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Combattre les idées d'extrême droite UNSA Éducation 2026

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Comprendre pour agir

Combattre les idées d’extrême droite

Août 2026

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“La situation est suffisamment grave pour que les progressistes, les démocrates et les républicains convaincus œuvrent ensemble. Ce guide est un outil parmi d’autres. Ce qui compte, c’est ce qu’on en fait.” Avant-propos : Défendre les valeurs républicaines de liberté, d’égalité et de fraternité est une tâche difficile mais essentielle. Cette exigence est d’autant plus forte quand des forces réactionnaires cherchent à déstabiliser la cohésion sociale et nationale, notamment à travers l’instrumentalisation du principe de laïcité. Les idées réactionnaires ne sont plus marginales, elles sont désormais au cœur du débat public et s’expriment avec une assurance que l’on ne pouvait imaginer il y a quelques années encore. Ce guide ne cherche pas à prêcher des convaincu·es. Il s’adresse à toutes celles et tous ceux qui cherchent des informations, des arguments pour décrypter le discours de l’extrême droite et s’y opposer. Il s’appuie essentiellement sur des travaux de chercheurs reconnus en histoire, en science politique et en sociologie, ainsi que sur des données d’organismes publics.

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Il repose aussi sur la conviction que les valeurs de progrès et d’humanisme que l’UNSA Éducation défend restent majoritaires dans notre pays même si elles peinent à s’exprimer. Pour notre fédération, la République doit garder comme horizon l’émancipation de chacun·e et lutter contre ceux qui travaillent à fragmenter la société. Face aux menaces qui pèsent sur l’école publique laïque, nous ne pouvons permettre aucune indulgence, aucun recul, aucune faiblesse. Dans ce combat, la démocratie doit répondre avec ses propres armes : le droit, le débat d’idées, la connaissance. Au fond, ce guide n’a aucune prétention morale. Il ne cherche pas à diaboliser les électrices et électeurs de l’extrême droite. Il se propose simplement de démonter des arguments et non de stigmatiser des personnes. On ne convainc jamais par le mépris.


Pourquoi ce guide s’adresse aussi aux personnels de l’éducation Les personnels de l’éducation ne sont pas immunisés contre la progression des idées d’extrême droite. Les données électorales sont claires. Le vote en faveur du FN est longtemps resté très minoritaire chez les enseignant·es. En 2024, les enquêtes du CEVIPOF (Centre de recherches politiques de Sciences Po) et les travaux de Félicien Faury[1] estiment que cette part pouvait atteindre près de 20 %. Cette progression s’explique par les mêmes ressorts que dans le reste de la société : sentiment de déclassement, perte de confiance dans les institutions, saturation devant des conditions de travail dégradées. Faury le montre bien : ces électeurs ne s’identifient pas toujours à l’extrême droite. Leur vote peut ainsi traduire une colère sociale ou politique mais repose en parallèle sur des représentations ancrées de l’immigration ou de l’identité. C’est précisément l’objet de ce guide. Il ne s’agit pas de faire la leçon, mais plutôt de donner des arguments à celles et ceux qui doutent, qui hésitent et qui cherchent à comprendre. Notre objectif est de rappeler ce que l’extrême droite au pouvoir fait concrètement à l’école, aux syndicats et à l’État de droit, en France comme ailleurs en Europe.

[1] Félicien Faury, Des électeurs ordinaires. Enquête sur la normalisation de l’extrême droite, Le Seuil, 2024.

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SOMMAIRE 5

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DÉFINIR POUR MIEUX COMPRENDRE

UNE LONGUE MÉMOIRE

LA VIOLENCE DE L‘EXTRÊME DROITE

LA « LAÏCITÉ FALSIFIÉE »

LES IDÉES FAUSSES DE L’EXTRÊME DROITE DÉMENTIES PAR LES FAITS LES IDÉES FAUSSES DE L’EXTRÊME DROITE DÉMENTIES PAR LES FAITS LA BATAILLE NUMÉRIQUE

L’EXTRÊME DROITE, LES FEMMES ET LE MASCULINISME AGIR : QUELQUES REPÈRES POUR LES PERSONNELS


1. Définir pour mieux comprendre Avant de réfuter, il faut comprendre. C’est une évidence mais aucun mouvement politique n’a jamais accepté spontanément d’être classé à l’extrême droite. Aujourd’hui encore, le terme est évité, contesté, voire détourné.

Pourtant, les travaux des plus éminents spécialistes du phénomène, comme Jean-Yves Camus, Nicolas Lebourg ou Nonna Mayer, permettent d’identifier un faisceau de traits communs qui traversent l’histoire de ces mouvements, quelles que soient leur forme et leur époque.

1.1 Les traits communs ou une idéologie reconnaissable La première de ces caractéristiques est une hostilité structurelle envers les corps intermédiaires et les contre-pouvoirs de la démocratie représentative. Il ne s’agit pas d’une méfiance passagère, mais d’un rejet durable envers des institutions comme le Parlement dans sa fonction délibérative, la Justice dans son indépendance, les syndicats, la presse indépendante. Cette hostilité ne se traduit pas nécessairement par un refus de participer aux élections (car le RN y participe effectivement) mais par une remise en cause constante de leur légitimité et de leur fonctionnement. Cette hostilité s’accompagne systématiquement de la valorisation d’un chef fort qui parlerait directement au peuple, sans médiation ni contradiction. C’est ce que le politologue Pierre Rosanvallon a analysé et décrit comme la tentation du césarisme populiste dans Le siècle du populisme[1]. Cette hostilité se manifeste concrètement. En effet, des responsables du RN comme Marine Le Pen ont dénoncé à plusieurs reprises le « gouvernement des juges » après des décisions du Conseil constitutionnel censurant des propositions de loi portées par le RN. Ce fut également le cas lors du procès des assistants parlementaires du RN à l’automne 2024. C’est une illustration directe du refus de soumettre le pouvoir politique au contrôle juridictionnel, pourtant au cœur de tout État de droit.

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À cette défiance institutionnelle s’ajoute un nationalisme exacerbé. Pour l’extrême droite, la nation n’est pas le cadre juridique d’une communauté de citoyens, mais une identité ethnique ou culturelle fermée dont certains seraient naturellement exclus. Concrètement, cela se traduit par le concept de préférence nationale pour le RN. On distingue donc des citoyens dits « de souche » qui auraient une priorité naturelle sur les immigrés pour l’accès aux droits, aux aides ou aux emplois. Dans un État de droit[2] comme la France, la généralisation de la “préférence nationale” serait invalidée par les principes constitutionnels, en particulier l’égalité. Au-delà des considérations juridiques et réglementaires, ce principe est aussi contraire à l’esprit de la Déclaration de 1789 et à la tradition républicaine. Enfin, se pose la question de l’autoritarisme. C’est peut-être le caractère le plus facilement identifiable. Il consiste à valoriser l’ordre et la discipline au détriment du débat et du compromis. Par essence, l’autoritarisme interdit tout pluralisme car il ne tolère qu’une seule vérité légitime. Ces traits ne sont pas de simples éléments de discours et possèdent une traduction pratique en termes de programmes de gouvernement. La Hongrie d’Orbán, la politique éducative de Trump aux États-Unis, ou encore l’Argentine de Milei[3] en offrent des exemples concrets.

[1] Pierre Rosanvallon, Le siècle du populisme, Seuil, 2020. [2] système où le pouvoir politique est lui-même soumis à des règles juridiques supérieures, notamment la Constitution, et contrôlé par des institutions indépendantes. [3] sa classification à l’extrême droite est débattue dans le champ académique mais ses politiques ont produit des effets similaires.


1.2 Un changement de forme mais certainement pas de fond L’arrivée de Marine Le Pen à la tête du RN en 2011 a marqué une véritable rupture dans la stratégie de communication. Depuis, la dédiabolisation est en marche. Il s’agit d’abandonner des formulations ouvertement racistes ou du moins polémiques. Le changement de nom en 2018 (Rassemblement national) va dans le sens de cette quête de respectabilité. Les codes visuels sont plus consensuels et s’éloignent de l’image sulfureuse des débuts. Si l’on se fie aux progrès électoraux, force est de constater que l’opération a fonctionné : 41,5 % des voix au second tour de 2022, 33 % au premier tour des législatives de 2024.

Depuis 2026, ce sont près de 70 communes qui sont administrées par le RN et ses alliés. Mais cette évolution de forme n’est pas une évolution de fond. Jean-Yves Camus et Nicolas Lebourg le montrent dans Les droites extrêmes en Europe[1]. La dédiabolisation est un choix tactique, mais pas un abandon des convictions profondes. Le programme reste structuré autour de la préférence nationale, de la restriction des droits des étrangers et d’une vision autoritaire de l’État. Les apparences ont changé. L’idéologie réactionnaire reste, elle, fondamentalement contraire à tout ce qui a fait la force et l’exemplarité du modèle républicain.

1.3 L’extrême droite n’est pas une simple variante de la droite La frontière entre droite conservatrice et extrême droite est souvent brouillée à dessein. La droite démocratique accepte les règles du jeu républicain : le pluralisme, l’alternance, l’État de droit. L’extrême droite les remet clairement en cause, même lorsqu’elle y participe par simple calcul tactique. Brouiller cette frontière, c’est faire le jeu de la normalisation et donc de la banalisation de l’extrême droite.

De même, le renvoi dos à dos de tous les « extrêmes » est lui-même une stratégie documentée, mise au point par la droite radicale depuis les années 1970 pour gagner en respectabilité et brouiller les repères.

1.4 L’inversion des valeurs : quand l’extrême droite impose ses mots En définitive, la plus grande victoire de l’extrême droite n’est pas tant dans les urnes que dans les mots. En l’espace de deux décennies, des termes comme « wokisme », « grand remplacement », « islamo-gauchisme », « ensauvagement » ou « submersion migratoire » ont envahi le débat public. On les entend partout, dans la bouche d’un ministre, d’un éditorialiste, parfois même sur le service public. Pourtant, ce vocabulaire a été largement récupéré et popularisé par l’extrême droite. Certes, ces termes ont des origines diverses : « wokisme » par exemple, vient du débat américain, « ensauvagement » était déjà utilisé.

Il n’en reste pas moins que leur usage politique systématique en France est le fait de la droite radicale et de ses relais médiatiques. Par conséquent, les reprendre sans guillemets, sans distance, c’est déjà en accepter leur teneur et leur logique. Les chercheurs en sciences politiques appellent cela « l’agenda-setting ». Ce concept, formalisé par McCombs et Shaw en 1972[1], peut être vu comme une prolongation d’une idée bien plus ancienne, celle de Gramsci, au début des années 1930. Il avait en effet théorisé « l’hégémonie culturelle », idée selon laquelle la conquête du pouvoir, c’est d’abord la conquête des esprits.

[1] McCombs, M. E., Shaw, D. L., “The agenda-setting function of mass media”, Public Opinion Quarterly, 1972.

