Skip to main content

Teaser Magazine L'Eperon - Avril 2013

Page 1

EDITORIAL

Valeurs Par Xavier Libbrecht

A

h l’hiver ! Ses rigueurs ! Foi de bourrin, de courses, de sport, de loisir ou d’élevage, le millésime 2012-2013 restera dans toutes les mémoires. Il y a ceux qui, prêts au départ, sont restés à la maison en raison des courses annulées de-ci de-là au gré des intempéries. Côté sport, c’est autant la météo que la rigueur du climat économique qui a incité propriétaires et/ou cavaliers à différer l’engagement de leurs protégés... Tant d’autres poilus, dans les centres équestres, ont fait des dizaines d’heures supplémentaires au box à regarder la neige tomber, écouter le va et vient de la brouette sur le sol craquelé… à compter les sorties en manège à défaut d’une carrière gelée ! Et puis il y a les durs à cuire, ceux qu’on laisse d’ordinaire hiverner dehors. Pas forcément les plus malheureux, quoique cette année, malgré les rations en conséquence, la vie au grand air se soit payée au prix fort ! bonnes raisons de se réjouir ? D’entrevoir le printemps ? Quelques Une hirondelle ? Si, si…

Comme cette instruction fiscale du 8 mars 2013 où il apparaît que le taux de TVA réduit (7% depuis 2012) applicable à la filière équine est en partie – et pour l’instant – sauvegardé alors qu’il était condamné à disparaître dans son intégralité. Sont concernés l’utilisation de chevaux pour la production agricole, les activités sportives, certaines pensions, le débourrage les opérations de monte et d’élevage (poulinage), les ventes de juments destinées à la reproduction et d’étalons de sport, de loisir, de travail et de viande… Taxe sur la valeur ! Le collectif « l’équitation en péril » (FFE, GHN, FNC, CSCCF), les activistes de la campagne des « insurgés » ont-ils course gagnée ? L’engagement apparent du gouvernement, les promesses de Stéphane Le Foll, ministre de l’Agriculture en particulier de protéger l’activité qui nous concerne, sont-ils suffisants pour prétendre que la menace est derrière nous ? Au risque d’apparaître aussi rabat-joie que pointilleux et ennuyeux, ladite instruction cadre le « répit » : « Le II de l'article 63 de la loi n°2012-1510 du 29 décembre 2012 de finances rectificative pour 2012 précise que les dispositions du B sexies de l'article 279 du CGI seront abrogées pour les opérations dont le fait générateur interviendra à une date fixée par décret et au plus tard au 31 décembre 2014 ». Autrement dit nos hauts fonctionnaires ont déjà sorti le parapluie et il ne restera qu’à l’ouvrir par un simple décret au cas où la Cour de justice de l'Union européenne aurait la mauvaise idée de remettre le couvert !

A

u fond, il en va de la cause de la filière qui nous concerne comme de celle de tant d’autres. La cause est entendue à Bruxelles et chez nos gouvernants qui depuis des années cèdent – apparemment et par pur électoralisme – aux sirènes des lobbies divers et variés (des restaurateurs aux éleveurs canins…) et sont rappelés à l’ordre quelques années plus tard ! C’est ainsi que nous apprenions début mars que la France se « mangeait » un PV de 9,5 milliards d’euros pour différentes infractions antérieures aux dispositions européennes effectuées par les gouvernements passés, oubliés et oublieux !… Pas enterrée en revanche, l’addition assortie des intérêts de retard qui sera réglée par leurs électeurs, c’est à dire le contribuable : nous ! Arrêter de rêver ? Ce n’est pas ce que nous a proposé Christian Dugay réalisateur de Jappeloup en chair et en os qui, vingt-cinq ans après et depuis le 13 mars, semble caracoler de nouveau. Guillaume Canet qui endosse la tunique de Pierre Durand a fait un fantastique boulot de scénariste et d’acteur (voir l’Eperon n° 329, décembre-janvier 2013) et la communication passe aussi bien entre l’écran et la salle qu’elle passait entre le champion et son exceptionnelle monture.

