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Teaser Magazine L'Eperon - Mai 2013

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EDITORIAL

Furrûsiyya Par Xavier Libbrecht

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e soleil ? Enfin ! D’abord sous le dôme futuriste d’Al Shaqab, à Doha au Qatar, pour le premier CHI de l'histoire du Moyen Orient, puis sous la verrière du Grand Palais, pour le saut Hermès à Paris… Joyeux raccourci ! Comme un rai de lumière dans la grisaille de nos jours. La donne change. Au-delà de l’intérêt des marques du luxe dont les produits sont en phase avec ce magnifique vecteur d’émotion, d’élégance qu’est le cheval, des pays émergents en quête de réputation se piquent au jeu. A moins qu’ils ne retrouvent, à travers le cheval, leurs racines, leur histoire, leurs valeurs. La puissance financière des pays du Golfe, comme relais de croissance à une activité qui souffre de la conjoncture économique européenne, est une bonne nouvelle. Car il n’en demeure pas moins que le « spot » de la connaissance et d'un savoir-faire en la matière (élevage, dressage, formation, entraînement) demeure, incontestablement, le Vieux Continent. Le rôle de la Chine et de l'Extrême Orient lorsqu’ils seront vraiment entrés dans la danse, devrait contribuer également à y redynamiser l’activité. Imperceptible il y a des dix ans, l’implication des passionnés du Moyen Orient s’est intensifiée graduellement, notamment en endurance et en saut d’obstacles. On le réalisera sans doute mi mai, lors du CSIO de La Baule. La première étape du circuit Coupe des nations nouvelle formule FEI va se courir, après Samsung, après Meydan (un signe puisqu’il s’agissait alors du nom de l’hippodrome éponyme de Dubaï et faisait partie de son programme de promotion), le vendredi 10 mai, sous les couleurs de Furûsiyya.

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uru… quoi ? Bonne question ! A laquelle les lecteurs, qui auraient visité il y dix ans exactement (26 novembre 2002-30 mars 2003) l’exposition « Chevaux et cavaliers arabes dans les arts d’Orient et d’Occident », conçue et réalisée par l’Institut du monde arabe sous la présidence de Denis Bauchard et la direction de Nasser El Ansary, peuvent apporter une réponse. Celle qu’a formulée le commissaire de l’exposition d’alors, Brahim Alaoui : « Au VIIIe siècle, apparaît le concept de Furûsiyya qui englobe les disciplines scientifiques et techniques se rapportant au cheval dans son acception la plus large : hippologie et hippiatrie, élevage et dressage, maniement des armes et tactique militaire, cynégétique et sports d’adresse, auxquelles viennent s’ajouter des valeurs morales. Codifié dès le règne des califes abbasides (720-1258), notamment par Ibn Akhî Hizâm, ce savoir donne lieu à la rédaction de nombreux traités dont les copies les plus célèbres datent de la période mamelouke. (…) Si les disciplines de la furûsiyya contribuent à maintenir les guerriers à un niveau d’excellence, elles participent également à la formation des élites en leur inculquant la vertu et l’adresse physique. A l’instar des civilisations anciennes de l’Orient, le cheval bénéficie en Islam d’un statut qui en fait l’attribut du prince. Emblème de son autorité et de sa force, compagnon d’armes et de ses divertissements, le cheval est omniprésent dans les arts de cour, thème ensuite abordé dans le parcours de l’exposition ».

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QFD. Le soutien de l’Arabie Saoudite à concurrence de seize millions d’euros pour quatre saisons, puisque la dotation allouée à ce circuit phare de le FEI provient du Fonds de soutien au développement des sports équestres en Arabie Saoudite (Saudi Equestrian), ne s’en-

tendrait donc pas uniquement en espèces sonnantes et trébuchantes. Il y aurait – comprise dans l’appellation furrûsiyya – une autre dimension, plus philosophique, artistique, culturelle, comportementale, plus exigeante aussi, que l’on serait tenté de comprendre par « esprit sportif » ou mieux encore comme « esprit équestre » !

