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Construction & Bâtiment n°1/2026. Extrait

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CONS TRUCTION & BÂTI MENT

PROJETS ET CHANTIERS

DES PROFESSIONNELS DU BÂTIMENT

Le bois, matériau clé du bâti de demain

L’énergie se consomme sur place

La RTS change de campus

L’Hôtel des Postes, une icône lausannoise se réinvente

Les casernes, trois infrastructures au service du collectif

L’architecture autonome, celle qui se pense comme un objet autosuffisant, détaché de ses réseaux, de ses usages et de son territoire, devient une fiction difficile à soutenir. Dans un contexte de ressources comptées et de programmes de plus en plus imbriqués, le projet ne peut plus se limiter à affirmer une présence : il doit fonctionner, s’adapter, absorber des contraintes multiples. Il doit surtout rendre possible.

Une autre définition du projet s’impose : celle d’une architecture conçue comme infrastructure, non pas au sens strictement technique, mais comme structure collective. Une architecture qui organise des flux, met en relation des usages, articule des temporalités. Qu’il s’agisse d’équipements de soin, d’infrastructures de secours ou de lieux de travail, plusieurs projets présentés ici témoignent de ce déplacement : le bâtiment n’y est plus une fin en soi, mais un outil au service d’un fonctionnement quotidien, lisible et durable. Cette logique se prolonge dans les questions énergétiques. Le partage local de l’électricité transforme un réseau existant en support actif d’usages collectifs : l’enjeu n’est pas d’ajouter, mais d’organiser, de redistribuer, de mutualiser. Architecture, énergie et territoire relèvent d’un même mouvement : faire système.

Dans ce cadre, la qualité du projet ne se mesure plus à la seule force de son expression ou à sa capacité à se singulariser, mais à la justesse de ses relations. Relier sans confondre, mutualiser sans diluer, ouvrir sans fragiliser : penser l’architecture comme outil collectif engage une responsabilité nouvelle. Une architecture pleinement engagée dans le réel, attentive aux usages qu’elle soutient, aux ressources qu’elle mobilise et au temps long qu’elle rend habitable.

76 Habiter la ville à la route de Ferney

Mutation de l’Hôtel des Postes à Lausanne

Le nouveau siège de Vitrocsa à Yverdon-les-Bains

Une architecture des médias à Ecublens

Quarz’Up, un outil de travail à Vernier 120 Couture urbaine à Satigny

L’architecture du soin à Lausanne

Zoom sur les entreprises locales

Immo Connect, nouveau salon de l’immobilier romand

Expos, salons et congrès

SUR UN AIR BALNÉAIRE

Fin 2025, sur une parcelle idéalement située au cœur de La Tour-de-Peilz, à deux pas du lac, apparaît un élégant bâtiment aux couleurs chaudes et aux charmes intemporels, conçu par les architectes cBmM SA | Bridel·Marinov·Truchard.

texte : Agata Miszczyk
photos : Vincent Jendly

Longtemps appréhendées comme des ouvrages strictement utilitaires, les casernes de pompiers et de militaires connaissent aujourd’hui une profonde mutation. Les programmes hautement techniques, soumis à des exigences fonctionnelles, sécuritaires et opérationnelles extrêmes, évoluent vers un pragmatisme pertinent, avec une attention portée au dialogue avec le territoire et à leur rôle d’infrastructures publiques. Mutualisation des usages, rationalisation des surfaces, cohabitation entre services civils et forces militaires : ces équipements absorbent une complexité croissante, tout en affirmant une volonté d’ouverture, tant fonctionnelle que contextuelle. Avec une conjoncture marquée par la pression foncière, l’architecture joue un rôle clé : ancrer dans le territoire des programmes exigeants, tout en optimisant les moyens, les usages et les surfaces, et offrir des lieux de travail dignes à des femmes et des hommes engagés au service de la collectivité. Trois projets témoignent de ce développement.

CASERNES CONTEMPORAINES  : MUTUALISER

Marielle Savoyat

INTÉGRER

À Vandœuvres, un nouvel équipement regroupe désormais sur le même site une caserne de pompiers, un centre de voirie, une déchetterie et un logement. Implanté en zone agricole, le projet s’inscrit dans un contexte contraint par les réglementations et le patrimoine bâti existant, au cœur de la campagne genevoise. L’enjeu n’était pas seulement programmatique, mais territorial : comment implanter un équipement public technique et fonctionnel, sans rompre l’harmonie d’un paysage rural de toute beauté ?

