mahmud Nasimi : Lettres afghanes d’outre-tombe

Que vous soyez abonné(e) à la version numérique ou papier+ numérique

10. Région

Quand les villes se font diplomates

12. Tendance

La rando, c’est le pied !

Créez en quatre clics votre espace en ligne sur www.fdlm.org pour accéder aux suppléments pédagogiques Pour profiter de fiches pédagogiques, des documents sonores et de leur transcription ainsi que des suppléments en ligne, ne perdez pas une minute pour créer votre Espace abonné sur le site du Français dans le monde. Suppléments en ligne et PDF des numéros n L’espace « Suppléments en ligne » offre des prolongements aux articles parus dans la revue : l’accès aux clips des artistes présentés dans la rubrique « À écouter » et aux bandes-annonces des films de la rubrique « À voir », des informations complémentaires aux articles parus dans la revue, des prolongements pédagogiques au dossier… Téléchargez le PDF complet des numéros de la revue depuis 2016.

13. Sport

Sport à l’école : usine à champions ou simple échappatoire ?

14. Idées

Fiches pédagogiques n Les fiches pédagogiques en téléchargement : des démarches d’exploitation d’articles parus dans Le français dans le monde. n Cliquez sur le picto « fiche pédagogique » sur les pages lors de la lecture pour télécharger la fiche d’exploitation de l’article en question. n Rendez-vous directement sur les pages « À écouter » et « À voir » : cliquez sur le nom des artistes ou des œuvres pour visionner les vidéos ou les bandes annonces des films. nC liquez sur les liens ci-dessous pour télécharger les reportages audio et leur transcription.

Pierre Rosanvallon : « Les Français ne sont pas des abstractions »

16. Anniversaire

TNP : un siècle d’utopies pour tous

17. Hommage

Un héros très français

LANGUE

18. Entretien

François Noudelmann : « Faire entendre le français dans sa diversité, c’est essentiel !»

20. Étonnants francophones

Liisa Peura : « L’imperfection du robot en fait un interlocuteur humain »

21. Mot à mot

Dites-moi professeur !

Rendez-vous sur www.fdlm.org !

22. Politique linguistique

Les confetti linguistiques de la PapouasieNouvelle-Guinée

24. Évènement

DES FICHES PÉDAGOGIQUES POUR EXPLOITER LES ARTICLES - Région : Quand les villes se font diplomates - Question d’écriture : Liaisons… pas dangereuses - Mnémo : L’incroyable histoire des trois marqueurs temporels

02

JIPF : valoriser l’engagement des enseignants en faveur de la langue française

LES REPORTAGES AUDIO - Dossier : Oula Téhé : bijoutier de la culture hip-hop - Ciména : Gogo, la plus vieille écolière du monde - Tendance : Les conséquences de la crise : changer de vie - Mot de l'actu : Rap

25. Festival

Enfin en scène !

MÉTIER COUVERTURE © Adobe Stock

DANS VOTRE ESPACE ABONNÉ SUR FDLM.ORG

28. Réseaux 30. Focus

Evelyne Argaud : « Mon souhait est de réhabiliter les savoirs » Le français dans le monde | n° 437 | novembre-décembre 2021


Le français dans le monde sur Internet : http://www.fdlm.org 32. Vie de profs

48. Tribune didactique

34. FLE en France

50. Ressources

Tamara Peri , Bianca Barto : Métier de cœur Formation continue : une étape indispensable ?

36. Questions d’écritures Liaisons… pas dangereuses

38. Expérience

Service civique et engagement citoyen

MÉMO

66. À écouter 68. À lire 72. À voir

Apprendre pour apprendre : une perspective indienne

INTERLUDES

40. Savoir-faire

Magnifique

FLE Zapping : un blog pour télétravailler l’apprentissage du français

06. Graphe 26. Poésie

42. Astuces de classe

Comment utilisez-vous le slam en classe ?

Julos Beaucarne : « Nous sommes 180 millions de francophones dans le monde »

44. Français professionnel

52. En scène !

46. Initiative

64. BD

Pédagogie intentionnelle ou attentionnelle ? Former une communauté de porteurs de projet

Sauve qui peut !

Les Nœils : Gentillesse express

DOSSIER

PROSE COMBAT, À L’ÉCOLE DU RAP

54

« La langue rap a imprimé les consciences ».................................................56 « Avec ma gueule de métèque »...................................................................58 Mesdames Rap ............................................................................................60 Le FLE au rythme du flow : le rap en classe ..................................................62

OUTILS 74. Jeux

Exploites-tu tout ton potentiel d’apprentissage du français ?

75. Mnémo

L’incroyable histoire des trois marqueurs temporels

76. Quiz

77. Test

As-tu la tchatche ?

79. Fiche pédagogique

Oula Téhé : bijoux et hip-hop

81. Fiche pédagogique Objectif rap !

Rapsodie

édito Jour de fête

C

ynthia Eid, notre nouvelle présidente de la FIPF, nous le rappelle dans son Billet (voir page 29) : le 25 novembre, c’est jour de fête. Et jour d’une fête particulière, puisque ce sont les professeurs que nous célébrons. Dire que pour notre revue ce soit tous les jours la fête des profs, c’est en tout cas ce que nous nous essayons à faire, numéro après numéro. Fêter les mots «au rythme du flow », garder le rythme, dans une volonté de dépassement permanent de créativité… Tel est le le rap, cette forme esthétique, sociale, culturelle, pour ne pas dire aussi politique, que nous avons voulu placer au cœur de ce numéro. Parce qu’il nous paraît emblématique du désir quotidien des enseignants d’adapter leurs pratiques aux réalités vécues par leurs apprenants, c’està-dire en lien avec leurs centres d’intérêts et proches de leurs pratiques et de leurs loisirs. Et si les professeur(e)s se sont emparé(e)s du rap pour en faire un objet pédagogique nouveau, c’est qu’ils et elles savent bien qu’il y a là matière à mettre en œuvre des stratégies pertinentes, propres à stimuler l’implication des publics adolescents ou jeunes adultes familiers de ce genre musical. Avec cet objectif si difficile et si ambitieux : décloisonner l’apprentissage de la langue. Ambition, innovation, adaptation, implication, toutes et tous ensemble nous fêterons tout cela ce 25 novembre, tant chacune et chacun portent en soi le désir fou de rendre bien réelle cette utopie : que chaque jour de classe soit un jour de fête. n

Le français dans le monde, revue de la Fédération internationale des professeurs de français - www.fipf.org, éditée par CLE International – 92, avenue de France – 75013 Paris – Tél. : +33 (0) 1 72 36 30 67 Fax : +33 (0) 1 45 87 43 18 • Service abonnements : +33 (0) 1 40 94 22 22 / Fax : +33 (0) 1 40 94 22 32 Directeur de la publication Cynthia Eid (FIPF) • Conseiller de la rédaction Jacques Pécheur • Secrétaire général de la rédaction Clément Balta cbalta@sejer.fr • Relations commerciales Sophie Ferrand sferrand@sejer.fr • Conception graphique - réalisation miz’enpage - www.mizenpage.com Commission paritaire : 0422T81661. 60e année. Imprimé par Estimprim • Comité de rédaction Michel Boiron, Célestine Bianchetti, Franck Desroches, Juliette Salabert, Isabelle Gruca, Chantal Parpette, Gérard Ribot. Conseil d’orientation sous la présidence d’honneur de Mme Louise Mushikiwabo, Secrétaire générale de la Francophonie : Cynthia Eid (FIPF), Paul de Sinety (DGLFLF), Franck Desroches (Alliance française), Nivine Khaled (OIF), Dominique Depriester (MEAE), Marc Boisson (FIPF), Évelyne Pâquier (TV5Monde), Nadine Prost (MEN), Doina Spita (FIPF), Lidwien Van Dixhoorn (RFI), Jean-Luc Wollensack (CLE International).

Le français dans le monde | n° 437 | novembre-décembre 2021

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LANGUE | ÉTONNANTS FRANCOPHONES À chaque numéro, le témoignage d’une personnalité marquante de l’émission de TV5Monde présentée par Ivan Kabacoff. Aujourd’hui, Liisa Peura, professeure de français et doctorante à l’Université de Turku, en Finlande, membre de l’équipe de recherche RoboLang.

« L’IMPERFECTION DU ROBOT EN FAIT UN INTERLOCUTEUR HUMAIN »

Lors du tournage de Destination Francophonie.

M

on premier rapport à la langue française s’est fait par la musique classique que mes parents jouaient dans mon enfance. S’il y avait une certaine atmosphère lourde dans la musique allemande, je trouvais dans la musique française quelque chose de plus léger, où les mots semblaient jouer dans l’air montant comme des hirondelles. J’ai continué à découvrir des mots français dans les livres de cuisine de ma mère. Et lorsqu’à l’école on a pu choisir une nouvelle langue, le français était déjà un choix familier et naturel. J’étais d’abord très timide pour le parler. Mon premier job d’été, je l’ai fait en Corse et j’étais gênée pour m’exprimer clairement – ce que j’osais faire avec l’abricotier (et les vaches). « Bonne nuit », c’était comme de la soie, mais d’autres sonorités étaient de véritables épreuves. J’ai réalisé très tôt à quel point le ton était important, la façon de dire les choses plutôt que ce qu’on dit. Pourtant, la langue m’a emportée, RETROUVEZ LIISA DANS DESTINATION FRANCOPHONIE

http://df.tv5monde.com/

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Avec le robot.