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Des intellectuels de la Nouvelle droite comme Alain de Benoist s’en sont emparés dès les années 1970, appelant à investir les sphères éditoriales, médiatiques et académiques pour imposer un autre récit. De toute évidence, ce travail au long cours porte aujourd’hui ses fruits. L’extrême droite s’adresse à ses électeurs à travers des chaînes de télévision, des maisons d’édition, des think tanks, des réseaux financés par des milliardaires et des influenceurs qui touchent des millions de jeunes chaque jour. Cette contamination du débat public engage la responsabilité de toutes celles et tous ceux dont la voix compte. Utiliser les mots de l’extrême droite sans les questionner, c’est en accepter la charge idéologique et s’en faire le relais.

Les médias d’investigation indépendants généralistes ou spécialisés effectuent un travail critique, rigoureux et sourcé. Ils jouent donc un rôle précieux dans une démocratie. Cette vigie médiatique est irremplaçable. Cela donne tout son sens à l’éducation et à l’idéal républicain. Apprendre à distinguer un fait d’une opinion, à identifier et recouper des sources, à résister aux manipulations par l’esprit critique. C’est en quelque sorte la première ligne de défense contre toutes les formes de propagande. D’ailleurs, en instituant l’école gratuite, laïque et obligatoire, Jules Ferry avait l’ambition de former des esprits libres, capables de penser par euxmêmes. Aujourd’hui, cet héritage nous oblige.

2. Une longue mémoire L’extrême droite se présente volontiers comme une nouveauté, une alternative crédible et originale qui peut apporter des réponses concrètes aux problèmes quotidiens du monde moderne. C’est bien évidemment faux. Les idées qu’elle défend aujourd’hui ont des racines profondes, solidement ancrées dans les pages les plus sombres de notre histoire.

En effet, les forces réactionnaires travaillent depuis toujours à saper un édifice républicain dont l’école publique laïque était devenue le socle depuis les lois Ferry.

2.1 Des origines contre-révolutionnaires L’extrême droite a combattu la révolution et ses idéaux d’égalité, de liberté individuelle et de souveraineté populaire. Ce rejet n’a jamais été démenti à travers le temps. L’affaire Dreyfus, à la fin du XIXe siècle a incarné cette réalité politique. Dès lors, le nationalisme exacerbé et l’antisémitisme sont devenus un marqueur fort.

L’Action française de Charles Maurras a cristallisé cet héritage à travers l’antiparlementarisme, le catholicisme intransigeant, la haine viscérale de l’étranger, celui qu’on désignait alors sous le nom d’« anti-France ». Des décennies plus tard, cette expression sera utilisée par certains responsables politiques contre leurs adversaires progressistes.

2.2 Vichy : une page qu’on ne referme pas Vichy n’est pas une parenthèse. Son héritage est lourd. Évidemment, le RN ne revendique pas explicitement Vichy. Il n’en reste pas moins que les historiens établissent une filiation idéologique réelle qui a trait à l’antiparlementarisme, la défiance envers les corps intermédiaires, une vision ethnicisée de la nation.

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Ce sont ces héritages qui constituent la continuité. D’ailleurs, après la défaite, l’État français n’a pas attendu les ordres du régime nazi pour agir. De son propre chef, il a livré des Juifs à la déportation, supprimé les syndicats, traqué les républicains. La collaboration s’est révélée particulièrement zélée.

[1] McCombs, M. E., Shaw, D. L., “The agenda-setting function of mass media”, Public Opinion Quarterly, 1972.


Éric Zemmour a prétendu le contraire, affirmant que Pétain avait protégé les Juifs français. L’historien Laurent Joly l’a réfuté point par point, preuves à l’appui[1].

Décidément, Orwell l’avait bien compris : « Celui qui a le contrôle du passé a le contrôle du futur. Celui qui a le contrôle du présent a le contrôle du passé». (1984, 1949). Visiblement, E. Zemmour et, de manière plus subtile, le RN, ont bien retenu cette leçon.

L’extrême droite française : repères chronologiques 1894 : Affaire Dreyfus. Naissance du nationalisme antisémite organisé. 1899 : Fondation de l’Action française (Maurras). 1934 : Émeutes du 6 février : tentative de coup de force des ligues fascisantes. 1940-1944 : Régime de Vichy : lois antisémites, dissolution des syndicats, collaboration. 1972 : Fondation du Front National. Rôle important de Jean-Marie Le Pen. 1984 : 11 % aux européennes : percée électorale du FN. 2002 : Jean-Marie Le Pen au second tour de la présidentielle (17,8 %). 2011 : Marine Le Pen prend la tête du FN. Stratégie de dédiabolisation. 2018 : Le FN devient le Rassemblement National. 2022 : Marine Le Pen : 41,5 % au second tour de la présidentielle. 2024 : Le RN en tête des législatives (33 % au 1er tour). Front républicain. 2026 : Municipales : malgré un bilan en deçà des objectifs affichés. Entre une soixantaine à 74 villes selon le périmètre retenu (RN seul ou avec l’UDR) sont administrées par l’extrême droite. Ce résultat représente un triplement du nombre de communes administrées et confirme une implantation locale en progression constante. Le milliardaire Pierre-Édouard Stérin avait financé le projet Périclès avec l’objectif de conquérir 300 villes.

2.3 La recomposition actuelle de l’extrême-droite Aujourd’hui, l’extrême droite française n’est plus monolithique. Le RN domine électoralement. Reconquête, le parti d’Éric Zemmour, occupe un espace plus radical, tourné vers un électorat plus urbain, en moyenne plus diplômé et plus aisé. Les sympathisants de Zemmour sont conservateurs sur les questions d’ordre, d’immigration et d’identité nationale. On les retrouve souvent dans les cercles catholiques traditionnalistes et parfois dans les groupuscules identitaires ou des cercles de réflexion d’extrême-droite comme l’Institut Iliade. Ces forces s’organisent et occupent le terrain. Leur objectif est d’instiller le soupçon, d’entretenir le rejet de l’autre et de favoriser toutes les formes de ségrégation. Deux milliardaires jouent un rôle particulièrement important dans cette

offensive réactionnaire. Le groupe dirigé par Vincent Bolloré contrôle de nombreux médias dont le JDD, Europe 1 et CNews. Des analyses éditoriales indépendantes (Reuters Institute, Arcom) semblent montrer l’orientation systématique vers les thèmes et personnalités de l’extrême droite. Bolloré vampirise également une grande part de l’édition scolaire via Hachette Éducation (Hatier, Dunod, Foucher). De son côté, Pierre-Édouard Stérin, milliardaire et exilé fiscal, finance le projet Périclès (Patriotes, Enracinés, Résistants, Identitaires, Chrétiens, Libéraux, Européens, Souverainistes). L’Académie Saint-Louis, premier établissement d’un projet d’internats catholiques privés non mixtes, est l’une des plus grandes illustrations.

[1] Laurent Joly, La falsification de l’histoire, Grasset, 2022.

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Son objectif déclaré était de faire tomber 300 villes aux mains de l’extrême droite en 2026. En avril 2025, une commission d’enquête parlementaire l’a convoqué pour financement politique indirect. Il a refusé de comparaître. Pourtant, à travers différents dispositifs, dont le Fonds du Bien Commun, le milliardaire soutient plus ou moins directement des structures intervenant dans les champs de l’éducation pour façonner la jeunesse. Ces initiatives diffusent une

vision du monde contraire aux idéaux progressistes. D’ailleurs, même si les positions publiques ont évolué depuis l’invasion de l’Ukraine en 2022, M. Le Pen avait affiché sa sympathie envers V. Poutine dans de nombreuses déclarations antérieures. É. Zemmour l’a, quant à lui, qualifié de « grand patriote ». Ces prises de position en disent long sur leur conception du patriotisme et de l’indépendance nationale.

3. La violence de l’extrême droite L’un des arguments les plus répandus consiste à renvoyer dos à dos extrême droite et extrême gauche au nom d’une symétrie des violences. Si cette équivalence est politiquement commode, elle est factuellement fausse.

L’extrême droite apparaît, sur les dernières décennies, comme la principale source de violence politique mortelle en France et en Europe occidentale. Cette réalité est étayée par les résultats de la recherche.

3.1 Des chiffres précis et documentés Nicolas Lebourg, Xavier Crettiez et Isabelle Sommier ont établi une base documentaire recensant toutes les violences politiques mortelles en France depuis 1986[1]. Les chiffres sont on ne peut plus clairs. Depuis 1986, 59 morts sont attribuées à l’ultradroite en France, contre 6 à l’ultragauche. Ce décompte a été établi jusqu’en 2020 et actualisé par la presse et la gendarmerie en 2025. C’est l’historien lui-même qui les a rendus publics, relayés notamment par le journal 20 Minutes le 18 février 2026, au moment précis où Marion Maréchal affirmait avec aplomb sur BFM TV que la violence d’extrême droite « n’existe pas statistiquement ». Pour le dire autrement, dans ce recensement comparant les deux mouvances, 90 % des morts sont attribués à l’ultradroite. Ces chiffres sont le produit de la recherche et vont dans le sens des rapports annuels d’Europol sur le terrorisme en Europe (TESAT). Ces derniers classent chaque année l’extrême droite comme l’une des principales menaces terroristes en Europe, en forte progression depuis plusieurs années, et la première source de violence politique mortelle hors terrorisme djihadiste

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En France, le Centre de recherche de la gendarmerie nationale notait encore en 2025 que l’ultradroite est en « activité constante ». Cela se traduit concrètement dans la vie courante. Notons par exemple, le drame du 31 mai 2025. Christophe Belgembe a été mis en examen pour l’assassinat de son voisin tunisien Hichem Miraoui, à Puget-sur-Argens, après avoir diffusé des vidéos appelant à « tirer sur la population maghrébine ». Le caractère terroriste de l’acte a été retenu par les magistrats. C’est le premier attentat mortel à caractère terroriste explicitement lié à l’ultradroite en France depuis plusieurs décennies. Par comparaison, l’ultragauche n’a commis aucun attentat meurtrier en France depuis plusieurs décennies. Si des actions incendiaires ou des sabotages lui sont attribués, aucun n’a causé de mort, selon les données du ministère de l’Intérieur.

[1] Nicolas Lebourg, Xavier Crettiez, Isabelle Sommier, Violences politiques en France de 1986 à nos jours, Presses de Sciences Po, 2021.


3.2 Des violences documentées au quotidien Au-delà des chiffres globaux, les violences d’extrême droite en France sont documentées en continu par plusieurs sources indépendantes : la newsletter FAF de Street Press, le collectif La Horde, le Centre de prévention de la radicalisation, ainsi que les rapports parlementaires. Ces violences prennent des formes multiples : agressions physiques de militant·es, incendies de locaux syndicaux ou associatifs, raids de cyberharcèlement organisés, intimidations à domicile.

En 2023, le maire de Saint-Brévin-les-Pins voit sa maison incendiée parce qu’il avait accepté l’installation d’un Centre d’accueil pour demandeurs d’asile. La même année, à Tours, le centre LGBTQIA+ est attaqué six fois en six mois. À Bordeaux, des locaux associatifs et des mosquées reçoivent des tags néonazis. À Lyon, entre 2010 et 2025, le média Rue89Lyon a recensé 102 actions violentes attribuées à l’extrême droite radicale. Par ailleurs, 13 projets d’attentats d’ultradroite ont été déjoués en France depuis 2017[1]. Ces faits ne sont pas des dérapages isolés mais s’inscrivent dans une stratégie d’intimidation.

