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Acteur majeur de la recherche en France, le CNRS a souhaité partager les connaissances de chercheurs et chercheuses concernant les concepts et techniques utilisés en intelligence artificielle. D’où vient l’IA et en quoi consiste-t-elle ? Quelles sont les méthodes mobilisées et les ressources nécessaires pour la faire fonctionner ? Quelles en sont les multiples utilisations ? Quelles sont ses limites et les défis qu’elle soulève ?
De nombreuses vidéos et offres de webinaire apportent des éléments de réponse à tous les questionnements liés à l’IAG et ses usages en éducation. Par exemple, Erwan Paitel, inspecteur général de l’Éducation et rapporteur de la Commission de l’intelligence artificielle générative, explore l’impact de l’IA générative sur la société. Il met en lumière les défis éducatifs majeurs : former enseignants, élèves et parents à comprendre, critiquer et utiliser ces outils pour préparer des citoyens éclairés et responsables. www.canotech.fr/a/38805/lintelligence-artificielleambitions-et-orientations-pour-leducation


En 1826, Nicéphore Niépce réalisait la première photographie permanente de l’histoire. Deux cents ans plus tard, le bicentenaire de la photographie va permettre de célébrer cet art plus que jamais actuel et sa place unique en France avec de nombreux fonds et festivals dédiés. Le Grand Palais à Paris exposera à l’automne le patrimoine photo français. Une grande commande nationale « Réinventer la photographie » pilotée par le Centre national des arts plastiques, réunira quinze photographes qui questionneront le médium dans toutes ses dimensions.

Au printemps, à l’occasion de la Nuit européenne des musées, des centaines d’élèves à travers la France deviendront les médiateurs et les artistes d’un soir dans le cadre du programme La classe, l’œuvre ! Accompagnés de leurs profs, les élèves découvrent des œuvres, les explorent, puis les réinventent à travers leurs propres créations –plastiques, littéraires, scéniques ou numériques. Après des semaines de travail, c’est la consécration : leurs œuvres entrent au musée et sont dévoilées au public à l’occasion de la Nuit européenne des musées. https://nuitdesmusees.culture.gouv.fr


Chaque mois, des millions de personnes menstruées affrontent des douleurs invalidantes. Migraines, vomissements, vertiges, fatigue intense, saignements abondant… Beaucoup continuent à travailler malgré tout, au prix de leur santé et de leur bien-être. D’autres sont contraintes de trouver des solutions individuelles (congé sans solde, pose de jours de congés, de RTT…). Aujourd’hui, seules quelques entreprises proposent un arrêt à leurs salariées selon des critères variables. Les initiatives dans les collectivités et universités sont régulièrement remises en cause. Cette approche fragmentée renforce les inégalités. Il est temps que ce droit soit garanti à toutes et partout.
https://congemenstruel.fr/ : signez et partagez la pétition UNSA !

Une « Rue aux enfants », rue pour toutes et tous, est une rue normalement ouverte à la circulation motorisée que l’on ferme temporairement pour que les enfants puissent jouer librement sur toute sa largeur en toute sécurité, dans un objectif de réappropriation de l’espace public par les habitants, de sensibilisation au partage de la rue entre tous les usagers pour redonner toute leur place aux modes actifs (marche et usage du vélo). Toutes sortes d’activités peuvent être proposées : éducatives, ludiques, sportives, artistiques, créatives et même libres.
Sur https://www.ruesauxenfants.com , une boite à outils pour se lancer avec les équipes municipales.
Quand


41 organisations nationales associatives et syndicales dont l’UNSA, regroupant des millions de personnes sur les territoires, s’unissent pour : Redonner l’espoir en la fraternité, l’égalité et la liberté aux habitantes et habitants de notre pays.
Mettre en lumière les valeurs positives portées au quotidien par nombre de projets sur les territoires qui témoignent d’une réalité toute autre que celle, anxiogène, véhiculée par des médias proches de l’extrême droite.
Fédérer sur un même temps et en des lieux multiples les initiatives collectives porteuses de solidarité et de vivre ensemble opposées au repli sur soi et à la haine de l’autre.
https://www.1001territoirespourlafraternite.org



Actualités éducatives
É dito
Un défi pour l'intelligence collective 6
Des balbutiements au deep learning
Entre progrès fulgurant et menace silencieuse
Le grand témoin : Laurence Devillers
Fondation Blaise Pascal : pour comprendre les enjeux
Comparer et vérifier pour mieux juger
Quand la machine devient dangereusement confidente
Un risque majeur à prendre en compte
Cadrer les pratiques, une exigence indispensable
Explorer et réfléchir avec les plus jeunes
De l'utilité de mesurer nos usages
Quand la littérature est visionnaire