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t si c’était vrai ! Si au-delà de l’argent et au nom du cheval et des valeurs qu’il induit, notre sport se payait une cure de jouvence venue du désert ! « Aller à l’idéal et comprendre le réel » préconisait Jaurès. A moins de cinq cents jours de l’ouverture des Jeux équestres mondiaux FEI Alltech 2014 en Normandie, on a envie d’y croire ! Comme toute l’équipe qui s’emploie à Caen à organiser la fête. Les préparatifs vont bon train, mais la tâche est immense pour ce qu’il faut considérer, selon les mots de son directeur général Fabien Grobon, « comme la start up qui a le plus gros coefficient de développement, de Normandie ». Ladite entreprise qui recrute un collaborateur temporaire par semaine et qui, faute de pouvoir repousser les murs, déménage début juillet à Caen, a ouvert aussi le processus de recrutement des volontaires. Au total, ce sont trois mille bénévoles qui sont attendus. Et, dès l’ouverture du site internet (recrutement.benevoles@normandie2014.com) début avril, huit cents candidats avaient d’entrée de jeu manifesté leur intention d’être de l'aventure. Des bonnes nouvelles et de moins bonnes, mais qui ne demandent qu’à se retourner favorablement, comme l’effondrement du toit du Parc des Expositions sous la neige cet hiver. La région s’est engagée à ce qu’il soit reconstruit dans les délais pour accueillir les épreuves de reining. Flambant neuf pour les Jeux donc ! Génial !

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e qui l’est moins – en Normandie – dans l’Orne en particulier, à Nonant-le-Pin pour être précis, à quelques lieues du domaine du Haras national, où se déroulera pour belle part le concours complet des Jeux équestres mondiaux les 28 et 29 août 2014, c’est le projet de démarrage de la décharge industrielle Guy Dauphin Environnement (GDE). Sur les cent cinquante hectares dévolus, la mise en service est prévue pour le premier semestre 2014. Cent cinquante mille tonnes de déchets industriels y seront enfouis chaque année pendant seize ans. Evidemment toutes les garanties sont apportées par l’industriel d’avant-garde qui a pour principal argument « l’emploi »… Comme un petit air de… Notre Dame des Landes… A l’inverse, les opposants au projet seraient de riches propriétaires terriens, nantis, égoïstes et réacs qui se tromperaient d’époque. Nous ne sommes ni l’un, ni l’autre, mais nous nous sentons diablement concernés par cette hisoitre. Car il s’agit au-delà des affaires d’hommes, de bien et de mal, de progrès, de foi en la science, tout simplement d’un problème qui touche à nos chevaux et à la main de mère nature, miraculeusement encore épargnée par là-bas. Forcément les arguments des uns opposés à ceux des autres confinent à la confusion. Alors « faisons » simple au risque d’être simpliste, voire raide ou simplet. Justement, parce qu’il s’agit primo de chevaux et secundo de nos doutes, plaidons sans équivoque pour l’abstention ; celle qui, dans le cas présent, revient à apporter notre voix à ceux qui s’opposent à ce projet et à encourager la résistance. Qu’on se le dise, les promesses n’engagent que ceux qui les écoutent. Elle est belle et bonne comme ça ma Normandie !

(...) « Une autre dimension, plus philosophique, artistique, culturelle, comportementale, plus exigeante aussi, que l'on serait tenté de comprendre par “esprit sportif” ou mieux encore comme “esprit équestre” ! »

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L’EPERON SOMMAIRE N°333 mai 2013 Photos de couverture Simon Delestre et Valentino. Ph. E. Knoll

Ph. H. Delaroque

32 ELEVAGE

Auteur ces dernières années d’une percée remarquée, le Haras du Bois Margot de Rodolphe Bonnet et Laetitia Viollet frappe d’entrée en 2013 avec l’importation de l’étalon Canturo et la victoire dans le Grand Prix du CSIW de Bordeaux de Qlassic Bois Margot, né au haras.