C

ela fait du bien. Cela réchauffe après tout ce froid. Même Pierre Durand, comme il l’a confié à Claude Bigeon (interview vidéo Cavadeos du 14 mars), en dépit des rumeurs qui couraient, a aimé le film. Et c’est formidable. Car Jappeloup, le film, est facteur, vecteur, lui, de vraies « valeurs ». Peut-on parler de morale ? D’exigence ? D’humilité ? Celle qu’« homme de cheval » nous éprouvons parce que, soit elle est subie, voire consentie, ce qui ne dure jamais longtemps, soit elle est voulue, ce qui permet alors le « voyage », le parcours, la vie ou en tous cas de belles tranches de celle-ci ? Le cheval exerce toujours cette fascination, ce pouvoir. Peut-on penser qu’il ne soit plus nécessaire à l’ordinaire de nos jours? Pourquoi accepte-ton alors, comme Durand à Los Angeles un 4 août 1984, d’en payer le prix fort ? Au nom du fond qui nous anime, de la sincérité de nos engagements. Avec le cheval pas question de faire l’économie d’un patient travail d’écoute. L’équilibre de la relation, le résultat de l’échange, la décharge émotionnelle (sportive ou non) se gagnent, palpables ! Au diable le virtuel.

C

’est ce qu’il nous fut une nouvelle fois offert de voir – vérifier ? – à Bad-Berleburg à une bonne centaine de kilomètres à l’Est de Cologne à l’occasion de la signature de l’accord de partenariat passé entre Jaeger-LeCoultre et la WBFSH (World Breeding Federation for Sport Horses). Le cadre pour l’officialisation de cette coopération qui a pour but de redorer l’image de l’élevage du cheval de sport dans le monde ? Les Vosges à l’allemande et un château ancestral au milieu du village et d’une propriété familiale de treize mille hectares : celui du prince Richard zu Sayn-Wittgenstein-Berleburg. La princesse Nathalie, sa fille, est une championne internationale d’équitation, de dressage en particulier. Elle monte depuis plusieurs années pour l’équipe danoise puisque sa maman n’est autre que la princesse Benedikte du Danemark, passionnée de cheval depuis toujours, candidate malheureuse à la présidence de la FEI en 2008 à Kuala Lumpur face à la princesse Haya de Jordanie, mais actuelle présidente d'honneur (« Patroness ») de la WBFSH qui regroupe une soixantaine de stud-books dans le monde. Nathalie travaille et prépare ses chevaux à Bad-Berleburg dans une modeste installation au pied du château à côté des serres : manège tout simple quoique pratique, carrière, une vingtaine de boxes… Ce qui ne l’empêche pas d’être dans le top ten mondial depuis plusieurs années notamment grâce à son hongre aujourd’hui âgé de quinze ans, Digby. En quoi ceci serait-il exemplaire ? C’est que Digby est un pur produit de l’élevage familial, lequel gravite sur une seule souche base (DWB). Et que, princesse ou pas, à Bad Berleburg on travaille, ouvrage, cisèle son sujet de A (l’élevage et le choix des reproducteurs pour ses juments) à Z (le podium éventuel), sans ménager sa peine. Les quelques journalistes privilégiés, présents lors de cette journée « porte ouverte » en l’honneur de l’horloger suisse, resteront marqués par la simplicité et la pertinence des propos tenus tant par ses parents que par Nathalie tout au long de la visite. A commencer probablement par celui du prince : « C’est vrai, nous aurions pu acheter des chevaux clés en main pour Nathalie. Après « Avec le cheval pas ses premiers longs stages chez Kyra Kyrklund ou Klaus Balkenhol, question de faire les marchands ou courtiers ne cessaient de nous faire des proposi- l'économie d'un tions. Mais j’ai toujours pensé que si je dépensais deux millions patient travail d’euros pour un cheval, ce ne serait pas forcément le bon cheval d'écoute. L'équilibre pour Nathalie. J’ai préféré que nous élevions, que nous tra- de la relation, le vaillions, que nous progressions. Le bon cheval, c’est celui que l’on résultat de l'échange, conçoit, que l’on élève, que l’on dresse et que l’on travaille au mieux en l’écoutant chaque jour de sa vie durant ; c’est à ce prix la décharge qu’il devient bon pour nous, à notre niveau ». Celui que l’on mérite, émotionnelle se entendait-il probablement… Valeurs et « valeur ajoutée » donc. gagnent, palpables ! »

L’Eperon n°332 avril 2013 3

EDITO P3.indd 3

15/03/13 18:34


L’EPERON SOMMAIRE N°332 avril 2013 Photos de couverture et ci-contre Luciana Diniz et Lennox. Photos C. Bricot

Ph. E. Fournier

30 ELEVAGE

Auteur du doublé mâle et femelle l’an dernier dans le championnat des 4 ans de saut d’obstacles à Fontainebleau, l’écurie Eric Février n’en était pas à ses premiers faits d’armes. Visite, près de Rennes, chez un cavalier concerné de près par l’élevage et associé de longue date à l’élevage d’Helby de la famille Lamotte.