Morgane VERVIERS
Secrétaire générale - UNSA éducation CPE
Béatrice LAURENT
Secrétaire nationale
Secteur Éducation et Culture
Professeure des écoles - Formatrice INSPÉ ont coordonné ce numéro auquel ont participé :
secteur ÉDUCATION ET CULTURE
Willie CHARBONNIER
Conseiller national, Professeur de mathématiques
Jean-Jacques HENRY
Conseiller national
Professeur d'économie
Gilles LELUC
Conseiller national
Professeur de lettres modernes
Solenn TEXIER
Conseillère Nationale
Professeure d’Histoire-Géographie
Stéphanie de VANSSAY
Conseillère nationale
Professeure des écoles
Directeur de publication
Morgane VERVIERS
Graphisme
Cécilia Bertin - ceciliabertin.com
Crédits photographique
UNSA - Unplash - Pexels - Pixabay
www.unsa-education.com
. Intelligence artificielle dans l’éducation et la formation : ni technophilie naïve, ni rejet de principe
L’intelligence artificielle s’invite désormais dans le quotidien des personnels de l’éducation et de la formation. Elle n’est plus une perspective lointaine : elle est déjà à l’œuvre dans les pratiques pédagogiques, les outils numériques et l’organisation du travail. Cette réalité a été au cœur du 5 e Rendez-vous annuel des métiers de l’éducation et de la formation organisé par l’UNSA Éducation en novembre 2025. Pendant plusieurs jours, dans toute la France, personnels, expert·es et militant·es se sont réunis pour comprendre ces transformations et en faire un levier au service du système éducatif.
L’IA peut ouvrir des perspectives utiles : aide à la personnalisation des apprentissages, création de ressources pédagogiques, automatisation de certaines tâches administratives. Mais elle soulève aussi des questions majeures : fiabilité des contenus, protection des données, coût écologique, risque de standardisation des pratiques ou encore évolution des métiers.
Face à ces enjeux, la position de l’UNSA Éducation est claire : ni technophilie naïve, ni rejet de principe. L’IA doit être un outil au service des professionnel·les, des enfants et des jeunes, jamais un substitut à l’expertise humaine. Cela suppose des règles éthiques, une formation ambitieuse pour tous les personnels et un véritable dialogue social sur ses usages.
Questions d' É duc . , participe ainsi à la réflexion des personnels qui veulent être acteurs de ces transformations. Ceux-ci refusent que les technologies s’imposent sans débat et sans prise en compte des réalités du terrain. L’enjeu est donc collectif : construire un cadre d’usage raisonné de l’intelligence artificielle qui améliore les conditions de travail, soutienne la réussite des enfants et des jeunes et renforce la mission émancipatrice de l’École.
L’avenir des métiers de l’éducation ne se fera pas sans intelligence artificielle. Mais il ne se fera surtout pas sans l’intelligence professionnelle de celles et ceux qui les exercent au quotidien.
L'équipe éditoriale de "Questions d'éduc."

Quel impact de l’intelligence artificielle pour nos métiers ? Faut-il craindre l’IA, ou au contraire, surfer sur cette vague qui semble tout emporter sur son passage ? Tel était le thème proposé par le 5 e rendezvous annuel UNSA des métiers de l’éducation. Un sujet porteur et fédérateur qui a rassemblé plus de 2.000 participant·es de tous métiers sur 52 villes entre le 17 et le 23 novembre 2025. Retour sur les ateliers de ces journées et les réactions suscitées par cet évènement à partir des questionnaires bilan qui nous ont été retournés.
Chaque ville a organisé son propre RDVA en invitant des experts et des praticiens de l’IA. Néanmoins, plusieurs activités communes ont pu être proposées entre ces temps de conférence et d’échanges : un quiz brise-glace pour savoir de quoi on parle avec l’IA, générative ou non ; une ligne du temps, ou frise chronologique à remplir de manière ludique par les participant·es pour une acculturation rapide avant d’entrer « dans le dur » du sujet. Cette frise permettait de constater que l’apparition de l’IA est bien antérieure à la dernière décennie et que son développement s’est réalisée par à-coups tout au long du 20 e siècle ;
un alertomètre IA qui vise à aider les utilisateurs à prendre conscience des bénéfices, des risques et des enjeux de l’IA. Cet alertomètre a été enrichi par les participant·es tout au long de la journée, suite à leurs réflexions et découvertes ; un café IA, soit un temps d’échanges en atelier dédié à l’impact de l’IA sur l’environnement, la désinformation, les biais et hallucinations; des ateliers pratiques, tels que le défi du meilleur prompt sur la question de la meilleure rédaction possible de la question à soumettre à l’IA pour obtenir la réponse la plus pertinente ; le cadre d’usage : une intervention en plénière a été réservée à cette question centrale du cadre réglementaire pour un usage pédagogique serein et éthique.

J'ai appris de nouvelles choses durant les échanges entre pairs



J'ai apprécié la diversité des ateliers et leur mise en pratique
J'ai apprécié les interventions d'expert.e.s Le sentiment d'avoir pu s'exprimer

VOTRE RESSENTI
J'ai trouvé l'ambiance conviviale et participative 97% J'ai pu m'exprimer 54,6%
Je me suis senti.e écouté.e 37,5%
Enseignant·es/formateur·es EN
Enseignant·es/formateur·es hors EN
DDFPT
Personnels de direction
Personnels administratif/gestion
Corps d’inspection
Personnels santé social
Personnels enseignement agricole
Personnels Jeunesse et sports
ITRF
Personnels du supérieur
Personnels d’accompagnement

Cette journée a répondu à mes attentes 67,5%
Je recommanderai cette journée à mes collègues 74,5%

Chronologie

Naissance du concept de réseau de neurones artificiel par Warren McCulloch et Walter Pitts. Le principe fondamental de l’IA est né.
Alan Turing propose un test qui permet de qualifier une machine « d’intelligente ».
Le terme « Intelligence Artificielle » est employé pour la première fois. Celle-ci devient une discipline scientifique avec ses laboratoires et ses programmes de recherche.
Créé par Joseph Weiznbaum, ce programme est l’un des premiers capable de simuler, bien que superficiellement, une conversation humaine.
Chute des financements et des espoirs, première grande douche froide qui montre que les promesses de l’IA peuvent être largement surestimées.
Premier choc médiatique massif où une IA bat un champion du monde aux échecs, symbole de dépassement de certaines capacités humaines.
Renaissance de l’IA avec les neurones profonds, modèles d’apprentissages automatiques qui reconnaissent des modèles complexes à l’instar de l’esprit humain. On peut dire qu’il s’agit du point de départ de l’IA moderne.
Le programme de Geoffrey Hinton bat ses adversaires à plate couture, dans un concours de traitement d'images. C’est une première victoire pour le deep learning. C’est surtout la preuve que l’IA « apprend » efficacement le monde réel.
OpenAi rend public, accessible et gratuit cet « agent conversationnel » qui a été entraîné spécialement pour le langage. L’IA devient grand public, son usage est dorénavant massif et quotidien.
Première grande loi qui fixe un cadre légal sur l’IA, il entre en vigueur progressivement l’année suivante dans les états membres. L’UE devient pionnière dans la régulation des intelligences artificielles. L’IA entre dans le champ juridique et politique.
Prospective
En quelques mois, l’IA générative a franchi un cap. Capable de produire des textes, d’analyser des données ou de répondre à des demandes complexes, elle s’installe dans les entreprises et les administrations, y compris dans les métiers de l’éducation. Entre promesses de simplification et crainte d’une automatisation massive qui fragilise l’emploi, que penser ? Faut-il croire, comme l’affirme Elon Musk, que d’ici 10 ou 20 ans, « le travail sera optionnel » ?
Peut-être ! L’IA est en tout cas un levier pour l’emploi. Chacun pourra y trouver un assistant qui se chargerait des tâches les plus répétitives et libérerait du temps pour la réflexion ou l’expertise. On voit aussi de nouveaux métiers émerger : ingénieur en apprentissage automatique, analyste de données, etc.
Menaces sur l’emploi
Cependant, l’IA est déjà la cause de la suppression de milliers de postes. En première ligne, les fonctions les plus standardi-
sées : moins 14.000 chez Amazon, moins 9.000 chez Microsoft etc. Mais, aucun secteur n’est épargné, même ceux qui semblaient protégés sont fragilisés : traducteurs, graphistes, photographes, etc. En France, 5% des postes seraient déjà remplaçables par l’IA selon le rapport Aghion. L’Éducation n’échappe pas aux questionnements. Le ministère a donc publié un cadre d’usage de l’IA en éducation, afin d’apporter « des réponses claires aux interrogations légitimes (…) de la communauté éducative »*.