42 INTERVIEW DE SIMON DELESTRE

50 SPORT

Ph. Scoopdyga

Simon Delestre a accordé à L’EPERON une interview exclusive dans laquelle il détaille son organisation de travail, sa vision du sport et ses ambitions. Le Lorrain revient par exemple aussi sur ce qu’il a ressenti quand sa rêne s’est cassée lors des JO de Londres, brisant du même coup tout espoir de médaille par équipes. Et, quel que soit le sujet abordé, ce qui frappe, c’est sa gagne et son opiniâtreté.

Suprématie de l’Allemagne lors du CICO3* de Fontainebleau, duel germano-américain Ludger Beerbaum - Reed Kessler dans le Grand Prix du Saut Hermès… retour sur les temps forts de ces dernières semaines. A découvrir également : l’itinéraire du nouveau sélectionneur des Bleus, Philippe Guerdat, ainsi que les nouvelles règles du circuit des Coupes des nations Furusiyya FEI. Ph. Les Garennes

3 EDITO 42 REPORTAGE 7 TRIBUNE, COURRIER 50 SPORT 8 ACTUALITÉS 17 ENQUÊTE 58 REPORTAGE 32 ELEVAGE 69 PORTRAIT

SIMON DELESTRE

LE SAUT HERMÈS, LA BAULE, LE CICO ENDURANCE

L'ACCÈS AU HAUT NIVEAU

LE HARAS DU BOIS MARGOT DE RODOLPHE BONNET

AL SHAQAB AU QATAR PHILIPPE GUERDAT

81 ETUDE

LE PUR SF EST-IL EN VOIE DE DISPARITION ?

84 TECHNIQUE

LE TRAVAIL DE DEUX PISTES - VOLET 1

87 DOSSIER

TRANSPORT : LA VIE PLUS FACILE

94 PETITES ANNONCES

107 GAZETTE

D'AUTRES INFORMATIONS, NATIONALES, RÉGIONALES ET LE PROGRAMME

64 pages de

Supplément dressage • Helen Langehanenberg • Adelinde Cornelissen • Jan Bemelmans, Marc Boblet et d’autres sujets à découvrir

Les opinions émises dans la revue n’engagent que leurs auteurs. Les indications éventuelles de marques, les adresses, les prix figurant dans les pages rédactionnelles, sont soumis à titre d’information. La reproduction des textes et illustrations imprimés dans ce numéro est interdite pour tous pays. La rédaction n'est pas tenue de retourner manuscrits, illustrations et photos.

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Rodolphe Bonnet Côté recto, près de cent chevaux, des champions aux concours étalons, des investissements médiatisés qui en font un opérateur de poids pour l’étalonnage français, un jeune gagnant en Grand Prix CSI 5*, et des moyens financiers pour promouvoir l’ensemble. Côté verso, des méthodes de communication parfois contestées. Puisant ses origines en Champagne, implanté au Calvados, le « Bois Margot » a-t-il du corps ? Comment est-il arrivé à maturation ? Histoire d'un élevage à l'ascension fulgurante, qui prend des parts de marché « dans une jungle où nous n’avons pas été très épargnés, commentent Laetitia Viollet et Rodolphe Bonnet, car nous ne sommes pas issus du sérail ».

Bolbec

Ouidstreham

Ph. H. Delaroque

➔

CAEN Lisieux CALVADOS 14 Falaise Argentan

ORNE 61

ROUEN

PontAudemer

Gacé

Elbeuf

Le Pin Bernay

Louviers

EURE 27

l’Aigle

Nonancourt Verneuilsur-Avre

Ph. F. Clos

Deauville

en une douzaine d’années, s’est composé une collection d’étalons de premier plan. Des achats oui, du flair sûrement, il en faut, mais aussi une énergie singulière pour parvenir à se hisser en bonne place sur le marché très concurrentiel de l’étalonnage français. Omniprésent dans les Salons des étalons de l’hiver, le Haras du Bois Margot compte parmi les acteurs professionnels incontournables. Il dispose d’une offre solide articulée autour d'une douzaine d'étalons en noms propres tels que CANTURO, L’ARC DE TRIOMPHE, QUINCY alias QUAPRICE BOIMARGOT, CARDERO alias CHAMPS ELYSÉES, et dernièrement QLASSIC BOIS MARGOT, récent jeune (neuf ans) vainqueur du Grand

