RELIGIONS
n° 2 | janvier 2026
vd.ch/numerus

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RELIGIONS
n° 2 | janvier 2026
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Quatre personnes sur dix dans le canton de Vaud déclarent aujourd’hui ne pas avoir de religion. L’ Eglise protestante et l’Eglise catholique perdent des fidèles avec le renouvellement des générations. La participation aux services religieux collectifs diminue et les croyances en l’existence d’un être divin sont de plus en plus remises en question. Toutefois, la croyance en la vie après la mort est plus souvent partagée qu’il y a dix ans. De même, l’importance accordée à la religion a augmenté pour les personnes déclarant avoir une appartenance religieuse. Quant à la spiritualité des personnes sans religion, son rôle n'a pas varié en dix ans.
Aujourd'hui, quatre personnes sur dix âgées de 15 ans et plus dans le canton de Vaud déclarent ne pas faire partie d'une Eglise ou d'une communauté religieuse, un quart sont catholiques et près d'une personne sur cinq protestante. Les personnes de confession musulmane représentent 6 % de la population et moins de 10 % appartiennent à une autre communauté religieuse1 .
HAUSSE RAPIDE DES
PERSONNES SANS RELIGION
Les personnes qui déclarent ne pas faire partie d'une Eglise ou d'une communauté religieuse forment le groupe le plus important depuis 2016 [F1]. C'est aussi celui qui a connu la plus forte progression en dix ans (+ 14 points de pourcentage). Dans le même temps, les communautés protestante et catholique voient leurs parts diminuer (respectivement – 8 points et - 6 points). Les communautés musulmanes, considérées ensemble, croissent à un rythme mesuré (+ 1,2 point).
Cette hausse des personnes déclarant ne faire partie d'aucune Eglise ou communauté religieuse se fait au détriment des membres des églises chrétiennes traditionnelles. Il s'agit d'une tendance nationale. Tous les cantons affichent en effet une croissance des personnes sans religion (entre + 10 points et + 15 points en dix ans) et une baisse des personnes membres des Eglises protestante et catholique. Avec environ 55 %, les cantons de Bâle-Ville et de Neuchâtel présentent les parts les plus élevées de personnes sans religion. Le canton de Genève figure au troisième rang (47 %) devant Vaud (42 %).
Avec un âge moyen de 57 ans, les personnes membres de l'Eglise protestante sont les plus âgées. C'est aussi ce groupe qui vieillit le plus, l'âge moyen était de 53 ans dix ans auparavant [F2]. La communauté catholique suit avec un âge moyen de 49 ans (+3 ans). Les plus jeunes sont les
[ F 1 ] APPARTENANCE RELIGIEUSE DÉCLARÉE, VAUD
Source:
musulman·e·s (38 ans). Quant aux personnes sans religion, elles ont en moyenne 42 ans. Le vieillissement n'est que d'une année pour ces deux derniers groupes.
Les dynamiques démographiques expliquent ces différentes évolutions. Terre protestante depuis le XVIe siècle, le canton de Vaud a vu son paysage religieux se diversifier au gré des migrations. Dans l'histoire contemporaine, la communauté catholique a longtemps été nourrie par plusieurs vagues migratoires depuis les trente glorieuses, avec d'abord l'arrivée de personnes venues d'Italie, ensuite d'Espagne, puis du Portugal. A partir des années nonante, ce sont plutôt des personnes de confession musulmane originaires des Balkans qui sont arrivés dans le canton. Fuyant la guerre, ces dernières sont restées durablement dans le canton et y ont fondé leur famille. Exclues de l'enquête 2014, les personnes de moins de quinze ans sont désormais, pour un certain nombre d'entre elles, assez âgées pour être interrogées en 2024. Parmi les personnes sans religion, certaines ont grandi en Suisse, de parents membres d'une Eglise ou d'une communauté religieuse et se sont distanciées de la religion. D'autres sont des personnes arrivées relativement récemment dans le canton de Vaud, notamment de France et souvent dotées d’un diplôme de niveau tertiaire. On observe au demeurant qu’un niveau de formation élevé est fréquemment associé au fait de ne pas déclarer de religion.