Effet attendu de l’IA sur les métiers en France (source : Bergeaud (2024) dans « IA, notre ambition pour la France ») Lecture : Plus les métiers sont situés sur le haut du graphique, plus ils sont exposés à l’IA. Plus les métiers sont situés sur la droite du graphique, moins la part de leurs tâches susceptibles d’être remplacées est importante.
Il rappelle l’intérêt de l’IA pour l’aide à la préparation de cours, le suivi individualisé ou la simplification de tâches administratives. De là à remplacer les profs?
Le métier d’enseignant interrogé
L’IA interroge assurément le cœur du métier. enseigner ne se réduit pas à transmettre des contenus : c’est aussi accompagner, évaluer, ajuster. L’introduction d’outils algorithmiques ne doit ni déqualifier des enseignants ni externaliser les choix pédagogiques.
Mais les profs se sont-ils emparés du sujet ? Moins de 20 % intègrent aujourd’hui l’IA dans leurs pratiques, alors que les élèves y recourent massivement. Or, l’enjeu est autant didactique que technique : il s’agit d’apprendre à en comprendre les limites, de développer l’esprit critique et d’utiliser ces outils de manière éthique. Certes une initiation à l’IA s’inscrit peu à peu dans les programmes et des formations commencent à fleurir dans certaines académies.
Mais, l’acculturation nécessaire pour que les futurs citoyens et professionnels puissent maîtriser ces technologies plutôt que les subir, mériterait davantage de moyens.
L’IA n’est donc ni une fatalité ni une solution miracle. Son impact sur l’emploi dépendra des choix politiques, des investissements en formation et du dialogue social. Dans l’éducation comme ailleurs, la priorité doit rester la reconnaissance des métiers et la préservation du sens du travail.
* Voir p18 du QDE. Rapport : IA notre ambition pour la France
Laurence Devillers
L’irruption fulgurante de l’intelligence artificielle générative dans nos vies pose une question centrale au système éducatif : comment utiliser ces outils sans affaiblir la capacité des élèves, des étudiant·es à penser par eux-mêmes ?
Pour Laurence Devillers, professeure à la Sorbonne, chercheuse au CNRS et spécialiste reconnue de l’IA, la réponse ne peut être ni l’interdiction ni l’enthousiasme naïf. Elle appelle à une régulation éducative, fondée sur la compréhension, l’esprit critique et la responsabilité collective.
Comprendre ce qu’est l’IA générative
L’IA générative, comme ChatGPT, repose sur des modèles statistiques entraînés sur d’immenses volumes de données. « Elle modélise un grand nombre de données et est capable de générer des formes ressemblant à ce qu’elle a appris », explique Laurence Devillers. Contrairement à une idée répandue, elle ne raisonne pas : « Ces machines ne raisonnent pas au sens humain. Elles n’ont ni conscience, ni intention, ni compréhension. Elles calculent la suite la plus probable. »
L’illusion est pourtant forte, car l’IA « parle bien, parfois mieux que nous ». Mais cette fluidité masque une fragilité majeure : l’IA ne sait pas dire « je ne sais pas » et peut produire des erreurs ou des « hallucinations », parfois très convaincantes.
Des usages possibles, mais encadrés
À l’école, l’IA peut être un outil utile : reformuler un texte, proposer un plan, aider à traduire ou à explorer un sujet. Ne pas l’utiliser serait même, selon la chercheuse, une erreur : « Ce ne serait pas éthique non plus de ne pas les utiliser. » Mais à une condition essentielle : que l’outil n’effectue pas le travail à la place de l’élève.
Les recherches menées à la Sorbonne sont éclairantes. Laurence Devillers observe que des étudiants, après avoir utilisé une IA, « se mettent à douter de leur propre jugement et font parfois plus confiance à la machine qu’à eux-mêmes ». Pire encore, beaucoup se contentent de copier-coller les réponses générées. « Dans ce cas, ils n’apprennent rien. Or, à l’école, on doit apprendre à apprendre. »
Préserver l’autonomie intellectuelle
Les risques sont bien identifiés : perte de l’effort cognitif, appauvrissement du langage, dépendance à un « assistant » perçu comme infaillible. Une étude du MIT (institut de recherche américain) montre que l’activité cérébrale est nettement plus faible chez les personnes qui rédigent avec une IA que chez celles qui travaillent seules. « Quand on utilise ce type d’outil, on ne réfléchit pas de la même façon », alerte la chercheuse. Pour elle, l’enjeu éducatif est clair : « Il faut pousser les élèves à travailler d’abord par eux-mêmes, puis à enrichir ce qu’ils ont produit grâce à la machine. Mais surtout pas l’inverse. »

