N°3 / JUIN – JUILLET 2026
CONS TRUCTION & BÂTI MENT
CONSTRUCTION & BÂTIMENT
PROJETS ET CHANTIERS DES PROFESSIONNELS DU BÂTIMENT
Central Malley, une nouvelle pièce de ville Pierre suisse, une filière à reconstruire Le Fairmont Geneva change de visage UNE ÉDITION
ESPACESCONTEMPORAINS.CH CHF 8.–
L’Hôpital du Valais entre dans une nouvelle dimension Trois projets qui réinventent l’habitat collectif
« Who knows where the time goes ? » L’été touche déjà à sa fin, les rythmes reprennent, et avec eux, cette impression familièr que le temps nous échappe un peu. L’architecture nous rappelle pourtant qu’il peut aussi se mesurer autrement. Entre les premières esquisses et la livraison d’un bâtiment s’écoulent parfois des années ; entre sa construction et sa disparition, plusieurs générations. Entre les deux, les usages changent, les normes évoluent, les attentes se déplacent. Ce que nous construisons aujourd’hui devra composer avec un monde que nous ne connaissons pas encore. Faire durer ne signifie donc pas figer. C’est peut-être même l’inverse : permettre à un bâtiment de traverser le temps suppose d’accepter sa transformation. Dans ce numéro, un immeuble de bureaux devient un immeuble de logements, une église du 18e siècle est restaurée, un hôtel des années 1970 se réinvente. À chaque fois, le projet ajoute une strate à celles qui l’ont précédée, conserve et adapte pour permettre à l’existant de poursuivre son histoire. L’extension de l’Hôpital du Valais rappelle même que cette capacité d’évolution doit parfois être pensée avant l’achèvement du bâtiment. Et la pierre, matériau millénaire capable de traverser les siècles, nous ramène à une autre mesure de la durabilité : celle de la durée. Concevoir pour le temps long suppose alors paradoxalement de ne pas tout déterminer. Ménager des marges, imaginer des structures capables d’accueillir d’autres usages, accepter qu’un bâtiment puisse un jour devenir autre chose que ce pour quoi il avait été pensé. Nous ignorons ce que deviendront nos architectures, qui les habitera et quels besoins elles devront satisfaire. Nous pouvons en revanche leur donner la possibilité de changer, de vieillir, d’être transformées plutôt que remplacées. Construire avec le temps, finalement, plutôt que contre lui. Salomé Houllier Binder
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Édito
ACTUALITÉS 10 Les news de l’architecture et de la construction INTERVIEW 16 Les enjeux de la santé pour la FMB REPORTAGE 18 La nouvelle maison de quartier aux Plaines-du-Loup 26 Trois regards sur l’habitat collectif TECHNIQUES DU BÂTIMENT 40 La pierre suisse à l’épreuve du local 48 Les nouveaux enjeux de la façade 62 Ventiler pour rafraîchir les bâtiments 64 Isoler pour une construction durable 68 Le savoir-faire du plâtrier-peintre dans la construction métallique
PROJETS 74 Central Malley, une nouvelle pièce de ville 84 Une nouvelle école au cœur de Satigny 92 L’église Sainte-Croix retrouve son éclat 98 Le siège de Caterpillar fait entrer la lumière 104 Le Fairmont Grand Hotel Geneva se métamorphose 112 Gare-Casino relie la gare au bourg d’Estavayer 120 Une nouvelle caserne pour la base aérienne de Payerne 128 L’Hôpital du Valais s’agrandit à Sion 136 Reconstruction de la Halle Biofruit 140 L’immeuble Cendrier passe du bureau au logement 148 Réhabilitation d’une ancienne ferme au cœur du quartier Arbora ENTREPRISES 156 Zoom sur les entreprises locales AGENDA 162 Expos, salons et congrès
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UNE MAISON PLURIELLE Aux Plaines-du-Loup, une maison de quartier en terre, chaux-chanvre et bois offre un lieu de rencontre ouvert et vivant, où artisanat, usages multiples et matérialité dialoguent. texte : Marielle Savoyat photos : Paola Corsini
Le long du parc du Loup, à la charnière entre la première phase du quartier des Plaines-du-Loup et la suivante, la maison de quartier de la Louve se fond avec douceur dans le paysage, sans artifice ni monumentalité. Derrière cette apparente simplicité, Joud Beaudoin architectes livre une réalisation qui explore de nouvelles relations entre typologies, ressources et construction. Lors du lancement du concours en 2020, l’ambition de la Ville de Lausanne, maître d’ouvrage, était de construire un équipement public manifeste, où les matériaux bio- et géosourcés deviennent autant de moteurs du projet que les usages et le contexte. La maison de quartier incarne une évolution des politiques urbaines : au-delà des préoccupations de densité, de mobilité, du vivre-ensemble, il s’agit désormais d’aborder la question des ressources, des savoir-faire artisanaux et du lien entre architecture et territoire.