La transition séculière, soit le déclin de la religiosité, est un processus qui se déroule en trois étapes2. D'abord, les pratiques collectives diminuent. Ensuite, les pratiques individuelles ainsi que l'importance accordée à la religion dans la vie quotidienne décroissent. Enfin, l'affiliation à une Eglise ou à une communauté religieuse est abandonnée. Ce mécanisme, largement observé dans le monde, se décline en outre au fil des générations. Les cohortes les plus jeunes présentent des résultats en termes de religiosité plus bas que les cohortes les plus âgées. Le
canton de Vaud semble s'inscrire tout à fait dans ce cheminement. D'ailleurs, parmi les personnes âgées de moins de 40 ans, 52 % sont sans religion (total Vaud : 42 %).
Grâce aux questions posées dans l'Enquête sur la langue et la religion de l'Office fédéral de la statistique, il est possible de relever la part de personnes déclarant ne pas avoir de religion, mais être encore tout de même officiellement3 affiliées à une Eglise ou à une communauté religieuse. Cette situation concerne une personne sur cinq. Il y a dix ans, cette part était d'un peu plus d'un tiers. En 2024, parmi ces dernières, 55 % sont catholiques et 39 % protestantes.
La raison la plus souvent mentionnée par les personnes qui ont abandonné leur affiliation religieuse est celle de n'avoir jamais eu la foi ou de l'avoir perdue (49 %). Le désaccord avec les prises de position de la communauté concernée est ensuite cité par 18 % des personnes sans religion.
Outre la déclaration de l'appartenance religieuse, les personnes étaient interrogées sur leur conception ou la possibilité de l'existence d'un être divin. Ces deux informations croisées permettent de rendre compte de la complexité de la relation au religieux et au spirituel. Ainsi, 15 % des personnes déclarant avoir une religion disent ne pas savoir si un Dieu existe et croient qu'on ne peut pas le savoir (agnosticisme) [F3] et 10 % déclarent ne pas croire en Dieu ou en une puissance supérieure (athéisme). La croyance en un Dieu unique rassemble encore 51 % des personnes ayant une religion (48 % des catholiques, 39 % des protestant·e·s et 90 % des musulman·e·s).
Parmi les personnes qui se disent sans religion, 24 % sont agnostiques et 48 % sont athées. Cette dernière catégorie est celle qui a
OFS, Relevé structurel.
Ne croit ni en un Dieu unique ni en plusieurs dieux, mais en une sorte de puissance supérieure
Ne sait pas Croit en un Dieu unique Croit en plusieurs dieux
Ne sait pas si un Dieu unique ou plusieurs dieux existent et ne croit pas qu'on puisse le savoir (agnosticisme)
Ne croit ni en un Dieu unique ni en plusieurs dieux, ni en une puissance supérieure (athéisme)
le plus augmenté au cours des dix dernières années (+11 points). Par ailleurs, 21 % croient en une puissance supérieure. Dans son ensemble, la population vaudoise compte 23 % d'athées (+ 8 points en dix ans). Les hommes (29 %) et les personnes de moins de 40 ans (27 %) sont surreprésentés.
La diminution de la participation aux rites collectifs montre également la distanciation des Vaudoises et des Vaudois de la religion (première étape de la transition séculière). Ainsi, les fidèles qui prennent part à des services religieux régulièrement sont de plus en plus rares [F4]. Seules 10 % des personnes déclarant une
[ F 4 ] PARTICIPATION AUX SERVICES RELIGIEUX COLLECTIFS, VAUD
Statistiques sur la religion et la spiritualité
Les informations sur la religion et la spiritualité sont issues de deux enquêtes par échantillonnage réalisées par l’Office fédéral de la statistique : le Relevé structurel (RS) et l’Enquête sur la langue et la religion (ELR).