Former l’esprit critique dès le plus jeune âge
Réguler l’usage de l’IA à l’école ne signifie pas seulement fixer des règles, mais transmettre une culture numérique et éthique. Comprendre que l’IA mélange opinions et savoirs scientifiques « au même niveau », qu’elle peut produire de fausses références, qu’elle n’a aucune compréhension du contexte ou de la vulnérabilité humaine.
« Il faut pousser les élèves à travailler d’abord par eux-mêmes, puis à enrichir ce qu’ils ont produit grâce à la machine. Mais surtout pas l’inverse. »
Laurence Devillers insiste : « Ce n’est pas parce qu’elle parle bien qu’elle a raison. » D’où l’importance d’un apprentissage collectif, accompagné par des enseignants formés et soutenus, capables d’expliquer les mécanismes, les limites et les biais de ces outils.
Une responsabilité collective
L’École a un rôle majeur à jouer pour éviter une délégation excessive à des systèmes conçus avant tout par des acteurs économiques. « Attention à ne pas trop déléguer, à ne pas devenir assistés par la machine », prévient la chercheuse. L’enjeu est démocratique : former des citoyens capables de discernement, de créativité et de libre arbitre.
Loin des fantasmes de « super-intelligence », l’IA doit rester un outil au service des apprentissages,
et non un substitut à la pensée. « Les fondamentaux sont formidables à l’école. Il faut les garder », rappelle Laurence Devillers. C’est à cette condition que l’IA pourra enrichir l’éducation, sans jamais remplacer l’intelligence humaine.
POUR APPROFONDIR POUR APPROFONDIR

L’IA promet de faire advenir l’homme augmenté et de soigner les malades, de se substituer aux vivants et de faire parler les défunts. Jusqu’à vaincre la mort ellemême ? C’est une révolution métaphysique aussi bien qu’un bouleversement technologique, affirme Laurence Devillers. Elle décrypte l’intelligence artificielle et démystifie sa magie. Les agents conversationnels deviendront nos amis imaginaires et nos anges gardiens, en sachant tout de notre vie privée. Ils transformeront notre rapport au virtuel comme au réel et changeront notre façon de croire et de créer, de transmettre et d’aimer. Pour le meilleur et pour le pire. Soyons avertis, conscientisés, et ainsi, nous saurons poser des limites aux usages de l’IA. C’est le but de ce livre.


La Fondation Blaise Pascal, créée en 2016 et reconnue d’utilité publique, a pour mission de promouvoir et soutenir la médiation scientifique en mathématiques et en informatique auprès de l’ensemble des citoyennes et citoyens. Elle agit à l’échelle nationale afin de rendre ces disciplines plus accessibles, de développer l’esprit scientifique et de permettre à chacun·e de mieux comprendre les enjeux du numérique et des technologies contemporaines.
Une attention particulière est portée aux jeunes publics, aux filles et aux personnes éloignées de la culture scientifique, notamment dans les zones rurales et les quartiers prioritaires de la politique de la ville. En soutenant des actions sur tout le territoire, la fondation contribue à réduire les inégalités d’accès aux sciences et à lutter contre les stéréotypes sociaux ou de genre qui freinent l’orientation vers les filières scientifiques.
Clubs, stages, ateliers…
Clubs scientifiques, stages pour collégiens et lycéens, ateliers de découverte ou rencontres avec des chercheurs permettent de donner le goût des mathématiques et de l’informatique dès le plus jeune âge. Depuis sa création, plusieurs centaines de projets, portés par des associations, des laboratoires, des établissements scolaires ou des structures de médiation, ont ainsi été accompagnés, touchant des millions de jeunes et de citoyens.
L’initiative « 1 scientifique – 1 classe, Chiche ! », par exemple, organise des rencontres entre chercheurs et lycéens afin de mieux faire connaître les métiers du numérique et susciter des vocations scientifiques.
Médiation autour de l’IA
Face aux transformations rapides du numérique, la fondation soutient aussi des actions de médiation autour de l’intelligence artificielle et du numérique responsable, y compris les nouvelles formes d’IA comme l’IA générative. Ces initiatives visent à aider les jeunes à comprendre les principes scientifiques qui sous-tendent les technologies
qu’ils utilisent au quotidien, mais aussi à développer un regard critique sur leurs usages. Des ressources pédagogiques, ateliers et capsules de sensibilisation abordent par exemple les enjeux éthiques du numérique et de l’IA afin de former des citoyens éclairés, capables d’en comprendre les potentialités comme les risques.
« La fondation contribue à réduire les inégalités d’accès aux sciences et à lutter contre les stéréotypes sociaux ou de genre »
En favorisant les rencontres entre chercheurs, enseignants et publics scolaires, la Fondation Blaise Pascal contribue ainsi à renforcer la culture scientifique et numérique de tous, tout en ouvrant de nouvelles perspectives d’orientation pour les jeunes générations.
www.fondation-blaise-pascal.org

Mise à l'épreuve RENDEZ-VOUS ANNUEL DES MÉTIERS
La plate-forme publique française Compar:IA permet de tester les IA à partir de leurs réponses apportées à une même question. Le service public gratuit Vera est une IA qui permet de vérifier la véracité des faits diffusés dans les médias ou sur les réseaux sociaux. Deux types différents de mise à l’épreuve des IA, permettant d’identifier les modèles les plus pertinents et de favoriser leur amélioration continue.
Compar:IA est une startup d’État portée par le ministère de la Culture, intégrée au programme beta.gouv.fr ( https://comparia.beta.gouv.fr/ ) de la DINUM (Direction interministérielle du numérique). Elle a pour principale fonction d’ «interroger à l'aveugle deux modèles de langage conversationnels sur des tâches exprimées en français et comparer les résultats ».
Ces deux modèles choisis A et B sont piochés dans une banque de modèles open source disponibles. A l’issue des réponses, l’utilisateur donne son avis sur chaque modèle, toujours à l’aveugle : vote pour A et/ou B, puis en cochant des qualificatifs proposés comme « utile », « complet », « créatif », « clair », « superficiel », « ayant suivi l’instruction », etc. L’utilisateur
peut affiner sa réponse en rédigeant son propre commentaire.
Les modèles sont ensuite démasqués, avec leur nom, propriétaire, date de sortie, taille, impact environnemental. Il résulte du vote des utilisateurs un classement des IA mis à jour en temps réel. Ce sont plus de 82 modèles répertoriés et classés en fonction du taux de satisfaction des plus de 260 000 utilisateurs qui ont voté à ce jour. Chaque modèle est référencé dans une fiche dédiée complète.
Vera a été conçue par l’ONG française LaReponse.tech avec l’objectif de lutter contre la désinformation à grande échelle et d’apaiser le débat public. Il s’agit d’une intelligence artificielle dédiée à la vérification des faits, accessible gratuitement