36 RENCONTRE AVEC LUCIANA DINIZ

La Portugaise Luciana Diniz nous a reçus dans ses écuries, implantées près de Bonn, en Allemagne. Rencontre avec une cavalière singulière qui poursuit, d'année en année, sa progression dans la hiérarchie mondiale grâce à une organisation et à une philosophie de vie bien à elle. Gagnante des GP 5* de Bâle et Zurich, elle attaque l'année 2013 avec plus de détermination que jamais !

79 EVOLUTION DU

MATÉRIEL D’OBSTACLE

En bois, métal, aluminium ou polyéthylène, le matériel d'obstacle a évolué au cours du temps. Si le bois tient confortablement la barre sur les terrains de concours, le polyéthylène tire son épingle du jeu dans les centres équestres. Sans oublier l’aluminiun qui ne cesse de percer en toute discrétion.

Ph. Scoopdyga

48 SPORT

L’EPERON revient sur les superbes victoires de Patrice Delaveau au CSI5* de Hong kong ainsi que sur la victoire sans surprise de Nicolas Touzaint avec Princesse Pilot à Tartas. Côté dressage, Carl Hester a une fois de plus démontré tout son talent lors du CDI3* de Vidauban où Jan Bemelmans a déployé ses fonctions.

3 EDITO 30 ELEVAGE 7 TRIBUNE, COURRIER 36 REPORTAGE 10 ACTUALITÉS 16 ENQUÊTE 48 SPORT

ERIC FÉVRIER ET L'ÉLEVAGE D'HELBY

LUCIANA DINIZ

SUBVENTIONS PUBLIQUES À LA BAISSE

LE LONGINES HONG KONG MASTERS, ELODIE LABORDE, GRAND NATIONAL DE COMPLET À TARTAS, CDI3* DE VIDAUBAN

59 HOMMAGE 65 ETUDE

BRUNO BOUVIER LE STUD-BOOK

INTERNATIONAL ANGLO-ARABE

LA FILIÈRE ÉQUINE FRANÇAISE

73 TECHNIQUE

FONDAMENTAUX - 9 LE TRAVAIL LONGITUDINAL

76 SANTÉ 79 DOSSIER

LA FOURBURE LE MATÉRIEL D'OBSTACLE, ÉVOLUTIONS ET NOUVEAUTÉS

85 PETITES ANNONCES 99 GAZETTE D'AUTRES INFORMATIONS, NATIONALES, RÉGIONALES ET LE PROGRAMME

Les opinions émises dans la revue n’engagent que leurs auteurs. Les indications éventuelles de marques, les adresses, les prix figurant dans les pages rédactionnelles, sont soumis à titre d’information. La reproduction des textes et illustrations imprimés dans ce numéro est interdite pour tous pays. La rédaction n'est pas tenue de retourner manuscrits, illustrations et photos.

L’EPERON n°332 avril 2013 5

SOMMAIRE P5.indd 5

15/03/13 15:33


Eric Février, peu de paroles Fils spirituel des Lamotte en charge de la notoriété de leur affixe d’Helby, passionné d’élevage, éleveur par passion, cavalier expérimenté, marchand impénitent, Eric Février est incontournable en Bretagne et à la Grande Semaine de Fontainebleau depuis les années 80. Son parcours est indissociable de l’affixe d’Helby de la famille Lamotte à Betton (35). En 2012, UNDOCTRA D’HELBY chez les femelles, URVIL D’HELBY chez les mâles et hongres gagnent le championnat des 4 ans. Rendez-vous aux portes de Rennes pour percer les secrets de sa carrière.