3.3 Le cyberharcèlement : des nuisances organisées L’affaire de Valenciennes illustre cette stratégie de manière saisissante. En 2022, une enseignante de philosophie organise un projet pédagogique sur les migrations, incluant une sortie à Calais. Séverine Duminy, candidate Reconquête, la dénonce publiquement pour « propagande immigrationniste ». Dans les heures qui suivent, le nom de l’enseignante est diffusé sur les sites néofascistes, avec sa photo et son adresse professionnelle. Elle reçoit des menaces de mort et de viol. Le rectorat de Lille annule la sortie pour la protéger.

Six personnes ont été jugées en janvier 2026 (dont cinq condamnations), neuf autres ont comparu en mars 2026. L’enseignante, placée sous protection policière, ne travaille plus à Valenciennes. Séverine Duminy, elle, est toujours en poste et revendique publiquement l’annulation de la sortie. La CAALAP (Coordination Antifasciste pour l’Affirmation des Libertés Académiques et Pédagogiques), née en 2023 à Roubaix, a été créée précisément pour répondre à ces attaques systématiques contre les personnels de l’éducation.

Ce que les chiffres établissent clairement 59 morts attribuées à l’ultradroite en France depuis 1986, contre 6 à l’ultragauche. Source : Nicolas Lebourg, Xavier Crettiez, Isabelle Sommier, Violences politiques en France de 1986 à nos jours, Presses de Sciences Po, 2021. Relayé par 20 Minutes, 18 février 2026. Dans le comparatif opposant l’extrême droite à l’extrême gauche, 90 % des meurtres à caractère politique sont le fait de l’extrême droite. Les rapports annuels d’Europol (TESAT) placent l’ultradroite parmi les principales menaces terroristes en Europe, en constante progression. 13 projets d’attentats d’ultradroite déjoués en France depuis 2017 (ministère de l’Intérieur). Selon les données disponibles, aucun attentat meurtrier n’a été attribué à l’ultragauche en France depuis plusieurs décennies. Des actions de sabotage ou incendiaires lui sont attribuées mais sans faire de victimes. Un seul projet d’attentat lui est imputé (ministère de l’Intérieur). [1] Ministère de l’Intérieur, données citées par la Fondation Jean-Jaurès, La menace terroriste issue de l’ultradroite en France et en Europe, 2024.

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4. La « laïcité falsifiée » La laïcité est probablement l’un des thèmes les plus instrumentalisés par l’extrême droite. Les personnels de l’éducation se retrouvent donc confrontés au quotidien, dans l’exercice de leur métier, aux conséquences de la désinformation propagée par l’extrême droite.

Plus de 120 ans après sa promulgation, jamais la loi de 1905 n’aura autant fait l’objet de détournements, de manipulations, de dévoiements. Elle constitue pourtant une référence. Ce principe qui irrigue les valeurs républicaines est l’un des outils majeurs de l’émancipation. Il ne faut pas laisser cet héritage être confisqué.

4.1 Une conversion tardive et opportuniste Pour utiliser un doux euphémisme, disons que le Rassemblement national ne s’est pas toujours présenté comme un ardent défenseur de la laïcité. En 2004, lors de la préparation de la loi sur l’encadrement des signes religieux à l’école, JeanMarie Le Pen n’y était pas favorable. La tradition catholique qui structurait encore une bonne partie de son électorat n’y était pas étrangère. Marine Le Pen avait même qualifié cette loi de démagogique. Mais dès le début des années 2010, le RN a voulu profiter d’un climat d’islamophobie croissante en s’accaparant le terme laïcité. Il en fait ainsi un outil de division au lieu de rester fidèle à sa portée libératrice.

Jean Baubérot qualifie cette approche de “laïcité falsifiée”[1]. Il distingue clairement la laïcité républicaine qui protège toutes les consciences (croyantes et non croyantes) de ce qu’il nomme la laïcité identitaire. Ce détournement du mot permet habilement de cibler l’Islam sans tomber sous le coup de la loi et en se parant, au passage, de toutes les vertus républicaines. Comme le rappelle d’ailleurs l’historienne Valentine Zuber, la loi de 1905 est une loi de liberté, pas un outil pour contrôler les croyances[2].

4.2 Une laïcité à géométrie variable Les faits méritent d’être rappelés avec précision. Jordan Bardella a proposé à plusieurs reprises d’interdire le voile dans l’espace public, tout en assumant publiquement que sa formation n’interdira pas la kippa. Marine Le Pen a affirmé que les religions chrétiennes n’ont pas de signes ostensibles et a voulu modifier la Constitution pour protéger les crèches et sapins de Noël dans les lieux publics. En clair, les symboles chrétiens sont autorisés et les signes islamiques interdits. Ce n’est pas de la laïcité mais de la discrimination religieuse rhabillée en laïcité.

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Le juriste Pierre Juston, du Comité Laïcité République, est catégorique et pense que ces ces propositions sont anticonstitutionnelles. La loi de 1905 ne permet pas d’interdire une idéologie puisqu’elle sépare les Églises et l’État et garantit la liberté de conscience pour toutes et tous. Or, ce que le programme du RN propose, ce n’est pas d’appliquer la laïcité, mais de la retourner contre l’un de ses propres principes.

[1] Jean Baubérot, La Laïcité falsifiée, La Découverte, 2012. [2]Valentine Zuber, La laïcité en débat, Le Cavalier Bleu, 2017.


4.3 Ce que la laïcité signifie pour l’école La laïcité de la loi de 1905 et des lois Ferry est une laïcité de liberté. L’État est neutre, il protège toutes les consciences. La loi de 2004 encadre le port de signes religieux ostensibles aux élèves, pour toutes les religions, sans exception. Dans l’ensemble, ce cadre fonctionne et correspond aux aspirations des plus grands promoteurs de l’école publique comme Jean Zay, pour ne citer que lui. Le principe est appliqué quotidiennement par des personnels qui connaissent, bien mieux que quiconque, la réalité du terrain dans leurs classes et leurs établissements. Iannis Roder le rappelle[1] : après vingt ans d’application, la loi de 2004 a permis de stabiliser le cadre de la laïcité scolaire, malgré des tensions persistantes. Elle est appliquée quotidiennement par des professionnels formés, dans un cadre équilibré. L’une des dérives qui menace l’école aujourd’hui, c’est l’instrumentalisation politique de la laïcité à des fins de discrimination. Malgré cela, le programme du RN entend aller bien plus loin : interdire le voile aux mères accompagnatrices de sorties scolaires (qui ne sont pas fonctionnaires) et renforcer les inspections sur la neutralité « politique et idéologique » des enseignant·es. En l’état actuel du doit, cela reste contraire au principe de laïcité.

La volonté de cibler l’affichage d’une religion est très claire pour l’extrême droite. Catherine Kintzler[2] le rappelle avec précision : la laïcité impose la neutralité à l’État, pas aux citoyens. L’abstention que la puissance publique s’impose à elle-même n’a pas vocation à régir l’espace social dans son ensemble. Autrement dit, vouloir effacer toute visibilité religieuse de la société civile, c’est précisément trahir ce principe. Concernant la position de l’extrême droite, il reste un silence révélateur. En effet, ce même programme ne dit rien sur les dérives sectaires, rien sur les écoles hors contrat religieuses chrétiennes sur lesquelles le Comité national d’action laïque appelle à la plus grande vigilance. De même, rien sur la mixité scolaire. La laïcité n’est donc mobilisée que contre une seule et unique cible. Les derniers travaux de Philippe Portier et Charles Mercier sur les jeunes et leur laïcité[3] montrent que la génération que nous accompagnons est bien plus attachée aux valeurs républicaines que ne le laissent entendre certaines idées reçues.

5. Les idées fausses de l’extrême droite démenties par les faits Ce chapitre s’inspire de la méthode de l’ouvrage de Vincent Edin [4]. Chaque argument est cité tel qu’on peut l’entendre « sans filtre », puis confronté aux faits.

L’objectif n’est pas de remporter le débat d’un point de vue rhétorique mais plutôt d’introduire des faits, des nuances et in fine d’instiller un doute. Rétablir les faits et réaffirmer la raison demande de la méthode, de la force de conviction mais peut prendre du temps.

[1] Iannis Roder, Préserver la laïcité, Éditions de l’Observatoire, 2024. [2] Catherine Kintzler, Penser la laïcité, Minerve, 2014. [3] Philippe Portier, Charles Mercier, Les jeunes et leur laïcité, Presses de Sciences Po, 2024. [4]Vincent Édin, En finir avec les idées fausses propagées par l’extrême droite, Éditions de l’Atelier, 2023.

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LES IDÉES FAUSSES DE L’EXTRÊME DROITE DÉMENTIES PAR LES FAITS

5.1 Sur l’immigration

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L’immigration coûte cher à la France.

C’est l’argument le plus répandu. C’est aussi l’un des moins solides ! Les travaux de l’OCDE montrent que, sur l’ensemble de leur vie, la contribution fiscale et sociale des immigrés est globalement proche de l’équilibre, voire positive, en particulier pour les primo-arrivants jeunes et actifs qui cotisent avant de bénéficier des prestations. Ils contribuent ainsi financièrement à la solidarité nationale. Pas étonnant puisqu’ils arrivent jeunes, en bonne santé, et cotisent. En 2020, la Cour des comptes le confirme, les flux migratoires répondent à des besoins réels du marché du travail. En 2023, les projections du Conseil d’orientation des retraites vont dans le même sens : leur apport au financement des retraites est positif.

Le fameux « coût » de l’immigration ne comptabilise que les prestations reçues. Jamais les cotisations versées. C’est un calcul parfaitement biaisé et donc il n’est pas fiable.

Les immigrés prennent le travail des Français.

On est submergé par l’immigration.

Les immigrés occupent massivement des secteurs en tension : bâtiment, agriculture, soins, services à la personne. Soyons clairs, il s’agit d’emplois qui peinent souvent à trouver preneur. En 2019, les économistes de l’OCDE ne mettent pas en évidence de lien significatif entre hausse de l’immigration et augmentation du chômage à l’échelle nationale. L’Institut Montaigne arrive au même constat en 2018.

Les chiffres disent autre chose. En 2021, selon l’INSEE, 10,3 % de la population résidant en France est née étrangère. C’est moins qu’en Allemagne (18 % de personnes nées à l’étranger, selon Eurostat en 2021) ou en Suisse (30 %). La France est l’un des pays d’Europe occidentale où le solde migratoire est le plus faible et le plus stable. L’historien G. Noiriel le rappelait en 1988 dans Le creuset français :

La France a toujours été une terre d’immigration, et chaque vague a produit exactement les mêmes fantasmes de submersion.

Le grand remplacement est une réalité démographique.

Cette théorie popularisée par Renaud Camus au début des années 2010 (Le Grand Remplacement, 2011) ne s’appuie sur aucun chiffre et a été très largement rejetée par les démographes et les historiens. Reprise par les milieux identitaires et radicalisée par l’extrême droite (portée notamment par Éric Zemmour), cette théorie a surtout servi de justification à des tueurs. Christchurch en 2019 (51 morts), El Paso en 2019 (23 morts), Pittsburgh en 2018 (11 morts), Utøya en Norvège en 2011 (69 morts à Utøya, 77 au total avec l’attentat d’Oslo commis le même jour par le même auteur). Marine Le Pen évite d’ailleurs le terme mais parle de « dépossession ».