La réponse repose sur une lecture attentive de l’existant. La ferme de 1883, partiellement conservée et rénovée, devient un point d’ancrage. Elle accueille aujourd’hui un logement familial indépendant ainsi que les locaux du personnel de la voirie. L’habitation est prolongée par une extension contemporaine, revêtue d’un bardage rythmé de bois peint. En face, un nouveau bâtiment affirme sa vocation d’infrastructure : une grande halle en bois préfabriquée, regroupant les fonctions de la voirie de Vandœuvres et de la caserne des pompiers intercommunale. Le gabarit compose un ensemble fonctionnel, lisible, où chaque entité trouve sa place sans hiérarchie notable. Les aménagements

extérieurs, incluant une déchetterie, sont simples et pragmatiques. La caserne s’élève sur deux niveaux ; un sous-sol permet d’augmenter les surfaces utiles. Au rez-de-chaussée, les deux halles de véhicules profitent d’un généreux apport de lumière naturelle grâce à des portes en polycarbonate translucide. À l’étage, une mezzanine accueille les espaces d’administration, de repos et de formation. Ces derniers s’ouvrent sur le paysage agricole, offrant aux pompiers volontaires un cadre convivial, presque domestique, en contraste assumé avec le langage technique des espaces inférieurs. La structure en bois massif dialogue avec des murs intérieurs en blocs de terre compressée (Terrabloc), ce qui crée une atmosphère chaleureuse et apaisante. La technique, omniprésente, a été dissimulée autant que possible, ce qui participe à la qualité du lieu de travail.

Entièrement réalisé en bois, à l’exception du socle enterré en béton, le projet s’inscrit dans une démarche environnementale engagée : isolants biosourcés, ventilation double flux, attention portée au bilan carbone et à la qualité de l’air intérieur. Ici, l’architecture reste humble, au service d’une infrastructure technique, durable et profondément ancrée dans le territoire.

© Vincent Jendly
© Vincent

L’ENVELOPPE EN PREMIÈRE LIGNE

Interface sensible entre intérieur et extérieur, l’enveloppe du bâtiment concentre aujourd’hui des enjeux majeurs d’architecture, de technique et d’usage. Façades vitrées, menuiseries performantes, protections solaires ou interventions sur l’existant : à travers des projets neufs comme des transformations patrimoniales, la façade devient un levier essentiel de confort, de durabilité et d’expression architecturale.

Salomé Houllier Binder

LA FENÊTRE COMME INTERFACE

Situé à West Chelsea, le projet Jardim illustre une approche exigeante de l’enveloppe architecturale, pensée comme interface directe entre espace habité et paysage. Conçu par l’architecte brésilien Isay Weinfeld, l’ensemble se développe sur environ 14 000 m² et se compose de deux tours de 11 étages organisées autour d’un jardin central à plusieurs niveaux, véritable colonne vertébrale du projet.

Les façades associent béton, brique et verre dans une composition rigoureuse, où la transparence joue un rôle fondamental. Loin d’un simple traitement esthétique, le vitrage devient ici un outil spatial : il prolonge les intérieurs vers l’extérieur et permet une lecture continue entre les logements, les terrasses et le jardin. Dès le hall d’entrée, un mur ajouré laisse apparaître une végétation dense, annonçant la place centrale accordée au rapport intérieur-extérieur.

Cette ambition architecturale repose largement sur les systèmes de baies vitrées coulissantes développés par Vitrocsa. Les ouvertures, de grandes dimensions, se distinguent par des

cadres quasiment invisibles, entièrement dissimulés dans les sols, plafonds et parois latérales. Le seuil isolé à une seule piste permet une continuité parfaite entre intérieur et extérieur, sans rupture visuelle ni obstacle physique, tout en répondant aux exigences de performance thermique et acoustique d’un immeuble résidentiel haut de gamme.

Dans les logements, les baies, du sol au plafond, transforment la façade en membrane légère et mobile. Ouvertes, elles effacent la limite entre dedans et dehors ; fermées, elles maintiennent une transparence maximale, laissant le paysage et la lumière naturelle structurer les espaces de vie. La fenêtre n’est plus un simple élément de façade, mais un dispositif architectural à part entière.

Avec Jardim, Vitrocsa démontre comment une solution technique de haute précision peut accompagner une intention architecturale forte, en faisant de l’enveloppe un levier essentiel de qualité d’usage, de confort et de relation au site. vitrocsa.com

© Evan Joseph

LE BOIS, MATÉRIAU STRATÉGIQUE POUR UN BÂTI DURABLE

Face à l’urgence climatique et à la volonté croissante de privilégier des matériaux locaux et des circuits courts, la construction bois s’impose progressivement comme une réponse pertinente aux défis contemporains du secteur du bâtiment.