Paimpol

Guingamp

SAINT-BRIEUC

Dol-deBretagne

Dinan

CÔTES-D’ARMOR 22 Loudéac

ILLE-ETVILAINE 35 RENNES

BRETAGNE

Locminé

Fougères

➔

Pontivy

Avranches

Le Mt-StMichel

St-Malo

Ploërmel

Betton

Vitré Janzé

Ph. Delaroque

Lannion

O

k, mais je ne m’épancherai pas sur mon histoire. Nous ne parlerons ni philosophie, ni théorie de grand maître », prévient l’intéressé bien trop pragmatique et obsédé par l’organisation que requièrent les 77 chevaux répartis au Haras de Roulefort des Lamotte, dont 40 sont au travail. Début janvier. Il est 9 heures, les trois nouveaux cavaliers de la saison 2013 entament leur second lot dans une carrière terne dont le remplacement par une Toubin & Clément flambant neuve devait être effectif mi-février 2013. La belle vente du champion des 4 ans, URVIL D’HELBY (KOUROS D’HELBY X HERMINE, oi), ISO 123/12, à Florence de la Peschardière aura aidé au financement de ce nouvel outil sollicité sans relâche. « Reviens ! Encore ! Enchaîne ! Refais la ligne ». Eric est aux manettes. Ce matin le ton ne monte pas (une petite souris nous glissera à l’oreille qu’on ne rigole pas tous les jours ici). Est-ce dû à la victoire d’Alexis Deroubaix, 1er et 2e la veille au CSO de Bourgbarre ? Sans doute. Les concours alentours ont pris fin mi décembre… et le 13 janvier, ils ont déjà repris. « J’ai une bonne équipe motivée avec Alexis Deroubaix formé chez Hervé Francart, Youri Trotereau, précédemment au Haras de Lillebec, Alexis Arcanger, cavalier maison, et Julie Fieurgant ». Super intendante des écuries, de formation comptable et proche d’Eric, Julie est aussi la cavalière de HENT COS DE KERGUE (ISO 134/06) et supervise l’activité du site. A trente-deux ans, elle est « la tête pensante de l’entreprise, d’après Eric. Seul je ne suis rien ». Aline Prével est responsable de l’élevage et tire sur les pattes des poulains à la naissance. Armand Ménard, salarié ici depuis trente ans, est chargé de l’entretien à mi-temps. Ses pâtures à Montours près de Fougères hébergent quelques pouliches « d’Helby » de un et deux ans et il n’est pas rare qu’il ramène un lot à tester à Roulefort. Les tâches quotidiennes du haras sont assurées sérieusement, qu’il s’agisse de vacciner régulièrement, de nourrir ou de faire analyser le foin pour en contrôler les matières sèches et

l’apport en protéines. Cent dix round-ballers sont produits sur place dans les parcelles avoisinantes qui forment un ensemble de cinquante hectares.

« Une plastique parfaite » Dans les années 70, Jannick et Albert Lamotte (respectivement dentiste et promoteur immobilier) battent la campagne normande, assistent au moindre concours d’élevage, repèrent, discutent, interrogent les petits éleveurs, se font l’œil et passent à l’action. De leurs trois pouliches acquises dans la Manche pour lancer leur élevage, GINA DU GRIPPOIS (SURIOSO X KHEREDDINE) sera incontestablement la plus marquante, « d’une plastique quasi irréprochable », selon Albert Lamotte pour qui le modèle, l’espèce, l’énergie et les belles origines du moment sont prioritaires. Des chevaux dans le sang. GINA donnera de bonnes mères (dont PERLE par ST BRENDAN, ps, VÉGA par DOUBLE ESPOIR et AMBRE par ALMÉ) et des indicés jusqu’à l’ISO 138 pour ECLAT D’HELBY (DOUBLE ESPOIR). Quand l’élevage devient pléthorique, une réduction d’effectif s’impose en 1995 (« Vingt-sept poulains à débourrer c’était trop ! », explique Eric), tout comme s’imposera plus tard la reconnaissance des succès de JAVELOT D’HELBY (VAS Y DONC LONGANE), ISO 173/06, lors de la remise du Trophée Ifor Williams aux ventes Fences 2001. Car à Fontainebleau « d’Helby » s’impose. L’élevage est à l’honneur par le nombre de qualifiés 3e en 1995, 1er ex aequo en 1996, 2e en 1997, 1er en 1998, 3e en 1999 et 2e en 2000 puis 1er en 2001. Beaucoup de « d’Helby » sont commercialisés par l’intermédiaire d’Alain Lorre à Bois-Le-Roi (77) jusqu’à ce qu’Albert Lamotte décide de plutôt les répartir chez des Bretons pour assurer une meilleure valorisation et une meilleure visibilité de l’élevage sur son territoire historique. Le premier choix est pour Bruno Rocuet. Il regarde, sélectionne et s’arrête notamment sur CIRCÉ D’HELBY (ALMÉ), ISO 159/97, alors âgée de cinq ans. D’autres suivront comme GERFAUT D’HELBY, Excellent à quatre et cinq ans, 3e