bureaux) et facilite l’appréhension rapide des spatialités, tout en étant dédié aux rencontres, au foyer de la salle de spectacle, à la cafétéria et à la circulation. Les deux escaliers autorisant une circulation en boucle et les passerelles créent des parcours, des détours, des points de vue et des recoins : une dimension ludique particulièrement investie par les enfants et les adolescents. L’implantation du bâtiment renforce cette ouverture et cette générosité. Son organisation spatiale rayonnante s’ouvre sur quatre côtés et entretient un rapport direct avec le parc. Les volumes décalés entre eux créent des espaces extérieurs protégés sous les larges avant-toits, prolongeant l’intérieur vers l’extérieur ou vice-versa.
LES MAISONS DANS LA MAISON Selon le principe des « maisons dans la maison », le programme est réparti en quatre volumes sous un même toit. Cette typologie permet de réduire l’échelle à une dimension humaine, mais également de dégager un espace interstitiel en double hauteur. Cet « entre-deux », cœur du projet, relie les différentes activités
ATMOSPHÈRE SINGULIÈRE ET MATÉRIAUX Ici, la matière fait partie intégrante du lieu, de son caractère et de sa singularité. Les techniques de construction traditionnelles revisitées font pleinement partie de la conception architecturale : elles ne constituent pas un aspect secondaire, mais participent à la définition du projet. Terre, chaux-chanvre et bois se complètent ici dans une harmonieuse composition où le travail des ouvriers et des artisans se voit valorisé. La terre utilisée pour les murs de l’espace interstitiel
(salle de spectacles, pièces polyvalentes, APEMS, cuisine et
provient directement du sol de la parcelle excavé lors du chantier.
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En Suisse romande, la densification ne relève plus seulement d’un objectif quantitatif, mais d’une véritable recherche de qualité. L’immeuble de logements d’échelle moyenne y occupe une place singulière : suffisamment dense pour accueillir une diversité d’usages et d’interactions, suffisamment mesuré pour entretenir un dialogue attentif avec son contexte. Il constitue aujourd’hui un terrain privilégié d’expérimentation, favorisant des collaborations entre bureaux d’architectes qui nourrissent le projet de regards complémentaires, propices à l’émergence de réponses innovantes et à l’enrichissement durable du cadre de vie. À l’interface entre le territoire, l’architecture et le vivre-ensemble, il renouvelle les formes de l’habitat collectif et accompagne l’évolution des modes de vie. Ancrage fort à l’environnement immédiat, attention portée aux espaces extérieurs, équilibre entre intimité et lien social, diversité des typologies et capacité d’adaptation aux changements familiaux : ces projets proposent une manière d’habiter, attentive aux spécificités de chaque site et aux transformations sociétales. Marielle Savoyat
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© Javier Callejas
© Régis Golay / Federal.li
1 DENSITÉ ET IDENTITÉ RURALE À l’entrée du village vaudois d’Eysins, un immeuble de 28 logements vient compléter le tissu bâti. Il répond avec finesse à l’un des enjeux majeurs des territoires périurbains romands : densifier sans rompre avec l’identité des lieux. Conçu par FdMP architectes et glatz-delachaux architectes associés, le projet Courtyard Housing réinterprète les formes et les usages villageois dans une écriture contemporaine : toitures à deux pans, murs pignons, cour, cheminements et ouvertures vers le paysage. Le bâtiment s’organise en quatre ailes autour d’une cour traversante. Chacune s’achève par