Le RS est une enquête annuelle qui porte sur quelque 38 600 Vaudoises et Vaudois âgés de 15 ans et plus. La répartition des orientations religieuses est issue de cette source. Les dernières données à disposition datent de 2023.
L’ELR est une enquête quinquennale, réalisée pour la première fois en 2014. Dans son édition de 2024, environ 2300 personnes âgées de 15 ans et plus y ont participé. Cette enquête fournit quant à elle des informations détaillées sur les croyances et les pratiques religieuses et spirituelles. Le nombre relativement faible d’observations ne permet toutefois pas d’obtenir des résultats significatifs pour toutes les communautés religieuses.
religion le font chaque semaine et 11 % au moins une fois par mois. A l'inverse, elles sont 44 % à n'y être jamais allées au cours de l'année précédant l'enquête. Cette part atteignait 32 % il y a dix ans. C'est notamment la pratique des personnes de moins de 40 ans qui a changé en dix ans. Si la moitié prenait part à un service religieux au moins une fois dans l'année en 2014, elles ne sont plus qu'un tiers en 2024.
Au moins une fois par mois
Au moins une fois par année Jamais Au moins une fois par mois Au moins une fois par année
Avec religion Sans religion
2014 2024 Intervalle de confiance à 95%
Source: OFS, Enquête sur la langue et la religion.
[ F 5 ] QUELQUES CROYANCES SPIRITUELLES ET MÉTAPHYSIQUES, VAUD, 2024
Croyance...
en la vie après la mort
en la théorie de l’évolution
aux théories du complot au don de guérison/voyance en une force qui guide notre destinée
en la théorie de l’évolution en la vie après la mort
en une force qui guide notre destinée
aux théories du complot au don de guérison/voyance
Intervalle de confiance à 95%
Source: OFS, Enquête sur la langue et la religion.
La pratique individuelle et privée exige un moindre investissement personnel que les pratiques collectives. La télévision, la radio ou internet sont des supports permettant à certaines personnes de suivre des services religieux sans avoir besoin de se déplacer. Cette pratique peut ainsi être plus longtemps préservée. Malgré cela, on constate également une diminution en dix ans (21 % contre 27 %) et notamment parmi les personnes de 65 ans et plus (27 % contre 41 %).
La fréquence de la prière pratiquée en privé reste stable en dix ans, quelle que soit l'appartenance religieuse. Les personnes déclarant une religion sont 24 % à prier quotidiennement, 12 % le font au moins une fois par semaine et 10 % entre une fois par semaine et une fois par mois. A noter que plus d'un tiers ne prient jamais. La seule variation se situe au niveau de la pratique quotidienne des femmes, qui diminue, passant de 33 % à 27 % entre 2014 et 2024.
La pratique de la prière baisse également parmi les personnes sans religion : 14 % d'entre elles déclarent prier, quelle que soit la fréquence, alors qu'elles étaient encore 20 % il y a dix ans.
Autre pratique personnelle, la lecture de livres sacrés ou religieux reste, quant à elle, stable (17 %). En revanche, la lecture traitant de spiritualité est plus fréquente qu'il y a dix ans. Près d'une personne sur cinq déclare lire régulièrement des livres ou des magazines traitant de spiritualité (+5 points). L'augmentation s'explique notamment par les personnes déclarant une religion.
Les diverses croyances spirituelles et métaphysiques se réfèrent encore plus à l'intime. La croyance en une vie après la mort est
centrale dans la plupart des religions monothéistes. En dix ans, elle est passée de 47 % à 58 % parmi les personnes ayant une religion. Elle est restée en revanche stable parmi les personnes sans religion (28 %).
La croyance en une force supérieure guidant sa destinée rassemble autant de personnes qu'il y a dix ans. Parmi celles déclarant une religion, la part s'élève à 55 %. Quant aux personnes sans religion, elles sont environ une sur cinq à y croire.