Longtemps cantonnée à des ouvrages de petite échelle, l’utilisation du bois trouve désormais sa place dans des programmes plus complexes : logements collectifs, équipements publics, surélévations ou transformations du bâti existant. Cette montée en puissance ne va toutefois pas sans contraintes : sécurité incendie, acoustique, préfabrication ou encore coûts de construction interrogent les pratiques et obligent les acteurs à repenser leurs méthodes.

Dans ce contexte, l’architecture joue un rôle central : celui de concilier ambitions environnementales, exigences réglementaires et réalités économiques. Plus qu’un simple choix de matériau, le bois devient un levier de conception globale, influençant la structure, les modes constructifs, les délais de chantier et l’empreinte carbone des projets.

« La conception bois n’atteint sa pleine puissance que si elle est intégrée dès le premier trait de crayon, en dialogue

étroit avec les architectes. Cette approche permet d’optimiser sections, portées et assemblages, de maîtriser les coûts globaux et de démontrer, par l’expérience, que le bois est un matériau à la fois frugal, performant et durable », précise Yasmina Sandoz, administratrice, directrice de la communication & référente RSE, Groupe CBS-CBT (cf p.52).

PHÉNOMÈNE DE MODE ?

« Le bois n’est pas un sujet nouveau, mais, ce qui change, c’est le niveau d’exigence : acoustique, protection incendie, vibrations », constate John-Alexandre Sinclair Magnin, ingénieur civil et directeur du bureau Le Collectif SA, ingénieurs civils et bois. « En béton, on ne se pose parfois même plus la question. En bois, si ces thèmes ne sont pas anticipés, ils génèrent des surcoûts importants. » D’où une conviction partagée : « Le bois fonctionne très bien dans le cadre normatif, à condition d’être pensé en amont du projet. »

Dans le projet d’agrandissement et de transformation de l’école primaire de Riaz (FR), la construction en charpente bois est complétée par un noyau central en béton armé et des planchers mixtes bois-béton, permettant de grandes portées sans piliers et une grande flexibilité des espaces.

DES BÉNÉFICES CONCRETS ET MULTIPLES

Sur la question des coûts, le discours est clair : « Hors période Covid, le prix du bois suisse reste stable alors que le prix d’autres matériaux, comme l’acier, reste très volatil », rappelle Ricardo Silva, chef de projet structure bois au sein du bureau Le Collectif SA.

L’avenir de la construction bois se joue aussi, et surtout, du côté de l’industrialisation et de la préfabrication. Pour Ricardo Silva, les bénéfices sont multiples et très concrets. Les relevés 3D des bâtiments existants constituent un levier décisif. « Ces technologies nous permettent une précision millimétrique », explique-t-il. Une fois le projet suffisamment anticipé, les éléments bois peuvent être entièrement préfabriqués hors site, puis assemblés rapidement sur place. Cela limite les risques liés à la sécurité et les nuisances sur le chantier, tout en diminuant l’occupation de l’espace public.

John-Alexandre Sinclair Magnin insiste sur une lecture économique globale : « Si l’on intègre les délais maîtrisés, la diminution des imprévus, la réduction des taxes liées au chantier et les compensations dues aux locataires, le bois devient extrêmement compétitif. » La préfabrication permet également une meilleure maîtrise des coûts et des plannings, là où les chantiers traditionnels subissent souvent des dérives.

Mais cette efficacité repose sur une condition essentielle : « Pour que cela fonctionne, le bois doit être pensé dès la conception du projet », rappelle l’ingénieur. Valoriser les savoirfaire spécifiques de la filière permet alors d’atteindre des niveaux de performance acoustique, incendie et vibratoire équivalents au béton, tout en offrant « une qualité de confort environnemental et d’usage remarquable ».

© Paola Corsini

LE BOIS, PLUS ACTUEL QUE JAMAIS

Pionnier de la construction bois et de l’économie de matière au profit de l’ingénierie, le bureau CBS-CBT se distingue depuis des décennies par une approche visionnaire, aujourd’hui pleinement en résonance avec le recours croissant aux matériaux locaux et aux circuits courts. Entretien avec Yasmina Sandoz, administratrice, directrice de la communication & référente RSE, Groupe CBS-CBT.