Nous ne sommes pas dupes, c’est clairement la même logique avec d’autres mots.


Le lien fait par l’extrême droite entre immigration et délinquance tient davantage d’une construction idéologique fragile que d’une réalité statistique.

5.2 Sur la laïcité et la République

L’extrême droite défend la laïcité.

Ce n’est pas si vieux… En 2004, le FN était hostile à la loi encadrant les signes religieux à l’école. Historiquement, la laïcité était d’ailleurs plutôt associé à la gauche républicaine. Tout change à partir de 2010. Le RN s’en empare, mais pour en faire une arme contre l’islam. Dans cette conception, la laïcité n’est pas un outil d’émancipation et de liberté. Preuve en est quand J. Bardella a proposé à plusieurs reprises d’interdire le voile dans l’espace public mais pas la kippa. C’est précisément ce que Jean Baubérot appelait la « laïcité falsifiée ». Catherine Kintzler insiste d’ailleurs sur le fait que la laïcité républicaine n’est pas une tolérance accordée aux religions. C’est la neutralité effective de l’État qui protège toutes les consciences (croyantes, agnostiques et athées). Le programme du RN reste muet sur les dérives sectaires, les écoles hors contrat confessionnelles ou la mixité scolaire.

La laïcité n’est mobilisée que contre une cible identifiée...

LES IDÉES FAUSSES DE L’EXTRÊME DROITE DÉMENTIES PAR LES FAITS

La délinquance est liée à l’immigration.

D’abord, un fait simple et incontestable consiste à rappeler qu’en France, les statistiques de délinquance ne sont pas établies selon l’origine ethnique. Ces données ne permettent donc pas d’établir de lien direct et généralisable entre immigration et délinquance. Laurent Mucchielli, sociologue au CNRS, le montre clairement. Les facteurs explicatifs déterminants de la délinquance sont la précarité, la ségrégation territoriale et l’âge. Il ne s’agit donc pas de l’origine géographique ou nationale, qui n’apparaît pas comme variable explicative indépendante dans les études sérieuses. D’ailleurs, dans les pays disposant de données sur le long terme (Canada et États-Unis notamment) les immigrés présentent des taux de criminalité inférieurs à ceux de la population native de même niveau social. Quant au chiffre martelé par le RN sur les statistiques relatives aux viols, il ne porte que sur 30 affaires élucidées à Paris en 2023. Il ne dit rien de la réalité nationale. Les données INSEE-SSMSI (enquêtes Cadre de vie et sécurité) montrent que les trois quarts des femmes victimes de violences sexuelles connaissaient leur agresseur : conjoint, exconjoint, membre de la famille ou proche.

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LES IDÉES FAUSSES DE L’EXTRÊME DROITE DÉMENTIES PAR LES FAITS 16

L’extrême droite est patriote.

Avant l’invasion de l’Ukraine en 2022, Marine Le Pen ne tarissait pas d’éloges sur Vladimir Poutine. Éric Zemmour l’a publiquement qualifié de « grand patriote ». Objectivement, il existe des références plus marquantes et consensuelles… Une large part des courants d’extrême droite française a soutenu le régime de Vichy et a collaboré avec l’occupant nazi.

Ses héritiers préfèrent l’oublier et/ou réécrire l’histoire.

5.3 Sur l’école Le niveau scolaire s’est effondré à cause des pédagogies de gauche.

L’école endoctrine les enfants avec une idéologie de gauche.

Les enquêtes PISA montrent des inégalités scolaires importantes en France. C’est une réalité de fond, liée au contexte social. Il n’existe pas de corrélation entre la baisse de certains résultats et les méthodes d’enseignement. Les pédagogies coopératives ont été développées notamment par Célestin Freinet (1896-1966), pédagogue républicain et résistant. Difficile d’en faire l’instrument d’une gauche laxiste. De même, les recherches ne permettent pas d’établir que la seule mémorisation mécanique améliore durablement les résultats des élèves.

L’uniforme n’a jamais été identifié comme un rempart efficace contre les inégalités. L’histoire de la colonisation, les enseignements relatifs à la sexualité en SVT ou l’étude des discriminations en EMC sont des objets d’enseignement fondés sur des données scientifiques validées et figurent dans des programmes nationaux. Le fait qu’ils traversent des débats sociaux est précisément la preuve qu’ils touchent des réalités. Ils ne relèvent pas de l’opinion ou de l’idéologie. La liberté pédagogique des enseignant·es s’exerce dans le respect de ce cadre. Les programmes sont nationaux et font l’objet d’un processus bien identifié dans leur construction.

Ce discours vise donc surtout à discréditer les personnels de l’éducation et à légitimer leur mise sous surveillance idéologique.

L’ÉVARS endoctrine les enfants sur le genre.

En France, près de 80 % des violences sexuelles sur mineurs sont commises dans la famille¹. L’ÉVARS est un outil de prévention et d’émancipation. Il ne s’agit pas d’une idéologie. Les opposants à ce programme brandissent l’argument de la « protection de l’enfance » sans proposer de mesure concrète contre les violences intrafamiliales. En novembre 2024, sous la pression d’associations réactionnaires et de membres du gouvernement Barnier, le programme ÉVARS avait été remanié. Cela illustre l’influence que tentent d’exercer les groupes d’extrême droite. ¹ Chiffre cohérent avec les données de l’enquête Virage (INED, 2015) et les rapports du Haut Conseil à l’Égalité entre les femmes et les hommes, qui situent entre 70 % et 80 % la part des agresseurs connus de la victime mineure dans son environnement familial ou proche.


L’extrême droite défend l’environnement et les paysages français.

L’association Bloom a analysé les votes du RN au Parlement européen et à l’Assemblée nationale. Le parti obtient 3,8/20 à Bruxelles et 2/20 au Palais Bourbon sur les enjeux environnementaux². Des eurodéputés RN ont soutenu un texte pour mettre fin au Green Deal européen (Euractiv, 8 février 2024). Marine Le Pen a déclaré vouloir « arrêter les énergies renouvelables » et « démanteler les éoliennes ». En supprimant ou allégeant les obligations de rénovation des logements mal isolés, le RN risquerait de prolonger la précarité énergétique de plus de 10 millions de personnes qui ne parviennent pas à chauffer correctement leur logement (RTE). Éric Zemmour a fait preuve d’un climatoscepticisme assumé dans plusieurs interventions publiques. Il ramène cette question fondamentale à « la démographie africaine et asiatique » (CNews, juin 2021). Le chercheur Simon Persico semble considérer que l’écologie est pour Zemmour quelque chose de complètement sous-réfléchi et secondaire, sans enjeu politique réel à ses yeux. ² Association Bloom, Analyse des votes du RN sur les enjeux environnementaux (Parlement européen et Assemblée nationale), publiée en 2024.

5.5 Sur l’histoire et la mémoire On ne peut Reconnaître l’esclavage, la colonisation ou Vichy, ce n’est pas de la plus être fier repentance mais tout simplement de la rigueur historique. L’historien Patrick Boucheron rappelle en substance que la fierté nationale d’être Français n’interdit pas une connaissance lucide et assumée des pages sombres à cause du de notre histoire. Nier ces réalités fragilise de fait la démocratie. C’est précisément ce que fait Zemmour en réhabilitant Pétain, une devoir de falsification pointée par Laurent Joly. mémoire.

L’extrême gauche est aussi dangereuse que l’extrême droite.

Depuis 1986 (données actualisées en 2025), 59 morts sont attribuées à l’ultradroite en France, contre 6 à l’ultragauche. 90 % de ces meurtres à caractère politique sont le fait de l’extrême droite (Lebourg, Crettiez, Sommier, Presses de Sciences Po, 2021). Les rapports annuels d’Europol (TESAT) placent l’ultradroite parmi les principales menaces terroristes en Europe, en constante progression.

Ce renvoi dos à dos est une stratégie bien établie et mise au point par la Nouvelle droite depuis les années 1970 pour gagner en respectabilité.

LES IDÉES FAUSSES DE L’EXTRÊME DROITE DÉMENTIES PAR LES FAITS

5.4 Sur l’écologie

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LES IDÉES FAUSSES DE L’EXTRÊME DROITE DÉMENTIES PAR LES FAITS

5.6 Sur le social et le travail

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L’extrême droite défend les travailleurs.

Le programme d’Éric Zemmour accorde une place dérisoire à la protection sociale et aux droits collectifs des salariés. Sa seule proposition sur la représentation des salariés consiste à réduire la représentation des travailleurs et travailleuses dans les entreprises de 250 salariés. Marine Le Pen a progressivement renoncé à la retraite à 60 ans, au fil des campagnes. Le discours actuel du RN est pour le moins confus... Les votes du groupe RN à l’Assemblée nationale confirment cette réalité. Le groupe a voté contre l’augmentation du SMIC, contre l’indexation des salaires sur l’inflation et a soutenu les dispositifs d’exonération au bénéfice des grandes entreprises. Ces positions de vote, consultables dans les archives de l’Assemblée nationale et analysées notamment par Mediapart, contredisent frontalement le discours de défense des travailleurs porté en campagne. Les travaux de la Fondation Jean-Jaurès en 2022 conduisent à penser que l’extrême droite est profondément incompatible avec la démocratie sociale.

Dans plusieurs expériences historiques où elle a exercé le pouvoir, l’extrême droite a dissous ou fortement affaibli les syndicats, ainsi Vichy en 1940, l’Italie fasciste ou l’Espagne franquiste. Elle est, selon toute vraisemblance, inconstitutionnelle et contraire aux engagements européens de la France. Elle créerait deux catégories de résidents légaux. Des familles en situation régulière depuis des décennies se retrouveraient purement et simplement reléguées tout en bas des listes HLM, privées d’allocations familiales, exclues de la fonction publique…

La préférence nationale protègerait les Une telle mesure fragmenterait la solidarité sociale qui fonde notre Français. système de protection sociale au bénéfice des plus aisés et au détriment des plus vulnérables.


6. L’école dans le viseur L’École publique laïque joue un rôle central, à plus forte raison dans les périodes troublées. Elle demeure l’un des rares lieux où l’égalité des droits se confronte au réel, et c’est bien pour cela qu’elle cristallise tant d’attaques.

Partout où l’extrême droite a pris le pouvoir, elle a agi rapidement sur l’éducation. Orbán en Hongrie, Meloni en Italie ou Trump aux ÉtatsUnis, tous ont essayé d’affaiblir l’enseignement public et d’utiliser l’école comme outil de diffusion d’idées rétrogrades.