Dans la classe de Liisa, à Espoo, la 2e ville de Finlande.

elle est devenue un miroir au travers duquel je vois le monde sous un angle différent. Cela a été renforcé par les années où j’ai travaillé sur divers projets de l’Union européenne. J’ai appris que le français est une langue et une culture pleine d’exceptions. Ainsi, les mots-clés de la francophonie me sont devenus l’amour, la joie d’apprendre et le savoir-vivre, mais aussi le paradoxe.

« Ludification » de l’apprentissage

Ce qui m’intéresse maintenant, c’est de voir si mes élèves sont aussi courageux pour parler à un robot que je l’ai été avec un abricotier. C’était une chance de construire un projet pilote comme RoboLang (https://sites.utu.fi/robolang/). J’aime faire le pont entre la vie pragmatique de l’école et la vie scientifique. Les élèves apprennent la langue et à naviguer dans un monde de plus en plus numérisé. Un robot motive la persévérance par la « ludification », même si le paramétrage de jeu est souvent simple et que les réactions du robot sont neutres, sans retour d’information linguistique personnalisé. Cependant, le robot reste un robot, même en interaction. Il ne sait pas encore comment produire ses propres phrases et n’accepte que les réponses

codées pour les tâches accomplies. Il faut encore développer une interaction plus naturelle et flexible, où l’auditeur comprend l’intention de l’interlocuteur. Le robot non, et cela produit une communication manquée, de répétition, mais heureusement, finalement, de succès. Car dans le monde réel, un vendeur de billets français aurait fermé la fenêtre de son guichet depuis longtemps ! En revanche, le paradoxe, c’est l’imperfection du robot qui en fait un interlocuteur humain et amusant lorsque le message passe enfin. Avec l’essor de la pédagogie robotique, nous prenons position sur la scolarité que nous construisons. Quelle est la valeur ajoutée d’un robot pour l’apprentissage du français ? Comment influe-t-il sur la prononciation et la volonté de communiquer en français ? Comment modifie-t-il les interactions ? Aujourd’hui, les robots ne peuvent pas être la seule méthode d’apprentissage, mais peuvent enrichir d’autres pratiques pédagogiques. J’espère ainsi que le contact linguistique avec le robot favorise de vrais contacts pour mes élèves, car il leur donne un aperçu d’une conversation avec un francophone. La volonté et le courage de communiquer – l’amour pour la langue, le savoir-vivre, la joie d’apprendre et le paradoxe : les mots-clés sont toujours là. n

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LANGUE | MOT À MOT VOCABULAIRE

ESPACE Bernard Cerquiglini, éminent linguiste et spécialiste reconnu de la langue française, révèle et explique chaque jour sur TV5Monde une curiosité verbale : origine des mots et expressions, accords pièges et orthographes étranges… Il a aussi accepté de régaler de ses explications gourmandes la curiosité des lecteurs du Français dans le monde.

DITES-MOI

PROFESSEUR LEXIQUE

CAFARD On pourrait penser que le mot cafard a désigné d’abord un insecte, puis par métaphore un tartufe et un mouchard, enfin un sentiment triste. Eh bien, c’est l’inverse ! Cafard a été emprunté dès le xve siècle à l’arabe kāfir désignant un incroyant, un non-musulman, et par suite (si j’ose dire !) un « faux dévot ». C’est dans ce dernier sens, « hypocrite », que cafard a pris son essor au xvie siècle, durant les guerres de religion, la finale en -ard venant entériner cette acception péjorative. L’emploi religieux a décliné au xviiie siècle. Au xixe siècle, il a été

repris dans la langue familière pour désigner un mouchard, un délateur, quelqu’un qui cafarde. Cafarder est devenu cafter dans l’argot scolaire. La métaphorisation a fonctionné parallèlement. Le sens d’« insecte orthoptère noir et de forme aplatie » apparaît dès le xvie siècle ; c’est un emploi imagé de « faux dévot », car le cafard est de couleur noire et se cache de la lumière, comme le font les insectes et les hypocrites. Puis, à partir de l’insecte, une nouvelle métaphorisation a fourni un dérivé sentimental. Cafard au

sens figuré de « tristesse lancinante accompagnée d’idées noires et de lassitude » apparaît chez Baudelaire, dans Les Fleurs du Mal. Emploi métaphorique, en référence à la couleur noire de l’insecte et à son habitude de se terrer dans les coins sombres. Le cafard, c’est le spleen (autre terme baudelairien), nostalgie sombre et mélancolique ; autrement dit, un coup de bourdon, de blues. Un état de mélancolie, de vacuité, dû au désœuvrement, à l’ennui, à la solitude, que le français nomme joliment le vague à l’âme. n

Le mot latin spatium désignait un champ de course ; par extension une étendue libre ; et par dérivation temporelle, un laps de temps. Il a donné, au xiie siècle, le français espace, d’abord avec une valeur temporelle, puis au sens majoritaire d’« étendue ». Celle-ci peut être considérée selon plusieurs dimensions : dans ce cas l’espace est un volume ; on voyage dans l’espace. Considéré selon une seule dimension, espace désigne la distance entre deux points ; il est ­synonyme d’écart, d’intervalle. Les exemples en sont nombreux au propre (laisser un ­espace de dix centimètres), comme au figuré ; il désigne dans ce cas la distance existant entre des notions, des sentiments, des personnes : l’espace mis entre elle et sa famille. De cet emploi d’intervalle résulte la locution d’espace en espace, qui signifie « de place en place » : « on apercevait, d’espace en espace, de larges flaques d’eau. » Il en découle également un emploi particulier en typographie. Traditionnellement, dans la composition au plomb, on appelait espace la petite lame de métal employée pour séparer les mots. Par métonymie le terme a désigné le blanc qui résulte de l’emploi de cette lame, et plus généralement tout intervalle séparant des mots. Le mot espace, issu d’un neutre latin, était indifféremment masculin et féminin, jusqu’au xvie siècle. Le masculin a prévalu – sauf en typographie. Dès le xviie siècle, les dictionnaires donnent cet emploi au féminin : glisser une espace à la fin de la ligne. À l’ère du numérique, il en est toujours ainsi : on continue à dire une espace. Voilà une belle permanence de la langue, à travers les techniques : quelle satisfaction ! n

RETROUVEZ LE PROFESSEUR et toutes ses émissions sur le site de notre partenaire WWW.TV5MONDEPLUS.COM

EXPRESSION

LIMOGER

Mais oui, on limoge aussi à Limoges ! On l’a même beaucoup fait… Le verbe limoger a été créé, en 1916, sur le nom de la préfecture de la Haute-Vienne, au centre de la France, où le généralissime Joffre assigna à résidence les officiers d’état-major qu’il avait relevés de leurs fonctions. Les jugeant incompétents, ils les avaient mutés loin du front.

C’est d’abord un terme d’argot militaire. Un siècle plus tard, le mot appartient à une langue plutôt recherchée. Il désigne d’abord l’action de relever un officier général de ses fonctions, en le privant de sa fonction de commandement. Maurice Druon écrit dans son roman Les Grandes Familles : « À cinquante ans, un militaire est fini. Je ne peux pas le dire trop haut ici, mais je le pense. On devrait tous les

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limoger à cet âge-là. Ils sont abrutis par la vie de garnison ou le soleil tropical, les chutes de cheval et le règlement. » Puis, limoger est passé dans l’usage courant au sens de : « frapper une personne haut placée d’une mesure de disgrâce ; destituer un fonctionnaire de ses responsabilités » : on limoge un préfet. Le substantif limogeage est attesté pour la première fois en 1934. On l’emploie

aujourd’hui assez couramment pour parler du renvoi d’un haut-fonctionnaire, mais aussi dans le secteur privé pour le licenciement d’un chef d’entreprise. Il s’agit d’une sanction lourde, avec souvent l’idée que cette mesure est surprenante, inattendue. En tout cas, elle aura de graves conséquences. Un limogé, par exemple, perd l’usage de sa limousine de fonction. n

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pouasiens sont alphabétisés en tok pisin, 49 % en anglais et 5 % en hiri motu. Le tok pisin, qui serait parlé par plus de quatre millions locuteurs (dont à peine 100 000 l’auraient pour langue première), est un pidgin à base lexicale anglaise qui a pris différentes formes régionales, mais sa forme urbaine tend à s’imposer. Le hiri motu pour sa part, un pidgin à base lexicale mélanésienne (la langue motoue), est beaucoup moins parlé (environ 200 000 locuteurs), essentiellement dans la région de la capitale. Notons au passage que hiri signifie « commerce », et que le hiri motu est donc le « motu du commerce », de la même façon que pidgin, dans pidgin english, signifiait à l’origine « business english » : certaines langues véhiculaires affichent leur fonction dans leur nom. Quant à l’anglais, il serait parlé par plus de trois millions de personnes, dont seulement 150 000 l’auraient pour langue première.

Une politique du laisser-faire

Trois langues véhiculaires, donc, qui sont le résultat des pratiques sociales. Mais que se passe-t-il du

côté de la politique linguistique de l’État ? Nous pourrions dire : rien, ou presque. En effet, il n’y a aucune mention de langues nationales ou officielles dans la Constitution du pays. On y lit simplement que pour demander la nationalité papouasienne, il faut « parler et comprendre le pisin ou l’hiri motu ou une langue vernaculaire du pays » (ou remarquera que l’anglais ne figure pas dans cette liste). Pourtant, les trois langues véhiculaires sont utilisées à l’Assemblée nationale, dans les tribunaux et dans l’administration. Pour ce qui concerne l’enseignement, les communautés municipales peuvent choisir une langue locale pour l’école maternelle (170 d’entre elles y sont utilisées), puis l’on passe à l’anglais pour le primaire, le secondaire et l’université. On voit que l’anglais est de facto la langue officielle du pays (c’est dans cette langue que sont principalement rédigées les lois), les deux autres langues véhiculaires étant, toujours de facto, co-officielles, et le choix du pays en matière de politique linguistique a donc été de ne pas choisir. Ce que nous pourrions

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Le village de Hanuabada Still, à Port Moresby, capitale de la PapouasieNouvelle-Guinée.