SEINEMARITIME 76

Fécamp

Le Havre

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éjà lorsqu’il était jeune fils de vigneron dans l’Aube, la passion dévorante de l’élevage a constamment animé Rodolphe Bonnet. Mieux, elle l’a toujours taraudé au plus profond de son être. « Il n’a jamais été question que j’y renonce. Je voulais être étalonnier ! » Et s’il l’a mise entre parenthèses après ses dixhuit ans pour se consacrer à ses études supérieures, elle l’envahit aujourd’hui complètement à quarante-quatre ans. Le business de la finance ne sera donc qu’un passage. Sa compagne Laetitia Viollet (trente-six ans) apporte une contribution marketing remarquée pour valoriser l’affixe normand du Haras du Bois Margot, qui,

Ph. R. Bonnet

REPORTAGE BOIS MARGOT

Sées

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sur le chemin de sa

Renommée

Prix 5*de Bordeaux. Voilà les piliers d’une économie de l’étalonnage ambitieuse dont la relève se prépare sur la commune du Pin (14) avec un cheptel de quelque quatre vingt-dix têtes. On pourra épiloguer sur la communication emphatique et pas toujours objective des propriétaires du Haras du Bois Margot. A elle seule, elle aurait suffi à aiguiser notre curiosité. Faisant fi des commentaires tantôt élogieux, tantôt critiques souvent entendus sur l’ascension rapide de ces éleveurs atypiques, nous avons donc pris la direction du Pays d’Auge pour découvrir les contours d’un affixe jeune, mais déjà bien identifié pour ses succès en élevage et en sport.

D’actualité ! Rendez-vous fut donc pris à la mi-février, légèrement retardé par la victoire de QLASSIC BOIS MARGOT (L’ARC DE TRIOMPHE, old et DÉCIBELLE DU ROC par GALOUBET A) dans le Grand Prix de Bordeaux, le 10 février, qui obligea Rodolphe Bonnet à remanier en toute dernière minute son catalogue d'étalons en cours d'impression. « Nous aimons maîtriser le temps de la communication de notre entreprise ! » Cela ne nous avait pas échappé. « Car c’est bien d’une entreprise

qu’il s’agit », assure le couple dont la première rencontre fut placée sous le signe d’une bataille d’enchères pour la mère de l’étalon JARNAC lors des ventes Fences en 2004. Rodolphe l’emportera. Laetitia impose déjà une posture de femme d’affaires qu’elle aime d’ailleurs cultiver : « Je suis sans doute restée très imprégnée de mes précédentes responsabilités professionnelles au sein du groupe Bourjois Chanel ». Cavalière, elle ne s'est pour autant jamais départie de sa passion pour les chevaux, tout comme son père, JeanClaude Viollet, qui élève sous l’affixe Batilly à La Celle Saint Cyr (89), d’où NOUBA À BATILLY (ISO 136/12) et LOOPS DE BATILLY, CSIW (ISO 165/09).

En haut, Rodolphe Bonnet et Laetitia Viollet ont réuni une collection d’étalons très en vue. Ci-dessus leur dernière acquisition, l’intéressant performer international Canturo. Ph. Studio Delaroque Ci-dessus. Du temps de sa jeunesse, cavalier amateur passionné, Rodolphe Bonnet fit saillir sa jument de concours au nom prédestiné, Grande Renommée. Sa fille (ici pouliche) est devenue l’arrière grand-mère du très bon gagnant en GP 5* Palloubet d’Halong. Photos coll. R. Bonnet Page de gauche, aujourd’hui installé au pays des pommiers dans le Calvados, le haras du Bois Margot est situé sur une partie de l’ancien domaine du Château du Pin. En bas à gauche, l’une des deux maisons à colombages, destinées aux bureaux et aux employés. Ph. Coll. et F. Clot

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Accro

au boulot ! Son organisation de travail, ses chevaux, son tempérament, ses objectifs… Simon Delestre nous livre sa vision du sport de haut niveau et ses ambitions dans une interview sans détours. Huit mois après un rêve olympique brisé par une rêne cassée, le Lorrain de trente et un ans affiche une sérénité et une détermination renforcées par un solide piquet de chevaux.