6.1 Les laboratoires municipaux en France Dans de nombreuses communes gérées par le RN ou ses alliés, l’école est déjà un terrain d’expérimentation. Le bilan est déjà bien documenté même si les personnels n’en sont pas forcément informés. À Béziers, l’expérimentation des uniformes scolaires dans quatre écoles a coûté plus de 140 000 euros, pendant que dans le même temps, le bâti avait un besoin urgent de rénovation. Dans une ville où, selon les estimations INSEE, environ la moitié des enfants de moins de 11 ans vit sous le seuil de pauvreté, les priorités de la municipalité peuvent surprendre[1]. À Perpignan, Louis Aliot a remplacé en 2021 le logo municipal (le Castillet, symbole laïc de la ville, et le slogan « Perpignan la catalane ») par un nouveau blason représentant Saint-JeanBaptiste tenant un agneau, devenu l’identité visuelle de la ville apposée sur toutes les communications. Le slogan « Perpignan la rayonnante » a coûté 12 000 euros.

Le maire RN a tenté de « laïciser » le symbole mais l’opposition municipale, les milieux catalanistes et les défenseurs de la laïcité ont dénoncé le retour de signes religieux ostensibles abandonnés depuis plus de quarante ans sur les documents officiels d’une ville républicaine. À Beaucaire, le maire a qualifié des enseignants syndicalistes de la CGT de « racailles » dans un communiqué officiel de sa mairie, une injure pour laquelle il a été condamné en première instance par le tribunal correctionnel de Nîmes. Le 30 avril 26, après une manifestation contre ses premières mesures, le maire de Carcassonne a appelé les syndicats à restituer les bureaux qu’ils occupent gratuitement. Des centaines de manifestants s’étaient retrouvés dans la rue en mai 2026. Ces faits sont éloquents. Ces villes sont de véritables laboratoires qui disent en creux ce qu’est l’extrême droite au pouvoir, au-delà de tout discours électoral.

L’inclusion scolaire dans le collimateur La question du handicap et de l’inclusion scolaire est un angle mort du discours de l’extrême droite, ce qui est très révélateur. Les personnels qui accompagnent les élèves en situation de handicap (AESH, enseignant·es référent·es, équipes pluridisciplinaires) représentent une part croissante des personnels de l’Éducation nationale. En 2026, on compte près de 140 000 AESH en France. Le programme du RN ne contient aucune mesure significative de renforcement de l’inclusion. Il prévoit en revanche une orientation précoce et la création de structures spécialisées pour les élèves « perturbateurs ». Cette vieille logique idéologique revient in fine à sortir du cadre commun les élèves les plus vulnérables. La logique de tri social inhérente à la politique éducative du RN aurait des conséquences délétères sur les élèves en situation de handicap et les personnels qui les accompagnent. L’UNSA Éducation rappelle que le droit à l’école pour tous les enfants est le fruit d’une longue lutte. Nous n’abandonnerons pas ce combat pour l’égalité. [1] INSEE Occitanie, Un enfant sur quatre confronté à la pauvreté en Occitanie en 2020, février 2024. Selon les estimations INSEE 2024, environ la moitié des enfants de moins de 11 ans vit sous le seuil de pauvreté à Béziers.

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6.2 Le projet éducatif du RN Le programme éducatif du RN repose sur des propositions qui ne s’appuient pas sur des diagnostics pédagogiques sérieux. L’uniforme scolaire n’a jamais prouvé son efficacité, y compris dans les comparaisons internationales. La fin du collège unique, avec un examen d’entrée en 6e et une orientation précoce, aggraverait les inégalités sociales, c’est ce que toutes les études comparatives sur le long terme établissent. Le fameux « Big Bang de l’autorité » de Jordan Bardella (envoyer les élèves dits perturbateurs dans des centres spécialisés) est une sélection sociale à peine déguisée. La suppression des INSPE, au nom du combat contre la gauche dans les instituts de formation, ne s’accompagne d’aucune alternative crédible. La laïcité est un sujet dont l’extrême s’est emparée très récemment pour souffler sur les braises de la division. En effet, en 2004, lors de la préparation de la loi sur l’encadrement des signes religieux à l’école, rappelons que le parti d’extrême droite n’y était pas favorable. La tradition catholique qui structurait encore une bonne partie de son

électorat reste l’explication la plus logique. Marine Le Pen avait même qualifié cette loi de démagogique. Le RN a voulu profiter du climat délétère qui a marqué le début des années 2010. À partir de cette période, il a fait de la laïcité un outil de division au mépris de sa portée libératrice. La proposition de renforcer les inspections sur la neutralité « politique et idéologique » des enseignant·es instaurerait un contrôle politique du corps enseignant et au fond une mise au pas de l’ensemble des personnels. Les axes majeurs de la politique éducative de l’extrême droite restent donc le tri social, l’exclusion des plus fragiles et le contrôle du savoir par le pouvoir central. En contrôlant les experts et les professionnels de terrain, l’extrême droite voudrait faire de la pédagogie une méthode à exécuter de manière uniforme. En somme, comme l’analyse le chercheur Grégory Chambat[1], le projet éducatif de l’extrême droite n’est rien d’autre qu’une politique de séparation et de hiérarchisation des publics scolaires ».

6.3 Une offensive systémique contre l’école publique Les attaques contre l’école publique ne sont pas des incidents isolés, il s’agit d’une démarche orchestrée et structurée. Éric Zemmour avait posé l’une des premières pierres à travers le réseau “Parents vigilants” dont la porte-parole, Agnès Marion, n’est autre qu’une proche de Marion Maréchal Le Pen. Sa mission déclarée est de dénoncer le « grand endoctrinement » que pratiquerait l’Éducation nationale sur les questions d’immigration, de genre, de sexualité et d’antiracisme. Concrètement, les membres de cette association exercent une pression considérable sur les enseignants. Les infirmières scolaires sont aussi visées par ces menaces. Le réseau n’hésite pas à publier des noms, des photos et des adresses personnelles des enseignant·es ciblé·es. Le recours aux courriers anonymes, ou aux rassemblements devant les établissements

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ne sont que la partie émergée de l’iceberg. Des raids numériques sont également organisés depuis des canaux comme Telegram. À ce titre, l’affaire de Valenciennes est éclairante. Le réseau revendique d’ailleurs l’annulation de la sortie scolaire comme l’une de ses « dix principales victoires ». En novembre 2023, le sénateur Reconquête Stéphane Ravier a accueilli le réseau au Sénat pour un colloque consacré à la « propagande wokiste et pro-immigration » à l’école. Éric Zemmour se félicitait en octobre 2023 de « 3 500 Parents vigilants » élus aux conseils de parents. Depuis les “Mamans Louves” sont venues renforcer ce réseau réactionnaire. Investir systématiquement les instances de la démocratie scolaire pour en retourner les mécanismes contre l’école publique elle-même est une méthode qui rappelle les stratégies d’entrisme décrites par la Nouvelle droite dès les années 1970.

[1] Grégory Chambat, Quand l’extrême droite rêve de faire école, Éditions du Croquant, 2023.


En l’espèce, le programme ÉVARS constitue une des cibles privilégiées de cette offensive réactionnaire. Entre 2020 et 2025, un réseau d’associations rétrogrades (SOS Éducation, Mamans Louves, Parents vigilants) a multiplié les campagnes de dénonciation, diffusant massivement des témoignages non vérifiés et potentiellement diffamatoires accusant les personnels d’enseigner « la pornographie » ou d’« inciter les enfants à changer de sexe ». Ces accusations sont reprises sans aucune vérification par les médias du groupe Bolloré (CNews, Europe 1 ou le JDD). Les Cahiers pédagogiques ont analysé cette offensive en avril 2025, montrant qu’elle repose sur des stratégies de communication élaborées, alternant actions de terrain et campagnes numériques virales. Les effets sont mesurables et préoccupants. Le rapport 2023 de la médiatrice de l’Éducation nationale relève une augmentation de 42 % des saisines en cinq ans, dont une part croissante concerne la contestation d’enseignements. En novembre 2024, le rectorat de Normandie a fermé l’accès public à ses sites pédagogiques après une campagne de SOS Éducation sur le réseau social X. Des enseignant·es à Grenoble ou en Bretagne ont été convoqué·es ou menacé·es pour avoir inscrit un roman à un concours littéraire, organisé une intervention de SOS Méditerranée, ou simplement appliqué les programmes officiels. Si l’on se base sur les remontées syndicales, on peut estimer qu’une attaque similaire se produit désormais chaque semaine. Au fond, le résultat le plus insidieux n’est pas le cyberharcèlement mais plutôt l’autocensure qu’il peut engendrer. Certains personnels pourraient renoncer à enseigner certains sujets par crainte d’être mis en cause.

La deuxième arme de l’entreprise de démolition de l’école publique réside dans la promotion active du réseau d’établissements privés confessionnels présenté comme une « alternative » à l’école publique. L’Académie Saint-Louis du milliardaire Stérin, le réseau Excellence Ruralités, les écoles hors contrat inspirées d’une « éducation intégrale » (avec des frais de scolarité élevés, une ségrégation de genre assumée, une alliance avec des associations anti-avortement) ne sont pas des alternatives pédagogiques. Il ne s’agit ni plus ni moins que d’instruments d’entre-soi social et idéologique destinés à extraire les élèves du creuset commun. Pour ce faire, ces écoles privées se proposent de cloisonner les voies de formation et d’isoler les enfants des élites conservatrices de l’école républicaine. Enfin, l’extrême droite poursuit son entreprise en mettant la pression sur les contenus des manuels scolaires, via le contrôle qu’exerce Bolloré sur certaines maisons d’édition, notamment Hachette Éducation. Tout cela forme un ensemble cohérent dont l’effet convergent est évidemment de fragiliser l’école publique laïque par l’intimidation, par le séparatisme scolaire, par le contrôle des contenus, par l’entrisme dans les instances représentatives. Le but n’est pas de défendre l’intérêt des enfants mais plutôt de déconstruire pierre après pierre l’héritage du projet républicain d’une école laïque qui rassemble et qui émancipe.

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Le système en un coup d’œil Attaques contre les programmes (ÉVARS, antiracisme, histoire coloniale, genre) : Parents vigilants (Reconquête), SOS Éducation, Mamans Louves, amplifiées par les médias Bolloré. Autocensure des personnels : +42 % de saisines à la médiatrice de l'Éducation nationale en cinq ans. Des enseignant·es renoncent à enseigner par crainte des dénonciations. Séparatisme scolaire : Académie Saint-Louis, réseau Excellence Ruralités, écoles hors contrat financées par le milliardaire Stérin, réservées aux enfants des classes aisées conservatrices. Objectif affiché : préparer le terrain idéologique de l’arrivée de l’extrême droite au pouvoir. Contrôle des contenus : mainmise de Bolloré sur Hachette Éducation (Hatier, Dunod, Foucher) ; prise de participation présumée à l’ESJ Paris (2024), selon la presse spécialisée, pour peser sur la formation des futurs journalistes. Entrisme : Parents vigilants dans les conseils de parents d'élèves, avec pour objectif les municipales 2026 et la présidentielle 2027. Sources : Cahiers pédagogiques, avril 2025 ; Rapports de Force, juin 2023 ; question écrite de Paul Vannier, Assemblée nationale, 2023 ; France Info, octobre 2023 ; médiatrice de l'Éducation nationale, rapport 2023 ; Le Monde, « Enquête sur l’école créée par la droite réactionnaire pour conquérir les médias », 26 septembre 2024 (lemonde.fr/société).