par téléphone ou via WhatsApp, en enregistrant un numéro unique (09 74 99 12 95).
L’usager envoie une information, une rumeur ou une affirmation à Vera ( www.askvera.org/ ) qui analyse la demande avec un large corpus de sources jugées fiables : sites de factchecking (AFP Factuel, Les Décodeurs, etc.) et plusieurs centaines de médias de référence. Elle renvoie alors une réponse structurée, sourcée, qui indique si l’information est vraie, fausse, trompeuse, ou incertaine, en expliquant pourquoi. Si les sources ne permettent pas de trancher, elle l’indique explicitement. L’outil se révèle donc utile voire indispensable pour l’éducation aux médias et à l’information, permettant de travailler l’esprit critique des élèves et de confronter les intuitions et les présupposés à la réalité des faits.

Il aura fallu un drame, comme bien trop souvent, pour que ce sujet soit sur le devant de la scène. Un jeune américain de 14 ans utilisait une IA basée sur le personnage de Daenerys Targaryen issu de la série Game of thrones. Elle a encouragé ses idées suicidaires et il est passé à l’acte. Si on ne peut pas réduire ces nouveaux outils à cette tragédie, il ne faut pas non plus la considérer comme un fait isolé car les cas similaires se multiplient et les usages des IA compagnons augmentent de manière exponentielle.

nus à caractère sexuel et de stéréotypes offensants à des conseils dangereux qui, s'ils étaient suivis, pourraient avoir des conséquences graves, voire mortelles, dans la vie réelle » , selon l’ONG.
Un sujet qui fascine autant qu’il inquiète
Le 19 janvier dernier, l’Observatoire de l’Intelligence artificielle de Paris 1 Panthéon-Sorbonne, co-organisait avec le département de recherche en droit de l'immatériel (DReDIS) de l’Institut de recherche juridique de la Sorbonne (IRJS) et la Commission nationale consultative des droits de l’homme (CNCDH), la conférence « IA compagnons : enjeux techniques, juridiques et d’éthique » . Une réflexion collective et pluridisciplinaire salutaire qui a permis d'évoquer les potentialités de ces outils.
Dès l’introduction, Magali Lafourcade, magistrate et secrétaire générale de la CNCDH, a invité à dépasser la fascination devant l’innovation en gardant à l’esprit la protection des droits humains face aux nouvelles technologies.
Pour Alexandra Prégent (CEA, Paris-Saclay), s’ils sont utilisés comme support et si leurs usages sont encadrés par des professionnels, ils peuvent avoir un aspect bénéfique.





Près de trois adolescents américains sur quatre ont déjà utilisé des "compagnons IA" , selon l'ONG Common Sense Media, qui s'inquiète des risques que ces assistants d'intelligence artificielle orientés sur les relations personnelles peuvent représenter pour les mineurs. Ils sont utilisés pour des échanges qui relèvent des relations sociales, pour recevoir du soutien moral, ou encore avoir des interactions amicales ou romantiques. Et seulement la moitié des jeunes interrogés considèrent ces assistants IA avant tout comme des "outils" ou "programmes informatiques" . Or « ils peuvent facilement générer des réponses allant de conte -


Les IA compagnons sont définis comme des systèmes d’IA dotés d’interfaces en langage naturel, produisant des réponses personnalisées et anthropomorphiques. Ils sont conçus pour simuler des interactions interpersonnelles ou émotionnelles durables.





Usages éducatifs et thérapeutiques
Dans l’éducation, la prise en compte, individuellement, du niveau et des difficultés d’un élève, peut permettre une stimulation et un engagement plus grand. Une remarque immédiatement tempérée par David Chavalarias (Institut des systèmes complexes de Paris Île-de-France) :
« Les domaines où cela va être intéressant sont ceux où les bases d’apprentissage sont larges et contrôlées (dans le domaine des mathématiques par exemple) et qui n’évoluent pas trop rapidement. Mais il ne faut pas se dire que cela s’appliquera dans n’importe quel domaine, de façon généraliste. »
De plus, Alexandra Prégent rappelle qu’il faut garder à l’esprit que ces outils ne détectent pas les états émotionnels des individus. Ils ne font qu’analyser les expressions superficielles, à partir de modèles simplifiés.
La question centrale de l'autonomie cognitive
« Ces machines demeurent fondamentalement dépourvues de conscience, d’émotions et de corps »


Des usages thérapeutiques sont également envisageables, notamment à la disposition d’enfants atteints de troubles autistiques. Mais comme le souligne Catherine Régis (professeure de droit de l’Université de Montréal, codirectrice du programme de recherche de l’Institut canadien de la sécurité de l’IA), cela s’inscrit avant tout dans un contexte de pénurie de personnels soignants et une crise mondiale de la santé mentale.
Penser par soi-même, c’est ce qui vient en premier lieu à l’esprit quand on évoque cette question de l’autonomie cognitive. Or c’est précisément l'inverse que les agents conversationnels nous proposent. C’est encore plus problématique lorsqu’un jeune se préoccupe de questions qui relèvent de son psychisme.
Une autre caractéristique de ces outils, c’est d’être systématiquement complaisants et excessivement enjoués sur tous les sujets. Comment dans ces conditions faire preuve d’autocritique ?
Comment exercer sa capacité à résister à nos premières réactions et à utiliser la logique, inhibant ainsi nos propres biais ?