La croyance du don de voyance ou de guérison perd en revanche des adeptes. Parmi les personnes ayant une religion, la part est passée de 64 % en 2014 à 57 % en 2024. La baisse est aussi forte pour les personnes sans religion (52 % à 39 %). Globalement, les femmes adhèrent davantage que les hommes à ces croyances [F5]
THÉORIE DE L’ÉVOLUTION FACE AUX THÉORIES DU COMPLOT
La théorie de l'évolution des espèces comme étant l'explication la plus cohérente de l'origine de l'être humain reste l'une des affirmations les plus partagées par les Vaudoises et les Vaudois (69 %). Les personnes sans religion y adhérent plus (79 %) que celles ayant une religion (64 %). Les parts étaient similaires en 2014.
A l'inverse, l'affirmation selon laquelle des forces secrètes dirigent, dans l'ombre, les événements mondiaux (théories du complot, question posée pour la première fois en 2024) est celle qui rassemble le moins de personnes (23 %). Celles ayant une religion y croient plus souvent (28 %) que celles n'en ayant pas (16 %).
[ F 6 ] RÔLE1 DE LA RELIGION OU DE LA SPIRITUALITÉ, VAUD, 2024
En %
Dans les moments difficiles de la vie
Dans la maladie
Avec religion Sans religion
1 Très ou plutôt important.
Source: OFS, Enquête sur la langue et la religion.
Dans l’éducation des enfants
Dans les habitudes alimentaires
Intervalle de confiance à 95%
Au-delà des pratiques collectives et privées, les croyances métaphysiques se concrétisent au quotidien par des attitudes, des gestes et des choix. Une diminution du rôle de la religion est la deuxième étape dans le processus de sécularisation, telle que définie par les chercheurs en science des religions. Parmi les personnes ayant une religion, celle-ci joue un rôle en premier lieu durant les moments difficiles (64 %) et en cas de maladie (59 %) [F6] . La part de personnes considérant que la religion a une place dans l'éducation des enfants atteint 52 %. Dans les habitudes alimentaires, la religion est ensuite évoquée comme importante pour 24 % d'entre elles. Cette part a augmenté de 11 points par rapport à 2014, de même qu'en cas de maladie (+ 9 points). Les autres parts sont restées stables. Les personnes n'ayant pas de religion sont quant à elles un quart à accorder de l'importance à la spiritualité dans les moments difficiles et un cinquième en cas de maladie. Par ailleurs, la spiritualité joue un rôle dans l'éducation de leurs enfants pour 15 % d'entre elles. Ces parts n'ont pas varié en dix ans.
« Le XXIe siècle sera religieux ou ne sera pas ». Cette pensée attribuée à André Malraux au début des années septante revient inéluctablement dans les analyses sur le fait religieux et les réflexions sur le rôle de la spiritualité dans nos sociétés modernes. L'observation de l'appartenance religieuse et des pratiques de la population vaudoise montre bien un déclin du religieux dans le canton, comme au niveau suisse et mondial.
1 La forte hétérogénéité de ce dernier groupe en termes de références aux Ecritures mais aussi de croyances et de pratiques ne permet pas de les considérer ensemble. Prises séparément, les communautés qui le composent présentent un nombre d’observations trop faible pour présenter des résultats significatifs.
2 Stolz, J., de Graaf, N.D., Hackett, C. et al. The three stages of religious decline around the world. Nat Commun 16, 7202 (2025).
3 Dans le questionnaire, il est précisé que « officiellement = formelle, sur le papier, par ex. si la personne interrogée est baptisée ».
Source des données : OFS, Relevé structurel, Enquête sur la langue et la religion.
• Glossaire Pour en savoir plus
• Numerus hors-série Religion et spiritualité : une question de genre et de génération. Décembre 2021.
• Enquête sur la langue et la religion
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Rédaction : Amélie de Flaugergues | Responsable d’édition : Sylviane Brandt | Responsable de publication : Carole Martin | Mise en page : Statistique Vaud