À LIRE Le français en Afrique. Regards sociolinguistiques, sous la direction de Nicolas Sorba, EME éditions, Louvain-la-Neuve, 2021 Seize auteurs, onze pays, cet ouvrage collectif se penche sur la place et le rôle du français dans des pays africains non seulement francophones (Burkina Faso, Côte d’Ivoire, Gabon, Mali, Togo) mais aussi anglophones (Ghana, Nigeria), arabophones (Algérie, Mauritanie) voire anglo-francophones (Cameroun, Burundi), étant bien sûr entendu qu’il y coexiste avec des langues africaines qui peuvent être très nombreuses (comme au Cameroun) ou en nombre très limité (comme en Algérie ou au Burundi). Et, dans la plupart de ces pays, le français joue un rôle à la fois dans les structures de l’État (administration, vie politique, etc.) et dans l’enseignement. Ce livre est organisé en deux grands ensembles. La première partie, « Regards analytiques sur des situations sociolinguistiques », décrit les rapports entre langues et société dans six pays africains, en insistant sur les représentations linguistiques vis-à-vis du français et des langues nationales, sur les différences locales, de pays à pays, mais aussi sur les différences de politiques menées par les pays colonisateurs (Belgique ou France). La deuxième partie, « Apprendre le français en Afrique : obstacles et perspectives », porte sur sa part sur les systèmes éducatifs, la formation des enseignants, les méthodologies utilisées, qui là aussi varient d’un pays à l’autre, en particulier pour la place qu’occupent les langues endogènes dans ces systèmes. Ce qui pose d’ailleurs d’autres types de questions : approche comparative, contrastive, enseignement du français comme langue officielle, langue seconde ou langue étrangère ? Sur tous ces points, les débats sont anciens, les mêmes questions sont régulièrement posées, les mêmes expérimentations régulièrement menées. Si cet ouvrage ne révolutionne pas ces approches et ces questions, il a le mérite ne s’appuyer sur des données concrètes et d’éclairer ainsi mieux les problèmes. n

appeler une politique linguistique par défaut, ou une politique du laisser-faire. On comprend qu’il serait difficile de définir et de mener une politique pour plus de 800 langues, ou de donner à l’une d’entre elles un statut particulier : vouloir promouvoir l’un de ces confetti linguistiques raviverait des conflits ethniques meurtriers. Les langues

véhiculaires garantissent donc, dans cette situation, la paix sociale. Mais il reste bien sûr un « petit » problème : beaucoup des langues du pays sont menacées de disparition, et aucune mesure ne semble prise pour les protéger. Ce qui, également par défaut, pourrait être vu comme une façon de réduire ce plurilinguisme… n

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LANGUE | ÉVÈNEMENT La présidente de la Fédération internationale des professeurs de français (FIPF), Cynthia Eid, nous éclaire sur le contenu, les objectifs et les enjeux de cette 3e Journée internationale des professeurs de français (JIPF), le dernier jeudi de novembre. PAR JACQUES PÉCHEUR

« VALORISER L’ENGAGEMENT DES ENSEIGNANTS »

Quels sont les objectifs et la spécificité de la JIPF ? Ce « Jour du prof de français » a pour vocation de rassembler les enseignants et enseignantes « de » et « en » français partout dans le monde, afin de répondre à leurs besoins de reconnaissance, de valoriser leur engagement en faveur de la langue française. C’est une journée qui peut être festive ou plus institutionnelle ; dans tous les cas et selon les pays, il s’agit de créer du lien et de la solidarité. Avec trois objectifs : valoriser la profession des enseignants et enseignantes « de » et « en » français dans le monde ; renforcer le réseau associatif de ces mêmes professeurs ; promouvoir et participer activement au rayonnement de la langue française et du plurilinguisme dans le monde. Y a-t-il un thème fédérateur ? Après « Innovation et créativité » en 2019, « Nouveaux liens, nouvelles pratiques : projets pour demain » en 2020, nous avons

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choisi pour cette 3e édition si particulière de 2021 : « Covid-19 : et après ? » Pour la première fois, la Journée du prof aura un parrain : Éric-Emmanuel Schmitt, dramaturge, nouvelliste, romancier et réalisateur français naturalisé belge en 2008. Quels types d’activités proposer lors de cette Journée ? Selon le pays et les souhaits des enseignants, la JIPF pourra être organisée autour de conférences, tables rondes, salons, expositions, projections, concours, rencontres informelles, témoignages, concerts, festivals, lectures de textes, spectacles, réceptions officielles, reconnaissances (décorations), activités conviviales de tout genre, ateliers, séminaires, forum – et tant d’autres ! Pour participer, il suffit d’aller sur le site Le jour du prof (https://www.lejourduprof.com/) où se trouvent le formulaire pour la proposition d’activités et le kit de communication. n

25 ANS… ÇA SE FÊTE ! Pas un enseignant qui n’a pas dans ses références cette adresse précieuse et pratique : Fle.fr. Retour sur 25 ans de bons et loyaux services avec Gérard Ribot, son cofondateur et directeur. Quel était à l’origine votre projet ? Tout a commencé en 1992 avec le lancement par l’IMEF à Montpellier du Petit Guide des centres de FLE et sa diffusion dans le réseau de coopération. Une trentaine de centres s’est retrouvée dans cette démarche commune qui a connu un succès croissant et pris la forme d’un site internet dès 1998. Puis le projet s’est démultiplié grâce au support numérique qui a permis d’intégrer des services de veille pédagogique, des offres d’emplois, des ressources, un Agenda, un fil d’actualité. Enfin sont venus les réseaux sociaux. La circulation de l’information est un enjeu crucial pour qui veut échapper aux cloisonnements. À cela s’ajoute la multiplication des contenus en ligne et donc la nécessité d’un outil d’information ouvert à tous et respectueux d’une déontologie journalistique. Sur quoi repose le modèle économique du site ? Celui de l’autofinancement, garant de notre indépendance à l’égard tant des pouvoirs publics que des réseaux et des groupements. Nous la devons aux 70 centres référencés sur le site, mais aussi à nos partenaires « historiques » : La Sorbonne, le CNED, Hachette FLE et les éditions Milan. En outre, depuis 3 ans, un contrat de services nous lie au ministère des Affaires étrangères pour le recrutement des lecteurs FLE. Quels est aujourd’hui la vocation de Fle.fr ? D’abord d’être un support d’information sur les centres de FLE à l’intention des publics internationaux et des relais du français dans le monde. Information qui se doit d’être respectueuse de la diversité des centres et de leur histoire. C’est aussi celle d’un media professionnel ouvert à tous et à l’écoute des évolutions en cours, qu’il s’agisse des attentes des publics ou des besoins des acteurs de la formation. Notre site va ainsi continuer à évoluer pour rester en phase avec ces attentes. Nous avons notamment mis en ligne un Calendrier des formations pour professeurs et préparons un Guide en ligne sur le français professionnel. Nous allons également promouvoir de façon plus dynamique la thématique du tourisme linguistique et développer la veille sur l’intégration du numérique dans l’enseignement et la formation. De tout cela il sera question lors de la journée que nous organisons vendredi 26 novembre à l’Alliance française de Paris pour marquer ces 25 ans. n

Le français dans le monde | n° 437 | novembre-décembre 2021


MÉTIER | RÉSEAUX 3 QUESTIONS À…

Quelle meilleure occasion que la Journée mondiale des enseignants, le 5 octobre, pour dévoiler APPRENDRE EV@LANG, nouveau test de français à destination des enseignantes et enseignants des pays francophones ? APPRENDRE EV@LANG est le fruit d’un an de développement, de la mobilisation de trente enseignants issus de pays francophones, et d’une collaboration entre deux institutions engagées en faveur de la francophonie : l’Agence universitaire de la Francophonie (AUF) et France Éducation international.

UN NOUVEAU TEST DE FRANÇAIS POUR LES ENSEIGNANTS DES PAYS FRANCOPHONES Une application mobile gratuite, destinée aux enseignants de 23 pays

L’AUF et France Éducation international se sont associés pour proposer ce nouvel outil en s’appuyant sur l’expertise de France Éducation international en matière d’évaluation linguistique, et en s’adossant sur le modèle de son test de positionnement Ev@lang. L’initiative s’inscrit dans le cadre du programme APPRENDRE (« Appui à la professionnalisation des pratiques enseignantes et au développement de ressources »), coordonné par l’AUF avec le soutien de l’Agence française de développement (AFD). L’objectif de ce programme est de renforcer le développement professionnel des enseignants de 23 pays francophones, afin d’améliorer la qualité de l’éducation. Proposé sous la forme d’une application mobile, APPRENDRE EV@LANG est destiné aux enseignants du primaire et du secondaire, toutes disciplines confondues. L’objectif est de les aider à situer leur niveau de maîtrise de la langue française et à identifier leurs marges de progression. APPRENDRE EV@LANG propose une mesure simple et précise du niveau de compétence, en se basant sur l’échelle du Cadre européen commun de référence pour les langues (CECR). Les activités évaluées sont la compréhension de l’oral, la compréhension de l’écrit, ainsi que la grammaire et le lexique. Les résultats sont accompagnés de courtes recommandations à visée formative. Téléchargeable gratuitement sur téléphone multifonction ou sur tablette (Android et Apple),

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APPRENDRE EV@LANG offre à l’utilisateur un parcours d’entraînement individualisé. Les enseignants peuvent télécharger et utiliser directement l’application en modes « en ligne » et « hors connexion ».