6.4 L’université comme cible Ce qui vaut pour l’école vaut bien entendu pour l’université. Notre démocratie garantit le pluralisme et la libre expression de toutes opinions. La République a toujours encouragé la confrontation des idées. C’est d’ailleurs la raison d’être de nos universités, qui doivent rester ces lieux de bouillonnement intellectuel, d’échange et de débats voire de « disputes » au sens de la disputatio telle qu’on la pratiquait dans les universités médiévales. C’est pourquoi toute instrumentalisation, toute récupération par les forces réactionnaires, ne trahirait cet idéal.

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Plus largement, la censure ne s’est pas limitée aux programmes universitaires ; en effet, des milliers de livres ont été retirés des bibliothèques scolaires dans plusieurs États, ciblant notamment les ouvrages traitant de genre ou d’histoire de l’esclavage. C’est une illustration concrète de ce que signifie le contrôle idéologique de l’éducation par le pouvoir politique. En France, des signaux similaires se multiplient. Des initiatives comme « l’Observatoire du décolonialisme » cherchent à mettre la pression sur certains champs de recherche en sciences humaines et sociales. La galaxie Bolloré tente même de prendre pied dans la formation des futurs journalistes à travers notamment une tentative de prise de participation à l’ESJ Paris signalée en 2024 par la presse spécialisée, dont les contours exacts restent non officiellement confirmés. Là où la baisse des financements publics ouvre des brèches, les intérêts privés s’engouffrent sans retenue. Défendre l’université publique, c’est donc défendre l’intelligence collaborative et la capacité à produire du savoir indépendant du pouvoir politique. C’est une condition sine qua non du bon fonctionnement de notre démocratie.

Dans plusieurs pays, les attaques contre l’université obéissent à une stratégie désormais identifiée. Aux États-Unis, sous Trump, les programmes portant sur les études décoloniales, le racisme systémique ou les droits LGBTQIA+ ont été censurés et des enseignant·es progressistes littéralement harcelé·es. Des fondations privées réactionnaires financent des chaires entières, transformant des campus en laboratoires idéologiques. Ces affrontements souvent regroupés sous l’expression « campus wars » portent notamment sur la légitimité de certains champs de la pensée critique. [1] Grégory Chambat, Quand l’extrême droite rêve de faire école, Éditions du Croquant, 2023.


Ce que l’extrême droite fait quand elle arrive au pouvoir :

Hongrie Viktor Orbán au pouvoir entre 2010 et 2026 Sur les syndicats : en décembre 2018, le Parlement hongrois a adopté la « loi esclave » comme l’ont baptisée les syndicats. En clair, elle autorise les employeurs à exiger jusqu’à 400 heures supplémentaires par an de leurs salariés, payables avec trois ans de délai. Autrement dit, un ouvrier peut se voir imposer 56 heures de travail hebdomadaire sans rémunération immédiate. Plus de 15 000 personnes ont manifesté à Budapest dès le lendemain de sa promulgation. Sur l’école et l’université : le ministère de l’Éducation a été supprimé. Les enseignant·es relèvent désormais du ministère de l’Intérieur. Parmi les 27 pays de l’Union européenne. La rémunération des enseignants (autour de 600 euros par mois en 2022-2023 (un chiffre en évolution compte tenu des récentes revalorisations partielles)) est longtemps restée parmi les plus faibles de l’UE . D’ailleurs, depuis 2022, un décret impose aux grévistes de se présenter en classe et d’enseigner gratuitement. En 2017, la loi dite Lex CEU a contraint l’Université d’Europe centrale à s’exiler à Vienne. La Cour de justice de l’UE a condamné la Hongrie pour violation de la liberté académique.

Italie Giorgia Meloni au pouvoir depuis octobre 2022 Sur les syndicats : en novembre 2023, pour la première fois dans l’histoire de la République italienne, le gouvernement a utilisé son pouvoir pour remettre en cause une grève générale annoncée par la CGIL et l’UIL. Dans les faits, le ministre des Transports Matteo Salvini a limité et reporté le mouvement au titre des « services essentiels », une interprétation juridique contestée par les juristes car contraire à l’article 40 de la Constitution italienne, qui garantit le droit de grève. Pire encore, la loi dite DDL 1660, adoptée en 2024, renforce les sanctions pénales contre les piquets de grève et les actions de contestation sociale. Sur l’école : selon Rossella Benedetti, responsable internationale de l’UIL, le bilan de Meloni pour l’école est « plutôt négatif » : fermetures d’établissements, réduction des postes d’enseignant·es et de personnels non-enseignants, gel des salaires, renforcement des mouvements ultra-catholiques qui s’opposent à tout discours sur la diversité ou les droits des femmes dans les établissements scolaires.

Ces deux exemples montrent la méthodologie de l’extrême droite au pouvoir, qui s’attaque d’abord aux syndicats, à l’école et à l’État de droit.

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6.5 L’empire Bolloré dans les manuels scolaires Vincent Bolloré contrôle via Hachette Éducation une part importante de l’édition scolaire française (Hatier, Dunod, Foucher). Le risque n’est pas une réécriture brutale des manuels, qui serait immédiatement repérée. Il est plus insidieux et passe par une suppression progressive des contenus jugés trop à gauche (la critique du colonialisme en histoire, le concept de genre en SVT, l’analyse des discriminations en SES).

Au nom d’un prétendu rééquilibrage, Bolloré projette de diffuser une idéologie qui renie les grands principes républicains. En mai 2025, des organisations syndicales ont lancé un appel à boycotter les manuels Bolloré. L’UNSA Éducation s’est inscrite dans cette initiative “Désarmer Bolloré”

6.6 Stérin ou l’histoire d’une offensive éducative planifiée Pierre-Édouard Stérin ne se contente pas de financer la conquête municipale. L’école est, selon ses propres mots, son « premier terrain de lutte idéologique ». Son plan d’ensemble est cohérent, financé et désormais partiellement mis en œuvre. En septembre 2025, malgré une lettre ouverte signée par plus de 160 personnalités, syndicats et associations, le rectorat d’Orléans-Tours autorise l’ouverture de l’Académie Saint-Louis de Chalès, à Nouan-le-Fuzelier (Loir-et-Cher). Un internat catholique hors contrat, non mixte, réservé aux garçons, pour des frais allant de 4 500 à 14 500 euros par an. Sa charte prône une « éducation intégrale » qui s’applique « au corps, à l’esprit et à l’âme ». Les cours d’éducation à la vie affective et à la sexualité y seront assurés par des religieuses et des mères de famille formées par l’Alliance Vita, association anti-avortement. Un tel cadre (frais élevés, absence de mixité, éducation affective confiée à des associations anti-avortement) donne une idée du projet idéologique de Stérin. Le Cours Aliénor d’Aquitaine, à Esse, offre un autre exemple édifiant. Deux rapports d’inspection de 2023 et 2025 pointent les défaillances du collège. Malgré les réserves de l’Éducation nationale et les mises en demeure prononcées, le collège privé hors contrat reste ouvert.

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L’établissement privé, qui a accueilli ses premiers élèves à la rentrée 2022, s’est implanté après la fermeture de l’école de la commune de 500 habitants en 2016. 42 adolescents y sont scolarisés dans un premier temps, encadrés par sept professionnels. Bien évidemment, l’uniforme est de mise et les semaines débutent par une levée des drapeaux. Ce collège s’affranchit de toutes les règles et notamment du principe de laïcité. Malgré ces atteintes caractérisées, le milliardaire continue de déployer son réseau comme le fit dès 2017 avec le cours Clovis dans l’Aisne. L’Académie Saint-Louis n’est donc pas un cas isolé. Le réseau Excellence Ruralités s’implante dans des territoires ruraux avec des écoles privées partiellement financées par Stérin. L’Institut Libre de Journalisme (ILBJ), lui aussi financé par le Fonds du Bien commun, se propose de former les journalistes de droite et d’extrême droite de demain. Enfin, une enquête publiée en septembre 2025 par Disclose, La Topette et Reflets.info a révélé que le fonds John Henry Newman, structure montée par l’entourage de Stérin, avait versé près de 700 000 euros à l’Université catholique de l’Ouest (UCO, 13 000 étudiant·es sur dix campus). L’UCO a rompu tout lien avec ce fonds dès septembre 2025, sous la pression de sa communauté, qui s’était déclarée incompatible avec toute orientation idéologique extérieure.

[1] Grégory Chambat, Quand l’extrême droite rêve de faire école, Éditions du Croquant, 2023.


Ce que révèle cette offensive, c’est une stratégie de long terme qui vise à former une élite conservatrice dans des structures privées sélectives, financer des médias militants, produire des récits alternatifs, occuper les territoires où l’école publique s’est retirée,

faute de moyens. L’UNSA Éducation appelle les personnels à la vigilance. La démocratie se défend aussi en refusant que des financements privés à orientation idéologique réactionnaire investissent l’espace éducatif.

7. La bataille numérique L’extrême droite a compris très tôt l’importance stratégique d’internet et des réseaux sociaux. Le Front national était l’un des premiers partis français à disposer d’un site web.

Aujourd’hui, des militants identitaires comme Damien Rieu ou Thaïs d’Escufon touchent des millions de personnes en reprenant les codes des youtubeurs et instagrammeurs pour diffuser des discours d’exclusion avec une apparence de normalité, voire de banalité.

7.1 Des algorithmes qui orientent et influencent En mars 2026, à quelques jours des élections municipales françaises, l’organisation People vs Big Tech a publié une enquête menée sur 12 comptes créés en France, analysant ce que les algorithmes de X et de TikTok proposent aux utilisateurs. Les résultats sont sans ambiguïté et font apparaître que 59 % des contenus politiques officiels montrés aux profils orientés à droite viennent de l’extrême droite, un taux qui a atteint 71 % certains jours. Sur TikTok, le chiffre atteint 56 %. Emmanuel Macron, qui détient le compte politique le plus suivi en France avec plus de 10 millions d’abonnés, n’est que le 28e responsable politique le plus affiché sur X. L’algorithme ne suit donc pas les abonnés mais choisit ses favoris. Cette mécanique contribue à ce que des chercheurs comme Beatriz Lopes Buarque (London School of Economics) appellent la « radicalisation facilitée ».

En d’autres termes, on ne cherche pas à se radicaliser mais l’algorithme peut favoriser une radicalisation progressive, en affinant son offre à chaque clic. C’est l’un des objets d’étude du Conseil scientifique sur les processus de radicalisation (COSPRAD). L’ensemble de la communication de l’extrême droite forme ainsi un écosystème cohérent qui s’appuie sur des réseaux sociaux solides ainsi les médias Bolloré (CNews, Europe 1, JDD, entre autres), Stérin comme Valeurs actuelles ou des sites de « réinformation » comme Fdesouche ou Riposte laïque. Parmi les sources régulièrement relayées sans vérification figure l’OID (Observatoire de l’Immigration et de la démographie), dont une enquête du Monde (29 octobre 2025) a documenté le fonctionnement comme producteur systématique de fausses informations, reprises sans recoupement par plusieurs médias conservateurs.