un mur pignon légèrement plié, dessinant une géométrie subtile derrière une apparente simplicité. Cette composition permet d’accueillir une forte densité tout en limitant l’impact visuel dans le paysage. En revisitant certaines qualités de l’habitat villageois, le projet privilégie des espaces de rencontre. La cour intérieure prolonge les cheminements publics au cœur de l’îlot et favorise les échanges. Un arbre y a été replanté, offrant ombre et fraîcheur. Les cages d’escalier extérieures réinterprètent l’accès traditionnel des maisons rurales : les habitants rejoignent leur logement au contact des saisons et du voisinage. Ces dispositifs renforcent la convivialité tout en réduisant les besoins de chauffage des
Les typologies des appartements prolongent la notion d’ouverture qui structure le projet ainsi que l’organisation des volumes autour de la cour. Du 2 au 5 pièces, chaque logement s’articule autour d’un patio ouvert sur le paysage, offrant un espace de respiration au cœur de l’habitat. La volumétrie génère une grande diversité d’appartements, tandis qu’une attention particulière a été portée à l’évolution des usages : une pièce peut devenir chambre, bureau ou prolongement du séjour, selon les besoins des occupants. La matérialité joue sur un contraste affirmé. Les façades périphériques sont construites en briques Capo 425 Lana en terre cuite enduite à la chaux, avec à l’intérieur une isolation en laine de mouton suisse : une démarche locale et écoresponsable, tout en assurant un confort hygrométrique. À l’intérieur de la cour, des tôles métalliques plissées, microperforées et éloxées, de couleur verte, font écho au langage des hangars agricoles. Associées à la végétation et aux variations de lumière, elles confèrent à cet espace à ciel ouvert une atmosphère singulière. Entre références rurales et expression contemporaine, Courtyard Housing démontre que densification et qualité de vie villageoise peuvent se renforcer mutuellement.
espaces communs.
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© Régis Golay / Federal.li
© Régis Golay / Federal.li
© Régis Golay / Federal.li
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FdMP ARCHITECTES Fondé en 2014, FdMP architectes développe une pratique attentive aux usages, au travail collectif et à l’expérimentation par la maquette. Sensible aux enjeux environnementaux et sociaux, le bureau envisage la conception comme une aventure humaine partagée, en réponse à une situation unique. Basé à Genève, il réunit aujourd’hui plus de 60 collaborateurs et est dirigé par six associés : Emeline Debackere-Gutierrez, Jill Duchosal-Pichon, Oscar Frisk, François de Marignac, Christophe Pidoux et Maxime Lécuyer.
GLATZ-DELACHAUX ARCHITECTES ASSOCIÉS Fondé en 1983 à Nyon, le bureau glatz-delachaux architectes associés se consacre à l’architecture, à l’urbanisme et au patrimoine. Dirigé par Nicolas Delachaux, Denis Glatz, Joao Paulo Magalhaes et Patrick Tamone, il rassemble une vingtaine de collaborateurs. Il privilégie des interventions sobres et ancrées dans leur environnement, alliant rationalité constructive et richesse d’usage. Il compte plusieurs rénovations emblématiques, telles que la villa Le Lac de Le Corbusier ou les châteaux de Nyon, Saint-Maire à Lausanne et Hauteville à Saint-Légier-La Chiésaz.
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ENTRE GARE ET BOURG
Au bord du lac de Neuchâtel, à Estavayer-le-Lac, petite ville du canton de Fribourg, le projet Gare-Casino de Nicolas de Courten Architectes pose la première pièce urbaine d’un nouvel écoquartier en faisant le lien entre la gare et le centre historique.