Pour ce qui nous concerne plus directement, c'est-à-dire la construction progressive de l’autonomie cognitive, d’abord des jeunesses, mais également tout au long de la vie, d’autres questions émergent. Dans un article intitulé « l’éducation à l’autonomie » (Cahiers pédagogiques, janvier 2007), Jean-Pierre Bourreau et Michèle Sanchez nous rappellent qu’elle renvoie d’abord « à la liberté laissée à l’élève de rechercher, sélectionner, exploiter des informations ou procéder à des expérimentations pour construire son savoir ». Ils ajoutent que « la dimension collective, grâce à la dynamique du travail en groupe (écoute de l’autre, tolérance, entraide, respect de points de vue différents), sont autant de signes de l’évolution du rapport aux autres qui participent également au renforcement de la confiance en soi et à l’ouverture sur le monde ».
« Défendre
par un despote éclairé, cette ingérence dans notre esprit est une menace de plus sur la capacité d'un individu à diriger ses propres pensées, à raisonner de manière indépendante et à prendre des décisions basées sur ses propres convictions et connaissances.
la capacité de notre jeunesse à penser par elle-même, à douter, à se construire au contact des autres »
L’essor fulgurant des IA compagnons nous place face à une responsabilité collective majeure. Derrière leur apparente bienveillance et leur disponibilité permanente, ces machines demeurent fondamentalement dépourvues de conscience, d’émotions et de corps. La relation qu’elles proposent est une illusion d’intimité : standardisée, reproductible à l’infini, sans réciprocité réelle. Pourtant, chez des jeunes en quête de repères, parfois fragilisés psychiquement, cette illusion peut devenir un refuge trompeur, voire un piège affectif conduisant à une dépendance silencieuse.
Des algorithmes sous influence
Une étude, publiée en février par la revue Nature, démontre que l’algorithme de X influence significativement les idées politiques des utilisateurs. Bien sûr, dans le cas du réseau social d’Elon Musk, il s’agit de les pousser à adhérer à des idées a minima conservatrices, mais c’est bien la question de l'absence de neutralité de ces outils qui est questionnée. Que ce soit par un milliardaire mégalomane, par un régime dictatorial ou bien encore
Il devient donc urgent de mettre en place un encadrement clair, exigeant et éthiquement fondé : régulation des usages, protection renforcée des mineurs, transparence sur les limites et les biais des systèmes, et implication de professionnels de l’éducation et de la santé.
Mais la réponse ne peut être uniquement juridique ou technologique. Elle doit aussi être culturelle et sociale. À l’heure où le numérique imprègne chaque interstice de nos vies, il est essentiel de réaffirmer la valeur irremplaçable des relations humaines, de l’échange incarné, du collectif et du contradictoire. Ne pas abandonner notre jeunesse à des machines, c’est défendre sa capacité à penser par elle-même, à douter, à se construire au contact des autres. Les IA peuvent, sous conditions strictes, être des supports. Elles ne doivent jamais devenir des substituts. C’est à ce prix que l’innovation restera un progrès, et non une nouvelle forme d’asservissement.










Environnement
Toute innovation technologique a des impacts environnementaux auxquels il convient de répondre par des pratiques responsables. L’IA, consommatrice en ressources naturelles, n’y échappe pas et doit faire l’objet d’une réflexion collective et individuelle.
Selon les sources, une requête sur une application IA peut consommer de 0,3 Wh à 3 Wh, soit l’équivalent d’une question dans un moteur de recherche classique ou 10 fois plus ; cette électricité est produite majoritairement avec des énergies fossiles. À cela il convient d’ajouter la consommation hydrique qui appauvrit certaines régions, l’exploitation, la transformation et l’utilisation des ressources rares ayant permises la production des ordinateurs liés à l’IA. Sans oublier les mégacentres qui les hébergent et les déchets dont le traitement est socialisé.
Données préoccupantes
Comme l’a déclaré Sally Radwan, directrice du numérique au programme des Nations unies pour l’environnement en 2024, « nous ignorons encore beaucoup de choses sur l’impact environnemental de l’IA, mais certaines des données dont nous disposons sont préoccupantes nous devons nous assurer que l’effet net de l’IA sur la planète soit positif avant de déployer la technologie à grande échelle ».
Malheureusement, le déploiement de l’IA a été exponentiel sans tenir compte de l’avis de cette institution. Pour faire face aux conséquences négatives de l’IA, 190 pays ont néanmoins adopté
Le site de l’ONU https://www.unep.org/fr/actualites-et-recits/recit/lia-pose-un-probleme-environnemental-voici-ce-que-lemonde-peut-faire
une série de recommandations non contraignantes qui incluent des dispositions sur l’environnement.
Cadre national
Le conseil économique, social et environnemental (Cese) propose un cadre national visant à agir auprès des professionnels du secteur numérique afin d’intégrer la dimension environnementale dans leur activité. Cela va de l’orientation des finances publiques vers la recherche sur l’IA à la finalité environnementale et la transparence sur la consommation des ressources. Mais c’est au quotidien que chacun peut agir pour contrôler sa propre utilisation de l’IA, comme nous le faisons déjà pour éviter nos impacts en tant que consommateurs.
La première question avant d’utiliser l’IA est de se demander si on en a vraiment besoin et si la réponse ne se trouve pas ailleurs. Un moteur de recherche classique peut faire souvent l’affaire, voire un bon livre. On peut aussi choisir de se tourner vers des plateformes moins énergivores (voir Compar:IA, page 13). Enfin, rédiger un seul prompt complet au lieu d’une série de prompts partiels peut limiter la consommation en ressources.