Une conception au plus près des besoins locaux

L’AUF et France Éducation international ont choisi de s’appuyer sur une trentaine de rédacteurs issus des pays d’Afrique de l’Ouest, d’Afrique centrale, de Madagascar et du Liban pour concevoir les questions posées et mener à bien ce projet. Encadré par France Éducation international, ce travail, qui s’est déroulé de septembre 2020 à juillet 2021, a permis de contextualiser au mieux la conception de ce test, au plus près des besoins des acteurs nationaux, et d’accompagner la montée en compétences des experts locaux. L’enregistrement audio de supports d’évaluation a été quant à lui assuré par une équipe de comédiens issus des mêmes zones géographiques. En 2022, le second volet du projet APPRENDRE-EV@LANG, portant sur le déploiement d’un test de positionnement, sera proposé aux ministères de l’Éducation de 23 pays de la zone APPRENDRE. n Pour échanger à ce sujet, n’hésitez pas à nous contacter : expertise.dlf@france-education-international.fr ! Suivez aussi notre actualité sur notre site : www.franceeducation-international.fr et sur les réseaux sociaux.

« LA CRISE A ÉTÉ UN ACCÉLÉRATEUR DE CHANGEMENT » En poste depuis 2019, Emmanuel Samson est le responsable du Crefeco (Centre régional francophone pour l’Europe centrale et orientale) de Sofia, en Bulgarie. Pouvez-vous nous présenter le Crefeco ? C’est une structure née en 2005, originale aussi bien pour l’enseignement du français que pour l’Organisation internationale de la Francophonie, qui avait créé un autre Cref en 1993, le Crefap, pour l’Asie-Pacifique. Cela répondait à la volonté de se pencher sur les États membres d’Europe centrale et orientale ayant le français comme langue étrangère dans leurs différents systèmes éducatifs. Mais aussi en tant que langue d’enseignement, car il existe un réseau assez développé de lycées à classe bilingue francophone dans la région, comme ici en Bulgarie. Même si le statut, les missions évoluent, le Crefeco est fait pour être au plus proche du terrain, des partenaires et des communautés enseignante et apprenante, dans des pays qui ont fourni des générations de francophones qu’on retrouve dans plusieurs sphères de la société, culture, art, sciences… L’enjeu, pour ces pays, est de pouvoir échanger avec d’autres espaces de la Francophonie. Quelles sont précisément ses missions ? Nous agissons dans trois domaines. Premièrement, en soutenant la politique de formation continue des enseignants de et en français, au niveau national ou régional, comme pour le Forum ProFutur (voir p. 46-47). De plus en plus, nos actions se tournent vers des publics prioritaires, en milieu rural ou isolés. Deuxième domaine, par le soutien également à la production et diffusion de ressources pédagogiques libres et contextualisées, réalisées par des gens de la région, avec leur propre culture éducative. Cette année, nous avons par exemple mis en place un kit pédagogique sur la diversité des cultures francophones pour des adolescents. Des enseignants de la région travaillent également à concevoir des ressources pour l’intégration des notions pour l’égalité femmes-hommes. Enfin, troisièmement, en proposant ou en soutenant des activités pour les apprenants, en ligne

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PROPOS RECUEILLIS PAR CLÉMENT BALTA

© Asclepias

BILLET DE LA PRÉSIDENTE

Pour tout connaître des activités de la FIPF et de ses associations membres, abonnez-vous gratuitement à notre bulletin d’information sur www.fipf.org et suivez-nous sur Facebook (LaFIPF) CYNTHIA EID, présidente de la FIPF

CÉLÉBRONS ENSEMBLE LA JIPF !

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Rendez-vous avec chacun et chacune d’entre vous, « hussards » de la langue française et de la francophonie, ce 28 novembre, pour célébrer la 3e Journée internationale du professeur de français (JIPF). « Notre première et plus grande responsabilité est de rendre ses lettres de noblesse au métier de professeur et singulièrement au métier de professeur de français », déclarait Emmanuel Macron le 20 mars 2018, lors de la présentation de son plan d’action pour la langue française. Dans sa Lettre aux instituteurs et aux institutrices (1888), Jean Jaurès célébrait déjà leur vocation : « Vous tenez en vos mains l’intelligence et l’âme des enfants […] Les enfants qui vous sont confiés n’auront pas seulement à écrire et à déchiffrer une lettre, à lire une enseigne au coin d’une rue, à faire une addition et une multiplication […] Ils seront citoyens. » En 1905, « hussards » est devenu le surnom donné aux instituteurs et institutrices après le vote de la loi de séparation des Églises et de l’État. Ceux-ci deviennent « noirs » avec Charles Péguy (1873-1914) qui évoque dans L’Argent (1913) ses souvenirs d’écolier : « Nos jeunes maîtres étaient beaux comme des hussards noirs. » En 1957, Albert Camus, en recevant son prix Nobel, n’oublie pas tout ce qu’il doit à son premier instituteur : « Je ne me fais pas un monde de cette sorte d’honneur, mais celui-là est du moins une occasion pour vous dire ce que vous avez été, et êtes toujours pour moi, et pour vous assurer que vos efforts, votre travail et le cœur généreux que vous y mettiez sont toujours vivants chez un de vos petits écoliers qui, malgré l’âge, n’a

ou en présentiel. À l’image des camps d’été francophones, cette année en Arménie et en Serbie (hors pandémie, on fait se rencontrer des élèves de différents pays). Je pense aussi à la promotion du français comme une langue d’innovation, avec par exemple la 2e édition du hackathon pour la création de jeux vidéo sérieux cet automne.

UNE NOUVELLE CHAIRE AU COLLÈGE DE FRANCE À l’initiative d’un partenariat entre le Collège de France et de la Délégation générale à la langue française et aux langues de France, une nouvelle chaire a été créée, intitulée : « L’invention de L’Europe par les langues et les cultures ». Une initiative placée par Roselyne Bachelot, ministre de la Culture, sous

© Collège de France

Comment avez-vous géré la crise sanitaire ? Heureusement, nous avions déjà une expérience dans le numérique ainsi qu’une expertise grâce au dispositif JEDA (jeunes enseignants débutants en action), soit 100 heures de formation à distance tutorée via des classes virtuelles en lien avec l’université de Rouen Normandie. Avant même la crise, on avait l’ambition de monter en puissance sur nos activités numériques, notamment concernant la formation (webinaires et ateliers en ligne). Cela nous a permis d’être réactifs, au point que s’est formée en quelques mois une communauté virtuelle d’à peu près 2 800 professeurs ! Les activités proposées aux apprenants ont aussi eu un grand succès, comme nos quiz géants. Surtout, on a réussi à toucher des publics nouveaux, pas forcément concernés par les actions en présentiel. Le but maintenant, c’est de capitaliser sur ces acquis collectifs. La crise a toutefois été un accélérateur de changement, même s’il faut promouvoir l’utilisation du numérique à bon escient, dans le cadre d’un enseignement en présentiel ou hybride. Mais pour le Crefeco et nos communautés, ce fut finalement une expérience enrichissante. n

pas cessé d’être votre reconnaissant élève. » Quels symboles forts ! Quels témoignages époustouflants ! Et combien au quotidien vous, enseignant·e·s de français, recevez ainsi des lettres de reconnaissance, dessins ou poèmes de vos apprenant·e·s, et souvent de leurs parents, vous témoignant à quel point vous avez marqué/ changé leurs vies ou celles de leurs enfants ! Ce 28 novembre, nous serons en fête… Une fête mondiale où vous, enseignant·e du et en français êtes mis·e à l’honneur. Car c’est vous, « hussards de la francophonie », qui œuvrez pour la promotion de la langue française et son enseignement. Vous, « hussards de la francophonie », qui croyez corps et âme au rayonnement du français et permettez à vos apprenant·e·s d’avoir les yeux qui brillent. Vous, « hussards de la francophonie », qui donnez le goût d’apprendre le français et accordez à chaque don les mêmes chances de se développer et de se réaliser. Ce 28 novembre, une pensée spéciale va aux professeur·e·s de français qui nous ont précédé·e·s, à celles et ceux qui ont tracé le chemin, nous incitant à accompagner les élèves dans leur processus d’apprentissage linguistique et culturel. Nous les remercions car sans elles, sans eux, nous ne pourrions envisager un avenir des plus enrichissants dans cette belle profession qu’est l’enseignement du français. Sans vous, la vie n’aurait pas de classe ! Soyez fiers du travail que vous faites et de la différence que vous apportez au cœur des vies des 120 millions d’apprenant·e·s de et en français dans le monde. Bonne fête à chacune et à chacun. n

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le signe de Fernand Braudel : « La culture est la langue commune de l’Europe. » Il est revenu à Alberto Manguel (photo), traducteur, éditeur, critique littéraire, essayiste et romancier de prononcer la leçon inaugurale : « Europa : le mythe comme métaphore ». Le citoyen canadien né à Buenos Aires assurera ses cours et séminaires à partir de mars 2022, ouverts au public, mais qui seront également disponibles sur le site : www.college-de-france.fr n