© Federico Farinatti
texte : Lisa Naudin
© Federico Farinatti
Lauréat du MEP architectural lancé en 2020, le projet des Lausannois Nicolas de Courten Architectes, réalisé par HRS Real Estate SA pour le compte du maître d’ouvrage Transports publics fribourgeois Immobilier, constitue la première réalisation du nouvel écoquartier, issu d’une première procédure MEP urbanistique remportée par Müller Sigrist Architekten. L’îlot 11 traduit les ambitions de ce plan de quartier en proposant un ensemble dense, mixte et ouvert, qui renouvelle la liaison entre la gare et le bourg historique. Il s’organise autour d’un socle de deux niveaux accueillant des activités commerciales et tertiaires. Cette plateforme urbaine porte trois bâtiments de logements dont les volumes, à une échelle plus domestique, s’articulent autour de jardins suspendus. UN BÂTIMENT QUI FAIT LIEN Si les trois bâtiments de logements s’autorisent des géométries plus libres, le socle, lui, répond aux contraintes du plan de quartier. Il occupe la surface maximale le long de la voie ferrée et de la nouvelle gare routière, tout en réorganisant les flux de mobilité douce entre les différents transports publics autour d’une placette publique. Depuis celle-ci, les commerces du rezde-chaussée sont directement accessibles, tandis que les halls d’entrée conduisent les habitants vers leur logement et les jardins suspendus, perceptibles depuis l’espace public. C’est à travers ce socle que s’opère la transition entre la ville et l’échelle domestique
plan : les chambres, tournées vers les jardins, sont préservées des nuisances sonores, tandis que les espaces de vie bénéficient d’une double orientation, ouverte sur le grand paysage. Certains disposent d’un jardin privatif, tandis qu’un espace vert central réunit les habitants autour d’espaces de jeux et de détente. Plantés de grands arbres, ces jardins suspendus font entrer le grand paysage jusque dans le cœur de l’îlot. À chaque angle des volumes, des loggias ouvrent l’espace intérieur vers l’extérieur ; en se détachant du plan de façade, elles donnent du relief et tissent un lien avec les typologies du bourg. LOGIQUE CONSTRUCTIVE : LE PLAN ET LA STRUCTURE Pour s’adapter aux contraintes du site, le bâtiment sépare la structure porteuse du plan aux étages inférieurs. En béton armé, le socle réunit le sous-sol, qui accueille le parking, et les deux niveaux qui le surmontent; sa structure en poteaux laisse une grande flexibilité d’aménagement. Au-dessus du socle, les trois bâtiments reposent sur la dalle, conçue pour transférer la charge des façades en structure mixte bois-béton vers le socle. À l’intérieur, le bois de charpente reste visible, dans un geste qui rappelle les constructions traditionnelles du vieux bourg, affirmant la présence de la structure jusque dans l’espace domestique. Ce choix constructif, associé à une enveloppe thermique performante, permet au bâtiment de viser les labels Minergie-P et SNBS Or.
des 40 logements. Ils déclinent cette logique jusque dans le 1 Le concours initial portait sur quatre îlots, mais seul celui-ci a fait l’objet d’un mandat de réalisation
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L’architecture au service de ceux qui protègent Entre contraintes aéronautiques, innovation numérique et qualité architecturale, la Halle 2 Safety de Payerne illustre une approche où la technique se met au service de l’humain. texte : Monica D’Andrea photo : Hiris Images | Sacha Di Poi
À première vue, la Halle 2 Safety de la base aérienne de Payerne impose sa rigueur. Implantée au bord du tarmac, cette nouvelle caserne des pompiers militaires répond à un environnement où rien n’est laissé au hasard : contraintes aéronautiques, exigences de sécurité, délais d’intervention, continuité des opérations et fonctionnement permanent d’une base stratégique. Pourtant, lorsqu’on entre chez RDR architectes, en retard à cause d’autres travaux dans une zone d’habitation lausannoise, le récit prend rapidement une autre dimension. Benjamin Resid et Céline Rüegg racontent une aventure collective. Benjamin Resid, directeur adjoint à Lausanne, prend de la hauteur, replace chaque décision dans une vision d’ensemble. Céline Rüegg, directrice des travaux, rebondit avec une anecdote de chantier, un souvenir ou un détail concret. On comprend vite que, pendant près de dix ans, ce projet a été bien plus qu’un mandat d’architecture. « C’était une immersion totale, du début à la fin », lance spontanément Céline Rüegg au sujet de son premier chantier d’envergure, elle qui a réalisé son apprentissage chez RDR.
La réalisation de la Halle 3 lui a permis de se familiariser avec les contraintes propres à une base aérienne militaire et d’aborder la Halle 2 avec une connaissance précieuse du terrain. Responsable de l’équipe réalisation, Benjamin Resid supervise l’ensemble du processus en maintenant une vision globale du projet, en coordonnant les architectes, les ingénieurs, les entreprises et la maîtrise d’ouvrage. Une continuité qui constitue l’une des particularités du mandat : le même groupement accompagne le projet depuis l’avant-projet jusqu’à sa livraison. À ses côtés, Céline Rüegg cumule le suivi du chantier, le pilotage de la modélisation du bâtiment, les approbations de plans, le contrôle des coûts et la planification. Présente quotidiennement sur le site durant les phases de réalisation, elle s’approprie progressivement les outils numériques utilisés par le bureau afin d’exploiter tout leur potentiel dans la coordination du projet.