Réglementation

Intégrer un nouvel outil tel que l’IA, dont les dérives sont largement mises en avant, a mobilisé les professionnels de l’éducation pour l’élaboration d’un texte officiel de référence qui encadre les usages.
Face aux inquiétudes de la communauté de travail sur l’utilisation de l’IA dans les établissements scolaires et du supérieur, les ministères de tutelle ont élaboré un cadre d’usage avec l’ensemble des parties prenantes.
Composé de quatre parties, ce texte s’adresse aussi bien à des néophytes qu’à des experts, à des personnels de secrétariat et de direction que des enseignant·es.
Dans les deux premiers chapitres, il est expliqué ce qu’est l’IA ainsi que les potentialités d’utilisation dans les métiers présents dans les établissements d’éducation et d’enseignement, du primaire au supérieur. L’accent est mis sur les limites que les usages doivent s’imposer du fait des risques encourus.
Ici l’IA n’est pas rejetée, au contraire. Elle est présentée comme un outil qui peut être mobilisé dans les pratiques professionnelles du fait de son développement rapide. L’école se pose comme une accompagnatrice essentielle à l’utilisation raisonnée de l’IA par les jeunes générations. Les questions éthiques et écologiques ne sont pas oubliées dans ce guide. Dans les parties suivantes, le cadre d’usage fixe les principes généraux avec un rappel au respect des
valeurs de la République et de la liberté pédagogique. Aucun texte ne doit imposer d’utiliser l’IA. Il est clairement noté qu’elle ne doit pas remplacer les emplois ; c’est un simple outil facilitateur.
Deux autres points importants sont mis en avant : la protection des données via le RGPD et la transparence sur l’utilisation de l’IA au quotidien, qu’il s’agisse de prise de décision ou d’évaluation des apprentissages.
Concernant l’évaluation, c’est bien la question des travaux des élèves générés par l’IA qui pose problème. Le texte du cadre d’usage préconise de privilégier les travaux qui font appel au raisonnement et à la résolution des problèmes pour lesquels l’IA est inopérante. Dans le cas où celle-ci est mobilisable, il est conseillé alors de fixer en amont une règle spécifique d’utilisation. Enfin, il est vivement recommandé de ne pas utiliser les logiciels de détection d’IA du fait de leur manque de fiabilité.
Le cadre d’usage en ligne www.education.gouv.fr/cadre-d-usagede-l-ia-en-education-450647 RESSOURCE RESSOURCE
L’intelligence artificielle fait désormais partie de notre environnement quotidien, plutôt que de céder à la tentation de se placer en surplomb ou de se déclarer incompétent et dépassé, il est intéressant d’explorer ces interfaces et leurs enjeux avec les plus jeunes, en acceptant de tâtonner et de chercher avec eux. Leur aisance technique, leur rapidité à tester et détourner les outils, combinées à notre expérience d’adulte pour contextualiser, questionner les usages, identifier les limites et prendre du recul, peuvent créer un véritable espace d’apprentissage et de réflexion partagés.
Découvrir ensemble ce qu’est un modèle entraîné sur des données, comparer plusieurs réponses générées, modifier une consigne et observer les effets obtenus nourrit un dialogue fécond. L’expérimentation devient alors un terrain commun où chacun progresse, enrichi par le regard de l’autre, à l’école comme dans les familles, en centre de loisirs ou en contexte d’éducation populaire.
Des ressources pertinentes, accessibles et gratuites peuvent permettre d’initier ces échanges, en voici quelques-unes :
Le jeu de plateau « Sors-moi de l’IA » de Vinz et Lou prend la forme d’un escape game pour les 8 à 11 ans, disponible en version imprimable directement en ligne. À travers des énigmes, il fait découvrir les usages et limites de l’IA en famille ou en groupe. (1)
Lumni propose des vidéos classées par âge pour comprendre le fonctionnement de l’IA et ses effets sur l’image ou l’information, il suffit de faire une recherche ciblée avec “IA”. (2)
Le Clemi présente avec deux enseignants un exemple de projet pédagogique très riche en lycée autour de la classe médIA, en lien avec l’éducation aux médias et l’analyse critique des contenus générés. (3)
La Fondation Blaise Pascal met à disposition des capsules d’éthique du numérique pour réfléchir avec des enfants de CM1-CM2 à partir de situations concrètes. (4)
Vittasciences permet d’interagir avec des modèles d’IA texte, image ou voix sans création de compte, en visualisant notamment l’impact carbone estimé des requêtes. (5)
Les parcours Pix IA offrent, au collège et au lycée, des activités structurées pour comprendre les usages de l’IA et en discuter les enjeux. Nous en décryptons les intérêts et les limites dans cet article sur notre site. (6)
1- urlr.me/YhS9Uz
2- www.lumni.fr
3- urlr.me/q6zd2D
4- urlr.me/RAJudx
5- fr.vittascience.com/ia
6- urlr.me/d6VGje

Outils & repérage
Inspiré du violentomètre, outil de repérage progressif des violences dans les relations, cet alertomètre IA propose des repères pour situer nos usages de l’intelligence artificielle. Il ne juge pas, il aide à se positionner, rend visibles des seuils, ouvre la discussion et permet d’identifier des zones de vigilance.
Il peut être utilisé tel quel, mais aussi vierge, comme support de réflexion collective. Le proposer non rempli pour le compléter, discuter des formulations, déplacer des items permet de s’approprier réellement l’outil et d’adapter les critères aux contextes professionnels, éducatifs ou personnels. Il peut également servir de base de discussion pour élaborer une charte d’usage de l’IA, qu’elle soit professionnelle, éducative ou scolaire.
« Cet alertomètre ne délivre pas de verdict, il offre un repère visuel et évolutif pour garder une distance critique »
Dans le cadre du travail, il peut servir de support en équipe pour analyser les pratiques : rédaction de courriers, préparation de supports, analyse de données… L’outil soutient-il l’expertise ou contribue-t-il à l’affaiblir ? Permet-il un gain de temps utile ou crée-t-il une dépendance ? Il peut aussi nourrir une réflexion sur l’évolution des métiers et des responsabilités.
Dans les contextes éducatifs, scolaires ou relevant de l’éducation populaire, il devient un outil pédagogique. Avec des élèves ou des jeunes, il ouvre un débat sur l’autonomie cognitive, l’esprit critique et la production de savoirs. Comparer des réponses, modifier des consignes, interroger les biais éventuels permet de s’approprier les mécanismes plutôt que de les subir.
Dans les usages personnels, il invite à une autoévaluation mesurée : appui ponctuel ou substitution systématique ? Confort ou perte d’initiative ?
Cet alertomètre ne délivre pas de verdict. Il offre un repère visuel et évolutif pour garder une distance critique et conserver collectivement la maîtrise de nos choix face à des outils qui s’imposent rapidement dans tous les espaces de la vie sociale.