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MÉTIER | FLE EN FRANCE

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FORMATION CONTINUE : UNE ÉTAPE INDISPENSABLE ? La loi du 5 septembre 2018 « pour la liberté de choisir son avenir professionnel », a réformé et encadré les droits à la formation en France. Sans attendre ce dispositif et puiser nécessairement dans leur CPF (compte personnel de formation, crédité de 500 euros par an), les enseignants de FLE actualisent régulièrement leurs connaissances. Mais de quelle formation continue disposent-ils ? Enquête auprès de ceux qui la proposent et ceux qui en bénéficient. PAR SOPHIE PATOIS

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ans le domaine du FLE, l’offre de stages et formations est pléthorique. Alors comment faire son choix et s’y retrouver dans ce dédale d’informations ? Pour Michel Boiron, directeur du Cavilam-Alliance française, centre de langues reconnu dans le monde entier et installé à Vichy depuis 1964 à l’initiative de la ville et des universités de Clermont-Ferrand, tout dépend de son projet. « Si je suis prof de FLE et que je veux améliorer mes compétences professionnelles, c’est-à-dire ma capacité à enseigner le français à des étrangers, ma gestion de classe, etc., c’est un développement professionnel

personnel que je vise. Je peux vouloir perfectionner mes compétences générales, comme parler en public ou affiner mes compétences d’animation, solidifier mes compétences culturelles… L’autre objectif peut être de renforcer mon employabilité. Si je veux améliorer mes conditions et chance d’emploi il faut que j’aie le plus haut niveau de diplôme et que je sois le plus polyvalent possible pour intéresser des organismes de formation. Je vais alors cibler la formation de Coordinateur pédagogique qui offre plus de postes salariés. Si j’ai un Master 1 par exemple, je viserai une formation diplômante certifiante d’État. Je peux suivre une formation continue en université (à distance

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MÉTIER | QUESTION D’ÉCRITURES

LIAISONS…

PAS DANGEREUSES « Question d’écritures » est une rubrique destinée à la formation des enseignants. Comme son nom l’indique, dans chaque numéro du FDLM, nous proposons un moment de réflexion sur deux pages autour d’une situation d’écriture élucidée en trois points : • Un rappel des caractéristiques linguistico-culturelles d’un élément

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déclencheur qui pourra tour à tour concerner un lieu, une modalité, une typologie, etc. • La justification du choix d’utilisation de l’amorce en question dans la classe de FLE. • La proposition d’une démarche pédagogique avec exemplification des tâches et des activités qui peuvent mener à une production écrite. La réflexion est accompagnée d’une

fiche d’activités pour la classe, à destination des enseignants, qui indiquera le niveau des destinataires, l’objectif de la tâche finale en production écrite et les matériaux à utiliser (papier-crayon, médias, Internet…). Pour chaque activité on précise l’organisation du travail (individuel, binôme, groupe, plénière…) et la/les compétences visées (CO, CE, PO, PE… mixte).

« Je pense, donc je suis. »

L

(Descartes, Discours de la méthode, 1637)

e texte écrit est l’objet d’un vaste champ de recherche en didactique des langues. De nombreux travaux ont contribué à clarifier, entre autres, les caractéristiques de la grammaire de l’écrit par rapport à l’oral et, à l’intérieur des écrits, les différences fonctionnelles qui donnent lieu à autant de genres et de discours. Produire un écrit demande non seulement le respect des règles de

grammaire textuelle et la maîtrise du vocabulaire concernant les différents genres, mais aussi et surtout la mise en place d’habiletés et de stratégies censées devenir plus complexes du fait de l’intériorisation d’opérations cognitives de haut niveau qui vont permettre à l’apprenant d’acquérir la compétence discursive nécessaire. Cette compétence qui, selon le CECR (p. 96), fait partie de la compétence pragmatique et « permet à l’utilisateur/apprenant d’ordonner les phrases en séquences afin de produire des ensembles cohérents », s’exerce donc sur les écrits comme autant d’unités complexes et demande « la capacité de gérer et de structurer le discours en termes d’organisation thématique, de cohérence et de cohésion, d’organisation logique, de style et de registre, d’efficacité rhétorique… », ainsi que la capacité de le structurer selon « les conventions organisationnelles des textes dans une

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PAR PAOLA BERTOCCHINI ET EDVIGE COSTANZO

Les relations explicites sont marquées par des connecteurs entendus comme éléments de liaison qui assurent l’organisation du texte. On a ainsi, à l’intérieur d’une phrase complexe : • les conjonctions de coordination (et, ou, mais, donc, car…) et de subordination (pour que, bien que, tandis que…) ; Et pour l’articulation du discours : • les adverbes de liaison interphrastiques (ainsi, alors, cependant…) qui servent à moduler la progression du discours et à faciliter la compréhension du lecteur ; • les groupes prépositionnels qui permettent d’exprimer différents rapports logiques, tels que le lieu (ex : dans, chez, sur…), le temps (avant, depuis, en…), le but (pour, afin de) et ainsi de suite.

Connecteurs et relations logiques en classe de langue

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communauté donnée », autrement dit en tenant compte de l’aspect culturel présent aussi bien dans l’organisation d’une argumentation que dans une lettre officielle depuis sa mise en page jusqu’aux formules de politesse. Il va de soi que pour atteindre cette compétence et obtenir les performances souhaitées, il faut développer lesdites capacités en privilégiant l’une ou l’autre en fonction des beBIBLIOGRAPHIE – Adam J-M., 2017, Les textes : types et prototypes (4e éd.), Paris, Armand – Anscombre J. C. et al., 2018, Opérateurs discursifs du français, 2, Berne, Peter Lang. – Beacco J-C., 2010, La didactique de la grammaire dans l’enseignement du français et des langues, Paris, Didier. – Conseil de l’Europe, 2005, Cadre européen commun de référence pour les langues, Paris, Didier. – Rossari C. et al., 2004, Autour des connecteurs, Berne, Peter Lang.

soins immédiats et/ou des objectifs à moyen et à long terme. On privilégiera ici la réflexion sur les connecteurs comme éléments de cohésion discursive.

La cohésion : éléments implicites et explicites

On sait que la cohésion d’un texte est tributaire de plusieurs éléments, dont les anaphores, fil rouge des expressions référentielles, et les connecteurs qui assurent l’articulation logique du texte par des relations implicites ou explicites. Les relations implicites s’appuient sur des connecteurs limités aux indices suivants : • la ponctuation : deux points pour introduire un exemple, une cause, une conséquence ; point d’interrogation pour annoncer une explication… ; • la parataxe : juxtaposition d’énoncés formant une suite logique ; le sémantisme des verbes et le jeu des temps verbaux.

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Qu’ils s’appellent « marqueurs », « ponctuants », « particules », « opérateurs », etc., en fonction de l’objet et de la fonction étudiés dans le domaine de l’articulation du discours oral et écrit, savoir utiliser les connecteurs, pour assurer la mise en œuvre de la compétence discursive recommandée par le CECR, est une priorité dans l’apprentissage d’une langue étrangère. Dans l’échelle concernant « cohérence et cohésion » (p. 98), le CECR, dans une sorte de progression en spirale, établit les objectifs suivants, des objectifs utiles pour programmer tâches et activités à différents niveaux : • Niveau B1 : peut relier une série d’éléments courts, simples et distincts en un discours qui s’enchaîne ; niveau B2 : peut utiliser un nombre limité d’articulateurs pour relier ses énoncés bien qu’il puisse y avoir quelques « sauts » dans une longue intervention. • Niveau C1 : peut utiliser avec efficacité une grande variété de mots de liaison pour marquer clairement les relations entre les idées. • Niveau C2 : peut produire un texte clair, fluide et bien structuré, démontrant un usage contrôlé de moyens linguistiques de structuration et d’articulation ».

Pour atteindre ces objectifs en fonction d’une production écrite, elle aussi graduelle, on ne peut que rappeler la nécessité d’un travail de grammaire de reconnaissance basé sur les activités suivantes : •Repérer et identifier des connecteurs dans des textes authentiques pour éviter un travail décontextualisé sur des phrases isolées. • Remplacer les connecteurs d’un texte par des synonymes pour élargir et fixer en même temps le plus grand nombre de formes possibles. • Relier les phrases d’un texte par un connecteur en choisissant dans une liste ou en laissant l’apprenant trouver la solution lui-même, selon la gradation prévue en termes de difficulté. • Modifier un texte en jouant sur la transformation implicite-explicite des éléments de connexion et viceversa. Cet entraînement à la manipulation des connecteurs peut déboucher sur des activités de compréhension de textes dont les paragraphes sont en désordre, suivies d’une réflexion explicite sur les choix effectués en fonction des connecteurs mis en évidence. Pour ce qui est de la production écrite enfin, les possibilités varient, là aussi en fonction du niveau. Ainsi peut-on commencer par un travail de récriture qui peut se faire, par exemple, sur un fait divers, en demandant aux apprenants de transformer une dépêche d’agence de presse d’une centaine de mots en un article de 500 mots, censé enrichir l’évènement relaté par la dépêche par des détails concernant le lieu, les causes, les hypothèses… Et la récriture peut se faire sur un texte erroné sur lequel apporter les modifications nécessaires en explicitant le pourquoi des choix effectués sur les connecteurs. Le passage à l’écriture libre se fera quant à lui, en demandant dans le cas du FOS, de produire des écrits fonctionnels, ou dans le cadre de simulation de produire des écrits qui coïncideraient ici avec les besoins et les désirs des apprenants, ou encore, dernière suggestion mais pas la moins importante, des « jeux d’écriture » où le plaisir d’écrire s’exerce aussi sur la logique des connecteurs. n

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DOSSIER |

E S O R P

T A B M O C

À L’ÉCOLE

DU RAP DES MOTS…

to rap signifie en argot (ou slang) autant « bavarder, blâmer, baratiner » que « frapper, taper sur ». flow : avoir un bon flow, c’est avoir un bon rythme dans les paroles prononcées, un bonne cadence de débit dans le rap. hip-hop : culture urbaine née dans le South Bronx à New York au début des années 1970 et qui comprend 5 disciplines : le rap, le djing, le break dance, le graffiti et le beatbox. C’est par son expression musicale, le rap, ou musique rap voire hip-hop, qu’il est le plus connu aujourd’hui.