30 L’EPERON n°332 avril 2013

REPORTAGE ELEVAGE D'HELBY P30-34.indd 30

14/03/13 18:08


mais des actes

REPORTAGE ERIC FEVRIER

du Critérium des 6 ans, 2e de sa génération par les gains à sept ans. Basés à proximité de Rennes, Eric Février et Erwan André héritent chacun d’une dizaine de chevaux des Lamotte. Dans une moindre mesure, il est également fait appel à Laurent Le Vot. Eric Février traduit ainsi ses débuts au Haras de Roulefort en novembre 2004. « J’y entre par la petite porte et dans une hiérarchie qui me place après Bruno Rocuet, les frères Erwan, Steven André et Laurent Le Vot où je récupérais les chevaux que personne ne voulait, comme VAL DE FRANCE ». MISS D’HELBY (ISO 162/09), qui fit quatre transferts à quatre ans, est un des premiers « d’Helby » que montera Eric. Une association durable débute.

« Un bosseur avec de bonnes bases en dressage » Voilà de quoi battre en brèche les commentaires entendus au sujet d’Eric Février. Albert Lamotte lui reconnaîssait déjà en 2002 « des compétences sécurisantes pour des propriétaires ». L’Elevage du Ter, de Gree, du Chène, du Léon, de Thumes, ou encore l’affixe Ar Park et d’Orval font confiance à Eric depuis longtemps. « J’ai plus de demandes d’éleveurs que de disponibilités. En saison, je suis en concours cinq jours sur sept », dit-il aujourd’hui. C’est donc Julie qui rend compte à la famille Lamotte, par l’intermédiaire de Marie Trihan-

Lamotte (leur fille) gérante de l’Earl Trihan-Lamotte depuis dix ans. « Notre fonctionnement est carré, mais je demande de l’engagement à cheval et au bout de la fourche. Chez moi il n’y a pas de star, le meilleur c’est moi ! », annonce Eric. Après les lauriers dans les 4 ans l’an dernier, Jonathan Chabrol bifurquera vers un poste de « premier cavalier » au Haras de Lillebec (76). Le Belge Manuel Thiry décidera de rentrer au pays, puis de rejoindre finalement le Haras de Hus aux côtés de Gilles Botton qu’il estime particulièrement. « C’est le jeu. On sait que ces jeunes cavaliers sont là pour un ou deux ans et qu’ils changent d’écurie pour engranger de l’expérience ». Les candidatures pour les remplacer seront nombreuses. « J’ai trois chevaux tests pour évaluer les prétendants. Impossible de tricher ! » Que viennent chercher ces cavaliers auprès du spécialiste des jeunes chevaux ? L’assurance de beaucoup monter à cheval, la garantie d’enchaîner les concours à un rythme soutenu du 4 ans au Grand Prix, un emploi déclaré (« Moi je déclare et je paie mes salariés »), un regard complet sur les pratiques d’élevage, l’opportunité de booster leur réseau et l’occasion de percer les secrets d’une soi-disant méthode « à la Eric Février ». Y en a-t-il une ? Si oui, intriguerait-elle ? Il fallait se rendre sur place. Une carrière encombrée de dispositifs d’obstacles gris interpelle d’abord par la multitude d’enchaînements possibles. Seules une ou deux

Cavalier valorisateur de jeunes chevaux reconnu de longue date, étroitement associé à l’élevage d’Helby, Eric Février et sa compagne Julie Fieurgant accueillent aussi quelques chevaux de propriétaires, ici le 7 ans Bright (Indorado) de Jean Christophe Lecorneur. Ph. E. Fournier Page de gauche, Eric, ici avec la jument Kandiavola (holst par Cantus) de l’élevage d’Helby. Ph. H. Delaroque En 2013, son écurie réalisait un doublé inédit dans les 4 ans avec le titre de champion des mâles et hongres d’une part (à g. Urvil d’Helby), et celui de championne des femelles (cidessus, Undoctra d’Helby) d’autre part. Photos PSV/DR

L’EPERON n°332 avril 2013 31

REPORTAGE ELEVAGE D'HELBY P30-34.indd 31

14/03/13 18:08


Luciana Diniz Singulière. C’est l’adjectif qui qualifie le mieux Luciana Diniz. Cette Portugaise, née au Brésil et installée en Allemagne, se démarque par sa personnalité, par son parcours et par son organisation de travail. Une approche atypique qui la conduit au top niveau mondial. A quarante-deux ans, la n°22 mondiale aborde la finale Coupe du monde de Göteborg, fin avril, et les prochains championnats d’Europe avec des ambitions plus grandes et plus réalisables que jamais.