« Avec le bois, il est possible d’atteindre le prix du marché à une condition : comparer les projets dans leur globalité et non pas uniquement le poste “structure”. » Yasmina Sandoz

VOTRE PHILOSOPHIE, « PLUS D’INGÉNIERIE, MOINS DE MATIÈRE », PRÔNE UNE UTILISATION OPTIMISÉE DU BOIS.

COMMENT SE TRADUIT-ELLE CONCRÈTEMENT, EN MATIÈRE DE DURABILITÉ ET D’EFFICACITÉ ÉNERGÉTIQUE, FACE AUX CONSTRUCTIONS BÉTON OU ACIER ?

La philosophie Jean-Luc Sandoz « plus d’ingénierie, moins de matière » consiste à remplacer le surdimensionnement par la précision : le calcul fin permet de placer les bonnes sections aux bons endroits, plutôt que d’empiler de la matière « au cas où ». L’ingénierie doit intervenir le plus en amont possible, pour que l’architecture naisse avec la logique bois, et non comme une adaptation tardive d’un schéma pensé pour le béton ou l’acier.

Cette frugalité structurelle, combinée à la préfabrication de haute précision, limite les ponts thermiques, allège les structures et réduit les besoins en matériaux énergivores. Les bâtiments gagnent en performance énergétique, en confort acoustique et en sobriété carbone sur toute leur durée de vie, tout en offrant de grandes portées et des volumes généreux.

LES COÛTS RESTENT SOUVENT UN POINT DE DISCUSSION DANS LE CHOIX DU BOIS COMME MATÉRIAU DE CONSTRUCTION. MYTHE PERSISTANT OU RÉALITÉ ?

Il est possible d’atteindre le prix du marché à une condition : comparer les projets dans leur globalité et non pas uniquement le poste « structure ». Se focaliser sur la seule ligne bois vs béton,

c’est oublier les effets de cascade sur les fondations, la logistique, les délais de chantier, la préfabrication et les coûts d’exploitation future du bâtiment.

La conception bois anticipée réduit les aléas, sécurise les coûts et raccourcit les délais, ce qui limite les surcoûts indirects et les risques financiers. Sur le cycle de vie, les économies d’énergie, la valeur d’usage et la durabilité des structures bois bien entretenues compensent largement l’investissement initial, tandis que la légèreté et la modularité facilitent les transformations et les rénovations.

LE BOIS OFFRE DES POSSIBILITÉS ARCHITECTURALES

UNIQUES. QUELS PROJETS EN ILLUSTRENT

LE POTENTIEL ?

L’ingénierie frugale développée au sein du Groupe CBS-CBT permet de réaliser de grandes portées, des bâtiments de grande hauteur et des formes architecturales ambitieuses en bois, comme les bureaux WOOD en R+6 à Grenoble. Avec près de 2000 réalisations bois et environ 1000 expertises de bâtiments en bois, parfois très anciens, des millions si on compte les diagnostics des poteaux bois, le groupe dispose d’un retour d’expérience unique sur le comportement réel des structures bois dans le temps depuis près de quarante ans. Les colonnes du Château de Chillon (XIIe siècle) en offrent un exemple remarquable.

Lier

la ville à l’habitat ou vice-versa

Au cœur de la Genève internationale, le long de la route de Ferney, qui relie l’aéroport au bord du lac, face au prestigieux hôtel Intercontinental, un ensemble coopératif vient de voir le jour.

texte : Marielle

Savoyat

Un plan localisé de quartier (PLQ) datant de 2005 imposait un cadre réglementaire composé de barres de logements aux gabarits rigides. Le bureau d’architectes LIN.ROBBE.SEILER a su transformer une contrainte en une véritable pièce urbaine apaisée, liée à la ville avec finesse et qualité. Ici, l’habitat dialogue avec le grand paysage, tandis que l’ensemble coopératif se laisse traverser par les flux doux et piétonniers, offrant un ralentissement heureux dans un contexte particulièrement dense. La route de Ferney, axe routier fréquenté, se voit ponctuée par les institutions internationales et débouche sur la place des Nations et l’ONU. L’imposante architecture de l’hôtel Intercontinental domine le site du nouvel ensemble coopératif. Un environnement a priori peu avenant pour une vie de voisinage communautaire valorisée par les coopératives. La réinterprétation d’une géométrie initialement contraignante a permis une véritable respiration urbaine. Au sud, le gabarit légal du PLQ est respecté à la pointe des balcons, mais le projet déroge au règlement vers l’intérieur de la parcelle, créant une « cour urbaine » ouverte et paysagère. L’architecture ne se contente pas d’optimiser des gabarits réglementaires : elle fabrique des situations, des orientations, des distances justes.