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ET DES CHIFFRES

Top 200 meilleures ventes : 2 femmes rappeuses et 86 hommes rappeurs 2 325 rappeuses dans le monde 25 % des festivals programment du hip-hop 245 labels musicaux ont un catalogue hip-hop 439 salles diffusent du hip-hop

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BOX OFFICE (ALBUMS VENDUS) Jul : 4 645 000 MC Solar : 3 490 000 Maître Gims : 3 100 000 IAM : 2 865 000 Booba : 2 845 000

Soprano : 2 500 000 Ninho : 2 100 000 PNL : 2 000 000 Rohff : 1 850 000 Nekfeu : 1 820 000 Source : Sens Critique

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e Paris-Banlieue à Marseille, de Bruxelles à Lille, de Nantes à Perpignan, la France est devenue une terre d’élection du rap. Aujourd’hui, en ce début des années 2020, le rap est la musique écoutée par la majorité des moins de 35 ans, et une part notable de l’ensemble de la population française. Avec ses maîtres du swing linguistique qui trustent les premières places du box-office, le rap impose une nouvelle façon de manipuler la langue française et de faire sonner les mots. Entre exercice de style provocateur et lyrisme dénonciateur, les rappeurs se sont intronisés porte-parole d’une jeunesse dont on parle mais qui n’a aucun accès à la parole publique et chez qui le thème de « la banlieue » apparaît donc comme imposé. Chroniques ordinaires, veine réaliste des quartiers populaires connue sous l’étendard du « rap de rue », le rap rend sensible l’expérience d’« une jeunesse

masculine, souvent non-blanche, subissant de plein fouet le chômage, le racisme, la paupérisation des quartiers d’habitat social et la généralisation du trafic de drogue », nous indique dans ces pages le sociologue Karim Hammou. Mais pas seulement, un rap surgit aujourd’hui qui ne craint pas de décrire les émotions intimes de ses narrateurs. Et puis, dans cet univers que l’on croirait replié sur les seuls points de vue masculins, les rappeuses déploient avec talent et succès le quotidien des « meufs de cité » avec un sens ravageur de la répartie. Elles viennent de Martinique, de Belgique, du Mali, de Madagascar ou de Côte d’Ivoire et s’amusent pour certaines à mêler aux rimes françaises les sonorités d’autres langues, enrichissant la francophonie au fil des flow. Toutes ont conscience qu’elles participent d’un renouveau du milieu du rap en bousculant ses repères de genre avec comme argument cela même qui l’a fondé : la liberté d’expression. n

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COUPS DE CŒUR POUR LA CLASSE • Le rap conscient, pour aborder des questions vives dans le cadre de projets motivants et mobilisateurs grâce au rap conscient : • Idéal Junior (Kerry James) – « La Vie est brutale » (1992) • Keny Arkana – « Cueille ta vie » (2012) • Le rap poétique, pour jouer sur la phonétique, la morphosyntaxe, les registres et créer des ateliers d’écriture : Mc Solaar – « Géopoétique » (2017), à travailler peut-être en parallèle du Slam des Pays de Mathieu Lippé (2013) ou d’autres textes de rap comme « La Terre est ronde » d’Orelsan (2011) ; Nekfeu – « » (2019) • Le rap culture, pour revenir sur des notions avec ces trois chansons qui évoquent pêle-mêle les contes de Perrault, les fables de La Fontaine, l’Histoire de la France pendant la guerre ainsi que l’héritage musical de Georges Brassens : « Il marche à peine et veut des bottes de sept lieues/Petit frère veut grandir trop vite/ Mais il a oublié que rien ne sert de courir, petit frère » (IAM, « Petit frère », 1997) ; « Mon père a combattu Vichy et collaboration/Expert en faux papiers, sauve les victimes de trahison/Agir et résister quand la patrie perd la raison/Il offre l’humanité sans prendre l’accord du président » (Rocé, « Je chante la France », 2006) ; « Brassens ; la lumière est plus rapide que le son/Brassens ; c’est pour ça que j’suis brillant avant d’être con/Brassens ; pardon de n’pas retenir la leçon/Brassens ; Brassens, c’est la tradition » (Médine, « Brassens », 2018). • Le rap concept, pour entrer dans une démarche holistique et pluriartistique à la croisée du conte et du jazz, avec la découverte d’albums comme Au pays d’Alice (2014), où Oxmo Puccino et Ibrahim Maalouf mettent en mots et en musique l’œuvre de Lewis Caroll. • Enfin, pour créer des ponts entre les horizons culturels de vos apprenants et le rap francophone, tournez-vous vers des collaborations plurilingues : Guru ft. MC Solaar, « Le Bien, Le Mal » (1993) ; Soulkast ft. Dj Premier, « Memento Mori » (2014)

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DOSSIER | ENTRETIEN

Autrice d’un « petit dictionnaire de la langue de la rue », Les mots du bitume. De Rabelais aux rappeurs (éditions Le Robert, 2017), la linguiste Aurore Vincenti éclaire sur les origines de la « planète rap » et plus spécifiquement sur les particularités du rap (en) français, ses influences, sa diversité et son inventivité. PROPOS RECUEILLIS PAR CHANTAL LORHO

« LA LANGUE RAP

A IMPRIMÉ LES CONSCIENCES »

en France, le rap est politique et NTM et IAM en sont les représentants les plus connus encore aujourd’hui. Le rap politique, c’était aussi pour se sortir des banlieues, d’une forme de misère, de la violence. Selon moi, c’est directement lié à cette période bien antérieure qu’est l’esclavage, qui a consacré les discriminations. Est-ce que le rap contribue à enrichir la langue française ? Je pense que de toute façon la langue française s’enrichit, certains mots meurent, on ne les emploie plus mais à partir du moment où l’on emploie des mots nouveaux, on peut parler d’enrichissement, sans jugement de valeur : numériquement, la langue s’enrichit. Cela étant dit, les rappeurs font preuve de beaucoup de créativité dans le vocabulaire et les expressions qu’ils emploient. Par ailleurs, le rap, en matière de quantité de vocables, est le domaine contemporain qui compte le plus de propositions, de façons de bousculer la langue, de réinventer des termes, de transformer les mots. Je prends l’exemple d’Aya Nakamura : elle fait des propositions qui ne sont pas toujours des néologismes, au sens où elle n’invente pas des mots de toutes pièces, mais par exemple elle mélange un peu d’anglais avec un peu de romani. Résultat : de « poucave » (qui signifie « balance, mouchard » en romani) on aboutit, avec une terminaison anglo-saxonne, à « pookie »... Et les gens se mettent à parler comme elle, cela devient du langage courant. On ne sait pas si « pookie » entrera dans le dictionnaire mais le public s’est approprié le terme.

Pourquoi et comment le rap est-il devenu le premier genre musical dans le monde ? Le rap est l’héritier d’une culture qui vient des États-Unis et qui s’inscrit dans la période de l’esclavage et des joutes verbales. Il s’agissait alors de se mesurer – par le verbe – à un adversaire, généralement un compagnon, de tester sa capacité à résister à la violence, d’utiliser la violence verbale sans passer par les coups. Les esclaves savaient que s’ils recou« Le rap, en matière raient à la violence physique, ils en mouraient. C’était un de quantité de vocables, jeu sérieux auquel les esclaves se livraient entre eux, à la fois pour se détendre et décompresser mais aussi afin de est le domaine s’endurcir et pouvoir résister à la violence verbale sans excontemporain qui compte ploser de colère. Aujourd’hui, les battles de Rap Contenle plus de propositions, ders s’inscrivent dans la droite ligne de cette pratique verbale, ce sont des joutes où deux rappeurs se retrouvent de façons de bousculer face à face, encerclés par un public. Ils disposent chacun la langue, de réinventer d’un temps limité pour s’affronter à coups de punchlines. des termes, de La violence se mêle à l’humour dans un art du jeu d’improvisation et du verbe qui suscite l’admiration du public. transformer les mots. » Le rap français est-il l’héritier des mêmes traditions ? Quand on rappe dans les années 1980 ou 1990, que ce soit aux Etats-Unis ou en France, on rappe contre la violence, qu’il s’agisse de la violence de la société, de la police, de la discrimination, on rappe pour défendre des causes. Quand il explose

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Quelles sont les thématiques les plus abordées par les rappeurs francophones ? L’amitié, la fraternité, la drogue, les femmes, le sexe, le monde du luxe, les « grosses bagnoles », l’argent, le foot… Il y a 30 ou 40 ans, les textes évoquaient les familles dans la galère, la pauvreté, la misère, la façon de s’en sortir. Aujourd’hui, ce sont des thématiques qui sont moins abordées et ils ont évolué vers tout ce qui est clinquant, blingbling. Malgré la vague #MeToo, on retrouve encore dans les textes beaucoup de misogynie, mais il y a de plus en plus de rappeuses, et davantage de rappeurs ne tombent pas ce lieu commun qu’est le sexisme, qui est presque devenu une figure de style classique, un topos du rap.