C

ollectionneuse de places d’honneur dans les plus grosses épreuves de la planète depuis une quinzaine d’années, Luciana Diniz a franchi un nouveau cap en janvier en remportant coup sur coup les très convoités Grand Prix 5* de Bâle et Zurich avec LENNOX (LIFESTYLE). Jusque-là, certaines victoires lui avaient échappé en toute fin de parcours, comme lors de la finale Coupe du monde 2010, à Genève, où une faute sur le vertical n°10 de la seconde manche la reléguait à la 4e place, ou encore lors du Grand Prix d’Aix-la-Chapelle 2011, où elle terminait également 4e à cause d’une barre sur le trentième et dernier obstacle… Une fébrilité qu’elle semble enfin avoir domptée. Au moins en partie. « Je me lâche davantage, analyse-telle. Je profite encore plus du moment qu’avant. C’est le résultat de tout le travail effectué en 2012. Une année vraiment difficile, avec des hauts et des bas. » La cavalière veut notamment parler des Jeux olympiques de Londres : « Les quinze mois qui ont précédé les Jeux, la pression psychologique était très forte pour moi et pour mon équipe car la sélection était très serrée (derrière les Irlandais Denys Lynch et Billy Twomey, le troisième ticket se jouait entre elle et l’Espagnol Sergio Alvarez Moya, ndla). J’avais, en plus, prévu d’y participer avec WINNINGMOOD (DARCO) mais, comme il n’était finalement pas en forme, j’ai dû prendre LEN-

NOX qui avait du coup beaucoup plus tourné... J’ai donc annulé mes participations au Global pour garder de la fraîcheur. » Malgré ce perturbant changement de plans, Luciana faillit créer la surprise. Repêchée in extremis pour la finale individuelle grâce au forfait de Rolf-Goran Bengtsson (suite au retrait de CASALL LA SILLA à la visite véto), elle bouclait une bonne première manche (1 point de temps), mais rétrogradait à la 17e place à cause de 9 points dans la seconde. Une nouvelle fois en toute fin de parcours... « J’ai perdu mes étriers avant les trois derniers sauts, d’où mes fautes. Après ces mois de pression, ça a été très difficile psychologiquement d’être si proche et d’échouer, car je visais une médaille. Mais les victoires de ce début d’année sont une autre forme de médaille. » D’autant que les JO ont révélé LENNOX, qui s’est depuis classé dans tous les Grands Prix qu’il a disputés, sauf à Genève (4 points). « Il a fait un saut dans la maturité. Lui qui était un peu stressé avant a pris beaucoup de confiance en lui, donc maintenant il peut tout faire. Pour les chevaux, comme pour nous, c’est beaucoup dans la tête. »

Sa philosophie de vie Se servir des difficultés pour grandir : c’est justement une des bases de la philosophie de vie prônée par Luciana. « Je

36 L’EPERON n°332 avril 2013

DINIZ P36-44.indd 36

15/03/13 20:17


REPORTAGE LUCIANA DINIZ

une championne à part

SON PIQUET ACTUEL Lors de la visite guidée de ses écuries, entre deux distributions de caresses et de friandises à ses chevaux, Luciana nous a dit quelques mots sur chacun d’eux. ● LENNOX, old hongre, 2001, par LIFESTYLE et UGANDA par GRANNUS, han : « C’est mon meilleur ami, il ne me laisse jamais tomber. » ● WINNINGMOOD VAN DE ARENBERG, bwp, étalon, 1999, par DARCO et N UNELLIE 19, oes par CASSINI I, holst : « C’est un combattant dans tout ce qu’il fait, mais aussi un cheval très sensible. » ● LACONTINO, han, étalon, 2002, par LANDGOLD, old et CHEVION, han par CONTINUE, old : « Il n’abandonne jamais. Il a été opéré de coliques l’an passé. Les vétérinaires étaient très pessimistes, mais il s’est battu et s’en est sorti encore plus fort qu’avant. » ● FIT FOR FUN 13, han, jument, 2004, par FOR PLEASURE et FETZI par FABRIANO : « Un talent naturel très prometteur pour l’avenir. » ● LADY LINDENHOF (ex NANGAYE DE KERGANE), SF, jument, 2001, par GRAND CHEF BLEUS et JE VIENS DE KERGANE par TYPE D’ELLE-HN : « C’est vraiment une lady. »