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En selle comme à pied, Simon Delestre passe un maximum de temps avec ses chevaux, « qu'il adore », comme ici avec Napoli du Ry. Photos Scoopdyga et C. Bricot

quelques semaines de la reprise des Coupes des nations et à quatre mois des championnats d’Europe, la qualité de ses chevaux et ses bons résultats hivernaux – victoires dans les GP5* de Malines et Bordeaux et nombreuses places d’honneur dont une 4e place dans le GP5* de s’Hertogenbosch mi-mars – donnent de bons espoirs à Simon Delestre. Actuellement 32e mondial, le Lorrain forge son destin grâce à son inépuisable force de travail et à la rigueur d’un système construit depuis toujours dans les écuries familiales de Solgne en Moselle, où il travaille avec ses parents, Magali et Marcel, et avec sa compagne, Magali. Un clan entièrement dévoué à sa réussite et pour lequel il a une grande reconnaissance, complété par deux cavaliers de concours, Solène et Florent, un cavalier maison, Bastien, deux grooms, Mélodie et Caroline, et par Evelyne, ancienne de groom de Marcel qui supervise aujourd’hui les chevaux des clients et les soins. Tout est fait et pensé pour le haut niveau. « En plus, notre localisation est idéale, souligne-t-il. Quand j’ai démarré, tout le monde rigolait, me disait que j’étais dans un coin perdu,

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REPORTAGE SIMON DELESTRE

Vainqueur des GP5* de Malines et Bordeaux, puis 4e de celui de s'Hertogenbosch, Qlassic Bois Margot a enchaîné les performances cet hiver. Ph. E. Knoll

mais nous sommes au cœur de l’Europe ! » Et pas question de s’endormir sur ses lauriers, l’heureux jeune papa de Louna (huit mois) continue à faire évoluer sa structure au quotidien. Quand nous l'avons rencontré, mi-mars, des travaux d’agrandissement étaient d’ailleurs en cours de finition : onze nouveaux boxes (qui s’ajoutent aux quarante-six existants), un marcheur de dix places, un centre de prélèvement et un laboratoire, mais aussi des logements pour le personnel… de quoi développer encore un peu plus et mieux son sport ! Pourquoi avez-vous mis en place un centre de prélèvement et un laboratoire dans vos écuries ?

C’est indispensable pour gérer le travail de mes étalons comme je le souhaite. Sinon, je contrôle tout au quotidien puis, pendant deux mois, je les abandonne. Les centres de prélèvement ne sont pas des centres d’entraînement. C’est donc désormais Benjamin Croisier qui gère le prélèvement et la commercialisation (sauf pour les étalons du Bois Margot) de la semence de mes chevaux (sous le nom Simon Delestre Stallions, ndla). Et notre centre est aménagé pour les prélever debout afin de préserver leurs dos,

jarrets et épaules. L’objectif, c’est qu’ils puissent mener leurs deux carrières de la meilleure manière possible. Comment choisissez-vous vos chevaux ?

Il faut que j’aie un coup de cœur. Je me moque de la taille, du modèle... C’est d’abord l’œil, le sang et après bien sûr les moyens. Mais un cheval qui saute ce n’est plus suffisant aujourd’hui : il faut qu’ils aient de l’énergie, qu’ils soient malins, qu’ils aient du caractère sans être trop difficiles... On est toujours sur un fil avec les cracks, car ils sont hors normes. Ce qui fait la rareté et la difficulté, c’est d’avoir toutes les qualités dans le même cheval, d’autant que certaines sont contradictoires : par exemple respectueux et courageux. Pour acheter, il faut vraiment que j’aie confiance. Si je ne connais pas les vendeurs, je suis prudent. Je préfère louper un cheval plutôt que de me tromper. Vous montez beaucoup de chevaux étrangers, est-ce un choix ?