Quelles sont les langues qui irriguent le rap français ? Beaucoup de mots viennent de l’arabe et de langues d’Afrique comme le bambara, le baoulé, le dioula ou d’argots comme le nouchi en Côte d’Ivoire. Le nouchi est le parler des jeunesses urbanisées d’Abidjan d’où viennent par exemple les mots « enjailler », « ambiancer ». Le français dans le monde | n° 437 | novembre-décembre 2021


DOSSIER | ANALYSE

Éclairage et panorama du rap français par le sociologue Karim Hammou, fondateur du blog « Sur un son rap ». Il est l’auteur d’Une histoire du rap en France ( La Découverte). Il vient de publier Fear of a female Planet. Straight Royeur : un son punk, rap et féministe aux éditions Nada.

AVEC MA GUEULE

DE MÉTÈQUE L es débuts du rap en France se jouent à pas feutrés. Le tube mondial Rapper’s Delight, en 1979, sonne comme un morceau de disco-funk. La tournée New York City Rap Tour, en 1982, réunissant l’avant-garde du hip-hop états-unien dans plusieurs villes de France, ne fait pas salle comble. L’émission « H.I.P. H.O.P. » qu’anime Sidney en 1984 sur TF1 se révèle très populaire. Mais le rap y est éclipsé par de nouvelles danses que l’on qualifie alors de « smurf » ou « break ». Loin des radars des grands

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médias et de l’industrie musicale, une poignée de passionnés sentent qu’une transformation profonde s’annonce, et veulent y contribuer : une nouvelle façon de manipuler la langue française et de faire sonner les mots, des usages iconoclastes des platines vinyles, des innovations technologiques permettant d’imiter le rythme d’une batterie, et de plus en plus, de composer de la musique à partir d’enregistrements sonores préalables. Avec la nouvelle décennie, la maturité artistique de plusieurs groupes et un concours de circonstances mé-

diatique vont donner l’impulsion décisive à la scène rap en France. Certaines figures sont encore connues aujourd’hui. Sur les samples jazz de son DJ Jimmy Jay, MC Solaar multiplie les chroniques ordinaires dans lesquelles il déploie son goût pour le bon mot. Privilégiant les instrumentaux funk et énergiques, Suprême NTM alterne entre exercice de style provocateur et lyrisme dénonciateur. Dans des atmosphères musicales plus oppressantes, Ministère AMER explore le quotidien de leur vie de jeunes Noirs vivant à Sarcelles. Enfin, IAM s’impose par le ca-

ractère élaboré de ses compositions, de son écriture et de son interprétation dans des morceaux flirtant avec la science-fiction. Quatre groupes, quatre façons d’appréhender le rap, dans le sillage ou en rupture avec les pionniers Dee Nasty, Lionel D, Nec + Ultra ou EJM. Ces artistes accèdent à la lumière sous les projecteurs d’un agenda médiatique dominé par le « problème des banlieues ». Le plus souvent à leur corps défendant, les rappeurs sont intronisés porte-parole d’une jeunesse dont on parle mais qui n’a aucun accès à la parole publique.

Le français dans le monde | n° 437 | novembre-décembre 2021


DOSSIER | DÉCRYPTAGE Si le milieu du rap est célèbre pour ses clichés machistes à force de strings, de peau luisante et de belles plantes, l’heure de la revanche semble avoir sonné avec une nouvelle génération de femmes bien décidées à rapper comme elles l’entendent et quel que soit leur décolleté. PAR CHLOÉ LARMET

MESDAMES

RAP 2 325 rappeuses dans le monde » : le nombre s’affiche en tête du site Madame rap, tel le décompte d’un monde sur le point de basculer, enfin. Car si le rap débute dans les années 1970 comme une histoire d’hommes, les choses sont en train de changer. La route d’un rap au féminin est pourtant longue à l’heure où, début 2020, seulement 2 rappeuses (Marwa Loud et Shay) figurent parmi les 200 meilleures ventes d’album en France, contre 86 hommes. Peu importe la longueur du chemin. Les dames rappent, n’en déplaise aux tenants du genre.

Mener le flow

C’est aux États-Unis que tout commence. Dernier né de la culture hiphop, le rap fait son apparition il y a maintenant une cinquantaine d’années dans les ghettos américains avant de gagner l’Europe et en particulier la France qui devient, dès les années 1990, la seconde terre de ce genre musical. Son étymologie suffit à définir forme et contenu – savant équilibre entre rythme et poésie, to rap signifie en argot (ou slang) au-

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tant « bavarder, blâmer, baratiner » que « frapper, taper sur ». De là à ce que les mots du rap, servant initialement à scander et agrémenter les beats, prennent leur indépendance et gagnent en révolte, il n’y avait qu’un pas que les émeutes des banlieues dans les années 1980 font allègrement franchir – to rap désormais, c’est aussi « rock against police ». Et le rap de s’imposer dans les esprits et les médias comme l’exutoire sonore des injustices sociales de toute une population française oubliée. Où sont les femmes dans tout ça ? Celles qui ne se contentent pas de danser dans les clips sont peu nombreuses mais certaines, déjà, osent mener le flow. Ainsi de Roxanne Shanté, pionnière du rap féminin américain née dans le Queens qui, du haut de ses 13 ans, n’hésitait pas à défier ses aînés masculins dans des battles qui inspireront le biopic Roxane Roxane sur Netflix. Son Go on girl en 1988, premier tube féminin du rap, marquera le sommet d’une carrière avortée sous la pression des hommes, notamment. L’histoire se répète en France avec Saliha, première rappeuse à appa-

raître sur la compil « Rapattitude » en compagnie d’IAM et de Suprême NTM et dont la carrière ne réussira pas à décoller. Mais l’essentiel est là : une première pierre a été posée. La seconde, française toujours, a la couleur d’un disque d’or, de platine et de diamant : c’est Diam’s. Celle qui fera danser toute une génération « nan nan » est la première femme à remporter une Victoire de la musique pour un album de rap (c’était en 2004 pour son second album, Brut de femme). Pas si mal pour une femme diraient certains. De « La Boulette » à « Marine » en passant par « Jeune Demoiselle » et « Ma France à moi », elle enchaîne les tubes et les succès, quitte à s’y perdre en chemin. Plus au sud, une autre rappeuse parvient à garder le nord et trace en même temps que Diam’s la route d’un rap au féminin sans compromission aucune. Son nom ? Keny Arkana, née à Boulogne-Billancourt et grandie à Marseille, elle incarne ce rap politique qui jamais ne cède aux bien-pensants. Membre fondatrice du collectif « La Rage du peuple » créé en 2004 dans le quartier de Noailles, elle sort en 2021, à 38 ans et après une longue absence, un nouvel album, Avant l’exode, témoin de l’ardeur préservée de sa révolte et de sa poésie. Elle qui, selon ses

mots, ne « sait pas faire autrement », rappe : « Comme une rumeur, mon son se propage/ Reflète l’éclat, de jour, de nuit/ Se faufile entre les gouttes de pluie/ Pour traverser les murs de nos cages/ Sauvage parmi les sauvages/ En plein siècle orageux, d’un monde au bord du naufrage/ J’écris aux couleurs de nos ruelles et aux douleurs de nos rages ». De Diam’s à Keny Arkana se dessinent les deux revers d’une même montée en puissance du rap au féminin auquel les nouvelles générations continuent d’inventer de nouveaux visages.

Nous les femmes

Elles se nomment Shay, Chilla, Kitsuné Kendra, Le Juiice, Ami Yerewolo, Sarhamée, Lala &ce, Meryl et bien d’autres encore. Elles viennent de Martinique, de Belgique, du Mali, de Madagascar ou de Côte d’Ivoire et s’amusent pour certaines à mêler aux rimes françaises les sonorités des autres langues de leur histoire, enrichissant la francophonie au fil des flow. Toutes ont conscience qu’elles participent d’un renouveau du milieu du rap en bousculant ses repères de genre avec comme argument cela même qui l’a fondé : la liberté d’expression. Libre de chanter « Sale Chienne » et « Si j’étais un homme » pour Chilla et de contribuer ainsi à l’essor du

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DOSSIER | OUTILS Soucieux d’adapter leurs pratiques aux réalités vécues par leurs élèves, des cohortes d’enseignants se sont emparés du rap pour en faire un objet pédagogique nouveau. Pourquoi et comment étudier le rap en classe de FLE ? PAR JEANNE RENAUDIN ET MAGALI DIMIER

LE FLE AU RYTHME DU FLOW :

LE RAP EN CLASSE !

É

tudier un texte de rap peut s’avérer une stratégie pédagogique judicieuse, car propre à stimuler l’implication des publics adolescents ou jeunes adultes souvent férus, ou au moins familiers, de ce genre musical. Leur proposer des supports pédagogiques en lien avec leurs centres d’intérêts et proches de leurs pratiques quotidiennes et de loisir revient à décloisonner l’apprentissage de la langue. Cela peut, par exemple, donner lieu à des situations d’échange particulièrement enrichissantes autour des morceaux favoris des apprenants dans leur langue maternelle et de leurs particularismes et/ou similitudes. Le rap a longtemps été le moyen d’expression privilégié d’une jeunesse défavorisée à forte population pluriculturelle, bien avant d’investir la culture de masse. Une contreculture donc, considérée comme subversive, et dont les pratiques socio-langagières se sont en partie construites en décalage avec les normes sociales et littéraires. Ainsi, les paroles de la chanson « SeineSaint-Denis style » (1998) du groupe Suprême NTM illustrent très bien ces fonctions idiosyncratiques du langage et s’inscrivent dans une réalité sociale et spatiale où le rap est à la fois moyen de reconnaissance et vecteur d’émancipation : « SeineSaint-Denis Style ! / Fous donc ton

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gilet pare-balle / À base de popopopop, mec pour le hip-hop je développe / La Seine-Saint-Denis, c’est de la bombe baby / Et si t’as le pedigree ça se reconnaît au débit ! » Ces caractéristiques font des textes de rap des documents authentiques forts, reflétant la pluralité des parcours de vie et la pluriculturalité des francophonies, particulièrement pertinents pour travailler les compétences sociales et interculturelles des apprenants.