Ci-dessus, Lennox (Ph. J. Toffi) et Winningmood (page de gauche, Ph C. Bricot) sont les partenaires de Luciana dans les Grands Prix 5* et championnats. Page de gauche, en bas, lors de ses victoires, Luciana laisse exploser sa joie. Très démonstrative, elle enthousiasme ou agace. Ph. J. Toffi

L’EPERON n°332 avril 2013 37

DINIZ P36-44.indd 37

15/03/13 20:18


Porte ouverte Hongkong a donné le coup d’envoi du Grand Slam du 28 février au 2 mars. Un événement en Asie puisque c’est le tout premier CSI5* organisé depuis les JO de Pékin, en 2008. Ambiance, perspectives… Un reportage « made in China » !

C

’est seulement un premier bout de sabot posé en Chine puisque, ancienne colonie anglaise rétrocédée à la République populaire en 1997, Hongkong reste une « région administrative spéciale » qui gardera une relative autonomie au moins jusqu’en 2047. En outre, pour des raisons pratiques (sanitaires et logistiques), le concours se disputait dans l’AsiaWorld-Expo, un immense Parc des expositions coincé entre les pistes de l’aéroport et la mer, sur la petite île de Lantau, à vingt-huit minutes en train express du cœur

Cent quarante bénévoles chinois ont prêté main forte au staff d'EEM (une cinquantaine de personnes). Ph. Scoopdyga et E. Mas

sur l’Asie

de Hongkong… Mais c’est déjà une grande satisfaction pour les organisateurs, qui ont réussi leur pari : organiser le premier CSI5* en Asie depuis les Jeux olympiques de Pékin/ Hongkong, en 2008, et faire venir une bonne partie des meilleurs mondiaux (seize cavaliers du top 30 en lice). Pour les convaincre, ils ont sorti le grand jeu : invitations tous frais payés (dont un avion cargo spécialement aménagé pour le transport des soixantetrois chevaux) et dotation ultra alléchante d’un million de dollars US dont 700 000 dans le Grand Prix. Et même si les cavaliers

n’avaient pas tous amené leurs chevaux de tête, le top niveau était bel et bien au rendezvous, avec un enthousiasmant hold-up de Patrice Delaveau (lire interview ci-contre) et des compliments unanimes sur la qualité de l’organisation de la part de tous les engagés.

UN ÉVÉNEMENT HAUT DE GAMME « Nous voulons développer le concept du grand chelem, comme en tennis, rappelle Matthieu Gheysen, vice-président d’EEM Asie. L’idée est de faire voyager les vingt-

cinq meilleurs cavaliers du monde sur des événements de même standing dans des villes de prestige sur plusieurs continents pour médiatiser le sport, d’où le choix de Hongkong, New-York et Paris. Ça fait deux ans que nous travaillons sur ce projet, né de nos expériences de l’Audi Masters de Bruxelles, puis du Gucci Masters de Paris. » Très chic, la mise en scène de ce premier Longines Hongkong Masters était d’ailleurs calquée sur le concours parisien : une décoration très épurée (avec ici une dominante de noir et de rouge), un photocall à l’entrée pour immortaliser sa venue entre deux belles hôtesses, un paddock entouré de stands de grandes marques de luxe et de selleries, un espace de détente « design et lounge » avec bars à champagne et orchestre de jazz, et une piste bordée par un grand restaurant VIP (60 tables de 8 personnes) d’un côté et par une tribune de 2 000 places de l’autre… Heureusement que quelques spécificités asiatiques nous rappelaient que nous étions bien à près de 10 000 km de Paris, comme les stands de restauration typique (avec démonstrations culinaires), le splendide panorama de Hongkong décorant toute une largeur de la piste, les cent quarante

48 L'EPERON n°332 avril 2013

HONGKONG P48-50.indd 48

14/03/13 19:53


SAUT D'OBSTACLES LONGINES HONG KONG MASTERS Sur la photo souvenir page de gauche (Ph. Scoopdyga) avec tous les cavaliers, prise avant le Grand Prix, Patrice Delaveau se tenait déjà au centre... Prémonitoire avant sa nouvelle victoire avec Lacrimoso 3 HDC. Ph. D. Caremans