7.2 Théories du complot et désinformation Les travaux des chercheurs permettent de comprendre pourquoi ces mécanismes sont si efficaces. Une étude publiée dans la revue Science (MIT, 2018) a établi que les fausses informations circulent six fois plus vite que les informations vérifiées

sur les réseaux sociaux, parce qu’elles sont plus surprenantes, plus émotionnellement fortes et plus faciles à partager. Un mensonge tiendrait en quelques secondes alors que le démontrer prendrait quelques minutes.

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Les théories du complot jouent un rôle particulier dans ce dispositif. Séraphin Alava, Noha Najjar et Hasna Hussein, dans une étude publiée dans la revue Quaderni (2017), montrent qu’elles agissent en synergie avec d’autres mécanismes pour isoler l’individu et construire ce que les chercheurs appellent une « éducation sombre », un processus qui conduit progressivement le sujet à abandonner son jugement personnel. On pourrait donc dire que ce sont l’isolement, le sentiment d’injustice et le besoin d’appartenance qui rendent vulnérables. En outre, un résultat plutôt contre-intuitif reste peu connu. Une étude de l’IÉSEG publiée dans The Conversation (2023) établit que, face à des croyances complotistes solidement installées, la stratégie habituelle qui consiste à contrer la désinformation par les faits peut paradoxalement renforcer ces croyances.

En effet, les individus trop investis dans une théorie choisissent souvent de renforcer leur engagement plutôt que d’en sortir. Cela pourrait déstabiliser des professionnels de l’éducation. Pour ce sujet, comme pour tant d’autres, la prévention est donc bien plus efficace que la réfutation a posteriori. L’enjeu reste donc le développement de l’esprit critique, pour éviter que les croyances ne s’installent. La stratégie de l’extrême droite en la matière est parfaitement assumée. Kellyanne Conway, conseillère de Donald Trump, popularisait dès 2017 le concept de « faits alternatifs » (alternative facts). L’objectif n’est donc pas de convaincre mais de saturer l’espace de contrevérités en quantité suffisante pour que chacun doute de tout tout le temps. C’est ce que Gérald Bronner décrit dans son ouvrage[1] : la désinformation ne prospère pas sur la bêtise mais sur le trop-plein d’informations. L’école reste par essence l’un des rares lieux où l’on peut apprendre à y résister.

Pour ne pas se laisser manipuler 1. La première question est toujours « Qui publie ? D’où vient l’info ? ». De là découlent des questions secondaires tout aussi éclairantes sur le financement du site ou de la chaîne. Identifier la source est une base indispensable. 2. Une seule source ne suffit jamais. L’information doit être recoupée. Si elle n’existe que sur un seul site, la prudence s’impose d’autant plus si la source n’est pas identifiée. 3. Distinguer les faits des opinions est un enjeu éducatif majeur. Un éditorial n’est pas une donnée chiffrée ou un fait incontestable. De la même manière, un témoignage n’est pas une étude scientifique rigoureuse et doit être considéré pour ce qu’il est. 4. Identifier l’émotion et son influence sur les faits. Si une information provoque immédiatement la colère ou la peur, c’est souvent le signe qu’elle mérite une vérification approfondie avant d’être diffusée et partagée. 5. Utiliser certains outils existants pour démêler le vrai du faux : AFP Factuel, Les Décodeurs (Le Monde), CheckNews (Libération), Debunkers de Hoax, Désinfox Migrations.

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[1] Gérald Bronner, La démocratie des crédules, PUF, 2013.


8. L’extrême droite, les femmes et le masculinisme L’extrême droite s’est toujours opposée à l’extension des droits des femmes. La tradition politique de l’extrême droite en témoigne. Les travaux comme ceux de Zeev Sternhell sur les fascismes européens sont éclairants[1]. Ces travaux montrent comment, au cœur de la tradition réactionnaire, la femme n’a jamais été pensée qu’à travers sa fonction en tant que mère, garante de la nation ou gardienne du foyer. D’ailleurs, l’Action française refusait aux femmes le droit de vote au nom d’un prétendu ordre naturel. De même, le régime de Vichy les renvoyait au foyer par décret, leur ôtant toute existence professionnelle autonome. Plus proche de nous, ce sont les mêmes convictions qui ont conduit les députés RN à voter majoritairement contre l’allongement du délai légal de l’IVG à 14 semaines (février 2022), et contre plusieurs textes visant à constitutionnaliser le droit à l’avortement. Si certains élus RN ont finalement voté pour lors du Congrès de mars 2024, le groupe s’est longtemps opposé à cette démarche et son ralliement tardif ne s’est accompagné d’aucune proposition concrète sur l’accès effectif à l’IVG. Ce fil historique n’a donc jamais été rompu. La sociologue Magali Della Sudda[2] a montré

comment cette représentation perdure au cœur des droites radicales contemporaines, à peine maquillée en modernité. C’est précisément l’imposture qu’incarne aujourd’hui l’extrême droite. Cette imposture a une logique. Elle a même été théorisée. Sara R. Farris, chercheuse en sciences sociales, l’a nommée “fémonationalisme” dans un ouvrage traduit en français en 2021[3]. Le principe est simple et redoutablement efficace. Il s’agit d’instrumentaliser un discours féministe de façade pour légitimer la politique antiimmigration et islamophobe. L’extrême droite se préoccupe donc exclusivement du droit des femmes lorsque le prétendu agresseur est étranger ou musulman. Le reste du temps, un silence assourdissant. L’extrême droite n’accorde qu’une place limitée aux violences conjugales qui tuent en moyenne une femme tous les deux à trois jours en France (collectif Féminicides par compagnons ou ex ; NousToutes, 2025). Elle ne mentionne pas davantage les inégalités salariales et reste muette sur la parité dans les instances de décision. Ce féminisme sélectif cache un racisme qui emprunte le vocabulaire du féminisme pour mieux avancer masqué.

8.1 La défense des femmes comme faux nez de la haine de l’étranger Le collectif Némésis, fondé en 2019, est l’incarnation la plus visible de cette stratégie en France. Ses militantes se revendiquent « féministes anticonformistes » et font des coups médiatiques dans des manifestations féministes pour générer des images choc, aussitôt relayées sur les médias de l’empire Bolloré comme CNews et Europe 1.

Pour la chercheuse Florence Rochefort (CNRS), spécialiste de l’histoire du féminisme, leur méthode consiste à « vider le discours de ses ennemis de son contenu en reprenant leurs termes et en y mettant sa propre idéologie ». Le politologue Jean-Yves Camus voit dans Némésis une structure de repli de Génération identitaire, dissoute en 2021.

[1] Zeev Sternhell, Ni droite ni gauche. L’idéologie fasciste en France, Seuil, 1983 (rééd. Fayard/Pluriel, 2012) ; La droite révolutionnaire 1885-1914. Les origines françaises du fascisme, Seuil, 1978. [2] Magali Della Sudda, Les nouvelles femmes de droite, Hors d’atteinte, 2022. [3] Sara R. Farris, Au nom du féminisme. Race, genre et néolibéralisme, Syllepse, 2021.

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L’analyste Tristan Boursier (CEVIPOF) résume leur tactique à travers l’expression « agitationpropagande ». Quant au programme réel de Némésis, il comprend la remigration, le refus d’inclure les femmes trans dans la définition du féminisme et des liens établis avec des organisations d’extrême droite comme la Cocarde étudiante ou l’Action française. En janvier 2025, le ministre de l’Intérieur Bruno Retailleau a publiquement salué leur « combat » avant de se rétracter partiellement sous la pression. Cet épisode en dit long sur la collusion entre les partis ou personnalités d’extrême droite

et ces groupes qui s’affichent comme féministes.Cette prétendue défense des femmes n’a d’autre cible que l’étranger en général et le musulman en particulier. C’est au fond une forme de xénophobie avec un vernis féministe. C’est dans le même ordre d’idée que Marine Le Pen défend le droit des femmes à ne pas porter le voile et qu’elle ne dit pas un mot sur le droit des femmes à disposer de leur corps. Il en est de même, quand Reconquête s’indigne des violences dans les banlieues. Les femmes ne sont, dans ce discours, qu’un élément de langage au service de la politique migratoire.

8.2 Une imposture que contredit l’électorat lui-même Il y a pourtant une tension que l’extrême droite peine à résoudre. Car si ses dirigeants jouent sur ces ambiguïtés féministes à destination des médias, une partie significative de leur électorat et de leurs cadres est franchement rétrograde sur les questions de genre et de droits des femmes. La sociologue Magali Della Sudda documente avec précision la manière dont coexistent, au sein des droites radicales, des femmes qui assument pleinement leur subordination traditionnelle et

d’autres qui espèrent une reconnaissance que leurs propres partis leur refusent en coulisses. Cela explique, par exemple, pourquoi le RN n’inscrit dans son programme que peu de mesures concrètes sur l’égalité salariale, la lutte contre les violences conjugales ou la parité dans les instances de décision. Le féminisme de vitrine ne résiste pas à l’épreuve des faits.

8.3 Le masculinisme : un autre visage pour le même projet Ce tableau ne serait pas complet sans évoquer l’autre face du phénomène, à savoir le masculinisme. Si l’extrême droite récupère le féminisme pour s’attaquer à l’étranger, elle s’appuie dans le même temps sur le ressentiment masculiniste pour recruter des hommes jeunes. Au-delà des contradictions apparentes, les deux mouvements partagent la même vision d’un ordre social menacé qu’il faudrait restaurer. Le terme masculinisme lui-même date de la fin du XIXe siècle, forgé par Hubertine Auclert pour désigner la suprématie revendiquée du masculin.

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Ce qui est nouveau, c’est son essor numérique. Les travaux comme ceux de la COSPRAD soulignent la viralité du phénomène. De même, la chercheuse Alice Apostoly a établi qu’il suffit de moins de 26 minutes pour qu’un utilisateur masculin se voie proposer du contenu masculiniste sur TikTok ou YouTube[1]. Des influenceurs comme Alex Hitchens, dans la mouvance popularisée à travers le monde par Andew Tate, y exercent une influence considérable sur des adolescents qui n’ont pas encore les outils pour en décrypter le mécanisme. Les discours de ces influenceurs façonnent les représentations de nombreux jeunes hommes.

[1] Alice Apostoly sur TV5 Monde le 2 juillet 2026


Dans la vaste galaxie des tendances masculinistes, la mouvance incel (involuntary celibate) est une des expressions les plus dangereuses. Ces hommes, qui se vivent comme des célibataires involontaires victimes du féminisme, ont, dans plusieurs pays, préparé ou commis des attentats visant spécifiquement les femmes.

En France, les passerelles idéologiques entre masculinisme et extrême droite sont déjà bien identifiées par Stéphanie Lamy, spécialiste de ces questions. Combattre ce phénomène passe notamment par une défense acharnée de l’ÉVARS dans tous les établissements scolaires.

9. Agir : quelques repères pour les personnels Maîtriser une série d’arguments, aussi solides soient-ils, ne suffit pas. Ce qui compte, c’est la manière de faire vivre l’argumentation au quotidien. Qu’il s’agisse d’un collègue hésitant, ou d’élèves qui peuvent répéter des discours entendus parfois à la maison ou sur les réseaux,

il est toujours possible d’apporter un autre point de vue. Ce rôle pédagogique, pour ne pas dire andragogique, nous incombe à toutes et tous. Chacun·e doit donc prendre ses responsabilités sur ces questions essentielles en prenant position.