ARMASUISSE IMMOBILIER OBLIGE En 2016, RDR architectes remporte l’appel d’offres lancé par armasuisse Immobilier pour les Halles 3 et 2 : « Nous avons acquis l’expérience lors des travaux de la Halle 3. Lors de l’appel d’offres
MODÉLISATION FIDÈLE Ce travail préparatoire s’appuie sur une modélisation BIM poussée jusqu’à la 5D. Bien plus qu’une simple maquette numérique, cet outil intègre la géométrie du bâtiment, les quantités, les coûts, les données techniques et le calendrier d’exécution. Les futurs utilisateurs et exploitants peuvent même parcourir leur caserne en réalité virtuelle, déplacer une cloison ou valider l’organisation des espaces avant le début des travaux.
en 2016, nous n’avions pas encore travaillé sur la base aérienne. »
« Le gros travail réalisé en amont nous a vraiment permis de
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profiter de la phase d’exécution », résume Benjamin Resid. Les résultats lui donnent raison. Malgré les conséquences de la pandémie, les tensions sur les chaînes d’approvisionnement et la hausse du coût des matériaux, le chantier est livré conformément au calendrier établi avec armasuisse plusieurs années auparavant. Cette réussite tient aussi à la qualité des relations humaines. Les architectes évoquent une maîtrise d’ouvrage exigeante, mais à l’écoute, des entreprises locales particulièrement investies et des utilisateurs impliqués. « Il fallait vraiment se mettre dans la tête d’un pompier », explique Céline Rüegg. Chaque détail découle de cette immersion : des circulations plus généreuses, des garde-corps renforcés, des escaliers pensés pour des interventions menées au pas de course, ou encore des portes capables de s’ouvrir en cinq secondes afin de ne pas perdre de temps précieux lors d’un départ d’urgence. En cours de projet, le programme évolue. La caserne doit accueillir une équipe professionnelle présente vingt-quatre heures sur vingt-quatre. Il faut alors intégrer des chambres, une cuisine, des espaces de détente, des sanitaires et une salle de sport. Sur une base militaire, chaque nouvelle construction doit respecter les surfaces de dégagement des aéronefs. Benjamin Resid évoque alors, avec le sourire, un véritable « jeu de Tetris » pour trouver le seul emplacement capable de répondre simultanément aux besoins fonctionnels, aux contraintes de sécurité aéronautique et au confort des pompiers. Avant même de construire, il faut démolir une ancienne
la base. Le terrain proche de la Petite Glâne impose la réalisation de près de deux cents pieux. La proximité immédiate du tarmac interdit l’installation d’une grue fixe, obligeant les équipes à travailler exclusivement avec des grues mobiles. La façade est perforée afin que les panneaux ne provoquent aucun éblouissement pour les pilotes lors des phases d’approche ou de décollage. COORDINATION ENTRE ARCHITECTURE ET UTILISATEURS Pourtant, derrière cette accumulation de contraintes techniques, la Halle 2 dégage une atmosphère chaleureuse. La structure en bois apparent, les briques de terre crue issues du réemploi des déblais de chantier, le parquet industriel en chêne et l’abondante lumière naturelle composent un environnement accueillant, bien loin de l’image que l’on associe spontanément à une infrastructure militaire. Cette qualité d’usage n’est pas un simple parti pris architectural. Les pompiers ne viennent pas seulement y travailler. Ainsi, le bâtiment doit conjuguer efficacité opérationnelle et qualité de vie. Au terme de la rencontre, ce ne sont finalement ni les pieux, ni le BIM, ni les contraintes aéronautiques qui marquent le plus. Ce que l’on retient avant tout, c’est la passion communicative de deux architectes qui parlent autant des personnes que des plans. La véritable réussite de la Halle 2 Safety résulte de la précision de son architecture et de l’intelligence collective qui a permis de la construire.
halle tout en préservant les réseaux stratégiques qui alimentent
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