Pour moi, « chevaux étrangers » ne veut rien dire. J’ai d’ailleurs du mal à comprendre la bagarre des stud-books, car les chevaux sont internationaux, avec un melting-pot de

toutes les origines. Aujourd’hui, c’est quasiment impossible de trouver un cheval qui n’a qu’un seul stud-book dans toute sa lignée. Avec la semence congelée, les éleveurs prennent ce qu’il y a de mieux partout dans le monde. J’ai des chevaux Selle Français avec des origines étrangères et, inversement, des chevaux holstein avec des pères Selle Français… VALENTINO VELVET (C INDOCTRO, holst) qui est KWPN est par exemple facteur de Selle Français alors que certains chevaux allemands avec un père français, ne le sont pas… Où est la cohérence ? Il y a en revanche des lignées maternelles et paternelles bien distinctes et en fonction des croisements, on peut produire des chevaux très différents. Mais faire deux finales lors de la Grande Semaine de Fontainebleau, une pour les chevaux français et une autre pour les étrangers, c’est ridicule. Un bon 6 ans est un bon 6 ans. Tout ce que veulent les naisseurs, propriétaires et cavaliers, c’est avoir de bons chevaux. Pourquoi avez-vous la plupart de vos chevaux en copropriété ?

A cause de mauvaises expériences avec de mauvais pro-

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Sorti du désert du Qatar Le Qatar a été le premier des pays du Golfe à organiser un CHI (CSI5*, CDI4* et endurance 120 km). Un défi dans un complexe sorti sur mesure du désert. Il est probable que l'Emirat ne s'arrêtera pas là. En médaillon Gerco Schröder, vainqueur du Grand Prix Al Shaqab avec LONDON, leader du classement WBFSH-FEI, empochait les 215 000 € promis au vainqueur.

Al Shaqab L

e Qatar, par le biais de ses investissements en France, fait beaucoup parler de lui. Ne serait-ce que dans le sport où actions et acquisitions se sont multipliées. Qu’on se le dise, l’attribution surprise de l’organisation de la Coupe du monde de football à Doha en 2022 ne relevait pas du hasard, mais du résultat d’une stratégie qatarie. Amorcée au début des années 2000, elle s’est accélérée en 2006, avec l’organisation des Jeux asiatiques. S’ensuivirent les Mondiaux d’athlétisme en salle, en 2010, le rachat du PSG l’an dernier, les candidatures pour le Mondial de handball 2015 ou celle du Mondial d’athlétisme en 2017, sans oublier le lancement de la version française de la chaîne de télé Al-Jazeera Sport. Pourquoi cet engouement ? Parce que ce pays d’une superficie égale à l’Ile de France est le troisième producteur de gaz du monde après la Russie et l’Iran, et en possède les plus grosses réserves au Moyen Orient. Or, prévoir l’avenir et l’ère post gazière (les évaluations des réserves vont, selon les sources, mais aussi le

rythme de l’exploitation de 50 à 500 ans) est l’une des préoccupations majeures de l’émir Hamad bin Khalifa Al Thani qui dirige l’Etat depuis 1995.

LE PARI DU SPORT… Il lui est apparu que le sport rassemble les peuples au-delà des frontières, des religions, des croyances et que dans le même temps il est gage de solidarité nationale. Son deuxième souci est la sécurité et l’indépendance (obtenue en 1971) de son minuscule pays. Pratiquer une course à l’armement lorsque l’on compte 1,5 millions d’habitants dont seulement 300 000 citoyens ? Absurde. En revanche, faire le pari du sport n’est-ce pas apparaître éminemment sympathique, médiatique et donc bien plus efficace en termes de dissuasion ? C’est dans cet esprit que, dès 2005, le souverain qatari créait le Qatar Sport Investments (QSI), fonds issu d’un autre fonds plus important encore, le Qatar Investment Authority présidé par l’un des fils aînés, le cheikh Hamad bin Jassim bin Jabr Al Thani

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REPORTAGE DOHA

défie l’avenir

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