Le projet, issu d’un concours sur invitation organisé conjointement en 2018 par les coopératives SoCoop et Codha, et habité depuis l’été 2025, se compose de deux bâtiments à redents, qui, par une implantation s’ouvrant vers la direction opposée à la route de Ferney, créent un espace public calme et protégé. Face à l’hôtel Intercontinental, un volume d’activités publiques (crèche, restauration, services publics) fait tampon entre la rue et l’immeuble de logements. Ce dernier se développe sur six étages sur rez-de-chaussée, surmontés d’un dernier niveau en attique. Il accueille plus d’une cinquantaine de logements coopératifs, ainsi que des logements en cluster en attique et des locaux communs au rez-de-chaussée. Entre les deux bâtiments, un espace public traversant articule passages couverts, cheminements piétons et aménagements paysagers.

ORIENTER VERS LE GRAND PAYSAGE

Le geste architectural principal tient dans le plissement des façades. Les deux volumes se font écho dans un dialogue harmonieux. En faisant pivoter légèrement les modules d’habitation vers la direction opposée aux nuisances de la route de Ferney, les appartements s’éloignent du bruit routier, limitent

L’HÔTEL DES POSTES, UN PATRIMOINE EN MUTATION

À Lausanne, l’emblématique Hôtel des Postes arrive à la fin de sa transformation. Un bâti historique qui, dans sa mutation, parvient à trouver l’équilibre entre préservation du passé et ancrage dans le présent.

texte : Aurore de Granier photos : Swen Sack

Dans un contexte de densification et d’augmentation de la population, et à une époque où la responsabilité écologique ne peut être ignorée, la transformation des bâtiments anciens occupe une place de plus en plus importante dans l’univers de la construction. À Lausanne, l’Hôtel des Postes enclenchait sa mutation en 2019. Propriété de PSP, le bâtiment voit son locataire principal annoncer son futur départ, tandis que le second locataire majoritaire souhaitait réduire ses surfaces. Ainsi, le propriétaire a confié le projet de transformation au bureau CCHE, fort de ses expériences sur les ouvrages historiques, tels que la Tour Bel-Air située à quelques pas de l’Hôtel des Postes.

PALIMPSESTE ARCHITECTURAL

Bâti en 1903 par l’architecte Eugène Jost, l’Hôtel des Postes se caractérise par son plan symétrique en U, tourné vers le lac, sa structure en béton armé, innovante pour l’époque, et sa façade en pierre de Savonnière adoptant les codes de l’architecture postRenaissance. Au fil des ans, il est assujetti à de nombreux travaux, débutant dès les années 1920, et s’intensifiant durant les décennies 1960 et 1970. « L’Hôtel des Postes était dépassé au niveau des normes, actuelles que ce soit au niveau sécuritaire, énergétique, mais aussi de la ventilation et de l’électricité. Tout était à revoir. En effet, les travaux sporadiques des décennies passées n’avaient pas suivi de concept global. Et le bâtiment étant classé monument historique de note 2, les enjeux étaient très importants », explique

Radomir Janjic, architecte chef de projet pour le bureau CCHE Lausanne SA, s’étant vu confier le projet en 2019.

Avant d’entamer les travaux, un audit complet est réalisé avec divers experts validés par le Service des monuments et des sites, permettant notamment de définir les éléments historiques devant être impérativement conservés. Mais ces études révèlent un véritable palimpseste architectural, les interventions des différentes époques venant se superposer sur l’architecture originelle, dénaturée dans la majeure partie du site. « Seuls le hall d’accueil central, les deux cages d’escalier historiques principales donnant sur la place de Saint-François ainsi que la façade et la toiture demeurent de l’architecture d’Eugène Jost. Notre rôle a donc avant tout consisté à redonner une cohérence au bâtiment », ajoute Radomir Janjic.

CONCILIER PATRIMOINE ET EXIGENCES ACTUELLES

S’engage alors un long processus de discussions avec les différents services des autorités, avec pour objectif l’aboutissement à un équilibre entre conservation et mise aux normes. En étroite collaboration avec les experts des monuments et des sites, présents tout au long du projet, une liste est établie pour des éléments devant être impérativement sauvegardés. Si certains, à l’image de menuiseries anciennes, restent à ce jour intacts et visibles, d’autres, isolés et épars, sont recouverts pour être protégés et potentiellement mis en valeur lors d’une future

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