9.1 Répondre sans moraliser L’hésitation et la perplexité sont tout à fait légitimes. Les réactions, même maladroites, sont souvent préférables à un silence qui pourrait être interprété comme un accord tacite. Le plus difficile reste peut-être la prise de distance. Comment rester factuel sur des questions qui font appel à tout un système de valeurs ? Pourtant, c’est le défi auquel nous sommes confrontés, car la progression des idées d’extrême droite sur le temps long le montre. En effet, le moralisme ne fait qu’accentuer le repli sur soi et peut même renforcer les convictions de ceux que l’on cherche à convaincre. En restant humble et lucide, chacun·e peut lutter au quotidien en rappelant des faits, en introduisant de la nuance dans le débat. Il ne s’agit pas de faire radicalement changer d’opinion, mais au moins d’instiller le doute.

Ne pas distinguer les personnes et les idées est contre-productif et serait probablement une erreur du camp progressiste. La stigmatisation des électeurs ne les conduit pas à changer d’avis, bien au contraire. Au-delà des désaccords profonds et malgré la difficulté à entendre certains propos choquants, il faut maintenir le lien pour trouver un chemin, aujourd’hui ou demain. Cela ne signifie pas qu’il faille tout accepter, mais les forces de progrès doivent s’armer de patience. C’est précisément pour cela qu’il faut s’attendre à ne pas avoir le dernier mot, du moins pas immédiatement. C’est un travail sur le temps long. La conversation la plus utile est par définition celle qui ouvre le champ de la réflexion. En l’espèce, nos valeurs partagées (l’égalité des droits et la réussite de tous les élèves, la défense du service public) sont notre meilleure porte d’entrée.

9.2 Des repères pour nos élèves Les personnels de l’éducation ne sont pas là pour imposer leurs convictions politiques. Il n’en reste pas moins qu’ils sont investis de responsabilités claires, inscrites dans leur mission. Former l’esprit critique est au cœur du

programme d’Éducation aux médias et à l’information (EMI). C’est une dimension essentuelle de l’EMC. Apprendre à vérifier les sources, distinguer fait et opinion, repérer les mécanismes de manipulation sont nos matériaux de base.

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9.3 Face au cyberharcèlement Dans ce combat contre les idées d’extrême droite, les personnels de l’éducation et les militant·es syndicaux·ales peuvent être pris pour cible. Ce n’est pas un simple risque théorique, comme l’ont illustré de nombreux cas relayés par la presse. Ces attaques ont conduit nos collègues à redoubler de vigilance pour se protéger. Il s’agit concrètement de conserver des preuves par le biais de captures d’écran horodatées, parfois même relevées par commissaire de justice. De même, certain·es ont dû déposer plainte directement auprès du procureur ;

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d’autres ont eu à signaler des éléments sur la plateforme PHAROS (internetsignalement.gouv.fr). Le premier réflexe doit être de demander la protection fonctionnelle. C’est de droit pour tout fonctionnaire victime d’attaques dans l’exercice de ses fonctions lorsque les conditions légales sont réunies. Comme souvent, le collectif est la meilleure protection. Certaines associations ont développé une grande expertise dans les modalités de riposte face à ces phénomènes de cyberharcèlement. Ces structures, au premier rang desquelles les organisations syndicales, restent le premier rempart.


CONCLUSION L’École publique demeure le cœur du creuset républicain. C’est bien pour cela qu’elle cristallise tant d’attaques. La défense de la liberté, de l’égalité et de la fraternité est rendue plus difficile par des forces qui cherchent à déstabiliser la cohésion nationale. Si les offensives réactionnaires déferlent sur nos territoires, l’UNSA Éducation reste convaincue que les valeurs de progrès et d’humanisme restent majoritaires dans notre pays. La situation nous interdit le luxe de la division. Les velléités séparatistes des rétrogrades, la remise en cause des enseignements, les attaques contre les valeurs de liberté et d’égalité sont autant d’offensives qui cherchent à défaire ce que le temps, les luttes et la force des convictions ont patiemment construit. De son côté, l’extrême droite progresse, se structure et s’organise pour occuper le terrain. Pour réaliser son entreprise, elle s’appuie sur des réseaux puissants, financés par des milliardaires et relayés par des organes de presse militants qui continuent d’activer la part sombre de chacun·e en jouant sur la peur, les souffrances et la méconnaissance. Devant ces menaces, aucune indulgence, aucun recul, aucune faiblesse ne peuvent être tolérés. Notre responsabilité collective est engagée. Chacun·e, au regard de ses fonctions et de son rôle, doit prendre ses responsabilités pour que la République reste cette promesse partagée qui unit au-delà des différences et par-delà les générations à travers la transmission de valeurs et de principes. Dans la droite ligne de l’esprit de concorde cher à Aristide Briand, il nous appartient de promouvoir non seulement le vivre-ensemble, mais la volonté d’agir ensemble pour construire un destin commun. C’est en observant la jeunesse que nous accompagnons chaque jour, souvent lucide et attachée à la justice sociale, que nous trouvons une raison supplémentaire de croire en la force du projet républicain. L’esprit des Lumières est toujours là. Toutes celles et tous ceux qui s’en réclament sincèrement doivent faire front pour « réparer ensemble le tissu déchiré du monde »[1]. L’UNSA Éducation est à vos côtés dans ce combat.

[1] Abdennour Bidar, Les Tisserands, Albin Michel, 2016

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Références et ressources Extrême droite : histoire et sciences politiques Jean-Yves CAMUS, Nicolas LEBOURG, Les droites extrêmes en Europe, Seuil, 2015. Félicien FAURY, Des électeurs ordinaires. Enquête sur la normalisation de l’extrême droite, Le Seuil, 2024. Isabelle SOMMIER (dir.), avec la collaboration de François Audigier, Xavier Crettiez, Violences politiques en France de 1986 à nos jours, Presses de Sciences Po, 2021. Nicolas LEBOURG, Les nazis ont-ils survécu ? Enquête sur les internationales fascistes, Seuil, 2019. Valérie IGOUNET, Vincent JAROUSSEAU, L’Illusion nationale. Deux ans d’enquête dans les villes FN, Les Arènes, 2017. Vincent JAROUSSEAU, Dans les âmes et les urnes, Les Arènes, 2025. Erwan LECŒUR, Un néo-populisme à la française. Trente ans de Front national, La Découverte, 2003. Erwan LECŒUR (dir.), Dictionnaire de l’extrême droite, Larousse, 2007. Nonna MAYER, Ces Français qui votent Le Pen, Flammarion, 2002. Ugo PALHETA (dir.), Extrême droite, la résistible ascension, Institut La Boétie, 2024. Pascal PERRINEAU, Le Symptôme Le Pen. Radiographie des électeurs du Front national, Fayard, 1997. Baptiste ROGER-LACAN, Nouvelle histoire de l’extrême droite (France 1780-2025), Le Seuil, 2025. Pierre ROSANVALLON, Le siècle du populisme, Seuil, 2020. Ludivine BANTIGNY, Ugo PALHETA, Face à la menace fasciste. Sortir de l’autoritarisme, Textuel, 2021. Magali DELLA SUDDA, Les nouvelles femmes de droite, Hors d’atteinte, 2022. Sara R. FARRIS, Au nom du féminisme. Race, genre et néolibéralisme, Syllepse, 2021. Pierre-Yves BOCQUET, La « Révolution nationale » en 100 jours, et comment l’éviter, Tracts Gallimard, 2025. Sylvain CRÉPON, Alexandre DÉZÉ, Nonna MAYER (dir.), Les faux-semblants du Front national. Sociologie d’un parti politique, Presses de Sciences Po, 2015. Sylvain CRÉPON, La nouvelle extrême droite. Enquête sur les jeunes militants du Front national, L’Harmattan, 2006. Giuliano DA EMPOLI, Les ingénieurs du chaos, JC Lattès, 2019. Michel WIEVIORKA, La tentation antisémite. Haine des Juifs dans la France d’aujourd’hui, Robert Laffont, 2005. Fondation Jean-Jaurès, La menace terroriste issue de l’ultradroite en France et en Europe, 2024. VISA, Nouveaux fascismes, ripostes syndicales, Syllepse, 2025.

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Ressources numériques Veille et cartographie de l’extrême droite VISA (Vigilance et initiatives syndicales antifascistes) : visa-isa.org La Horde, cartographie et analyses de l’extrême droite française : lahorde.samizdat.net Indextreme, recensement des symboles graphiques de l’extrême droite en France : indextreme.fr Street Press, newsletter FAF, veille hebdomadaire sur les groupuscules : streetpress.com Fragments sur les Temps Présents, blog de Nicolas Lebourg, publications de recherches en accès libre : tempspresents.com

Fact-checking et vérification AFP Factuel, cellule de vérification de l’AFP : factuel.afp.com Les Décodeurs (Le Monde) : lemonde.fr/les-decodeurs CheckNews (Libération) : liberation.fr/checknews Le Vrai du Faux (France Info) : francetvinfo.fr/replay-radio/le-vrai-du-faux Debunkers de Hoax, démontage des rumeurs en ligne : debunkersdehoax.org Désinfox Migrations, fiches de décryptage sur l’immigration : desinfox-migrations.com

Recherche et données publiques Europol, rapports TESAT (menaces terroristes en Europe, publication annuelle) : europol.europa.eu Fondation Jean-Jaurès, publications en accès libre sur l’extrême droite, le travail, le climat : jeanjaures.org Institut La Boétie, résistance aux droites radicales : institutlaboetie.fr CEVIPOF (Sciences Po) , données électorales et sociologie du vote : sciencespo.fr/cevipof Rapport parlementaire sur les groupuscules d’extrême droite en France, Assemblée nationale, juin 2019 (rapporteure Muriel Ressiguier) : disponible sur assemblee-nationale.fr

Éducation aux médias et à l’information CLEMI (Centre pour l’éducation aux médias et à l’information), ressources pédagogiques pour tous les niveaux : clemi.fr Éduscol EMI, ressources officielles du ministère sur l’éducation aux médias : eduscol.education.fr/1531/education-aux-medias-et-l-information Lumni, ressources audiovisuelles pédagogiques gratuites (France Télévisions, INA, Arte, Radio France) : lumni.fr Les Cahiers pédagogiques, analyses et ressources sur l’école face aux offensives réactionnaires : cahiers-pedagogiques.com

Newsletters et podcasts In Extremis, newsletter Mediapart sur l’extrême droite Frontal, newsletter Libération sur les extrêmes droites Minuit dans le siècle, podcast d’Ugo Palheta (Spectre Media) : spectremedia.org/minuit-dans-lesiecle 35


Nos syndicats L’UNSA Éducation est une fédération qui regroupe vingt-trois syndicats sur plusieurs ministères. Deuxième à l’Éducation nationale, représentative dans l’Enseignement supérieur et la Recherche, et première à Jeunesse & Sports L’UNSA Éducation est sans conteste la première fédération des métiers de l’Éducation !

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