Quel genre pour quelle compétence ?

Attention, cela dit, lorsque l’on parle du rap, on convoque en réalité une multitude de sous-genres dont certains se prêtent plus que d’autres à une exploitation en classe. On laissera de côté des mouvances aux noms évocateurs (hardcore, egotrip ou encore gangsta) car leurs propos souvent violents et truffés de vulgarité les excluent de fait des unités pédagogiques. On distinguera d’abord le rap à dominante poétique, où l’accent mis sur la forme permet d’envisager des activités ludiques autour des questions phonétiques et morphosyntaxiques. Les morceaux étant écrits pour être parlés ou scandés, avec un débit parfois très rapide. On y retrouve la plupart du temps des rimes, bien entendu, mais également une abondance de figures de style de sonorité. On notera no-

tamment le recours régulier aux allitérations et assonances, nommées « rimes multisyllabiques » dans le jargon, ou encore aux paronomases et prosonomasies. Le provençal Nekfeu se montre particulièrement doué pour ces exercices, propices, par exemple, à un travail sur les paires minimales si chères aux méthodologies articulatoires : « La musique me fait décoller loin mais quelle étrange fusée / Ma copine me fait des sourires pendant qu’elle est transfusée » . On se souvient aussi du phénomène Diam’s qui, en 2006, sort le morceau « Jeune demoiselle », dont les paroles peuvent permettre un jeu sur les environnements facilitants propres aux approches verbotonales. Voir plutôt cette séquence qui permet un vrai travail de sur le son vocalique [è], tantôt précédé de sons consonantiques tendus ([t] / [b] / [d]), tantôt de sons plus relâchés ([z] / [H] / [l]), plus proches, donc, du son vocalique recherché : « Jeune

Des textes de rap comme des documents authentiques forts, reflétant la pluralité des parcours de vie et la pluriculturalité des francophonies

demoiselle recherche un sape immortelle / Une sape qui pourrait me donner des ailes / Une sape fidèle et qui n’a pas peur qu’on l’aime / Donc si t’as les critères, babe / Laisse-moi ton e-mail ». Le rap conscient, quant à lui, comme son nom l’indique, se donne pour mission d’éveiller les consciences, en traitant des problèmes de société. Il est un support de choix pour sensibiliser nos élèves à des sujets sérieux sans entrer dans une démarche moralisatrice et pour ainsi envisager des projets centrés par exemple sur l’engagement citoyen. Parmi les représentants de ce courant, et ils sont nombreux, nous pouvons citer Youssoupha, Keny Arkana, mais également Médine, qui, en 2012 est « entré dans l’Histoire » ou plutôt dans un livre d’Histoire (Nathan, classe terminale), avec son titre « 17 Octobre » au sujet de la guerre d’Algérie. En outre, dans les deux catégories précédemment citées, on observe un usage préférentiel des registres courant et familier, l’emploi fréquent de procédés argotiques comme le verlan ainsi que les emprunts à d’autres langues (l’utilisation du verbe kiffer, issu de l’arabe, par exemple). Ne pas hésiter à mettre en avant ces usages, en particulier à partir des niveaux intermédiaires, travaillant ainsi des compétences sociolinguistiques parfois mises de côté tout en valorisant de fait un des effets du plurilinguisme.

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MÉMO | À ÉCOUTER RAPCOLLECTION

Avec le 1er album de MC Solaar, on s’est dit « J’aime le rap ». On a depuis un peu déchanté. Sauf avec quelques artistes du genre. Raprevue subjective. Le premier morceau de rap proprement dit n’est pas américain mais italien : c’est, en 1972, le titre d’Adriano Celentano Prisencolinensinainciusol… Viendront ensuite, aux États-Unis, Kool Herc, Grandmaster Flash, Sugarhill Gang, Public Enemy… Un album pionnier du rap français, sorti en 1991, nous viens de Claude M’Barali, dit MC Solaar : Qui sème le vent récolte le tempo. Poésie, ironie, diction fluide et légèreté fondent l’immense succès de « Bouge de là », « Caroline »… Un autre monument du rap français apparu en 1991 est marseillais : IAM. En 1986, ils s’appelaient encore Lively Crew. Leur album phare : L’École du micro d’argent (1997) où tous les morceaux sont essentiels : « Demain c’est loin », « L’Empire du côté obscur », « Petit frère »… Plus proche : le 1er album de Lomepal, Flip (2017) embrase par sa profondeur et son spleen (« Yeux disent », « Ray Liotta »). Quoique skateur de haute volée, le chanteur n’est pas le compagnon idéal pour une soirée festive… En 2013, le 1er album d’Hippocampe Fou, Aquatrip, fut pour nous un spicilège drôle, rêveur, acrobatique, en suspension entre MC Solaar et Boby Lapointe… Mentions spéciales au « Dindon » et au « Marchand de sable ». 2021 a été fertile : avec pour commencer le Belge JeanJass, qui agite la planète rap depuis 2005 avec son complice Caballero. Son album solo Hat trick culmine dans sa 2de partie, introspective, avec « Fatigué » ou « Mains qui prient » (avec Akhenaton). Vient ensuite le Rennais Lujipeka, cofondateur du collectif rap Columbine. Le confinement a eu du bon : l’egotrip « Pas à ma place », le reggae-isant « Poupée russe » ou encore le contestataire « Putain d’époque », avec S.Pri Noir. Le Montpelliérain Vay flâne entre plusieurs genres, chanson et rap, et plusieurs émotions : peines et sourires. Son 1er EP, Bleu l’illustre, avec l’autobiographique « Vague » et surtout l’énergique « Club ». n

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3 QUESTIONS À AKHENATON

Le groupe marseillais IAM du chanteur Akhenaton s’est imposé depuis maintenant 30 ans comme un pilier du rap français. Il revient avec un nouvel EP, Deuxième Vague, suite de Première Vague sorti en juin. PROPOS RECUEILLIS PAR EDMOND SADAKA

« LE RAP ARRIVE À SENTIR L’AIR DU TEMPS »

DR

COUPS DE CŒUR

Pourquoi avoir choisi ce format des EP, des disques courts de 6 titres en étalant les sorties sur plusieurs mois ?

C’est notre façon de réagir à la manière dont la musique est consommée de nos jours. Première Vague et Deuxième Vague, ce sont en tout 12 titres sur 2 EP, sortis à deux mois d’intervalle. Deux autres vont suivre. En réalité c’est de plus en plus compliqué d’« envoyer » 24 titres d’un coup. Les gens souvent ne digèrent pas. Nous avons donc décidé de procéder par étapes. D’ailleurs, le format de l’EP devient de plus en plus populaire depuis 4 ou 5 ans et ce n’est pas anodin. Le rap arrive en effet à sentir l’air du temps. C’est une bonne chose de pouvoir le retranscrire avec une certaine immédiateté et ce type de format facilite les choses. Mais à côté de ça, nous avons tenu à réaliser de beaux objets en vinyle. C’est notre manière d’assumer l’idée que le rap est né aussi d’une culture de la distraction et du plaisir même si c’est devenu par la suite une musique de colère. Sur notre dernier EP il y a des morceaux légers, plus détachés, comme « Rap inconscient », qui prouve que nous ne sommes pas guidés seulement par la colère. « Deuxième vague » cela sonne aussi très « Covid »… Vous êtes en colère contre ce qu’a induit cette épidémie ?

Nous avons voulu faire évidemment un parallèle avec cette période de crise sanitaire mais d’une manière positive. Car les ondes sonores sont des vagues elles aussi, des va-

gues musicales essentielles, contrairement à ce qui a été entendu au fil des confinements. On ne peut pas catégoriser les secteurs d’activités en décidant de ce qui est essentiel ou pas. Ce type de discours, oui, nous met en colère. Il rend les gens binaires et souvent très tranchés dans leurs opinions, et il est favorisé par les chaînes d’infos en boucle et par les réseaux sociaux. Ce qui me dérange aussi, c’est que tous nos plus grands scientifiques ont été dénigrés par des consultants santé de plateaux télé qui ont un Bac +2. Au bout d’un moment, il faut être sérieux. La science ne peut pas appartenir au commerce. Résultat : il y a de moins en moins de débats et de solidarité. Vous avez autoproduit ces deux EP. Comment s’est fait l’enregistrement ?

Nous nous sommes enfermés plusieurs semaines dans notre studio. Le fait d’être ensemble pendant ces longues périodes nous a permis d’avoir une certaine cohésion dans l’élaboration des titres. Ce disque nous l’avons donc fait en indépendant, tout comme notre premier album en 1989. J’ai même enregistré et mixé tous les morceaux. Le fait de ne pas dépendre d’une maison de disque c’est bien sûr pour nous plus intéressant sur le plan financier mais pour l’auditeur cela ne change rien : la qualité du son est tout aussi bonne ! Aujourd’hui, avec le streaming, les artistes sont beaucoup moins bien rémunérés que dans le passé. Il faut donc s’adapter à notre époque. n

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ISSN 0015-9395 30/07/2021 16:59 9782090373431

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