PATRICE DELAVEAU : « JE N’AI JAMAIS EU UNE TELLE ÉCURIE ! » S’il y en a bien un qui ne regrette pas d’avoir parcouru près de vingt mille kilomètres, c’est Patrice Delaveau. Dans une forme épatante, le Normand s’est emparé de 4 des 6 épreuves au programme, dont l’archi doté Grand Prix à 700 000 US $ avec LACRIMOSO 3 HDC (holst, LANDJUNGE). Il a aussi pris la 2e place du Speed Challenge avec ORNELLA MAIL HDC (LANDO)… soit un total de 305 810 $ de gains (avant prélèvements et taxes) ! Un record ! Cette domination, rarement vue au niveau 5*, a totalement conquis le public hongkongais et fait la joie de son clan : sa femme, Sabrine, son groom, Fabien, et ses propriétaires, Emmanuèle et Armand Perron-Pette, également comblés par la bonne 3e place de Kevin Staut et ESTOY AQUI DE MUZE HDC (MALITO DE RÊVE) dans le Grand Prix. Deux semaines après son atterrissage puis des vacances en famille au ski, Patrice Delaveau revient sur son hold-up. Comment expliquez-vous une telle réussite ?

J’étais en pleine forme, mes chevaux aussi et j’ai eu la chance de mon côté dès la première épreuve, dans laquelle j’étais parti pour faire un bon tour, et que j’ai finalement gagnée. Cette réussite me fait encore plus regretter d’avoir loupé la victoire dans le Speed Challenge pour seulement un petit centième de seconde... 5 victoires sur 5 épreuves, ça aurait été encore plus fantastique !

LACRIMOSO 3 HDC confirme son potentiel…

Il avait déjà fait de très bons concours à Genève (1er d’une 150), Bâle (1er d’une 155 et 2e d’une 150), Amsterdam (1er d’une 150) et Bordeaux (4e d’une 150). Il est arrivé dans mes écuries il y a un an. On a mis quelques mois à se mettre ensemble, car il est jeune et il a beaucoup de sang, mais nous sommes désormais en pleine confiance. LACRIMOSO a énormément de moyens tout en étant respectueux et rapide, donc il est très compétitif. Son geste de devant n’est pas toujours parfait, donc je dois encore un peu le protéger, en l’éloignant, mais son potentiel est énorme et il progresse vite. Je suis vraiment impatient de voir comment il va évoluer en concours extérieurs. Il sera votre futur cheval de tête ?

Il y a de fortes chances qu’il devienne n°1 d’ici un an ou deux. Le plus tard possible, j’espère, car il n’a que neuf ans et je souhaite prendre mon temps. Cette année, j’ai vraiment à cœur d’aller aux championnats d’Europe avec ORIENT EXPRESS (QUICK STAR). J’ai pris un très gros coup au moral de ne pas avoir pu participer aux JO de Londres à cause de sa blessure. Je vais donc faire le maximum pour l’emmener tout en haut, là où il mérite. En plus de ces deux cracks, j’ai aussi la chance de pouvoir compter sur CARINJO (CASCAVELLE) et ORNELLA MAIL. C’est rare d’avoir quatre chevaux

de ce niveau-là en même temps, surtout en France. C’est d’ailleurs la première fois de ma vie que je suis aussi bien équipé et je le savoure chaque jour en ouvrant la porte de mes écuries ! De telles performances boostent-elles vos ambitions ? Et quelles sont-elles ?

Elles gonflent le moral et apportent de la confiance, donc c’est forcément positif. Ça me donne de bons espoirs pour l’avenir, mais je ne m’enflamme pas pour autant, car je sais très bien que si je refaisais le même concours avec les mêmes chevaux je pourrais faire 4 points dans toutes les épreuves. Dans ce sport, on monte très vite, mais on peut redescendre encore plus vite. Aussi, je vais continuer à travailler et à gérer au mieux mes chevaux afin d’espérer me qualifier puis être performant dans les prochains gros championnats. Grâce à Hongkong, vous réintégrez le Top 30 mondial. Un atout ?

C’est très important oui, surtout à cette période de l’année, car cela me donne par exemple accès au circuit du Global Champions Tour. J’ai déjà reçu des invitations pour Madrid, Hambourg, Wiesbaden. Pouvoir participer aux plus gros concours favorise forcément la préparation aux grandes échéances. Propos recueillis par E. M.

L'EPERON n°332 avril 2013 49

HONGKONG P48-50.indd 49

14/03/13 19:54


Turn static files into dynamic content formats.

Create a flipbook
Teaser Magazine L'Eperon - Avril 2013 by Eperon Eperon - Issuu