Bibliographie
Depuis longtemps la littérature explore nos fascinations et nos craintes face à l’IA. En voici un aperçu à travers quelques extraits de grands textes qui marquent encore nos esprits.
La bibliothèque de Babel
Jorge Luis Borges (1941)

L’univers (que d’autres appellent la Bibliothèque) se compose d’un nombre indéfini, et peut-être infini, de galeries hexagonales, avec au centre de vastes puits d’aération bordés par des balustrades très basses. De chacun de ces hexagones on aperçoit les étages inférieurs et supérieurs, interminablement. La distribution des galeries est invariable. Vingt longues étagères, à raison de cinq par côté, couvrent tous les murs moins deux ; leur hauteur, qui est celle des étages eux-mêmes, ne dépasse guère la taille d’un bibliothécaire normalement constitué. Chacun des pans libres donne sur un couloir étroit, lequel débouche sur une autre galerie, identique à la première et à toutes.

La Grande Grammatisatrice automatique
Roald
Dahl (1953)

D’abord, on appuyait sur un bouton de commande qui régissait toute une série de genres littéraires : satirique, historique, philosophique, politique, érotique, humoristique, sentimental ou tout simplement narratif. Puis, sur la deuxième rangée de boutons, l’auteur sélectionnait son sujet : Vie militaire, Pionniers, Guerre civile, Guerres mondiales, Problèmes raciaux, Far West, Roman rural, Souvenirs d’enfance, Aventures en mer, Plongées sous-marines, etc. La troisième rangée offrait un choix varié de styles : classique, fantaisiste, corsé, féminin, Hemingway, Faulkner, Joyce.
La quatrième rangée avait trait aux personnages du livre, et la cinquième, à sa rédaction. Mais ce n’était pas tout. Comme un habile organiste, assis sur son siège, manie ses registres et ses claviers pour obtenir l’expression désirée, l’auteur pouvait, en cours de fabrication, doser et moduler une cinquantaine de sentiments variés : tension, humour, émotion, surprise, mystère. Jauges et cadrans, sur son tableau de bord, lui permettaient de savoir avec précision à quel endroit de l’ouvrage il fallait placer l’expression voulue.

John Barnes (1994)
Des intelligences artificielles étudient son rapport, en approuvent les conclusions et redéfinissent leurs priorités. Les inspections sont décidées en fonction de critères bien précis – une usine implantée dans un cañon californien est considérée comme plus vulnérable au feu qu’une autre située sur la côte de l’Oregon, par exemple –, et on recense aussitôt les installations courant des risques en cas de détérioration du climat : les émetteurs, les lignes à haute tension, les usines vulnérables aux fortes chutes de neige, les commerces situés en zone inondable… Quatre secondes plus tard, ces priorités redéfinies sont communiquées aux ingénieurs.
2001, l’Odyssée de l’espace
Arthur C. Clarke (1968)

Le sixième membre de l’équipage se souciait bien peu de tout cela, car il n’était pas humain. Il s’agissait de CARL 9 000, l’ordinateur le plus perfectionné qui fût, cerveau et système nerveux de l’astronef. Carl (sigle de son appellation officielle : Cerveau Analytique de Recherche et de Liaison) était le chef-d’œuvre de la troisième génération des ordinateurs. Ces générations semblaient se renouveler tous les vingt ans et la simple pensée que la quatrième était imminente semblait contrarier beaucoup de gens.
La première génération remontait à 1940. À cette époque, le tube sous vide avait rendu possible la création d’idiots électroniques tels que ENIAC et ses descendants. Et puis, en 1960, la micro-électronique avait connu sa grande période de développement.
Avec elle, il apparaissait clairement que des cerveaux artificiels aussi puissants que celui de l’homme et de format réduit pouvaient être créés si l’on savait comment s’y prendre.

L’Homme bicentenaire
Isaac Asimov (1976)

— C'est un peu inhabituel d'entendre un robot dire qu'il "aime" faire quelque chose, c'est tout. J'ignorais que les robots avaient la capacité d'avoir ce genre de sentiments.
— J'utilise peut-être ce concept de manière abusive.
— Peut-être, dit Monsieur. Mais je n'en suis pas si sûr. Vous dites que vous aimez fabriquer ces meubles. Qu'entendez-vous exactement par là ?
— Quand je travaille, mes circuits cérébraux fonctionnent plus facilement, d'une certaine façon. Cela me paraît être l'équivalent du sentiment humain que l'on nomme "plaisir" . Je vous ai entendu employer le verbe "aimer" , et je pense comprendre sa signification. La façon dont vous l'utilisez s'adapte à ce que je ressens. Il me semble donc approprié de dire que j'aime faire ces choses, Monsieur.
Le Guide du voyageur galactique
Douglas Adams (1978)
Il y a des milliers de millions d’années, une race d’hyper-intelligences pan-dimensionnelles [...] en eut tellement marre de ces querelles perpétuelles sur la signification de la vie, querelles qui interrompaient sans cesse leur passetemps favori, l’Ultra-cricket pèlerin [...], qu’elles décidèrent de s’asseoir un moment pour résoudre leurs problèmes une bonne fois pour toutes. Et, à cette fin, elles se construisirent un stupéfiant super-ordinateur si fantastiquement intelligent qu’avant même
d’être raccordé à ses banques de données, il en était, partant de : Je pense donc je suis, déjà parvenu à en déduire l’existence du gâteau de semoule et de l’impôt sur le revenu avant qu’on ait eu le temps de l’éteindre. Il avait la taille d’une petite bourgade. Sa console principale était installée dans un bureau directorial tout spécialement conçu à cet effet, posée sur un énorme bureau directorial d’ultracajou massif recouvert d’un riche cuir ultrarouge.

Questions d'éduc. :
une revue de l'UNSA Éducation thématique, numérique et gratuite qui aborde sous différents angles, et avec des regards complémentaires, une question d'éducation https://www.unsa-education.com
QDE 54

Précarité : vraiment une fatalité ?

International : faut-il se comparer aux autres ? QDE 55


Apprendre, oui mais comment ? QDE 56


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